La Genisse et le Pythagoricien

Auteur
Le Roux, M.
Publié dans
Quinzaine LitTeraire
Année
2002
Sujet
HEIFER
Langue
Français
Catégorie
C6 Langue et littérature
Numéro d'archive
1448

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Sous le signe de Io Au Centre dramatique national de Gennevilliers le TNS présente Prométhée enchaîné d'Eschyle, mis en scène par Stéphane Braunschweig, et La Génisse et le re ond LE Ron FA. Looz. et de tout esprit de sérieux, sur d'interrogation quand au nonpythagoricien, un spectacle de Jean-François Peyret et Alain Prochiantz, d'après Les Métamorphoses d'Ovide. Une interrogation comparable sur la science contemporaine, par le détour de l'antiquité, produirait un effet de diptyque, si les deux dramaturgies, les deux esthétiques ne se situaient aux antipodes. Monique LE Roux ESCHYLE PROMETHEE ENCHAINE Mise en scéne de Stéphane Braunschweig JEAN- COIS PEYRET et FLLAIN ET LE PYTHAGORICIEN — Mise en scène de Jean-François Peyret Centre dramatique national de Gennevilliers jusqu'au 7 décembre la distance nécessaire à une meilleure perception des « contradictions humaines » et de leur permanence. Chez le voleur de feu il voit une transgression des limites, « le désir de vaincre la mort, le réve d'immortalité », l'annonce de « nos petits Prométhée généticiens » qui « clament les éphémères à les rendre immortels » (2). Léloignement étant produit par le texte (traduction de Myrto Gondicar et de Pierre Judet de la Combe), il choisit de soulignet la continuité et d'effectuer le rapprochement par la mise en scène, de rompre en celà avec son maître Antoine Vitez encore scéne de Jean-Frangois Peyret, la jeune fille transformée en « génisse » par Jupiter de crainte de la jalousie de Junon ct la victime du prion devenue á son tour vache folle, Les Métamorphoses d'Ovide, le « pythagoricien » et la biologie du développement. Après ses divers spectacies organisés en Traité des passions, aprés sa collaboration avec le scientifique Jean-Didier Vincent, JeanFrançois Peyret ouvre un nouveau ier, Traité des formes, en compagnie de Alain Prochiantz, spécialiste de biologie moléculaire, du développement du cerveau et du système nerveux. Un livre, lui aussi intitulé La Génisse et le pythagoric « cahier informeien, » de l'un en alternance avec le « carnet infime » de l'autre, fait partager la jubilation d'une rencon- Entre répertoire proche de l’historicisation brechtienne. De rice à Bernard Sobel, directeur du Centre dramatique de Gennevilliers, Stéphane Braunschweig avait fait en 1991 des débuts ués avec une trilogie allemande, Les Hommes de neige. A la tête du Théâtre national de Strasbourg et de son École is juillet 2000, il reste fidèle au lieu des origines et y revient cet automne avec deux productions. A partir d'un projet commun sur « Théâtre et nouvelles technologies » il a en effet accucilli Jean-François Peyret, qui a d'abord travaillé avec les élèves du groupe XXXIII sur la pièce didactique de Brecht, Le Vol au-dessus de l'océan et a créé au printemps dernier La Génisse et le pythagoricien (1). ‘ Un beau spectacle glacé Py, en mars 2001, cohérence de ces présupposés philosophiques et esthétiques il résulte dans la sallé Maria Casares un beau spectacle glacé, clos sur sa parfaite maîtrise à l'image d’un double plateau tournant laqué de noir, Cette scénographie ~ de Stéphane Braunschweig — est dominée par un vaste écran où se succèdent les superbes vues en noir et blanc (collaboration de Erwan Huon) du massif rocheux, lieu du supplice de Prométhée (Claude Duparfait), de ciels nuageux, voire des cieux de l’Olympe, dans unc concurrence revendiquée à la présence des acteurs. Ceux-ci membres de la troupe du TNS, y font face vaillamment, malgré le stéréotype des costumes, uniformes du pouvoir contemporain, complets-veston sombres, pardessus de loden pour Acéan (Luc-Antoine Diquéro), robe du soir pour le chœur (la musicienne Lisa Erbés). Seule Claire Aveline doit passer du tailleur de Violence aux comes de vache plantées sur le masque de lo, dans un inévitable anachronisme révélateur des limites du projet. « L'important ce n'est pas de donner à voir, A l'exception de L'Exaltation du labyrinthe d'Olivier la Stéphane Braunschweig a toujours privilégié le répermais a imaginer. On ne va pas mettre des comes à la jeune fille qui racontera l'histoire d'lo, si c’est une jeune fille qui le fait. » En réalité Maud Le Grevellac va finir aussi par porter des comes dans La Génisse et le Pythagoricien tout comme Claire Aveline dans Prométhée toire. Dans le débat sans cesse recommencé sur l'écriture contemporaine, il est de ces metteurs enchainé. Mais elle le fera dans une espèce de en scène qui trouvent dans les pièces du passé toute identification des comédiens à des et écriture contemporaine tre rare, intellectuelle et artistique, permet aussi de mieux cerner la pratique singulière du « faiseur de théâtre ». Ainsi se présente Jean- François t : depuis sa première approche du plateau il y a vingt ans avec Jean Jourdheuil pour Le Rocher, la lande et la librairie d'après Les Essais de Montaigne, il ne s'en est plus éloigné ; mais il a rarement monté des pièces à l'exception de celles de Heiner Müller et de Vermeer et Spinoza de Gilles Aillaud (4). Il livre à l'expérimentation de la scène, aux corps el aux voix des comédiens, en même temps i la technologie la plus avancée, la passion textes. Là est sa manière de résoudre le dilemme entre le répertoire ct l'écriture contemporaine : jouer dans les décombres des classiques, confronter le théâtre au trouble de la science. « Pourquoi Ovide ? Je n’ai pas à prouver l’actualité d'un chef d'œuvre intemporel. C'est plutôt le contraire que je chercherais : un écho du présent dans le passé, une incandescence, notre présent qui est incandescent dans ce passé tenu pour mort. » Jean-François Peyret a traduit très librement Les Metamorphoses ct a organisé les cinq séquences du spectacle dans l'ordre des cortège nuptial carnavalesque, en absence de SUITES IN, gd DAT SUITE ESCHYLE/LE ROUX SPECTACLES de lo en quinze chants, de la transformation profession de foi pythagoricienne génisse à la d’Ovide. Mais il ède, son maître en comme doute Montaigne, « à sauts et à gambades », privilégiant les épisodes propices aux libres associations avec les développements théoriques d'Alain Prochiantz sur la néoténie humaine ou la vision monoculaire, comme avec imentation de Claude Bernard. les notes d° « Quand je lis un livre sur la physique d'Einstein auquel je ne comprends rien, ça ne fait rien, ça me fera comprendre autre chose » ; du de Picasso, mise en exergue cette citation « cahier informe » de l'été 2002, après la créatroupu tion du spectacle de Strasbourg, aurait AAA RE CAL rivalisent en métamorphoses avec les images de ou sur le sur la cloisonées Benoit Bradel projet ver place dans le programme. Mais la scénographie de Nicky Rieti suffit : elle fait renoncer à tout comprendre en € de tout voir, ou lutôt incite à s'y à deux fois. La salle sol, entrainent, au son d'un piano mécanique ct mortl'an dernier), est divisée en deux suivant la s| et de la pensée. quer des forme Philippe Clévenot, (hommage au grand acteur diagonale par une cloison de lamelles mobiles. Le public sc répartit de part et d'autre selon un dispositif bifrontal. Les cinq comédiens, les deux « anciens » fidèles à Peyret, François Chattot et Pascal Ternisien, les trois jeunes membres de la troupe du TNS, Maud Le Grévellec, Jean-Baptiste in ct Clément Victor, traversent les lamelles de tissu, tantôt se font voir d'un côté, tantôt entendre de l’autre, ouverts à d'un trio de musiciens, les cette autre manière de faire du théâtre, de fabri- 1. « Jean-François Peyret au TNS, 2001-2002 », à in ii n° que: 3. fae Poon Peyret et Alain Prochiantz, La 2 CE ramme du spectacle. des formes I, se Traité et le pythagoricien, Génis Odile jacob, 2002. 4. Cf. Jean Jourdheuil, Un théâtre du regard, Gilles Aillaud : le refus du pathos, Bourgois, 2002.