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Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)8379 Federica Montevecchi
Amore e odio: Empedocle e Freud,
In: Il senso degli opposti, a cura di F. Andolfi, pp. 97-111, Diabasis, Parma, 2014
8380 Sharon Mooney
Hypatia of Alexandria
http://www.edwardtbabinski.us/history/hypatia.html
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myths
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In: TRA LYRA E AULOS, TRADIZIONI MUSICALI E GENERI POETICI, 2016
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Gifico. Entry in the database Simon Online, a collaborative edition of Simon of Genoa's clavis
sanationis, a medical dictionary from the late thirteenth century.
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8383 Moro Tornese, S.F. The Metaphysical Meaning of the Musical Scale of Plato's
Timaeus in Proclus
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In: Reason and No-Reason from Ancient Philosophy to Modern Neurosciences. Old
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8384 Platt, V. Virtual Visions: Phantasia and the Perception of the Divine in Philostratus’
Life of Apollonius of Tyana
In: Philostratus, Cambridge University Press, 2009: 131-54.
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In: Antiquité et citoyenneté. 2002. pp. 283-292.
8386 Pearse, R. Pythagoras in India? –
18p
http://www.roger-pearse.com/weblog/2009/11/17/pythagoras-in-india/
8387 Pearse, R. Pythagoras is full of beans!
5p
http://www.roger-pearse.com/weblog/2011/05/17/pythagoras-is-full-of-beans/
8388 Raddato, C . The Painted Tombs of Paestum
Internet – FOLLOWING HADRIAN. 2014
18 p
8389 Rashed, M. Boethus’ Aristotelian ontology p 53 - 77
In: Aristotle, Plato and Pythagoreanism in the 1th century 2013
8390 Reedy, L. The Shadow of Croton: Epicureanism's Concept of Religion and the
Necessity of Asceticism
Internet 10 p
8391 Rivera, A. MARCION AND EMPEDOCLES: THE GNOSIS OF LOVE AND DISCORD
Internet, the aeon eye. 18 p 2015
8392 Rivera, A. THEURGY AND KNOWLEDGE IN THE CHALDEAN ORACLES, IAO
AND HEKATE
Internet, the aeon eye. 16 p 2016
8393 Rivera, A. BRINGING DOWN THE HEAVENS
Internet, the aeon eye. 14 p 2016
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Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)Collection « ISTA »
Citer ce document / Cite this document :
Poulle Bruno. De la musique sur le forum. In: Antiquité et citoyenneté. Actes du colloque international de Besançon (3-5
novembre 1999) Besançon : Institut des Sciences et Techniques de l'Antiquité, 2002. pp. 283-292. (Collection « ISTA », 850);
http://www.persee.fr/doc/ista_0000-0000_2002_act_850_1_1182
Document généré le 04/10/2016
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Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)Si Cn. Flavius, édile curule en 304 av. J.-C., voulait célébrer la réconciliation des citoyens lorsqu’il dédia une aedicula à Concordia sur le Comitium,
il faut reconnaitre que les circonstances s’y prétaient peu!. L’élection de ce
greffier plébéien à une magistrature curule, en elle-même, avait déclenché les
polémiques? ; sa divulgation du droit civil et du calendrier des jours judiciaires,
jusque-là gardés secrets par les pontifes?, était clairement une mesure dirigée
contre la noblesse. L’anecdote de sa visite à son collègue malade (les jeunes
nobles ayant refusé de se lever devant lui, il fit apporter son siège curule4)
est révélatrice d’un climat conflictuel peu propice au culte de Concordia.
La chapelle de cette déesse ne fut pas érigée sans opposition : Cn. Flavius
* Université de Franche-Comté. Besançon. ISTA/UMR 6048 du CNRS.
! Les quelques remarques qui suivent n’ont pas la prétention d’épuiser le sujet très
complexe et controversé des réformes de cette époque ; elles ne constituent qu’une tentative pour
donner un éclairage particulier sur les conceptions que l’on se faisait à ce moment de la cité.
Le présent article était déjà sous presse lorsque est parue l'étude de M. Humm, Le comitium du
Forum Romain et la réforme des tribus d'Appius Claudius Caecus, MEFRA, 111, 1999-2,
p. 625-694. On y trouvera un tour d'horizon complet de la question, avec une abondante
bibliographie. En particulier, on remarquera que l'A., reprenant le dossier archéologique du
comitium circulaire et de sa datation, lie la construction de cette structure à la réforme
qu'Appius Claudius opéra dans les tribus. Dans les p. 675 sqq., surtout, l'A., avec une argumentation très solide, relie aussi l'érection de la statue de Pythagore à l'installation de
l'aedicula Concordiae de Cn. Flavius.
2 Tite-Live, IX, 46, 4 : contumacia aduersus contemnentes humilitatem suam nobiles certautt.
3 Tite-Live, IX, 46, 5 : ciuile ius, repositum in penetralibus pontificum, euolgauit fastosque
circa forum in albo proposuit, ut quando lege agiposset sciretur.
4 Tite-Live, IX, 46, 9 : ad collegam aegrum uisendi causa Flauius cum uenisset consensuque
nobilium adulescentium, qui ibi adsidebant, adsurrectum ei non esset, curulem adferri sellam eo
iussit ac sede honoris sui anxios inuidia inimicos spectauit.
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Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)n’obtint pas l’argent public nécessaire et utilisa alors le produit des amendes
levées sur les usuriers® ; il fut donc probablement contraint de restreindre son
projet. D’autre part, le grand pontife Cornelius Barbatus dicta a contre-cœur
la formule de dédicace®. C’est pourquoi il est surprenant que la condition de
ce vœu, prononcé si populo reconciliasset ordines”, lui ait paru remplie.
Ce n’était pas la première fois que Pon dédiait un édifice cultuel à cette
vertu divinisée. Le dictateur Camille lui avait voué un temple en 367, au
moment des tensions nées des lois Liciniennes®. Dans le conflit entre patriciens et plébéiens, Camille avait fait figure de modérateur’; la Concordia à
laquelle il dédiait ce temple, bien qu’elle fût liée aux patriciens, représentait
réellement la bonne entente entre les citoyens, obtenue après l’accès des
plébéicns au consulat. Cn. Flavius se contentait-il de reproduire le geste de son
devancier ? Les enjeux n’étaient plus les mémes, ni la qualité des protagonistes,
ni Pemplacement des deux temples : tandis que celui de Camille était au pied
du Capitole, la chapelle de Cn. Flavius était in area Volcani, sur le Comitium?,
Aussi, bien que ce fût le même nom, les conceptions que l’on se faisait de
cette déesse ne devaient pas étre tout a fait les mémes.
Dans la mesure où l’aedicula fut installée sur la Graecostasis, c’est-adire sur la tribune ot étaient recus les ambassadeurs étrangers, en particulier grecs, le geste de Cn. Flavius a été interprété comme la célébration de
Pentente internationale, sinon entre tous les peuples, du moins entre les
Romains et les Grecs d’Italie du sud!! ; en effet, dans le contexte des guerres
samnites, Rome recherchait l’accord avec les peuples grecs contre les peuples
italiques qui menacaient la Campanie. Il est indéniable que ce facteur a joué,
au sein d’une classe dirigeante romaine qui, à cette époque, faisait siennes
les valeurs de l’hellénisme. Peut-être est-ce par rapport à cette hellénisation
des esprits que le renouveau du culte de Concordia doit aussi être compris.
5 Pline, 33, 19 : Flavius vouit aedem Concordiae, si populo reconciliasset ordines, et, cum ad
id pecunia publice non decerneretur, ex multaticia faeneratoribus condemnatis aediculam
aeream fecit in Graecostasi.
6 Tite-Live, IX, 46, 6: coactusque consensu populi Cornelius Barbatus pontifex maximus uerba
praeire, cum more maiorum negaret nisi consulem aut imperatorem posse templum dedicare.
7 Pline, loc. cit.
$ Ovide, Fast., I, 641-4 ; Plutarque, Cam., 42, 4-6. Tite-Live, VI, 42, 4. Sur la question, voir
A. Momigliano, Camillus and the Concord, CQ, 36, 1942, p. 111-120. I. d’Arco, Il culto di
Concordia e la lotta politica tra il IV et II sec. a. C., Roma, 1998, p. 61-79 et, en dernier lieu,
A.M. Ferroni, dans M. Steinby éd., LTUR, s.v. Concordia, aedes.
9 Tite-Live, VI, 34, 10-12.
10 A.M. Ferroni, dans M. Steinby éd., LTUR, s.v. Concordia, aedicula.
11 A. Momigliano, art. cit.
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Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)De fait, le mot Concordia est la transposition directe du grec Oyuövora,
cette déesse grecque qui avait un autel à Olympie!? et qui, au IV: s., figurait
sur les monnaies de Metaponte!? : son étymologie évoquait la sympathie des
cocurs!4, Archytas de Tarente avait promu une politique de l'' Ouòvora
fondée sur l’aide des riches envers les pauvres!5. Si cette politique était celle
de Cn. Flavius et de son protecteur Ap. Claudius!®, il n’est alors plus question
seulement de l'entente avec les Grecs, mais bien d'une forme d'évergétisme
interne à la cité. Cependant, Cn. Flavius, à la différence de Camille ou même
d’Ap. Claudius!”, n’était pas en position de pratiquer une telle politique.
Tout au plus pouvait-il faire appel à la bonne volonté d’une nobilitas qui ne
lui ménageait pas son mépris.
Or le mot concordia a un sens dérivé, quand il s'applique au domaine
de la musique, celui d’«accord musical»18; cela prouve qu'on lui attribuait
une autre étymologie, qui venait enrichir la notion : ce n’était plus l’accord
des cœurs, mais des cordes (chorda ou corda)!9. À ce titre, Concordia était
également la traduction d" Apuovia20, elle aussi divinisée dans le monde grec.
Cette étymologie correspond à une autre conception de la Concorde : au lieu
d'être l'identité des volontés, elle est la correspondance des contraires?!
;
12 Paus., V, 14, 9.
13 J, Heurgon, Rome et la Méditerranée occidentale jusqu'aux guerres puniques, Paris, 1969,
p. 318.
4 Varron, L. L., 5, 74: concordia a corde congruente. Sur l’aspect "sentimental" de la concorde.
voir J. Hellegouarc'h, Le vocabulaire latin des relations et des partis politiques sous la République,
Paris, 1972, p. 126-127.
15 Archytas, fragment 3: dia tovtov odv OL TÉVNTEG Aaußavovr Napa tTaV Svvaptvor,
Ot TE TAOVOLOL OLOOVTL TOI dEOHEVOLG, NIOTEVOVTES ALddtEpor dia TOVTW TO Loov EEE.
16 A. Momigliano, art. cit., p. 111.
1 La construction de la Via Appia, outre ses intérêts économiques et politiques, correspondait bien à cet évergétisme. Sur la question, voir M. Humm, Appius Claudius Caecus et la
construction de la Via Appia, MEFRA, 108, 1996, p. 693-746.
18 Columelle, 12, 2 : Sénèque, Ep., 88, 9.
19 Dans le même ordre d'idées, Fides, autre concept divinisé, était symbolisée par la lyre a
partir d'un jeu de mot analogue : on voyait dans son temple, sur un tableau d’Aristide de Thèbes, un
vieillard enseignant à un enfant à jouer de la lyre (Pline, H. N., 35, 100): cf. G. Freyburger, Fides,
étude sémantique et religieuse depuis les origines jusqu'à l’époque augustéenne, Paris, 1986, p. 262.
20 Cf. Cicéron, De Rep., 2, 69: Quae harmonia a musicis dicitur in cantu, ea est in civitate
concordia ; Quintilien, I, 10, 12: nec illa modo contenti dissimilium concordia, quam uocant
harmonian, sonum quoque his motibus dederint.
21 La concordia discors est un lieu commun de la physique antique : Horace, Ep., I, 12, 19 et
Ars Poet., 374; Ovide, Mét., 1, 433: Lucain, 1, 98; Sén., Q. N., 7, 27, 4; Manilius, I, 142
(discordia concors).
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Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)elle repose sur Panalogie et non plus sur la seule sympathie. Dans le domaine
politique, cette conception musicale est riche de possibilités. A la différence
d’une simple "bonne entente", qui suppose la bonne volonté et les concessions
réciproques des partis antagonistes en vue d'une réconciliation??, elle ancre
l'union de la cité dans des institutions conformes aux règles musicales et
arithmétiques. Au lieu d’attendre que la volonté d’entente des citoyens se
manifeste spontanément, le dévot de Concordia espère qu’elle sera l’effet, et
non la cause, de règles harmonieuses?, de même que les passions peuvent
être guéries par une thérapie musicale”.
C'est donc là, me semble-t-il, que se situe le sens profond du geste de
Cn. Flavius ; par son vœu, il ne célébrait pas un consensus qui n'existait pas,
mais une institution ou une réforme qui, de son point de vue, devait créer le
consensus. Or si quelque innovation méritait sa reconnaissance, ce ne
pouvait être que celle qui lui avait permis d’accéder à l’édilité. De ce point de
vue, le texte de Tite-Live ne laisse aucun doute : Cn. Flavius avait été élu
par la forensis factio qui devait son pouvoir dans les comices à la réforme
d’Appius Claudius?®. Cette réforme elle-même faisait suite à une lectio senatus
qui fit entrer des fils de libertini au Sénat?7. La Concordia qui avait une
chapelle sur le Forum était donc l’harmonie que cette réforme était destinée
à créer.
22 J. Hellegouarc'h, loc. cit.
23 Le fait que la statue ait été en bronze n'est peut-être pas totalement indifférent ; on sait.
depuis les expériences d’Hippase (Schol. Plat. Phaed. 108D). l'intérêt des pythagoriciens pour
les vertus musicales de ce métal.
24 Sur l'effet de la musique sur les passions, voir entre autres Martianus Capella, 9, 923.
R.E.A. Palmer, The censors of 312 b. C. and the state religion, Historia, 14, 1965, p. 293-324, p. 316.
25 Peut-être est-ce le sens de la datation par Cn. Flavius de son aedicula par référence au
début de la République (au lieu de donner les noms des consuls, qui d’ailleurs lui étaient opposés) :
Pline, 33, 19: inciditque in tabella aerea factam eam aedem CCIIII annis post Capitolinam
dedicatam. Le consensus devait se faire autour de la libertas, thème politique tout aussi
fondamental pour les luttes de la période.
26 Tite-Live, IX, 46, 10-12: Ceterum Flauium dixerat aedilem forensis factio, Ap. Claudi
censura utres nacta, qui senatum primus libertinorum filiis lectis inquinauerat et, posteaquam
eam lectionem nemo ratam habuit nec in curia adeptus erat quas petierat opes urbanas,
humilibus per omnes tribus diuisis forum et campum corrupit.
27 La bibliographie concernant l’œuvre d’Ap. Claudius est d’autant plus importante que l’on
discute pour en établir la signification. A. Garzetti, Appio Claudio Cieco nella storia politica del
suo tempo, Athenaeum, 25, 1947, p. 175-224; ES. Staveley, The political aims of Appius Claudius
Caecus, Historia, 8, 1959, p. 410-433 ; C. Nicolet, Appius Claudius et le double Forum de
Capoue, Latomus, 1961, p. 683-720 ; J. Cels-Saint-Hilaire, La République des tribus, Toulouse,
1995 (p. 251-289, avec bibliographie antérieure) ; M. Humm, art. cit.
Page 7
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)Que, derriére Concordia, on ait débattu des institutions, c’est aussi ce
qui ressort de la riposte de la nobilitas. La faction opposée, celle des Fabii,
fit voter une loi interdisant de dédier un temple ou un autel sans un ordre
du Sénat ou de la majorité des tribuns de la plèbe’8 : allusion directe au geste
de Cn. Flavius et aux réticences de Cornélius Barbatus. Puis les censeurs
Q. Fabius et P. Decius opérèrent alors la célèbre réforme des comices tributes,
en cantonnant la forensis turba dans les quatre tribus urbaines?. Or Tite-Live
précise que ce fut concordiae causa : par cette réforme, les censeurs recherchaient eux aussi à instaurer la concorde dans les institutions®°. Sans qu'il
soit possible de préciser davantage, on peut néanmoins remarquer que les
tribus se trouvaient désormais dans un rapport numérique remarquable : il y
avait quatre tribus urbaines, c’est-à-dire le carré de 2, et (jusqu’à la création
de tribus supplémentaires) vingt-sept tribus rurales, c’est-à-dire le cube
de 3. Un groupe était donc fondé sur le premier pair, l’autre sur le premier
impair, chacun élevé à sa propre puissance. Ce rapport numérique d’inégalité
s’opposait à la répartition égalitaire des humiles dans les trente-et-une
tribus qu'avait opérée Ap. Claudius et qui, selon Cn. Flavius, aurait dû
générer la concorde.
Quelques années auparavant, au cours de la censure d’Ap. Claudius et
de C. Plautius, la musique intervenait déjà dans la politique. En 311, les
flútistes se retirèrent à Tibur parce que les censeurs précédents! leur avaient
enlevé le droit de banqueter dans le temple de Jupiter Capitolin. L’un de ces
censeurs de 318 était C. Maenius, qui, en tant que dictateur en 314, réprima
une sédition fomentée par des Romains et des Capuans*; il fit ériger la
columna Maenia, près du Comitium, et ce monument devint le lieu de
rencontre des feneratores33. Son collègue à la censure, L. Papirius, porte
28 Tite-Live, IX, 46, 7 : itaque ex auctoritate senatus latum ad populum est ne quis templum
aramue iniussu senatus aut tribunorum plebet partis matoris dedicaret.
29 Tite-Live, IX, 46, 14 : ...donec Q. Fabius et P. Decius censores facti et Fabius simul concordiae
causa, simul ne humillimorum in manu comitia essent, omnem forensem turbam excretam in
quattuor tribus contecit urbanasque eas appellautt.
30 L’entente entre les deux censeurs, en revanche, fournissait un excellent exemple de
concordia au sens d'opôvota ; cf. Tite-Live, X, 22, 4-6 : Decium Fabiumque qui uno animo, una
mente utuerent...
31 R.E.A. Palmer, art. cit., p. 809 : expression proximi censores (Tite-Live, IX, 30, 5-10) ne
pouvait pas désigner Ap. Claudius et Plautius, censeurs en exercice, mais les censeurs qui les
ont précédés.
32 Tite-Live, IX, 26, 5-12.
33 F, Coarelli, /! foro romano, II, Rome, 1985, p. 39-52.
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Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)curieusement le même nom que le fenerator qui, en 32634, provoqua, en
réaction contre sa cruauté, le vote de la lex Poetilia abolissant l’esclavage
pour dettes. I] semble qu’Appius Claudius, censeur a partir de 312, et
C. Marcius, tribun de la plébe en 311, eurent une politique exactement opposée
a celle des censeurs de 318. Tandis qu’Ap. Claudius organisait le retour des
flútistes à Rome, C. Marcius introduisait par une lex Marcia la procédure
de la manus injectio contre les usuriers. Plus tard, il célébra cette loi par la
fameuse statue du Marsyas sur le Comitium#f: le satyre, image de Liber,
était le symbole de la libertas et l'ancêtre mythique de la gens Marcia, qui se
rattachait aussi, par Ancus Marcius, à Numa, le roi "pythagoricien" qui donna
un rôle officiel aux flútistes?”.
Mais Marsyas était aussi le joueur de flûte$ qui perdit le concours
musical contre Apollon et fut écorché comme l'avait été la victime de
L. Papirius. L’anecdote mythologique illustrait la préférence des pythagoriciens
pour la lyre sur la flûte. Mais le pythagorisme tarentin ne dédaignait pas ce
dernier instrument, puisque, d’après Athénée, Philolaos, Archytas et
Euphranor en jouaient, ces deux derniers ayant même écrit des traités sur
la question. Aussi, les pythagoriciens Ap. Claudius et C. Marcius, en
restituant à la flûte son rôle traditionnel dans la religion, affirmaient par la
méme occasion que la musique avait sa place dans la cité, en tant que
régulatrice des passions*. L’entente entre le censeur et le tribun n'allait
cependant pas durer; lors du tribunat des Ogulnii, en 300, Ap. Claudius
s’opposa (en vain) à la loi qui devait permettre à C. Marcius d’entrer dans le
34 Selon D. H., XVI, 5, 9 et Val. Max., VI, 1, 9, la lex Poetilia fut votée après les Fourches
Caudines, donc en 321 ou 320. Pour Varron, L. L., 105, la loi fut votée en 313 (dictature de
Poetilius). Quoi qu'il en soit, les protagonistes de l’anecdote, chez Tite-Live, portent les mêmes
gentilices que les consuls de 320.
35 La participation d’Ap. Claudius à ce retour ressort du texte d’Ovide, malheureusement
peu sûr. R.E.A. Palmer, art. cit., avec raison, revient à la leçon “Claudius” des mss.
36 Sur cette statue, l'essentiel a été dit par F. Coarelli, op. cit., p. 104-119 : la statue daterait
soit de 311 (tribunat de C. Marcius), soit de 265 (seconde censure du même).
37 Plut., Numa, 17, 3 et Quaest. Rom., 55.
38 Remarque en ce sens de J. Cels-Saint-Hilaire, op. cit., p. 286, n. 145.
39 Athénée, Deipn., 4, 84e : kai tov Ilvdaryopıkwv dè noAAOL THY ALANTIKNV hoKNnoav, WG
Ebppdvwp te Kai’ Apx tag PiUrdAmos te GAAOL TE ODK OALYOI.O 8 Evbpévwp ko ovyypaupa
nept avimv KATEATEV ouotwc dè Karo’ Apxbrac.
40 Sur le rôle de Marsyas et de la dopferd pour contenir les passions, Plutarque, De cohib.
tra, 456b. Bien entendu, rappelons que la tradition platonicienne excluait la flûte de la cité
(Rep., 399c; Gorg., 501e), tandis qu’Aristote (Polit.. 1341a) l’admet pour la k&Oapoig : En dè ODK
Estiu O abAog h8ixov GAA pardon OpylactiKOV, DOTE TPÒG TOUS TOLOÚTOUE ALT KALPOUG
xpnotéov Ev os N Bewpia kéBapoiv H&AAov dbvaraı À H&Bnov.
Page 9
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)collége des pontifes et dans celui des augures; cette mesure consacrait la
victoire de la faction des Fabii‘!. Mais c'est que, par rapport à la censure
de 312, les circonstances et les points de vue avaient changé : le prolongement
de la censure d’Ap. Claudius, l’edilite de Cn. Flavius avaient constitué les
étapes d’une brouille. Lors du rappel des flûtistes, il ne s’agissait encore que
de prendre le contrepied de la politique de Maenius ; il y avait encore entre
les deux partis, celui d’Ap. Claudius et celui des Fabii, une communauté de
vue pour la défense de la libertas.
C’est dans ces années et ce contexte des guerres samnites que furent
érigées les statues de Pythagore et d’Alcibiade sur le Comitium, aprés
consultation de l’oracle de Delphes, qui prescrivit de placer "le plus sage et le
plus courageux des Grecs"42 ; cependant, les sources ne précisent ni la date
ni l'identité de celui qui interpréta l’oracle et placa ces statues. Si la présence
de Pythagore peut s’expliquer par l’influence du pythagorisme sur l’élite
romaine a ce moment#, celle d'Alcibiade, en revanche, est moins compréhensible44. Elle serait due à sa participation à l'expédition de Sicile, qui
aurait fait de lui, auprès des cités de Grande Grèce, l’adversaire emblématique
de Syracuse. Dans le méme ordre d’idée, le dessein qu’on lui préte, de profiter
de cette expédition pour étendre la domination grecque (et en particulier
athénienne) sur l'Italie, peut avoir fait de lui, aux yeux des Romains, un
modèle pour ceux qui, comme Alexandre le Molosse, défendaient l’hellénisme
en occident: dans le contexte des guerres samnites, plus d’un général romain
pouvait espérer s'inscrire dans cette tradition.
4 J. Cels-Saint-Hilaire, op. cit., p. 286-9.
2 Plutarque, Numa, 8. 10: abtot $ dknkbapev noAAwWY Ev ' Poun Siegióvicov ón
xpnonob rote ‘ Pouaiors yevouévov Tov dpoviwòiatov Kai TOV AVÓPELÓTATOV “EAANvVwvV
ipvoacbat Map abtoig, Esıncav Em Ing A yopaie ELKOVAG YAAKAaG 800, Tr LÈv AdkiBiddov,
mv Se IIvdayöpov. Pline, H.N., 34, 26: Invenio et Pythagorae et Alcibiadi in cornibus comitii
positas,
cum
bello
Samniti Apollo
Pythius
inssisset fortissimo
Graiae gentis
et
alteri
sapientissimo simulacra celebri loco dicari. Eae stetere, donec Sulla dictator ibi curiam faceret.
Sur cette question, les études fondamentales sont celles de F. Zevi, Considerazioni sull’elogio di
Scipione Barbato, StudMisc, 15, 1970, p. 65-73, et F Coarelli, 1! foro romano, p. 119-123.
43 L. Ferrero, Storia del pitagorismo nel mondo romano, Torino, 1955, p. 152-161. Va dans le
même sens la légende de l'octroi de la citoyenneté romaine à Pythagore, Plutarque, Numa, 8, 9.
44 Voir à ce propos l’etonnement de Pline (ibid.) : Mirumque est, illos patres Socrati cunctis
ab eodem deo sapientia praelato Pythagoran praetulisse aut tot aliis virtute Alcibiaden et
quemquam utroque Themistocli.
Page 10
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)Rappelons, toutefois, l’image que donnait Alcibiade d'un aristocrate qui
s'accommode de la démocratie‘ : de ce point de vue, quelque noble romain
pouvait aussi se reconnaître en lui. D’autre part, l’association d’Alcibiade avec
Pythagore évoquait une complémentarité, plutôt qu’un conflit# : tandis que
le sage incarnait la figure du maitre, le héros, auditeur de Socrate, devait
figurer celle du disciple ; de fait, les pythagoriciens distinguaient parmi leurs
adeptes les mathématiciens, c’est-a-dire ceux qui enseignaient, et les acousmaticiens, qui s’instruisaient. Deux arguments furent jadis mis en avant?” pour
annexer Alcibiade à la secte du sage de Crotone : son respect pour Homère et
son mépris pour la flúte*8, Mais aucun de ces arguments n'est véritablement
convaincant pour faire de l’Athénien un parfait pythagoricien.
Aussi, pour hasarder une hypothèse, vaut-il mieux se contenter de
relever simplement qu’Alcibiade méprisait les flûtistes à cause du concours
entre Apollon et Marsyas : à ce compte, sa statue sur le Comitium pouvait
constituer comme une réplique à celle de Marsyas49. Celui qui l'avait placée
là aurait voulu ainsi rappeler la supériorité de la lyreÿ, instrument noble
apollinien, sur la flûte, considérée comme moins savante : aussi pouvait-il s’agir
d'un adversaire de C. Marcius. D'autre part, comme les statues d’Alcibiade et
de Pythagore étaient placées de chaque côté de la Curie, elles pouvaient de
ce fait paraître en garder ou en réguler l'accès, en même temps qu’elles
regardaient les débats du Comitium. On peut voir là une allusion à quelque
mesure qui avait concerné à la fois le Sénat et le peuple en établissant que le
45 Révélateur à cet égard est le discours que Thucydide (VI, 89) prête à Alcibiade devant les
Spartiates ; cf. F. Zevi, art. cit., p. 69.
46 Supposant une alliance de contraires, L. Ferrero, op. cit., p. 140 ; contra, F. Zevi, art. cit..
p. 68, n. 20.
47 J. Carcopino, La basilique pythagoricienne de la Porte Majeure, Paris, 1926, p. 279, n. 7.
48 Platon, Alc., 106e ; Plutarque, Alc., 2, 5-7 ; 7, 1. On pourrait ajouter sa beauté célèbre, puisque
les pythagoriciens recrutaient sur des critères physiognomoniques ; d’autre part, il trouva un
soutien inattendu, quand on le condamna, auprès d’une prêtresse Theanö, qui refusa de le
maudire ; c'est là le même nom que celui de la femme de Pythagore (Plutarque, Alc., 22, 5:
ETL Kal xatapdoda1 TPOTEYNÍLTALVTO MAVTAG LEPELG Kal LEpELAG, dv povnv dacı Beavd tir
Mévwvoc’ AypvAndev Avreıneiv Mpdcg TO Whdiopa, HÁCTKOVIALV evyav, ob KATAPWV LEPELOLV
VEYOVEVAL).
49 Entre les dates possibles pour l’installation du Marsyas (F. Coarelli, dans M. Steinby éd.,
LTUR, s.v. statua, Marsyas), celle de 311 semble préférable, ne serait-ce qu’à cause des liens
avec l’actualité de la lex Marcia.
50 Révélateur peut aussi être le mot cornua pour désigner les deux extrémités du cercle
coupé qu'est le Comitium, et qui s'applique à tout ce qui a cette forme (F. Coarelli, op. cit., p. 120,
n. 113): l’arc scythique, la lune, le théâtre et surtout la lyre ; le Comitium pouvait ainsi, par
analogie, être assimilé à cet instrument qui assura la victoire d’Apollon.
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Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)courage et la réflexion étaient les conditions de l’accès au Sénat et à la
nobilitas. C’est pourquoi on peut proposer, en toute hypothèse, d’identifier
l’auteur de ces statues avec Ap. Claudius, non pas au moment où il
accomplissait ses réformes, mais quand, opposé aux Fabii et a Marcius, il
dut sentir la nécessité de rappeler la lectio senatus et la réforme des tribus
qu’il accomplit en 312, ainsi que son opposition ultérieure à l’entree de
C. Marcius dans les collèges des pontifes et des augures. Ap. Claudius fut
consul avec L. Volumnius*! l’année qui précéda Sentinum, quand la coalition
des Étrusques, Gaulois, Ombriens et Samnites créa une situation suffisamment grave pour qu’ait été consulté l’oracle d’Apollon. Il est vrai que
Tite-Live ne parle pas plus pour cette année que pour les précédentes de
l'important événement qu'est unc ambassade à Delphes; cela ne veut
cependant pas nécessairement dire qu’il faille reporter cette consultation à
la période après 292, pour laquelle le texte de l'historien fait défaut.
Quoi qu'il en soit, le plus courageux et le plus avisé des Grecs, que
Poracle prescrivait d’honorer et que les Romains ont identifiés à Alcibiade et
Pythagore, incarnait deux vertus qui forment comme un couple idéal à cette
époque, comme le montre l'éloge, presque contemporain, de Scipion
Barbatus*?. Il est naturel que les membres de la nobilitas se soient attribué
ces qualités distinctives d'un chef; il est tentant de faire un parallèle avec
honos et virtus, couple de vertus plus tardif qui figure aussi dans les éloges
des Scipions53 et qui reçut un temple, voué en 222 par Claudius Marcellus,
vainqueur de Syracuse, et dédié en 205 par son fils54 ; ce membre de la branche
plébéienne de la gens Claudia attachait son nom à un monument voué et
construit à l’origine par un Fabius55. Il célébrait les qualités qui assurent
l'accès aux honneurs et que Marius reprit à son tour. Or les statues de
Pythagore et d’Alcibiade furent supprimées quand Sylla reconstruisit la
51 L. Volumnius répondit à Ap. Claudius qui le félicitait de son éloquence : Quam mallem tu
a me strenue facere quam ego abs te scite loqui didicissem (Tite-Live, X, 19, 8). Cette répartition des
tâches (strenue-scite) entre les deux consuls pourrait évoquer le couple Alcibiade-Pythagore
(fortissimus-sapientissimus). La construction du temple de Bellone, de la part d’Ap. Claudius,
pourrait être une réponse à ceux qui l’accusaient de trop cultiver les arts de la paix.
52 F, Zevi, art. cit.
53 F. Zevi, art. cit., p. 68, n. 14.
54 Pour les questions attachées à ce vœu et à ces deux divinités, voir P. Gros, Les statues de
Syracuse et les dieux de Tarente, REL, 57, 1979, p. 85-114 (p. 107 sqq.).
55 Malgré l’indication de Cicéron ("Ligustico bello", De nat. deor., 2, 61) l'hypothèse a été
avancée (L. Richardson, Honos et Virtus and the Sacra Via, AJA, 82, 1978, p. 240-246), que ce
Fabius Maximus ait été non pas le Cunctator, mais Fabius Rullianus, qui institua la
transuectio equitum en 304 (c'est-à-dire lors de l’édilité de Cn. Flavius), laquelle partait du
temple d’Honos et Virtus.
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Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)Curie®56: il n’est pas impossible que ces portraits du plus avisé et du plus
courageux des Grecs aient, aux yeux du dictateur, rappelé excessivement
l'honneur et la valeur militaire dont se targuait son ennemi.
Ces quelques remarques et suggestions ne visent qu’à évoquer le rôle
de la musique dans la réflexion politique à Rome, en cette fin du IVe siècle
où s'effectuent d'importantes mutations qui touchent autant le domaine des
institutions que celui des idées. La construction de l’aedicula de Concordia,
le rappel des flútistes de Tibur, l'installation du Marsyas et peut-être même
celle des statues de Pythagore et d'Alcibiade me semblent être les signes
extérieurs d’une réflexion et d’une polémique sur le rôle de la musique dans
la cité, à un moment où la philosophie grecque commence à venir à Rome et
où le monde grec lui-même connaît les bouleversements de régime consécutifs à la conquête d’Alexandre. Que le Comitium ait été le théâtre de ces
tensions n’est nullement surprenant: la musique devait servir de modèle pour
instaurer l'harmonie dans la vie politique et dans la cité.
56 Pline, loc. cit.