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L'apport d’Origéne
pour la connaissance de la philosophie grecque
Gilles Dorival
Université de Provence
La tradition directe des écrits philosophiques grecs a bien souvent disparu.
Qu’on songe aux présocratiques, aux anciens stoiciens, aux cyniques, a
Epicure. On ne connait la plupart de leurs ouvrages que par les citations qu’en
ont données à travers les siècles des auteurs très divers: des philosophes
comme Plutarque de Chéronée ou Proclos, des médecins comme Galien, des
sophistes comme Athénée, des biographes comme Diogène Laérce, des
auteurs de manuels de philosophie comme Jean de Stobi ou Aetios, mais aussi
des auteurs ecclésiastiques soucieux de réfuter ou d'utiliser les philosophes.
Les Pères grecs les plus riches en citations sont probablement Clément
d'Alexandrie, l’auteur de l'Élenchos contre toutes les hérésies, Eusèbe de
Césarée et Némésios d’Emése. Quel est l’apport propre d’Origène en matière
de citations philosophiques paiennes?
Voila le premier point que je voudrais
traiter.
Il ne s’agit donc pas ici de se demander quels sont les éléments platoniciens, aristotéliciens ou stoiciens de la pensée d’Origéne.
La question a été
souvent traitée, et bien traitée.! Mon propos est exactement inverse:
il
consiste à s’interroger sur les renseignements qu’Origéne apporte sur le
platonisme, l'aristotélisme, le stoicisme et les autres écoles philosophiques
grecques.
I] s’agit donc d'envisager Origéne comme une sorte de doxographe
et de l’apprécier à ce premier niveau de réflexion.
Est-il possible d’aller plus loin?
Peut-on voir dans l’œuvre d'Origène
une voie d’accés privilégiée au platonisme de son temps? Tel est le deuxième
point que j'aborderai.
Beaucoup de spécialistes ont tenté de démontrer
qu'Origène permettait de reconstituer l’enseignement d’Ammonios Saccas
ou même que son système philosophique était caractéristique du moyen
platonisme.
Ont-ils raison?
Ne faut-il pas plutôt penser à un apport plus
restreint, limité à quelques éléments de la pensée du moyen platonisme?
Un dernier apport d’Origene pour la connaissance de la philosophie
grecque doit être souligné. Il fera l’objet du dernier point de mon exposé. Bien
qu'il soit d’une grande importance, il n’a été que trop rarement reconnu et
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décrit par les spécialistes.
En quoi consiste-t-il?
En ceci:
Origène est un
témoin précieux pour mieux connaître les modes d'écriture, de rédaction, de
composition, à l’œuvre dans la tradition philosophique scolaire.
1. ORIGÈNE CITATEUR
Presque toutes les citations explicites d’Origéne se trouvent dans le Contre
Celse.
Dans ses autres œuvres, il y a bien des citations, mais elles proviennent
Page 2
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)presque exclusivement des Ecritures.
C'est ainsi que, malgré son titre qui
Vinscrit dans la tradition philosophique grecque? le Traité des Principes offre
plus de 600 citations scripturaires et ne contient aucune ~éférence philosophique—ce qui ne signific pas que l’on ne puisse pas opérer de rapprochements
avec les philosophes—; il y a seulement des indications vagues ct, somme
toute, peu fréquentes du type «les auteurs grecs disent que»: c’est que la visée
du Traité des Principes n’est pas de nature philosophique, même si elle n'est
pas étrangère à la philosophie.* Le Contre Celse, lui, est la réfutation d'un
texte philosophique:
il est normal qu'il contienne des citations de philosophes
en relativement grand nombre.
exceptionnelle:
Ailleurs la présence des philosophes est
il est question de Platon dans les Stromates composés à
Alexandrie,” d’Aristote et d’Hérophile dans les Commentaires sur les Psaumes
écrits à Césarée de Palestine, de Mousonios (Roufos) dans les Scholies sur les
Psaumes SA partie inédites et composées par Origène probablement 4
la fin
Origène et la philosophie grecque
191
des citations d'Héraclite: il s’agit des fragments B 78, B 79 et B 80.17 C'est dire
l'apport significatif de l’adversaire d’Origene.
Les auteurs des Vorsokratiker ne signalent pas que Celse cite le vers 6
du fragment B 115 des Catharmes d'Empédocle'*—connu il est vrai par les
témoignages plus complets de Plutarque, de l'auteur de VÉlenchos et de
Plotin.!9 Ailleurs, Origène confie que Celse fait souvent mention d’Empédocle.20 En réalité, il n’y a que l’extrait signalé: signe qu'Origéne ne donne pas
l'intégralité du Discours vrai.
C'est encore Celse qui rapporte les paroles héroiques d'Anaxarque à
l'instant de mourir dans des conditions atroces, broyé dans un mortier.* Ce
témoignage de Celse via Origène n’est pas non plus signalé par les auteurs des
Vorsokratiker dans la notice qu’ils consacrent au philosophe d’Abdère, élève
de Démocrite, qui vécut au 4e siècle et fut le maître de Pyrrhon.”
de sa vie.
1.A.2
LA
Les citations de Celse
Une fraction non négligeable des citations de philosophes qui se trouvent
dans le Contre Celse est en fait présente dans les extraits du Discours vrai de
Celse que donne Origène.
1.4.1
Platon
A l'exception d’une allusion à Zenon?? et de la célèbre anecdote sur le
Les présocratiques?
sang-froid d'Épictète au moment où son maitre lui brisait la jambe,? Celse ne cite, en dehors des présocratiques, que le seul Platon—du moins dans
les fragments conservés par Origene. Il y a au total au moins dix-sept citations
de Platon, et peut-étre davantage, car, parfois, on peut se demander si les
références platoniciennes d‘Origéne ne remontent pas pour certaines à Celse,
Origène ne faisant que les reproduire Si l'on se fie aux fragments tels
La liste des anciens sages dressée par Celse comporte Linos, Musée,
Orphée, Phérécyde, Zoroastre et Pythagore.® Mais le Discours vrai ne donne
de citations que du seul Phérécyde.
À propos de Pythagore, il se contente de
qu'Origéne nous les transmet, l’œuvre la plus citée par Celse était les Lettres, à
six reprises: il y a la citation du célèbre passage de la Lettre 2 sur le roi, le
second et le troisième;26 la Lettre 7 est mise cing fois a contribution,?” la
par quelques traits bien connus—comme l’abstention de fèves et de
perspective de Celse étant manifestement la question de la connaissance du
viande.
Bien.
Phérécyde est donc cité à deux reprises.!°
Le premier fragment B 4 de la
Theologie est connu par d'autres témoignages —Clément d'Alexandrie,
Tertullien, Eusébe de Césarée, Proclos—, qui ont en commun d'être moins
complets que celui de Celse.!!
Quant au second fragment B 5, seul Celse nous
le transmet.!2
Le Discours vrai contient cinq fragments du traité De la nature d'Héraclite.
Le très court fragment B 96 est également connu par le témoignage de
Plutarque, Propos de table;13 il est cité une première fois par Celse puis est
mentionné de nouveau par Origène à titre de rappel.!4 Le témoignage de
Celse, qui est postérieur à celui de Plutarque de trois quarts de siècle environ,
n'est pas signalé par H. Diels et W. Kranz.
Le fragment B 5 d’Héraclite, qui est connu aussi par le témoignage, plus
long au début, d’Aristocritos le manichéen, est cité à deux reprises;
on notera
que les deux citations de Celse ne sont pas identiques; mais surtout, on
remarquera que la seconde fait connaitre une phrase absente chez Aristocritos
et qui peut revenir à Héraclite:!9 c'est dire importance du témoignage de
Celse.
Dans le cas que je viens d’évoquer, Celse améliore partiellement un autre
témoignage.
Dans le cas, plus important pour lhistorien de la philosophie,
que je vals maintenant signaler, Celse est le seul auteur à nous faire
connaître
Le Timée est cité á trois reprises par Celse. D'abord sous forme d'une
allusion, lorsqu’il se référe aux embrasements—et notamment á celui de
Phaéton—, ainsi qu’aux déluges—et notamment à celui de Deucalion,? Il y a
ensuite une référence probable au passage du Timée qui affirme que les
planétes forment la route des ames.29 Enfin il y a la citation explicite du
célèbre passage: «découvrir l’auteur et le père de cet univers est laborieux et
une fois découvert, le dire à tous est impossible.»
Les Lois sont citées à deux reprises par Celse: d’abord dans le paragraphe
où il s’efforce de montrer que la doctrine chrétienne de l'humilité résulte
d'une mauvaise compréhension du pus oú il est question de Dieu, de la
justice et de celui qui est humble;”! ensuite, dans le paragraphe qui suit
immédiatement et oú Celse affirme que la phrase de Jésus: «il est plus facile a
un chameau de passer par le chas d'une aiguille qu'à un riche d’entrer dans le
royaume de Dieu» est une corruption de la sentence platonicienne: «il est
impossible qu’un homme de bien exceptionnel soit aussi exceptionnellement
riche.»32
Le Phèdre est également cité à deux reprises, d'abord sous la forme d'une
réminiscence d'expression, ensuite sous la forme d'une allusion probable à la
route des âmes.
Voici maintenant les dialogues platoniciens que Celse cite à une seule
reprise.
D'abord le Criton, pour démontrer que la phrase évangélique «Si on
Page 3
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)te frappe une joue, présente encore l’autre», démarque maladroitement le
passage où Socrate affirme qu'il ne faut pas répondre à l'injustice par
l'injustice. Ensuite le Phédon, dans le but de montrer que l'autre terre des
chrétiens reproduit avec maladresse le passage où Platon décrit la région où
l'âme est envoyée.® Enfin, peut-être, la République, dans un passage qui fait
allusion aux démons en charge des âmes humaines.36
Origène et la philosophie grecque
193
souligne l’adverbe grec ävaËayopéw, “à la manière d’Anaxagore,” à une
simple réminiscence, enrichie à l’aide d’autres sources.
A plusieurs reprises, Origène mentionne le nom de Démocrite et raconte
même une anecdote sur son compte, mais il ne cite jamais aucun extrait de ses
écrits.4¢
et la sagesse humaine vient des Grecs.37
Origène fait connaître un court fragment du traité Sur la vérité d’Antiphon
le sophiste, ua confond avec l’orateur attique et dont il nous dit qu'il niait la
providence.f
1.A.3
1.B2
Signalons pour finir que Celse cite un passage de l’Apologie de Socrate
pour démontrer que la distinction que font les chrétiens entre la sagesse divine
Conclusion
Au total, le Discours vrai contient au moins vingt-six citations philosophiques. On remarque que quinze d’entre elles—trois d'Héraclite, une de
Phérécyde, onze de Platon (dont la totalité des références aux Lettres et aux
Lois)—se situent au livre 6 du Contre Celse: ce regroupement de citations
s'explique par le fait que, au livre 6, Origène aborde une section du Discours
vrai dans laquelle Celse veut démontrer que certaines doctrines scripturaires
ont été mieux dites par les philosophes grecs.38
Pythagore et les pythagoriciens
Jl est souvent question de Pythagore et des pythagoriciens dans le Contre
Celse.48 Origène raconte à leur sujet plusieurs anecdotes.*? A une reprise
même, il affirme qu'il a lu Pythagore Mais en fait il ne donne jamais aucune
citation de lui.
En revanche, il fait longuement référence au livre d’un pythagoricien qui
donnait une interprétation allégorique d’Homére: la peste envoyée par
Apollon aux Grecs sur la demande de son prêtre Chrysès renvoie en fait à
En ce qui concerne les présocratiques, cités neuf fois, Celse est le seul à
l'action de certains démons mauvais5l Qui est le pythagoricien anonyme? Si
nous faire connaître quatre fragments d'Héraclite ct deux fragments de
l’on se fie aux souvenirs de Porphyre sur Origène tels qu’Eusébe les rapporte—
Phérécyde.
mais on sait que ce témoignage est peu digne de confiance 52 —, on songe aux
Regardant Platon, il faut remarquer que Celse ne fait jamais allusion,
semble-t-il, à l'enseignement oral de Platon. Il y a la, si je ne m'abuse, un trait
trois pythagoriciens dont Porphyre nous dit qu’Origéne les lisait: Kronios,
Nicomaque et Nouménios. Seul ce dernier est cité par Origène dans le Contre
Celse. Mais ce n'est pas là un argument suffisant pour lui attribuer la
paternité du livre interprétant allégoriquement Homère, même si, comme
nous allons le voir, Nouménios était un tenant de la méthode allégorique et se
référait souvent au rôle des démons.
caractéristique du moyen platonisme.?” En d'autres termes, Celse n’apprend
rien au spécialiste de Platon,
mais seulement à
l'historien du
moyen
platonisme.
1.B
Les citations d’Origéne
Je me limite ici aux citations explicitement attribuées par Origène à un
auteur, à une école philosophique ou à un écrit, ainsi qu'à quelques citations
anonymes dont l'origine se laisse aisément déterminer.
1.B.1
Les
présocratiques
Origène mentionne parfois Phérécyde, en général à côté de Pythagore,
Socrate, et Platon, mais il ne connaît de ses écrits que le fragment cité par
Il est question du pythagoricien Nouménios à quatre reprises dans le
Contre Celse
5? Origène nous fait connaître cinq titres différents de l’œuvre de
ce philosophe du 2e siècle. Un de ces titres est connu par d’autres sources, le
Tlepi ráyabos, le traité Sur le Bien, dont Origène nous apprend qu'il avait au
moins trois livres‘ le livre 1 parlait des Juifs qui définissent Dieu comme
incorporel et interprètait allégoriquement les prophètes; le livre 3; interprètait
allégoriquement l’histoire de Jésus, dont le nom n'est pas cité, ainsi que celle
de Moïse, de Jannès et de Jambrès.
Celse.
Nous ne connaîtrions pas les quatre autres titres sans Origène. Il s’agit du
traité Mepì apıdp@v, Sur les nombres, du traité Mepi ténov, Sur le lieu, du
Origène cite, sans donner l'indication d'auteur, le fragment B 137 des
Catharmes d’Empédocle, connu de manière plus compléte par Sextus
syggramma appelé probablement “Enoy, La huppe,% ainsi que du traité Mepi
&papoiac yuxñs. Sur l’incorruptibilit de l’äme.?® Les trois premiers écrits
Empiricus.4!
Y a-t-il une citation d’Anaxagore dans le passage où Origène déclare:
«nous ne disons pas à la manière d’Anaxagore que le soleil, la lune et les
étoiles sont une masse enflammée (uvSpov didnvpov)»?4? En réalité, si l’on
suit la notice de Diogène Laérce, Anaxagore disait seulement que le soleil était
une masse enflammée.#? Toutefois, d’aprés Aetios, Anaxagore et Démocrite
avaient une affirmation voisine sur la lune.“4 En revanche, l’idée que les étoiles
sont des masses enflammées ne paraît figurer que chez Archelaos.#? Ce n'est
donc pas une véritable citation à laquelle nous avons affaire, mais, comme le
interprétaient allégoriquement Moïse et les prophètes.
Le dernier se
composait d'au moins deux livres.
Origéne ne cite pas à proprement parler Nouménios. De ce point de vue, il
ne peut pas être comparé à Eusèbe, qui constitue notre principale source pour
les fragments de Nouménios.57 Toutefois les références origéniennes sont
précieuses. Les trois allusions au traité Sur le Bien contiennent des informations qu'Origéne est seul à donner, à savoir: le fait que, selon Nouménios,
les Juifs définissent Dieu comme incorporel® l'interprétation allégorique des
prophètes par Nouménios;>? l'interprétation allégorique de l’histoire de Jésus
Page 4
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)par Nouménios.5° En revanche l'information sur Moïse, Jannés et Jambrés
possède un parallèle chez Eusèbe.fl
Mais le plus long fragment de Nouménios que donne Origène est relatif à
forcément d'un texte littéral, mais peut-être d’un résumé assez précis, qui
explique comment Sérapis a été constitué dieu grace à des rites impies et à des
sortilèges demoniaques.®
Ainsi, on doit conclure que nous connaîtrions beaucoup moins bien
Nouménios en l'absence du témoignage d'Origéne.
Platon et les platoniciens®4
Origène cite onze livres différents de Platon.
I] a une prédilection pour le
Phèdre, auquel il se réfère ou fait allusion à quinze reprises® et, dans une
moindre mesure, pour la République (onze citations ou allusions dans
le Contre Celse, auxquelles s'ajoute une référence dans les Stromates).66
Viennent ensuite le Timée (sept citations),
6? l’Apologie,® les Lettres (6 et 7),6°
les Lois” et le Philèbe?! (trois citations dans chaque cas), puis le Banquet,” le
Criton,”> le Gorgias” et le Théététe”> (une seule citation). Son choix n'est donc
pas trés différent de Celse, méme si ce dernier cite plus volontiers les Lettres
et le Timée que le Phédre et la République.
Plusieurs de ces citations sont utilisées par Origène à l'encontre de
l'argumentation de Celse prétendant s’appuyer sur Platon pour démontrer ses
thèses.
Il y a au moins quatre exemples de ce phénomène.
Tout d’abord,
Origène retourne contre Celse une citation des Lois 716a de Platon.” Ensuite,
contre la thèse de Celse sur la quantité constante de mal dans le monde,
Origène utilise à la fois le Timée 22d et le Théététe 176a.77 Puis, il se sert de
la Lettre 6 pour établir que Platon a parlé du Fils de Dieu et il considère
que Celse a omis intentionnellement ce passage, gênant pour lui.’® Enfin
Origène utilise le Timée 41a pour réfuter l’image que Celse veut tracer de
Platon.” En d'autres termes, Origène affirme sa compétence platonicienne et
s’arroge le droit de donner à Celse des leçons de platonisme.®
Plutarque n'est cité qu’une seule fois dans le Contre Celse.8! Origène fait
allusion a ses livres composant le traité Sur l'âme—iv toig xepi yuxnc—dont
nous savons par le témoignage d'Eusébe qu'ils étaient au moins au nombre
de deux.82 Le traité Sur l'âme de Piutargun est connu par le catalogue de
Lamprias, où il occupe le numéro 209.89
1.B.4
195
Aristote et les péripatéticiens
#7 Elles
Origène fait dans le Contre Celse onze références à Aristote
Sérapis.92 L'écrit d’où est tiré ce passage n'est pas précisé. Il ne s'agit pas
1.B.3
Origène et la philosophie grecque
Il nous est parvenu par l'intermédiaire de six citations: outre celle d’Origene, il y a deux fragments d’Aulu-
Gelle, le fragment d'Eustbe signalé à l'instant ct deux fragments de Jean de
Stobi
84
Mais, là où Origéne constitue une source irremplaçable pour la connaissance du platonisme, c'est évidemment dans le cas de Celse.
Car Celse
doit être classé parmi les moyens platoniciens de la deuxième moitié du
deuxième siècle, comme l'ont bien montré les historiens de la philosophie qui,
consistent dans l'énoncé de thèses aristotéliciennes—par exemple celle sur les
noms qui existent par convention et non par nature ou encore celle sur l'éther
immatériel et d’une cinquième nature. Ce sont aussi des anecdotes sur la vie
d’Aristote.8® Mais Origène ne cite aucun écrit d'Aristote dans le CCels.
Selon D. T. Runia, il existerait encore deux références à Aristote dans les
Commentaires sur les Psaumes composés à Césarée de Palestine. Je commence par la seconde, sur le Psaume 35:6,8° car elle n'est pas d'Origéne, mais
revient à Évagre.% En revanche, la première, qui appartient à la Préface, est
authentiquement origénienne et particulièrement intéressante, puisque
Origène affirme citer les œuvres mêmes d'Aristote. Je traduis:
À cause des psaumes qui ont pour titre “pour la fin,” nous avons rassemblé les
définitions de ce mot, qui, d'après les écrits d'Aristote tout d’abord, sont les
suivantes: la fin est ce en raison de quoi les autres choses sont, mais qui, elle-même,
n'est en raison de rien. Ou la suivante: ce en raison de quoi les autres choses sont, mais
qui, elle-même, n'est pas en raison de ces choses. Ou la suivante: à cause de quoi on
fait les autres choses, mais elle-même n'est à cause de rien d'autre.”
Les deux, premières définitions ont un parallèle étroit dans la Métaphysique a 2, 994b9-10, mais je n’ai pas trouvé de référence pour la troisième.
On peut d’ailleurs douter qu'ici Origène cite directement Aristote. Il utilise
très probablement un lexique alphabétique des œuvres d’Aristote, dans lequel
ont été introduites des références extra-aristoteliciennes.?? D’autres définitions d'origine aristotélicienne présentes çà et là dans les œuvres d’Origène
peuvent remonter à ce lexique.?? On songe notamment à la définition des
homonymes dans l'Homélie 20 sur Jérémie.°4
Certains spécialistes ont voulu qu'Origène ait lu le Traité de l'âme et
VÉthique à Nicomaque d'Aristote.® Mais il n'existe pas de preuve de cette
affirmation.”
Parmi les péripatéticiens, Origène nous donne accès à un fragment
d’Hermippe, un philosophe des 3e ou 2e siècles avant notre ère, originaire de
Smyrne. Il cite le premier livre de son traité Sur les nomothätes.?” Selon
Origène, Hermippe raconte que Pythagore a emprunté aux Juifs sa philosophie pour l'introduire en Grèce. Origène ne connaît probablement pas
Hermippe en tradition directe, car il commence sa citation par les mots: «on
dit encore d'Hermippe que . .. Aéyetar e Kai “Eppinnov. . .». Est-ce à dire
qu’Origéne lit Hermippe dans le Contre Apion de Flavius Josèphe, où se
trouve attribuée à Hermippe l'idée que Pythagore aurait fait passer dans
sa doctrine beaucoup de lois juives?% Je ne le crois pas, car Flavius Josèphe se
réfère au premier livre du traité Sur Pythagore, qu'il ne faut pas confondre
avec le livre cité par Origène% On connaît neuf fragments du traité Sur
les nomothètes, dont trois proviennent d’Athénée, deux d'un papyrus d’Oxyrhyncos, deux de Plutarque, un de Porphyre et le dernier du Contre Celse.100
sur ce point-là, ne suivent pas Origéne hésitant entre un Celse épicurien et un
Celse platonicien.® Le Discours vrai nous est parvenu exclusivement par les
extraits qu'en donne Origène.
1.B5
Epicure et les épicuriens
Or ces extraits paraissent fidèles et, même s’il
Dans le Contre Celse, Origène se réfère à quinze reprises à Epicure et aux
est str qu'Origène a opéré une sélection dans l'écrit de départ, il semble
épicuriens. Plutôt que de citations d'œuvres précises, il s’agit de témoignages
sur les thèses du Jardin où se retrouve la terminologie épicurienne. Quatorze
qu’une bonne partie de l'ouvrage de Celse nous soit parvenue.
Page 5
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)de ces références figurent dans le recueil d’H. Usener.!! C'est H. Chadwick
qui a attiré l’attention sur la référence absente du recueil:102 en CCels IV 14
Origène décrit les dieux d’Epicure comme composés d’atomes et de ce fait
sujets à la dissolution; ce qui explique qu'ils ne se dissolvent pas, c'est qu'ils
secouent et rejettent les atomes corrupteurs.
Ces lignes sont rapprochées par
H. Chadwick d'une scholie sur les Köpını 66€a1.
1.B.6
Le recucil d’1. ab Arnim ne
signale que quatre de ces références:!05 dans la première, il est question d'un
épisode de la vie de Zénon; dans la quatrième, d’un bon mot de Zénon mieux
connu par Plutarque;!% la deuxième référence est relative à l'enseignement
de Zénon sur l'adultére, mais il ne semble pas qu'il s'agisse d’une citation
d’une œuvre précise; seule la troisième référence donne accès explicitement à
la République; mais le fragment qui est cité est connu
dans un état plus complet par Clément d’Alexandrie.107
. Les deux références absentes du recueil d’I. ab Arnim ne revétent pas la
En CCels VIII 49, il est simplement dit que, pour Zénon (et
Chrysippe), Dieu est corporel, ce qui est une thèse stoicienne bien connue.
Plus intéressant est le passage de CCels IV 54, qui fait allusion à la thèse des
disciples de Zénon sur les corps d'animaux et les plantes; il est bien possible
qu'Origéne cite cà et là les mots mêmes d'un auteur du Portique, sans que l’on
puisse toutefois identifier l’écrit d’où proviennent les phrases énoncées.
Je passe maintenant à Chrysippe.
Au début de ce siècle, I. ab Arnim
travaillant à la confection de ses Stoicorum Veterum Fragmenta, a cru
qu'Origène visait Chrysippe dans soixante-dix-huit passages tirés de huit de
ses écrits.'08 Selon lui, chaque fois qu’Origéne dit “les stoiciens” ou encore
chaque fois qu’une de ses phrases a une coloration stoïcienne, «ce sont les
mots mêmes de Chrysippe» qui sont là. Et I. ab Arnim estime en particulier
qu'il est possible de reconstituer la doctrine du destin et du libre-arbitre de
Chrysippe à l’aide de fragments empruntés au Traité des Principes, au Traité
de la Prière et aux Commentaires
sur la
Genèse.
Je ne partage pas cette
manière de voir. I] est vrai que la théorie d’Origéne sur le libre-arbitre contient
des éléments stoïciens, notamment l’idée que la liberté consiste dans le
pouvoir de réagir aux représentations ou la distinction entre les causes
principales et les causes auxiliaires.
Mais Origène combine à ces éléments
des apports d'origine platonicienne, notamment l’idée de choix antérieur
l'idée de causes plus anciennes.!9
d’Origene et de Chrysippe:
ment de Chrysippe.
On ne peut identifier les doctrines
le jugement libre d’Origène n'est pas l’assenti-
La doctrine de ce dernier est relativement bien connue
grâce au Traité du Destin de Cicéron (39-45). Il suffit de se reporter à ces pages
pour mesurer l'écart qui sépare Origéne de Chrysippe.
En réalité, comme l’a
bien montré B. D. Jackson, plus que de Chrysippe, la doctrine d’Origene est
proche de celle d’Epictéte: tous deux pensent qu'il est en notre pouvoir d’user
correctement des impressions extérieures.
.
l'argument paresseux par la distinction entre le possible et le nécessaire:!!! ce
n'est pas la réfutation de Chrysippe, qui repose sur la distinction entre les
assertions isolées et les assertions liées, confatales.!!2
son nom figure explicitement a huit reprises.!!3 A ces huit références, je
Origène se réfère à Zénon à six reprises.!°4
méme importance.
échos stoiciens des écrits d'Origène des citations de Chrysippe. On ne peut
considérer comme des références à Chrysippe les passages introduits par la
formule «les stoïciens disent que.» Pour prendre un exemple, Origène réfute
En réalité, il n’est pas question de Chrysippe en dehors du Contre Celse, où
Les stoïciens103
un ouvrage de Zénon:
197
Origène et la philosophie grecque
Ce que je viens de dire des passages relatifs au destin et à la liberté doit
être généralisé. On n’a pas le droit d'attribuer à Chrysippe des lignes
qu'Origéne prend nettement à son compte.!!° On ne peut pas voir sous les
propose d'en ajouter trois autres, où le nom de Chrysippe ne figure pas, mais
où il est sans doute visé.114 Ces onze passages ne prétendent pas tous être des
citations d'écrits précis de Chrysippe: ainsi, en CCels 1 40, Origène décrit une
habitude d'écriture du philosophe stoicien; en CCels II 12, il vise explicitement,
non pas un écrit précis, mais les livres de Chrysippe; en CCels VIII 49, ce sont
les sectateurs de Zénon et de Chrysippe qui sont visés.
Restent huit citations éventuelles. Pour quatre d’entre elles, les données
du Contre Celse permettent d'identifier l'écrit chrysippien d'où elles sont
issues. Deux appartiennent à l'Eioayey repi ayadav rai xaxóv, le Traité
élémentaire sur les biens et les maux:!!5 le fragment cité en CCels IV 63, ainsi
que le fragment en CCels IV 64, qui est probablement une adaptation
origénienne du texte original.116
De cette manière, Origène nous fait
connaître deux des quatre extraits du Traité élémentaire qui nous sont
parvenus.!17 Les deux autres extraits sont donnés par Athénée.
Origène cite à deux reprises, en CCels | 64 et VIII 51, le (Aóyos) Beparevtixóc, le (livre) thérapeutique du Traité sur les passions.!!8 Il s'agit du
quatriéme et dernier livre du traité, puisque, d’aprés d’autres témoignages, ce
dernier se composait de trois livres «logiques» et d'un quatrième livre
«thérapeutique» ou «éthique».!!9 En réalité, Origène ne fait connaître qu’un
seul fragment du traité de Chrysippe, car CCels | 64 est le résumé du texte
littéral que donne CCels VII 51. Il faut souligner que l'apport d’Origène est ici
bien moindre que celui de Galien, avec ses quarante-deux extraits, et méme
que celui de Plutarque, qui transmet quatre fragments.!20
Est-il possible de rattacher à des écrits chrysippiens les quatre dernières
citations d’Origène? Les données du Contre Celse sont vagues—Origène
parle de syggrammata sans plus de précision en CCels IV 48—ou inexistantes—CCels IV 78; V 57; VIII 67. Toutefois il me paraît possible de déterminer l’origine d'un de ces fragments, grâce à des témoignages parallèles. En
CCels IV 48, Origène raconte que Chrysippe interprétait allégoriquement un
tableau de Samos représentant une scéne obscéne—Zeus et Héra faisant
l'amour. La lecture de la notice de Diogène Laërce consacrée à Chrysippe
permet de repérer presque à coup sûr l'écrit où Chrysippe se livrait à cette
interprétation: il s'agit du Mepi tav ápyaiov quoriolôyov, Sur les anciens
physiologues, où, d'après Diogène Laërce, Chrysippe interprétait en six cents
stiques l’histoire d’Héra et de Zeus.!21 A ma connaissance, le rattachement de
notre fragment à cette œuvre n’a jamais été avancé. Je le propose avec
prudence.
Je passe à Chærémon, prêtre égyptien et philosophe stoicien du premier
siècle de notre ère. Le témoignage d’Origéne est doublement précieux.122
D'abord, parce qu'il transmet—et il est le seul—le titre d'un de ses écrits: le
Page 6
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)traité Mept xountóv, Sur les comètes. Ensuite, parce qu'il donne un fragment
de cette œuvre, dans lequel Chærémon explique que des comètes se sont
parfois levées à l'approche d'événements heureux.!23
Avec les deux derniers philosophes stoïciens dont il va maintenant être
question, nous n’avons plus affaire au Contre Celse, mais aux écrits d’Origéne
sur les Psaumes. On a vu que, dans la Préface aux Commentaires sur les
Psaumes, Origène a recours à un lexique aristotélicien. Immédiatement à la
suite de la citation tirée de ce lexique, Origéne utilise l’œuvre d’Herophile
intitulée Tlepi otouws ovouétov ypñoeuc, Sur l'usage stoicien des noms. Il
cite en réalité deux fragments de cet écrit. D’abord la définition du mot tékoc,
«fin.» Ensuite les sept définitions du mot 8e6ç, «Dieu,» dont certaines,
d'origine stoicienne ou platonicienne ou néopythagoricienne ou encore
Origène et la philosophie grecque
199
Mais Origène est d'un apport beaucoup plus appréciable quand il nous
renseigne sur des points mal connus ou difficiles de la philosophie stoïcienne.
En matière de logique, deux passages doivent être signalés:
dans le
Commentaire sur Matthieu, celui où les «spécialistes» (oi deıvot) distinguent
entre le sens générique et le sens spécifique des mots;137 et surtout, dans le
Contre Celse, le passage sur le syllogisme des deux propositions ou argument
tiré des deux conditionnelles qui est l'exposé le plus clair et le plus complet sur
la question que nous ait légué l'Antiquité, ainsi que l'ont montré récemment B.
Mates, L. Roberts et J. M. Rist.!38 Cette familiarité d’Origéne avec la logique
stoicienne est telle qu'il a suffi à C. Schäulin de se reporter au long exposé de
logique qui figure chez Diogéne Laërce, et tout particulièrement au deuxième
syllogisme dit àvaréôeixtoç, pour proposer une correction satisfaisante à un
médioplatonicienne, ont été étudiées par R. Cadiou.!24 Ce dernier propose de
passage à peu près désespéré du Traité des Principes.13%
voir dans les définitions du mot odaoia, «essence,» données sans référence
d’auteur dans le Traité sur la Priére (27.8) un autre fragment du glossaire
d’Hérophile. Comme le montre R. Cadiou, ces définitions peuvent étre rapprochées de textes de Thalés, Pythagore, Platon, Zénon, Chrysippe, Posidonios,
Nouménios. Ainsi, Origéne nous ferait connaitre les trois fragments parvenus
jusqu’à nous d'Hérophile, lexicographe d'inspiration stoicienne qu'on date du
l’ensemble de la théologie grecque depuis Origène ne peut pas être compris
2e siècle de notre ére.! Il existe d’autres définitions stoïciennes ou non dans
l'œuvre d’Origéne.!26 Viennent-elles du lexique d’Hérophile? On ne peut en
être assuré.
Si la figure d’Hérophile est obscure, il n’en va pas de même pour celle de
Mousonios Roufos, le maître d'Épictète, qu'Origène mettait sur le même plan
qu’Heracles, Ulysse et Socrate.12?7 Ses démélés avec Néron et Vespasien sont
bien connus, ainsi que l'amitié qui le liait à l’empereur Titus. Les Scholies sur
les Psaumes d'Origéne contiennent un de ses paradoxes.!28 Comme il ne
figure pas dans les éditions de ses fragments, j'en propose ici unc traduction:
Il faut pratiquer l'insulte, voire l'insulte cinglante, mais contre soi-même; il faut
Ajoutons que
sans référence à la philosophie stoicienne du langage, ct notamment au
concept d’epinoia, comme I’ a bien montré T. Kobusch.1#
En matière de physique, les citations d’Origéne apportent des éclaircissements précieux pour comprendre dans quelle condition se produit l'éxxbpwarc,
l’embrasement du monde.!* D'autre part, comme l'a montré J. M. Rist,
Origène a une connaissance particulièrement précise des diverses théories
stoïciennes sur les cycles cosmiques:
il connaît la théorie chrysippienne
orthodoxe des cycles absolument identiques entre eux, la théorie des cycles
indistinguables entre eux et celle des cycles caractérisés par des changements
infimes.'42 Origène apporte aussi des lumières sur la conception stoïcienne de
la providence: il faut distinguer entre les hommes créés à titre principal et les
animaux qui existent pour le bien de l’homme.l# Le passage où Origène
expose l’&pyög Aöyog, l'argument paresseux,
1## est un des meilleurs exposés
que nous ait laissé l'Antiquité sur la question.’ La conception stoicienne de la
divination est également éclairée par les remarques d'Origéne.!% Enfin, il est
nourrir la colère et la rancœur, mais contre la sensualité qui est en nous.'?
possible qu’un passage où il est question de la naissance des premiers
D'où provient le fragment connu par Origéne?
hommes vise les stoïciens.
147
Selon C. Lutz, la comparaison entre les fragments connus par Jean de Stobi et le fragment qui se
Origène donne des renseignements moins précieux sur l'éthique du
trouve dans le papyrus Rendel Harris prouve qu'il existait au 3e siècle un
Portique. Il connaît assez bien la doctrine stoicienne des vertus,!# la théorie
corpus mousonien complet, dans lequel Jean de Stobi, deux siècles plus tard,
s’est alimenté. On peut faire l'hypothèse qu'Origéne avait lui aussi accès à ce
des actions indifférentes,
49 ainsi que la manière dont certains stoïciens
envisageaient le lien entre la rpoaipeoic, la liberté de choix, et l’action.!50 1]
corpus. Son originalité est d'avoir choisi un fragment que le reste des citateurs
énonce plusieurs paradoxes relatifs au sage stoicien, aussi heureux que Dieu,
de Mousonios—Plutarque, Épictète, Aulu-Gelle, Ælius Aristide et Jean de
seul prêtre, seul à être libre.151
Stobi—ont négligé.
J'en viens aux citations qu’Origéne attribue au Portique sans davantage
préciser.
Elles sont nombreuses: une trentaine.
intéressantes.
Toutes ne sont pas
C'est le cas lorsqu’Origéne rappelle en termes très généraux
des doctrines stoiciennes bien connues: ils ne croient pas, nous dit-il, à
l'immortalité de l'âme et à la métensomatose,!30 au cinquième élément
d’Aristote,'3! à la tripartition de l’äme,!?? selon eux, les premiers éléments sont
corporels'33 et Dieu est corporel; ils nient les réalités intelligibles et, pour
eux, toute représentation dépend des sensations;!? les noms existent par
nature, et non par convention.!
|
1.B.7
Divers
Sous cette rubrique, je regroupe des philosophes qu'il n’est pas possible de
rattacher avec certitude à une des grandes écoles philosophiques grecques.
Origène cite un fragment d’Aristandros qui avait écrit au sujet de Platon
qu'il était le fils, non de son père Ariston, mais d'un fantôme qui avait la forme
du dieu Apollon et qui s'était approché de sa mère Amphictione.152 On peut
faire deux hypothèses au sujet de cet Aristandros. L'hypothèse traditionnelle
consiste à l'identifier avec Aristandros de Telmessos, le devin d'Alexandre le
Grand.!53 Mais l'hypothèse la plus séduisante est que notre Aristandros est le
philosophe dont il est question, en même temps que de Nouménios, dans le
Page 7
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)Commentaire du Timée de Proclos:154
d’après Proclos, ces deux philosophes
professaient que l'âme est un nombre.
Un argument en faveur de cette
identification est que, aprés avoir cité Aristandros, Origéne parle des «autres
platoniciens.»
Origène nous transmettrait donc le seul fragment connu de ce
platonicien, dont on peut penser, à cause de Proclos, qu'il était contemporain
de Nouménios.
Nous devons à Origène une citation de Moeragénès.!55
Origène nous
apprend que cet auteur, non chrétien, mais philosophe, avait écrit des
Mémorables relatifs à Apollonios de Tyane, dans lesquels il racontait que les
philosophes séduits par Apollonios le regardaient comme un magicien. Il est
question de ce Mceragénès dans le passage de la Vie d’Apollonios de Tyane où
Philostrate donne ses sources:
il précise que l’écrit de Mceragénès sur Apollonios se composait de quatre livres, dont il critique la mauvaise qualité.
1%
Un passage du Contre Celse fait référence a des définitions de la voix qui
se trouvent dans les livres [lepi gwvijc, Sur la voix.157 I. ab Arnim imprime ce
passage dans les fragments de Chrysippe.!?® Mais, comme le montrent les
notes de M. Borret et de H. Chadwick dans leurs éditions, toute la littérature
philosophique fourmille de passages paralléles 4 nos définitions. Nous avons
là un titre, mais il paraît difficile de le rattacher à une école plutôt qu'à une
autre.
Origène et la philosophie grecque
201
de toute la tradition à proposer. Enfin, il nous renseigne sur des points délicats
ou mal connus de la logique, de la physique et de l'éthique stoïciennes161.
De cette manière, Origène apparaît beaucoup plus comme un maître en
matière de stoïcisme que de platonisme. Deux exemples vont illustrer cette
affirmation. J’emprunte le premier à H. Dörrie, qui a établi qu'Origéne était
incapable de comprendre la portée d'un exposé typiquement platonicien
comme celui de Celse dans le Contre Celse VII 42-43. Je dois mon second
exemple à J. M. Rist, dont je modifie les conclusions.!62 11 s'agit du Contre
Celse IV 62-70. Celse affirme que, puisque l'univers est un et semblable, le
nombre des maux doit toujours être identique; Origène rétorque que l'argumentation de Celse est une mauvaise paraphrase de Théététe 176a; utilisant
Timée 22d, il montre que la somme des maux est variable; d'autre part, il
dénonce des fautes dans le raisonnement de Celse; ce dernier, en tant que
platonicien, doit souscrire à la doctrine de la providence; or sa théorie des
maux est en contradiction avec cette doctrine; car l’idée que la providence
ferait en sorte que les maux restent toujours identiques n'est pas platonicienne; bref, selon J. M. Rist, Origène réclame plus de compétence à Celse en
matière de platonisme et le corrige au nom de sa propre compétence dans le
domaine. Mais j'attire l'attention sur ce qui constitue à mon sens la fine pointe
de l'argumentation d'Origéne: ce sont les paragraphes du CCels IV 62 et 63,
où Origène établit que le mal ne subsiste pas toujours au même degré à l'aide
du Traité élémentaire sur les biens et les maux de Chrysippe;—notamment
1.B.8
Conclusions
Si l’on met à part les extraits de Celse, il y a cent vingt citations philosophiques environ chez Origéne, auxquelles il faut ajouter les quelque vingtcing citations figurant dans le Discours vrai. Origène apparaît ainsi comme un
homme de culture et de lectures philosophiques. Tout comme il est un
homme de culture littéraire, historique et scientifique.
15°
On constate que, chez Origène, les présocratiques, Aristote et les péripatéticiens occupent un rôle de deuxième plan. Il n’apporte rien à leur sujet
en dehors d'un fragment d’Antiphon et d'un fragment d’Hermippe. Ce qu'il
nous dit du courant épicurien n'est pas non plus fondamental, à l’exception
peut-être du passage où il résume la théorie du Jardin sur les corps des dieux.
En revanche, Origène représente un véritable apport pour notre connaissance de la philosophie grecque dans quatre domaines. Celui des lexiques,
d’abord, puisqu'il connaissait et utilisait un lexique des œuvres d’Aristote, ainsi
que le lexique d’Hérophile inconnu par ailleurs, et cette liste n’est peut-être
pas limitative.!6°
Celui de la tradition pythagoricienne ensuite:
Origène
apprécie et utilise l’œuvre de Nouménios. Celui de la tradition platonicienne
encore: Origène cite Platon une cinquantaine de fois. D'autre part, on lui doit
un fragment de Plutarque. Enfin, sans Origène, nous serions parfaitement
ignorants du Discours vrai de Celse, si intéressant pour la connaissance du
moyen platonisme, et c'est là un apport considérable.
Mais, si l’on met à part les extraits celsiens, c'est dans le domaine du
stoicisme que l'apport d'Origéne est le plus significatif. Non pas à propos de
Zénon, où il est maigre.
Mais d’abord à propos de Chrysippe, dont Origène
nous fait connaître quatre fragments appartenant à trois écrits différents.
Ensuite Origène nous a transmis un titre et un fragment de Chærémon, qui
seraient inconnus sans lui, ainsi qu’un fragment de Mousonios, qu'il est le seul
grace à l'exemple de la prostitution qui s'est aggravée à travers les siècles. En
d'autres termes, l'argument décisif pour contrer le platonicien Celse est
emprunté au stoïcien Chrysippe. C'est dire que la familiarité d’Origéne avec le
stoicisme l'emporte sur sa connaissance du platonisme.
Conclusion surprenante pour quiconque admet, en se fiant à Porphyre,
qu’Origene a été l'élève d’Ammonios Saccas. C'est donc le moment de
soumettre à l'examen le fragment du Contre les chrétiens de Porphyre cité par
Eusèbe.! Dans quelle mesure les lectures philosophiques que Porphyre
prête à Origène recoupent-elles les lectures que le théologien alexandrin cite
effectivement dans ses écrits? Selon Porphyre, les lectures d’Origéne étaient
Platon, Nouménios, Kronios, Apollophanés, Longin, Modératos, Nicomaque,
des pythagoriciens, Chzerémon et Kornoutos. Un certain nombre de noms se
retrouvent dans les citations qui viennent d’être analysées: Platon, Nouménios,
les pythagoriciens, Chærémon. Mais on ne trouve pas, chez Origène, les noms
de Kronios, Apollophanès, Longin, Modératos, Nicomaque, Kornoutos.
Inversement, des noms d'auteurs de citations philosophiques chez Origéne
sont absents chez Porphyre, principalement Chrysippe. Le témoignage de
Porphyre apparaît donc comme pêchant à la fois par excès et par défaut,
comme peu crédible. Un détail vient renforcer ce jugement sur le manque de
crédibilité de Porphyre: est-il vraiment possible | se - ons ait lu et médité
Longin, d'une génération postérieure à la sienne?!
Dès lors, si ce que dit Porphyre sur les lectures d’Origene ne peut plus
être retenu, ce qu'il raconte sur Origène comme auditeur d’Ammonios
apparaît comme singulièrement fragile. Origène a-t-il vraiment été l'élève
d’Ammonios? En tout cas, ce n’est pe ce qu'il affime dans la lettre autobiographique reproduite par Eusèbe:1% il parle simplement de son maître des
disciplines philosophiques. L'analyse des citations d’Origéne laisse penser
Page 8
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)Origène et la philosophie grecque
203
que ce maitre anonyme était singulièrement compétent en matière de
chrétienne, uniquement a l'intérieur de l'histoire du platonisme;173 Origène ne
stoïcisme: faut-il parler pour autant d'un philosophe stoïcien?166
serait rien d’autre qu’un philosophe moyen platonicien, dont la théorétique,
l’épistémologie et la dialectique seraient typiques du platonisme de son temps;
l’apport inestimable d’Origene serait même de proposer des solutions à trois
2. L’APPORT D’ORIGENE POUR LA RECONSTITUTION
problémes majeurs du moyen platonisme:
DE SYSTEMES OU DE CONCEPTS PHILOSOPHIQUES
la relation entre les intelligibles; la
relation entre les intelligibles et les sensibles; la conception du premier
En dehors des citations que l’on trouve dans les écrits d’Origéne, y a-t-il un
principe.
profit à attendre de cet auteur pour la connaissance de la philosophie
grecque? Peut-on faire appel à lui pour reconstituer des systèmes philocontre-pied dans la célèbre thèse d'H. Dorrie, selon laquelle il n'y a aucune
sophiques perdus? Certains spécialistes ont voulu l’utiliser pour reconstituer
continuité entre le platonisme et les Péres, en dehors d’une continuité de mots
l’enseignement d’Ammonios Saccas. D’autres ont vu en Origène une source
et d'images qui ont perdu leur sens original;!74 le platonisme serait parfaited'information importante sur le platonisme des 2e et 3e siècles. Qu'en est-il?
ment incompatible avec la théologie patristique; la preuve, c’est que les Péres
Ce qu’affirment les auteurs dont je viens de citer les noms a son exact
sont entrés en conflit avec les philosophes platoniciens.
2.A
Origène et Ammonios Saccas
Il est clair que nous avons affaire à deux approches également para-
Origene a-t-il été l'élève d’Ammonios Saccas? Je viens de rappeler que
l'examen des citations philosophiques présentes chez Origène et l'étude
doxales.
critique des sources anciennes sur les lectures d’Origéne faisaient naître des
le platonisme. Pour le premier, il n'y a chez les Pères rien d'autre que la Bible.
Pour le second, la Bible ne joue aucun rôle chez Origène, sinon d’ornement,
doutes sérieux à ce sujet.
Nous tenons là un premier motif pour refuser
d'utiliser Origène en vue de reconstituer les idées d’Ammonios.
d’autres raisons d'aller dans le même sens.
Mais il y a
H. Dörrie affirme contre toute vraisemblance qu’Origene n’a rien à
voir avec Platon, tandis que R. Berchman ne voit dans Origène rien d'autre que
d’apparat.!7®
Acceptons par hypothèse le
Pour mon compte, j‘adopte le point de vue de C. J. de Vogel;!76 entre le
on remarque qu’Origéne est, selon lui, un simple
platonisme et les Pères, il y a des éléments de continuité—ce qui donne raison
auditeur d’Ammonios, axpoatng, et non un élève assidu, Gndotig. Si donc
à R. Berchman—, mais aussi de discontinuité—ce qui va dans le sens d’H.
Origène ne faisait pas partic du cercle des familiers d’Ammonios, comment
tous les sujets, par exemple la vertu ou le salut ou Dieu;!6? c'est dire
Dôrrie. Ce qui veut dire qu’Origéne peut être confronté à des philosophes
platoniciens, que des ressemblances peuvent être repérées, mais aussi des
divergences. R. Mortley a par exemple montré que l'épistémologie et la
théologie mystique d’Origéne sont en rupture avec le moyen platonisme sur
toute une série de points décisifs: le thème de limitation d'un modèle
humain, Jésus, si choquant pour la philosophie grecque; le thème de la nécesl'originalité de chacune des deux démarches et l'impossibilité de leur attribuer
sité de la grace divine, au lieu des trois voies de la synthèse, de l'analyse ct de
témoignage de Porphyre:
voir en lui un chemin d'accès privilégié à la pensée du maitre de Plotin?167
Précisément, on a voulu reconstituer la pensée d’Ammonios en confrontant Origène et Plotin.!98
décevante:
Mais en fait cette confrontation se révèle
on trouve des accords et des désaccords entre eux sur à peu près
l’analogie qui, selon le moyen platonisme, permettent de connaître l'essence
une source commune précise.
Peut-on retrouver le système d’Ammonios en confrontant Origéne et le
néoplatonicien Hiéroclès, qui se réfère au maitre de Plotin?
C'est ce qu'ont
essayé de faire H. Langerbeck et W. Theiler.!7° Mais A. C. Lloyd et I. Hadot
ont bien montré par où péchaient ces tentatives: elles privilégient exclusivement la méthode de l’accord, sans se livrer à la contre-épreuve, la méthode
de la différence.!?!
2.B
Origène et le moyen platonisme
2.B.1
Peut-on
assimiler
la
pensée
d'Origène
communicabilité relative.!77 Concevoir Origène comme un philosophe moyen
platonicien, c'est en fait passer à côté de ce qui fait son originalité de
démarche et de visée, et qui consiste à établir des liens dialectiques entre le
donné biblique et les divers courants de pensée rationnels de son époque.
2.B.2
Les
moyen
platonisme
apports
ponctuels
d’Origene
pour
la
connaissance
du
Maintenant, Origène peut-il fournir des apports plus ponctuels et perà
un
système
moyen
mettre de reconstituer des éléments du platonisme de son temps?
Ce qui
permet de regarder cette hypothèse comme vraisemblable, c’est qu'il est
platonicien?
Origène est-il d’un apport quelconque pour reconstituer le platonisme de
son époque?
divine; le thème de l'incommunicabilité de Dieu opposé au thème de sa
La réponse à cette question dépend du degré d'affinité qu'on
établit entre Origène et le platonisme.
Plusieurs auteurs célèbres, comme E.
informé sur certaines discussions internes au moyen platonisme. Par exemple,
il sait que certains définissent Dieu comme intellect, d'autres comme au-delà
de l'intellect et de l’essence.178
de Faye, H. Koch ou H. Jonas, ont tenté d’assimiler le système d’Origéne à un
Je me contenterai d'illustrer l'apport d’Origéne à l'aide de deux exemples,
système platonicien ou néoplatonicien.172 Tout récemment, R. Berchman a
que j'emprunte à J. Dillon, le premier parce qu'il se révèle en fin de compte
écrit tout un livre fort suggestif pour démontrer que le système philosophique
discutable et qu'il pose des problèmes de méthode, le second parce qu'il paraît
d’Origene devait être compris sans référence à la tradition biblique et
acceptable.
Page 9
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)J. Dillon opére un rapprochement entre la doctrine origénienne du Traité
des Principes relative à l’action propre de chacune des personnes de la Trinité
et la théorie de Proclus sur l'energeia différente des trois hypostases.'79 De
même que, pour Origéne vu par J. Dillon, le Père étend son pouvoir à tous les
êtres, le Fils aux seuls êtres rationnels et l'Esprit Saint aux seuls saints, pour
Proclus le Bien agit sur tous les niveaux de la création, l’Intellect seulement sur
Origène et la philosophie grecque
205
Jusqu'à une date récente, le bilan des études origéniennes en ce domaine
est décevant. On peut signaler les études d’E. de Faye ct de G. Bardy. E. de
Faye avait été frappé par l'habitude, chez Origène, d'aborder un problème en
passant en revue toutes les questions susceptibles d’étre soulevées sur le sujet.
Il croyait que ce mode d’écriture venait directement d’Aristote.'4 G. Bardy a
rectifié cette conclusion, en montrant que la méthode des apories trouvait
toutes les entités dotées d'une forme, l'Ame seulement sur ce qui a vie. Or la
tradition platonicienne ne fournit aucun texte de l'époque d'Origéne offrant la
doctrine de Proclus. Mais, pour J. Dillon, il est clair que la théorie d’Origéne et
celle de Proclus sont les applications d’une même doctrine, qui n’a pas été
inventée par Origène et qui doit remonter probablement à Ammonios Saccas.
assurément son origine chez Aristote, mais
Origène transposerait donc à la Trinité une doctrine née dans le moyen
platonisme.
l'âme incarnée; (4) eschatologie.!
La démonstration de J. Dillon n'emporte pas complètement la conviction.
En effet, il s'appuie sur le texte du Traité des Principes tel qu'il est fourni par
Justinien et récuse celui de Rufin, sans doute à tort.!# Le texte de Justinien,
tout comme celui de Jérôme, paraissent correspondre plus à la lecture que les
origénistes du 4e siècle faisaient d’Origéne qu’à Origène lui-même. Qu'il y ait
un ancêtre commun à ces origénistes et à Proclus ne fait pas de doute. Mais
cet ancêtre n'est peut-être pas à situer parmi les platoniciens de l’époque
que, à l'époque d’Origéne, elle était
devenue un procédé d’exposition scolaire.!
Plus prés de nous, A. Orbe a montré que le court passage du Commentaire
sur Jean relatif à l’äme présentait le plan traditionnel des traités sur l’âme, faits
de quatre parties: (1) nature de l'âme; (2) incorporation de l'áme; (3) destin de
À notre époque, il faut signaler l'étude tout à fait neuve d’Ilsetraut
Hadot.18 Son point de départ consiste à analyser les différents types de
schémas introductifs présents dans les commentaires des néoplatoniciens
d'époque tardive sur les écrits d’Aristote et de Platon. Elle les replace dans
leur contexte, qui est le cursus d’enseignement philosophique.
Le cursus
proprement dit était précédé d’abord par une introduction générale à la
philosophie—existe-t-elle? qu'est-elle? comment est-elle? pourquoi est-elle?
—
ensuite par une introduction particulière à I’Isagogé de Porphyre, qui était le
d'Origène.
premier livre que lisaient les étudiants.
Le second exemple n’appelle pas les mêmes réserves. Il concerne le
pouvoir incantatoire des noms propres bibliques tel qu'Origéne l'analyse dans
cursus, qui consistait dans l'étude des œuvres et de la philosophie d’Aristote,
l'Homélie 20 sur Josué.181 J. Dillon met en parallèle les affirmations d’ Origène
l'intention de leurs étudiants deux types d'introduction.
avec la théorie de l'efficacité magique des noms dans le néoplatonisme. Cette
théorie, étroitement liée à la doctrine de la ovuad0era, n'est pas un lieu
d'affrontement entre païens et chrétiens.
J. Dillon montre qu'Origéne
constitue la meilleure voie d'accés pour connaître la théorie telle qu'elle était
duction à la philosophie d’Aristote en général, «dont le plan comprenant
avant le néoplatonisme, dans le moyen platonisme de son époque. !”?
authenticité; sa place dans l’ordre de lecture; la raison d'être de son titre; sa
en commençant par
Les néoplatoniciens ont rédigé à
D'abord une introdix points avait été établi ( . . . ) par Proclus dans une œuvre intitulée
Evvavéyvwoig.»189 Ensuite une introduction particulière aux Catégories, qui
offrait toujours les six points suivants:
division en chapitres.
2B.3
les Catégories.
Venait alors la première partie du
le but du livre; son utilité; son
On note que ce schéma en six points se retrouve dans
toutes les introductions des commentaires néoplatoniciens sur les différents
Conclusion
Ainsi, Origène ne permet pas de reconstituer les systèmes moyens
platoniciens de son époque. En revanche, et moyennant des précautions de
méthode, il contribue à éclairer des points particuliers du platonisme de son
écrits d’Aristote.
La seconde partie du cursus néoplatonicien était consacrée à l’étude de la
philosophie et des dialogues de Platon.
Là encore, il existait deux types
d'introduction. D'abord, une introduction générale à la philosophie de Platon,
temps.
qui, comme l'introduction à la philosophie d’Aristote, comportait dix points. La
liste de ces dix points, qui ne sont pas identiques aux dix points relatifs à
3. ORIGENE ET LES MODES D’ECRITURE PHILOSOPHIQUES
Aristote, remonte à Proclus, et sans doute à sa Lvvavayvaoız.189 Ensuite, il y
avait des introductions spéciales 4 chacun des douze dialogues de Platon que
Je voudrais maintenant insister sur un apport d’Origene dont on parle trop
rarement: les renseignements qu'il nous donne sur les règles de l'écriture
philosophique, ainsi que sur les modes de composition des ouvrages philosophiques. B. Neuschäfer vient de montrer, dans un ouvrage qui renouvelle
notre connaissance d’Origéne philologue, comment ce dernier, qui a exercé le
métier de grammatikos, utilisait constamment, dans son travail sur la Bible,
les méthodes profanes d'explication des textes.183
Et il souligne même
qu'Origéne est une mine pour mieux connaître le savoir philologique d'époque
impériale.
Pourquoi un phénomène du même ordre ne se produirait-il pas
dans le domaine voisin des modes d'exposition philosophiques?
devaient
lire les étudiants, du
Premier
Alcibiade
au Parménide.
Elles
examinaient successivement huit points: la mise en scéne dramatique du
dialogue; la signification des personnages; le but du dialogue; la place relative
du dialogue; son utilité; sa division en chapitres; son style; la manière dont le
dialogue est rapporté et le sens allégorique à en tirer.
ll est sûr que les deux schémas en dix points qui introduisent respectivement a la philosophie de Platon ct a celle d’Aristote ont été mis au point par
Proclos au Se siècle de notre ère. De quand date la mise au point des schémas
en six et en huit points?
I. Hadot analyse le prologue d’Origéne à son
Commentaire sur le Cantique des Cantiques; elle montre qu'on peut y recon-
Page 10
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)naître le schéma suivant, en six points: les personnages; le genre littéraire; les
dispositions nécessaires pour aborder l'ouvrage; le but du livre; sa place dans
l'ordre de lecture des écrits de Salomon et dans les divisions des parties de la
philosophie; la raison du titre. Il est clair que ce schéma doit être rapproché du
schéma en huit points présent dans les introductions aux dialogues de Platon
et plus encore du schéma en six points des introductions aux traités d’Aristote.
Origène est-il l'inventeur de ce schéma?
Le caractère scolaire de ce plan
est tellement frappant qu'on doit plutôt penser qu’Origéne le tient de la
tradition philosophique de son temps. I. Hadot songe à la tradition platonicienne.
Je me demande s’il ne s’agit pas d’une tradition philosophique plus
large, celle de la philosophie scolaire en général.
Origène
permet donc de
mieux connaître un mode d'écriture de cette tradition scolaire. 1°
Origène et la philosophie grecque
207
arguments de ses adversaires, parmi lequels il y a les stoïciens (chapitres 22 à
25). L'ouvrage s’achöve par une courte conclusion (chapitre 39).
3. La Réponse que Jamblique adresse, vers 300, à la lettre de Porphyre à
Anébon sur les Mystères d'Égypte.195 Précédée d'une Préface, qui contient
des considérations méthodologiques sur la manière de traiter les difficultés,
elle est faite de deux parties: les livres 1 à III portent sur la classification
du divin ct sur la mantique; les livres IV à X consistent à résoudre des contradictions apparentes; le début de IV marque nettement ce plan: «Eh bien
donc, il faut examiner à la suite également les contradictions apparentes
(doxodoaı tvaviuboer)» de Porphyre: la partie qui s'ouvre est sous le signe de
la réfutation et de la recherche; elle se caractérise aussi par la reprise des
sujets: par exemple, la question de savoir si l'on peut commander aux dieux,
Un autre apport d’Origéne doit être maintenant souligné. Ici je dois
renvoyer 4 mes propres travaux.!?!
Depuis une quinzaine d'années, je
examinée en II 11, est reprise en IV 1-2; en revanche, d'autres sujets—comme
les sacrifices et la priére—sont nouveaux et se situent dans une perspective
m'interroge sur le plan du Traité des Principes tel que M. Harl l’a dégagé, en
d’approfondissement.
1973, lors du premier colloque international des études origéniennes:1%
une
Préface, un premier exposé général relativement court (1.1-I1.3) consistant en
une vue synoptique des questions de physique traitées de manière systématique et selon le point de vue chrétien, une deuxième partic plus développée
(11.4-IV.3) qui consiste en la recherche de réponses sur neuf points particuliers
controversés annoncés dans la Préface, et une brève Récapitulation (IV 4) qui
revient sur les sujets de la première partie et donne quelques développements
supplémentaires.
J'ai tenté de démontrer qu'il existait d'autres exemples de
ce mode de composition
l'époque tardive.
littéraire dans la littérature philosophique de
Cinq ouvrages relevant de la physique paienne suivent un
schéma très proche de celui du Traité des Principes:
1.
L'Onirocriticon d'Artémidore, qui écrivait en Asie Mineure au 2e siècle
de notre ère.
Il s’agit de la plus ancienne clef des songes qui nous soit
parvenue intégralement.!93 Cet écrit traite d'une question qui relève de la
physique, celle de la divination par l'analyse des songes. Les trois premiers
livres constituent un premier ensemble: la Dédicace est une préface qui trace
un programme de travail, les livres 1 et Il forment un traité systématique
consacré aux «détails» sur les songes, le livre III est un complément. Les deux
derniers livres, précédés d’une nouvelle préface, forment un second ensemble,
qui consiste en un nouvel exposé «depuis le commencement» (IV préface),
«une considération méthodique et une interprétation neuve des problèmes
en question» (V préface); IV répète le plan de I-II, mais dans une perspective
de réfutation et de recherche; V est une collection de «rêves avec leurs
accomplissements» (IV conclusion).
2
Le Traité du destin d’Alexandre d’Aphrodise, composé à la fin du 2e
siècle ou au début du siècle suivant.!9 Le chapitre 1 est une introduction
protreptique qui insiste sur l'importance du sujet traité (le destin et la liberté)
et qui dédie l'ouvrage aux empereurs.
La première partie (chapitres 2 à 6)
consiste en un exposé général et systématique sur le destin selon les principes
d’Aristote. Le chapitre 6 s’achève par les mots: «Telle est donc pour ainsi dire
résumée la doctrine relative au destin d’après les péripatéticiens». Dans la
deuxième partie (chapitre 7 à 38), Alexandre entreprend de justifier et de
renforcer les affirmations de la première partie en exposant et en réfutant les
4 Le traité Des dieux et du monde écrit par Saloustios vers 360.196 1-11
forment une Préface complétée par III-IV qui offrent une considération
préliminaire sur les mythes. Comme l’a montré A. D. Nock, il y a deux parties
bien définies: la première (V-XII) est une exposition générale du sujet, la
seconde (XIII-XXI) consiste en une série d'appendices sur des questions
débattues. La phrase qui ouvre XIII indique explicitement ce schéma: «Donc,
au sujet des dieux, du monde et des affaires humaines, pour ceux qui, tout en
étant incapables d'être menés par la philosophie, n’ont pas l'âme incurable, ce
qui a été dit suffira; mais il reste à parler sur leur incréation à un moment
quelconque et sur leur inséparation réciproque»; d'autres sujets particuliers
seront énoncés dans la suite. La première partie contient un enseignement
élémentaire, qui s'adresse à des débutants, la seconde offre un enseignement
approfondi, qui vise un public de philosophes.
5. La Lettre que Proclos adresse à l'ingénieur Théodore sur la Providence.19? Dans l Introduction (1), Proclos rappelle que Théodore lui a écrit
pour lui demander ses idées sur la providence, la fatalité et la liberté. Selon
Théodore, providence et fatalité sont synonymes; il n'y a pas de liberté,
l'univers étant une machine. La première partie (II-V) est faite de trois «discussions»: sur la providence et la fatalité; sur les deux ames; sur les deux
connaissances. La deuxiéme partie (VI-XII) apporte les solutions aux problémes soulevés par Théodore. Ce plan est formulé avec netteté au début de
VI: «Puisque nous avons mené à bien les trois discussions dont nous disions
qu’elles étaient indispensables pour unc bonne articulation des objets de notre
enquéte, nous allons maintenant passer aux problémes eux-mémes et, pour
chacun d’eux, j‘apporterai les solutions qu'il comporte». En d'autres termes, à
un exposé général liminaire succède une deuxième partie qui, revenant partiellement sur les points antérieurement développés, apporte une réfutation aux
opinions de Théodore dans une perspective de recherche philosophique.
Quatre de ces cinq ouvrages se rattachent à la tradition platonicienne.
Mais le dernier, le Traité du destin d'Alexandre d’Aphrodise appartient à
la tradition aristotélicienne. Avec ce témoignage, nous tenons la preuve que
le mode de composition à l’œuvre dans le Traité des Principes d’Origene
dépasse le cercle platonicien et qu'il appartient à l'ensemble de la tradition
philosophique scolaire,
Page 11
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)Ce que je veux encore souligner, c’est que ce mode de composition
bipartite caractéristique des traités de physique n’a été que rarement repéré
Origène et la philosophie grecque
209
éléments platoniciens, et aussi sur la manière dont Origéne se démarque de Platon (par
exemple la substitution du masculin è &v au neutre to ov pour parler de Dieu), voir
par les éditeurs et les commentateurs de ce type d’&crits. À ma connaissance,
J. M. Rist, Eros and Psyche. Studies in Plato, Plotinus and Origen (Toronto 1964, 1967°)
seul A. D. Nock l'avait signalé pour Saloustios. Et encore n’a-t-il pas été suivi—
à tort—par l'éditeur français du traité. En général, les éditeurs et com-
(la thématique du Premier Alcibiade chez Origéne).
mentateurs avouent leur embarras devant la structure de ces ceuvres.!98
L'apport d’Origéne n'est donc pas mince, puisque c'est lui qui, en définitive,
donne la clef de la composition de ces écrits philosophiques d’époque tardive.
195-212, ou encore J. Pépin, Idées grecques sur l'homme et sur Dieu (Paris 1971) 178-203
2. Voir M. Harl, “Structure et cohérence du Peri Archón,” Origeniana 11-32.
3. Voir l’index de H. Crouzel et M. Simonetti [SC 312] s.v. Graecus. Il existe des
indications du même genre dans d'autres écrits d'Origéne, comme le Commentaire sur le
Psaume 4 (= Philocalie 26 [SC 226.234]).
4. Voir la Préface d’Origéne et l’article de M. Harl signalé à la note 2.
5. Voir P. Nautin, Origène. Sa vie et son œuvre (Paris 1977) 295.
4. CONCLUSION
6. Voir P. Nautin, op cit 289-92.
L'apport d’Origéne pour la connaissance de la philosophie grecque est
triple. D'une part, il nous donne accès à des titres et à des fragments d’ceuvres
7. Par présocratiques, j'entends tous les philosophes qui figurent dans le recueil de
H. Diels-W. Kranz, Die Fragmente der Vorsokratiker (Berlin 1951) même s'ils ont en fait
vécu après Socrate.
que nous ignorerions en l’absence de son témoignage, notamment, dans la
8. CCels I 16.
tradition platonicienne, Nouménios et Celse et, dans la tradition stoicienne,
9. CCels V 41, 49; VIII 28.
Chrysippe, Chærémon, Hérophile, Mousonios et des anonymes. D'autre part,
10. CCels VI 42. Il est question également de Phérécyde (mais sans citation de fragments)
il éclaire des points difficiles et mal connus du stoïcisme et livre des renseigneen CCels IV 89; IV 97-VI 43.
11. Voir H. Diels-W. Kranz, op cit 1.49.
ments ponctuels sur le platonisme de son temps. Enfin, il nous apprend en
quoi consistaient quelques-uns des procédés de l’écriture philosophique
12. H. Diels-W. Kranz 1.49-50.
scolaire, par exemple la manière dont on rédigeait une Préface à une œuvre
13. Plutarque, Propos de table 4.4.3.669A, éd F. Fuhrman (CUF Paris 1978) = H. Dielsou encore le mode de composition d’un traité de physique. Les études dans ce
W. Kranz, 1.172.
dernier domaine sont récentes ct restent limitées à quelques écrits d’Origéne.
Mais les résultats sont prometteurs et constituent un encouragement pour
poursuivre et généraliser la recherche.!99
Origène était considéré comme «un grand philneo ube chez les Grecs euxmêmes», selon son biographe, Eusèbe de Césarée.200
Au terme de notre
enquête, cette réputation paraît dans une certaine mesure justifiée.
14. CCels V 14 et 24.
15. CCels [ 5 et VII 62 = H. Diels-W. Kranz 1.151-152. Voir aussi CCels VII 65.
16. Les mots propres à Celse se trouvent immédiatement après Acaynvevorto où n et sont:
yuvóoxow Beoëc odi’ fipwag, oitives iat.
17. Les deux premiers de ces fragments se trouvent dans le CCels VI 12 (= H. DielsW. Kranz, op cit 1.168-69); le dernier est en CCels VI 42 (= H. Diels-W. Kranz 1.169).
J. Bollack et H. Wismann, Héraclite ou la séparation (Paris 1972) 243-45, proposent de
maintenir le texte de B 80 tel que Celse le transmet; ils écartent les corrections de
F. Schleiermacher et de H. Diels.
18. CCels VIII 53.
19. H. Diels-W. Kranz, op cit 1.357 = fragment 103 de l'édition de G. Gallavotti,
Notes
1. Voir par exemple les mises au point d’H. Chadwick, Origen: Contra Celsum
Empedocle. Poema fisico e lustrale (1975).
20. CCels | 32.
(Cambridge 1965) ix-xiii, Early Christian Thought and the Classical Tradition (Oxford,
21. CCels VII 53. On notera qu’en CCels VII 54, Origène loue la conduite d'Anaxarque.
1966) 85-123, et “Origen,” dans A. H. Armstrong, The Cambridge History of Later Greek
22. Voir H. Diels-W. Kranz, op cit 2.235-40.
and Early Medieval Philosophy (Cambridge 1967) 162-82 (qu’on peut résumer ainsi:
comme les autres Pères, Origène est le témoin d'une sorte de koiné philosophique qui se
caractérise par des emprunts aux logiques aristotélicienne et stoicienne, à l'éthique
stoïcienne et à la physique platonicienne). Dans le même esprit, W. A. Banner, “Origen
and the Tradition of Natural Law Concept,” DOP 8 (1954) 51-82, a montré que le concept
origénien de loi naturelle mélait des éléments platoniciens et stoiciens à une inspiration
chrétienne. Sur les éléments aristotéliciens de la pensée d’Origéne, l'analyse d’E. de
Faye, Origène. Sa vie, son œuvre, sa pensée, | (Paris 1923) 216 et suivantes, Ill, (Paris
1928) 87, a été rectifiée par G. Bardy, “Origène et l’aristotelisme,” Mélanges G. Glotz
(Paris 1932) 78-83, qui a montré que ce qu’Origéne savait d’Aristote, ce sont «des lieux
communs, des idées courantes, des définitions traditionnelles»; par exemple, la doctrine
du Traité des Principes sur la matière distincte des qualités est moins aristotélicienne que
dans l'air du temps. Sur les éléments stoiciens de la pensée d’Origéne (le jugement libre, la
providence, l'anthropocentrisme, l’irrationalité des animaux, la théodicée, les notions
communes, la métriopathie), on peut toujours se reporter à l’étude magistrale de
M. Pohlenz, Die Stoa. Geschichte einer geistigen Bewegung, 2 vols. (Gôttingen 1948-49)
notamment 1.423-28, 2.202-7. Voir aussi M. Girardi, “Osservazioni sulle nozioni communi
in Origene con particulare referimento al Contra Celsum,” Origeniana Il 279-92. Sur les
23. CCels V 20.
24. CCels VII 53.
25. Voir par exemple l’allusion à Phèdre 247b dans CCels VI 20.
26. CCels VI 18 (= Lettre 2 312e-313a).
27. CCels VI 3 (= Lettre 2, 341cd: le bien est ineffable et naît soudainement dans l'âme à
la suite d'un long commerce); CCels VI 7 (= Lettre 2, 344b: il faut procéder par questions et
réponses pour illuminer l'intelligence); CCels VI 8 (= Lettre 2, 41e: seul un petit nombre
connaît le bien); CCels VI 9 (= Lettre 2, 342ab: le célèbre passage sur le nom, la définition,
l’image, la connaissance, l'objet connaissable et réel); CCels VI 10 (= Lettre 2, 341c: le bien
est ineffable).
28. CCels I 19 citant Timée 20d;.
29. CCels VI 21 citant Timée 41d-42e.
30. CCels VII 42-43 citant Timée 28c.
31. CCels VÍ 15 citant Lois 715e-716a.
32. CCels VI 16 citant Lois 743a. La phrase de Jésus figure en Matthieu 19:24; Marc 10:25;
Page 12
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)33. CCels III 63 se référant à Phédre 267c; CCels VI 21 évoquant Phèdre 248ce.
34. CCels VII 58 citant Criton 49bc.
35. CCels VII 28 citant Phédon 109ab.
36. CCels VIII 34 faisant peut-être allusion à République 617de et 620de. Mais il n'est
pas sûr qu'en CCels VIII 34, Origène cite un fragment de Celse. Voir la note de M. Borret
the Life and Writings of Plato (Leyde 1976): ce sont les numéros 1, 4 ct 102. D'autre part,
Origène narre l'épisode célèbre de la conversion à la philosophie de Polémon entendant
Xénocrate, successeur de Speusippe à la tête de l'Académie (CCels | 64; 111 67).
65. CCels | 20, 57; HI 80; IV 40; V 2, 4, 42; VI 19, 20 ter, 43, 59; VII 44; VII 4.
66. CCels I 17, 29; II 16; IV 36, 50; V 43, 47; VI 4, 64; VII 5, 38. Sur la citation de
[SC 150.249].
République 389b dans le Stromate VI, voir P. Nautin, op cit 295.
37. CCels VI 12 citant Apologie 20d.
67. CCels IV 20, 56, 62; V 21; VI 10, 21, 58.
68. CCels VI 8; VII 6; VIII 7-8.
38. Voir CCels VI 1.
39. Voir les témoignages commentés par M.-D. Richard, L'enseignement oral de Platon
(Paris 1986).
40. CCels IV 89; CCels IV 97-VI 43 (Moise est plus ancien qu'Héraclite, Phérécyde et
même Homère).
41. CCels V 49, qui donne les vers 1b-2a du fragm. 137 (= fragment 122 3-8, G. Gallavotti,
op cit).
69. CCels VI 8 et 12 (Lettre 6); CCels VI 10 (Lettre 7).
70. CCels IV 26, 79; VI 63.
71. CCels 1 25; IV 48; VII 43.
72. CCels IV 39.
73. CCels II 17.
42. CCels V 11.
74. CCels VI 57,
43. Diogène Laérce, II 8 (= fragment A 1 de H. Diels-W. Kranz 2.5.25-26).
75. CCels IV 62.
44. Actios I] 25.9 (= fragment A 77 H. Diels-W. Kranz).
76. CCels Ill 63.
45, Aetios II 13.6 (= H. Diels-W. Kranz 2.47 n°15).
77. CCels IV 62.
46. CCels 143; 11 41 (Origène raconte que Démocrite abandonna son bien en pâturage aux
brebis); CCels VII 66; VIII 45.
78. CCels VI 8.
47. CCels IV 25 (= fragment B 12 de H. Diels-W. Kranz 2.340, qui le rattachent au livre I
du traité pour des raisons qui m’échappent). La question de l’identité des deux Antiphon
reste discutée; voir B. Cassin, “Histoire d'une identité. Les Antiphon,” L’écrit du temps 10
211
Origène et la philosophie grecque
79. CCels VI 10.
80. Voir J. M. Rist, “Beyond Stoic and Platonist: a Sample of Origen's Treatment of
Philosophy (Contra Celsum 4, 62-70)," Platonismus und Christentum. Festschrift für H.
(1985) 65-77.
Dorrie, JAC 10 (1983) 228-38,
48. Voir M. Borret [SC 227.342, s.v. “Pythagore”].
81. CCels V 57.
49. Par exemple sur la construction de cénotaphes à l'intention des pythagoriciens ayant
fait défection (CCels II 12; HI 51). Voir aussi CCels VI 8 (Pythagore avait une cuisse
d'ivoire, se souvenait d’avoir été Euphorbe, était doué d’ubiquite).
82. Eusébe, Préparation Evangélique 11.36.1.
83. Edition par J. lrigoin dans l’Appendice à Plutarque, Traités 1 et 2 (CUF, Paris 1987)
50. CCels V 57.
51. CCels VII 6.
52. Voir R. Goulet, “Porphyre, Ammonios, les deux Origéne et les autres ... ,” RHPhR 57
(1977) 471-96.
53. CCels 115; IV 51; V 38; V 57.
54. CCels I 15 (où il est question du livre 1); CCels V 51 (où il est question du livre 3).
55. CCels IV 51; pour des raisons de syntaxe, le titre La Huppe est donné au datif; mais il
est probable que le titre était normalement au nominatif.
56. CCels V 57.
57. Voir l'édition des fragments de Nouménios par É. des Places (Paris 1973).
58. CCels
115 = fragment Ib des Places (= fragment 9b Leemans).
59. CCels IV 51 = fragment Ic des Places (= fragment 32 Leemans).
ccciii-ccexviii. Dans les pages qu'il consacre à l'histoire du texte des Œuvres Morales de
Plutarque, op cit cexxvii-cexxxvii, J. Irigoin ne signale pas le témoignage d'Origéne, il est
vrai secondaire.
o
84. Ce sont les fragments n° 173 à 178 de l'édition F. H. Sandbach, Moralia, VII (Leipzig
1967) 1-10, reproduite dans la LCL, Moralia, XV (London /Cambridge 1969) 8-28.
85. Voir par exemple H. Chadwick, Origen: Contra Celsum (Cambridge 1965) ix-xxxiii;
P. Merlan, “Greek Philosophy from Plato to Plotinus,” The Cambridge History of Later
Greek and Early Medieval Philosophy, A. H. Armstrong (Cambridge 1967) 14-136,
notamment 80 (Celse est typique du moyen platonisme par sa doctrine des démons
nationaux, son antichristianisme, son polythéisme, sa thèse sur la matière source du mal.
Il anticipe Plotin en mettant le Dieu suprême au-delà de l'intelligence); J. Dillon, The
Middle Platonists. A Study of Platonism. 80 B.C. to A.D. 220 (Londres 1977) 400-401,
classe Celse parmi les platoniciens éclectiques.
86. Voir un état de la question chez M. Borret [SC 227.9-23),
60. CCels IV 51 = fragment 10a des Places (= fragment 19 Leemans).
87. Voir D. T. Runia, “Festugiére Revisited: Aristotle in the Greek Fathers,” VigChr 43
61. Ibid.
(1989) 1-34.
62. CCels V 38 = fragment 53 des Places (= fragment 33 Leemans).
63. Ce fragment offre un paralléle de thématique avec le fragment du pythagoricien
anonyme analysé plus haut, au point qu’on pourrait songer 4 imprimer ce dernier parmi les
dubia de Nouménios.
64. Origéne raconte trois anecdotes sur la vie de Platon, la première qu'il tient
d'Aristandros—voir ce que je dis de cet auteur dans les divers—, la deuxième, bien connue,
sur le réve de Socrate voyant un cygne la veille de rencontrer Platon; la derniére est
relative au troisième œil que possédait Platon. Origéne fournit la plus ancienne attestation de cette anecdote, mais non la seule, contrairement à ce qu'affirment les annotateurs
du Contre Celse: elle est connue de manière plus complète par l’auteur anonyme des
Prolégomènes à la philosophie de Platon 5.40-42, éd L. Westerink (Amsterdam 1962) 13.
Ces trois anecdotes sont analysées par A. S. Riginos, Platonica. The Anecdotes Concerning
88. CCels 124 (sur les noms); CCels Il 12 (Aristote a été I’éléve de Platon, s'est détourné de
lui, est en désaccord avec lui sur l’immortalité de l’äme et traite de gazouillis les idées
platoniciennes); CCels IV 56 (sur l'éther). Voir aussi les références dans M. Borret [SC
227.303 s.v. Aristote et 335-36 s.v. Péripatéticiens].
89. ComPs 35:6 [PG 12.1316A].
;
90. Voir M.-]. Rondeau, “Le Commentaire sur les Psaumes d'Evagre le Pontique,” OrChrl
26 (1960) 307-48: il s'agit de la scholie d'Évagre n° 3 dans la série du Vaticanus gr. 754.
91. ComPs Praef [PG 12.1053A].
92. Voir G. Bardy, art cit à la note 1.
93. Ainsi les définitions d’&pyñ en Com]n | 16, d'auapria en ComRm IX 2. Voir R. Cadiou,
"Dictionnaires antiques dans l'œuvre d’Origene,” REG 45 (1932) 271-85 et E. Klostermann,
“Uberkommene Definitionen im Werke des Origenes,” ZNW 37 (1938) 54-61.
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Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)Origène et la philosophie grecque
213
94. En Homjer 20.1, éd P. Husson et P. Nautin [SC 238.254-55], Origéne veut montrer que le
mot courroux n’a pas le même sens selon qu'il s’agit de Dieu ou des hommes, puisque «sont
115. Ce titre est connu sous deux autres formes voisines: Athénée, Deipnosophistes, 4.159d
homonymes les choses qui n’ont en commun entre elles que le nom, et dont le concept, si l’on
Kai xax@v rpayuareias; chez Plutarque, Des contradictions des stoïciens 9 (= SVF 2.11.45
n° 30), il est question simplement du Mepi áyadów xai xaxóv.
116. Le premier de ces deux fragments figure dans SVF 3.196.25-41, le second en 2.337 n°
1174. On notera qu’l. ab Arnim omet curieusement de signaler ce second fragment dans la
liste des passages conservés du Traité élémentaire qu'il dresse en 3.96.
se réfère au nom de leur substance, est différent». Il s’agit d'une citation des Catégories 1.
Mais elle n'est pas précédée de nom d'auteur. Cette définition scolaire peut venir du
lexique relatif aux œuvres d’Aristote qu’Origéne cite dans la Préface au ComPs.
95. Par exemple E. de Faye, op cit, n. 1, Ill (Paris 1928) 87; W. A. Banner, art cit, n.1.
(= SVF 3.196.20-24) et 11.464d (= SVF 3.167 n°667), parle d’Eioayaryn fig xepi ayabüv
97. CCels 1 15.
117. Voir la note 115.
118. Le mot Aöyog doit être suppléé.
98. Flavius Josèphe, Contre Apion | 163-65.
119. Voir SVF 3202, n° 44.
99. On peut penser que la fin du $ 165 (à partir de Atycraı yap) vise en fait le Sur les
nomothètes, puisque les renseignements sont parallèles à ceux d'Origéne. Flavius Josèphe
n'aurait pas signalé le changement de sources.
120. L'ensemble des témoignages subsistant figure en SVF 3.110.38-133.26 n° 456-90.
121. Diogène Laérce VII 187-188, ne dit pas qu'il s'agit d'un tableau, mais précise qu’une
96. C'est la conclusion de G. Bardy, art cit à la note 1.
100. Voir F. Wehrli, Hermippos der Kallimacheer. Die Schule des Aristoteles, Supplement band 1 (Bâle/Stuttgart, 1974) fragments n° 80-88. Le fragment d'Origène est le
fragment n° 81, p. 33.
101. 11. Usener, Epicurea (Leipzig 1887). Ce sont les fragments n° 68 (= CCels III 80), n°
334 (= 1 24), n° 368 (= II 13), n° 369 (= 1 13; 1 10; 11175; V 61), n° 390 (= VII 66), n° 391 (= VIII
45; 1 43), n° 395 (= VII 3), n° 517 (= V 47), n° 518 (= V 47), n° 535 (= VII 63).
102. H. Chadwick, “Origen, Celsus and the Resurrection of the Body,” HThR 41 (1948)
83-102 (voir 92 n. 2).
telle histoire ne se trouve pas répertoriée par les auteurs de catalogues—détail qui donne
de la crédibilité au témoignage d’Origéne sur le tableau.
122. CCels 1 59.
123. C'est le fragment 3 de P. W. van der Horst, Chæremon, Egyptian Priest and Stoic
Philosopher. The Fragments Collected and Translated with Explanatory Notes (Leyde
1984) 12-13 (texte), 53 (note). Il existe quatorze fragments sûrs de Chærémon et quatorze
fragments douteux.
124. R. Cadiou, art cit à la note 93. Voir aussi E. Klostermann, art cit à la note 93.
125. Cette datation de pure vraisemblance repose sur la présence de définitions
103. Voir H. Chadwick, “Origen, Celsus and the Stoa,” JThS 48 (1947) 34-49.
empruntées au néopythagorisme et au moyen platonisme.
104. CCels 1 5; III 54; IV 54; VII 63; VIII 35; 49,
126. Voir les articles précédents.
105. 1. ab Arnim, SVF
I (Stuttgart, 1905) n° 40 (= CCels III 54), n° 244 (= VII 63), n° 265 (= 1
5), et n° 297 (= VIII 35).
Philocalie (= édition É. Junod [SC 226.234-237]), Origène passe en revue les définitions
106. Le texte du CCels VIII 35 est traditionnellement corrigé à l’aide du texte de
Plutarque, Du contrôle de la colère 462c. 1. ab Arnim ne signale pas que le texte d’Origéne
est corrigé!
épicurienne, stoicienne et aristotélicienne des biens. Doit-il ces définitions 4 ses lectures,
ou à un manuel doxographique, ou à un lexique comme celui d’Hérophile ou à plusieurs
lexiques? Il n’y a pas, chez Origéne assez d'indications de sources pour répondre à la
question.
127. CCels III 66.
107. Clément d’Alexandrie, Stromate V 76.
108. I. ab Arnim, SVF, 4 vol. (Stuttgart, 1903-1924, réimpr. 1958).
Voir notamment la
Préface dans le volume 1.xlvi-xlvii et, dans le volume 4.204-05 l'index de M. Adler. 55
fragments sont tirés du Contre Celse, 7 du PArch, 5 du ComMt, 4 du Com]n, 3 du PEuch, 2 du
ComGn, 1 du ComEz et du ComPs.
109. Voir B. D. Jackson, “Sources of Origen’s Doctrine of Freedom,” ChH 35 (1966) 13-23 et
J. M. Rist, “Prohairesis: Proclus, Piotinus et alii,” De Jamblique à Proclus. Entretiens sur
l'Antiquité classique XXI (Vandœuvres/Genève 1975) 103-17, notamment 111-12 (=
Platonism and its Christian Heritage (London 1985) n° XIV).
Dans le Commentaire du Psaume 4 cité par la
H. Langerbeck, “The
Philosophy of Ammonios Saccas and the Connection of Aristotelian and Christian
Elements Therein,” JHS a voulu rattacher la doctrine origénienne de I’ avteEodatov à
Aristote. Cela ne paraît pas défendable. Il n’est pas possible non plus de faire dépendre
Da théorie d'Origéne uniquement du stoïcisme, comme tend à le faire T. Kobusch, art cit à
a note 140,
110. Par exemple, CCels III 69 commence par un «nous,» qui renvoie à Origène ou aux
chrétiens: «nous» pensons, dit à peu près Origène, qu'aucune âme n'a été faite mauvaise;
«nous» considérons qu'elle le devient par l'éducation, la perversion, l'entourage. On est
vraiment surpris de lire ce passage en SVF 3.56 n°233.
111. CCels II 20.
112. Voir Cicéron, Traité du Destin 30.
113. Ainsi que l’a relevé B, Jackson, art cit à la note 109. Il s’agit de CCels 1 40, 64; II 12;
IV 48, 63; V 57; VIII 49, 51.
114. CCels IV 64 (il s'agit sans doute de la suite du fragment cité en 63, sous une forme
adaptée); CCels IV 78 (la thèse selon laquelle les fauves nous sont donnés pour développer
les germes de courage en nous revient sans doute à Chrysippe, puisque c’est à cet auteur
qu'elle est attribuée par Porphyre, De l’abstinence 3.20); CCels VIII 67 (l'identification
128. Scholies sur Psaumes 118, 161, partiellement éditées par R. Cadiou, Commentaires
inédits des Psaumes (Paris 1936). Notre scholie est donnée p. 118. R. Cadiou n’a pas su
exploiter correctement le Vindobonensis th.gr. 8, qui méle deux ceuvres distinctes
d’Origéne: les Commentaires sur les Psaumes et les Scholies sur les Psaumes. voir
G. Dorival, “Origéne dans les chaînes sur les Psaumes: deux séries inédites de fragments,”
Origeniana 199-213.
129. *Aoxntéov td Aoidwpov Kai tó nixpéx Acidwpov, GAAG xa’ Eavtov tov Buudv
Kal mv mxpiav avaniOnvntéov, GAAG Kata thc Ev huiv hôvnubeias. Ce fragment est
évidemment absent de l'édition de O. Hense, C. Musonii Rufi Reliquiae (Leipzig 1905),
bien antérieure au livre de R. Cadiou signalé à la note 128. Il ne figure pas dans le
papyrus Rendel Harris de Mousonios (voir J. E. Powell, The Rendel Harris Papyri of
Woodbrooke College, [Birmingham/Cambridge 1936] 2-5 et 135), qui complète notre
connaissance du fragment XV Hense. Notre fragment est absent de C. E. Lutz, “Musonius
Rufus ‘The Roman Socrates”,” YCS 10 (1947) 1-147. R. Laurenti, “Musonio, maestro
di Epitteto,” ANRW 2.36.3 (1989) 2105-46, ne le mentionne pas; il est vrai qu'il s’agit
d’une étude exclusivement doctrinale. Je n’ai pu consulter R. Laurenti, Musonio Rufo. Le
diatribe e i frammenti minori (Rome 1967).
I 13.
130. CCels
131. CCels IV 56.
132. CCels V 47.
133. CCels VI 71.
134. CCels I 21; 111 75; IV 14; VIII 49. Voir aussi Com]n XIII 21.125-128 (où Origène s'en
prend à ceux qui croient que Dieu est corporel, ce qui peut viser aussi bien des chrétiens que
les stoiciens).
135. CCels VII 37.
entre Athéna et la sagesse est attribuée à Chrysippe par Philodème, Sur la piété, 16; =
136. CCels 1 24.
SVF 2.258 n°910).
137. ComMt X 4 [SC 162.155, n. 5], éd R. Girod.
Page 14
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)138. CCels VII 15. Voir B. Mates, Stoic Logic (Berkeley/Los Angeles 1953, 1961?) 80-81 et
136; L. Roberts, “Origen and Stoic Logic,” TPAPA 101 (1970) 433-44; J. M. Rist, “The
Importance of Stoic Logic,” Contra Celsum, Neoplatonism and Early Christian Thought.
Essays in honour of A. H. Armstrong (London, 1981) 64-78. On notera que le passage ne
figure pas dans SVF, alors qu'il fait beaucoup plus écho à l’enseignement de Chrysippe
que bien des fragments retenus par l. ab Arnim.
139. C. Schauelin, “Origenes und stoische Logik,” MH 6 (1979) 166-67.
140. T. Kobusch, “Die philosophische Bedeutung des Kirchenvaters Origenes. Zur
christlicher Kritik an der Einseitigkeit der griechischen Wesensphilosophie,” ThQ 165
(1985) 94-105.
|
141. CCels VIII 72.
142. CCels IV 12; IV 68; V 20; V 23. Voir aussi PArch II 3.4 (où les stoïciens sont sans doute
visés). Voir J. M. Rist, art cit à la note 80.
143. CCels IV 74, 75.
144. CCels Il 20,
145. Voir aussi Cicéron, Traité du Destin, 28-33.
146. CCels IV 88.
Origène et la philosophie grecque
215
161. G. Bardy, Origène, Dictionnaire de Théologie catholique XI (Paris 1932) c. 1511-
1514, a raison de dire qu’Origéne «a vécu dans un milieu tout pénétré d’influences
stoiciennes».
162. J. M. Rist, art cit n. 142.
163. Eusèbe, HE 6.19.4-8.
164. Aussi a-t-on voulu corriger Porphyre. Par exemple, K. O. Weber, Origenes der
Neuplatoniker. Versuch einer Interpretation (Munich 1962) 36, a proposé de substituer le
nom d'Albinos à celui de Longin.
165. Eusèbe, HE 6.14.12-14. Comme P. Nautin, Lettres et écrivains chrétiens des 2e et 3e
siècles (Paris 1961) 126-34, l’a montré, cette lettre d’Origéne était adressée à Alexandre
de Jérusalem.
166. Il existe un autre témoignage sur la familiarité des chrétiens d'Alexandrie avec le
stoicisme: Eusèbe, HE 6.10.1, rapporte que Pantène, le maître de Clément d'Alexandrie,
était avant sa conversion un stoïcien.
167. Voir F. M. Schroeder, “Ammonios Saccas,” ANRW 2.36.1 (Berlin/New York 1987)
493-526.
168. Voir les références signalées par H. Crouzel, “Origène et Plotin élèves d’Ammonios
Saccas,” BLE 57 (1956) 193-214.
150. CCels IV 45.
169. Voir J. Dillon, art cit à la note 148; A. Tripolitis, “Return to the Divine: Salvation in
the Thought of Plotinus and Origen,” Disciplina nostra. Essays in memory of R. F. Evans
(1979) 171-78; A. H. Armstrong, “Plotinus,” dans The Cambridge History of Later Greek
and Early Medieval Philosophy (Cambridge 1967) 195-271, notamment 198-99 (la
réflexion d’Origene sur la distinction entre le Père et le Fils rappelle la pensée de Plotin
distinguant 1'Un absolument indéterminé et l’Intellect déterminé; mais, à la différence de
Plotin, Origène n'hésite pas à utiliser les mots “être” et “intellect” pour parler du premier
151. CCels VI 48; Com]n 11 15 (10).
principe).
147. CCels 137,
148. Voir C. J. Classen, “Der platonisch-stoische Kanon der Kardinaltugenden bei Philo,
Clemens Alexandrinus und Origenes,” Kerygma und Logos. Festschrift für Carl Andresen
(Göttingen) 68-88; J. Dillon, “Plotinus, Philo and Origen on the Grades of Virtue,” Platonismus und Christentum. Festschrift Heinrich Dôrrie, JAC 10 (1983) 92-105.
149. CCels IV 26.
152. CCels VI 8. Certains commentateurs prennent l'expression Mepì TAdtavog pour un
pe Cela reste à démontrer. Il est plus naturel de comprendre simplement «au sujet de
aton».
153. C'est l'opinion de H. Chadwick dans son édition du Contre Celse (Cambridge 1965)
321 n. 12 et d’ A, S. Riginos, art cit à la note 64, p. 11. La documentation sur le devin
d’Alexandre est réunie par H. Berve, Das Alexanderreich auf prosopographischen
Grundlage (Munich 1926) 2.62-63 n°117. On notera que le pseudo-Lucien, Philopatris 21-
22, met Aristandros de Telmessos sur le même plan qu’Art&midore d’Ephése. Or, comme
celui-ci a écrit un Onirocriticon, on est tenté d’en conclure qu’Aristandre avait rédigé, lui
aussi, un ouvrage: celui où il parlait de Platon?
154. Commentaire sur le Timée II], éd E. Diehl, vol. 2 (Leipzig 1904) 153.23, traduction
française par A.-J. Festugière 111 (1967) 196.
155. CCels VI 41.
156. Philostrate, Vie d’Apollonios de Tyane 1.3.
157. CCels II 72.
158. SVF2 n°138.
159. Sur la culture philologique tout à fait remarquable d’Origéne, on se reportera à
B. Neuschäfer, Origenes als Philologe (Bale 1987). Sa culture littéraire frappe le lecteur du Contre Celse: il cite Archiloque, Callimaque, Euripide (plus d’une demi-douzaine
de fois), Hésiode (six citations), Homère (quarante-cing citations), Pindare (en fait cité
par Celse). Sa culture historique se manifeste dans les citations qu'il donne du pseudoHécatée (il connaît les discussions sur l'authenticité de cet auteur), Héraclide, Herennius
Philon (alias Philon de Byblos), Hérodote (vingt-cinq citations), Flavius Josèphe (quatre
références), Phlégon de Tralles (trois citations), peut-être Thucydide (une citation).
Origène montre sa culture scientifique quand il se réfère aux physiognomistes (Contre
170. H. Langerbeck, art cit à la note 109; “Die Verbindung der aristotelicher und
christilicher Elemente in der Philosophie des Ammonius Saccas,” Aufsätze und Gnosis
(Göttingen 1967) 146-66; W. Theiler, “Ammonios, der Lehrer des Origenes,” Forschungen
zum Platonismus (Berlin 1966).
171. A. C. Lloyd, recension du livre de W. Theiler, CIR 18 (1968) 295-97; I. Hadot, Le
Problème du néoplatonisme alexandrin. Hiéroclés et Simplicius (Paris 1978) (ce livre
contient aussi une critique décisive de la thése de K. Praechter sur la prétendue
originalité du néoplatonisme alexandrin qui serait due a l'influence d’Origene). Voir la
mise au point de F. M. Schroeder, art cit à la note 167.
172. E. de Faye, op cit à la note 1; H. Koch, Pronoia und Paideusis. Studien über Origenes
und sein Verhältnis zum Platonismus (Berlin 1932); H. Jonas Gnosis und spätantiker Geist.
Teil 2.1. Von der Mythologie zur mystischen Philosophie (Göttingen 1954) 171-223
(le système d’Origéne est gnostico-platonicien). Voir aussi U. Bianchi, “Presupposti
platonici e dualistici di Origene,” Origeniana II (1980) 33-56.
173. R. Berchman, From Philo to Origen. Middle Platonism in Transition (Chico 1984).
174. H, Dörrie, “What was the Platonism of Late Antiquity ?” ThR 36 (1971) 285-302
(= Opera Minora [1976] 508-23); “Die andere Philosophie,” ThPh 56 (1981) 1-46.
175. Voir la juste remarque d’A. Meredith, dans sa recension du JThS 37 (1986) 555-89.
176. C. J. de Vogel, “Platonism and Christianity: a Mere Antagonism or a Profound
Common Ground,” VigChr 39 (1985) 1-62.
177. R. Mortley, From Word to Silence. Il. The Way of Negation, Christian and Greek
(Bonn 1986) 63-84. Le texte central sur les trois voies est celui de Celse dans CCels VII 42-
44, H. Chadwick, “Christian Platonism in Origen and Augustine,” Origeniana Ill 217230, estime qu'Origène se méfie de la tradition platonicienne et qu'il en a incorporé dans
sa théologie beaucoup moins qu’Augustin.
118, 127) et surtout quand il est le premier à utiliser, dans le contexte de la polémique
178. J. Whittaker, 'Enéxewa vod xai odaiac, VigChr 23 (1969) 91-104 (= Studies in
Platonism and Patristic Thought 12 [London 19841) à propos de CCels VII 38 (et VI 64;
a
VII 45).
Celse 1 33) et au Connaisseur de pierres de Xénocrate d'Éphèse (Scholies sur les Psaumes
ea la loi de la précession des équinoxes (ComGn 111 13 [SC 22. 191-1938, éd É.
unod)).
160. Voir les articles de R. Cadiou ct d’E. Klostermann cités à la note 93, ainsi que
B. Neuschäfer, op cit (Bäle 1987) 140-55.
179. J. Dillon, “Origen’s Doctrine of the Trinity and Some Later Neoplatonic Theories,”
Neoplatonism and Christian Thought, ed D. J. O’Meara (Norfolk, Virginia 1982) 19-23.
Le texte d’Origene est PArch | 3.5-8, celui de Proclus, Eléments de théologie 57.
Page 15
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)180. Voir H. Crouzel et M. Simonetti [SC 253.64-70).
181. J. Dillon, “The Magical Power of the Names in Origen and Later Platonism,”
Origeniana 111 203-216. Voir l'édition de M. Harl [SC 302.387-97].
182. Le thème des astres signes et des astres lettres, commun à Origène et à Plotin, a une
origine moyen platonicienne, comme le montre É. Junod dans son édition de La Philocalie
[SC 226.54].
183. B. Neuschäfer, op cit à la note 159.
184. E. de Faye, op cit à la note 1, 3.87.
185. G. Bardy, art dit à la note 1.
186. A. Orbe, “Insercion e importancia de la metensomatosis en el esquema origeniano De
Anima,” EE 1 (1957) 75-88 (à propos de Comjn VI 14.85-87 et de ComCt 11). Selon moi, le
traité de l'áme du Traité des Principes 11 8-9, offre quelques points de ressemblance avec ce
schéma scolaire (la question de la nature des âmes est examinée au début), mais en diffère
largement.
187. 1. Hadot, “Les Introductions aux commentaires exégétiques chez les auteurs
néoplatoniciens et les auteurs chrétiens,” Les Règles de l'interprétation, éd M. Tardieu
(Paris 1987) 99-122.
188. Ibid 102.
189. Ibid 107.
190. Retrouve-t-on dans les autres Prologues d’Origéne ce schéma en six points? Le
Prologue au Commentaire de Jean ne comporte que deux des six points: le genre littéraire
(1-26), qui relève de la littérature de «prémices» (&rapyñ), la raison du titre «Evangile»
(27-88) et les considérations sur les dispositions nécessaires pour aborder l'ouvrage (89).
La Préface aux Commentaires sur les Psaumes 1 à 25 et celle aux Commentaires sur les
Psaumes 1 à 150 sont parvenues dans un état trop lacunaire et trop désordonné pour qu’une
étude du type de celle d'I. Hadot puisse être menée.
191. G. Dorival, “Remarques sur la forme du Peri Archén,” Origeniana 33-45, ct
“Nouvelles remarques sur la forme du Traité des Principes d'Origéne,” RechAug 22 (1987)
67-108 (où l’on trouvera des analyses détaillées).
192. M. Harl, art cit à la note 2.
193. Édition par R. A. Pack (Leipzig: Teubner 1963). Traduction française et annotations
par A.-]. Festugiére (Paris 1975).
194. Edition par P. Thillet (Paris: CUF 1984).
195. Édition par É. des Places (Paris: CUF 1966).
196. Sallustius, Concerning the Gods and the Universe, edited with prolegomena and
translation by A. D. Nock (Cambridge 1926, repr. Hildesheim 1966), Édition française
par G. Rochefort (Paris: CUF 1966).
197. Edition par D. Issac (Paris: CUF 1966).
198. Ainsi P. Thillet, dans l’&dition de la note 194, parle d’*un plan qui semble peu
satisfaisant” (p. xci).
199. J'ai tenté de réfléchir, mais sans résultats satisfaisants, sur le plan du Traité de la
prière, en le rapprochant de la dissertation de Maxime de Tyr, S'il faut prier (éd H.
Hobein [Leipzig 1910] 52-64) et du traité sur la prière inséré dans le Commentaire sur le
Timée du Proclos (éd E. Diehl, 1.206.26-217.4, traduction d’A.-]. Festugière, vol. 2 [Paris
1967] 27-39).
200. Eusébe, l'IE 6.18.3; en fait il est possible qu'Eusèbe fasse une confusion entre Origène le
chrétien et Origène le païen.