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P. rsee
Georges Roux
_e Val des Muses, et les Muses chez les auteurs anciens
im Builein ae correspondance Hellénique. Volume 78, 1954, pp. 22-48.
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Roux Georges. Le Val des Muses, et les Muses chez les auteurs anciens. In: Bulletin de correspondance hellénique. Volume
78, 1954. pp. 22-48.
doi : 10.3406/bch.1954.2431
hitp://www.persee.fr/web/revues/homejprescript/article/bch _0007-4217_1954_num_78_1_2431
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Roux Georges. Le Val des Muses, et les Muses chez les auteurs anciens. In: Bulletin de correspondance hellénique. Volume
78, 1954. pp. 22-48.
doi : 10.3406/bch.1954.2431
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bch_0007-4217_1954_num_78_1_2431
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Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)VAL DES
MUSES
ET LES MUSÉES CHEZ LES AUTEURS ANCIENS
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Pausanias, il est vrai, ne mentionnait aucun monument de ce genre dans
sa description du bois sacré ; mais comme il ne soufflait mot non plus du
(1) Hésiode, Théog. v. 2.
(2) Au pied de ces deux buttes, sur la rive droite du Thespeios (aujourd'hui Kanavari),
se trouve le site de l'ancienne Thespies, en bordure d'une voie antique dont Stamatakis (Πρακτ.,
1882, p. 76 sqq. et pi. I) a retrouvé le tracé sur une soixantaine de mètres; de Thespies même,
on ne voit plus aucun monument.
(3) Paus., IX, 28, 1.
(4) Hésiode, Théog., v. 30.
(5) Πρακτ., 1882, pp. 66-67.
(6) BCH, XLVI, 1922, pp. 217-218, et note 6 (bibliographie des travaux de Jamot).
Page 4
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)portique ionique et du théâtre exhumés à proximité, on imputa cet oubli
à sa négligence, et l'existence du « Temple des Muses » fut admise sans
discussion (1).
Aucun de ces trois édifices n'a été publié, même sommairement ; on
doit se contenter, à leur sujet, des renseignements allusifs, et souvent
contradictoires, que Frazer put grouper dans son commentaire à
Pausanias (2). Pourtant les notes de Jamot, le mémoire qu'il présenta à
l'Académie en 1890 (3), montrent qu'il leur avait accordé l'attention qu'ils
Illustration non autorisée à la diffusion
Fig. l. — Thespies et le vallon des Muses (dessin de P. Bonnard).
méritaient, et seule l'absence d'un architecte compétent qui pût illustrer
ses études l'empêcha de les faire connaître. Il ne saurait être question pour
l'instant d'entreprendre la publication des antiquités de Thespies, tâche
qui exigera une reprise des fouilles, et la réouverture du Musée de Thèbes
(1) Afin de prévenir toute confusion, rappelons que Jamot découvrit deux temples dans
la ville de Thespies, et crut en découvrir un troisième dans le vallon des Muses. Les deux temples
de Thespies sont : 1° Au lieu-dit Toumboulsis, un temple d'Apollon d'ordre dorique, presque
entièrement détruit par le torrent voisin ; 2° Dans l'enceinte byzantine qui marquait le site de la
ville, un temple des Muses, vu par Pausanias non loin de l'agora (IX, 27, 5) et identifié par Jamot
grâce à une base de stèle encore in situ {BCH, XV, 1891 p. 659; XIX, 1895 p. 337, n° 12 et p. 356).
Ce temple des Muses (16 m. 80x35 m. 60 aux fondations) est distinct du monument fouillé par
Jamot dans le Vallon des Muses, et identifié à tort comme un second « temple des Muses » [BCH,
l. L, p. 356).
(2) Frazer, Pausanias, V, pp. 150-152.
(3) CRAI, 1892, pp. 67-69.
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Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)Fig. 2. — Le vallon des Muses. Vue générale.
Illustration non autorisée à la diffusion
Fig. 3. — Le vallon des Muses au ne siècle avant J.-C. Essai de restauration par P. Bonnard.
où sont cachées les trouvailles des précédentes campagnes. Cet article se
propose plus modestement de dire ce que l'on sait des monuments qui se
dressaient sous les arbres du bois sacré, d'après les renseignements fournis
par Jamot et les observations personnelles que j'ai pu faire soit sur le
terrain, soit au Musée de Thèbes (Fig. 3) (1). Faute de mieux, cette mise
au point permettra d'attendre le jour où les recherches de l'École s'oriente
ront
de nouveau vers le sanctuaire oublié.
(1) La figure 3 permettra de situer sur le terrain (fig. 2) l'autel, le portique, le théâtre. Le
trépied, la grande base incurvée portant les 9 Muses, sont placés de façon fantaisiste. Sur ce dernier
monument, cf. W. Peek, Die Musen von Thespiai, extrait du volume jubilaire offert à
A. Kéramopoullos (Γέρας Α. Κεραμοπούλλου), Athènes, 1953, pp. 609-634. Je dois la connaissance
de ce récent article à l'obligeance de M. Georges Daux, qui m'a communiqué un tirage à part,
avant même la parution du volume dans lequel cette étude est insérée.
Page 6
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)L'autel monumental. (Pseudo-Temple des Muses)
Le soubassement de l'édifice antique dégagé sous les murs
d'Haghia Trias émerge encore en partie des broussailles (fîg. 4) ; Jamot le
décrit comme un rectangle orienté en gros nord-sud, et mesurant 5 m. 80
sur 9 m. 80 (1), sans préciser à quelle assise s'appliquent ces dimensions
(fîg. 5 et 6). Les fondations comprennent deux assises de pôros friable et
blanchâtre (ht. 0 m. 45+0 m. 40) qui portent une assise de réglage en
conglomérat (ht. 0 m. 32) surmontée par deux degrés de calcaire
(ht. 0 m. 335+0 m. 369). Le premier degré, le mieux conservé, est détruit
au nord : il manque tout le côté nord, le bloc d'angle nord-est, la moitié
nord du côté ouest. Les blocs, longs de 1 m. 20 à 1 m. 60, épais de 0 m. 80,
sont soulignés par une feuillure, haute de 0 m. 04, le long de l'arête infé
rieure,
liés entre eux par de solides crampons en Π (long. 0 m. 25 ; cuvettes
carrées de 0 m. 02x0 m. 02) et aux blocs du second degré par un goujon
rectangulaire scellé à jour sur le joint, à peu près dans l'axe. Chaque trou
de goujon est précédé d'un trou de pince rectangulaire, aussi nettement
taillé qu'un trou de goujon, mais moins profond.
Le second degré n'existe plus que sur le petit côté sud (fîg. 5, 7, 8).
Il est complet en quatre blocs (1 m. 23+1 m. 25+1 m. 29+ ?) soulignés
par une double feuillure (ht. 0 m. 033+0 m. 028) et ornés à leur partie
supérieure d'un cavet qui délimite sur leur lit d'attente une tablette
portante haute de 0 m. 055. La moulure est en retraite de 0 m. 033 sur
le parement à l'est, de 0 m. 04 au sud. Toutefois, cette tablette ne se continue
pas sur toute la longueur du degré sud : à 3 m. 13 de l'angle sud-est, elle
s'interrompt, et la moulure fait retour vers le nord (fig. 8). Les blocs ne
sont pas cramponnés entre eux, sauf à l'angle sud-est. Sur le lit d'attente
de la tablette, on voit quatre trous de goujons ; ceux des angles sont carrés
et pourvus d'un canal de coulée ; un piquetage large de 0 m. 37+_ détermine
sur le lit une ébauche d'anathyrose. A l'extrémité ouest du degré, là où
manque la tablette, le lit supérieur est lisse, soigneusement dressé, sans
aucun scellement apparent. Le soubassement ne portait donc une élévation
que du côté oriental, sur les deux tiers de la surface environ, tandis que le
côté ouest constituait une plateforme, à laquelle on accédait par une marche
ménagée sur le long côté. En effet, la retraite du second degré sur le premier
est de 0 m. 10 à l'est, 0 m. 10 environ au sud ; on voit nettement sur la
figure 5 qu'elle est beaucoup plus importante à l'ouest de façon à dégager
un ernmarchement.
11 est par conséquent impossible qu'un temple des Muses (2) ait jamais
reposé sur le soubassement, qui peut être seulement le socle soit d'une base
(1) Les mesures que je cite d'après le mémoire de Jamot, sans vérification possible, sont
imprimées en caractères normaux ; les mesures imprimées en italique ont été contrôlées ou
prises par moi-même.
(2) Jamot, BCH, XV, 1891 p. 659 (Frazer, Pausanias, V, 150-152, avec bibliographie).
Page 7
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)Fig. 4. — L'autel des Muses dans l'état actuel.
Au fond, l'acropole d'Ascra.
Illustration non autorisée à la diffusion
Fig. 5. — L'autel des Muses, vu du sud-est (cliché de P. Jamot).
Page 8
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)pour groupe statuaire, soit d'une exèdre rectangulaire, soit d'un autel
monumental (1). Une plateforme, large de deux mètres ou davantage,
serait insolite en avant d'une exèdre et superflue en avant d'une base. Elle
est au contraire normale et nécessaire à l'ouest d'un autel dont elle forme
la prothysis. Parmi tant de blocs retrouvés dans les murs d'Haghia Trias,
il en existe certainement qui proviennent du corps de l'autel. On ne peut
malheureusement plus s'en assurer aujourd'hui. Cependant, un dessin de
P. Jamot montre l'un de ces blocs, fragmentaire, portant les restes d'une
palmette acrotère et le rampant mouluré d'un fronton (ove sous un cavet) ;
c'est peut-être un débris des barrières latérales de la table à sacrifice (fig. 9).
Quoi qu'il en soit, je crois pouvoir interpréter sans grand risque d'erreur
cet édifice orienté à l'est, précédé d'une large plateforme, isolé au centre
d'une esplanade dégagée, non comme le temple des Muses, mais comme leur
autel.
Nous n'avons d'autres indices de chronologie que la nature des maté
riaux employés et la forme des scellements. S'il est permis de raisonner par
analogie avec Delphes, l'usage du pôros blanchâtre, du conglomérat et
du calcaire dans un même édifice indique l'époque hellénistique, le
nie siècle au plus tôt. Ces trois matériaux sont utilisés simultanément dans
les monuments de la terrasse d'Attale I par exemple (2). La forme des
crampons en Π, les trous de goujons carrés à long canal de coulée, le trou
de pince nettement taillé, le fini du travail conviendraient à cette époque.
Mais ce sont des indices vagues. Je ne puis préciser davantage.
Le portique ionique
Quelques blocs de conglomérat à fleur de sol, une levée rectiligne de
terrain (visible sur la figure 2), marquent seuls l'emplacement du portique
enseveli à nouveau. La description qui suit n'a d'autre source que le
mémoire et les clichés de Jamot pour ses données matérielles ; de rares
fragments de colonne et de chapiteaux retrouvés au Musée de Thèbes
m'ont permis de les compléter sur quelques points.
Long de 96 m. 70 et profond de 10 mètres, le portique, orienté à peu
près nord-sud, se trouve à une quarantaine de mètres à l'ouest de l'autel,
au long côté duquel il est presque parallèle (fig. 10). Un glissement de terrain
Fa emporté au centre sur une longueur de 38 mètres, le coupant en deux
tronçons (l'un de 40 m. 60 au sud, l'autre de 18 m. 10 au nord) dont les
extrémités, au voisinage de la coupure, s'infléchissent vers l'est dans le sens
du glissement (fig. 10 et 11).
(1) On pourrait songer aussi à un petit portique formant niche, dans le genre des ex-voto
de Lysandre ou de Crateros à Delphes ; mais, dans ce cas, la tablette portante formant le socle
des antes latérales devrait être moulurée sur trois côtés, et non sur deux. L'existence d'une telle
niche ou celle d'un stibadeion des Muses est donc peu probable.
(2) G. Roux, BCH LXXVI, 1952, pp. 141-196.
Page 9
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)Aucun texte sur cette page.
Page 10
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)Fig. 7. — Autel des Muses :
le deuxième degré à l'angle sud-est.
29
Fig. 8. — Autel des Muses :
retour de la moulure de socle.
Illustration non autorisée à la diffusion
Fig. 9. — Fragment de la barrière de l'autel ?
(Dessin de P. Bonnard, d'après un croquis de Jamot).
Deux assises de fondations en pôros friable portent deux degrés de
conglomérat et la colonnade de pôros. Le premier degré, large en tout
de 1 m. 20, consiste en deux rangées de blocs accolés ; le deuxième, large
de 0 m. 80, en retraite de 0 m. 30, forme stylobate.
Le mur de fond et les murs latéraux, qui font retour en façade, de part
et d'autre de la colonnade, sur une longueur de 6 m. 40, sont en conglo
mérat, partiellement conservés jusqu'à hauteur de l'assise de couronnement
(ht. 0 m. 18) au-dessus des orthostates (ht. 0 m. 75). Ils se terminent en
façade par deux piliers d'ante en pôros, dont le socle mouluré (bandeau
plat+quart de rond + scotie entre deux listels + tore +listel) mesure à la
base 0 m. 65 xO m. 42, au lit d'attente 0 m. 45 χ 0 m. 28 (cf. fig. 14).
Page 11
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)Illustration non autorisée à la diffusion
Fig. 10. — Le portique et l'autel d'après un croquis coté de P. Jamot
(dessin de P. Bonnard).
Page 12
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)Illustration non autorisée à la diffusion
Fig. 11. — Ruines du portique ionique, vues de l'est (cliché de P. Jamot).
Fig. 12. — Fragments du portique ionique, au Musée de Thèbes : a) base et fût de la colonne ;
feuilles du chapiteau corinthien ; b) chéneau et palmette antéflxe.
Page 13
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)Plusieurs bases de colonnes furent trouvées à leur place à l'extrémité
sud du stylobate. Leur distance d'axe en axe (2 m. 26) fixe à 36 le nombre
des colonnes entre les antes. Deux fragments de base (Inv. 1784 et 1785,
ce dernier en deux morceaux), deux morceaux du fût (Inv. 1798 et 1846),
un fragment de chapiteau ionique (n° d'inventaire illisible), quatre fra
gments de chapiteau corinthien (Inv. 1794, 1803, 1804, 1805), un fragment
de larmier (non inventorié) au Musée de Thèbes (1), seuls restes de
l'entablement actuellement visibles, permettent de compléter sur quelques
points intéressants les observations de P. Jamot.
Les colonnes, de la base au chapiteau, sont taillées dans un pôros de
couleur claire, à la fois tendre et compact, dont le grain fait songer à du
sable aggloméré. La base (fîg. 12 et 13), du type habituel à l'époque hellé
nistique,
comporte une scotie entre deux tores, de section semi-circulaire,
et l'amorce du fût (ht. 0 m. 27+. i diam. inf. 0 m. 70+_ ; diam. sup.
0 m. 41+). Elle repose sur un mince disque en saillie de 0 m. 004 taillé
sur le lit de pose. On aperçoit, sur la moitié inférieure du tore le plus bas,
des traces de ciseau à dents (gradine) rigoureusement circulaires et concen
triques : ceci prouve matériellement que la base a été travaillée au tour,
procédé attesté dès l'époque archaïque (2). Sur le disque plat au contraire,
les traces vont en tous sens. On a donc dressé d'abord les deux lits, puis
tourné les profils. Une mince mortaise rectangulaire ménagée à la périphérie
du disque a peut-être servi à la fixation d'un dispositif d'entraînement sur
le tour. On notera aussi, dans l'axe du listel qui sépare deux cannelures,
sur le fragment 1784, le repère utilisé pour canneler la colonne.
Le fût était monolithe, selon Jamot qui ne donne à son sujet aucune
autre indication. Les fragments du Musée de Thèbes (Inv. 1798, 1846 ;
fig. 13) gardent la trace d'un badigeon de stuc blanc. Le nombre des cannel
uresétait de vingt.
Jamot déclare avoir trouvé trois chapiteaux ioniques intacts, probable
ment
conservés aujourd'hui dans les salles fermées du Musée de Thèbes.
Ma description se fonde sur les indications, qu'on souhaiterait plus
complètes, contenues dans ses écrits, et sur une excellente photographie,
malheureusement trop pâlie pour être reproduite (fig. 14-15). Le sommet
du fût (diam. 0 m. 35) est taillé d'une pièce avec le chapiteau (ht. totale :
0 m. 25) : les cannnelures sont coupées horizontalement par un disque plat
surmonté d'un astragale. L'abaque a pour profil un ove entre deux listels.
Le canal, très concave, est lui-même compris entre deux listels : le listel
supérieur s'enroule avec les volutes dont il borde le contour extérieur ;
le listel inférieur suit horizontalement la ligne de raccord entre l'échiné et
le canal, et se relève légèrement aux angles avant de rencontrer les volutes.
(1) Ces débris se trouvent à Thèbes dans la « tour franque », parmi des fragments d'archi
tecture provenant en grande partie du Ptoïon.
(2) Époque archaïque : P. Amandry, FD II, La colonne des Naxiens et le portique des Athéniens
(1953), p. 42 et note 1. Époque hellénistique : Ol. Forsch. I, 8 (bases de colonnes du Philippeion :
travail au tour ?).
Page 14
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)Illustration non autorisée à la diffusion
Fig. 13. — Base et fût de colonne : fragments au Musée de Thèbes (dessin de Ph. Martini.
Page 15
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)ïiHtiu:
Fig. 14. — Entablement du portique ionique, d'après les cotes, les croquis et une photographie de
(dessin de P., Bonnard ; le chapiteau d'ante est fictif).
Page 16
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)L'échine, profilée en ove, est cachée latéralement, près des volutes, par
deux méplats sur lesquels étaient peintes les palmettes ; la décoration
des profils était peinte de même sur le stuc. Faute de mesures précises,
on ne peut étudier de très près ce chapiteau dont les caractères hellénis
tiquessont suffisamment apparents pour qu'on ne puisse le placer avant le
111e s. av. J.-C.
L'entablement (fig. 14) comportait une architrave à trois fasces et
une frise taillées d'un bloc, un larmier à denticules et un chéneau de terre
cuite surmonté de palmettes antéfixes. L'importance accordée aux
moulures est surprenante : elles ne sont point traitées comme de simples
motifs de transition entre l'architrave, la frise, le larmier, mais comme des
éléments constitutifs de l'entablement dont elles alourdissent sensiblement
l'aspect et les proportions. La figure 14 dessinée par P. Bonnard d'après
les cotes et les dessins de Jamot en donnera une idée ; naturellement on ne
peut affirmer, en l'absence du modèle, que la coupe reproduise fidèlement
le profil original de la modénature.
Le chéneau de terre cuite est conforme au type en usage à partir du
ive siècle (fig. 12). L'armature est faite d'une argile rouge, assez grossière,
mêlée de petits graviers, revêtue en façade par un panneau d'argile fine,
jaune clair, dans laquelle étaient modelées les têtes de lion-gargouille
émergeant des traditionnels rinceaux d'acanthe. Le motif se détachait
en clair sur le fond noir, comme c'est l'habitude pour les chéneaux des
ive et nie siècles (1). Un listel plat, orné de méandres, court sous le panneau.
La hauteur totale est de 0 m. 155, la longueur, d'après le fragment Inv.
n° 1819, égale à 0 m. 450, soit au cinquième de l'entrecolonnement. La
palmette antéfixe (ht. 0 m. 22), représentée par plusieurs exemplaires
complets, modelée en léger relief, se détache en clair sur le fond noir (2).
Au moment de la fouille, l'intérieur du portique était divisé en longueur
par un mur médian percé d'une porte au sud, et recoupé en largeur par
des murs perpendiculaires (fig. 10 et 11), qui déterminaient un certain
nombre de chambres. Farcis de blocs remployés, ces murs tardifs ont
remplacé la colonnade médiane originale à laquelle il faut sans aucun
doute rapporter les fragments de chapiteau corinthien trouvés par Jamot
dans le portique, et attribués par lui à un « édifice inconnu ».
J'ai identifié quatre de ces fragments au Musée de Thèbes (Inv. n° 1794,
1803 B, 1804, 1805 ; fig. 12 et 17). Ils sont taillés dans le même pôros,
tendre et sablonneux, que les chapiteaux ioniques. Le fragment n° 1794
conserve le lit d'attente et une cannelure complète avec le départ des deux
cannelures adjacentes. Les 20 cannelures s'amortissaient en cul-de-four
sous un disque plat apparemment surmonté d'un astragale. La diamètre
au sommet, calculé d'après l'unique cannelure, était d'environ 0 m. 37,
très voisin par conséquent de celui de la colonne ionique. La position de
(1) Corinth, IV, 1, Decorated Architectural Terracottas, pp. 29-30.
(2) Un fragment de ce chéneau a été retrouvé dans la muraille byzantine de Thespies [BCH,
46 (1922) p. 304, fig. 53).
Page 17
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)l'axe de la feuille par rapport à l'axe de la cannelure, montre qu'il y avait
à la base du chapiteau un collier de 16 feuilles d'acanthe réparties en deux
rangées de 8, une rangée antérieure basse, une rangée postérieure haute,
Illustration non autorisée à la diffusion
Fig. 15. — Chapiteau du portique (dessin de P. Jamot).
0.36
Illustration non autorisée à la diffusion
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0 50
Fig. 16. — Colonne et larmier du théâtre, d'après un croquis de P. Jamot (dessin de P. Bonnard).
selon le type épidaurien. Une partie du calathos est visible au-dessus de
la feuille sur Inv. n° 1794, 1803 B, 1804, au fond d'une sorte de dépression
dont les côtés droit et gauche sont formés par le contour extérieur des
feuilles hautes disparues.
La silhouette des feuilles est anguleuse, le modelé indiqué seulement
par quelques coups de ciseau, les « yeux » forés au trépan. La raideur de
l'ensemble est due à la fragilité de la matière, et non au manque de goût
Page 18
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)de l'artiste, comme le prouve le profil des feuilles qui se recourbent avec
grâce. Rien n'empêche de situer un tel chapiteau au 111e s.
Au nord de l'autel, sur la rive gauche du Permessos, Jamot signale en
outre un bâtiment dont il suivit le mur de façade, sur une longueur de
48 mètres, jusqu'à son angle sud-est ; ce mur ne comptait plus en hauteur
que deux assises, l'une de pôros (ht. 0 m. 38), l'autre de conglomérat (ht.
0 m. 30). Il s'agit peut-être d'un second portique, délimitant vers le nord
l'aire au centre de laquelle se trouvait l'autel.
Le théâtre
A 300 mètres environ au sud-ouest du portique, au pied même de la
falaise rocheuse qui ferme le vallon du côté sud, une dépression naturelle
en forme d'hémicycle marque l'emplacement du théâtre (cf. fîg. 2) repéré
par Stamatakis (1) et fouillé par Jamot. Dans l'hémicycle, aménagé à peu
de frais par quelques travaux de terrassement, il n'y avait pas de gradins
de pierre et les spectateurs s'asseyaient sur des sièges de bois ou à même la
pente gazonnée, comme ils le faisaient dans beaucoup de stades. Seule
peut-être la rangée des proédries comptait des sièges de marbre (2). Il est
difficile de préciser les dimensions de la cavea.
La scène n'est plus visible aujourd'hui. Jamot retrouva le proscenium,
fondé sur le sol naturel, en bon état de conservation (fîg. 18 et 19), mais la
scène proprement dite avait disparu, emportée par les eaux de ruissellement
avec la terrasse artificielle qui lui servait de socle sur la déclivité. Quelques
alignements de rochers, vestiges de ses fondations, permirent toutefois de
mesurer ses dimensions, 22 m. 20 en longueur, 10 m. 50 en largeur, y compris
le proscenium profond de 2 m. 60. Le stylobate en calcaire, long de 18 m. 30,
porte douze demi-colonnes doriques engagées, comprises entre deux murs
pleins qui ferment en façade deux sortes de cellules situées aux ailes et
larges de 1 m. 95. Les colonnes doriques (diam. [à la base ?] 0 m. 36;
9 cannelures +2 demi-cannelures ; fîg. 16) engagées dans des pilastres de
section rectangulaire (0 m. 20x0 m. 50 ; feuillure verticale aux angles),
étaient monolithes (ht. 2 m. 06). Les chapiteaux, taillés à part, ne sont
connus que par d'infimes fragments. De l'entablement ne subsistent que des
blocs de larmier (fig. 16). Le mur de fond, partiellement conservé, est en
blocs de conglomérat.
Pour dater le théâtre, nous n'avons pratiquement pas d'indices, à
l'exception des lettres de pose ou marques de tâcherons lues par Jamot
- (1) Πρακτ., 1882, p. 67. Frazer (Paus., V, p. 152) précise que l'orchestra «is reported to
hâve been circular ». Jamot a seulement fouillé la scène et sondé en plusieurs points la cavea,
à la recherche des gradins.
(2) Fragment de siège en marbre : BCH, XLVI, 1922, p. 221, n° 5. Cette solution économique
fut adoptée pour plusieurs théâtres de petites villes (Mycènes, Oropos, Rhamnonte, Ikaria).
Cf. ABSA, 45, 1950, pp. 32-34, 38-39, 51.
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Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)Illustration non autorisée à la diffusion
Fig. 17. — Fragments du chapiteau corinthien au Musée de Thèbes (dessin de Ph. Martin).
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Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)ν ! ■ ::^r. ϊ:Φ ■ *'
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Fig. 18. — Le proscenium du théâtre (cliché de P. Jamot).
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SCENE
-ZZ.ZQFig. 19. — Le proscenium du théâtre, d'après un croquis coté de P. Jamot
(dessin de P. Bonnard).
Page 21
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)au dos de trois pilastres : Ai K, M. Le A à barre transversale brisée se
trouve à Thespies pour la première fois sur une stèle opistographe portant
les comptes d'un agonothète : sur l'une des faces, le A est à barre
transversale droite, sur l'autre à barre brisée. On situera la construction
du théâtre au plus tôt à la date de cette inscription, soit dans les toutes
dernières années du 111e siècle ou les premières années du second (1).
Le Mouseion de l'Hélicon et les Mouseia antiques
Sans être exhaustives, les fouilles de Jamot furent cependant assez
complètes pour qu'il soit improbable qu'un monument important leur ait
échappé (2). On peut donc dire qu'à l'époque hellénistique — époque où
les documents épigraphiques nous renseignent le mieux sur son histoire —
le sanctuaire comprenait essentiellement un autel monumental, un ou
plusieurs portiques, un théâtre rustique et, répartie sous les ombrages du
bois, de part et d'autre du Permessos, une foule d'ex-voto dont Pausanias
et les bases vues par Jamot et ses prédécesseurs nous gardent le souvenir.
De tous les sanctuaires des Muses mentionnés dans les textes, c'est le seul
qui ait été fouillé, le seul qui nous donne une image concrète de ces
« musées » dont certains, liés au souvenir des plus belles périodes de la
pensée grecque, ont été, selon l'expression de P. Boyancé (3), des lieux
saints de notre civilisation.
Le bois sacré de l'Hélicon est situé dans un vallon encaissé, à l'écart des
villes, sur les rives d'un cours d'eau et en bordure d'une voie de passage.
Telle était aussi la situation des Mouseia les plus anciens, ceux de Thessalie
et de Béotie : sur les pentes orientales de l'Olympe (4), dans une gorge
étroite et sauvage arrosée de ruisseaux, se trouvait le Libéthrion, berceau
du culte des Muses, en souvenir duquel un Libéthrion béotien avait été
consacré aux déesses sur les pentes de l'Hélicon, au-dessus de Coronée.
Le mouseion que mentionne Plutarque dans la région de Chéronée (5) se
dressait aussi en montagne, au départ d'un sentier caché, et c'est dans
un défilé, un στενωπός proche de sa retraite, que Pythagore, Μουσέων»
(1) Feyel, Contribution à l'épigraphie béotienne, Publ. de la Fac. des Lettres de l'Université
de Strasbourg, 1942, pp. 123-132.
(2) « Je ne me suis pas contenté de démolir pierre à pierre les trois petites églises,
Haghios Constantinos, Haghia Aikaterini, Haghia Trias et de fouiller jusqu'au-dessous de leurs
fondations pour reconnaître si elles n'occupaient pas l'emplacement d'un édifice antique. J'ai
opéré des sondages et pratiqué des excavations partout où je rencontrais le plus faible indice »
(Jamot, mémoire inédit, feuillet 17).
(3) P. Boyancé, Le culte des Muses chez les philosophes grecs, Bibl. Éc. Fr. Athènes et Rome,
t. 141, 1937, p. 266.
(4) Heuzey, Mont Olympe et Acarnanie, p. 95. Paus., IX, 34, 4.
(5) Plutarque, Sylla, 17.
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Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)Έλικώνιον έ'ρνος (1), se rendit pour mourir, accompagné par les chants
harmonieux des Muses ; en souvenir de cet événement, le vallon leur fut
consacré (2). Plus tard, quand les philosophes calqueront leurs mouseia
particuliers sur des modèles plus anciens, ils les situeront, par commodité,
non loin des villes, mais en général dans des faubourgs déserts (3).
Deuxième trait significatif : dans le sanctuaire de l'Hélicon, il n'y a
point de temple. Sur ce point, le témoignage de Pausanias — tacitus
loquitur — est confirmé par la fouille : ni le portique, monument banal
entre tous dans l'architecture grecque, ni le théâtre — bien peu luxueux —
ne méritaient de figurer dans le récit du voyageur. Mais si les Muses avaient
eu un temple dans le plus fameux de leurs sanctuaires, serait-il croyable
qu'il ne l'eût point cité ? Les déesses n'avaient donc point de logis ; non
certes par indigence : richement dotées, elles comptaient parmi leurs fidèles
de puissants bienfaiteurs (4) ; mais la tradition de leur culte voulait qu'il en
fût ainsi. L'anomalie, c'est plutôt l'existence d'un temple des Muses dans
la ville de Thespies, seul ναός des Muses expressément désigné comme
tel par les textes (5). On risque donc un faux-sens à traduire — comme on
le fait souvent — μουσεΐον ou ιερόν Μουσών par les termes trop précis de
« temple des Muses ». Examinons quelques exemples.
Pythagore, débarquant à Crotone, enjoint à ses fidèles de fonder un
ιερόν Μουσών ; dociles, ceux-ci construisent le μουσεΐον demandé (6) ;
traduirons-nous « temple des Muses » (7) ? L'existence d'un ναός n'est certes
pas formellement exclue ; elle n'est pas formellement indiquée non plus,
et l'on observe que le jour où Pythagore prédit à ses disciples les troubles
politiques qui vont causer leur perte, ceux-ci sacrifient aux Muses non
point devant un temple, mais dans une oikia (8).
Lorsque Pythagore, dont on connaît la dévotion pour les Muses, termine
sa vie terrestre dans les environs de Métaponte, les Métapontins trans
forment
sa maison en temple, mais en temple de Déméter ; aux Muses,
ils consacrent seulement le στενωπός voisin, théâtre de sa disparition (9).
Et lorsque Cicéron, quelques siècles plus tard, visite le site en touriste
pieux, c'est toujours un simple « locus », remarquable par le souvenir du
sage qui y vécut, non point par un temple, dont il n'est fait mention nulle
part (10).
261.
·
.
(J) Anlh. Palal., XIV, 1, v. 1.
(2) Timée, cité par Porphyre VP, 4.
.
(3) Porphyre, De Abstinenlia 36, p. 112 (Nauck).
(4) Feyel, Polybe et l'histoire de la Béotie, Bibl. Êc. Fr. Athènes et Rome, t. 152, 1942, pp. 256-
.
;
.
.
,
.
.
.
.
(5) Ναός ού μεγάς, dit Pausanias, IX, 27, 4. Dimensions du temple, d'après Jamot : 35 m. 60 X
16 m. 80.
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(6) Jamblique VP, 45 et 50.
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(7) Carcopino, Basilique pythagoricienne de la Porte Majeure, p. 295.
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(8) Jamblique, VP, 261.
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(9) Timée, cité par Porphyre, VP 4.
(10) Cicéron, De ftnibus, V, 2, 4. Sur la traduction de στενωπός, cf. P. Boyancé, Culte des
Muses, p. 235, note 2.
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Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)A Tarente, non loin de l'agora, se voyait un « musée » à la fondation
duquel Archytas ne fut peut-être pas étranger (1). En 213 av. J.-C, tandis
que les Tarentins s'apprêtent à le trahir, Livius, gouverneur romain de
la place, donne un banquet » εν τω προσαγορευομένφ μουσείω (2) ; le
mouseion est un « lieu-dit », consacré aux Muses ; le caractère religieux n'en
était point nécessairement marqué par l'érection d'un temple.
A la nouvelle de la mort d'Euripide, Denys le Tyran fait envoyer à ses
héritiers la somme d'un talent pour acheter les reliques du poète, son
psaltérion, sa tablette à écrire, son stylet ; il les dépose ensuite dans le
« mouseion » de Syracuse (3). Ce n'est pas forcément dans le « temple des
Muses » : dans certains « mouseia », les portiques étaient préposés à la
conservation des offrandes.
En Grèce propre, le temple de Thespies demeure une exception rare :
même dans Athènes, μουσεΐον της Ελλάδος (4), les Muses ont seulement
des autels, ou doivent demander l'hospitalité à d'autres divinités (5). A
Delphes, à Olympie, Pausanias mentionne un téménos et un autel ; elles
possèdent un ιερόν à Sparte et à Trézène (6), mais Pausanias désigne
également par ce terme le Val des Muses où, précisément, on ne trouvait
pas de temple. Diodore ne dit pas non plus que les grandes fêtes célébrées
durant neuf jours par Alexandre, après sa victoire de Chéronée, dans le
mouseion de Dion, se déroulèrent devant un temple (7). Le silence de
l'écrivain ne prouve pas absolument qu'il n'y en eût point, mais il constitue
cependant une présomption en faveur de cette hypothèse, que renforcent
encore ce que nous apprennent, sur les mouseia privés, les inscriptions et
les textes.
Sous l'influence de la pensée pythagoricienne (8), certaines sectes
philosophiques et même de simples particuliers consacrèrent aux Muses un
hiéron ou un téménos, dans leurs « écoles » ou non loin de leurs tombeaux
de famille. Platon leur réserva un téménos dans le bois sacré du héros
Académos, avec un autel, diverses statues et une exèdre pour les confé
rences (9). Le testament de Théophraste contient une série de dispositions
(1) RE XVI, 1, s. v. Musai, col. 705.
(2) Polybe VIII, 25, 11 ; 27, 1. P. Wuilleumier, Tarente, Bibl. Êc. Fr. Athènes et Rome,
t. 148, pp. 151 et 249.
(3) Euripide, Vita, éd. Belles-Lettres, Paris, 1925, tome I, p. 3.
(4) Poète comique cité par Athénée, V, 187 d.
(5) Autel au bord de l'Ilissos (Paus., I, 19, 6); pour l'autel de l'Académie et le mouseion de
Théophraste, voir ci-après. Les Muses avaient leurs statues dans le temple de Dionysos Melpoménos (Paus. I, 2, 5).
(6) Olympie, V, 14, 10 ; Sparte. III, 17, 5 ; Trézène (hiéron et autel commun aux Muses et
à Hypnos), II, 31, 3 ; Delphes, Plut., De Pylh. orac, 17.
(7) Diod., XVII, 16, 3-4. C. T. Newton (A History of Discoveries ai Halicarnassus, Cnidus
and Branchidae, II, pp. 427-442, cf. I, pi. 68) décrit un curieux sanctuaire d'Apollon et des Muses
aux environs de Cnide ; là encore il ne s'agit pas d'un « temple des Muses » à proprement parler.
(8) P. Boyancé, Culte des Muses, p. 231-232, et passim.
(9) Paus., I, 30, 2; P. Boyancé, /. /., p. 266; Judeich, Topographie von Athen (2e éd.), p. 414.
Les fouilles incomplètes entreprises par P. Aristophron ont apporté peu de clarté sur la topo
graphie des lieux : BCH, LX, 1936, Chronique des Fouilles, p. 458-459 ; LXI, 1937, p. 449.
Page 24
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)précises relatives à l'usage et à l'entretien des édifices que renfermait le
mouseion péripatéticien : le στωίδιον, la κάτω στοά, le βωμός (Ι) ; il n'est
pas question d'un ναός ou d'un ναΐσκος, non plus que dans le minutieux
testament d'Epictéta (2) réglementant le culte dans le mouseion funéraire
qu'elle a construit à Théra : les héros auront chacun leur niche ou leur cha
pelle, les Muses leur autel, et la seule construction prévue dans l'enceinte
consacrée sera celle d'une στοά.
Dira-t-on que ces exemples ne sont pas convaincants parce que des
particuliers ou des thiases, même riches, pouvaient difficilement subvenir
à la construction d'un temple ? Les moyens financiers ne manquaient pas
aux fondateurs du « musée » fameux entre tous, celui d'Alexandrie. Une
phrase de Strabon (3) énumère les monuments qu'il renfermait : un
περίπατος, une exèdre, une salle pour les repas en commun. Pourquoi
Strabon n'aurait-il point nommé le temple, s'il avait existé ? Ne peut-on
penser que le Musée des Lagides, comme les musées de Platon et de
Théophraste, s'inspirait d'un modèle célèbre (4), celui de l'Hélicon, avec
lequel nous savons que les souverains d'Egypte entretenaient d'étroites
relations d'amitié (5) ? C'est, me semble-t-il, par fidélité à ce modèle qu'ils
ne construisirent point de temple aux Muses parmi tant de bâtisses
magnifiques. Quant au « mouseion » d'Antioche qui périt dans un incendie,
sous Tibère, en même temps que le Bouleutèrion et les monuments de
l'agora, il ne livra probablement aux flammes que ses portiques, sa
bibliothèque et les arbres de son bois sacré (6).
De cette rapide enquête, nous pouvons conclure que les temples des
Muses, si rarement nommés dans les textes, demeurèrent en Grèce except
ionnels.
Le monument essentiel de leurs sanctuaires, c'était l'autel.
Divinités célestes, les Muses ont un autel « haut » dont la « thymélé »
est portée par un socle à degrés (7). On a cru longtemps qu'elles répugnaient
aux sacrifices sanglants et recevaient seulement l'offrande pacifique de
grains, de gâteaux, de fleurs et d'encens (8). Il faut renoncer à cette idée
poétique ; la tradition selon laquelle Pythagore aurait sacrifié un bœuf
(1) Diog. Laërce, V, 2, 51. P. Boyancé, /. /., pp. 316-318.
(2) En dernier lieu, P. Boyancé, /. /., pp. 330-344.
(3) Strabon, XVII, 793-795.
(4) Couat, La poésie alexandrine, 1882, p. 1 1. Cette « inspiration » doit s'entendre au sens large.
Le Musée d'Alexandrie n'était pas un simple bois sacré, mais un monument imposant, analogue
au grand « musée » découvert à Ëphèse (F. Knoll, J. Keil, Forsch. in Ephesos, t. IV1, pp. 16-26).
L'absence d'un temple dans cet ensemble architectural n'en est que plus frappante.
(5) Feyel, Polybe et l'histoire de la Béotie, pp. 258-259, et Contribution à l'épigraphie béotienne,
pp. 103-117; A. Plassart, BCH, L, 1926, p. 425, n° 48 et commentaire.
(6) Malalas, Chronographia, éd. Dindorf, Bonn, p. 235. Daremberg-Saglio, DA, s. v. Muséum
(Et. Michon) avec, en note 27, la traduction de ιερόν Μουσών par Temple des Muses. Le verbe
κτισθήναι employé par Malalas indique seulement que le μουσεϊον avait reçu l'ornementation
habituelle de portiques, exèdres, salles de banquet. Cf. ci-après, p. 44, note 7.
(7) P. Boyancé, /. /.,p. 329 sqq., a bien mis en lumière le caractère céleste, et non chthonien,
des Muses, même quand elles sont associées à un culte funéraire.
(8) Decharme, Les Muses, 1869, pp. 64-65 ; Wilamowitz, Der Glaube der Hellenen, I, p. 252.
Page 25
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)aux Muses après la découverte de son fameux théorème (1) correspond à
une réalité de leur culte attestée par l'épigraphie : à Thespies, l'ancien
prêtre des Muses Λούσων Κάπωνος consacre, vers 230, un capital de
4.200 drachmes d'argent dont le revenu permet l'achat de dix à vingt
bœufs de sacrifice, tous les quatre ans, pour la fête solennelle des
Mouseia (2). Les victimes immolées étaient donc nombreuses, et ceci justifie
les dimensions relativement importantes de notre autel, devant lequel
devaient se dérouler les concours.
Sur l'étroit plateau que limitent au nord le lit raviné du Permessos,
au sud les premiers contreforts de la montagne, à l'ouest, en fond de décor,
la colonnade du portique, Jamot n'a retrouvé d'autre monument que
l'autel lui-même. Celui-ci se dressait donc au centre d'une esplanade propre
aux rassemblements, analogue à celle que l'on voit au Ptoïon à l'est de
l'autel d'Apollon et que l'on présume avoir été le « théâtre » des Ptoïa (3).
C'est là que venait se grouper, à l'origine, le public des concours ; et même
plus tard, quand le théâtre put accueillir les spectateurs des concours
scéniques, il est possible que le vénérable concours « thymélique », déclaré
au ine s. στεφανίτης, ισοπύθιος, et dont les vainqueurs avaient leur nom
transcrit sur une stèle à part (4), se soit déroulé non pas dans l'orchestra,
mais devant l'autel, comme par le passé.
Le portique et le théâtre n'appellent qu'un bref commentaire. Dans
un sanctuaire où ne figuraient ni temple ni « trésors », un portique était
nécessaire pour abriter les ex-voto que leur valeur ou leur fragilité empêc
haient d'exposer sous les arbres du bois sacré. Théophraste prescrit à
ses disciples de placer dans le « portique du bas » les cartes géographiques
consacrées aux Muses, tandis que les statues d'Aristote, de Nicomaque, et
les autres αναθήματα moins périssables pouvaient demeurer en plein air (5).
Nous avons vu que la façade du portique, dans le Val des Muses, se
terminait aux ailes par un mur plein long de 6 m. 40. On imaginerait volont
iers, à chaque extrémité de la colonnade, une chambre fermée réservée à
la conservation des offrandes, tandis que la galerie restait accessible au
public. Quant au théâtre, sa présence est amplement justifiée par la nature
des concours qui étaient célébrés dans le Val. Le théâtre de Dion, en
Macédoine (6), le « petit théâtre » ou αύλητήριον de Tarente (7) ont été
(1) Vitruve, IX, 214.
(2) Feyel, Polybe et l'histoire de la Béoiie, p. 257, renvoyant à BCH, LX, 1936, p. 178, 1. 23-27,
et pp. 396, 397 note 1.
(3) REG, LVI, 1943, p. 359 ; p. 363 note 4. Esplanade identique à Castraki, dans le sanctuaire
du Héros Ptoïos, ibid., p. 363, d'après P. Guillon, Les Trépieds du Ptoïon, Bibl. Éc. Fr. Athènes
et Rome, t. 153, pp. 152-153.
(4) Feyel, Contribution, pp. 88-132, en particulier, pp. 113-114.
(5) Cf. p. 41, note 1.
(6) Heuzey, Mont Olympe et Acarnanie, pp. 118, 122, 124-125 ; selon lui, les Muses auraient
été honorées dans le même sanctuaire que Zeus, père des muses piériennes.
(7) P. Wuilleumier, Tarente, p. 249.
Page 26
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)rrattachés — par hypothèse, mais avec vraisemblance — aux mouseia de
ces deux villes.
L'autel, le portique et le théâtre sont tous trois d'époque hellénistique
et contemporains des monnaies les plus anciennes trouvées dans la fouille,
drachmes d'argent de la confédération béotienne portant au droit la tête
de Perséphone, au revers un Poséidon au trident (1). Il est improbable
qu'ils aient succédé à d'autres édifices dont pas une pierre, pas un fragment
de terre cuite architectonique n'aurait subsisté, enfoui dans la terre ou
utilisé en remploi. Sommes-nous vraiment dans le sanctuaire archaïque des
Muses Héliconiades auxquelles Hésiode offrit le trépied gagné au concours
de Chalcis ? (2). Leur culte ne fut-il point célébré d'abord dans une clairière
voisine du sommet de la montagne, autour de ce puits où l'on s'accorde à
reconnaître le site de la fontaine Hippocrène ? (3). On pourrait se poser
la question si Jamot n'avait exhumé, non loin de l'autel semble-t-il (4),
un lot d'aryballes corinthiens et de skyphoi béotiens à figures noires, des
figurines de terre cuite archaïques et peut-être même géométriques (5),
premiers témoignages de piété que nous trouvions dans le Vallon (6).
Puisque l'ancienneté du culte est attestée, mais non point celle des édifices,
nous devons nous représenter le sanctuaire, avant le nie siècle, comme
plus simple encore que nous ne l'imaginions : ni portique, ni théâtre, un
simple autel sans doute ; à l'entour, sous les arbres, les statues de marbre ou
de bronze, et, suspendues aux branches, les humbles offrandes de terre cuite,
vases et statuettes. Puis, dans la deuxième moitié du nie siècle, la réorgani
sation
des concours et la campagne de propagande en leur faveur entreprises
par les Thespiens produisent les résultats escomptés (7) : de Grèce et d'Asie
Mineure les artistes viennent participer aux Mouseia ; les Muses
s'enrichissent de subventions et donations de toutes sortes. Il devient
indispensable d'adapter le sanctuaire aux besoins de sa nouvelle célébrité,
et l'on a les moyens de le faire : on construit un autel monumental, un ou
deux portiques, un théâtre rustique, sans gradins de pierre en souvenir
de l'ancienne simplicité. Peut-être les musées des philosophes, avec leurs
(1) BCH, XLVI, 1922, p. 295, n° 196, 2, n. 4.
(2) Paus., IX, 31, 3.
(3) Paus., IX, 31, 3. Decharme, Notice sur les ruines de VHiéron des Muses, Arch. Missions
Scientifiques, 2e série, t. IV, pp. 177-178. Au sommet de la pente, la chapelle en ruine
d'Haghios Ilias marquerait l'emplacement d'un ancien lieu de culte. Cf. Plassart, BCH, L, 1926,
pp. 385-387 ; A. R. Burn, Helikon in History, ABSA XLIV, 1949, p. 323.
(4) C'est du moins ce que je conclus de l'indication donnée par De Ridder (BCH, 1922,
pp. 287-290) pour le lieu de trouvaille : « Haghia Triada », et non, comme ailleurs, « Vallon des
Muses ».
(5) De Ridder, l. L, pp. 288-290, n0· 145-149, 151 ; 298-300, n°» 197-201 ; 302, n° 205 ;
303, n°* 211-213.
(6) Les « quelques débris d'idoles plates en galette, décapitées, munies de courts moignons
horizontaux » (ibid., p. 298, note 3) sont d'un type qui remonte à l'époque géométrique, mais se
maintient en Béotie jusqu'au vie s. Il faudrait pouvoir examiner les originaux pour les dater.
Cf. l'article de Jamot dans BCH, XV, 1890, pp. 204-223, pi. XIII-XIV.
(7) Cf. ci-dessus p. 42, note 4.
Page 27
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre).
44
portiques et leurs lieux de réunions nécessaires à l'activité de leurs écoles,
servent-ils à leur tour de modèle au sanctuaire dont ils s'étaient inspirés.
Quand s'achevait la période brillante des concours, le vallon offrait
au sage un asile de calme. Plutarque, fuyant Thespies en fête « comme une
terre ennemie » vient « camper auprès des Muses » et philosopher en paix
dans les bois (1). Ainsi voyait-on, à Crotone, Pythagore fuir les divertiss
ements
du monde auprès du Mouseion dans lequel il devait mourir. Imitant
cet illustre exemple, les disciples de Platon construisirent de petites cabanes
à proximité de leur mouseion et placèrent leurs méditations sous le patro
nage des neuf déesses (2). Selon Pausanias qui les vit, des hommes habitaient
tout autour du Vallon sacré : étaient-ils uniquement, comme on l'a dit,
des prêtres et des serviteurs retenus par leurs fonctions près du sanctuaire
qu'ils desservaient (3) ? Dans la solitude du bois, « véritable gymnase de
la sagesse », au bord du « ruisseau de la tranquillité » (4), ces personnages
venaient peut-être simplement faire retraite et chercher le climat nécessaire
à la naissance de l'inspiration ou au développement de leur pensée : « Ο
rectam sinceramque vitam », s'écriait Pline dans ses jardins de Laurentinum, « ο dulce otium honestumque ac paene omni negotio pulchrius, ο
mare, ο litus, verum secretumque μουσεΐον, quam multa invenitis, quam
multa dictatis » (5). Parce qu'il unissait aux charmes de la nature les
raffinements de l'art humain, et qu'en profitant des agréments de la cam
pagne on pouvait converser à son aise et contempler sous les ombrages le
véritable « musée » que formait la collection des offrandes, le célèbre Vallon
des Muses, orné par Sylla, protégé par Auguste (6), ne fut pas sans influencer
la conception des jardins romains, soit directement, soit par l'intermédiaire
des «jardins philosophiques» dont il était lui-même le modèle. Cicéron
avait à Tusculum son Académie et son Lycée, Varron son μουσεΐον au
confluent de deux ruisseaux (7). Lorsque de riches amateurs disséminèrent
dans leurs jardins, sous les futaies, des ensembles de statues, portraits de
philosophes ou de poètes, chasses à nombreux personnages, Orphée
charmant les animaux, la ressemblance avec le μουσεΐον de l'Hélicon
.
(1) Plutarque, Amat., 179 b-c.
(2) Diogène-Laërce, IV, 3, 5. .
.
.
(3) Decharme, Les Muses, p. 53.
(4) Plutarque, fragments, éd. Bernardakis, VII, 19.
(5) Pline, Episl., I, 9, 6.
(6) A. Plassart, BCH, L (1926), pp. 436-438, 447-451.
(7) P. Grimai, Les jardins romains, Bibl. Ëc. Fr. Athènes et Rome, 1943, t. 155, pp. 380-392.
Dans son chapitre sur les apports helléniques (pp. 69-104), M. Grimai a justement souligné
l'influence qu'ont exercé les jardins et les bois sacrés de la Grèce, ou ses «jardins philosophiques»,
sur la conception romaine du jardin. Mais ces jardins philosophiques s'inspiraient eux-mêmes
des μουσεία helléniques qui ont été, par conséquent, Jes prototypes. M. Louis Robert (Hellenica IV,
pp. 5-34, en particulier pp. 29 sqq.) a décrit, d'après une épigramme, le Mouseion d'Ampelios à
Ëgine, bon exemple de ces jardins « où venait se reposer et se distraire savamment un proconsul
d'Achaïe lettré du ive siècle ».
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Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)devint plus frappante encore (1), et l'on comprend pourquoi le terme de
« musée » put facilement passer de sa signification première à celle que nous
lui donnons aujourd'hui : c'est que ce mot n'évoquait point pour les anciens
l'image d'un temple, mais celle d'une collection d'objets d'art et de reliques
dans un bois qu'emplissaient de divines présences.
Appendice : La tour d'Ascra
Pyramide rocailleuse et désolée, couverte de buissons rabougris, l'acropole
d'Ascra (2) se dresse à droite de la route qui conduit au sanctuaire des Muses,
couronnée par la tour que vit Pausanias (cf. fîg. 2). Lorsqu'on gravit — lorsqu'on
escalade plutôt — ces pentes abruptes, les vers bien connus d'Hésiode reviennent
en mémoire et l'on comprend la sévérité du poète pour sa patrie d'adoption. Mais
cette butte inconfortable, exposée à tous les vents, est un point stratégique admira
blement situé. Bien défendue par ses escarpements naturels, elle surveille au sud
la vallée du Permessos, à l'est celle du Thespeios jusqu'aux pentes du Githéron,
tandis qu'au nord, par l'échancrure d'une vallée qui descend sur Haliarte, la vue
embrasse une grande partie de la plaine béotienne et du lac Copaïs, fermé par la
chaîne montagneuse dans laquelle on distingue le rocher à pic du Ptoïon. Ascra
détruite, il était normal qu'on utilisât son emplacement comme poste de guet.
Le sommet de la montagne est occupé par un fortin de plan très simple ; un
mur d'enceinte en forme d'ellipse orientée d'ouest en est, et dont le grand axe est
long de 150 mètres au plus, se raccorde, à l'ouest, à la tour qui occupe le point
culminant, et s'ouvre à l'est par une poterne unique, large de 1 m. 45, sur le versant
le moins abrupt que devait emprunter le chemin antique.
Le mur d'enceinte, construit de façon sommaire, a mal résisté à l'éboulement.
Sa hauteur actuelle atteint rarement 1 mètre, mais on en suit le tracé sans difficulté.
L'appareillage (fîg. 20) — polygonal si l'on veut, mais négligé — ■ rappellerait
d'abord moins un rempart qu'une mandra moderne de berger. Cependant, l'épais
seurdu mur, 4 m. 50 en bordure de la poterne, ne permet pas d'hésiter sur son
caractère de fortification. D'autres indices, qui seront exposés ci-après, montrent
que ces fortifications sont antiques. Le mur, dont l'épaisseur considérable compens
ait
la fragilité relative de l'appareillage, pouvait jadis s'élever à bonne hauteur,
couronné sans doute non point par des créneaux qui exigent l'ajustage d'une
maçonnerie précise, mais par une palissade de pieux (χάρακα, σταύρωμα).
En complet contraste avec l'enceinte, la tour carrée (7 m. 70 de côté) dresse
encore sur une hauteur de 13 assises le bel appareil de ses murs (fîg. 21). Les blocs,
extraits sur place dans une carrière dont on voit l'emplacement presque au pied
de la tour, sont disposés par assises horizontales, parfois décrochées, et taillés à
(1) Cf. P. Grimai, l. l., pp. 361-365. Pausanias a vu, dans le vallon des Muses, un groupe de
statues représentant Orphée charmant les animaux, groupe familier du « paysage littéraire » dans
les jardins romains.
(2) Bibliographie dans RE, II, 2, s. υ. Askra.
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Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)Fig. 20. — Ascra : détail du mur d'enceinte.
Fig. 21. — Ascra : la tour.
70
Fig. 22. — Ascra : appareil de la tour.
Fig. 23. — Ascra : plan de la tour.
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Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)joints tantôt verticaux, tantôt, mais plus rarement, biais. Le parement des blocs,
laissé quasi brut, est bombé, dressé au même aplomb seulement aux quatre angles
de la tour par une feuillure verticale (fig. 22). La porte (ht. actuelle 2 m. 40; largeur
0 m. 88) ouvre à l'est, vers l'intérieur de l'enceinte, à 1 m. 10 au-dessus, du niveau
du sol. A cette hauteur, il faut ajouter celle du seuil disparu qui réduisait à
1 m. 90^f la hauteur de la baie et haussait à 1 m. 60^f le niveau du passage. On
connaît des exemples de tours dont la porte, par mesure de précaution, n'était
accessible qu'au moyen d'une échelle facile à lever en cas de danger (1). Tel n'est
pas le cas ici, semble-t-il : cette dénivellation de 1 m. 60, trop faible pour défier
l'escalade, était apparemment rachetée par un remblai formant, en avant du seuil,
une rampe d'accès ou une sorte de perron, et retenu par un soutènement appareillé
comme l'enceinte. Les restes de ce mur sont visibles au milieu et à droite de la
figure 21.
La porte franchie, on trouve un corps de garde rectangulaire (2 m. 36 X 5 m. 70 ;
fig. 22) à demi comblé par les blocs éboulés ; un escalier de pierre, dont trois
marches sont encore en place le long de la paroi sud, conduit à l'étage. La partie
de la tour comprise entre le corps de garde et le mur ouest, soit les deux-tiers de
sa surface les plus exposés parce qu'en saillie sur le mur d'enceinte, était comblée
par des moellons compartimentés au moyen d'un mur de refend sommaire ; on
évitait ainsi que ce blocage sans cohésion n'exerçât de l'intérieur sur les parois de
la tour des pressions dangereuses. Un plancher commun recouvrait ce socle et
formait le plafond du corps de garde. Nous ignorons si ce premier étage était su
rmonté
par un second.
Il serait intéressant de pouvoir dater le fortin. Le bel appareil de la tour,
avec ses feuillures d'angles, est d'un emploi courant à partir du ive siècle et durant
toute l'époque hellénistique. Nous ne pouvons espérer aucune précision de ce
côté. Quant au mur d'enceinte, après avoir douté de son antiquité, on se demande
si son étroite poterne n'aurait pas vu passer Hésiode regagnant péniblement
Γοϊζυρή κώμη. En fait, il faudrait l'ajouter à la liste de ces murs en pierres sèches
que R. Scranton a rejetés en appendice à la fin de son étude sur les murs grecs,
faute de pouvoir les situer quelque part entre la préhistoire et l'époque médiévale (2)
si, dans ce cas précis, divers indices ne laissaient supposer que le mur est, au plus
tard, contemporain de la tour carrée. Les particularités de cette tour, le renforc
ement
de son côté ouest, la place de la porte à l'est, sur le côté le moins facile à
défendre, s'expliquent seulement en fonction de l'enceinte, préexistante ou prévue
dans le plan de défense. Enfin, s'il ne s'agit pas d'une coïncidence fortuite, la
place dj petit mur de soutènement, appareillé comme l'enceinte, devant la porte
de la tour, donnerait la preuve que l'ensemble du fortin fut construit d'un coup,
à la même époque. De simples raisons d'économie, ou la nécessité de faire vite sous
la menace du danger suffisent à expliquer les différences de construction : on ne
(1) E. g. à Aigosthènes, JHS 15 (1895), p. 316.
(2) Scranton, Greek Walls, p. 16 et fig. 2, pp. 145-148 et 184-185. Sur la tendance à dater trop
haut certains murs pour la simple raison qu'ils sont polygonaux ou mal appareillés, cf. les observa
tions
de H. Seyrig, BCH, LI, 1927, pp. 353-369 pour Samothrace, et, pour la Béotie, de P. Guillon,
Les Trépieds du Ptoïon, pp. 196-201.
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Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)peut concevoir une tour élevée sans un appareillage précis, garant de sa stabilité.
En revanche le mur d'enceinte massif, juché sur un escarpement et assis sur le roc,
donc à l'abri des machines et des sapes, opposait à l'assaillant, que la raideur des
pentes mettait déjà en état d'infériorité, un obstacle suffisant, en pierre comme
les fortifications des forteresses permanentes, mais apparenté, par son mode de
construction hâtif et par son plan, aux retranchements provisoires de campagne.
A mi-chemin entre le τείχος et le χώμα, il suit un tracé arrondi selon les préceptes
donnés par Lycurgue aux Lacédémoniens pour l'établissement des camps (1).
A qui attribuer la construction du fortin ? Il se rattache évidemment au système
défensif de Thespies dont il surveille et verrouille les accès par l'ouest. Fut-il
l'œuvre des Lacédémoniens désireux de maintenir à Thespies une solide base de
départ dans leur lutte contre Thèbes (2) ? Prononcera-t-on le nom d'Épaminondas,
grand constructeur de fortifications? On ne saurait échafauder que des hypothèses.
(1) Xénophon, Lac, 12.
(2) Agésilas fortifia Thespies contre Thèbes : Xénophon, Hell., V, 41.