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Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)C. GnyKa, Influence de la
mystique pythagoricienne des nombres
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notes (10)
sur le déve.
13° congrès intern. d'hist.
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kB: Tazo - 12
Influence de la mystique Pythagoricienne des nombres sur le
développement de Architecture Occidentale.
Par M. COSTIESCO GHYKA.
Ministre de Roumanie, Stockholm.
On sait par certains ouvrages parus au début de la Renaissance (le "Divina Proportione” de Luca Pacioli, illustré
par Léonard de Vinci, le "De Re Aedificatoria” d'Alberti,
etc.) que les conceptions platoniciennes au sujet de l’harmonie et de la proportion, développées surtout dans le Timée.
ont été reprises et commentées au début de la Renaissance,
et ont eu sur l’architecture de cette époque “humaniste” une
influence dont les traces se retrouvent jusque chez Palladio.
Les idées de Platon sur la proportion et l’harmonie sont
inspirées et dérivées des théories grecques sur l'harmonie
musicale, dans lesquelles les accords pouvaient se représenter par les rapports entre les longueurs des cordes sonores correspondant aux notes; il en résulta que parallèllement
i cette théorie arithmétique, voire géométrique. des rythmes
Page 2
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)sonores, se développa une théorie
symphonique” des rythmes dans l’espace, des compositions
architecturales: ce paralléllisme est très clairement expli
qué chez Vitruve, dans
les passages où il définit le lien entre
la proportion (ou
analogie”), la “symétrie” (qu'il emplo
ie comme Platon et
les architectes de la Renaissance dans le
sens de "commensurabilité entre le tout et les parties, corre
spondance déterminée par une commune
mesure entre les différente
s parties
de l'ensemble, et entre ces parties
et Ic tout”) et I’ "eurythmie” architecturale qui parait lorsq
ue cette “symétrie”, cette
correspondance métrique, cette "com
modulatio”. est obtenue
par l'enchaînement continu de propo
rtions, par l’analogie
récurrente, et qu'en plus l’ana
logie se manifeste d'heureuse
façon aussi bien dans les formes des
parti
es maitresses que
dans les relations entre ces parties
et l’ensemble architectonique.
Les travaux parus depuis une
quinzaine d'années sur le
pythagorisme et sur Platon ont mont
ré non seulement que
la théorie géométrico-numérique de
l'harmonie et la théorie
de la proportion développées par Plato
n avaient été élaborées
dans les cercles pythagoriciens,
en Particulier par celui
d'Archytas de Tarente, mais aussi
(comme il ressort de la
\ Il:e lettre de Platon dont l'aut
henticité n'est plus aujourd’hui mise en doute) que l'ens
emble de la philosophie
mathématique pythagoricienne, arra
nge
en systeme cohérent
du monde, avait été adopté par Plato
n: en particulier les
deux idées maitresses du pythagorisme
, le fameux "Tout est
arrangé d’aprés le Nombre”
(Platon dira dans le "Timée”:
Et lorsque le Tout eut commencé
ces éléments ont reçu du Dieu
à s'ordonner,..... tous
leurs figures par l'action des
Idées et des Nombres”), et la conc
eption harmonique, sym-
Phonique, du Cosmos, qui découlera
naturellement de l'idée
précédente et des théories musicale
s évoquées plus hant. Ces
deux idées furent énoncées de nouv
eau au premier siècle de
notre ère par Je néopythagori
cien Nicomaque de Gérase dans
une phrase qui mérite d’êtr
e citée en entier:
ru ian ce que la nature a arrangé
nivers
316
parait
dans
ses
parties
|
systématiquement dans
comme
dans
avoir été déterminé et mis en accord avec le Nombre, par
la prévoyance ct la pensée de Celui qui créa toutes choses;
car le modèle était fixé, comme une esquisse préliminaire
dans l'esprit du Dieu créateur du monde, Nombre-Idée purement immatériel sous tous rapports, mais en même temps la
vraie et l'éternelle essence, de sorte que d'accord avec le
Nombre, comme d'après un plan artistique, furent créées
toutes ces choses, et le Temps, le mouvement, les cieux, les
astres et tous les cycles de toutes choses.”
Cette phrase permet de comprendre les conceptions qui
sont à la base du seul traité d'architecture que l'antiquité
nous ait légué, celui de Vitruve, déjà cité plus haut, dans
lequel on retrouve d'abord la théorie pythagorico-platonicienne de la proportion développée en théorie de la ”symétrie”, qui permet ainsi d'appliquer à l'architecture la conception svmphonique du Cosmos, en comparant l'architecte
élaborant son plan au "Grand Ordonnateur” arrangeant
l'Univers harmoniquement à l'aide des Nombres. On voit
aussi (dans Vitruve) cette théorie de la proportion géometrique ("analogia” en grec) élargie en un concept général
d'analogie, une théorie de la correspondance entre lensemble et les parties, transposant dans le domaine des plans
géométriques une autre idée, métaphysico-musicale. chère à
Platon, celle de la corrélation entre le Rythme de l'Ame du
Monde et celui de l’âme de l’homme (’’Timée’).
En transposant cette idée dans le domaine de la composition géométrique, les architectes grecs, ainsi qu'il ressort
du texte de Vitruve, ont admis que le corps humain représentait non seulement un exemple, mais un modèle d'un jeu
d’analogies et de "symétries” aboutissant à une eurythmie
parfaite, pouvant directement inspirer les plans des édifices
sacrés. C'est l’idée de la correspondance entre le Macrocosme
(Univers) et le Microcosme (Homme), analogie ou proportion lato sensu à laquelle on ajoute un troisième terme, le
Temple, situé entre les deux autres, et en correspondance
harmonique avec l'un et l’autre, comme les termes moyens
ou ’médiétés" dans les proportions étudiées par Platon.
Mais. dans la mathématique grecque, et spécialement dans
l'ensemble
Page 3
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)la mathématique pythagoricienne qui en fut la source et
l'inspiration, le nombre et la forme géométrique n'étaient
que les reflets d'une même entité mathématique: cette conception, qui ne fut réintroduite dans les mathématiques mo-
L'importance de la Décade en tant que “nombre pur” ou
archétype numérique est énoncée dans les principaux traités
pythagoriciens sur les nombres; un distique de l’ ‘’Iéros Logos” de Pythagore, recueil versifié de préceptes pythagorigoriciens de Sicile, qui permet de considérer les figures réciens rédigé en Sicile au commencement du Ve siècle avant
J.C. (c'est-à-dire dans la génération qui succèda à Pythagore) mentionne déjà la Décade comme "clef de l'Univers”.
Le traité sur les Nombres de Nicomaque de Gérase mengulières planes et solides comme les représentations géométriques des croissances successives, homothétiques, de ces
tionné plus haut explique cette idée:
“Mais comme le Tout était une multitude illimitée .....
nombres figurés.
il fallait un Ordre..... or c'est dans la Décade que préexistait un équilibre naturel entre l’ensemble et les éléments ..... C'est pourquoi de par sa Raison le Dieu Ordonnateur (littéralement "arrangeant avec art”) se servit de la
Décade comme d'un canon pour le Tout ..... et c'est pourquoi les choses du ciel et de la terre ont pour les ensembles
et les parties leurs rapports de concordance basés sur elle
dernes que per la géométrie analytique de Descartes, était
familière aux mathématiciens grecs grâce à la théorie des
"nombres figurés”, plans et solides, établie par les pytha-
Platon s'occupe des nombres figures dans le Timée et le
Théétète; c'est cette correspondance entre les nombres et les
formes qui permit aux Grecs d'envisager le concept de la
proportion aussi bien du point de vue numérique que du
point de vue géométrique, et à Platon d'établir son fameux
théorème sur les proportions entre les solides. dont le sens
ne fut retrouvé que de nos jours.
La fameuse "tétractys” des pythagorieiens. sur laquelle
et ordonnés d'après elle.”
Nous retrouvons Jes expressions dont Vitruve se sert dans
ceux-ci prétaient serment de ne pas divulguer les secrets de
ses définitions de la symétrie et de l'eurythmie archi.
la confrérie, et en qui. d'après la formule même de ce sertecturales.
Plus loin, Nicomaque écrit:
ment, transmise par Jamblique. "se trouvent la source et la
racine de Véternelle nature”, est à la fois la "Décade” (le
nombre Dix)
en tant que suite des 4 premiers nombres
Et Vitruve (dans un chapitre où il reprend pour la der-
1
(1+2+3+4), et le quatrième nombre triangulaire à 1 ; 1 >
1
1
1
1
illustrant la façon dont la décade est ”jaillie de la monade”
(suivant l'expression pythagoricienne), par flux progressif
ou croissance "gnomonique”TM
(c'est-à-dire homothétique, la
figure croissante, ici un triangle, restant toujours semblable
à elle même).
* Notons aussi que la tétractys participait des qualités harmoniques"
de la progression 1—2—3—4, En effet le rapport de 4 à 2 ou de 2 à
1 donne Poctave (le dea Flacóv») celui de 3 à 2 la quinte (dı& Mévre),
celui de 4 à 3 la quarte; on peut done dire avec Delatte: “la tétractys
l'ensemble des quatre nombres dont Jes rapports représentent les
est
accords musicaux essentiels.”
318
"C'est le nombre Dix qui. d’après la doctrine pythagoricienne, est le plus parfait des nombres possibles.”
nière fois, et avec insistance, l'éloge de la “symétrie” du
corps humain):
“Les anciens tenaient pour parfait le nombre Dix .....
jailli de la monade.”
Dans un autre ouvrage de Nicomaque, (Theologumena),
dont des fragments seuls nous sont parvenus, il appelle directement la Décade le Tout..... * car elle servit de mesure
pour le Tout comme une équerre et un cordeau dans Ja main
de l’Ordonnateur.”
Nous voyons incidemment que la conception symbolique
du
Dieu
"Ordonnateur”
comme
un
architecte
maniant
l'équerre et le cordeau. est d'origine pythagoricienne.
Pour ce qui est des rapports et proportions issus de la
Page 4
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)décade qui d'après l’un des passages de Nicomaque cités plus
Elle (la Pentade) fut chez les Pythagoriciens le nombre du
mariage ..... elle est aussi le nombre du bonheur et de la
grace, le sceau du St. Esprit, le lien qui enlace tout.”
C'est dans le même ouvrage que se trouve Ja figure célèbre qui assimile l’Homme-Microcosme au Pentagramme;
cette figure, et la mention de la Pentade comme moitié et
reflet du Nombre-Tout (Décade) rappellent les "corresponbaut jouaient un rôle si important dans les canons de concordance de l'Univers, nous avons déjà vu en passant (note
1 p. 318) comment on pouvait tirer de la décade-tétractys les
principaux accords musicaux; mais il existe d'autres correspondances géométriques encore plus importantes. Le polygone régulier correspondant à la décade est en effet le décagone, et les deux solides réguliers, les deux "corps platoniciens” apparentés au décagone — et au pentagone, qui
a la même symétrie — sont le dodecaédre et l’icosaèdre.
Platon du resie dans le célèbre chapitre où dans le Timée
dances” de Vitruve entre les proportions de l'Univers, de
l'Homme et du Temple harmonieusement conçu.
Or, les rapports et proportions qui paraissent dans les
diagrammes ou plans géométriques basés sur le pentagramil étudie les cinq corps réguliers (depuis appelés "platonime ou le décagone, et qui se retrouvent dans Jes proportions
ciens”) et leurs corrélations morphologiques avec les élédes deux solides réguliers basés sur la même symétrie penments constitutifs de Univers, met à part le dodécaèdre en
tagonale (dodécaédre et icosaèdre), sont tous dérivés du
rapport, de la proportion qui a reçu le nom de “section
spécifiant que Dieu s'en inspira non plus pour les détails
mais pour l’ensemble, le plan harmonique du Cosmos. Rapdorée” ou "Divine Proportion”, et qui correspond au parpelons aussi que le pentagramme, ou pentagone étoilé, était
tage le plus logique et le plus simple d'une grandeur en deux
en même temps le signe de ralliement secret des Pythagoriparties inégales, partage tel que le rapport entre la grandeur
ciens, et leur symbole pour la santé. l'harmonie et l'amour
initiale et la plus grande des parties nbtenues par la seg-
(Lucien); que la théorie des correspondances harmoniques
mentation soit égal au rapport entre cette partie
entre le Macrocosme et le Microcosme resta en faveur pengrande) et la plus petite.’
(la plus
dant tout le Moyen-Age. aussi bien parmi les néo-platonisants scolastiques que dans les milieux à tendances ésoté-
! Le côté du pentagone étoilé (ou pentegramme) et celui du pentazone
riques où se commentaient les doctrines de la Kabbale. La
ordinaire convexe (régulier) inscrits dans un méme cercle sont entre eur
dans le rapport de la section dorée: de même le côté du décacone étailé
mystique pythagoricienne des nombres est du reste intéet le rayon du cercle circonserit, le rayon du cercle circonserit et le
gralement incorporée à la Kabbale, et est la base de cette
côté du décagone ordinaire convexe régulier. Si on appelle @ ee rapport
"magie mathématique” qui joue un rôle si important dans
4-1
de la section dorée (O= \5
les spéculations cabalistiques ei fut adoptée en bloc par les
=1,616...), si on appelle R le rayon du
2
alchimistes et les magiciens du Moyen-Age et de la Recercle circonscrit, pe, pr, les côtés des pentagones étoilé et régulicr connaissance.
vexe, de, dr, les cotés des décagones élaik et régulier convexe, on a
Dans le traité "De Occulta Philosophia” d’Agrippa de
Nettesheim (1486—1535), le très érudit magicien dont Descartes ne dédaigna pas d'étudier les œuvres, se trouvent, à
Un sait que le côté de l'hexagone régulier inscrit dans le m“me cercle
peine déformées, les idées de Nicomaque:
sera égal à R.
dr,
"Déjà, comme composée du premier nombre pair-femelle,
et du premier nombre impair-mâle, la Pentade (le nombre 5)
+.
possède une perfection et une puissance remarquable; en
plus. elle est la moitié du Nombre-Tout, de Ja Déeade.....
320
R,
de,
forment
donc
une
progression
góomótrique à raison (.
Si r est Je rayon du cercle inscrit dans le pentagone en question, on a
ssi
a«GVSiTE,R
T
E=
a
Pour en revenir au pentagone étoilé ou pentagramme. les point d'inter-
Page 5
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cette section dorée (dont la formule algébrique, résultant
de la définition 1° =, est
= V5 ui = 1,618....) joue
non seulement, comme l'a d’abord explicité Zeysing vers
1850, un rôle capital dans les proportions du corps humain',
mais aussi dans les diagrammes de croissance homothétique
des êtres vivants en général, spécialement en botanique.’
Par contre, cette proportion ne se rencontre jamais dans
section de ses côtés déterminent sur ces côtés des segments, qui sont aussi
dans le rapport de la section dorée.
j
Si on inscrit dans un cube un icosaédre et un dodécaédre de façon à
ce que sur la surface se trouvent les 12 sommets de l'icosaèdre (et 6 de
ses arêtes) et 12 sommets (sur 20) et 6 arêtes du dodécaédre, on a entre
l'arête de l'icosaèdre et celle du dodécaèdre le rapport O.
Si on appelle ei le rayon de la sphère tangente aux milieux des arêtes
d'un icosaédre d’aréte ai, on a 2? — 9
2°
ai
Si on appelle pd le rayon de la sphère tangente aux milieux des
arêtes d'un dodécaèdre d'aréte ad. on n e = La
2
.
Les 20 sommets du dodécaëdre sont aussi les sommets de 4 pentagones
réguliers égaux 2 à 2 et située dans des plans parallèles, le rapport
entre les Jongueurs des côtés des grands et des petits pentagones étant
égal à 9, de même que le rapport entre les distances respectives de ces
4 plans.
2 Zeysing montra par exemple que si l'on prend Ja moyenne des
mesures
dun
certain
nombres
nombril partage le corps en
rapport de la section dorée.
de
corps
deux parties
humains, on trouve que le
inégales
gui
sont
dans le
Vitruve déclare déjà que le nombril est le centre de symétrie du
corps humain.
* Ceci provient entre autres du fait que lo progression géométrique à
raison D,
c'est-à-dire 1, 0, 0%, 0°, ... On, ..., cic. a la propriété
remarquable d'être aussi une série additive à deux temps, chaque terme
de cette série étant égal à la somme des deux précédents; on a en particulier @=@+41. La série additive à deux temps la plus simple, 1, 1,
2,
8, 5, 8, 13, 21, 34, 55, 89, 144, etc., ou série de Fibonacci, dans laquelle
chaque terme est aussi égal à la somme des deux précédents, a la propriété que le rapport entre deux termes consécutifs tend très rapidement
8
34
vers @, if = 1, 6; Dj > 1,618...)
C'est cette série de
Fibonacci, dont la
progression géométrique à
raison P, ou série W, est donc l'archétype asymptotique, qui se trouve
tout spécialement en botanique (phyllotaxie, spirales foliaires. etc.).
322
les systèmes cristallins inanimés; tous ceux-ci, basés sur
des lois d'équipartition de l'espace, dérivent de aymötriea
orthogonales (dérivant du carré), triangulaires ou hexagonales, et la symétrie pentagonale, et les configurations qui
en dérivent: pentagone, pentagramme, décagone, dodéca. dre,
icosaédre, ne s’y rencontrent pas.’
a
|
La symétrie pentagonale, et la “section dorée qui en
découle en tant que proportion, sont donc bien des caractéristiques mathématiques des organismes vivants et de leur
croissance, et c’est une intuition extraordinairement juste
qui avait fait choisir aux pythagoriciens le pentragramme
comme symbole de l'harmonie et de l'amour, aux cabalisies
et aux magiciens du Moyen-Age et de la Renaissance comme
symbole du mierocosme.
|
|
L'examen du texte de Vitruve et son collationnement avec
d'un côté l'esthétique mathématique de Platon (théorie des
proportions, conception harmonique du Cosmos) et de Pare
la mystique pythagoricienne des nombres, dont elle est dérivée, nous montrent donc que ces disciplines sont à la pi
des spéculations théoriques qui inspirérent l'architecture
grecque: théorie de la “symétrie. c'est-à-dire de l'enchainer
ment des proportions, de la correspondance harmonique
déterminée par une commune mesure entre les differentes
parties de l’ensemble, et entre ces parties et le tout. aboutissant à l’eurythmie.
u
Il sera intéressant de trouver la façon dont ces considerations théoriques ont été appliquées en pratique dans l'établissement des plans conçus par les architectes antiques. Les
planches et dessins qui illustraient l'ouvrage de \ itruve ne
nous soni pas parvenus; mais depuis une quinzaine d'années
un certain nombre de mathématiciens et d'architectes ont
entrepris cette tâche de déceler non seulement les canons
3 L'explication est très simple: c'est que le plan peut être rempli sans .
interstices par des triangles équilatéraux, des carrés, ou des hexagones,
mais non par des pentagones, car l'angle au sommet har pentazone,
108°, n'est pas un diviseur entier de 360°, tandis que 60°, 90°, et 120°,
angles au sommet du triangle équilatéral, du carré et de l'hexagone,
le sont.
Page 6
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)et procédés mathématiques employés par les architectes de
l'antiquité grecque, et avant eux par les égyptiens, mais
pelle” (c'est-à-dire par une symétrie dérivée de proportions
représentées numériquement par des nombres incommensuraussi ceux des architectes gothiques, et la comparaison des
résultats obtenus permet dès maintenant de faire à ce sujet
des constatations très intéressantes. Nous pouvons d’abora
comprendre, grâce aux travaux de Jay Hambidge et E.
Moessel, la façon dont les théories esquissées plus haut ont
pu se traduire en procédés géométriques aussi souples que
ables, quoique faciles à représenter géométriquement, graphiquement) accorde "de la façon la plus rationnelle” (ici dans
le sens harmonieusement logique”) les proportions des cinq
corps platoniciens.
tion qui permettent de la mettre en pratique, se sont trans-
Lorsqu'on étudie en effet au point de vue morphologique
les cinq solides réguliers (nous avons vu que Platon s'en
est beaucoup occupé dans le Timée) et les procédés par lesquels on peut passer de l'un à l'autre ou même, conformément
à une idée chère aux géomètres anciens et reprise par Képler, les inscrire tous dans une même sphère, on trouve que,
à cause de la symétrie pentagonale qui régit le dodecaédre
et l'icosaédre, la "section dorée” permet de résoudre non
seulement tous les problèmes relatifs à la morphologie de
ces deux corps, mais aussi ceux qui concernent leurs rapports avec les trois autres et la sphère circonscrits.'
Plus tard Luca Pacioli qui en 1509 publie son "Divina
Proportione” illustré par les magnifiques planches de Léonard de Vinci, en attirant l'attention des artistes en général
mis sans solution de continuité depuis l'antiquité jusqu'à la
sur l'importance de l’étude des cing corps platoniciens (sur
rigoureux. Et nous sommes amenés à constater que, comme
avait déjà essayé de le prouver Macody Lund, non seulement
la mystique pythagoricienne des nombres et la conception
harmonique du Cosmos qui en résulte se sont transmises
comme discipline philosophique (néo-platonisme scolastique)
ou hermétique (Cabalistes, alchimistes, magiciens), mais
que, par une chaîne obscure et peu étudiée, à savoir la transmission secrète de père en fils ou de maître à élève par les
familles d'architectes et de maitre à apprenti par les corporations de bätisseurs, la conception symphonique de l’architecture et les procédés géométriques de mise en propor-
Renaissance.
lesquels Piero de la Francesca avait publié le traité “De
Non seulement les architectes gothiques avaient-ils sur
l’enchaînement proportion — symétrie — eurythmie, et sur
Quinque Corporibus”) et sur la préexcellence de la section
la correspondance Univers — Homme — Temple, (ici Cathédrale), les mémes idées directrices que les prédécesseurs
de Vitruve, mais ils paraissent avoir employé des tracés
régulateurs et des procédés graphiques de mise en propordorée ou "divine proportion", cite intégralement la phrase
de Campanus. et interprète le passage de Platon dans le
"Timée” relatif au rôle du dodécaédre dans le plan harmonique du Cosmos par le fait que cette proportion régit précisément tous les rapports internes du dodécaédre et ses
rapports morphologiques avec les quatre autres corps rétion qui ne sont que le développement logique et trés subtil,
adapté aux tendances de jaillissement vertical de l’époque,
de ceux qu’employaient les grecs.
guliers.
I] faut à ce sujet signaler les trouvailles et recoupements
de F. Macody Lund ("Ad Quadratum”); spécialement la
phrase dans laquelle Campanus de Novare. au XIIle si cle.
gothiques sont, je l'ai déjà dit. à part ceux de F. Macody
Lund qui étudia non seulement les textes antiques relatifs à
la théorie de la symétrie mais trouva dans les archives du
rend hommage à la section dorée (”proportionem habentem
medium duoque extrema”) ou “divine proportion”, ainsi que
dôme de Milan la preuve explicite que cette théorie était en
l'appellera
deux
cents
ans
honneur parmi les architectes gothiques (les preuves les
plus tard Fra Luca Pacioli,
comme étant la proportion qui "en une symphonie irration-
Les recherches les plus intéressantes sur les canons
3 CI. plus haut. page 321. note 1.
Page 7
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)plus frappantes sont constituées par les planches concernant le dôme de Milan et les explications afférentes publiées
en 1521 par Cæsare Cæsariano, architecte du dôme, dans
son édition de Vitruve), celles de l'américain Jay Hambidge
("Dynamic Symmetry”) et celles de l'architecte allemand E.
Moessel ("Die Proportion in der Antike und Mittelalter”,
et ”Urformen des Raumes als Grundlagen der Formgestaltung”).
Hambidge eut le grand mérite d’interpréter la qualification
donnée par Platon (Théététe) de "commensurables en puissance” (Övvansı avuuetoo!) aux nombres ou rapports irrationnels comme 4/2 V3, V5, (et ici rentre aussi la "section
EN
dorée” ou 9 = LES ; les surfaces rectangulaires construites avec ces nombres, (par exemple les carrés ayant
leurs côtés proportionnels à ces nombres, les rectangles
ayant ces nombres comme modules de proportion, c’est-adire comme rapports entre leurs deux dimensions) sont en
effet souvent commensurables entre elles. Pour les carrés
construits sur des côtés proportionnels à des racines simples
comme
2
43,
ya
etc. c'est évident, puisque leurs surfaces seront proportionnelles à 2, 8, 5, etc.; pour les rec-
Hambidge appliqua sa méthode non seulement à l'étude
des plans des temples et des proportions des vases grecs,
mais aussi à celle des proportions du corps humain
priété énoncée plus haut suivant laquelle, lorsque 3 grandeurs forment
une progression A raison @, la plus grande est égale à la somme des
dcux autres, lemploi de la section dorée s'impose aussi lorsyu il s'agit
d'amener par une nouvelle subdivision deux parties consécutives égales
à faire partie dune progression géométrique et de rassembler ainsi le
triple effet de l’équipartition, de la succession, de la proportion continue.
Tout en n'étant qu'un cas entre beaucoup d'autres dun procédé général
permettant d'amener le retour de la méme proportion dans les détails
d'un ensemble, } emploi de la section dorée obtient ce résultat de la façon
la plus élégante, en satisfaisant d'une facon á la fois directe et subtile
le desideratum de la “loi de Vanalogie”, en procurant suivant l'expression
de Timerding, "l'impression rassurante donnée par ce qui reste semblable
à soi-meme dans la diversité de l'évolution”.
1 Hambidge constata que dans chaque corps humain normal (ceci
s'applique plus rigoureusement aux squelettes) les subdivisions rectangulaires d'encadrement relevées sur les deux projections planes princi.
pales du corps (face et profil). livrent pour chaque corps un deu. un
enchainement de proportions particulier, mais toujours apparente al
thème de la section dorée (combinaisons dérivées du module O ou du
module
|
15).
Cette mise en lumière par Hambidge du róle important et mme pr
pondérant joué par les proportions irrationnelles ou “dynamiques dans
tangles à modules "dynamiques” | /2 3, 45, 9 = +1)
les tracés régulateurs grecs, (par opposition aux rapports entiers ou
Hambidge trouva une méthode graphique très élégante perest corroborée par un passage de Vitruve déjà relevé par Chaisy.
mettant de les décomposer "harmoniquement”, c'est-à-dire
d'obtenir des jeux infiniment variés de surfaces non seulement commensurables entre elles, mais reliées par des rapports simples obéissant à la "loi de l’analogie”, de la répétition de la forme fondamentale, de l'identité dans la variété, et conformes au desideratum de ”symétrie” de Vitruve:
correspondances de proportions entre les parties et entre
les parties et le tout.!
Et ici, ce sont le rectangle de la section dorée, ou rectangle 6, tel
que le rapport entre son grand et son petit côté soit égal à
1,618..., et le rectangle apparenté à module
O= IT 1_
3. qui permetfent le plus
grand nombre de combinaisons harmoniques possibles: grâce à la pro-
326
fractionnaires simples que Hambidge appelle "statiques”, comme 5 à y" etc.)
+}
Parlant des rapports irrationnels mais construisibles géométriquement,
qu'il appelle ‘’geometricae rationes”, Vitruve dit en effet: “Difficilesque
symmetriarum quaestiones geometricis rationibus et methodis inveniuntur”; (les questions difficiles qui se rapportent à la symétrie se résolvent
par les rapports géométriques et les méthodes afférentes).
Et Pacioli explicite parfaitement l'idee de Vitruve en écrivant: "Lor3-
que... ce n'est pas le cas d'employer des symétries simples Cp y . etc.)
et que vous tombez dans le domaine des symétries irrationnelles
(par exemple celle déterminée par la diagonale et le côté du carré) vous
vous servirez de la règle et du compas pour placer les points importants
dans votre dessin: en effet, même si une proportion ne peut être
exprimée en nombres, cela n'empêche pas de la fixer au moyeu de lignes
et de surfaces, car la Proportion peut s'étendre beaucoup plus loin dans
les grandeurs continues (c'est-à-dire incommensurables) que dans les
Page 8
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)Le Professeur Moessel, qui, du point du vue de l'architecte,
bien avec les théories néo-pythagoriciennes et platoniciennes
étudia pendant trente ans les plans des temples égyptiens
et grecs et ceux des cathédrales gothiques. trouva d'abord
comme Hambidge et Macody Lund que la proportion qui
dont
revient le plus fréquemment comme module dans les tracés
mise en proportion des architectes gothiques, comme les
régulateurs de ces plans est la section dorée, la proportion
continue et “récurrente” par excellence (qui nous l'avons
vu est aussi la proportion qui régit la symétrie de ce corps
nés plus haui, comme certaines recommandations volonhumain explicitement présenté par Vitruve comme modèle
cercles directeurs de Moessel, provenant
du rituel de la "Baud’une eurythmie parfaite); puis il eut le grand mérite de
découvrir un système graphique de mise en proportion plus
hütte”, la grande fédération qui à l'époque du Saint-Empire
simple et plus logique comme point de départ que ceux de
Macody Lund et de Hambidge, et qui s'accorde aussi bien
avec les idées de Platon et de Vitruve qu'avec Jes passages
de bätisseurs de Ja plus grande partie de Europe.’
dans lesquels ce dernier explique l’importance accordée par
les architectes à l'orientation des temples. et la facon doni
ils procédaient pour obtenir l’orientation exacte désirée.
Ce point de départ est la division d'un cercle d'orientation
tracé à même le sol en 4 ou 5 parties égales: la division en
4, 8. 16 segments donne les points cardinaux et fournit une
symétrie basée sur le carré et le rapport ,'2; mais c'est
la division en 5, 10. ou 20 segments. dont le point de départ
est la construction du pentagone dans un cercle donné. ce qui
(comme le montrent déjà Euclide et Ptolémée) se fait par
l'intermédiaire de la section dorée, qui permet d'obtenir les
tracés régulateurs de la plupart des temples non seulement
grecs mais égyptiens, et aussi de la plupart des cathédrales
gothiques.!
Les rectangles harmoniques de Hambidge et les ieux de
polygones étoilés de Macody Lund peuvent ainsi s'obtenir
avec un point de départ rationnel et en parfait accord aussi
grandeurs discontinues (entières on fractionnaires): “Che la proportione
sier molto piu ampla in la quantita continuà che in la discreta.”
Alberti parle aussi de l'emploi des surfaces comme éléments de TTY ©
monie et de la symftrie.
1 Souvent le cercle directeur du plan horizontal sert
fagade ou les coupes-Clévations, qui peuvent
aussi pour
la
se rubattre sur la même
épure; ceci a l'avantage d'enchainer les proportions de tous les éléments
de l'édifice.
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nous
avons
constaté
l'influence
sur
l'architecture
grecque, qu'avec le texte de Vitruve et les rares textes et
dessins qui jetient un peu de lumière sur les procédés de
planches et les commentaires de Cæsare Cæsariano mentiontairement cryptiques, mais très claires lorsqu'on pense aux
Germanique et jusqu'à la Réforme unissait les corporations
Pour des
considérations
plus détaillées et pour le côté
historique de la question, c'est-à-dire pour l'examen de la
façon dont la mystique pythagoricienne des nombres, l'esthétique platonicienne, et les diagrammes géométriques qui
en dérivent ont pu se transmettre jusqu'à la Renaissance.
je me permets de renvoyer ceux que la question intéressc
à mon "Nombre d'Or”.