Noms et Surnoms des ceramistes arvenes

Auteur
Bachelier, D.
Publié dans
Revue archeologique du Centre de la France
Année
1965
Sujet
DRUIDISM
Langue
Français
Catégorie
C8 Histoire et archéologie
Numéro d'archive
6808

Ouvrir le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)

Afficher le texte intégral16 pages

Page 1

Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)
BAcMELERD. ersee Docteur Bachelier an un Resume Dr BACHELIER, Noms et surnoms des Céramistes arvernes. Partant de réflexions sur le Druidisme et son évolution religieuse, depuis son monothéisme transcendant» originel, jusqu'au polythéisme gréco-romain, puis aux religions de salut (Néo-pythagoricisme, Religion isiaque, Mithracisme, Christianisme), l'Auteur envisage son influence sur les céramistes arvernes dont les noms sont très intéressants à étudier au point de vue éthymologique ou ésotérique. Après une revue de 50 noms de potiers, il conclut que l'étude de la céramique doit nous faire pénétrer plus avant dans la connaissance de l'évolution du druidisme après la conquéte, comme après la christianisation de la Gaule, de même que l'étude du druidisme doit nous faire mieux comprendre les themes développés par les céramistes arvernes, dont le répertoire très divers paraît profondément influencé par des préoccupations religieuses ou ésotériques. Citer ce document / Cite this document : Bachelier Docteur. Noms et Surnoms des Céramistes arvernes. In: Revue archéologique du Centre de la France. Tome 4, fascicule 3-4, 1965. pp. 287-300. doi : 10.3406/racf.1965.1239 http:/Avww.persee. fr/web/revues/nome/prescript/article/racf_0035-0753_1965_num_4_3_1239 creative commons

Page 2

Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)
In: Revue archéologique du Centre de la France. Tome 4, fascicule 3-4, 1965. pp. 287-300. Résumé Dr BACHELIER, Noms et surnoms des Céramistes arvernes. Partant de réflexions sur le Druidisme et son évolution religieuse, depuis son monothéisme transcendant» originel, jusqu'au polythéisme gréco-romain, puis aux religions de salut (Néo-pythagoricisme, Religion isiaque, Mithracisme, Christianisme), l'Auteur envisage son influence sur les céramistes arvernes dont les noms sont très intéressants à étudier au point de vue éthymologîque ou ésotérique. Après une revue de 50 noms de potiers, il conclut que l'étude de la céramique doit nous faire pénétrer plus avant dans la connaissance de l'évolution du druidisme après la conquête, comme après la christianisation de la Gaule, de même que l'étude du druidisme doit nous faire mieux comprendre les thèmes développés par les céramistes arvernes, dont le répertoire très divers paraît profondément influencé par des préoccupations religieuses ou ésotériques. Citer ce document / Cite this document : Bachelier Docteur. Noms et Surnoms des Céramistes arvernes. In: Revue archéologique du Centre de la France. Tome 4, fascicule 3-4, 1965. pp. 287-300. doi : 10.3406/racf.1965.1239 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/racf_0035-0753_1965_num_4_3_1239

Page 3

Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)
par le Dr BACHELIER Un très important travail, riche de faits et de documents, a été consacré par le Dr Bachelier à des réflexions sur « Le Druidisme et le Néo-Pythagoricisme » ; dans l'impossibilité où nous sommes de le publier dans son intégralité, nous en extrayons le chapitre particulièrement intéressant sur les « Noms et Surnoms des Céra mistes arvernes », plein d'observations, de notations et d'aperçus originaux. N.D.L.R. Le Feu et les industries du Feu furent, dès l'origine, l'apanage de la classe sacerdotale. En Gaule, les Druides exercèrent leur autor ité sur bien d'autres domaines. On peut dire qu'ils possédaient le monopole de l'enseignement. Du point de vue religieux, on connaît d'eux à la fois leur croyance en un monothéisme transcendant, et en l'immortalité de l'âme. La transcendance de leur monothéisme leur permit d'adopter l'apparence du polythéisme naturiste qu'ils trouvèrent installé chez nous dès avant leur arrivée, puis le poly théisme gréco-romain, et leur croyance en l'immortalité de l'âme leur fit accueillir favorablement les religions de salut : néo-pythagorisme, religion isiaque, Mitracisme, etc. Le christianisme devait également leur plaire. Il n'est donc pas surprenant de retrouver leur influence sur la céramique arverne. Cette influence se manifeste par le nom des potiers (théonymes, noms empruntés aux divers cultes admis par eux, noms enfin se rapportant aux vertus assurant le salut). Mais c'est surtout dans les œuvres d'art céramique que l'on peut vérifier leur apport spécifiquement druidique. En effet, l'enseignement druidique n'aboutissait pas seulement à former des prêtres, mais des maîtres et des praticiens en toutes sortes de disciplines : droit, lettres, médecine, sciences naturelles, astronomie, etc., — au point que l'on a pu écrire que la majorité des druides n'étaient pas « prêtres ». Avant la conquête, la classe sacerdotale « supervisait » cependant maîtres et élèves. Cette autor ité spirituelle, les Druides paraissent l'avoir conservée durant tout l'empire romain. On la voit parfois se manifester, discrètement, sous le camouflage devenu indispensable. H.-P. Eydoux a signalé ce fait avec une sorte de surprise : « Ce qui est très troublant, ce sont les rites gaulois et même pré-gaulois dont on a retrouvé les

Page 4

Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)
manifestations de survie en plein apogée romain. » II en cite quel ques exemples : « Je pense que cette villa de Montmaurin devait appartenir à une famille proprement druidique » et il ajoute : « Ainsi se créait tout un panthéon, où les divinités gauloises s'asso ciaient avec les dieux gréco-romains, où les premières restaient honorées, au besoin en étant parées de noms nouveaux et repré sentées sous les traits et avec les attributs des dieux des vain queurs... On a même constaté que les vieilles tendances indigènes avaient accusé une force nouvelle à la fin du IIe siècle et au IIIe siècle1. Cette dernière observation a son importance : le II* siècle et le IIIe sont ceux où l'on a vu s'épanouir, à Lezoux et à Vichy, l'i ndustrie de la céramique. On peut fixer en effet les périodes de la poterie à Lezoux de la façon suivante : Ire période, de 40 à 75 ; deuxième période, de 75 à 110 ; troisième période, de 110 à 230 ; quatrième période, de 230 à 257, date de la destruction des diffé rentes officines de céramique par les invasions barbares ; par1 exemple, à Vichy, « l'Officine du Champ des Potiers de TerreFranche se situe au temps de la belle 3e période de Lezoux » 2. Or, on a pu relever, sur un certain nombre de poteries et de moules, des signatures que l'on peut classer en deux grandes caté gories : « Le premier type habituel est constitué par la signature sur la panse du vase, au milieu du décor, en relief, venue avec le moulage de l'objet, le plus souvent rétrograde... Le nom du potier peut être au nominatif, seul ou suivi de FE (fecit) : PATERNFE ; il est presque toujours au génitif, seul (IVLLINI) ou bien suivi des lettres OF liées (CINNAMI OF) ou bien suivi de M (manu) : SERVM, CALETIM. « Le deuxième type habituel de signature, le plus fréquent, est constitué par le nom du potier, inscrit non plus sur la panse, mais sur le fond de l'objet, — non plus moulé, mais imprimé avec un poinçon-matrice sur la pâte fraîche, après tournage, sous forme de petites lettres bâtons en relief, en écriture ortho, dans un car touche rectangulaire à bords nets, apparaissant en creux... Le nom du potier peut être : au nominatif, soit seul : APOLINARIS, CAVTERRA, soit suivi de FE (fecit) : LVCIV.FE (pour LVCIVS ?) ; soit au génitif seul : COMICATI, CACASI ; soit au génitif suivi de O (officinà) : COSAXIO ; soit le plus souvent au génitif suivi de M ou MA (manu), tels sont : BIRRIMI.M. CRIXI.MA... » « Les signatures moulées sur panses montrent par la fr équence du sigle OF qu'il s'agit de maîtres-potiers ou de proprié tairesd'officines... « Les signatures imprimées dans le cartouche sur fond d'objet soulèvent deux problèmes différents : le premier est celui de la qualité du signataire et de la signification des sigles M, MA, F, FE. 1. H.P. Eydoux. — Monuments et Trésors de la Gaule, Paris, Pion, 1958. 2. Dr Max Vauthey et Paul Vauthey. — Terre-Franche, Officine de la cér amique rouge..., Bull. Soc. Hist, et Arch, de Vichy et des environs, N° 62, janv.déc. 1960, p. 337.

Page 5

Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)
En effet, les noms au génitif seul (COMICATI) ou au nominatif seul (APOLINARIS, CAVTERRA) ne préjugent pas de la qualité professionnelle, c'est-à-dire ne permettent pas de dire si le nom est celui du Maître d'œuvre, propriétaire du moule ou du type de forme, ou bien celui de l'artisan, de l'ouvrier. « A l'opposé, les signatures terminées par M, MA ou FEsont tellement nombreuses par rapport aux précédentes que véritabl ement elles emportent la conviction et que l'on doit admettre qu'elles indiquent d'une façon indiscutable la main ou celui qui a fait le travail, et par contre-coup elles permettent de croire que, d'une façon générale, toutes les signatures matricées dans le fond du vase indiquent le fictor, l'artisan-potier. Celui-ci d'ailleurs pouvait fort bien imprimer un moule portant sur la panse la signature de son patron ou un gabarit de tournage propre à ce dernier. » 3. Nous laisserons de côté le second problème, « celui de l'iden tification et de la localisation géographique des noms de potiers », qui nous entraînerait hors de notre sujet, et nous nous bornerons à étudier les noms des céramistes de Lezoux et de Vichy. Encore ne chercherons-nous pas à déterminer le rôle respectif de ces céra mistes. Il nous suffira de voir si dans leurs noms nous trouvons des indications susceptibles de nous les faire rattacher, soit à des fa milles druidiques, soit à des néo-pythagoriciens, soit à des mystes initiés à d'autres religions orientales. Quelle que soit leur hiérarchie respective, cette étude, si elle se révèle positive, nous confirmera dans l'idée- que les céramistes formaient une véritable confrérie, avec des Chefs religieux, des artistes qui exécutaient leurs ordres, et des ouvriers à qui incombaient les tâches plus modestes. Une organisation semblable existera, au Moyen Age, chez les bâtisseurs de nos Cathédrales 4, et ce n'est pas une de nos moindres surprises que de constater un parallélisme fréquent entre les institutions druidiques et les institutions médiévales... Quelles règles devons-nous suivre pour interpréter correct ement les noms de nos céramistes ? Il y en a deux, selon qu'il s'agit de druides ou de néo-pythag oriciens. En ce qui concerne les Druides, nous retiendrons la leçon contenue dans une fameuse « commemoratio professorum burdigalensium » d'Ausone, concernant Attius Patera : « Issu d'une famille druidique de Bayeux, s'il faut en croire la renommée, tu tires ton origine sacrée du temple de Bélénus ; de là vos noms : à toi celui de Patera ; ainsi les initiés nomment les serviteurs d'Apollon. Ton frère et ton père ont dû leur nom (Phoebicius) à Phébus, ton fils (Delphidius) à Delphes. — Tu Baiocassi stirpe Druidarum satus, / Si fama non fallit fidem, / Beleni sacratum ducis e templo genus, / Et inde vobis nomina : / Tibi Paterae ; sic ministros nuncupant / Apollinares mystici. / Fratri patrique nomen amique 3. Dr Max Vauthey et Paul Vauthey. — Terre-Franche, Officine de la cér rouge..., Ogam, t. X, N° 55, février 1958, pp. 88-91. 4. Terrasse. — La cathédrale miroir du monde, p. 19.

Page 6

Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)
a Phoebo datum / Natoque de Delphis tuo. » (IV, 7-14, traduction Max Jasinski). Les noms de Phoebicius et de Delphidius trouvent leur explication dans le texte même que nous avons cité. Quant à celui de Patera, voici ce que nous en dit le même auteur : « Après les encensoirs et les patères, quel est le troisième vase sacré ? le plat. — Turibula et paterae , quae tertia vasa deum ? lanx » (Technopaegnie XII, 102). Ainsi, les Druides, nous enseigne Ausone, por taient des noms provenant soit des divinités gréco-romaines, soit des objets utilisés pour leur culte, soit des épithètes ou des surnoms qu'on leur donnait. Quant aux dénominations adoptées par les néo-pythagoriciens, M. Jérôme Carcopino, après de Rossi, a insisté sur le fait qu'elles « ne dérivaient jamais que des vertus de la piété, comme chez les Eugenii, les Eutropii, les Eusebii, les Pancratii, ou des espérances de joies sans fin, luisant au terme du grand voyage, comme chez les Pontii, les Pelagii, les Gregorii, les Eutijchii, les Gaudentii. Hors ce dernier vocable venu de gaudeo, tous les noms latins dérivent du grec où ils ont un sens : les bien-nés, les bien-intentionnés, les pieux, les forts, ceux qui traversent la mer, ceux qui voyagent sur les flots, ceux qui sont éveillés, ceux dont le sort est heureux » 5. Certains d'entre eux, cependant, utilisaient des adjectifs plus mo destes : « Ils ne s'appelaient pas les Innocents, Innocentes... Ils por taient un nom dérivé de cette innocence sans tâche, comme s'ils y avaient fixé le pur idéal qu'ils s'efforçaient à réaliser au milieu des tentations... Ils étaient les « fervents de l'innocence — Innocenta. » (ibid., 346-347). Encore faut-il tenir compte de cette tournure d'esprit qui, nous dit Jérôme Carcopino, les fait exceller dans « ces à peu près où ils aiment à faire jaillir du choc des consonances verbales les clartés de leur spiritualité... » (ibid., p. 19), et dans des « raisonnements captieux par lesquels de simples rapprochements verbaux visent, comme dans le Cratyle, à fondre ou engendrer les réalités. » (ibid., p. 105). Il nous donne un exemple typique de cette « inclination constante de la secte, en un véritable jeu de mots qui facilitait, en grec, l'assonance de « sema », qui veut dire tombeau, avec « sôma », qui signifie corps. » 6. Ailleurs, il nous dit comment les néo-pythagoriciens utilisaient les mots à double sens, en les recevant dans leur double acception et non en les séparant violemment . « Par une confusion de voca bles qui, procédant d'une métaphysique sans doute plus vieille que l'hellénisme, a duré autant que lui, le grec n'a jamais possédé qu'un mot — psyché — pour désigner le papillon sorti de sa chry salide et rame débarrassée de son enveloppe charnelle. » Aussi « les papillons que poursuivent les Eros de la basilique sont des âmes que conquiert et comble la volupté de l'amour divin. » (ibid., p. 104). 5. Jérôme Carcopino. — De Pythagore aux Apôtres, p. 350. 6. Jérôme Carcopino. — La basilique pythagoricienne de la Porte majeure, Paris, 19Ï3, p. 252.

Page 7

Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)
Et nous trouvons là une nouvelle ressemblance entre les Druides et les néo-pythagoriciens : eux aussi, les Druides vont jouer de consonances verbales soit pour mieux dissimuler sous un symbole convenu leur véritable identité, soit pour exprimer en un seul mot des notions différentes qu'il faut réunir et non pas opposer, — ce que M. Guyonvarc'h exprime ainsi, après avoir cité plusieurs traductions du mot celtique Ambigatus : « Interprété en traduction littérale, Ambigatus veut dire « qui se bat ». Cela ne signifie pas toutefois que les autres interprétations doivent être rejetées sans ménagement : le celtique a l'habitude des sémantèmes polyvalents. » 7. Un bel exemple nous en est donné par Jullian : « Les druidesses avaient grécisé leur nom et étaient devenues des dryades, « dryades » 8. On sait que, dans son sens primitif, le mot Dryade désignait les nymphes des bois, et que les druidesses étaient nom mées Druas ou Druis, au pluriel druades et druides. Un petit gli ssement d'assonance leur permettait de se camoufler très facilement aux yeux des Romains. Un autre exemple, plus typique encore, est celui de Lugdunum. Pour Jullian, « le nom de Lugudunum, Lugdunum, n'a pas signifié à l'origine « le mont des corbeaux », mais « la ville-claire » ou « la montagne-claire »... Mais ce mot de lugu, lug, ressemblait de très près à un autre mot d'une langue indigène qui désignait le « corbeau » ; et puis, qui sait si la colline de Fourvière n'avait pas ses corbeaux familiers... Il n'en fallut pas davantage pour faire du corbeau le Génie éponyme de la cité : étymologie née d'une asso nance, comme le populaire et les demi-savants en ont fabriqué pour toutes les villes de France et d'ailleurs. » (loc. cit., VI, p. 252). M. Jean Markale va plus loin encore, et je crois qu'il a raison : « Lug peut vouloir dire trois choses : corbeau, lumière (racine indo-européenne ayant donné le latin lux) et blancheur (corre spondant au grec leukos). Des auteurs ont donné ainsi différentes étymologie de Lugdunum (Lyon, Leyde, Loudun, Laon, etc.) en s'accusant mutuellement d'erreurs. Le plus fort est qu'ils ont tous raison, mais hélas, ils n'admettent pas le principe d'analogie. » 9. En bref, lorsqu'il s'agit du Druidisme ou du néo-pythagorisme, on peut suivre la règle qu'exprimait d'une façon si primesautière Madame Léon Daudet : « II ne faut pas dire : c'est ceci ou cela, mais c'est ceci et cela... et c'est peut-être encore autre chose. » N° 68, 7. Christian avril 1060,Guyonvakc'h. p. 202. — Notes d'Etymologie celtique, Ogam, t. XII, 8. Camille Jullian. — Histoire de la Gaule, Paris, Hachette, 1920-1047, 9. Jean Markale. — Delphes et l'aventure celtique, Cahiers du Sud, N° 370,

Page 8

Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)
Les épithètes ou les noms par lesquels on désignait les divers aspects et les diverses manifestations de l'unique Divinité celtique n'apparaissent pas dans les surnoms des potiers auvergnats. C'est seulement à la Graufesenque que l'on voit un céramiste nommé Artius, dérivé probable d'Artios, nom de l'ours qui passa au Mer cure gallo-romain sous la forme de Mercurius-Artaius. * En revanche les dieux gréco-romains ont parrainé un certain nombre de nos potiers. ABVDINVS (Vichy) tire son nom de l'adjectif locatif grec Abudinos qui se rapporte à la ville d'Abydos. Mais il existait deux villes de ce nom : l'une en Asie Mineure, sur l'Hellespont, l'autre en Egypte. Dans celle-ci se dressait un temple célèbre consacré à Osiris. Notre Abudinus n'était vraisemblablement pas originaire de l'une de ces deux villes ; il devait être plutôt un fervent d'Osiris, le dieu égyptien qui régnait sur les morts. Nous avons vu, d'après une épigramme d'Ausone, que des prêtres d'Apollon tiraient leur nom de Delphes, et nous ne serions pas surpris si Carneius, potier de Bavay, se rattachait au sanctuaire de Carnos, dédié à l'Apollon Carneios. Le cas d'Abudinus serait exactement semblable à celui de Delphidius et à celui de Carneius. APOLINARIS (Vichy, 150-190), qui, volontairement ou non, a mal orthographié son nom (Apollinaris), portait l'épithète qui désignant les prêtres d'Apollon, dont Ausone nous a dit qu'ils étaient surtout prêtres de Bélénos ou Bélénus, théonyme celtique de la Divinité gauloise symbolisée par le Soleil. ATTIVS, parfois aussi orthographié ATIVS (Lezoux et Vichy), était un gentilice romain. Jullian nous dit que « un nombre impor tantd'Attii (dont le nom rappelle celui de la mère d'Auguste) » se trouvaient en Gaule romaine (loc. cit., IV, p. 235, n. 4). Mais ce vocable est aussi un adjectif se rapportant au dieu funéraire Attis, dont le culte était inséparable de celui de Cybèle. On pourrait rap procher le nom de ce potier de Vichy et de Lezoux de celui du potier Hilarus (ou Hilarius) de Banassac. Camille Jullian nous apprend en effet que l'on célébrait « au 25 mars... les Hilaria, fête de la Magna Mater » (op. cit., VIII, p. 324, note 3). Mais peut-être faut-il songer à cette Leucippide enlevée par les Dioscures, « Hilaeira, dont le nom garde, en grec, la caresse d'un rayon de lune », nous dit J. Carcopino (La Basilique, p. 111), qui ajoute en note : « Le nom d'Hilaeira est une épithète de Séléné ». Quelle que soit l'étymologie que l'on préfère, on aboutit toujours à l'affirmation d'une croyance très ferme en une immortalité bien heureuse. ATTIANVS (Lezoux et Vichy, 150-190) est un simple dérivé du précédent. CALETVS (Vichy, 150-190) a diverses acceptions. Il signifie tout d'abord appartenant au pays de Caux (Belgique). On peut également y voir un participe barbare de caleo (brûler). Enfin, on peut le rapprocher du grec Kaletor, qui signifie héraut (de Kaleô :

Page 9

Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)
appeler). Ce dernier sens nous arrête un instant, car ce mot pourr ait n'être que la traduction en grec latinisé, du mot celtique gutuater qui, nous dit J. Vendryès, « était apparemment un desser vantde temple, chargé de l'appel à la divinité, peut-être un gardien de sanctuaire ou de bois sacré. » 10. Pour Joseph Loth, le mot gutuater désignait « le maître de la prière, nom du prêtre celtique qui était spécialemeent chargé de l'appel à la divinité dans les nemets » n. De prime abord, un tel rapprochement peut paraître un peu forcé, un peu « tiré par les cheveux ». Il nous choque cependant beaucoup moins si on le compare à l'évolution du nom des druidesses dont nous a parlé Camille Jullian, ainsi que nous l'avons déjà rapporté : « Les druidesses avaient grécisé leur nom et étaient devenues les Dryades. » Ici encore, on verrait la traduc tion grecque d'un nom celtique, puis la latinisation plus ou moins adroite de ce nom grec. N'oublions pas que très longtemps, et mal gré leur soumission apparente, les familles druidiques marquèrent une sorte de mépris à l'égard de la langue des vainqueurs. Il n'est pour s'en convaincre que de lire la déclaration qu'Ausone met dans la bouche de son père : « Je ne parlais pas facilement le latin, mais dans la langue grecque j'ai trouvé un vocabulaire suffisant pour m'exprimer avec élégance. — Sermone impromptus Latio, verum Attica lingua / Suffecit culti vocibus eloquii. » 12. Il ne faut donc pas toujours s'étonner des barbarismes, voulus ou non, que l'on peut rencontrer çà et là chez nos céramistes... Pour être complet, notons aussi que comme magos, kalétès ou kélétès signifie enchanteur, magicien, sorcier, et l'on sait que les Grecs désignaient les druides sous les noms de philosophoi kai magoi. CERIALIS (Vichy) signifie consacré à Cérès, et le fait que l'on ait trouvé à Pompéi un certain Cerealis prêtre d'Hercule n'enlève rien à la signification étymologique de ce nom 13. COMICAT(VS) (peut-être Vichy, mais surtout Banassac), rap pelle un peu Cornus, le dieu romain qui présidait aux festins et à la bonne chère 14, et encore le Komos grec « fête dorienne avec chants et danses en l'honneur de Dionysos » 15. GENIVS (Lezoux et Vichy, 150-190) est le nom d'un dieu par ticulier à chaque homme (comme Juno est le nom d'une déesse particulière à chaque femme), mais il désigne aussi, d'après Varron, le dieu qui donne la vie à toutes choses. LVCIVS (Vichy) est un prénom — et un nom — assez fr équent chez les Romains. On a trouvé un Marcus Lucius Tiburtinus, prêtre isiaque, à Pompéi (P. Gusman, loc, cit., p. ',]), et une étrange coïncidence a voulu que le héros de l'Ane d'Or (ou des 10. J. Vendryès. — La religion des Celtes, Paris, P.U.P., Coll. « Mana ■», 19*8, t. III, p. 305. 11. Joseph Loth. — Revue celtique, 1907, p. 119 et Revue archéologique, 1925, p. 221. 12. Ausone. — Domestica, Epicedion in Patrem, 2b-25. 13. Pierre Gusman. — La vie à Pompéi, Courrier d'Epidaure, avril 1939, p. 4. 14. Lucien Metivet. — Mythologie gréco-latine, II, 26, Paris, Fayard, s. d. 15. Bailly, — Dictionnaire Grec-Français, p. 1159.

Page 10

Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)
Métamorphoses) d'Apulée portât ce nom. Or, ce Lucius qui d'homme fut transformé en âne et redevint homme par la grâce d'Isis à qui il fut enfin consacré, se confond à tel point avec Apulée qu'un des meilleurs commentateurs de YAne d'Or, Henri Clouard, a pu faire cette remarque singulière : « On ne sait au juste si Apulée lui a donné son nom ou si ce nom est passé du roman à l'auteur par une erreur de copiste. » 16. Quoi qu'il en soit, les observations de J. Markale que nous avons citées à l'occasion du triple sens possible de Lugdunum nous autorisent à chercher et à voir dans le nom de Lucius celui de Lug, expression de la puissance lumineuse du Soleil. LVCIOLVS (Lezoux et Vichy, 150-190), diminutif de Lucius, appelle aussi les mêmes réflexions. LVPVS (Lezoux, Vichy et Argonne, 150-190), le Loup ; c'est un animal sacré chez les Gaulois (Jullian, op. cit., VI, p. 77, note 2), et si son nom était souvent donné à des enfants, c'est, nous dit Jullian, très probablement sous l'influence d'un désir de protec tion {ibid., VI, p. 269). Mais on ne peut. oublier qu'il était le fidèle compagnon d'Orcus, autre nom, nous dit Lactane, de Pluton et de Dis pater, divinité régnant aux Enfers 17. A ce titre, il est en quel que sorte la personnification de la Mort, et il figure comme animal androphage sur le bas-relief gallo-romain (d'inspiration éleusienne) de Prompsat (Puy-de-Dôme) et sur les chapiteaux romans de l'église de Rozier-Côtes-d'Aurec, si profondément imprégnés de druidisme. MOMMIL (Vichy) et MOMMO (la Graufesenque) rappellent le dieu « Momus, fils du Sommeil et de la Nuit, dieu de la raillerie et des bons mots... Son nom vient du mot grec momos, reproche. » Momos signifie encore raillerie, critique... » 18. PATERNVS (Lezoux, Vichy, Les Martres-de-Veyre) et son dé rivé PATERNOSVS (Vichy) tirent leur origine de Pater. On sait que chez les adeptes de Mithra, Pater était le plus haut grade des Participants. Mais si ces surnoms ne se rattachent pas au culte de Mithra, les qualités qu'ils évoquent sont au nombre des vertus les plus méritoires. On peut sans doute rapporter à la même étymologie le nom de PATERCLVS (Vichy, 150-190). PERSICIANVS (Lezoux, Vichy, 150-190) s'applique à qui vient de Perse, mais aussi à qui se réclame de Persée. Toutefois n'ou blions pas que Mithra était le nom du Soleil chez les Perses : le suffixe ianus nous permet de penser qu'il s'agit peut-être de signi fier l'adhésion à la religion mithriaque, d'autant plus que les adeptes parvenus au cinquième degré de l'initiation mithriatique portaient le nom de Perses. SACRILLOS (Vichy) porte un nom singulièrement intéressant 16. Apulée. — L'âne d'or, livre XI, trad. Henri Clouard, éd. Gamier, (Introduction, p. V). 17. Lactance. — Div. Institut., 1, lh, cité par F. Benoit, Mars et Mercure, Aix-en-Provence, 1959, p. 167. 18. Voir note 14 supra.

Page 11

Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)
par sa composition. Le radical Sacr- paraît indiquer qu'il s'agissait d'un personnage consacré, sans doute un prêtre. Quant au dimi nutif itlus, il a perdu sa désinence latine pour prendre la désinence gauloise en os, qui contraste étrangement avec le radical latin sacr-. Ce mélange de celtique et de latin dans le même nom nous rappelle les statues panthées dont nous avons parlé, ou du moins les statues composites qui présentaient un mélange analogue d'at tributs romains et gaulois. Mais de plus. Sacrillos est bien proche du nom de l'Eduen Sacrovir qui, malgré son accession à la civitas, attestée par son gentilice de Julius, se révolta contre Rome sous Tibère «. SERVVS (Vichy) peut bien désigner un esclave banal. Mais nous savons aussi que l'adepte de Mithra, « souvent appelé sacratus dans les inscriptions », portait le nom de Serviteur (servus) pen dant les trois premiers grades de son initiation (corax, cryphius, miles) avant d'être Participant, c'est-à-dire de continuer la suite des quatre autres degrés (Leo, Perses, Héliodromus, Pater) 20. SILVI(VS) (Lezoux et Vichy) provient peut-être de Silvanus, dieu des forêts, mais aussi dieu de la mort, « protecteur en ce monde et dans l'autre » 21. Rappelons que plusieurs membres de la famille de Chapteuil ont porté, au Moyen Age, ce nom sous les diverses formes de Silvius, Silvion... Après les noms qui se rapportent directement aux dieux, à leurs prêtres et à leurs fidèles, nous devons signaler ceux qui ont trait soit aux objets de leur culte, soit à quelqu'un de leurs attributs. CAVTERRA (Vichy 150-190) vient de Cauter, fer à brûler dont on prétend que les fidèles de Mithra recevaient une marque indélé bile lorsqu'ils arrivaient au grade de Miles (soldat). CINNAMVS (Vichy, Lezoux, Lubié, 150-190) désigne la can nelle, mais aussi, chez Ovide notamment, toute plante odorifé rante.Soit à titre religieux, soit à titre de médicament, ces plantes jouissaient d'une grande réputation auprès des Druides. Parmi ces herbes aromatiques le Professeur Guiart énumère la Camomille romaine, le Fenouil, le Séseli, le Carvi, le Serpolet, l'Orchis, l'Halus, l'Armoise, le Nard gaulois, la Verveine {Verbo sacrado de notre Provence)... <22>. DRVSVS (les Martres-de-Veyre.) est un nom assez banal chez les Romains. Mais il est permis de se demander si, chez nous, il ne faut pas le rapprocher, tout comme celui de DRVTALVS (égal ement des Martres-de-Veyre), du mot grec Drus, chêne, dont Pline 19. Fustel de Coulanges. — La Gaule romaine, pp. 72 et sqq. 20. Revue Pratique d'Apolégétique, 15 mars 1911. 21. Fernand Benoit. — L'Art méditerranéen de la Vallée du Rhône, Aixen-Provence, 1965, p. 18. 22. Pr Jules Guiart. — La Gaule et la Médecine gauloise, Biologie médic ale, février 1937, passim pp. 9b à 112.

Page 12

Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)
a dit que dérivait le nom des Druides. Tout en discutant cette étymologie, la plupart des auteurs modernes (J. Vendryès, Henri Hubert, Paul Descormiers, André Savoret, etc.) pensent que l'idée du chêne est certainement incluse dans le mot Druide. Au surplus, il n'est pas indispensable de rejeter les autres origines que l'on peut invoquer, ni les autres interprétations que l'on peut en donner : Nous avons vu que les Gaulois, comme les Pythagoriciens, aimaient les termes à double sens, et ils n'auraient sans doute jamais refusé droit de cité aux définitions : très savantes, prêtres du chêne, connaissant le chêne, sagesse du chêne, etc. qu'on est tour à tour tenté de leur prêter. IATEVS (Lezoux, Vichy) n'est-il pas une déformation du mot grec Iatros = médecin ? Ou bien faut-il y voir l'adjectif grec iatos, qui a les deux sens de « guérissable » et de « préparé avec âe la violette », suivant la quantité de Valpha ? Et faut-il le rapprocher du nom d'un autre potier des Martres-de-Veyre, MEDETVS, que nous rattachons plus volontiers au néo-pythagorisme ? De toute façon, nous pensons que l'on ne peut exclure un apparentement à l'art médical dont les Druides, on le sait, s'étaient fait une spé cialité. MACGIVS (Lezoux, Vichy) nous rappelle le macis (arille entou rant la noix muscade et qu'on emploie comme aromate, suivant le Nouveau petit Larousse illustré). SALLVNVNCVS (Vichy) a peut-être emprunté son nom à la saliuncula (valériane celtique) ou à la saliunca (nard gaulois). La seconde partie de ce nom nous rappelle la « belinuncia », cérémonie mystérieuse, nous dit le Professeur Guiart, qui « se pratiquait encore au IXe siècle de notre ère. Elle avait pour but de faire tomber la pluie. Une jeune fille complètement nue figurant la victime offerte à la divinité des eaux, arrachait un pied de Jusquiame, jusqu'à la racine, avec le petit doigt de la main droite ; l'ayant atta ché au bout d'un cordon, fixé lui-même au petit orteil de son pied droit, elle le traînait derrière elle, tandis que ses compagnes, saisis santchacune une branche, conduisaient l'officiante jusqu'à la plus prochaine rivière ; la jeune fille y ayant pénétré jusqu'aux genoux, elles l'aspergeaient d'eau avec la plante, après quoi elles la rame naient au village à reculons. C'est, on le voit de la magie pure, car de l'action toxique de la plante il n'est même pas question. » (Joe. cit. pp. 115-116). La Jusquiame tirait son nom celtique belen du nom de Bélénos, divinité solaire ou, si l'on préfère, aspect solaire de l'unique Divinité gauloise. Lçs Romains l'appelaient Apollinaire. N'est-il pas curieux de constater que les Espagnols la nomment encore beleno, et que, en France, elle porte vulgairement le nom de « herbe de sainte Apolline » ? La valériane ou le nard gaulois pouvaient fort bien être l'objet de pareilles cérémonies religieuses ou magiques. Aux surnoms que nos potiers ont pu emprunter aux diverses religions druidique, gréco-romaine ou orientales, nous devons ajou-

Page 13

Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)
ter ceux que les pythagoriciens tiraient soit du « bel espoir » d'une immortalité bienheureuse, soit des vertus qu'il fallait observer pour y parvenir. ADVOCISVS (Lezoux, Vichy, 150-190 et peut-être aussi 100120) porte un nom bizarre qu'il est bien difficile d'interpréter. On croit pourtant y voir le radical voc, qui est celui du .verbe vocare, mais on hésite sur le point de savoir s'il faut l'entendre au sens actif ou au sens passif. Etait-il celui qui appelait ? auquel cas on serait tenté de le rapprocher du Gutuater dont le nom hellénisé pouvait donner Caletus, comme nous l'avons vu. Etait-il celui qui était appelé ? auquel cas nous en ferions un surnom pythagoricien, comme Gregorius (l'éveillé). Adhuc sub judice lis est... ALBVCVS ou ALBVCIVS (Lezoux 150-190) porte le nom de l'asphodèle, cette « fleur des régions infernales » 23, qui atteste, comme toutes les plantes, et mieux encore que beaucoup d'entre elles, la loi des renaissances et la foi en l'immortalité. Cette croyance remontait déjà au temps d'Homère, comme on peut s'en rendre compte, en relisant les vers 10 à 14 du XXIVe chant de VOdyssée : « Hermès Tutélaire précédait les âmes sur les routes moisies. Ils passèrent le cours de l'Océan, la Roche Blanche, les Portes du Soleil et le Pay des Rêves ; bientôt ils arrivaient au pré de l'Asphodèle où demeurent les âmes, ces fantômes des défunts. » (Traduction Philippe Jaccottet.) ANAPOSVS (Vichy), du grec ana-pausis, marque le repos, avec peut-être une nuance d'élévation du fait du préfixe ana. On peut se demander si ce nom n'exprime pas l'espoir de la félicité astrale, chère aux disciples de Pythagore. ANCORIVS (Les Martres-de-Veyre) tire son surnom de l'ancre qui a toujours été un symbole de repos et de sécurité. ATIMETVS (Lezoux et Vichy) est la forme latinisée de l'ad 2° d'un jectif grec prix atimetos, inestimable. qui possède deux sens opposés : 1° méprisé ; AVSTRVS (Lezoux 120-150), comme Austerus, signifie grave, austère. CATVS ou CATTVS (Lezoux et Vichy) tire-t-il son nom du celtique Catu = combat, ou du mot latin d'origine celtique cattus = chat ? Il est difficile de se prononcer. CINTVSMVS est un adjectif numéral ordinal gaulois, corre spondant au latin PRIMUS. Ce surnom est intéressant à relever, car nous trouvons à Vichy un potier du nom de Primus, alors que Cintusmus a signé ses poteries à Lezoux et en Argonne. Il travail lait à Lezoux pendant la belle période de 150 à- 190. DOCCIVS, pour Doctius (Lezoux et Vichy), dérive de Doctus, avec la désinence ius qui marque ici une tendance (comme pour les Innocenta dont Jérôme Carcopino nous a parlé). Il paraît donc signifier désireux de s'instruire, ou bien déjà instruit. DOCILIS (Lezoux 150-190) a également les deux sens : dési23. Guinand. — Mythologie grecque - Mythologie générale, Paris, Ed. Larousse, 1935, p. 161.

Page 14

Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)
reux de s'instruire, et instruit, comme le précédent. Cette qualité s'applique tout particulièrement à un néo-pythagoricien, qui vou drait suivre le cycle des initiations. ELIVS (Lezoux, Vichy, Lubié) peut être un AElius mal ortho graphié, et serait, en ce cas, ou pourrait être un affranchi d'Ha-, drien ou d'Antonin (J. Carcopino : de Pythagore aux Apôtres, p. 337). Mais il peut être aussi l'adjectif grec désignant les habi tants de l'Elide, ou encore l'adjectif grec éléos, latinisé, avec le sens de pitoyable, porté à la pitié. Notons que le gentilice Aelius est fréquent en Espagne24 FVSVS (Les Martres-de-Veyre) est tantôt un ternie médical signifiant libre, relâché, dilaté, tantôt un substantif désignant le fuseau des Parques, plus particulièrement de Lachésis. GENIALIS (Lezoux, Vichy, 150-190) a plusieurs sens qui pour raient convenir à un pythagoricien. Il signifie en effet : joyeux, déli cieux (et nous rappelle les Gaudentii dont nous a parlé .1. Car copino) — et aussi fécond, — et enfin ï>rénuptial. Cette dernière acception prend tout son sens si l'on se souvient de l'enseignement de J. Carcopino : « Le mariage... était assimilé par les Grecs à une initiation. A tel point qu'ils se servaient des mots agamos — cél ibataire — et amuêtos — profane — comme de synonymes exacts. » (La Basilique pythagoricienne..., p. 121). IANVARIVS (Vichy) porte le nom d'un esclave de Pompéi ; mais, surtout, il a trait aux fêtes célébrées aux calendes de janvier en l'honneur de Janus et de l'année qui se renouvelle perpétuel lement. IVSTVS (Lezoux, Vichy, et aussi Argonne : 150-180), doux, modéré, bon, correspond bien à l'une des principales vertus de salut. Je ne serais pas surpris que ISTVS (Lezoux, 150-180) fût une transcription fautive du même nom. MARINIANVS (Vichy) et MARITIMVS (Lezoux et Vichy) nous rappellent Pontius, dont J. Carcopino nous a dit qu'il signifie « qui voyage sur les flots » (De Pythagore aux Apôtres, p. 350), avec l'espoir « de joies sans fin, luisant au terme du grand voyage ». MEDETVS (les Martres-de-Veyre) est « celui qui a reçu des soins » ou « qui est guéri », — probablement dans le domaine moral et non pas seulement dans son corps. MEELAVSVS nous rappelle le nom de l'héroïne de la pièce d'Edmond Rostand, La Princesse Lointaine : Mélisande, « prin cesse au nom de miel », tout comme le Melissus de Bavay, — bien que ce dernier nom soit celui de la mélisse, plante médicinale. En grec, le mot melon, avec un êta et non un epsilonn, est le nom de beaucoup de fruits, mais surtout de la pomme, du citron et de l'orange, « pomme d'or du jardin. des Hespérides ». Le redouble ment de l'E de MEELAVSVS nous incline à penser qu'il s'agit bien de ce dernier fruit, objet de l'un des douze travaux d'Hercule, héros favori des néo-pythagoriciens. Jérôme Carcopino nous parle des 24. Emile Thévenot. — Les amphores de provenance espagnole, R.A.C., t. III, 196b, X° il, juillet-septembre, p. 212.

Page 15

Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)
vers d'Orphée consacrés à « l'éternelle jeunesse que valurent à Hercule les pommes des Hespérides, et qu'ils expliquaient comme le signe de sa réception parmi les mystes. » (Basilique pythag., p. .330). Notre potier travaillait à Lezoux et à Vichy entre 150 et 190. MODESTVS (Lezoux, Vichy, 150-190), doux, vertueux, modéré, pratique ou s'efforce de pratiquer les vertus nécessaires pour être sauvé. PRIMVS (Vichy, 150-190) porte le même nom que CINTVSMVS, ainsi que nous l'avons dit, mais traduit en latin. Les deux vocables signifient le premier, ou l'aîné. PRISCVS (Vichy) signifie ancien, mais aussi vertueux, inno cent, et pourrait, en ce dernier sens, avoir été adopté par des néo pythagoriciens. RVBEL (Vichy), « rosée » ou « rougeâtre », était peut-être un symbole qui nous échappe, à moins qu'il ne faille y voir un symbole hermétique de Mars, car nous ne savons pas jusqu'où remonte l'hermétisme. La couleur pourpre était celle de Mercure. SABINOS (Vichy et aussi la Graufesenque) nous paraît, en rai son de sa désinence gauloise, devoir se rattacher non pas à l'encien peuple des Sabins, mais à la plante médicinale qui porte encore le nom de Sabine, — sabina, en latin. SALVVS (Vichy), sauvé, préservé et aussi bien portant, rap pelle les religions de salut, tout comme le suivant. VALENS (Lezoux), « bien portant » est un adjectif verbal pro venant du verbe « valere » = bien se porter, équivalent latin du verbe grec Ugiainein, dont les Pythagoriciens avaient fait leur devise. La maxime de Juvénal — mens sana in corpore sano — exprime bien la règle que cherchaient à s'imposer ls disciples de Pythagore. De plus, ce verbe Ugiainein avait pour initiale un upsillon, dont la forme en Y nous a valu le commentaire suivant de Jérôme Carcopino : « L'upsilon avait un double titre à la vénération de la secte. C'était l'initiale du verbe Ygiainein où nous venons de voir se réfléchir l'idéal des Pythagoriciens. En outre, et surtout, c'était la lettre dont les deux traits obliques, s'évasant de part et d'autre de sa barre médiane, offraient aux Pythagoriciens la figure même du choix où ils engageaient l'existence humaine, la croisée des deux chemins que leur enseignement frayait devant les hommes : celui du plaisir... celui du devoir... » 25. Ausone a souligné, dans l'un de ses jeux poétiques, l'importance de ce symbole chez les Pythagoriciens : « Pythagoras bivium ramis pateo ambiguis, Y — Comme les deux routes de Pythagore, j'étends ma double bran che, moi Y » (Lettres monosyllabiques grecques et latines. Voir aussi Professores, XI, 5). VEGETVS ou VIGETVS (Lezoux, Vichy, 150-190) « vif, animé, vigoureux, vivifiant, fécondant » a un sens voisin du précédent. VINDOS (Lezoux et Vichy) porte un surnom celtique qu'un potier de la Graufesenque a traduit par le latin Albus. Il marque la 25. Jérôme Carcopino. — Le mystère d'un symbole chrétien, pp.

Page 16

Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)
blancheur, peut-être même une blancheur sacrée, et signifie égal ement « serein, pur ». Une meilleure connaissance de la langue gauloise et de la symbolique druidique permettrait sans doute de compléter ce ta bleau. Acaunissa, Anunus, Burio ou Butri, Balbus (bègue) et Balbinus, Bonnus, Birrimus, Billicedus, Cosaxius, Caratillus, Cacasus, Carrassovnus, Crix(os) (frisé), Laxtucissa, Lastuca, Mommil, Piso, Putrius, Surillus, Tasgillus, bien d'autres potiers encore portent des noms dont le sens caché, parfois même le sens obvie, nous échappent et qui peuvent n'être pas étranger à cet ésotérisme que, par goût ou par nécessité, les Druides ont toujours cultivé. On nous objectera sans doute que beaucoup de ces surnoms, par exemple Apollinaris, Martinus ou Martius, Attis, etc., ont été donnés par leurs parents aux jeunes enfants pour les mettre « sous un patronage divin », comme l'affirme P. M. Duval 26, et que, repré sentant les vœux des parents plus que la situation réelle des inté ressés, ils n'ont qu'une valeur relative. C'est juste, du moins pour certains d'entre eux, qui n'est d'ailleurs pas possible de distinguer. Au reste, ces traditions nationales, ces croyances religieuses ou eschatologiques apparaissent encore plus nettement dans l'œu vrede nos céramistes, par exemple avec la représentation de thèmes et de symbole gaulois purs, puis de symboles pythagoriciens, avec la représentation de divinités gauloises et romaines interprétées par des gaulois, enfin avec celle des divinités orientales. Par exemple, un potier comme CINNAMVS s'est plu à « repré senter les dieux de ses apôtres gaulois à côté des divinités de l'Olympe. Son polythéisme artistique se serait ensuite étendu aux religions orientales et jusqu'aux premières manifestations du Christianisme » 27. L'on peut attribuer aux Druides les mêmes conceptions, étant donné que l'on peut voir dans le Collège des Druides un conser vatoire de toutes les doctrines de salut et d'un monothéisme ouvert à tous les syncrétismes, nous pensons qu'il s'est agi, pour eux, non de substituer successivement toutes sortes de croyances à leurs anciennes traditions, mais de les recevoir toutes en les adaptant à leurs doctrines. Si nous ne nous trompons pas, l'étude de la céramique doit nous faire pénétrer plus avant dans la connaissance de l'évolution du druidisme après la conquête, comme après la christianisation de la Gaule, de même que l'étude du druidisme doit nous faire mieux comprendre les thèmes développés par les céramistes arvernes, dont le répertoire très divers et très varié paraît profondément influencé par des préoccupations religieuses ou ésotériques. Docteur E. BACHELIER Craponne-sur-Arzon (Haute-Loire) . 26. Paul-Marie Duval. — La vie quotidienne en Gaule, Paris, Hachette, 27. Dr A. Morlet. — L'art religieux de Cinnamus, Ogam, t. X, juilletoctobre 1958, y° 59, p. 320.