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—
ra le A
3
—
que >, la preuve que Platon considérait comme un mouvement
réel la ré-
L'hypothèse astronomique
de Platon
A ma femme.
volution diurne de Ja sphère des fixes : le Timée ne fait nulle part un sort
particulier à cette révolution autour de l'axe des pôles de l'équateur,
et
celle dont il est question au X° livre de la République s'effectue autour de
Paxe des pôles de l’écliptique. Burnet, suivi par Cornford, a cru lire dans
le Timée (39 c) que « l'alternance de la nuit et du jour est due à la révolution du ciel », absurdité qu'il est peu charitable d'attribuer gratuitement
à Platon, cette alternance étant manifestement causée par la révolution
apparente du Soleil.
I. - Aristote et les théoriciens de la mobilité terrestre
Notre projet est double : proposer une interprétation nouvelle du mouvement de rotation attribué au globe terrestre par Platon dans le Timée ;
montrer que, sous l'éclairage de cette interpretation, les pages du Timée
relatives au fonctionnement de la machine du Monde (29 a — 40 d) apparaissent comme l'annonce d’une hypothèse astronomique non dépourvue de
cohérence.
Notre tentative n’a eu, à notre connaissance, qu’un précédent, celui
dont Cicéron nous a transmis un écho, malheureusement trop affaibli, dans
cette phrase des Premiers Académiques :
« Hicetas Syracusius, ut ait Theophrastus, coelum, solem, lunam, stellas, supera denique omnia, stare censet ; neque praeter terram, rem ullam
in mundo moveri : quae cum circum axem se summa celeritate convertat
et torqueat, eadem effici omnia, quasi stante terra coelum moveretur » (1).
« Théophraste attribue à Hicetas de Syracuse opinion suivante Pétat
de mouvement réel du ciel, du soleil, de la lune, des étoiles, bref de tous
les astres, est le repos; rien d’autre au monde ne se meut que la terre :
mouvement extrêmement rapide de conversion sur elle-même et de rotation
autour de son axe, qui produit l'illusion du repos de la terre et de la
mobilité du ciel ».
De nos jours, les interprètes du Timée se sont demandé seulement s’il
est vrai que Platon, dans ce dialogue, met la Terre en rotation sur place
autour de l’axe du monde, et la réponse a été généralement négative, Les
uns ont jugé certain ou probable qu'il l'y laisse en repos, d’autres qu'il lui
attribue un va-et-vient le long de l’axe ou autour de l'axe, d'autres encore
qu’il la fait osciller, ou la fait tourner simultanément dans deux sens opposes. Nous avons démontré que ces suppositions ne résistent pas à l’examen (2). Elles reposent toutes sur la même pétition de principe : si Platon
enseigne, dans le Timée, que la Terre est en rotation diurne, il contredit ce
qu'il enseigne, explicitement ou implicitement, dans d'autres dialogues.
Ainsi, à en croire Albert Rivaud, Platon aurait, dans le Phédon (99 b) et
dans le Timée (62-63), « démontré l'immobilité de la Terre >. En fait, ni
Pun ni l’autre de ces deux textes ne porte la moindre trace de cette « démonstration ». De même, Pierre Duhem prétend faussement avoir trouvé,
« en plusieurs passages du Timée » (?) et < au X° livre de la Républi-
(1) Livre second, paragraphe 39,
(2) Voir, dans la Revue de l'enseignement philosophique, « Les anciens et le
mouvement terrestre du Timée » (Décembre 1965-Janvier 1966) et « Les modernes et le mouvement terrestre du Timée » (Décembre 1967-Janvler 1968),
Que faut-il en conclure, sinon qu'on risque fort de s'égarer, si Pon
postule à l’avance que les astronomes de l'antiquité déliraient ou se trouvaient dans un état de puérilité intellectuelle antérieur à l'apparition de
Ja
raison humaine ? Dans un essai sur Les paradoxes du système du monde,
(1) nous avons établi, d’après une page du traité Du Ciel d’Aristote, que
toute PAntiquité a vu le Soleil en rotation sur place et que, par conséquent, la théorie génétique de la pensée occidentale et la théorie de la
connaissance qui en dérive vont à l'encontre des dires d’Aristote lui-mème,
quand elles affirment, avec Léon Brunschvicg et d'autres penseurs, que,
pour l'Antiquité en général, pour Aristote en particulier, le géocentrisme
était conforme, Phéliocentrisme contraire aux données de l’observation.
En ce qui touche les croyances des Anciens sur l’état de mouvement du
Soleil, il n'y a pas de témoignage plus précieux que cette page du traité
Du Ciel, restée inaperçue avant nous. Comme l'état de mouvement attribué
à la Terre est un corollaire de celui qui est attribué au Soleil, on voit
aussitôt le prix de cette page pour un historien désireux de connaître les
théories de la Terre antérieures à Aristote, c’est-à-dire celles des Pythagoriciens et de Platon. Aussi le lecteur nous saura-t-il peut-être gré d'en
reprendre l'essentiel au début de cet essai, consacré au système astronomique du Timée. Albert Rivaud n’a-t-il pas reconnu qu’ « Aristote, dans le
De Coelo, s'inspire constamment des conclusions du Timée » ?
Au chapitre 8 du livre II du De Coelo, Aristote nous apprend
quen ce qui touche la nature du mouvement des astres, tous les astronomes étaient d'accord sur deux points, à savoir que les astres sont de forme sphérique et que, cela étant, s'ils sont doués d'un mouvement propre,
cc sera ou une progression par roulement ou une rotation sur place. Nous
apprenons également qu'à la question de savoir si les astres sont doués
d'un mouvement propre, la réponse d'Aristote était négative, celle de ses
« adversaires > affirmative. Pour l’auteur du traité Du Ciel, tout est immobilité dans PUnivers: la Terre est immobile, (2) « les astres sont immobiles et transportés sur les cercles auxquels ils sont fixés » (3). Pour les
« adversaires > d'Aristote, les astres ont un mouvement propre de progression par roulement ou de rotation sur place.
Voici le paragraphe de ce chapitre dans lequel Aristote tente de réfuter
les théories qui accordent un mouvement propre aux astres :
« En outre, puisque les astres sont de forme sphérique, comme nos
adversaires le disent et comme nous sommes nous-mêmes d’accord pour
(1) Revue de l’enseignement philosophique. Juin-Juillet 1968 et Août-Septembre 1968,
(2) DI, 8, 289 b 1-5 « Or, nous posons en principe Pimmobilité de la Terre >,
(3) TI, 8, 289 b 90-95,
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Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)Vadmettre, en ce que du moins nous les engendrons à partir du Corps
sphérique, et puisque le Corps sphérique possède deux mouvements qui lui
sont propres, à savoir un mouvement de progression par roulement et un
mouvement de rotation, il s'ensuit que, si les astres avaient un mouvement
qui leur fût propre, ce serait l’un de ces deux mouvements. Or l’observation ne nous révèle ni Pun, ni l’autre. — Si c'était un mouvement de rotation,
Terre. Aristote vient de se faire le doxographe des philosophes qui, considérant le Ciel comme fini, assurent que la Terre est située au centre du
Monde, Et il poursuit
:
« D'une opinion contraire sont les représentants de l'Ecole italique
en effet, les astres resteraient dans le même lieu et ne changeraient pas de
place, comme manifestement ils le font et comme tout le monde le reconnaît. En outre, il est vraisemblable qu’ils seraient tous mus du même mouvement, alors que le seul astre qui semble posséder ce mouvement est le
Soleil, à son lever ou à son coucher, et encore ce phénomène est-il dû non
mouvement circulaire, produit le jour et la nuit. Bien plus, ils construisent
aussi une seconde terre, opposée à la nôtre, qu’ils désignent du nom d'Antiterre; et, en faisant cela, ils ne considèrent pas les faits pour les expliquer
par des théories, mais ils les sollicitent en vue d'établir certaines opinions
et théories favorites ; ils prétendent, pourrait-on dire, jouer leur rôle dans
la formation de Univers > (1).
pas au Soleil lui-même, mais à l'éloignement de notre vue. Car la vue, en
s'étendant au loin, devient vacillante et faible. Telle est sans doute aussi la
raison du scintillement des planètes. Les planètes sont rapprochées de
sorte que la vue les atteint dans sa pleine vigueur; par contre, quand il
s'agit des étoiles fixes, la vue est tremblante en raison de la distance et
de l’excessive extension, et c'est son tremblement qui donne à l’astre l’apparence du mouvement, car peu importe que le mouvement soit dans la vue
ou dans l’objet de la vision. — Que, d’autre part, les astres ne soient pas
doués d'un mouvement de progression par roulement, c'est manifeste : car
là où il y a progression, il y a nécessairement conversion sur soi-même.
Or la « face » de la Lune, comme on Pappelle, on la voit toujours. Par
conséquent, puisque, si les astres se mouvaient par eux-mêmes, ils auraient
vraisemblablement des mouvements spéciaux, mouvements qu’on n’observe
jamais en eux, il est évident qu'ils ne sauraient avoir aucun mouvement
par eux-mêmes. > (1).
Ce texte est intéressant, non seulement pour l'histoire de l'astronomie
d'observation, mais aussi pour l’histoire de l'astronomie théorique.
Il atteste que, chez les Grecs, l'observation du Soleil, pratiquée à son
lever ou à son coucher, c’est-à-dire aux heures où son diamètre est le plus
grand et son éclat le moins vif, avait permis de reconnaître les taches solaires, leur mouvement périodique d’ouest en est, et engendré l'opinion que
le Soleil est en rotation sur place.
Pour l'historien de l'astronomie théorique, ce texte offre, en outre,
l’immense avantage de mettre un point final aux controverses, d'ordre
morphologique et d’ordre sémantique, soulevées par les passages du traité Du Ciel, dans lesquels Aristote se prononce sur la position et l’état de
mouvement attribués respectivement à la Terre par les Pythagoriciens et
par l'auteur du Timée, c’est-à-dire par les « adversaires > auxquels il est
fait allusion ici.
Ces passages, rappelons-le, se trouvent aux chapitres 13 et 14 du livre
second du traité Du Ciel. Le moment est venu de les relire, en gardant
constamment présent à l'esprit que les « adversaires » d’Aristote raisonnaient comme suit
:
Le Corps sphérique possède deux mouvements qui Jui sont propres, à
savoir un mouvement de progression par roulement et un mouvement de
rotation sur place, Or, les astres sont de forme sphérique et ont un mouvement propre. Donc les astres sont animés d'un mouvement de progression par roulement ou d’un mouvement de rotation sur place.
Le premier de ces passages concerne Ja théorie pythagoricienne de la
qu’on appelle Pythagoriciens. Pour ces derniers, c'est le feu qui occupe le
centre; la Terre est seulement lun des astres, et c'est elle qui, par son
Ces deux phrases ont beaucoup intrigué les exégètes. Certains commentateurs ont voulu voir dans la dernière l’annonce des Antipodes. Mais
personne n’est encore parvenu à donner un sens à la première. Aussi voiton Théodore Gomperz prendre le parti de l’ignorer, dans son ouvrage sur
Les penseurs de la Grèce, publié en 1893. A la page 143 du tome premier,
Gomperz cite, avec référence à Yappui, la phrase concernant l’Antiterre, ce
qui laisse à penser qu’il a lu la phrase précédente. Pourtant, immédiatement après avoir fait cette citation, il écrit, à la page suivante, sur Pastronomie de la Terre dans l'École pythagorique:
« Pythagore et ses disciples immédiats ne semblent avoir mis en question ni son immobilité ni sa position centrale » (2).
Le problème posé par la première phrase est le suivant: quel est,
dans l'esprit d’Aristote, le mouvement circulaire de la Terre auquel les
Pythagoriciens attribuaient la production du jour et de la nuit ? Il faut
nécessairement que ce soit la rotation sur place ou la progression par roulement. Comme il ne peut ètre question de la rotation sur place, il s’agit
évidemment de la progression par roulement, Aristote fait dire ici aux
Pythagoriciens que la Terre progresse sur son orbite en une année, tout
en faisant chaque jour un roulement, c’est-à-dire Une rotation axiale. On
a d'ailleurs vu Aristote affirmer précédemment que « là où il y a progression, il y a nécessairement conversion sur soi-même ».
Pour qui a lu dans le De Coelo ce qui touche les deux mouvements
propres du Corps sphérique, les phrases du traité qui attribuent à la Terre
du Timée un mouvement autour de Paxe du Monde visent obligatoirement
une rotation sur place. Ces phrases doivent donc être lues comme suit :
« D’autres philosophes, enfin, disent que la Terre. qui est située au
centre, est animée d'un mouvement de rotation autour de l'axe central,
ainsi qu’il est écrit dans le Timée > (3).
« Ainsi, en effet, que nous l'avons indiqué, il y a des philosophes qui
font de la Terre l'un des astres, et d'autres qui, la posant au centre, lui
reconnaissent une rotation autour de l'axe central > (4).
(1) De Coelo, II, 13.
(2) Théodore Gompenz. Les penseurs de la Grèce. Payot, 1928, traduction par
A. Reymond de Griechische Denker, 1893, pages 143 (eltations du Du Coelo) et
144.
(1) De Coelo, 11, 8, 290 a, 5-30. Tricot, pp. 89-90,
(3) De Coeio, 1, 13, 293 b, 30, Tricot, pp. 103-304.
(4) De Coelo, II, 14, 296 a, 25, Tricot, pp. 111-12,
Seite 3
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)Il est peu probable qu'Aristote ait fait un contresens sur cette théorie
du Timée. Une chose ressort avec certitude de son traité Du Ciel : tous les
astronomes auxquels il s'oppose attribuaient des mouvements propres aux
astres, et ne leur reconnaissaient d'autres mouvements propres que la progression par roulement ou la rotation sur place, en raison de leur sphéricité. Deux questions se posent donc, en ce qui touche l’auteur du Timée :
— la Terre de Platon était-elle sphérique ?
— était-elle douée d'un mouvement propre ?
Dans la Notice introductive à sa traduction du Timée, Albert Rivaud
s'est demandé si, chez Platon, la Terre est de forme sphérique, ou bien « si
elle conserve la figure d'un cylindre aplati ». Et il ajoutait :
« On pourrait hésiter, à la lecture du mythe de la République,
Mais les textes du Timée ne laissent guère la place au doute. Non
seulement Platon affirme énergiquement la sphéricité du Monde dans son
ensemble, mais il admet implicitement que la Terre elle-même imite la
figure du Tout, au centre duquel elle se trouve nlacée » (p. 63).
A quoi nous ajouterons que, si elle est admise implicitement dans le
Timée, la sphéricité de la Terre est enseignée explicitement dans un passage saisissant du Phédon, passage dans lequel Socrate décrit la Terre telle
que les cosmonautes la découvrent de nos jours, et telle que chacun peut
la voir sur les photographies qu'ils en ont prises, De cette page, qui mérite
d'être lue en entier, la citation ci-après suffit pour notre objet:
« En premier lieu, pour ce qui est de l'aspect qu'offrirait cette terre,
si on la regardait d’en haut, ce serait à peu près celui d’un ballon bigarré,
dans le genre des balles à douze pièces, dont les divisions seraient marquées par des couleurs dont les couleurs mêmes d'ici-bas sont comme des
spécimens, particulièrement celles dont les peintres font usage > (1).
Que Platon ait doté la Terre d’un mouvement propre ressort de sa
fameuse théorie de l'âme sutomotrice, et motrice du corps animé. Il dit
dans le Phèdre :
« Tout corps, en effet, auquel il appartient d’être mù du dehors, est un
corps inanimé, tandis que celui auquel il appartient d'étre ma par luimême et du dedans, est un corps animé » (2),
En outre, dit-il dans le Timée, à propos de l’Ame du Monde, « elle se
meut en cercle sur elle-même » (3).
Or l’auteur du Timée dit en propres termes que la Terre est une divinité, donc un être animé. La Terre du Timée est donc dotée d'un mouvement propre et, comme ce mouvement s'effectue autour de l'axe du Monde,
il ne saurait être que la rotation sur place.
Nous lirons done sans surprise, dans la traduction de Léon Robin, la
phrase du Timée dans laquelle Aristote a cru trouver l’enseignement d'une
rotation sur place du globe terrestre autour de l'axe du monde:
—
27
—
« Quant à la Terre, noire nourrice, elle se tient en rouiement sur
Pessieu qui traverse l’Univers; elle est, par ce mécanisme, la gardienne et
Pouvriére de la nuit et du jour; c'est la premiere et la plus ancienne de
toutes les divinités qui sont nèes à l’intérieur du ciel > (1).
Ce qui a fait défaut jusqu'ici, pour rendre entièrement plausible cette
traduction, c’est une intégration de la rotation terrestre dans le système
du monde tel que Platon le conçoit, et une interprétation de certaines
révolutions apparentes par le mobilité de notre globe. Notre objet, dans
ce qui va suivre, est de proposer cette intégration et cette interprétation,
d’elucider, en bref, l'hypothèse astronomique de Platon.
I. - Analyso de l'astronomie du « Timée »
Douze paragraphes du Timée exposent le système du monde (2).
Les onze premiers traitent de l'Univers, c'est-à-dire : de l'Espace ou
Ciel, corps tridimensionnel et sphérique, fait de l’eau, du feu, de Pair, de
la terre, seul en son genre et indissoluble; de l'Ame du Monde, moteur
mobile qui, créée avant le Corps du Monde, a été constituée « pour en être
maitresse et lui commander >; du Temps qui, né avec le Ciel, ne pourra
être dissous qu'avec lui. Ces onze premiers paragraphes relèvent de l’astronomie mathématique. Les objets qui y sont mentionnés sont tous, à une
exception près — le Soleil — des êtres de raison : sphères et cercles en
rotation, astres considérés comme des points décrivant des cercles ou
entraînés par des cercles. Les hypothèses qui y sont développées sont des
hypothèses mathématiques concernant les principaux paramètres de ces
mobiles: position relative, vitesse, direction.
.
Vient, pour finir, un douziéme paragraphe, qui relève de l’astronomie
physique. L’auteur y envisage les astres comme des étres visibles, dont il
souligne l’éclat et la beauté. Il fait des hypothèses de physicien sur les propriétés qu'ils possèdent en commun: forme sphéroidale, nature ignée,
mouvement de rotation et « mouvement en avant ». Se plaçant ensuite,
pour les différencier les uns des autres, sur le terrain de l’observation,
il décrit et classe les mobiles astronomiques, à partir des apparences qu'ils
offrent sur la voûte céleste hémisphérique au-dessus de l'horizon d'Athènes.
Il indique alors que ces apparences trouvent leur explication dans les
hypothèses mathématiques développées antérieurement et dans les hypothèses physiques qu'il vient de formuler. La-dessus, il exprime, dans la
phrase que nous avons reproduite, son opinion sur la position et l'état de
mouvement de la Terre. Enfin, il conclut en avouant son impuissance à
faire une théorie complète des planètes, sans l'aide d'un planétarium.
Ce qui va suivre concernera d’abord les onze paragraphes du Timée
qui relèvent de l’astronomie mathématique, et spécialement ce qui, dans
ces paragraphes, se rapporte à des révolutions hypothétiques : révolution
circulaire du Ciel, révolutions circulaires du Méme et de l'Autre effectuées
par des astres en deux directions opposées, Nous étudierons ensuite le pa{i) Phédon, 110 b-c, Robin, t. 1, p. 844.
ragraphe qui relève de l'astronomie physique.
(2) Phèdre, 243 c-d-e, Robin, t. Il, p. 33-34.
(3) Timée, 38 d. Aristote a exposé et critiqué la théorie automotrice de
l'âme dans le De anima, où il écrit: « C’est de la même manière également
que le Timée donne une explication physique de l’action motrice de
l’Ame sur
le corps. L'âme, en effet, se mouvant elle-même, meut aussi le corps, en raison
de ce qu'elle est entrelacée avec lui >. Trad. Tricot, page 32, Paris, Vrin, 1947.
(1) Timée, 40 b-c Robin, t. II, y, 456.
(2) Depuis 29 e jusqu’A 40 d inclus,
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Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)HI. - L'astronomie mathématique du « Timée »
La sphère tourne dans le sens rétrograde, qui est celui des aiguilles
d'une montre, autour de l’axe des pôles de l'écliptique (axe Pa Pb). L’axe
des pôles de l’équateur décrit en 25 780 ans un cône de révolution (ou plu-
1. La rotation sur place du Ciel
En ce qui touche les propriétés mécaniques du Corps de l'Univers,
l'hypothèse de Platon est que cette sphère est en rotation sur place:
« Car, en fait de mouvement, on lui attribua celui qui était approprié
a son corps, entre les sept mouvements celui qui est le plus en rapport
avec l’intelligence et la réflexion. Aussi, le faisant tourner par les mêmes
points, en même place et sur lui-même, le Dieu lui imprima-t-il un mouvement de rotation cireulaire; mais les six autres mouvements, il les lui retira tous ensemble, et le réalisa incapable d’errer dans leurs directions > (1).
La page 43 b du Timée nous apprend que les six mouvements en question sont ceux qui permettent d’errer en s’avançant dans toutes les directions, selon les six lieux, « en avant comme en arriére, puis 4 droite comme
a gauche ‚en bas comme en haut ». Seul le mouvement circulaire convient
à une sphère, en tant que mouvement propre ; celui de la sphère du Monde
est la rotation sur place.
La sphère en question n’est porteuse d'aucun astre. Elle porte seulement des objets mathématiques : le grand cercle de l'équateur et le grand
cercle de lécliptique, les deux diamètres ou axes perpendiculaires A ces
grands cercles, leur diamètre d’inLow
x
!
tersection
\
ou ligne des
équinoxes,
les deux extrémités de cette ligne,
dont la plus importante est le point
> Pb
de
;
Pa
—
vernal ou point gamma, qu'occupe le
centre du Soleil à l'équinoxe de
printemps.
Pour bien comprendre l'effet astronomique produit par la rotation
sur place de cette sphère, il faut
admettre que son grand cercle fondamental est celui que le Solei) décrit, en une année sidérale, dans le
sens direct, qui est inverse de celui
des aiguilles d’une montre, en bref
le cercle de l’écliptique, ainsi dénommé parce que le Soleil et la Lune s’y trouvent à la fois au moment
des éclipses, L'axe fondamental de
tôt deux cônes opposés par le sommet) autour de l'axe des pôles de l’écliptique, dans le sens rétrograde. Par suite du déplacement de sa ligne des
pôles, l'équateur se déplace d'un mouvement lent, qui fait faire au point
vernal ou point y le tour de l’écliptique en 26000 ans environ, dans le
sens rétrograde, sans que varie l'inclinaison de l’équateur sur lécliptique.
Si, par exemple, entre l'équinoxe de mars d'une certaine année et
l'équinoxe de mars de l’année suivante, le pôle boréal de l'équateur passe
de Pi en P2, l'équateur céleste passe de 1 en 2 et le point vernal de y1
en y2. Cette rétrogradation du point vernal sur l'écliptique est de 50,26
secondes d’arc en moyenne par année tropique.
Entre deux équinoxes de printemps consécutifs, le Soleil se dirige à
partir du point +1 dans le sent direct, sur l’écliptique, vers le point y 2,
qu’il rejoint au bout d’une année tropique. Poursuivant Ja route, i] couvre
360 degrés au bout d’une année sidérale, soit 20 minutes 25 secondes plus
tard. I} se trouve alors à la position qu’il occupait, avec le point y 1, à
l'équinoxe de printemps précédent. Autrement dit, le printemps, inauguré
par le passage du Soleil au point vernal, commence chaque année 20 minutes 25 secondes plus tôt que l’année précédente. C’est ce phénomène
qu'on nomme la précession des équinoxes.
A notre avis, la rotation sur place de la sphère du Ciel n’est autre que
le mouvement de précession qui produit la précession des équinoxes. C'est,
selon nous, à ce mouvement que Platon fait allusion, quand il dit, dans le
Cratyle : « Concernant le ciel, ce qu’on appelle sa rotation axiale sur les
pôles > (1). Et c'est, selon nous, le point vernal qui, à la page 36 e du
Timée, est désigné comme « le point de croisement > de l’équateur et de
l'écliptique.
Voici, à l'appui de cette conjecture, un texte de Sir John Herschel,
qui décrit la précession des équinoxes par la rotation sur place d’une sphè.
re porteuse du point vernal ou équinoxe vernal, sphére constituée, comme
chez Platon, par « les cieux dans leur totalité >:
< Au point de vue astronomique, l'effet immédiat de la precession des
équinoxes est de produire une augmentation uniforme de la longitude de
tous les corps célestes, aussi bien fixes qu’errants, Car l’équinoxe vernal
*tant le point initial des longitudes, comme il l’est de l'ascension droite,
toute rétrogradation de ce point sur l’écliptique se répercute pareillement
la sphere passe par le pöle boréal
et le pôle austral de l'écliptique.
sur les longitudes de tous les corps célestes, qu’ils soient au repos ou en
mouvement, et produit proportionnellement à son amplitude, l'apparence
d'un mouvement en longitude commun à tous, comme si les cieux dans leur
L'équateur devient un cercle oblique, séparé de l’écliptique par un
totalité avaient une lente rotation autour des pôles de lécliptique dans la
longue période ci-dessus mentionnée, rotation analogue à celle qu'ils ont en
Fig. 1. — La rotation sur place du angle d'obliquité. L’axe des pôles de
vingt-quatre heures autour de ceux de l'équateur, Le lecteur, cela va sans
i
Pa
Clel et la précession des équinoxes. Le
point vernal passe de
yl à y2 en une
Véquateur devient oblique lui aussi
dire, est prié d'observer et de garder présent à l'esprit que cet accroisseet son
ment de longitude n’est, à proprement parler, ni en réalité ni en apparence
inclinaison sur l'axe des póannée troplaue, pendant que le soleil
les de Pécliptique est égale à l'angle
vient à sa rencontre sur l'écliptique.
d’obliquité w. (Voir Figure 1).
un mouvement des étoiles. Il s’agit d’un résultat purement technique, naissant de ce que le point zéro à partir duquel les longitudes sont appréciées
(1) Timée, 34 a,
Seite 5
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)recule graduellement, Une étoile fixe eút été choisie comme origine des
longitudes que celles-ci eussent été invariables » (1).
Le mouvement de précession de la sphére du Grand Tout nous semble
avoir été annoncé aussi dans les passages du Timée, de l'Epinomis, de la
République, oú il est question de « huit révolutions », dont les sept autres
sont les mouvements propres des planètes.
Dans le Timée, on trouve d’abord les huit révolutions mentionnées en
mème temps que le Soleil, comme pour suggérer que le Soleil de printemps
participe à la rétrogradation séculaire du point vernal :
& Or, afin qu'il y eût une mesure claire à leurs rapports de lenteur et
de vitesse et que les huit révolutions suivissent leur route, le Dieu alluma
un flambeau dans le deuxième circuit au-dessus de la Terre; c'est à lui
que nous donnons maintenant le nom de Soleil » (39 b)
Les « huit révolutions > sont encore mentionnées dans le fameux
passage relatif à < l'année parfaite > :
« Le mois, c’est quand la Lune, ayant fait le tour de son orbite, a rattrapé le Soleil ; l’année, quand le Soleil a fait le tour de son orbite. Quant
aux autres planètes, leurs révolutions n’ont pas été considérées par les
hommes, à l'exception d'un tout petit nombre ; aussi ne donnent-ils pas de
noms à ces révolutions ; leurs rapports mutuels, ils ne cherchent pas à les
mesurer par l’observation et à les exprimer par des nombres, de sorte que,
pour ainsi dire, ils ne savent pas qu'un temps est marqué par leurs courses
errantes, qui occupent une durée incroyable et offrent des particularités
merveilleuses. Il n’en est pas moins possible cependant de se rendre compte que par le nombre parfait du Temps l’année parfaite est accomplie une
fois que, toutes ensenrble, les huit révolutions, ayant trouvé un commun
multiple à leurs périodes respectives, arrivent à une somme qui contient
un nombre exact de fois le cycle du Méme, du Semblable en sa course >
(39 e-d). (2).
Dans la République, au mythe d’Er le Pampbylien, sur lequel s’achéve
le dixième livre et le dialogue, te système formé par les mouvements propres des mobiles astronomiques est figuré par un fuseau, dont la tige sym-
(1) Sir John F. W. Herschel. Outlines of Astronomy. London 1887 (17° édition: 1849), paragraphe 313, pages 202-203, trad. Lenis Blanche. Les termes
techniques employés dans ce texte sont expliqués dans notre Appendice I, La
longue période de 25 780 ans ici mentionnée est égale à 9451512 jours sidéraux, À noter que la « grande année » de Platon « contient un nombre exact de
fois le cycle du Méme, du Semblable en sa course ». (Timée, 39 e). Sur la date
de la découverte de la précession des équinoxes, voir notre Appendice II.
(2) Il s’agit, selon nous, d'un nombre entier de jours sidéraux, le jour sidéral étant la période de la révolution diurne d'est en ouest du point vernal, période annoncée, à notre avis, par cette phrase du Timée : « La nuit, donc, et le
jour sont nés de cette façon et pour ces raisons ; c'est la période de Ja révolution qui est une et Ia plus intelligente > (39 b-c). Cette révolution, antérieure
à la création du soleil, n'a pas pour période le jour solaire. Elle n'est pas la
révolution multiple des étoiles.
- 31
—
A noter que l'expression « la nuit et le jour >
désigne une période de 24 heures, sans allusion nécessaire au Soleil. Dans Les
Travaux et les jours, Hésiode recommande à son frère d’ « exposer les grappes
au soleil dix jours et diz nuits, et de les mettre à l'ombre pendant cinq » (612).
Or, comme chacun sait, le Soleil ne brille pas la nuit.
—
bolise l'axe des pôles de l’écliptique: les pesons s'emboitent l'un dans
l’autre, montrant le cercle de leurs bords pour représenter chacun un
orbe. Or on peut y lire que « huit, c'était en effet le nombre total des pesons > (616 e), avant de voir l'auteur faire correspondre un peson à chacune des sept planètes, un peson au Tout, préciser que les planètes tournent
en sens inverse du Tout, et laisser entendre que la révolution du Tout est
la plus lente :
« Enfin, tandis que le fuscau tout entier tournait circulairement d’un
mouvement uniforme, la révolution du tout comprenait la paisible révolution, en sens contraire de celle du tout, des sept cercles intérieurs > (617 a).
L’Epinomis fait allusion à une buitième révolution s'effectuant en sens
inverse des sept autres dans ce passage consacré aux mouvements propres
des mobiles astronomiques :
« Parlons encore de trois mouvements, qui sont ceux d’astres dont le
cheminement, de compagnie avec le soleil et la lune, se fait vers la droite.
Une divinité distincte, la huitième, doit être mentionnée également, celle
que l'on pourrait désigner spécialement par le nom de « Cosmos >, dont le
cheminement a lieu en sens contraire du cheminement de tous les astres
dont il a été question, et qui ne mène pas les autres puissances, ainsi qu'en
auraient du moins l'impression des hommes qui ne savent pas grand'chose
en ces matières ». (987 b).
2. Les révolutions hypothétiques des astres
Ce qui est dit, dans le Timée, touchant la signification astronomique de
Pame du Monde, est fait d’hypothéses qui constituent un véritable traité
de mécanique céleste, L’exposé de ces hypothèses intervient au moment où
le Démiurge achève de constituer la série des nombres qui expriment les
distances des orbes planétaires au centre du Monde :
« La série ainsi obtenue, d’un bout à l’autre il Ja fendit en deux dans
le sens de la longueur; ces deux ‘bandes, il les fixa l’une sur l’autre par
leur milieu en forme de X (khi) ; puis il les ploya pour former de chacune
un cercle et réunit entre elles toutes les extrémités à l’opposé du point
de croisement ; puis, du mouvement qui fait tourner les objets sur place et
par les mêmes points, il les saisit par le pourtour, et de ces cercles il fit
Pun extérieur, l’autre intérieur. Le mouvement du cercle extérieur, il l’adjugea à la nature du Méme, celui du cercle intérieur à celle de l'Autre, Le
mouvement du Mème, il le fit donc tourner horizontalement vers la droite,
celui de l’Autre obliquement vers la gauche, et il donna la primauté à la
révolution du Même et du Semblable : dans son unité, en effet, il la laissa
indivise ; quant à la révolution intérieure, il la divisa en six pour en faire
sept cercles inégaux, dont les distances correspondent aux intervalles doubles et triples (1), ceux-ci étant trois de chaque strie; il prescrivit à ces
cercles d'aller en sens inverse les uns des autres, trois avec des vitesses
(1) L'allusion aux « intervalles doubles el triples > signifie que les distances des sept planètes au centre commun de la Terre et du Monde sont entre
elles comme les sept nombres 1, 2, 3, 4, 8, 9, 27, série composée d’après deux
progressions géométriques de quatre termes : l'une de raison double (1, 2, 4, 8},
Pautre de raison triple (1, 3, 9, 27). L'ordre des orbes planétaires étant indiqué
au mythe d’Er, on obtient cette loi des distances : 0, Terre ; 1 Lune ; 2, Soleil ;
3, Vénus ; 4, Mercure ; 8, Mars ; 9, Jupiter; 27, Saturne.
Seite 6
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)Nous voici parvenus au paragraphe terminal, où git le secret du Timée. Ce paragraphe s'appuie sur les données de l'observation pour classer
les astres et décrire leurs mouvements. Il contient aussi l'explication de
égales, les quatre autres avec des vitesses inégales entre elles et à celles
des trois précédents, mais tout d'un mouvement bien réglé > (36 b-d).
Nous venons de lire que trois cercles ont des vitesses égales. Il est dit
un peu plus loin, dans le Timée, que « l’astre du matin et celui qu'on dit
consacré à Hermès eurent des circuits dont le temps de révolution s'égalait
à la course annuelle du Soleil » (38 d). Certains commentateurs ont vu là
un embryon du système solaire.
Nous avons vu aussi deux familles de mouvements hypothétiques dont
les plans fondamentaux sont l'équateur et l'écliptique. Le premier apparait
d'emblée plus important que le second, puisqu'il est dit horizontal et le
second oblique. Timée renchérira plus loin : Le trajet de l'Autre, qui était
oblique, croisait dans sa course le trajet du Mème et était dominé par lui »
(39 a-b). Et, en parlant des astres : « La révolution du Méme et du Semblable les tient sous son commandement » (40 b). Pourquoi cette prééminence accordée, avec une telle insistance, à l'équateur céleste ?
À n’en pas douter, Platon veut se faire le propagandiste des coordonnées équatoriales pour la détermination des mouvements astronomiques.
Dans les Lois, il avait fait le procès des coordonnées horizontales, qui
masquent la circularité des orbes planétaires (1). Elles masquent d’ailleurs
aussi la circularité des orbes stellaires. Timée détermine les directions des
mobiles en se tournant vers le Sud. Or, si le regard de l’observateur pivote
du Nord au Sud, le rayon des courbes décrites par les étoiles grandit et, à
l'horizon Sud, elles sont presque des droites parallèles. De toute façon,
Yobservateur ne perçoit qu'une partie des orbites, sauf pour les étoiles
circumpolaires, et il appartient à l'astronomie sphérique de compléter par
des hypothèses les données de l'observation. Tel est précisément l'office
des coordonnées équatoriales, préconisées par Platon (2).
Les coordonnées équatoriales horaires (angle horaire et déclinaison}
signalent la « révolution du Mème et du Semblable >, que nous appelons
aujourd'hui la révolution diurne collective de tous les astres, fixes ou errants, dans le sens rétrograde. Les coordonnées équatoriales célestes (ascension droite et déclinaison) signalent ce que Timée nomme le « mouvement de l’Autre >, c’est-à-dire les révolutions zodiacales des sept astres
errants dans le sens direct, mouvements propres auxquels la sphère des
étoiles fixes, laissée en repos par ce système de coordonnées où elle est
une surface de référence, ne participe point.
(1) € — L'ATHÉNIEN: Nous autres Grecs, tous si je puis dire, nous tenons,
chers amis, un langage erroné au sujet de grandes Divinités: c'est à la fois
Soleil et Lune que je veux dire.
— Cuinras: Et en quoi consiste cette erreur
?
— L'ATHÉMEN : Nous disons de ces divinités, ainsi que de certaines autres
avec elles, qu'elles ne suivent jamais la mème route, et, pour cette raison, nous
les appelons des astres errants, des « planètes » (...) Ce n'est pas une doctrine
juste, mes chers amis, concernant la lune, le soleil et les autres astres, celle qui
est accréditée et d'après laquelle ce sont bien des astres errants, alors que c'est
tout le contraire qui est la vérité : chacun d’eux parcourt en effet la même route, et, non pas plusieurs, mais en cerele une seule et toujours, tandis qu'en
apparence multiple est sa trajectoire, > 821 b et 822 a. Robin, t. II, pp. 912
et 914.
(2) Voir ci-après, l’Appendice I.
—
ces mouvements à l'aide d’hypothéses.
e—tow
IV. - L'astronomie physique du « Timée »
[urn
guaient.
1. L'astronomie poétique devant les données de l'observation
Pour bien entendre le paragraphe capital, à la fois descriptif et explicatif, que nous abordons, il importe de savoir sur quels critères l’astronomie d’observation classait alors les astres et quels phénomènes l’intri:
La classification platonicienne des astres en étoiles (ou constellations)
sur la
et planètes est fondée sur la considération de leur position relative
sphère locale et sur l'horizon local. Cette classification précède immédiatement, dans le Timée (40 a-c) la phrase célèbre relative à la position et
à l'état de mouvement de la Terre,
Les étoiles offrent deux caractéristiques. Ce sont, d'une part, « les
astres qui n’errent pas », c'est-à-dire dont la position relative sur la sphère locale ne change pas ( ou ne change qu'insensiblement au cours des
millénaires), de sorte qu’un Aratus pourra décrire les constellations une
fois pour toutes ; elles sont, d'autre part, « les astres qui, doués de révolution circulaire selon jes mêmes points, en même place toujours demeurent », ce qui veut dire que ces astres se lèvent et se couchent chaque
année aux mémes points de l'horizon local.
Les planètes se reconnaissent à deux signes distinctifs. Ce sont, d’une
part, « les astres qui ont une course errante », parmi les étoiles. Ce sont,
d'autre part, « les astres qui reviennent sur leurs pas >. Cette locution,
pour
qui peut surprendre le lecteur d’aujourd’hui, érige en une loi valableannuel
la Lune, Mercure, Vénus, Mars, Jupiter, Saturne, le balancement
entre deux points tropiques de l'horizon, qui caractérise les coordonnées
fs,
horizontales du Soleil: entre deux solstices d'été ou d'hiver consécuti
qui
le Soleil levant ou couchant fait un aller et retour sur l'horizon local,
modifie chaque jour les points de son lever et de son coucher. En somme,
comme nous l'avons vu dans le Timée, on ne connaissait guére, en fait de
planètes, que le Soleil et, beaucoup moins, la Lune.
Les lecteurs auxquels s'adressait le Timée avaient eu pour maîtres en
astronomie Homère et Hésiode. Or, en matière d’astronomie stellaire, ces
deux poètes s'intéressent au lever et au coucher des astres, donc à leur
mouvement annuel, non à leur mouvement diurne. Et, en matière d’astrono
mie planétaire, ils ne s’intéressent guère qu’au Soleil, bien qu'ils nomment
ou comme
aussi la Lune, ainsi que Vénus, désignée comme l'Etoile du soir
;
PEtoile du matin (1).
;
Homère mentionne plus d'une fois le moment où les étoiles plongent
dans l'Océan ou en émergent, autrement dit leur coucher et leur lever
annuels. Dans Pllíade, il chante par deux fois une étoile qu'il ne nomme
(1) Etoile du soir (f{éade, XXII, 317) ; Etoile du matin (Iliade, XXIII, 226 ;
Théogonie d'Hésiode, 382).
Seite 7
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)point — Sirius, du Grand Chien. D'abord, à l'apparition de Diomède
:
¢ On dirait l’astre d'automne qui resplendit d'un éclat sans rival quand
n
—
— 33
Quels sont les constituants du groupe des « astres dont le ciel se couronne >? Ces astres ne sont pas innombrables, puisqu'on peut les faire
il s'est baigné dans l'Océan ». Ensuite, lorsqu'il nous fait admirer Achille
figurer tous sur le bouclier; et, d’autre part, ils forment une couronne
« tout brillant, dans sa course à travers la plaine, comme l’astre qui vient
autour du ciel. Seul l’ensemble des douze constellations zodiacales ou éclipà Pautomne... et qu'on appelle le chien d'Orion », chasseur de l’Ourse (1).
Dans l’Odysée, il y a un moment où « Ulysse regardait les Pleiades, le
Bouvier lent à se coucher, et l’Ourse qu'on appelle aussi le Chariot, qui
une couronne limitée par deux parallèles équidistants d'un grand cercle,
tourne sur place en guettant Orion et, seule des constellations, ne se baigne
pas dans l'Océan » (2).
Quant à l’astre du jour, Homère ne se borne pas à évoquer son lever
et son coucher (3). Il est le premier à faire état de son mouvement annuel
sur l'horizon, dans ces vers de l'Odyssée :
« On appelle Syros — connais-tu ce nom -là ? — une ile qui se trouve au-dessus d’Ortygie, où sont les tournants du Soleil » (4).
tiques répond à ce signalement. Le Zodiaque apparaît effectivement comme
qui est l’écliptique. Cette zone, qui s'étend sur 17 degrés de latitude, a été
divisée en douze signes de 30 degrés chacun (diamètre moyen du Soleil},
et dont chacun était occupé, à l’époque où cette division a été opérée, par
une constellation. De ces douze constellations, il y en a toujours six audessus de l'horizon nocturne et, au bout d'une année, les douze auront été
visibles. Les signes du Zodiaque étaient appelés e les maisons du Soleil >»,
parce que le Soleil passe un mois dans chaque constellation zodiacale.
Mais les six autres astres errants ne quittent jamnis le Zodiaque. Dans
Du mot grec tropos, employé ici pour dénommer un « tournant » ou
ce texte, Homère associe, non seulement le Soleil, mais aussi la Lune aux
retour en arrière du Soleil à chaque solstice, on a fait dériver le mot
tropique, pour désigner le cercle que le Soleil décrit au solstice d’hiver
ou au solstice d’été sur la sphère céleste.
Homère était-il si savant ?
constellations du Zodiaque. Hésiode y associe Vénus, quand il dit qu’ « Aurore enfantait l'Etoile du matin et les astres étincelants dont se couronne
le ciel » (1). Signalons, en passant, que, pour Homère, Vénus était « un
astre qui va parmi les astres > (2), donc une planète et non une étoile fixe.
À qui veut se faire une idée des raisons pour lesquelles le savoir
Quand on examine attentivement le décor ciselé sur le bouclier d’Achilastronomique d'Homère était porté aux nues par Héraclite et Platon (5),
le, on y trouve des indications qui permettent d'identifier quatre cercles
astronomiques: l'écliptique, l'équateur, "horizon, le cercle de visibilité
it convient de s'arrêter au ‘bouclier d'Achille, décrit au chant XVII de
l'Iliade. On a voulu voir dans le décor de ce bouclier, forgé par Héphaestos
pour Achille à la demande de sa mère Thétis, un système du monde. Nous
y voyons, nous, une annonce des cercles servant à l'appréciation des coordonnées astronomiques :
« Héphaestos y crée un décor multiple, fruit de ses savants pensers.
Il y figure la terre, le ciel et la mer, le soleil infatigable et la lune
en son plein, ainsi que tous les astres dont le ciel se couronne, les Pléiades,
les Hyades, la Force d’Orion, l’Ourse — à laquelle on donne le nom de
Chariot — qui tourne sur place en regardant Orion, et qui, seule, ne se
baigne jamais dans les eaux d’Océan » (6).
perpétuelle.
L'écliptique, en premier lieu, ce grand cercle qui partage le Zodiaque
en deux parties égales : le Soleil et la Lune « en son plein » ne peuvent
être vus en même temps que si la Lune est sur l'écliptique, en opposition
avec le Soleil; d'autre part, l'écliptique passe entre les Pléiades et les
Hyades (3).
L'équateur qui, de nos jours, coupe Orion en deux, devait frôler, au
temps d’Homère, Betelgeuse, la plus belle étoile d’Orion (la Force d'Orion ?).
Du fait que la Grande Ourse ne descend jamais au-dessous de l’horizon pour prendre part aux bains dans l'Océan, elle définit en tournant sur
Si on analyse cet ensemble, on y découvre trois groupes d'objets
:
1 — la terre, le ciel et la mer;
2 — le Soleil, la Lune, « ainsi que tous les astres dont le ciel se couronne >;
3 — quatre constellations: les Pleiades, les Hyades, Orion, l’Ourse
(notre Grande Ourse).
place le cercle de visibilité perpétuelle. Il se trouve au surplus que la
Grande Ourse tourne en un an autour du pôle de Péquateur,
Ii n’est pas interdit de voir là une série de coincidences. Mais comment
expliquer que l’auteur de l’Iiade ait jugé le Bouvier, le « chien d’Orion >
et Vénus indignes de figurer sur le bouclier d'Achille, alors qu'il attribue
au chien d’Orion « un éclat sans rival » et fait de l'Etoile du soir < le plus
beau des astres qui se tiennent dans le ciel > ? Ce serait, à notre avis, une
explication paresseuse que d'affirmer purement fortuit le choix exclusif,
(1) Hiade, V, 5 (Dioméde), XXII, 26 (Achille).
(2) Odyssée, V, 272-275.
(3) Iliade, VII, 421 (lever du Soleil), VIII, 485 (coucher du Soleil).
par les e savants pensers > d'Héphaestos: d'une constellation écliptique
(le Taureau, qui est un des signes du Zodiaque, et auquel se rattachent les
Pléiades et les Hyades) ; d'une constellation équatoriale (Orion), et d'une
constellation circumpolaire (l’Ourse) (4).
(4) Odyssée, XV, 404.
(5) « Homère, selon Héraclite, connaissait aussi les lois des astres » (frag.
44 a), « Maître de la plupart est Hésiode: ils s’imaginent qu'il possédait le
plus grand savoir, lui qui ne connaissait ni la nuit ni le jour. Car c’est tout
un > (fragm. 65). D'autre part, Ion, dans le dialogue platonicien qui porte son
nom, déclare que, dans l'Iliade, « Homère a fait mieux assurément » qu'Hésiode ou le reste des poètes sur « ce qui se passe dans le ciel > (351 c-d).
(8) Hiade, XVIII, 483-489.
(1) Theogonie, 382.
(2) Iliade, XXII, 317.
(3)
+ Les étoiles du Taureau, notamment les Pléiades, étaient pour les
Egyptiens, pour les Chinois et encore pour les premiers Grecs, les étoiles de
l'équinoxe ». Camille FLawsanion, Astronomie populaire, nouvelle édition, Paris, 1953, p. 46, En fait, à l'époque d’Homére (vers 1 000 av. J.-C. ?), Péquinoxe
était au milieu du Bélier.
(4) Voir l’Appendice TIT.
Seite 8
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)Dans Les Travaux et les Jours, d'Hésiode, les Travaux, qui sont la
première partie du poème, contiennent une véritable « Astronomie agricole et nautique ». Les trois quarts de ce calendrier sont consacrés aux
travaux des champs, le reste à la navigation. S’adressant à son frère Persès, Hésiode lui indique à quel moment de l’année doit être effectuée
chacune des tâches de la vie paysanne, en quel temps il est bon de naviguer, en quel autre il est plus prudent de tirer le navire à sec. Il se réfère,
pour donner ces dates, au mouvement annuel des étoiles et du Soleil par
rapport à l'horizon. Il
nomme les mêmes constellations qu’Homére,
à
37
—
2. Les problèmes astronomiques et leur résolution
Il s'agissait donc, avant tout, pour l’auteur du Timée, d'expliquer deux
sortes de phénomènes :
— le fait que les constellations sont des astres fixes, ayant un lever
et un coucher annuels aux mêmes points de l'horizon local, et décrivent
toujours les mêmes courbes sur la voûte céleste ;
— le fait (érigé en loi générale du mouvement planétaire) que le
Soleil se lève et se couche chaque jour en des points différents de l’horil'exception de ’Ourse qui, n’ayant ni lever ni coucher, n'offre point d'usage
calendaire : le Bouvier, qu’il appelle la constellation d’Arcture, notre Arcturus; Orion, qu'il appelle tantôt de ce nom, tantôt, comme Homère, la
Force d’Orion ; Sirius, nom qui désigne sans doute, par sa magnifique étoile blanche, le Grand Chien tout entier; les Pléiades et les Hyades, Les jalons fournis par les astres fixes sont: le lever, le coucher, plus rarement
le passage au méridien, qu'il nomme, en reprenant textuellement Homère,
(1) le milieu du ciel (609-610).
zon, et revient périodiquement sur ses pas.
En ce qui concerne le Soleil, dont Poscillation donne la mesure de .
l'année tropique ou des saisons, Hésiode parle à trois reprises de ses
« tournants », pour marquer le solstice d'hiver ou d'été, Il recommande
de labourer avant le solstice d'hiver, sans « attendre les jours où tourne le
signifie que tous les astres
q ia révolution du Même et du etSemblable
décrivent quotidiennement des orbisoleil > (479) ; de tailler les vignes deux mois après le solstice d’hiver,
« quand Zeus, après qu'a tourné le soleil, a parfait soixante jours d'hiver > (563-564) : de ne pas s’aventurer sur mer pendant plus de cinquante
jours après le solstice d'été, car « c’est cinquante jours, à partir du tournant du soleil (tropas helioio), au cœur du lourd été, que, pour les mortels, dure la saison navigante » (663-665).
Qu’avons-nous appris,
siode ?
en
étudiant l'astronomie d'Homére
et d’He-
Nous avons appris qu'en astronomie de position, les « phénomènes >
ont un âge et peuvent devenir caducs.
Seuls les initiés savent aujourd’hui que les étoiles ont un mouvement
annuel : leur révolution diurne est un « phénomène >, depuis que le télescope a permis de voir les étoiles en plein jour. D'autre part, en quelque
point de la Terre qu'il se trouve, un observateur terrestre ne peut voir,
au cours d'une révolution, qu'une « zone >, un certain pourcentage de la
sphère locale. Le « mouvement diurne de la sphère des fixes » n'est donc
pas une donnée de l'observation ; c'est une double hypothèse, sur la période
du mouvement et sur la forme du mobile ; hypothèse imaginée pour rendre
compte d’apparences observées nuit après nuit au cours d'une année,
Quant au balancement annuel du Soleil sur l'horizon, il a cessé, depuis belle lurette, d’être un phénomène. Nicolas Copernic s'est évertué à
en rendre compte, en attribuant au globe terrestre un mouvement de précession de son axe dans le sens rétrograde, autour d'un axe perpendiculaire au plan de l'écliptique, avec l’année tropique pour période, Mais, ni
ses successeurs immédiats, comme Kepler, ni même ses contemporains, ne
sont parvenus à comprendre de quelles apparences ce « troisième mouvement » de la Terre était chargé de rendre compte.
a) Iliade. XVI, 777, « Tandis que le soleil, dans sa course, occupe le milieu
du etel... >.
Le premier degré de l'explication consistera à rétablir dans leur intégrité les mouvements apparents dont nous ne percevons qu'une partie sur
la voûte céleste, à partir d'un lieu déterminé de la Terre. Le deuxième
degré de l'explication consistera à chercher la cause des mouvements apparents, ainsi reconstitués.
La theorie du Même et de l'Autre suffit à une explication du premier
egré.
sont entrainés de l’est vers l'ouest
tes circulaires, avec l'équateur pour plan fondamental. Le fait que, dans Ja
révolution diurne, les vitesses sont inégales, rend compte de la révolution
annuelle des étoiles: leur mouvement annuel résulte de l'avance quotidienne qu'elles prennent sur le Soleil.
Du temps de Platon, le vulgaire admettait généralement que tous les
astres vont d'est en ouest et que le retard des planètes et, en particulier,
du Soleil sur les étoiles explique leurs révolutions zodiacales d’ouest en
est : les planètes semblent aller en sens inverse des étoiles, parce qu'elles
cheminent plus lentement que les étoiles. On estimait que la Lune, du fait
qu’elle accuse le plus grand retard quotidien sur les étoiles, est la planète
la plus lente ; et que Saturne, qui a le plus petit retard quotidien sur les
dotée d'un mouvement propre en sens inverse du mouvement diurne colétoiles, est la planète la plus rapide. Dans le Timée, chaque planète sera
lectif des astres. La Lune, qui fait le tour du Ciel dans le sens direct en
trente jours, sera la planète la plus rapide ; et Saturne, qui fait le tour du
Ciel en trente ans, sera la planète la plus lente. C’est en sens inverse les
unes des autres et non plus des étoiles que les planètes sembleront aller,
par suite de l'inégalité de leurs vitesses respectives. .
En vertu de la révolution de l'Autre, les planètes circulent d'ouest en
est sur des cercles, les années planétaires respectives étant des périodes
inégales, et l’écliptique étant le plan fondamental. Cette hypothèse permet
d'interpréter le balancement annuel du Soleil comme un mouvement hélicoïdal dont une partie seulement est visible. Timée s’en était expliqué,
après avoir annoncé les révolutions zodiacales des planètes dans le sens|
:
direct autour de l'axe des pôles de l'écliptique
« Mais, par l'effet de la révolution du Même, celles dont le cycle était
le plus rapide semblaient, les rattrapant en fait, se laisser rattraper par
celles qui allaient plus lentement; en effet, toutes leurs orbites, cette révolution les enroulait en hélice, du fait que c’est suivant deux plans que la
planète devait en sens inverse simultanément avancer » (1).
(1) Timée, 39 a, Robin, t. II, p. 464.
Seite 9
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)Le moment nous semble venu de placer sous les yeux du lecteur le
passage du Timée que nous interprétons, de manière qu'il puisse y retrouver d'emblée : le Cosmos, les deux grandes classes d’astres, les phénoménes observables et le premier degré de leur interprétation. La création par
le Démiurge de ces Dieux visibles qui constituent l’espèce céleste des vivants est le thème du morceau
:
« Pour ce qui est de l’espèce divine, la plus grande partie de sa substance fut constiluee de feu, afin qu’elle offrit à la vue le plus grand éclat
et la plus grande beauté ; pour qu’elle fit à l’image du Tout, il lui donna
une forme bien ronde; puis il l’installa dans la révolution intelligente du
cercle le plus puissant, pour qu'elle en suive la course; il distribua en
effet les astres par toute la voûte du Ciel, pour qu’elle fat un cosmos
véritable, orné partout de leurs broderies. En fait de mouvements, il en a
attaché deux à chacune: d’abord le mouvement en même place et selon
les mêmes points, car chacun sur les mêmes objets roule toujours, d'accord avec soi, les mêmes pensées ; en second lieu, le mouvement en avant,
car la révolution du Méme et du Semblable les tient sous son commandement. Sous le rapport des cinq autres mouvements, chacun fut immobile
et en repos, afin qu’il eût le plus possible de perfection. Et voila pour
quelle cause sont nés tous ceux des astres qui n’errent pas, vivants divins
et éternels, qui doués de rotation selon les mêmes points, en même place
toujours demeurent ; quant à ceux qui reviennent sur leurs pas et ont une
Outre ce genre de mouvements réels, les astres ont un mouvement fictif, le « mouvement en avant >: c'est leur révolution diurne d’est en ouest
sur des orbites parallèles à l’équateur.
Le mouvement apparent des astres résulte de ce que leur mouvement
fictif vient se superposer à leur mouvement réel,
Dans le cas des étoiles, la révolution diurne se compose avec la rotation sur place. « Et voilà pourquoi il y a des astres qui n’errent pas, des
astres qui, doués de rotation suivant les mêmes points, en même place toujours demeurent ».
Dans le cas des astres dits errants, la révolution diurne d'est en ouest
selon l'équateur se compose avec la révolution annuelle d'ouest en est
selon l'écliptique, et la résultante est une trajectoire hélicoidale. « En effet,
(comme nous l'avons vu plus haut) cette révolution du Même enroulait
toutes leurs orbites en hélice, du fait que c'est suivant deux plans que la
planète devait avancer simultanément en sens inverse ».
Mais pourquoi cette révolution fictive du Mème et du Semblable, qui
« tient tous les astres sous son commandement » ?
La réponse est énoncée en toutes lettres : parce que la Terre effectue,
autour d'un axe perpendiculaire à l'équateur céleste, une rotation sur place
qui a pour période le jour.
On peut donc admettre que, pour l’auteur du Timée :
1 — les étoiles sont en rotation sur place ;
course errante, telle que nous l’avons plus haut décrite, nous avons dit
aussi de quelle façon ils sont nés. Quant à la Terre, notre nourrice, elle se
tient en roulement sur Vessieu qui traverse l’Univers
; elle est, par ce mécanisme, la gardienne et l’ouvriére de la nuit et du jour; c’est la première
et la plus ancienne des divinités qui sont nées à l’intérieur du Ciel, Or, décrire les chœurs dansés par ces planètes, leurs approches l'une vers l’autre,
les régressions et les avances de leurs cercles sur eux-mémes ; dire, dans
leurs conjonctions, lesquelles de ces Divinités se mettent les unes devant
les autres et combien sont à l’opposite, montrer lesquelles se font l'une à
l'autre écran, et au bout de quels temps chacune se cache à nos yeux pour
de nouveau reparaitre, jetant ainsi l’effroi et, sur les suites de ces événemeuts, apportant des présages aux gens qui ne sont point capables de les
soumettre au calcul, voilà ce qu'on ne saurait faire sans mettre sous les
yeux une représentation mécanique de ces mouvements: ce serait un labeur vain ! Mais en voilà assez comme cela sur ce sujet ; à cet exposé sur
ta nature des Dieux visibles et sujets à la naissance, mettons fin » (1).
Le second degré de l’explication consiste en deux choses: distinguer,
chez les mobiles astronomiques, le mouvement réel du mouvement apparent, déterminer les causes du mouvement apparent,
Voici, à notre avis, en quoi consiste, dans ce paragraphe, le second
degré de l'explication, autrement dit : l'hypothèse astronomique de Platon :
Les astres, en raison de leur sphéricité, ont deux mouvements qui leur
sont propres: la rotation sur place, qui appartient aux étoiles fixes; la
progression par roulement, qui appartient aux astres dits errants. Ces deux
révolutions circulaires sont deux espèces d’un même genre: « le mouvement en même place et par les mêmes points ». Ce qui veut dire que les
orbites planétaires sont fixes.
—
39
2 — les planètes sont en translation sur des orbites circulaires fixes,
dans le sens direct, cette translation étant une progression par roulement ; (1)
3 — la Terre est en rotation sur place autour de l’axe des pôles de
l'équateur céleste, rotation réelle qui a pour effet l'illusion d'un mouvement
de tous les astres dans le sens rétrograde, parce qu'elle s'effectue dans le
sens direct.
,
A la réflexion, l'hypothèse astronomique de Platon n’est pas sans analogie avec celle que proposera plus tard Tycho-Brahé. En effet, tout en
étant « géocenirique » c'est-à-dire en mettant la Terre au centre de la
sphère du Monde, sinon des orbes planétaires, elle semble faire, en un certain sens, de l'Univers, un système « solaire ». C'est vraisemblablement le
mouvement diurne d’est en ouest du Soleil, seul astre à se lever et à se
(1) John Bunser écrit, dans son livre sur L'aurore de la philosophie grecque,
Payot, 1952, page 125, note 1: « L’opinion que les planètes se mouvaient circulairement de l'ouest à Vest est attribuée par Aétius, II, 16, 3, à Alcméon
(parag. 96), ce qui implique à coup sir que Pythagore ne la professait pas.
Comme nous le verrons (parag. 152), il est loin d’être certain que ce fût celle
d'un quelconque des Pythagoriciens. Il semble plutôt que ce fut une découverte
de Platon >. C'est possible, mais on peut lire dans la Métaphysique d'Aristote,
à propos d’une theorie: « Sensiblement la même paraît ovoir été la doctrine
d'Aleméon de Crotone, soit que celui-ci ait regu ses idées des Pythagoriciens,
ou ces derniers d'Aleméon, car il florissait au temps de la vieillesse de Pythagore, et les doctrines sont presque identiques >. (A, 5, 986 a, 25, trad. Tricot, p.
i D'autre part, Platon, meilleur géomètre qu’Aristote, savait que la progres-
25).
sion orbitale de la Lune est accompagnée d'un « roulement > d'égale durée.
Pour un observateur solaire, il n’y a pas de « face cachée » de la Lune: il la
(1) Timée, 40 a-d. Robin, t. II, pp. 455-456,
voit effectuer une rotation mensuelle dans le même sens que la translation,
Seite 10
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)9 —
semblable, mais toujoursla
on ne constate rien de aux
étoiles fixes. Or Pobservati
mémes régions de
er
couch
leur
et
lever
leur
coucher tous les jours, seul astre à décrire manifestement les deux moitiés
du grand cercle de l'équateur aux équinoxes, qui a suggéré, en un temps où
on ne voyait pas les étoiles le jour faute de télescopes, l'hypothèse du
les mêmes étoiles ont
Terre > (1),
des équiroxes. L'angle
ort, en ce qui concerne la précession
i
tique n'est
et Peclip
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l'équa
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est à dire
on affect
fait air
qui
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mouv
le
par
é
aucunement
ptique en 26.000 ans. Il suit de à
mouvement quotidien de tous les astres, fixes ou errants, s’effectuant « horizontalement vers la droite ». C'est sur le modèle de la progression par
roulement attribuée au Soleil sur Pécliptique par la page 409 a du Cratyle
{x le Soleil roule sans cesse autour de la Terre dans sa course ») que les
autres planètes se meuvent « obliquement vers la gauche ». C'est sur le
modèle du balancement périodique apparent dr Soleil entre les points
tropiques de l'horizon que sont imaginés, pour t ules les autres planètes,
des balancements analogues, ainsi qu'un mouvement hélicoïdal.
L’arbitraire de ces deux généralisations, touchant les mouvements
apparents et les mouvements hypothétiques des astres errants autres que le
Soleil, n’avait pas entièrement échappé à l’auteur du Timée. Nous l'avons
vu regretter que fussent seuls connus de son temps, sauf par un petit nombre, les mouvements apparents du Soleil et de la Lune. Nous l'avons vu
reconnaître ensuite l'insuffisance de sa théorie des planètes (1).
Platon ignorait-il que sa théorie du Soleil, pour être complète, exigeait de la Terre un second mouvement, destiné à rendre compte de la
rétrogradation séculaire du Soleil sur le grand cercle de l’écliptique ?
Nous avons deux raisons, l’une fournie par l'auteur du traité Du Ciel,
l’autre par l’auteur de la République, d’incliner à croire que, pour Platon,
la Terre du Timée était dotée d’un mouvement de précession.
Aristote, en effet, dans son traité Du Ciel, a cru nécessaire de réfuter
une théorie pythagoricienne et une théorie platonicienne qui attribuaient
deux mouvements à la Terre. Il argumente comme suit
:
< Tout ce qui se meut d'un mouvement circulaire est manifestement
laissé en arrière et doué de plusieurs mouvements au lieu d'un seul, à l’exception toutefois de la première Sphère. Par conséquent, il est nécessaire
que la Terre, elle aussi, soit qu'elle se meuve autour du centre, soit qu'elle
réside au centre, se meuve de deux mouvments, Mais s’il en est ainsi, il
y aura nécessairement des mutations et des mouvements de conversion des
(1) « Simplicius dit que Platon avait demandé à l'astronomie d'inventer des
combinaisons de mouvements circulaires parfaitement réguliers susceptibles de
sauver d'une manière permanente le phénomène des mouvements apparents des
planètes. 1) ajoute, sur l'autorité de Sosigène, qui tenait à son tour le renseignement d'Éudème, que les premiers savants grecs qui se soient inspirés de ce
principe de Platon étaient Eudoxe de Cnide et Héraclide du Pont >. Charles
Mucien. La physique de Platon, Paris, Klincksieck, 1960, p. 37. On sait que,
dans le système d’Eudoxe, dit des sphères homocentriques, certains ont era
trouver une explication de ia précession des équinoxes, Signalons que, pour
Platon, il était difficile d’expliquer les changements du diamètre apparent de la
Lune, décrits par l’Epinomis (978 d et 979 a), en laissant la Terre an centre de
toutes les orbites planétaires,
O. F. Gnuppe ignorait que Platon eût parlé, dans l'Epinomis, des variations
du diamètre apparent de la Lune, qui attestent celles de sa distance à la Terre.
Pourtant, aux pages 151-172 de Die kosmischen Systeme de Griechen (Berlin
1851), il faisait de Platon « le véritable auteur du système héliocentrique >. 11
fut refuté l’année suivante par Boeckh, qui appela l'attention sur les « licux
astronomiques > de l'Epinomis, dans ses Untersuchungen über das kosmische
Systeme des Platon, (Berlin 1852). Boeckh croit la Terre de Platon en repos,
alors que l'Epinomis (938 c) enscigne le mouvement de la Terre, en attribuant à
celle-ci une Ame motrice, et en vantant l'exactitude avec laquelle notre globe
accomplit sa révolution.
eMon
Lbese
de l’écli
aux points équinoxiaux le tour
nt de ann
aucun changemegeme
oxes n’entraine es.
que la précession deset équin
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.
étoile
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de lever
mégalithique dirigé verst leque,point
selon Aristote,
Le second mouvemen
e était nécesPlaton aurait attribué à la Terr
ssion, tout
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t
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étant
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autre mouvemen
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interdit au globe terrestre et à son axe
le Phédon (108 e - 109 a).
o-PlutarEn traduisant le passage du Pseudrelat
if aux
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cap.
Ill,
que ou Aëtius (lib.
et d'Ecphantus
idées d’Heraclide du Pontmouv
ement de la
le
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Pyth
le
emporain a dit que
Terre, un astronome cont
tou« Héraclide remue la Terre comme unee cenpie, d’ouest en est, autour de son propr
a dirigé
tre » (2). Quand on sait quHéraclidecette
tran,
Plato
de
ence
l'abs
l'Académie en
duction est très suggestive. En effet, le moupart,
vement d'une toupie est double : d'une
son
de
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unifo
e
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e
la toupi
la toupie
axe propre; d'autre part Paxe de
tourne uniformément autour d'un axe perpendiculaire au plan sur lequel la tounie est
é la
posée: ce dernier mouvement est appel
e, ou
+ précession régulière a de la, toupi
——
on.
t
i
Fig, 2. — Le mouvemen
Te dann
ilé er Chmelte
seul à avoir assimassiPlaton Pa pas été le On
Werke,
ppp Gosam
trouve celte
» « effet
gyroscopique »
de sa rotati
la Terre à une toupie.
milation chez Copernic, qui dote la Terre
on
d'un mouvement de rotation diurne et
s’effecsand VII. Epitome Astronomie
Copernieanæ. | Liber primus..
Pars quinta.
De motu
II, reedite à Munich
tuoni dans le meme sens; chez Képler (voir MDCXV
par Max Caspar, , page 85.
uvement de
précession annuel
fig. 2) ; chez d'autres encore (3).
.
De Coelo, II, 14, 296 a - 296 b.
or ti, P.U.F., 1945, p. 56.
étapes de l'astrsonomie
® Paul Counerenc.V Les
du livre de George GAMOW sur La gravitation a Po à
(3) Le chapit
sur es Gyr N
une toupie ». Dans un articleestime
tre: ¢ La Terre considérée comme
que a
SAVET
Paul
»,
s
Atome
«
Revue
la
copes, publié en 1966 par
Or gyros:
nteti
l'inve
lt,
Foucau
que
lons
Rappe
611).
(p.
Terre est un bon gyro »son appareil dans un Mémoire de 1852: « jexamineral
tait ainsi
cope, présencas
es a mim
autour de son axe propre
où le corps tournant autou
d'abord le
de se u
libre
est
i]
l
duque
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al
un axe vertic
temps assujetti sur
en méme temps >.
Seite 11
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)opto
49
—
Les Anciens appréciaient beaucoup la toupie, que les Grecs nommaient strobilon, strombon ou bembix, et les Latins turben ow turbo. Nous
savons, par Les Oiseaux d’Aristophane, qu’une des toupies grecques était le
« sabot > jouet auquel on donne des impulsions successives à l’aide d'un
fouet à Janière, et que les fouets de Corcyre étaient renommés pour cet
usage. Il nous est d'ailleurs parvenu des « sabots » grecs, dont certains
2LeE
—
43
—
Les fouilles n’ont pas encore livré, ni l'iconographie représenté, la
« toupie proprement dite >, qui se lance une fois pour toutes avec une
corde, mais il semble bien que ce soit le strobilon dont Platon parle dans la
République. Que Platon n’ait rien ignoré des propriétés mécaniques de la
toupie symétrique, il suffit, pour s’en convaincre, de lire cette page où est
exposée, sous une forme succincte, une théorie détaillée des mouvements
d'une toupie en rotation sur place: mouvement de sa circonférence, mouvements de son axe vers la droite ow vers la gauche (nutation), vers l'avant
ou vers l'arrière suivant le sens dans lequel la toupie tourne (précession) :
« Et si notre interlocuteur poussait plus loin la plaisanterie, disant
avec subtilité que la toupie est tout entière immobile et en mouvement,
quand elle tourne retenue au même endroit par sa pointe, ou qu'il en est
de même de quelque autre objet mú en cercle autour d'un point fixe, nous
r’admetirions pas ces allégations; parce que ce n’est pas dans les mêmes
parties que de telles choses sont alors en repos ou en mouvement; nous
dirions qu'elles ont un axe et une circonférence, que, par rapport à Vaxe,
elles sont immobiles, — puisque cet axe n’incline d’aucun côté — et que par
rapport à la circonférence elles se meuvent circulairement; mais lorsque le
corps en mouvement incline avec lui la ligne d’axe vers Ja droite ou vers
la gauche, vers avant ou vers l'arrière, alors il n’y a immobilité sous
aucun rapport > (1).
Fig. 3. — Deux modèles de touples en terre cuite à fouet (« sabots
») et une
de vase. British Museum, a guide to the exhibltion iNustrating
greek
and roman life. 2 éd., 1920, fig. 235, p. 196.
peinture
sont conservés au British Museum. Sur certains vases de la Gréce antique,
on voit la toupie, le fouet, le joueur (voir fig, 3). Les Grecs connaissaien
t
aussi le « toton », toupie que
l’on fait directement tourner
avec la main, après Pavoir
saisie entre le pouce et l'index. Dans le Dictionnaire des
antiquités grecques et romai-
On aura noté que Platon déclare cette théorie valable, non seulement
pour la toupie, mais « pour quelque autre objet mû en cercle autour d’un
point fixe » ; et que sa toupie est symétrique, sinon sphérique.
Tl n’est done pas impossible que la Terre du Timée ait été dotée d'un
mouvement de précession de son axe autour d'un axe\perpendikulaire ku
de Vécliptique.
plan
nes (voir fig. 4), un vase of-.
fre l'image de deux femmes
consultant le sort à l’aide d’un
toton. Comme le font remarquer les auteurs de ce dictionnaire
(Daremberg et Saglio),
il s’agit d’un toten « dont l'axe oscillerait obliquement par
rapport au plan de la table >.
En fait, l'axe de cette toupie
divinatoire
est
oblique
rapport au plan de la
par
à
2h DAREMBERG et SAGLIO, Diotlonnaire
des
antiquités graoques et romaines, Tome V, figure 7173, page 641.
l'équateur,
et comme
l'est
axe d’une toupie symétrique
Par suite d’un effet gyroscopique. De surcroit, cet objet, fait
Pun cercle et d’une tige
perpendiculair
June 6
September 8
Oecembars
Fig. 5. — Les positions relattves de l'axe solaire PP par rapport à l'axe N passant
par le point Nord du disque solaire su cours d'une année, D'après Donald H. MENZEL, Our Sun. 1959, fig, 25. p. 38,
table,
comme l’écliptique par rapport
Fig. 4, — Consultation du sort avec le toton.
March 7.
semble fort à ce qui sera, au XIX* siècle, le gyroscope de Pouca mes à
(1) République, 436 d. Traduction et notes par R. Baccou, Garnier-Flammarion, Paris, 1966, page 189. Il est curieux de constater que, si la rotation
d’ouest en est du globe solaire, attestée par le mouvement des taches, s’effectue
en 25 jours, axe du Soleil est animé, au cours d'une année, d'un mouvement
par rapport à un axe Nord-Sud (voir Fig. 5). On peut se demander si ce n'est
pas pour avoir découvert ce mouvement que les observateurs de la Gréce antique, l'ayant interprété comme une précession, voyaient le Soleil en rotation
sur place, comme une toupie qui « dort >.
Seite 12
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)CIETEE
—
Y. - CONCLUSION
Si Pon veut schématiser, dans un ordre chronologique, le cours de la
pensée chez Platon astronome, on discerne trois démarches successives
:
La première est l'établissement des lois qui régissent les translations
apparentes des astres, telles qu'elles s’observent sur la calotte céleste, audessus de l'horizon d'un lieu situé aux latitudes moyennes: mouvement
annuel des fixes, balancement saisonnier des points de lever et de coucher
du Soleil, étendu par induction à tous les astres errants,
|
La démarche qui vient ensuite constitue un premier degré d’explication. Elle consiste, pour rendre compte de ce qui a été observé, à le compléter, en introduisant des hypothèses sur ce que les astres deviennent
entre leur coucher et leur lever. On a supposé que, suivant Homère, la
Terre présente une surface plane et circulaire, entièrement entourée par
l'Océan, fleuve tranquille et profond qui, coulant autour de la Terre, de
l'ouest à Vest par le nord et de l’est à l'ouest par le sud, rentre sur luimème en décrivant ainsi un cercle complet. En principe, rien n’interdisait
à un lecteur d'Homére d'imaginer qu'entre leur coucher et leur lever, les
astres sont entraînés autour d'une terre plate par le fleuve Océan. A cette
hypothèse poétique, l’astronomie mythique de Platon préfère des hypothèses mathématiques. L’arc de cercle décrit sur la voûte locale par les
étoiles devient un cercle tout entier, le balancement périodique du Soleil
sur l'horizon devient un mouvement hélicoïdal, dont une partie s’effectue
au-dessous de l'horizon. L’infime déplacement du point vernal vers
oucst
entre
deux printemps successifs engendr
de l’écliptique, au fil des siècles.
é
gendre par hypothése le cercle
. La troisième démarche de l’astronomie platonicienne a pour but d’expliquer ces phénomènes bypothétiques, lesquels sont aux phénomènes observables ce que le fait scientifique est au fait brut. Il s’agit de savoir
pourquoi tous les astres semblent décrire des trajectoires circulaires dans
le sens rétrograde autour de l’axe des pôles de l'équateur, pourquoi les
astres errants semblent décrire périodiquement des helices entre deux
4 —
—
risme de ses Dialogues ? Pour fournir au lecteur quelques éléments de réponse à cette question, nous formulerons deux remarques sur le rôle de
Platon dans l'histoire des systèmes du monde,
Avant Platon, les astronomes grecs ne savaient pas établir des éphémérides, c’est-à-dire des tables donnant à l'avance, pour chaque jour de
l'année, la position de chacun des astres errants. Nous savons, par Simplicius, que c'est Platon qui indiqua une marche à suivre : représenter les révolutions planétaires à l’aide de mouvements circulaires et « égaux >,
c'est-à-dire uniformes en vitesse, en direction, en distance au centre du
monde, supposé en repos. Le problème est difficile à résoudre, en raison
des inégalités planétaires: inégalités en vitesse, attestées pour le Soleil
par l’inégale durée des saisons, pour la Lune par Yinégale durée de ses
phases; inégalités en direction, attestées par les stations et rétrogradations qui rendent bouclées les trajectoires des autres astres errants; inégalités en distance au centre, manifestées par les variations du diamétre
apparent de la Lune et du Soleil ou par les variations d’éclat de Venus,
Nous savons aussi que la première solution du problème fut découverte au sein de l'Académie, par Eudoxe, qui lia des astres fictifs à des
sphères fictives tournant uniformément autour du centre commun du
Monde et de la Terre. Cette solution, dite « système d’Eudoxe > ou « systame des sphères homocentriques » fut assez vite invalidée, bien qu'ayant
été perfectionnée par Callipe (1). Une deuxième solution fut proposée, au
sein de l'Académie, par Héraclide du Pont : ce fut le « système des déférents et des épicycles », analogue en son principe, puisqu'il consiste à lier
des astres fictifs à des cercles fictifs, aussi nombreux que de besoin. Dans
ce systèmes, on utilise au moins deux cercles de rayon inégal, pour représenter le mouvement d'une planète sur la voûte céleste. Le plus grand de
ces deux cercles est le déférent, dont le centre coïncide, en principe, avec
le centre du monde (déférent homocentrique), mais pas toujours {déférent excentrique). Le centre du petit cercle est fixé & la périphérie du déférent, Ce petit cercle — l'épicycle — porte lui-même, à sa périphérie, la
planéte. Les deux cercles tournent uniformément : Pépicycle dans le sens
direct ou rétrograde en un an, et le déférent en une « année planétaire >
« tournants >, pourquoi le point vernal décrit l’écliptique à longue période.
dans le sens direct.
Ici intervient un second mode d’explication, qui consiste à introduire, par
dehors du déférent, la vitesse de Vépicycle qui Pentraine s'ajoute à la viintuition, des mouvements e réels >, pour rendre compte, non seulement
des révolutions hypothétiques, mais aussi des données de l'observation.
Ces mouvements réels introduits par le physicien (ou plutôt par le métaphysicien) sont : la rotation sur plate des étoiles, qui donne la clé de leur
fixité apparente : la progression des planètes par roulement sur des orbites circulaires autour de l'axe des pôles de l’écliptique dans le sens direct,
progression qui, en se composant avec la révolution diurne selon l'équateur
dans le sens rétrograde, engendre un mouvement hélicoidal manifesté par
un balancement périodique ; la rotation diurne de la sphère terrestre dans
le sens ouest-est, mère de la translation des astres en sens inverse ; la précession de l’axe terrestre, d'où procède la précession «des équinoxes,
,
En somme, l’observation astronomique, pourvoyeuse de problemes,
l’extrapolation géométrique et mécanique, chargée de muer le fait brut en
fait scientifique, l'intuition divinatrice enfin, qui « remplace du visible
compliqué par de l’invisible simple >, se succèdent chez Platon dans un
ordre logique, pour aboutir à un système du monde tout à fait cohérent.
Quel intérêt peut-il y avoir à dénouer les bandelettes d'une hypothèse
astronomique, embaumée depuis vingt-cinq siècles par Platon dans l’ésoté-
Ce système rend compte des inégalités en vitesse : quand Pastre est en
tesse du déférent, et s’en retranche dans le cas contraire.
Ce système rend compte du fait que, pour décrire une boucle, l’astre
cesse d'avancer vers l'est (première station), revient vers l'ouest (rétrogradation), s’arréte au bout d'un certain temps (deuxiéme station) et reprend sa marche en avant. En effet, une rétrogradation de l’astre se produit entre la station qui marque son entrée dans le déférent et la nouvelle
station qui marque sa sortie du déférent: les inégalités en direction sont
ainsi représentées. Les deux rotations, de l'épieycle et du déférent, ont
d'ailleurs pour résultante, en se composant, que l’astre décrit une boucle (2).
’
fl va de soi, au surplus, que la rotation de l’épicycie fait varier la distance de la planète au centre entre un minimum et un maximum, ce qui
rend compte des variations du diamètre apparent ou de l'éclat.
mais
(1) Le chapitre A 8 de la Métaphysique adopte et enrichit ce système,
y admet
l'authenticité de ce chapitre a été discutée, à raison de ce que l’auteur
plusieurs moteurs immobiles. Cf. la trad. de Tricot, t, II, Vrin, pp. 177 sq.
(2) Voir fig. 6.
Seite 13
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)48
—
le premier janvier 1954 et le premier Janvier 1385. de Mars (tralts et points) entre
a) Mouvement apparent du Solell (tratt plein) et
47
—
Ce système eut deux versions
: l’une, connue sous le nom de « systéme de Ptolémée >», plagait le globe terrestre au centre ; l'autre, connue sous
le nom de « système de Copernic », y mettait le Soleil. En ce qui concerne
te but poursuivi, à savoir l'établissement des éphémérides, les deux versions sont à peu près équivalentes. Un astronome contemporain a pu dire,
des éphémérides de Copernic:
« Ses tables valent celles de Ptolémée : sur ce point, Copernic a réalisé son idéal. Elles ne valent pas beaucoup mieux, il est vrai » (1).
I} suit de là que, si on appelle « système du monde > un faisceau de
subterfuges mathématiques mettant en œuvre des planètes fictives entrainées par des sphères ou des cercles fictifs, nous devrons faire remonter à
l’Académie et à son fondateur l'origine des premiers systèmes du monde
proposés en Occident: le système d’Eudoxe ou des sphères homocentriques, le système de Ptolémée et le système de Copernic, qui sont respectivement la version géocentrique et la version héliocentrique du système
dit des déférents et des épicycles. Si ces méthodes de calcul des éphémé-
Moo caro
ir
rides sont autant de systèmes du monde, Eudoxe n’est pas, en l'occurrence,
le seul disciple de Platon. Ptolémée en est un autre, Copernic aussi, qui
reprochait à Ptolémée d'avoir dérogé au principe de l’égalité des mouvements planétaires énoncé par Platon. Ces mathématiciens ont attaché
leurs noms à trois solutions d'un même problème, que nous appellerons
« le problème de Platon >»: représenter les inégalités planétaires observables, à l’aide de mobiles fictifs soustraits à toute inégalité (2).
Mais — et ce sera notre deuxième remarque — il faut convenir qu'un
jeu d'artifices mathématiques destinés au calcul des tables planétaires n'est
point, à proprement parler, un système du monde. Cette dénomination
devrait être refusée aux travaux qui, dans un dessein utilitaire, substituent
le fictif à l’observable. Elle devrait être réservée aux conceptions visant
à expliquer les apparences par des mouvements réels. S'il en est ainsi,
Pastronomie théorique n’a recu en héritage de l'antiquité grecque que deux
systèmes du monde: celui des Pythagoriciens et celui de Platon. L'un et
Pautre de ces systèmes postulaient la mobilité terrestre : le premier mettait la Terre en translation ou, plus exactement en progression par roulement, sur une orbite circulaire, le second mettait la Terre en rotation sur
b) Epicycle de sens direct.
0) Epicycle de sena rétrograde.
place autour du centre du monde. Il faut done renoncer à la légende suivant laquelle les Grecs auraient laissé un système du monde impliquant le
repos de la Terre au centre de Univers. L'hypothèse astronomique des
Pythagoriciens a eu deux sortes d’interprètes : Copernic, qui s’est immortalisé en leur attribuant des conceptions geniales; et d'autres qui s’emploient obscurément à leur attribuer un absurde « système de Philolaos »,
en glosant sur une doxographie en ruines. L'ingrate besogne de ces derniers n’aura de cesse que si l'on découvre un jour quelque traité complet
d'astronomie rédigé dans la secte de Pythagore. Par contre, nous possédons l'œuvre entière de Platon. On y trouve nombre de « lieux astrono-
(1) Paul Couvenc, Les élapes de l'astronomie, P.U.F. « Que sais-je ? >, p. 86.
(2) On admet généralement, sur la foi de Nicolas Copernic, que ce dernier
aurait réduit à 34 le nombre des cercles fictifs de Ptolémée, évalué par Copernic à 80. Mais Arthur Kaestler, dont la démonstration est impressionnante,
soutient que, dans le De revolutionibus, Copernic a porté à 48 le nombre des
épicycles ptolémaïques, qui était, en réalité de 40. Cf, Arthur Kosstien, Les
d) dé
La
ur
composition
du mouvemen
composition di
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et de celui
du déférent produit
somnambules, Paris, Calmann-Lévy, 1960, pp. 182 et 544-545,
Seite 14
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)ebadlSrtieu'sfirotlsotriub-oedosru,rndcteoTu,imreids!eémt’,qecéEsurepelaistitdnumesorusyoTmenitdshseme,xacéteelLdsp'oueaidldsrseuL,e'nqeptflixuirnooesetrlnme)mcéRiearérèpépartluseaitbfsvalûLegtiam-rnqibteoulplnecreq,diTrup'nielacl,mudiaséjpeleodadaul.p'reneadslgsiu.'euntheprduaanrli,tnatsioElàcnedmusctoliorntenerhudproériersielssedn'àetu>stPe,tcisosemuynmPictsrpluqtlalcuèteemtoél.esna
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Seite 15
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)(nadir) de l'horizon astronomique, qui divise la sphère locale en deux
hémisphéres ;
2. — le système angle horaire-déclinaison ou des coordonnées équatoriales horaires, Le plan fondamental est l'équateur céleste, La première
coordonnée est l'angle horaire, qui se mesure à partir d'un point origine
situé à l’intersection du méridien du lieu de l'observation et de l'équateur
{point méridien}. La seconde coordonnée est la déclinaison ou hauteur
par rapport à l'équateur
; l'axe fondamental est l’axe des pôles de Péquateur, dit axe des póles célestes
;
3. — systéme ascension droite-déclinaison ou des coordonnées équatoriales célestes. Le plan fondamental est l'équateur. La première coordonnée est l'ascension droite, qui se mesure sur l’equateur, à partir du
point vernal ou point gamma, position du centre du Soleil à l’equinoxe
de printemps. La deuxiéme coordonnée est la declinaison.
4. — le systéme longitude-latitude célestes ou des coordonnées écliptiques. Le plan fondamental est l’écliptique. Tandis que l'équateur céleste
est le cercle que le Soleil décrit dans son mouvement diurne d'est en
ouest à l’équinoxe de printemps ou d'automne, l'écliptique est le cercle
que le Soleil décrit en un an d’ouest en est à travers les constellations dites
écliptiques ou signes du Zodiaque. D'où le nom de révolution zodiacale
donné quelquefois au mouvement propre du Soleil et des autres planètes.
La première coordonnée est la longitude, qui se mesure sur Yécliptique à
partir du point +. La seconde coordonnée est la latitude, qui est la hauteur
au-dessus ou au-dessous de l’écliptique, L'axe fondamental est l’axe des
pôles de Vécliptique.
APPENDICE il
raNe1Ame
tet:
— 61
—
laps de temps qui sépare deux levers consécutifs de Sothis (Sirius), la
plus belle de toutes les étoiles Ils mesuraient l’année tropique ou année
des saisons comme le laps de temps qui sépare deux crues successives du
Nil. Tous les historiens admettent que les Egyptiens reconnurent de bonne heure le décalage des saisons, c'est-à-dire le fait que la + saison de
l’inondation » commençait chaque année de plus en plus tôt dans la nature
que dans leur calendrier sothiaque, dit « calendrier vague », précisément pour son retard croissant par rapport au calendrier solaire. C'est
dire que les Egyptiens connaissaient la précession des équinoxes, au
moins en tant que phénomène temporel ou calendaire,
Au point de vue spatial, on donne le nom d’équinoxe à chacune des
extrémités du diamètre d’intersection de l'équateur et de Vécliptique. Si
l’on prend l'équateur pour plan fondamental, on dira qu'au début du printemps, le Soleil passe à l’équinoxe de printemps ou point vernal et commence à s'élever au-dessus de l’équateur: le point vernal est le « nœud
ascendant » du Soleil. Au début de l'automne, le Soleil passe à un nœud
descendant, qui est l’équinoxe d'automne, et se couche au-dessous de Péquateur. Dans cette acception, la précession des équinoxes consiste dans le
fait que, chaque année, la longitude du Soleil au printemps, c’est-à-dire la
distance angulaire qui sépare le point vernal du début d'un des signes du
Zodiaque, supposé fixe et pris pour repère, augmente de 50,26 secondes
d'arc.
Or, les Babyloniens avaient observé et mesuré le mouvement du Soleil
en longitude appelé précession des équinoxes, Ils avaient adopté comme
point origine de la mesure des longitudes célestes le début du signe du
Bélier, usage que nous avons reçu d’eux et conservé, bien que Péquinoxe
vernal soit depuis 3000 ans dans le signe des Poissons. De là vient aussi le
nom de point du Bélier donné quelquefois au point gamma (y), et que ce
point soit représenté par une lettre grecque en forme de cornes de bélier.
Nous savons d’ailleurs que les Babyloniens avaient vu l’équinoxe vernal
passer du Taureau au Bélier, environ 2 000 ans avant l’ère chrétienne.
Hipparque a-t-il découvert la précession des équinoxes
?
Dans un savant mémoire présenté en 1869 à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Thomas-Henri Martin, qui s'était fait une spécialité
du dénigrement des premiers astronomes, soutenait que la précession des
équinoxes n’a pas été connue des Egyptiens, des Chaldéens, des Grecs ou
de quelque autre peuple, avant Hipparque, astronome grec qui fit des observations à Rhodes en 128 et 127 avant notre ère. Cette supposition se retrouve chez divers historiens contemporains, bien qu'elle ait été invalidée
par des découvertes archéologiques faites en Mésopotamie.
Avant de parler de ces découvertes, nous rappellerons que la notion
de précession des équinoxes est ambiguë, du fait que le terme d’equinoxe
désigne tantöt un instant du temps, tantöt un point de l’espace.
L’instant appelé équinoxe est celui où commence le printemps ou
l'automne, Dans cette acception, la précession des équinoxes consiste dans
le fait que, chaque année, le printemps ou l'automne commence 20 minutes
25 secondes plus tôt que l’année précédente, Il n'est pas nécessaire d'observer les astres pour constater ce phénomène, le décalage étant supérieur à
une heure tous les trois ans. Point n'est besoin non plus de vivre dans
un pays où il existe un printemps et un automne comme dans les régions
tempérées : il suffit de remarquer que l’année tropique est plus courte que
l’année sidérale. Les Egyptiens mesuraient l’année sidérale comme le
& Trois positions différentes de l'équinoxe sont données dans trois tablettes babyloniennes différentes, à savoir: 10°, 8° 15 et 8° 0°30” du Bélier,
(Kugler, Mondrechnung, p. 103; Ginzel, Klio, I, p. 205). Etant donné
une connaissance de cette nature, et l’habitude de formuler les retours des
phénomènes en cycles, il n'est guère concevable que les Babyloniens
r'aient pas imaginé un cycle pour les précessions > (1). Il est évident, en
effet, que ces trois nombres, dont la détermination a demandé 143 ans, leur
permettaient d'apprécier exactement la vitesse à laquelle le Soleil avance
en longitude, et de calculer en combien de siècles il franchirait 360 degrés,
d'autant plus aisément que leur système numérique était sexagésimal .
On peut croire Ptolémée, quand i) rapporte que Hipparque a parlé de
la précession des équinoxes dans son traité De la Jongueur de l’année et
dans son traité Du transport des points tropiques et équinoxiaux. Le prémier de ces titres prouve que l’auteur a envisagé la question au point de
vue temporel et calendaire, le second qu'il Pa envisagée au point de vue
spatial. Doit-en en conclure que la précession des équinoxes a été « découverte » par Hipparque, en ce sens qu’elle aurait été introduite par lui
dans la science grecque ?
(1) John Bunnst, L’aurore de la philosophie grecque, Paris, Payot, 1952, p.
Seite 16
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)N'oublions pas que, dans son traité Du ciel, Aristote rend homamge
aux Egyptiens et aux Babyloniens, « dont les observations remontent à de
très nombreuses années, et auxquels nous sommes redevables de beaucoup
de connaissances sur chaque astre » (1).
Qui sait, d’ailleurs, si la précession des équinoxes n’a pas été introduite dans le monde grec par Thalès, à son retour d'Egypte et à la suite
de ses observations personnelles? Diogène Laërce écrit
:
e D'autres auteurs disent qu'il écrivit seulement deux ouvrages, un
sur le solstice et un sur Péquinoxe, car il pensait le reste inaccessible. Il
passe pour avoir étudié le premier l'astrologie et prédit les éclipses de
Soleil et les solstices » (2).
Prédire les solstices, c'est dire une cu plusieurs années d’avance à
quelle heure exacte ils se produiront. Cette prédiction implique, comme
une condition nécessaire et suffisante, la connaissance de la précession
des équinoxes, c’est-à-dire de la différence de 20 minutes 25 secondes horaires qui sépare l’année tropique de l’année sidérale. Pour être parfaitement exacte, elle implique même la connaissance du fait que l’avance séculaire des équinoxes (et des solstices, ce qui revient au même) n’est pas
tout à fait uniforme et diminue d’un peu plus d’une demi-seconde (0,56)
par siècle. Or, selon Théon de Smyre, Thalès savait que cette avance n'est
pas uniforme (3).
Platon a done pu connaitre la précession des équinoxes par les Egyptiens (il aurait, selon Strabon, vécu treize ans 4 Héliopolis dans la société
des prètres égyptiens), par les Babyloniens (dans le mythe d’Er, il attribue
à Mars une marche rétrograde, comme s'il avait lu la fameuse tablette
babylonienne sur les rétrogradations de Mars), ou par l'école de Milet.
APPENDICE lil
La bouclier d'Achille et le Zodiaque circulaire de Dendérah
Les archéologues se sont interrogés sur l’origine du style décoratif
du bouclier d'Achille et ont admis en général qu'il faut la chercher chez les
Crétois, Minoens ou Mycéniens, c'est-à-dire, indirectement, chez les Egyptiens. Sir Arthur Evans, qui a donné le nom de Minoen à la civilisation
crétoise écrit, en effet :
« Des les débuts de cette époque Minoenne, on reconnaît les indices des
relations intimes avec l'Egypte protodynastique... il se propage en Crète
une poterie qui emprunte sa forme aux vases égyptiens. la grande cul-
(1) De Coele, If, 12, 292 a, Tricot, p. 96.
(2) Dioczne LAERCE, Vies, doctrines et sentences des philosophes ilustres,
trad. Grenaille, Paris, Garnier, t. I, p. 41. Cf. EupèMme, Histoire de l'astrologie.
(3) Anaximandre, disciple de Thalès, observait de près le Soleil aux équinoxes (quand il est sur Péquateur) et aux solstices (quand il atteint sa plus
grande hauteur par rapport à l'équateur), Théon de Smyrne. s’appuyant sur un
abréviateur d'Eudéme, affirme qu'Anaximandre avait évalué à 24 degrés l’angle
d'obliquité, qui sépare l’écliptique de l'équateur. Le but de cette détermination
était sans doute de permettre la reconnaissance future d’un mouvement du Solei} en latitude.
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astronome
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d'Egypte, ce Zodiaque daterait de 2052 avant J.-C. Le
point vernal
est dans
le
Bélier, L’écliptique
(trait
plein) traverse tous les signes du Zodiaque. On voit
VOurse, le Taureau, Orion (Betelgeuse, l'étoile la plus
brillante d'Orion, est juste sur l’équateur). A noter que
l’Ourse contient le pôle de l’écliptique. A notre avis, le
Bouclier d'Achille, décrit dans l’Hiade, est un Zodiaque, peut-être suggéré par le Zodiaque circulaire de
Denderah.
Seite 17
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)ZODIAQUE
CIRCULAIRE,
D'APRÈS LE DESSIN DE M.CAU, OÙ SONT MARQUEES 1:5 POSITIONS ASTRONOMIQUES CALCULÉES PAR M. BIOT.
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urse contient le pôle de l’ecliptique. A notre avis, le
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RA
Seite 18
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)ture crétoise étend sa domination sur les pays avoisinants, englobant d’abord les îles de l’Archipel et, plus tard, la Grèce continentale » (1).
La découverte récente de l'écriture linéaire B, non seulement dans
ie Péloponnése, mais à Thèbes en Béotie, n'est pas faite pour invalider cette
affirmation. De même, T.B.L. Webster (1962) reconnait que « les Mycéniens
ont certainement eu des relations avec l'Egypte > et attribue au bouclier
d'Achille une origine mycénienne {2).
Nous estimons que le bouclier d'Achille est circulaire : sa lueur, visible de loin, évoque celle de la lune (3). D’aulre part, nous sommes persuadé que « tons les astres dont le ciel se couronne > sont les constellations
dites zodiacales ou écliptiques: Taureau, Bélier, Poissons, etc. Aussi sommes-nous amené à rapprocher le bouclier d'Achille du zodiaque circulaire
égyptien, qui était sculpté au plafond de la deuxième chambre supérieure
du temple de Dendérah ou Tentyris cn Haute-Egypte, et qui est conservé
au Musée du Louvre. A notre avis, le bouclier d'Achille est un zodiaque,
peut-être inspiré à Homère par le zodiaque de Dendérah. Dans l'Odyssée,
il est question du fleuve Ægyptos, de l'Egypte, et même de la Haute Egypte,
puisqu'Homère pose le probleme de l’origine des sources du Nil,
En 1844, Jean-Baptiste Biot, qui était un astronome, a publié un Mémoire sur le zodiaque circulaire de Dendérah. On y trouve, sous la signature d'un dessinateur nommé Gau, une figure où sont marqués, outre les
signes du zodiaque et d'autres constellations, les positions astronomiques
calculées par Biot: le pôle de l’équateur, au centre du zodiaque; le pôle
de l’écliptique, compris dans la Grande Ourse; le cercle de l’écliptique
(trait plein), entre les Hyades et les Pléiades; le cercle de l'équateur qui, à
l'époque représentée par le zodiaque, passait juste sur Bételgeuse, étoile
rougeátre qui est la plus brillante d’Orion; le tropiqué d'hiver et le tropique d'été, dessinés en pointillé comme l'équateur. Le point vernal est
dans le Bélier. Nouet, astronome de l’Expédition d'Egypte, a vu en place
ce zodiaque. En raisonnant d'après la position de Péquinoxe d'automne,
placé entre la Balance et le Scorpion, et en admettant 50” 1 pour Ia précession annuelle des équinoxes, il avait trouvé 2052 avant J.C., pour la
date que les auteurs du zodiaque de Dendérah ont voulu représenter,
Le Mémoire de Biot est inséré dans les Mémoires de l'Académie des
Inscriptions et Belles-Lettres, 2° partie, tome XVI. L'étude de Nouet est
du temple de Dendérah dans la
intitulée « Recherches sur les antiquités.
Haute-Egypte, d'après la construction du zodiaque au plafond de son péristyle, par :M. Nouet >. Cette étude a été insérée, après la mort de son auteur,
dans les Œuvres complètes de Volney, Paris, F, Didot, 1860, pages 553 et
(1) Congrés international d'Anthropologie et d'Archéologie préhistorique.
Compte Rendu de la 13* Session, Monaco, 1906, in tome II, 1908, publié à Monaco. Sur les termes Egéen, Minoen, Mycénien, par M. Arthur Evans, p. 61 sq.
(2)
223.
T.B.I.
Wepsten.
La Grèce de Mycénes à Homère,
Payot, p.
16
et
p.
‘
(3) Nous ajoutons cet argument littéraire aux arguments proposés par les
archéologues modernes, tous favorables à la rotondité du bouclier: Mlle H.L.
Lorimen, Defensive Armour in Homer, Liverpool Annals, n° 15, p. 102 et Homer
and the Monuments, 1950, a résolu définitivement la question, Cf. aussi Wolfgang ScHaDENWALDT, Der Schild des Achilleus, Neue Jahrbücher 1938, cahier 2/8,
pp. 65-82 ; et T.B.L. Wessten, op. cit., pp. 107-108, 121, 177-179. Cf. Eliade, XIX,
372: « Il prit le bouclier, grand et solide, d'où, visible de loin, naquit une
lueur, comme de la lune »,
Seite 19
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)suivantes. Le zodiaque circulaire de Denderah a été représenté pour la
première fois dans l’un des volumes de planches qui accompagnent la
« Description de l’Egypte », rédigée sur l'ordre de Bonaparte : Volume Y,
planche 21. On peut obtenir une photographie de cette pierre sculptée aux
Monuments historiques, Palais Royal, 231 galerie 'Montpensier, Paris
ar) (1).
Lénis BLANCHE,
Lycée
de Cannes.
ern
— 55
—
4. — Quelques traductions de la phrase du Timée (40 b) sur l'état de mouvement de la Terre.
Cicéron, Ex Platonis Timaeo Particula, Ciceronis de Universitate libro respondens. Paris 1540, page 23. (loachinus Perionus Benedictinus).
« Jam vero terram, altricem nostram, quae trajecto axe sustinetur, diei
noctisque effectricem eamdemque custodem antiquissimam deorum voluit esse
eorum, qui intra coelum gignerentur ».
Cuatcipius, Chalcidii Timaeus ex Platonis Dialogo trunslutus et in eundem
commentarius cum graeco Platonis exemplo et latina Ciceronis interpretatione.
1. — Sur la Toupie en archéologie.
Müllach 1865. vol. II, page 168, colonne 2:
« Terram vero matrem, et altricem omnium terrenorum animantium, constrictam limitibus per omnia vadentis et cuncta continentis poli, diei noctisque
custodem locavit, antiquissimam et eximiae dignitatis deam, ex eorum numero,
qui intra mundi ambitum continentur deorum >.
La traduction de Cicéron se trouve à la page 167.
DanemBene et SacLio, Dictionnaire des Antiquités grecques et romaines
d'après les textes et les monuments. Tome V, aux mots Turben et Turbo, pp.
Ficin (Marsile), Platonis opera tralatione Marsilii Ficini emendatione,
1533, 1 vol. 781 p. Traduction complète du Timée, pp. 572-600 précédée d'un
BIBLIOGRAPHIE
841 et 542,
British Museum, A guide to the exhibition illustrating greek and roman
life. Second edition, London 1920, fig, 285, p. 196 (deux toupies de terre cuite et
une peinture de vase représentant une femme jouant à la toupie avec un fouet).
2 — Sur la toupie en physique.
Léon FoucauLr, Comptes rendus de l'Académie des sciences : lundi 27 septembre 1852 et lundi 4 octobre 1852.
Baunat (G), Cours de physique générale : Mécanique, 6* édit. Effet gyroscopique, pages 211 et suivantes, Masson, Paris, 1961.
L. Lanpav et E. Lircuirz, Physique théorique en 9 volumes. Tome I, Mécanique, Edition de la Paix, Moscou, traduit du russe par Claude Ligny. Sans
date, pages 150 et 151. Figure 46, p. 151 (très intéressante, parce que le centre
de la toupie symétrique passe par l'axe vertical).
3. — Sur la toupie en astronomie.
Nicolas Copernic. Nikolaus Kopernikus Gesamtausgabe. 2 vol. Munich, 19441949.
Vol. 1 Fac-similie du manuscrit du De revolutionibus 1944.
Vol. II. De revolutionibus orbium coelestium tibri sex. 1949. Le chapitre XI,
pages 27 et suivantes, est intitulé « De triplici motu telluris demonstratio >
(Démonstration du triple mouvement de la Terre). Le troisième mouvement est
expliqué beaucoup plus longuement que les deux autres, et à l’aide de deux
igures.
Jean Kepten, Gesammelte Werke, en 18 volumes (1938-1959). Vol, VII. Epitomiae Copernicanae, Munich, 1953, page 85 (la Terre figurée par une toupie).
Isaac NEWTON, Opera quae exstant omnia, commentariis illustrabat Samuel
Horsley, 1782, tome III, Section IV, De Precessfone Acquinoctiorum, pp. 111 sqq.
Philosophiae naturalis principia mathematica. Reproduced in facsimile by
William Dawson and Sons Ltd, London, 1000 exemplaires. Prop, XXI, Theor.
XVIII du livre 111 (De Mundi Systemate) : Puncta Aequinoctialia et axem Terrae
singulis revolutionibus nutando bis inclinari in Eclipticam et bis redire in
Compendium de subjecto libri, pp. 546-572,
4 Terram autem altricem nostram circa polum per universum extensum
alligatam, diei noctisque effectricem et custodem esse voluit, necnon primam
antiquissimamque deorum omnium qui intra coelum sunt geniti >.
Rivaup (Albert), Traduction du Timée, p. 155. Coll. G. Budé, Platon, X.
« Pour la Terre, notre nourrice, qui est pressée étroitement autour de
l'axe qui traverse le Tout, le Dieu l’a disposée pour être la gardienne et la
protectrice de la Nuit et du Jour, la première et la plus vieille des divinités
qui sont nées à l'intérieur du Ciel >.
Jowerr (B.), The Dialogues of Plato translated into english with analysis
and introduction, in five volumes. Oxford, at the Clarendon Press. 3* édition
1892.
Vol. 111, Introduction au Timée, p. 405.
« The earth, which is our nurse, compacted (or revolving) around the pole
which is extended through the universe, he made to be the guardian and
artificer of night and day, first and eldest of gods in the interior of heaven. >
Sir Thomas Heatu, Aristarchus of Samos. The Ancient Copernicus. Oxford,
At the Clarendon Press. 1913. p. 174.
« But the earth our foster-mother, globed round the axis stretched from
pole to pole through the universe, he made to be guardian and creator of night
and day, the first and chiefest of the gods that have been created within the
heaven >.
Francis Macdonald CorNroLn, Plato’s Cosmologg. London. Routledge and
Kegan Paul Ltd. 1937, page 120.
« 48 B. And Earth he designed to be at once our nurse, as she winds
round the axis that stretches right through, the guardian and maker of night
and day, first and most venerable of all the gods that are within the heaven >.
George S. CLagHonn, Aristotle's criticism of Plato’s Timaeus. The Hague.
Martinus Nighoff, 1954, p. 71.
« Earth, our nurse, which is globed around the pole that stretches through
all, he framed to be the wardress and fashioner of night and day... ».
positionem priorem,
Donald H. Menzet, Our Sun. Nouvelle édition, Harvard University Press,
Cambridge, Massachussetts, 1959, p. 38, fig. 25 : Inclinaison de l’axe de rotation
u
Soleil,
(1) Nous la reproduisons ici en hors-texte (fig. 7).
BLANCHE L., L'hypothèse astronomique de Platon : REPh XX 1969-1970
Ne 4 22-55. | L'observation astronomique, l’extrapolation géométrique et
mécanique, l'intuition divinatrice enfin, se succèdent chez Platon dans un
ordre logique, pour aboutir à un système du monde cohérent. Et l'astronomie
théorique n’a reçu en héritage de l'antiquité grecque que deux systèmes du
monde : celui des Pythagoriciens et celui de Platon. L'un et l’autre postu
laient la mobilité de la terre.