Afficher le texte intégral41 pages
Page 1
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)31-08-13 12:36
est
“
TALL
A „x -
2 non SS
NN.
Publications de
l'École
française de
Rome
Appius Claudius Caecus
La République accomplie
Michel Humm
Bibliothèque des Écoles françaises d’Athénes et de Rome
eee
En partant du rôle-clé joué par Appius Claudius Caecus, cette étude renouvelle la vision de l’histoire
sociale, institutionnelle et culturelle de la Rome médio-républicaine (fin IVe — début Ille siècle av. J.-C.).
L’époque à laquelle se situe l’activité publique de ce personnage correspond en effet à un moment essentiel
de l’histoire de la Rome républicaine, lorsque le vieux conflit patricio-plébéien cède la place à une forme de
consensus politique qui s’est constitué autour des valeurs co...
Wo
5
—
-WRLEE N. SHE
N
D A PRIS
-
LAAD: US
CRE Su SG
Éditeur : Publications de l’École francaise de Rome
Collection : Bibliothèque des Écoles françaises d’Athénes et de Rome
Année d’édition : 2005
Publication sur OpenEdition Books : 23 mai 2013
ISBN : 9782728306824
Nombre de pages : X-779 p.
Avant-propos
Page 2
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)31-08-13 12:38
Publications de
l’École
française de
Rome
Appius Claudius Caecus | Michel Humm
Chapitre 10. L’hellénisme
d’Appius Claudius Caecus
p. 483-540
Texte intégral
1
Dans l’historiographie contemporaine, la question de l’hellénisme d’Appius Claudius est
en fait intimement liée à l’image que l’on se fait du personnage et de son œuvre. B. G.
Niebuhr estimait qu’un caractère comme celui d’Appius Claudius n’aurait pas étonné en
Grèce, mais qu’il paraissait étranger dans l’histoire romaine, et Th. Mommsen considérait
que ce personnage incarnait « la pensée même du progrès » et le voyait « hardi et
impertinent à l’égal d’un Athénien » : par lui, « l’individualité grecque » aurait commencé
à « se faire jour à Rome », et l’historien le comparait à Clisthène et à Périclès1. A. G.
Amatucci et P. Lejay ont vigoureusement réagi contre cette image d’un Appius Claudius
hellénisé : dans l’atmosphère brûlante des nationalismes européens qui accompagna la
formation de l’unité italienne et le premier conflit mondial, il n’était pas possible à ces
historiens d’imaginer qu’un « Grand homme » comme le censeur Appius Claudius ait été
autre chose qu’un pur produit national du « génie romain »2. Mais dans les grandes
Page 3
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)31-08-13 12:38
synthèses historiques tout comme dans les monographies sur Appius Claudius Caecus,
l’appréciation de la part de l’hellénisme dans l’œuvre du personnage laisse en général une
trop grande place à l’analyse subjective, et repose souvent sur des impressions générales
d’une faible valeur scientifique. Nous avons déjà vu plus haut les contacts privilégiés
qu’Appius Claudius entretenait avec la Campanie, et les liens très étroits qui devaient
l’unir à l’aristocratie campanienne, déjà fortement hellénisée dans ses goûts et son mode
de vie3. Mais l’« hellénisme d’Appius Claudius » se laisse également approcher à partir de
certains aspects idéologiques de son œuvre religieuse et édilitaire, par les talents de grand
orateur que lui prête la tradition historiographique romaine, ainsi que par certaines
particularités de son œuvre littéraire.
1 – LA CONSTRUCTION DE LA VIA APPIA ET DE L'AQUA
APPIA
L’éponymie de la via Appia et de l'aqua Appia
2
3
En-dehors des grandes réformes institutionnelles liées au Sénat, aux chevaliers et aux
comices, la censure d’Appius Claudius en 312 fut également marquée par l’organisation
des premiers grands travaux publics placés sous la direction des censeurs : il s’agit de la
construction de la première grande route romaine, la via Appia, et du premier aqueduc
destiné à approvisionner la Ville en eau, l’aqua Appia4. Les deux réalisations portent,
pratiquement pour la première fois dans l’histoire de la République, le nom (Appius) de
leur constructeur5 : cette pratique deviendra courante par la suite, mais à la fin du IVe
siècle, il s’agit d’une innovation qui est liée à la forte personnalité et au rôle déterminant
de l’initiateur de ces projets. En fait, les seuls précédents sont fournis par la columna
Maenia ainsi que par les Maeniana construits en 318 sur le Forum, à côté du Comitium,
par le censeur C. Maenius6. Le fait de donner le nom de son constructeur à un monument
public (c’est-à-dire financé par l’argent public) a naturellement une fonction honorifique,
au même titre, par exemple, que l’érection d’une statue honorifique sur décision du Sénat
ou d’une assemblée du peuple. Or à la fin du IVe siècle, l’apparition à Rome de monuments
éponymes peut-être mise en rapport avec la pratique de l’éponymie dans le monde
hellénistique.
Appius Claudius n’a d’ailleurs pas seulement donné son prénom à la route et à l’aqueduc
qu’il a fait construire, mais aussi au bourg installé au 43e mille de la via Appia : Forum
Appi (voir supra p. 138, fig. 4). G. Radke a souligné avec justesse que ces fora semblent
toujours avoir été construits au moment de la construction de la route, ce qui explique
qu’ils aient généralement reçu le nom de leur constructeur : Forum Appi doit donc son
nom également à Appius Claudius Caecus7. Via Appia, aqua Appia, Forum Appi :
l’identification systématique de ces grandes réalisations édilitaires à leur constructeur
évoque en fait davantage l’évergétisme d’un monarque hellénistique que l’austère mos
maiorum d’un aristocrate romain… Le fait qu’un membre de l’aristocratie romaine ait pu,
pour la première fois, donner son nom (et même son prénom8) à des monuments publics
qu’il a fait construire, révèle à la fois la force de sa personnalité et l’introduction à Rome
de mœurs politiques nouvelles9 : quelques années plus tôt, Philippe de Macédoine et
Alexandre le Grand donnaient leurs noms à des villes qu’ils avaient fait construire…
Une statua diademata d’Appius Claudius à Forum Appi ?
4
Un autre indice du caractère « hellénistique » de cette route, et surtout de son
constructeur, figure dans le témoignage controversé de Suétone (Tibère, II, 5) qui indique
qu’un Claudius Drusus, statua sibi diademata ad Appi Forum posita, Italiam per
clientelas occupare temptavit. Depuis Th. Mommsen, beaucoup ont voulu reconnaître
dans ce Claudius le censeur qui a fait construire la route ainsi que le forum du 43e mille10.
L’école « hypercritique » a cependant considéré l’existence de cette statue d’Appius
Page 4
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)7
31-08-13 12:38
Claudius Caecus couronnée par un diadème comme une information hautement suspecte,
et a voulu y voir l’œuvre de l’historiographie tardive, d’autant que le cognomen Drusus
dont on a affublé ce Claudius n’a été porté que tardivement, et par les parents maternels
de Tibère11.
Pourtant, la « critique interne » du texte de Suétone, si on l’accepte tel qu’il nous est
parvenu, ne plaide pas forcément en faveur d’une fabrication historiographique
délibérément malveillante ou d’une confusion avec un Claudius bien plus tardif. En
écrivant Claudius Drusus, l’historien pourrait bien avoir eu à l’esprit la figure d’Appius
Claudius Caecus, ou éventuellement celle de son fils : l’exemplum de la statua diademata
s’insère en effet dans une double série d’exempla diversa concernant les Claudii et
toujours cités dans l’ordre chronologique. Parmi les exempla positifs, on trouve Appius
Caecus qui fit rompre les négociations avec Pyrrhus, Claudius Caudex qui chassa les
Carthaginois de Sicile et Claudius Néron qui écrasa Hasdrubal ; parmi les exempla
négatifs, on rencontre Claudius Regillanus, le décemvir qui chercha à violer Virginie,
Claudius Drusus qui se fit élever la statua diademata à Forum Appi et Claudius Pulcher
qui jeta les poulets sacrés à la mer : or les seuls Claudii capables de s’être fait élever une
statue diademata à Forum Appi et ayant vécu entre Appius Claudius le décemvir et
Claudius Pulcher ne peuvent être qu’Appius Claudius Caecus ou son fils aîné Appius
Claudius Russus (ou Rufus)12. Quant au surnom Drusus, s’il ne s’agit pas d’une confusion
de copiste avec des mots comme rursus (cf. Mommsen), Crassus (cf. Hirschfeld) ou
Russus (pour Rufus, cf. Ihm), il peut s’agir d’une erreur de Suétone lui-même : peu après
ce célèbre passage, l’historien explique en effet de façon assez confuse que la mère de
Tibère descendait à la fois de Livius Drusus et d’Appius (sic, au lieu de Publius !) Pulcher,
lui-même fils d’Appius Caecus (Tib., III, 1). La mention de Claudius Drusus ne peut donc
être qu’une erreur de la tradition manuscrite ou une confusion involontaire de la part de
Suétone, à moins d’imaginer que l’historien n’ait délibérément voulu flétrir la famille de la
mère de Tibère, tout en se faisant l’écho d’une notice, peut-être d’origine antiquaire, qui
évoquait l’existence d’une statue diademata à Forum Appi…
L’historicité de la statue diademata de Forum Appi et surtout son attribution à Appius
Claudius Caecus restent donc indémontrables, mais la vraisemblance historique de cette
anecdote peut être vérifiée si celle-ci est resituée dans le contexte socio-culturel de
l’époque. La présence à Forum Appi d’une statue représentant le constructeur de la route
à laquelle celui-ci a donné son nom est en soi peu étonnante : les travaux de T. Hölscher
notamment ont montré que depuis la deuxième moitié du IVe siècle, les membres de la
nobilitas romaine ont pris l’habitude de multiplier les statues honorifiques des grands
personnages de la République, dans lesquelles ils voyaient l’expression de leur gloria et de
leur virtus13. Or Th. Mommsen a justement essayé de montrer que l’attribution du nom du
constructeur à un édifice ou à un lieu public est un honneur qui se rattache au ius
imaginum14. L’existence d’une statue d’Appius à Forum Appi, au bord de la via Appia,
pourrait par conséquent être corroborée par le nom que le constructeur a donné aussi
bien à la route qu’au bourg du 43e mille : la statue honorifique et l’éponymie seraient ainsi
indissociables…
Reste le problème de la représentation du diadème : spontanément, l’historien moderne
aurait plutôt tendance à croire à un anachronisme, sinon à une affabulation anticlaudienne. Pourtant, les représentations du diadème ne sont pas rares à Rome dès le
début du IIIe, voire la fin du IVe siècle av. J.-C. : des diadèmes servent en effet de motifs
décoratifs à des plats en céramique à vernis noir (ou brun-roux), appartenant au groupe
des céramiques dites « de Genucilia », découverts dans la nécropole de l’Esquilin et datant
précisément de cette époque ; de même, une statuette en terre cuite datant de la même
époque et provenant selon toute probabilité du milieu artistique tarentin représente un
buste féminin dont la tête est couronnée d’un diadème15. Bien plus, il semble bien que la
statue de Marsyas découverte à Paestum porte également le diadème (pl. IX)16 : or M.
Torelli et F. Coarelli ont montré qu’il s’agit de la représentation exacte du Marsyas qui se
Page 5
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)31-08-13 12:38
trouvait sur le Comitium du Forum Romain et qui a dû y être placé par C. Marcius
Censorinus, tribun de la plèbe en 311 et censeur pour la première fois en 294 (le choix de
Marsyas s’expliquerait d’ailleurs par une « pseudo-étymologie » qui cherchait à lier la
gens Marcia à ce silène)17.
Il reste que le port du diadème par un aristocrate romain (ou sa représentation figurée) à
la fin du IVe siècle prendrait, si l’information s’avérait exacte, une dimension éminemment
politique qui ne pourrait se comprendre que dans une perspective culturelle bien plus
large : celle de l’introduction volontaire, de la part de certains éléments de l’aristocratie
romaine, de nouveaux modèles de référence et d’un nouveau code de valeurs empruntés à
une « civilisation hellénistique » qui irradie alors brutalement l’ensemble du bassin
méditerranéen18. Ainsi, lorsqu’Appius Claudius Caecus achevait la construction de sa
route, vers 307 ou 306, Antigone le Borgne et Démetrios Poliorcète adoptèrent le port du
diadème, bientôt suivis par Ptolémée, Séleucos, Lysimaque et Cassandre19 ; seul Agathocle
de Syracuse le refusa, tout en instaurant un pouvoir monarchique d’inspiration
hellénistique20. Et c’est pratiquement au même moment qu’Appius Claudius Caecus est
censé s’être fait représenter par une statue diademata, à moins qu’il ne s’agisse de son fils
aîné Claudius Russus, quelques années plus tard…
Des techniques de construction empruntées au monde grec ?
9
10
Le caractère « hellénistique » de la via Appia se laisse en fait deviner à travers d’autres
indices encore21. Certes, la part du « modèle hellénistique » dans la construction de la via
Appia est difficile à préciser : les Grecs ont en effet peu construit de routes et ont
généralement privilégié le transport et les déplacements par mer ; même s’il existait un
réseau de routes terrestres en Grande-Grèce, le terme de « route » reste cependant bien
ambitieux pour désigner de simples pistes qui empruntaient de « larges vallées
caillouteuses » ou des « gorges étroites et sauvages » qui étaient à peine aménagées22. Les
seuls exemples de routes construites « en dur » sont les voies sacrées qui unissaient
certaines cités au sanctuaire qui se trouvait à la limite de leur territoire23. Quant à l’empire
d’Alexandre, il ne fit qu’hériter du réseau routier des Perses24. Cependant, Philippe II a
sans doute construit et aménagé une route en Macédoine orientale en direction de la ville
de Philippes, à l’emplacement de la future via Egnatia, comme le montrent des
inscriptions de bornes routières du IVe siècle trouvées sur place25. Le milliaire de Posta di
Mesa, qui date probablement du milieu du IIIe siècle, aurait ainsi un antécédent grec et
fournit au moins un terminus ante quem pour ce type d’équipement, même si rien
n’indique que la via Appia fut jalonnée de milliaires dès sa construction26. T. Pekary a
supposé que les Romains avaient découvert les routes macédoniennes lors de la guerre
contre Antiochos III, en 190 av. J.-C, et qu’ils en auraient rapporté l’idée de construire les
premières routes romaines jalonnées de bornes milliaires27. Si l’archéologie et la
cohérence historique empêchent absolument d’accepter la chronologie basse de T. Pekary,
le « modèle » est peut-être le bon et on peut penser qu’Appius Claudius Caecus ou ses
successeurs immédiats ont pu vouloir donner à « leur » route l’allure d’une grande route
royale macédonienne.
La construction de la via Appia à la fin du IVe siècle a nécessité la réalisation d’un certain
nombre d’innovations techniques, dont certaines peuvent apparaître rétrospectivement
comme de véritables prouesses technologiques pour l’époque28. La principale innovation
technique liée à la construction de la via Appia réside en fait dans les deux longs tracés
rectilignes que suit la route, d’abord sur une distance de 23 kilomètres depuis la sortie de
Rome jusqu’à Aricie, puis sur 61 kilomètres à travers la plaine pontine depuis Genzano
jusqu’à la pointe du mont Leano, à proximité de Terracine. Il semble bien qu’on ait mal
mesuré jusqu’à présent l’importance de cette innovation, et surtout la prouesse technique
qu’elle suppose, même si on a pris l’habitude d’y voir le modèle qui sera par la suite suivi
par la plupart des routes romaines à travers l’Empire29. Le tracé rectiligne de la via Appia,
en négligeant les difficultés topographiques, distingue cette route des routes au tracé plus
Page 6
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)31-08-13 12:38
ancien, comme la via Ardeatina ou la via Laurentina, dont les parcours tortueux sont
précisément dus à l’adaptation aux conditions naturelles du terrain, de façon à éviter au
maximum la construction d’ouvrages artificiels (terrassements, ponts, etc.)30. La
construction de la via Appia, et surtout l’élaboration de ses longs tracés rectilignes,
supposait bien sûr de la part des ingénieurs romains une remarquable maîtrise technique,
mais aussi, plus fondamentalement, une démarche déjà mise en avant par certains
auteurs grecs et rappelée par F. Castagnoli : « l’imposizione di un disegno razionale a
costo di arditi superamenti di difficoltà naturali »31.
Techniquement, la construction des deux longs tracés rectilignes de la via Appia, d’abord
à travers la campagne romaine, puis à travers la plaine Pontine, n’est certainement pas
une réalisation aussi simple qu’on a tendance à l’imaginer aujourd’hui, surtout en
l’absence de tout instrument moderne de télémétrie. Nous avons pu montrer récemment,
à la suite d’une étude de G. Tibiletti sur les procédés de limitation employés par les
arpenteurs romains, que ceux-ci pouvaient tracer des routes rectilignes en appliquant le
théorème de Pythagore à l’utilisation de la groma32 : pour définir les différents points de
station de la groma le long de l’axe à tracer, il fallait diviser cet axe en courts segments à
l’intérieur desquels l’utilisation de la groma ne posait pas de difficulté de visée, et vérifier
l’orientation de ces segments en les inscrivant à l’intérieur d’autant de rectangles dont ils
devenaient la diagonale (et donc l’hypothénuse d’un triangle rectangle) (Figure 8) ; en
connaissant le théorème de Pythagore, les arpenteurs romains pouvaient vérifier
l’orientation de l’axe en mesurant chacun de ces segments utilisés comme autant
d’hypothénuses33.
Fig. 8 : Exécution du tracé rectiligne d’une route avec une groma ; d’après de G. Tibiletti,
dans RSA, 2, 1972, p. 87-96, fig. 1-2.
12
À partir du « cas Biterrois », M. Clavel-Lévêque a montré que la construction des routes
rectilignes romaines est liée aux techniques de cadastration, et résulterait de l’application
de principes mathématiques pythagoriciens34. Or, les études menées par M. Cancellieri
dans la plaine Pontine, et W. Johannovsky dans l’ager Falemus, ont précisément montré
que dans ces régions, le quadrillage de l’espace rural par la centuriation romaine est
antérieur à la construction de la route et de son tracé rectiligne35 : l’établissement de celuici a donc dû s’appuyer sur un quadrillage préexistant, selon le principe démontré par G.
Tibiletti et en application des théories mathématiques étudiées par M. Clavel-Lévêque.
Autrement dit, les arpenteurs romains de la fin du IVe siècle n’auraient pas été capables de
réaliser les longs tronçons rectilignes de la via Appia s’il n’y avait pas eu une centuriation
préexistante, et s’ils n’avaient pas eu connaissance des mathématiques pythagoriciennes
venues de Grande-Grèce36 : la connaissance et surtout l’utilisation du théorème de
Pythagore à Rome dès la fin du IVe siècle pourraient ainsi fournir un indice
Page 7
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)31-08-13 12:38
supplémentaire qui confirmerait l’influence du pythagorisme à Rome à cette époque,
notamment chez un personnage comme Appius Claudius Caecus37.
Quant à la construction de l’aqua Appia, nous ne disposons que de très peu
d’informations archéologiques, car seule une partie du tronçon urbain a été retrouvée, de
la porte Capène au Forum Boarium, en passant par le pied de l’Aventin38. D’après Frontin,
le tronçon extra-urbain de l’aqueduc était en fait souterrain : la construction de l’aqua
Appia semble ainsi s’être inspirée de la technique des cuniculi depuis longtemps maîtrisée
par les paysans du Latium39, ou de la science étrusque des canaux de draînage, révélée
actuellement par les fouilles menées à Musarna40. Mais si, pour la construction de
l’aqueduc, on a d’abord utilisé des techniques hydrauliques locales, le projet qui aboutit à
sa réalisation avait nécessairement une dimension politique qui a pu s’inspirer d’exemples
extérieurs. La nécessité d’un approvisionnement régulier en eau était naturellement liée à
la croissance démographique qu’a connue la ville de Rome au cours de la seconde moitié
du IVe siècle, et les quartiers de l’Aventin et du Forum Boarium étaient peut-être déjà
parmi les plus peuplés41 : l’initiative du censeur Appius Claudius, prise apparemment sans
en référer au Sénat, n’est peut-être pas sans rapport avec sa volonté d’intégrer les plus
humbles (humiles) dans le corps civique, dans le prolongement des grandes réformes
institutionnelles de la fin du IVe siècle42. Mais l’idée qu’une ville importante devait
disposer d’un équipement hydraulique afin d’assurer son approvisionnement en eau, mais
également pour jouer un rôle dans l’image que l’on voulait donner de la Ville, s’est
développée à l’époque hellénistique notamment à Priène, Magnésie du Méandre, Éphèse
et Alexandrie43, et Rome a pu trouver à la fin du IVe siècle son exemple le plus proche à
Syracuse44 : la ville grecque disposait de trois aqueducs souterrains, dont le Galermi qui
fut probablement construit par Denys l’Ancien ou par Timoléon45. Les contacts de Rome
avec Syracuse au IVe siècle n’étaient d’ailleurs pas inexistants, notamment dans le
domaine édilitaire46, et il n’est pas impossible, comme nous le verrons plus loin, que
l’exemple d’Agathocle ait pu jouer un rôle dans certaines initiatives d’Appius Claudius47.
Evergétisme et clientélisme
14
15
La construction de la via Appia et celle de l’aqua Appia firent donc toutes deux partie du
programme édilitaire d’Appius Claudius Caecus, et peuvent difficilement être dissociées :
l’ensemble de cette oeuvre édilitaire, comme l’avait déjà vu Diodore de Sicile, apparaît
comme la manifestation d’une ambition personnelle destinée à laisser de son auteur
l’image d’un bienfaiteur non seulement pour sa propre clientèle, mais aussi pour
l’ensemble de la communauté civique48. Autrement dit, la construction de la via Appia et
de l’aqua Appia serait l’une des premières manifestations de l’« évergétisme romain » tel
qu’il a été défini par P. Veyne : comme celle d’autres oligarques romains par la suite,
l’oeuvre édilitaire d’Appius Claudius Caecus manifesta « le désir de régner dans les
consciences, et pas seulement d’être obéi »49. En cela, la démarche de cet aristocrate
romain s’inscrit déjà complètement dans un type de comportement politique inauguré à
son époque par les souverains hellénistiques.
La construction de la via Appia de Rome à Capoue par Appius Claudius Caecus vers la fin
du IVe siècle av. J.-C. s’inscrit ainsi dans le contexte d’une ouverture à la fois politique,
économique et culturelle de Rome, non seulement sur le monde grec d’Italie du Sud, mais
aussi sur la civilisation hellénistique qui se répand alors sur l’ensemble du monde
méditerranéen. K.-J. Hölkeskamp a souligné que cette route ne devait pas seulement être
comprise dans une perspective politico-stratégique, mais qu’elle traduisait aussi la prise
de conscience, de la part de l’élite sociale romaine, de l’existence de nouveaux horizons50.
La construction de cette route a eu probablement une portée symbolique aussi importante
que son efficacité réelle : elle manifestait d’une part la volonté de puissance et de
domination de l’État romain en matérialisant la continuité territoriale et l’unité politique
entre Rome et Capoue; elle permettait d’autre part d’affirmer les ambitions d’une partie
de la classe dirigeante romaine, et notamment des Claudii, déjà fascinée et attirée par les
Page 8
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)31-08-13 12:38
activités économiques et culturelles du monde grec d’Italie du Sud. Ainsi, la via Appia fut
à la fois le premier signe et le premier instrument de l’intégration de la société romaine
dans la civilisation hellénistique. Enfin, la présence éventuelle d’une statue diademata du
constructeur de la route, ou de son fils, illustrerait parfaitement cette « idéologie de la
victoire » qui s’est alors diffusée depuis l’Orient dans tout le bassin méditerranéen, et qui
a vu naître à Rome les cultes d’Hercules Invictus et de Bellona Victrix.
2 – L’IDÉOLOGIE DE LA VICTOIRE : HERCULES INVICTUS ET
BELLONA VICTRIX
16
17
18
La tradition attribue à Appius Claudius Caecus plusieurs interventions dans le domaine
religieux : en 312, l’étatisation du culte d’Hercule à l’Ara Maxima et une réforme de la
corporation des tibicines, et en 296, la dédicace d’un temple à Bellone51. Les raisons
proprement religieuses de ces différentes mesures sont complexes et difficiles à définir, à
cause des imprécisions et des lacunes de la tradition littéraire sur cette époque, mais leur
caractère politique peut se laisser plus facilement appréhender52. D’après les différentes
sources, la réforme accomplie à l’Ara Maxima consista à rendre public un culte qui était
auparavant gentilice, en le confiant à des esclaves publics placés sous la juridiction du
préteur urbain53 : malgré l’atmosphère de scandale religieux dont la tradition a entouré
l’épisode, en voyant dans la future cécité de son auteur le juste châtiment de la divinité qui
aurait été offensée par la réforme, la mesure du censeur de 312 se place dans l’évolution
normale du IVe siècle, où les principales fonctions politiques et religieuses de l’État sont
peu à peu partagées entre patriciens et plébéiens, depuis les lois licinio-sextiennes de 367
jusqu’à la loi Ogulnia de 300. Mais en supprimant le culte privé d’Hercule à l’Ara Maxima,
Appius Claudius paraît également avoir modifié la nature ou la fonction de la divinité (ce
qui est peut-être la véritable raison du bruit fait autour de cette affaire) : alors qu’à
l’origine, le culte d’Hercule à l’Ara Maxima avait surtout un caractère commerçant (peutêtre en rapport avec ses possibles origines phéniciennes)54, celui-ci fut par la suite associé
au culte de Mars et honoré par les Saliens, en recevant l’épithète Invictus55. Or, le
caractère militaire du culte d’Hercules Invictus n’a pu voir le jour que lorsque celui-ci
devint un culte public, dépendant de l’État romain et affranchi de l’ancienne tutelle
gentilice, et il y a de fortes chances pour que cette mutation soit précisément liée à la
réforme introduite par Appius Claudius56.
J. Carcopino voulait voir dans cette réforme l’influence du pythagorisme crotoniate, qui
serait parvenu à Rome vers la fin du IVe siècle par l’intermédiaire de Tarente, alors au faîte
de sa puissance : le mythe du combat victorieux d’Hercule avec une divinité indigène
(Cacus), qui expliquait l’origine du culte à l’Ara Maxima, se retrouve effectivement aussi
bien à Crotone qu’à Locres, et prouverait une origine orphico-pythagoricienne du culte
romain (en rapport avec le « pythagorisme » d’Appius Claudius Caecus)57. Mais le
caractère sanguinaire du sacrifice qui était pratiqué à l’Ara Maxima semble en
contradiction complète avec les prescriptions alimentaires et les croyances
eschatologiques (liées à la métempsycose) de l’orphisme et du pythagorisme. Par contre, il
n’est pas impossible qu’en 312 l’Hercule de l’Ara Maxima ait effectivement subi l’influence
de l’Héraclès de Tarente : dès l’époque d’Alexandre le Molosse, puis de nouveau en 315, le
monnayage tarentin adopta le modèle iconographique de l’Héraclès imberbe imité de
celui d’Alexandre le Grand58. Or, la statue colossale d’Hercules (Magnus ?) érigée sur le
Capitole en 305, avec le produit du butin de guerre de l’année, ne confirme pas seulement
la militarisation du culte d’Hercule, mais s’inspire probablement également d’un modèle
tarentin (ou héracléen)59. On peut d’ailleurs aussi se demander dans quelle mesure la
réforme de 312 n’aurait pas introduit le Graecus ritus par lequel se distinguait le culte
d’Hercule à l’Ara Maxima60.
En fait, l’inspiration hellénique de la réforme de 312 se perçoit mieux derrière l’épithète
Invictus dont on semble alors avoir affublé l’Hercule romain. S. Weinstock a montré de
Page 9
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)21
31-08-13 12:38
manière convaincante que les épithètes Victor et Invictus ont été introduits à Rome à une
époque relativement tardive, et que le second apparut avant le premier61. En fait, l’histoire
des deux termes ne commence pas à Rome, mais dans le monde grec d’Alexandre et des
premiers souverains hellénistiques : Invictus correspond au grec !!"#$%&', et a été utilisé
pour la première fois par Alexandre le Grand, qui prétendait descendre d’Héraclès et qui
voulait se considérer comme un conquérant invincible; alors que Victor correspond aux
épithètes #())"!*#&', !*#+%&, et !*#$-.,&' portés par les souverains séleucides, à
commencer par Séleucos I Nicator. L’apparition en 312 de l’épithète Invictus, associé au
culte d’Hercule de l’Ara Maxima, devrait ainsi avoir pour origine ultime, probablement
par l’intermédiaire de Tarente (et de Tibur ?), l’Héraclès Aniketos avec lequel le
conquérant macédonien voulait s’identifier62.
À l’époque des guerres samnites, les thèmes de la victoire et de l’invincibilité semblent
omniprésents à Rome, particulièrement dans les dédicaces religieuses : Victoria, honorée
comme une nouvelle divinité, a reçu vers 300 une statue en plein Forum63, et un temple,
probablement voué quelques années auparavant (en 305 ?), lui fut dédié sur le Palatin en
29464 ; en 296, au cours d’une bataille contre des Étrusques et des Samnites, le consul
Appius Claudius dédia un temple à Bellona Victrix65 ; de même l’année suivante, au cours
de la bataille de Sentinum, le consul Q. Fabius Rullianus voua un temple à Iupiter
Victor66 ; enfin, un temple d’Hercules Invictus, d’auteur inconnu, fut construit au cours
du IIIe siècle ad Circum Maximum (entre 292 et 219), à proximité immédiate de l’Ara
Maxima67. G. Wissowa et F. Coarelli estiment que ce temple d’Hercules Invictus ad
Circum Maximum est intimement lié au culte de l’Ara Maxima (d’autant que l’épiclèse est
la même dans les deux cas), et qu’il devrait donc également être attribué à l’initiative
d’Appius Claudius, même si les sources n’en parlent pas (le récit de Tite-Live s’interrompt,
il est vrai, en 293)68. D’ailleurs, c’est peut-être le retour (ou la venue ?) des tibicines de
Tibur (Tivoli) pendant la censure d’Appius Claudius, qui a permis l’introduction à Rome
du culte de Iupiter Invictus ou Iupiter Victor, alors même qu’un autre tibicen de Tibur
serait à l’origine du culte d’Hercules Victor près de la porte Trigemina, sur le Forum
Boarium (à côté de l’Ara Maxima)69. En tout cas, Appius Claudius Caecus semble avoir
joué un rôle décisif dans l’introduction à Rome de cette véritable « idéologie de la
victoire »70.
L’archéologie et l’histoire de l’art confirment l’importance des thèmes de la victoire et de
l’invincibilité que révèle le catalogue des constructions religieuses de cette époque. Ainsi,
deux cistes prénestines d’époque médio-républicaine représentent Mars Invictus, Hercule
imberbe (puer aeternus) et Victoria dans une représentation figurée déjà tout à fait
hellénistique71. Des sculptures en terre-cuite provenant d’une tombe républicaine de la fin
du IVe siècle et représentant des quadriges guidés par une Victoire ailée (Nikè),
reflèteraient l’influence artistique de Scopas ou de Lysippe et pourraient provenir de
Tarente72. Le thème du bige conduit par une Victoire ailée (Nikè) se retrouve d’ailleurs
aussi dans la peinture funéraire paestane de la fin du IVe siècle, et s’inspire directement de
l’art de cour macédonien73 : ainsi, Nicomaque de Thèbes avait peint une « Victoire
emportant un quadrige vers le ciel » (Victoria quadrigam in sublime rapiens),
Mélanthios et ses élèves avaient représenté le tyran de Sicyone, Aristratos, en train de
conduire un char aux côtés d’une Victoire (Nikè), et enfin Eutychidès de Sicyone, élève de
Lysippe, aurait représenté une Vicoire (Nikè) conduisant un bige74. De la même manière,
à Rome, L. Papirius Cursor et M. Fulvius Flaccus se firent représenter en triomphateurs,
sans doute sur leurs chars respectifs, dans les temples de Consus et de Vortumnus75. On a
même cru déceler une influence lysipéenne dans la fameuse fresque triomphale de la
tombe de l’Esquilin, dont la datation semble désormais fixée avec certitude vers le début
du IIIe siècle, et qui pourrait bien être le plus ancien témoignage direct actuellement en
notre possession d’une peinture historique romaine dérivant des tabulae triumphales (pl.
VIII)76.
Dans ce contexte, la figure de Bellona Victrix à laquelle Appius Claudius dédia un temple
Page 10
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)31-08-13 12:38
en 296, sur le champ de bataille, participe à la même vision idéologique et culturelle
d’inspiration déjà hellénistique77. La divinité, également connue en Italie sous le nom de
Duelona ou Duellona, et plus tard assimilée à la Nério (Virtus) des Sabins, est
probablement d’origine grecque : son iconographie apparaît à Rome dans les premières
décennies du IIIe siècle, sur une coupe provenant de l’« Atelier des Petites Estampilles » et
portant l’inscription Belolai pocolom, où sa tête est représentée à la manière de la divinité
grecque Enyo ("!/0), avec des serpents dans les cheveux (ou une chevelure en désordre
qui évoque des serpents)78. Elle se retrouve peut-être aussi, si l’interprétation de F. Catalli
est exacte, sur l’avers d’un didrachme d’argent appartenant à la « série légère » de 6,82 gr.
avec la légende ROMANO (sur le revers duquel figure précisément une Victoire avec
couronne et palme)79. Cette parèdre de Mars pourrait être entrée à Rome par la
Campanie : elle est invoquée pour la première fois en 340 dans la prière de devotio
prononcée par P. Decius Mus dans la bataille du Véséris, en Campanie (elle le sera de
nouveau dans la devotio de son fils, à la bataille de Sentinum : mais les Decii n’étaient-ils
pas d’origine campanienne ?)80. Dans une étude récente, F.-H. Massa-Pairault signale à
propos des opérations militaires d’Appius Claudius et de P. Decius en Campanie en 295
(Liv., X, 31, 2-7), l’existence de deux toponymes dans la région de Capoue, « à la limite
entre les monts Trebulani et l’ager Stellas, un Bellona et un Vitulazio, appelé jusqu’en
1887, Vitulaccio. Le premier se réfère à la divinité invoquée par Appius sur un autre
théâtre de guerre et le second pourrait être rapproché du terme de vitulatio et de la déesse
Vitula qui est un alter ego de Victoria81. Le nom de Bellona victrix ne laisse donc pas
d’être suggestif en ces lieux »82. L’épithète Victrix avec laquelle Appius Claudius invoqua
cette divinité rattache en tout cas ce personnage à l’idéologie hellénistique de la Victoire,
introduite quelques années plus tôt par la réforme du culte d’Hercules Invictus83.
On peut dès lors se demander si la décoration du temple dédié par Appius Claudius ne
concourrait pas également à cette idéologie, et si les imagines clipeatae qui y furent
installées par un incertain Appius Claudius84 ne pourraient pas avoir eu pour origine des
boucliers provenant d’un butin de guerre et sur lesquels auraient pu figurer, en signe de
victoire et de triomphe, le nom des membres de la famille ou des ancêtres des Claudii,
comme le montrent certains exemples étrusques contemporains85 ? La confusion
chronologique qui règne autour de la notice plinienne s’explique peut-être par un
véritable doublet historique : en 79, Appius Claudius Pulcher a très bien pu remplacer par
des imagines clipeatae (des clipei ornés de têtes-portraits que nos connaissances en
histoire de l’art ne permettent pas de dater avant le IIe siècle av. J.-C.86), les vieux
boucliers que son ancêtre aurait accrochés aux murs du temple, à la manière des boucliers
pris aux Samnites et exposés sur les tabernae argentariae du Forum par L. Papirius
Cursor en 31087. D’ailleurs M. Aemilius Lepidus, qui suivit aussitôt après (en 78)
l’exemple d’Appius Claudius Pulcher en ornant également la basilique Aemilia d’imagines
clipeatae, pourrait pareillement avoir imité l’exemple donné jadis, pratiquement au même
endroit, avec les boucliers samnites88.
En tout cas, l’origine de ce type de portrait est sûrement grecque et le portrait sur clipeus
(#*#$! %!&1)&') ne pouvait être à l’origine que sur un bouclier en métal : selon R. Bianchi
Bandinelli, « en Grèce, c’était l’unique forme acceptable pour un portrait sculpté qui ne fût
pas une statue entière; pour le personnage représenté, c’était un hommage rendu comme
une élévation sur les boucliers, presque un premier pas vers l’apothéose »89. Enfin, pour la
décoration du temple de Bellone, devenu par la suite le sanctuaire familial des Claudii90,
Appius Claudius Caecus a pu disposer d’un modèle sicilien (comme c’est le cas pour la
facture du sarcophage de L. Cornelius Scipio Barbatus) : la présence éventuelle de clipei et
d’imagines dans le temple de Bellone dès le début du IIIe siècle évoque en effet la
décoration par Agathocle du temple d’Athéna de Syracuse, dont le fronton était surmonté
d’un immense bouclier en guise de trophée de victoire, et dont la cella était ornée des
portraits de rois et de tyrans de Sicile afin de pouvoir présenter une galerie de portraits
« d’ancêtres imaginaires » au sein d’un sanctuaire qui aurait dû devenir dynastique91.
Page 11
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)31-08-13 12:38
Les liens qui unissent Appius Claudius aux cultes d’Hercules Invictus et de Bellona Victrix
constituent par conséquent une autre facette de l’hellénisme de ce personnage, derrière
laquelle pointe la figure d’Alexandre le Grand. L’« idéologie de la victoire » créée par le
conquérant macédonien s’est diffusée vers la fin du IVe siècle à travers toute l’Italie à partir
des foyers de l’hellénisme en Italie méridionale, et notamment de Tarente, et a
particulièrement touché et séduit l’aristocratie romaine, qui l’a presque instantanément
assimilée à son propre système de valeurs et l’a traduite dans son « art de
représentation » : c’est précisément à partir de cette époque que se développe la
cérémonie romaine du triomphe (et le triomphateur n’est plus seulement proclamé
Imperator, mais reçoit aussi l’épithète victor) et qu’apparaissent les premières peintures
triomphales, en rapport, là encore, avec les modèles fournis par la première époque
hellénistique92. La figure d’Alexandre, theos aniketos, est incontestablement à l’origine de
ce nouveau système de valeurs de la classe dirigeante romaine : à l’époque de la guerre
contre Pyrrhus, l’image de l’invincibilité romaine était déjà si fortement présente dans les
esprits que le vainqueur d’Héraclée pourra dire qu’il a à la fois vaincu et été vaincu par des
gens invincibles93. Et dans son fameux discours (peut-être prononcé dans le temple de
Bellone !94), le vieil Appius Claudius aurait rappelé aux sénateurs les promesses de leur
jeunesse, à savoir que si Alexandre s’était à l’époque présenté contre eux, on ne l’aurait
plus par la suite appelé le « héros invincible » (&!"#$%&')95.
3 – L’ÉLOQUENCE D’APPIUS CLAUDIUS ! LE MODÈLE DES
ORATEURS ATTIQUES ?
« Eloquentia civilibusque artibus haud dubie praestans »
25
Il n’est pas impossible, comme cela a déjà été proposé, que les Sententiae et les maximes
d’allure moralisante qu’Appius Claudius a composées aient été destinées à illustrer des
discours publics, d’autant que le rythme saturnien pouvait également être utilisé dans les
éloges funèbres (laudationes funebres), comme le montrent les deux plus anciens elogia
du tombeau des Scipions96. En tout cas, et malgré sa forte dépendance de sources
manifestement hostiles au personnage, Tite-Live fait à plusieurs reprises l’éloge des
qualités d’orateur d’Appius Claudius :
Liv., IX, 42, 4 : Creatus consul, cum collegae novum bellum Sallentini hostes
decemerentur, <Appius Claudius> Romae mansit, ut urbanis artibus opes augeret,
quando belli decus penes allios esset.
Liv., X, 15, 12 : Nobilitas obiectare Fabio fugisse eum Ap. Claudium collegam,
eloquentia civilibusque artibus haud dubie praestantem.
Liv., X, 19, 6 : Et cum Volumnius, causa superior, ne infacundus quidem adversus
eximiam eloquentiam collegue visus esset cavillansque97 Appius…
26
De même, Cicéron le considère comme un homme qui parlait avec aisance (homo
disertus)98.
Dans leur commentaire au texte de Tite-Live, H. J. Müller et W. Weissenborn rapprochent
les expressions urbanis artibus et civilibus artibus, qu’ils expliquent par
« Rechtskenntnis und Gewandtheit in Staatsgeschäften »99. Les deux expressions,
assurément très proches, se rapportent manifestement à des qualités et à un savoir-faire
(artes) propres à la ville (urbanae) et à la vie politique (civiles) : l’activité politique ellemême est d’abord une activité « urbaine », qui se déroule au coeur de la cité, c’est-à-dire
au Forum. En soulignant à deux reprises les urbanae artes et les civiles artes d’Appius
Claudius, Tite-Live a par conséquent manifestement l’intention de souligner l’urbanitas
du personnage. Or, un apophtegme de Caton, cité par Quintilien, donne précisément de
l’urbanitas la définition suivante100 :
Urbanus homo erit cuius multa bene dicta responsaque erunt, et qui in sermonibus, circulis,
Page 12
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)31-08-13 12:38
conviviis, item in contionibus, omni denique loco ridicule commodeque dicet. Risus erit
quicumque haec faciet orator.
Quintilien précise un peu plus loin (VI, 3, 107) :
Nam meo quidem indicio illa est urbanitas, in qua nihil absonum, nihil agreste, nihil
inconditum, nihil peregrinum neque sensu neque verbis neque ore gestuve possit deprendi,
ut non tam sit in singulis dictis quam in toto colore dicendi, qualis apud Graecos atticismos
ille reddens Athenarum proprium saporem.
27
28
À l’époque de Quintilien, l’urbanitas était par conséquent assimilée à l’art rhétorique
développé par les orateurs attiques, et il n’est pas exclu que cette image « hellénisante »
ne s’appliquât également aux « talents urbains et politiques » (urbanis et civilibus
artibus) d’Appius Claudius, c’est-à-dire à son eximia eloquentia. Cette urbanitas, définie
comme ars bene dicendi, semble en tout cas avoir été une caractéristique propre aux
Claudii, comme le suggère une remarque de Cicéron à Ap. Claudius Pulcher101. Aussi, les
urbanae artes par lesquelles Appius accrut son influence politique (opes) désignent-elles
sa verve et les qualités exceptionnelles d’orateur dont il usa in contionibus. C’est ainsi que
Tite-Live distingue (X, 22, 6-7), parmi les hommes politiques de cette époque, « ceux qui
étaient nés pour faire la guerre » et se couvrir de gloire sur les champs de bataille, mais
qui étaient ignorants et incompétents dans les joutes oratoires (viros natos militiae, factis
magnos, ad verborum linguaeque certamina rudes), et « ceux qui, comme Appius
Claudius, étaient des esprits habiles et exercés, versés dans la science du droit et de
l’éloquence, et qui devaient être désignés pour diriger à la Ville et au Forum, et devenir
préteurs pour rendre la justice » (callidos sollertesque, iuris atque eloquentiae consultos,
qualis Ap. Claudius esset, urbi ac foro praesides praetoresque ad reddenda iura
creandos esse). Les sources, et notamment Tite-Live, ont par conséquent conservé
d’Appius Claudius l’image d’un orateur habile, dont la rhétorique était capable de
persuader et d’emporter l’adhésion aussi bien auprès des foules du Forum (la forensis
factio ou la forensis turba ?) que de l’assemblée du Sénat102.
Cette image n’est probablement pas une simple reconstruction historiographique à partir
d’exemples plus tardifs, même si les Claudii ont su cultiver ce genre de talent « politique »
en grande partie par tradition familiale : la tradition annalistique romaine semble trop
hostile à cette famille pour avoir pu attribuer faussement des qualités jugées supérieures à
l’un de ses grands ancêtres (même si, en contre-point, elle leur oppose sa prétendue
incompétence en matière militaire : mais en l’occurence, il s’agit là d’un lieu commun qui
ne peut être, lui, qu’une invention plus tardive)103. Un témoignage direct et sûr permet
d’ailleurs de faire d’Appius Claudius l’un des fondateurs de la rhétorique latine : il s’agit
du discours qu’il a prononcé au Sénat, vers 280 av. J.-C, pour le dissuader d’accepter les
conditions de paix proposées par Pyrrhus104. Ce discours eut un tel retentissement par ses
conséquences immédiates (la poursuite de la guerre contre Pyrrhus) et plus lointaines (la
victoire sur Tarente et l’assujettissement de toute la péninsule italienne à la domination
romaine), qu’il fut conservé à titre d’exemple et de trophée, probablement d’abord dans
les archives familiales des Claudii (dans le temple de Bellone, où il a pu être prononcé ?) ;
mais une publication ancienne n’est peut-être pas à rejeter, puisqu’il semble avoir été
connu par une source grecque du IIIe siècle, peut-être par Timée lui-même, comme nous
en avons avancé l’hypothèse105. En tout cas, à l’époque de Caton, le discours d’Appius
Claudius contre Pyrrhus servait encore de modèle, et Ennius le mit en vers pour l’intégrer
dans ses Annales106. Cicéron affirme explicitement en avoir encore un exemplaire sous les
yeux (extat oratio), mais préfère citer la version qu’en fit Ennius, car le style ou la langue
d’Appius lui semblaient désormais trop archaïques pour pouvoir encore séduire les foules
(ce qui est en soi également une preuve d’authenticité)107. Varron aussi connaissait le
discours d’Appius, et affirme qu’il s’agissait du premier discours en prose prononcé en
latin108. Enfin, à l’époque impériale encore, en raison probablement des goûts archaïsants,
le discours d’Appius connut un renouveau de faveur auprès des rhéteurs qui s’en servaient
Page 13
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)31-08-13 12:38
comme modèle109.
Plutarque, Appien et l’auteur de l’Ineditum Vaticanum nous en ont conservé trois
versions qui sont suffisamment proches l’une de l’autre pour admettre l’existence d’un
modèle commun, qui ne saurait être que le discours original que Cicéron semble encore
avoir eu sous les yeux110. Or, l’argument rhétorique commun à ces trois versions, et que
l’on retrouve également dans d’autres allusions au discours d’Appius, oppose la cécité qui
le frappait dans sa vieillesse à la surdité dont il eût préféré souffrir, afin de ne pas avoir à
entendre les lâches conseils de paix qui semblaient alors l’emporter au Sénat111. Ce
procédé rhétorique paraît être pour beaucoup dans le succès du discours, et pourrait
également être à l’origine du surnom Caecus avec lequel le personnage est passé à la
postérité. En tout cas, le succès politique et diplomatique du discours d’Appius Claudius
laisse supposer chez lui, comme le faisait Cicéron112, une parfaite maîtrise des techniques
oratoires, et on peut précisément se demander dans quelle mesure celles-ci ne pouvaient
pas directement s’inspirer du modèle fourni par les orateurs attiques du IVe siècle.
Canina facundia et !"#$!% &'(()*+'
30
Un fragment des Histoires de Salluste, rapporté par Nonius, cite l’expression canina
facundia et l’attribue de manière indéterminée à un certain Appius (Claudius) :
Canina, ut ait Appius, facundia exercebalur113.
« Il était exercé à avoir, comme dit Appius, une ”faconde canine” ».
31
32
Un passage de Lactance indique que l’orateur visé était Cicéron114 : selon P. Lejay,
l’expression canina facundia proviendrait par conséquent d’un contemporain de l’orateur,
comme Appius Claudius l’augure, avec lequel Cicéron eut des relations parfois tendues115.
Mais l’utilisation isolée d’Appius, prénom si caractéristique de la gens Claudia au point de
définir cette appietas que le même Cicéron semblait reprocher à Appius Claudius
Pulcher116, peut également faire songer au célèbre censeur qui donna son nom au premier
aqueduc de Rome et à la route qu’il a fait construire de Rome à Capoue117 : en effet, le
prénom Appius cité seul, mais utilisé, il est vrai, comme un véritable nom de famille par
les Claudii, désigne d’abord Appius Claudius Caecus, le grand ancêtre dont l’activité et le
comportement ont servi de modèles pour l’ensemble de ses descendants, jusqu’à l’époque
impériale. Il n’est dès lors pas étonnant, contrairement à ce qu’affirme P. Lejay, qu’un
contemporain de Cicéron ait pu « chercher si loin » une expression déjà toute faite et qui
était sans doute devenue proverbiale118 : si on tient compte de l’indication fournie par
Lactance, il semble vraisemblable que ce soit Salluste qui ait emprunté à Caecus
l’expression canina facundia pour désigner dans un passage de ses Histoires l’éloquence
« mordante » de Cicéron119. Enfin, l’emploi du mot facundia pour désigner la « facilité de
parole », puis l’éloquence, semble avoir été d’un usage archaïque « évité par la prose
classique et même par la poésie soignée », mais qui sera «repris à l’époque impériale par
affectation d’archaïsme »120 : tout porte donc à croire que l’expression canina facundia
provient bien d’Appius Claudius Caecus.
Une indication précieuse fournie par Isidore de Séville explique que la canina facundia
était une expression qui désignait jadis un type d’éloquence qui se pratiquait au Forum,
où les débats des procès devaient se dérouler dans un climat de violence verbale et
d’injures121 :
Antiqui forensem eloquentiam caninam facundiam nuncupabant, eo quod causidici in
certaminibus causarum, omissis quae agunt, veluti canes alterutrum sese lacerant
iurgiaque causarum ad iniurias suas commutant.
« Les Anciens appelaient l’éloquence du Forum la faconde canine, parce que dans les débats
des procès les avocats professionnels, quelle que soit la cause plaidée, se déchiraient
réciproquement comme des chiens et transformaient les débats judiciaires en volées
d’injures ».
33
Le témoignage d’Isidore est naturellement très tardif, et correspond au climat des procès
Page 14
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)36
31-08-13 12:38
publics tels qu’ils devaient se dérouler sur le Forum à partir de la fin du IIe siècle av. J.-C,
lorsque la législation de C. Gracchus a permis l’émergence de l’accusation populaire et que
la canina facundia a fini par désigner la hargne de « l’accusateur méprisable, serviteur
infâme de la République, aboyant aux basques des grands personnages »122. J.-M. David a
ainsi voulu voir dans « la réapparition d’une vieille métaphore, celle qui assimile
l’accusateur au chien […], la réponse aristocratique à l’émergence et à la promotion des
accusateurs » à Rome à partir de la fin du IIe siècle av. J.-C123. Mais si l’expression remonte
bien à Appius Claudius Caecus, il n’est pas sûr qu’elle ait pu, alors déjà, s’appliquer aux
accusateurs publics, dans la mesure où l’on ne sait pas si ceux-ci pouvaient déjà exister à
la fin du IVe siècle. Il est cependant fort possible que la canina facundia ait toujours été
associée à Rome avec la forensis eloquentia et avec les milieux populaires qui
fréquentaient le Forum124 : l’image du chien pour persifler une éloquence « mordante » a
probablement toujours eu une connotation péjorative et méprisante, proche de l’insulte,
et c’est la raison pour laquelle la métaphore a pu être « efficace » quelle que fût l’époque.
À la fin du siècle dernier, F. Marx considérait que l’expression canina facundia provenait
des Sententiae d’Appius Claudius, et qu’il s’agissait de la traduction d’une expression
grecque tirée d’un Gnomologion de poètes de la Nouvelle Comédie125. Il rapprocha, à
propos de canina facundia, une phrase que Pétrone (Satir., 43, 3) place dans la bouche de
Philéros, l’un des convives de Trimalcion : de re tamen ego verum dicam, qui linguam
caninam comedi, d’un fragment d’un comique grec recueilli par Kock (Com. gr., III, p.
521, 629) : "2"3!$' #(,3"(! #343!. De même, F. Marx rapprocha l’expression ad
clepsydram latrare donnée par Cicéron (De orat., III, 138 ; cf. Brut., 58), du « célèbre
vers » d’Eupolis (fr. 207 6.) : '!(7(' 8(, &1) %* 7+µ’ ,)(#%5- 15,*%,92:!. P. Lejay a eu
beau jeu de dénoncer les conclusions d’une telle érudition et de souligner qu’#2"3!$'
#(,3"(! #343! n’a rien à voir avec canina facundia, latrare et linguam caninam
comedi126. Selon lui, « la métaphore d’Appius est banale et ne porte aucune marque
d’auteur » car « comparer un orateur, surtout un accusateur, à un chien est naturel et se
retrouve en tous pays »127. Ce jugement paraît toutefois excessif, mais si l’explication
donnée par F. Marx doit être définitivement rejetée, celui-ci a quand même le mérite
d’avoir cherché l’origine de la métaphore canina facundia dans l’univers culturel
contemporain d’Appius Claudius, et en particulier dans le monde grec.
En fait, fin IVe – début IIIe siècles av. J.-C, l’image du chien fait d’abord penser aux
philosophes cyniques, d’autant que leur « franchise » voire leur « impertinence » étaient
devenues proverbiales et redoutées de tous. Lucien évoque ainsi la 1+%,*&' %&-' 6/!*#&-'
1(,,$;"(128 et Diogène considérait que la 1(,,$;"( était le plus grand des biens129. À la
fin de l’Antiquité, César Julien associe encore la 1(,,$;"( à la « besace cynique »130. Par
ailleurs, Plutarque rapporte qu’au moment où Démétrios de Phalère, qui avait été chassé
d’Athènes en 307 et qui vivait exilé à Thèbes, vit s’approcher de lui le philosophe Cratès, il
s’attendit à devoir subir sa 1(,,$;"( #/!*#.131. Or, le rapprochement des formules
suggère plus qu’une simple coïncidence : la 1(,,$;"( (franchise, liberté de parole) ne
correspond certes pas exactement à la facundia (faconde, facilité de langage), mais les
deux termes sont assurément très proches et désignent des facultés liées au langage et à la
prise de parole132. La canina facundia, si elle ne correspond peut-être pas à une traduction
exacte de la #/!*#. 1(,,$;"(, peut toutefois lui être apparentée et en être la transposition
latine, d’autant plus que les deux expressions sont à peu près contemporaines et que le
mot grec 1(,,$;"( ne trouve pas véritablement d’équivalent en latin133.
Or, si c’est effectivement l’image du Cynique qui se profile derrière l’expression canina
facundia, Appius Claudius a pu en connaître un exemple géographiquement et
culturellement assez proche : Diodore d’Aspendos, un philosophe à la fois pythagoricien
et cynique, connu de Stratonicos et d’Archestratos, et dont Timée fit une mention dans le
neuvième livre de ses Histoires, vécut au cours du IVe siècle en Grande-Grèce ou en Sicile,
où il semble avoir représenté l’orientation de certains Pythagoriciens vers un genre de vie
très proche de celui des Cyniques134. Les doctrines des deux écoles philosophiques
Page 15
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)31-08-13 12:38
pouvaient d’ailleurs se rejoindre sur certains points : M. Detienne a ainsi reconnu une très
forte ressemblance entre l’Héraclès des Cyniques et celui des Pythagoriciens, qui
présentent tous deux la même image du héros juste et souffrant pour atteindre
l’immortalité135. Or les doctrines pythagoriciennes étaient très vraisemblablement
connues à Rome à la fin du IVe siècle, comme le montrent la présence de la statue de
Pythagore sur le Comitium et le carmen pythagoreum d’Appius Claudius136. La
connaissance du cynisme a donc très bien pu parvenir, vers la même époque, dans les
milieux romains ouverts à l’hellénisme et au pythagorisme de la Grande-Grèce, et Appius
Claudius semble bien en avoir fait partie au premier chef.
Dans un ouvrage publié il y a déjà quelques années, G. Scarpat a étudié l’origine et la
nature exacte de la 1(,,$;"( cynique137 ; pour le philosophe cynique du IVe siècle, et en
particulier pour Diogène, 1(,,$;"( et #)5/<5,"( étaient des termes presque équivalents,
car la 1(,,$;"( était d’abord la liberté de dire ce qu’il pensait. Dans le contexte historique
de l’époque, la 1(,,$;"( cynique avait par conséquent une dimension éminemment
politique : « la démocratie athénienne ayant disparu ainsi que toutes ses libertés, Diogène
restait le représentant de l’idéal de la 1(,,$;"( politique transférée de la polis au
domaine moral de la cosmopolis hellénistique »138. Dans un épisode rapporté par
Plutarque et Diogène Laërce139, le philosophe cynique oppose sa 1(,,$;"( à Philippe de
Macédoine, le destructeur de la liberté des Grecs : Diogène incarne ainsi la liberté morale,
seul bien qui reste après la perte de la liberté politique. De plus, les philosophes cyniques
affichaient, par leur « genre de vie », une misère provocatrice par laquelle ils
s’assimilaient à la lie de la population. La 1(,,$;"( cynique a par conséquent pu être une
forme (extrême ?) de liberté d’expression politique, qui a pu apparaître et fleurir dans les
assemblées démocratiques de certaines cités grecques, notamment à Athènes, vers la fin
du IVe siècle. Ainsi Démocharès, neveu de Démosthène, politicien, orateur et historien qui
a vécu à Athènes à la fin du IVe siècle, se caractérisait par sa liberté de parole (1(,,$;"()
qu’il empruntait aux Cyniques pour critiquer tout le monde, y compris Demetrios de
Phalère et Démétrios Poliorcète140.
Mais la #/!*#. 1(,,$;"( est également devenue un style rhétorique, puisque dès le IVe
siècle certains orateurs avaient pris l’habitude d’emprunter aux Cyniques un ton et des
formules qui se voulaient percutantes en employant une ironie agressive141. L’auteur du
De elocutione, un traité de rhétorique certes plus tardif, mais qui a longtemps été attribué
à Démétrios de Phalère et qui s’inspire de principes rhétoriques aristotéliciens142,
rapproche le #/!*#.' %,.1&' utilisé par certains orateurs de l’ironie mordante d’un Cratès
ou d’un Diogène143, et le rattache au style rhétorique véhément (35*!.'), c’est-à-dire à un
« style offensif, combatif, voire agressif »144. Ainsi, la #/!*#. 1(,,$;"( a-t-elle reçu dès la
fin du IVe siècle av. J.-C. une transposition dans le domaine rhétorique avec le #/!*#.'
%,.1&', l’une des formes les plus percutantes du style « véhément », qui mêlait l’ironie à
l’agressivité : il s’agissait notamment de faire rire son auditoire, généralement aux dépens
de son adversaire, et en utilisant un ton parfois violent. La dérision est d’ailleurs
également l’une des créations de la rhétorique aristotélicienne (%. 89)&*&!) dont la théorie
a pu être reconstruite en partie grâce au De elocutione attribué à Démétrios : le « risible »
repose soit sur le sujet traité, soit sur le ton employé par l’orateur145. Mais ce style oratoire
s’inspire d’abord des méthodes « pédagogiques » employées par les philosophes
cyniques146 : selon P. Chiron, « le « tour cynique » est à la fois un ton et une méthode de
direction morale. Il se caractérise par un mélange de sérieux, de rigueur et de drôlerie,
voire d’obscénité »147. La #/!*#. 1(,,$;"( ou le #/!*#.' %,.1&' étaient par conséquent
aux antipodes du « genre moyen » créé par Démétrios de Phalère, homme d’État et
philosophe qui fut aussi un remarquable orateur, auteur de discours et de traités de
rhétorique ; ses qualités d’éloquence étaient encore admirées par Cicéron et Quintilien,
qui voyaient en lui le créateur du « genre moyen » (µ9;&! 89!&'), un nouveau style
d’éloquence qui reposait sur l’art de la métaphore et la proscription de toute violence
verbale148. Précisément, le traité péripatéticien De elocutione, longtemps attribué à
Page 16
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)31-08-13 12:38
Démétrios de Phalère et qui s’inspire peut-être effectivement d’un traité de rhétorique de
l’homme d’État-philosophe, condamne l’usage du #/!*#*' %,.1&' par les bons orateurs149.
La #/!*#. 1(,,$;"( pouvait en effet porter à la fois la marque d’une trop grande liberté
d’expression politique, d’une origine sociale trop modeste et d’une rhétorique trop
vulgaire et insuffisamment « raffinée ».
A Rome, les seules assemblées qui autorisaient la tenue d’un débat relativement libre
étaient les contiones qui précédaient le passage au vote dans les comices, mais aussi le
Sénat, où la liberté de parole était complète, et probablement aussi le concilium plebis150.
Appius Claudius Caecus a pu rencontrer une forte résistance à ses réformes dans certaines
d’entre elles, et faire face à des débats publics assez violents, comme en témoigne le récit
de Tite-Live en plusieurs endroits151 : est-ce dans une de ces circonstances, ou à la suite de
l’une d’elles, qu’il a «inventé» l’expression canina facundia152 ? L’expression peut être liée
à l’émergence d’une certaine « liberté de parole » apparue avec la création, par Appius
Claudius, à partir de la structure tribute du concile de la plèbe, des comices tributes au
sein desquels les plus humbles (humillimi) qui constituaient la turba forensis ont,
pendant un moment, constitué le groupe électoral majoritaire (du moins jusqu’à la
mesure rectificative du censeur Q. Fabius Rullianus en 304). D’ailleurs, un fragment de
Licinius Macer qualifie Cn. Flavius, fils d’affranchi et humili fortuna ortus, de callidus vir
et facundus153. Or, une partie de la tradition historiographique romaine fait de ce Cn.
Flavius le scribe d’Appius Claudius Caecus154, qui est devenu édile curule en 304 grâce à
l’appui de la forensis factio dont les forces se seraient accrues suite aux réformes du
censeur en faveur des fils de libertini et des humiles155 : ainsi, dès la fin du IVe siècle, la
facundia pourrait avoir été associée à des milieux sociaux d’origine populaire et qui
fréquentent le Forum156. L’expression canina facundia, qu’Appius Claudius a pu inventer
en s’inspirant de la #/!*#. 1(,,$;"( des philosophes cyniques, ou du #/!*#.' %,.1&' de
certains orateurs attiques, pouvait dès lors servir à dénoncer la trop grande « liberté de
parole » (à l’encontre des « nobles » et des « puissants » ?) dont certains humiles n’ont
pas dû manquer de faire usage dans les contiones qui se déroulaient au Forum. Mais
l’expression peut également signifier que l’éloquence politique devait être réservée, aux
yeux d’Appius Claudius, à ceux qui étaient capables de pratiquer et de cultiver un véritable
art oratoire, peut-être déjà sur le modèle d’un Démétrios de Phalère.
4. LES SENTENTIAE D’APPIUS CLAUDIUS CAECUS
40
Appius Claudius passe pour le premier véritable écrivain connu de la littérature latine,
antérieur même à Livius Andronicus, puisque la tradition lui attribue une oeuvre poétique
appelée tour à tour Sententiae (Fest., p. 4 1 8 L.), Carmen (Cic, Tusc, IV, 4) ou Carmina
(Sall., Epist., I, 1, 2), sans qu’on puisse savoir avec certitude s’il s’agit bien de la même
oeuvre présentée sous des titres légèrement différents, ou de fragments de plusieurs
poèmes du même auteur157. Il s’agit de trois fragments qui ont été rassemblés par E.
Baehrens, puis par W. Morel, K. Büchner et J. Blänsdorf dans leurs recueils de fragments
des poètes latins antérieurs à Ennius158:
– Fragment 1, ap. Fest., s.v. Stuprum, p. 418 L. :
Stuprum pro turpitudine antiquos dixisse apparet in Nelei carmine : (…). Et in Appi
sententis : « Qui animi compotem esse, nequid fraudis, stuprique ferocia pariat »159.
« Il apparaît dans le Poème de Nélée que les Anciens employaient le mot stuprum pour
désigner la honte : (…). Et dans les Sententiae d’Appius : « <Puisse-t-on> être maître de son
âme, afin que l’emportement ne provoque pas d’atteinte à la fides, ni de comportement
honteux » ».
– Fragment 2, ap. Prisc, Gram., VIII, 18 :
Varro (…) passive dixit. Appius Caecus : « Amicum cum vides, obliscere [ou : obliviscere]
miserias. Inimicus si es commentus, nec libens aeque ». Commentus ;5;&-*;µ9!&'160.
« Lorsque tu vois un ami, tu oublies tes misères. Mais si tu es considéré en ennemi, tu ne les
Page 17
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)31-08-13 12:38
oublies pas aussi volontiers ».
– Fragment 3, ap. Sall., Epist., I, 1, 2 :
Sed res docuit id verum esse quod in carmiinibus Appius ait, fabrum esse suae quemque
fortunae […].
« Mais l’expérience nous a montré que ce qu’Appius dit dans ses vers est vrai, à savoir que
chacun est l’artisan de sa propre fortune ».
41
Restitutions proposées :
F. Leo161 : <escit> suas quisque faber fortunas.
E. Baehrens : est unusquisque ipse suae fortunae.
L. Herrmann162 : <unus> est <homo> suae quisque faber fortunae.
42
43
D’après la plupart des auteurs modernes, les Sententiae d’Appius Claudius auraient été
écrites en vers saturniens, ce qui attesterait leur attribution à la fin du IVe ou au début du
163
IIIe siècle . Plus récemment, G. C. Giardina a repris l’examen métrique de ces vers et les a
identifiés à des sénaires jambiques, ce qui ne remet pas en cause leur datation, puisqu’on
en retrouve un peu plus tard chez Naevius164.
Enfin, un vers cité par Nigidius Figulus et provenant d’un ancien poème (ex antiquo
carmine) d’auteur anonyme (cuius id carmen sit, non scribit), a été attribué par A.
Swoboda et par M. Mayer soit à l’oeuvre poétique d’Appius Claudius, soit à une oeuvre qui
s’en inspirerait directement (Nig. Fig., fr. 4 Swoboda, ap. Gell., !."., IV, 9, 1-2)165 :
Nigidius Figulus, homo, ut ego arbitror, iuxta M. Varronem doctisimus, in undécimo
‘Commentariorum Grammaticorum versum ex antiquo carmine refert, memoria hercle
dignum :
« religentem esse oportet, religiosus ne fuas [ou : nefas] », cuius autem id carmen sit, non
scribit.
« Nigidius Figulus, l’homme, à mon avis, le plus savant après Varron, rapporte au livre XI de
ses Notes grammaticales un vers d’un poème ancien bien digne de mémoire : « En religion, il
faut être scrupuleux (religens), pas superstitieux (religiosus) », mais il n’a pas écrit de qui est
le poème».
44
Le fait qu’il s’agisse d’un vers archaïque (saturnien ?), dont le souvenir-même de l’auteur a
été perdu, plaide en faveur d’une époque reculée antérieure au Carmen de moribus de
Caton166. De plus, l’engagement (néo-)pythagoricien de Nigidius Figulus a pu le conduire à
citer un vers d’Appius Claudius Caecus, dont un carmen paraissait pythagoricien à
Cicéron lui-même167. Enfin, quant au fond, l’oeuvre religieuse d’Appius Claudius (la
réforme du culte d’Hercule à l’Ara Maxima, mais aussi la dédicace du temple de
Bellone)168 ainsi que l’expression ironique censor religiosus, par laquelle Tite-Live le
désigne à propos de la réforme sacrilège du culte d’Hercule (IX, 34, 18), peuvent conduire
à reconnaître en lui l’auteur de ce vers, même si cette attribution demeurera
probablement toujours plus incertaine que celle des trois premiers fragments.
Appius Claudius et Philémon
45
À la fin du siècle dernier, un érudit autrichien, F. Marx, avait réussi à montrer que ces
fragments pouvaient s’inspirer d’une pièce de Philémon, un auteur de la Nouvelle
Comédie attique de la fin du IVe siècle169. Surtout, le premier vers du deuxième fragment
ressemble de très près à un fragment de Philémon conservé par Stobée (fr. 108 Kock =
108 Kassel-Austin, ap. Stob., Flor., CXIII, 10) :
&/%:' #1+! %*' %/82+!$ )/1&=µ5!&',
0%%&! 13/!2%(*, -")&! #!! 1(,.!%’ 33$
« ainsi, lorsque quelqu’un fait une rencontre en étant affligé par un chagrin, il est moins
affligé, s’il est considéré comme un ami ».
46
Plus récemment, G. C. Giardina rapprocha également ce fragment d’Appius Claudius de
Page 18
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)31-08-13 12:38
vers de Ménandre170 :
– fr. 640 Koerte = 863 Kassel-Austin :
43= 85 -")&/ ).8&' #;%) %&-' )/1&/µ9!&*'.
« La parole d’un ami est agréable à ceux qui sont affligés par le chagrin».
– fr. 642 Koerte = 865 Kassel-Austin :
%5 µ6! %* ;7µ( 3*(%5<5* µ9!: #(#7'
2,5"(’ ;%’ 8(%,&9, %5 36 %.! >/2.! -")&/
)=1$! 8!, 5/!&/' &:35 <5,(15=5*! ).8&'.
« L’usage veut que pour celui qui est en mauvaise condition, le corps soit mis à la disposition
du médecin, et l’âme à celle d’un ami ; en effet, la parole de quelqu’un de bienveillant semble
soigner le chagrin »
47
De même, l’expression (avec allitération) faber suae quisque fortunae (dans le troisième
fragment d’Appius) évoquait à F. Marx le vers Nam sapiens quidem pol ipsus fingit
fortunam sibi qui se trouve dans le Trinummus de Plaute (v. 363), une comédie dont
l’auteur lui-même écrit qu’elle est la transcription latine du Trésor de Philemon171. Enfin,
mais de façon peut-être moins convaincante, F. Marx rapprocha le premier fragment
d’Appius Claudius de deux autres vers de Philémon (fr. 184-185 Kock = 156-157 KasselAustin) :
µ(*!.µ5<( 1+!%5', ;1.%(! 1,8*?0µ5<(,
%& 8(, #(%(;25-! #;%) %.! 1,8.! 1.!&'
« nous sommes tous fous, lorsque nous nous mettons en colère, car le fait de contenir sa
colère est une tâche très difficile ».
48
F. Marx en concluait que les vers de Philémon ont pu parvenir à Appius Claudius sous la
forme d’un Gnomologion, c’est-à-dire d’un florilège, transmis à Rome par le biais de la
Grande-Grèce. Comme plus tard le Carmen de moribus de Caton l’Ancien172, l’oeuvre
poétique d’Appius Claudius se serait ainsi présentée sous la forme d’un recueil de courtes
sentences, dont la source d’inspiration pouvait venir de Grèce ou de Grande-Grèce, et qui
pouvait être appelé indifféremment Sententiae, Carmen ou Carmina.
Un carmen d’Appius Claudius « pythagoricien » ?173
49
Mais Philémon ne fut probablement pas l’unique source d’inspiration d’Appius Claudius.
Un autre indice pousse à chercher en Grande-Grèce les sources d’inspiration de l’oeuvre
poétique de ce personnage : il s’agit du témoignage explicite de Cicéron, à qui le (ou un ?)
carmen d’Appius Claudius paraissait pythagoricien :
Tusc, IV, 4 : Mihi quidem etiam Appi Caeci carmen, quod valde Panaetius laudat epistula
quadam quae est ad Q. Tuberonem, Pythagoreum videtur.
« Et le poème d’Appius Caecus, dont Panétius fait grandement l’éloge dans une lettre adressée
à Q. Tubéron, me semble aussi pythagoricien »
50
L’information est donnée par Cicéron au début du livre IV des Tusculanes, où l’auteur
évoque les origines de la philosophie à Rome. Cicéron rassemble en effet un certain
nombre d’indices (vestigia) pour montrer l’influence de la philosophie pythagoricienne
sur les anciens Romains, mais sans donner d’argument véritablement décisif : on peut
notamment regretter que Cicéron, qui ne manque pas de citer abondamment des vers
d’Ennius à chaque fois qu’il le peut, ne cite pas le carmen d’Appius auquel il fait allusion,
et dont Panétius semble avoir fait l’éloge à Q. Aelius Tubéron. C’est pourquoi certains
auteurs ont considéré que le jugement de Cicéron était trop subjectif et trop incertain
pour pouvoir être utilisé174. L’expression mihi quidem etiam (« à moi certes aussi »)
pourrait faire supposer que Cicéron adopte, à propos du caractère pythagorique du
carmen d’Appius Claudius, la même opinion que celle qui aurait déjà été exprimée par
Panétius dans sa lettre à Tubéron175 : mais il ne s’agit peut-être là que d’un procédé
purement rhétorique, destiné à cacher l’absence ou la pauvreté des preuves que Cicéron
Page 19
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)31-08-13 12:38
avait à sa disposition pour démontrer l’influence du pythagorisme aux temps les plus
anciens de Rome. Toutefois, le jugement de Cicéron, éventuellement conforté par
l’autorité de Panétius, reste l’unique source ancienne à rattacher explicitement Appius
Claudius au pythagorisme.
Or, au IVe siècle, le pythagorisme est selon toute apparence la principale doctrine
philosophique, politique et culturelle des cités grecques de Grande-Grèce, où elle a
incontestablement connu un renouveau grâce à la réflexion théorique et aux tentatives de
mise en pratique politique menées par Philolaos de Crotone et surtout par Archytas de
Tarente176. Dans la seconde moitié du IVe siècle, le pythagorisme touche la classe
dirigeante romaine dont il devient en quelque sorte « l’idéologie officielle »177 : c’est à
partir de ce moment que certaines gentes de l’aristocratie romaine, notamment les
Aemilii, se dotèrent de généalogies qui les faisaient descendre à la fois de Numa et de
Pythagore178, c’est alors qu’a dû se forger le mythe du pythagorisme du roi Numa et de
l’attribution de la citoyenneté romaine à Pythagore179, c’est alors enfin, bello samniti, qu’a
été érigée une statue de Pythagore in comibus comitii180. Il n’est donc pas en soi absurde
de penser qu’un poème d’Appius Claudius, qui passe par ailleurs pour un grand
innovateur et pour quelqu’un de plus habile in civilibus artibus que dans les activités
militaires181, ait pu avoir été « pythagoricien ». Il reste à savoir si l’un des trois fragments
conservés de son oeuvre poétique peut être rattaché avec suffisamment de sécurité au
pythagorisme du IVe siècle, ce qui serait un élément décisif pour apprécier le contexte
culturel et idéologique dans lequel s’est déroulée l’activité politique d’Appius Claudius.
Dans sa Storia del pitagorismo romano, L. Ferrero avait tenté d’expliquer par l’influence
du pythagorisme chacun des vers attribués à Appius Claudius182. En fait, seule peut-être la
Sententia citée par Festus (p. 418 L.), s.v. Stuprum, semble autoriser avec quelque
certitude ce rapprochement :
« Qui animi compotem nequid esse, fraudis stuprique ferocia pariat ».
53
La principale difficulté concerne la lecture et la compréhension exactes de ces vers. Dans
le cas de la Sententia rapportée par Festus, le qui initial suivi par l’infinitif pose un
problème grammatical quasi insoluble, ce qui explique qu’il a souvent été corrigé et
complété selon des reconstitutions parfois assez fantaisistes183. Toutefois, la solution
avancée récemment par M. Marini, qui maintient le qui sous la forme transmise par
Festus et propose d’y voir un équivalent de utinam, comme on peut le voir chez Plaute
(Men., 451 : qui illum dî perdant) et Térence (Phorm., 123 : qui illum dî omnes perduint),
mais aussi chez Cicéron (Ad Att., IV, 7, 1 : qui illi dî irati), semble plus élégante que les
solutions précédentes et concorde avec la forme sententieuse et moralisatrice de la
Sententia d’Appius Claudius184. Par contre, l’expression compos animi, également attestée
chez Térence185, ne pose pas de problème de compréhension et désigne la maîtrise de soi
ou la domination des passions qui agitent l’âme, par opposition à la ferocia qui désigne au
contraire l’emportement, la perte du contrôle de soi, et peut correspondre à l’hybris des
Grecs186. Enfin, si le sens ancien du mot stuprum est explicité par Festus luimême
(stuprum pro turpitudine), la fraus est par contre une notion plus difficile à définir car
fortement polysémique; la signification première de fraus est « rupture » et désignerait
d’abord la rupture d’un certain ordre, d’une certaine norme de comportement ou d’une
« catégorie sacrée » dont l’expression positive serait la fides ; de là, la fraus a fini par
désigner le « préjudice » qui résulte de cette « atteinte à la fides », puis le « méfait »187. À
partir de ces premiers éléments, on peut par conséquent restituer le sens du passage de
Festus, et de la Sententia d’Appius qu’il contient, comme suit :
« Il apparaît dans le Poème de Nélée que les Anciens employaient le mot stuprum pour
désigner la honte : […]. Et dans les Sententiae d’Appius : “<Puisse-t-on> être maître de son
âme, afin que l’emportement ne provoque pas d’atteinte à la fides ni de comportement
honteux ».
54
Or, la maîtrise de soi et la domination des passions de l’âme, pour éviter les excès et les
Page 20
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)31-08-13 12:38
erreurs auxquels conduisent les emportements, sont des thèmes récurrents dans la
philosophie grecque du IVe siècle que l’on retrouve dans l’enseignement pythagoricien,
notamment dans celui d’Archytas de Tarente. La maîtrise de soi (compos animi) et le rejet
des passions qui risquent d’entraîner à la fraus et au stuprum font précisément partie de
l’enseignement d’Archytas, tel qu’il est présenté dans la vetus oratio rapportée par
Cicérón dans le Cato Maior (§ 39-41)188 :
Nullam capitaliorem pestem quam voluptatem corporis hominibus dicebat a natura datam,
cuius voluptatis avidae libidines temere et effrenate ad potiundum incitarentur. Hinc
patriae proditiones, hinc rerum publicarum eversiones, hinc cum hostibus clandestina
colloquia nasci, nullum denique scelus, nullum malum facinus esse ad quod suscipiundum
non libido voluptatis impelleret ; stupra vero et adulteria et omne tale flagitium nullis
excitari aliis illecebris nisi voluptatis ; cumque homini sive natura sive quis deus nihil mente
praestabilius dedisset, huic divino muneri ac dono nihil tam esse inimicum quam
voluptatem. Nec enim libidine dominante temperantiae locum esse, neque omnino in
voluptatis regno virtutem posse consistere.
« Les hommes, disait-il, n’ont reçu de la nature aucun fléau plus funeste que les plaisirs
corporels : ceux-ci inspirent des passions ardentes, qui cherchent à se satisfaire sans réflexion
ni retenue. De là viennent les trahisons de la patrie, de là les bouleversements des États, de là
les entretiens secrets avec l’ennemi; il n’est pas de crime, enfin, pas de noir forfait que ne
pousse à commettre la passion du plaisir; le stupre, l’adultère et toute infamie de ce genre ne
sont pas provoqués par d’autres attraits que ceux du plaisir; et, alors que la nature ou quelque
divinité n’a rien donné à l’homme de plus beau que la pensée, ce présent, ce cadeau vraiment
divin n’a pas de pire ennemi que le plaisir. En effet, quand la passion commande, il n’y a pas
de place pour la tempérance et, d’une manière générale, dans le royaume du plaisir, la vertu
ne peut séjourner »189.
55
56
Cicéron place ces propos dans la bouche du vieux Caton, et lui fait dire qu’il les tiendrait
de Néarque de Tarente, qui l’aurait hébergé au moment de l’occupation de la ville par
l’armée romaine, après sa reprise en 209. Mais cet épisode est en lui-même très suspect,
car il n’est pas sûr que Caton ait été à Tarente à cette époque190. Même si l’on admet le
séjour de Caton dans cette ville pendant la deuxième guerre punique et l’existence de
Néarque, un pythagoricien romanophile, il paraît peu probable qu’une tradition orale ait
pu transmettre la vetus oratio d’Archytas sur une période d’un siècle et demi. Enfin, le
contexte dans lequel Archytas aurait donné cet enseignement, lors d’une rencontre avec le
chef samnite C. Pontius et en présence de Platon, à une date (que Cicéron situe en 349) où
celui-ci peut difficilement encore avoir été en Italie, pose de difficiles problèmes de
vraisemblance historique, même si l’épisode peut refléter le souvenir de contacts
politiques et culturels bien réels entre Tarente et les Samnites, surtout vers la fin du IVe
siècle, dans le contexte de la deuxième guerre samnite191.
Cependant, le même épisode se retrouve dans Plutarque, et A. Mele a montré que dans le
passage concerné, l’historien grec « non attinge immediatamente dal Cato Maior
ciceroniano, ma risale ad una fonte comune e precedente »192. On peut retrouver l’écho
d’une telle source dans un fragment d’Aristoxène de Tarente, qui contient une apologie
des plaisirs faite par Polyarchos, membre d’une ambassade syracusaine envoyée auprès
d’Archytas de Tarente, et qui pourrait bien être la première partie d’un débat
philosophique dont il manquerait la réponse d’Archytas : celle-ci avait de fortes chances
de ressembler au discours que lui prête Cicéron, qui aurait par conséquent puisé chez
Aristoxène le sujet de cette anecdote193. Celui-ci semble avoir transcrit une grande partie
de l’enseignement d’Archytas dans des livres qu’il lui a peut-être indûment attribués, mais
qui ont sans doute traduit assez fidèlement la pensée de leur auteur. Par conséquent, pour
A. Mele, « il discorso di Nearchos non è una rielaborazione letteraria ciceroniana della
replica di Archita a Polyarchos in Aristosseno, con relativa invenzione di un Nearchos e di
un colloquio tra lui e Catone giovane a Taranto nel 209 agli ordini di F. Massimo, ma è
genuina tradizione tarantina del IV secolo raccolta e utilizzata a Taranto sul finire del III
secolo in funzione filoromana e antidemocratica »194. En tout cas, si la vetus oratio
Page 21
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)59
60
31-08-13 12:38
attribuée à Archytas remonte au moins à Aristoxène, donc à la deuxième moitié ou à la fin
du IVe siècle, celle-ci permet de comprendre le contexte philosophique et culturel dans
lequel a été rédigée la Sententia d’Appius Claudius.
Les parallèles entre la Sententia d’Appius et la vetus oratio d’Archytas sont en effet
nombreux et flagrants : la ferocia mentionnée dans la Sententia d’Appius correspond aux
avidae libidines de la vetus oratio d’Archytas, et de même que la ferocia peut conduire à
la fraus (atteinte à la fides) et au stuprum (comportement honteux), de même les avidae
libidines peuvent provoquer aussi bien des trahisons de la patrie, la subversion des États,
des entretiens secrets avec l’ennemi (c’est-à-dire des atteintes à la fides, qui trouve peutêtre ici une première équivalence avec la 1";%*' connue en Grande-Grèce195), mais aussi le
stupre, l’adultère et toute infamie de ce genre (stupra et adulteria et omne tale flagitium).
Et si dans la Sententia, la ferocia s’oppose au compos animi, dans la vetus oratio, lorsque
la libido prédomine, elle prend la place de la temperantia (nec enim libidine dominante
temperantiae locum esse).
La Sententia d’Appius Claudius résume par conséquent un enseignement philosophique
qui remonte peut-être à Archytas de Tarente, mais qui a été probablement transcrit à son
époque par Aristoxène, le même qui attribuait à Pythagore des disciples lucaniens,
messapiens, peucètes et romains196.
Le rapprochement de la Sententia d’Appius avec la vetus oratio d’Archytas peut trouver
confirmation dans un fragment du D5," !.µ&/ #(" 3*#(*&;=!$' que Stobée attribue au
philosophe tarentin, et où la vertu résulte de la domination de la raison sur la colère et la
volupté :
Pseudo-Archytas, D5,) !.µ&/, fr. 1 Thesleff (ap. Stob., Flor., IV, 1, 135 (p. 82 H.) = 43, 132
M.) :
@/!5",&!%(* µ<! 8(, %() 1,+A*5' ## %&9 =,25*! #() %&9 =,25;<(* #() %,"%&! ## %&9 #,(%5-!. B*
µ<! &>! =,25! %7 #,5";;&!&' &8#?&!, %* 3’ =,25;<(* %7 25,@&!&', %* 3< #,(%<! &µ-&%9,:!
=,25* µ<! 8(, %ò ).8&! %2&! %2' >/22', =,25%(* 3< %* =)&8&!, #,(%&9!%* 3< %7! 1(<9:!
&µ-.%5,(. C"!5%(* 8(, ## %2' ##(%9,:! ;/!(,µ&82' &,5%+, (/%( 3< #() &1* %2! &3&!2! #()
&1* %2! )/12! 58' &,5µ"(! #() &1+<5*(! &1+85* %(! >/2+!.
« En effet, les actions sont faites de l’entrelacement de trois principes : commander, obéir et
maîtriser (#,(%5-!). Commander est le propre de celui qui est plus fort et meilleur
(#,9*;;:!) ; obéir, de celui qui est plus faible et moins bon (25,5":!) ; maîtriser appartient
aux deux. Ainsi la partie de l’âme qui a de la raison commande, la partie irraisonnable obéit et
toutes deux maîtrisent les passions. Car de l’accord de ces deux parties se forme la vertu, et
celle-ci, délivrant l’âme des plaisirs et des douleurs, la mène au calme (&,5µ"() et à l’absence
de passions (&1+<5*() ».
61
62
Certes, l’attribution de ce fragment à Archytas est elle aussi sujette à caution et
l’authenticité des oeuvres de philosophie politique attribuées à Archytas a fait l’objet de
nombreuses discussions : ces oeuvres sont en général classées parmi les
« pseudépigraphes pythagoriciens » et datées des IIIe et IIe siècles avant notre ère197. Mais
même s’il s’agit d’un faux d’époque hellénistique qui aurait emprunté à Platon ou à
Aristote certains concepts philosophiques pour les attribuer à Archytas, ce document peut
conserver une certaine valeur pour éclairer des spéculations qui sont aussi propres au
pythagorisme ancien. On peut ainsi souligner la présence dans l’oeuvre d’Aristote des
mêmes concepts liés au calme (&,5µ"() et à l’absence de passions (&1+<5*()198 :
l’existence de ces concepts dans une oeuvre attribuée (même faussement) au IVe siècle
n’est donc pas a priori complètement anachronique.
Enfin, la domination de soi (#,(%5-!), notamment par la maîtrise de la luxure ()(8!5"() et
Page 22
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)31-08-13 12:38
de l’emportement (</µo'), est un thème également évoqué dans les Vers dorés attribués à
Pythagore (v. 9-12) :
B(9%( µ<! &A%:' 3;<*, #,(%5-! 3’ 58<"?5& %7!35,
8(;%,*' µ<! 1,0%*;%(, #() ,1!&/ )(8!5"$' %5
#() </µ&9. 1,4A$' 3’ (8;2,.! 1&%5 µ4%5 µ5%’ =))&/
µ4%’ 83"$. 1+!%:! 3< µ+)*;%’ (8;2=!5& ;(/%.!.
« Sache que ces choses sont ainsi, et accoutume-toi à dominer celles-ci : la gourmandise
d’abord, puis le sommeil, la luxure et l’emportement. Ne commets jamais aucune action dont
tu puisses avoir honte, ni avec un autre, ni même seul. Et plus que tout, respecte-toi toimême »199.
63
64
Les Vers dorés sont une compilation dont l’attribution est incertaine, mais qui daterait du
IIIe ou du IVe siècle de notre ère. A. Delatte considère qu’une partie de ces vers,
notamment ceux qui évoquent les notions d’abstinence, ne proviennent pas du néopythagorisme tardif, mais se rapportent au pythagorisme ancien. Le compilateur les aurait
recueillis à partir d’un poème qu’une tradition ancienne attribuait également à Pythagore
et qui était connu sous le nom de Discours sacré (B5,*' ).8&') : ce texte, qui résumait
l’enseignement de Pythagore, et dont Héraclide Lembos (IIe siècle av. J.-C.) a cité un vers,
aurait été connu et utilisé par Aristoxène et par Timée, ce qui nous ramène une nouvelle
fois à la fin du IVe siècle200. Même si cette haute origine n’est évidemment pas assurée avec
certitude pour ces quatre vers, il n’en reste pas moins que leur contenu évoque de trop
près celui de la Sententia d’Appius Claudius et celui de la vetus oratio d’Archytas pour que
cela soit une simple coïncidence, et leur attribution (même tardive et apocryphe) aux Vers
dorés de Pythagore conforte l’idée de l’origine pythagoricienne du thème de la maîtrise de
soi et de la domination des passions.
Quoi qu’il en soit, la signification philosophique et politique de la métaphore de l’âme telle
qu’elle est présentée dans le fragment (vrai ou faux) cité par Stobée est déjà présentée par
Platon. L’idée de comparer l’organisation de la cité avec la constitution de l’âme se
retrouve en effet dans la République, notamment en I, 353 d :
« l’âme n’a-t-elle pas une fonction que rien d’autre qu’elle ne pourrait remplir, comme de
surveiller, commander, délibérer et le reste ? »201,
ainsi qu’en IV, 436 a :
« n’y a-t-il pas grande nécessité de convenir qu’en chacun de nous se trouvent les mêmes
formes et les mêmes caractères que dans la cité ? »
65
66
Par ailleurs, Platon indique que l’âme apparaît composée de trois éléments : raisonnable,
irascible et concupiscible (IV, 436 a et 439 d) ; enfin, au livre IX de la République, Platon
rapproche les trois parties qui composent l’âme humaine de la répartition des classes
sociales en trois catégories, des trois types de gouvernement et des trois types de plaisir
(IX, 580 d-592 b) ; enfin, c’est la justice qui harmonise ces trois éléments pour donner à
l’âme, ainsi qu’à la cité, son unité et lui assurer ainsi le vrai bonheur (IV, 443 d-e, et IX,
586 e), comme l’affirmait déjà l’auteur du D5,) !.µ&/202. Or, il ne fait pas de doute qu’une
partie des conceptions de philosophie politique de Platon provient du pythagorisme de
Grande-Grèce : Platon semble avoir rencontré à plusieurs reprises Archytas de Tarente,
avec qui il aurait entretenu des relations d’amitié et aurait même échangé une
correspondance203. Et c’est sans doute la connaissance de ces relations et de ces échanges
entre les deux philosophes qui a fait dire à Cicéron, voire déjà à Aristoxène, que Platon
aurait assisté à la vetus oratio d’Archytas, en dépit de la difficulté chronologique
engendrée par la date proposée (349 av. J.-C, soit deux ans seulement avant la mort de
Platon)204.
Mais la présence chez Aristote et chez Platon de thèmes philosophiques qui sont
également attribués à Archytas de Tarente, et qui remontent en tout état de cause au
moins à Aristoxène de Tarente, permet d’en assurer la datation avant la fin du IVe siècle au
plus tard, soit à l’époque même où vécut Appius Claudius Caecus. Si tel est le cas, l’origine
Page 23
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)69
31-08-13 12:38
pythagoricienne de ces concepts, que l’on retrouve résumés dans la Sententia d’Appius
Claudius, devient chronologiquement tout à fait plausible. Or, à Tarente comme à Rome,
le contexte historique et politique permet de comprendre le développement et le succès de
ces conceptions philosophico-politiques.
En effet, chez Archytas comme chez Platon, les considérations psychologiques et morales
se mélangent à des préoccupations politiques, car « l’organisation de la communauté
politique est comparable à la composition de l’âme et cette ressemblance s’étend aux
fonctions et à la hiérarchie de ses éléments : le magistrat est la partie raisonnable, le
simple citoyen (commandé) est la partie irraisonnable. L’élément qui correspond à la
maîtrise des passions paraît être l’obéissance à la Loi »205. Cette métaphore psychologique
à fins politiques avait peut-être pour objet, si l’on suit le raisonnement de R. E. A. Palmer,
de dénoncer l’idéologie de la tyrannie, qui était alors illustrée par le régime de Denys de
Syracuse, et de mettre en valeur le régime de la « démocratie modérée » mis en place à
Tarente par Archytas. Dans cette perspective, il faudrait également comprendre dans un
sens anti-tyrannique la dénonciation du stuprum, de la fraus et de la ferocia par Appius
Claudius Caecus206. Aussi, si l’on admet avec Archytas que la recherche effrénée du plaisir
et la perte du contrôle de soi aboutissent au trouble de l’âme et à l’affaiblissement des
capacités intellectuelles, et que ceux-ci sont des caractères propres aux tyrans, il faudrait
comprendre dans un sens anti-tyrannique non seulement la Sententia d’Appius Claudius
Caecus, mais aussi son discours prononcé en 280 devant le Sénat contre la paix proposée
par Pyrrhus, et dont l’exorde a été transcrit en vers par Ennius (Ann., VI, 202-203 V.2 =
199-200 Sk.) : « Quo vobis mentes, rectae quae stare solebant / Antehac, dementes sese
flexere via ? »207 Enfin, la présence de la statue d’Alcibiade aux côtés de celle de
Pythagore, sur le Comitium du Forum Romain, pourrait être également un rappel de cette
dimension anti-syracusaine et anti-tyrannique des pythagorismes tarentin et romain du
208
IVe siècle
.
La maîtrise de l’âme comme métaphore de l’obéissance à la Loi devait donc avoir, à
Tarente comme à Rome, une signification politique et idéologique sur la nature du
régime. L’obéissance à une Loi publiée et connue par tous permettrait d’éviter toutes les
formes d’excès politiques, aussi bien l’excès du pouvoir personnel que celui de la grande
masse (la tyrannie ou la démocratie) : c’est ce qui explique que l’oeuvre de tant de
législateurs d’Italie du Sud et de Sicile, dont l’existence historique n’est pas toujours
démontrée, a été rattachée (peut-être encore par Aristoxène) au pythagorisme de GrandeGrèce209. Dans l’esprit des Pythagoriciens du IVe siècle, la Loi permet en effet de trouver
un accord entre magistrats et citoyens, au nom des principes d’Harmonie et de Justice, et
au sein d’un régime où l’égalité entre citoyens est assurée par l’équilibre des pouvoirs
répartis selon une proportion géométrique : sur le plan intérieur, le pythagorisme
tarentin, en tant que philosophie politique développée et appliquée par Archytas, avait
aussi eu pour objectif de préserver les intérêts des classes aristocratiques et d’étouffer les
revendications démocratiques en pratiquant une politique d’assistance sociale envers les
plus pauvres et en appliquant les principes d’une « démocratie modérée ». On a sans
doute là l’une des raisons essentielles qui peuvent expliquer le succès du pythagorisme à
Rome dans la seconde moitié du IVe siècle : après que les lois licinio-sextiennes de 367,
renforcées par les lois de Q. Publilius Philo de 339, eurent imposé le partage du pouvoir
entre le patriciat et l’élite de la plèbe, puis eurent donné naissance à une nouvelle classe
dirigeante, la noblesse patricio-plébéienne, le pythagorisme tarentin pouvait offrir des
solutions politiques et une réponse idéologique pour justifier la mise en place dans la
« République » romaine de nouvelles formes institutionnelles qui donnèrent alors
l’essentiel des pouvoirs à une oligarchie certes élargie, mais bien décidée à s’opposer à des
revendications trop démocratiques.
Un pareil message philosophico-politique ne pouvait pas laisser indifférent un homme
comme Appius Claudius Caecus, expert en droit et apparemment co-responsable de la
publication des fastes et des legis actiones par son scribe Cn. Flavius. Mais il est
Page 24
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)31-08-13 12:38
vraisemblable que le censeur de 312 n’ait pas seulement entendu sa Sententia dans un
sens métaphorique : la morale sentencieuse des vers d’Appius Claudius rapportés par
Festus peut correspondre, historiquement, à la mise en place, vers la fin du IVe siècle, du
système de représentation éthique de la classe dirigeante romaine de l’époque
républicaine. Or, cette « morale républicaine », en s’appliquant d’abord et essentiellement
à la classe dirigeante, trouvait sa justification dans les principes de l’« égalité
géométrique », et son expression au cours des opérations du census, de la recognitio
equitum et de la lectio senatus menées périodiquement par les censeurs.
CONCLUSION
70
L’hellénisme d’Appius Claudius Caecus n’est en fait que le reflet de celui qui semble
toucher une grande partie de la nouvelle élite dirigeante de la République romaine de la
fin du IVe siècle, dont l’onomastique montre l’apparition des premiers cognomina
d’origine grecque (comme Q. Publilius Philo ou P. Sempronius Sophus). Or l’hellénisme
romain de l’époque médio-républicaine semble porter la double empreinte des modèles
culturels de la Grande-Grèce et de la Sicile, et ceux du premier âge hellénistique. Les
grands centres politiques et culturels de l’Italie du Sud, parmi lesquels dominait surtout
Tarente, continuaient à diffuser vers les populations italiennes leurs propres modèles
culturels, comme ils l’avaient fait par le passé; et au IVe siècle, surtout à la suite de
l’expérience politique et idéologique d’Archytas de Tarente, la culture magno-grecque
était incontestablement dominée par les conceptions philosophiques du pythagorisme
tarentin210. Mais le retentissement « mondial » de l’épopée d’Alexandre provoqua un
renouveau général de l’hellénisme, que ses principaux foyers en Italie se chargeront de
diffuser auprès de populations d’autant plus réceptives qu’elles étaient demandeuses. La
double nature de l’hellénisme romain à cette époque, encore magnogrec et déjà
hellénistique, peut expliquer l’influence conjointe du pythagorisme et de la culture
« hellénistique » sur la classe dirigeante romaine de la fin du IVe siècle. Ce sont ces deux
hellénismes qui peuvent précisément avoir déterminé une partie de l’oeuvre politique et
culturelle d’Appius Claudius Caecus.
Notes
1. B. G. Niebuhr, Histoire Romaine, trad. fr. de la Römische Geschichte par P. A. de Golbéry, t. V, Paris,
1836, p. 407 : « un caractère semblable n’aurait rien de surprenant dans l’histoire grecque ; il étonne
beaucoup dans celle de Rome, surtout dans ce bon vieux temps, et même il y a quelque chose
d’énigmatique dans les contradictions de ce caractère ». Th. Mommsen, “La gens patricienne des
Claudius”, tr. fr. des Römische Forschungen, dans Id., Histoire Romaine, tr. fr. de C. A. Alexandre, C.
Nicolet éd., t. 1, Paris, 1985, p. 1091 (cf. Th. Mommsen, “Die patricischen Claudier”, dans Römische
Forschungen, I, Berlin, 1864, p. 303) : « Appius Caecus me rappelle Clisthènes et Péricles, bien plus que je
ne vois en lui l’homme d’Etat aristocratique de Rome! » F. Altheim, Rom und der Hellenismus,
Amsterdam/Leipzig, 1941, p. 96-106 ; Id., La religion romaine antique, Paris, 1955, p. 208 : « c’est
Claudius […] qui avait saisi l’importance de l’hellénisme et lui avait ouvert le chemin de Rome ». Enfin E.
Ferenczy, From the Patrician State, p. 145.
2. A. G. Amatucci, “Appio Claudio Cieco”, dans Rivista di Filologia, 22, 1893-94, p. 227-258 ; P. Lejay,
“Appius Claudius Caecus”, dans RPh, 44, 1920, p. 92-141. Cf. A. Grenier, Le génie romain dans la religion,
la pensée et l’art, Paris, 1925, p. 93-100.
3. Voir supra p. 139-146.
4. Voir supra p. 134-139 et n. 10.
5. Sur l’attribution par le censeur de son “prénom” à l’aqua Appia et à la via Appia, cf. notamment : Diod.,
XX, 36, 2 : %+' &-’ #(/%&9 #)$<5";$' '11"(' ;3&9. Liv., Per., 9, 5 : viam stravit quae Appia vocata est.
Frontin., De aq., I, 5, 3 : nomen aquae ad Appii tantum honorem pertinuit. Paul. Fest., p. 23 L., s.v.
Appia : Appia via et aqua ab Appio Claudio est appellata. Auct. De viris ill., 34, 6-7 : viam usque
Brundisium lapide stravit, unde illa Appia dicitur. Aquam Anienem in urbem induxit. Soud., s.v. '11"(
;3.' » : '11"( ̠;3&'. E/%:' ##()5-%& &1* '11"&/, C:µ("&/ %*µ$%&9.
6. F. Coarelli, Il Foro Romano, II, p. 39-52 et p. 143-146 ; M. Torelli, s.v. Columna Maenia, dans L.T.U.R.,
Page 25
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)31-08-13 12:38
1993, p. 301-302.
7. Cf. Soud., s.v. D11*&' -.,&' : E!&µ( %.1&/, &1* %&9 '11"&/ C:µ("&/. G. Radke, Viae Publicae
Romanae, Bologne, 1981, p. 31 ; cf. aussi K. J. Beloch, Römische Geschichte bis zum Beginn der punischen
Kriege, Berlin-Leipzig, 1926, p. 584 ; F. Castagnoli, “La Via Appia”, dans Capitolium, XLIV (n° 10, 11 et 12),
1969, p. 89.
8. Si le prénom Appius est devenu si caractéristique de la gens Claudia au point de définir cette appietas
que Cicéron semble reprocher à Appius Claudius Pulcher (Ad fam., III, 7, 5), c’est bien parce qu’un
personnage comme Appius Claudius Caecus lui a pour ainsi dire donné, par le prestige et le charisme qu’il
avait réussi à incarner, la valeur d’un nom de famille.
9. Cf. Th. Mommsen, Le droit public, II, p. 97 : « Les constructions publiques faites anciennement par
l’État romain ne portent pas de noms de personnes. Le premier exemple de constructions ainsi désignées
est celui de la route et de l’aqueduc construits par Ap. Claudius, censeur, en 442 [a. U. c.] ; et le même
personnage a peut-être été considéré comme le premier qui ait attaché son nom à la dédicace d’un temple
public construit par lui. On peut rapprocher cela des ambitions pseudo-royales qui lui sont attribuées ».
10. Le nom Drus*us a une lettre grattée dans le manuscrit principal ; aussi Th. Mommsen, “Die
patricischen Claudier”, dans Römische Forschungen, I, Berlin, 1864, p. 308-309, proposait-il de lire
rursus, car aucun Claudius Drusus n’est connu pour une époque aussi ancienne : il s’agirait donc d’Appius
Claudius Caecus rursus, puisque déjà cité plus haut par Suétone (cf. déjà B. G. Niebuhr, Hist. rom., tr. fr., t.
V, p. 420) ; dans le même sens : L. R. Taylor, The Voting Districts, 1960, p. 137 ; B. MacBain, dans CQ, 30,
1980, p. 362-363 ; O. Hirschfeld, “Antiquarisch-kritische Bemerkungen zu römischen Schriftstellern”, dans
Kleine Schriften, Berlin, 1913, p. 795-796 proposait de lire Crassus, c’est-à-dire le cognomen original du
Caecus (cf. Frontin., Aq., I, 5, 1) : cf. aussi F. Münzer, s.v. Claudius (91), dans R.E., III, 2, 1899, col. 2681 ;
voir enfin F.-H. Massa-Pairault, dans D. Briquel et J.-P. Thuillier éd., Le Censeur et les Samnites, p. 106107.
11. Contre l’interprétation mommsénienne : A.-G. Amatucci, “Appio Claudio Cieco”, dans RFIC, 22, 189394, p. 250-251 ; P. Lejay, “Appius Claudius Caecus”, dans RPh, 44, 1920, p. 100-101 ; cf. surtout E. Pais,
Storia critica, vol. IV, p. 178 (en note) ; Id., Storia di Roma, vol. V, p. 194, n. 1 ; voir aussi A. Garzetti,
“Appio Claudio Cieco nella storia politica del suo tempo”, dans Athenaeum, 25, 1947, p. 197.
12. M. Ihm, “Suetoniana”, dans Hermes, 36, 1901, p. 303, a proposé de lire Claudius Russus (= Rufus), le
fils aîné d’Appius Claudius Caecus, consul en 268, mort mystérieusement en fonction ; cf. aussi T. R. S.
Broughton, The Magistrates of the Roman Republic, I, p. 199-200 (et n. 1). L’année de son consulat, ce
personnage triompha des Picentini, un peuple qu’il déporta ensuite sur la rive droite du Sélé (Act.
Triumph. Capit., dans C.I.L., I2, p. 457 ; Eutr., II, 16) ; si c’est lui qui s’est fait représenté par une statua
diademata à Forum Appi, on comprendrait mieux la sorte de damnatio memoriae qui entoure sa
disparition, mais on se trouverait de toute manière dans le même contexte familial et culturel que s’il s’était
agi de son père.
13. T. Hölscher, dans MDAI(R), 85, 1978, p. 324-344 (= Id., Monumenti statali e pubblico, p. 24-39) ; Cf.
F. Zevi, dans Roma medio-repubblicana, p. 32 ; G. Hafner, dans MDAI(R), 77, 1970, p. 46-71 + pl. 20 à
30 ; G. Lahusen, Untersuchungen zur Ehrenstatuen in Rom. Literarische und epigraphische Zeugnisse,
Rome, 1983, p. 129-143 ; K.-J. Hölkeskamp, Die Entstehung der Nobilität, p. 234-235; Id., “Conquest,
Competition and Consensus : Roman Expansion in Italy and the Rise of the Nobilitas”, dans Historia, 42,
1993, p. 27-30; M. Torelli, Il rango, il rito e l’immagine. Alle origini della rappresentazione storica
romana, Milan, p. 191.
14. Th. Mommsen, Le droit public, II, p. 76; mais le ius imaginum ne pouvait normalement s’exercer que si
le personnage ainsi honoré était mort : cf. id., ibid., p. 89-90 : « L’exposition de statues et de bustes de
personnages vivants dans des lieux publics, ou même dans les parties des maisons qui étaient accessibles à
tous les visiteurs, était probablement absolument interdite dans l’État romain, à l’époque ancienne » ; par
conséquent (ibid., p. 90, n. 2), « lorsque Claudius Drusus, ou plutôt Claudius Caecus statua sibi diademata
ad Appi forum posita, Italiam per clientelas occupare temptavit (Suét., Tib., II, 5), ce n’est sans doute pas
seulement le diadème, mais aussi l’érection même de la statue qu’on lui reproche ».
15. Cf. E. Cicerchia, dans Roma medio repubblicana, p. 212-213, et E. La Rocca, dans ibid., p. 244.
16. Cf. A. Marzullo, “La statua di Marsyas e la Colonia latina di Paestum”, dans Atti della Società Italiana
per il Progresso delle Scienze, 5, 1932, p. 196 ; J. P. Small, Cacus and Marsyas in Etrusco-Roman Legend,
Princeton-New York, 1982, p. 86 ; F. Coarelli, Il Foro Romano, II, p. 97 ; M. Denti, “Il Marsia di Paestum”,
dans AION (archeol), 13, 1991, p. 145.
17. M. Torelli, Typology and Structure of Roman Historical Reliefs, Ann Arbor, 1982, p. 103-106 ; F.
Coarelli, Il Foro Romano, II, p. 95-119. D’après M. Denti, dans AION (Archeol), 13, 1991, p. 133-188, la
statue du Comitium ne serait que la reproduction d’un modèle grec diffusé en Italie méridionale dès le IVe
Page 26
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)31-08-13 12:38
siècle, et dont le principal exemplaire conservé serait celui de Poséidonia-Paestum (une hypothèse qui
semble toutefois peu plausible). Mais le choix d’un personnage mythologique grec pour incarner la libertas
de la plèbe sur le Comitium, à côté de la columna Maenia, montre là encore la volonté délibérée de la part
de certains membres de l’aristocratie romaine d’adopter des systèmes de représentation conformes aux
valeurs grecques, voire hellénistiques : la gens Marcia prétendait d’ailleurs descendre du roi Ancus
Marcius, ce qui pouvait justifier la présence du diadème sur la statue, d’autant que certains Marcii se
faisaient appeler Reges ; mais au IVe siècle, la gens Marcia appartenait également à la catégorie des
“familles numaïques” (Ancus Marcius avait été le petit-fils du roi Numa) et se rattachait ainsi à l’idéologie
pythagorisante de la partie la plus hellénisée de la nobilitas de l’époque (voir infra p. 549-552).
18. Cf. T. Hölscher, “Römische Nobiles und hellenistische Herrscher”, dans Akten des XIII.
Internationalen Kongresses (Berlin 1988), Mayence, 1990, p. 73-79.
19. Diod., XX, 53, 2-4 ; Just., XV, 2, 10 ; Plut., Dem., 18, 1-3; App., Syr., 54. Cf. F. Will, Histoire politique
du monde hellénistique (323-30 av. J.-C.), t. 1, Nancy, 19792, p. 74-75.
20. Cf. Diod., XX, 54, 1. Sur l’établissement par Agathocle d’un “royaume hellénistique” en Sicile grecque
entre 305 et 289, voir notamment C. Mossé, La tyrannie dans la Grèce antique, Paris, 1969, p. 173-175, et
surtout S.N. Consolo Langher, dans E. Gabba et G. Vallet éd., La Sicilia antica, II, 1, Naples, 1984, p. 311315.
21. Sur le caractère “hellénistique” de la via Appia, cf. notamment H. Jucker, Vom Verhältnis der Römer
zur bildenden Kunst der Griechen, Bamberg, 1950, p. 47 ; à noter également la remarque de G. Hafner,
dans MDAI(R), 77, 1970, p. 62 : « Die geradlinige, Berge, Sümpfe und andere Naturhindernisse
überwindende Führung der Strasse [= der Via Appia] ist ein Zeugnis für die souveräne Einstellung und den
Eigenwillen ihres Erbauers, den H. Jucker richtig mit dem monumentalen Gestaltungswillen in
Verbindung gebracht hat, der für die Alexanderzeit bezeichnend ist ».
22. J. Bayet, Les origines de l’Hercule romain, Paris, 1926 (B.E.F.A.R. 132), p. 48-53 ; cf. aussi Vie di
Magna Grecia, Atti del secondo convegno di studi sulla Magna Grecia, Naples, 1963, passim.
23. Sur le rôle des plateiai unissant certaines cités grecques à un sanctuaire, cf. F. de Polignac, La
naissance de la cité grecque, Paris, 1984, p. 107 ; en Italie du Sud, on trouve ainsi la platéia qui unissait la
cité de Poséidonia à l’Héraion situé à l’embouchure du Sélé : cf. P. Zancani Montuoro et U. Zanotti Bianco,
Heraion alla foce del Sele, I-II, Rome, 1951-54; exemple identique en Asie Mineure, où une route dallée
réunissait Milet au sanctuaire d’Apollon de Didyme : cf. P. Schneider, “Zur Topographie der
Heiligenstrasse von Milet nach Didyma”, dans AA, 1987, p. 101-129.
24. Cf. M. I. Rostovtseff, Histoire économique et sociale du monde hellénistique, Paris, 1989, p. 92.
25. Cf. P. Collart, “Inscriptions de Philippes”, dans BCH, 57, 1933, p. 363-365 ; C. Edson, “The Location of
Cellae and the Route of the Via Egnatia in Western Macedonia”, dans CPh, 46, 1951, p. 4 et p. 11-12.
26. I.L.L.R.P., 448 : P. Claudio (s) A[p. f.], / C. Fourio(s) [C. F.] | aidiles (cf. C.I.L., P, 21). Il s’agirait des
édiles P. Claudius Pulcher (fils d’Appius Claudius Caecus) et C. Furius, respectivement consuls en 249 et
251 av. J.-C. et sans doute édiles en 255 ou 253 av. J.-C. : cf. T. R. S. Broughton, The Magistrates of the
Roman Republic, I, p. 211; voir aussi S. Mazzarino, dans Helicon, 8, 1968, p. 184 ; M. Humm, dans
MEFRA, 108, 1996, p. 726-727. Th. Mommsen avait un moment envisagé que le personnage nommé P.
Claudius, fils d’Appius, pourrait en fait être le consul de 184 av. J.-C. (C.I.L, X, 6838), mais cette
interprétation laisse dans l’ombre le nom de C. Furius ainsi que la mention aidiles, et ne semble pas tenir
compte des caractéristiques paléographiques et morphologiques de l’inscription qui ne permettent pas de
lui donner, d’après F. Coarelli, une date postérieure aux dernières décennies du IIIe siècle av. J.-C. : F.
Coarelli, dans DArch, s. 3, 6, 1988, p. 37. Voir aussi supra p. 141, n. 28.
27. T. Pekary, Untersuchungen zu den römischen Reichsstraßen, Bonn, 1968, p. 63.
28. Cf. F. Castagnoli, dans F. Castagnoli, A. M. Colini et G. Macchia éd., La Via Appia, p. 64.
29. Cf. C. P. Ehrensperger, “Römische Straßen : Charakterisierung anhand der Linienführung”, dans
HelvA, 20, 1989, p. 42-77 ; L. Quilici, “Il rettifilo della Via Appia tra Roma e Terracina. La tecnica
costruttiva”, dans S. Quilici Gigli éd., La Via Appia, Quaderni del Centro di Studio per l’archeologia
etrusco-italica, 18, Rome, 1990, p. 41.
30. Cf. F. Castagnoli, dans Capitolium, XLIV (n° 10, 11 et 12), 1969, p. 80.
31. F. Castagnoli, dans Capitolium, XLIV (n° 10, 11 et 12), 1969, p. 80.
32. G. Tibiletti, “Problemi gromatici e storici”, dans RSA, 2, 1972, p. 87-92 (= Id., Storie locali dell’ltalia
romana, Rome, 1978, p. 331-342) : l’auteur parle à ce propos de « strada artificiale » à laquelle il assimile
également la via Appia (loc. cit., p. 92) ; cf. également G. Chouquer et F. Favory, Les arpenteurs romains.
Théorie et pratique, Paris, 1992, p. 77-79.
33. Cf. la note précédente ainsi que J.-P. Adam, La construction romaine, p. 13.
Page 27
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)31-08-13 12:38
34. 34 M. Clavel-Lévêque, “Centuriation, géométrie et harmonie. Le cas Biterrois”, dans J.-Y. Guillaumin
éd., Mathématiques dans l’Antiquité, Saint-Etienne, 1992, p. 161-184.
35. M. Cancellieri, “Il territorio pontino e la Via Appia”, dans S. Quilici Gigli éd., La Via Appia, p. 61-71, a
analysé les relations qui ont pu exister entre la via Appia et l’organisation agraire qui la précédait dans la
zone des Marais Pontins : des photographies aériennes ont révélé l’existence d’un quadrillage du
parcellaire agricole que la via Appia coupe avec un angle de 45° en fractionnant les parcelles, ce qui ne
pourrait s’expliquer que si le parcellaire agricole était antérieur à la construction de la route et datait de la
distribution viritim du territoire privernate en 340, avant que l’établissement de citoyens romains sur ces
terres n’amenât la création de la tribu Oufentina en 318. Voir aussi W. Johannovsky, “Problemi
archeologici campani”, dans RAAN, n. s. 50, 1975, p. 3-38.
36. Sur l’origine essentiellement pythagoricienne des mathématiques en Grande-Grèce à cette époque, cf.
notamment A. Fraiese, “Gli inizi della matematica di precisione nella Magna Grecia”, dans Filosofie e
scienze in Magna Grecia, Atti del 5. Convegno di Studi sulla Magna Grecia, Naples, 1966, p. 39-53 ; A.
Svabo, “Le scienze in Magna Grecia”, dans G. Pugliese Carratelli éd., Megalè Hellas (coll. Antica Madre),
Milan, 1983, p. 561-564; Id., “Le scienze fisiche e matematiche”, dans G. Pugliese Carratelli éd., Magna
Grecia, III, Vita religiosa e cultura litteraria, filosofica e scientifica, Milan, 1988, p. 239-244.
37. Voir infra p. 526-539 et p. 541-600.
38. . Jordan, Topographie der Stadt Rom im Alterthum, I, 1, Berlin, 1878, p. 446-463 ; R. Lanciani, “I
commentarii di Frontino intorno le acque e gli aquedotti”, dans ARAL, s. III, 4, 1880, p. 215-255 ; Ch.
Hülsen, s.v. Appia aqua, dans R.E., II, 1, 1896, col. 215 ; F. G. Van Deman, The Building of the Roman
Aqueducts, Washington, 1934, p. 23-28 ; Th. Ashby, The Aqueducts of Ancient Rome, Oxford, 1935, p. 4954; G. Panimolle, Gli acquedotti di Roma antica, Rome, 1968, p. 13-47 ; M. Hainzmann, Untersuchungen
zur Geschichte und Verwaltung der stadtrömischen Wasserleitungen, Graz (thèse dactylographiée), 1973,
p. 77-82 ; F. Coarelli, Dintorni di Roma, Guide archeologiche Laterza, Rome, 1981, p. 228 ; Id., Il Foro
Boario, Rome, 1988, p. 28-29 ; A. Mucci, “Aqua Appia”, dans Il trionfo dell’acqua. Acque e acquedotti a
Roma, IV sec. a.C. – XX sec, catalogue de l’exposition à Rome 1986-87, Rome, 1986, p. 30-32 ; Id., s.v. Aqua
Appia, dans L.T.U.R., I, 1993, p. 61-62 ; Z. Mari, s.v. Appia aqua, dans L.T.U.R. Suburbium, I, 2001, p. 8384.
39. Cf. M.-R. de La Blanchère, Le drainage profond des campagnes latines, dans MEFR, 2, 1882, p. 207221 ; Id., s.v. Cuniculus, dans C. Daremberg et E. Saglio, Dictionnaire des Antiquités grecques et romaines,
I, 2, Paris, 1887, p. 1591-1594 ; L. Quilici et S. Quilici Gigli, I Volsci. Testimonianze e leggende, Rome, 1997,
p. 63-70.
40. La petite cité étrusque de Musarna, près de Viterbe, fait l’objet, depuis 1983, de campagnes de fouilles
régulières qui sont conduites en collaboration par la Surintendance aux antiquités d’Étrurie méridionale et
par l’École française de Rome, sous la direction de V. Jolivet ; cf. les divers compte-rendus parus dans la
“Chronique des activités de l’Ecole française de Rome” des MEFRA, depuis le tome 96, 1984, 1 : le réseau
des cunicules et des canaux de drainage de cette cité étrusque sont évoqués par H. Broise et V. Jolivet
notamment dans MEFRA, 105, 1993, 1, p. 444-447, MEFRA, 106, 1994, 1, p. 454-462 et MEFRA, 108, 1996,
1, p. 455-460 ; enfin, la campagne de fouilles de l’été 1996 a permis de découvrir l’existence d’un aqueduc
souterrain (comme l’était d’ailleurs l’aqua Appia) qui approvisionnait la ville en eau : H. Broise et V.
Jolivet, dans MEFRA, 109, 1997, 1, p. 445-446 et fig. 16.
41. Cf. Ch. G. Starr, The Beginnings of Imperial Rome : Rome in the Mid-Republic, Ann Arbor, 1980, p. 1520.
42. Diod., XX, 36, 1 : 6() 1,7%&! µ<! %* #()&=µ5!&! D11*&! /3:, &1* ;%(3":! 183&4#&!%( #(%48(85!
58' %4! C0µ$! #() 1&))( %7! 3$µ&;":! 2,$µ+%:! 58' %(=%$! %.! #(%(;#5/.! &!4):;5! F!5/ 3.8µ(%&'
%+' ;/8#)4%&/ : « Tout d’abord, il construisit la-dite aqua Appia, sur une distance de quatre-vingts stades
jusqu’à Rome, et dépensa beaucoup d’argent public pour cette construction sans l’accord du Sénat ». Cf. A.
Garzetti, “Appio Claudio Cieco nella storia politica del suo tempo”, dans Athenaeum, 25, 1947, p. 197-198 ;
F. Càssola, I gruppi politici, p. 136. Pour F. Coarelli, Il Foro Boario, p. 110-111, le choix du terminal de
l’aqua Appia au Forum Boarium aurait été déterminé par le désir de relier le premier aqueduc avec l’Ara
Maxima voisine, elle-même étroitement liée à l’activité de la censure d’Appius Claudius en 312 (voir infra
p. 497-501).
43. C. Préaux, Le monde hellénistique. La Grèce et l’Orient de la mort d’Alexandre à la conquête romaine
de la Grèce (323-146 av. J.-C.), t. II, Paris, 1978, p. 447-448.
44. A. Grenier, Le génie romain, p. 96-97. L’aqua Appia s’inspirerait du modèle d’aqueduc d’une cité de
Grande-Grèce : C. Nicolet, dans REL, 20, 1961, p. 686 ; P. Grimai, Le siècle des Scipions, p. 90, n. 61.
45. J. Schubring, “Die Bewässerung von Syrakus”, dans Philologus, 22, 1865, p. 577-638 ; H. P.
Drögemüller, Syrakus. Zur Topographie und Geschichte einer griechischen Stadt, Heidelberg, 1969, p.
Page 28
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)31-08-13 12:38
135-136 ; S. Colin Bouffier, “L’alimentation en eau de la colonie grecque de Syracuse”, dans MEFRA, 99,
1987, p. 661-691 (qui écarte comme « non justifiée » l’hypothèse avancée par H. P. Drögemüller d’une
réalisation par Agathocle, ce qui aurait été directement contemporain de la censure d’Appius Claudius !).
46. Voir notamment E. Wikén, Die Kunde der Hellenen, 1937, p. 172-174. Les marques inscrites sur les
pierres de la muraille “servienne” (qui est en fait postérieure à la prise de Rome par les Gaulois et date
donc du IVe siècle) sont identiques à celles des tailleurs de pierre syracusains : G. Säflund, Le mura di
Roma repubblicana, Lund, 1932, p. 110-114 et p. 232-236 ; Id., “Unveröffentliche antike Steinmetzzeichein
und Monogramme aus Unteritalien und Sizilien”, dans Scritti in onore di B. Nogara, Città del Vaticano,
1937, p. 409-420; L. Lazzarini, “Marche di cava delle mura serviane”, dans Roma medio repubblicana,
1973, p. 12-14 ; F. Coarelli, “Le Mura regie e repubblicane”, dans B. Brizzi éd., Mura e porte di Roma
antica, Rome, 1995, p. 22-24. Le toponyme des Lautumiae, une carrière de pierre au pied du Capitole,
proviendrait directement des Latomies de Syracuse : cf. Varr., De ling. Lat., V, 151 ; Paul. Fest., p. 104 L. ;
F. Coarelli, Il Foro Romano, II, p. 74-80. Enfin, le choix d’une statue d’Alcibiade pour représenter « le plus
courageux des Grecs », à l’époque des guerres samnites (Plin., N.H., XXXIV, 26 ; Plut., Num., 8, 20),
s’expliquerait par les sentiments anti-syracusains d’une partie de la classe dirigeante romaine : voir infra p.
556 et n. 55 (vers 349/345, une flotte grecque, probablement syracusaine, s’était d’ailleurs présentée au
large des côtes du Latium afin d’y mener des razzias : Liv., VII, 25, 4 ; cf. E. Pais, “La flotta grecache nel
349 a.C. compare davanti alle coste del Lazio”, dans Ricerche storiche e geografiche sull’ltalia antica,
Turin, 1908, p. 451-461).
47. Voir infra p. 506-507 et n. 91.
48. Diod., XX, 36, 2 : #(%$!+):;5! &1+;(' %(' 3$µ&;"(' 1,&;.3&/', (,%&9 3< µ!$µ5-&! &<+!(%&!
#(%9)*15!, 58' #&*!.! 5G2,$;%"(! -*)&%*µ$<5"' : « il dépensa tous les revenus de l’État, mais laissa en
souvenir de lui un monument immortel, en ayant été ambitieux pour le profit de tous ». Cf. G. Clemente,
“Basi sociali e assetti istituzionali nell’età della conquista”, dans Storia di Roma, II, 1990, p. 43 : « Nella
concezione di Appio, ragioni politiche e culturali dovevano fondersi ; esse appaiono anche nella sua
opposizione alla elezione di un console plebeo, e nell’intensa attività edilizia della sua censura, tipica del
desiderio di legare il proprio nome ad una forma di evergetismo a beneficio della communità cittadina ».
49. P. Veyne, Le pain et le cirque. Sociologie historique d’un pluralisme politique, Paris, 1976, p. 488 (cf.,
sur l’évergétisme de l’oligarchie républicaine à Rome, p. 375-387).
50. K.-J. Hölkeskamp, Die Entstehung der Nobilität, p. 182-183.
51. La réforme du culte d’Hercule : Liv., IX, 29, 9-11 ; IX, 34, 18-19 ; Val. Max., I, 1, 17 ; Fest., p. 270 L., s. v.
Potitium ; Lact., Inst., II, 7, 15 ; Auct. De vir. ill, 34, 2 ; Macr., Sat, III, 6, 12-13 ; Serv., In Verg. Aen., VIII,
179 et VIII, 269. L’épisode des tibicines : Liv., IX, 30, 5-10 ; Ev., Fast, VI, 657-692 ; Val. Max., II, 5, 4 ;
Quint., De inst. orat., V, 11, 9; Plut., Quaest. Rom., 55 (277 F) ; Auct. De vir. ill, 34, 1 (voir supra p. 470472, n. 94, 95 et 96). Le temple de Bellone : Liv., X, 19, 17-18; X, 19, 21 ; C.I.L., F, 1, p. 192, X (= Insc.It.,
XIII, 3, 12 ; I.L.S., 54) ; E!., Fast, VI, 201-203.
52. Cf. notamment A. G. Amatucci, dans RFIC, 22, 1893-94, p. 237-240 ; E. Pais, Storia di Roma, I, 2,
1899, p. 658-666 ; Id., Storia critica, IV, 1920, p. 201-204 ; P. Lejay, dans RPh, 44, 1920, p. 127-128 ; E.
Groag, s.v. Pinarius, dans R.E., XX, 2, 1950, col. 1395-1397 ; W. Ehlers, 5.v. Potitii, dans R.E., XXII, 1,
1953, col. 1183-1186 ; A. Garzetti, dans Athenaeum, 25, 1947, p. 208-210 ; R. E. A. Palmer, “The Census of
312 B.C. and the State Religion”, dans Historia, 14, 1965, p. 293-324 ; E. Ferenczy, dans AAntHung, 15,
1967, p. 37-38 ; F.-H. Massa Pairault, Recherches sur l’art et l’artisanat, p. 92-95; B. Biondo, “I Potizi, i
Pinari e la statizzazione del culto di Ercole”, dans G. Franciosi éd., Ricerche sulla organizzazione gentilizia
romana, II, Naples, 1988, p. 191-210; L. Loreto, dans A&R, 36, 1991, p. 186-188.
53. Varr., De ling. Lat, VI, 54; Liv., IX, 29, 9 ; IX, 34, 18 ; Val. Max., I, 1, 17 ; Fest., p. 270 L., s.v. Potitium ;
Lact., Inst., II, 7, 15 ; Auct. De vir. ill, 34, 2 ; Macr., Sat., III, 6, 12-13 ; Serv., In Verg. Aen., VIII, 179 et VIII,
269 ; C.I.L., VI, 613.
54. Cf. J. Bayet, Les origines de l’Hercule romain, Paris, 1926, p. 456 ; D. Van Berchem, “Hercule-Melqart
à l’Ara Maxima”, dans RPAA, 32, 1959-1960, p. 61-68; Id., “Sanctuaires d’Hercule-Melqart : contribution à
l’étude de l’expansion phénicienne en Méditerranée (en particulier sur Gadès)”, dans Syria, 44, 1967, p.
307-338 ; R. Rebuffat, “Les Phéniciens à Rome”, dans MEFR, 78, 1966, p. 7-48 ; A. Piganiol, “Les origines
d’Hercule”, dans Hommages à A. Grenier, Bruxelles, 1962, p. 1261-1264.
55. Varr., Men., fr. 20 Cèbe (ap. Macr., Sat., III, 12, 6) : cum de Invicto Hercule loqueretur eundem esse ac
Martem probavit. Verg., Aen., VIII, 285-288 : Tum Salii ad cantus incensa altarla circum / populeis
adsunt evincti tempora ramis, / hic iuvenum chorus, ille senum, qui carmine laudes / Herculeas et facta
ferunt… Cf. G. Wissowa, Gesammelte Abhandlungen zur römischen Religions – und Stadtgeschichte,
Munich, 1904, p. 264 ; J. Bayet, Les origines de l’Hercule romain, p. 322-325 ; J.-P. Cèbe, Varron, Satires
Ménippées. Edition, traduction et commentaire, 1, Rome (C.E.F. 9), 1972, p. 88-94. D’après Macrobe (Sat.,
III, 14, 14), un « Appius Claudius, qui eut les honneurs du triomphe et fit partie des Saliens jusqu’à sa
Page 29
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)31-08-13 12:38
vieillesse, tint comme un titre de gloire le fait d’être, au sein du collège, le meilleur danseur » (trad. Ch.
Guittard) ; M. Torelli identifie cet Appius Claudius membre du collège des Saliens à Appius Claudius
Caecus, sur la base d’une bague (peut-être du IIIe siècle) dont la pierre représente la procession des Saliens
et porte l’inscription Appius Alce (T.L.E.2, 777) : M. Torelli, “La religione delle Etruschi”, dans G. Pugliese
Carratelli éd., Rasenna. Storia e civiltà degli Etruschi, Milan (coll. Antica Madre), 1986, p. 221 ; Id.,
“Appius Alce. La gemma florentina con rito saliare e la presenza dei Claudii in Etruria”, dans SE, 63, 1997,
p. 227-255 ; toutefois, il paraît difficile de croire qu’il s’agisse de Caecus, car selon Macrobe, le Salien aurait
été vir triumphalis, ce qui n’a jamais été le cas pour l’ancien censeur (du moins, aucune source n’en parle
et ne permet donc de l’affirmer).
56. Ainsi J. Bayet, Les origines de l’Hercule romain, p. 325-332 ; Id., Histoire politique et psychologique
de la religion romaine, Paris, 1957, p. 123-124 ; mais paradoxalement, l’auteur y vit une “latinisation” du
culte d’Hercule, car selon lui, le caractère guerrier de l’Hercule romain proviendrait de l’Hercules Victor de
Tibur, qui connaissait d’ailleurs aussi des prêtres Saliens, peut-être depuis l’époque archaïque (mais si
l’origine tiburtine du nouvel Hercule romain est exacte, encore faudrait-il voir dans quelle mesure celle-ci
ne remonte pas à son tour à des origines grecques) : Serv., In Verg. Aen., VIII, 285 ; cf. F. Coarelli, “Roma, i
Volsci e il Lazio antico”, dans Crise et transformation des sociétés archaïques, 1990, p. 139-140.
57. J. Carcopino, “Les origines pythagoriciennes de l’Hercule romain”, dans Aspects mystiques de la Rome
païenne, Paris, 1942, p. 173-206 ; suivi par P. Grimai, Le siècle des Scipions, p. 228-231. Mais pour M.
Detienne, “Héraklès, héros pythagoricien”, dans RHR, 158, 1960, p. 19-53, l’Héraclès des Pythagoriciens,
proche de celui des Cyniques et des Stoïciens (« bref l’Héraclès des savants et des philosophes »), est le
héros de l’effort et de l’ascèse pour atteindre l’immortalité, celui-là même que Lysippe a représenté assis et
pensif, sur l’acropole de Tarente ; c’est pourquoi, écrit-il, « s’il y a, à Rome, un Héraclès pythagoricien,
c’est, non pas l’Hercule de l’Ara Maxima, mais l’Hercules Musarum », « celui que vénérèrent les
“pythagorisants” Fulvius et Ennius ».
58. La tête d’Héraclès imberbe apparaît pour la première fois dans le monnayage de Tarente à partir de
l’époque d’Alexandre le Molosse et montre clairement que le modèle suivi est celui de l’iconographie royale
macédonienne (le type de l’Héraclès imberbe fut l’un des thèmes favoris du monnayage d’Alexandre le
Grand, dans lequel les images respectives du héros et du conquérant tendaient à se confondre) : cf. P.
Wuilleumier, Tarente des origines à la conquête romaine, Paris (B.E.F.A.R. 148), 1939, p. 523 ; R. Werner,
“Alexander der Molosser in Italien”, dans W. Will et J. Heinrich éd., Zu Alexander der Große. Festschrift
G. Wirth, I, Amsterdam, 1987, p. 335-390 ; B. Poulsen, dans J. Carlsen et alii éd., Alexander the Great.
Reality and Myth, Rome (A.R.I.D., Supplementum 20), 1993, p. 162 et p. 166.
59. Liv., IX, 44, 16 : Herculis magnum simulacrum in Capitolio positum dedicatumque. Sur l’Héraclès de
Tarente : cf. P. Wuilleumier, Tarente, p. 522-526 ; L. Todisco, “Eracle, l’artefice sul cratere apulo di New
York MMA 50.11.4”, dans MEFRA, 102, 1990, p. 943-954. Sur la statue d’Hercule élevée au Capitole en 305
et ses affinités avec l’Héraclès de Tarente (ou d’Héraclée) : cf. H. Jucker, Vom Verhältnis der Römer, p. 4748 ; L. Forti, “Nota sullo Herakles di Taranto”, dans Klearchos, 5, 1963, p. 18-24 ; P. Moreno, dans R.
Bianchi Bandinelli éd., Storia e civiltà dei Greci, 5, La crisi della polis, Milan, 1979, p. 430-431; E. La
Rocca, dans G. Pugliese Carratelli éd., Roma e Vitalia, p. 348 ; S. Ensoli, “Lisippo a Roma”, dans P.
Moreno éd., Lisippo. L’arte e la Fortuna, Monza, 1995, p. 299. Mais la statue colossale d’Hercule sur le
Capitole ne s’inspirait peut-être que des dimensions, et non du modèle iconographique, de l’Héraclès assis
(fatigué et pensif) inventé par Lysippe ; on songerait plutôt au type de l’Héraclès debout, appuyé contre sa
massue, comme on le voit sur les monnaies produites au cours du IVe siècle par Héraclée, colonie fondée
par Tarente vers 432/431 et siège de la Ligue italiote depuis la victoire de Tarente contre Crotone vers 379,
où ce modèle iconographique était devenu le symbole de la Ligue en guerre contre les populations
lucaniennes, ainsi que celui de l’expansionisme tarentin à l’époque d’Archytas : cf. L. Todisco, loc. cit., p.
901-957. Toujours est-il que la statue est considérée par J. Bayet comme un terminus ante quem à
l’apparition du caractère guerrier de l’Hercule romain (Les origines de l’Hercule romain, p. 325-326). Il est
pour le moins étrange de voir dans l’érection de cette statue « une sorte d’expiation » pour le sacrilège dont
Appius Claudius se serait rendu coupable à l’Ara Maxima, comme le soutient P. M. Martin, L’idée de
royauté à Rome, I, p. 385.
60. Cf. K. Latte, Römische Religionsgeschichte, p. 214-218 ; J. Scheid, “Graeco ritu : a typically Roman
way of honouring the gods”, dans HSPh, 97, 1995 (1998), p. 15-31 ; Id., “Nouveau rite et nouvelle piété.
Réflexions sur le ritus Graecus”, dans F. Graf éd., Ansichten griechischer Rituale. Für Walter Burkert,
Stuttgart-Leipzig, 1998, p. 168-182.
61. S. Weinstock, “Victor and Invictus”, dans HThR, 50, 1957, p. 211-247. Suivi par J. R. Fears, “The
theology of Victory at Rome : approaches and problems”, dans ANRW, II, 17, 2, Berlin, 1981, p. 736-826
(en part. p. 773-775).
62. Cf. S. Weinstock, dans HThR, 50, 1957, p. 214; M. A. Levi, “Theòs aniketos. Aspetti cultuali della
legitimità di Alessandro”, dans M. Sordi éd., Alessandro Magno tra storia e mito, Milan, 1984, p. 53-57.
Page 30
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)31-08-13 12:38
Sur la présence d’un culte d’Hercules Victor à Tibur dès l’époque archaïque (fin VIe – début Ve siècle ?), et
son rôle dans la « militarisation » du culte de l’Hercule romain, voir supra n. 56 et infra n. 69.
63. Zon. (D.C.), 8, 1. Cf. T. Hölscher, Victoria Romana. Archäologische Untersuchungen zur Geschichte
und Wesensart der römischen Siegesgöttin von den Anfängen bis zum Ende des 3. Jhs. n. Chr., Mayence,
1967.
64. Liv., X, 33, 9. Denys (I, 32, 5) mentionne également l’existence d’un autel consacré à la Victoire sur le
Palatin, et l’attribue à Évandre, mais il s’agit probablement de la projection du temple qui y sera dédié au
début du IIIe siècle. Cf. A. Ziolkowski, The Temples of Mid-Republican Rome, p. 172-179.
65. Liv., X, 19, 17-18 : Dicitur Appius in medio pugnae discrimine, ita ut inter prima signa manibus ad
caelum sublatis conspiceretur, ita precatus esse : « Bellona, si hodie nobis victoriam duis, ast ego tibi
templum voveo ». Haec precatus, velut instigante dea, et ipse collegae et exercitus virtutem aequavit
ducis. Et duces imperatoria opera exsecuntur, et milites, ne ab altera parte prius victoria incipiat,
adnituntur. Liv., X, 19, 21 : (…) et cum Volumnius ipse portae signa inferret, Appius Bellonam Victricem
identidem celebrans accenderet militum animos, per vallum, per fossas inruperunt. C.I.L., I2, 1, p. 192, H
(= Insc.It., XIII, 3, 12; I.L.S., 54) : Appius Claudius C(ai) f(ilius) Caecus […] aedem Bellonae fecit. Ovid.,
Fast., VI, 201-203 : hac sacrata die Tusco Bellona duello I dicitur et Latio prospera semper adest. I
Appius est auctor… Cf. I. Ziolkowski, The Temples of Mid-Republican Rome, p. 18-19.
66. Liv., X, 29, 14. Cf. A. Ziolkowski, The Temples of Mid-Republican Rome, p. 91-94.
67. A. Ziolkowski, The Temples of Mid-Republican Rome, p. 46-50.
68. G. Wissowa, Gesammelte Abhandlungen, 1904, p. 264 ; F. Coarelli, Il Foro Boario, p. 79-82.
69. La fête des Petites Quinquatries au cours de laquelle les tibicines célèbrent chaque année leur retour
(ou leur venue ?) de Tibur (Varr., De ling. Lat., VI, 17) correspond, dans les Fasti Antiates Maiores, à la
fête de Iupiter Victor, et semble donc destinée à commémorer l’introduction à Rome, à partir de Tibur, du
culte de Iupiter Invictus ou Iupiter Victor, ce qui n’a pu avoir lieu que vers la fin du IVe siècle au plus tôt;
d’autre part, d’après Varron (ap. Serv., In Verg. Aen., VIII, 363) et Macrobe (Sat., III, 6, 10), ce serait un
tibicen de Tibur qui serait à l’origine du culte d’Hercules Victor (à l’origine Hercules Invictus ?) près de la
porte Trigemina, le même culte donc que celui de l’Ara Maxima : cf. E. Pais, Storia critica, IV, p. 202-203 ;
Id., Storia di Roma, V, p. 219-221 ; J. Bayet, Les origines de l’Hercule romain, p. 312-318 ; S. Weinstock, s.
v. Tibur, dans R.E., VI A, 1, col. 827-831 ; F. Coarelli, Il Foro Boario, p. 92-103 et p. 180-204. Sur
l’introduction de la fête des Petites Quinquatries dans le cadre éventuel d’un changement de calendrier
vers la fin du IVe siècle, voir supra p. 470-473.
70. Ainsi déjà F. Coarelli, dans Roma medio repubblicana, p. 98-99 ; Id., Il Foro Boario, p. 82.
71. M. Menichetti, …Quoius forma virtutei parisiuna fuit… Ciste prenestine e cultura di Roma mediorepubblicana, Rome (Archaelogia Perusina, 12), 1995, p. 80-87 et fig. 43 a.
72. E. La Rocca, dans Roma medio repubblicana, p. 241-243 (+ fig. 373).
73. A. Rouveret, “Pittura funeraria in Lucania e Campania. Puntualizzazioni cronologiche e proposte di
lettura”, dans DArch, s. 3, 1, 1983, p. 109 et n. 61 (+ p. 108, fig. 16); Ead., dans Poseidonia-Paestum, p. 311 ;
A. Pontradolfo, A. Rouveret, Le tombe dipinte di Paestum, p. 160-161 et p. 466-467 : la tombe 86
d’Andriulo montre, à côté du thème du “retour du guerrier”, une Victoire (Nike) conduisant son bige,
probablement d’après un modèle hellénistique (macédonien?) contemporain.
74. Successivement : Plin., N.H., XXXV, 108 ; Plut., Arat., 13, 2-4; Plin., N.H., XXXV, 141.
75. Fest., p. 228 L., s.v. Picta toga. Cf. T. Hölscher, dans MDAl(R), 85, 1978, p. 341 (= Id., Monumenti
statali e pubblico, p. 37). Sur le thème du “retour du guerrier” dans la peinture paestane de la seconde
motié du IVe siècle, voir notamment A. Rouveret, dans DArch, s. 3, 1, 1983, p. 91-130 : l’auteur y montre
« le poids déterminant des influences tarentines dans la décoration des tombes » (p. 104), où le motif du
Retour du Guerrier « peut être mis en rapport avec les fragments de peintures funéraires de l’Esquilin (…)
qui évoquent à leur tour l’usage romain des peintures triomphales » (p. 106-107).
76. Sur plusieurs registres superposés (comme dans les futurs reliefs historiques des arcs de triomphe), on
y voit un certain Q. Fabio (vraisemblablement Q. Fabius Rullianus) tenant une lance (hasta) en main, face
à un dénommé M. Fannius (dont le nom pourrait être d’origine samnite ?), presque nu, ne portant qu’une
sorte de pagne et des jambières (des cnémides), et qui s’avance vers lui, en lui tendant la main droite
ouverte; selon l’interprétation la plus communément acceptée, il pourrait s’agir de la deditio in fidem d’un
chef samnite, auprès du célèbre vainqueur de la bataille de Sentinum, vir triumphalis qui aurait ainsi
obtenu l’honneur d’un sepulchrum publicum sur l’Esquilin : C. L. Visconti, “Un’antichissima pittura delle
tombe Esquiline”, dans BCAR, 17, 1889, p. 340-350 (et fig. XI-XII); A. Alföldi, Der frührömische
Reiteradel und seine Ehrenabzeichen, Baden-Baden, 1952, p. 50-51 ; F. Coarelli, dans Roma mediorepubblicana, p. 200-208 et pl. XLVI-XLVII; Id., dans Storia di Roma, II, 1, 1990, p. 171-177 (= Id., Revixit
Page 31
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)31-08-13 12:38
ars, p. 26-34) ; T. Hölscher, dans MDAI(R), 85, 1978, p. 346-348 (= Id., Monumenti statali e pubblico, p.
41-42). E. La Rocca, dans DArch, s. 3, 2, 1984, p. 31-53 ; Id., dans G. Pugliese Carratelli éd., Roma e l’italia,
p. 356-357 et fig. 164 : cet auteur a proposé une nouvelle lecture des fresques de la tombe de l’Esquilin, qui
commémoreraient les récompenses militaires obtenues à la suite de combats victorieux et héroïques par un
plébéien, représentant de cette “classe moyenne” de petits-propriétaires qui ont constitué l’épine dorsale
des légions aux débuts de l’impérialisme romain (à l’image du centurion Sp. Ligustinus évoqué par TiteLive, XLII, 34) ; les rapprochements effectués avec la description de l’armement du légionnaire par Polybe
(VI, 23) et la frise du monument de Paul-Émile à Delphes ont toutefois conduit l’historien italien à
proposer une datation basse de la fresque de l’Esquilin, vers la fin du IIIe ou les premières décennies du IIe
siècle, ce qui en ferait le monument le plus tardif de toute la nécropole (dont le matériel retrouvé date pour
l’essentiel de la fin du IVe ou du début du IIIe siècle). Mais une datation aussi tardive rendrait plus difficile à
comprendre l’influence lysippéenne qui apparaît dans le traitement de la coiffure du personnage Q. Fabius
(anastolé), et a été catégoriquement rejetée par M. Torelli, dans W. Eder éd., Staat und Staatlichkeit, p.
303 ; sur l’influence lysippéenne dans la fresque de l’Esquilin, cf. P. Moreno, “Modelli lisippei nell’arte
decorativa di età repubblicana ed augustea”, dans L’art décoratif à Rome à la fin de la République et au
début du principat, Rome (C.E.F. 55), 1981, p. 173-227 (en part. p. 175). Enfin, l’interprétation d’E. La
Rocca est également repoussée par F. Coarelli (op. cit.), ainsi que par K.-J. Hölkeskamp, dans Ch. Brunn
éd., The Roman Middle Republic, p. 240-241 : l’attitude de M. Fannius, présenté quasi désarmé et dans
une tenue vestimentaire peu glorieuse, avec la main droite tendue en direction de Q. Fabius (dextra data et
accepta), semble bien correspondre à une deditio in fidem ; par ailleurs, la lance tenue de main ferme par
Q. Fabius ne semble pas prête à lui être donnée en récompense, d’autant qu’il ne peut pas s’agir d’une
hasta pura comme l’a soutenu E. La Rocca, puisqu’elle semble pourvue d’une pointe métallique (cf. supra
p. 299, n. 101).
77. Liv., X, 19, 21 : Appius Bellonam Victricem identidem celebrans accenderet militum animos… Cf. E. M.
Orlin, Temples, Religion and Politics in the Roman Republic, Leiden-New York-Cologne, 1997, p. 28-29.
78. C.I.L, F, 44 = I.L.L.R.P., 55. J.-P. Morel, dans Roma medio repubblicana, p. 57 et p. 62. Cf. H. Jordan,
dans Ann. Inst., 1872, p. 54 ; E. Aust, s.v. Bellona, dans R.E., III, 1, 1897, col. 254-255 (mais qui se trompait
en datant la coupe du VIe siècle).
79. F. Catalli, dans Roma medio repubblicana, p. 36.
80. Liv., VIII, 9, 6; X, 28, 15. Le Véséris est probablement un fleuve, mais la bataille peut difficilement
s’être déroulée au pied du Vésuve (Liv., VIII, 8, 19), car cette région n’était alors sous le contrôle ni des
Romains, ni des Capouans : la rencontre a plutôt pu avoir lieu entre Capoue (VIII, 6, 8) et Minturnes (VIII,
10, 9), comme le propose F. Càssola, “La conquista romana. La regione fino al V secolo d.C”, dans Storia e
civiltà della Campania, Naples, 1991, p. 104. La thèse de l’origine campanienne des Decii fut soutenue par
F. Münzer, Römische Adelsparteien und Adelsfamilien, p. 37 et p. 45 ; J. Heurgon, Recherches sur Capoue
préromaine, p. 260-277 ; A. Piganiol, La conquête romaine, p. 183-186.
81. Calp. Pis., fr. 43 P. = 34 F. = 45 Ch. (ap. Macr., Sat., III, 2, 14) : Piso ait vitulam Victoriam nominari.
Cuius rei hoc argumentum profert, quod postridie nonas Iulias re bene gesta, cum pridie populus a
Tuscis in fugam versus sit, unde Populifugia vocantur, post victoriam certis sacrificiis fiat vitulatio. Sur
Vitula, cf. W. Eisenhut, s.v. Viiula, dans R.E., IX A, 1, 1961, col. 491-493 ; R. E. A. Palmer, Roman Religion
and Roman Empire. Five Essays, Philadelphie, 1974, p. 8-10.
82. F.-H. Massa-Pairault, dans D. Briquel et J.-P. Thuillier éd., Le Censeur et les Samnites, p. 100.
83. S. Weinstock, dans HThR, 50, 1957, p. 217.
84. Plin., N.H., XXXV, 12 : voir supra p. 43-46 et n. 43.
85. En 293, L. Papirius Cursor (fils) dédia et orna des dépouilles des ennemis le temple de Quirinus (Liv.,
X, 46, 8). Des clipei virtutis sur lesquels figure le nom du défunt ainsi qu’un elogium se retrouvent dans la
deuxième chambre de la “Tombe des Boucliers” de Tarquinia (vers 360-350 av. J.-C. ; mais avec les
derniers noms mentionnés, on s’approche de la date à laquelle le temple de Bellone a pu être construit),
mais aussi dans la “Tombe Bruschi” de Tarquinia : cf. F.-H. Pairault Massa, Iconologia e politica, p. 108112 (qui fait d’ailleurs le parallèle avec les imagines clipeatae d’Appius Claudius) et p. 188.
86. Sur l’apparition des imagines clipeatae, voir supra p. 45, n. 47.
87. Cf. Liv., IX, 40, 16. Nous prolongeons ainsi l’hypothèse proposée récemment par F.-H. Massa-Pairault,
dans D. Briquel et J.-P. Thuillier éd., Le Censeur et les Samnites (voir supra p. 45, n. 48).
88. Cf. la représentation de la basilique Aemilia sur un denier de M. Aemilius Lepidus en 58 av. J.-C.
(R.R.C. 433/2) : H. I. Flower, Ancestor Masks, p. 76, fig. 3 et pl. 3 c.
89. R. Bianchi Bandinelli, Rome. Le centre du pouvoir, Paris (coll. “L’univers des formes”), 1969, p. 87. Cf.
W. H. Gross, dans Festschrift Ziegler, 1954, p. 66-84.
Page 32
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)31-08-13 12:38
90. Voir supra p. 42, n. 35.
91. Ath., Deipn., XI, 462 C ; Diod., XIX, 104, 4 ; Cic, 2 Verr., 4, 123-125. Cf. F. Coarelli et M. Torelli, Sicilia
(Guide archeologiche Laterza), Rome-Bari, 1988, p. 233 ; T. Hölscher, dans Akten des XIII.
Internationalen Kongresses, 1990, p. 76, insiste à ce propos sur le rôle de “modèle” que cette galerie de
portraits du temple d’Athéna de Syracuse a pu jouer dans l’introduction à Rome de la coutume de décorer
l’intérieur des temples avec des portraits peints.
92. S. Weinstock, dans HThR, 50, 1957, p. 211 ; K.-J. Hölkeskamp, Die Entstehung der Nobilität, p. 236238; T. Hölscher, dans Akten des XIII. Internationalen Kongresses, 1990, p. 76. Voir aussi supra p. 503.
93. Ennius traduisit en latin l’épigramme placée par Pyrrhus dans le temple de Zeus de Tarente (Enn.,
Ann., VI, 192-193 V.2 = 180-182 Sk., ap. Oros., IV, 1, 14) : Qui antehac invicti fueri viri, pater optime
Olympi, / hos ego in pugna vici victusque sum ab isdem. Cf. P. Wuilleumier, Tarente, p. 116-117 ; S.
Weinstock, dans HThR, 50, 1957, p. 217 ; O. Skutsch, The Annals of Q. Ennius, p. 343-346.
94. Voir supra p. 73.
95. Plut., Pyrrh., 19, 2 : D&9 8(, ,µ7! ; 1,*' F1(!%(' &!<,01&/' <,/)&=µ5!&' &5) ).8&', H' 58 1(,+!
##5-!&' 58' B%()"(! ; µ98(' ')9A(!3,&' #() ;/!$!92<$ !9&*' 4µ-! #() %&-' 1(%,+;*! 4µ7! &#µ+?&/;*!, &G#
=! ,µ!5-%& !9! &!"#$%&', &))’ I -/8$! &! J 1&/ 15;$! #!%(9<( %.! C0µ$! #!3&A&%9,(! &15)*15 : « Où
donc ont disparu vos fameuses paroles, sans cesse et partout répétées, selon lesquelles, si Alexandre était
venu en Italie et se fût mesuré avec nous, alors jeunes, et avec nos pères alors dans la force de l’âge, on ne
le célèbrerait pas aujourd’hui comme un héros invincible, mais sa fuite ou sa mort en notre pays aurait
rendu Rome plus illustre ? » Ce passage du discours d’Appius Claudius évoque de très près la célèbre
digression d’histoire-fiction rédigée par Tite-Live (IX, 16, 19-19, 17), qui se demande ce qui se serait passé
si Alexandre avait tourné ses forces contre Rome au lieu de conquérir l’Orient (IX, 18, 17 : Invictus ergo
Alexander cum invictis ducibus bella gessisset) : cf. G. Nenci, Introduzione alle guerre persiane e altri
saggi di storia antica, Pise, 1958, p. 247-257 (pour qui l’excursus de Tite-Live pourrait provenir, en dernier
ressort, d’un elogium de L. Papirius Cursor) ; L. Alfonsi, “Sul passo liviano relativo ad Alessandro Magno”,
dans Hermes, 90, 1962, p. 505-506 ; D. Kienast, “Augustus und Alexander”, dans Gymnasium, 76, 1969, p.
430-456 ; O. Weippert, Alexander-imitatio, 1972, p. 10-17 ; J.-C. Richard, “Alexandre et Pompée : à propos
de Tite-Live IX, 16, 19-19, 17”, dans Mélanges P. Boyancé, Rome (C.E.F. 22), 1974, p. 653-669; B. Poulsen,
dans J. Carlsen et alii éd., Alexander the Great, p. 163 ; F. Zevi, dans Studi Miscellanei, 30, 1991-1992, p.
127 et n. 57 (qui voit dans l’épithète +!"#$%&' utilisée par Plutarque un indice confirmant l’authenticité du
discours d’Appius Claudius).
96. E. Flores, Letteratura latina e ideologia, p. 11-12. Sur le rythme saturnien dans les premiers elogia des
Scipions et son utilisation lors des laudationes funèbres, cf. J. Van Sickle, “Stile ellenistico romano e
origini dell’epigramma a Roma”, dans E. Flores éd., Dall’epigramma ellenistico all’elegia romana, Naples,
1984, p. 9-26 ; Id., “The Elogia of the Cornelii Scipione and the Origin of the Epigram at Rome”, dans
AJPh, 108, 1987, p. 41-55 ; Id., “The First Hellenistic Epigrams at Rome”, dans Vir bonus discendi peritus.
Studies in celebration of Otto Skutsch’s eightieth Birthday, Londres, 1988 (BICS, Suppl. 51), p. 143-156.
D’après Varron (De geueribus litterarum, fr. 319 Funaioli) : praeterea, tam apud Graecos quam apud
Latinos, longe antiquiorem curam fuisse carminum quam prosae ; omnia enim prius versibus
condebantur, prosae autem Studium sero viguit.
97. Le verbe cavillor est d’ailleurs assez rare chez Tite-Live, puisqu’il n’est mentionné que neuf fois à
travers son oeuvre, dont trois fois à propos d’un Claudius (cf. D. W. Packard, A Concordance to Livy,
Cambridge (Mass.), 1968, vol. I, p. 704) ; cavillor est appliqué deux fois à Appius Claudius Caecus : la
première avec le sens de “tenir un raisonnement spécieux” (en IX, 34, 1) et la seconde avec celui de
“plaisanter, railler” (en X, 19, 7) ; il est également utilisé à propos d’Appius Claudius Crassinus, consul en
471 (II, 58, 9).
98. Cic, Brut., 55 : Possumus Appium Claudium suspicari disertum, quia senatum iamiam inclinatum a
Pyrrhi pace revocaverit (…) ; M’. Curium, quod is tribunus plebis interrege Appio Caeco diserto homine
comitia contra leges habente, cum de plebe consulem non accipiebat, patres ante auctores fieri coegerit…
99. W. Weissenborn, éd. de T. Livi ab Urbe condita libri, texte établi et commenté par H. J. Müller et W.
Weissenborn, t. III, 2, Berlin, 18905, p. 146.
100. Cat., Apopht., fr. 1 J. (ap. Quint., VI, 3, 105).
101. Cic, Ad fam., III, 9, 1 : Vix tandem legi litteras dignas "p. Claudio, plenas humanitatis, officii,
diligentiae. Aspectus videlicet urbis tibi tuam pristinam urbanitatem reddidit.
102. Cf. H. Malcovati, Oratorum Romanorum Fragmenta Liberae Rei Publicae, Turin, 1955, p. 1-4.
103. Voir supra p. 58-60 et p. 87-91.
104. Voir supra p. 61-73.
Page 33
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)31-08-13 12:38
105. Voir supra p. 70-71. Le témoignage de Varron (supra p. 63, n. 100) affirmant que le discours d’Appius
fut la première oeuvre à Rome rédigée en prose, et celui de Cicéron (Brut., 61) qui le range parmi les
scripta proferenda dont la rédaction ne le charmait pas (supra p. 64-65), suggèrent l’existence d’une
publication écrite : cf. H. Bardon, La littérature latine, I, p. 22-23.
106. Tac, Dial. orat., XVIII, 3-4 (supra p. 63, n. 101) ; Enn., Ann., VI, 202-203 V.2 = 199-200 Sk. ; 204 V.2
= 201 Sk. ; 205-206 V.2 = 195-196 Sk. (supra p. 61) : voir supra p. 36, n. 8.
107. Voir supra p. 64-65.
108. Voir supra p. 63, n. 100.
109. Sen., Ep. Lucil, XIX, 144, 13 ; Tac, Dial. orat., XXI, 7 : voir supra p. 63-64, n. 102 et 103.
110. Plut., Pyrrh., 19, 1-4 (= fr. 10 (n° 1) Malcovati) ; Plut., An seni respubl. gerend. sit, 21 ; App., Samn., X,
2 (= fr. 11 (n° 1) Malcovati) ; Ined. Vat. (F.Gr.Hist., 839, 2).
111. Plut., Pyrrh., 19, 1 (= fr. 10 (n° 1) Malcovati) : 1,.%5,&! µ9!, %-$, %.! 15,) %( Kµµ(%( %=2$! &!*(,7'
%-5,&!, L J:µ(-&*, !9! 3’ =2<&µ(* 1,*' %5 %/-)*' 5:!(* µ. #() #:-*' M!, &))’ &#&=:! (8;2,(
7&/)5=µ(%( #() 3.8µ(<’ ,µ7!, &!(%,91&!%( %+' C0µ$' %* #)9&' (voir trad. supra p. 67) ; cf. Plut., An seni
respubl. gerend. sit, 21, 794 D-E : App., Samn., X, 2 (= fr. 11 (n° 1) Malcovati) : 42<.µ$!, 5:15!, E%* µ.
7)91:K!9! 3’ E%* &#&=:, %! 8(, %&*(9%( ,µ7! 7&/)5=µ(%( 4A"&/! µ4<’ ;,2! µ4<’ &#&=5*! (voir trad. supra
p. 67). Ined. Vat., F.Gr.Hist., 839, 2 : ’D+)(* µ9!, L 7&/)4, ,15,$2<.µ$! &!+1$,&' M!, !9! 3< 1&)).! %?
;/µ-&,N %(=%O 2+,*! %2:, µ. ;,2! ,µ2' %&P' %&*(9%( 7&/)5/&µ9!&/' 53<5 39 µ5 #() #:-*! 858&!9!(*, Q!(
µ$3< &#&=&*µ* (8;2,7! ).8:! (voir trad. supra p. 67). Voir aussi Ovid., Fast., VI, 203-204 : Appius est
auctor [sc. Bellonae aedis], Pyrrho qui pace negata / multum amnio vidit, lumine captus erat. Val. Max.,
VIII, 15, 5 : Quin etiam fessus iam vivendo lectica se in curiam deferri iussit, ut cum Pyrrho deformem
pacem fieri prohiberet. Hunc caecum aliquis nominet, a quo patria quod honestum erat per se parum
cernens coacta est pervidere ? Sil. It., Pun., XIII, 725-726 : Hic fraudes pacis Pyrrhumque a limine portae
/ reiecit, visus orbus…
112. Cic, Brut., 55 : Possumus Appium Claudium suspicari disertum, quia senatum iamiam inclinatum a
Pyrrhi pace revocaverit.
113. Sall., Hist. rel., IV, fr. 54 Maurenbrecher (ap. Non., p. 84 L.).
114. Lact., Inst., VI, 18, 26 : Sed quia ipse caninam illam facundiam, sicut Sallustius ab Appio dictum
referi, exercuit, voluit hominem canino modo vivere, ut remordeal locessilus.
115. P. Lejay, dans RPh, 44, 1920, p. 135-136.
116. Cic., Ad fam., III, 7, 5 : Quaeso, etiamne (…) ullam Appietatem aut Lentuli-tatem valere apud me plus
quam ornamenta virtutis existimas ? Or, dans l’esprit même de Cicéron, cette appietas ne peut faire
référence qu’à un modèle familial de comportement qui remonte à Appius Claudius Caecus (cf. une autre
lettre adressée au même Appius Claudius Pulcher au moment de son accession à la censure (Ad fam., III,
11, 5), et qui fait référence à la censure de son ancêtre).
117. Sur l’attribution par le célèbre censeur de son “prénom” à l’aqua Appia et à la via Appia, voir supra p.
484-485.
118. On retrouve en effet l’expression canina facundia [ou eloquentia] en plusieurs endroits de la
littérature latine, souvent accompagnée de la locution incise ut ait Appius : cf. Quint., De inst. orat., XII, 9,
9 ; Hieron., Epist., CXIX, 1 (cf. aussi : CXXV, 16 : caninam exerceant facundiam ; CXXIV, 1 : et iuxta
Appium canina exerceretur facundia) ; Lact., Instit., VI, 18, 26.
119. La possibilité d’un emprunt par Salluste de l’expression canina facundia à Appius Claudius Caecus est
d’autant plus forte que l’historien semble avoir réutilisé dans son œuvre d’autres maximes du célèbre
censeur : ainsi la célèbre sentence faber est suae quisque fortunae citée dans les Lettres à César (Ad Caes.
sen., I, 1, 2) ; or l’auteur de ces lettres, généralement désigné le “Pseudo-Salluste”, n’est vraisemblablement
que Salluste lui-même si leur authenticité reste controversée (cf. M. Chouet, Les Lettres de Salluste à
César, Paris, 1950, passim ; A. Ernout, éd. du Pseudo-Salluste, Lettres à César. Invectives, Paris (C.U.F.),
1962, p. 7-19 ; M. von Albrecht, Geschichte der römischen Literatur, 1, Munich, 1994, p. 368-369) ; d’autre
part, B. Maurenbrecher, C. Sallusti Crispi Historiarum Reliquiae, I, Stuttgart, 1967, p. 176, pense qu’il est
« hors de doute » que Salluste ait cité l’expression canina facundia à propos de l’éloquence de Cicéron au
procès de Verrès.
120. A. Ernout et A. Meillet, Dictionnaire étymologique de la langue latine, Paris, 1967, p. 245 (s.v. for,
faris, fatum sum, fari). Le Thesaurus Linguae Latinae indique que le mot facundia se lit chez Térence,
mais qu’il ne se rencontre ni dans la Rhétorique à Hérennius, ni chez Varron, Cicéron, Catulle, Lucrèce,
César, Cornelius Nepos, Virgile, Tibulle, Properce, Phèdre, Quinte-Curce, Valerius Flaccus, Silius Italicus et
Florus; par contre son usage est de nouveau fréquent chez Ovide, Quintilien, Tacite, Fronton, Aulu-Gelle et
Apulée (T.L.L., VI, 1, col. 157).
Page 34
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)31-08-13 12:38
121. Isid., Sent., III, 56, 2.
122. J.-M. David, “Promotion civique et droit à la parole : L. Licinius Crassus, les accusateurs et les
rhéteurs latins”, dans MEFRA, 91, 1979, p. 163 ; sur l’émergence de l’accusation populaire, cf. ibid., p. 136153.
123. J.-M. David, dans MEFRA, 91, 1979, p. 162.
124. Cf. Hier., Ep., CXXV, 16 : Qui vero pauperes sunt, et tenui substantiola, videnturque sibi scioli;
pomparum ferculis similes procedunt ad publicum, ut caninam exerceant facundiam.
125. F. Marx, “Appius Claudius und Philemon”, dans Zeitschrift für die österreichischen Gymnasien, 48,
1897, p. 220 (voir infra p. 524-526).
126. P. Lejay, dans RPh, 44, 1920, p. 136 (« Une langue de vipère n’est pas une langue de chien. Avoir avalé
la langue d’un animal n’est pas avoir la langue de cet animal »).
127. P. Lejay, dans RPh, 44, 1920, p. 136 ; cf. précisément la définition donnée par Nonius (p. 84 L.) et
dans laquelle il transmet la citation de Salluste : Rabula a rabie dictus est : quem nunc advocatum vel
causarum patronum dicimus. Cicero in Oratore ; « non enim declamatorem aliquem de ludo aut rabulam
de foro, sed doctissimum et perfectissimum quaerimus ». – inde et Sallustius : « canina, ut ait Appius,
facundia exercebatur ».
128. Luc., IX, 50 (Vie de Démonax).
129. Diog. L., VI, 69. Cf. G. Scarpat, #$%%&'($ : storia del termine e delle sue traduzione in latino, Brescia,
1964, p. 62-69.
130. Jul., IX, 18, (200 d).
131. Plut., Moral., De adulat., 28 (69 C) ; Diog. L., VI, 90 et Ath., Deipn., X, 422 C-D, évoquent également
d’autres altercations entre Démétrios de Phalère et Cratès.
132. Sur la 1(,,$;"( dans l’Antiquité, cf. G. Scarpat, #$%%&'($ : storia del termine, passim ; A.
Momigliano, “La libertà di parola nel mondo antico”, dans Sesto Contributo…, II, Rome, 1980, p. 403-434 ;
P. Brown, Power and persuasion in late Antiquity, Presses Universitaires du Visconsin, 1992, p. 61-70. Par
ailleurs, les citations fournies par le T.L.G. indiquent que le substantif 1(,,$;"( est le seul terme lié au
langage qui est associé à l’adjectif #/!*#.' dans toute la littérature grecque de l’Antiquité : si l’expression
canina facundia doit avoir une origine grecque, seule la #/!*#4 1(,,$;"( peut donc fournir un équivalent.
133. G. Scarpat, #$%%&'($ : storia del termine, p. 109-116 ; A. Momigliano, dans Sesto Contributo…, II,
1980, p. 432. La Rhétorique à Herennius (IV, 48-49) traduit 1(,,$;"( par licentia, mais l’expression
#/!*#. 1(,,$;"( ne semble pas pouvoir trouver d’autre équivalent en latin que canina facundia.
134. Diodore et Stratomicos sont cités par Timée (F. Gr. Hist., 566 F 16, ap. Ath., Deipn., IV, 163 E-F) ;
Archestratos est cité par Athénée, Deipn., IV, 163 D-F ; sur Diodore pythagoricien, voir Diog. L., VI, 13 ;
Jambl., De vita Pythag., 266. Cf. E. Wellmann, s.v. Diodoros (40), dans R.E., V, 1, 1903, col. 705.
135. M. Detienne, “Héraklès, héros pythagoricien”, dans RHR, 158, 1960, p. 19-53.
136. Plin., N.H., XXXIV, 26 ; Plut., Num., 8, 20 ; Cic, Tusc., IV, 4 : voir infra (respectivement) p. 541-558 et
p. 526-539.
137. G. Scarpat, #$%%&'($ : storia del termine, p. 62-69.
138. G. Scarpat, #$%%&'($ : storia del termine, p. 62-63. Cf. A. Momigliano, dans Sesto Contributo…, II,
1980, p. 423-430; W. Wròblewski, “Die ‘Parrhesia’ als wesentliches Merkmal der athenischen Demokratie
im Licht der literarischen Zeugnisse im V. Jh. vor Chr.”, dans Eos, 78, 1990, p. 91-99.
139. Plut., Moral., De exil, 6 (606 C); Diog. L., VI, 43.
140. Sen., De ira, III, 23, 2 : Demochares (…) Parrhesiastes ob nimiam et procacem linguam appellatus.
Cf. I. Momigliano, “Atene nel III secolo a.C. e la scoperta di Roma nelle storie di Timeo di Tauromenio”,
dans RSI, 71, 1959, p. 529-556.
141. Cf. Ath., Deipn., I, 1 D : R$%.,:! %5 0! =8/,*' %7! #/!*#7! #(%’ &G3<! &1&)5*1&µS!$.
142. P. Chiron, éd. de Démétrios, Du style, Paris (C.U.F.), 1993, p. XIII-XL, après avoir débattu de l’ensemble
des hypothèses émises par le passé sur la datation et l’attribution de ce traité, propose d’identifier son
auteur avec Démétrios de Syrie, qui donna vers 80 av. J.-C. « des leçons de rhétorique au jeune Cicéron,
alors en séjour d’études à Athènes » : « ignoré ou négligé parce qu’issu d’un auteur de rang moyen […],
l’ouvrage aurait dû sa survie ultérieure à son attribution à Démétrios de Phalère ».
143. Demetr., De eloc., 259-260.
144. P. Chiron, éd. de Démétrios, op. cit., p. 130, n. 343. Cf. Demetr., De eloc, 261-262 : C9)&*&! 8(, %*
1,.25*,&! %&9 ).8&/, 35*!. 3’ 4 #5/<&µ9!$ %µ-(;*'. 6() E):', ;/!5).!%* -,+;(*, 12! %* 5:3&' %&9
Page 35
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)31-08-13 12:38
6/!*#&9 ).8&/ ;("!&!%* Fµ( T&*#9 %U #() 3+#!&!%*. H,4;&!%(* 3’ (,%5 #() &8 R4%&,9' 1&%5, #() #2,4;(!%&,
L/;"(' µ<! 1,*' %*! #,7!%( %+' 8,(*' )98:! E%* 0' RN&! 0! &,*<µ+;(* %&P' 13.!%(' V %&P' 3(#%=)&/' :
#() 8(, 35*!.%(%( Fµ( #() 85)&*.%(%( #!9-$!5 %.! 8,(9! (« Il y a de la drôlerie dans le sens apparent,
mais de la véhémence dans l’intention cachée. En somme, pour le dire d’un mot, la caractéristique propre
du « tour cynique » est de ressembler à un chien qui frétille à la fois et qui mord. Même les orateurs
utiliseront parfois ce « tour » ; ils l’ont d’ailleurs déjà fait, comme Lysias disant à l’amoureux d’une vieille
qu’il était plus facile de compter ses dents que ses doigts : c’est avec la plus grande véhémence et la plus
grande drôlerie qu’il nous fait voir la vieille » – trad. de P. Chiron, éd. de Démétrios, op. cit., p. 72-73). P.
Chiron analyse en Introduction (p. XCVIII-CIII) les principaux aspects philosophiques et rhétoriques liés au
style “véhément” et les conceptions développées sur le sujet par l’auteur du De elocutione.
145. Cf. E. Arndt, De ridiculi doctrina rhetorica, Diss. Bonn, 1904, p. 1-14 ; M. A. Grant, The Ancient
Theories of the Laughable, the Greek Rhetoricians and Cicero, Madison, 1924 ; F. Solmsen, “The
aristotelian Tradition in Ancient Rhetoric”, dans AJPh, 62, 1941, p. 45.
146. D’après M.-O. Goulet-Cazé, L’ascèse cynique. Un commentaire de Diogène Laërce VI 70-71, Paris,
1986, p. 154, la “pédagogie” des Cyniques s’oppose au dialogue socratique dans la mesure où « le langage
[…] est devenu secondaire par rapport au témoignage de l’exemple, même s’il exerce encore une certaine
influence de par sa force corrosive et cinglante ».
147. P. Chiron, éd. de Démétrios, op. cit., p. 130, n. 343.
148. Démétrios de Phalère était en fait exactement contemporain d’Appius Claudius Caecus : homme
d’État et philosophe, il fut aussi un remarquable orateur, auteur de discours et de traités de rhétorique, et
les qualités de son éloquence étaient encore admirées par Cicéron et Quintilien, qui voyaient en lui le
créateur du “genre moyen” (µ9;&! 89!&'), un nouveau style d’éloquence qui reposait sur l’art de la
métaphore et la proscription de toute violence verbale (cf. Cic, De orat., II, 95 : (…) Phalereus ille
Demetrius, omnium istorum [sc. oratorum] mea sententia potitissumus ; Id., Brut., 38 : Hic primus [sc.
Phalereus] inflexit oratio-nem et eam mollem teneramque reddidit et suavis, sicut fuit, videri maluit
quam gravis, sed suavitate ea, qua perfunderet animos, non qua perfringeret… ; Id., Orat., 91-92 :
Uberius est aliud aliquantoque robustius quam hoc humile, de quo dictum est, summissius autem quam
illud, de quo iam dicetur, amplissimum. Hoc in genere nervorum vel minimum, suavitatis autem est vel
plurimum. Est enim plenius quam hoc enucleatum, quam autem Mud omatum copiosumque summissius.
Huic omnia dicendi ornamenta conveniunt plurimumque est in hac orationis forma suavitatis. In qua
multi floruerunt apud Graecos, sed Phalereus Demetrius meo iudicio praestitit ceteris, cuius oratio cum
sedate placideque labitur, tum illustrant eam quasi stellae quaedam tralata verba atque mutata. ; Quint.,
De instit. orat., X, 1, 33 : …nec versicolorem illam, qua Demetrius Phalereus dicebatur uti, vestem bene ad
forensem pulverem facere ; X, 1, 80 : Quin etiam Phalerea illum Demetrium, quamquam is primus
inclinasse eloquentiam dicitur, multum ingenii habuisse et facundiae fateor, vel ob hoc memoria dignum,
quod ultimus est fere ex Atticis, qui dici possit orator ; quem tamen in illo medio genere dicendi praefert
omnibus Cicero.) ; or ce “style élégant” et “suave” devait être l’antithèse du #/!*#.' %,.1&' employé à son
époque par certains orateurs attiques ; Démétrios semble d’ailleurs s’être opposé à plusieurs reprises au
philosophe Cratès dont il redoutait la 1(,,$;"( #/!*#4 (cf. supra p. 516).
149. Dans le De elocutione, 162, l’auteur oppose de façon antinomique le style risible (%ò 89)&*&!) au style
grâcieux (%ò 5/2(,*), et sa source, si elle n’est peut-être pas directement aristotélicienne, est
indiscutablement péripatéticienne : cf. P. Chiron, éd. de Démétrios, op. cit., p. LXXXVIII-XCI. Selon E. Arndt,
De ridiculi doctrina, p. 15, Démétrios de Phalère aurait peut-être consacré un ouvrage sur ce sujet et
pourrait par conséquent avoir inspiré ce passage du De elocutione.
150. Cf. A. Momigliano, dans Sesto Contributo…, II, 1980, p. 430-432 ; M. Bonnefond-Coudry, Le Sénat de
la République romaine, p. 461-471 et p. 499-514.
151. Par exemple : Liv., IX, 30, 1-2 ; 33, 3-9 ; 34, 1-26 ; 42, 3 ; X, 15, 12; 18, 11-19, 9.
152. Pour L. Herrmann, dans Hommages à J. Bayet, p. 255-256, « il n’est pas sûr que l’expression canina
facundia (…) ne provienne pas du discours contre Pyrrhus. ».
153. Licin. Mac, fr. 18 P. = 22 W. = 19 Ch. (ap. Liv., IX, 46, 1) : voir supra p. 441, n. 3.
154. Voir supra p. 440, n. 3.
155. Cf. le célèbre passage à la fin du livre IX de Tite-Live (IX, 46, 10-11) : voir supra p. 101 n. 1.
156. Tite-Live qualifie également le consul L. Volumnius, collègue plébéien d’Appius Claudius en 307 et
296, de facundus (X, 19, 6-7). Enfin, Menenius Agrippa avait été, lui aussi, vir facundus et cher à la plèbe
(II, 32, 8).
157. F. Leo, Geschichte der römischen Literatur, I, Die archaische Literatur, Berlin, 1913, p. 42-44 ; M.
Schanz et C. Hosius, Geschichte der römischen Literatur, I, p. 40-42 ; F. Altheim, Rom und der
Hellenismus, Amsterdam/Leipzig, 1941, chapitre 6 : “Appius Claudius Caecus”, p. 96-106 ; H. Bardon, La
Page 36
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)31-08-13 12:38
littérature latine inconnue, I, L’époque républicaine, Paris, 1952, p. 20-25 ; J. Bayet, Littérature latine,
Paris, 1965, p. 21-22 ; E. Flores, Letteratura latina e ideologia del III-II A.C., Naples, 1974, p. 10-12 ; F.
Hauler, “Zu Appius Claudius’ Sententiae”, dans WS, 1915, p. 371-373 ; L. Herrmann, “Les « Sententiae »
d’Appius Claudius Caecus”, dans Hommages à J. Bayet, Bruxelles-Berchem, 1964, p. 255-259; G. C.
Giardina, “Sui frammenti di Appio Claudio Cieco”, dans Poesia latina in frammenti. Miscellanea
fdologica, Gênes, 1974, p. 257-261 ; I. Tar, Über die Anfänge der römischen Lyrik, Szeged, 1975, p. 15-30;
F. Stoessl, “Die Sententiae des Appius Claudius Caecus”, dans RhM, 122, 1979, p. 18-23; M. Marini,
“Osservazioni sui frammenti di Appio Claudio”, dans RCCM, 27, 1985, p. 3-11.
158. E. Baehrens, Fragmenta poetarum Romanorum, Leipzig, 1886, p. 36 ; W. Morel, Fragmenta
poetarum Latinorum epicorum et lyricorum praeter Ennium et Lucilium, Leipzig, 1927, p. 5-6 ; J.
Blänsdorf, Fragmenta poetarum Latinorum epicorum et lyricorum praeter Ennium et Lucilium (post W.
Morel novis cutis adhibitis edidit Carolus Buechner, editionem tertiam auctam curavit Jürgen
Blänsdorf), Stuttgart-Leipzig, 1995, p. 11-13.
159. H. Keil, Grammatici Latini, II, Leipzig, 1855-1880, p. 384. Sur les problèmes de lecture et de
compréhension de ces vers, voir infra p. 528-529 et n. 183.
160. P. Lejay, dans RPh, 44, 1920, p. 129-132, étudie ces vers qu’il considère comme « d’excellents vers
saturniens » et les restitue comme suit :
Amicum quom vides, obliscere miserias ;
inimici si es commentus, nec libens aeque.
« En voyant ton ami, tu oublies tes misères ;
si ton ennemi s’offre à ton esprit, ce n’est plus aussi volontiers que tu les oublies ».
G. Ballaira, “Una sentenza di Appio Claudio Cieco”, dans SIFC, 40, 1968, p. 190-199, a repris l’étude de ces
vers, et en particulier du second : d’une part, il enlève à commentus le sens de dissimulatus que lui avait
donné H. Keil au XIXe siècle et que suivit P. Lejay, pour lui donner le sens de “sage” que lui avait déjà donné
Priscien (commentus ;5;&-*;µ9!&') ; d’autre part, il considère que la désinence d’inimicus doit être une
erreur du copiste du manuscrit, qu’il s’agit au contraire d’un accusatif qui répond à l’expression cum vides
sous-entendue dans le deuxième vers et qu’il faut comprendre :
amicum cum vides, obliscere miserias ; inimicum [sc. cum vides], si es commentus [i.e. sapiens], nec [sc.
obliscere miserias] libens aeque : « Quand tu vois un ami, tu oublies tes misères; [quand tu vois un
ennemi], si tu es un sage, tu ne [les oublies] pas aussi volontiers ».
F. Stoessl, dans RhM, 122, 1979, p. 20-22, préfère lire : inimicus si es, commentus [au sens passif de
comminiscor = être vu, imaginé], nec libens aeque (« si tu es un ennemi, celui qui t’imagine ainsi n’oublie
pas aussi facilement ses misères ») ; Stoessl compare la rupture de construction (le changement de sujet
entre le 1er et le 2e vers) avec des cas similaires dans les XII Tables ; quant au sens, des exemples
comparables se retrouvent dans Euripide (Oreste, 725-728) et Aristote (Ethique à Nicomaque, IX, 11,
1171a, 35-37), aussi bien que dans un fragment de la Nouvelle Comédie de Philémon (Fr. 108 Kock = 108
Kassel-Austin) ; mais Appius Claudius aurait trouvé sa source d’inspiration dans une représentation
théâtrale en Italie du Sud plutôt que dans un Florilège (Gnomologion), comme le pensait F. Marx (voir
infra p. 524-526).
161. F. Leo, Der Saturnische Vers, p. 66, n. 3.
162. L. Herrmann, dans Hommages à J. Bayet, p. 257. Le principal intérêt de la première et de la dernière
restitution proposée est de conserver l’allitération faber fortunas ou faber fortunae comme dans forte
faber (cf. “l’inscription pélignienne” de Corfinium, infra p. 525 n. 171) ou Fors Fortuna.
163. F. Leo, Geschichte der römischen Literatur, I, 1913, p. 43; Id., Der Saturnische Vers, p. 66 ; E. Hauler,
dans WS, 1915, p. 371-373 ; Teuffel-Kroll-Skutsch, Geschichte der römischen Literatur, I, Leipzig, 1916, p.
149 ; P. Lejay, dans RPh, 44, 1920, p. 129 et p. 137 ; M. Schanz et C. Hosius, Geschichte der römischen
Literatur, I, p. 41 ; H. Bardon, La littérature latine inconnue, I, p. 23 ; L. Herrmann, dans Hommages à J.
Bayet, 1964, p. 255-259 ; B. Luiselli, Il verso saturnio, Rome, 1967, p. 297 ; I. Tar, Über die Anfänge der
römischen Lyrik, Szeged, 1975, p. 15-30 ; M. Marini, dans RCCM, 27, 1985, p. 3-11.
164. G. C. Giardina, Poesia latina in frammenti, 1974, p. 259-261.
165. A. Swoboda, P. Nigidii Figuli operum reliquiae, Vienne-Prague, 1889 (Amsterdam, 1964), p. 68 ; M.
Mayer, “Sobre el fragmento 4 ed. Swoboda de Publio Nigidio Figulo”, dans CFC, 9, 1975, p. 319-328.
166. M. Mayer, dans CFC, 9, 1975, p. 323.
167. Cic, Tusc, IV, 4 (voir infra p. 526-539). Cf. M. Mayer, dans CFC, 9, 1975, p. 324-325.
168. Voir supra p. 497-498 et p. 504-505.
169. F. Marx, “Appius Claudius und Philemon”, dans Zeitschrift für die österreichischen Gymnasien, 48,
1897, p. 217-220. Suivi par : H. Bardon, La littérature laíine inconnue, I, p. 23-25 ; L. Herrmann, dans
Hommages à J. Bayef, p. 256-257 ; G. C. Giardina, Poesia latina in frammenli, 1974, p. 257-259.
Page 37
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)31-08-13 12:38
170. G. C. Giardina, Poesia latina in frammenti, 1974, p. 257.
171. Plaut., Trin., 19-20 : F. Marx a par ailleurs souligné que le substantif fictor utilisé par Plaute doit être
la traduction d’un terme grec qu’Appius a traduit par faber ; il suppose que tous deux ont dû s’inspirer
d’un jeu de mots du genre : %9#%:! %5#%("!: %5#%&;=!$. Mais P. Lejay, loc. cit., p. 134-136, conteste
fortement cette thèse et considère que ni Appius ni Plaute n’ont eu besoin d’une source d’inspiration
grecque ; en effet, Cicéron, Cornelius Nepos et Nonius citent le même proverbe attribué à un sapiens poeta
(= Appius Claudius Caecus?) :
– Cic, Par., 34 : Cui [sc. sapientï] quidem etiam quae vim habere maximam dicitur, Fortuna ipsa cedit, si,
ut sapiens poeta dixit, « suis ea cuique fingitur moribus » ?
– Nep., Att., 11, 6 : Itaque hic fecit ut vere dictum videatur : Sui cuique mores fingunt fortunam
hominibus.
– Nonius, p. 846 L. : sui cuique mores fingunt.
Mais le vers d’Appius et les vers d’inspiration analogue provenant de comiques latins peuvent très bien
remonter à un original grec identique : pour H. Bardon, La littérature latine inconnue, I, p. 21, « les vers
des comiques y remontent soit directement soit par l’intermédiaire d’Appius ; il n’est pas exclu qu’ils aient
connu à la fois l’imitation de celui-ci et l’auteur grec qu’il imitait ». P. Lejay rapproche ce proverbe avec
« une inscription pélignienne » trouvée à Corfinium et portant la mention forte faber (forte = génitif de
Fors, cf. Fors Fortuna) : il s’agit sans doute d’une inscription honorifique en l’honneur d’un défunt et
datant du milieu du Ie r s. av. J.-C. (Conway, 1, p. 244, n° 218 = Vetter, I, p. 149-150, n° 214) ; il en déduit
qu’Appius n’a pas copié de modèle grec, et les différentes formules où se retrouve la même idée ne seraient
que les variantes d’une expression proverbiale, tirée du fonds de la sagesse italienne. J. Champeaux,
Fortuna, I, p. 191, n. 220, considère elle aussi, que l’inscription forte faber « rappelle de trop près le vers
célèbre d’Ap. Claudius, cité vers la même époque par Salluste (…) pour qu’on ne songe pas à une
imitation », mais n’en exclut pas moins l’existence d’un modèle grec ; voir aussi J. Champeaux, Le culte de
la Fortune dans le monde romain, II, p. 87-88. Enfin F. Stoessl, dans RhM, 122, 1979, p. 22, ne doute pas,
lui non plus, que cette Sententia d’Appius Claudius s’inspire de la comédie de Philémon.
172. J.-M. André, L’otium dans la vie morale et intellctuelle romaine, Paris, 1966, p. 56, reconnaissait
d’ailleurs une certaine affinité entre la sagesse du Carmen de Moribus et celle exprimée par les Sententiae
d’Appius Claudius Caecus ; de même J. Bayet, Littérature latine, Paris, 1965, p. 22, estimait que les sujets
traités par Appius dans ses sentences morales étaient « strictement pratiques et conformes à une tradition
aristocratique dont on retrouvera des traces, cent trente ans plus tard, dans Caton » ; enfin L. Herrmann,
“Les « Sententiae » d’Appius Claudius Caecus”, dans Hommages à J. Bayet, 1964, p. 258, écrivait :
« Devancier et modèle de Caton l’Ancien, Appius Claudius n’a-t-il pas su choisir avec discernement dans
les florilèges grecs les sentences morales à traduire dans des vers que Rome revendiquait comme ses vers
nationaux? ».
173. Cf. M. Humm, “Una sententia pitagorica di Appio Claudio Cieco ?”, dans M. Tortorelli Ghidini, A.
Storchi Marino, A. Visconti éd., Tra Orfeo e Pitagora. Origini e incontri di culture nell’Antichità (Atti dei
seminan napoletani 1966-1998), Naples, 2000, p. 445-462.
174. A. Garzetti, “Appio Claudio Cieco nella storia politica del suo tempo”, dans Athenaeum, 25, 1947, p.
208; P. Lejay, dans RPh, 44, 1920, p. 137.
175. Cf. H. Bardon, La littérature latine inconnue, I, p. 25 : « Cicéron était assez habile philosophe pour ne
point se tromper, et l’autorité de Panétius est forte ».
176. Voir infra p. 544-547, et sur Philolaos et Archytas, la n. 13, p. 545.
177. Voir infra p. 553, n. 41.
178. Voir infra p. 549-552.
179. Voir infra p. 552-554.
180. Plin., N.H., XXXIV, 26 ; Plut., Num., 8, 20. Sur cette question, voir infra p. 541-547 et p. 554-558.
181. Liv., X, 15, 12 : voir supra p. 509. Cf. aussi Liv., IX, 42, 4 : voir supra p. 508.
182. L. Ferrero, Storia del pitagorismo nel mondo romano, Turin, 1955, p. 168-172 ; cf. aussi A. Gianola,
La fortuna di Pitagora presso i Romani, Catane, 1921, p. 18-20.
183. Qui pose problème : F. Marx, dans Zeitschrift für die österreichischen Gymnasien, 48, 1897, p. 220,
pense qu’il s’agit de l’impératif de queo ; L. Havet, “Sur Appius Claudius et Sp. Carvilius”, dans RPh, 4,
1878, p. 15-18, et P. Lejay, dans RPh, 44, 1920, p. 133-134, préfèrent lire : Tui animi compote es, ne quid
fraudis stuprique ferocia pariat («Sois maître de ton âme, de peur que l’emportement n’enfante quelque
fourberie ou turpitude »).
Selon P. Lejay, le vers se comprendrait dans un jeu d’antithèses, où compote es est un impératif, et ferocia
désignerait son contraire c’est-à-dire « l’incapacité à se maîtriser ». W. Morel, Fragmenta poetarum
Latinorum, p. 5, fr. 1, restitue par : …<ae>qui animi (…). F. Stoessl, dans RhM, 122, 1979, p. 20-21,
Page 38
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)31-08-13 12:38
considère que la sentence est de toute manière incomplète et que la citation qui en est faite ne commence
que par la 2e moitié du vers saturnien avec le mot animi ; F. Stoessl propose la restitution suivante : <decet
sui quemque> animi compotem esse. F. Stoessl n’y voit pas seulement une transposition d’un modèle grec,
mais aussi une création nouvelle du génie latin. Enfin, G. C. Giardina, dans Poesia latina in frammenti, p.
258, préfère corriger qui animi par sui animi.
184. M. Marini, “Osservazioni sui frammenti di Appio Claudio”, dans RCCM, 27, 1985, p. 4-5.
185. Ter., Ad., 310.
186. Cf. P. Lejay, dans RPh, 44, 1920, p. 134.
187. H. Krüger et M. Kaser, “Fraus”, dans ZRG, 1963, p. 117-174 ; G. Freyburger, Fides. Étude sémantique
et religieuse depuis les origines jusqu’à l’époque augustéenne, Paris, 1986, p. 84-94.
188. Cf. aussi Cic, De Rep., I, 59-60.
189. Trad, de P. Wuilleumier, éd. de Cicéron, Caton l’Ancien (De la vieillesse), Paris (C.U.F.), 19893, p.
106-107.
190. D’après d’autres sources, de 214 à 207, Caton aurait été en Sicile : Nep., Car. ; Auct. De vir. ill, 47, 1.
La présence de Caton à Tarente et sa rencontre avec Néarque furent par conséquent fréquemment
considérées comme une “légende pythagoricienne” : cf. F. Münzer, dans Hermes, 40, p. 65 ; M. Gelzer, s.v.
Porcius (9), dans R.E., XXII, 1, 1953, col. 108-109. Toutefois, pour certains auteurs, la possibilité que Caton
fût présent à Tarente en 209, et qu’il ait pu y recueillir des traditions d’origine pythagoricienne, n’a rien
d’impossible : A. Mele, “Il pitagorismo e le popolazioni anelleniche d’Italia”, dans AION (archeol), 3, 1981,
p. 71.
191. Cf. W. Hoffmann, Rom und die griechische Welt im 4. Jahrhundert, Leipzig, 1934, p. 46 ; E. Wikén,
Die Kunde der Hellenen von dem Lande und den Völkern der Apenninenhalbinsel bis 300 v. Chr., Lund,
1937, p. 153 ; A. Mele, dans AION (archeol), 3, 1981, p. 70-77. Cicéron situe cette rencontre sous le consulat
de L. Camillus et d’Appius Claudius, grand-père de Caecus, soit en 349, ce qui est une date manifestement
trop tardive puisqu’elle tombe à la veille de la mort de Platon : A. Mele, dans AION (archeol), 3, 1981, p. 71,
situerait volontiers cette rencontre lors du 2e ou du 3e voyage de Platon à Tarente (en 366 ou en 361) ; mais
l’historicité de la rencontre est moins importante que le contenu du discours.
192. Plut., Cato M., 2, 3-4 : M(7"&/ 3< N(A"µ&/ %.! B(,(!%"!:! 1.)*! #).!%&' %%/25 µ<! ; 6+%:!
;%,(%5/.µ5!&' ,1’ (,%5 #&µ*3? µ5*,+#*&! 7!, O5+,2: 39 %*!* %7! D/<(8&,*#7! A9!: 2,$;+µ5!&'
#;1&=3(;5 %7! ).8:! µ5%()(75-!. '#&=;(' 3< %(9%( 3*()58&µ9!&/ %&9 &!3,.', &W' #9#,$%(* #() D)+%:!,
%.! µ<! 43&!.! &1&#()7! µ98*;%&! #(#&9 39)5(,, ;/µ-&,(! 3< %? >/2? %ò ;7µ( 1,0%$!, )=;*! 3< #()
#(<(,µò! &W' µ+)*;%( 2:,"?5* #() &-";%$;*! (,%.! %7! 15,) %ò ;7µ( 1(<$µ+%:! )&8*;µ&-', %%* µ2))&!
48+1$;5 %* )*%ò! #() %.! #8#,+%5*(! : « Lorsque Fabius Maximus prit la ville de Tarente, il se trouva que
Caton servait sous ses ordres, tout jeune encore. Il logea chez un certain Néarque, philosophe
pythagoricien, et s’appliqua à écouter son enseignement. Après avoir entendu cet homme parler tout à fait
comme Platon et dire : “Le plaisir est le plus grand appât du mal et le corps le premier fléau de l’âme ; celleci trouve sa délivrance et sa purification dans les raisonnements qui la séparent et l’éloignent le plus des
affections corporelles”, il s’attacha encore davantage à la simplicité et à la maîtrise de soi » (trad, d’après R.
Flacelière et E. Chambry, éd. de Plutarque, Vies, V, Paris (C.U.F.), 1969, p. 74). Selon A. Mele, dans AION
(archeol), 3, 1981, p. 70-71, Plutarque donne un résumé de l’enseignement de Néarque à Caton,
« precisando che si trattava di argomentazioni analoghe a quelle cui faceva ricorso Platone e richiamando
cosï il rapporto Archita-Platone, stabilito dalla tradizione ciceroniana » ; dans ce résumé, « la sostanza del
ragionamento è la stessa che è in Cicerone, solo che : all’opposizione tra virtù e piacere corporeo e intelletto
si sostituisca da un lato l’oppo-sizione tra una filosofia intenta alla valorizzazione dell’anima sul corpo e
un’altra legata a posizioni edonistiche, dall’altro l’incitamento a una vita semplice e tem-perata che una
scelta filosofica del primo tipo pone necessariamente in essere » ; enfin, Plutarque cite une phrase du
Timée de Platon (Tim., 69 d : 1,7%&! µ<! 43&!.!, µ98*;%&! #(#&9 39)5(,) qui ne se trouve pas dans le
passage correspondant de Cicéron, ce qui démontrerait que l’historien grec « non interpretava liberamente il discorso di Nearchos così come Cicerone lo riferiva, ma si rifaceva ad un momento diverso della
stessa tradizione ».
193. Aristox., fr. 50 Wehrli (ap. Ath., Deipn., XII, 545 A). Cf. A. Delatte, Essai sur la politique
pythagoricienne, Liège-Paris, 1922, p. 82 ; P. Wuilleumier, éd. de Cicéron, Caton l’Ancien, p. 46-47 ; G.
Garbarino, Roma e la filosofía greca dalle origini alla fine del II secolo a.C, vol. 1 : Introduzione e testi;
vol. 2 : Commento e indici; Turin, 1973, p. 325-329 ; A. Mele, dans AION (archeol), 3, 1981, p. 70-77 ; B.
D’Agostino, “Voluptas e Virtus. Il mito politico della « ingenuità italica »”, dans AION (archeol), 3, 1981, p.
117-127.
194. A. Mele, dans AION (archeol), 3, 1981, p. 77. Sur Aristoxène de Tarente, voir infra p. 546.
195. Cf. S. Calderone, Pistis-Fides, Messine, 1964 ; Id., “La conquista romana della Magna Grecia”, dans La
Page 39
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)31-08-13 12:38
Magna Grecia nell’età romana, Atti del quindicesimo convegno di studi sulla Magna Grecia (Taranto,
1975), Naples, 1976, p. 74-81 ; G. Freyburger, Fides, p. 33-35, a montré que 1";%*' recouvrait en grec quatre
des cinq sens de la fides romaine.
196. Aristox., fr. 17 Wehrli (= Porph., De vita Pythag., 22) ; cf. Jambl., De vita Pythag., 33-34 (voir infra p.
546, n. 19).
197. Delatte, Essai sur la politique pythagoricienne, p. 71-124, bien que ne se prononçant pas
formellement sur le nom d’Archytas, considère que ces textes datent indiscutablement du IVe siècle et
proviennent de l’école pythagoricienne; cf. également P. Wuilleumier, Tarente, p. 182 et 584, qui estime
que l’auteur du D5," !.µ&/ « connaissait bien la constitution de Tarente et les idées d’Archytas » et qu’il
pourrait s’agir « sinon <d’>une oeuvre du moins [d’]un pastiche d’Archytas » ; F. Cordano, “Sui frammenti
politici attribuiti ad Archita in Stobeo”, dans PP, 26, 1971, p. 290-300, estime quant à lui qu’un certain
nombre de concepts de philosophie politique contenus dans les Lois et dans la République de Platon
proviennent des Pythagoriciens et se retrouvent dans les fragments attribués à Archytas : c’est pourquoi cet
auteur estime que les fragments du D5," !.µ&/, même apocryphes, datent indiscutablement du IVe siècle et
traduisent la pensée d’Archytas ; enfin E. L. Minar, Early Pythagorean Politics in Practice and Theory,
Baltimore 1942 (rééd. à New York, 1979), p. 111, admet quant à lui la totale authenticité de l’ouvrage
attribué à Archytas. Mais H. Diels et W. Kranz, Die Fragmente der Vorsokratiker, F, 1960, p. 439, rejettent
le D5," !.µ&/ parmi les oeuvres non authentiques d’Archytas, et la recherche plus récente s’est
généralement montrée très réticente à accepter l’authenticité du D5," !.µ&/ rapporté par Stobée, mais
admet cependant que ce traité a pu avoir été écrit à une époque assez proche de celle d’Archytas : cf. H.
Thesleff, An introduction to the Pythagorean writings of Hellenistic period, Åbo, 1961, p. 65-112 ; Id., “On
the problem of the doric pseudopythagorica. An alternative theory of date and purpose”, dans
Pseudepigrapha I, Pseudopythagorica – Lettres de Platon, Littérature pseudépigraphique juive,
Vandœuvres-Genève (Entretiens sur l’Antiquité classique, 18), 1972, p. 59-87, où l’auteur voit dans les
textes politiques attribués à Archytas et rédigés en dialecte dorien, une tradition homogène provenant
essentiellement de l’Italie méridionale du IIIe siècle av. J.-C, mais qui suivrait en dernier ressort l’exemple
d’Archytas ; H. Thesleff s’oppose ainsi à la vision bien plus critique proposée par W. Burkert, “Zur
geistesgeschichtlichen Einordnung einiger Pseudopythagorica”, dans Pseudepigrapha I, p. 25-55, qui
considère que les fragments politiques attribués à Archytas sont des faux qui sont à mettre en rapport avec
l’émergence du néopythagorisme au début de notre ère.
198. Arist., Eth. Nicom., II, 3, 5 (1104 b) ; Eth. Eud, II, 4, 4, (1222 a, 2-3) ; Eth. Eud, III, 1, 8-11 (1228 b) ;
Phys., VII, 3 (246 b 19-20) ; Top., IV, 5 (125 b, 20-28) ; R. A. Gauthier et J. Y. Jolif, L’éthique à Nicomaque.
Introduction, traduction et commentaire Tome II, Commentaire, Louvain-Paris, 1959, p. 124, attribuent la
paternité de cette notion de tranquillité de l’âme à Démocrite et indiquent que la définition de la vertu
comme (1+<5*( devait être courante à l’Académie ; ils soulignent enfin que Speusippe, successeur de
Platon à la tête de l’Académie et chez qui sont également suspectées des influences pythagoriciennes (cf. M.
Isnardi Parente, Speusippo. Frammenti, dans M. Gigante éd., La scuola di Platone, 1, Naples, 1980, p.
368-377, commentaire du fr. 122), « présentait l’absence de trouble (&&2)$;"() comme l’idéal du
vertueux » (ap. Clem. Alex., Strom., 2, 22, 133 = fr. 101 Isnardi Parente).
199. Ps.-Pyth., Carm. aur., 9-12 (texte édité par H. Thesleff, The Pythagorean Texts of the Hellenistic
Period, Abo, 1965, p. 160) ; trad, d’après M. Meunier, dans Pythagore, Les vers d’or et commentaires de
Hiéroclès, Paris, 1995, p. 53 ; p. 56.
200. A. Delatte, Études sur la littérature pythagoricienne, Paris, 1915, p. 7-26 ; p. 50 ; p. 79 ; il considère
que les vers 9-12 des Vers dorés proviennent directement du Discours sacré de Pythagore, car on retrouve
les mêmes idées dans des termes presque identiques dans un passage de Galien (De curat, morb. an., p. 26
Kühn, vol. V) dans lequel celui-ci semble se souvenir des préceptes de tempérance contenus dans le
Discours sacré, qu’il évoque au chapitre suivant p. 30 Kühn, vol. V) dans le cadre de la pratique
pythagoricienne de l’examen de conscience quotidien (1(,(*!9;5*' D/<(8.,&/) ; le vers du Discours sacré
cité par Héraclide Lembos est repris par Diogène Laërce (VIII, 7) ; enfin, d’après A. Delatte, Timée, en
enquêtant sur les origines de la Sicile et de la Grande-Grèce, aurait directement puisé dans des sources
pythagoriciennes (voir aussi infra p. 566-567 et n. 91).
201. Trad, de R. Baccou, Paris, 1966, p. 103 et p. 188.
202. Cf. les remarques dans le même sens de F. Cordano, dans PP, 26, 1971, p. 299-300.
203. Sur les rapports entre Platon et Archytas, et entre Platon et le pythagorisme, voir infra p. 545, n. 14, p.
569, n. 101 et p. 575-582.
204. Cf. P. Wuilleumier, éd. de Cicéron, Caton l’Ancien, p. 47.
205. A. Delatte, Essai sur la politique pythagoricienne, p. 88-89 ; cet auteur signale également (ibid., p.
90) que « l’idée de comparer l’organisation d’une Cité avec la constitution de l’âme se retrouve dans la
Politique d’Aristote » ; mais il faut ajouter que cette idée était déjà exprimée avec force dans la République
Page 40
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)31-08-13 12:38
de Platon, cf. notamment en I, 353 d ainsi qu’en IV, 436 a (supra p. 536) ; par ailleurs, Platon indique que
l’âme apparaît composée de trois éléments : raisonnable, irascible et concupiscible (IV, 436 a et 439 d);
enfin, au livre IX de la République, Platon rapproche les trois parties qui composent l’âme humaine de la
répartition des classes sociales en trois catégories, des trois types de gouvernement et des trois types de
plaisir (IX, 580 d-592 b) : cf. les remarques dans le même sens de F. Cordano, dans PP, 26, 1971, p. 299300 ; or c’est la justice qui harmonise ces trois éléments pour donner à l’âme, ainsi qu’à la cité, son unité et
lui assurer ainsi le vrai bonheur (IV, 443 d-e, et IX, 586 e), comme l’affirmait déjà l’auteur du D5," !.µ&/.
206. Selon R. E. A. Palmer, dans Historia, 14, 1965, p. 316-318, le défaut de maîtrise des passions
(libidines) et des plaisirs (voluptates) définissait les caractères de la tyrannie qui menaçait le pouvoir
déclinant des Pythagoriciens du début du IVe siècle : ainsi s’expliquerait la prise de position d’Archytas dans
sa vetus oratio, dont « la terminologie relève de la politique et de la loi » ; on peut ajouter aux réflexions de
Palmer que le débat qui opposa Archytas à Polyarchos (cf. Aristox., fr. 50 Wehrli) refléterait en fait un
conflit de nature idéologique et politique entre la démocratie modérée de Tarente et la tyrannie de Denys
de Syracuse ; Palmer signale par ailleurs que la rage (iracundia), la brutalité (ferocia), la perte de contrôle
de soi et la folie (dementia) sont des caractères que la littérature latine classique prête aux tyrans ou à ceux
qui aspirent à le devenir : cf. déjà dans le même sens Platon, Républ, IX, 587 c : « Il y a, ce semble, trois
types de plaisirs, un légitime et deux bâtards; or le tyran, en fuyant la raison et la loi, franchit la limite des
plaisirs bâtards, et vit au milieu d’une escorte de plaisirs serviles » (trad, de R. Baccou, op. cit., p. 351).
207. Cf. R. E. A. Palmer, dans Historia, 14, 1965, p. 318-319 ; P. M. Martin, L’idée de royauté à Rome, II,
Haine de la royauté et séductions monarchiques (du IVe siècle av. J.-C. au principat augustéen),
Clermont-Ferrand, 1994, p. 26-29, voit également dans le discours d’Appius Claudius Caecus contre
Pyrrhus, assimilé à un “nouvel Alexandre” et devenu, qui plus est, roi de Sicile en 278, une forte dimension
anti-tyrannique. Sur la transposition poétique du discours d’Appius par Ennius, voir supra p. 36, n. 8 et p.
61-67.
208. Voir infra p. 556.
209. Notamment Zaleukos de Locres et Charondas de Catane, mentionnés par Jamblique (De vita Pythag.,
33 ; 267) : cf. A. Delatte, Essai sur la politique pythagoricienne, p. 177-202 ; D. Musti, “Pitagorismo,
storiografia e politica tra Magna Grecia e Sicilia”, dans AION (filol), 11, 1989, p. 17-28.
210. Cf. P. Wuilleumier, Tarente, p. 563-608 ; Id., “La gloire de Tarente”, dans Taranto nella civiltà della
Magna Grecia (Atti del decimo Convegno di Studi sulla Magna Grecia, Taranto, 4-11 ottobre 1970),
Naples, 1971, p. 9-18 ; L. Ferrero, Storia del pitagorismo nel mondo romano, p. 108-126 ; M. Gigante, “La
cultura a Taranto”, dans Taranto nella civiltà della Magna Grecia, p. 69-76 ; S. Calderone, “La conquista
romana della Magna Grecia”, dans La Magna Grecia nell’età Romana (Atti del quindicesimo Convegno di
Studi sulla Magna Grecia, Taranto ottobre 1975), Naples, 1976, p. 34-50 ; I. Mele, “Il pitagorismo e le
popolazioni anelleniche d’Italia”, dans AION (archeol), 3, 1981, p. 61-96; B. d’Agostino, dans AION
(archeol), 3, 1981, p. 117-127 ; A. Barker, “Archita di Taranto e l’armonia pitagorica”, dans AION (filol), 11,
1989, p. 159-178 ; W. Leszl, “Pitagorici ed Eleati”, dans G. Pugliese Carratelli éd., Magna Grecia, III, p. 197226 ; M. Humm, dans LEC, 65, 1997, p. 25-42 ; voir infra p. 544-547 et p. 583-584.
Référence électronique du chapitre
HUMM, Michel. Chapitre 10. L’hellénisme d’Appius Claudius Caecus In : Appius Claudius Caecus : La
République accomplie [en ligne]. Rome : Publications de l’École française de Rome, 2005 (consulté le 31
août 2013). Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org/efr/1623>.
Référence électronique du livre
HUMM, Michel. Appius Claudius Caecus : La République accomplie. Nouvelle édition [en ligne]. Rome :
Publications de l’École française de Rome, 2005 (consulté le 31 août 2013). Disponible sur Internet :
Page 41
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)31-08-13 12:38