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Rien de nouveau sous le soleil
L'expression « sous le soleil » pour dire « en ce monde » se lit dès les
premières lignes de l'Ecclésiaste: « Quel profit retire l’homme de tout
le mal qu’il se donne sous le soleil? » Et dans la suite de l’opuscule elle
reparaît à chaque page; l’auteur l’emploie plus de vingt fois. Elle ne
figure cependant dans aucun autre livre biblique et avant que l'épigraphie sidonienne eût appris qu'elle avait été phénicienne avant
d'être hébraïque, on ne lui connaissais d’autre parallèle que le ég'#ñtw
hellénique, attesté pour la première fois dans l’Alceste d'Euripide (1).
Tabnit, roi de Sidon, maudissant celui qui violerait sa sépulture, lui
souhaite de n'avoir pas de postérité « parmi les vivants, sous le soleil» (), et une variante de cette formule apparait dans l’épltaphe
d'Esmunazar II, fils de Tabnit ($). L'orientaliste américain Louis
Ginzberg (#), qui place les deux textes au début du 11e siècle (5) a pensé
que le «sous le soleil» a pu être emprunté par le phénicien au grec, soit
dès l’époque de Straton le Philhellène, vers 360, soit peu après la conquête
d'Alexandre, et que l'expression a passé dans l’Ecclésiaste sous les
Ptolémées. L'hypothèse est erronée. Car l’épitaphe de Tabnit reproduit
avec une légère modification les termes de l'imprécation proférée, dix
siècles plus tôt, par le vieux roi élamite Untaïgal. Dans une inscription
en langue babylonienne, publiée et traduite par Scheil (f), Untaëgal
appelait le courroux des dieux sur le malfaiteur qui détruirait un
monument élevé par le roi: « Que sous le soleil sa postérité ne progresse » |
RIEN DE NOUVEAU SOUS LE SOLEIL
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tardive en Grèce, l'expression paraît étrangère aux littératures indoeuropéennes d'Asie, comme aussi à l'égyptien (1). Sémites et Grecs
ne l’ont pas créée indépendamment, mais on déterminera difficilement
le point de l’Asie antérieure où a pu naître la pittoresque association de
mots qui a fait fortune dans le monde, grâce principalement au verset
9 du chap. I de l'Ecclésiaste:
« Ce qui fut, cela sera; ce qui arriva, cela arrivera: rien du
tout n’est nouveau sous le soleil. »
On a parfois attribué à ces pensées une origine stoïcienne et, de fait,
elles rappellent d’assez près ce qui se lit chez Sénèque (omnia transeunt
et revertuntur, nihil novi video) (2), ou Marc-Aurèle (oëdêr xaurdv. Tläv
ti yuwôuevor oÙtws Ge êyivero xul yermoetru) (3). Mais c’est
d’un texte conservé par Porphyre que l'Ecclésiaste est l'écho fidèle.
Pythagore, assure Porphyre (#), prêcha l’immortalité de l'âme et la
transmigration, et professa OT xatà mepiôôous Tivas Tä y 4v0odôèy
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Qohelet (le second membre de phrase, qui est là pour le parallélisme, et
le « sous le soleil », expression favorite de l'écrivain): ce qui subsiste
serait la traduction littérale, le calque rigoureusement exact du modèle
grec si l’auteur juif, négligeant une donnée caractéristique de la doctrine prêtée à Pythagore, n'avait laissé de côté la notion du retour
périodique. La copie est incomplète, mais l'emprunt est manifeste,
Qohelet se révèle ainsi tributaire d'une version hellénistique () de
l’enseignement de Pythagore. On peut, je crois, tirer argument de ce
fait contre les dates trop élevées qu'on assigne le plus souvent au livre
Connue des Sémites à haute époque, d'apparition relativement
() Le Würterbuch de Gesenius, 12° éd. signale que le rapprochement entre
lhébreu et le grec été indiqué par Abr. Kuenen, Onderzoek, 23, 198,
(2) Répert. Epigr. sém., 1202, 1, 7-8.
(3) Corp. Inscr. Sem., phen., 3, 1. 12.
(4) Journal of Biblic, Literature, 1937, p. 142.
(5) Ginzberg a sur ce point raison contre l’opinion commune, qui fait remonter
jusqu’au ve siècie l’époque de la dynastie sidonienne.
(6) Scxeix, Mélanges épigraphiques (Mém. mission archéol, de Perse, t. XX VIID),
- p. 31.
(@) I n'y a qu’un bien vague rapport entre « sous le soleils et la périphrase pour
« monde », qu’en a rapprochée P. HuMBERT, Recherches sur les sources égyptiennes
de la littérature sapientiale d'Israël, p. 110.
(2) SÉNÈQUE, Epist. 24,
(3) Marc-AurèLe, VIL 1 et XIE 26.
(4) PorPHyre, Vif, Pythag., 19, qui est, comme a remarqué Ed. ZEziLEr, Phila source de St-Jérôme, Ado. Rujinum,
losophie der Griechen, VI, p. 550, n. 4,
(5) Porphyre a transcrit le texte de Vi. Pyth. 19 d'après un recueil datant de la
fin de l’époque hellénistique ou du début de l’Empire romain (v.[. Lévy, Recherches sur les sources de la Légende de Pythagore, p. 90-92),
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biblique. L'influence du pythagorisme tardif sur la littérature jui
n'est sensible que depuis la seconde moitié du 1er siècle av Tue
chrétienne (Psaumes de Salomon, Manuscrits de la Mer Morte : L'Ee
clésiaste (Graetz e t Cheyne le pensaient déjà) ne doit pas être teens
.
à l’époque d'Hérode.
Paris.
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Isidore Lévy.
Lévy I., Rien de nouveau sous le soleil {cette formule est l’écho d’un texte
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$3 prthagoricien] ; cî. Prouerbia.
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antérieur au ve siècle av. JC.
o V 1953 326-328. | Le verset 9
Lévy I., Rien de nouveau sous le soleil : NCli
nt contribué au succès de la fordu chap. 1 de l’Ecclésiaste, qui a grandeme
l'écho fidèle d’un texte pythagorimule : rien de nouveau sous le soleil, est
19 ; l’Ecclésiaste ne doit pas ètre
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cien conservé par Porphyre, Vit. Pyth
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