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\a 62.
|
LA
VARIÉTÉ
IMAGERIE MÉDIÉVALE INSCRITE DE « PYTHAGORE » :
DE GRAËANICA (YOUGOSLAVIE) A REIMS.
M. Radivoje Ljubinkovié, dont on connail les belles trouvailles
concernani Piconographie médiévale des Balkans el les (ravaux sssidûment poursuivis en Yougoslavie. avail signalé à l'attention, en 1955),
nn complément un peu inattendu au dossier du - Musée imaginaire »
concernant le célèbre philosophe Sainien, lerislaleur de Crotone. la
nouvelle ceuvre, inscrile, a été retrouvée au Monaslere de Gradanici
Yougoslavie) : ancienne Bosnie-Herzégovine. N. de Sarajevo. Elle
est dutée, car il s'agil d'une icône aver portrail du donateur?, qui esl
la le Métropolite Nikanör, de Novo Brio ef, la partie inférieure de
icone) : la date est l'an 1567.
Le Métropolile Nikanör est représenté dans la posture de la prosevnèse, entre un prophéte « perse « diflicile à identifier et le Pythagore:
tig. 1). Un ange tient en mains el présente le signum du pouvoir
métropolitain, la mitre. Au-devant de Nikanör est déployé un lon:
volumen, au centre, où s'inscrivail un lexte aujourd'hui presque ollare.
Parmi les dernières lignes, on lit le chiffre de l'année : 30E.
Si les effigies de donateurs n'abondent pas jusqu'ici, aux Balkans.
on peut dire. a fortiori, une mème chose des représentutions de prophétes orientaux, ainsi que de philosonhes grecs. II est curieux du
l, Starinar (Rev. de l'Institui archévlugique de f Académie serbe des Sciences
},
N.S.. vol. V-V1, Beograd, 1954-1955, p. 129-137, /d., Bulletin de U Academie serbe
des Sciences, 17, 1957, p. 29-30 (résumé.
2. M. R. Ljubinkovié n'a pas manqué de signaler combien les portraits de
donaleurs sont encore rares jusqu'ici aux Balkans el ailleurs, dans la peinture des
irônes, I} signale divers exemples connus : Vatican, Bari, Cuenca, Méteores Gróce::
Surajevo, Krusedol, Prizren; il y en a quelques aulres aussi en Roumanie : la
liste reste courte, mème si l'on ajoute les deux icônes à portraits, datées. qui
oul été récemment retrouvées à Gracanica : outre celle où
figure le métropole
Nikanör, celle du métropolite Vietar, en 1608,
3. Nous muvons aucun portrail sûr de Pythagore, à l'époque anlique déja :
ceux qui Tui ont été attribués ne bénéficient que d'hypothéses plus où moins
valables: ef.
p. ex. RK. Scuheroun, Die Bildnisse der antiken Pichler, Keiner
a, Prenker, 1943, p. 100-101. 172 sqq. (n 17-18). Selon M.S. Srucem, 41 rifratte
di Pitagora : nota ad un ritrallo fistonumico greco del V9 serali, 1930, Pyihuzore
benöfielait du moins du plus ancien, peut-être, des portraits + erizinnay | d'un
philosophe, 11 semble désigné par son nom, en fuit, sur une monnaie d'argent
VAbdere, de in seconde moilié ¿vers 430) du y * siecle us. dE, ef. nolamient,
un exemplaire de la collection Jameson, décrit
pur Ch. SELTMAN,
Greek Coins,
p- 1:44, exemplaire qu'on date au plus tard de 442: sur des monnaies » pythavori-
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moins que l'imagerie des sages helléniques ait persisté dans l'art médiéval, comme on voil : certainement sous l'influence des peintres venus
de Grèce, qui ont laissé ici et là leurs traces, leurs signatures, l'usage
de leur alphabel mème. Il y a encore des représentations de philogMeodriatn:
fatswtele
àF1ModG(nirYao.usf-gt:aeoénsirlcavaie) gdlae7m'rlupicartohènparelg,ehr,nestle,
ncdi(baeémntebnfséri,el;
(NMeéitkruaopnrolile
dloneat
àcPlysdtr«vehé»oasigrt,osre
sophes de la Grèce, ainsi que de Sibylles, duns les composilions ou a
été utilisé le motif de Arbre de Jesse, aux Balkans : p. ex. à Arilje, à
l'Église de la Vierge de Prizren. Jamuis, du moins jusqu'ici, on n'en avail
trouvé dans les compositions dites à portraits de donateurs?. L'A. de lu
découverte de l'icône de Gratanica a expliqué les raisons historiques
de la consécration faile par le Métropolite Nikanor (ef. Starinar, 1. 1).
En ce qui concerne le Pythagore jef. notre fig. 1) de Gracanica, on
eül apprécié une transcription plus lisible et une reproduction d’eslumpage; ainsi que pour l'HPOTTEH. à g., qui semble être appelé d'abord « prophéle persique », si les lettres de Vinscriplion autorisent celte lectures,
ciennes +, ef. les éludes de K. A. Mac Dowall. La question relative à la piece
d’Abdere vient d'être reprise par Miss G. M. A. Riemen. Coll. + Lalmmus >, 54,
1962, Greek Portrails, IN : Jeonugraphical Studies : A_few suggestions, p. 17-19 :
l'auteur rappelle là des portraits mentionnes par des épigramines : celle du maine
Christodoros (et non Chrystodoros !: de Coptos ‘Anti. 1, 2, 120. : + On remurquail
aussi Pythayore, le suge de Samos; il était debout, mais il semblait vivre dans
l'Olvmpe : forçant la matiere de bronze, il déburdail de profondes pensees : à men
sens, il mesurait le ciel seul de ses regards purs +, statue de bronze. à Byzance,
du Gymnase du Zeuxippos (et non «+ Xanthippos » comme il est dil,.
Miss G. M. A. Richter cite aussi Pépigramme de V’Exyptien Julianus .inthel,
Palat., NVI, 325, sur le Pythagore « silencieux » (Ev ovy7, mevutogeove . Les pi.
V-VI
(Richter; reproduisent des bronzes de Samos, qui montrent Lun V, 14-14 un
Pythagore assis sur un siège décoré de sphinx, porteur de seeplre el faisant une
demonstration sur une sphere juchée sur un cippe fa e. : l'autre. un Pythavere
debout, drape, tuurné à gauche devant un cippe analogue fig, 14: ere imperiale;
en bas, un + contorniate » de la Bibliotheque nulionule Paris‘. avec un P\thogore
{inscrit} assis sur un siège à dossier courhe; il est barbu et pent avoir en la tête
couverte (pl. V, 15. en bas; : la pl. VI donne une precieuse reproduction de la
monnaie d'argent d'Abdère (fiz. 16 en haut : léte chevelue, barbue, Lournée
ay., inscrite { Pylhagurès) : il est évident qu'il ne peul s'agir du wom d'a magistrat
monétaire {2.1 p. 17-18); car on voil publiée aussi (lig. 17, pl. VI, en basi une gemme
sur verre, « scarabvide », qui évoque la munnaie d'Ahdere (d'apres une impression
sur plâtre). La monnuie d'argent d'Abdere (cf. p. 18, n. 1, serait actuellement en
sitnation inconnue. Il y u d'autres effigies, notamment, sur les monnaies de Samos
altes de la période romaine impériale, On n'ignore pas d'autre part, que ‘d'uprès
Puse, Val, hisl., 34, 26), une statue de bronze de Pythagore aurait te installée
à Rome, au Forum même ‘è côté du Comitium:, avec celle d'Alcihiade, au lemps
des guerres samnites. Alcibiade passait alors pour un sage exemplaire et valeureux
purmi les Grecs, ce dont Pline laisse voir qu'il s'élonnail : il edl voulu quien
préférat Théinistocle et Socrate. Mais Alcibiade venait à l'esprit des Romains à
cause de l'affaire de Sicile, ct Pythagoras étail, pour sa part, célèbre à Métaponte
et à Crotone d'où su gloire avait progressé vers le Nord ‚ef. Olof Vissneke, Sludien
zur Kunstyesch. der römischen Hepublik, 1Y4).. Les portraits dont Pline a parlé
avaient dejá disparu du Forum en son temps, peut-être an moment où Sylla
usrandit la Curie, Pythagore élait, pour les siens, l'Apollon By perboréen en per
sonne; penl-étre Na-t-on confondu occasiunnellement avec Numa; son histoire
legenduire était déjà formée et tres déformée, d'ailleurs, au lemps mème d'Aristole
il. Lévy, Hecherches sur les suurces de la légende de Pythagere: Y. Hos ANCÉ,
Le culte des Muses chez les philosophes grers, 1936, p. 233 squ. .
1. af. Starinar, LoL (E, Ljubinkovié,. à qui Jemprunte ici ces informations,
2. Cf. fiz. I, de chaque côté du personnage apenouillé à y. Autant que j'ai pu voir,
le dessin des lettres (Starinar) ne correspond
pas tout à fait à y. : THOATODP
:
peut-on Sire pour l'autre inscription latérale
Page 3
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)Je n'ai rien pu lirer pour ma part de la mention de gauche, et les
consultations prises près d'iranisants éminents, que je remervie
volontiers, ne m'ont rien donné'. Pour « Pythagore », dont la présence
est non moins curieuse, mais plus explicable, on sail aussi l'incertilude
de nos connaissances iconographiques: depuis le temps ot 1, Pfuhl
admettait, sans la discuter, l'identiticalion du « Pythagore » du Capitole
comme représentation du philosophe grec : portrait qui aurait été
exécuté?, selon la manière du classicisme, à l’époque hellénistique.
L'œuvre eût duté des commencements de ce néo-pythagorisme diffus
dont on a parfois tant abusé.
M. K. Schefold? el d'autres n’ont pas manqué de préLer une ultention
fort justifiée au « Pythagore » barbu de Naples, dit Pvihagure :?;
«au Lurban », trouvé à la Villa des Pisons. Mais les identifications qui
avaient été risquées au sujet de telles effigies ont paru ici et la peu
fondées
; déjà, l'auteur des notices des Griech. u. römische Porlräls.
1891 sqq. (pl. 153-154), dont il est à peine besoin de rappeler les
remarques ironiques, demandail aux archéologues de bien vouloir
continuer à rechercher d'autres solutions, de préférence moins mvslérieuses, au problème iconographique. La tradition litléraire, pour
le costume de Pythagore, ne nous a guère plus instruils, depuis les
Sry
indications d'Élien (V. H. XII, 32), par qui l'on sait que le plilosophe Samien (576-500) avait porle volontiers un vêtement blanc. des
anaxyrides « à la perse », ainsi qu'en tele, une couronne d'or. Il sauri!
donc élé vêtu « à l'orientale ». Mais on sail que P. Graindor vouluil
voir plutôt, avec non moins d'imagination
fantaisiste,
Kiésias el
Bérose dans Jes deux léles à turban du Capitole et de Nuples?.
On a proposé d'autre part (G. BECATTI, Bollellino d'arte, 194%,
p- 97-110 : cf. p. 108-109} de reconnailre Pythagore sur une petite
peinture de Pompéi, trouvée dans la Casa dell'Adonide, conservée
aujourd'hui au Musée de Naples. Elle évoquerail le Sanctuaire de
Delphes, symbolisé par un pilastre, surmonté d'un trépied dans le fond.
Il v a là, à gauche, un Apollon du type « lvcien » (Praxitélisant). qui
s'appuye du coude gauche sur la lyre, posée sur Pomphalos. Au centre,
le Centaure Chiron apparaît, un bâton à la main : il a à sa droile,
un sage barbu, assis sur un diphros, avec aussi un pelit balon à la
—
pra
t. Mentionnons ici, parmi enx. M. E. Benveniste, p. ex., avec reconnaissance.
2. Un savant ouvrage récent de M. J. Carcopino, mème si Pon doit confesser
cá el la quelques désaccords d'exégèse (cf. p. ex. pour la pl. 14, 2 el Ja n. 152 de la
p. 178, qui ne m'a nullement convaincu, a le grand intérêt de mellre en Inmiere
certuines des raisons profondes qui ont prolongé le prestige de Pythayore el
du pylhagorisme, non seulement jusqu'au temps des Apôtres. mais dans l'espace:
jusqu'aux Balkans, voire jusqu'au Proche-Orient, comme on le note, apres Jes
temps de la chute mème de Byzance. Cf. De Pythagore aur apúlres, elude sur ta
cunversion du monde romain, 1956 : p. ex. á propos du lombeau du Viale Manzoni
(11e Partie, chapitre intitulé : « Le svmbolisme gnostique et ses origines pyihauericiennes », p.
189 sqq.).
3. Die Bildnisse. p. 100-101 el p. 208 (notes;; ef. aussi q. 161-173
et 195 (monnaies).
4. Mélanges d'archéolagie,
Bulletin
of the
Farully of Arts,
Le
Unire.
17-1
1936,
p. 105 sqq. (ef. 113 sqq.'. Sur le + Pythagore » du Capitole ibuste.. ef. P. Ars.
Griech. u. róm. Portráls. p. 151-152.
ins Bibl.
(Bibl.
Reims
- Funsses devretales de Reims
Rett
pitaguras = (sie), à Va ae, der nile, en croix.
Page 4
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)main. L. Curlius avait pensé à Hippocrale (Afiszellen zur Geschichte
des griechischen Portráls, Röm. Mitt., 59, 1944 (1948), p. 25-30). Mais
le guérisseur (supposé) n'est pas accompagné du serpent. D'où I'hypothèse de M. G. Becatti, pour un Pythagore accompagné d’Apollon et
de Chiron (?).
Les multiples hésitations des iconographes au sujel du type véridique de Pythagore fourniraient, s’il en était besoin, une excuse au
peintre médiéval de l'icône de Graéanica : si quelque critique moderne
était tenté de lui reprocher d'avoir vu son personnage illustre, non
comme un « enturbanné », mais plutôt un peu sous l'aspect, au vrui
conventionnel, d'un docteur d'Université coiffé d'une lourde toque,
ou d'un haut dignitaire ecclésiastique (?) des Balkans.
Il n’est d'ailleurs pas plus imaginaire que le philosophe de Samos,
tel qu'il figurait sur le Recueil des fausses « décrétales » du chapilre
de Notre-Dame de Reims (Bibliothèque de Reims}, dans un médaillon
(ef. fig. 2) symbolique. Là le législateur de Crotone flanquuil sur su
gauche, comme on voit, un Aer, qui avait aussi, à ses pieds, un Orpheus,
à sa droite un Arion sur le dauphin. Ainsi qu'on le remarque, le « Pitagoras » assis de Reims tient une balance de la main gauche, el une sorte
d'ascia (?), de la dextre.
La balance pourrait faire allusion à la théorie pythagoricienne
qui faisait régir l'univers par la loi numérique. Mais pourquoi iri lascia,
si c'en est une? À chacun sa vérité.
Ch. Picarn.
1. Le Pilagoras (sic 1), sur le Recueil des fausses décrétales de Reims. duns le
médaillon circulaire central, semble dérivé d'une mosaique untique. D en va de
meme pour les divers médaillons des Muses (bustes; qui entourent, à l'exlérieur
du cercle central, la figuration symbolique rémoise, accostée aux angles des têtes
ailées des Quatre Vents, que 1'Aer barbu et chevelu (cf. Aiôn), bras el jumbes
étendus comme sur une roue ou une croix, semble refouler et contraindre de ses
mains et de ses pieds
; inscriptions pour les tétes ailées des vents : Aquilo (en Ir
à g.), Eur(os) (en haut à dr.), Zéphir (à g.), et Ausier (dr., has). Fr. CUMONT.
Recherches sur le symbolisme funéraire des Romains, 1952, n'a pas fait état de cu
document. Mais son étude, compréhensive, montre ulilement que le culle des
Vents a été connu déjà en Iran et chez les Sémites ip. 105 sqq.), avant d'aboutir à
l'Occident (Index général, p. 531-532) : cf. pour l'Occident, outre les terres cuites
creuses trouvées dans un lombeau de Soings (Loir-et-Cher), pl. XII] (tétes des
Vents, en argile blanche). le célèbre diptyque consulaire en ivoire du British
Museum (Apothéose d'un Empereur: Fr, CUMONT, I. /., pl. XIV à la p. 174 à dr.,
p- 176 et n. 2, 3, 4). Pour l'Apothéose d'Héraclès au Monument d'Igel, cf. ibid.,
. 174 et n. 3, et pl. XIV, à g. (ibid.), Sur les raisons de l'association. constatée
ci et lá, de Pythagore et d'Orphée, cf. déjà A. K. KerEnyt, Pythagoras u. Orpheus,
1939 (Coll. « Albae Vigiliac »). — Rappelons que Jes bas-reliefs du Campanile de
Florence (J. Seznec, La survivance des dieux antiques, Warburg Institut, 1940,
p. 31), montrent dans la premiere zone, non loin du premier cavalier el du premier
navigateur, Dédale, premier conquérant de l'url et auprès des mathématiciens
Enclide et Pylhagore, Orphée, père de la poésie, — Pour Arion, il suffit de faire
noter, d'autre part, que sa légende était célebre à travers toute l'Italie, el parliculièrement à Tarente. — Sur Pythagore à l'époque de la Renaissance italienne. à
prupos de l'École d'Alhénes, la célebre composition de Raphaël dans les Sianze du
'atican, cf. J.-Ph, Lauer et Ch. Pıcann, Les slalues plolémalques du Sarapieiun
de Memphis. 1955, p. 171-172, On sait que Pythagore. d’après Jamblique, aurvil
passé vinel-deux ans de sa vie en Egypte.