« Appropriations monothéistes de figures « païennes » »,

Auteur
Macris, C.
Publié dans
Revue de l’histoire des religions [En ligne],
Année
2019
Sujet
MONOTHEISM
Langue
Français
Catégorie
C12 Religion
Numéro d'archive
9106

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Revue de l’histoire des religions Appropriationsmonothéistesdefigures«païennes» Appropriations monothéistes de figures « païennes » Avant-propos ConstantinosMacris,JoëlleSoleretAnnaVandenKerchove Éditionélectronique URL : http://journals.openedition.org/rhr/10194 ISSN : 2105-2573 Éditeur Armand Colin Référenceélectronique Constantinos Macris, Joëlle Soler et Anna Van den Kerchove, « Appropriations monothéistes de gures « païennes » », Revue de l’histoire des religions [En ligne], 4 | 2019, mis en ligne le 10 janvier 2020, consulté le 17 janvier 2020. URL : http://journals.openedition.org/rhr/10194 Tous droits réservés Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 79.167.112.174 - 02/02/2020 12:11 - © Armand Colin Éditionimprimée Date de publication : 1 décembre 2019 Pagination : 651-655 ISBN : 978-2-200-93261-9 ISSN : 0035-1423

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CONSTANTINOS MACRIS Centre national de la recherche scientifique Laboratoire d’études sur les monothéismes, PSL JOËLLE SOLER Sorbonne Université Laboratoire d’études sur les monothéismes, PSL ANNA VAN DEN KERCHOVE Institut protestant de théologie Laboratoire d’études sur les monothéismes, PSL Appropriations monothéistes de figures « païennes » Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 79.167.112.174 - 02/02/2020 12:11 - © Armand Colin Avant-propos Les articles qui composent ce numéro thématique sont issus d’une série de journées d’études sur les « Figures “monothéistes” du paganisme » organisées entre 2014 et 2017 dans le cadre d’un programme transversal du LEM (Laboratoire d’études sur les monothéismes, UMR 8584), intitulé « Revisiter les Monothéismes ». Le but de ce programme est de problématiser ce concept moderne, d’en retracer l’histoire, d’en questionner les usages, d’en tester les limites, de manière ouverte et interdisciplinaire. Ainsi, à côté des monothéismes traditionnellement reconnus comme tels, le « monothéisme païen » de l’Antiquité tardive, lié au monisme philosophique et à la mystique, est étroitement intégré à la réflexion. L’intention de l’ensemble des contributions réunies dans ce volume est d’explorer un aspect moins étudié, et plutôt inattendu, relevant de cette thématique, à savoir les modalités selon lesquelles, à des époques différentes, des penseurs appartenant à des milieux et à des traditions que l’on qualifierait, typiquement, de « monothéistes » – judaïsme, christianisme, islam – ont pu Revue de l’histoire des religions, 236 – 4/2019, p. 651 à 655 30/10/2019 09:33:56

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C. MACRIS, J. SOLER, A. VAN DEN KERCHOVE reconnaître, ou attribuer des doctrines proprement monothéistes à des figures de sagesse de la culture et de la philosophie grécoromaines, voire égyptiennes, donc à des figures « païennes », historiques ou mythiques / légendaires – telles Hermès Trismégiste, Pythagore ou encore Virgile (on pourrait y ajouter Orphée, la Sibylle, des présocratiques comme Thalès, Xénophane et Héraclite, ou encore les dieux des oracles dits théologiques ; la liste des case studies ici proposées n’est certes pas exhaustive, mais hautement représentative)1. Il s’agit là d’une forme tout à fait particulière de réception de certaines figures vénérables du passé, une réception observable sur la longue durée et dans des aires géographiques et culturelles fort diverses dont il convenait d’étudier en profondeur et au cas par cas : l’origine « païenne » éventuelle – ancienne ou plus tardive – ; les modalités précises d’adaptation, d’appropriation et de réinvestissement des ingrédients transmis par les traditions d’origine (voire le processus d’invention pure et simple, au moyen de la pseudépigraphie) dans les textes « monothéistes » qui nous sont parvenus ; le contexte historique et philosophico-théologique dans lequel a pu avoir lieu ce type de « transfert » culturel ; et surtout les motivations et la finalité d’une telle opération qui n’aurait a priori rien d’évident. Les études sont délibérément centrées sur des textes, même si la question pouvait aussi être traitée à partir de sources iconographiques, vaste domaine qui nous aurait entraînés vers d’autres voies. Ces analyses de textes permettent de saisir comment procèdent les auteurs monothéistes pour assimiler les coordonnées culturelles dans lesquelles ils évoluent et d’où ils proviennent. Un va-et-vient intéressant a souvent pu être observé entre les grands corpus textuels antiques, dont les monothéismes se servent pour se définir en tant que tels, par distinction ou par identification, et les figures auctoriales auxquelles ils sont attribués. L’exégèse monothéiste de certains textes de l’Antiquité classique rejaillit parfois sur leurs auteurs, au point qu’ils deviennent les prophètes 1. L’approche adoptée ici est donc tout à fait différente de celle du volume collectif Monotheistische Denkfiguren in der Spätantike, éd. Alfons Fürst, Luise Ahmed, Christian Gers-Uphaus, Stefan Klug, Tübingen, Mohr Siebeck, 2013, qui focalise son attention sur des figures de penseurs de diverses traditions monothéistes – même si certains de ces penseurs sont présents dans notre volume. RHR_2019-4_cs6_pc.indd 652 30/10/2019 09:33:56

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AVANT-PROPOS d’une sagesse divine qui les aurait inspirés. L’auteur, le texte et son interprétation sont parfois confondus, dans un même élan pour les « convertir », et pour convertir les lecteurs. Ainsi, des extraits d’écrits attribués à ces personnages peuvent être réinterprétés dans un sens monothéiste, pour confirmer, par des témoignages païens, l’unicité de Dieu. Le propos est alors de convaincre des lecteurs imprégnés de culture classique de rejoindre les rangs des religions monothéistes, tout en affirmant que les parcelles de vérité entrevues précédemment ne trouvent leur aboutissement que dans une religion représentée comme supérieure. « Appropriations monothéistes de figures “païennes” » : la formule est complexe et tente de rendre compte de la présence surprenante, chez des penseurs juifs, chrétiens ou musulmans, de personnages mythiques et d’auteurs célèbres de l’Antiquité païenne. La réflexion croise les questions liées à la « conversion » de la culture antique, notamment chez les auteurs chrétiens. Ce terme de « conversion » tend aujourd’hui à être abandonné, parce qu’il n’est pas objectif, mais fortement marqué d’une couleur chrétienne, et que, d’autre part, dans l’Antiquité, le terme latin conuersio s’employait à propos de personnes, non d’entités abstraites2. Cette approche est par ailleurs trop dépendante du point de vue conquérant de certains Pères de l’Église : comme l’a fait remarquer Miguel Herrero de Jáuregui3, il serait profitable de se défaire de leur regard, dont nous sommes encore partiellement tributaires lorsque nous abordons ce type de problèmes. C’est ce que nous avons tenté de faire, en 2. Étienne Wolff, « Le vocabulaire latin de la conversion au christianisme », dans Le problème de la christianisation du monde antique, éd. Hervé Inglebert, Sylvain Destephen, Bruno Dumézil, Paris, Picard, 2010, p. 33-38 : le terme est employé d’abord par Tertullien à propos de Paul (Contre Marcion, V, 2, 7 : « exinde decurrens ordinem conuersionis suae de persecutore in apostolum »), et des hérétiques, qui se préoccupent moins de convertir les païens que de faire chuter les fidèles (De praescriptionibus haereticorum, 42, 1 : « cum hoc sit negotium illis non ethnicos conuertendi sed nostros euertendi »). La Vulgate traduit par conuersio ou conuertor le verbe grec epistrephein (p. 35). Augustin, Confessions, VIII, 12, 30 : « Conuertisti me ad te… » ; IX, 3, 6 : « post conuersionem nostram et regenerationem per baptismum tuum ». En latin, le terme est employé toujours à propos de personnes, de groupes ou d’individus, jamais à propos d’entités. É. Wolff conclut son étude en affirmant que « la conversion de la culture antique est un concept moderne qui n’a pas d’équivalent latin » (p. 38). 3. « Christian Assimilation of “Pagan” Elements : An Apologetic Concept ? », New Perspectives on Late Antiquity, éd. David Hernández de la Fuente, Newcastle upon Tyne, Cambridge Scholars, 2011, p. 380-392. 30/10/2019 09:33:56

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C. MACRIS, J. SOLER, A. VAN DEN KERCHOVE intégrant, par exemple, quand cela était possible, le point de vue, sur ces mêmes figures, des auteurs non chrétiens de la période. S’il y a bel et bien une réorientation, une appropriation, dans un sens monothéiste, de figures païennes, il y a également, en retour, un effet de l’héritage sur les héritiers. La culture classique, à travers ses hérauts, ne peut être en effet considérée comme une simple forme, un langage qui se plierait fidèlement à de nouveaux contenus. Elle agit en retour sur la pensée monothéiste, en l’adaptant à son environnement culturel. C’est de cela que se plaint d’ailleurs Tertullien dans l’Apologétique (XLVII, 9), à propos des hérétiques, qui, selon lui, sont des philosophes pétris de culture grecque ; à force de chercher à accorder les Écritures chrétiennes à leurs propres opinions, ils détournent (interuertere), altèrent et falsifient (adulterare) la doctrine, en cherchant à l’adapter. Tout dépend évidemment du contexte, dans ce type de manipulation : la dimension pragmatique des énoncés est au cœur des analyses présentées ici. Quels auteurs s’approprient ces figures, à qui s’adressent-ils, dans quels milieux intellectuels écrivent-ils, et, surtout, que cherchent-ils à faire, en s’emparant ainsi d’Hermès, de Virgile, de Pythagore ou d’autres encore ? Les contributions envisagent cette question de la « monothéisation » des figures du passé de deux façons : a) soit en focalisant sur une figure particulière reçue dans un ou plusieurs milieux précis (les trois premiers articles) : ainsi Hermès Trismégiste chez des auteurs chrétiens à partir de la fin du iie siècle de notre ère ; Virgile chez des auteurs chrétiens, mais aussi « païens », de l’Antiquité tardive ; ou encore Pythagore dans la philosophie islamique du xviie siècle ; b) soit en envisageant la réception de plusieurs figures chez un même auteur (pour les trois articles suivants) : les chrétiens Clément d’Alexandrie (qui, à la fois pour ce qui est de ses sources et de certains de ses choix, dépend beaucoup du judaïsme alexandrin) et Lactance ; ou le mystérieux Pseudo-Ammonius, un texte doxographique conservé en arabe dans une version islamisée, mais probablement issu originellement d’un milieu chrétien néoplatonisant. Par le croisement des savoirs et des disciplines, nous espérons jeter une lumière neuve à la fois sur les types de dialogue qu’ont voulu entamer les différentes traditions, auteurs et milieux de RHR_2019-4_cs6_pc.indd 654 30/10/2019 09:33:56

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AVANT-PROPOS réception monothéistes avec une culture païenne multiforme, sur les processus et les modalités d’appropriation ou de transfert, mais également sur les « potentialités monothéistes » originelles des figures mobilisées – ce qui constitue une autre façon d’aborder, de revaloriser, mais aussi de questionner, la notion de « monothéisme païen ». Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 79.167.112.174 - 02/02/2020 12:11 - © Armand Colin macris@vjf.cnrs.fr joelle.soler@sfr.fr petosiris33@gmail.com 30/10/2019 09:33:56