Afficher le texte intégral6 pages
Page 1
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)Ss x La
DE LATE Al
\ AS
âme, formé d’une mixture de feu et d’eau, est constitué
par des éléments où des cellules (mépea), prises à toutes
les parties des corps des deux procréateurs (6-7). Lorsque,
LES HARMONIES DANS
pat suite du manque de place ou d’un défaut de nutrition,
ces cellules ne peuvent plus se développer, elles émigrent
|
dans un endroit plus favorable à leur épanouissement
et elles fusionnent dans la matrice, lors de Pacte de la
conception. Voici, d’après la dernière édition de Diels!,
le texte où se trouve exposée cette théorie et où apparaît
L’EMBRYOLOGIE HIPPOCRATIQUE
PAR
(relevée en caractères espacés), la doctrine que je voudrais
A. DELATTE
commenter.
xpóvov dì rogoùtov éxaorov Tv abrny rafıv exer, dy pe
lA
L'un des traités hippocratiques les plus riches de substance et les plus intéressants pour la reconstitution de
LA
1
$
td
»
>
Al
|
/
8
x
>
4
La
>
a
ES
eo
,
2
#
[4
€
[4
19
=
là
~
de Kai cuppioyerat - Exactov pev yap ÖLaxpiveras Tpúra,
dua
de
Kal
pavra
10
ovppioyera
|‘ xwpnv
kai
ruxóvra
dé
apeidppovins
opbFs
2
a
éxovons cvudwvias Tpels ovAAGB87>»,
SeeEtov
Sta
rovéwv
[we
Kai
adferaı
roioıv abroicıvoloimep kai mpoaberv.
a
/
Av dt un TUXN THs
dwva
ra
Y
TH
Dans les chapitres 6-31, l’auteur s’occupe d’embryologie.
dv
Il y montre comment le fétus se développe du sperme,
1
da
~
vov
más
20
6
Es
y
hal
=
évos
paTatos
*
#
adA’
petov
Seurepn
TH
TOVOS
To
2
avnofecı yeynraı
mavrös,
mpocaciaat
pélovos
parfois tout simplement appelé de ce nom?. Le spermerotary
a
précisément sur de tels parallèles.
est,
Bapéa
1
appovins pyde
Ev TH TpwTH cvppwvin
15
obscure jusqu'ici et en proposer une explication basée
+
amoyevopéyap
ék
tod
apeißeı
mpo
N
ov
poipns,
”
de
SrL où ywwakouduw, 6 TL ToLodaW. apaévwv pev'odv Kat
,
=
OnAéwv Sid7 ékarepa yiverar, mpoiövrı TH Adyal SnAwW'
ow
.
ld
ToUuTwv
\
e
dé
|
160
1. Fragmente der Vorsokratiker®, p. 106,
161
i
/
OMOTEPOV
Hippokratea, dans les Studies in clas. Philology, XXV, 1914.
2, Heidel, op. et., p. 157.
w
à]
THY menpwpevnv poîpav, radra Siaxpiverat mpüra, dpa
étude, attirer l'attention sur une théorie qui est restée
1. Fredrich, Hippokrat. Untersuchungen, dans les Philol. Unters., XV, 1899; Heidel,
#
e
=
=
cette courte
(Yuxn) et, qui plus
x
‘
kal avdyxns Suwxdpeva * óxórepa È av mporepov exadnon
abstruse, a souvent besoin d’être interprété à la lumière
avec lame
>
x
xwpnv, Onrea kai dpoeva, Tov atrov Tpomov tro Bins
volontairement énigmatique et gonflé d’une terminologie
lequel est identifié
s
Y
pyrkioroy trav Ouvar@v. émeurer apeiBer és tHv pélova
écrit dans une langue
dans
@
ul
”
livre de Pouvrage sur le Régime (wepi diairns, de vichn).
Utilisé depuis longtemps, à cause des théories héraclitiques dont il est gros, pour l’enrichissement de notre
compréhension de l’Obscur penseur, il a révélé, après
les études de Fredrich et de Heidel +, une foule de parallèles
avec d’autres systèmes philosophiques du VIS et du
de ces rapprochements. Je voudrais,
a
,
pyrére Géxmrau y xwpn pude Tpobmv txavynv éxy és TO
la philosophie présocratique est, sans conteste, le premier
Ve siècles. Lui-même, d’ailleurs,
A
,
n
Page 2
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)x
»
¿éA0ov
Kat
kuveîrar
Uo
#
~
TÚXD TIS
To
€
La
e
4
LA
A2ppovins, vypov €or
mupos . kiveouevoy
de
Cwrupetrar
Kal mpoodyerac Ty tpodnv aro Tüv ectorrwy és Tv
yuvaika oitwy Kat mvedparos.
s’embrase et extrait la nourriture des aliments et de Pair
introduits dans la femme. »
|
Il ressort avec certitude de ce texte, avant plus ample
examen, que l’auteur compare le développement du fétus
à l’exécution d’un chant ou d’un air de musique, et, sans
2 Séxnrat y xépn nde rpodq M: déxqra: n poi nde xwpnr O quod recipit
Fredrich emend. rpo$7 : d€xnras (scil. 7 ragıs) [9 xwpi gloss.] pydé rpodn» Heidel;
sed cfr §§ 6 et 7. 3 pélova O: &w M. 5 óxórepa @: öoa M. 12 ovrep M. 14-15
yévgra
perni ovubuwvine È [Gv M ] de Seurépn: yeveoıs [je add. M] ro Bia mavrés O
M : corr. Fredrich. 16 évós M : rıwös O. 19-20 rpoporprjoa: or: O, 22 av M: qu ©.
24 xiveouévov O. 26 rvesparos O. : mveunarw M.
doute, le fétus lui-même à un instrument de musique.
Pour lui, Paccordement parfait (¿puovia) d’un instrument
comporte trois accords ou symphonies (ouygwvia: Tpeis),
qu’il designe plus loin par les mots : le premier, le second
Je traduis, en modifiant la traduction de Littré de
et celui qui s’étend à l’ensemble. Nul doute qu’il vise ici
facon à suivre le texte de Diels, et en notant le caractère
provisoire de la traduction de l’endroit souligné :
les accords de quarte (communément appelé dia recodpwr),
« Chaque élément (cellule) conserve le méme
rang
de quinte (à mévre) et d'octave (Sd mao&). Si un ton
manque ou si les cordes des sons graves sont mal accordées
à celles des sons aigus pour former l’un ou Pautre de ces
jusqu’à ce que la place ne s’y prête plus et qu’il n’ait plus
une nourriture suffisante au plus grand développement
accords, l’air de musique est faux.
possible. Ensuite les éléments passent 4 la place plus grande,
mâles et femelles, poussés de même façon par la force
gation que j’ai placés dans la traduction : j’ai voulu par là
et la nécessité. Ceux de ces deux groupes (d’éléments)
qui ont d’abord achevé le développement qui leur était
On aura remarqué les points de suspension et d’interroattirer attention sur le mauvais état du texte. On observera
que la phrase commence par deux participes au neutre
assigné se séparent les premiers et en méme temps fusionpluriel
(¿ueipavra,
nent; car chaque élément se sépare d’abord et en méme
participe
temps fusionne. Après qu'ils ont changé de place et trouvé
présente deux verbes au singulier. Que le sujet soit le
un juste accordement qui comporte trois accords a la suite...
substantif auquel se rapportent les premiers participes
(un élément ?) passant a travers tous (les accords) vit et s'accroît
(à savoir pépea tod owuaros, les cellules), ou celui qui
par les mêmes moyens qu'auparavant. Mais s’ils ne trouvent pas
détermine Sceftov,
au
ruxóvra),
neutre
qu’elle
singulier
dans
l’un
continue
(SÉ),
comme
puis
par
un
qu’elle
dans l’autre
cas
Paccordement et si les sons graves n’ont pas de symphonic
lun des deux groupes de participes reste sans fonction
avec les aigus dans le premier accord ou dans le second
dans la phrase. Qu'est-ce, d’ailleurs, que cet être qui passe
ou dans celui qui s’étend à l’ensemble, tout l’air de musique,
à travers tous les accords? Et à quoi rattacher ovAA5Bômr?
si un seul ton fait défaut, est vain, car il ne saurait y avoir
Si c’est à exovons, comme le veut Diels, qu'est-ce qu’un
concert; mais il passe du plus grand au plus petit avant
accordement qui comporte 4 Ja suite tous les accords
?
la destinée (l’ordre assigné); aussi, ne sait-on pas ce que
Si c'est, comme le croient les autres éditeurs
et comlon fait. Pour quelle raison chacun des sexes, mâle et
mentateurs (Fredrich p. ex.), à Scefiov, que signifie passer
femelle, est produit, je l’exposerai dans la suite de l’ouvrage.
à la suite ou d’un trait à travers les accords ? Aussi a-t-on
Mais quel que soit celui qui se trouve arriver et qui rencontre
songé à corriger dtefidv des bons manuscrits (9 M), — le
Paccordement, étant humide, il est ma par le feu; mi, il
Siefiuv des
manuscrits récents adopté par Kühn étant
Page 3
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)plus inexplicable encore, — en Sefiosoas (Mack)
Mais quelle est, dans le domaine de la physiologie,
mais, alors, les accords passeraient à travers eux-mêmes (!);
la signification de cette image tirée de la musique? C’est ce
même sujet que les autres participes : certaines des objecqu'il est impossible d’apercevoir dans le texte méme du
De vietu. Un passage d’un autre ouvrage du Corpus hippotions soulevées plus haut ne sont pas levées par cette
cratique, le De septimestri partu, c. 9, qui fait allusion,
conjecture;
en
lui aussi, à une théorie
dieferpe
eiui,
en Scefidvra (Van
(de
der Linden,
Segsv
Ermerins),
qui aurait le
(Littré), qui serait le participe de
être),
verbe
qui
n’existe
pas.
Cette
de l’accordement de la grossesse,
est de nature à jeter quelque lumière sur ce problème.
dernière conjecture visait peut-être à obtenir un accusatif
« Pour les femmes, dit-il, les conceptions, les avortements
absolu, mais comme, d’autre part, Littré traduit comme
et les accouchements se jugent de la même façon que les
s’il y avait dans son texte Setióv (« parcourant »), on peut
maladies, la santé et la mort chez les autres personnes.
se demander si ce n’est pas là une simple erreur de copie.
Tout cela donne des signes, soit par jours, soit par mois,
La solution des difficultés me paraît beaucoup plus simple.
soit par quarantaines de jours, soit par années... En général,
Je propose de voir dans le passage abimé les noms des
lesjours les plus significatifs sont le premier et le septiéme,
trois accords principaux que distinguait la musique antique;
tant pour les maladies que pour les fétus... Le médecin...
non, à vrai dire, les
j'ai
doit avoir l’œil sur tous les jours impairs et, parmi les
dénominations
courantes
que
anciennes
pairs, sur le quatorzième, le vingt-huitième et le quarantequi sont attestées par divers auteurs. Je lirais donc, au
deuxième. En effet, c’est là la limite mise par quelques-uns
lieu
di
à la proportion de Paccordement, et C'est le nombre aprıoguns
de la
(produit par les pairs?) et parfait; pour quelle raison,
citées
plus
de
haut,
mais
ovAAnBönv
oferdy,
da racéwv,
dppovin
:
des
Sictióv
qui
appellations plus
Bid
sont les
racéwv :
ovMaBir,
ouupwvia
rpeis
ces
C'est ce qu’il serait trop long d’expliquer. I/ faut baser
termes, en effet, que Philolaos les désignait encore dans
ses observations sur les triades et les tétrades de jours, les triades
un passage qui a été conservé par Nicomaque et par Stobée
en les joignant toutes, les tétrades en les joignant deux a deux
(fr. 6 Diels), c’est-à-dire, sous leur forme dorienne, cvAdafà,
et en les accouplant deux à deux. »1
la
quarte, la
quinte, l’octave.
C'est
par
du’ oferdv, Sua wacdy Ou dppovia. Nicomaque dans les Har-
A côté des nouveaux problèmes que pose l’interprétation
moniques, 9, Aristide Quintilien, De Musical, p. 17, Porphyre,
de ce texte et que nous examinerons plus loin, nous décou-
In Ptolem. harm., p. 370, nous avertissent
plus
vrons ici un élément propre 4 éclairer le passage du De
anciens
theoriciens
de
la
que les
musique appelaient la quarte
vieta. Nous y voyons apparaitre, exprimée toutefois en
ovAAaßr, la quinte Su? oferav (Su? öfeiav Porphyre, &ioéeïa Aristermes encore hermétiques, une théorie de la proportion
tide), et donnaient le nom de dppovia à Poctave, dıa racó».
de Paccordement appliquée tout à la fois à la nosologie
L'auteur du De vieta se trouve donc au même stade que Phiet 4 l’embryologie, et basée sur les nombres de jours
lolaos, chez qui le nouveau nom de Poctave, 34 ravá» apdu développement de la maladie ou de la grossesse, ou
paraît à côté de dppovia, le nom ancien; mais tous deux
plutôt sur les rapports de ces nombres. Nous croyons
auraient conservé les noms anciens des deux autres accords !.
pouvoir deviner que, pour l’auteur du De victm, ce qui
1. J'avais proposé cette correction au regretté Diels, qui Pa acceptée dans ses
Nachträge aux Fragm. der Vorsokratiker, p. XXVI.
164
correspond aux longueurs de corde qui produisent les
t. Trad. Littré, que j'ai légèrement retouchée pour mieux l’adaprer au texte.
Page 4
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)accords de l’instrument de musique, ce sont les nombres
de jours que comportent les diverses périodes du développement du fétus. Mais ce ne serait là qu’une simple conjecture, si certains textes étrangers ne venaient lui donner
Pythagore, dit-il, admet deux types de grossesse, l’un
de sept mois, qui s’achéve en deux cent dix jours, l’autre
de dix mois, qui amène le fétus à terme au bout de deux cent
soixante-quatorze jours. Pour que le fétus, dans le premier
un appui, cn méme temps qu’un éclaircissement des plus
nécessaire. Ces textes sont empruntés à la littérature
pythagoricienne
!. On sait que les Pythagoriciens anciens
cas, arrive à prendre l’apparence humaine, il doit passer
se sont occupés de la médecine et des sciences naturelles
pendant les huit suivants, cette humeur se change en sang,
par quatre périodes de transformation : pendant les six
premiers jours, le sperme se mue en humeur laiteuse;
après avoir trouvé son achèvement selon les proportions
puis aprés neuf autres jours en chair; douze jours après,
apparait la forme humaine. Or, ces nombres forment
une proportion musicale, le rapport de 6 4 8 étant celui
de l'accord de quarte, comme la quinte est donnée par
le rapport de 6 à 9 et l’octave par celui de 6 à 12. Si Pon
multiplie la somme de ces nombres, soit 35, par 6, le
nombre de la première période, le fundamentum gignendi,
qui ‘est en même temps un nombre parfait, on obtient le
de l’accordement («ara roùs THs dppovias Adyous), en sept,
nombre de jours de la grossesse, 210. Dans la grossesse
qui en forment la préparation, et en constituent l’armature ?,
et on ne sera pas surpris que ce soit la même catégorie
de sources qui nous a fourni la suggestion: et la matière
de la correction proposée ci-dessus, qui nous donne aussi
les éléments propres à expliquer la doctrine hippocratique.
D’après
les
Pythagoriciens
d’Alexandre
Polyhistor,
sur le rapport de Diogéne Laërce VIII, 29°, « le fetus
toutes les proportions de la vie. Quand celles-ci s’ende dix mois, la première période comprend sept jours
au lieu de six, et la somme des nombres des jours critiques
chainent, il se conserve selon les proportions de l’accordes’eleve à quarante environ.
huit ou, au maximum, dix mois, est enfanté. Il a en lui
ment, chacune de celles-là se produisant au temps fixé. »
On trouve des théories semblables, enrichies de spécula-
La doctrine est ici encore, peu claire : un point est certain,
tions eimsdem farinae dans Plutarque, De an. procr. in Timato,
c'est que le développement du fétus comporte un certain
nombre de périodes bien déterminées qui ont entre elles
des rapports harmoniques. Mais la théorie est heureusement
exposée de façon beaucoup plus claire par, Censorinus,
De die natali, y et 11, d’après Varron, qui s'était occupé
de cette question dans son Tubero sive de origine humana.
1. Fredrich, op. eit., p. 159 avait déjà remarqué que cette doctrine devait ètre
sortie d’une tête de Pythagoricien et il avait rapproché seulement le texte de Sextus
Empiricus IV, 6, qui sera cité plus bas.
2. Cfr ma Vie de Pythagore de Diogéne Laerce (Bruxelles, 1922), pp. 172, 233 ss.
Qu’il suffise de rappeler les noms de Alcméon, Hippon, Philolaos (pour ce dernier
Diels, Vorsokr. *, A, 27, p. 308).
.
3. Sur l’âge de ces doctrines, cfr Wellmann, Eine pyibagor, Urkunde des
IV. Jabr-
12, Sextus Empiricus, Adv. math. IV, 6, et chez l’auteur des
Theolog. Arithm., pp. 39 et 47 Ast (so et 63 De Falco),
qui citent tous trois les Pythagoriciens; dans Proclus,
In Remp. II, p. 34 (Adyor ovupovos), qui les attribue à
Empédocle, Aristide Quintilien, De musica III, 142
(ápuovixol Agyor), Anatolius, p. 8 Heiberg, et jusque chez
le byzantin Pediasimos, pp. 16 sq. Cumont! (p. 5 De Falco).
Les Pythagoriciens, d’ailleurs, ne s’étaient pas borné a
chercher dans la musique les lois de l’embryologie; ils avaient
aussi fait appel à leurs sciences favorites, l’arithmétique et la
géométrie, comme on le voit dans Proclus, ¿bid., pp. 26
bunderts v. Chr., dans Hermes, 1919, pp. 225 ss., et ma Vie de Pythagore de D. L.,
pp.
1. Revue belge de Philol. et d'Histoire, 1923.
Page 5
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)et 33 (cfr p. 35), et dans une Scholie homérique T 1191.
De l’étude de ces textes, il ressort que le fétus ne conserve
vie et n’atrive à terme que lorsque ses développements
successifs se produisent 4 des dates fixes calculées en
nombres de jours qui ont entre eux des rapports harmo-
Il faut sans doute chercher dans une autre direction
et c’est le moment d’aborder le dernier problème que
posent ces textes si obscurs. L’extrait du De septimestri
partu que j'ai cité plus haut se termine, en effet, par cette
phrase énigmatique: Bewpeiv Sì xpn odrws Tpidor Te Kal
niques. S'ils se produisent à d’autres dates, si les périodes
TeTpact, Tails pev Tpidor Évrmupévus amdoats, tais de Terpaoı
sont trop longues ou trop brèves, le fétus meurt. C’est
ce que l’auteur du De victy entend par harmonie faussée :
Svo pev Tapa dúo ovvnppevats, dio dt mapa do ouvefevypevats,
le fétus « passe du plus grand au plus petit avant le moment
On a vu plus haut la traduction de Littré, que j’ai essentiellement respectée. Voici celle de Van der Linden, qui
fix&
corrige ovvnupévais
(mp6 potpys) »
L’emploi
de cette périphrase pour
désigner l’avortement ne surprendra pas, si l’on sait que
l’auteur a décrit précédemment (c. 4), la mort comme un
en dovvnuuévais :
ternariis quidem
comme un nombre parfait, comme produit par des nomomnibus copulatis, quaternariis autem duobus disiunctis, duobus
connexis ; celle de Kühn : fernariis quidem omnibus copulatis,
quaternariis vero duobus ad duos connexis et duobus ad duos
coniugatis. Ermerins traduit : fermariis quidem omnibus coniunctis, quaternariis vero alternis vicibus duobus coniunctis, duobus
copulatis, et interprète : Non est tamen adeo obscurus ut non
intelligi possit : docet in dierum criticorum serie omnes dies
bres pairs (à supposer qu’on doive traduire ainsi épriopuys,
impares esse computandos rais pèv Tpiäor Evvnupévass amaoaıs :
qui est un hapax), et comme la limite de la proportion
ergo
amoindrissement et une décroissance,
Il reste à expliquer quelques obscurités du texte du
De septimestri partu que j'ai cité plus haut. Il y est dit,
d’abord, que le nombre 42 est considéré par certains
de l’harmonie. J’ai cherché en vain trace d’une telle théorie
dans tous les auteurs anciens qui ont conservé des fragments de l’arithmologie pythagoricienne.
Pourquoi le nombre 42 est-il déclaré parfait? L’arithmétique ancienne appelait rélaos un nombre formé
de la somme de ses parties aliquotes, tel le nombre 6
(= & + 3 + è de 6, Nicomaque, Intr. Arithm., I, 16).
Le nombre 42 ne remplit pas cette condition. S’il fallait
chercher la raison pour laquelle il est appelé patfait, dans
Parithmétique, je songerais au fait qu’il est le produit
de 6 et 7, l’arithmologie pythagoricienne regorgeant de
speculations sur les propriétés mystiques de ces nombres.
Mais à cela paraît s’opposer la mention de sa qualité
d’aprioduns 2,
Ä
r
I
—
di
2
3
NN
4
5
6
7
8
9
1011 cel.
Sed in diebus paribus computatio facienda per rerpaèas —
ovvelevyuévas. Quod quomodo faciendum sit, docent ipsi dies
indicati 14% 28%8 428, Itaque
fr
v
y
123 4 5 6 7 8 9 1011121314
m
=
Y
Cc
ep
15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28
29 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 41 42
Pythagoreer (Halle, 1923), pp. 150-157, a reconstitué une théorie de l’acoustique,
antérieure à Platon et reprise par Aristoxène, dans laquelle le nombre 42 joue un
rôle. D’après cette théorie, du type physique sensualiste, le plus petit intervalle
musical est la différence entre le quart de ton enharmonique (représenté par
quatre unités) et le quart de ton chromatique (trois unités): c'est'un douzième
1. Cfr Cumont, Rer. belge de Philol. et d’ Histoire, 1923, p. 20.
de ton. Dans ces conditions, la quarte correspond à trente unités et la quinte à
2. Une autre hypothèse pourrait venir à l’esprit. E. Frank dans Plato und die sogen.
quarante deux, Mais on ne saisit pas bien le rapport avec le texte hippocratique.
Page 6
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)Nempe
rpiddes
et rerpddes Évvnupévai
eae sunt in quibus
tertius aut quartus Simul est dies primus sequentis Tpiádos
s. rerpdôos ; contra ovvelevypévar in quibus dies qui excipit
integram rpıada 5. rerpada antecedentem primus est subsequentis.
Est autem Sio mapa Suo alternis vicibus.
L’explication est séduisante, surtout si
l’on observe
que chaque groupe de quaternaires ainsi disposés constitue,
en réalité, un septénaire, que l’auteur du De sept. partu
met surtout en évidence les nombres 7, 14, 28, 42, et
que l’ensemble de ces groupes, aboutissant précisément
au fameux nombre 42, forme six septénaires. On connaît
c’est qu’on peut considérer les doctrines pythagoriciennes
dont nous avons tiré les éclaircissements nécessaires,
et qui ne nous sont connues que par des temoignages
tardifs, comme appartenant à l’ancien pythagorisme.
On ne peut penser, en effet, que les Pythagoriciens postérieurs
se
soient inspirés des œuvres hippocratiques;
dans celles-ci la doctrine est obscure et d’ailleurs l’auteur
du De septim. partu invoque une autorité étrangère. D'autre
part, les spéculations arithmétiques et harmoniques sont
propres au pythagorisme ainsi que l’habitude de transférer
les lois de ces sciences dans les autres domaines de Pétude
de la nature !. Il est donc fort vraisemblable que nous avons
la valeur zoogonique du nombre 6.
Je me demande pourtant si cette terminologie n’est pas
empruntée à la théorie des proportions. Les mathématiciens
découvert dans les ouvrages hippocratiques une nouvelle
trace d'influence de l’École de médecine italique.
anciens distinguent des proportions (dvadoyiat) ovrnppevaı
Ou ovvexeis et dreLevypévar, Srexeis Ou Gimpnuévar (Aristote,
en”
Vi. MELANSES
Pari TOR S
Eth. Nie. V, 3 (6), 9,
Nicomaque, Inf. arithm. 11,
21, Euclide, Theon, Psellos, etc.). Dans les premières,
le méme nombre sert 4 la fois de second et de troisiéme
terme, ou, si lon veut, de moyen terme (1 : 2: 3); dans les
autres, les rapports comportent quatre termes différents
(xs
2 12 4: 8)
Les tétrades hippocratiques seraient groupées alternativement en rapports continus et en rapports disjoints.
1:4: 7 est formé de deux tétrades (1 - 4 et 4 - 7), en rapport
continu; elles constituent une
dvadoyia
ouvmupévn; de
même 8 : 11 : 14, ctc. Mais la série des tétrades alignées
par Ermerins, envisagée sous un autre aspect, peut être
regardée comme constituée par des avadoyiar delevyuévas
4:7::8:11;
de méme 11 :14:: 15:18, etc. Si ce rapprochement avait quelque valeur, il conviendrait alors de
proposer
de
corriger
ouvelevyuévais
en
Brebeuyuévais.
Mais cela paraîtra sans doute trop hardi.
.L’étude des théories de l’accordement de l’embryologie
hippocratique nous mène encore à une autre conclusion :
170
1. C'est parce que je considérais la théorie des accordements de la grossesse
comme appartenant à l’ancien pythagorisme que j'avais suggéré à Diels (Nachträge,
p. XXXII) que la citation d’Empédocle dans Proclus pourrait bien comprendre
l'explication par les proportions harmoniques,