Pseudo-Jamblique ou Abammon?

Auteur
Derchain, P.
Publié dans
Chronique d'Egypte
Année
1963
Sujet
PSEUDO-J
Langue
Français
Catégorie
B3 Jamblique
Numéro d'archive
1958

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Afficher le texte intégral4 pages

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> ROWANN \ ao 5 que de respect envers les dieux: ce serait de distinguer la religion, dont les rites se déroulent dans les temples, pour le bien commun, Pseudo-Jamblique ou Abammön ? de la magic qui ne sert que des ambitions individuelles. En fait, il est souvent bien difficile de savoir si le de Muysteriis traite de religion ou de magie. les deux ayant été toujours étroitement mêlées en Égypte. Quelques observations sur l'égyptianisme du De Mysleriis MESURE que progresse notre connaissance de l’ancienne Egypte, les informations que les auteurs classiques nous donnent sur les croyances et les usages des habitanls de la vallée du Nil apparaissent plus souvent authentiques, pour autant naturellement que l'on se rende compte de la différence profonde des moyens d'expression des uns et des autres. C'est ainsi par exemple que peu à peu l'aspect égyptien de l'hermétisme commence à se révéler (2), malgré les opinions des hellénistes (2); que l'on a découvert aussi dans le traité des mystères attribué à Jamblique des traits égyptiens certains (*), qui ont toutefois subi, sous la pression de considérations de convenance inspirées par le milieu hellénistique, certaines distorsions. La principale de celles-ci se trouve peut-être au chapitre 6, § 5 sq., où l’auteur se donne beaucoup de inal pour expliquer que les menaces que les Égyptiens adressent aux dieux épargnent en réalité ceux-ci, et ne visent que des démons inférieurs, Ce n'est pas exact, car les Égyptiens n’ont jamais hésité à menacer et la seconde étant, à l'époque où fut écrit le traité, probablement la forme la plus vivante, très répandue en tout cas, de l'antique tradition héritée des pharaons. Les magiciens, d'ailleurs, étaient issus de la classe sacerdotale, et faisaient plus particulièrement partie du groupe des ritualistes (les pretres-lecteurs) (1), qui devaient êlre parmi les plus érudits (°). Or, dans les remarques qui suivent, je voudrais montrer que l'auteur du traité des mystères ne peut guére avoir été qu'un membre de ce groupe, qu'un ritualiste, magicien lui-méme, car il connaît trop bien les détails de la religion égyptienne, ainsi que les quelques exemples analysés ci-dessous le feront voir. Le premier passage à citer expose l'action du ritualiste-magicien, désigné d'un nom — Üeounyds — légèrement amphibologique, susceptible de désigner aussi bien le prêtre que celui qui exécute des opérations magiques: «Le théurge. par la puissance des choses ineffables, ne commande plus aux êtres cosmiques comme un homme usant d'une âme humaine, mais en tant que prééminent dans le rang des dieux. Il use de menaces supérieures à son essence propre... » (3). les dieux, quand ils avaient de bonnes raisons de le faire. Si la pratique en est apparemment étrangère à la religion des temples, elle est "O Geovoyos did Tir Öbrauır Tr dxonorijtmy oùxéTr dc dr Üowros 000 ws drlogozívy veri yobuevos Énirärret Toig au contraire courante dans la religion funéraire et dans la magie, des xoguizoîs, dA as &r tH THY Dev Tafeı Nooördeyen uellocı pyramides à l’époque la plus tardive (4). De sorte qu'on voudrait sugts gal’ éuvtor otoias éxavataceat yojrat. gérer à l'auteur du traité des mystères un autre moyen de disculper les Égyptiens de l'accusation d'impiété en somme, ou de man- Or, cette prééminence dans le rang des dieux, c'est exactement la position du pharaon. en particulier dans les Textes des Pyramides (4), où il use effectivement de menaces pour s'installer à la première place (1) On verra notamment les travaux de StRICKER, De Brief van Arisleus. Verhandel. K. Nederl. Akad. Wetenschappen. N. R., 62, 4, 1956, p. 113 sq ; S. SAUNERON, La légende des sepl paroles de Methyer au temple d'Esna, Bull. Soc. Fr. Égyptol. 32, 1961, p. 43 sq., el de moi-même, Z’authenlicitE de l'inspiration egyplienne dans le Corpus Hermeticum, Rev. Hist. Rel., 1962, p. 175 sq. (2) Par suite des brillantes démonstrations de Festugière, La révélation a’ Hermes Trismégisle, qui a confondu le fond et les moyens d'expression. (3) S. SAUNERON, Aspects el sort d’un thème magique égyptien : les menaces incluant les dieux, Bull. Soc. Fr. Eg., 8, 1951, p. 18 sq. (1) J. VERGOTE, Joseph en Egypte (Louvain, 1959), p. 80 sq., s'est préoccupé des fonctions magiques des » ritualistes prêtres lecteurs », (2) Sur la nécessaire érudition des magiciens tardifs, ef. A. DeLarte - Ph. DERcam. Cing cents intarlles magiques (Bibliothèque Nationale. Paris, 1946), Introduclion (sous presse). (3) De Mystertis, 6, 6. La traduction cilée ici est celle de Quillard (Paris, 1895, réédition 1148). (4) Pur. 303 sq. (4) 1bid.. p. 11 sq.

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parmi les dieux (1). Cette allusion à la prééminence — rpovrdoyow comme le fait le de Mysteriis (*). TI est remarquable, dans le cas pré- — suggére donc que le théurge agit en qualité de pharaon, comme sent, que l’auteur s'exprime avec tant de réserve sur la nature du rituel le fait toujours le prétre officiant dans le temple égyptien. en question — conformément Quant du reste à des recommendations exà la mention des choses ineffables par lesquelles il agit, ce sont tout plicites du papyrus Salt qui nous l'a fait connaitre — tout en coinsimplement les rites, qui devaient étre exécutés dans le secret, comme le répètent de très nombreux textes. mentant aussi nettement le rôle de ce rituel, dont il peut résumer les Dans la suite du développement auquel j'ai emprunté le passage effets en termes abstraits grâce au grec dont il se sert, tandis que le papyrus, dans son expression mythologique, les décrivait. cité précédemment, on lit encore: «Les parties du tout restent en Pour qu'on ne croie pas que seul le chapitre d'où ont été tirés les ordre, parce que la bienfaisante puissance d'Osiris demeure pure et incorruptible, et ne se mêle point à la confusion et au trouble contradeux premiers exemples est d'inspiration égyptienne dans le livre des mystères, j'ai choisi ailleurs quatre autres cas typiques. dictoire. et, à cause de cela, la vie du tout demeure pure et incorrupmier est d'ordre doctrinal: « Mais comme les êtres qui reçoivent ce tible, tant que les belles raisons des choses cachées en Isis ne descendon indivisible de Dieu se comportent à son égard de diverses façons, dent pas dans le corps apparent et visible. Tout demeure immuable et éternel parce que la course du soleil n'est jamais arrêtée : tout subsiste parfait et intact parce que les ineffables choses d’Abydos ne sont jamais dévoilées » (?). da ToûTo pug méver uer Er taker TA TOË martòs una, duoti 7 üyadonoıos tot ’Oaigidos divanis Ayıı) zul dyoartos péret, xal ot ovuuiyvuTar noog Tr Erartiar mhmupéherr vai tana, , + 4 ¢ ~ ere: 1, péver de zai Y Tor Om te 4 Son p x s 3 [4 rabupa zat ddidglovos, éxterón, Ta droxonga Swoydra TOY ¿oye xddd tijs “Iotdog or zateroir EIS TO quiroperor xal do@peror cama. “Axirynta de diatehei marta zai deıyerij, NOT ovdérote forata: d tor Low doouos* Teleta dé xai OAdxdnou diapéver adrta, Exe), tà Er 2 / 3 oo MOE a , _ Aßvdn dnsdvorta ovdérote dnoxalértetat. ils reçoivent aussi du soleil leurs forces variées selon leur propre manière d’être » (?). "AJA Enei ta deyópeva Aida ailayot xepi tir duéorotov dda tod Beot mégetat, xai avta déyetar molverdeiz Óvvaue amò tot mAiov xata TAG olxeías EavTdy PONS ... Il ne sera pas nécessaire de rappeler longuement la doctrine égyptienne de l'origine solaire de toute force et de toute vie, qui prit une telle importance qu'à la basse époque, les dieux eux-mémes devaient être rituellement rechargés de puissance chaque année par une exposition de leurs statues aux rayons directs du soleil. (3) Le second décrit et interprète une figure bien connue, celle de l'enfant assis dans le lotus: « Le dieu est assis sur un lotus, ce qui exprime énigmatiquement qu'il est au-dessus du limon et ne le touche aucunement, et. signifie Cette fois, on ne peut douter que l’auteur du de Mysleriis ne fasse allusion à un rituel particulier qui se célébrait dans la maison de la vie à Abydos, et dont Le prele rôle était de maintenir l'ordre universel, car s'il était exécuté « le ciel ne s'écroulerait pas, la terre ne chavirerait pas, et Ra ne réduirait pas en cendres les dieux et les déesses (3) ». son hégémonie intellectuelle et ignée... » (4). To yao Ent hwtm xabelecbar drepoyir te dato thr ¿hor aivittetat un pavovoar undayads tig thvos. xai Hyeporiar voepar xal ÉUTVQIOY Erideixvvtat... Ce rituel était spécialement consacré au maintien de la vie dans le monde, Or, certaines représentations du dieu dans le lotus ont très soigneuseet cela par la conservation d'une statuette d'Osiris qui devait renaître ment dessiné au pied de Ja tige de la plante soit une butte — image dans un tabernacle particulier figurant la matrice. D'autre part, Osiris lui-méme y est appelé la Vie et est mis en relation étroite avec le soleil, (1) On se reportera pour tout ceci à mon édition du 7’. Salt 825 : Le papyrus Salt 825, riluel pour la conservation de la vie en Égypte. à paraître prochainement. (2) De Mysleriis, 7, 3, traduction de Quillard, revue. (1) SAUNERON, 0.c., p. 12-13. (3) ALLIOT, Le culte d'Horus à Edfou 1 (le Caire, 1949), 343; SAUNERON, Les fêtes (2) De Mysteriis, 6, 7, trad. Quillard. (3) P. Salt 825, XVII, 12-13. religieuses d'Esna (Esna V), Le Caïre, 1962, 150. (4) De Mysteriis, 7, 2, trad. Quillard.

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de la butte primordiale d'où le monde est issu (1) — soit l’hiéroglyphe une spéculation authentiquement égyptienne, soutenue sans doute par du district agricole, qui suggère naturellement le limon fécond (?). les possibilités nouvelles offertes par la langue philosophique. Enfin, dans le même chapitre, un peu plus loin, on lit : « Il y a encore une autre autorité chez eux, de tous les éléments de la création, el de Mais il y a mieux encore. Le Liber de mysterits insiste sur la nature ignée du dieu dans le lotus, ce qui est rigoureusement exact, car il s'agit d’une représentation de la naissance du soleil (2). En revanche, l'association de l'intelligence et du feu paraît être dans ce contexte toutes les forces qui s’y trouvent, quatre mâles et quatre femelles, qu'ils attribuent au soleil » (1). ”Eotı di) oùr xai Gian ves iyeporía mag’ aëToic TOI zent yéveoo: Shor ototzetor nal tv Er abroig dvrduemr, TETTAOUN pév dpoerızar, tettdomr dè Onirzar, frriva dxovépovdn' TALS une intrusion étrangère, comme du reste les observations sur la signification de la forme circulaire des feuilles et des fruits du lotus qui suivent. Nous avons là un exemple typique de ce que la pensée égyptienne tardive. en partant de sa tradition, était capable d'élaborer de neuf au contact d'idées étrangères (4). Dans le chapitre 8 ($ 3) encore se trouvent une définition du dieu Amon et une interprétation de son nom qui mérilent d'être retenues. On y lit entre autres: « En effet, l'esprit créateur, qui préside à la vérité et à la sagesse, arrivant à la génération et amenant à la lumière la puissance des raisons cachées s'appelle Amon en langue égyptienne » (*). ‘O yap Onutovoyixog voîs xai tig GAnfetus MOO0OTÁTIS Hui oorlas. Enyóuevos pér ext yéreom al Tir GUY Tor 2EXOVUpéror Joyor dmvaut eis POs äyor, "Apr zara Tiji Tor Al- Ici encore, il s'agit d’une conception égyptienne bien connue, celle de l’ogdoade hermopolitaine, composée de quatre couples de divinités représentant les diverses formes du chaos prenant conscience (*) et commencant à se différencier, d'où va émerger le soleil créateur, sous forme d'un enfant s'éveillant dans le lotus (3). Ici encore, l’auteur donne en grec le sens d'un mythe et le commente rapidement dans un esprit philosophique. là où la lilléralure egyptienne ne nous a fourni que des descriptions. On pourrait, en feuilletant plus abondamment le traité des Mysteres, à la puissance génératrice d’Amon fait état d'un de ses attributs les relever d'autres exemples aussi typiques de la pensée égyptienne, de sorte qu'on en vient facilement à partager l'opinion de ceux qui ont rejcté l'attribution traditionnelle de cet ouvrage à Jamblique, philosophe syrien. En revanche, il me semble que les observations qui précèdent encourageraient à considérer comme authentique le titre inscrit au début du de Mysleriis: « Réponse du Maitre Abammön à la lettre de Porphyre à Anébon, et les solutions des difficultés qui plus importants, manifesté dans ses statues ithyphalliques, en sa qualité s'y trouvent » (1). POTTÍON vimooar Zéveral... Or. Amon est le dieu dont le nom signifie « celui qui est caché », sur lequel a spéculé l'auteur de la citation précédente. 1.'épithéte « qui préside à la vérité et la sagesse traduit assez correctement le nb myri egyptien, attribut d'un grand nombre de dieux, tandis que J'allusion d’Amon-Min. Plutôt que de voir dans l'interprétation du texte grec une élaboration hellénistique. il paraît plus probable d'y reconnaître (1) Sur des intailles magiques, contemporaines du traité, cf. DELATTE - Den- CHAIN, 0,0., n 134, 138 et 142. (2) "Afdumwros didaozdlav apdg tiv Ilonguoior 006 "Avepor émtotohiy drdrorais, zal tay &r abri amoonpdtm ricer. Abammön, comme son nom l'indique est certainement égyplien, et tout porte à croire qu'il était de la classe sacerdotale. Le titre de « maitre » qu'on lui donne traduit l’égyptien sb vo (5), « celui qui enseigne » YovortE, Le talisman de la victoire d’Osorkon, Bull. Soc. Fr. Ég., 31, 1960, p. 19 = Davies, Hibis, pl. 4 (1) De Musteriis, 8, 3. trad. nouvelle. reg. V. (3) SAUNERON - YovoTTE, La naissance du monde selon l'Égypte ancienne. Sources Orientales, ] (Paris, 1959), p. 54 sq. (4) SAUNERON, o. c., Bull. Soc. Fr. Ég., 8, p. 20, parle de l'élaboration originale (2) Sur la création, prise de Conscience, Saunenon, Féles d'Esna, Esna V. p. 253, et Ph. Denonain, Religion Equptienne (Encyclopédie de le Pléiade, Histoire des Religions. $ 4), à paraître. de l'Égypte tardive, sans faire allusion aux possibilités d'influence étrangère. On (3) SAUNERON - ne peut pas, je crois, éviter de les rechercher. (4) ‘Titre inserit dans plusieurs manuscrits en tête du traité étudié ici. (5) De Alysteriis, 8, 3. trad. nouvelle. 224 (5) Yoyo tre, I €.

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désignant une fonction qui peut être remplie par des personnages invests par ailleurs des fonctions les plus diverses (1); on en connait un cer tain nombre qui appartenaient au clergé et à la Maison de la Vie, » des époques beaucoup plus anciennes. Naturellement, Pérudition religieuse d'Abammón prouve que tel devait être son cas. ‘Toutefuis. si l'ouvrage d’Abammön, composé en grec, n'a relenu de sa titulatur que le souvenir de sa fonction enseignante, c'est sans doute que celleci paraissait la plus propre à impressionner ses lecteurs, peu au courani de la hiérarchie égyptienne, mais disposés à faire confiance à un prufesseur, a priori mieux au fait que quiconque des traditions. Au surplus, ce titre est une indication de son âge, plus élevé nécessaire. ment que celui de son disciple Anébon, ce qui le place immédiatement dans la generation de Porphvre, et permettrait de croire que le 74 Mysteriis a été écrit encore du vivant de ce dernier, c’est à dire, an plus tard à la fin du 111* siècle. Une autre raison de ne pas adopter une date trop tardive pour ce traité est que, si beaucoup d'exemples piraissent pris à la magie, certains, comme le second que j'ai cilé, se réfèrent certainement au culte des temples. dont l'auteur ne peul guère avoir eu connaissance s'il ne l’a pratiqué, ou du moins n'a ét: préparé à le pratiquer lui-même, ce qui devient de plus en plus improbable à mesure que l'on descend vers des époques plus récentes. Il s’agit là toutefois de problèmes qui sortent de la compétence de l’egyptologue. Qu'il suffise d'attirer ici l'attention sur l'aide que létuile de l'Égypte tardive peut apporter à l'intelligence d'un texte particulièrement difficile, et à la critique d'authenticité. Heusy, octobre 1963. Ph. DERCHAIN. Chercheur qualifié au F. N. R. S. (1) H. Brunner, Alldg. Erziehung (Wiesbaden, 1957), p. 36. , Dencuatn PL, Pseudo-Jamblique on Abantmôn ? Quelques observations sur l'éguptianisme du De mystertis : CE XXXVI 1963 220-226, | 1.e Urailé des Mystères n des trails égyptiens certains qui ont toutefois subi, sous la pression de considérations de convenance inspirées par le milieu hetlénistique, des distorsions, et il semble que l'on puisse considérer comme authentique le litre qui en fait l'ouvrage d'Abammôn, prêtre qui dut écrire à la fin du mre siècle,