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Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)Sous le signe de Io
Au Centre dramatique national de Gennevilliers le TNS présente Prométhée
enchaîné d'Eschyle, mis en scène par Stéphane Braunschweig, et La Génisse et le
re
ond
LE Ron FA.
Looz.
et de tout esprit de sérieux, sur
d'interrogation
quand
au
nonpythagoricien, un spectacle de Jean-François Peyret et Alain Prochiantz, d'après Les
Métamorphoses d'Ovide. Une interrogation comparable sur la science contemporaine,
par le détour de l'antiquité, produirait un effet de diptyque, si les deux dramaturgies,
les deux esthétiques ne se situaient aux antipodes.
Monique
LE Roux
ESCHYLE
PROMETHEE ENCHAINE
Mise en scéne de Stéphane Braunschweig
JEAN-
COIS PEYRET et
FLLAIN
ET
LE PYTHAGORICIEN
—
Mise en scène de Jean-François
Peyret
Centre dramatique national de Gennevilliers
jusqu'au 7 décembre
la distance nécessaire à une meilleure perception des « contradictions humaines » et de leur
permanence.
Chez le voleur de feu il voit une
transgression des limites, « le désir de vaincre
la mort, le réve d'immortalité », l'annonce de
« nos petits Prométhée généticiens » qui
« clament les éphémères à les rendre immortels » (2). Léloignement étant produit par le
texte (traduction de Myrto Gondicar et de
Pierre Judet de la Combe), il choisit de
soulignet la continuité et d'effectuer le
rapprochement
par la mise en scène,
de rompre
en celà avec son maître Antoine Vitez encore
scéne de Jean-Frangois Peyret, la jeune fille
transformée en « génisse » par Jupiter de
crainte de la jalousie de Junon ct la victime du
prion devenue á son tour vache folle, Les
Métamorphoses d'Ovide, le « pythagoricien »
et la biologie du développement.
Après ses divers spectacies organisés en
Traité des passions, aprés sa collaboration avec
le scientifique Jean-Didier Vincent, JeanFrançois Peyret ouvre un nouveau
ier,
Traité des formes, en compagnie de Alain
Prochiantz, spécialiste de biologie moléculaire,
du développement du cerveau et du système
nerveux. Un livre, lui aussi intitulé La Génisse
et le
pythagoric
« cahier informeien,
» de l'un
en
alternance avec le « carnet infime » de
l'autre, fait partager la jubilation d'une rencon-
Entre répertoire
proche de l’historicisation brechtienne.
De
rice à Bernard Sobel, directeur du Centre
dramatique de Gennevilliers, Stéphane
Braunschweig avait fait en 1991 des débuts
ués avec une trilogie allemande, Les
Hommes de neige. A la tête du Théâtre national
de Strasbourg et de son École
is juillet
2000, il reste fidèle au lieu des origines et y
revient cet automne avec deux productions. A
partir d'un projet commun sur « Théâtre et
nouvelles technologies » il a en effet accucilli
Jean-François Peyret, qui a d'abord travaillé
avec les élèves du groupe XXXIII sur la pièce
didactique de Brecht, Le Vol au-dessus de
l'océan et a créé au printemps dernier La
Génisse et le pythagoricien (1).
‘
Un beau spectacle
glacé
Py,
en
mars
2001,
cohérence
de
ces
présupposés
philosophiques et esthétiques il résulte dans la
sallé Maria Casares un beau spectacle glacé,
clos sur sa parfaite maîtrise à l'image d’un
double plateau tournant laqué de noir, Cette
scénographie ~ de Stéphane Braunschweig — est
dominée par un vaste écran où se succèdent les
superbes vues en noir
et blanc (collaboration de
Erwan Huon) du massif rocheux, lieu du
supplice de Prométhée (Claude Duparfait), de
ciels nuageux, voire des cieux de l’Olympe,
dans unc concurrence revendiquée à la présence
des acteurs. Ceux-ci membres de la troupe du
TNS, y font face vaillamment, malgré le stéréotype des costumes, uniformes du pouvoir
contemporain,
complets-veston
sombres,
pardessus de loden pour Acéan (Luc-Antoine
Diquéro), robe du soir pour le chœur (la musicienne Lisa Erbés). Seule Claire Aveline doit
passer du tailleur de Violence aux comes de
vache plantées sur le masque de lo, dans un
inévitable anachronisme révélateur des limites
du projet.
« L'important ce n'est pas de donner à voir,
A l'exception de L'Exaltation du labyrinthe
d'Olivier
la
Stéphane
Braunschweig a toujours privilégié le répermais a imaginer. On ne va pas mettre des comes
à la jeune fille qui racontera l'histoire d'lo, si
c’est une jeune fille qui le fait. » En réalité
Maud Le Grevellac va finir aussi par porter des
comes dans La Génisse et le Pythagoricien tout
comme Claire Aveline dans Prométhée
toire. Dans le débat sans cesse recommencé sur
l'écriture contemporaine, il est de ces metteurs
enchainé. Mais elle le fera dans une espèce de
en scène qui trouvent dans les pièces du passé
toute identification des comédiens à des
et écriture contemporaine
tre rare, intellectuelle et artistique, permet aussi
de mieux cerner la pratique singulière du
« faiseur de théâtre ». Ainsi se présente Jean-
François
t : depuis sa première approche
du plateau il y a vingt ans avec Jean Jourdheuil
pour
Le Rocher, la lande et la librairie d'après
Les Essais de Montaigne, il ne s'en est plus
éloigné ; mais il a rarement monté des pièces à
l'exception de celles de Heiner Müller et de
Vermeer et Spinoza de Gilles Aillaud (4). Il
livre
à l'expérimentation
de la scène,
aux corps
el aux voix des comédiens, en même temps
i la technologie la plus avancée, la passion
textes.
Là est sa manière de résoudre le dilemme
entre le répertoire ct l'écriture contemporaine :
jouer dans les décombres des classiques,
confronter le théâtre au trouble de la science.
« Pourquoi Ovide
? Je n’ai pas à prouver l’actualité d'un chef d'œuvre intemporel. C'est
plutôt le contraire que je chercherais : un écho
du présent dans le passé, une incandescence,
notre présent qui est incandescent
dans ce passé
tenu pour mort. » Jean-François Peyret a traduit
très librement Les Metamorphoses ct a organisé
les cinq séquences du spectacle dans l'ordre des
cortège nuptial carnavalesque, en absence de
SUITES
IN, gd DAT
SUITE ESCHYLE/LE ROUX
SPECTACLES
de lo en
quinze chants, de la transformation
profession de foi pythagoricienne
génisse à la
d’Ovide. Mais il
ède,
son maître en
comme
doute Montaigne, « à sauts et à gambades »,
privilégiant les épisodes propices aux libres
associations avec les développements théoriques d'Alain Prochiantz sur la néoténie
humaine ou la vision monoculaire, comme avec
imentation de Claude Bernard.
les notes d°
« Quand je lis un livre sur la physique
d'Einstein auquel je ne comprends rien, ça ne
fait rien, ça me fera comprendre autre chose » ;
du
de Picasso, mise en exergue
cette citation
« cahier informe » de l'été 2002, après la créatroupu
tion du spectacle de Strasbourg, aurait
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rivalisent en métamorphoses avec les images de
ou sur le
sur la cloisonées
Benoit Bradel projet
ver place dans le programme. Mais la scénographie de Nicky Rieti suffit : elle fait renoncer à
tout comprendre en
€
de tout voir, ou
lutôt incite à s'y
à deux fois. La salle
sol, entrainent, au son d'un piano mécanique ct
mortl'an dernier), est divisée
en deux suivant
la
s|
et de la pensée.
quer des forme
Philippe Clévenot, (hommage au grand acteur
diagonale par une cloison de lamelles mobiles.
Le public sc répartit de part et d'autre selon un
dispositif bifrontal. Les cinq comédiens, les
deux « anciens » fidèles à Peyret, François
Chattot et Pascal Ternisien, les trois jeunes
membres
de la troupe du TNS, Maud Le
Grévellec, Jean-Baptiste
in ct Clément
Victor, traversent les lamelles de tissu, tantôt se
font voir d'un côté, tantôt entendre de l’autre,
ouverts à
d'un trio de musiciens, les
cette autre manière de faire du théâtre, de fabri-
1. « Jean-François Peyret au TNS, 2001-2002 »,
à
in ii n° que:
3. fae Poon Peyret et Alain Prochiantz, La
2 CE
ramme du spectacle.
des formes I,
se Traité
et le pythagoricien,
Génis
Odile jacob, 2002.
4. Cf. Jean Jourdheuil, Un théâtre du regard,
Gilles Aillaud : le refus du pathos, Bourgois, 2002.