Les 'Mysteres d'Egypte' de Jamblique et les 'OracleS chaldaIques'

Auteur
Places, E. des
Publié dans
OikOumene
Année
1964
Sujet
EGYPT
Langue
Français
Catégorie
B3 Jamblique
Numéro d'archive
2329

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PLACES, TE Des EDOUARD DES PLACES ROME LES « MYSTERES D' EGYPTE » DE JAMBLIQUE ET LES « ORACLES CHALDAIQUES » Depuis que W. Kroll a réuni les principaux Oracles chaldaiques (1), ce recueil d'hexamétres a souvent été mentionné, mais il n'avait suscité aucune étude comparable à l'ouvrage posthume de Hans Lewy, Chaldaean Oracles and Theurgy (2). Franz Cumont lui avait consacré quelques lignes: « Au II' (siècle) furent rédigés les celebres Oracles chaldaiques... Ces oeuvres, d'un mvysticisme abstrus, sont vraiment en partie ce pour quoi elles se donnent: de vieilles croyances s'y allient à des théories hellcnistiques et notamment les idées maîtresses de l'héliolatrie «chaldéenne» y sont nettement formulées » (3). Les auteurs en sont des «chaldéens», disciples des prêtres babyloniens et ainsi désignés à une époque où le nom n'était pas encore synonyme de « charlatan qui prétend prédire l'avenir d'après les étoiles » (4); plus précisément, sous Marc-Aurèle, Julien le «Chaldéen», ou son fils Julien le (1) G. (= W.) Kroll, De oraculis chaldaicis («Breslauer philologische Abhandlungen », VII, 1), Breslau, 1894 (réimpr, Hildesheim, 1962), (2) Hans Lewy, Chaldaean Oracles and Theurgy (« Recherches d'ar. chéologie, de philologie et d'histoire », 13), Le Caire, 1956. (3) F. Cumont, La Théologie solaire du paganisme romain (« Mémoires présentés par divers savants à l'Acad, des I. et B.L.», XII, 2, 1913), p. 476-477; cf. Les Religions orientales dans le paganisme romain, 4° éd., Paris, 1929, p. 115. (4) Cf. F. Cumont, La Théologie solaire..., Chaldaean Oracles..., p. 425-428, _— 455 H. Lew,

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ÉDOUARD DES PLACES Les « Mystères d'Égypte » de Jamblique et les «Oracles chaldaiques » «Théurge», ou l'un et l’autre en collaboration (5). Mi-oriental, mi-hellénique, ce genre d’ecrits devait dans le traité de Porphyre Sur la philosophie des oracles (14) et dans la Théosophie de Tiibingen, écrit chrétien de la fin du V’ siécle qui utilise surtout Porphyre (15); de la son premier chapitre (p. 3-65): « New Chaldaean Oracles » séduire Jamblique (6). « Le premier des néoplatoniciens qui tirent des Logia chaldaika une sorte de livre sacré, ne peut être que leur commentateur enthousiaste, Jambli- (16). Pour lui, « l’auteur de la Théosophie cite les oracles que (7). Certes, dans le De mysteriis, que Jamblique publia pour défendre les mystéres égyptiens, les oracles dits chaldéens ne sont point invoqués (8), mais cela se comprend: on n'avait pas à s'occuper des Chaldéens, en effet, dans une réponse aux questions posées par Porphyre au Porphyre, il y voit des oracles authentiques (18). Proclus prétre Anébon » (9). En fait, si les prophétes chaldéens avait réuni d’autres textes relatifs à la théurgie dans son de III 31 début sont les deux Julien (10), la doctrine exposée dans la suite du chapitre viendrait des Oracles chalgrand ouvrage sur l'accord des logia avec Orphée, Pythagore et Platon (19). métaphysiques en vue de montrer la conformité de leur sublime conception de Dieu à la doctrine chrétienne » (17); comme Eusèbe, qui exploite lui aussi dans la Preparation évangélique la Philosophie des oracles de daiques, même si la polémique contre Porphyre à propos Appliqués au De mysteriis, ces rapprochements, à du meilleur genre de mantique appartient en propre a vrai dire, ne sont pas également convaincants. La Théosophie ne fournit que deux parallèles littéraux: l'emploi de Jamblique (11); et les Oracles sont sans doute inspiré d'autres passages. Parmi les oracles réunis par W. Kroll, le plus grand nombre se trouvent chez Proclus, Damascius et Psellus, introduits par un phèsi to logion (« dit l’oracle ») ou une formule équivalente (12); quelques-uns figurent dans le De mensibus de Lydus et dans le De insomniis de Synésius (13). H. Lewy a pensé à compléter la collection en puisant l'adjectif autophanés et celui du pronom héauton. La réponse d’Apollon à la question: « qui est Dieu »? fis théos? Orakel und die Hymnen des Synesios (« Schriften der Kônisberger g. Ges. », XVIII, 1), Halle, 1942. (14) Reconstitué par G. Wolff, Porphyrii de philosophia ex oraculıs haurienda, Berlin, 1856 (réimpr. Hildesheim, 1962). (15) Éditée en partie par G. Wolff (idib.j: « addit. V, Oraculorum appendix », Ek tés theosophias (treize eracles); éditions de K. Buresch (5) Cf. H. Lewy, ibid., p. 35. en appendice à Klaros (Leipzig, 1889), sous le titre Khresmoi ton hellé- (6) Sur les principaux thèmes des Oracula chaldaica, cf. F, Cumont, nikôn theön; et de H. Erose, Fragmente griechischer Theosophien, Lux Perpetua, Paris, 1949, p. 363-365. (7) « Porphyre a connu les fogia, mais il se borne à s'en inspirer accessoirement » (note de J. Bidez). {8) Cf, J. Bidez, in Mélanges Desrousseaux, Paris, 1937, p. 17: « Le De m. n'en reproduit pas le moindre mot»; et déjà G. Kroll, o.c., p. 7: «In libro de mysteriis oracula saepius respiciuntur nec tamen citantur », Hambourg, 1941. Sur le rapport des divers éléments du recueil, voir Jes recensions de ce dernier ouvrage par F. Pfister, Deutsche Literaturzeitung, LXIII, 1942, c. 698-701 et A.J. Festugière, R.E.G., LV, 1942, p. 379-381; et cf. A.D. Nock, « Oracles théologiques », R.E.A., XXX, 1928, p. 280-290, (16) Mais E.R. Dodds juge « prudent de continuer à maintenir séparés les trois groupes d’oracles (théosophiques, porphyriens, chal- (9) J. Bidez, in Mélanges Franz Cumont, Bruxelles, 1936, I, p. 90. daïques), plutôt que de fondre des éléments des deux premiers avec (10) Comme le veut H. Lewy (Chaldaean Oracles, p. 273, n. 53). le troisième » (Harvard Theol. Rev., LIV, 1961, p. 267). (11) Cf, H. Lewy, ibid., p. 275, n. 65. (17) H. Lewy, Chaldaean Oracles, p. 65. (12) G, Kroll, o.c., p. 26; cf. H. Lewy, exc. I (p. 443-447): « Façon (18) Id., ibid.; cf. A, D, Nock, R. E. A., XXX, 1928, p. 290. néoplatonicienne de citer les Oracles. » (19) Cf. J. Bidez, in J. Bidez-F, Cumont, Les Mages hellénisés, (13) Wilamowitz aussi indique les Oracles comme source de Sy- Paris, 1938, 1, p. 163; mais H. Lewy ne connait aucune preuve qu'il nésius; cf. ses Kleine Schriften, Berlin, II, 1941, p. 177 (= Sitzungsb. ait existé une monographie de Proclus sur jes Oracles chaldaiques Berlin, 1907, p. 284), n. 1. Voir surtout W. Theiler, Die chaldäischen (Ch. Or., p. 29, n, 24). o

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Les« Mystères d'Egypte> de Jamblique et les «Oracles chaldaiques » commence ainsi: Autophanès, alokheutos, .asómatos ¿dé t' aiilos (20), ce que P. Batiffol traduit: « 11 (ce feu superpar Proclus applique empélasas au mortel illuminé par le feu d’en-haut. L’énidruousa tots théois (« fondant sur les dieux ») de la p. 238, 4, qu'il faut rapprocher de la formule de Jamblique citée par Damascius (II 8, 26: én ‘ céleste) tire sa clarté de lui-même, il n'est pas né, il est incorporel, immatériel » (21). Les éditeurs rapprochent de ce début un cas du De mysteriis (II 10; p. 92, 11 Parhey), tés autophanots deixéôs. Mais il faudrait citer ir tdi Dis... hidruménèn) rappelle davantage Plotin, hidrásai én théôi (cf. Ennéades, IV 8, 1, 5) (27), et même Platon, én théois... hidrüsthai (Théétète, 176 a 6); mais p. 239, 7-11, la séquence trinitaire «amour, espérance, foi», érôta, élpida, pistin, semble d'origine chaldaïque (28); de même surtout I 12 (p. 40, 17 P.); autophanés gar tis esti kai autothélés (leçon de VM) hè dia tôn klèséôn ellampsis, dans le passage où Jamblique répond à l'objection de Porphyre (ap. Eusèbe, P. E., V 10, 10; I 244, 6-10 Mras): les évocations supposeraient chez les dieux des passions. le « vrombissement », rhoizos, terme technique pour le son émis par les astres au cours de leur révolution: des Alors que les Chaldéens entendaient par autophanès le textes comme De m. III 9 (p. 119, 3 P.), tas apo tön kinedieu « apparaissant personnellement », Jamblique l’interprète d’une apparition volontaire, comme IV 3, p. 185, 7, authairétos (22); je traduirais: « l'illumination par les évocations luit d'elle-même, par un libre vouloir ». L'autre parallèle est Théos. 27, v. 8, où orinôn phôti séauton est à rapprocher de l'héauton exélampsén de De myst. VIII sé6n rhoizouménas... phönas, ou III 2 (p. 104, 1 P.), rhoizouménou... én tói éisiénai, correspondent a) à Théos. n. 13 Buresch et Erbse, v. 10, (erpôn héiligdèn,) rhoizoumenos (29); au début du morceau cité par Proclus In Parmen., 800, 11 Cousin’, noûs patros erroizese (p. 23 K.); c) au rhoizoúntai du v. 9 (30); tout ici, même le fragment de la Theosophia, parait chaldaique. Ailleurs on hésite entre «chaldaique» et «orphique»; ainsi, à propos des qua- 2 (p. 262, 3 P.); H. Lewy insiste avec raison sur la valeur de ce réfléchi pour marquer l’activité de l’Etre suprême (23); on peut ajouter l'ho patèr héauton hèrpasén (« peutêtre faut-il lire hérpassén héauton ») que W. Kroll tire de Psellus, P. G., 122, 1154 a (24). Voici d'autres points de contact. Tout le chapitre 26 du livre V du De mysteriis traite de la prière. Proclus, qui tre vers cités comme logia par Lydus, De mensibus (III 8, p. 41,7 Wünsch; p. 9-10 Kroll), dont le dernier est attribué à « Orphée » par Olympiodore (/n Alcib., p. 19, 7 Creuzer; p. 15 Westerink), et figure á ce titre parmi les Orphicorum fragmenta d'O. Kern (n° 353), au milieu, il est vrai, des spuria vel dubia; l'explication de Psellus (1137 a) prouverait l'origine chaldéenne (31). se recommande de Jamblique, en distingue cinq degrés (25); le quatrième est l'approche», empélasis, qui est le parle dans le De comm. math. scientia (ch. 8; p. 33, 22-23 Faut-il prêter au De mysteriis le dualisme mazdéen? Oui, si les « antidieux » de III 31 (p. 177, 17 P.) sont les Festa) de l’approche intuitive (kat’épibolén pélazousès) esprits du mal et si leur «grand chef» (III 30; p. 175, 7 P.) premier des trois degrés du De mysteriis (26); Jamblique supérieure 4 la connaissance discursive; or, le logion cité (26) Cf. G. Kroll, De oraculis, p, 53 (d'après Proclus, L c.). (27) Cf. H. Lewy, o.c., p. 197, n. 86; p, 375, n. 241 fin, (28) Cf. G. Kroll, p. 26; H. Lewy, p. 144 et n, 291. Sur l'éfpis, cf. (20) Fr. 21 Buresch et Erbse, v. 1 (p. 172, 10 Erbse); cf. G. Wolff, Pp. 238, n. 6. (21) Cf. P. Batiffol, in Revue Biblique, N.S., XIII, 1916, p. 183. (22) Cf. H, Lewy, Ch. Or., p. 468, n. 8. (23) Ibid., p, 101, n. 146; p. 327, n, 55; p. 403, n. 9. (24) De orac. ch. p. 12 (paralleles ibid., n. 2). (25) Proclus, In-Tim., 1, 211, 20 Diehl; cf. Gregorianum, XLI, 1960, II 6 (p. 83, 3 sqq., P.). re . . (29) Cf. le dinön rhoizöi de Poimandrès, 11 (p. 10, 6 Nock-Festugière); et H. Lewy, p. 19, n. 46, ad v. 10. (30) Traduction du fragment ap. A.-J, Festugière, Révélation, 111, (31) Cf. H. Lewy, Ch. Or., p. 267, n. 25, eo.

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est Ahriman (32); la lutte des bons et des mauvais dé mons est celle de la lumière et des ténèbres (III 31; p. 176, 8-9 P.), donc d’Ormuzd et d’Ahriman (33). En dépendance des Oracles chaldaiques, le De mysteriis « enseigne que, par la théurgie, on peut atteindre à la ‘vue corporelle, non pas sans doute du Dieu suprême, mais de son Fils et des dieux inférieurs » (34). Cette triade en rappelle une autre, celle que, aprés J. Bidez, le P. Festugière a dégagée d'un passage de Simplicius (In De caelo II 1, 284 a 14; p. 375, 9 sqq. Heiberg) en rapprochant les deux vers séparés par la formule « au dire de l’oracle », kata to logion: « comme un diaphragme doué d’intelligence, il (le principe diversifiant et unifiant) sépare le feu premier et le second qui tendent a se méler » (35). Même si elle s'exprime rarement dans la terminologie, une influence générale des Oracles chaldaïques sur le De mysteriis paraît indéniable. — Les Mystères d'Égyple de Jamblique et les Oracles chaldaïques : Oikou- ~ mene (cf, Mélanges) 455-460. | Même si elle s'exprime rarement dans la termi- _ nologie, une influence générale des Oracles chaldalques sur le De mysteriis paraît indéniable. - (32) Cf. F. Cumont, Ler Religions orientaies...4, Paris, 1929, p. 278, n. 49; J, Bidez-F. Cumont, Les Mages hellénisés, II, p. 280, n. 3. (33) Cf. H. Lewy, Ch. Or., p. 284, (34) A.-J. Festugière, La Révélation d'Hermès Trismégiste, 12, Paris, 1950, p. 267, n. 1 (citant G, Kroll, De or. ch., p. 55 sv.; J, Bidez, _ La Vie de l'empereur Julien, Paris, 1930, p. 3 sv). * | (35) A.-J. Festugière, in Symbolae Osloenses, XXVI, 1948, p. 75-77; . cf. Révélation, IN, p. 54 et n. 1, 57 et n. 5. J. Bidez avait cru voir. dans l'hypézôkôs tis «un faux dieu des Oracles chaldaiques» (Revue de "Philologie, 1903,