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Cybèle, le cube, la gloire.
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Une ‘étymologie’ corrompue
dans les gloses sur Martianus Capella
Meo Aen!
Leeg. 67
Les Noces de Philologie et de Mercure, écrites par Martianus Capella au v° siècle
après Jésus-Christ, sont devenues le livre de chevet du Moyen Âge. Celui-ci y trouvait
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en effet une synthèse commode des trois artes du trivium et des quatre disciplinae du
quadrivium. Les gloses qui enrichissent certains manuscrits carolingiens de l'œuvre
de Martianus, principalement celui de Leyde, Vossianus latinus folio 48, et celui de
Besançon, Bibliothèque Municipale 594, qui lui est apparenté, représentent, dans leur
organisation systématique et dans leur volonté d’éclairer, longuement parfois, des points
particuliers du texte, les restes d’un ancien commentaire qui avait d’abord été attribué
à Dunchad ou à Martin de Laon!, mais qu’aujourd’hui les spécialistes se contentent de
désigner comme «le plus ancien commentaire» sur Martianus Capella?, Il est de la plus
haute importance d’éditer, de traduire et de commenter ces gloses?. Elles sont en effet le
témoignage d’un effort de réflexion et d’interprétation qui marque l'intérêt apporté par
les médiévaux à la lecture d’un texte souvent difficile et parfois abscons, et la contribution de ces commentaires à l’histoire de la pensée scientifique et philosophique occidentale ne saurait étre négligée. Mais elles offrent souvent de sérieuses difficultés.
Nous ne nous proposons ici que d’examiner l’une de ces gloses, sur un point particulier du texte du livre VII de Martianus, parce qu’elle présente une expression incompréhensible qui a jusque-là résisté aux efforts des spécialistes. Le livre VII est celui de
Parithmétique. Sa dernière partie, scientifique, donne une collection d’énoncés euclidiens
touchant à cette science. Elle est précédée par un ensemble médian dont la tonalité est
celle des traités de Nicomaque et de son adaptateur latin Boéce, car il dispense un enseignement de type «pythagoricien» sur le nombre et ses différentes classifications. Mais
la première des trois parties que l’on peut ainsi distinguer dans le livre est arithmologique: elle examine successivement les vertus des dix premiers nombres, de l’unité à la
«decade», en indiquant chaque fois sous le patronage de quelle divinité on place tradi-
‘J. PRÉAUX, «Le Commentaire de Martin de Laon sur l'œuvre de Martianus Capella»,
Latomus 12, 1953, p. 437-459, a transféré à Martin de Laon la paternité du commentaire auparavant
attribué à Dunchad (Dunchad, Glossae in Martianum, éd. C. E. Lutz, Lancaster, PA, 1944),
? Ainsi M. TEEUWEN, Harmony and the Music of the Spheres. The Ars Musica in Ninth-Century
Commentaries on Martianus Capella, Leyde-Baston-Cologne, 2002, p. 39-40.
3 Cela a été fait récemment, pour les passages des Noces qui concernent la musique, par
M. Teeuwen, op. cit. à la note précédente.
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Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)nombre huit.
;
CYBÈLE. LE CUBE, LA GLOIRE. UNE ETYMOLOGIE CORROMPUE
j
:
Il souligne principalement ce qui lui paraît la caractéristique essentielle du nombre 8:
ce nombre est le premier cube, formé à partir de la «dyade », L'auteur termine le développement arithmétique consacré à ce sujet en indiquant que «tout cube est attribué à la
|
Mère des dieux; c’est l’origine du nom de Cybébé».
Voici donc la Bérécynthienne, la Mère des dieux, établie par l’arithmologie pythagoricienne dans un rapport étroit avec le cube et avec le nombre huit. L'idée repose, évidemment, sur un rapprochement entre le nom du «cube» et celui de «Cybébé», qui est, de
fait, utilisé en concurrence avec celui de Cybèle aussi bien par les Latins que par les
Grecs. Ce rapprochement, est-il utile de le dire, n’a pas de fondement, et Cybebe rappelle
plutôt, comme le dit le Dictionnaire étymologique de P. Chantraine s. u., le nom de la
déesse orientale Kubaba. Mais le terme Cybebe appelait une intervention du commentateur. De cette intervention, la trace se maintient dans les deux manuscrits de Leyde et
de Besançon que nous avons cités plus haut, avec une glose marginale insérée à hauteur
de la leçon concernée, au f. 68r du ms de Leyde (qui porte d’ailleurs, dans le texte de
Martianus, la leçon Cybele, non pas Cybebe), au f. 117 de celui de Besançon.
Le texte de la glose est identique dans les deux manuscrits: Dicta autem Cybebe quasi
sion bios, id est firmitas gloriae, «On l’appelle Cybebe, ce qui revient à sion bios, c’està-dire fermeté de la gloire ». Ce sont, on le comprend bien, les deux mots sion bios qui
posent un problème d’interpretation. On a ici, évidemment, la proposition d’une étymologie grecque pour le nom Cybebe. Et l'expression grecque sion bios est posée sans
ambiguïté comme l'équivalent de l'expression latine firmitas gloriae. La séquence est
la suivante: Cybebe = sion bios = firmitas gloriae. On pourrait être tenté, pour le second
mot grec, de chercher dans la direction d’une confusion entre bia et bios: cette dernière
forme aurait pu, par erreur, remplacer bia «force» dont on admettrait à la rigueur une
équivalence approximative avec firmitas latin. Mais il resterait le problème de la superposition trop vague de bia à firmitas, le problème d’une confusion inattendue de bia avec
bios qui est pourtant un mot assez connu, et surtout |’ absence de solution pour expliquer
sion.
Comme le commentaire d’origine a eu de nombreux épigones, on trouve des gloses
extrêmement proches chez Jean Scot Érigène et chez Rémi d’ Auxerre, dont les commentaires ont été bien édités par Cora Lutz*. Les deux mots grecs n'y sont pas plus clairs
que dans les deux manuscrits que nous examinons. Jean Scot a sidos bivos®, et Rémi
cyonbios®. La parenté est nette, mais on voit aussi que Rémi est plus proche du texte
inintelligible de nos deux manuscrits, Jean Scot présentant une expression relativement
différente. En effet, cyonbios se laisse rapprocher de notre sion bios, mais sidos bivos
marque sa différence, surtout dans le premier terme. Bien que Jean Scot ait travaillé à
l’époque où furent écrits nos deux manuscrits (vers 850 pour le Vossianus? troisième
quart du Ix* s. pour le ms de Besançon ?), il paraît avoir copié un texte différent: si ce
4 Jean Scot Érigène, Annotationes in Martianum, éd. Cora E. Lurz, Cambridge, Mass., 1939;
Rémi d'Auxerre, Commentum in Martianum Capetlam, éd. Cora E. Lutz, 2 vol., Leyde, 1962-1965.
5 Je renvoie par commodité, parce que ce livre récent contient les textes des deux commentaires
tels qu’ils ont été édités par C. Lutz, aT. RAMELLI, Scoto Eriugena, Remigio di Auxerre, Bernardo
Silvestre e Anonimi, Tutti i commenti a Marziano Capella, Milan, 2006, ici p. 437.
$ Jbid., p. 1432.
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texte est meilleur ou pire que l'autre, c’est ce que l’on aimerait distinguer. En tout cas, il
n’est pas d’une interprétation plus facile, et I. Ramelli, apparemment, considère son cas
comme plus désespéré encore que celui de cyonbios, puisque ayant épargné les cruces à
cette dernière forme, elle les inflige à sidos bivos. Quoi qu'il en soit, les éditeurs, désespérés apparemment, n’ont pu faire aucune tentative de restitution d'un texte meilleur.
I. Ramelli? se contente de traduire le texte de Rémi (CYBELE autem dicta quasi cyonbios,
id est gloriae firmitas) de la façon suivante: «Ora, CIBELE ha nome come se fosse cyonbios, ossia ‘fermezza della gloria’ », sans la moindre note; plus haut®, elle avait écrit:
«Cybebe o Cybele come se fosse tsidos bivost ossia fermezza della gloria», sans note,
pour traduire le texte de Jean Scot, CYBEBE vel CYBELE quasi tsidos bivost id est gloriae
firmitas.
Sidos, cependant, est une forme qui ouvre la voie à la restitution d’une partie au moins
de l'expression inintelligible qu’ offre l’état actuel de la glose. Car il est possible de poser,
en face du gloriae latin, une forme grecque correspondante. Si l’on veut bien considérer
que le i est ici un avatar d’un v grec que le glossateur aurait pu écrire sous la forme d’un y
(celui que l’on observe dans cyon- de Rémi), et que le s initial a été écrit, dans d’autres
versions de la glose (chez Rémi encore), sous la forme d’un c qui transcrivait en latin le x
du grec, on obtient l’initiale xv-; et en lui rattachant la syllabe suivante, qui est correcte,
805, on produit le nom «dog qui est en effet un des noms grecs de la «gloire». Le c
initial de cyon n’a laissé place à un s dans sidos et dans sion que pour avoir été pris à tort
pour un sigma lunaire grec (ce qui était, en un sens, assez naturel, puisque l’on voyait
bien que l’on avait affaire à une forme grecque). Resterait à rendre compte de l’&quivalence entre gloriae, un genitif, et kidoc, un nominatif, car il ne paraît pas possible de
restituer kbôovc. Cette question sera éclaircie plus loin.
Sans doute serait-on condamné à en rester là si l’on ne pouvait avoir recours à d’autres
sources littéraires pour trancher la difficulté posée par cette glose. On doit rappeler qu’il
existe un certain nombre de textes latins qui donnent des explications grecques de ce
genre pour différents noms, qu’ils soient des noms de personne ou des noms communs,
soit latins, soit grecs: les Érymologies d’Isidore de Séville, utilisant sans doute de vieux
glossaires, en offrent de nombreux exemples; plus anciennement, on pourrait citer
Pexemple de Servius, avec l’explication du nom de Cerbére par kpeoßöpog, «dévoreur
de chair» (Én. 6, 395: unde et Cerberus dictus est, quasi kpeoBópoc, id est carnem
uorans). Mais de telles étymologies sont particulièrement nombreuses dans les Mitologiae de Fulgence. Cette œuvre, communément (mais sans certitude) datée de la fin du
v* s, ou du vif s., égrène au fil de ses trois livres des légendes mythologiques dont I’ interprétation allégorique se place souvent dans une perspective d’enseignement moral.
Or, la cinquième fabula du livre II est intitulée fabula Berecintiae et Attis. Après
avoir résumé le mythe de Cybèle et Attis, le texte entreprend d’expliquer les différents
noms qui y apparaissent, pour en tirer chaque fois le commentaire approprié. La « Bérécynthienne » est la «maîtresse de la montagne», montium dominam; les « démons » tirent
leur nom du grec òfjpos, parce qu'ils cherchent à séduire le peuple; le nom d’ Attis s’explique par le nom grec de la «fleur»; etc. Revenant ensuite à la Bérécynthienne, l’auteur
entreprend d’expliquer les autres noms qui lui sont donnés. On lit alors ceci: Cibebe
7 Ibid., p. 1433.
8 Ihid., p. 437.
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Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)CYBÈLE. LE CUBE, LA GLOIRE. UNE ÉTYMOLOGIE CORROMPUE
dicitur quasi cidos bebeon, id est gloriae firmitas, «Elle est appelée Cybebe, ‘ce qui
présentent dans le livre II'?, Ces commentaires, s’ils ont véritablement existé, se sont de
revient à kü6oc B&Baıov, c'est-à-dire ‘solidité de la gloire’ »°.
toute manière perdus. L’explication grecque du nom de Cybébé se trouvait-elle seulement
dans les Mitologiae d’où vint l’extraire le plus ancien commentateur de Martianus, ou sa
source ? Avait-elle été aussi formulée par Fulgence dans son commentaire sur Martianus ?
Nous voici donc confirmés dans la restitution du premier terme de la formule de
la glose sur Martianus, KÒôog, et surtout mis en possession du second terme: bebeon,
dont la nécessaire dittographie initiale a été simplifiée par une erreur de copie, le e ayant
ensuite été écrit i. Les incompréhensibles sion bios, cyonbios, sidos bios sont des avatars
de cidos bebeon, «gloire solide», et cette expression grecque translittérée est fidèlement
traduite en latin par firmitas gloriae. À l'adjectif grec BéBorov «solide, assuré», le latin
fait correspondre le substantif firmitas, «solidité». C'est pourquoi le génitif latin gloriae
correspond au nominatif grec KDöoc.
Fulgence, dans ce développement, avoue ses sources: Vt Sosicles Atticus in libro
teologumenon quem appellauit scribit, matrem deum in modum potentiae uoluit poni,
unde et Cibebe dicitur quasi cidos bebeon, id est gloriae firmitas, «Comme le Grec Sosiclés l'écrit dans le livre qu’il a intitulé ‘Livre des Theologumena’, on a voulu [il semble
que ce uoluit ne puisse guère se rapporter à une initiative personnelle de Sosiclès, et qu’il
s’agisse plutôt d’un uoluerunt, à rapporter aux Grecs et à leur mythologie, comme le
texte de Fulgence en propose de nombreux exemples] poser la ‘mère des dieux’ comme
‘mère de la puissance’, et c'est pourquoi elle est appelée Cybébé, ce qui revient à kÜôog
BéBaov, c'est-à-dire ‘solidité de la gloire’». Le malheur est que cette Théologie est
aussi parfaitement inconnue que son auteur Sosiclés. Si Fulgence cite parfois des sources
connues et vérifiables, très souvent il invente des auteurs et des livres. Sosiclès fait partie
de ces autorités imaginaires; du moins personne n’en a-t-il jamais trouvé aucune trace.
Il faut donc renoncer à savoir exactement d’où Fulgence a pu tirer sa formule sur
Cybébé = cidos bebeon et considérer qu’en l’état des choses, c’est à lui seul que l'on
peut faire remonter cette expression. C’est le texte des Mitologiae 3, 5 qui a été repris
par le commentateur «le plus ancien» des Noces de Philologie et de Mercure. Mais
cela même est d’un grand intérêt. Il existe une sorte de proximité entre Martianus et
Fulgence. Tous deux sont des Africains, et le premier a largement influencé le second, qui
d’ailleurs le cite expressément l°, alors que l’auteur des Noces ne fait pratiquement l’objet
d’aucune allusion chez ses contemporains immédiatement postérieurs et qu’il devra
attendre l’époque carolingienne pour que son rayonnement devienne visible. Le style de
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Quel est le poids de Fulgence, direct ou par transmission, dans le «plus ancien commentaire» des Noces? À ces questions, malgré l’abondance des utilisations de Fulgence dans
les commentaires sur Martianus, bien remarquée dans des travaux récents !3, il n'existe
pas pour l’instant de réponse précise ni définitive, mais l’occurrence d’une étymologie
fulgentienne dans le commentaire à Martianus conduit à les poser de nouveau ici.
Nous souhaiterions faire aussi quelques réflexions sur la deuxième partie de cette
glose telle qu’elle apparaît dans les manuscrits de Leyde et de Besançon. Car, après une
première phrase qui est celle dont nous avons traité, le texte se poursuit ainsi dans les
deux manuscrits: Cybibe autem a generalitate eo quod mater sit omnium deorum, «On
l'appelle Cybébé à cause de son universalité, du fait qu’elle est la mère de tous les dieux ».
Generalitas est un mot tardif, très présent chez les Pères (Ambroise, Augustin, Cassiodore...), et qui apparaît aussi chez Servius, lequel en présente une vingtaine d’occurrences, dans lesquelles il oppose, la plupart du temps, la generalitas à la species. Prenonsen un exemple dont la teneur présente quelque rapport avec l’expression qui nous occupe
dans la glose que nous examinons: en G 1, 21, commentant le lemme Dique deaeque
omnes, Servius écrit: Post specialem inuocationem transit ad generalitatem, ne quod
numen praetereat, «Après les invocations particulières, il passe à l'expression générale,
afin de n’oublier aucun dieu». Ce serait donc, d’après notre glose sur Martianus 7, 740,
la generalitas qui expliquerait le nom de Cybebe. Le problème est que l’on ne voit pas
du tout le rapport entre Cybebe et generalitas, même si l’on fait une recherche du même
genre que celle qui a été précédemment menée à propos de la première partie de la glose,
même si l’on cherche quel nom grec signifiant l’universalité, éventuellement déformé,
pourrait présenter une parenté auditive avec le nom de la déesse; même Kotvdc (cyno-),
malgré sa première syllabe, est décidément trop loin. On peut se demander s’il n’y
aurait pas ici un état fautif du texte du commentaire d'origine. En effet, si Jean Scot!*
ne donne que Cybebe vel Cybele quasi sidos bivos id est gloriae firmitas, en omettant
Fulgence, chamarré et exubérant, reçoit ces caractéristiques, particulièrement éclatantes
dans la préface des Mitologiae, de Martianus dont à l’occasion il intègre à son texte des
phrases des Noces!!, L'intérêt manifesté par Fulgenceà l'égard de Martianus s'est aussi
la seconde partie de la glose, on lit chez Rémi !S la phrase suivante: MATRI DEUM id est
CYBELE. CYBELE autem dicta quasi cyonbios, id est gloriae firmitas. NAM IDEO CYBEBE
NOMINATUR scilicet ipsa mater deum, id est a soliditate, que I. Ramelli'® traduit ainsi:
«ALLA MADRE DEGLI DEI ossia CIBELE. Ora, CIBELE ha nome come se fosse cyonbios,
exercé, d’après un catalogue du xv° s., dans le fait qu'il avait rédigé un commentaire
sur les deux premiers livres des Noces, et un autre sur les questions d'astronomie qui se“
ossia ‘fermezza della gloria’. PER QUESTO INFATTI SI CHIAMA CIBELE s’intende: la stessa
madre degli dei, ossia dalla soliditä.» Il faut souligner l’effort de classification de Rémi
9 Cette fabula de Fulgence sur Cybèle et Attis a été copiée, pratiquement sans changement dans
le texte, par le Mythographe Vatican I (3, 28), qui présente donc, lui aussi (au § 3), l'explication
Cybébé = cidos bebeon = gloriae firmitas (Premier Mythographe du Vatican, éd. N. ZORZETTI et
J. BERLIOZ, Paris, Les Belles Lettres, 1995, p. 126).
"0 Expositio sermonum antiguorum 1, 45, p. 123 1. 4-6 éd. HELM, Leipzig, 1898: unde er
Felix Capella in libro de nuptiis Mercurii et Philologiae ait: Placuit Mineruae pellere celibatum,
Fulgence reprend Martianus 1, 5: constituit pellere caelibatum.
Il Dans la préface des Mitologiae, intercapedinante pauoris prolixitate est la reprise d'une
expression de Martianus 9, 922.
12 Voir C. LEONARDI, «I codici di Marziano Capella», Aevum 33, 1959, p. 460 n. 86: «E il catalogo della biblioteca di Amplonius Ratinck, del sec. xv in., Poetria 36: Item commentum solempne
Fulgencii insignis viri super duobus libris Marciani de nuptiis Mercuri et philologie. Item Fulgentius de astronomia quam Marcianus tangit in secundo (cfr. W. Scrum, Beschreibendes Verzeichnis
der Amplonianischen Handschriftensammlung zu Erfurt, Berlin, 1887, p. 793). Si & suggerito di
identificarlo con il commento di Alessandro Neckam: P. LEHMANN, Pseudo-antike Literatur des
Mittelalters, Leipzig, 1927 (Studien der Bibliothek Warburg, 13), p. 21.»
13 Voir notamment le livre de M. TEEUWEN cité note 2.
14 [ RAMELLI (cité note 5), p. 437.
15 Jbid.,p. 1432.
16 Ibid.,
Seite 4
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)qui explique d’abord le nom de «Cybèle», par kydos bebaion (mais, à cause des sonorités du second mot grec, cette explication tombe beaucoup mieux sur Cybébé que sur
Cybéle), ensuite le nom de «Cybébé», d’une maniére assez proche de notre glose. En
effet, on retrouve chez Rémi l’expression mater deum (dans la glose des deux manuscrits, mater omnium deorum) et une expression formée de ab suivi de l’ablatif d’un
nom en -tas: a soliditate (dans la glose des deux manuscrits, a generalitate). Il faut bien
constater que l’explication telle qu’elle se présente dans les deux manuscrits de Leyde et
de Besangon établit une cohérence entre generalitas et quod mater sit omnium deorum,
mais non pas de ces deux éléments avec Cybebe qui ne présente pas de point commun
avec eux. Au contraire, il est logique d'établir une relation entre Cybebe, nom censé être
en rapport avec celui du «cube», et la soliditas, qualité de la troisième dimension (le
mot latin correspond à otepsötng grec) dont le cube est le principe, et c'est ce que dit le
texte tel qu’il se présente chez Rémi d’ Auxerre: ayant rappelé d’abord qu’avec Cybébé
on parle de la Mère des dieux (scilicet ipsa mater deum), il donne alors «l’étymologie»
de son nom (a soliditate). Cybébé est appelée ainsi à cause du cube, c’est-à-dire de la
«solidité»: c'est exactement ce que dit le texte de Martianus 7, 740. Cela paraît beaucoup plus satisfaisant que l’explication a generalitate des deux manuscrits de Leyde et de
Besangon. Et si tous ces textes, comme on peut le penser, ont une origine commune, le
texte originel devait parler de soliditas plutôt que de generalitas. Mais il resterait à rendre
compte d’un passage de a soliditate à a generalitate, ou d’une confusion entre ces deux
expressions, qui est bien difficile paléographiquement. Nous nous contenterons donc de
noter que la formulation de Rémi d’Auxerre est sur ce point beaucoup mieux en accord
avec le texte qu’elle commente que ne l’est celle de la glose inscrite dans la marge des
manuscrits de Leyde, Vossianus 48, et de Besançon, BM 594.
L'essentiel était ici, pour nous, de percer le mystère d’une expression incompréhensible qualifiant Cybèle dans une très ancienne glose sur Martianus Capella. Il faut ajouter
pourtant que Cybébé «solidité de la gloire» ramène aux horizons de Fulgence, et que
l'attention est ainsi justement attirée sur cet autre auteur sous-évalué et méprisé, qui
partage souvent la mauvaise fortune de son aîné Martianus dans le jugement des savants
modernes. On voit qu’à l’époque médiévale il n’en allait pas ainsi, et que Martianus
et Fulgence étaient réunis au contraire par l'estime dans laquelle on les tenait; estime
compréhensible si l'on veut bien considérer l’aspect organisé et systématique de l’œuvre
de l’un et de l’autre, qui appelle une nécessaire réhabilitation de chacun, le premier
proposant une théorie de l’âme et de la connaissance cohérente dans le système néoplatonicien, le second s’inspirant de lui en bien des points et manifestant à son égard une
admiration qui n’est pas entravée par son christianisme.
Professeur à l'Université de Franche-Comté