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DE ROZIER-COTES-D'AUREC (Loire)
ET LES DOCTRINES DRUIDIQUES
PLANCHE
LXXXIV
par le
Dr Emile Bacmsties
Que la religion druidique ait été « contaminée»
successivement par
la conquête romaine, puis par l'invasion des cultes orientaux à mystères, enfin par le christianisme naissant, Je fait est hors de doute. Mais
il serait très instructif de mettre en relief les réaclions du druidisme
— résistance, adaptations, survivances de croyances et de thèmes iconographiques — à chacune de ces «agressions », En d'autres termes, it
l'interpretatio romana que Jes auteurs latins nous ont donnée de la
religion des Gautois, il serait utile d'opposer l'interpretalio gallica que
nos ancétres ont à Jeur tour fait subir à la religion et à Ja mythologie
gréco-romaine, aux cultes iniliatiques de l'Orient et aux enseignements
chrétiens.
A nous eu lenir au Velay, il semble que Von pourrail, grosso modo,
résumer les réactions de la classe sacerdotale druidique de la façon
suivante:
1) ralliement apparent, e exotérique >, à la religion romaine dans
les colonies et les principales villes, — ainsi que le montre l'inscription
du clocher de la cathédrale du Puy où l'on voit un gutuater se flatter
d'avoir été a préfet de la colonie», tandis que son fils est flamine (1).
2) persistance de leurs croyances « ésotériques> en un monothéisme
transcendant et ineffable, ainsi qu’en une survie du défunt dans PAuDelà.
3) adoplion large des mystéres orientaux, en particulier des cultes
Isis, de Cybéle, de Mithra, qui. dans une cerlaine mesure, et sous
certains aspects,
se rapprochaient
de
leur propre métaphysique.
4) peut-être conversion plus ou moins rapide au christianisme, avec
adaptation de leurs croyances auciennes aux dogmes nouveaux (2).
Que, sous les apparences d’une acceplation de la religion romaine,
les Gaulois vaincus aient conservé leur foi en un dieu unique, on pourrait en trouver des preuves dans l'association des noms de dieux
romains avec des noms ou des épithètes celliques: Mercurius Artaios (3),
Mercurius Dumias (4). Car chez les Gaulois, les dénominations religieuses ne doivent pas être prises pour une manifestation d'un polythéisme
(1) CHE XUL, 1957... ferrariar(am) gutuater praefectus colon(iae),
qui ante
quam hic quiesco, liberos meos utrosquíue) vidi Nonn(ium)
"erocem Aumlinem) {lvirum [et Nonnium... ?]. Sur le mot Gultater,
ef. Vocabulaire vieux-cellique, in Ogam, t. VIA, 1956, no 46, s.v, Guts,
» 350,
(2) Doit-on rappeler que certaines fêtes celliques ont perduré dans les
fêtes du calendrier chrétien ? par exemple la fête de Semonios/Samain qui
correspond au 1° Novembre a été admise en 835 (998 pour la Fúte des
Morts, cf. E. Saillens, Vos vierges noires, p. 58.
(3) Sur Mercurius Artaios, cf. Real-Encyelopidie, de Pauly-Wissowa,
sv. Mercurins, XV/1, col. 990, inscription à Vienne (Isère) CIL XII, 2199.
1
(4) Cf. RE, XV/1, col. 993, inscription du Puy-de-Dôme, CHL XII,
$23.
(5) Sur les différents aspects des dieux duns Je monothéisme de
l'Inde, et qui peut ¿tre appliqué au monde celtique, cf, Poul Tuxen, Le
Nirukta de Yaska considéré comme une uutorilé sur les divinités vedtques,
in
Acta Orientalia,
t.
XXU
(Copenhague
1957), pp.
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gausnqui
ROMAN
154-166,
Cel
exemple permet d'éclairer celte multitude de thionymes gaulois qui ne
sont que les divers habits de la divinité, Voir sur un autre plan la dis-
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Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)Dr Emile BACHELIER
inexistant, mais pour des épithétes se rapportant soit à un altribut
particuHer de l'unique Namen, soil à une localisation parliculitre de
LE CHAPITEAU ROMAN DE Rozien-Cotis-D'AUnEG
ET
LES
DOCTRINES
367
DRUIDIQUES
sun culle (5).
bus-relicts romans inspirés du thème antique du Monstre Androphage.
Cest encore un autre bas-relief, toujours de l'église de Rozier-GölesD’Aurce, que nous voudrions analyser aujourd’hui, non sans avoir fait
posites où nos ancólres se plaisaient à associer suit deux figures de
divinités romaines, soit des allribuls de deux ou trois dieux grecoromains, comme s'ils voulaient par cette composilion affirmer qu'ils
Cluny, dont l’un des abbés les plus célébres fut Odilon de Merewur (mort
en 1048), issu de la Famille vellave nommée ci-dessus.
Ce chapitenn, placé au soumet d'un pilasire, représente:
Une seconde preuve pourrait nous être fournie par les images comne voyaient pas en chacun de ces dieux une entité distincte, mais seulement un euractère singulier de leur unique Vumen, Cest peul-être
ainsi qu'il faut interpréter Je Cameux sünnfachrun Martis Mercuriique
do Brioude (6), le dien à Ja lance et aux épis de Dijon (7), et Vintaille,
trouvée sur In statue de Notre-Dame-du-Puy en 1792, où Von croil
reconnaitre à Ja fois, sur un même personnage, la nudilé et le caducéc
de Merenre, et le casque avec la lance de Mars, peut-être même certains
traits de Bacchus.
L'alliance du druidisine ésotérique avec Pexolérisme romain nous
parait ressortir de la persistance de noms vu de surnoms de divinités
gauloiser ou romaines dans certaines familles sacerdolales, ainsi qu'on
peut le voir dans fe texte d'Ausone cité et Lraduit dans Ogem (8). J'ai
émis l'hypothèse que parmi fes noms tirés de Delphes pouvuil se trouver
ceui de Dauphin (Deiphinus), porté par une famille richement possession
née en Velay, et en particulier disposant, au Puy mème, de droits exurhifants jusque sur les offrandes déposées sur l'autel de la Vierge Marie
le jour de l'arrivée de son chef en velle ville, où il devait être reçu processionnellement par l'évêque et les chanvines, avant d'aller vecuper
la stalle de chanoine à laquelle il avait droit de par sa naissance (9).
Mais il existait également en Velay une antique famille chevaleresque, éteinte dans Jes Dauphins d'Auvergne, qui portait de num de
Mercœue: plusieurs de ses membres avaient comme prénom, *Evodius
idevena pins tard Vaste ou Vualde, puis Vosy). Que ces vicilles familles
sucerdotales se soient ralliges aux religions à mystère, nous en avons
un indice Ivés net dans les vers d’Ausone que nous venons de ciler cn
note, puisqu'il y est question des noms que donnent les mystici aux
serrileurs d'Apollon, assimilé, on le sait, à Belenos puis à Mithra.
Ne faul-il pas aussi relever, à côté de ces noms d'origine religieuse,
In persistunce de thèmes iconographiques empruntés aux répertoires
remarquer, au préalable, que celle église était un
prieuré dépendant de
1) un homme nu, dont la uudité nous fail connaître qu'il ne s'agit
dun personnage ni de l'Ancien ni du Nouveau Testament, mais bien
plutôt d'un genie ou d’un démon d'origine paicune. Sa bouche cntr’ouverte donne passage à deux serpents, qui se dirigent Pun à droile, l’autre
à gauche, [1 brandil de la main gauche un pic, et de la main droite un
autre outil que l'on peut considérer comme une hache ou une cognée
(lig. 1). L'ombilie est fortement marqué.
2) sous le bras gauche du personnage se trouve un petit édicule à
fronton triangulaire, comportant cing assises de pierres encadrées enlre
deux montants latéraux, sans ouverture: il semble qu’il s'agit ja non
d'une maison, mais d'un tombeau. Entre le bras gauche el le petit édicule apparait un objet Jong ct coudé à son extrémité qu'il nous semble
sifficile d'identifier (peut-être un fouel à manche ?).
3) sous le bras droit, on distingue une sorte de tige lerminée par
deux branches divergentes (13), au sommel: cerlains pensent y voir nne
plane de sabotier (2); je serais plulöl tentè d’y lire un Y, un zpsilon,
mais cel objet ressemble également à la figuration bien connue de
Virminxal des Exsternstein cu Wesphalie (14).
Si cette lecture est exacle, l'interprétation qui se présente aussilô!
à L'espril est la suivante: le personnage figure le génic de la Mort et de
la Survie. Génie de la Mort puisque des serpents sortent de sa bouche,
qu'il brandit un pic de démolisseur, cl qu’à sa gauche (côté de la faiblesse et de la mort) (15) se trouve un tombean, Génie de la Survie,
puisque de la main droite (côté de Pactivité cl de la vic), il tient une
ascin sous laquelle se dresse cet "Y, Les deux éléments de gauche (pic et
lombe) ne demandent aucun commentaire. 11 n'en est peut-être pas de
mème des deux éléments de droite: la cognée ou ascia, et l'Upsilon.
On sait que le mot ascia, désignait autrefois chez les Romains, toules sories d'outils, et ce qui correspond aujourd'hui à }'herminctte.
M. Jerome Carcopino a donné de Pascia une clude très poussée d'abord
paiens el reproduils dans les églises chrétiennes 7 (10). N'y aet-il pas li
une continuité remarquable ainsi que l'a fail ressortir M. Fernand
Benoit (ID. Nous avons now-méme dans cette revue (12) cilé quelques
dans Le Carré Magique, ensuite dans le Mystère d'un symbole chrétien.
cussion sur les dieux gaulois entre F. Benoit et E, Thevenot, in Ogam IX,
deux ouvrages (16).
1957, pp. 37 et Il.
o
in
(6) CF. Er. Le Roux, Noles d’Histotre des religions, 1, in Ogam VII/4,
.
.
1955, n° 40, pp. 260-266.
(7) Cf. HE, Thevenot, Le dien € fa lance et ane épis de Dijon, in
HAE. 1957, pp. 101-108, fig. #4.
.
(8) Jacques Gourvest, Le culte de Belenos en Provence occidentale et
en Gaule, in Ogam, VI/G. 1953, n° 30, pp. 257-262, ici en particulier
p. 262, n. 25 ce Issu d'une famille de druides de Bayeux, sil faul se fier
i Ja renommés, tu tires ton origine sacrée du temple de Belenus, d'où
vos nems sel celui de Patera qui est ie tien: les initiés nomment de
leur
celle façon les serviteurs d’Apollon, Ton frère ct ton pere doivent
Hom à Pinubas et ton Mis à Delphes»), voir de texte latin au début de
ta we) Priori à PAcodémice Belphinule de Grenoble, résuméc
e
25
dans le Bulletin de l'Académie Delphinate, mai 1957, p. CLXXV squ.
um Cf M. Durand-Lefehvre, Art gullo-romain el seulpfure romene,
Recherche sur lex formes, Paris 1937, ch. VI en particulier, p. 173 sqq.
(11) Traditions paiennes dans liconographie romane. Epona „ru
tabouret, in Mélanges Waldemar Deonna, Collection Latomus, XXVIII,
Bruxelles 1957, pp. 116-121, pl. Y el XXIL
.
(12) Le fhème du monstre aadrophage dans Part ramen, in Ogum
1X/3, 1957, n° Al, pp. 235-248, pl. xxxty-xLiv,
Nous népligerans ici les travaux anlerienrs de J. Avalon, de Guiart, de
Paul Soupiron et du LP. Festugières, nous nous référerons surtout à cos
Tandis
que
H. du
Cleuziou (17)
voit
dans l’ascia une charrue,
M. Carcopino Vinlerpréte comme une herminette. Cependant tous les
deux s'accordent à douner à celte figure, quelle qu’elle soit, un caraclére apotropaique. Mais M, Carcopino pousse beaucoup plus loin l'interpretation du symbole (18). 11 semble admeltre que les deux matières
(13) Doit-on comparer un relief publié dans Espévandicu, Recueil...
n° 2257 (chez les Senons) = (14 XI 2918, stèle funéraire qui porte à
Ja gauche de défuut un motif se rapprochant du nôtre?
(14) Nita de Pierrefeu, Irminsut ef le livre de pierre des Exsternstein en Wesphatie, in Ogam Y11/6,,.1955, n° 42, pp. 363-386, 5 fig.
(15) E, Benoit, L'héroïsalion équestre, Gap 1954, el J. Cuillandre,
La droite et la gauche dans {ex poèmes homériqnes en concordance avec
la doctrine pythagoricienne el avee la tradition celtique, Rennes 1944.
(16) L'importante étude de Waldemar Deonna, L'ascia, in RAE,
VEL, 1946, FE 19-62, rejoint sur beaucoup de points M. Carcopina, une
exeellente bibliographie de lascia y est donnée,
(17) 11, du Gleuziou, L'art national, I, pp. 127 sg.
(18) 3. Carcopino, Le mystère d'un symbole chrétien, L'ascia, Paris
1955: De Pythugore aux apôtres, Paris 1956,
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