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ATLANTIS Ve. NS (:98) 425
Migne (Place de l'Oratoire, 6); Maupied; Bonnety (rue de Babylone, 6).
Qui répondit ? Qui rendit compte? Pauvre bilan.
DEUXIEME PARTIE
L’OCCULTE ET DIEU
« Ars magna » ? — Ecrits de : Imprimés — Ecrits de : Manuscrits —
L’astrologue et le magicien — Le mystique.
Le courant ecclésiastique de l’arithmosophie, ou la mystique des
nombres, n'a guère reconnu Lacuria, qui était des leurs en partie.
Ainsi Victor Poucel, éminent et vrai symboliste (La Parabole du
monde, Paris, Plon, 1940), ne prononce pas son nom. Jean-François
Bonnefoy, franciscain, s'efforcant de réhabiliter une numérologie
chrétienne bien tempérée : en 1847, écrit-il, « l'abbé Paul Lacurie (sic)
s'évadera du genre nomenclature qui dominait nettement dans cette
branche de la théologie symbolique. Il avait une vue très nette du
programme à réaliser, comme l'indique le titre choisi par lui; mais
son commentaire laisse à désirer au point de vue de la clarté, ce
qui lui vaut la faveur des occultistes » (« La mystique des nombres »,
« Ars magna» ?
Deus scientiarum dominus, Dieu est le maitre des sciences. Tout
est dans cette devise choisie pour le collège d'Oullins, pourvu qu'on
l'entende en toutes ses dimensions; théosophiquement. Et, si elle
lance comme un défi au scientisme du temps, la théosophie qui seule
peut le relever va jusqu'à contester les termes du problème, la problématique, avancerai-je.
Car cette problématique est née d'une révolution — d'une révolution de la Tradition, de la vérité —, d'où est né l'Occident moderne,
à plusieurs étapes dont la première fut théologico-philosophique et
ouvrit le conflit de la nature et: de. la surnature. Le malheur est
que Lacuria, dans sa saisine du problème, accepte la problématique,
non seulement par provision, mais en raison. d'une infirmité de son
entendement, que la prudence encourage, à la démolir, puis à rebâtir
Dieu, l'homme et l’univers, de fond en comble, dans leurs rapports
harmonieux, sur lesquels il a pourtant tant et si bien écrit, tandis
, qu'il les expérimentait et vivait.
L'intention était droite et Lacuria la réalisa plus qu'un peu.
C'en fut assez pour alerter les théologiens et les philosophes et ne
contenter qu'à demi les occultistes.
Le grand public, que la presse reflète, fut indifférent et les
ventes du livre, comptabilisées par l'éditeur, furent désastreuses.
Une liste de destinataires de l'ouvrage, conservée par Lacuria, a été
copiée par Raymond Christoflour ; je recopie ce document : Ballanche, Lamennais, Lamartine, Pelletan, Dumas (Jardin du roi, SaintVictor), Arago, Becquerel, Raspaïl, Ducros jeune, Molin, Tahr, Bordes, Montalembert, Victor Cousin, Revue indépendante; Revue nationale de presse; Université catholique (Saints-Péres, 54) ; Ami de la
religion;
Revue
des
deux
mondes;
Revue
catholique;
Loubert
([allde 2] Verte, 36) ; Revue britannique; Annales
de chimie; Revue
scientifique; Gazette médicale; Bulletin de l'Académie de médecine
;
Revue d'ascétique et de mystique, avril-décembre 1949, 545-546).
Ambigu, cet hommage théologique réfléchit l'ambiguïté de l'arithmosophie lacurienne, et de la faveur semi-abusive des occultistes qu'il
lui reproche. Mais René Deleflie, dans une petite histoire de la question dont il garantit l'intérêt, ne le mentionne pas (éd. et comm. de
Thibaut de Langres, Traité sur le symbolisme des nombres. Un aspect
de la mystique chrétienne au xm° siècle, Langres, D. Guéniot, 1978).
En revanche, l'audience et la postérité occultistes de Lacuria
ont déjà été signalées. Rien de plus normal. À partir du XIII" siècle au moins, depuis la première étape de la révolution qui engendrera la science et le scientisme inhérent (en fait, elle activera des
germes très anciens véhiculés par le judaïsme majoritaire et la
Grande Eglise chrétienne), la théosophie occidentale a été reléguée
en marge, contrainte de s'occulter socialement en occultisme. Du
côté de l'occultisme, pur ou mixte, doit-on donc chercher la tradition persistante de l'Ars magna. Car l'Ars magna est traditionnel, au
sens fort : par définition — dépôt primitif et révélation constante —
et par construction — le théosophe, son praticien, invente, dans
la double acception du verbe, la Tradition, la tradition universelle.
Cette tradition, la Tradition, cultive une science et parle une
langue, universelles l'une et l'autre; et d'abord, le cherchant en
étudiera les rudiments. Langue sacrée, primitive, musicale, mathématique, d'une science religieuse ou d'une religion scientifique. La science moderne se targuera d'être cette langue-la et trahira le pythagorisme en revendiquant indáment son ascendance. La science, disent
les scientistes (tous les savants d'aujourd'hui en tant que tels), la
science positive, n'a pas d'autre instrument que la mathématique.
Pythagore et les siens ont parlé de même, dira-t-on? Mais c'est à
condition de supprimer l'injurieux « positive» et de garder à la
mathématique sa nature mystique et sa faculté mystagogique, qui
l'habilitent comme langage fondateur, fonctionnel et expressif des
correspondances analogiques entre tous les êtres.
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Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)L'Ars magna requiert que ces mots — langue, science, religion
et mystique, mathématique et nombre aussi — soient pris dans un
autre sens que celui où ils font problème et au piège duquel Lacuria, en tentant de libérer les proies, n'a pas tout à fait échappé.
Mais il désigne le danger, en ces mots par exemple, qui touchent
à l'essentiel : ne pas reprocher au savant l'étude de la matière,
«mais de l'étudier mal c'est-à-dire exclusivement,
il fait comme
celui qui voudrait étudier l'homme sur un cadavre » (Les Harmonies
de l'être, 1847, I, VI). Le savant selon le cœur et la raison de Lacuria,
l'est en un sens nouveau, au vieux sens. D'ailleurs, il ne dit pas
« savant» en la circonstance, mais «siècle
»!
Lacuria relève du courant des quêteurs de la science universelle,
qui est le grand art, avec Roger Bacon et Raymond Lulle, les rosicruciens et Newton et Leibniz, les illuminés du XVIII: siècle et les
occultistes du XIX“, d'Eliphas Levi à Papus et ses compagnons.
Indice supplémentaire : Lacuria, exaltant la mémoire, retrouve les
mérites de l'art traditionnel de se souvenir.
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« des aptitudes spéculatives et esthétiques de l'esprit lyonnais, et de
leur excellence dans l'ordre intellectuel et moral », Revue du Lyonnais, XXVIII (1864), 484-515, oublie Lacuria!) Sa philosophie est
plus systématique, selon Serre, que celle de Ballanche et de Lacuria (35) — mais il conviendrait de nuancer au dernier cas, ce me
semble — ; elle est, en tout cas, de même que celle de Lacuria, une
philosophie trinitaire. « C'est cette Trinité auguste du Vrai, du Beau
et du Bien, image de la Trinité divine, et entre les membres de
laquelle il ne conçoit pas de divorce, qui constitue le fond même
de la pensée de Mollière, amoureuse de métaphysique, d'art, et de
sainteté tout ensemble, et donne à son style son triple caractère de
précision didactique, d'élégance littéraire et d'élan religieux et
moral » (40). Ce caractère ne marque-t-il pas aussi le style de Lacuria ? Mais, au regard de la philosophie trinitaire de. Mollière, dont
on sait que l'effort n'est pas sans second à l'époque, comme frappent à la fois la profondeur singulière et l'opportunité incisive des
Harmonies de l'être!
Lacuria prit en compte la problématique
« Hermétiste sans le savoir», écrivait Paul Le Cour de Paul
contemporaine et même s'il n'a pas résolu les problèmes à plein,
Lacuria. Hermétiste, certes. «Sans le savoir»? «Voire», répond
l'écho. Voire, s'agissant de sa théorie traditionaliste et de son analogie méthodique ; et n'excluons pas que les rumeurs de pratiques
cette problématique dont il percevait néanmoins le vice radical, il
nous oblige à l'attaquer, nous enseignant par ses qualités la stratéfaute d'avoir sapé assez systématiquement et assez constamment
suspectes aient, elles aussi, rendu un écho, celui d'une application,
dont on peut tout aussi bien, et avec plus de charité, supposer
gie, par ses défauts la tactique.
qu'elle fut licite.
C'est sa théosophie, vécue, sentie, imparfaitement pensée, qui lui
Ce Lacuria, dont la rigueur logique semble aux esprits légers
une barrière d'interdiction, ne laisse pas de nous opposer des
permit de critiquer le positivisme et la science moderne, aussi la
théologie scolastique et une philosophie dégénérée, et l'occultisme
éparpillé en techniques. Et de relancer l'Ars magna dont il fut un
vénérable adepte et reste un militant.
énigmes plus embarrassantes. Mais elles sont inéluctables, en raison
tant de leur matière que du statut. idéologique de celle-ci dans l'entourage de Lacuria.
Car, dans cette situation, Lacuria eut vocation de prétre-initié.
En dépit de lacunes et de bévues, Lacuria a tenu le relais
Afin de le mieux comprendre et de mieux en profiter, approchonsle de plus près. Lui et ses idées. Et les écrits témoins.
d'idées traditionnelles, en des temps d’obscurantisme véritable. Mieux,
il fut plus pénétrant et plus actuel que d'autres
: alliance exceptionnelle.
D'abord, parcourons son œuvre imprimée. Hors les Harmonies
de l'être, elle est mince, et l'effet de ce livre semble l'amincir encore.
Voyons cela.
La supériorité relative de sa doctrine, on souffrira dans le cours
de ce dossier, qu'une pièce subsidiaire jointe la rehausse.
Comparez, par exemple, Lacuria ävec Antoine Mollière, penseur
et esthéticien lyonnais (1809-1895), à qui Joseph Serre consacra une
monographie sous ce titre-là, et avec ce surtitre-ci : Essai sur la loi
universelle (Lyon, Paris, E. Vitte, 1920). Mollière, lui aussi, étaît
donc lyonnais, et ami de Montalembert, de Lacordaire, d'Ozanam, de
Gounod, de Dupanloup, de Blanc de Saint-Bonnet. Entre celui-ci et
Ballanche, Serre rappelle Lacuria : «génies mystiques, spéculatifs
et pratiques tout ensemble, épris de tradition universelle comme de
raison supérieure, de théologie comme de science, d'art comme de
sociologie » (34). (Mais Mollière lui-méme, dans son discours de
réception a l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon,
Ecrits de : Imprimés
a) Du vivant de l’auteur.
« Des Beaux-Arts », L'Artiste. Revue de Paris. Beaux-Arts et Belles-Lettres,
IV* série, tome X, 1847, 18 juillet, 43-45 et 25 juillet, 54-55. L'étude,
sous la rubrique« Philosophie », est signée « G, Lacuria
». Ce texte,
à quelques variantes insignifiantes près, reproduit celui des Harmonies de l'être, 1847, t. II, pp. 236-251 (chapitre XXXIII, « Des
ma depuis le début jusqu'à la fin du premier paragraphe
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Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)Les Harmonies de l'être, 1844; 1847 (Fac-sim. 1978) : pour mémoire: cf.
supra la bibliographie de ce livre.
« De l'Eglise, de l'Etat et de l'enseignement », Revue du Lyonnais, XXVI,
De l'Eglise, de l'Etat et de l'enseignement, Lyon, impr. de L. Boitel, 1847,
gr. in-8*, 56 p. (B.N. : 4° La4 5158; extrait de la Revue du Lyonnais,
sauf quelques lignes recomposées pour une nouvelle mise en pages).
(Lettre à M. le rédacteur, rubrique ‘« Bibliographie »], Revue du Lyonnais, XXVII (1848), 328-336. (Réplique à la critique de A. Ott.)
«La Vie de Beethoven écrite par lui-même dans ses œuvres», Revue
française, XVI (1859), 147-156 ; 207-217; 385-393. Cette dernière partie
porte un titre particulier, sous lequel elle a été tirée & part avec
de très légères modifications : ”
‘
Les Dernières confidences du: génie de Beethoven, imp. de S. Racon, s.d.
(18593, in-8°, 12 p. (B.N. : Mp. 3229).
« La Vie de Beethoven écrite par lui-même dans ses œuvres », Le Redressement, 1868, 29-II, 34; 7-01, 34; 15111, 34; SIV, 4; 12-IV, 4.
Reprise du texte de la Revue française, sauf les deux lettres de B. à
son neveu (p. 11 de la brochure).
« Commentaire des Quatuors de Beethoven», Nouvelles Annales de philosophie catholique, cf. addenda bibliographique référé infra.
* «Les dernières confidences du génie de Beethoven», L’Occident, octobre 1902, n° 11, 210-220. Reprise du texte du tiré à part de la Revue
française. Tiré à part ci-dessous :
Les Dernières confidences du génie de Beethoven, préface et 2 portraits
par Félix Thiollier, Paris, Bibliothèque de l'Occident, 1902, 32 p.
(B.N. : 8° V. Pièce 14312). Mise
pages modifiée: Thiollier : 5-18,
Lacuria : 19-32,
La réédition prévue et annoncée par le Tout-Lyon, en 1903 (in fine
l'article
de Thiollier, cf. supra, « Ecrits sur») ne semble pas avoir
été réalisée.
«De
l'insuffisance de la critique philosophique», Le Redressement,
21-III-1868, 24. Reprise du « Discours préliminaire » des Harmonies
de l'être, 1847, I, 1-27; rééditée, en toute ignorance de cause, in
REP, sept.-déc. 1977, 14-26.
« Des sources premières de la vérité», Le Redressement, 18-VII-1868, 2-3.
Il est possible que Lacuria ait publié dans des périodiques d'autres
429
Facultés catholiques de Lyon : H 60 D IV.) Tiré à 500 + 20 ex. La
couverture précise : «illustrés par Emma Thiollier, 1 croquis de
Janmot ». Les deux contes sont respectivement intitulés : « L'Ile de
la vérité» et
«La Clé de diamant». Deux contes inédits sont
conservés à la B.M.L. cf. infra, « Manuscrits ».
e Une lettre inédite de Paul François Gaspard Lacuria à Adrien Péladan.., »,
REP, juin 1975, 5; in fine, 6, signé J.-P. B.[onnerot]. Cette lettre
non datée explique l'horoscope référé ci-après. (Très nombreuses
erreurs de lecture.)
« Horoscope autographe
et
inédit
de
Lacuria pour
Adrien
Péladan »,
REP, septembre 1975, 8. (Ed. très défectueuse.)
« Prédiction de l'abbé Lacuria, l'auteur des Harmonies de l'être. Faite
à Paris, en mars 1881, sur les magnifiques destinées de l'Angleterre
[...] fidèlement rapportée par son humble. interlocuteur et disciple
Péladan », REP, décembre 1975, 10-15. (Rééd. du Cri de Londres, sauf
la gravure. La fidélité du rapport semble à tout le moins des plus
laches.)
a
« Deux lettres inédites de Lacuria & Adrien Péladan», REP, décembre 1975, 16-17, des 7 avril et 15 mai 18..? respectivement; un fac+ similé de la première page de la seconde lettre est reproduit dans
le cours de l'introduction non paginés à l'édition 1978 des Harmonies de l'être. (Ed. très défectueuse: manquent, dans la seconde
lettre, les signes protecteurs et la phrase qui les annonce.)
« De l'insuffisance de la critique philosophique », rééd. 1977 ; pour mémoire,
cf, supra.
Les Harmonies de l'étre..., 1978; pour mémoire, cf. supra, la bibliographie
de ce livre.
«
Robert Amadou, «L'ère du Verseau au milieu du XIX" siècle», Les
Cahiers astrologiques, en cours de publication depuis mai-juin 1980;
les chapitres «De l'âge du monde [...] d'après le Dr J.N. Sepp
[par Lacuria]» et «'P.F.G. Lacuria : Histoire et mythes selon le
Dr J.N. Sepp », éditent le ms BML 5809.
[Fragments de lettres diverses] ap. Hardouin-Fugier, supra, 341-356, passim,
1981.
.
{Lettres et textes divers] publiés par R.A. dans le cours du présent dossier,
1981.
Voir aussi l'addenda bibliographique à la fin du présent dossier.
textes d'art et de philosophie, Toute référence complémentaire que le
bienveillant lecteur nous adresserait à ce sujet serait reçue avec gratitude.
%
b) Posthumes.
Les Harmonies de l'être, nouv. éd., 1899: pour mémoire, cf. supra, la
bibliographie de ce livre.
(Fragment d'une lettre à MTM de Rayssac, 1883] ap. Thiollier, préface aux
« Dernières confidences »..., L’Occident, 1902, 208-209.
Les Dernières confidences... rééd. 1902; pour mémoire, cf. supra.
Contes, publiés par F. Thiollier, préface par Joseph Serre, Imprimerie
générale, 13, rue de la Croix, Saint-Etienne, en vente chez F. Thiollier, Saint-Etienne et chez Lardanchet, éditeur, Lyon, s.d. [1910,
d'après la référence, p. 6, n. 1 à Serre III]. (Bibliothèque des
Nul sujet d'étonnement. A part, peut-être, les Contes... Il faudra
les placer. En revanche, les écrits manuscrits de l'abbé nous réservent des surprises, en méme temps que des confirmations et des
éclaircissements.
D'un mouvement jumelé, l'abbé s'adonnait à l'occultisme et se
donnait à Dieu. On le comprit si mal que l'attache reste pour
beaucoup invisible, que Lacuria dut se défendre de pratiquer ce
qu'on entendait par occultisme et qu'eût-il divulgué ses élévations
mystiques, elles eussent peut-être motivé, de même qu'avaient fait
ses recherches philosophiques, le même grief de sacrilège; au
moins d'hétérodoxie. C'est encore une fois la notion de théosophe,
de prêtre initié et d'initié prêtre qui échappe. Il la publia, pourtant,
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Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)ATLANTIS
ATLANTIS
avec précaution. L'inventaire de ses papiers en suggère la réalité de
la manière la plus sensible.
|
Elle contient des classiques de l'astrologie, de l'alchimie et de la
magie, voire de la théosophie au sens moderne, avec Khunrath,
Dutoit-Mambrini, Swedenborg.
Occultes sans plus de doute maints travaux dont les imprimés
de l'abbé laissent filtrer des lueurs, mais que le parcours des manuscrits, fût-ce sur inventaire, déclare.
Ecrits de : Manuscrits
Qu'y voit-on ? Des horoscopes et des sermons, des carnets de sciences accultés et des Magnificat, des exercices scolaires et des clés pour
Les occultistes en règle, sauf quelques amis parmi eux (Ledos
et Desbarolles au premier chef, puis Courbe et Chenavard, et Adrien
Péladan de même que, subsidiairement, son frère cadet Joséphin)
n'ont pas connu cette assiduité d'un confrère. Mais ils étaient aptes
comme personne à piéger les rais; peut-être aussi des confidences
furent-elles ébruitées. Lacuria passa donc, aux yeux des occultistes,
il passe encore pour l’un des leurs. (Des nombreux témoignages, j'ai
réuni les meilleurs, dans l'étude de son astrologie, cf. « Ecrits sur »,
très gros dossier préparatoire à l'édition définitive des Harmonies de
addendum.)
ye
il est abondant, des papiers posthumes de l'abbé fut
.M.L. au cours des années cinquante, L'histoire et l'état
du
l'Apocalypse, des quatrains copiés des Centuries de Nostradamus et un
l'étre.que l'auteur
ne publiera pas, des lettres reçues et des brouillons
ou des copies de lettres envoyées, témoins du précepteur et du publiciste, de l'ami et du curieux passionné, du conseiller théologique et
spirituel;
des contes pour enfants et des notes prises sur la Somme
de
saint Thomas d'Aquin, la demande d'être dispensé de bréviaire à cause
de es, sara
vue of de Huck de Dept
dun Siemens
‘autres manuscrits, peu nombreux, sont conservés ailleurs, l'inventaire en forme de brochure les cite à la suite du fonds de la BML;
il s'y remarque des carnets mystiques.
Eliphas Levi, le « restaurateur de l'occultisme au XIX: siècle »,
selon Paul Chacornac, n'a jamais parlé de Lacuria et je ne sache
pas que Lacuria ait parlé de Lévi. (Il est, néanmoins, vraisemblable
qu'il l'ait lu et très probable qu'il en a entendu parler, déjà par
Desbarolles et Ledos.) Ils me semblent frères l'un de l'autre, et confrères, disais-je, en occultisme au moins, et il s'en est fallu de peu, d'un
confesseur meilleur psychologue, que Lévi, autre initié et prêtre à
ce titre, ne recht et ne conservät, lui aussi, le sacerdoce formel de
l'Eglise catholique romaine. Que mon vieux maitre Paul Le Cour
me pardonne! Il opposait Lacuria, tenant de l'hermétisme, de
L’astrologue et le magicien
La plupart, sinon les plus importants, des aspects de Lacuria,
de sa vie, de sa pensée et de son œuvre, que l'inventaire de ses
manuscrits (c'est du fonds B.M.L. que je parle) atteste, ne se
trouvent ainsi que réaffirmés à nos yeux. Mais, d'une part, le mysticisme, qui correspond, intimement, chez ce prêtre-initié (le pléonasme
n'est pas inutile, hélas) à son ministère ininterrompu, se manifeste
en des textes capables de nous surprendre, et nous y viendrons.
(L'abondance des sermons et des écrits apologétiques illustre que
l'abbé combattait avec pertinence le bon combat). Je relèverai pour
l'heure un autre aspect peu connu d'habitude, mal connu toujours,
de l'abbé, encore que ce trait ne s'oppose pas aux autres, ni surtout
pas à son goût pour l'expérience spirituelle : à savoir ce que j'oserai appeler, pour frapper le lecteur sans trahir l'auteur, et sous
réserve de Spécifier, son occultisme.
Avant que d'y pénétrer, passons par la bibliothèque.
Occultes, assurément, sont les trente-sept ouvrages, précieux en
librairie, la plupart, qui constituaient le gros de sa bibliotheca esoterica. Un catalogue reconstitué en a été publié et les livres seront
exploités aux fins de commentaire (cf. « Ecrits sur», addendum).
«la Tradition, salut du monde», à Levi, suppôt de «l'Occultisme,
fléau du monde ». De les avoir fréquentés m'a persuadé que les deux
relevaient de l'ésotérisme occidental qui est traditionnel par definition et occulte et occultiste par construction. (Cher Pélékus, d'ailleurs, observa puis ménagea des «manifestations posthumes », il
s'adonna à l'astrologie mondiale en annonçant l'ère du Verseau et
vécut une vie qu'il qualifia luimême «mystique » où l'Occulte est
aussi présent que Dieu).
Lacuria, dans une lettre citée par Andrée Berthet à Christofiour,
se défend d'exercer l'occultisme, et l'on a vu plus haut son déni
de « pratiques suspectes ».
1
Entre toutes sciences dites occultes — et l'expression vaut pourvu qu'on l'entende bien : tant « sciences» à prendre au sens ancien
qu'« occultes » sorti des ombres du faux mystère —, Lacuria privtlégia l'astrologie. Et il la concevait, et il l'appliquait en conséquence,
telle qu’Eliphas Levi déplore qu'on la méconnaisse :
«La véritable astrologie, d'ailleurs, celle qui se rattache au
dogme unique et universel de la Cabale, a été profanée chez les
Grecs et chez les Romains de la décadence; la doctrine des sept
cieux et des trois mobiles, émanée primitivement de la décade
séphirique, le caractère des planètes gouvernées par des anges
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Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)433
l'autre astrologie », communication au colloque de la Société française d'astrologie, 1981, référée dans « Ecrits sur», addendum, et
publiée sous une forme augmentée).
Là aussi, sont évoquées les prophéties, et les prétendues prophéties, où l'abbé mettait sa confiance : Nostradamus hors concours,
Barthélemy Holzhauser, Orval et même Olivarius, cet apocryphe
évident. Pour mémoire l'ère du Verseau, dans la mouvance, jusqu'ici primordiale, de l'Allemand Sepp.
Mais voici, en primeur, le secret des secrets de l'astrologie ressuscitée. (BML, Mss. 5843-1 E.)
INFLUENCE ET DOMINATION DES ESPRITS
SUR TOUTES CHOSES
Toutes Jes choses de ce monde sont soumises aux génies des éléments lesquels, selon leur nature, communiquent aux choses leurs
influences, bonnes ou mauvaises, fortunées ou infortunées, le bien ou le
mal, la santé ou la maladie, etc.
ytch
dont les noms ont été changés en ceux des divinités du paganisme,
l'influence des sphères les unes sur les autres, la fatalité attachée
aux nombres, l'échelle de proportion entre les hiérarchies célestes
correspondantes aux hiérarchies humaines, tout cela a été matérialisé
et rendu superstitieux par les généthliaques et les tireurs d'horoscopes de la décadence et du moyen âge. Ramener l'astrologie à sa
pureté primitive serait en quelque façon créer une science toute
— » (Dogme et rituel de la haute magie, I, c. XVII; éd. 1920,
27-328.)
Cette restauration s'absorbait pour Lacuria en son gtand souci :
d'inventer l’authentique et très ancienne science des nombres. Mais
l'abbé ne rejetait pas pourtant l'astrologie judiciaire (sur ces deux
points, cf. sa « Défense et illustration de l'astrologie» référée in
« Ecrits de : Imprimés »). Quitte à la riper, mais c'était du bon
côté, il en soulignait, au contraire et surtout par l'exemple, les liens
avec cette astrologie où Ledos le menait et qu'Alexandre Volguine nommera «l'autre», L'astrologie lacurienne exige une longue et minutieuse étude qui débouche — 6 merveille — sur les secrets disponibles et négligés de l'astrologie ancienne ou sacrée. Le lecteur peut
s'y reporter (cf. «En suivant l'abbé Lacuria, à la recherche de
SFmsaLiretSr.
Ils régissent et gouvernent la terre, et poussent au bien ou au mal,
ceux qui l’habitent; produisant aussi les vicissitudes fortunées ou infortunées, bref tous les événements divers, mais tout ceci a lieu par leurs
alliances avec les astres fixes et errants et par l'influence directe des
astres. Car les génies, comme les hommes, en ressentent l'influence et
la domination, mais selon leur nature. De plus, ces génies des éléments
sont aides et serviteurs des génies planétaires, qui sont à leur tour
sous la tutelle et puissance des anges des planètes, qui sont eux-mêmes
soumis aux intelligences planétaires, lesquelles à leur tour obéissent aux
anges qui gouvernent les étoiles fixes, et ces derniers sont soumis aux
7 anges grands et sublimes qui assistent devant la face de Dieu.
C'est dans cet ordre que coulent les influences spirituelles sur la
Terre, et c'est ainsi qu'elles nous parviennent.
Dans l'ordre spirituel, il en est de même du mal. Seulement aucun
démon ne gouverne ni habite les astres fixes (les étoiles), à part le
Soleil. Mais les démons ne l'habitent pas seulement, ils parcourent son
orbe afin de gâter les influences qui jaillissent et coulent de cet astre.
L'analogie, cependant, est universelle ou elle ne serait pas, et
les esprits bénéfiques sont omniprésents. (Deux façons d'exprimer la
réalité du monde, qui ne peut être que participante.) La magie ne
ment donc pas, notamment dans sa branche talismanique, et Satan
n’engendre que le mensonge. Le texte suivant, de la main de l'abbé,
propose un rituel pour baptiser un talisman. Il ne manque ni de
piété ni d'audace, c'est le fruit savoureux (ou bien l'on crierait au
poison) de l'initiation sacerdotale. (Trad. RA. du latin. BML,
Mss. 5849-B 11 ; titre mien.)
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Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)RITUEL DE BAPTEME D’UN TALISMAN
je
ORIENT
O ABA, Dieu grand et sublime, sois loué et honoré dans tous les siécles des siècles, et daigne écouter ma voix. Amen.
OCCIDENT
O Jéhova, Dieu sage, prudent, manifesté [en français dans le texte],
juste, divin et clément, écoute ma voix, toi qui vis et régnes, Dieu, dans
tous les siècles des siècles. Amen.
Norp
O roi des nombres, Dieu fort et puissant, de tous les principes,
écoute ma voix, toi qui connais le nombre premier et dernier. Amen.
Mur
O roi d'amour, Dieu miséricordieux et puissant, écoute ma voix, toi
qui vis et règnes dans tous les siècles des siècles, et reposes dans l'immensité.
AU MILIEU TOURNÉ VERS LE MIDI
‘ O Jésus, infinie mer d'amour et de bonté, sauveur des planètes,
écoute ma voix, soismoi propice, toi qui vis et règnes avec Dieu le
Père, dans l'unité du Saint-Esprit, Dieu, dans tous les siècles des siècles.
Anges de l'Orient et de l'Occident et du Midi et de l'Aquilon, daignez m'assister et me fortifier à cette heure.
Anges qui gardez les soleils et les planètes et les régissez, envoyez
vos aspects et vos influx dans ce talisman.
AU MIDI
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, par les plus grands
noms de Dieu, ABA et Jéhovah, je t'exorcise, peau d'âne travaillée par
des mains impures et étrangères. Au nom d'ABA et de Jéhovah, et par
les mérites de Jésus-Christ, sois lavée et purifiée de toutes tes souillures
;
sois délivrée de tous souffle et esprit et regard impurs et mauvais. Amen.
3 (sic)
Que le Dieu d'Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu grand et juste
et clément, qui a fait le ciel et la terre dans un élan d'amour, bénisse
ce sceau et le rende fort et puissant par les mérites de Jésus-Christ, qui
vit et règne avec Dieu le Père dans l'unité du Saint-Esprit, dans tous
les siècles des siècles. Amen.
4
Talisman, je te confie à la garde des grands et puissants anges,
Michaël, Raphaël, Gabriel, Uriel, et je te consacre à l'ange grand et
puissant et fort, Michaël.
Page 7
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)ATLANTIS
5
extraneis laboratam. In nomine ABA et Jehovah, et meritis Jesu Christi, sis
abluta et mundata ex omnibus inquinamentis; sis liberata ab omni efflatu et
Je te baptise au nom du Pére et du Fils et du Saint-Esprit,
donne le nom « Force de Dieu ».
ees
spiritu et conspectu impuris et malignis. Amen.
omnia secula seculorum, et vocem meam audire digneris. Aca. pa ak pa
3. — Deus Abraham, Isaac et Jacob, Deus magnus et justus et clemens, qui
fecit coelum et terram in motu amoris, be+nedicat hunc sigillum et illum fortem et potentem faciat per merita Jesu Christi qui vivit et regnat cum Deo
Patre in unitate Spiritus Sancti, per omnia secula seculorum. Amen.
4. — Talismans, ego te committo custodiae angelorum magnorum et potentium,
Michael, Raphael, Gabriel, Uriel, et ego te consacro angelo magno et forti et
Occmens. — O Jehova, Deus sapiens, prudens, manifesté (sic),
potenti Michael.
Texte original latin
i° ORIENS. — O ABA, Deus magne et sublime, laudatus et h
Ce
te o
Gat
t
riera Legge
gd
juste, divine et
5. — Ego te baptizo in nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti, et tibi do
nomen Fortitudo Dei.
seculorum. Amen.
Norp. — O rex numerorum, fortis et potens Deus, omnium principium, vocem
meam audi, tu qui primum et ultimum numerum cognoscis.
(Quelques signes de ponctuation oubliés par l’abbé ont été ajoutés.)
Mir. — O rex amoris, misericors et potens Deus, vocem meam audi, tu qui
vivis et regnas per omnia secula seculorum, et in immensitate requiescis.
AU MILIEU TOURNÉ VERS LE MIDI. — O Jesus (sic) mare infinitum amoris et
Le mystique
bonitatis, planetarum salvator, vocem meam audi, mihi propitius esto, tu qui
vivis et regnas cum Deo Patre in unitate Spiritus Sancti,
Deus,
per omnia
Angeli orientis et occidentis et austri et aquilonis, dignemini mihi adsistere meque pepe in hac q
e
Angeli
qui soles
et planetas
custoditis illisque praeestis, dirigatis aspectus
Puis, l'abbé tient pour la chiromancie, la géomancie, la phrénologie. De même que la physiognomonie, il ne les sépare pas de
l'astrologie, de l'autre astrologie qui est complète et vraie, d'une
immense envergure (cf., donc, textes et commentaires dans l'étude
Ap AUSTRUM
précitée de l'autre astrologie).
secula seculorum.
et influxus vestro (sic) in hoc talismante.
il
— In nomine Patris et FiHi et Spiritus Sanctis, maximis nominibus Dei, ABA et Jehovah, exorcizo te, pellem asinariam, manibus impuris et
Il a des visions et s'intéresse pour toutes visions rapportées, il
magnétise et s'intéresse pour toutes guérisons extraordinaires ou
miraculeuses, il voyage et fait voyager un médium dans l'espace
cosmique et par les lieux des âmes désincarnées. Cing petits carnets,
dont un résumé a été publié (cf. « Ecrits de : Imprimés », addendum)
consignent de pareils moments, caractéristiques d'une vie inconnue
de l'abbé, on dirait de sa vie secrète. (Ses plus proches y partictpaient, toutefois ; cf. le journal de Berthe de Rayssac, BML Mss. 5649
(1-2-3). Mais la vie du prêtre Lacuria toujours : nul partage en l'espèce. Si j'hésite à écrire sa vie «mystique », c'est que, tout en se
refusant à oublier les correspondances des plans, l'initié Lacuria
maintient la distinction de ceux-ci, selon qu'il a discerné les deux
corrélats de l'Unité : harmonie et variété. Or, au plan supérieur,
« surnaturel », où l'homme rencontre Dieu immédiatement sinon déjà
face à face, l'abbé Lacuria œuvra, et il convient d'assigner à la mystique le sublime. Des Carnets spirituels, dont la première édition
vient de paraître (Paris, Awac, 1981) quelques lignes offriront un
échantillon.
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AMO TE, FAC ME MAGIS TE DILIGERE *
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Tu es venu a moi; plus : dans moi. Que te dirais-je? Les paroles
me manquent.
_* «Je t'aime, fais que je t'aime davantage. » La formule n'est pas scripturaire, mais imite Mc. IX, 23 (R.A.).
Page 8
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)Sour Re hn fan gpedel. 1859
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Carnets spirituels
Fragment d'un brouilion autographe de la Toussaint 1859.
(Coll. R.A. Tous droits de reproduction réservés
par Suzanne Christoflour-Moiroud.)
Mon désir de te posséder était si grand que, quelques heures avant
de te recevoir, je pensais mourir. J’étais anéantie, je n’avais plus la
force de te rien dire, je ne faisais que murmurer : « Viens, j'ai soif!»
Puis, tu es venu. Ah! que ne puis-je dire, exprimer ce que j'ai ressenti! Pendant longtemps, je crois, je me suis entièrement fondue, abimée
toi. Je me suis complètement oubliée, perdue. C'était toi, ce n'était
plus mon être, c'était ton être. Ce n'était plus mon âme, c'était ton âme.
Ma soif, je l'avais étanchée; mon désir, il était comblé sans mesure.
i
de ma jouissance. Je ne
savais si le temps s'écoulait, j'étais loin du monde, loin de la vie, loin
du temps, j’étais perdue en toi, tu m’avais cachée bien avant dans ton
cœur, et j'y contemplais l'amour dans son essence la plus intime.
Je jouissais tant, que je ne m'a
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Ce n'était pas des caresses, des baisers, je ne cherchais pas à m’andantir, je ne songeais plus à moi, j'avais oublié mon existence. J'étais devant
toi, en toi, et je n'avais pas peur!
Je ne me prosternais pas, non, j'étais debout près de toi! Ma tête
n'était pas baissée, elle était levée, et mes yeux s'enivraient de toi, sans
crainte, sans éblouissement
!
Jamais, je n'avais été ainsi avec toi. Tu étais lumière et j'osais te
contempler! Tu étais l'être et je me tenais auprès de toi! De toi, mon
Dieu, Infini, amour, être, lumière, tout! Je compris alors que l'amour
bannit la crainte.
Celui qui ne te connaît pas ne peut comprendre ce que tu donnes à
ceux que tu aimes, mais celui qui t’a goûté peut me comprendre sans
doute, quoique je ne dise rien de ce qu'il faudrait dire. J'essaye des
paroles d'amour, quand il faudrait de la lumière; je parle avec froideur
de ce qui est plus ardent que le feu, je ferais mieux de me taire. Mais
le feu veut dévorer, la flamme s'élancer, et la louange monter vers toi.
J'avais exprimé l'intensité de mon désir, pouvais-je cacher ma jouissance? Ma soif, mon angoisse, je les avais fait connaître, et j'aurais tu
mon ivresse et mon extase ?
Oui, il n'y a que toi sur la terre et au ciel qui puisses combler
l'âme. C'est toi qui donnes la soif, mais c'est toi aussi qui l'assouvis.
Qu'il est malheureux celui qui ne te connaît pas! De quel nom peuton qualifier celui qui te hait? Ah! personne ne te hait, n'est-ce pas?
On peut t’ignorer, mais te hair, jamais! Peut-on hair l'amour ?
Je voudrais pouvoir te dire, à
ue battement de mon cœur : «Je
t'aime », et ce ne serait rien te dire.
Si j'étais bonne, ma vertu parlerait
pour moi, mais je suis indigne de te posséder, et tu me combles de tant
de grâces, que souvent je suis comme inondée de tes dons. Alors, dans
ces moments, si ton disciple bien-aimé n'avait dit que tu es amour **,
je le dirais, moi, car seul l'amour incarné, l’amour-étre peut en user
avec moi comme tu le fais. Que ne puis-je le dire à tous ?
Et ce n'est pas seulement pendant quelques instants que tu as passés
avec moi que mon âme s'est abreuvée; tout le jour n'a presque été
qu'une extase incessante, il me semblait que ton cœur palpitait près du
* Cf. I Io. IV, 8.
Page 9
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)mien, et tout ce que j'ai dit, entendu et fait, ne m'a pas distraite de toi,
mon trésor. Mais je sens que l'altération va me reprendre, le désir me
mine sourdement. Oh! viens, viens bientôt.
Quelle sera mon action de grâces quand je te posséderai sans crainte
de te perdre? quand je verrai ta lumière sans interruption, quand je
t'aimerai de l'amour qu'en toi je puiserai pour te le rendre, 6 amour ?
10 avril 1859.
Une dernière touche, ou plutôt le bouquet. Cet amant de Dieu
avait désiré que ses carnets spirituels fussent imprimés, et méme
c'est la raison charitable pour laquelle il entreprit de les rédiger.
Correspondances, entretiens, sermons lui donnèrent d'autres occasions d'évangéliser à la manière d'un pasteur, alors qu'il usait dans
les Harmonies de la manière d'un philosophe. (Mais, là encore, il
ne s'agit que d'un accent déplacé.) Et aussi des dizaines de courts
écrits dévots (ainsi de la Douleur édité ensuite des Carnets spirituels,
Awac, 1981), repassez l'inventaire de ses papiers à la B.M.L. Mais
encore le pasteur philosophe, philosophe occulte s'entend, le théologien, théosophe s'entend, le prêtre initié écrivit des contes pour
enfants. Félix Thiollier qui les avait entendus dans son jeune âge
en reçut le manuscrit lorsque l'abbé, très âgé, devenait aveugle. Il
les jugea dignes d'être édités et se borna à effacer « quelques mots
trop souvent répétés » (Contes, avant-propos, 6. Deux autres contes
sont inédits, cf. l'inventaire des papiers conservés à la B.M.L.). Et
Joseph Serre dans sa préface estime que ces récits feront penser
les grands; car, d'une part, l'abbé était un grand imaginatif et sa
fantaisie nous entraîne; d'autre part « l'idée affleure sous le récit
puéril » et la dernière page du livre découvre « sa pensée ésotérique »
(Contes, préface, 8).
L'auteur lui-même avait trouvé dans les paraboles de l'Evangile
le modèle certes inégalable, «le chef d'œuvre en ce genre» : « c'est
l'infini qui doit être le but de toute œuvre bonne, l'abstraction et
l'image ne sont que des moyens dont toute l'utilité est de conduire
au but.» (Harmonies, 1899, I, 263).
Afin d'appréhender la cohérence interne, inclusive des conflits,
de la personne déroutante et directrice que voilà, au seuil d'une
réflexion sur la Tri-Unité qui tout embrasse et scelle tout, quoi de
plus sympathique que de contempler son horoscope ? Marie-Louise
Guesny nous y guide.
Robert AMADOU.
(A suivre.)
A paraître : III° et dernière partie : LA TRI-UNITÉ