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Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)"Alimentation et santé dans la Grande Grèce", in Alfredo Musajo
Somma (ed.), Medicina in Magna Graecia - The Roots of our
Knowledge, Bari 2004, pp. 49-79.
by Maria José Garcia Soler
More Info: Book published on the occasion of the 39th International Congress on the History of
Medicine - 39ème Congrès International d'Histoire de la Médecine - 39° Congresso
Internazionale di Storia della Medicina, Bari and Metaponto (Italy), September, 5-10, 2004.
Publication Date: 2004
R MA. a
GARE SALE
Page 2
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)39% International Congress on the History of Medicine
39ème Congrès International d'Histoire de la Médecine
39° Congresso Internazionale di Storia della Medicina
MEDICINA IN MAGNA GRAECIA
THE ROOTS OF OUR KNOWLEDGE
Edited by Alfredo Musajo-Somma, MD.
under the patronage of the University of Bari
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Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)UNIVERSIDAD
DEL PAÏS VASCO
EUSKAL HERRIKO
UNIBERSITATEA
Maria José Garcia Soler
ALIMENTATION ET SANTÉ
DANS LA GRANDE GRÈCE
L'histoire de la Grande Grèce est fortement liée aux origines d’une des
grandes branches de la médicine dans l'antiquité, la diététique, qui comprenait beaucoup plus de la simple alimentation et qui était considérée par
les anciens un moyen de maintenir la santé voire de la recouvrer, avec une
finalité non seulement thérapeutique mais aussi prophylactique. Bien que
les principes de la diététique grecque nous soient surtout connus par les
traités hippocratiques (ce qui nous place au V* siècle av. J.-C.), il est, toutefois, fort probable, que ceux-ci reprennent des traditions antérieures. On
présente d'habitude comme les précurseurs des règles diététiques, les
pythagoriciens et les entraîneurs de gymnastique, qui prêtent beaucoup
d'attention à l’alimentation et les habitudes quotidiennes pour des raisons
très différentes (un idéal de pureté pour les uns, la recherche de la meilleure performance sportive pour les autres) bien que des traditions, comme
nous aurons l’occasion de le voir, les font se retrouver. De plus, il ne faut
pas oublier l’existence en Grande Grèce de quelques importantes écoles
médicales, comme celle de Crotone, célèbre par ses médecins depuis une
époque très ancienne. Hérodote! attribue à Dèmokèdès, qui devint gendre
de Milon, la haute réputation dont cette école jouissait. Son origine remontait jusqu’au VI siècle av. J.-C. et elle était indépendante du cercle pythagoricien, même s’il est probable qu’il y est eu une influence mutuelle.
1 III 125 et 131. Dans la citation des œuvres anciennes, on a utilisé les abréviations
du Greek-English Lexicon, de Henry George Liddell et Robert Scott (Oxford, Clarendon
Press, 1940°), et du Oxford Latin Dictionary (Oxford, Clarendon Press, 1968).
seen
Page 4
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)e Grèce, imméLorsqu'il s’agit d'étudier la nourriture dans la Grand
ore, qui cut
Pythag
par
fondée
société
la
diatement devant nous apparaît
caractériune grande importance au sud de la péninsule Italique et qui se
La
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jusqu'à
figure de Pythagore est arrivée
légendaires qui en font presque un personnage mythique, bien que
les
aires compreuves de son existence réelle sont claires. Ces traits légend
émie et
mencent à apparaître dans Hérodote, se consolident avec l’Acad
impériale
l'Ecole péripatéticienne et atteignent des sommets à l’époque
sont les
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témoignages sur Pythagore
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part, tardifs, de l'époque impériale avancée”, et se montrent souven
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bien
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contradictoires ou peu crédibles,
bases et même la nature de la société qu’il créa. En outre, les
apocryphes
le
fleurissent, stimulés par la nécessité de remplir les lacunes causées par
uité.
l'antiq
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manque de textes pythagoriciens, déjà
Les commencements de l'Ecole sont associés à l’arrivée de Pythagore
e, une
e à son installation à Croton
de son Samos natal en Grande Grècet
s et
colonie achéenne, vers 530 av. J.-C., après plusieurs années de voyage
de
auprès
d
d’abor
e,
de contacts avec la Thrace, l'Asie Mineure et l'Égypt
e que la tradison maître Phérécyde de Syros, puis, plus tard, seul. L'imag
homme
tion offre de cet événement montre le philosophe comme un
public, un éducateur qui, avec ses discours, obtenait la sympathie des
nements
auditeurs qui venaient en grand nombre pour l'écouter. Ses enseig
tion
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n'étaient pas réservés à un cercle restrei
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de
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tout
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aussi
territoire de Crotone, mais
même si les sources ne parlent pas d’une participation directe dans le gouen revanche, comme inspirateur de légisvernement des poleis. Il apparaît,
de la Péninsule, par exemple celles qui
sud
lations en diverses villes du
Historia de la Filosofia
2 Sur le problème des sources anciennes cf. W.K.C. Guthrie,
l Gredos, 1991,
Editoria
Madrid,
os,
Griega, vol. 1.: Los primeros presocräticos y los pitagéric
ics and the
Presocrat
Éarlier
The
volume
hy,
Philosop
Greek
of
pp. 161-170 [4 History
Pythagorean, Cambridge, Cambridge University Press, 1962], et Bruno
Centrone, Întroduzione ai pitagerici, Roma-Bari, Editori Laterza, 1996, pp. 12-23.
3 Centrone, op. cit., p. 30. Alberto Gianola, {1 sodalizio pitagorico di Crotone,
1990].
Ditta Nicola Zanichelli, 1904, p. 4 [Cosenza, Walter Brenner Editore,
Bologna,
Page 5
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)furent élaborées par Charondas de Catane ou Zaleukos et Timokharès de
Locres, identifiés comme des pythagoriciens. Néanmoins, il n’y a pas de
traces montrant que son influence ait donné lieu à des constitutions différentes de celles du type aristocratique traditionnel”. En outre, il existe un
courant fort critique, attesté au IV* siècle, qui présente les pythagoriciens
comme des tyrans$. Cependant, Platon” attribue à Pythagore une activité
éducative orientée vers une dimension privée. En outre, des données le
présentent aussi, à l'inverse, comme une espèce de gourou et font de l’association pythagoricienne une secte religieuse assez exclusive, l’appartenance à celle-ci étant incompatible avec une activité politique ou
publique.
Quelques années avant l’arrivée de Pythagore, vers la moitié du VI*
siècle av. J.-C., il y a des conflits entre les colonies achéennes et ioniennes
et une alliance composée par les villes de Crotone, Sybaris et Métaponte
qui culminèrent par la destruction de Siris. Plus tard, ce fut à Crotone de
subir une défaite près du fleuve Sagra face à la colonie dorienne de Locres,
qui avait été attaquée pour avoir essayé d'aider Siris. Selon Justinf, après
cet échec les Crotoniates auraient tourné le dos à l’exercice des armes,
qu’ils considéraient responsables de leur situation, et se seraient adonnés à
une vie facile sans la présence de Pythagore, qui se servit de son ascendant
pour reconduire la cité vers l’austérité et la vertu. L'arrivée du philosophe
à Crotone contribua à la restauration morale de la ville”. Pendant des
années, son prestige et autorité augmentèrent et Diodore de Sicile lui attribue même un rôle important dans le conflit avec Sybaris, qui culmina à la
bataille du fleuve Traentes, vers 510, et se traduisit par la destruction de la
ville"®. À partir de ce moment, Crotone assume un rôle hégémonique et
4 C£ Aristoxène de Tarente, fr. 17 Wehrli; Porphyre, VP 21; Jamblique, VP 33-34,
129-130, 267.
5 Diogène Laërce (VIII 3) affirme que les disciples de Pythagore “en nombre de 300
administraient tellement bien la politique que la constitution fut presque une aristocratie”.
Cf. Adolfo J. Dominguez Monedero, La polis y la expansiôn colonial griega. Siglos VIIT-VI,
Madrid, Editorial Sintesis, 1991, pp. 246-247.
SThéopompe, FGrH 115 fr. 73. Diogène Laërce, VIIL 39. Cf. Centrone, op. cit., pp.
44-45.
7 R. 600a-b.
8 XX 4, 1-7.
? Marcel Detienne, “La cuisine de Pythagore”, Archives de Sociologie des Religions 15,
1970 [= “Cuisine”], pp. 146-147. Centrone, op. cit, pp. 26-27.
19 Diodore de Sicile, XII 9, 2-10, I.
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Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)Sition à la distribution au demos de l'ancien territoire de
de l’oppo-
Sybaris; ils traincendies
duisent au final par la prise d'assaut de l'école de Pythagore, des
Des révoltes antipyes villes
thagoriciennes se produisirent, qui s'étendirent par la suite à d’autr
grande
une
de la Grande Grèce. Sur les étapes de ce conflit, il y existe
claires,
pas
incertitude chronologique et même ses motivations ne sont
proie
Guthr
mais la tradition est, pour les grandes lignes, concordante!?.
NTsAanen
internes commencent à se produire! !, d’après certains, à cause
et des séditions (vers la moitié du V® siècle av. J.-C).
Lo
mais des conflits
vit une période de suprématie économique et politique,
. Quelques
à Archytas, vers le commencement du IV siècle av. J.-C
ère et leur
caract
leur
où
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Athèn
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égale
pythagoricie ns apparaissent
deviennent
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—
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connu
façon de vie nous sont
un type comique ,une espèce de vagabond sale et mort de fum'i,
ustement à cause des
Le pythagorisme présente pour le spécialiste, }
xité remarquable.
problèmes que posent les sources anciennes, une comple
ce moment-là quand les
11 Selon Timée (FGrH 566 fr. 44), c'est justement
|
Crotoniates se donnent à la vie luxurieuse.
aro
12 Guthrie, op. cit, pp. 176-178. Centrone, op. cit, pp. 32-43.
La
Cardini (ed.), Pitagorici. Testimonianze e frammenti, Firenze,
Maria Timpan
Nuova lralia, 1958, pp. 6-8.
corg Wissowa
13 Cf. K. von Fritz, “Pythagoreer”, dans August Friedrich von Pauly-G
vol. XXIV, Stuttgart, Alfred
(eds.), Real-Encyclopädie der classischen Altertumswissenschafi,
e, La muerte de Dionisos,
Detienn
Marcel
;
214-219
cc.
Druckenmüller Verlag, 1963,
mis à mort, Paris, Éditions
s
Madrid, Taurus Ediciones, 1983 [= Dionisos|, p. 124 [Dionyso
46-52.
pp.
cit,
Gallimard, 1977]. Centrone, op.
fr. 158 Kassel-Austin.
14 Alexis, frr. 201, 5-6 et 223, 7-17 Kassel-Austin. Antiphane,
Athènes y el pitagorisBellido,
Melero
Antonio
C£.
ustin,
Aristophon, frr. 9 et 10 Kassel-A
Universidad, 1972, pp. 65-70.
Salamanca,
comediu),
la
de
fuentes
las
en
gaciôn
(Investi
mo
52
=
D
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ge et secrète de leurs doctrines éveillait.
e le siège
Si tous s'accordent pour présenter la ville de Crotone comm
oripythag
e
de l'Ecole, on peut avoir une idée de diffusion du phénomèn
iates,
Croton
cien grâce à la liste qu'offre Jamblique (VP 267): aux côtés des
Rhégion,
e,
Tarent
s,
Sybari
onte,
Métap
de
es
adept
apparaissent aussi des
même si beauLocres et quelques autres villes du sud de l'Italie et de Sicile,
les révoltes,
coup de noms ne sont pas liés à la premier âge de l'Ecole. Après
t d’une renaisle mouvement s'éteint pratiquement, mais les sources parlen
re. Le seul
sance à Rome et en autres lieux aux premiers temps de l'Empi
e, grâce
Tarent
est
d,
repren
me
goris
pytha
centre de la Grande Grèce, où le
me
conserpose comme unc.c ause plausible une opposition politique à l’ultra
étranme des pythagoriciens, re nforcée par la méfiance que la nature
Page 7
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)Selon des auteurs sur lesquels on se fonde, il peut être interprété comme
un mouvement religieux, presque une vraie secte, comme un parti,
comme une école philosophique ou comme une école scientifique dotée
d’un intérêt dans le domaine des mathématiques. Il est évident qu'avec ses
coutumes, ses préceptes et ses tabous, il a une nature fortement religieuse
et, qu'en même temps, son influence sur les événements politiques est bien
attestée; mais il est difficile de se décider pour un seul des aspects que
montre la tradition, qui souvent nous donne des témoignages divers, voire
contradictoires!5.
Une partie importante de ses traits plus caractéristiques est en rapport
avec.
la nourriture, de telle façon qu’on a presque soutenu qu’il était possible de reconnaître un pythagoricien à sa manière de manger. Le tabou
imposé par Pythagore qui interdisait la consommation des fèves et même
le contact avec sa plante est bien connu; il a été aussi posé la question de
savoir si les pythagoriciens étaient végétariens ou non et s'ils l’étaient, dans
quelles conditions. Quelques témoignages concernant le cercle de l'Ecole
signalent un type de vie austère et presque ascérique, que reflètent déjà les
épreuves longues et difficiles d’admission!$. Les candidats devaient se soumettre d’abord à un examen “physionomique”; puis, il passait trois ans
pendant lesquels on déterminait leur aptitude pour l’étude de la philosophie et la pureté de leurs intentions; une fois surmonté cette période, ils
devaient encore passer une étape de cinq années où, après avoir fait don
de leurs biens à la communauté, ils avaient la possibilité d’accéder aux
enseignements
du maître sans jamais le voir en personne. S'ils surmontaient cette dernière période d’épreuve, alors seulement ils devenaient
“ésotériques” et pouvaient voir le maître et parler avec lui’.
15 C£. Marcel Detienne dans Filosofia e scienze in Magna Grecia: Atti del V convegno di
Studi sulla Magna Grecia, Taranto, 10-14 ottobre 1965, Napoli, Arte tipografica, 1966 [=
Filosofia e scienzel, p. 150; Centrone, op. cit., pp. 5-7.
16 Cf. Jamblique, VP 71-74.
17 Gianola, op. cit., p. 13. E.L. Minar Jr, “Pythagorean communism”, Transactions
and Proceedings of the American Philological Association 75, 1944, p. 39. Antonio Melero,
“Pythagorica”, Emerita 39, 1971, p. 428. Selon Centrone (op. cit., p. 77), la description
de Jamblique reflète un mode de vie marginal difficile à mettre en rapport avec l’influence politique du Pythagorisme. Il remarque aussi qu’elle présente des parallèles avec l'organisation d'écoles philosophiques ultérieures et il montre son étonnement devant la possibilité d’une association tellement bien articulée dans la Grande Grèce du VI et du V*
siècle av. J.-C.
Page 8
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)Bien qu'il ny ait pas non plus dans ce cas unanimité des sources, de
divers degrés devaient exister parmi les disciples de la secte. La classification la plus étendue et la mieux attestée distingue entre les appelés akousmatikoi et les mathematikoi, qui avaient des possibilités d'accès aux enscignements du maître fort différentes et aussi des niveaux d’exigence différents quant au respect des préceptes pythagoriciens concernant la vie en
commun et la nourriture. Les akousmatikoi étaient des simples auditeurs
qui pouvaient accéder à quelques leçons du maître, limitées à une connaissance générique, sans ne jamais être admis en sa présence et sans pénétrer
dans les mystères du culte. Les #athematikoi étaient disciples directs du
maître, des hommes de science auxquels l'accès à la doctrine la plus importante était réservé!#. Centrone fait remarquer que cette distinction se trouve seulement dans les sources tardives et souligne même que quelques
auteurs mettent en doute son existence réelle. D'autre part, GS. Kirk et
JE. Raven considèrent que la division est postérieure à la mort de
Pythagore, bien que Porphyre'”? l’attribue au fondateur même de l'Ecole.
Guthrie aussi pense qu'il est peu probable qu'elle existait avant la seconde
moitié du Ve siècle av. J.-C., moment où elle aurait été favorisée par la dispersion géographique de l'Ecole.”
Un autre aspect discuté, déjà mentionné est celui de la mise en commun des biens, qui a conduit d'aucuns à parler de “communisme pythagoricien”?!. Sur cet aspect, nous avons quelques informations chez
Diogènc Laërce, Jamblique et dans un scholie à Phèdre 279c de Platon, qui
prennent comme source le fragment 13 de Fimée de Tauromenium, dans
lequel le dicton attribué à Pythagore "communes les choses des amis” est
commenté. Centrone’* se doute que, dans les auteurs trdifs, on est en
train de projeter un modèle d'organisation postérieure, avec une fausse
18 Jamblique, WP 72, 80-81, 87-88. Porphyre, VP 37. Cf. Gianola, op. cit., pp. 12-13;
of
Daniel A. Dombrowski, The Philosophy of Vegetarianism, Amherst, The University
Massachusetts Press, 1984, pp. 47-48.
19 VP 37.
20 Centrone, op. cit., p. 81. G.S. Kirk et J.E. Raven, Los filésofos presocräticos. Historia
critica con seleccién de textos, Madrid, Editorial Gredos, 1970, p. 320 [The Presocratic
Philosephers. À critical history with a selection of texts, Cambridge, Cambridge University
Press, 1966]. Guthrie, op. cit., p. 189.
cf. Minar, art. cit.
21 Sur ce sujet
22 Diogène Laërce, VIII 10. Jamblique, V7 71-72.
23 Op. cit, pp. 74-75.
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Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)interprétation du proverbe, qui, en principe, n'empêcherait pas nécessairement une communion matérielle de biens physiques.
Quoi qu'il soit, il semble que cette mise en commun s'accorde bien
dans le cadre d’une société de type pythagoricien, avec ses modèles d’éducation collective, comme les repas communautaires ou syssitiai, les exercices physiques et la formation musicale. Sur le plan individuel, il y a une
recherche de la pureté, parce que l’âme peut accéder à la connaissance et
obtenir le salut seulement dans cet état. Sur le plan collectif, les repas en
commun font partie d’un type de rapports sociaux qui prend un aspect
très proche de l’ancienne camaraderie militaire fondée sur l'égalité réciproque, avec des analogies remarquables avec des sociétés, telles que la crétoise ou la spartiate?f. Tant les exercices physiques (course, saut avec des
poids, lutte, pugilat sans adversaire...?5) que la réglementation de la nourriture et la culture de la musique assument une finalité de purification.
Grâce à l'exercice physique, Le corps se fait plus résistant aux aléas, aux privations et aux maladies. La musique possède même des propriétés thérapeutiques, pour la guérison des passions de l’âme, et on disait qu”‘elle
contribuait en grande mesure à la santé, si elle est employée d’une façon
appropriée”?6,
Les prescriptions alimentaires, placées sous le signe de la frugalité, sont
un des traits les plus remarquables du comportement des pythagoriciens,
encore à l’époque de Plutarque?”, où les tabous alimentaires faisaient
reconnaître un disciple de Pythagore. Elles sont également mises en avant
dans des œuvres écrites à Athènes entre le dernier tiers du V° er le TV® siècle
av. J.-C., dans des fragments de la Comédie Ancienne et spécialement de
la Comédie Moyenne, avec des auteurs comme Aristophon, Alexis et
Antiphane, qui créent le type comique du Pythagoricien en prenant le
modèle des disciples établis à Athènes?®. Sanchis Llopis pense que les frag24 Detienne, “Cuisine”, p. 146.
25 Jamblique, VP 97.
26 Jamblique, VP 164, cf. 110-114. Platon aussi (R 404e) donne beaucoup d’importance à la musique comme partie de la formation des gardiens de sa république, mise en
rapport avec la gymnastique: “La simplicité de la musique rend l'âme tempérante, et la
simplicité dans la gymnastique rend le corps sain”.
27 Quaes. conv. 728d-730f.
28 Marcel Detienne, Les jardins d'Adonis. La mythologie des aromates en Grèce, Éditions
Gallimard, 1972 [= Adonis], pp. 77-78. Melero Bellido, Atenas y el pitagorismo, pp. 56-63
et 69-70. Sandra Novo Taragna, “Alessi e il pitagorismo (fr. 223 K.-A.)”, dans Woce di molte
acque: miscellanea di studi offerti a Eugenio Corsini, Torino, S. Zamorani, 1994, pp. 119-
Page 10
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)ments de la Comédie Moyenne reflètent le style de vie des akousmatikor,
de ceux qui maintenaient l'aspect plus mystique du pythagorisme et se
prêtaient mieux à unc ridiculisation comique. Les “pythagorisants” de la
comédie se caractérisent par l'extrême austérité de leur régime alimentaire,
composé par des légumes, du pain d'orge, des figues sèches et de l’eau”.
Les préceptes de Pythagore donnent l'impression d'être motivés principalement par la recherche de la pureté rituelle plus que de la santé,
même si une des possibles origines de la diététique comme partie de la
médecine a été associé à cette école. Jamblique* exprime tout cela très
clairement:
“On dit que les pythagoriciens, parmi les sciences, honoraient spécialement la musique, la médecine et la mantique [.….] De la médecine adoptaient la spécialité de la diététique et ils étaient extrêmement précis en ce
domaine. D'abord, ils essayaient de comprendre les signes de l'équilibre de
boissons, aliments et repos; après, sur la préparation de l’apporté, ils furent
presque les premiers à tenter de la pratiquer et de la régler.”
Ce concept d'équilibre est une des bases fondamentales sur lesquelles
s'affirme la conception diététique ancienne, même si c'est seulement dans
les traités hippocratiques (en particulier Du régime, Du régime des maladies
aiguës, Du régime salutaire et De l'aliment) que la diététique trouve sa première formulation en qualité de branche de la médecine appliquée à la
santé". Les théories physiologiques sur la nature humaine sont fortement
liées aux théories cosmologiques du VI et du V' siècle av. J.-C., puisqu'on
y établit des parallèles entre les éléments constitutifs de l'homme et ecux
du monde. Les quatre éléments définis par Empédocle (Pair, l'eau, le feu
127. Jorge L. Sanchis Llopis, “Los pitagéricos en'la Comedia media: parodia filoséfica y
comedia de tipos”, Habis 26, 1995, pp. 67-82. Olimpia Imperio, “La figura dellintellettuale nella commedia greca”, dans Giuseppe Mastromarco et alii (eds.), TESSERE. Frammenti della commedia greca: studi e comimenti, Bari, Adriatica Editrice, 1998, pp. 122-123.
29 Alexis, frr. 27, 202 er 223 Kassel-Austin. Antiphane, frr. 133, 158 et 225, 7-8
Kassel-Austin. Aristophon, frr. 10, 3 et 12, 7-8 Kassel-Austin.
30 VP 163. CF 244.
31 James Longrigg, Greek Medicine. From the Heroic to the Hellenistic Age: À Source
Book, London, Duckworth, 1998, p. 155, er “Presvcratic Philosophy and Hippocratic
Dietetic Therapy”, dans Ivan Garofalo-Alessandro Lami-Daniela Manetti-Amneris Roselli
(eds.), Asperti della terapia nel Corpus Hippocratioum, Atti del XF Colloque International
Hippocratique. Pisa 25-29 settembre 1996, Firenze, Leo $. Olschki Editore, 1999, pp. 48-49.
Page 11
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)et la terre) trouvent une correspondance dans l’homme avec les quatre
humeurs (le sang, le flegme, la bile jaune et la bile noire) et leurs caractéristiques respectives de humide chaud, humide froid, sec chaud et sec
froid. Les composants élémentaires sont le feu, qui est chaud et sec, et
l’eau, qui est froide et humide. Et les aliments possèdent les mêmes qualités que les éléments qui composent l’homme (chaud, froid, sec, humide).
Une santé parfaite est le résultat du mélange correct de ces substances et
de l'harmonie entre les qualités de ces humeurs*?. Le propos de la médecine diététique est de prévenir, de découvrir quelles sont les conditions qui
présentent un risque pour l'organisme, ainsi que de proposer un régime
fondé sur un rapport compensateur entre l’alimentation et l'exercice, deux
facteurs qui provoquent des effets contraires*?.
Dans le cas des pythagoriciens, l'intérêt pour la nourriture est plus
profond, puisqu'ils cherchent à éviter tout ce qui peut produire des perturbations dans le corps et dans l’âme. Ils pensent que “tout aliment provoque une disposition déterminée. Voilà pourquoi connaître et décider
quelle nourriture consommer et en quelle quantité réclame un grand
savoir”#, Dans ce sens, ils se préoccupent même des changements de
poids, qu’ils mettent en rapport avec les changements d’état d’esprit, qu'ils
essayent d'éviter rigoureusement”. C’est pour cette raison que Pythagore
rejetait tous les aliments qui causent un dérangement, alors qu’il recommandait de consommer ceux qui, au contraire, stabilisent et maintient
l’état du corps.
La plupart des aliments sont classés en espèces, parmi lesquelles certaines sont comestibles et d’autres sévèrement interdites. Dans les repas en
commun, qui se passaient en silence, il était défendu de prendre des aliments superflus et injustes: parmi les premiers, le vin; parmi les autres,
n'importe quelle chose animée. Jamblique®” explique plus clairement ces
aspects faisant remarquer que, pendant la journée, ils ne buvaient pas du
#2 Hippocrate, Nat.hom. 4.
35 Hippocrate, Vic. I 2, 2.
3% Jamblique, VP 208.
35 Jamblique, VP 196: “En effer, ils s’'appliquaient à ce que leur corps demeurât <toujours> dans le même état, et non pas tantôt décharné, tantôt grassouillet, car ils considéraient cela comme le signe d’un mode de vie déréglé. De même aussi, touchant l'esprit: ils
n'étaient pas tantôt abattus, mais leur joie était calme et sereine”.
36 Jamblique, VP 106.
37 VP 97-98. Cf. Diogène Laërce, VIII 19.
Page 12
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)ent avec du pain, du miel où
vin et comme petit-déjeuner ils se nourrissai
à la tombée du jour, ils
des rayons. Toutefois, dans le repas qui avait lieu
des légumes et
de forment,
prenaient du vin, du pain d'orge, du pain
tandis que le poisson était
*,
ima)
(hus
fiés
sacri
quelque viande d'animaux
uns qui n'étaient pas considépeu fréquent parce qu'il y en avait quelques
rque*”, “aucun poisson est
rés aptes pour la consommation. Selon Pluta
sacrifice”. Dans ce même sens,
approprié pour être immolé et olfert en
l'ortie de mer et de presque
Porphyre conseille l'abstinence “du rouget, de
Diogène Laërce ajoute les
tous les autres produits de la mer”, aux quels
le Protreptique
lique dans
œufs et les animaux qui les produisent". Jamb
ns celui de s'abstenir de
icie
agor
pyth
ptes
préce
les
(21, 4 y 13) inclut parmi
du rouget.
iensӔ!, et
la bogue, “parce qu'elle appartient aux dieux chton
sources montrent très
les
que
é
donn
étant
ux,
Ce refus est assez curie
étaient les aliments préférés
clairement que le poisson et les fruits de mer
s ardents et sont capades gourmands grecs, qui leur consacrent des éloge
ux. Ce scrait peut-être leur
bles de payer pour les acquérir des prix prodigie
soulever des passions, qui a
caractère même d'article de luxe, capable de
appréciés était le rouget,
incité à s’en maintenir loin. Un des poissons plus
és aux mystères d'Eleusis,
interdit dans divers contextes religieux. Les initi
à Leptis devaient aussi
idon
Posé
de
e
la prêtresse de Héra à Argos et le prêtr
# Porphyre, WP 34. Diogène Laërce, VII 19. Cf.
Jean Casabona, Recherches sur le
da fin de l'époque classique, Aix-en-Provence,
vocabulaire des sacrifices en grec des origines à
et consommer.
er
sacrifi
peus
l'on
que
139:
p.
Ophrys, 1966,
Quues. con. 729%.
Diopène Laërce, VII 33. Les oiseaux de
+ Porphyre, VP 45 (ct. Athénée, VIT 308c).
d'Eleusis (cf Porphyre, Abst. IV 16).
es
mystèr
les
dans
basse-cour étaient interdits aussi
pythagoricien-
Dans les Propos de table (635e), Plutarque explique
la croyance orphique et
aussi, à travers
f y a l’origine de la vie, bien qu'il remarque
ne que dans l'œuil
sonnages, ui
un de ses perles mots, nommaient fèves les œufs,
épicurien, que “ces gens-là, en jouant sur
à cause de la grossesse, signifiant qu'il ny à nulle
nourtir des animaux qui les pondent”. Frederick
différence entre manger les œufs et se
J. Simoons (Plants ofLife, Plants of Death,
se appuie sur la explication de Plutarque
Madison, Univ. of Wisconsin Press, +998, p. 206)
on était interdite pour les orphiques
au sujet du refus des œufs et ajoute que sa consommati
proviennent les êtres humaines et
d'où
que,
cosmi
l'œuf
de
aussi à cause de leur conception
2). Sur la signification de l'œuf dans la
tout le monde (cf. Aristophane, Av. 693-70
misteri, vol. 1: Eleusi, Dionisismo,
orfique cf. Paolo Scarpi (ed.), Le religioni dei
pensée
Orfisme,
30.
Milano, Fondazione Lorenzo Valla, 2002, pp. 629-6
le précepte de s'abstenir de la bogue
que
he,
revanc
en
dit,
41 Plutarque (de lib. ed. 12d)
es à l'âme noire”. CE
(melanouros, Gr. “queue noire”) signifie ‘ne pas
Diogène Laërce, VII 19.
fréquenter des homm
Page 13
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)s'en abstenir#. Est aussi connu le rejet du poisson dans quelques sanctuaires où l’on pratiquait l’incubatio, quand le dieu se mettait en contact
avec ses fidèles au travers des rêves. À propos de la consultation de celui de
Trophônios à Lébadeia (Béotie), Cratinos présente comme des aliments
exclus de la diète sacré le rouget, qui, dans la Clefdes songes d’Artémidore,
est associé à des malheurs pour les esclaves et les délinquants (bien qu'il
soit un bon signe pour les femmes sans enfants), comme la pastenague et
la bogue. Il est possible que l'explication du refus du rouget coïncide
avec celle que Jamblique donne quant à la bogue, à cause de ses liens avec
le monde infernal, vu qu’elle était un poisson consacré à Hécate““, une
déesse associée au sang; Simoons ajoute, en outre, le fair qu'il est un poisson de couleur rouge“. D'autre part, le rouget n'hésite pas à se nourrir de
cadavres et il apprécie les aliments immondes et malodorants“s.
Chez quelques auteurs grecs, nous trouvons des témoignages sur des
tabous semblables portant sur la consommation de poisson en Égypte.
Selon Hérodote, il n’était pas permis aux prêtres égyptiens de manger du
poisson et Plutarque ajoute que, même à son époque, cette coutume persistait, ce qu'il justifie par le désir de puretéf7. Cette remarque est sans
doute importante, car des auteurs nous informent sur d’autres traits communs entre la doctrine pythagoricienne et les usages de la classe sacerdotale égyptienne. Cependant, il faut remarquer que l’abstinence de poisson
n'existe pas seulement chez ce peuple: elle se rencontre chez les syriens, où
42 Élien, NA IX 65. Porphyre, Abst. IV 16. Plutarque, Quaes. conv. 730d, de sollert.
anim. 983f.
43 Cratinos, fr. 236 Kassel-Austin. Artémidore, II 14. Giulio Guidorizzi, “Tabù alimentari e funzione onirica in Grecia”, dans Oddone Longo - Paolo Scarpi (eds.), Homo
Edens. Regimi, miti e pratiche dell'alimentazione nella civiltà del Mediterraneo (Atti del
Congreso “Homo Edens” realizzato dalla Fiera di Verona il 13-14-15 aprile 1987), Milano,
Diapress/Documenti, 1989, p. 173.
44 Cf. Athénée, VII 325a; Mélanthios, FGrH 326 fr. 2; Apollodore d'Athènes, FGrH
244 fr. 109a.
|
#5 Simoons, o. cit, p. 416. Melero Bellido, Atenas y el pitagorismo, pp. 60-61.
Matteo Pellegrino, “La triglia nell’antichirà classica tra realtà quotidiana e funzione segnica”, dans Maria José Garcia Soler (ed.), Times Charin. Homenaje al Prof. Pedro À.
Gainzardin, Vitoria-Gasteiz, Servicio de Publicaciones de la Universidad del Pais Vasco,
- 2002, pp. 193-199.
46 Cf. Élien, MA I 41.
#7 Hérodore, Il 37, 4 (cf. Plutarque, 4e 45. et Os. 353c). Plutarque, Quaes. canv. 729a-c.
Page 14
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)elle devient un cliché littéraire, souvent présent dans les œuvres d'auteurs
grecs et romains".
Le tabou des fèves est probablement un des préceptes les plus connus
de l'école pythagoricienne et il a été longuement traité, déjà depuis l’antiquité, par des spécialistes, qui ont essayé d’en donner des explications de
tout type, d’un point de vue philosophique, religieux et moral voire, plus
récemment, scientifique*”. Une partie des difficultés provient du fait qu'il
n'y a pas d'informations de première main sur la formulation même du
tabou. Les témoignages les plus anciens appartiennent à l’époque romaine, au [° siècle av. J.-C., et, si nous voulons rester exclusivement au cadre
des sources grecques, nous devons attendre le LI° siècle ap. J.-C., parce que
les références antérieures ne nous sont parvenues qu’à travers la tradition
indirecte. Comme résumé du point de vue ancien, même sil ne les
reprend pas toutes, nous pouvons citer un fragment d’Aristote, transmis
par Diogène Laërce, où l’on dit que Pythagore:
“proscrivait les fèves soit parce qu'elles ont la forme de testicules; soit parce
qu'elles ressemblent aux portes de l'Hadès, car seules elles ont unc tige
dépourvue de nœuds; soit encore parce qu'elles corrompent, ou parce
qu'elles ressemblent à la nature de l'univers, ou encore à cause de l'oligarchie, car elles servent pour le tirage au sort*°”.
# Plutarque, Quaes. conr. 7304. CE. Walter Burkert, Homo Necuns. The Anthropology
of Ancient Greek Sacrificial Ritual and Myth, Berkeley-Los Angeles-London, University of
California Press, 1983, pp. 205-206; Antonia Marchiori, “Between Ichihyophagists and
Syrians: Features of Fish-cating in Athenacus’ Deipnosophisue Books Seven and Eight”,
dans David Braund-John Wilkins (eds.), Athenueus and his World. Reading Greek Culture
in the Roman Empire, Exeter, University of Excter Press, 2000, pp. 335-337.
* Pour une révision approfondie des sources anciennes c£ Olck, “Bohne”, dans
August Friedrich von Pauly-Georg Wissowa (eds.), Real-Encyclopädie der classischen
Altertumswissenschaft, vol. 1/1, Stuttgart, Alfred Druckenmüller Verlag, 1897, cc. 619-
620; Armand Delarte, “Faba Pythagorae cognata”, dans Serta Leodiensia. Mélanges de philologie classique publiés à l'occasion du centenaire de 1 independence de la Belgique, Liège,
Vaillant / Paris, Carmanne & Champion, 1930, pp. 33-57; Mirko D. Grmek (“La légende et la réalité de la nocivité des fèves”, History and Philosophy of the Life Sciences 2, 1980
[= “Légende et réalité”], pp. 62-80).
50 Aristote, fr. 194 Rose. Diogène Laërce, VIII 34. Plutarque, dans De l'éducation des
enfants 12e, donne une explication similaire à celle du tirage au sort, “au sens de ne pas
s'occuper des affaires publiques, car les votes par lesquels on mettait fin aux magistratures
se faisaient autrefois à l’aide de Rives”. Guthric (op. cit., p. 182) soutient que son caractère
artificiel est clair et c’est une explication qui jamais eut une grande diffusion ni une importance décisive dans l'Ecole.
Page 15
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)Une telle variété de causes met en relief qu’on ne connaissait pas le
motif précis de l'interdiction. Toutefois, il est clair qu’il est très ancien,
étant donné que la première mention apparaît dans un hexamètre
d'Empédocle d'Agrigente (fr. 141 Diels-Kranz), au V° siècle av. J.-C.
Aucune explication ne vient de l'Ecole elle-même, parce que ce tabou est
resté bien protégé sous le silence et le secret, qualités essentielles des pythagoriciens et respectées même vis-à-vis des familiers ou des amis’!.
Timpanaro Cardini”? soutient que le secret avait le but d'éviter la diffusion des doctrines les plus difficiles et les plus divergentes de l'avis commun parmi les étrangers ou les individus pas suffisamment préparés. Il est
certain que, comme Guthrie* l’a remarqué, ce silence pythagoricien
représente un problème très important pour connaître la doctrine de
l'École, parce que le fait qu'il faille se servir de rumeurs peut emmener des
omissions et des déformations. Dans le cas du tabou des fèves, le secret
conduit à une conséquence extrêmef et pour cette raison les motivations
qui lappuient n’ont pas pu être pénétrées d’une façon acceptable.
Quelques unes des explications des anciens font penser à une base religieuse, liée à la doctrine de la métempsycose, que défendait Pythagore,
selon laquelle les âmes des hommes se réincarnent en d’autres personnes
ou passent à un autre être animé, en accord avec leur valeur. Dans ce
sens, Colin Spencer’$ met cette interdiction en rapport avec le temps que
Pythagore passa en Égypte, où il eut l’occasion de se mettre en contact
avec les prêtres, auxquels, raconte Hérodote’, il n'était même permis les
51 Alexis, fr. 201, 6 Kassel-Austin. Porphyre, VP 19. Jamblique, VP 193-194.
Porphyre, VP 19. Diogène Laërce, VIII 10. Athénée de Naucratis, VII 308c-d. Lucien,
Vit Auct. 3. Plutarque, de curios. S19c. Clément d'Alexandrie, Strom. V 9, 59. Grégoire de
Nazianze, or XXVII 10.
52 Op. cit., p. 6.
53 Op. cit., pp. 151-153.
54 Jamblique (VP 192-194) raconte une anecdote sur Myllias de Crotone et sa femme
Timycha de Sparte. Saisis par Denys de Syracuse, Myllias affirma que, avant de dire pour
quoi les pythagoriciens ne marchaient pas sur les fèves, il préférait le faire lui même. Sa
femme se coupa la langue avec les dents pour ne pas révéler le secret sous la torture.
55 Cf. Xénophane, fr. 6 Gentili-Prato; Porphyre, VP 19, 44, et An#r 19; Aristote, de
An. 407b 19-26.
56 The Heretics Feast. À history of vegetarianismus, Hanover, NH-London, University
Press of New England, 1995. Sanchis Llopis aussi (art. cit, p. 74), prenant Hérodote
comme point de départ, pense que cette prohibition est d'origine égyptienne.
Page 16
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)voir, “car ils considèrent qu’elle est un légume impur”. Spencer souligne
aussi la relation existant entre äwryt, le nom de la plante, et rer, qui signifie “générer”, “concevoir”, une association qui, à son avis, aurait conféré à
la plante un aspect sacré. Il faut fait remarquer, toutefois, que la documentation égyptienne montre clairement que tant la culture des fèves que
leur utilisation étaient quelque chose de commun et l’archéologie a relevé
son emploi comme offrande funéraire dans des tombeaux?*. Simoons”?
considère, malgré tout, qu'Hérodote, en traitant sur le tabou des fèves en
Égypre, offre des détails qui font penser que peut-être, concernant aux
prêtres, son récit est correct ct il propose comme explication justement le
lien avec les morts. Diodore de Sicile, de son côté, dit seulement que
quelques égyptiens refusaient de les manger”.
L'interdiction de la consommation de fèves existait aussi dans plusieurs
endroits du monde grec, dans un cadre religieux, ainsi à Eleusis et dans
quelques sancruaires où l’on pratiquait l’incubatio®". Dans celui de Amphiaraos,
à Oropos, on les rejetait parce qu’elles provoquent des rêves troublés®*. Selon
58 Victor Loret, La flore pharaonique, Hildesheim-New York, Georg Oims Verlag,
1975, pp. 93-94 (Paris, Ernest Leroux, Éditeur, 18922]. Andrews, loc. cit. Grmek,
“Légende et réalité”, pp. 70-71, et Les maladies à l'aube de la civilisation occidentale.
Recherches sur la réalité pathologique dans le monde grec historique, archaïque et classique,
Paris, Éditions Payot & Rivages, 1983 [= Maladies), p. 314.
5° Op. cit, p. 212.
60 1 89, 4. Le tabou des fèves est présent dans d'autres cultures aussi, Ainsi, Mirko D.
Grmek (“Légende et réalité”, p. 69) trouve des idées similaires dans l'ancienne philosophie
de l'Inde et ajoute qu'on a dit que la tradition de l'Ayurveda impose à là personne qui participe aux cérémonies sacrées F'abstention de Rves. Alfred C. Andrews aussi (The Bean
and Indo-European Totemist”, American Anthropologist ns. 51, 1949, p. 277) fait référence aux conceptions de l'Inde et affirme que, dans sa propre époque, il était possible de trouver des restrictions de ce type en Afrique. D'après Claude Lévi-Strauss (La mirada distante, Barcelona, Argos Vergara, 1984, pp. 222-223 [Le regard éloigné, Paris, Plon, 1983),
elles existaient également dans des peuples primitifs de l'Amérique du Nord.
61 Pausanias, 1 37, 4 (cf. VI 15, 3). Porphyre, Abs IV 16. E Lenormant,
“Eleusina”, dans Ch. Daremberg-E. Saglio (eds.), Dictionnaire des Antiquités Grecques et
Romaines, vol. H/1, Paris, Hachette, 1896, p. 558. Burkert, op. cit., p. 285. Guidorizzi, art.
cit, p. 173. Simoons, op. cit., pp. 202-204.
62 Cf. Pline, XVIII 118; Dioscoride, 1 105: Plutarque, Quaes. conv. 734, Clément
d'Alexandrie, Srrom. TI 3, 24; Geoponica, 1 35, 4. Olck, art. cit, cc. 618-169. Comme
Grmck (“Légende et réalité”, p. 82; Maladies, p. 323) l'a remarqué, ‘les fèves contiennent,
en concentration assez élevée, le lévodopa (L-dopa), substance utilisée aujourd’hui dans le
traitement de la maladie de Parkinson. L'administration de cette substance augmente la
quantité de la dopamine, précurseur de la noradrénaline, dans le système nerveux central,
Page 17
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)Artémidore, elles sont un indice de discorde et cet auteur affirme qu’elles
étaient exclues de n'importe quel cérémonial religieux ou lieu sacré. D’après
Cicéron6, elles produisent un grand gonflement, qui s'oppose à la tranquillité de l’âme et à la recherche de la vérité, d’où le tabou pythagoricien.
Il est aussi attesté de l'horreur des fèves dans la tradition orphique‘”,
établie dans la Grande Grèce avant l’arrivée du philosophe et avec laquelle le pythagorisme à, en outre, quelques autres éléments communs, liés
principalement à l’idée de l’immortalité de l’âme et de sa transmigration.
Melero BellidoS identifie comme des traits communs aux deux sectes la
pratique d’un certain mode de vie particulier, l'existence d’interdictions
alimentaires et une notion de pureté portée à l’extrême. Ils partagent, en
outre, l'importance accordée au secret, présente aussi aux rituels
d’Eleusisf”.
Quelques explications parlent d’une origine commune des fèves et de
être humain; elles sont rapportées, par exemple, par Porphyref:
“Quand au début l’origine de l’univers et la genèse des êtres étaient en
désordre, que beaucoup de germes étaient ensemble réunis et semés en
terre, qu'ils y pourrissaient ensemble, peu à peu il se fit une genèse et une
discrimination des animaux qui naissaient et des plantes qui poussaient
ensemble, si bien que de la même pourriture les hommes se formèrent et
la fève bourgeonna”.
C’est de là que vient, d’après cet auteur, la croyance pythagoricienne
que la consommation de la plante pouvait être considérée une sorte de
cannibalismef”. Un point de vue similaire apparaît reflété dans un vers
pythagoricien transmis par Plutarque”° et par beaucoup d’autres auteurs,
ce qui peut provoquer des insomnies, des cauchemars, voire des hallucinations, accroître La
tension nerveuse et stimuler l’activité sexuelle”.
65 I 68.
S# Div. 1 30, 62. Cf. Jamblique, VP 106.
6 Plutarque, Quees. con. 635e. Grégoire de Nazianze, or XXVII 10. Geoponica, I 35, 8.
66 Athènes y el pitagorismo, pp. 11-12.
#7 Papyrus de Derveni, cc. VI 2-5, 9-10, XXI 12-13. Pausanias, I 38, 7. Tertulien, adv.
Val. I 1-13. Sur le rapport entre l’'Orphisme et le Pythagorisme, cf. WK.C. Gurhrie,
Orpheus and Greek Religion, London, Methuen, 1952, pp. 216-221.
8 VP 44.
& VP 43: “Il conseillait de s'abstenir des fèves comme s'il s'agissait de viande humai- :
ne”. Derienne, “Cuisine”, p. 154; Adonss, pp. 97-99; Dionisos, p. 117. Simoons, op. cit, p. 201.
70 Quaes. conv. 635e.
Page 18
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)qui soutenait que “C’est crime égal de manger des fèves er les rêtes de ses
parents”. Sclon Eustace’!, c'est à travers les fèves que les âmes retournent
à la terre. Ccla a té mis en rapport avec l'affirmation d'Aristote’* que c'est
la seule plante qui a une tige sans nœuds (agonaton), raison pour laquelle
elle devient le lieu de passage où se produit Féchange entre les vivants et
les morts’, Pline soutient qu’elles contiennent les âmes des défunts et il y
a des témoignages de Fusage à Rome des fèves, en particulier des noires,
dans des fêtes et rituels concernant aux morts, comme les Parentalia (13-
21 février), où l'on honorait les ancêtres, et les Lemuria (9, 11 et 13
mai)’. Celle-ci pourrait être l'explication de l'interdiction pour le flamen
dialis, à qui n’était pas permis ni manger des fèves ni en toucher ni en parler jamais, parce que un prêtre de Jupiter ne pouvait pas être contaminé
par leur contact, même verbalement”*:
Le péripatéticien Aristoxène de Tarente’® (IV* siècle av. J.-C.), qui représente une tentative de rationaliser les doctrines pythagoriciennes, les épurant
de la composante superstitieuse, ne croit pas à l'interdiction, et assure, au
contraire, que les fèves auraient été les légumes préférés de Pythagore.
L'équivoque découlerait d’une mauvaise interprétation du vers
d’Empédocle, “Malheureux, très malheureux, ne touchez pas aux fèves”, où,
en réalité, il se ferait allusion de façon métaphorique aux testicules et, par
extension, aux plaisirs du sexe’7. En fait, d’après Andrews’#, la conviction
7 ad
IH. WI 518.
:
72 fr. 195 Rose, dans Diogène Laërce, VIT 34.
74 Cf Porphyre, Antr 19.
|
74 Pline, XVII 118. Ovide, Fast 11 533-82 (sp. 576) ct V 419-492 (sp. 436-440).
Festus, sv. “Fabam”. CE Delarte, art. cit. pp. 38-40: Simoons, op. cit, p. 206.
75 Pline, XVII 119. Aulu-Gelle, X 15, 13. Festus, loc. cit. Plutarque, Quaes. rom.
286e. Cf. E Lenormant, “Faba”, dans Ch. Daremberg - E. Saglio (eds.), Dictionnaire des
Antiquités Grecques et Romaïnes, vol. 1/2, Paris, Hachette, 1896, p. 947; Carlos Garcia
Gual, “Diera hipocrätica y prescripciones alimenucias de los pitagéricos”, dans Aurelio
Pérez Jiménez - Gonzalo Cruz Andreotti (eds.), Dieta mediterränea. Comida y häbitos alimenticios en las culturas mediterräneas, Madrid, Ediciones Clésicas, 2000, p. 53. Gillian
Riley, “Beans for the Deads”, dans Harlan Walker (ed.), Feasting and Fasting. Oxford
Symposium on Food and Cookery 1990, London, Prospect Books, 1991, pp. 173-174.
76 Fr, 25 Wehrli. Cf. Aulu-Gelle, IV 11, 4-5.
77 Cf. Aulu-Gelle, IV F1, 9-11.
78 Art. cit, p. 279. Cf. Clément d'Alexandrie, Ssrom. IE 3, 24; Porphyre, VP
44; Lucien, Vrr. Auct. 6. Delatte (art. cir., pp. 42-43) reprend les singulières expériences des
pythagoriciens qui essayaient de prouver l'identité de la fève et de la génération, la mettant
en rapport avec le sang et le sexe.
Page 19
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)que les fèves ne devaient pas être mangées par qui désirait porter une vie
pure probablement vient de la conception du pouvoir générateur, en liaison
avec le sexe et pas avec la mort. Lydus attribue aux fèves un effet aphrodisiaque et Plutarque suggère que la flatulence des fèves stimule le désir??.
Plus récemment, on a ajouté des explications qui examinent la question d’un point de vue scientifique et mettent en rapport l'interdiction
avec une maladie à base génétique, le favisme. Il s’agit d’une forme de
décomposition des globules rouges qui se déclenche à cause de la consommation de fèves fraîches par des individus qui présentent une déficience
héréditaire d’activité de l’'enzyme glucose 6-phosphate déshydrogénase
(GGPD), intervenant dans la dégradation du glucose. Le tableau clinique
pour une intolérance favique est défini par Grmek#° comme une “réaction
ictéro-hémoglobinurique aiguë”, qu’il décrit de cette façon:
“Dans les heures qui suivent le contact alimentaire avec les fèves crues, une
gastro-entérite se déclenche avec de violentes douleurs abdominales, suivie
d’une hémoglobinurie (les urines peuvent devenir noires), d’une anémie,
d’accès de fièvre et d’un ictère modéré. Ces symptômes disparaissent au
bout d’une semaine, mais la crise laisse derrière elle une anémie qui peut
durer plusieurs mois. Les réactions légères se traduisent par un état de
malaise général avec céphalée et nausée. L'hémoglobinurie peut être, dans
environ un cas sur douze, tellement violente qu'elle provoque la mort par
anoxémie ou par insuffisance rénale aiguë.”
L'aire de diffusion de cette tare génétique comprend les régions méridionales de l'Italie, la Sicile, la Sardaigne, la Grèce, la péninsule d’Anatolie
et la côte africaine méditerranéenne. Étant donné qu’elle coïncide partiellement avec la zone où les principales communautés pythagoriciennes se
sont établies, plusieurs auteurs ont proposé le favisme comme la cause
finale du tabou de la consommation des fèves. Sont aussi attestés des réactions dues à la simple exposition au pollen de la plante, dans lesquelles on
a vu le motif de linterdiction pythagoricienne même de s'approcher d’un
champ de fèvesf!.
7 Lydus, de mens. IV 42. Plutarque, Quaes. rom. 286e.
80 “Légende et réalité”, pp. 97-98, et Maladies, p. 336.
81 Jamblique (VP 190-191) raconte le cas d’un groupe de pythagoriciens, attaqués par
des soldats de Denys de Syracuse, qui préférèrent mourir au lieu de se sauver fuyant à travers un champ de fèves. Il existe d’autres légendes où c’est Pythagore même le protagoniste de faits pareils (cf. Diogène Laërce, VIII 39, 45. Sud, s.v. “Pythagoras”).
Page 20
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)a été décrite seulement
Il a été remarqué, cependant, que cette maladie
n'y a pas de témoignages
dans les dernières décennies du XIX® siècle et il
ière mention
anciens. La prem
de son existence dans les textes médicaux
el Pereira de Mira Franco en
Manu
par
ée
donn
été
d'un cas de favisme a
die et sa description clinique
1843 ct sa reconnaissance comme une mala
Antonio Minà La Grua
rigoureuse sont dues à quelques médecins siciliens:
Mulè Bertolo (1873)%. Comme
(1856), Di Pietra Leone (1858) ct
ble liaison
qui a étudié le mieux la possi
Grmek®? — peut-être le chercheur
souligné, d’après les textes
entre la maladie et le tabou pythagoricien — la
ct, bien qu'ils offrent des
médicaux les fèves seraient un aliment commun
dans l'antiquité, ilwya rien
témoignages de la connaissance du lathyrisme
un rapport causal entre le
qui permet de supposer qu'ils avaient pu établir
que l'existence de cas de
légume et la maladie. Toutefois, cela n'exclut pas
nne, même si la liaison
favisme puisse remonter jusqu'à la Grèce ancie
lle que notre documentan'était pas reconnue. D'autre part, Grmek rappe
et n’informe que très paution sur le pythagorisme est de seconde main
pythagoriciens.
vrement à propos du savoir réel des premiers
rts mythologiques entre les
rappo
des
nce
Il met aussi en reliefJ’importa
tion pouvait être lié avec
fèves, le sang et la mort et il pense que l'interdic
un des symptômes les plus
les accidents hémolytiques®. Il signale comme
que, parfois, le favisme
frappants de cette maladie l'hémoglobinurie et
chercheur la qualifie,
ce
me
com
,
peut aboutir à une mort subite, voire
“spectaculaire”. Quelques autres auteurs ont
accueilli chaleureusement
e pour expliquer le
l'hypothèse du favisme comme la seule raisonnabl
tabou pythagoricien de la consommation des
S. Brumbaugh et Jessica Schwartz où de
fèves. C’est le cas de Robert
TH.D. Arie, qui affirme que,
agore subissait de favisbien qu'il ne soit pas possible de prouver que Pyth
théorie#®. Toutefois, d’autres
me, les faits, à son avis, s'accordent avec cette
préfèrent suivre une ligne de type anthropologique,
comme Delatte, qui
ent un ensemble cohérent si
soutient que les explications anciennes form
e, idée qui a été refusée
elles sont examinées d’un point de vue totémiqu
rica siciliana 22, 1967, p. 318.
82 Giuseppe Russo, “Il favismo in Sicilia”, Révista pediat
29.
328-3
pp.
es,
Maladi
et
Grmek, “Légende et réalité”, pp. 87-89,
26.
322-3
pp.
es,
Maladi
et
80-85,
pp.
”,
réalité
et
83 “Légende
84 Maladies, p. 353.
and Beans: a medical explana#5 Robert S. Brumbaugh-Jessica Schwartz, “Pythagoras
goras and Beans”, Oxford
“Pytha
Arie,
.
“LH.D
22.
tion”, Classical World 73, 1980, pp. 421-4
Medical School Gazette 2, 1959, pp. 75-81.
Page 21
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)par Andrews, même s’il considère partiellement réussie cette façon d’aborder la question. D’autre part, Detienne®$ souligne que, dans le système
pythagoricien, la fève évoque la pourriture et pour cela représente le pôle
de la mort, opposée à la vraie vie. Cependant, la plupart des chercheurs
pensent que l’interdiction de la consommation de fèves doit être examinée
à partir de plusieurs perspectives et y voient un mélange de raisons religieuses, éthiques, médicales et sociales®”. Le favisme ferait partie des explications possibles, sans en exclure d’autres.
Le point de vue de Simoons est particulièrement intéressant$f; il refuse cette théorie, acceptée en général, selon lui, avec peu de sens critique. Il
trouve difficilement acceptable l’idée que les anciens soient arrivés à l’association entre la maladie et les fèves et s'étonne du silence hippocratique, s'ils
l'avaient connue. À propos du fait que le tabou des fèves se soit imposé sur
une région où les cas de favisme sont fréquents, il pense que, comme une
telle interdiction atteint aussi des zones fort lointaines, c’est tout simplement une coïncidence. D'autre part, il fonde ses conclusions sur des études
épidémiologiques des endroits associés à Pythagore et à son école, la
Grande Grèce, mais aussi l’île de Samos, où la tradition place son origine,
et d’autres régions de la Grèce. Il part de ces travaux pour affirmer que les
témoignages montrent que l'incidence est relativement baisse, d’autant plus
si on prend note que tous les individus qui présentent la déficience congénitale ne développent pas la maladie. À son avis, les motivations magico
religieuses sont suffisamment raisonnables pour expliquer le tabou.
‘Un autre aspect de l’alimentation pythagoricienne qui a été longuement discuté, depuis Le IV® siècle av. J.-C., jusqu’à un point tel que l’on
trouve des positions difficilement conciliables et même opposées, c’est
celui de la consommation de la viande. La situation est d’autant plus compliquée, que le débat se fonde sur les deux auteurs anciens considérés les
meilleurs connaisseurs du pythagorisme, Timée de Tauromenium®?, l’historien le plus important du monde grec occidental, point de départ de la
tradition d’un Pythagore qui rejette le sacrifice sanglant et la consommation de viande, et Aristoxène de Tarente, musicologue proche à la communauté pythagoricienne de Phliunte, qui, en décrivant leurs repas en
86 “Cuisine”, p. 154.
87 C£. John Scarborough, “Beans, Pythagoras, Taboos and Ancient Dietetics”, Classical
World 75, 1981-82, pp. 355-358. Garcia Gual, art. cit, pp. 56-59. Guidorizzi, art. cit., p. 174.
88 Op. cit., pp. 221-249.
8 FGrH 566 fr. 147. Cf. Mnésimaque, fr. 1, 1-2 Kassel-Austin.
Page 22
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cette ligne est
commun, évoque la viande d’animaux sacrifiés (thusima).
à la possibince
suivie aussi par Jamblique et par Porphyre, qui font référe
ires que
communauta
lité de manger certains types de viande dans les repas
les adeptes prenaient à la rombée du jour”°.
avec le végéCependant, il y a une forte tendance à associer Pythagore
rationalisme
du
cause
à
rarisme strict, en refusant la version d’Aristoxène
dégagée de
gore
Pytha
de l’äuieur, qui aurait essayé de forger l'image d'un
arisme
végét
le
’?,
ces composantes légendaires’!. Selon Dombrowski
pythagoricien se fonde sur des croyances religieuses
en rapport avec la
arienne est plus
métempsycose, des raisons de santé, puisque la diète végét
on identifie
quand
es,
saine que la carnivore, et des considérations éthiqu
en viande
on
mmati
de quelque manière le sacrifice sanglant et la conso
gée par
parta
le,
radica
comme équivalents à un meurtre”*. Cette position
selon
gore,
Pytha
é
les pythagoriciens du rang les plus élevés, aurait pouss
les cuisiniers et les chasEudoxe de Knidos”{ à éviter même le contact avec
seurs, en les considérant des criminels.
90 Pour une révision des sources sur l'interdiction
de manger de la viande cf. Guthrie,
op. cit, pp. 184-187.
%1 Carmelo Fucarino, Pitagora e il vegeturianismo, Antonio Giannone Editore, pp. 60nto specifico, come in altri, sono viziate da
61, 71: “Le suc deduzioni in questo argome
comiques du
eccessivo criticismo e per ciè da respingere”. Pour les auteurs
IV* siècle Le rejet
caractéristiques de ceux qui appade la consommation d'êtres animés est un des traits plus
raissent qualifiés comme Pythagerizontes, “pythagorisants”.
CF Alexis, fr. 223, 1-3 Kassclimaque, fr. 1, 1-2 Kassel-Austin.
Austin; Antiphane, fr. 133, 1-2 Kasscl-Austin:Mnés
92 Op. cit, pp. 37-45.
Garcia Gual (arr. cit, p. 59)
93 Jamblique, WP 68 et 107. Diogène Laërce, VIII 13.
nt Vegetarianism”, en
(Ancie
e
Osborn
parle seulement de raisons éthiques et Catherine
Exeter, University of
ty,
Antiqui
in
Food
(eds.),
n
Dobso
-Mike
John Wilkins-David Harvey
Exeter Press, 1995, pp. 217-224) voit dans
symbolique.
le refus de la viande une motivation surtout
94 Fr. 325 Lasserre (cf. Porphyre, VP 7). L'allusion aux
cuisiniers peut être facilement
effectuaient les sacrifices,
expliquée si nous pensons que, à l'origine, c'étaient eux qui
diviviande pour être consommée par les présaient en morceaux la victime et préparaient après sa
it le cuisinier et le boucher (cf. Platon,
nomma
on
s
mégeire
mot
sents. En fait, avec le même
s. Étude
aume, Les rôles du mâgeiro
Euthd. 3010). Sur les fonctions du mégeiros cf. Guy Berthi
e, Leiden, E. J. Brill / Les Presses
ancienn
Grèce
la
dans
e
sacrific
le
et
sur la boucherie, la cuisine
p. 329) la
Jean Casabona (op. cit,
de l'Université de Montréal, 1982. D'autre part, comme
“abattre (une bête de boucherie)”,
de
l’idée
rendre
pour
pas,
n'a
e]
souligné, “la langue [grecqu
victid’autres verbes que ceux qui signifient “sacrifier” ou “immoler”.
La mise à mort d'une
e: elle était un acte rcligieux,
me se faisait donc, normalement, selan les rites du sacrific
jours plus ou moins solennel”.
Page 23
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)Dans ce sens, le refus de l'alimentation carnivore va de pair avec l’interdiction de sacrifier des animaux aux dieux. En fait, Diogène Laërce
parle même de la défense du sacrifice sanglant en lui-même et de son remplacement par des offrandes pures et simples, principalement des céréales
et des aromates: pour les premiers, blé, orge, millet ou farine d'orge et
figurines en pâte; pour les autres, encens et myrrhe”. Ce même type d’offrandes se trouve dans Porphyre”, mais il ajoute que, sporadiquement, on
pouvait présenter aux dieux des poulets et de petits cochons. Cet auteur
raconte aussi qu'une fois Pythagore sacrifia un bœuf, mais en pâte, en
remerciement de la découverte de son théorème”. Dans le cas
d’Empédocle aussi, il est attesté l’offrande d’un bœuf de miel et farine”ê.
L'interdiction de consommer de la viande devait heurter nécessairement
avec la religion publique, fondée sur le sacrifice sanglant. Comme
Detienne””? l’a signalé, “refuser de manger de la viande ne peut être une
forme d'originalité purement individuelle ou simplement gastronomique:
c'est rejeter d’un coup tout un système de valeurs véhiculées par un certain mode de communication entre les dieux et le monde des hommes”
!°°,
Selon Centrone!°", les allusions à des sacrifices d’animaux en pâte pouvaient représenter une forme de respect à la religion publique.
Cependant, Jamblique!°? nous apprend un certain adoucissement de
ces préceptes pour d’autres pythagoriciens de rang inférieur, ceux “dont la
7 Diogène Laërce, VIII 22. Jamblique, VP 54, 150 (cf. Plutarque, Numa VIII 15).
Alexis, fr. 201, 1-3 Kassel-Austin. C£. Detienne, “Cuisine”, p. 149; Adonis, p. 88: Dionisos,
p. 118. On trouve ici de nouveau un autre point en commun avec les orphiques, qui maintenaient une position radicale vers la consommation de viande. D’après Platon (Lg. 782cd), dans sa description de la façon de vie ancienne, qu’il identifie avec celle orphique, on
ne se faisait pas de sacrifices d’animaux, mais on portait aux dieux des gâteaux et du fruit
avec du miel et d’autres offrandes pures, sans contaminer de sang les autels. Cf.
Aristophane, Ra. 1032; Euripide, Hipp. 952-954; Plutarque, Sepi. Sap. 159c.
36 VP 36.
7 Diogène Laërce, VIII 12. Toutefois, Athénée de Naucratis (X 418f), quand il présente Âristoxène comme source, fait référence à ce fait sans douter qu'il agissait d’un animal réel. D’autre part, il affirme que Pythagore ne s’abstenait pas de manger de la viande.
8 Diogène Laërce, VIII 53. Athénée de Naucratis, I 3e.
% Adonis, p. 86.
190 Cf. Derienne, “Cuisine”, p. 148, où il renvoie à l'œuvre de Dario Sabatucci, Saggio
sul misticismo greco, Roma 1965.
10 Op. cit, p. 87.
102 VP 109. Il affirme aussi (VP 85) qu'il est permit de consommer des victimes sacrificielles parce que, seulement dans elles, l'âme d’un homme ne peut pas entrer. Cf
Jamblique, VP 150. Plutarque, Quaes. conv. 728e et 729c. Athénée de Naucratis, VII 308c.
Page 24
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)vie n'était pas strictement pure, religieuse ou philosophique”; il leur était
consenti de manger de la viande de victimes sacrificicelles, bien qu'avec des
sément
limitations et quelques périodes d'abstinence. Ainsi, il était expres
rapport
en
re
peut-êt
,
interdit de manger le cœur, le cerveau et la matrice
avec la croyance qu'ils étaient l'origine de la reproduction et de la vie!?*.
aniPar une pareille raison, on refusait la consommation des œufs et des
viande
la
manger
plus
maux qui les produisent. Ils ne pouvaient pas non
de n'importe quel animal, mais il y avait une classification
en animaux
au
“coupables” et animaux “innocents”, dont on peut trouver Pexplication
s, le porc
livre XV (vwv. 110-126) des Métamorphoses d'Ovide. Les premier
des culteurs
destruc
et
os
et la chèvre, ennemis de Déméter et de Dionys
tures de céréales et de la vigne!®%; les autres, le bœuf de labour, symbole de
la civilisation lié à l'agriculture, et le mouton, qui donne généreusement
! D'autre côté, la prohibition de tuer
du lait et de la laine®.
comprendrait
i
tous les animaux qui ne sont pas nuisibles pour l’homme!l®. Celle-c
de
iction
serait, en fait, d’après Plutarque!®”, la raison qui justifie l'interd
consommer du poisson. Aristoxène se fait l'écho de ces préceptes, même
s'il les présente d’une façon différente, en relativisant le caractère de la doctrine pythagoricienne. Ainsi, parmi les espèces qui ne pouvaient pas être
et affirsacrifiées, il nomme uniquement le bœuf de labour et le mouton
aimait
qu’il
et
s
cochon
de
et
aux
chevre
de
sait
nourris
se
me que Pythagore
tous les types de viande sauf celles de mouton et de bœufl'ë.
En réalité, selon Detienne!””, dans la double attitude face à la
deux
consommation de la viande et le sacrifice sanglant, ont peut voir
de
l’autre
,
igeante
intrans
l'une
e,
ricienn
pythago
l'école
de
orientations
103 Aristote, fr, 194 Rose. Jamblique, VP 109. Porphyre, V/ 45 (dans
$ 43 les parties
Diogène Laërce, VII 19.
interdites sont: rognons, testicules, moclle, pattes et tête).
e, IV 11, 11-12. C£
Athénée de Naucratis, II 65£ Plutarque, de lib. ed. 12e. Aulu-Gell
Simoons, op. cit., p. 198.
récoltes”. Et, dans
104 Dans l'Odyssée (XVI 29), le porc est appelé /iboreires, “mange
tion de tuer n'importe
un fragment de Platon comique (27 Kassel-Austin), il y a l'interdic
quel animal, à l’excéption du porc, seulement parce que sa viande est bonne
et il n'est pas
utile pour une autre chose.
“Cuisine”, pp. 155105 Cf. Porphyre, Abst. HI 19; Hésiode, Op. 405. Detienne,
157; Adonis, pp. 100-109.
106 Jamblique, V?P 99.
107 Quaes. conv. 730a-<b.
108 Er, 25, 28 et 29a Werhli. C£ Diogène Laërce, VIII 20; Aulu-Gelle, IV 11, 1.
109 “Cuisine”, pp. 147-148; Adonis, pp. 85-86; Dionisos, pp. 116-117.
Page 25
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)rejet modéré, qui seraient en rapport la première avec la recherche du salut
et de la purification individuelle, avec la renonciation au monde, et la
seconde avec la réforme de la cité, avec un intérêt plus politique.
Cette tension entre les deux types de diète est soulignée à l'extrême par
une comparaison entre les récits sur le végétarisme de Pythagore et les
anecdotes alimentaires rapportées à l’un des représentants les plus éminents de la société pythagoricienne, Milon de Crotone!!°. La tradition
raconte que le premier cénacle pythagoricien est établi justement dans la
maison de Milon, qui maintient avec le philosophe un étroit rapport qui
est scellé, selon les coutumes aristocratiques, par son mariage avec la fille
du maître. En qualité de membre d’une des familles les plus importantes
de la ville, il y occupe une position particulièrement de choix!!! er accomplit les fonctions de prêtre d'Héra Lacinienne, divinité poliade de Crotone
qui, d’après la légende, entretient avec Héraclès, mythique fondateur de
son sanctuaire, d’étroits liens cultuels. Pour cette raison, dans la bataille
qui les opposa aux Sybarites, il conduisit les Crotoniates paré à la façon du
héros, avec une peau de lion sur le dos et une massue à la main!”?.
Milon est connu aussi comme un des athlètes les plus réputés de l’antiquité, vainqueur six fois aux jeux Olympiques, la première quand il était
encore un adolescent, en 540. Il obtint aussi de nombreuses victoires aux
jeux Pythiques, Isthmiques et Néméens entre 532 et 5161. La légende et
l’histoire s'accordent jusqu’au point qu'il y a une grande quantité d’histoires sur ce personnage où sa force énorme!!# et son démesuré appétit
sont mis en relief. Ses principaux exploits alimentaires ont été transmis par
Athénée de Naucratis!!5, qui, après avoir parlé de la voracité d’Héraclès,
raconte que, selon Théodore de Hiérapolis, Milon mangeait d'habitude
dix kilos de viande et une quantité égale de pain et qu'il buvait presque dix
litres de vin. Il reprend aussi l’anecdote selon laquelle, une fois, à Olympie,
U0 Cf. Modrze, “Milon”, dans August Friedrich von Pauly-Georg Wissowa (eds.),
Real-Encyclopädie der classischen Altertumswissenschaft, vol. XV/2, Stuttgart, Alfred
Druckenmüller Verlag, 1932, cc. 1672-1676.
111 Hérodote, III 137, 5. Jamblique, VP 104. Strabon, VI 1, 12.
112 Diodore de Sicile, XII 9, 5-6. Cf. Detienne, “Cuisine”, pp. 145-146, et Filosofia e
scienze, pp. 151-152.
113 Pausanias, VI 14, 5. Violaine Vanoyeke, La naissance des Jeux Olympiques et le sport
dans l'antiquité, Paris, Les Belles Lettres, 20047, pp. 81-82.
114 Pausanias, VI 14, 6-7. Strabon, VI 1, 12. Aristote, fr. 520 Rose, EN 1106b 3.
Page 26
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)il chargea sur ses épaules un taureau de quatre ans, le porta durant un tour
du stade et finalement le mangea, lui seul, en un jour. Comme Detienne!!°
l'a souligné, cette gloutonnerie, qui pourrait être considérée un trait tout
simplement anecdotique, est en réalité intimement liée à son rôle dans la
cité et à sa condition héracléenne, dérivée de sa fonction de prêtre d'Héra
Lacinienne. C'est ainsi que le appétit démesuré et carnivore de Milon
acquiert toute sa signification.
D'autre part, il faut ne pas oublier la dimension athlétique de Milon,
car les sources attribuent une voracité similaire aux sportifs en général.
Comme Jan Bazzant l'a montré!!7, cette gloutonnerie pourrait aussi
répondre à un but idéologique, puisqu'il faut la rattacher de nouveau, mais
d’une manière différente, à la figure de Héraclès, lutteur mythique et grand
mangeur, qui représente pour les grecs le modèle de l’athlète idéal dans les
temps les plus anciens et particulièrement au VI‘ siècle av. J.-C. A cette
époque, les représentations des athlètes accentuent les aspects relatifs à la
force physique, les boxeurs et les lutteurs étant les types les plus fréquents.
Toutefois, il convient d'ajouter que le personnage d'Héraclès est traité par la comédie grecque d’une façon parodique. La première image de
grand mangeur apparaît dans le sicilien Epicharme et on la retrouve aussi
dans Paix, Guêpes et Grenouilles d’Aristophane!'#, où il se montre pris par
les requêtes de son ventre. Il y a moins d'exemples dans les œuvres
d’autres auteurs contemporains de ce comique, mais ils sont très clairs
dans la Comédie Moyenne et Nouvelle! !°. D'autre part, il est impossible
de ne pas se rappeler ici du mode de vie des héros de l’{iade, représentants d'une race spéciale, de loin supéricure à celle des hommes communs
par sa force et sa valeur, les défenseurs de la patrie, C'est pour ectte raison qu'ils occupent une position de prestige dans li communauté, qui est
évidente jusque dans la manière de se nourrir: leur diète consiste essentiellement en beaucoup de viande rôtie (pas bouillie), en pain et en vin
du plus doux. La fréquente présence de la viande semble avoir très peu à
voir avec la situation réelle du public d'Homère, mais elle s'explique par
son caractère de symbole d'appartenance à un statut social élevé, d’une
116 Adonis, p. 84.
117 “On che Gluttony of Ancient Greck Athletes”, Listy filologické 105, 3, 1982, p. 130.
118 Epicharme, fr. 18 Kassel-Austin. Aristophane, Paix 741, Guêpes 60, Grenouilles 62-63.
119 Stractis, fr. 12 K.-A. Archippos, fr. 10 K.-A. Eubulos, fr. 6 K.-A. Alexis, fr. 140 K.A. Cf Athénée, X 411a-412b. J. Wilkins, The Boastful Chef: The discourse of food in ancient
Greek Comedy, Oxford, University Press, 2000, p. 94.
Page 27
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)façon similaire à ce qui probablement se passait pour les spectateurs des
compétitions et les sportifs.
Le modèle des héros est possible, bien qu’il s'agisse de guerriers et pas
d’athlètes. En fait, Platon!? établit une comparaison pareille quand il
parle de la diète des gardiens de sa république idéale, car ils “sont des athlètes voués à une lutte importante entre toutes”, mais, d’autre part, il propose un type d’alimentation plus proche de celle des héros homériques
que de celle des athlètes contemporains.
On a déjà cité le cas de Milon de Crotone, mais Athénée de
Naucratis'2! montre des exploits gastronomiques semblables à propos de
Théagénès de Thasos et de Astyanax de Miler.Ccet auteur soutient qu'il ne
faut pas s'étonner du fait que ces hommes furent de grands mangeurs,
puisqu’“à tous ceux qui participent aux compétitions athlétiques, à côté
des exercices gymnastiques, on apprend aussi à manger en abondance”.
La diète des athlètes se caractérise par la démesure, par la grande quancité de nourriture qu’ils sont obligés de consommer, mais aussi par le fait
que, dans cette alimentation excessive, la viande prend une position centrale. Curieusement, la tradition attribue à Pythagore l'introduction de la
diète carnée en substitution de la précédente, composée de lait, fromage et
figues sèches. D’après Porphyre!?, “le philosophe fut le premier à supprimer le régime ancien et à faire donner de la viande aux sportifs à l’entrainement; il découvrit ainsi que cet aliment était d’une efficacité exceptionnelle pour donner de la vigueur”. Ce même auteur'# signale comme premier bénéficiaire des conseils de Pythagore l’athlète samien Euryménès,
qui “vainquit malgré sa petitesse beaucoup d’adversaires de haute taille et
triompha à Olympie” er qui fut, suivant le conseil de Pythagore, “le premier à manger chaque jour une quantité déterminée de viande, qui fortifa son corps”. Pausanias!2#, en revanche, attribue cette modification dans
120 R 403e-404e.
121 X 412d-e, 413a-c.
122 Abst. 1 26.
125 VP 15.
124 VI 7, 10. Jane M. Renfrew, “Food for Athleres and Gods. A Classical Diet”, dans
Wendy J. Raschke (ed.), The Archaeology of the Olimpics. The Olimpics and other Festivals
in Antiquity, Madison, Univ. of Wisconsin Pr, 1988, p. 175. Valérie Visa-Ondarçuhu,
L'image de l'athlète d'Homère à la fin du V' siècle avant J.-C, Paris, Les Belles Lettres, 1999,
p. 277. Pierre Villard, “Le régime dés athlètes: vivre avec une santé excessive”, dans JeanNicolas Corvisier-Christine Didier-Martine Valdher (eds.), Thérapies, médecine et démographie antiques, Arras, Artois Presses Université, 2001, p. 160.
Page 28
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)la diète, consistant en une ample introduction de protéines, au coureur
Dromeus de Stymphale, vainqueur aux jeux Olympiques en 480. Diogène
Laërce'? reprend la novice sur Euryménès, bien qu'il doute que le
Pythagore signalé par les sources soit le philosophe à cause du contraste
que cela impliquerait par rapport à l'alimentation végétarienne. Dans la
même ligne, Jamblique!? affirme que le spécialiste en gymnastique ct
créateur d'une diète carnée pour les athlètes fut Pythagore fils de
Eratoklès, et pas le philosophe, fils de Mnésarque. Walter Burkert!?7 pense
que la tradition peut avoir comme origine l'homonymie avec le sculpteur
Pythagore de Rhégion, l’auteur de la statue de Dromeus.
Une chose est sûre, indépendamment du rôle plus ou moins important du philosophe, c'est que, au VIe ou au V° siècle av. J.-C., la diète
caractéristique des sportifs est fortement carnée, dans le but de leur apporter vigueur et endurance. Nous connaissons aussi l'importance des athlètes
des colonies occidentales depuis la moitié du VI‘ siècle jusqu'à l'époque
hellénistique, attestée par la littérature, l'archéologie et l’épigraphie!"?#. La
fin de la période archaïque est marquée tout particulièrement par les athlètes de Crotone, à commencer du pugiliste Daippos, qui obtint la victoire aux jeux Olympiques de 672 av. J.-C. D'après Violaine Vanoyeke, ces
victoires seraient influencées par les pythagoriciens et leur idéal de vie
hygiénique; Gianni lacovelli exprime le même point de vue, quand il
explique les triomphes par le soin particulier que les Crotoniates accordaient à leur santé, et il met les membres de la secte en rapport avec la diététique associée au sport, qui intègre le rejet de n'importe quel excès (alimentaire comme sexuel) et de n'importe quelle émotion violente"? En
125 VIII 12. Dombrowski, op. cit., p. 43. Villard, art. cit, pp. 160, 163.
126 VP 25.
127 Homo Necans. The Anthropology of Ancient Greek Sacrificial Ritual and Myth,
Berkeley-Los Angeles-London, University ofCalifornia Press, 1983, p. 102 [Homo
Necans,
est un
Berlin, Walter de Gruyter & Co., 1972]. Pausanias, VI 7, 10. Pythagore de Rhégion
premier
le
“fut
qu'il
dit
59)
(XXXIV
Pline
J.-C.
av.
des plus célèbres sculpteurs du V' siècle
à rendre les tendons et les veines ainsi que la chevelure avec una plus grande exactitude”.
Selon Diogène Laërce (VIH 47), il se distinguait par le rythme et la symétrie.
128 Strabon, VI 1, 12. Cf. Luigi Todisco, “Arleti italioti e sicelioti”, Annali della Facolià
di Lettere di Bari 40, 1997, pp. 29-73 (sp. 36-39).
129 Violaine Vanoyeke, op. cit, pp. 81-82. Gianni lacovelli, “cco di ‘Taranto.
Medicina e sport nella cultura della Magna Grecia”, dans Antonio Caprara-Francesca
Caprara,
Galli-Marcello Scalzo (eds.), Alétes - Miscellanea per à settantanni di Roberto
Massafra, Archcogruppo, 2000, pp. 275.
Page 29
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)fait, comme une des possibles causes de la décadence sportive de Crotone
vers la moitié du V* siècle, on a avancé la crise du régime pythagoricien.
Au moins depuis l’époque de Platon, nous connaissons l'existence de
la figure de l’éducateur physique qui prépare les athlètes dans un but sportif ou médical. C’est justement dans son activité qu’on a proposé de placer une des possibles origines de la diététique comme branche de la médecine. Le plus célèbre est Hérodicos, originaire de Mégare et établi à
Sélymbrie, qui vécut entre le 460/450 et le 390/380 av. J. C.'*°. Il commença sa carrière comme paidotribes et, affecté par une maladie chronique, conçut une nouvelle méthode de soins associant gymnastique et
médecine, qui lui permit d’atteindre un âge avancé, mais tellement sévère,
qu'il ne put jouir de la vie!$!. D’après l’auteur hippocratique
d’Epidémies\??, il exagérait dans la pratique de ces idées, car il aurait même
tué des malades fiévreux à force de longues promenades, de séances de
lutte et de bains de vapeur. Et Platon!#5, qui exprime en général un point
de vue assez critique à l’égard de l'utilité de la diététique, dit à propos
d’'Hérodicos qu“ il fit un mélange de gymnastique et de médecine qui servit à tourmenter d’abord et surtout son inventeur, puis beaucoup d’autres
après lui”. Néanmoins, il est vrai qu'il semble avoir été l’initiateur d’une
méthode hygiénique naturelle en appliquant l’expérience acquise dans la
palestre avec un but thérapeutique
!5.
Avec des activités semblables à celles de Hérodicos, mais moins célèbre
que lui, nous trouvons la figure d’Iccos de Tarente, que Jamblique"*
inclut dans sa liste de pythagoriciens. C’est à lui probablement qu'on peut
attribuer le mérite d’avoir fixé les bases d’une diététique sportive rationnelle!%6, Il n’y a pas beaucoup de notices à propos d’Iccos er elles sont, en
général, assez tardives, raison pour laquelle ce personnage nous est peu
130 Alberto Joti, «Platone e la “svolta dietetic2” della medicina greca. Erodico di
Selimbria e le insidie della techne», Studi Italiani di Filologia Classica 86, 1993, p. 158.
Villard, art. cit, p. 164.
151 Platon, Prt. 316d-e.
132 VI 3, 18.
133 R 406a-b.
134 Roberto Patrucco, Lo sport nella Grecia antica, Firenze, Leo S. Olschki Editore,
1972, pp. 52-53. Visa-Ondarçuhu, op. cit., pp. 270-272.
135 VP 267.
136 TJ, Jüchner, “Gymnastik”, dans August Friedrich von Pauly-Georg Wissowa (eds.), .
Real-Encyclopädie der clasischen Altertumswissenschafi, vol. VIL/2, Stuttgart, Alfred
Druckenmiüller Verlag, 1912, cc. 2049, 2054. Patrucco, op. cit., p. 53. Villard, loc. cit.
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Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)connu. Selon Pausanias, il vainquit au pentathlon aux jeux Olympiques et
eut aussi une place remarquable aux jeux Isthmiques ?7; tout cela lui
conféra une haute considération de son vivant comme après sa mort. I est
difficile de le situer chronologiquement, mais d’après le témoignage de
Platon il serait né avant Hérodicos. Étienne de Byzance”:8 Le situe aux
temps de l'Olympiade 77 (472 av.J: -C.), même si les chercheurs ne $’accordent pas là dessus.
À part ses triomphes comme athlète, [ccos est connu comme entraineur de gymnastique, gyrnnastes; il est selon Pausanias, le meilleur de son
époque!*”. Le terme, au début et en accord avec son étymologie, indiquait
celui qui s occupait de la préparation physique, mais plus tard sa signification s’élargitjusqu’à comprendrejusqu’à l'entraîneur sportif, qui combine un but athlétique et un but médical, suivant les nouvelles théories
sportives du V® siècle av. J.-C. Etienne de Byzance et Eustace!#° parlent de
lui comme jatros, bien que lacovelli pense qu’il faut prendre avec prudence cette notice, même sans exclure une action directe ou indirecte d’Iccos
sur la conservation de la santé des athlètes qui s’en remettaient à lui.
Cependant, Visa-Ondarçuhu remarque les liens étroits que le gymnastés
maintient avec le médecin, “quand il ne lui est pas assimilé”. Quant au
point de vue d’Iccos, il propose un régime diététique fondé sur la tempérance physique et psychique avant la compétition, manifestée par l’abstinence des rapports sexuels et la continence alimentaire, une diète simple
et frugale!#!. Eustace fait référence à ce régime avec l'expression Deipnon
Ikkou, “à cause de l’austère de la vie de celui-”.
Dans le développement de la diététique, outre les pythagoriciens et
quelques personnages comme lecos et Hérodicos, il y a le un rôle très
important!
#2, bien qu'indirect, de l'un des plus célèbres représentants de
l'école médicale de Crotone, Alcméon. Sa chronologie pose des problèmes
137 Pausanias, VI 10, 5. Platon, Lg. 840a. Élien, VA VI 1.
138 S.v. Taras. CE. lacovelli, art. cit., p. 263.
1% Pausanias, loc. cit. Cf. Plaron, Prr 316d; Lucien, Hise. Conser. 35; l'hémistios, Soph.
p. 290a Harduin.
140 Étienne de Byzance, loc. cit. Eustace, ad Il p. 610, 28, et ad Dionys. Per 376
(Geografi Graeci minori W, p. 285, 14 Müller).
141 Hippocrate, Prorrh.
IL 1 et 4. Platon, Zg. 839c-840a. Élien, loc. cit, et VH XI 3.
Cf. Visa-Ondarçuhu, op. cit., p. 280.
42-Timpanaro Cardini (op. cit, p. 155) n'hésite pas à qualifier Iecos et Herédico de
“alemeonici”.
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Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)difficiles à résoudre, comme l’a souligné Guthrie!#, qui le fait contemporain d'Empédocle. Quelques auteurs tardifs le présentent comme un
agoricien'#, mais il s’agit de témoignages assez douteux. De l'avis de
Guthrie!#, l'inclusion dans ce groupe pourrait être due à une certaine ressemblance entre quelques-unes de ses théories avec celles de cette école,
même s’il montre une remarquable indépendance de pensée. D'autre côté,
Aristote!#6 le place hors de la sphère pythagoricienne. Néanmoins, on ne
peut pas parler d’unanimité parmi les spécialistes: Tacovelli n'hésite pas à
l'inclure dans cette école, Grmek affirme que “dans sa définition de la
maladie il offre l’expression des idées pythagoriciennes sur le mal comme
une perte l'équilibre” et Wellmann fait allusion à lui comme “angeblich
persônlicher Schüler des Pythagoras”1#7.
Il peut être considéré le premier médecin qui montre l'influence de la
philosophie ionienne naturelle sur cette discipline. En fait, il s'intéressa
aussi à la nature de la connaissance, à la cosmologie, à la astrologie et à
l’immortalité de lâme!##, Sa conception de la'santé du corps comme le
résultat d’une relation compensée entre les pouvoirs (dunameïs) qui le
composent est particulièrement intéressante; cette théorie, qui obtint une
grande influence, est une des bases sur lesquelles la diététique ancienne se
fonde. Selon Alcméon!“”, “la santé se maintient par les droits égaux (150nomia) des forces, de l’humide, du sec, du froid, du chaud, de l’amer, du
sucré, etc., tandis que le règne exclusif (monarchia) chez eux produit la
maladie. Le règne exclusif de l’un des opposés est compteur... La santé,
c'est le mélange des qualités en proportion juste”. À partir d’idées comme
celles-ci et des idées relatives à l'âme, il a été identifié quelques fois comme
disciple de Pythagore, bien que ce philosophe ne parle pas de équilibre
mais d'harmonie, de l’harmonie des sphères dans le monde céleste et de
lharmonie des fonctions organiques dans le corps humain.
14 Op. cit, pp. 323-325, 338-339.
14 Diogène Laërce, VIII 83: Jamblique, VP 104, 267.
145 Op. cit., p. 323. C£ Kirk-Raven, op. cit., p. 327.
146 Metaph. 986a 22 y 27.
147 Jacovelli, art. cit, 268. Grmek, Maladies, p. 69. E. Wellmann, “Alkmaion”, dans
August Friedrich von 'Pauly-Georg Wissowa (eds), Real-Encyclopädie der classischen
Altertumswissenschafi, vol. 1/2, Stuttgart, Alfred Druckenmüller Verlag, 1894, c. 1556.
148 Cf. Guthrie, op. cit., pp. 325-338.
14 Fr. 24 Diels-Kranz, cité par Aétius, V 30, 1.
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Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cette rapide revue des sources anciennes uOUS à permis
de constater
l'importance que l'alimentation avait acquise dans la Grande Grèce.
A
côté des célèbres tables de Sybaris, paradigme du luxe dans
l'antiquité,
mais aussi cliché enraciné dans la culture européenne, il existe
une tendance vers ce qu'on pourrait appeler, peut-être avec une liberté excessi
ve,
une “diète scientifique”, associée soit à un idéal de pureté, comme
dans le
cas des pythagoriciens, soit au désir d'obtenir les meilleures perfor
mances
sportives possibles. Ces deux courants, qui semblent fort éloign
és dans
leur principe, se rencontrent au sud de la péninsule Italiqu
e pour nous
offrir quelques uns des premiers exemples du développement
de la diététique, qui joua tant d'importance dans l'antiquité comme un
instrument
de santé.
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