Le chapiteau roman et les doctrines druidiques

Auteur
Bachelier, E.
Publié dans
Ogam
Année
1958
Sujet
DRUIDS
Langue
Français
Catégorie
C12 Religion
Numéro d'archive
405

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LE CHAPITEAU W S T 2 S H O V G s a n s b a y u p z y p n o s p _ 37-u3a9pusIospIaxd DE ROZIER-COTES-D'AUREC (Loire) ET LES DOCTRINES DRUIDIQUES PLANCHE LXXXIV par le Dr Emile Bacmsties Que la religion druidique ait été « contaminée» successivement par la conquête romaine, puis par l'invasion des cultes orientaux à mystères, enfin par le christianisme naissant, Je fait est hors de doute. Mais il serait très instructif de mettre en relief les réaclions du druidisme — résistance, adaptations, survivances de croyances et de thèmes iconographiques — à chacune de ces «agressions », En d'autres termes, it l'interpretatio romana que Jes auteurs latins nous ont donnée de la religion des Gautois, il serait utile d'opposer l'interpretalio gallica que nos ancétres ont à Jeur tour fait subir à la religion et à Ja mythologie gréco-romaine, aux cultes iniliatiques de l'Orient et aux enseignements chrétiens. A nous eu lenir au Velay, il semble que Von pourrail, grosso modo, résumer les réactions de la classe sacerdotale druidique de la façon suivante: 1) ralliement apparent, e exotérique >, à la religion romaine dans les colonies et les principales villes, — ainsi que le montre l'inscription du clocher de la cathédrale du Puy où l'on voit un gutuater se flatter d'avoir été a préfet de la colonie», tandis que son fils est flamine (1). 2) persistance de leurs croyances « ésotériques> en un monothéisme transcendant et ineffable, ainsi qu’en une survie du défunt dans PAuDelà. 3) adoplion large des mystéres orientaux, en particulier des cultes Isis, de Cybéle, de Mithra, qui. dans une cerlaine mesure, et sous certains aspects, se rapprochaient de leur propre métaphysique. 4) peut-être conversion plus ou moins rapide au christianisme, avec adaptation de leurs croyances auciennes aux dogmes nouveaux (2). Que, sous les apparences d’une acceplation de la religion romaine, les Gaulois vaincus aient conservé leur foi en un dieu unique, on pourrait en trouver des preuves dans l'association des noms de dieux romains avec des noms ou des épithètes celliques: Mercurius Artaios (3), Mercurius Dumias (4). Car chez les Gaulois, les dénominations religieuses ne doivent pas être prises pour une manifestation d'un polythéisme (1) CHE XUL, 1957... ferrariar(am) gutuater praefectus colon(iae), qui ante quam hic quiesco, liberos meos utrosquíue) vidi Nonn(ium) "erocem Aumlinem) {lvirum [et Nonnium... ?]. Sur le mot Gultater, ef. Vocabulaire vieux-cellique, in Ogam, t. VIA, 1956, no 46, s.v, Guts, » 350, (2) Doit-on rappeler que certaines fêtes celliques ont perduré dans les fêtes du calendrier chrétien ? par exemple la fête de Semonios/Samain qui correspond au 1° Novembre a été admise en 835 (998 pour la Fúte des Morts, cf. E. Saillens, Vos vierges noires, p. 58. (3) Sur Mercurius Artaios, cf. Real-Encyelopidie, de Pauly-Wissowa, sv. Mercurins, XV/1, col. 990, inscription à Vienne (Isère) CIL XII, 2199. 1 (4) Cf. RE, XV/1, col. 993, inscription du Puy-de-Dôme, CHL XII, $23. (5) Sur les différents aspects des dieux duns Je monothéisme de l'Inde, et qui peut ¿tre appliqué au monde celtique, cf, Poul Tuxen, Le Nirukta de Yaska considéré comme une uutorilé sur les divinités vedtques, in Acta Orientalia, t. XXU (Copenhague 1957), pp. J[Ya3BseoUJjsnuNaj5usP]dI;wyLUbN9n3Oo)aPse9ps‘JruaeuipwaopudßnugBypbseeuzsA],dF‘s3uB2Cnob31a]y93p[1I9msi09dmp1nmSs‘qYaaueaysnjdpio?aq gausnqui ROMAN 154-166, Cel exemple permet d'éclairer celte multitude de thionymes gaulois qui ne sont que les divers habits de la divinité, Voir sur un autre plan la dis- 03} va 4 oal«Ouj3eBnoSIu9pj]yesu:3SX912Ju5N$1s9]a08Pw5]queyuSqajın,anps-5p3Ii9d-o29i7z04w"8X0BLSE2-659OIE nmpEJnswusbuero,y[ vPau-ISp2y1w0d9o-pnT4s9y]oZ0Y SFUrB asnfuyo2ai8d3p7e,1o(2$Js4a520m]7y)

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Dr Emile BACHELIER inexistant, mais pour des épithétes se rapportant soit à un altribut particuHer de l'unique Namen, soil à une localisation parliculitre de LE CHAPITEAU ROMAN DE Rozien-Cotis-D'AUnEG ET LES DOCTRINES 367 DRUIDIQUES sun culle (5). bus-relicts romans inspirés du thème antique du Monstre Androphage. Cest encore un autre bas-relief, toujours de l'église de Rozier-GölesD’Aurce, que nous voudrions analyser aujourd’hui, non sans avoir fait posites où nos ancólres se plaisaient à associer suit deux figures de divinités romaines, soit des allribuls de deux ou trois dieux grecoromains, comme s'ils voulaient par cette composilion affirmer qu'ils Cluny, dont l’un des abbés les plus célébres fut Odilon de Merewur (mort en 1048), issu de la Famille vellave nommée ci-dessus. Ce chapitenn, placé au soumet d'un pilasire, représente: Une seconde preuve pourrait nous être fournie par les images comne voyaient pas en chacun de ces dieux une entité distincte, mais seulement un euractère singulier de leur unique Vumen, Cest peul-être ainsi qu'il faut interpréter Je Cameux sünnfachrun Martis Mercuriique do Brioude (6), le dien à Ja lance et aux épis de Dijon (7), et Vintaille, trouvée sur In statue de Notre-Dame-du-Puy en 1792, où Von croil reconnaitre à Ja fois, sur un même personnage, la nudilé et le caducéc de Merenre, et le casque avec la lance de Mars, peut-être même certains traits de Bacchus. L'alliance du druidisine ésotérique avec Pexolérisme romain nous parait ressortir de la persistance de noms vu de surnoms de divinités gauloiser ou romaines dans certaines familles sacerdolales, ainsi qu'on peut le voir dans fe texte d'Ausone cité et Lraduit dans Ogem (8). J'ai émis l'hypothèse que parmi fes noms tirés de Delphes pouvuil se trouver ceui de Dauphin (Deiphinus), porté par une famille richement possession née en Velay, et en particulier disposant, au Puy mème, de droits exurhifants jusque sur les offrandes déposées sur l'autel de la Vierge Marie le jour de l'arrivée de son chef en velle ville, où il devait être reçu processionnellement par l'évêque et les chanvines, avant d'aller vecuper la stalle de chanoine à laquelle il avait droit de par sa naissance (9). Mais il existait également en Velay une antique famille chevaleresque, éteinte dans Jes Dauphins d'Auvergne, qui portait de num de Mercœue: plusieurs de ses membres avaient comme prénom, *Evodius idevena pins tard Vaste ou Vualde, puis Vosy). Que ces vicilles familles sucerdotales se soient ralliges aux religions à mystère, nous en avons un indice Ivés net dans les vers d’Ausone que nous venons de ciler cn note, puisqu'il y est question des noms que donnent les mystici aux serrileurs d'Apollon, assimilé, on le sait, à Belenos puis à Mithra. Ne faul-il pas aussi relever, à côté de ces noms d'origine religieuse, In persistunce de thèmes iconographiques empruntés aux répertoires remarquer, au préalable, que celle église était un prieuré dépendant de 1) un homme nu, dont la uudité nous fail connaître qu'il ne s'agit dun personnage ni de l'Ancien ni du Nouveau Testament, mais bien plutôt d'un genie ou d’un démon d'origine paicune. Sa bouche cntr’ouverte donne passage à deux serpents, qui se dirigent Pun à droile, l’autre à gauche, [1 brandil de la main gauche un pic, et de la main droite un autre outil que l'on peut considérer comme une hache ou une cognée (lig. 1). L'ombilie est fortement marqué. 2) sous le bras gauche du personnage se trouve un petit édicule à fronton triangulaire, comportant cing assises de pierres encadrées enlre deux montants latéraux, sans ouverture: il semble qu’il s'agit ja non d'une maison, mais d'un tombeau. Entre le bras gauche el le petit édicule apparait un objet Jong ct coudé à son extrémité qu'il nous semble sifficile d'identifier (peut-être un fouel à manche ?). 3) sous le bras droit, on distingue une sorte de tige lerminée par deux branches divergentes (13), au sommel: cerlains pensent y voir nne plane de sabotier (2); je serais plulöl tentè d’y lire un Y, un zpsilon, mais cel objet ressemble également à la figuration bien connue de Virminxal des Exsternstein cu Wesphalie (14). Si cette lecture est exacle, l'interprétation qui se présente aussilô! à L'espril est la suivante: le personnage figure le génic de la Mort et de la Survie. Génie de la Mort puisque des serpents sortent de sa bouche, qu'il brandit un pic de démolisseur, cl qu’à sa gauche (côté de la faiblesse et de la mort) (15) se trouve un tombean, Génie de la Survie, puisque de la main droite (côté de Pactivité cl de la vic), il tient une ascin sous laquelle se dresse cet "Y, Les deux éléments de gauche (pic et lombe) ne demandent aucun commentaire. 11 n'en est peut-être pas de mème des deux éléments de droite: la cognée ou ascia, et l'Upsilon. On sait que le mot ascia, désignait autrefois chez les Romains, toules sories d'outils, et ce qui correspond aujourd'hui à }'herminctte. M. Jerome Carcopino a donné de Pascia une clude très poussée d'abord paiens el reproduils dans les églises chrétiennes 7 (10). N'y aet-il pas li une continuité remarquable ainsi que l'a fail ressortir M. Fernand Benoit (ID. Nous avons now-méme dans cette revue (12) cilé quelques dans Le Carré Magique, ensuite dans le Mystère d'un symbole chrétien. cussion sur les dieux gaulois entre F. Benoit et E, Thevenot, in Ogam IX, deux ouvrages (16). 1957, pp. 37 et Il. o in (6) CF. Er. Le Roux, Noles d’Histotre des religions, 1, in Ogam VII/4, . . 1955, n° 40, pp. 260-266. (7) Cf. HE, Thevenot, Le dien € fa lance et ane épis de Dijon, in HAE. 1957, pp. 101-108, fig. #4. . (8) Jacques Gourvest, Le culte de Belenos en Provence occidentale et en Gaule, in Ogam, VI/G. 1953, n° 30, pp. 257-262, ici en particulier p. 262, n. 25 ce Issu d'une famille de druides de Bayeux, sil faul se fier i Ja renommés, tu tires ton origine sacrée du temple de Belenus, d'où vos nems sel celui de Patera qui est ie tien: les initiés nomment de leur celle façon les serviteurs d’Apollon, Ton frère ct ton pere doivent Hom à Pinubas et ton Mis à Delphes»), voir de texte latin au début de ta we) Priori à PAcodémice Belphinule de Grenoble, résuméc e 25 dans le Bulletin de l'Académie Delphinate, mai 1957, p. CLXXV squ. um Cf M. Durand-Lefehvre, Art gullo-romain el seulpfure romene, Recherche sur lex formes, Paris 1937, ch. VI en particulier, p. 173 sqq. (11) Traditions paiennes dans liconographie romane. Epona „ru tabouret, in Mélanges Waldemar Deonna, Collection Latomus, XXVIII, Bruxelles 1957, pp. 116-121, pl. Y el XXIL . (12) Le fhème du monstre aadrophage dans Part ramen, in Ogum 1X/3, 1957, n° Al, pp. 235-248, pl. xxxty-xLiv, Nous népligerans ici les travaux anlerienrs de J. Avalon, de Guiart, de Paul Soupiron et du LP. Festugières, nous nous référerons surtout à cos Tandis que H. du Cleuziou (17) voit dans l’ascia une charrue, M. Carcopino Vinlerpréte comme une herminette. Cependant tous les deux s'accordent à douner à celte figure, quelle qu’elle soit, un caraclére apotropaique. Mais M, Carcopino pousse beaucoup plus loin l'interpretation du symbole (18). 11 semble admeltre que les deux matières (13) Doit-on comparer un relief publié dans Espévandicu, Recueil... n° 2257 (chez les Senons) = (14 XI 2918, stèle funéraire qui porte à Ja gauche de défuut un motif se rapprochant du nôtre? (14) Nita de Pierrefeu, Irminsut ef le livre de pierre des Exsternstein en Wesphatie, in Ogam Y11/6,,.1955, n° 42, pp. 363-386, 5 fig. (15) E, Benoit, L'héroïsalion équestre, Gap 1954, el J. Cuillandre, La droite et la gauche dans {ex poèmes homériqnes en concordance avec la doctrine pythagoricienne el avee la tradition celtique, Rennes 1944. (16) L'importante étude de Waldemar Deonna, L'ascia, in RAE, VEL, 1946, FE 19-62, rejoint sur beaucoup de points M. Carcopina, une exeellente bibliographie de lascia y est donnée, (17) 11, du Gleuziou, L'art national, I, pp. 127 sg. (18) 3. Carcopino, Le mystère d'un symbole chrétien, L'ascia, Paris 1955: De Pythugore aux apôtres, Paris 1956,

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