La saintete du signe "noun" dans le Manuel de Discipline

Autor
Dupont-Sommer, A.
Erschienen in
Bulletin de classe de lettres
Jahr
1952
Thema
DISCIPLINE
Sprache
Français
Kategorie
C12 Religion
Archivnummer
5085

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PALLE tn De Dolls Dares, S 8, pe LATRES La sainteté du signe « noun » dans le Manuel de Discipline, magnus) Un autre traducteur, J. T. Milik, propose (1) : « … (dies acterEjus arum sancti sanctorum et signum (pro apertione grati imé suppr ement narum) ». Le N se trouve ainsi purement et simpl par A. DUPONT-SOMMER (*). um. » Conjecture sequitur # ct breve spatium ; frt. n<hyh> : futur inconsistante: pourquoi ici cette abréviation, alors Le Manuel de Discipline, trouvé en 1947 dans la grotte de Ain-Feshka et publié en 1951 par les éditeurs américains (1) présente un passage relatif aux temps sacrés, qui est resté particulièrement obscur (X, 1-8) (?). Dans ce passage même, de la traduction. L'auteur, il est vrai, ajoute en note: les mots les plus énigmatiques, de l'aveu général, sont ceux-ci 0. 4) : LQWDS QWDSYM W'WT N (legódèsh godäshim we'ót N) a traduire littéralement « pour la sainteté des saintetés (ou bien ; pour le Saint des Saints) et le signe noun ». Les diverses traductions proposées jusqu'à présent soulignent par leur divergence la difficulté de ce texte. W. H. Brownlee, par exemple, traduit: « … for the holy of holies ; and the sign Nun (is for the unlocking ‘or, key! of His eternal mercies) ». Et il explique que le signe noun (le noun est l'équivalent de la lettre N de notre alphabet) est ici mentionné en tant que désignant, de facon cryptique, le Messie; c'est en effet, la lettre initiale de mots comme nébi « prophète » nägid «chef», négèr «rejeton », nés « bannière », näsi « prince > qui sont tous des titres messianiques (3). En outre, ce signe noun serait ici à mettre en rapport avec le mot « clé » qui se lit dans la suite du texte ; le dessin de la lettre noun, en effet, suivant le type d'écriture du manuscrit, évoquerait plus ou moins la forme méme d'une clé (4). Explications ingénieuses, mais bien incertaines ! Et que vient faire cette allusion soudaine au Messie insérée au beau milieu de l'énumération des temps sacrés ? ” Tente par M. H. GRÉGOIRE. « In textu que le mot NHYH est écrit partout ailleurs en entier ¢ des saints Enfin, J. van der Ploeg traduit (?) : # … pour le saint (?) … » (?) (et qui est en même temps) un signe du T(errible) une abréEt il explique en note : « signe du T( errible), peut-être en multipliant viation de "WT NSWR'] ('ót nord’) ». L'auteur, de souligner lui-même les points d'interrogation, nous dispense la fragilité de cette exegese. Le trait commun à ces trois essais de traduction, a c'est qu'ils consonne donnent au signe N la valeur propre d'une lettre, d'une abrégé. mot d'un e initial de J'aiphabet: le N serait la lettre plaude rien à t En réalité; cette façon d'interpréter le N ne condui de bonne sible. Mais les signes de l'alphabet, nul ne l'ignore, ont Grecs, les chez ct ux Hébre les chez heure été employés, à la fois du ique numér valeur en tant que signes de numération. Or, la du celle noun dans l'alphabet hébreu, c'est 50, — tout comme dans mu dans l'alphabet grec. Ne s’agirait-il pas proprement, lisme symbo e quelqu de et 50 le Manuel de Discipline, du chiffre ? attaché à ce nombre Il vient alors immédiatement à l'esprit, si l'on s'est intéressé les quelque peu aux spéculations sur les nombres en faveur chez 50 chiffre le que (3), Pythagoriciens et en diverses gnoses antiques (la pentécontade) est par excellence un nombre sacré. Philon d'Alexandrie l’atteste de la façon la plus précise (De spec. leg, (3) Verbum Domini, vol. XTX (1951), p. 153. G. LAMBERT, dans (5) Bibliotheca Orientalis, VIII, n° 4 (1951), p. 124. — une traduction Nouvelle Revue Théologique, t. LXXIII, n° 9 (1951), propose ) » ; la lettre # serait ici analogue : « pour le saint des saints et signe du Gtlorienx dr om Manual of Discipline. Translation and notes (New Haven, (*) The Biblical Archaeologist, vol. XIV, n° 3 (1951), p. ;1 et fig. 6. — — 184 . une abréviation pour nikbad. La Doctrine gnostigite sur étude mon dans ons spéculati ces rappeler à eu J'ai (@) de la lettre « wäu: »… (Paris, 1946).

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PURE DUET II, $ 177) : « Admirable et désirable est la nature de la pentécontade, spécialement du fait qu'elle a pour origine ce qui se conçoit de plus fondamental et de plus ancien dans les essences (rod grouxeuwdeordrov Kat mpeaßurdrov Tay Ev oùoiaus rep.laußouevan), comme disent les mathématiciens, entendons le triangle rectangle. En effet, si l'on considère la longueur, les côtés de celui-ci, étant de 3 et 4 et 5, font au total le nombre 12, lequel est le modèle du cercle du zodiaque et le double de la très féconde hexade, principe de la perfection... D'autre part, si l’on considère la puissance (le carré), ces côtés, manifestement, donnent naissance au nombre 50, total de 3 fois 3, plus 4 fois 4, plus 5 fois 5. Il en résulte nécessairement que la pentécontade est d'autant supérieure à la dodécade que la puissance (le carré) est supérieure à la longueur … » Ailleurs, le même Philon, à propos de la grande fête que les Therapeutes célèbrent le 50€ jour, résume ainsi la doctrine relative à la pentécontade (De vita contempl., § 65) : wevrnKortas..., dyıwraros kal buouwxwraros apibuav, Ex THs To opBoywriov Tprywvov duvdpews, Örep éoTiv apy? THs TV OAwv yevéoews, ovorabels «la pentécontade..., le plus saint et le plus substantiel des nombres, vu qu'il est constitué par la puissance (le carré) du triangle rectangle, lequel est le principe de la génération de Yunivers ». Dans ces deux textes de Philon, comme on voit, l’excellence hors de pair de la pentécontade est mise expressément en rapport avec le théorème fameux de Pythagore: le chiffre 50, précisent ces textes, c'est l'expression parfaite du triangle rectangle, principe suprême de la production du monde, et c’est «le plus saint» des nombres. Revenons à notre texte hébreu. La mention du « signe noun », c'est-à-dire du chiffre 50, s’y trouve liée précisément aux deux mots QWDS QWDSYM «la sainteté des saintetés », qui expriment ici, suivant une tournure hébraique courante, une idée superlative : «la sainteté par excellence », «la suprême saintete » (1) ; ils répondent donc exactement au superlatif dyucraros du texte du Philon. La particule W «et » devant “WT N est ici (*) Sur cette tournure, voir p. ex. JOUON, Grammaire de l'Hébreu biblique, § 141 1, L’exemple classique est l’expression « Cantique des cantiques », c’est-adire « Cantique par excellence ». — 186 — ef MME une « hendiadys »; à la lumière du texte de Philon, la locution tout entiére semble donc devoir se comprendre et se traduire: _ «pour la supréme sainteté du chiffre 50». trouve suivie des Cette expression, dans le texte hebrcu, se tah hasdäw ‘éläm) mots suivants LMPTH HSDYW ‘WLM ( lemap «pour la Clé de Ses grâces éternelles ». Je crois que les textes sens de cette locution cités de Philon nous aident aussi à saisir le en effet, est “ un peu mystérieuse. Si le triangle rectangle, se conçoit e qui «ce principe de la génération de l'univers » et ces », sila penteplus fondamental et de plus ancien dans les essen » des nombres, mais contade est non seulement «le plus saint c'est-à-dire le plus encore «le plus substantiel » (dvoıkwraros), visent les mots fécond, n'est-ce pas le chiffre 50 lui-même que » : Le mot « Cle » hebreux «la Clé des grâces éternelles de Dicu a ici une saveur de Gnose ; quant au scns, il concorde avec le mot terme abstrait et proqu’emploie Philon: «le principe » (apx7)), stiques juxtaposes: prement philosophique. Ainsi les deux pour la suprême sainteté du chiffre 30, pour la Clé de Ses grâces éternelles, sont pratiquement synonymes ; le second stique répète le premier du parallélisme. en termes différents, suivant la loi * * * M anuel relatif aux Voici donc, en plein cœur du passage du « chiffre 50»; ce chifire temps sacrés, une référence expresse au la clé de toutes les est le fondement et le principe de l'univers, le du passage ? Je graces divines. Quel rapport avec l'ensemb écontade se justifie crois que cette mention de la très sainte pent renne bien ceci : le assez clairement à condition que l'on comp s sacrés tels qu ils se passage qui nous occupe célèbre les temp , en fonction d'un trouvent fixés dans la secte juive de l'Alliance 50, € est que la re calendrier spécial ; si l'on fait appel au chiff drier propre à la valeur et l'autorité transcendantes du calen tiel avec le nombre secte doivent résulter de quelque rapport essen rort établissant sa confo «le plus saint et le plus substantiel », rapp régit le Monde et le mité véritable avec la Loi profonde qui Temps.

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A. Dupont-Sommer Connaissons-nous ce calendrier spécial de la secte, auquel le chaque année de 364 jours et que le systéme amène 4 célébrer les «néoménies » (le 1er jour de chacun des 12 mois) à des moments qui peuvent être en désaccord avec la phase réelle de la lune. Manuel de Discipline et VEcrit de Damas font de fréquentes allusions, mais sans le décrire expressément ? (1) Nous avons toute chance de le découvrir en deux ouvrages dont la parenté avec les écrits de la mer Morte, pour diverses raisons, a déja été signalée comme très probable : le livre des Jubilés et le livre d'Hénoch (?). Dans ces deux « pseudépigraphes », en dépit d’interpolations qui contredisent de-ci de-la les données principales, apparaît un type de calendrier parfaitement défini. Il nous faut ici en rappeler les dispositions caractéristiques (3). Il est évident, d'autre part, que, l’année solaire étant réellement de 365 jours 1/4, il existe, de ce fait, un décalage d'un jour 1/4 ne savons per an par rapport au mouvement réel du soleil. N ous pas par quelles corrections un tel calendrier réussissait à concilier le système avec la réalité ; mais ce qui importe ici, c est de nous représenter clairement le système lui-même: ce systeme est Ce calendrier est essentiellement solaire: le principe fondaessentiellement caractérisé par la parfaite harmonic qu'il établit, artificiellement mais rigoureusement, entre le cycle solaire (les été, automne, hiver, correspondant aux deux équinoxes et aux 12 mois par an) et le cycle des semaines (13 semaines par saison, , mental, c'est la distinction des guatre saisons annuelles : printemps, deux solstices. Chaque saison compte trois mois ; chaque mois est de 30 jours, sauf le troisième mois de chaque saison; A celui-ci s'ajoute un 31° jour, dit « jour intercalaire », lequel fait en quelque sorte la transition avec la saison suivante. Ainsi chaque saison comporte gr jours, ce qui fait exactement 13 semaines (et donc 13 sabbats) ; l’année entière, par conséquent, compte 364 jours, soit exactement 52 semaines. Soulignons que le décompte des mois est strictement synchronisé avec celui des quatre saisons: le début de chaque saison coïncide systématiquement avec le 1er jour du rer mois de cette saison : c’est ainsi que, par rapport à l'année entière, le printemps commence au rer jour du 1% mois (Nisan), l'été au zer jour du 4€ mois (Tammouz), l'automne au 1° jour du 7° mois (Tishri), l'hiver au zer jour du 10° mois (Tebet). Notons que, l'ensemble de douze mois proprement lunaires étant de 354 jours, il se produit un décalage de 10 jours pour quatre saisons annuelles), le cycle lunaire (3 mois par saison, 52 semaines par an). Or, remarquons-le bien, ce calendrier si harmonieusement agencé repose essentiellement sur deux chifires 3 d abord, le chiffre 4, qui est celui des saisons; ensuite, le chifire 3, qui est celui des mois de chaque saison. D’autre part, ces chiffres 4 et 5, en lesquels se résume et se concentre le calcul du Temps, corres- ° pondent précisément, dans le théorème de Pythagore, a la longueur des deux côtés constitutifs du triangle rectangle al semble dés lors probable que ce systéme de calendricr, ou l'accent est mis si expressément et si curieusement sur la distinction des 4 saisons, a été conçu en fonction même de la doctrine pythagoricienne de la primauté et de l'excellence du triangle rectangle. Tout est nombre ; et si le calendrier de la secte est tenu pour sacré et pour révélé, c'est qu'il apparaît comme la pure expression du « plus saint des nombres », de cette divine pentécontade qui porte en elle toute la vertu de la figure géométrique sur laquelle s ap-. puie l'univers. 4. () Cf. notamment DSD I, 8-9, 13-15, LL 9-10 ; CDC III 13-15, VI 18-19, XX 2- (2) Voir mes Aperçus préliminaires sur les manuscrits de la mer Morte (Paris, 1950); W. H. BROWNLEE, Light on the Manual of Discipline from the Book of Jubilees, dans B.A.S.O.R., n° 123 (1951), p. 30-32. (?) Les textes principaux sont les suivants: Jubilés Vi; Hénoch LXXII, LAXV, LAXXII, — I s’agit ici, bien entendu, du livre éthiopien d’Henoch ; l'Hénoch slave, dans ses parties anciennes, est également partisan d'un calendrier où l’année est de 364 jours, mais présente des divergences quant au nombre jours attribué à chaque mois. — 188 — de * * % Ainsi s’expliquerait, selon moi, la si surprenante mention du « signe noun » dans le passage du Manuel de Discipline concernant les temps sacrés. I] me semble, en outre, que, dans le détail, la plupart des obscurités de ce passage disparaissent si le traducteur a soin de se référer constamment au système de calendrier attesté dans les Jubilés et Hénoch.

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41. LIUPONI-OOMM er La sainielé du signe «NOUN» AUNS le Manuel UE wrustipune Voici, conformément 4 ce principe d'interprétation, la traduction que je propose pour l'ensemble du texte hébreu (X 1-8) (4). Dans ce petit poème, d'inspiration à la fois liturgique et mys- (par suite de) l'accord du circuit de celles-là (les saisons) avec . * 1 DS (4) les liens qui unissent celles-ci (les lunes. les mois) Pane à | l'autre : se renouvellent mois) les lunes, (les celles-ci que tant en (c'est-à-dire) (et) croissent (?) tique, je distingue deux strophes. La première célèbre d'abord les temps sacrés quotidiens, à savoir l'aurore et le crépuscule (1-3); puis, les temps sacrés à l'intérieur de chaque année, à savoir le en fonction de la suprême saintelé du chiffre 50, début des saisons, le début des mois, les sabbats (3-5). La seconde en fonction de la Clé de Ses grâces éternelles, strophe, qui complète la première, concerne le début des années, les années sabbatiques, les années jubilaires (6-8). en fonction des débuts (5) des saisons en tout temps a venir; — au commencement des mois, en fonction des saisons dont ils dépen. dent, (1) Avec les temps je chanterai le Décret (?): et (aux) jours de sainteté (1), à leur dale delerminde par référence aux saisons dont ils dépendent. au commencement de l'empire de la lumière, avec le circuit de celle-ci, Il au commencement des veilles des ténèbres, (6) (Par) Voffrande des lèvres je Le bénirar . selon le Décret gravé à jamais: lorsqu'Il ouvre leur réservoir et qu’Il les place en haut, et, dans leur circuit, lorsqu'elles disparaissent devant la lumière; tandis qwIl accomplit le Décret (7) assignant à celles-ci une date et quand elle disparaît vers sa demeure régulière; quand apparaissent (3) les luminaires (2) se levant du domaine de sainteté, (et) lorsqu'ils disparaissent vers la demeure de gloire ; — à l'entrée des saisons, (laquelle correspond) à des jours de néoménie (4) (1) Cette traduction, par endroits, est légèrement paraphrasée, là où c'est nécessaire pour la clarté. Elle ne saurait être isolée de notre étude philologique détaillée de tout le passage qui sera publié prochainement dans Vetus Testamentum (vol. 11, n° 3, juillet 1952). (2) Je lis 'SYR HOO’ ('ashir huggd). Le mot kuggä, selon moi, est un substantif fm. « décret, loi », pratiquement synonyme de hég ; ce dernier terme est très fréquent dans la langue de la secte pour designer la Loi divine universelle, l'Ordre souverain du monde ; cf. plus bas 1. 6 «le Décret (hög) gravé à jamais ». (*) Le soleil et la lune. Pour désigner l'aurore et le crépuscule, qui sont les. deux moments principaux de la prière quotidienne, le poète se réfère d’abord au circuit de la lumière, puis au circuit des ténèbres, enfin au cours de l’astre du jour et de l'astre de la nuit. Le « domaine de sainteté », comme la « demeure de gloire », c’est le ciel. (*) Dans le calendrier des Jubiles et d’Henoch, nous avons dit, chaque saison commence en un jour de néoménie, c'est-à-dire au Zer jour du 17 mois, du 4° mois, du 7° mois, du 10° mois. Il s'agit ici de néoménies et de mois déterminés svstémati—- 190 — aux débuts des années et dans le circuit des saisons annuelles, déterminée, (au) jour régulier de chacune (d'elles) (), Tune par rapport & a l'autre, la saison de la moisson (le Printemps) par rapport à l'Eté et la saison des semailles (l' Automne) par rapport à la saison de la germination (l'Hiver) (®); — quementen fonction d'une année de 364 jours. L'auteur insiste sur l'accord que le calendrier de la secte établit de la sorte entre le circuit des saisons (cycle solaire) et la succession des mois (cycle Junaire). I] sonligne que les lunes sc renouvellent «en fonction des débuts des saisons » (1. 4), que le commencement des mois est déterminé «en fonction des saisons » (1. 5), et il révèle que le fondement et la valeur d'un tel système résident dans «la suprême sainteté du chiffre 50 " Cet appel à l'autorité mystique du Nombre est d'autant plus opportune que i expérience la plus banale atteste un décalage de 30 jours entre le cycle lunaire réel | | (334 jours) et le cycle théorique (364 jours). | () Cette expression peut désigner tous les jours de fête de] année liturgique juive, mais elle vise ici plus spécialement, je crois, les sabbats. Le texte souligne que ces sabbats doivent être déterminés « par référence aux saisons » ; chaque saison, en effet, compte exactement 13 sabbats (91 jours), et ces sabbat prennent place le 7¢ jour, le 14°, le 21°, le 28°, le 35", etc.,à compter du début de la saison, (2) II s'agit des «jours des saisons» (Jubilés VI 23), des quatre jours qui, dans l'année, marquent le début de chaque saison nou velle. (2) Cette énumération des quatre saisons permet de déceler le sens exact du

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A. Dupont-Sommer La sainteté du signe «noun» dans le Manuet ue wisvipuue (aux) années de jête (déterminées) en fonction des semaines d’an- Ce qui me paraît stir, c'est que notre passage du Manuel, par le seul fait qu'il signale, et avec une parfaite clarté, le circuit des quatre saisons, révèle une influence étrangère (très pronées (1), (8) et au debut des semaines de semaines d'années, au moment de FAfranchissement (2). bablement hellénique) et marque une parenté certaine avec les Jubilés et Hénoch. L'ancien monde juif, ainsi que chacun le * * * Cette traduction d'un texte exceptionnellement difficile, tant le style en est dense et chargé d’allusions, n'est proposée ici, cela va sans dire, que comme un simple essai. Si le principe d'interprétation dont elle s'inspire apparaît valable, il faudra poursuivre diverses recherches que je n'ai pu encore qu’ébaucher: on devra tenter notamment de fixer avec précision à quelle date et en quel milieu fut scientifiquement définie, dans le monde grec, la doctrine de la division de l’année en quatre saisons (3), et aussi essayer de déterminer quand et comment, dans le monde juif, prit naissance un calendrier si spécial, essentiellement fondé sur la distinction des quatre saisons. sait, distinguait seulement deux saisons annuelles : l'été et l'hiver. Il apparaît en outre que la secte juive de l'Alliance, en adoptant un calendrier où la date des néoménies ct des sabbats était strictement déterminée en fonction du cadre des quatre saisons et d'une année de 364 jours, s'isolait du reste des Juifs pour la célébration de tous les temps sacrés, c'est-à-dire pour toute la vie liturgique. Ce fait extrêmement grave, à lui seul, interdit notamment de confondre une telle secte, soit de près soit de loin, avec celle des Pharisiens (!); le calendrier pharisien, en effet, était resté de caractère essentiellement lunaire. Enfin, il me semble difficilement niable que la mention du «signe noun » se réfère non pas à la lettre proprement dite, mais au chiffre 50 et à son caractère sacré, même si l'on devait justifier ner mot sn0'éd dans l’ensemble de notre passage; du sens général de « temps », « période de temps », ce mot est passé ici au sens propre de «saison » (comme le grec dpa, le latin dempus) : c'est ce sens précis de « saison » qui est la clé de Vinterprétation de tout le passage. Les noms employés pour caractériser chaque saison sont empruntés a la vie agricole ; inutile de souligner leur parfaite convenance du point de vue palestinien (cf. F. M. ABEL, Géographie de la Palestine, I, p. 114). Entre l'automne, « saison des semailles », et le printemps, ¢ saison de la moisson », l'hiver est appelé tout naturellement « saison de l'herbe tendre » (ou de la germination). Voir dans Hénoch LXXXI 15-20 la description du printemps ct celle de l'été. (1) Littéralement: « (aux) fêtes des années d’après leurs semaines » ; il s'agit des années sabbatiques, celles qui se célébraient tous les sept ans (cf. Lévitique XXV 1-7). (2) Il s’agit de l'année jubilaire, celle où l’on devait affranchir les esclaves (cf. Lév. XXV 8-55). Le cycle jubilaire était de 49 ans : l’année jubilaire se célébrait la 50° année; cette année était en même temps la 1° année du nouveau cycle jubilaire. (2) Cf. DAREMBERG-SAGLIO, art. Horae (p. 253) : « La division scientifique de l'année en quatre saisons a été établie par l’école pythagoricienne ; le premier des poètes qui lui ait donné place dans la Fable est Euripide... Si la date à laquelle les livres d'Hippocrate ont été rédigés était certaine, on pourrait faire remonter jusqu'à cet écrivain la division scientifique des saisons, désignées pour la première fois par les termes désormais classiques de €ap, Bepos, perômwpos, yeluwy ; cependant elle ne devient d'un usage courant qu'après la mort d'Alexandre le. Grand comme on peut voir par les écrits d’Aristote...» — 192 — le rapport entre le chiffre 50 et le calendrier de la secte autrement que nous n'avons tenté de le faire. On se trouve donc ici très vraisemblablement en présence d'un trait pythagoricien particulièrement précis et frappant, ce qui jette une lumière précieuse sur le problème des influences étrangéres qui se sunt exercécs sur la secte juive de l'Alliance (?). N = Paris, Février 1952. () Cette thèse a été proposée notamment par le R. P. de Vaux ( Revue Biblique, 1950, p. 428). J’ai, au contraire, suggéré dès le début (Revue de Paris, juillet 1949, p. 89) que la secte de la mer Morte était probablement de caractère essénien ; j'ai soutenu cette thèse dans Aperçus preliminaires..., p. 105-117, et, plus récemment, dans Observations sur le Manuel de Discipline... (Paris, Adrien-Maisonneuve, 1951). Longue est maintenant la liste des auteurs qui ont adopté la même opinion. (2) J'ai dit quelques mots de ce probleme dans Aperçus préliminaires, p.113.