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Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)PALLE tn De
Dolls
Dares, S 8,
pe LATRES
La sainteté du signe « noun » dans le Manuel de Discipline,
magnus)
Un autre traducteur, J. T. Milik, propose (1) : « … (dies
acterEjus
arum
sancti sanctorum et signum (pro apertione grati
imé
suppr
ement
narum) ». Le N se trouve ainsi purement et simpl
par A. DUPONT-SOMMER (*).
um. » Conjecture
sequitur # ct breve spatium ; frt. n<hyh> : futur
inconsistante: pourquoi ici cette abréviation, alors
Le Manuel de Discipline, trouvé en 1947 dans la grotte de
Ain-Feshka et publié en 1951 par les éditeurs américains (1)
présente un passage relatif aux temps sacrés, qui est resté particulièrement obscur (X, 1-8) (?). Dans ce passage même,
de la traduction. L'auteur, il est vrai, ajoute en note:
les
mots les plus énigmatiques, de l'aveu général, sont ceux-ci
0. 4) : LQWDS QWDSYM W'WT N (legódèsh godäshim we'ót N)
a traduire littéralement « pour la sainteté des saintetés (ou bien ;
pour le Saint des Saints) et le signe noun ». Les diverses traductions proposées jusqu'à présent soulignent par leur divergence
la difficulté de ce texte.
W. H. Brownlee, par exemple, traduit: « … for the holy of
holies ; and the sign Nun (is for the unlocking ‘or, key! of His
eternal mercies) ». Et il explique que le signe noun (le noun est
l'équivalent de la lettre N de notre alphabet) est ici mentionné
en tant que désignant, de facon cryptique, le Messie; c'est
en effet, la lettre initiale de mots comme nébi « prophète »
nägid «chef», négèr «rejeton », nés « bannière », näsi « prince >
qui sont tous des titres messianiques (3). En outre, ce signe noun
serait ici à mettre en rapport avec le mot « clé » qui se lit dans
la suite du texte ; le dessin de la lettre noun, en effet, suivant le
type d'écriture du manuscrit, évoquerait plus ou moins la forme
méme d'une clé (4). Explications ingénieuses, mais bien incertaines ! Et que vient faire cette allusion soudaine au Messie
insérée au beau milieu de l'énumération des temps sacrés ?
” Tente par M. H. GRÉGOIRE.
« In textu
que le mot
NHYH est écrit partout ailleurs en entier ¢
des saints
Enfin, J. van der Ploeg traduit (?) : # … pour le saint
(?) … »
(?) (et qui est en même temps) un signe du T(errible)
une abréEt il explique en note : « signe du T( errible), peut-être
en multipliant
viation de "WT NSWR'] ('ót nord’) ». L'auteur,
de souligner
lui-même les points d'interrogation, nous dispense
la fragilité de cette exegese.
Le trait commun à ces trois essais de traduction,
a
c'est qu'ils
consonne
donnent au signe N la valeur propre d'une lettre, d'une
abrégé.
mot
d'un
e
initial
de J'aiphabet: le N serait la lettre
plaude
rien
à
t
En réalité; cette façon d'interpréter le N ne condui
de bonne
sible. Mais les signes de l'alphabet, nul ne l'ignore, ont
Grecs,
les
chez
ct
ux
Hébre
les
chez
heure été employés, à la fois
du
ique
numér
valeur
en tant que signes de numération. Or, la
du
celle
noun dans l'alphabet hébreu, c'est 50, — tout comme
dans
mu dans l'alphabet grec. Ne s’agirait-il pas proprement,
lisme
symbo
e
quelqu
de
et
50
le Manuel de Discipline, du chiffre
?
attaché à ce nombre
Il vient alors immédiatement à l'esprit, si l'on s'est intéressé
les
quelque peu aux spéculations sur les nombres en faveur chez
50
chiffre
le
que
(3),
Pythagoriciens et en diverses gnoses antiques
(la pentécontade) est par excellence un nombre sacré. Philon
d'Alexandrie l’atteste de la façon la plus précise (De spec. leg,
(3) Verbum Domini, vol. XTX (1951), p. 153.
G. LAMBERT, dans
(5) Bibliotheca Orientalis, VIII, n° 4 (1951), p. 124. —
une traduction
Nouvelle Revue Théologique, t. LXXIII, n° 9 (1951), propose
) » ; la lettre # serait ici
analogue : « pour le saint des saints et signe du Gtlorienx
dr om Manual of Discipline. Translation and notes (New Haven,
(*) The Biblical Archaeologist, vol. XIV, n° 3 (1951), p. ;1 et fig. 6.
—
— 184
.
une abréviation pour nikbad.
La Doctrine gnostigite
sur
étude
mon
dans
ons
spéculati
ces
rappeler
à
eu
J'ai
(@)
de la lettre « wäu: »… (Paris, 1946).
Seite 2
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)PURE
DUET
II, $ 177) : « Admirable et désirable est la nature de la pentécontade, spécialement du fait qu'elle a pour origine ce qui se conçoit
de plus fondamental et de plus ancien dans les essences (rod
grouxeuwdeordrov Kat mpeaßurdrov Tay Ev oùoiaus rep.laußouevan),
comme disent les mathématiciens, entendons le triangle rectangle.
En effet, si l'on considère la longueur, les côtés de celui-ci, étant
de 3 et 4 et 5, font au total le nombre 12, lequel est le modèle
du cercle du zodiaque et le double de la très féconde hexade,
principe de la perfection... D'autre part, si l’on considère la
puissance (le carré), ces côtés, manifestement, donnent naissance
au nombre 50, total de 3 fois 3, plus 4 fois 4, plus 5 fois 5. Il en
résulte nécessairement que la pentécontade est d'autant supérieure à la dodécade que la puissance (le carré) est supérieure à la
longueur
… »
Ailleurs, le même Philon, à propos de la grande fête que les
Therapeutes célèbrent le 50€ jour, résume ainsi la doctrine relative à la pentécontade (De vita contempl., § 65) : wevrnKortas...,
dyıwraros kal buouwxwraros apibuav, Ex THs To opBoywriov Tprywvov
duvdpews, Örep éoTiv apy? THs TV OAwv yevéoews, ovorabels «la pentécontade..., le plus saint et le plus substantiel des nombres, vu
qu'il est constitué par la puissance (le carré) du triangle rectangle, lequel est le principe de la génération de Yunivers ».
Dans ces deux textes de Philon, comme on voit, l’excellence hors de pair de la pentécontade est mise expressément en
rapport avec le théorème fameux de Pythagore: le chiffre 50,
précisent ces textes, c'est l'expression parfaite du triangle rectangle, principe suprême de la production du monde, et c’est
«le plus saint» des nombres.
Revenons à notre texte hébreu. La mention du « signe noun »,
c'est-à-dire du chiffre 50, s’y trouve liée précisément aux deux
mots QWDS QWDSYM «la sainteté des saintetés », qui expriment ici, suivant une tournure hébraique courante, une idée
superlative : «la sainteté par excellence », «la suprême saintete » (1) ; ils répondent donc exactement au superlatif dyucraros
du texte du Philon. La particule W «et » devant “WT N est ici
(*) Sur cette tournure, voir p. ex. JOUON, Grammaire de l'Hébreu biblique,
§ 141 1, L’exemple classique est l’expression « Cantique des cantiques », c’est-adire « Cantique par excellence ».
—
186
—
ef MME
une « hendiadys »; à la lumière du texte
de Philon, la locution
tout entiére semble donc devoir se comprendre
et se traduire:
_
«pour la supréme sainteté du chiffre 50».
trouve suivie des
Cette expression, dans le texte hebrcu, se
tah hasdäw ‘éläm)
mots suivants LMPTH HSDYW ‘WLM ( lemap
«pour la Clé de Ses grâces éternelles ». Je crois
que les textes
sens de cette locution
cités de Philon nous aident aussi à saisir le
en effet, est “
un peu mystérieuse. Si le triangle rectangle,
se conçoit e
qui
«ce
principe de la génération de l'univers » et
ces », sila penteplus fondamental et de plus ancien dans les essen
» des nombres, mais
contade est non seulement «le plus saint
c'est-à-dire le plus
encore «le plus substantiel » (dvoıkwraros),
visent les mots
fécond, n'est-ce pas le chiffre 50 lui-même que
» : Le mot « Cle »
hebreux «la Clé des grâces éternelles de Dicu
a ici une saveur de Gnose ; quant au
scns, il concorde avec le mot
terme abstrait et proqu’emploie Philon: «le principe » (apx7)),
stiques juxtaposes:
prement philosophique. Ainsi les deux
pour la suprême sainteté du chiffre 30,
pour la Clé de Ses grâces éternelles,
sont pratiquement synonymes ; le second
stique répète le premier
du parallélisme.
en termes différents, suivant la loi
*
*
*
M anuel relatif aux
Voici donc, en plein cœur du passage du
« chiffre 50»; ce chifire
temps sacrés, une référence expresse au
la clé de toutes les
est le fondement et le principe de l'univers,
le du passage ? Je
graces divines. Quel rapport avec l'ensemb
écontade se justifie
crois que cette mention de la très sainte pent
renne bien ceci : le
assez clairement à condition que l'on comp
s sacrés tels qu ils se
passage qui nous occupe célèbre les temp
, en fonction d'un
trouvent fixés dans la secte juive de l'Alliance
50, € est que la
re
calendrier spécial ; si l'on fait appel au chiff
drier propre à la
valeur et l'autorité transcendantes du calen
tiel avec le nombre
secte doivent résulter de quelque rapport essen
rort établissant sa confo
«le plus saint et le plus substantiel », rapp
régit le Monde et le
mité véritable avec la Loi profonde qui
Temps.
Seite 3
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)A. Dupont-Sommer
Connaissons-nous ce calendrier spécial de la secte, auquel le
chaque année de 364 jours et que le systéme amène 4 célébrer
les «néoménies » (le 1er jour de chacun des 12 mois) à des moments
qui peuvent être en désaccord avec la phase réelle de la lune.
Manuel de Discipline et VEcrit de Damas font de fréquentes
allusions, mais sans le décrire expressément ? (1) Nous avons
toute chance de le découvrir en deux ouvrages dont la parenté
avec les écrits de la mer Morte, pour diverses raisons, a déja
été signalée comme très probable : le livre des Jubilés et le livre
d'Hénoch (?). Dans ces deux « pseudépigraphes », en dépit d’interpolations qui contredisent de-ci de-la les données principales,
apparaît un type de calendrier parfaitement défini. Il nous faut
ici en rappeler les dispositions caractéristiques (3).
Il est évident, d'autre part, que, l’année solaire étant réellement
de 365 jours 1/4, il existe, de ce fait, un décalage d'un jour 1/4
ne savons
per an par rapport au mouvement réel du soleil. N ous
pas par quelles corrections un tel calendrier réussissait à concilier
le système avec la réalité ; mais ce qui importe ici, c est de nous
représenter clairement le système lui-même: ce systeme est
Ce calendrier est essentiellement solaire: le principe fondaessentiellement caractérisé par la parfaite harmonic qu'il établit,
artificiellement mais rigoureusement, entre le cycle solaire (les
été, automne, hiver, correspondant aux deux équinoxes et aux
12 mois par an) et le cycle des semaines (13 semaines par saison, ,
mental, c'est la distinction des guatre saisons annuelles : printemps,
deux solstices. Chaque saison compte trois mois ; chaque mois
est de 30 jours, sauf le troisième mois de chaque saison; A
celui-ci s'ajoute un 31° jour, dit « jour intercalaire », lequel fait
en quelque sorte la transition avec la saison suivante. Ainsi
chaque saison comporte gr jours, ce qui fait exactement 13
semaines (et donc 13 sabbats) ; l’année entière, par conséquent,
compte 364 jours, soit exactement 52 semaines. Soulignons que
le décompte des mois est strictement synchronisé avec celui des
quatre saisons: le début de chaque saison coïncide systématiquement avec le 1er jour du rer mois de cette saison : c’est ainsi
que, par rapport à l'année entière, le printemps commence au
rer jour du 1% mois (Nisan), l'été au zer jour du 4€ mois (Tammouz), l'automne au 1° jour du 7° mois (Tishri), l'hiver au zer
jour du 10° mois (Tebet).
Notons que, l'ensemble de douze mois proprement lunaires
étant de 354 jours, il se produit un décalage de 10 jours pour
quatre saisons annuelles), le cycle lunaire (3 mois par saison,
52 semaines par an).
Or, remarquons-le bien, ce calendrier si harmonieusement
agencé repose essentiellement sur deux chifires 3 d abord, le
chiffre 4, qui est celui des saisons; ensuite, le chifire 3, qui est
celui des mois de chaque saison. D’autre part, ces chiffres 4 et 5,
en lesquels se résume et se concentre le calcul du Temps, corres- °
pondent précisément, dans le théorème de Pythagore, a la longueur des deux côtés constitutifs du triangle rectangle al semble
dés lors probable que ce systéme de calendricr, ou l'accent est
mis si expressément et si curieusement sur la distinction des
4 saisons, a été conçu en fonction même de la doctrine pythagoricienne de la primauté et de l'excellence du triangle rectangle.
Tout est nombre ; et si le calendrier de la secte est tenu pour sacré
et pour révélé, c'est qu'il apparaît comme la pure expression du
« plus saint des nombres », de cette divine pentécontade qui porte
en elle toute la vertu de la figure géométrique sur laquelle s ap-.
puie l'univers.
4.
() Cf. notamment
DSD I, 8-9, 13-15, LL 9-10 ; CDC III 13-15, VI 18-19, XX 2-
(2) Voir mes Aperçus préliminaires sur les manuscrits de la mer Morte (Paris,
1950); W. H. BROWNLEE, Light on the Manual of Discipline from the Book of
Jubilees, dans B.A.S.O.R., n° 123 (1951), p. 30-32.
(?) Les textes principaux sont les suivants: Jubilés Vi; Hénoch LXXII,
LAXV, LAXXII, — I s’agit ici, bien entendu, du livre éthiopien d’Henoch
;
l'Hénoch slave, dans ses parties anciennes, est également partisan d'un calendrier
où l’année est de 364 jours, mais présente des divergences quant au nombre
jours attribué à chaque mois.
— 188
—
de
*
*
%
Ainsi s’expliquerait, selon moi, la si surprenante mention du
« signe noun » dans le passage du Manuel de Discipline concernant
les temps sacrés. I] me semble, en outre, que, dans le détail, la
plupart des obscurités de ce passage disparaissent si le traducteur
a soin de se référer constamment au système de calendrier attesté
dans les Jubilés et Hénoch.
Seite 4
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)41. LIUPONI-OOMM er
La sainielé du signe «NOUN» AUNS le Manuel UE wrustipune
Voici, conformément 4 ce principe d'interprétation, la traduction que je propose pour l'ensemble du texte hébreu (X 1-8) (4).
Dans ce petit poème, d'inspiration à la fois liturgique et mys-
(par suite de) l'accord du circuit de celles-là (les saisons) avec
.
*
1
DS
(4) les liens qui unissent celles-ci (les lunes. les mois) Pane à
|
l'autre :
se renouvellent
mois)
les
lunes,
(les
celles-ci
que
tant
en
(c'est-à-dire)
(et) croissent (?)
tique, je distingue deux strophes. La première célèbre d'abord
les temps sacrés quotidiens, à savoir l'aurore et le crépuscule (1-3);
puis, les temps sacrés à l'intérieur de chaque année, à savoir le
en fonction de la suprême saintelé du chiffre 50,
début des saisons, le début des mois, les sabbats (3-5). La seconde
en fonction de la Clé de Ses grâces éternelles,
strophe, qui complète la première, concerne le début des années,
les années sabbatiques, les années jubilaires (6-8).
en fonction des débuts (5) des saisons en tout temps a venir; —
au commencement des mois, en fonction des saisons dont ils dépen.
dent,
(1) Avec les temps je chanterai le Décret (?):
et (aux) jours de sainteté (1), à leur dale delerminde
par référence aux saisons dont ils dépendent.
au commencement de l'empire de la lumière, avec le circuit de
celle-ci,
Il
au commencement des veilles des ténèbres,
(6) (Par) Voffrande des lèvres je Le bénirar
.
selon le Décret gravé à jamais:
lorsqu'Il ouvre leur réservoir et qu’Il les place en haut,
et, dans leur circuit, lorsqu'elles disparaissent devant la lumière;
tandis qwIl accomplit le Décret (7) assignant à celles-ci une date
et quand elle disparaît vers sa demeure régulière;
quand apparaissent (3) les luminaires (2) se levant du domaine
de sainteté,
(et) lorsqu'ils disparaissent vers la demeure de gloire ; —
à l'entrée des saisons, (laquelle correspond) à des jours de néoménie (4)
(1) Cette traduction, par endroits, est légèrement paraphrasée, là où c'est
nécessaire pour la clarté. Elle ne saurait être isolée de notre étude philologique
détaillée de tout le passage qui sera publié prochainement dans Vetus Testamentum (vol. 11, n° 3, juillet 1952).
(2) Je lis 'SYR HOO’ ('ashir huggd). Le mot kuggä, selon moi, est un substantif fm. « décret, loi », pratiquement synonyme de hég ; ce dernier terme est
très fréquent dans la langue de la secte pour designer la Loi divine universelle,
l'Ordre souverain du monde ; cf. plus bas 1. 6 «le Décret (hög) gravé à jamais ».
(*) Le soleil et la lune. Pour désigner l'aurore et le crépuscule, qui sont les.
deux moments principaux de la prière quotidienne, le poète se réfère d’abord au
circuit de la lumière, puis au circuit des ténèbres, enfin au cours de l’astre du
jour et de l'astre de la nuit. Le « domaine de sainteté », comme la « demeure de
gloire », c’est le ciel.
(*) Dans le calendrier des Jubiles et d’Henoch, nous avons dit, chaque saison
commence en un jour de néoménie, c'est-à-dire au Zer jour du 17 mois, du 4° mois,
du 7° mois, du 10° mois. Il s'agit ici de néoménies et de mois déterminés svstémati—- 190 —
aux débuts des années et dans le circuit des saisons annuelles,
déterminée,
(au) jour régulier de chacune (d'elles) (), Tune par rapport &
a
l'autre,
la saison de la moisson (le Printemps) par rapport à l'Eté
et la saison des semailles (l' Automne) par rapport à la saison de la
germination (l'Hiver) (®); —
quementen fonction d'une année de 364 jours. L'auteur insiste sur l'accord que le
calendrier de la secte établit de la sorte entre le circuit des saisons (cycle solaire)
et la succession des mois (cycle Junaire). I] sonligne que les lunes sc renouvellent
«en fonction des débuts des saisons » (1. 4), que le commencement des mois est
déterminé «en fonction des saisons » (1. 5), et il révèle que le fondement et la
valeur d'un tel système résident dans «la suprême sainteté du chiffre 50 " Cet
appel à l'autorité mystique du Nombre est d'autant plus opportune que i expérience la plus banale atteste un décalage de 30 jours entre le cycle lunaire réel
|
|
(334 jours) et le cycle théorique (364 jours). |
() Cette expression peut désigner tous les jours de fête de] année liturgique
juive, mais elle vise ici plus spécialement, je crois, les sabbats. Le texte souligne
que ces sabbats doivent être déterminés « par référence aux saisons » ; chaque
saison, en effet, compte exactement 13 sabbats (91 jours), et ces sabbat prennent
place le 7¢ jour, le 14°, le 21°, le 28°, le 35", etc.,à compter du début de la saison,
(2) II s'agit des «jours des saisons» (Jubilés VI 23), des quatre jours qui,
dans l'année, marquent le début de chaque saison nou velle.
(2) Cette énumération des quatre saisons permet de déceler le sens exact du
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Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)A. Dupont-Sommer
La sainteté du signe «noun» dans le Manuet ue wisvipuue
(aux) années de jête (déterminées) en fonction des semaines d’an-
Ce qui me paraît stir, c'est que notre passage du Manuel, par
le seul fait qu'il signale, et avec une parfaite clarté, le circuit
des quatre saisons, révèle une influence étrangère (très pronées (1),
(8) et au debut des semaines de semaines d'années, au moment
de FAfranchissement (2).
bablement hellénique) et marque une parenté certaine avec les
Jubilés et Hénoch. L'ancien monde juif, ainsi que chacun le
*
*
*
Cette traduction d'un texte exceptionnellement difficile, tant
le style en est dense et chargé d’allusions, n'est proposée ici,
cela va sans dire, que comme un simple essai. Si le principe d'interprétation dont elle s'inspire apparaît valable, il faudra poursuivre
diverses recherches que je n'ai pu encore qu’ébaucher: on
devra tenter notamment de fixer avec précision à quelle date et
en quel milieu fut scientifiquement définie, dans le monde grec,
la doctrine de la division de l’année en quatre saisons (3), et aussi
essayer de déterminer quand et comment, dans le monde juif,
prit naissance un calendrier si spécial, essentiellement fondé
sur la distinction des quatre saisons.
sait, distinguait seulement deux saisons annuelles : l'été et
l'hiver.
Il apparaît en outre que la secte juive de l'Alliance, en adoptant un calendrier où la date des néoménies ct des sabbats était
strictement déterminée en fonction du cadre des quatre saisons
et d'une année de 364 jours, s'isolait du reste des Juifs pour la
célébration de tous les temps sacrés, c'est-à-dire pour toute la vie
liturgique. Ce fait extrêmement grave, à lui seul, interdit notamment de confondre une telle secte, soit de près soit de loin, avec
celle des Pharisiens (!); le calendrier pharisien, en effet, était
resté de caractère essentiellement lunaire.
Enfin, il me semble difficilement niable que la mention du
«signe noun » se réfère non pas à la lettre proprement dite, mais
au chiffre 50 et à son caractère sacré, même si l'on devait justifier
ner
mot sn0'éd dans l’ensemble de notre passage; du sens général de « temps »,
« période de temps », ce mot est passé ici au sens propre de «saison » (comme le grec
dpa, le latin dempus) : c'est ce sens précis de « saison » qui est la clé de Vinterprétation de tout le passage. Les noms employés pour caractériser chaque saison
sont empruntés a la vie agricole ; inutile de souligner leur parfaite convenance du
point de vue palestinien (cf. F. M. ABEL, Géographie de la Palestine, I, p. 114).
Entre l'automne, « saison des semailles », et le printemps, ¢ saison de la moisson »,
l'hiver est appelé tout naturellement « saison de l'herbe tendre » (ou de la germination). Voir dans Hénoch LXXXI 15-20 la description du printemps ct celle
de l'été.
(1) Littéralement: « (aux) fêtes des années d’après leurs semaines » ; il s'agit
des années sabbatiques, celles qui se célébraient tous les sept ans (cf. Lévitique
XXV 1-7).
(2) Il s’agit de l'année jubilaire, celle où l’on devait affranchir les esclaves (cf.
Lév. XXV 8-55). Le cycle jubilaire était de 49 ans : l’année jubilaire se célébrait
la 50° année; cette année était en même temps la 1° année du nouveau cycle
jubilaire.
(2) Cf. DAREMBERG-SAGLIO, art. Horae (p. 253) : « La division scientifique de
l'année en quatre saisons a été établie par l’école pythagoricienne ; le premier des
poètes qui lui ait donné place dans la Fable est Euripide... Si la date à laquelle
les livres d'Hippocrate ont été rédigés était certaine, on pourrait faire remonter
jusqu'à cet écrivain la division scientifique des saisons, désignées pour la première
fois par les termes désormais classiques de €ap, Bepos, perômwpos, yeluwy ;
cependant elle ne devient d'un usage courant qu'après la mort d'Alexandre le.
Grand comme on peut voir par les écrits d’Aristote...»
— 192
—
le rapport entre le chiffre 50 et le calendrier de la secte autrement
que nous n'avons tenté de le faire. On se trouve donc ici très
vraisemblablement en présence d'un trait pythagoricien particulièrement précis et frappant, ce qui jette une lumière précieuse
sur le problème des influences étrangéres qui se sunt exercécs sur
la secte juive de l'Alliance (?).
N
=
Paris, Février 1952.
() Cette thèse a été proposée notamment par le R. P. de Vaux ( Revue Biblique,
1950, p. 428). J’ai, au contraire, suggéré dès le début (Revue de Paris, juillet
1949, p. 89) que la secte de la mer Morte était probablement de caractère essénien ;
j'ai soutenu cette thèse dans Aperçus preliminaires..., p. 105-117, et, plus récemment, dans Observations sur le Manuel de Discipline... (Paris, Adrien-Maisonneuve, 1951). Longue est maintenant la liste des auteurs qui ont adopté la même
opinion.
(2) J'ai dit quelques mots de ce probleme dans Aperçus préliminaires, p.113.