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Les themes du Songe de Scipion.
Par
A. J. Festugiére.
Le Songe de Scipion utilise un des thèmes les plus chers à l’époque hellénistique et gréco-romaine, la montée de l'âme à travers
le Kosmos jusqu'en un lieu d'où elle découvre la beauté des choses
célestes et s'abime en cette contemplation! Ce thème a revêtu
deux aspects. Ou bien l'expérience de l'ascension a lieu quand
l'homme est encore en vie: c'est alors sous forme de songe ou
d'extase, ou simplement parce qu'on est plongé dans un total
recueillement, que l'âme, se dégageant du corps, s'élève à travers
le monde. Ou bien cette expérience est posthume: l'homme est
mort, l'âme s'est définitivement séparée du corps, et la montée
céleste qu'on lui prête n'est qu'une des variantes de la croyance
plus «générale en l'immortalité de l'âme; il s'agit, en ce cas, de
l'immortalité céleste. Souvent enfin ces deux aspects sont associés dans une même fiction. Au cours d'un songe ou d'une extase, l’homme sent que son âme quitte la terre et parvient aux
hauteurs du ciel, cette ascension préfigurant le sort qui attend
Voir, par exemple, W, CAPELLE (à propos de
l'âme après la mort si l'on a rempli, durant la vie terrestre, cer-
1 Thème souvent étudié.
De mundo 1), Neue Jahrb., XV (1965), pp. 534-535, ED. NORDEN (à prupus
du Toro: »Dieu se laisse voir en ses veuvresw), Agnostos Theos (2 éd,
1925), pp. 24 Ss, 105 8s., R. M. Jonus, Posidonius and the Flight of the
Mind, Class. Phil, XXI, 1926, pp. 97 115. Pour l'aspect eschatologique,
ef. P. Cumon, After Life in Roman Paganisın (New Haven, 1922), pp. 91 ss.
(Celestial immortality) et Recherches sur le symbolisme funéraire des Romains (Varis, 1942). Sur le mysticisme astral, F. CUMONT, Bull. de l’Acad.
roy. de Belgique (Classe des lettres, ete), n°5, 1909, pp. 250 -289. Enfin
il faudrait citer tous les ouvrages et articles sur les religions orientales
dans le monde gréco-romaiu, l'hermétisine et la gnose.
LES THEMES
DU
SONGE DE
37
songe, c'est en songe qu'il voit VAfrienin, puis Paul Émile, et
Laines conditions (surtout de pureté) et pratiqué certaines verl ns.
Tel est exactement de cas du songe de Seipion. Seipien fuit un
qu'il s'élève jusqu'à un point d'où le monde stellaire s'offre à
lui en toute sa splendeur. Mais cette expérience préligure la destinée finale de l'âme juste et pieuse de ceux qui ont »sauvegarde,
secouru, accru la patrie» (3, 13). Tout de même l'hermétiste
du Poimandres (c'est très probablement Hermès lui-même)
voit-il en songe le dieu Noûs qui lui révèlc, au moyen d'une vitoa)
sion, la montée eschatologique de l’äme des justes et des pieux.
Dans le Somn. Scip., ces deux aspects de la montée sont unis
grâce à une sorte d'emboîtement. Après un prologue tout romain
{rencontre de Scipion et de Massinissa en Afrique, 1, 4
vient le pSonger qui constitue le cadre général du récit: 1, tu b
(deinde. .. somnus complexus est. hic mihi... Africanus se ostendit)
—- 9, zg b (ale discessit, ego somno solutus sum). C'est dans ce
récit d'un songe, dont le propre caractère de songe est encore
rappelé par une brève allusion après la prophétie de l'Africain
(2, 12 b quaeso, inguit, ne me e somno excitetis), que s'insère
le thème de l'immortalité céleste: 3, 13 (sed quo sis... ulacrior. . .
sic habeto: omnibus qui palriam... auxerini, certum esse in caelo
definitum locum, etc.) — 9, 29 a (double destinée eschatologique:
les Ames justes et les âmes mauvaises). Il n'est pas besoin de
rappeler ici Porigine et l’évolution de la croyance à l'innuortalité
céleste des âmes, avec les diverses formes qu'elle a prises: séjour
des âmes dans la lune, ou dans le soleil, ou dans la sphère des
astres fixes!. Rien n'a été plus étudié durant ce dernier demisiècle. Bornons-nous àBN noter deux traits. Cicéron fait séjourner
les âmes dans la Voie Lactée, c'est-à-dire dans la sphere des fixe
i] suit là une doctrine pythagoricienne soutenue par Héraclide
le Pontique? D'autre part, sil exploite un fonds traditionnel
et purement grec, il fait œuvre originale et se montre bien romain en attribuant l’immortalité céleste aux âmes des grands
LEL CUMONT, Alter Life, pp. 96 ss., 100 ss., 103 38.
2 On la trouve aussi chez Mauilius, I, 755 Bou. CL GUNDII, up. PW,
VI 560 ss. (Ludulfas), P. BovanNc
Études sur le Songe de Seipion (Puris,
1930), PP. 133 58.
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Tantöt on Vemploie simplement pour nanilester la puissance
de l'esprit humain qui, selon le mot de Pindare cité dans le Théé.
tete (137 1 5), »promene partout son vol, sondaut les abimes de
la terre et les profondeurs célestes»
Ce
thème
apparaît
ou a
l'état
pur
—
c'est
un
des
tdzot
les
plus
habituels,
chez Cicéron!,
#
“ot
Mauilius?, Philon®, Sénéque!, Plutarque?,5 les écri
; hermétiques§,
372
politiques qui ont voué toutes leurs forces à la patric. l'idée
de la supériorité de la wpdéis sur la dewola (qui n'est d'ailleurs
pas omise, cf. 9, 20) est déjà dans Dicéarque: mais ce qui marque
le sénateur romain, c'est l’insistance sur les vertus patriotiques
(3, 13, 16; 8, 26; 9, 29)*
Cependent le Tózog du songe et le thème de ’innnortalité eéleste n’épuisent pas toute la matière du Somnium Seipionis,
. . quae contuens animus accede ad coxnitionem
Il s'y ajoute un troisième élément. Et, de même que le récit d'un
deorum, etc.
stil| stdereos
= IV 807 ss.
sidera
(home) stell unus un arcen erretus capitis,
victorque ad
Propussque arpocdat Olymp, | nie edge
vent:
cbilus cursusque coghovimus
UV. gr. N. d, IL 61, 153 (éloge de P’lomine) gidd vero homimon ratio
non in cuelum usque penetrarit? soli enim ex amımanlibus nos astrorum ortus
songe servait d’emboiture à l'immortalité céleste, de même l'ärodos
de l'âme sert-elle à son tour d’emboiture au troisième élément:
celui-ci est le thème familier, aussi à l'âge hellénistique, du contraste entre la grandeur du Kosmos et la petitesse de la terre,
d'où résulte, en conséquente, une méditation sur la vanité des
V. infra.
Kur ROT... UL EKD
ext
quasi e proximo eninı anvui sugacilale mehlur. intentionen nimmt eius nulla
s calige confundit, non densilas terrace opérant crus Uipedtl, non age
altitude profunda despection eins oblundil. oor idem est et ubsgue idem
K.K. 44 (drdoswaor) Tor ogäv uEADorTa todunoms tijs yeux Tu
TOP HEGATUOS apt vis Lawton peddqaure
in maris profunda descendit. vmmia ii licent: non caclum videtuy altissimum,
Gmumère les qualités, selon lui dangereuses de l'honnne nouvellement créé:
sh, 6 (homo) suspicit caclum
„elementis eel date mescetur (lieu com
mum: Cie, Puscul. fo 10,43 wehl est anime velocius: nulla est crleritas quae
possit cum anime celeritale contendere, Phil. a. det. pot. Sad mer dm
Arte Grmdpogunratos, ut, De lacie geve gy tagte), aim mentir
° CH l'éloge de l'esprit humain dans l'Asel'pius o (p. qo. 17 THOMAS)
et sa contre-partie, le discours de la Kort Kosmou (43 406) où Momus
°V. gr. De facie in orbe lunae uz D pop, ged rin... odvardr
re meta Kal pijp mad Oddurroar dv Turin aepirokuieru Rui duetje vor.
PV, gr. Dial, Vill 5,0 cogilalio nostra cacli muntisacute Perrumprl ne
contente est id, quad ostendituy,
sctros dial ont, scetttor quad ella vene
du dee el, utrumne profundu vastilas sit an hoe tpsum Io munıs cludatis, ete.
id
u pus Gre advrur devdgonurtutos zul Tor guiruw, Er dh Piel duxei,
godver xui nupupelpetat, xutd dovdrous durduer dyodvus Tob TE Auvtés
zul pevov xual Tv todtww aitudy Pruputov. Foy DE of pdvur dype Tor
vis wat budattys adda zul dEpo; zut vigavod arndrup ADE ob) evtubllu
éoty, Pougir por Tod auvegod; zat Gruforou pin» voxicus tor x66pov
ela, apooortéou DE gomijdar yAtyouevos Kai tir wxutddyator Deo piu,
dre wy ms TO elven pôvor, auradußeie, ie Odvytas. 1 Clape de l'esprit
Jovem, nee satie frante deoriem | vontentus manet, et caelum scridutir on alec, |
cognalwngue SUYUCNS Corpus, se qnucrit in uslres.
SV. gr. Q. det. pot. 84 (1, 278,18 COUN) puvor yaa wird rar aus úuir
choses terrestres et en particulier de la gloire: 3, 16b (ex yuo
omnia mihi contemplanti praeclura cetera et mirabilia videbantur. …
iam ipsa terra ita mihi parva visa est ud ete.) ~ - 7, 25 (sermo autem
Kssayons de
omnis ille... oblivione posteritatis exstinguitur)*,
dégager la valeur propre de ce nouvean theme. Nous verrons
qu'il s'agit, ici encore, d'un lieu commun.
Le thème général de l'ascension de l'âme dans le Kosmos
humain se joint jei au thème de la montée vers l'Intelligible et le Divin.
.
a été utilisé à des fins assez diverse
Varro... utile vase ceettatibens dicit, ut se pere fortes, ellamaı
genius esse eredand, ul co mode animus humanus vrlul di-
1 Cette conception n'est d'ailleurs pas particulière à Cicéron ef. Varron,
ir. 24 AcAnw:
fulsum set, dits
vinae stirpis fidueiam gerens res magnus adgrediendus pracsumat aundacıus,
agal vehementius et ob hoe impleal ipsa securitate felicius. MH peut y avoir là
la narque d'une influence stufcicune, ef. le mot de Pluturque, Cleomene, 2, 3.
2 On a done (après le prologue, 1, y—10 à):
t, tub —g, 29 bi songe (couunencant par une prophétie de VAfrivain, 4, 11-12)
7, 25: vpposition Kosmos — terre et vanité
29 a: innuortulité céleste
3, 16b
13—9,
de la gloire.
4 Qu'il s'agisse d'une ascension fictive (songe ou extuse) durant la vie
ou de l'ascension eschatulogique après la mort. Comine le remarque R. M.
JONES, op. cit, p. 99, on peut grouper ensemble Les deux thèmes, »especially since often by a supernatural ascent the soul of a living man pains
visions which belong to souls not yet incarnate and to souls freed from
the stains of the body».
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SONGE
DE SCIPION
375
et encore dans Némésius d’Eniesel, — ou bien dans l'argument
dans le De facie de Plutarque!, et sans doute dans mitints ou vragen
qui, de la comparaison entre les pouvoirs de l’intellect humain
et ceux de l’Intellect divin, conelut à la Providence, par exemple
chez Nenophon®,
Tantöt cette ascension de l'âme à travers le monde a pour
analogues aujourd'hui perdus. La mode de ces voyages célestes a été assez grande pour inciter Lucien a en faire la satire
dans son lcaromenippe.
objet final une description enthousiaste du Kosmos.
templation de VIntelligible et de l'essence divine. Le monde
visible n'est alors qu'une étape dans la montée: l'âme dépasse
Ainsi dans
l'Hermès d’Eratosthene?, dans l'ascension nocturne de Néchepsot,
Tantöt elle ne sert que de cadre en vue de magnifier la conla région du sensible, soit pour atteindre au monde intelligible
néunew énivolus, 45 ta péxuis dew ÒrwFovaw (dvbgwnol), zapuryoijour
Bovhdperor tis vdpuved xubéotime xivyots, 40 elru ob zal exe odguved
nepievyor SrhioOjcovru téAuay vrouw udx Guepéuvoug extevobaw Eni zal
— ainsi dans Philon’, dans Maxime de ‘Tyr!
- soit pour passer
la panégyrie (la nature nous a introduit dans l'univers comme dans une
1943 KR: après Ja mort, les âmes épogoas rudmror ev uörijs gedijvys
TO wéyedos zul To xúáAhos xt). Le np@rur ger semble indiquer le commencement d'une description ct appeler un &reuru Ôé, mais celui-ci ne
vient pas: Plutarque tourne court pour se perdre duns des considérations
sur la géow de la lune.
* CL la fréquence des verbes ou expressions devoflari
wr, devodvope
ir,
vtpuveButeiy ou vipuvòr Buivew, petéwpuroieir, odnaròr aemnoheir ete.
grande panéyyrie, cf. Ménandre, CAT, IT, p. 138, n° 481, v. 8—16) puis:
à
1) wúous) #òlòs duuyor Epwru évéquaer ijpúv Tais woyais nuvròs del tov
neydiov xui de nds Huds dutpwovuvtégov. didrey Tij Oewgig zul dtuvula
Tijs ardowaiens émbolic vid 6 aipaus xdopes dyxet, dAAd xal Tod TOD
acuuyortos nodkarıs Ógous exputvovow ui énivouu, xui ef tig mepiPAdpatto
év xtxdw tov Pluv daw nAdov Eyer TO nepertòv Ev nûot kul xuddv, Tuyéws
elactat npòs A peyóvauev. lei, connue daus Philon (supra, p. 373. 0. 3), l'éloge
religieux des Grecs, p. 123, n. 1. Ajouter Luc. learom. 13 zul vor Ay Ty
oediyy zatox depoßurwr ta aoAkd. On notera au surplus que le thème
du monde vu d'en haut a dû s'offrir très tôt à la pocsie comme un beau
de l'esprit humain s'associe au theme de l'origine divine de l'âme qui est
faite, dès lors, pour contempler les Vela. Plus loin, 35,4, on voit poindre
poème: awtdtat Ö’Er aAdurpln yder (ir. 28 Brok), cf. €. M. Bowra, Greek
le thème du mépris des petites choses (cf. infra): Eder proms nurs ayopevoi pa AC où ta quxpi deidga Vuvnäbouer etd, (on n'admire pas les
to magis acrem | inritat animi virtulem, effringere ut arla | naturae primus
SV. gr. De opil. mundi by -7o (1, 23, 11 33. Comin): (6 uret; vo.)
dógutos ydo Eotw aùtds
ta Aura gr wai GyAov ges Tijn vbuluy
tas tay dddwv zuraiaußdvwr zul TEyvars zul Fanta; aubvogdeis
dvurejwum dduds Aempögpors andous dik pis Eogerur Kui Ouhderys
ta dv éxurépu paer Òiepeovbperos: Kat mdk Aris dalers Hai Tor dévu
xai tobtov nubijpura xutuoxepdgevos dvwréow plperur 407 uiléou zul
Tas odgavoö nepiddovs, nÂavijrr Te Kui unkurör gupelwus ovpneviroindeis
xard Tudz pouvoirs tedelus vönovs, Encueres Epwtt ouplus aodypuüvit,
nacav tiv alabyrijv odolur Önegrxópas, Évradbu epletue tijs vont, ct
portarum claustra cupiret. | ergo vivida vis animi pervicit, et extra | processit
souvent, cf. R. M. JONES, |. cit., pp. 101—105.
longe flammuntia moenia mundi | alque omne immensum peragravit menle
* XVII 10 (DUBNER): rédos ÔË rijs BvD ox 6 vduUPLZ, olde Ta Er TH
odgav@ Gupata— xaÂd py ydp tavtu xul Oeonéora, dre éxrivou (rob Beo
éyyova drgıßi) xui yrijoiu, xui mpds To xdAliotuy Mouoouéra --~ dAÂÀ zul
root éntxewa eAdeiv dei, zul Öseprcipu Tod odparoù eal tow Gb
Trop zal thy Exel pudyoyy,
En NVI 3, uprès avoir raconté l'expérience
d'Aristée qui, sur le point de mourir, sentit que son âne, éonnue un viseau
endavdto Er tip aidége... advta taontu Oewpévy pipe xui Vijurruv xui
td orvigela tag wugds adta@y; Sur ce texte de K. K., ef. les parallèles
cités par FERGUSON, Hermetica, IV, pp. 455—461. Le point de départ
serait la diatribe stoïcienne.
En tout cas ce tdnog était fort répaudu
puisqu'on le trouve jusque dans un ouvrage de pure critique littéraire, le
Traité du sublime, 35, 2—3. L'auteur y utilise d’abord le lieu commun de
ruisseaux, mais les grands fleuves, ni les petits feux de la terre, mais
les feux célestes).
De nat. hom. 532 C. Ming tle ody dà&lws Oavjuigete Tv ebyéveiay
tovtev tod Zhor (l'homme)... weddyy dtuBalver, odguvdy Eupareder Tij
Gewpla, dotéouw xivyow xui diuuthnatu xul pétya Kutavoel xTA, —
Il est à noter que Lueréce fait l'application de ce zózos à Epicure, I 66 ss.
animoque. Sclon R. M. JONES (op. eit., pp. 112—113), il n'est pas nécessaire de supposer que [ucréce emprunte à des écrits stoïciens.
peut être épicurieune, cf. Métrodore, fr. 37 KÔRTE,
4 Mem, I 4, 17.
set.
J. U. Power, Collectanea Alexandrina, pp. 58 ss.
4 Vettius Valens, p. 241, 16 Kroid, (songe ou extase).
La source
l'époque
hellénistique,
Quelques
exemples
sujet à exploiter, ef. Ap. Rhod., 111, 154
cités
dans
men
Ideal
104, qui, selon le scholiaste,
serait une paraphrase ode ce qu’ibyeus dit dans sa description du rapt
de Ganymede dans son poëme à Gorgias». I) subsiste nn beau ve s de ee
Lyric Poetry (Oxford, 1936), pp. 271
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Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)LS THEMES DU SONGE DI SCHTUN
de Vadmiration du Kosmos à la connaissance du Dieu qui l'a
créé: ce dernier thème, dout on peut suivre la trace depuis Aripiraison entre ke vue du Kosmos et velle des choses tenentien;
nr
A. J. FESTUGIÈRE
376
477
plus précisément, il montre combien, vus du haut du ciel, lu
Oh!
terre, ses régions, ceux qui les habitent et les occupations qu'on
s'y donne sont choses de peu d'importunee. Ce thème suppose
donc, à l'origine, une ascension vers les hauteurs du monde,
d'où l'on découvre le néant de la gloire humaine, Et ce qui fait
apparaître cette gloire comme un néant, c'est justement le spectacle du Kosmos, immense quant à l'étendue, infini quant à
la durée; au regard de cette double infinité, que vaut la gloire,
qui ne s'étend que sur un tout petit espace et qui ne dure qu'un
instant? Il ne suffit done pas d’alléguer les textes de Platon ou
que cette vue est la plus bienheureuse, enfant, quand on conle Protreptique d’Aristote! pour expliquer l'opposition »Kosmostemple en un seul moment toutes ces merveilles, immobile mis
terre» avec son complément »ınepris de la gloire humaine». Non
plus que R. Hakpek?, je ne crois pas qu'on puisse remonter à
un modèle défini, mais seulement marquer un courant d'idées.
C'est ainsi qu'Aristote venant à expliquer dans les Métforologiques (A 14) les changements qui se produisent dans la configuration de la terre, montre que la terre, comme tes animaux
et les plantes, a sa maturité et sa vieillesse, sous l'influence du
froid et de la chaleur qui dépendent eux-mêmes du soleil et de
sun mouvement circulaire. Mais, au lieu que, dans les antımaux
stote, est aussi commun, vers le début de Vere chretienne, atx
paiens qu'aux Juifs (Sagesse) et aux Chrétiens (S. Paul, Ip, Rom.
I, 19 ss.), et n'a guère besoin d'exemple. Bornons-nous à citer
un texte hermétique, Corp. Herm. V 5: »Plüt au ciel qu'il te füt
donné d'avoir des ailes et de t'envoler dans l'air, et là, placé au
milieu de la terre et du ciel, de voir la masse solide de la terre,
les flots épandus de la mer, les cours fluents des fleuves, les mouvements libres de l'air, la pénétration du feu, la course des astres,
la rapidité du ciel, son circuit autour des mémes points!
en mouvement, VInapparent se rendant apparent au travers
des oeuvres qu'Il créeb
Tantöt enfin la contemplation du Kosmos mène à une leçon
morale, dans la mesure où la vue d'un objet si grand et si admirable induità mépriser la terre et toutes les choses terrestres.
L'idée que la sagesse enseigne le mépris des affaires humaines
est sans donte fort ancienne. On peut la faire remonter au
moins jusqu'à Platon!, mais elle a dû apparaitre bien avant
encore, du jour où il s’est trouvé des sages pour concevoir la
vie théurétique et en goûter les bienfaits. Cependant cette idée,
à vrai dire, reste très générale et ne peut avoir servi à notre thème
hellénistique que d'indication toute première. Car ce thème est
beaucoup plus explicite. I] ne se contente pas de dire que la
sagesse inspire le dédain des drÜowmva, mais il établit une comet les plantes, ces changements affectent etre entier, Ja terre
ne vieillit que par parties (351 a 1g-—b 8). Or, »du fait que ce
processus naturel de la terre, pris dans sa totalité, a lieu graduellement et dans des périodes de temps qui sont immerses Comparces
à notre propre existence, ces phénomènes passent pour inapergus,
et avant qu'on puisse conserver le souvenir de leur cours du commencement à la fin, des nations entières meurent ct périssents
notapoùs vul adders vat Ed dvduwr xui nallijputu zul péveis nurtolas,
Maxime de Tyr demande ce que veut exprimer cette ascension: rien d’autre,
répond-il,
que
la condition de l'âme qui, lorsqu'elle s’est détachée du
1 Comme l'a fait USENER, Rh. Mus., SAVIIT, 1573, pp. 329 ss. — Kl.
Schr., HI, pp. 11 ss., contre lequel voir les justes observations de HakDER,
corps et recuëillie en elle-même, retrouve le contact avec la vérité eile-
Über Ciceros Somnium Scipionis (Sehr. d.
même, loin de toute image sensible,
KL, VI 3), Halle, 1929, p. 130, n. 2: „Bei Aristoteles Fr. 59 wird ganz pla-
OV. gr. Rép., VI 480: l'âme philosophique, c'est-à-dire celle qui duit
Königsb. Gel. Ges, Geistesw.
tonisch ausgesprochen, dass die äusseren Güter dein tieleren Blick sich als
teudre sans cesse à embrasser l'ensemble et l'universalité des choses divines
nichtig erweisen, darunter auch der Ruhm.
et humaines, toute la durée du temps et la totalité des êtres, ne peut reteristische aber, die Gegenüberstellung von Erde und Kosmos, fehlt bei
garder la vie humaine comme une chuse de grande importance; Théét.
Aristoteles... Richti ist nur, dass die Grundgedanken aus der platonisch-
173 E: laine du sage, tout ocenpee à la contemplation des astres et des
uristotelischen Tradition herkommen.
secrets de la nature, tient pour mesquincries et néant les alfaires terrestres.
2 Op. eit, p.
Das für unser Stuck charak-
Page 5
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)(351 b 8-13) Aristote donne alors quelques exeniples de ces
lentes transformations. Il note en particulier que le pays de
Mycènes, jadis prospère, est aujourd'hui stérile et desséché tandis
que le pays d’Argos, autrelois stérile en raison de ses marécages,
est à présent fertile. »Eh bien, ce qui arrive pour ce pays, qui
est tout petit, arrive aussi, doit-on supposer, exactement de
même pour des régions étendues et pour des contrées tout entières (352 a 14-17). »Om, poursuit-il alors, »ceux qui ne jugent
que d’après le detail? rapportent la cause de ces phénomènes
terrestres au changement de l'univers entier, pris au sens de
devenir du ciel (a 17--19). »Mais», répond-il, von ne doit pas
penser que la cause de ce phénomène réside dans le devenir
mème du monde: il est ridicule en effet de mettre en branle toute
la machine de l'univers pour quelques changements minimes
et insignifiauts: la masse de la terre et sa grandeur ne sont rien
assurément au regard du ciel en sa totalité» (a 25—28). Selon
la remarque de HARDER! ce sont des considérations de cette
sorte qui ont dû donner heu à notre thème hellénistique où la
comparaison du monde et de la terre est associée à la fiction,
par ailleurs familière, de la montée de l'âme à travers le
Kosmos.
Quoi qu'il en soit de l'origine, nous voyons ce thème utilisé
à partir du 1° siècle avant notre ère par un assez grand nombre
d'auteurs. Sans viser à être complet, j'en traduirai ici quelques
uns qui offrent plus ou moins de ressemblance avec le Songe de
Scipion.
LES THÈMES
DU
SONGI
DI SCIPION
374
Cicéron, Tuscul, 1 14, 43-20, 45 (je résume):
Il s'agit d'une ascension eschatologique. L'âme, après avoir
quitté le corps, se dégage d'abord de notre atmosphère, d'autant
plus facilement qu'il n’y a rien de plus rapide qu'elle! Quand
donc l'âme, ayant franchi d’un trait toute la région de l'air,
aborde et reconnaît une nature semblablé à la sienne (c'est
Yéther), là où un composé igué se forme de l'air devenu subtil
(ex anima lenui) et du feu solaire affaibli (ev ardore setts temperato), elle s'arrête (insistit)? et ne monte pas plus haut mais
reste comme suspendue en équilibre (fanguam paribus cxaminatus ponderibus) dans ce milieu formé des mêmes éléments
qu’elle-méme, où elle est nourrie et entretenue par les memes substances qui nourrissent et entretiennent les astres (1 19, 43) Que
fait l'âme cu cet état? Mile contemple les choses du ciel, avec
d'autant plus d’ardeur que le lieu où elle se trouve munter
lui en facilite l'étude (I 19, 44). C'est la beauté des choses célestes qui a fait jaillir jusque sur la terre l'amour de ki sagesse. Ist
ceux-là jouiront davantage du spectacle du ciel qui, dès ici-bas,
ont su, par la pensée, s'élever vers le ciel (I Ty, 45).
Or, en vérité, que sont les paysages de la terre comparés à
cette vision du Kosmos entier? „Oui, si à present ceux qui ont
vu les bouches du Pont Euxin (le Bosphore) ct les détroits par
où passa le navire appelé Argo...,si ceux qui ont vu ce famcux
détroit de l'Océan ‘où les flots dévorants séparent l'Europe de
la Libye (Afrique)? croient avoir lieu de s'en enorguuillir!, que
I Ch. supra, p. 373, uote 0.
2 Pour ce passage, j'ai suivi l'interprétation de T. W. Dougan (Cam-
1 Traduction TRICOT (aris, 1941).
2 at paénovtes éni puxpôr. De ce que de tels changements se produisent
bridge, 1065) qui tient iunctis .. . ignibus pour un ablatif absolu et rejette
sur la terre, on conclut qu'il s'en produit de pareils dans l'univers, et
paraît être celle des stoïciens, pour qui le séjour des âmes est la région
la construction tnsistit ignibus (+s'arréte sur des teuxv).
Fn effet la doctrine
que ces changements cosmiques sunt la cause des terrestres. of PÀénovtes eal wexoov fait souger à De mundo 391 a, 22 vixtlgerer dv tis tis
éthérée qui entoure la lune, cf. CUMONT, After Life, p.08.
puirpopuglas,
Posidouius and Cicero’s »Tusculan Disputations,, Class.
mais le sens est différent.
Il ne s'agit pas, chez Aristote,
Sur la difference
entre ‘use. et S. Scip. 3,10 (âmes dans la Voie Lauctée), ct. KR. M. JONES,
Philol, XVIII,
de sceux qui ne s'attachent qu'à de petites choses», comme on traduit
1923, p. 227 (mais il ne faut pas dire que dans Tuse. les ämes ne montent
d'ordinaire.
qu'à la région sous la lune »bencath the moon»).
3 Tel est
en
effet le sens de zureiv TÔ ady (a 27) et non: ode faire
l'univers se mouvoir» (TRICOT, après LOELER).
+ Op. eit, p. 130,
8 CL Nat. deor. IL 46, 118.
* aliquid adsequi se putant = péya yeovutvtus tal Oene puxog, De
mundo 3yf a, 23—24.
Page 6
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devous-nous penser que sera endin le spectacle, quand if sera
permis de contenipler la terre entière, sa position, sa forme, son
contour et ses diverses régions, tuut celles qu'on peut habiter
que celles que l'excès du froid ou de la chaleur rend entièrement
desertes?nt
suit de VOssa, suit de Nyaa, soit de Pantre Cor yeren, vest de nua
380
De mundo 1, 391 a, 8 ss:
vin effet? puisqu'il n'était pas possible d'atteindre, avec le
corps, aux lieux célestes ni de laisser derrière soi la terre pour
explorer cette région saerée..., l'âme, elle du moins, grâce a
la philosophie, ayant pris pour guide l'intellect, a traversé l’immensité, elle a accompli ce voyage, car elle a découvert un che-
Nt
porte lequel des lieux particuliers, on devrait les prendre en pitié
pour da inesquinerie dont ils font preuve quand ils S'étonnent
devant des choses tout ordinaires et se prévalent d'un spectacle
insipnifiant. Cela leur vient de ce qu'ils ne savent pas contempler
les choses sublimes, je veux dire le monde et ce qu'il y a de plus
grand dans le monde. Car, s'ils avaient vraiment donné leur
attention à ces choses, ils n'auraient jamais d’adıniration pour
aucune autre, mais tout le reste leur paraitrait petit et sans valeur
au regard de excellence de ces premieres,
Le mouvement général est le même que dans te Sor. Seip.,
mais on notera qu'il n'est pas question de Ja gloire humaine.
min sans fatigue; elle a rapproché par Vintelligence les objets
les plus distants l'un de l'autre dans l'espace, car il lui était bien
Sénèque, Questions Naturelles, I praef. 7-13).
aisé, je pense, de reconnaître ce qui est apparenté, par le divin
regard de l'âme, elle a apprehende les choses divines, et elle les
révèle aux mortels comme un prophète. Voilà pour le premier
thème, la montée de l’âme. lit voici pour l'opposition du monde
et de la terre (391 a, 15 s5.): »Ceux-1à done qui ont mis tant de
soin à nous décrire la nature d'un pays unique ou le plan d'une
L'âme atteint à la plénitude du bonheur quand, ayant
foulé aux pieds tout ce qui est mal, elle gagne les hauteurs et
pénètre jusque dans les replis intimes de la nature. C'est alors,
$ 7.
unique ville, ou la grandeur d'un fleuve, ou les beautés d'une
quand elle erre au milieu des astres, qu'il lui plait de se rire des
dallages des riches et de toute la terre avec son or, 8 8. Mais
tout ce luxe des riches (portiques, plafonds reconverts d'ivoire,
bosquets taillds, bassins artifieiels dans des palais), Pine ue peut
montagne, comme ont fait jusqu'ici certaines gens, qui traitent
les mépriser avant d'avoir fait tout le tour du monde, jeté du
"tum et habutabiles regiones ch rarsum cant cultu propter vim frigoris aut
caloris vucantes L 20,45.
Meme doetrine LE 28,08 -by ion globum Terran...
duabus vris distantibus habttabilem ef cullum..., celeras partes incultas, quad
aul frigore vagvand dut urantur cature, US. Seip. 6,21 eernis autem vanden
terram quasi quibusdam rvedimitam ... cingulis, e quibus duos... vbriguisse
pruina
vides, medium autem illum... solis ardore torrert. duo sunt hubitabiles (se. les deux zones tempeérées, cutre les cercles polaires et le cerele
equatorial), RM. JONES, art. eit. (supra p. 370), pp. 211--4212, a montré
que ces textes s'opposent à la doctrine posidonienne que la zone torride
est habitable et, en fait, habitée.
Hormis ce detail, tout est lieu commun
dans le passage des Tuseulanes, et, selon le mot de JONES (p. 211), scompitible with all the theories which admits its (de l'âne) survival and its abode
haut du ciel un regard dedaigneux sur l'étioite terre et s'etre
dit: »C'est done là ce paint que tant de peuples se partagent par
le fer et pur le feu? Combien risibles? les frontières que les hour
mes tuettent entre eux § 9. Développement de ce theme pur
l'indication des fleuves, montagnes, déserts qui marquent les
frontières de l'Empire romain (Buphrate, Balkans, Haut et Bas
§ to Donnez
Danube, Rhin, Pyrénées, désert de Nubie).
aux fourinis l'intelligence de l'homine, ne vont-elles pas, elles
aussi, partager en maintes provinces lu surface d'une méme
aire à battre le ble? Si tu t'élèves jusqu'aux régions qui sont
in heavenly regions».
2 L'auteur vient de dire que, seule, la philosophie s'est élevée à la con-
1 Je resume en m'aidant, souvent, de l'excellente traduction de P. OLTtemplation de Vensemble des êtres, nov dtuougérr meds thy Toy dvr
RAMARIS (Paris, 1929).
eu 391 4, 3.
2 O quam ridiculi sunt mortalium termini = puthiotu dé Ev? Pr vois Putt
poe year Tois zent pijs Ögwr évilovor, Lucien, learom. 18.
3 Ou vee qui lui est apparenté», «das ihr Verwandter (CAPELLE),
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vraiment grandes!, toutes les fois que tu verras une armée marlhébes et ses fureurs!, on vers les sites fameux d' Argos! Aussi
bien Homère donne-t-il à Ulysse le nom de sage en raison de
ses longues courses: ‘Car il avait vu les villes de bien des peuples,
et il en connaissait les mœurs’. Quelles merveilles pourtant
s'étaient offertes à Ulysse? Des Thraces ou les sauvages Cicones, les Cimmériens qui ne voient jamais le soleil, les Cyclopes
382
cher enseignes dressées et les cavaliers, comme sil s'agissait
d'une affaire d'importance, tantôt précéder en éclaireurs, tantôt
se répandre sur les flancs, l'envie te prendra de dire: "Voici que
s'avance dans la plaine la troupe noire’ (Virg. En., IV 404). Misérable agitation de fourmis qui s’évertuent sur un lopin de terre!
D'elles à nous, quelle différence que la mesure d'un corps minuscule?» $ 11— 12, Cette terre, où les hommes se livrent aux
courses maritimes, à la guerre, se taillent des royaumes, n’est
qu'un point au regard de l’immensité des espuces célestes, Or
l'âme purifiée prend possession de ces espaces. Parvenue là-haut,
elle s'y alimente et grandit, Revenue à sa source, le plaisir
que lui donnent les choses divines lui fait reconnaître sa propre
divinité. Ille coutemple le lever et le coucher des astres, etc...
§ 13. Cette vue lui inspire le mépris des choses terrestres. Avec
bou vent, on se rend en peu de jours de l'Espagne aux Indes.
Or la plus rapide des planètes (Saturne) met trente ans pour
parcourir sa route.
Enfin l'âme apprend là-haut ce qu'elle a
toujours désiré de connaître: ce qu'est Dieu.
ahs
qui tuent l'étranger, une femme empoisonneuse, les paysages
de l'Enfer, Scylla, Charibde, le jardin d’Alcinoiis, la porcherie
d'Kumée: toutes choses périssubles, éphémères, fabuleuses. Mais
les spectacles qui s'offrent au philosophe, à quot les comparer?
A un songe qui, par Zeus, est d'une claire évidence, ct dont les
images mouvantes nous environnent de tout côté*, un songe où
le corps n’est nulle part convié à venir, mais où l'âme s'élance
sur toute la surface du globe, puis de notre sol au ciel, où elle
traverse toute la mer, parcourt toute la terre, franchit dans son
vol toute l’etendue de l'air, où elle accompagne le soleil et lu
lune dans leur voyage circulaire, où elle s'unit au chœur de danse
des autres astres et se fait presque l’associée de Zeus pour gouverner et ordonner tout l'ensemble des êtres. 0 bienheureuse
course, O spectacles merveilleux, à songes pleins de veritels
Maxime de Tyr,
XXII 6 (DOuNEk):
»Si quelqu'un a navigué d'Europe en Asie pour visiter l'Égypte
Lucien, Tcaroménippe.
et les bouches du Nil, admirer la hauteur des pyramides, voir
1, Icaromenippe ou, selon le sous-titre, »L’homme qui s'élève
des oiseaux étranges, le hœul Apis ou le bouc sacre!, nous le fécitons d'avoir vu de si belles choses. Et de même si l’on est
allé jusqu'au Danube, si l'on a vu le Gange, si l’on a contemplé
de ses propres veux les ruines de Babylone, les rivières de Sardes,
les tombeaux de Troie, les rives de I'Hellespont. Que de gens
font la traversée d'Asie eu Grèce, vers Athènes et ses arts, vers
au dessus des nuages» (ÓrrorégeÂos, sc. dye), est la parodie
1 Cum te in illu vere magna sustuleris = De mundo 391 a, 24 toto dé
nacyovat dui tO aéuru Tv xpeitrörwy elvur, KOOHOv Ay zul Tuv ëv
room pEyÉOTwr.
2 Cf. Luc, Icarom. 19 oluul we noÂÂGxis 101, popper dyopdr Eopuxépats... soi al pe adders ubtots deòpdar Tais popnipiuts udAotu ÉDxEG ur.
© Cf, Cic, Tuse., 1 19,43 (supra, p. 379).
.
de ces voyages de l'âme à travers le Kosmos si cher à l'age helle
nistique®. L'ascension de Ménippe comporte trois étapes, d'abord
de la terre à la lune, puis de la lune au soleil, enfin du soleil an
ciel des astres fixes jusqu’à Vacropole de Zeust. Ayant donc
1 C'est-à-dire ole souvenir de ses fureurs, allusion à la légende d'Œidipe
et de ses fils Étéocle et Polynice.
2 J'explicite quelque peu le grec Ovelpw vi AC Evugyei, wui mavrugod
AELUpEQUITÉVE.
3 Comme le Ief livre de l'Histoire Vrai
Sous ce rapport, ces deux
récits mériteraient une étude.
4 Conçu ici comme établi au sommet du ciel des fixes, ef. De manele 6,
41 s'agit du boue — ou plutôt du belier — sacré d’Osiris à Mendes,
307 b, 24 Tijv pév obv dvwrarw zul nodrir Edgar ultras (ac. 0 Veos) Ehager,
ci. Tu. Horrnek, Fontes historise religionis Aegyptiacae, index, s. v.
Ünatos te did Toöro drduuotu, xara Tov out “axgotaty Kouvpij Tob
odunavros éyxadidovpévos obpuvod, Kort Kosmou 50 (discours de Dieu
caper.
Page 8
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franchi la première étape, une fois installé dans la lune, Ménippe
jette les yeux sur la terre qui lui parait toute petite, bien plus
petite que la lune (zul apartur yé pot stdvy juxvdr Odxer Ted
Tv yyy Ópür, nord Ay tijs oehijvijs Pougutépur, €. 12),
au
point,
dit-il
plaisammtent,
que
DU
SONGE
DE SCLPION
385
proportions gardées, des architectes, des otateurs du peuple,
des prylanes, des musiciens et des philosophes. Kl bien, nos
villes avec leurs habitants ressemblent tout à fait à des fourmilières.l)
sil n'avait reconnu le
Résumons done.
colosse de Rhodes et le Phare d’Alexandrie, il n’aurait même
Le cadre du Somn. Scip. est ce type de songe
Néanmoins, grâce à un truc que lui enseigne
où un dieu, ou bien, comme ici, un défunt héroïsé, apparaît au
#mpédocle, il parvient à discerner, sur cette terre à peine visible,
réveur, soit pour prononcer un oracle ou faire une révélation,
soit pour servir de guide dans une ascension vers le ciel. Le
songe oraculaire est tout à fait commun dès l'époque classique?
Le Songe avec ascension céleste est évidemment plus récent,
puisqu'il ne peut dater que du moment où le thème de l'éréffaots
a pris forme. Néanmoins il doit certainement remonter au HS
siècle au moins, car nous le voyons exploité daus la fiction de
Néchepso (LI s. av. J. C.). La aussi, le héros de da vision se sent
transporté vers les hauteurs}, une voix du ciel retentit-à son oreille!
cependaut que lui apparaît une forme vêtue d'un péplos sombre
répandant de Vobseurité® On retrouve donc en ce document
pas su la découvrir.
tous les hommes et leurs actions. C’est JA que s’insére la parodie du tdzreg sur la vanité de lu gloire (c. 18):
»Mais ce qui me faisait rire plus que le reste, c'était de voir
ceux qui se querellent pour les frontières d'un pays et qui se
donnent de Viniportance (toils uéyu Yporvdoır) parce qu'ils
labourent la plaine de Sicyone ou détiennent, dans celle de Marathon, les heux voisins d(Enoé ou possèdent mille arpents à
Acharnes.
Car,
pour dire vrai, quand la Grèce entière, telle
qu’alors elle in’apparaissait de là-haut, n'était pas plus grosse
que quatre doigts, l'Attique, en proportion, n'était plus, je pense,
qu'un point imperceptible. Cela me fit réfléchir au peu de terrain qui restait aux riches pour se donner de grands airs. Car
celui qui d'entre eux possédait le plus d’arpents ne me scinblait
avoir à labourer qu'un seul des atomes d’Epieure. Ayant done
jeté les yeux sur le Péloponnèse, puis regardé vers la Cynosourie,
je me rappelai pour quel lopin de terre, pas plus large qu'une
lentille d'Égypte, tant d'Argiens et de Spartiates avaient péri
en un seul jour. Kt s'il m’arrivait de voir un individu se targuer
de son or, parce qu'il jouissait de huit anneaux et de quatre coupes, je partais là-dessus d'un grand éelat de rire: car le Pangée
tout entier avec ses mines n'était à mes yeux qu'un grain de mil.
Tu as dû voir bien souvent, jé suppose, une assemblée de fourmis.
Tes
unes tournent
cercle,
d'autres
sortent,
pourrait
encore
(avec
NORDEN,
Agnostos Theos,
Pp.
toi
107)
venu de Dieu (le don de Vintelleet), ceux-la, 6 Tat,
sont mamortels ct
non plus mortels, parce qu'ils ont embrassé toutes choses par leur propre
intellect, celles de la terre, celles du ciel, et ce qui peut se trouver encore
au dessus du
ciel
S'étant élevés ainsi cuxcuemes à une telle hauteur,
ils ont vu le Bien, et, l'ayant vu, ils ont considéré le sejaur diet bas come
un
ualheur,
Alors ayant “méprisé Geutugvoripjgurte:) tous les ctres corporels et incorporels, ils aspirent à Un et Seul.
Neéanmoins, conune le
remiarque JONES (Class. Phil, XXE, 1920, pp. 110 55), ce morceau herinétique diffère par plus d'un trait du S$. Seip. (il y manque notamment l'upposition Kosmos — terre en raison d'une draßamıs), et il se peut qu'il dérive
siuiplement de la tradition platonicienne du Thectete (la sagesse enseigne
le mépris des arbpusctia).
d'autres
CL A. WICKENHAUSER, Die Traumgesichte des Neuen Testaments in
rentrent dans le fort; celle-ci emporte un brin de fumier, celle-là
religionsgeschiehtl. Licht, dans: Pisciculi F. J. DOIGER dargeboten, Munster,
court avec une cosse de fève ou un demi grain de blé qu'elle aura
1434, Pp. 330 58.
pris Dieu suit ot.
en
"On
ajouter à cette liste Corp. Heros, IV 5: Tous cena qui out en part au don
Vraisemblablement il y a chez elles, toutes
8 dofe OE por adwogor mpd: déou Ländern Rivssy Ir 1 Kiuss > Vert.
Val, p. 240,16 Kron.
aux dicux) Oral, Alp, door Tijs zunvgalas... plasws tetedygure, Asch.
tal prol tty Erger vògarud Pan.
41
* (udgaved flor) zij odpxas Ampêxvero niahos zeuvigvonrs
gratias
Ubi,
stemme,
exsuperantisstme,
ef. CUMONT, Alter Life, pe
100.
ete.
Sur la triple
ascension,
teirwp,
Mianos
Selon REITZENSTEIN (Poimandres, p. 5 et n.
Vol. NLIV
arkgas Moo-
1), Ta sc rapporte
Page 9
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le guide dans Ja montée. Par ailleurs, si, comme on Va pensé,
Vettius Valens continue dans la suite! de paraphraser le poème
de Néchepso, il appert que cette montée aboutit à une description enthousiaste des sublimiu: »Qui pourrait douter en effet
que cette vue ne l'emporte sur toutes les autres et ne soit la plus
bienheureuse, ce spectacle où l'on voit, à l'approche des solstices,
par une augmentation ou une diminution des heures du jour,
les mouvements réguliers du soleil déterminer le changement des
saisons, le lever et le coucher (des astres), le jour et la nuit, le
froid ou la chaleur, la température de l'air, où il est permis de
contempler les mouvements inéguux de la lune, ses approches
et ses retraits, sa croissance et sa décroissance, ses montées et
ses descentes, les souffles qu'elle émet, ses coujonctions et ses
effluences, ses éclipses et ses projections d’ombre, et tout le reste
enfin? C'est de là que résulte, comme on le voit, tout ce qui se
produit sur la terre, dans la mer, dans le ciel, bref le principe et
le terme de tous les phénoménes. Quant aux cinq autres planêtes,
leur marche sans doute est oblique’, leur course irrégulière, leurs
apparitious diverses, toutefois, malgré cette irrégularité et bien
qu'elles soient appelées ‘astres errants’, leur comportement
obéit à des luis constantes, et c'est par des révolutions et des périodes bien définies qu'elles reviennent à leur point de départ.»
On reconnaît dans ce morceau le cadre du Songe de Scipion
et le modèle de toutes ces descriptions admiratives des choses
célestes qui rempliront la littérature gréco-romaine’,
Rien donc n’est moins original que la fiction du songe d’dvdfaot.
Il n'y a guère plus d'originalité, au temps de Cicéron,
bien à Bon, et il n'y a pas de lacune.
Pour les Égyptiens, la voix se con-
Dit
SONG,
DE
dans de theme de Vimmortalité céleste,
SCEPEON
187
Malin, quant au Chere
du mépris de la gloire en conséquence de L'éréfluois, ke De mundo,
sénéque, Maxime de ‘tyr, Lucien — qui ne peuvent, saul peutêtre Sénèque, dépendre de Cicéron, -— offrent trop de ressemblances pour qu'on ne soit pas obligé de conclure à un modèle hellénistique, C'est de ce modèle aussi qu'a dû s'inspirer Cicéron
dans les Tusculanes et le Songe de Scipion.
I apparaît ainsi que le Somn, Seip. n'est qu'une mosaïque de
lieux communs, le seul trait proprement cicéronien consistant
en Ja couleur bien romaine dont l'auteur revêt tout le morceau,
dans cette exaltation des vertus patriotiques du moderator r. p.
que résume la formule lapidaire (3, 135) omınibus qui palriam con.
servarint adiuverint auxerint certum esse in caclo definiium locum.
Est-ce à dire que Cicéron ne soit pas sincère dans son mépris
de Ja gloire humaine, qu'il n'v ait là qu’un couplet de bravoure,
un beau morceau d'éloquence? On serait tenté de le penser à
première Vue. Quel homme fut plus assoiffé de gloire, d’un mot,
plus vaniteux?
Mais,
comme le remarque HARDER!, Cicéron
se trouve alors dans une période de decouragement. On l'a éloigné
des affaires, son programme de politique idéale? a échoué, il se
réfugie alors dans ces études qu'il dit être ses seules amours, dans
la vie contemplative. »le programme du De re publica est le
Programme d'un politique résigné, d'un politique qui n’a pas
réussi.
De là vient que, dans le Songe, Cicéron s'efforce de nier
l'importance du succès politique, de la gloire.
Cette note de
mélancolie traverse tout l'ouvrage (cf. I 17, 20—29) et elle percera encore dans le De legibus (I 23, 61). On peut done penser
que, lorsqu'il écrit cette »déclamatiom sur la gloire, Cicéron reste
fond uvee la personne, elle est un étre récl et personuifié,
PPL 241, 19— 33 Kr.
un phénomène bien connu.
* En Jisaut oxodui nopeiut (REITZENSTIIN) pour ai nogeîu vodil.
® REITZENSTEIN (Poimandres, pp. ü—7 et Beigabe I, pp. 253 ss.) coimpare en particulier ce passage de Vettius Valens et Séneque, Cousol. ad
Marciam, 18,2.
l'intermédiaire serait, une fois de plus, Posidonius.
Voir
cependant CH. HAVEZ, 1. Anuaci Senecae...ad Marciam (Paris,
1928),
pp. Lo-—-L1.
4 Si fréquente est la fiction d'une expêrienee psychique d'initiation faite
en songe que, daus Corp. erm. XIE, Vinitiant y fait allusion comme à
L'initié vient de dire qu'il est plouge dans une
sorte de folie et ne se voit plus lui-même: »Plüt au ciel, répond Vinitiant,
»que tu fusses sorti de toi-même comme ceux gui font des songes en dürinant, mais toi hors du sommeil.
Dans C, H. XI 21, Un novice trop timide
se plaint de ne pouvoir smonter au eich! oddèr von, oder draw‘ ...
el} thy oöparòr àraBijvar où dóvaput.
' Op. cit, pp. 148 —150.
2 „Platonicienne», comme dit HARDER, p# HARDER, éd,
Page 10
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sincère, tout en exploitant un heu commun.
I était infinimment
impression du moment.
Le
mépris temporaire des dvOpwairu dans le Songe ne l’empéchera
sensible, se livrait tout entier à
pas, plus tard, du revenir avec entrain aux affaires, comme le
m
1777171)
fait qu'il ait exalté ailleurs! la gloire éternelle du politique ne
l'empêche pas ici de ne ples donner de prix qu'à l’immortalité
de Vâme dans les hauteurs du ciel.
nn
nn
thèmes du Songe de SciD
A. J. FESTUUIBRE, Les
e de l’immortalité céleste
Au xéxog du songe et aut hem
e
Rudberg; 370-388. |
élément, celui du contrast
l
nium Scipionis, un tro
is‘ajoute, dans le Som
ne re, d'où résulte une iméd
mos et la petitesse ei
entre la grandeur du kos
t aussi là un lieu commun
choses terrestres ; ma
à
tation sur la vanité des
hellénistique.
repusant sur Uit modèle
Francs 199
F 787€
1 Pro Rabirio 29 ss, cl. IEARDER, p. 147.