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LES ORIGINES
DE L’EMPIRISME SCIENTIFIQUE
La science n’est pas consciente d'elle-même; les grands
savants travaillent mieux qu'ils ne réfléchissent sur leurs travaux, en conséquence, la tâche de déterminier ce qu'est au
juste la science a été laissée à d’autres. En examinant
comment la science s’est faite, on peut l'aider à continuer
son œuvre. Nous nous tournerons vers les origines de l’empirisme, pour déterminer si passible quelles sont les conditions
nécessaires à son développement.
Dans le monde occidental, la culture situe généralement son
âge d’or aux v' et 1v° siècles avant J.-C.; la culture occidentale est la continuation de la culture athénienne. Par
contre, nous vivons aujourd’hui l’âge d’or de la science. Comment celle-ci, qui est une affaire curieusement récente, est-elle
arrivée à son état actuel de prééminence? Nous ne ferons pas
un récit complet de l’histoire de la science, mais une rapide
étude pour voir comment la science, dans le sens moderne
de science empirique, naquit.
I. — LA SCIENCE THÉORIQUE DANS LA GRÈCE CLASSIQUE
Les débuts de ce qui pourrait être appelé la science ne
remontent pas au-delà des Grecs. Babylone et les civilisations
encore plus reculées peuvent en avoir jeté les fondations au
moyen du développement de leurs techniques, maïs pour la
science elles ne comptent pas. En étudiant la période qui
s'étend de 600 à 500 avant notre ère, nous ferions une erreur
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Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)ORIGINES DE L’'EMPIRISME SCIENTIFIQUE
en essayant de distinguer la philosophie et la science.
Les philosophes présocratiques qui identifiaient la réalité à
l’un des quatre éléments physiques : la terre, l'air, le feu ou
par exemple, les Grecs surent que l’ambre frottée de soie
pouvait attirer des objets légers, mais jusqu’en 1800 de notre
ère il n’y eut aucune découverte importante en électricité.
Aristote a dit que la science dépasse le sens commun; en
Grèce, elle le dépassa en effet dans la direction des généralités
mais non dans l’analyse des faits particuliers. Probablement
à cause des habitudes d’une société esclavagiste, le préjugé
des Grecs contre le travail manuel les empêcha de trouver
des faits au niveau du sens commun.
Il y eut une exception. Si l’empirisme ne trouva pas de
prise, les mathématiques, dont l’empirisme aurait hesoin un
jour, en trouvèrent, Pythagore inaugura en Italie une tradition
des mathématiques, en particulier dans le domaine de la théorie des nombres, qui devait avoir plus tard un effet profond
sur la pensée grecque et aïnsi sur toute la science à venir.
Aucun des écrits de Pythagore n’a survécu, maïs son influence
fut profonde sur Platon et les penseurs qui suivirent; leur
croyance en l'indépendance des éléments abstraïts s’en trouva
dirigée dans des voies quantitatives. Pythagore ou la tradition
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hommes qui aiment la sagesse doivent, en vérité, faire des
recherches sur un grand nombre de choses ».
On peut dire que les philosophes présocratiques d’Ionie
semblent avoir été les premiers penseurs qui essayèrent de
résoudre les plus grands problèmes d’une manière générale,
sans avoir recours aux éléments mythiques. Ils cherchèrent
l'origine des faits naturels dans des causes naturelles. Il y
eut peu d’empirisme au sens d'expérience contrôlée, mais fi]
y eut un appel à la nature associé à la raison. De cette manière
les bases furent jetées pour les plus intenses spéculations de
la période la plus florissante de la Grèce. La science n’est pas
présocratique, maïs le genre de sol sur lequel la science fleurit
le fut, bien que nous ne puissions expliquer l’apparition d’un
tel phénomène par une cause nécessaire mais non suffisante.
Les Milésiens et les Joniens furent les premiers observateurs
de phénomènes qui se bornèrent à des explications naturelles,
et quelques érudits contemporains leur attribuent les débuts
de la méthode expérimentale, nécessaire pour permettre la
naissance des théories matérialistes. Le professeur Farrington,
par exemple, souligne la découverte de la réalité corporelle
de lair par Empédocle, grâce à l’utilisation du « puisoir
d’eau » en cuivre qui ne se remplit pas lorsqu'il est immergé
et que son ouverture est couverte, à cause de l'air qu’il
contient déjà.
Que les hommes qui recherchent une explication naturelle
à des phénomènes naturels découvrent une telle méthode est
normal en soi. Mais les Grecs ne la suivirent pas, comme
ils l’auraiïent fait s'ils l’avaient érigée en principe de recherche. On peut même se demander si Empédocle se doutait de
la portée de son action.
C'est peut-être parce que la nature aime à se cacher que
l’entreprise de « découverte de la nature » fut commencée, Au
début de la plus glorieuse période de la Grèce, aux v' et rv°
siècles avant J.-C. certaines techniques étaient connues, et
parmi elles quelques-unes auraient pu mener au développement des sciences expérimentales. Dès 600 avant J.-C.
A Aer VE
l'eau, étaient dans la voie scientifique. « La Nature », comme
l’a observé Héraclite, « aime à se cacher », et il ajoute : « les
pythagoricienne, en
alliant l'intérêt
envers la
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nature aux
mathématiques, toucha presque à la découverte des sciences
expérimentales. En tous cas, avec les Prthagoriciens et les
autres présocratiques, le monde grec eut tous les éléments
nécessaires. Peut-être serait-il plus exact de dire que les premers Grecs découvrirent les sciences expérimentales mais, ne
voyant pas leur importance, ne les cultivèrent pas. La science
aurait pu commencer au vi‘ siècle avant J.-C. Mais cela ne se
produisit pas, et le symbolisme des Pythagoriciens, dans lequel
les points remplaçaient les nombres, en a peut-être élé responsable. Il menait à une notion fausse : les points pouvaient être
transformés en lignes, les lignes en plans, les plans en solides
et les objets matériels pouvaient être obtenus à partir des
nombres.
La théorie qui, plus tard, mena à la découverte de la science
expérimentale était à l’opposé: les nombres pouvaient être
dérivés des objets matériels. Et la science mathématique n’atteignit sa complexité actuelle que grâce à une notion supplémentaire: puisque la connaissance des mathématiques provient de l’étude des relations des objets matériels, les relations
mathématiques elles-mêmes sont indépendantes et appartiennent à un deuxième étage logique du monde naturel. Ainsi,
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Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)la science ayant besoin des mathématiques, le rôle des Grecs
en ce qui concerne la science ne doit pas être sous-estimé.
S'ils passèrent à côté de la science empirique, ils trouvèrent
les mathématiques, qui lui sont nécessaires.
Socrate s’intéressa aux humains et à la loi immuable, en
particulier à la loi morale, et ne vit pas de rapport entre
cet intérêt et la partie non humaine du monde naturel. I]
n’aimait pas la nature (Criton, 52 B), « les arbres », disait-il,
«ne m'apprennent rien >» (Phèdre, 230 D). Il y a une faible
suggestion de la recherche possible des données de base dans
l'induction socratique (éraywyh), qui est notre premier indice
d’une approche de l’universel à partir des particularités sen… Sibles (Politique, 278 A). Mais ceci est vite remplacé par la
méthode de collection et de division des dialogues suivants,
dans lesquels le mouvement des idées évolue au milieu des
idées elles-mêmes (cf. République, 476 E-477 C).
Selon Plutarque, Platon déplorait que la mécanique d’Archytas ait corrompu la géométrie en l’abaissant de l’incorporel et de l’intellectuel au corporel et au sensible, et en
utilisant la matière, qui appelle le travail manuel. En découvrant la philosophie, Platon semble avoir arrêté la découverte
de la science expérimentale, comme si les idées abstraites et les
particularités du sensible n’étaient pas données ensemble, Il
rendit les formes intelligibles faciles à connaître et les objets
accessibles au sens indignes d’attention, en partant du principe
qu’il ne pouvait y avoir de relation entre eux. Par la faute
de Platon, la science ne progressa pas et pourtant elle lui
doit beaucoup. En dressant les hommes contre le sensible il
les éloigna de la science, maïs et montrant l'importance des
mathématiques et la valeur des idées générales, il les mit
sur son chemin.
Qu'une telle forme de pensée ait été courante à l’époque de
Platon est attesté par le fait que son éminent contemporain,
Démocrite, alla dans la même direction. Démocrite, qui était
considéré par les Grecs mêmes comme un « physicien » par
Sa croyance au vide et aux atomes, était plus enclin que
beaucoup à étudier la nature. Pourtant, il ne se fiait pas aux
sens; sa Connaissance des atomes et du vide était strictement
intellectuelle.
Bien que tous les éléments de la science aient été présents
en Grèce, la science même ne naquit que plus tard, par la
LE il,
RS
EU
ORIGINES DE L'EMPIRISME SCIENTIFIQUE
205
conjonction de la technique et de la philosophie, c'est-à-dire
lorsque des instruments furent employés à résoudre les pro
blèmes de la philosophie. Durant quatre mille ans, avant :
Grèce, il y avait eu une technique, maïs pas de philosophie.
En Grèce, pendant les siècles les plus glorieux (du vr au J
avant J.-C.) il y eut à la fois la technique et la philosophie. La
Grèce, en effet, cultiva brillamment de nombreuses formes de
k technique. À la même époque, la philosophie fut inventée
et conduite à ses plus hauts sommets. Mais les penseurs
Grecs méprisèrent la technique qu'ils considéraient corne
une occupation propre aux seuls esclaves, se limitant à la
philosophie et ne pouvant ainsi voir l'importance de leur
cles.
Es pouvons résumer la contribution apportée par ë
civilisation grecque à la science aux v° et V1 siècles avant J.-C
la
à peu près comme suit, A partir des activités des Grecs
méthode scientifique aurait pu être découverte, mais les Grecs
ne la découvrirent pas. À partir de leurs observations dans les
domaines physique et biologique, et des systèmes matumne
tiques qu’ils établirent, les rapports étaient devenus sen s
et pourtant ils ne purent les percevoir, Et la véritable écouverte de la méthode scientifique dut attendre de longs siè-
IE. —— La SCIENCE HELLÉNISTIQUE
Les trois siècles qui suivirent la mort d'Alexandre en 323
avant J.-C. furent témoins de l'extension de la culture grecque
à la partie occidentale de l’Asie et du Proche-Orient. Les
service rendus par Alexandre à la science furent immenses.
L'envoi de spécimens zoologiques et botaniques d'Asie à son
ex-précepteur Aristote n’était rien en comparaison du rayonnement de la culture grecque en Orient. C est en grande partie
de cette manière que quelques bribes scientifiques de cette
culture ont survécu jusqu’à notre époque. La culture grecque
changea de direction, et, jusqu’en 168 avant J-C, date à
laquelle l'Egypte de Ptolémée se soumit au pouvoir romain,
les progrès de la science furent plus remarquables qu'en
aucune autre période historique antérieure,
Ce fut une période de consolidation autant que d’explora-
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Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)tion : Archimède organisa et fit progresser la mécanique
Euclide fit de même pour la géométrie, Aristarque de Samos
découvrit la théorie héliocentrique, Hipparque songea à la
théorie géocentrique, découvrit la précession des équinoxes
et prédit exactement les éclipses. Hérophile et Erisistrate fondèrent la médecine empirique, la physiologie et firent un grand
nombre d'importantes dissections: Eratosthène, le géographe
trouva presque le diamètre exact de la terre, Apollonius développa les sections coniques; enfin à Ptolémée, qui donna son
nom à la théorie géocentrique, l’on attribue,
peut-être
à
tort
les premiers grands travaux d'optique.
|
L'ultime génie de la période hellénistique tend vers le progrès technique. Il y avait eu de remarquables exploits ich.
.niques en Grèce; il y en eut d’autres durant la période
hellénistique, en particulier les cales sèches d'Hermodore et
le phare d'Alexandrie, conçu par Sostrate. La grande réussite
architecturale de la période hellénistique fut l'urbanisme
Les villes, soigneusement dessinées, comprenant d'immenses
bâtiments publics et de longs murs d'enceinte. étaient à l’ordre
du jour, et des centaines en furent élevées, imitées des villes
vant des buts purement pratiques.
|
Î
grecques originales. Les temples, les théâtres et les palais
immenses abondaient. A cela doivent être ajoutés les levés de
plans et diverses réussites mécaniques. Il est intéressant de
noter cependant que même dans ce domaine la théorie et
la pratique n’allaient pas de pair, si ce n’est pour des raisons
pratiques. Il n’y eut que peu, si ce n’est pas du tout, d’instruments scientifiques fabriqués spécialement pour Tex érience. La science semblait menacée chaque fois qu’on « com.
mettait la faute > de supposer qu’elle peut progresser en serQu'il y ait eu des savants au sens moder
les Grecs, il est difficile d'en douter, Mais a nee Puits
Te
employaient n’a jamais été définie collectivement : la science
n était pas une institution en Grèce, ni une profession com
l'était la philosophie ou le drame. C'était senlement un mo ‘en
particulier par lequel certains philosophes tâchaicent de trot
ver des exemples à leurs théories et par lequel les ingénieurs
essayaient de légitimer leurs constructions. Pour qu'il v ait
science, les deux groupes doivent unifier leurs efforts.
2 Me SA ve
sp +
ORIGINES DE L’EMPIRISME SCIENTIFIQUE
ET INDIENNES
207
PAR LES MUSULMANS
III. —— LA PRÉSERVATION DES SCIENCES GRECQUES
En ce qui concerne les musulmans, leur source de rensei
Elle
gnements sur la science grecque fut et resta Alexandrie.
leur fut apportée par les marchands syriens qui convoyaient
à
les ouvrages scientifiques grecs vers l'Orient, d'Alexandrie
par
Antioche. Elle fut aussi transférée d'Egypte en Syrie
. Ce
les Nestoriens, plutôt que par les chrétiens monophysites
Bactriane
transfert’se fit aussi par les Indiens des provinces de
un grand
et Sogdiane qu’Alexandre avait conquises. Il y eut
niers
nombre de centres d'échanges, tels que le camp de prison
nestode Gondeshapur en Perse, qui abritait une académie
de méderienne; à proximité de Bagdad, il y eut une pépinière
s, des
cins de cour, sous le Califat Abbasside. Là el ailleur
grecs
Syriens et d’autres traduisirent les ouvrages scientifiques
et en de nombreux
en arabe: ils furent alors édités, annotés
cas leur contenu fut développé.
proLa première période de la domination musulmane nc
que la
duisit pas un aussi grand développement scientifique
était
suivante. Sous les Omayades l’orthodoxie théologique
trop occupée à jeter ses bases: la période du grand mouvement
e
de traduction des livres scientifiques grecs fut contemporain
du règne des Abbassides. Les traducteurs qui iravailièrent
ou
pour les Perses furent souvent des chrétiens ou des juifs,
bien de récents convertis. Sous El-Mansur. et à Bagdad après
s
786, lorsque Haroun-al-Rashid devint calife, les connaissance
scientifiques et techniques des Alexandrins furent à la disposition de l'Islam. Hunayn Ibn Ishaq fut le plus célèbre des
traitraducteurs : à lui seul il traduisit Galien et treize autres
tions et
tés en arabe. Mais bien d’autres travaillèrent aux traduc
lèrent
à la production d’encyclopédies et les Arabes accumu
lier,
une immense connaissance des écrits grecs, en particu
r
ophes arabien sûr, de ceux d’Aristote. Les plus grands philos
eux, Ibn Sina
chef des commentateurs. Quelques-uns parmi
bes, tels El-Kindi, El-Farabi et Ibn Sina, furent au premie
enne au
par exemple, influencèrent fortement la pensée europé
par les
Moyen Age. Quelques travaux furent menés à bien
omie, Maïs
Arabes, en médecine, en mathématique et en astron
ion scientile plus grand service qu’ils rendirent à la tradit
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Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)fique fut de la conserver, pour lui permettre de s'épanouir
plus tard en Europe. Curieusement, ces penseurs arabes comprirent la nécessité de baser la métaphysique sur l'étude de la
nature, mais comme aux Grecs, il leur manqua la méthode
correcte pour entreprendre cette étude.
Un mot devrait être dit sur la culture des pseudo-sciences,
telles que l’alchimie et l’astrologie. Elles furent recues des
Romains, entretenues par les musulmans, et transmises au
Moyen âge chrétien. Les appeler fausses ou pseudo-sciences
revient à soutenir que leur approche de la nature est fausse.
Cependant, elles arrivèrent souvent à combiner des théories
absurdes avec des pratiques justes et découvrirent très souvent des procédés qui menèrent aux débuts de la chimie et
de l’astronomie. Les sciences véritables furent aidées par l'habileté acquise grâce aux fausses.
La pensée scientifique musulmane prit fin aux environs du
xI‘ siècle. L’afflux des Turcs et des Mongols dans les terres
et les nations contrôlées par l'Islam ei la renaissance d'une
orthodoxie religieuse rigide furent les deux causes principales
de son déclin. Al-Ghazali écrivait dans ses Confessions que les
musulmans sincères devraient renoncer à la science comme
dangereuse, et lui-même enseignait que la révélation et non la
raison forme la base de la pensée religieuse. Sans le savoir,
il avait mis fin au développement théologique de l'Islam.
IV. — LE MOYEN AGE
La culture grecque d'Athènes se divisa en deux parties. Il y
eut la partie littéraire, artistique et philosophique, et de l'autre
côté la science et la mathématique. La première fut reprise
par l'Empire romain et transmise à l’Europe chrétienne. La
seconde vint en Europe par les musulmans. Sans la culture
que Mahomet avait inspirée, il est possible que la science se
soit perdue. Du point de vue de l’empirisme, il est certainement juste d'appeler les premiers mille ans de l’Europe chrétienne les «années sombres », car rien n’était connu de la
science grecque ni des mathématiques grecques et il n’y avait
aucun intérêt pour la nature en tant que telle, ou pour
l'homme, mis à part sa portée théologique. Le rationalisme
ne se portait pas mieux, car l’Europe n’était pas en possession
7
eur»
fait,
ORIGINES DE L’'EMPIRISME SCIENTIFIQUE
209
involontaire naturellement, de Boëce qui souleva
de la plupart des dialogues de Platon. Ces choses ne survivaient que dans le monde arabe.
La première contribution de l’Europe à la science fut de
préparer philosophiquement le terrain pour sa venue. Ce fui
le
du même nominalisme par Roscelin, Abélard et G. d'Occam.
la question du nominalisme au v* siècle, suivi par l'élaboration
de la nature.
Il est peut-être exact de dater le nominalisme en tant que
philosophie à partir des travaux effeclués au xr° siècle par
Roscellinus. Sa théorie était de refuser la réalilé aux universaux, mais elle eut pour etfet de rendre aux choses sensibles
la réalité que Platon et les néo-platoniciens leur refusaient et
de promouvoir ainsi une philosophie encline à lobservalion
L’Islam à son déclin transmit à l'Europe méditerranéenne
la connaissance scientifique qu’il avait seul acquise de la Grèce
et de l'Inde. De la Grèce venait la science telle qu'elle avait
grandi à Athènes et plus tard à Alexandrie. Moins connues
sont les mathématiques compliquées que les Hindous avaient
conçues du v* au x‘ siècles et que les Arabes donnèrent à
l'Europe, avec la science et les mathématiques grecques.
Le processus de transmission prit quelque trois cents ans.
Il y eut une école de médecine importante à Salerne dès le
x° siècle, à laquelle venaient des étudiants de civilisation musulmane. Tolède, au x1r° siècle, fut la première ville à posséder
un collège de traducteurs établi par l'Eglise catholique romaine
qui s’employa à traduire en latin les traités scientifiques arabes, y compris ceux d’Aristote. Après l'Espagne, l'Italie prit
la tête du mouvement qui apportait la science musulmane à
l'Europe. Au xnr° siècle les choses étaient déjà si avancées que
Frédéric II fonda une université à Naples dans le but de développer la connaissance des sciences arabes.
Ce mouvement fut accéléré par les moines, Franciscains et
Dominicains, en particulier par Alexandre de Hales et Albert
le Grand. Thomas d'Aquin, qui fut l'élève de ce dernier, fut
à la partie Nord de l'Italie, en particulier aux universités de
étudiant à l’université de Frédérie à Naples avant d'entrer
chez les Dominicains. Une autre forme d'influence islamique
en Europe se manifesta par la science médicale qui s'étendit
Bologne et de Padoue, au xn1° siècle.
Les grands mouvements sociaux, comme la science, ont
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Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)de Saint-Victor avait utilisé le critère de l’expérience comme
Nous devons au professeur A.C. Crombie une restitution
emeraee
F
décisive de la véritable œuvre de Grosseteste. Pour Plotin
jee
rarement un unique point d’origine: ils proviennent la plupart du temps de multiples causes. Il y eut d'autres signes.
Un accroissement de l'intérêt pour la technique du 1x° au x1v°
siècle, bien que n’ayant pas de support théorique, se produisit
pourtant, et les médiévaux eurent accès à des instruments et
à des techniques dont les Romains ne disposaient pas: les
moulins à eau et à vent, et les moyens de tranmission de la
force ainsi découverte : engrenage, manivelle, poulie; de plus,
les forges, les fourneaux et les laminoirs furent d'usage courant et par suite des instruments purent être fabriqués, Lels
que l’astrolabe, le compas, l'horloge mécanique. Des savants
commencèrent à s'intéresser aux problèmes posés par les techniques et des relations furent établies de cette façon entre la
théorie et la pratique. Au début du x1r° siècle, l'Ecole d'Hughes
ORIGINES DE L'EMPIRISME SCIENTIFIQUE
dome + D
than care mener
210
lémanation de Dieu était la lumière; Grosseteste transforma
cette conception en une recherche empirique de la théorie de
l'optique. Dans la première moitié du xi11' siècle, Grosseteste
commentant les preuves rationnelles d’Aristote dans les Secondes analytiques passa des preuves rationnelles à la vérification
expérimentale. Conduit par la combinaison des Idées de Platon et mettant sa confiance dans l'expérience sensible pour le
choix des Idées, il découvrit un système d'investigation qui
définit la structure formelle de la méthode de la recherche.
Aïnsi le double cheminement de la méthode scientifique était
découvert, probablement pour la première fois: des détails
révélés à l'expérience des sens on monte jusqu'aux propositions universelles correspondantes, par les moyens de l'indupoint de départ pour allier les Formes de Platon à la Substance
tion; et ensuite, par la déduction mathématique, on redescend
d’Aristote, considérant le savoir comme supérieur à la foi.
des propositions générales jusqu'aux faits particuliers.
Il manquait seulement deux raffinements dans la présentation complète du processus de la méthode scientifique : l’utilisation de l'’expérimentation contrôlée et l’habitude de bâtir
systématiquement sur l’œuvre des prédécesseurs immédiats.
Pour cela il a fallu attendre les savants du xvi' siècle.
L'Ecole de Chartres s’intéressait à la fois au T'imée de Platon,
aux connaissances astronomiques, mathématiques, physiques
et médicales révélées par la traduction de l'arabe, et — ce qui
est d’égale importance — à Aristote.
Bien que le Concile de Paris ait interdit en 1210 l’enseignement d’Aristote à l’université, le mal était fait. Tout savoir,
Les figures de transition sont, dans un certain sens, les plus
avait dit Hughes de Saint-Victor, est utile. Il apparut des
théologiens qui s’intéressaient aux sciences expérimentales:
grandes, car elles peuvent se tourner des deux côtés, gardant
Albert le Grand, Pierre de Maricourt, mais surtout Robert
Grosseteste. En tant que recteur de l’Université d'Oxford, il
invita des humanistes grecs de Constantinople à venir enseigner leur langue et leur savoir. L’essai de réconciliation entre
Platon et Aristote avait échoué jusque-là, parce que Platon
avait été vu à travers les néo-platoniciens mystiques, tels
Philon et Plotin. Maintenant que l’œuvre véritable de Plaion
était retrouvée, il devenait clair que les Formes platoniciennes
pourraient être représentées par la méditation théorique, et
les propriétés de la Substance aristotélique expérimentalement étudiées. Une ligne théorique directe part de l’allégorie
de la caverne de la République de Platon, traverse le monde
lumineux de Plotin jusqu'aux expériences de Grosseteste, et,
de là, rejoint les recherches de Galilée et mène ainsi à l’'Oplique
de Newton, pour utiliser finalement la vitesse de la lumière
comme constante dans la théorie de la relativité d’Einstein.
les avantages de l’ancien qu’elles allient au nouveau. Grosseteste fut le fondateur des études scientifiques à Oxford, et
celles-ci furent ensuite poursuivies par d'autres. Le propre
élève de Grosseteste, Roger Bacon, comprit fort bien la nécessité d’allier l'expérience aux mathématiques, en opérant mathématiquement sur les résultats des expériences. Il continua
les recherches de Grosseteste sur la nature de la lumière.
La période qui s’étend du x au xvi' siècles en Europe
occidentale fut une période d’absorption et de consolidation de
ce qui éait impliqué par le nouveau point de vue acquis des
Arabes. Les sciences étaient toujours considérées comme une
chose d'ordre pratique, et ne semblaient pas présenter de défi
théorique pour la religion établie. La guerre de Cent Ans, les
grandes pestes, telle la Mort Noire, les convulsions politiques,
la Papauté en exil momentané, amorcèrent la désintégration
de la synthèse scolastique. Après l’invasion de Rome en 1527,
l'Eglise romaine commença ofliciellement à s'opposer à ce
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Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)qu’elle ne pouvait régenter, et elle se posa en ennemie du
développement des sciences expérimentales.
Dans les premiers temps, l'Eglise n’était pas méfiante, et
quelques-uns parmi les premiers expérimentateurs furent des
membres du clergé. Mais cet esprit de tolérance ne prévalut
pas longtemps. Une ligne directe mène de l’excommunication
su Œœ+ 2 ere sappanenre eue
212
ORIGINES DE L'EMPIRISME SCIENTIFIQUE
d’Occam en 1328 à la mort de Giordano Bruno, brûlé vif en
1600. La science empirique fut certainement stimulée par le
terrain favorable du mouvement occamisie, sa promotion de
l'expérience en tant que base de la connaissance certaine et
se déchainèrent. Ce fut l'heure la plus sombre avant l’aube la
plus grandiose que la science ait jamais connue. Car c'est au
xvI‘ et au xv1u1° siècles que la science telle que nous la connaissons commença à s'épanouir. Quelle fut la cause de cette diférence? Nombre d'événements significatifs se produisirent.
En 1440 l'imprimerie fut découverte. En 1453 Constantinople
se rendit aux Turcs. En 1483 Luther et Zwingli naquirent.
Les humanistes introduisirent la liberté de pensée, dans une
certaine mesure au sein de l'Eglise elle-même d’une facon
sporadique, mais, naturellement, sur une plus large échelle à
l'extérieur. Nicolas de Cues, par exemple, bien que cardinal,
préférait à la théologie dogmatique l’usage de sa propre raison.
Mais il y eut aussi au xv‘ siècle Erasme, l’humaniste, et Paracelse, l’homme à la croisée des chemins qui allia la pratique
de la médecine au mysticisme el à l’investigation expérimentale de la nature, sans l’encombre des bibliothèques. L'Italie
s’ouvrit aux interventions française, allemande et espagnole.
La Papauté tomba dans la plus basse corruption avec les Borgia. La Réforme et la Renaissance des arts, le renouveau d’intérêt dans l’observation de la nature, commencèrent.
ee mue
mms de 2e
son principe d'économie (le rasoir d'Occam). La transition du
déisme au naturalisme en Europe fut un mouvement graduel
et passa par toutes les nuances de la croyance. L’explication
déiste fut lentement modifiée et les progrès de l’empirisme se
sont produits à l’allure à laquelle l'information peut se libérer
de la théologie.
Quoi que l'on puisse penser des autres aspects de la culture
en Europe durant cette période, la science ne prospéra certainement pas. Elle n’était pas encouragée comme elle l'avait été
parmi les Grecs, dans le monde hellénistique ou parmi les
Arabes et les Persans musulmans. La magie et la superstition
213
La science expérimentale progressa à travers ces événements, si bien que cent ans après, lorsque la Contre-Réforme
commença, marquée par l’Inquisilion espagnole, la fondation
de la Société de Jésus par Loyola et le Concile de Trente
(1545-1563), le nouvel humanisme, et avec lui le développement des sciences, fut doctrinalement et vigoureusement combatiu. L'Eglise romaine retrouva, au xvi' siècle et par la suite,
la plupart du prestige qu’elle avait perdu au xv‘ siècle, mais
le mouvement scientifique qui avait été amorcé au XV'° ne mourut pas. Il tint bon et continua à progresser rapidement, malgré l'opposition de l'Eglise. De plus, la montée du Protestantisme fit en sorte que l'Eglise romaine n'eut plus le pouvoir
:
de lopprimer partout.
Les effets de l’art de la Renaissance sur la découverte de Ia
méthode expérimentale ont été trop souvent sous-eslimés. Le
renouveau des arts, en particulier des arts plastiques, signifait un retour à l'intérêt de l'observation de la nature, comme
Whitehead l’a rappelé. L'artiste de la Renaissance fut un fort
bon observateur. L'art n'était pas encore une spécialilé el la
science une autre, car il y avait un intermédiaire. Lorsque les
artistes se séparèrent des artisans des guildes, un sous-groupe
d'ingénieurs se développa parmi les artistes. Ce phénoménce
du xv' siècle fit apparaître des hommes cominc Brunelleschi,
qui dessina la coupole de Sainte-Marie-des-Fleurs à Florence,
Ghiberlii le fondeur de bronze, Alberii l'architecte et Martini
l'ingénieur militaire. Le chirurgien, l'anatomiste et le peintre
avaient un intérèt commun pour la structure du corps humain.
et cet intérèt est l'exemple même de l’impossibililé de séparer
radicalement les arts et les sciences.
V. — LA PRÉPARATION DE L'EMPIRISME AU XVI" SIÈCLE
Lorsque l’on nous demande une explication, ce n'esi pas
une réponse de nommer le hasard, qui est l'opposé exact d’une
cause. Cependant, c’est ce que nous serons amenés à répondre
quand nous essaierons d'expliquer la découverte de la science
aux xvi° et xvur° siècles. Historiquement, des opposés dialectiques déterminent leurs existences mutuelles. Le scepticisme
et la raison se substituèrent à un dogmatisme épuisé. Au refus
Seite 8
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sière, Gentili,
pensons à des hommes tels que Bruno, Mauvis
de la nature, l’observation minutieuse; à l’oppression politique,
la promulgation du libéralisme.
Mais pourquoi la science? L'art existait auparavant, de
étaient reFernel, Bacon et Montaigne. Les causes naturelles
is la religion. Les
cherchées dans tous les domaines, y compr
nsité des
hommes devinrent rapidement conscients de rimme
même que l'intérêt pour la nature, et aussi l'observation.
horizons, astronomiques et internationaux.
DO DAT pee nn
Can
Pourquoi les Européens, à partir du xvi° siècle, tirèrent-ils
meilleur parti de la science que quiconque avant eux? C’est ce
que nous espérons pouvoir expliquer, et nous allons commencer par étudier le xvi' siècle. Mais le renouveau d’un intérêt
pour l'art, l'observation de la nature et le retour au raisonnement ne donneront pas, par eux-mêmes, l'explication que
nous cherchons.
L'intérêt pour la nature engendré par l’art était à son sombase empidogmatiques pour lesquelles il n°y avait pas de
le signe
Sous
sens
des
rique. Il allia la raison à l'expérience
ne, un
moder
ur
pense
un
de la tolérance. Bruno fut presque
libreun
et
e
scienc
la
homme pieux bien qu'intéressé par
amédit
la
à
s
borne
penseur dans le sens qu'il ne mit pas de
l, considéra la
l'humanité, comme la base des relations entre
_ Michel-Ange, Raphaël et Léonard de Vinci appartiennent à
les Etats. Mautolérance et
vissière, le diplomate, fut toujours du côté de la
.
de l'humanité.
inême
e
imudèl
Jean Fernel, le médecin, fut à cetie époque le
cette période. La personne de Léonard symbolise l’union des
intérêts: observation, mécanique ei esthétique. Il fut un de
causes efficientes, — entre la foi, d’une part, et la recherche
on de croyances
perslilions et de magie et la vaste accumulati
commun de
Joi naturelle, telle qu'elle se manifeste dans Ie sens
- «sculpteurs de la Renaissance. On ne doit pas oublier que
librement ouverte, d'autre part. Mais cela ne devait pas être.
Curieusement, alors que l'intolérance religieuse prenait des
formes politiques et même militaires, il y eut une apparence
simultanée de libéralisme et de tolérance docirinaire. Nous
Le scepticisme grec
tion de suréapparut chez Montaigne pour détruire la collec
tion. Gentili, le fondateur du droit internationa
met au xvi° siècle avec l’épanouissement des peintres et des
de l'homme de science en biologie. On lui
Lette©
ces ingénieurs-artistes que nous avons découverts au siècle
précédent, et qui avaient toujours de l’intluence. Le grand
Galilée lui-même avait été formé par l’un d’eux. Le maillon
entre l'art et la science, en d’autres termes entre l'observation
et l'expérimentation, n’était pas brisé. Galilée ne publia rien
avant 1600, mais, en tant que professeur à Padoue, il enseigna
la mécanique et fit des expériences bien avant cette date.
Cependant une autre force était entrée en scène. Elle provenait des bouleversements politiques provoqués par la lutte
entre les populations catholiques et protestantes, les guerres
de religion. Avec la culture des arts et du savoir, avec d'aussi
considérables protecteurs que François I‘ de France, le pape
Léon X, héritier des Médicis, et Henry VIII d'Angleterre,
allaient de pair de terribles persécutions religieuses. Ce fut
pendant la Renaissance, en fait, que l'Eglise passa à côté de
sa plus belle occasion, Si elle était demeurée, comme elle l’avait
été, libérale et hardie, les savants n'auraient pas été persécutés et il n'y aurait pas eu contradiction entre la croyance
en des causes ultimes et la conduite d'expériences en quête de
215
doit la réhabilitation
lles. Bien
de la dissection et la recherche des causes nalure
il a cependant
qu’il lui ait manqué l'expérience contrôlée,
isme qu il
cherché dans l'exploration anatomique un mécan
Y eut aussi le
savait au moins ne pas exister en astrologie. I
iences sur Paimant,
médecin William Gilbert, dont les expér
imparfailes
destinées à soutenir la théorie de Copernic, furent
|
et en partie seulement scientifiques.
scientiüe
et
es
anist
d’hum
s
figure
les
On peut voir dans
titanesque de
fiques du xvi' siècle les prémisses d'un effort
éléments
l'homme pour se hisser par-dessus la magie el les
alisme,
ralion
du
clarté
la
dans
on,
superstitieux de la religi
o comBrun
ation.
observ
d'
de
métho
l'application logique de la
l'ima
de
fruits
les
ner
combi
it
prit que seule la raison pouva
t
n'étai
mme
L'ho
tion.
percep
la
gination avec les résultats de
les
-là
jusque
mais
;
raison
la
étranger ni à la perception ni à
subicedeux avaient été conduites entièrement sur des bases
tives. Il y eut alors une « objectivation » des
sens par les ins-
Par l’entretruments et de la raison par les mathématiques.
renconsens
les
par
es
mise de l’action, les propriétés révélé
fut la
at
résult
le
el
,
trèrent la logique révélée par la raison
.
nature
découverte des lois actives de la
rche n'eut
Il est bon de noter que le nouvel esprit de reche
Seite 9
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)rien d’anti-religieux. Depuis Adelard de Bath au xr° siècle, il
était entendu que le monde étant l’œuvre de la volonté de
Dieu, c'était œuvre pie que de découvrir comment la volonté
de Dieu agissait, La religion s’opposa à la science, mais jamais
la science ne s’opposa à la religion. Michel Servet découvrit la
circulation du sang et fut brûlé vif le 27 octobre 1553, mais
dans la laïcisation de la recherche du savoir il ne fui jamais
question de l'Eglise.
La relation entre la science grecque et celle de la Renaissance peut être maintenant précisée. Les hommes de la Renaissance donnèrent une base collective, sociale, à l'observation
et à l’expéricnce, en tant que méthode pour parvenir à la
connaissance de l’ordre naturel. Car bien que les Grecs aient
inventé la science, ils ne lui assurèrent pas un statut intangible
comme le fit l'Europe moderne. La reconnaissance internationale de cette méthode, et son enseignement, permirent de
faire un pas important : les hommes pouvaient dès lors bâtir
sur leurs œuvres réciproques, et former de nouvelles générations de chercheurs.
VI. — L'ÉTABLISSEMENT DE L'EMPIRISME AU XVII SIÈCLE
Les philosophes et les historiens ne sont pas d'accord sur
la date supposée des débuts de la science. Certains, comme
nous l'avons vu, la font commencer avec les Grecs, ou même
plus tôt, avec les astronomes babyloniens; la majorité a plaidé
pour le xvrr° siècle européen. Tout dépend de la définition
qu’on donne de la science. Si nous entendons par là l’observation de la nature et l'interprétation des résultats, alors d’un
cerlain point de vue la science a commencé avec les Grecs et
les Rabyloniens. Mais si nous voulons parler d'expériences
contrôlées, bien établies, progressivement poursuivies, utilisant
des instruments, et, d’autre part, mathématiquement interprétées, alors nous devons attendre le xvrr' siècle, car c’est à cette
époque que la science commença à être reconnue et que les
hommes commencèrent à construire sur leurs découvertes
réciproques.
Le siècle débuta avec le martyre de Bruno. Dix-neuf ans
plus tard, Vanini fut brûlé vif pour avoir défendu le naturalisme d’Aristote. Mais le scepticisme était alors largement
"
ORIGINES DE L'EMPIRISME SCIENTIFIQUE
217
répandu, un scepticisme constructif, qui ouvre les perspectives de la recherche. Pour la première fois, l’'empirisme veille
à ce que les mathématiques reposent sur des faits, soient
adaptées aux faits. Et comment cela va-1-il se faire? Non par
simple observation, maïs par déduction à partir de l’observation; ce que l’homme de science recherche est la connaissance,
qui s'obtient seulement par l'étude des éléments d'analyse qui
gisent sous le niveau du sens commun. La découverte par
Harvey du mécanisme du cœur qui maintient la cireulation
du sang ne fut pas une observation et les contributions ultérieures de la chimie à la biologie ne furent jamais des questions de perception directe des sens. Comment un médecin du
xvr° siècle aurait-il pu comprendre que, dans l'avenir, la pratique de la médecine progresserait grâce à la physique et à la
chhnie? Or, au xvr° siècle, il n'aurait pas élé surpris de cela.
hommes doués d’une imagination extraordinaire, deux faits
Que s’était-il passé?
La période dont il est question est celle à laquelle apparurent Galilée, Boyle, Huygens et Newton. Les pays protestants
de l'Europe septentrionale favorisèrent les tentatives scientifiques. Quelques hommes essavèrent de découvrir un ordre
dans la nature d’après les observations. A propos de ces
doivent être mentionnés. En premier lieu, ils réalisèrent la
valeur immense des instruments pour la découverte scientifique, et étendirent ainsi le champ des observations. L'imagination donnait des hypothèses, l’expérimentation suivait la
raison, ct les résultats ainsi obtenus étaient interprétés en
termes de mathématique. Galilée avec le télescope, Boyle avec
la pompe à air, Huygens avec l'horloge à pendule et Newton
avec le télescope réfléchissant, furent capables d'atteindre des
zones d'observation inaccessibles auparavant, et en tirérent
des connaissances de grande importance.
En deuxième lieu, ces hommes furent pleinement conscients
de la nature systématique de la connaissance expérimentale.
Leurs découvertes furent organisées d’une manière qui suggérait une étude supplémentaire. Nous pourrions presque ajouter que la période qui va de Galilée à Newton nous mène du
début de l’empirisme à son développement complet. Le résultat fut la grande synthèse newtonienne. La gloire de Newton
réside dans le fait qu’il a le premier fondé un système à la
fois manifestement abstrait et pourtant applicable au monde
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réel. Le rapport des constructions théoriques avec la nature
éatit devenu indéniable.
Pendant cette période, des appareils furent inventés, essayés
et améliorés. Mais il est important de se souvenir que les
baromètres, thermomètres, microscopes, télescopes et chronomètres, de même que les instruments mathématiques, tels que
le calcul et les logarithmes, furent employés surtout à des fins
théoriques. La science pure, alors, fut irriguée par la tcechnique. Puis, un siècle plus tard, ce furent les techniques qui
commencèrent à profiter du développement scientifique.
des choses était maintenant établie. Ce fut dans ce siècle aussi,
peut-être, que la science commença à régler sa propre allure
219
de progrès. Certaines découvertes en occasionnent d’autres, et
l'allure ainsi donnée suil son propre plan. La science devint
une institution établie, dans laquelle les artefacts, les formules,
les instruments scientifiques, furent autonomes, d’abord
découverts par l’honune et ensuite utilisant l’homme, en ce sens
que les conséquences dépassèrent souvent l'intention de leurs
chercheurs et conduisirent à des résultats difficiles à prévoir.
Les premiers projets d’un monstre à la Frankensiein apparaissent alors, mais ne seront au point qu'au xx‘ siècle.
La technique, comme la science, est internationale, bien
qu'au xvin siècle elle ait été concentrée en Europe occidentale et aux Etats-Unis. La révolution industrielle, comme on
l'a appelée, vint à la fin du siècle, et les sciences appliquées
VII. —- LA CONSOLIDATION DE L'EMPIRISME AU XVII‘ SIÈCLE
Maupertuis, d'Alembert, Carnot, Galvani, Volta...
Ce fut aussi une époque d’optimisme facile, de foi dans une
sorte de simplicité terre à ierre et accommodanlte. En evunséquence, la science éprouva sa première vraie défaite. Le xvIH°
siècle fut la période durant laquelle se produisit l'échec de la
science dans le domaine humain, la faillite des « sciences
sociales ». Car l’on avait supposé que la méthode qui s'était
révélée si heureuse en physique ct en biologie au xvti pourrait s'appliquer aisément à ce que Hume appelait les « sujels
moraux ». Le domaine humain et social ne se soumit pas aussi
facilement à la méthode scientifique que ne l'avaient fait l’inanimé et l’organique.
Néanmoins, dans les sphères où la science avait réussi, une
sorte de fondation solide se construisit. La reconnaissance du
fait que la science est et doit être internationale est contemiporaine de l’éclosion des nationalismes. I fut partout admis
que la science en tant que méthode de recherche de la nature
mn
produisirent de nombreux techniciens, mécaniciens, ingénieurs
et inventeurs. La fabrication mécanique des outils fut un
progrès considérable. Le charbon remplaca le bois comme
combustible, la chimie donna naissance à une industrie et la
FM
Les grands savants font progresser la science par des percées décisives. Ils l'arrêtent aussi par instants, car une pause
est nécessaire pour l'assimilation de leurs réalisations. Apres
Newton vient une période de développement minutieux et de
consolidation. Des plans compliqués et ambitieux se proposèrent pour faire avancer les découvertes et la science devint
une institution sociale, populaire. Ce fut l'âge de l'Encyclopédie et des talentueux amateurs de sciences. Mais l'élan acquis
au siècle précédent ne se ralentii pas. L’astronomie fit des
progrès grâce à Lagrange, la chimie grâce à Lavoisier: il y eut
sidérurgie se développa. La plus grande découverte fut peulêtre celle de la machine à vapeur, résultat des travaux de
Newcomen et, plus tard, de Watt.
Depuis longtemps, depuis Grosseteste peut-être, l’homme
avail pensé au problème de la science en tant que philosophie,
mais celle étude a pris un tour curieux. Du xvr' au xx" siècle,
l'empirisme pratique se lança dans une direction, alors que la
philosophie de l'empirisme en prit une autre. L’empirisme en
tant que pratique prit la forme de l'expérimentation objective,
vérifiée par de rigoureuses structures déduclives mathématiques. L'empirisme en tant que théorie philosophique devint
de plus en plus subjectif, demandant à la logique, conçue
comme loi de pensée, de vérifier l'évidence des sensations interprétées subjectivement. L'expérience, recherchée pour les données qu’elle révélait aux savants, fut recherchée aussi à propos
des sensations par les philosophes. Au xvir siècle, par excmple, Descartes avait égaré la psychologie en supposant que
l'esprit el la matière étaient métaphysiquement égaux, constituaient mutuellement des catégories exclusives et exhaustives,
ressemblant à cet égard aux catégories aristotéliques de la
forme et de la matière qu'ils étaient sensés améliorer en s’y
substituant. Au xviir" siècle, Kant a égaré la biologic en sup-
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fabrication en série. Les voyages et les communications furent
incalculable.
Deux faits nouveaux caractérisent le xIx° dans le domaine
des sciences. Ce fut aux Etats-Unis que le premier effort important et couronné de succès semble avoir été entrepris pour
étendre les bienfaits de la technique et des sciences appliquées
à une grande part de la population: c’est un mouvement qui
n’atteindra sa plénitude qu’à la première moitié du siècle suivant. L'emploi généralisé de la force électrique précéda la
1873, à leurs conséquences ultérieures, la distance est presque
ville de Buffalo, N.Y. en 1886. De même, des ondes de Maxwell,
l'acier et de l'électricité. La force électrique ajoutée à la
vapeur donna à l'ingénieur un pouvoir presque incroyable, Iui
permettant un nombre quasi infini de réalisations mécaniques.
L'homme de science pur devint le prophète des sciences appliquées et, comme tous les hommes consacrés à une seule
œuvre, il se tint un peu à l'écart. Les bienfails des savants se
virent partout, mais le plus souvent on en tira profit après
leur mort. À ce stade, il était devenu de plus en plus difficile
pour la plupart de comprendre ce que la science pure et l’industrie avaient de commun. Culturellement parlant, il y a une
grande distance logique, un chemin beaucoup plus long que
ce qui peut être franchi en un demi-siècle, de la découverte
de la dynamo annoncée par Faraday en 1832 à l’utilisation
généralisée de la lumière et de la force électriques dans la
Dans le domaine des applications, le xix° siècle fut l’âge de
rie devenait d'autant plus abstraile que la pratique devenait
plus concrète.
Schwann) et la théorie de l’évolution (Darwin). Ainsi, la théotromagnétiques de Maxwell), la théorie atomique de la chimie
(Dalton), la théorie de la cellule en biologie (Schleiden et
de conservation de l’énergie (Helmholtz), l’entropie (Clausius),
la théorie de l’activité dans un espace vide (les résultats élecoù furent pleinement avancées, pour la première fois, la loi
Les découvertes théoriques le montrèrent bien au XIx° siècle,
221
REVUE DE SYNTHÈSE : Ille S., Nos 47-48, JUILLET-DÉC. 1967
220
posant que la finalité était particulière et essentielle à la compréhension des organismes, alors qu’en fait les causes effcientes apportent plus que les causes finales dans toutes les
sciences expérimentales.
et du technicien est de transformer les découvertes du savant
pur en réalisations pratiques pour l'amélioration des conditions de la vie humaine. Les sciences appliquées sont un sousproduit de la science pure, maïs pour que chacune puisse
accomplir ce qu’elle se propose, la science pure doit rester
L
isolée.
VIIT. —- LA SÉPARATION DE L’'EMPIRISME D’AVEC LES SCIENCES
APPLIQUÉES ET LA TECHNIQUE AU XIX° SIÈCLE
Il avaît fallu environ un siècle pour que les techniques et les
sciences appliquées se marient et organisent leur propre existence. Whitehead attire l’attention sur le fait que le plus grand
pas du xrx° siècle fut la découverte de la méthode de décou” verte. L'invention ne devait plus être une question d'essai ou
de pure chance. L’artisanat fut peu à peu transformé et fusionna en partie avec les sciences appliquées. Les succès
devaient désormais être atteints par l’application des principes
développés par la science pure. Les bénéfices de la science
furent ainsi distribués à l’industrie et par suite à la vie sociale
en général. Les applications disciplinées remplacèrent la
découverte accidentelle.
Dorénavant, la science pure et théorique d’une part et le
groupe entier des activités des sciences appliquées, les techniques, la construction des machines, la mécanique el l’industrie, d'autre part, devaient mener des existences et poursuivre
des buts distincts. C'était la seule manière pour les deux
groupes de se soutenir mutuellement, à condition qu’une liaison soit établie entre eux. Seules peuvent être correctement
réunies les choses qui ont d’abord été correctement distinguées.
Comme la science pure devint de plus en plus abstraite, un
nouvel ensemble de principes de travail dut être inventé pour
passer de celle-ci aux applications. Les lois de la science pure
demandaient un intermédiaire qui avait, lui aussi, ses propres
règles et ses conditions. Des spécialistes du modus operandi
apparurent, hommes dont la tâche fut de trouver l'application
pratique des découvertes de la science théorique.
Mais, s’il y eut de bonnes relations entre la science et la
technique, il y eut aussi des divergences. Le but du vrai
Savant a toujours été simplement de comprendre la nature.
De Galilée à Einstein, il n'y a pas eu de changement à ce principe. Par contre, le but du chercheur des sciences appliquées
Seite 12
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)à la portée de tous un peu avant que le travail à la chaîne ait
étendu la production dans la même direction.
Un essai lent mais prudent fut fait pour développer les
domaines empiriques plus complexes de la science théorique.
Darwin donna un vaste élan à la biologie; les sciences sociales
furent encouragées par la méditation sur la philosophie de la
science d’Auguste Comte, dont le ton d’oplimisme facile et le
plan restreint de méthode scientifique furent plus que compensés par sa vision des possibilités structurelles et théoriques.
Les difficultés qui commencèrent à ce moment à apparaître en
physique ne jetèrent pas d'ombre sur la vaste révolution qui
allait se produire, et personne ne semble avoir prévu ce qui
devait arriver. On avait même le sentiment général que la
+" recherche, pour le moment du moins, se suffisait.
IX. — LE Xx° SIÈCLE : L'EMPIRISME TRIOMPHANT ET MENACÉ
Il a toujours semblé à l'homme que l'époque où il vit est la
plus décisive, et les événements ultérieurs ont chaque fois
démontré qu’il se trompait en partie, car l’histoire ne prend
jamais le tour que nous prévoyons. Il y a trop de coordonnées
sur la scène sociale que nous laissons de côté pour que nos
prédictions aient quelque valeur. Néanmoins, la situation présente diffère notablement de toutes les précédentes.
L'histoire des sciences au xx° siècle est naturellement celle
de la révolution de la physique. La découverte de la relativité
et de la mécanique quantique a placé la réflexion sur des bases
nouvelles. En degré d’abstraction et en généralité, la science
a atteint alors son point le plus élevé. La physique, en fait,
a toujours suivi deux directions théoriques: vers les plus
petites différenciations analytiques, d’une part, vers les plus
grandes intégrations synthétiques, d’autre part. En plus de la
constante de Planck et de la fission de l'atome, il y a la théorie
de la relativité générale avec ses tenseurs: mais les deux se
rejoignent dans le domaine renfermant la convertibilité de la
matière et de l’énergie. Cette dernière découverte se fit jour
lentement pendant la première moitié du siècle.
Le récit en a été trop souvent fait pour être répété ici. I
suffi de dire que le progrès de la physique théorique a été
constant, chaque mouvement en avant enveloppant le stade
ORIGINES DE L’EMPIRISME SCIENTIFIQUE
223
précédent. Il a été souligné par Mees que les sentiers de la
physique tenaient plus de la spirale que de la dialectique, un
progrès plus ou moins régulier remplacant les méthodes précédentes d’essai et d’erreur.
Dans le domaine des sciences appliquées, de la consiruetion
mécanique, de la fabrication, les mêmes remarquables degrés
d'accomplissement ont été alieints. L'utilisation des métaux
ductiles légers, le tube électronique, le transistor, l’automation
teurs, Ja radio que ses audileurs, la télévision que ses specet, par-dessus tout, l'énergie atomique, onl changé la face de
la culture. Les usages pacifiques de l’énergie atomique ne sont
pas éloignés et nous imaginons comment ils changeront le
cours de la vie en rendant la force plus facilement disponible.
IH n'v a déjà plus de pays au monde où les sciences appliquées
ne soient pas mises en évidence,
Les chercheurs des sciences appliquées ont mis dans les
mains de tout homme des instruments qu'il suit utiliser mais
que, trop souvent, il ne comprend pas. L'automobile semble
parfois plus «intelligente» que beaucoup de ses counductateurs.…
des exigences scientifiques excessives:
d'autres ont fuit les
Le succès des sciences appliquées et de la technologie à
rendu certains philosophes de la science aveugles à l'existence
et à l’importance philosophique d’autres entreprises. Hs ont
livré la philosophie aux sciences, donnant ainsi une philosophie des sciences qui. parfois, s'accorde mal à la science et a
sciences pour un monde à eux, intime et tristement subjectif.
L'empirisine du xx" siècle rejette généralement louie autre
forme de philosophie. Plus rarement, il corrige ses premiers
excès subjectivistes en essayant de construire un svsième de
métaphysique objective, combinant le royaume platonique de
l’'Essence au monde arisictélicien de la Substance (Peirce,
Whitehead).
doxalementi, dans certains milieux, par un déclin de son pres-
Le berceau de la science théorique a été l'Europe occidenlale, principalement l'Italie, l'Angleterre, la France et l'Alemagne. Les sciences appliquées l’ont portée aux peuples plus
nombreux d'Etats plus puissants; elles menacent de tout dominer en s’élendant à toute la surface de la planète et de disparaitre avec le « spectacle ». D'autre part. les plus grandes
réalisations de la science théorique on été accompagnées para-
Seite 13
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)tige. Si cette attitude se généralisait, la plus grande période
de la science théorique pourrait aussi être sa dernière, car la
relation entre la science théorique et la science appliquée et
les raisons pratiques de poursuivre la science théorique isolément sont difficiles à comprendre.
Si nous jetons un regard en arrière sur l’histoire de la
science et ses aventures à travers de nombreux pays et cultures, les véritables relations de la théorie et de la pratique, aussi
bien que les importantes différences qu'il ÿ a entre elles,
deviennent douloureusement évidentes. Nous avons vu que le
but de la théorie est de satisfaire la recherche de nouvelles
connaissances et que celui de la pratique est d'améliorer les
conditions de vie. Il y a une interdépendance bien définie
des domaines pratiques et théoriques, en même temps qu’une
très nette différence de méthodes. Lorsqu'ils sont en rapport,
il est important de se demander dans quel but. Car si la théorie et la pratique ne sont pas réunies pour servir à la théorie
d’abord, elles ne se réuniront pas longtemps pour servir à la
pratique.
La science progresse au moyen de l'établissement collectif
de la méthode, qui permet à des générations successives de
savants de construire sur leurs travaux réciproques. De plus,
elle a constamment besoin d’une connaïissance instrumentale
et d'une habileté technique pour ses propres desseins. Lorsque
l'unité de la théorie et de la pratique n’est effectuée que pour
des buts pratiques, alors la technique progresse et la science
piétine. Si certaines tendances actuelles l’emportaient, la
science mourrait lentement, mais sûrement, et l’entreprise
toute entière de la technique industrielle moderne s’arrêterait
du même coup.
Car si la pratique ne dépend pas de la théorie pour sa continuité, elle en dépend pour son perfectionnement.
James K. FEIBLEMAN,
Tulane University,
New Orleans, Louisiane (U.S.A.).
Traduit de l'américain par Danièle Tricano.
ORIGINES DE L'EMPIRISME SCIENTIFIQUE
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de Pologne s’adressait en 1778 à l’abbé de Condillac. Considéré
alors comme le principal philosophe systématique en France,
Condillac avait beaucoup publié; on l’avait beaucoup lu; on
avait même beaucoup fourragé dans ses ouvrages. Son
influence ultérieure sur les Idéologues est bien connue et relativement bien étudiée 1. Maïs quelle fut sa véritable influence
pendant sa vie? Aïnsi se pose une question à laquelle on ne
peut répondre sans difficulté. « L'influence exercée par Condillac fut moins simple qu'on le dit communément », nous rappelle son principal éditeur contemporain ?, Pour l'instant, il est
difficile de dire mieux. Souvent considéré comme esprit systématique plutôt qu’original, Condillac fut le type même du bon
travailleur philosophe dont Locke avait parlé dans son
67
Luue de Synthèse
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ntifique [chez Pythagore
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Feisceman J. K,, Les
cf, Sciences : Gencralia.
1, François Picaver, Les Idéologues (Paris, 1891): Gabriel MaDiniER,
Conscience et mouvement. Etude sur la philosophie française de Condillac à Bergson (Paris, 1938); H.B. Acron, « The Philosophy of Language
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1967 201-206. | Les Grecs, tout
s de la science empirique
conjonction dc la techni
F 14
in Revolutionary France », Proceedings of the British Academy, XLV
(1959), pp. 199-219; Raymond Lenoir, Condillac (Paris, 1924), pp. 1143-64;
Sergio Moravia, ‘“Logica e psicologia nel pensiero di Destutt de Tracy”,
Rivista critica di storia della filosofia, XIX (1964), pp. 169-213; ‘ Aspetti
della “science de l’homme” nella filosofñia degli ‘“idéologues” ”’, ibid., XXI
(1966), pp. 398-425; Georges LE Roy (éd.), Oeuvres philosophiques de Condillac (8 vol. Paris, 1947-51), I, pp. zxxxi-v. Cette dernière édition sera
citée par la suite comme Œuvres philosophiques.
2. Œuvres philosophiques, 1, p.xxxi. Cf. BAGUENAULT de PucHESse,
Condillac. Sa vie, sa philosophie, son influence (Paris, 1910), pp. 221-228.