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Persée
http://www.persee.fr
Ambroise de Milan "professeur de philosophie"
Pierre Courcelle
Revue de l'histoire des religions, Année 1972, Volume 181, Numero 2
p. 147 - 155
Voir l'article en ligne
Lorsque Paulin de Milan assure qu'Ambroise, pour échapper a l'épiscopat, « philosophiam profiteri uoluit », il suggère
qu'il prit contact avec des philosophes de la lignée pythagorico-platonicienne. Car Pythagore, selon la tradition,
refusait de se dire « sage » et faisait profession d'être un simple « ami de Ja sagesse ».
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Pierre Courcelle
Revue de l'histoire des religions, Année 1972, Volume 181, Numéro 2
p. 147 - 155
Voir l'article en ligne
Lorsque Paulin de Milan assure qu'Ambroise, pour échapper à l'épiscopat, « philosophiam profiteri uoluit », il suggère
qu'il prit contact avec des philosophes de la lignée pythagorico-platonicienne. Car Pythagore, selon la tradition,
refusait de se dire « sage » et faisait profession d'être un simple « ami de la sagesse ».
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Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)Ambroise de Milan
Lorsque Paulin de Milan assure qu’ Ambroise, pour échapper à
Pépiscopal, « philosophiam profiteri uoluit », il suggère qu'il prit
contact avec des philosophes de la lignée pythagorico-platonicienne.
Car Pythagore, selon la tradition, refusait de se dire « sage » et faisait
profession d’éire un simple « ami de la sagesse ».
Au moment ot Ambroise, jusque-la gouverneur de Ligurie
et d’Emilie, est soumis aux plus fortes pressions de la part
du peuple chrétien milanais pour qu'il consente à remplacer
l’évêque arien Auxence qui venait de mourir, il se dérobe!.
Au dire de son biographe Paulin de Milan, il recourut, pour
faire avorter ce projet, à cing procédés successifs : Au tribunal,
il se montra particulièrement sévère et employa la torture ;
puis, dans le privé, « philosophiam profileri uoluit »; puis il
fit entrer chez lui, au su de tous, des femmes de mauvaises
mœurs — apparemment pour laisser accroire qu'il n'était
pas apte à la vie continente d’évéque ; puis il tenta de s’évader
de Milan; enfin, il se cacha dans une propriété de son ami
Leontius?, clarissime inconnu par ailleurs.
1} Etant donné le texte cité ci-après, je vois mal comment Mgr A. PAREDI,
S. Ambrogio e la sua età, 2° éd., Milano, 1960, p. 164, peut écrire : « Alla chiamata di Dio rispose con generosità. » Cela n'est vrai que
pour une
phase
ultérieure. Sur l'omen par voix d'enfant, selon Paulin de Milan, cf. P. COURCELLE,
Les « Confessions » de saint Augustin dans la tradition litiéraire, antécédents et
postérité, Paris, 1963, p. 141 et 148.
2) PAuLIN
DE MILAN,
Vita Ambrosii,
7-9, éd.
M.
PELLEGRINO,
Roma,
1961, p. 58-62 : « Quo ille cognito, egressus ecclesiam tribunal sibi parari fecit :
quippe mox futurus episcopus altiora conscendit; tunc contra consuetudinem
suam tormenta personis iussit adhiberi... Tunc ille turbatus reuertens domum
Philosophiam profiteri uoluit, futurus sed uerus philosophus Christi, quicontemptis saecularibus pompis piscatorum secuturus esset uestigia, qui Christo populos
congregarunt non fucis uerborum, sed simplici sermone et uerae fidei ratione,
Missi sine pera, sine uirga, etiam ipsos philosophos conuerterunt... Quod ubi
ne faceret reuocatus est, publicas mulieres publice ad se ingredi fecit, ad hoc
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Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)REVUE DE L’HISTOIRE DES RELIGIONS
Dira-t-on avec Mgr Paredi qu’il s’agit la d’une présentation
hagiographique destinée à mettre en valeur l'absence d’ambition! ? J’en doute, car dans les autres cas qu'il allégue de
personnages qui cherchérent à éviter d'être ordonnés prêtres
ou évêques, il ne s’agit pas chaque fois de « cliché » hagiographique?. De plus, les motifs d’une telle attitude ne sont
ni si nombreux, ni si précis, ni les mêmes que pour Ambroise.
Enfin et surtout, Ambroise lui-même est le premier à confirmer,
dans plusieurs de ses œuvres, qu'il a tout fait pour éviter d’être
ordonné et sacré4. Le seul objet de la présente recherche sera
tantum, ut uisis his populi intentio reuocaretur... At ille cum uideret nihil
intentionem suam posse proficere, fugam parauit; egressus noctis medio ciuitatem, cum Ticinum se pergere putaret, mane ad portam ciuitatis Mediolanensis, quae Romana dicitur, inuenitur. Deus enim, qui Ecclesiae suae catholicae murum parabat aduersus inimicos suos et turrem erigebat Dauid contra
faciem Damasci, hoc est contra perfidiam haereticorum, fugam illius inpediuit.
Qui inuentus cum custodiretur a populo, missa relatio est ad clementissimum
imperatorem tunc Valentinianum, qui summo gaudio accepit quod iudices a
se
directi
ad
sacerdotium
peterentur...
Pendente
itaque
relatione
iterum
fugam parauit atque in possessione cuiusdam Leontii clarissimi uiri aliquandiu
delituit... Proditus itaque et adductus Mediolanium, cum intellegeret circa
se Dei uoluntatem nec se diutius posse resistere, postulauit non se nisi a catholico
episcopo debere baptizari. » Ces chapitres ne semblent avoir été commentés
ni par P. de LABRIOLLE, Saini Ambroise, Paris, 1908, ni par J.-R. PALANQUE,
La « Vita Ambrosii » de Paulin. Etude critique, dans Revue des Sciences religieuses, t. IV, 1924, p. 26-42 et 401-420.
1) PAREDI, op. cit., p. 164 : « Il rifiuto, mediante la fuga, ad accettare una
dignità è un motivo tradizionale nell’agiografia non solo dei vescovi » (avec
les exemples de Cyprien de Carthage en 248, du pape Corneille en 251, de
saint Martin en 371, de saint Augustin en 391). Cf., par exemple, Pontius,
Vita Cypriani, 5, CSEL, t. III, 3, p. xcv, 16 : « Humiliter ille secessit. »
2) Cf. Aucustin, Conf., X, 43, 70, 1, éd. LABRIOLLE, p. 292 : « Conterritus
peccatis meis et mole miseriae meae agitaueram corde meditatusque fueram
fugam in solitudinem, sed prohibuisti me et confirmasti me dicens : « Ideo
« Christus pro omnibus mortuus est, ut qui uiuunt iam non sibi uiuant, sed
« ei qui pro ipsis mortuus est » (JJ Cor., V, 5). » Témoignage autobiographique
et non « cliché » hagiographique. On notera qu’Ambroise, lui aussi, « fugam
parauit ».
3) L'on pourrait alléguer encore, entre cent autres, le cas d'Hilaire d'Arles,
décrit dans sa Vita, c. 9, éd. S. CAVALLIN, Lund, 1952, p. 88, 11 : alors qu'il
regagne son ermitage, des soldats s’emparent de lui et le ramènent de force.
Sur ce sujet, voir l’article fort bien documenté de Y.-M.-J. Concar, Ordinations « invictus »,
des
Sciences
« coactus »,
philosophiques
et
de
l'Eglise
théologiques,
antique au Canon, 214, Revue
50,
1966,
p.
169-197;
A.
et
C. GUILLAUMONT, Evagre le Pontique, Traité pratique (SC, 171, Paris, 1971),
p. 529-531 ; P.-H. LAFONTAINE, Les conditions positives de Paccession aux ordres
dans la première législation ecclésiastique (300-492), Ottawa, 1963, p. 71-102.
4) AMBROISE, Episi. ad Vercellensem Ecclesiam, LXIIL, 65, PL, t. XVI,
1206 C (1258 A) : « Quam resistebam, ne ordinarer! Postremo cum cogerer,
saltem ordinatio protelaretur! Sed non ualuit praescriptio, praeualuit impres-
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Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)le second motif : Que signifie au juste, dans la pensée de Paulin
de Milan, l’expression : « Philosophiam profileri uoluit » ?
La plupart des biographes modernes ont entendu qu’il
s’agissait ici de « philosophie chrétienne »! : Ambroise aurait
recherché un mode de vie ascétique dans la solitude?. Dom
Mesot suppose, au contraire, qu’il voulut devenir professeur
de philosophie pour pouvoir convertir les paiens*. Mgr Pellegrino pense qu'il voulut seulement s’adonner à la philosophie4.
Comment opter entre ces hypothèses contradictoires ?
Observons d’abord — d’après le contexte de Paulin —
qu'il s’agit pour lui de mettre en valeur, par contraste, le
rôle missionnaire tenu plus tard par Ambroise évêque, à
limitation des Apôtres qui,
selon le précepte
du Christ,
sio. Tamen ordinationem meam occidentales episcopi iudicio, orientales etiam
exemplo probarunt » ; De paenitentia, II, 8, 72, CSEL, t. LXXIII, p. 192, 52
(= éd. R. Gryson, dans Sources chrétiennes, t. CLX XIX, p. 178, 58) : « Dicetur
enim : « Ecce ille non in ecclesiis nutritus sinu, non edomatus a puero, sed
« raptus de tribunalibus, abductus uanitatibus saeculi huius, ... in sacerdotio
« manet non uirtute sua, sed Christi gratia... » »; De officiis ministrorum, I, 1,
3-4, PL, t. XVI, 24B (27 B) : « Unus enim uerus magister est, qui solus non
didicit quod omnes doceret : homines autem discunt prius quod doceant et
ab illo accipiunt quod aliis tradant. Quod ne ipsum quidem mihi accidit. Ego
enim raptus de tribunalibus atque administrationis infulis ad sacerdotium,
docere uos coepi, quod ipse non didici. Itaque factum est, ut prius docere
inciperem quam discere. »
1) Sur les sens de philosophia, cf. G. BarDY, « Philosophie » et « philosophe »
dans le vocabulaire chrétien des premiers siècles, dans Revue d’ Ascétique et de
Mystique, t. XXV, 1949, p. 97-108; G. Penco, La vita ascetica come « filosofia » nell’antica tradizione monastica, dans Siudia monastica, t. II, 1960,
p. 79-93 ; A.-M. MALINGREY, « Philosophia ». Etude d’un groupe de mots dans la
littérature grecque, des Présocratiques au quatriéme siècle après J.-C., Paris,
1961; J. Lecrerco, Etudes sur le vocabulaire monastique du Moyen Age,
dans Studia Anselmiana, t.
2)
LENAIN
XLVIII, Rome,
1961, p. 39-64.
DE TILLEMONT, Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique
des six premiers siécles, t. X, Paris, 1705, p. 91 : « Il voulait faire profession de
philosophie, c'est-à-dire apparemment de la vie monastique » ; abbé BAUNARD,
Histoire de saint Ambroise, 2e éd., Paris, 1872, p. 38; A, de BROGLIE, Saint
Ambroise, Paris, 1899, p. 14 (à propos de la vie religieuse) : « Ce fut ce dernier
parti qu’un biographe contemporain appelle « profession de philosophie » »;
R.
THAMIN,
Saint
Ambroise
ei
la
morale
chrétienne,
Paris, 1895,
p.
6;
J.-R. PALANQUE, Saint Ambroise el l'Empire romain, Paris, 1933, p. 29 et
n. 8 : « Il se propose d'abord de faire « profession de philosophie », c’est-à-dire
d'érémitisme méditatif. » Cf. F. H. Dunpen, The Life and Times of St Ambrose,
t. 1, Oxford, 1935, p. 67.
3) J. Mesor, Die Heidenbekehrung bei Ambrosius von Mailand, SchöneckBeckenried, 1958, p. 1, n. 1, traduit philosophiam profiteri : Philosophie dozieren ;
cf. sa p. 3.
4) M. PELLEGRINO, éd. de PAULIN DE MILAN, Vita Ambrosii, p. 59, n. 4.
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doivent se mettre en chemin sans besace ni baton}, donc plus
démunis que ne furent les philosophes les plus populaires :
les Cyniques?. Il ne s’ensuit pas, pour autant, que Paulin
dénigre Ambroise d’avoir voulu philosophiam profiteri, ni
que la philosophie 4 laquelle il songea dans ces circonstances
ait été celle des Cyniques.
Il parait invraisemblable que cet homme de la plus haute
noblesse,
ce
gouverneur de
deux provinces,
ait souhaité
devenir « professeur de philosophie » au sens de « fonctionnaire
rétribué par l'Etat », même si un tel sens est concevable,
contrairement à ce que dit Mgr Pellegrino, puisqu'il apparaît
dans les textes juridiques de l’époque‘. Il est invraisemblable
aussi, comme l’a bien vu Mgr Pellegrino, que Paulin veuille
par ces mots désigner l'intention qu’aurait eue Ambroise
d’embrasser la philosophie chrétienne des ascètes : cénobites
ou anachorétes®. Car c'est seulement au titre du quatrième
1) La phrase de Paulin de Milan : « missi sine pera, sine uirga » est une référence à l'évangile selon MatTHIEU, X, 10 : « Nolite possidere aurum neque
argentum neque pecuniam in zonis uestris : non peram in uia neque duas
tunicas neque calceamenta neque uirgam. »
2) Cf. AruL£e, Apol., XXII, 1-2, éd. P. VALLETTE, p. 27 : « Proinde gratum
habui, cum ad contumeliam diceretis rem familiarem mihi peram et baculum
fuisse. Quod utinam tantus animi forem, ut praeter eam supellectilem nihil
quicquam requirerem, sed eundem
ornatum
digne gestarem,
quem Crates
ultro diuitiis abiectis appetiuit. Crates, inquam, ... arbores plurimas et frugiferas pro uno baculo spreuit, uillas ornatissimas una perula mutauit »; XXV,
1, p. 30 : « At non contraria accusastis ? Peram et baculum ob auctoritatem,
carmina et speculum ob hilaritatem
? »; ManTiaz, Epigr., IV, 53, 3, éd.
H.-J. Izaac, p. 133 (contre le Cynique Cosmus) : « cum baculo peraque senem » ;
AUSONE, Epigr., XLIX (53), 1, dans MGH, Auet. ani., t. V, p. 209, 1 (à propos
des Cyniques) :
Pera polenta tribon baculus scyphus, arta supelex
ista fuit Cynici.
3) PELLEGRINO, éd, cil., p. 59, n. 4.
4) CELSE, De medicina, praef., éd. C. DAREMBERG, Leipzig, 1859, p. 2, 12:
« Multos ex sapientiae professoribus peritos eius (= medicinae) fuisse accepimus
; clarissimos uero ex iis Pythagoram et Empedoclem et Democritum »;
Cod.
Theod., XIII, 3, 16, éd. Th. Mommsen, Berlin,
1962 (réimpr.), p. 744
(30 novembre 414, édit de Théodose II et Honorius : De medicis et professoribus)
:
« Grammaticos,
oratores adque philosophiae praeceptores nec
non
etiam medicos... frui hac praerogatiua praecipimus... Haec etiam professoribus
memoratis eorumque liberis deferenda mandamus. » Il est précisé que tous
regoivent des deniers publics.
5) PELLEGRINO, éd. cil., p. 59, n. 4 : « Ma qui Paolino non allude ancora
alla fuga, di cui parlerà solo dopo. »
Seite 7
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)motif que Paulin nous montre Ambroise s’efforçant clandestinement de quitter Milan en pleine nuit (fugam)
de Pavie!,
peut-être
par la porte
seulement pour gagner le monastère
extra muros si ce monastère existait déjà?.
Nul n’a remarqué que l'expression philosophiam profiteri
ou philosophum profiteri s'oppose normalement,
en
à
profiteri.
l'expression
sapienliam
profileri
ou
sapientem
latin,
Tandis que les sept plus anciens penseurs de Grèce étaient
dénommés
Sages
et
qu'Epicure?,
puis
divers
philosophes
paiens* eurent le front — à ce que prétendent leurs adversaires — de
se
proclamer eux-mêmes
Sages,
les penseurs
de la lignée pythagorico-platonicienne assuraient que Dieu
seul est sage et se
qualifiaient plus modestement « amis
de la sagesse ». En ce sens précis, Pythagore — aux témoignages de
par
1)
Sosicrate, puis
Diogéne
Laérce®,
d’Héraclide
Clément
le
Pontique,
d'Alexandrie,
suivis
Lactance
et
PAULIN DE MILAN, op. cit., VIII, 2, p. 60, ci-dessus, p. 147, n. 2.
2) Cf. Aucustin, Conf., VIII, 6, 15, 3, éd. LABRIOLLE, p. 188 (à propos de
ses souvenirs de l'an 386) : « Et erat monasterium Mediolanii plenum bonis
fratribus extra
urbis
moenia
sub
Ambrosio
nutritore, et non noueramus.
»
Nutritor semble indiquer qu’Ambroise n'en est pas le fondateur.
3)
Cıc£ron, De finibus, II, 3, 7, éd. J. MARTHA, Paris, 1961, p. 58 (ironiquement à propos d’Epicure) : « Nec est quod te pudeat sapienti assentiri, qui
se unus, quod sciam, sapientem profiteri sit ausus. Nam Metrodorum non puto
esse professum, sed, cum appellaretur ab Epicuro, repudiare tantum beneficium noluisse; septem autem illi non suo, sed populorum suffragio omnium
nominati sunt »; De seneciute, XIII, 43, éd. P. WUILLEUMIER?, Paris, 1955,
p. 156 : «.... audisset a Thessalo esse quendam Athenis qui se sapientem profiteretur eumque dicere omnia, quae faceremus, ad uoluptatem esse referenda. »
4) Lacrance, Insi., 11, 3, 18, CSEL, t. XIX, p. 106, 15 : « lis uero non
potest (uenia concedi), qui sapientiam professi stultitiam potius exhibent »;
IV, 3, 4, p. 278, 20 : « Alii sunt professores sapientiae, per quos utique ad deos
non aditur, alii religionis antistites, per quos sapere non discitur »; IV, 4, 6,
p. 283, 1 : « Deum uero esse patrem eundemque dominum utrique ignorauerunt,
tam cultores deorum quam ipsi sapientiae professores »; VI, 11, 10, p. 521, 1
{contre Cicéron auteur du De officiis) : « Videlicet professor sapientiae refrenat
homines
ab
humanitate
monetque
ut
rem
familiarem
diligenter custodiant
malintque arcam quam iustitiam conseruare
! »
5) DiogEne LAËRCE, Vilae philosophorum, prooem., VIII, 12, éd. CoBET,
p. 3 : Oidocopíay SÌ proc avéuace Tudayópas xal Éaurèv procópov, Ev
Ziwévi Stareyduevos Akovrı TH Lixvwviav tupdwa À Drtactov, xadd pao
“HpaxkelBne è Iovtixdc dv tH mepl the Énvou * undiva yee elvat copdv arr’ À
Oedv. Oürrov Bb Exadeiro copla xal copds è tabtyy Exayyedddpevos. VIII, 1,6,
7, p. 206 = éd. A. DELATTE, p. 109, 5 : ZmwawpdTng 3 ev Aradoyats proiv adróv
épudéyra bd Aéovroc rod Ddtaclav tupdwov Tic ely, peAdcopos, elretv. La
même anecdote relative à l’entretien entre Pythagore et Léon est longuement
Seite 8
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Jamblique! — fut le premier à « faire profession d’être ami de
la sagesse » (pihosopíav ¿mayyéMecdor = philosophum profiteri).
Macrobe applique la même expression, avec le même sens, à
toute la tradition qui mène de Platon à Plotin?. Cicéron va
jusqu’à dénier à l’épicurien Philodeme de Gadara, ami de
Pison, le droit de se proclamer non seulement sage, mais
même simplement « ami de la sagesse »9.
Doutera-t-on que Paulin de Milan, qui écrit à Hippone
en l’an 4224, ait pu connaître encore, à date si tardive, ce sens
précis de philosophiam profileri ?
Mais
Diodore
de
Sicile,
Plutarque, Quintilien, Apulée, Lactance, Jamblique, Ambroise
narrée par CICÉRON, Tusc., V, 2-3, 7-10, éd. G. FonLEN, p. 110, et VALEREMAxIME, Facla el dicta memorabilia, VIII, 7, exi., 2, éd. C.KEMPF, p. 388, 2,
mais sans l’expression précise philosophiam pro fiieri. C’est à tort, à mon avis, que
M. TESTARD, Saint Augustin et Cicéron, t. II, Paris, 1958, p.53, et
H. HAGENDAHL,
Augustine and the Latin Classics, Göteborg, 1967, p. 153, n° 323, voient en ce
passage des Tusculanes la source d’Ausustın, Civ. Dei, VIII, 2. L'expression
gthocoplav EmayyelMópevos reparaît notamment chez PLATON, Gorgias, 447 c,
éd. A. Croiser et L. Bonin, Paris, 1923, p. 109 : Bovdopar yap ubtota map’
abtod tig
Sivapis tHe Téyvnc TOU dvBpéc, xal th dotw è exayyédretal te xal
Nödoxer; ORIGENE, Contra Celsum, VII, 47, 3, dans Sources chrétiennes, t. CL,
p. 126 (á propos des doctrines
quocopelv énayyehAduevot,
paiennes)
: OÙ
1) CLÉMENT D'ALEXANDRIE, Sirom., I, 14, 61, 4,
xatà tà
Sóypata tabro
GCS, t. XV, p. 39, 12:
Ilvdayöpas... prddcopov davtóv mpótos dvmyöpevoev. LAGTANCE, Inst., III, 2,
6, p. 180, 19 (à propos de Pythagore) : « Cum ab eo quaereretur, quemnam
profileretur,
respondit
philosophum,
id
est
quaesitorem
sapientiae
»;
Jam-
BLIQUE, De uila Pythagorica, XII, 58, éd. L. DEUBNER, p. 31, 20 : Aéyetat Se
Uudayópas roëros PıRdaopov dautóv mpocayopeücat, ob xawvod udvov dvéuatos
Ürépéac, darà xal mpàyua olxciov tpoexdiddoxcv yonotuwc. Cf. A. DELATTE,
Essai sur la littérature pythagoricienne, dans Bibliothèque de l'Ecole des Hautes
Etudes, sciences historiques el philologiques, t. CCXVII, Paris,
1915, p. 284;
La « Vie de Pythagore » par Diogéne Laërce, Bruxelles, 1922, p. 166; A.-J. FEs-
TUGIERE, Contemplation el vie contemplative selon Platon, Paris, 19502, p. 18-44;
R. Joy, Le thème philosophique des genres de vie dans l'Antiquité classique,
dans Mémoires de ! Académie royale de Belgique, classe des Leitres el des Sciences
morales ei politiques, t. LI, 3, Bruxelles, 1956, p. 21-52; A.-M. MALINGREY,
op.
cil.,
p.
29-32.
2) MACROBE, In somn. Scip., I, 8, 5, p. 37, 22 : « Plotinus inter philosophiae
professores cum Platone princeps. »
i
3) Cickron, In Pisonem, XXIX, 71, éd. P. Grima, Paris, 1966, p. 136 :
« Sed eum casus in hanc consuetudinem scribendi induxit philosopho ualde
indignam, si quidem philosophia, ut fertur, uirtutis continet et officii et bene
uiuendi disciplinam ; quam qui profitetur grauissimam mihi sustinere personam
uidetur. Sed idem casus illum ignarum quid profiteretur, cum se philosophum
esse diceret, istius impurissimae atque intemperantissimae pecudis caeno et
sordibus inquinauit. »
4) Cf. M. PELLEGRINO, éd. cit., p. 6, n. 3.
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Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)et bien d’autres connaissent toujours la tradition relative à
Pythagore
inventeur
du
mot
philosophel.
Surtout,
cette
Vila Ambrosii est écrite dans l'entourage immédiat et sur la
demande expresse de saint Augustin. Or celui-ci, au Livre VIII
de sa Cilé de Dieu où il décrit l’histoire des débuts de la philosophie, ne manque pas d’insister sur la tradition selon laquelle
Pythagore fit profession d’étre non un Sage, ce qui lui paraissait un titre arrogant, mais un simple « ami de la sagesse »;
1) DIODORE DE SiciLe, Bibliotheca historica, X, 10, éd. F. VocEL, p. 202,
18: [IvOayépac prrcaoptav AA où coplav éxcrer thy iStav alpeoıv. PLUTARQUE,
De placitis philosophorum, 1,3, 14, 876 E, éd. Dinor, p. 1066, 45 : Ilufaybpac...
& mpatog priocoplay tobtm TÁ Phpari npoowyopetoac. QUINTILIEN, Inst, or.,
XII, 1, 19, éd. L. RADERMACHER, p. 370, 7 : « Pythagoras non sapientem, ut
qui ante eum fuerunt, sed studiosum sapientiae uocari uoluit n; CLEMENT
D’ALEXANDRIE, Strom., IV, 3, 9, GCS, t. XV, p. 252, 3: "H pot doxel xa è
Tludayópas copòv uèv elvaı tov Gedy Agyew pdvov..., davtov SE Sid quAlav Thy mods
tov Oedv piddcopov. APULEE, Florid., 15, éd. R. Heim, p. 22, 20 : « Primus
philosophiae nuncupator et conditor »; LACTANCE, Inst, III, 14, 5, p. 216,
20 (après citation de Lucréce) : « Vnde apparet aut Pythagoram uoluisse laudare, qui se primus, ut dixi, philosophum nominauit... »; Epitome, XXXI,
7, p. 707, 6 : « Primus est philosophus nominatus »; JAMBLIQUE, In Nicom.
arithm., praef., éd. H. PisTELLI, p. 5, 27 : Draocoplav Iluôxyépac avépace
moë&roc. De uita Pythagorica, XXIX, 159, p. 89, 23 : Drdocoglav iv obv np@rog
aôrèc dvéuace. AMBROISE, De Abraham, II, 7, 37, CSEL, t. XXXII, 1, p.593,
6 : « Quanto prior ipse pater philosophiae Plato uel ejus inuentor nominis
Pythagoras! » ; Augustin, Civ. Dei, XVIII, 37, 3, CC, t. XLVIII, p. 632 :
« Multo magis post eos fuerunt philosophi gentium, qui hoc etiam nomine
uocarentur, quod coepit a Samio Pythagora »; Conira Julianum opus imperfectum, V, 1, PL, t. XLIV, 1432 : « Nam ipse Pythagoras, a quo philosophiae
nomen exortum est, dixisse fertur, illum fuisse sapientissimum, qui uocabula
primus indidit rebus » ; Bokce, Inst. mus., II, 1, 2, éd. G. FRIEDLEIN, p. 227, 2:
« Primus omnium Pythagoras sapientiae studium philosophiam nuncupauit » ;
ISIDORE DE SEVILLE, Eiym., XIV, 6, 31, PL, t. LXXXII, 517 C: « Pythagoras
Samius, a quo philosophiae nomen inuentum est. »
2) AucusTIN, Civ. Dei, VIII, 1, 7, CC, t. XLVII, p. 216 : « Sed cum philosophis est habenda conlatie; quorum ipsum nomen si Latine interpretemur,
amorem sapientiae profitelur »; VIII, 2, 5, p. 217 : « Italicum genus auctorem
habuit Pythagoram Samium, a quo etiam ferunt ipsum philosophiae nomen
exortum. Nam cum antea sapientes appellarentur, qui modo quodam laudabilis uitae aliis praestare uidebantur, iste interrogatus quid profiteretur, philosophum se esse respondit, id est studiosum uel amatorem sapientiae; quoniam sapieniem profiteri arrogantissimum uideretur »; XVIII, 37, 16, CC,
p. 632 : «... antequam Pythagoras philosophum primus profileretur » ; cf. Conira
Acad., 11, 3, 7, CSEL, t. LXIII, p. 28, 3 : « Quid est enim philosophia ? Amor
sapientiae »; De moribus Ecclesiae, XXI, 38, PL, t. XXXII, 1327 : « Philosophia
est amor studiumque sapientiae
»;
Episi.
ad Paulinum, CLXIX, 2,
CSEL, t. XLIV, p. 376, 8 : « Quid est philosophia Latine nisi studium sapientiae ? »; ISIDORE DE SÉviLLE, Efym., VIII, 6, 2, PL, t. LXXXII, 305 B :
«
Nomen
philosophorum
primum
a
Pythagora
fertur exortum,
Nam
dum
antea Graeci ueteres sophistas, id est sapientes aut doctores sapientiae, semetipsos
iactantius nominarent,
iste
interrogatus
quid
profiteretur,
uerecundo
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Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)REVUE DE L’HISTOIRE DES RELIGIONS
il revient longuement sur ce point dans le De Trinitatel.
Il résulte de cette petite recherche critique qu’au cours
de
l’année précédant son sacre
épiscopal Ambroise,
pour
éviter d’être élu évêque, s’afficha philosophe de la lignée de
Pythagore, Platon et Plotin, autrement dit néo-platonicien.
Il espérait par là rebuter la masse de ses partisans chrétiens,
se rendre suspect à leurs yeux, en un temps où les descendants
spirituels de Porphyre — à commencer par Symmaque ou
Marius Victorinus avant sa conversion? — travaillaient à
remettre en honneur les mythes païens et à ruiner la doctrine
chrétienne. Si l’on donne tout son sens à la phrase de Paulin
de Milan, Ambroise prit alors contact avec des néo-platonisants de cette ville et même les accueillit chez lui (domum).
Bien entendu Ambroise, une fois évêque, ne cessera dans
ses œuvres soit de lutter contre les néo-platoniciens païens
tels que Symmaque, soit d’affirmer la supériorité des doctrines
chrétiennes, soit — au cas où ces doctrines peuvent s’accorder
avec les néo-platoniciennes — de faire valoir l’antériorité
des Ecritures judaiques®. Mais l’on ne doit pas s’étonner de
le voir aussi, dans le De Isaac el anima, dans le De bono
mortis, dans le De Iacob el uita beaia* et dans la Lettre XI
nomine philosophum, id est amatorem sapientiae, se esse respondit, quoniam
sapientem profiteri arrogantissimum uidebatur. »
1) Aucustin, De Trinitate, XIV, 1, 31, CC, t. LA, p. 422 : « Numquidnam
profileri audebimus sapieniiam, ne sit nostra de illa impudens disputatio ?
Nonne terrebimur exemplo Pythagorae qui, cum ausus non fuisset sapientem
profiteri, philosophum potius, id est amatorem sapientiae, se esse respondit;
a quo id nomen exortum ita deinceps posteris placuit, ut quantalibet de rebus
ad sapientiam pertinentibus doctrina quisque uel sibi uel aliis uideretur excellere non nisi philosophus uocaretur ? An ideo sapientem profiteri talium hominum nullus audebat, quia sine ullo peccato putabant esse sapientem ?... Sed
ego nec sic quidem sapieniem me audeo profiteri. Satis est mihi quod etiam ipsi
negare non possunt, esse etiam philosophi, id est amatoris sapientiae, de sapientia disputare. Non enim hoc illi facere destiterunt, qui se amatores sapientiae
potius quam sapientes esse professi sunt. »
2) AuGusTIN, Conf., VIII, 2, 3, 23, éd. LABRIOLLE, p. 178 : « Usque ad
illam aetatem uenerator idolorum sacrorumque sacrilegorum
particeps,
...
quae iste senex Victorinus tot annos ore terricrepo defensitauerat, »
3) Cf. mes Recherches sur les « Confessions » de saint Augustin, 2e éd., Paris,
1968, p. 174, 266, 354-382.
4) Cf. P. CourcELLE, Plotin et saint Ambroise, dans Revue de Philologie,
t. LXXVI, 1950, p. 29-56 ; Nouveaux aspects du platonisme chez saint Ambroise,
dans Revue des Etudes latines, t. XXXIV, 1956, p. 220-239; P. Hapot, Pla-
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Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)à Irénéel, reprendre à son compte, sans le dire, des pages
entières de Plotin?, de même que dans le De excessu fratris
il utilise longuement le traité d’Apulée sur la doctrine de
Platon’.
Pierre COURCELLE.
ton et Plotin dans trois Sermons de saint Ambroise, ibid., p. 202-220; A. SoLıGNAC,
Nouveaux parallèles entre saint Ambroise et Plotin. Le
« De
lacob
et vita beata » et le Ilepl eùSatuoviac (Ennéade I, 4), dans Archives de philosophie, t. XIX, 1956, p. 148-156.
1) Amsroıse, Episi. ad Irenaeum, XI (29),
p. 79-90, avec les renvois d’O. Faller à Plotin.
CSEL,
t.
LXXXII,
1968,
2) La présente recherche confirme qu'il est purement imaginaire de croire
à Porphyre ou à un Père grec comme intermédiaire entre Plotin et Ambroise
;
celui-ci a lu au moins les traités plotiniens : De
l'animal, Du bonheur, Du
Beau, Du premier Bien, De l'amour (Enn. I, 1, 4, 6, 7, 8; III, 5). J'essaierai de
montrer, dans mon article : Ambroise de Milan et Calcidius (à paraître dans
les Mélanges en l'honneur de J.-H. Waszink), que Calcidius est l’un des
néo-platoniciens fréquentés par Ambroise à Milan. Même chrétiens ou clercs,
des hommes de ce type devaient, à pareille date, scandaliser par l’audace de
leurs lectures ou de leur pensée.
3) Cf. P. CouncELLE, De Platon à saint Ambroise par Apulée. Parallèles
textuels entre le « De excessu fratris » et le « De Platone », dans Revue de Philologie, t. LXXXVII, 1961, p. 15-28.