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A
DETIENNE M., Héraciès, héros pylhagoricien : RHR CLVIII
19-53
Les Pythagoriciens du ve siècle av. J.C. ‘contribuèrent plus que1960
tout 3.
mouvement à la rénovation de la légende héracléenne, et c'est
A eux ‘que
l’Héraclès des Cyniques et des Stoiciens doit quelques-uns de
ses traits essendé
qui
tiels, en particulier celui du Juste souffrant
posera en rival du Christ.
Nei, ati CORSE BE note ra, fe
Héraclès, héros pythagoricien
S'il est un héros que les Pythagoriciens de Grande-Grèce
n'ont pu méconnaitre, c'est Héraclés dont presque toutes les
villes grecques de l'Italie méridionale pouvaient. se réclamer.
Les principales cités qui furent les centres de l'activité
des Pythagoriciens avaient leur Héraclès dont nous connaissons souvent les traits singuliers. gräce à l'étude patiente
des monuments figures et. des témoignages littéraires que
Jean Bayet!. après Giannelli?, a menée avec un soin particulier.
C'est, en eflet, à l’Italie grecque que ce savant a demandé le
secret de la religion dent Heracles esi devenu l'ohjet dans la
Rome républicaine.
Si Locres Epizéphyrienne®. Posidenia?. Thurii® ne Jaissent
qu'entrevoir la place et l'importanre du culte de ce héros.
Crotone et Métaponte, les deux centres les plus importants du
pythagorisme italien, sont les grandes villes héracléennes dés
le ve, sinon dès le vi® siècle.
A Métaponte®, des monnaies dont les premières paraissent
remonter à 450-440, affirment la place prépondérante du héros
dont les premiers types monétaires, loin de plaider la cause de
l'influence tarentine, imposent la conviction que, pour Méta-
1) J. Bayer, Les origines de l'Hercuie romain, Paris, De Boccard, 1926 {Bihliothéque des Ecoles françaises d'Athènes et de Rome, fase. 132), pp. 9-124, a étudié
L'Italie héracléenne du VIe au IV® siècle.
2) G. GIANNELLI, Culti e miti della Magna Grecia, Florence, 1924,
3: J. Bayer, op. cit. pp. 27 sqq.
4: J. BAYET, op. cit., p. 25.
5: J. BAYET, op. cit., pp. 11-13; cf. aussi Parpritz (R.}, Thurii, Seine
Enistehung und seine Enlwickelung bis zur sicilischen Expedition, Diss. Berlin, 1891.
6: „I. Bayer, op. cit. pp. 13 sqq.
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Héraclès est un dieu
national.
Il
apparaît,
selon
J. Bayet, « comme un destructeur d’insectes malfaisants, un
dieu des agriculteurs auxquels il assure l’abondance, sans
doute aussi Purificateur et Apotropaique; en ces fonctions,
uni à Apollon ».
Le culte d’Héraclès est encore
plus ancien à Crotone,
puisqu'il semble remonter jusqu'aux dernières années du
vie siècle?, Un témoignage particulièrement précieux rapporte
en effet qu’en 510 av. J.-C., l’athlète Milon de Crotone avait
revêtu le costume d’Héraclès pour mener ses compatriotes à
l’assaut de Sybaris. Loin d’être un déguisement de fantaisie,
cet accoutrement*, tout désigné pour un athlète qu’auréolaient six victoires olympiques, devait assurer aux Crotoniates
«la présence tutélaire de leur immortel fondateur ».
L'association de Milon et d’Heracles est doublement significative : elle témoigne d’abord du prestige d’Héraclés dans la
Crotone de la fin du vie siècle ; mais elle témoigne aussi des
affinités d’Héraclés et du pythagorisme.
Milon de Crotone
1) J. Bayer, op. cif., pp. 15-16.
2) J. Bayer, op. cil., pp. 16 sqq. Dans son étude des témoignages monétaires
dont la série la plus importante court de 420 à 390 environ, l’auteur pense que
Vavers de ces monnaies représente une purification : Héraclès nu et lauré, assis
sur un rocher, lève de la main droite un rameau au bout duquel flottent les « bandelettes nouées d’Apollon ». La scène illustrerait le propos de SERVIUS, In Verg. Aen,
III, 552 qu'Héraclès, « après le meurtre de Lacinius », « loco expiato, Junoni
templum condidit ». Ce serait donc, écrit J. BAYET, op. cil., p. 19, « l’image la plus
précise de la consécration du promontoire Lacinien à Héra, déesse poliade de
Crotone ». Dans les documents qui pouvaient servir à la reconstitution de l’Héraclès
pythagoricien, nous n’avons rencontré nulle part cette fonction de Purificateur
que l’Héraclès de Crotone avait en commun avec celui de Métaponte, si ce n'est
dans un passage de PHILOSTRATE, Vil. Apoll., VII, 7, 31,01 Apollonius se compare
à l'HpoxAñc *Anotpéraog qu'il qualifie (ibid., VIII, 7, 32) de xaBapdc... xal toi
&vôporrous eúvouc, parce que le héros écarte le Aotudg. Sur Héraclés à Crotone, on
pourra encore consulter G. CaPoviLLa, Eracle in Sicilia e Magna Grecia, Milan, 1927,
pp. 37-38.
3) Diopore, XII, 9, 2 sqq. — Sur Milon de Crotone, on verra MODRZE, $. v.
Milon (II), in R.-E. (1932), c. 1672-1675, et A. OLIVIERI, Civilä greca nell’ Italia
Meridionale, Naples, 1931, pp. 84-98 (= Alti dell’ Accademia Pontaniana, t. XLV,
Naples, 1915).
4) N'oublions pas que Milon de Crotone était prêtre d’Hera Lacinienne selon
PRILOSTRATE, Vil. Apoll., IV, 28. C'est une association dont J. BAYET, Les origines
de !' Hercule romain, pp. 157-159, a souligné le caractère archaïque.
5) Selon J. CARCOPINO, Aspects religieux de la Rome palenne, Paris, 1941,
p. 175. Mais dans son étude sur Les origines pythagoriciennes de Hercule romain,
ce savant n’a pas relevé cette rencontre entre Héraclés et le pythagorisme.
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Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)passait, en effet, pour un élève de
Pythagore*.
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Peut-être
avait-il été gagné à la secte par sa femme, Muia?, qui, selon
certains, était la fille de Pythagore, filiation sinon charnelle,
du moins spirituelle. La demeure de Milon n’avait-elle pas
même été le tombeau du maître ? Certains doxographes prétendent qu’au moment où les Pythagoriciens tenaient conseil,
les Cyloniens, leurs ennemis irréductibles, avaient mis le feu
au local de réunion, et que cette maison était celle de Milon?.
Un tel détail, quelle qu’en soit la valeur historique, nous
assure des attaches de Milon au mouvement pythagoricien.
La figure de Milon le Crotoniate pythagorisant prend un
relief singulier si l’on se souvient que la légende de la fondation
de
Crotone
par
Héraclès
nous
est
connue
par
un
document pythagoricien, consigné par Jamblique dans sa vie
du Maitre’.
Dans un des quatre discours que Pythagore aurait prononcés® à Crotone, il reprenait en s’adressant au Sénat des
1) Selon Srras., VI, 263; Tzerz., Chil., II, 560, éd. Kiessling (1826); JamBL.,
P., 104 et 264.
2) JamL., V.P., 267, éd. Deubner, p. 147, 1. Elle passait pour être la fille de
Pythagore selon Poren., V.P., 4, p. 19, 9, éd. Nauck et Suipas, s. v. [lu@aydeac,
p. 262, 27, éd. A. Adler; cf. K. von Fritz, s. v. Myia, in R.-E. (1933), c. 1002.
Selon Cem. ELEx., Sirom., IV, 19, 121, p. 224, St. : c'est une simple pythagoricienne.
-
3) A. OLIVIERI, Cività greca nell’ Italia Meridionale, Naples, 1931, pp. 85 sqq.,
a examiné les divers témoignages qui sont JAMBL., V.P., 249; Porpu., V.P., 55;
DioGsne LAËRCE, VIII, 39, éd. Delatte, p. 136, 2; cf. ZeLLER-MoNDOLFO, I, 2,
pp. 423-428. Il n'est pas impossible que la demeure de Milon ait servi de local de
réunion aux membres de la secte, comme l'atteste une anecdote rapportée par
ScHoL., in Luc. Char., 8, éd. Rabe, p. 121, 9 sqq. Mais l'essentiel est que Milon de
Crotone, soit considéré comme un Pythagoricien par toute une tradition. Cf.
A. DELATTE, Essai sur la politique pythagoricienne, Paris-Liége, 1922, pp. 205-236,
qui passe au crible toutes les données de la tradition sur les luttes politiques et la
destruction des Pythagoriciens, mais qui n'insiste pas sur cette donnée. D’après
DioporE, XII, 9, 4 sqq. (= Diets, FVS’, I, p. 102, 35 sqq.), les Crotoniates
s’alignèrent contre les Sybarites après un exorde de Pythagore qui avait pris le
parti de certains réfugiés à Crotone. Milon avait ensuite pris la tête des troupes,
vêtu en Héraclès.
4) TAMBL., V.P., 50, p. 27, 27 sqq., éd. Deubner. Notons que, selon Héraclide,
fils de Sarapion, Pythagore avait écrit un ouvrage appelé xeétev, nom en qui l'on
peut reconnaître celui du héros éponyme ; cf. A. DELATTE, La vie de Pythagore de
Diogène Laërce, Bruxelles, 1922, p. 165.
5) Discours résumés dans JAMBL., V.P., 37-57 : textes qui proviennent par le
truchement d’Apollonius des Histoires de Timée selon Ronpe, Rh. Mus., XXVII,
p.
28
(= Kleine Schriften,
II,
107), et GEFFCKEN, Timaios’ Geographie des
Westens, Philol. Untersuchungen, 1892, p. 71, cités par A. DELATTE, Essai sur la
Pagina 4
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)Mille le récit, de la fondation de la ville. Comme C'est, avec la
notice de Diodore, le témoignage le plus important sur une
légende qui devait être le noyau de celle de Hercule romain’,
il ne paraîtra pas superflu de citer le passage tout entier.
Après avoir prêché la concorde, la pratique de la vertu
et d’autres doctrines morales pour lesquelles nous n’ignorons
pas le goût de la secte, Pythagore entama sa
péroraison
par une évocation de la grande figure d’Heracles : « Ensuite,
après tout cela, il ajouta que leur ville avait eu la bonne
fortune d’avoir pour fondateur Héraclès lorsqu'il poussait ses
vaches en Italie. Le héros avait été violenté par Lakinios,
mais comme Croton lui portait secours, dans la nuit, sans le
savoir, Héraclès « le tua comme s’il était un de ses ennemis.
« Après quoi, il lui promit qu’autour de son tombeau s'élé« verait une ville qui porterait son nom, si toutefois il obtenait
« l'immortalité?. » En conséquence, disait Pythagore, les habitants de Crotone devaient montrer, en s’administrant dans la
justice, leur reconnaissance pour la faveur qu’Heracles leur
avait accordée.
Que ces Discours n'aient jamais été prononcés par Pythagore n’enléve rien à leur intérêt, car le souci qu'avait l’auteur
de ces Aöyoı de mettre dans la bouche du Maître une aussi
remarquable allusion à la légende d’un héros local témoigne
suffisamment de l'antiquité de ce document dans lequel aucun
élément tardif n’a été retrouvé?. Sans aller jusqu’à prétendre
politique pythagoricienne, p. 39. — L'étude la plus complète, jusqu’à ce jour, sur
ces discours, est celle d'A. RosraGni, Un nuovo capitolo nella storia della retorica
e della sofistica, in Studi italiani di Filologia classica, n. s., II, I-II, 1921 (1922),
pp. 180 sqq. Cet auteur avait d’ailleurs noté que les allusions 4 Héraclès dans ses
rapports avec Crotone était une preuve que ces discours avaient été rédigés dans
l'ambiance de cette ville (op. eit., p. 196).
1) J. Bayer, Les origines de l’Hercule romain, pp. 156-159.
2) JambL., V.P., 50, éd. Deubner, p. 27, 27 sqq. : Eid'olitws ¿mi maw elnev
$e thy rmódy adróv axicba cuubtbnzer,
os Myovaw,
‘HoaxAtovg Bre Tag
Bods Sie The "Iradlas Hhauvev bmd Amevtov uèv &dixnbévtos xpérwva Si BonHoövra tig vuxrèc mapd Thy éyvoruv dg Bvra Tüv rokeulov
xal uetà tabra Erayyemaptvov mepl Td pvua
StapBelpavtoc,
ouvoyunov Éxelvo xatorto-
Ehorodar 6A, dv rep adrdg perdoyn tig dbavactac Hate thy Xdpw The dro
Sofelong edepyeolas mpochxew abrobe Epn Sixarwe vixovopetv.
3) Si grande que soit la suspicion à l'égard des documents pythagoriciens, ce
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Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)que l’école pythagoricienne « a fondé la légende héracléenne
crotoniate »! — le dc Afyovaw s’y oppose déjà, qui renvoie
à une tradition orale — nous pouvons penser qu’elle n’a pas
rejeté avec indifférence la figure d’Héraclés. Comment l’aurait-elle pu, étant donné la place qu’occupait Héraclès dans la
conscience religieuse d’un Crotoniate du ve
ou même du
vis siècle? ?
Le Pythagoricien du ve siècle qui composa les prêches de
Pythagore, « véritables modèles de discours moraux », nous
révèle donc qu’Heracles était dans la croyance
pythagoricienne plus proche du héros civilisateur que du tueur de
monstres : le meilleur hommage, disait le sage de Crotone,
que vous puissiez rendre au patron de la cité, c’est de respecter
la justice dans l’administration‘.
Un autre discours de Pythagore nous introduit au cœur
de la légende moralisatrice d’Heracles. Lorsqu'il s'adresse aux
jeunes gens de Crotone, le maître « voulant montrer aux
Crotoniates par l'exemple d’Héraclès qui leur était familier,
comment
il
parents,
leur
faut
obéir
rappela
spontanément
que le
aux
ordres
de
ses
dieu lui-même pour obéir à
un autre, plus âgé, avait entrepris ses travaux et offert à
son père, pour célébrer la fin de ses travaux, les jeux olympiquesi... ».
Que reste-t-il de l’Héraclès, autrefois génie de la végétation à Olympie®, à Crotone même destructeur d'insectes et
passage de Jamblique est à l’abri de tout soupçon et revêt donc une importance
exceptionnelle.
1) Comme l’écrivait J. BAYET, Les origines de l'Hercule romain, p. 17.
2) J. BAYET, op. cit., p. 158, remonterait jusqu'au vie siècle.
3) A. DELATTE, Essai sur la politique pythagoricienne, p. 39.
4) Selon un autre passage de JAMBL., V.P., 222 (qu'il faut sans doute, comme
le pense G. BERTERMANN, De Jamblichi vitae pythagoricae fontibus, Diss. 1913,
p. 43, rapporter à Timée), Pythagore châtiant I’Sépi¢ du tyran
Phalaris est
comparé au justicier qu'était Héraclès.
5) JamBL., V.P., 40 : drodet&at rois Kpotamdtag Sid 16 tov ‘HpaxAéa toic
xaroxioyévoss olxetov dndpyeiwv, Sióri Set Tb npoorarrémevov Exouolag Toig
yovetawy braxovew raperinpérac adróv tov Hedv érépe mpeoburépw metOduevov
GtaO Atom Todg mévoug wa ta métor Oeivar Tüv xarepyaouévev Émvixrov tov
deytiva tv ’Orburtov.
6) Cf.
Gruppe,
pp. 454 sqq.
Griechische
Mythologie
und
Religions-geschichte,
Pagina 6
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)purificateur!, qu’en subsiste-t-il dans le modèle d’obéissance à
ses parents que Pythagore proposait à ses jeunes auditeurs ?
La piété fervente des Pythagoriciens avait métamorphosé
l’héroique tueur de monstres. Toutefois, l’entrée d’Héraclés
dans l'hagiographie pythagoricienne n’était qu’une étape de
la lente épuration qu'avait commencée la lyrique chorale, dès
le temps de Stésichore?.
Les disciples de Pythagore se sont-ils contentés de moraliser les divers épisodes de la légende canonique d’Heracles ?
ou bien en ont-ils imaginé d’autres ? Nous trouverons peutêtre une réponse affirmative à cette dernière question dans
un passage de Porphyres.
Pythagore y détaille le menu d'un bon Pythagoricien, il
indique les ingrédients qui doivent entrer dans la composition
de certains plats, et traite, en particulier « d'aliments qui
coupent la faim et la soif » : ce sont les fameux ¿Ao qui,
selon le comique Antiphane*, étaient un des plats favoris
des « Pythagoristes »5. Héraclès, prétendait Pythagore, avait
1} Heracles Kopvortey, destructeur de sauterelles, connu en Thessalie et dans
la région de l'Oeta. Cf. Gruppe, s. v. Heracles, in R.-E. (1918), Suppl. 111, 941.
C'est aussi l'Héraclès de Métaponte et de Crotone. Cf. J. BAYET, op. cil., pp. 15,
23 et 28 sqq.
2) Cf. L. PARMENTIER qui, dans sa remarquable notice, écrite pour son édition
de l’Heracles d’EuriPiDe (collection des Universités de France, t. IIT, 1923, p. 4),
notait : « ... la grande lyrique chorale des vie et ve siècles, avec Stésichore et
Pindare, interprétant les récits de l'âge épique d’après les exigences d’une religion
qui s'épurait, avait approfondi le sens moral de la légende d'Héraclès et créé en
lui le type du bienfaiteur de l'humanité ». Toutefois, les deux poèmes de Stésichore,
consacrés à Heracles, à savoir la l'ypuovnts et le Kép6epoc, ne nous permettent.
pas de porter un jugement de cette espèce. Cf. ScHMID-STAEHLIN, Geschichte der
griechischen Literatur, I, 1929, p. 479, et VUERTHEIM, Siesichoros, Fragmenten
und Biographie, Leiden, 1919, pp. 13-23.
3) Poren., V.P., 34-35, éd. Nauck, p. 35, 9 sqq. T ye why nielora ómóte OeGv
¿soto éyxataddcecbar wérror xal évrabda xpóvov tivos evdtatplberv, ¿Aloe
Éxpñro xal ddtborg Tpopais thy pév ŒAuov auvrıdels &x pñxovos oméppatos
xal onakpov xal paorod oxtdang mAvdetonc... Tabra Y ‘HpaxAfa mapa Anuntpo:
Épaone pabetv oredAduevov ele Thy ArGúny Thy dvudpov.
4) Cf. ANTIPHANE, op. ATHENEE, IV, p. 161 A = Dies, FVS’, I, p. 479.
5) Sur l’äxuov, cf. WAGNER, s. v. "Alu, in R.-E. (1894), c. 1483-1484. S'il
n'est pas spécifiquement pythagoricien, l’&Atwov reste toujours un mets de Oetoc
&vOparoc, de « medicine-man », tel par exemple Épiménide qui, selon Dioc.
LAËRCE,
I, 114, l'aurait recu des Nymphes (cf. PLUT., Sepi. sap. conviv.
14).
Comme dans le texte de Porphyre, Gov et ¿Subov sont souvent associés, ainsi
par exemple chez EUSTATHE, De emendanda vita monachica, in Opuscula, p. 243, 4
(éd. Théoph, Lucas Frider, Tafel, Francofurti ad Moenum, 1832). Précisons que
Pagina 7
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)eu révélation de leur existence de la bouche de Déméter, au
moment de son départ pour la Libyel, c’est-à-dire pour le
Jardin des Hespérides qu’il devait gagner en traversant le
désert?.
La
présence de ce détail dans la
légende d’Heracles,
puisqu'il n'est attesté par aucune autre source, pourrait faire
croire à un épisode d'invention pythagoricienne. Un autre texte
toutefois mentionne une
même association entre
et l’&kux, et c'est précisément un
Héraclès
fragment d'un ouvrage
contemporain des Pythagoriciens® et consacré à Héraclès.
La fin du ve siècle marque, pour le héros, le début d’une
prodigieuse fortune à laquelle n’est pas étranger Hérodore
l’&%ıov est, comme l'écrit G. Méauris, Recherches sur le pythagorisme, 1922,
p. 18, n. 2, «le pourpier de mer dont les feuilles se mangent en salade et confites
dans le vinaigre ».
1) Poren., V.P., 35, terminait par ces mots : « Tata è ‘Heaxdéa rap
Aunrpoc Épaoxe padetv otedAbpevov eis thy Any thy dvudpov. » L'association
d'Héraclès et de Déméter est connue, surtout à Élis, comme le dit Paus., VI,
23, 3; Héraclès était honoré sous le nom de Ilapaæotérne avec Demeter sur un
autel de l’Altis selon Paus., V, 14, 7. Il est alors le Dactyle Ideen (sur lequel on
verra Ch. PICARD, BCH, t. 47 [1923], pp. 272-274) honoré en Crète comme à
Olympie (0. Kern, s. v. Dactyloi, in R.-E. [1901], c. 2019). Cette union d’Heracles
et de Demeter n’est pas étrange à Crotone qui subissait alors à la fin du vır siècle,
l'influence
du
grand
sanctuaire de
Zeus
à
Olympie
(cf.
BAYET,
Orig.
Herc.
rom., pp. 16-17).
Les Pythagoriciens n'avaient aucune raison de réprouver cette alliance crotoniate entre un héros et une déesse qu'ils vénéraient au point de transformer la
demeure de leur maître en un sanctuaire qui lui était consacré. (D’après Timée, cité
par PorPH., V.P., 4, le temple aurait été situé à Crotone. D’après FAVORINUS ap.
Dıoc. LAËRCE, VIII, 15, et JAMBL., V.P., 180, ce seraità Métaponte. Cf.
A. DELATTE,
La vie de Pythagore de Diogéne Laërce, p. 183, et I. Livy, Recherches sur les sources
de la légende de Pythagore, p. 54, n. 1.) — P. Bovancé, Culle des Muses, p. 236,
pense que le choix de Déméter, comme patronne du temple élevé dans la maison
de Pythagore, s’expliquerait par les « prétentions des Pythagoriciens à avoir dans
l'au-delà un sort privilégié » Cf. aussi H. W. Tuomas, EIIEKEINA, Diss.
Múnich, 1938, pp. 142-143, et K. KéRÉnyI, Orpheus und Pythagoras?, Zürich, 1950,
p. 41.
2) Sans doute Héraclès devait-il traverser la Libye pour gagner le Jardin des
Hespérides : la cueillette des pommes d'or était, du moins originellement, le dernier
de ses grands travaux. Cf. PISANDRE ap. ScHot, in Apoll, Rhod., IV, 1396, et
SopHocLe,
Trach.,
1099.
3) F. Jacoby, F. Gr. Hist., 31 F 1: — péuvnyror dè vic &Aluou xal ‘Hpédewpoc
dv 76% neunte tod x08’ ‘HpaxAéa Adyov. F. JacoBY, I (1923), p. 502, 27 sqq., avait
souligné le rapport sur lequel nous insistons. Toutefois, il faisait remarquer que
la présence dans le livre V de cet épisode ne permettait pas de croire qu'il s'agissait
du départ pour le jardin des Hespérides. L’ignorance où nous sommes du livre
d’Herodore affaiblit considérablement la portée d’une telle objection. Et d’abord
Hérodore n’écrit-il pas une espèce de roman, ce qui lui laisse peut-être quelque
liberté dans la disposition des matières
Pagina 8
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)d’Héraclée, l’auteur d'un Ka0” “HpaxAéa Aóyoc qui comptait
dix-sept volumes!. Sans refuser de faire crédit d'originalité à
un ouvrage que Wilamowitz
qualifiait de
« pragmatische
Roman », l’on peut supposer que ce roman-fleuve charriait
dans un cours si long quelques éléments étrangers.
Aussi
pensons-nous qu’Hérodore, contemporain de Socrate et père
du sophiste Bryson’, a pu connaître certains aspects de la
« légende pythagoricienne » d'Héraclést, et en particulier
l’histoire de l’&uuov. Divers indices que nous allons examiner
pourraient nous conduire à être plus affirmatifs et à conclure
que le recoupement que nous avons signalé, à propos de
l’*pov, n’est pas seulement fortuit.
Si ce n’est de rares intuitions de Schmid et Staehlin et
quelques réflexions circonspectes de W. Nestle5, l'influence
des Pythagoriciens sur le roman d’Hérodore n’appartient pas
au domaine des vérités reconnues. Sans prétendre l’y faire
entrer, nous voulons montrer qu'elle est certaine sur quelques
points.
Hérodore, au dire de Tatien, rapportait que le monstrueux lion de Némée était tombé d’une « terre d’en haut »
(yäv &vo)®, ce que F. Jacoby rapprochait avec raison de la
1) Cf. Jacosy, s. v. Herodoros (aus Herakleia), in R.-E. (1912), c. 980 sqq.
Article qu'il faut compléter par les commentaires du même auteur sur les fragments
d'Hérodore parus dans les F. Gr. Hist. On verra aussi F. WiIPPRECHT, Zur Eniwickelung der ralionalistischen Mythendeutung bei den Griechen, Programm nr. 677,
I, Tübingen, 1902, pp. 38 sqq.
2) Wıramowırz, Herakles?, I, p. 100.
3) Anisrore, Hist. an., VI, 5, p. 563 A 7 : ‘Hpd3mpog à Bpbouwvos rod aopıorod
rathe (= F. Gr. Hist., 31, F. 3). Bryson était disciple de Socrate selon THkoPOMPE, ap. ATHEN., XI, p. 5080; cf. Natorp, s. v. Bryson, in R.-E. (1897),
c. 927-929.
4) ScHmip et STAEHLIN, Geschichle der griechische. Literatur, I, 2, p. 699 :
«Wenn
er aber den Herakles von Atlas die Astrologie erlernen und ihn mit der Wunderspeise des ¿Ayuov arbeiten lässt, wenn er die Bewohntheit anderer Himmelkörper,
insbesonderere des Mondes, annimmt, so ist Zusammenhang mit dem Pythagoreismus unverkennbar. »
5) W. NestLe, Vom Mythos zum Logos, 1942, p. 148.
6) F. Gr. Hist., 31 F 4: TATIEN, Adv. Hell., 27, p. 29, 10 Schw. : Y nög odx
hMOtov mıdtoder rol ‘HeoSdpov BrBAlorg wept cod xx6” ‘HpaxAta Adyou viv divo
xnpitrovaw xaternrvbévar te &n’abtiig AMovta tov bp’ HpaxAéouc povevdévra.
Il faudrait à propos de ces légendes lunaires une enquête exhaustive pour déterminer la part qui revient dans celles-ci au pythagorisme. La plus ancienne tradition
est celle d'Epiménide qui se dit fils de la Lune : c'est d'elle qu'est tombé le lion
Pagina 9
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)croyance à l’existence d’ « une autre terre » (éctépa y%)!. Or si
Von se souvient que le gîte habituel du lion de Némée est la
lune et que celle-ci est appelée une « autre terre » ou « terre
céleste » par les Pythagoriciens*, on ne pourra que suivre
F.
Jacoby lorsque,
sur ce point, il souligne
les
affinités
d’Herodore avec les Pythagoriciens?.
Un texte hautement significatif confirme la certitude de
telles affinités.
Dans un fragment que F. Jacoby attribue
de Némée (ap. ELien, De Nal. Anim.). Selon ScHot. in Apoll. Rhod., I, 498,
4d. Wendel, p. 44, 10 sqq., on prétend souvent qu’Anaxagore racontait la chute
du lion de Némée; or, comme l'a fait justement remarquer W. K. C. GUTHRIE,
Orphée et la religion grecque, Paris (tr. fr.), 1956, p. 275, n. 10, le témoignage de
la scholie n'est pas décisif : thy Sè oekfwnv, 6 Avataybpac xhpav mAatetav drroquiver, 88 fc Soxet 6 Nepextog Ao mexroxévo. Seule la première partie de la
phrase peut être attribuée à ce philosophe; la seconde n’est peut-être qu'un élément
banal, ajouté par le scholiaste. Cf. O. GRUPPE, s. v. Herakles, in R.-E. (1918),
Suppl. Band ITI, c. 1031, qui, à propos de la Scholie en question, écrit prudemment :
« Vielleicht aus Anaxagoras. » Sans doute cette légende du Lion de Némée est-elle
indépendante du pythagorisme, mais il semble que Jacoby ait raison de souligner
qu'elle est en relation avec la croyance à une « autre terre d'en haut », ce qui est
spécifiquement pythagoricien. Sans doute, la taille gigantesque du lion était-elle
une raison supplémentaire de le faire venir de la lune, puisque selon Hérodore,
s'inspirant de Philolaos, les êtres qui y vivaient étaient quinze fois plus grands
que les vivants de la terre. Nous traitons certains aspects
de
cette
question
dans le dernier chapitre (consacré à la dimension spatiale des démons) de notre
thèse sur La notion de AAIMON dans le pyihagorisme ancien.
De la pensée
religieuse à la pensée philosophique (à paraître).
1) Hérodore croyait, en effet, à l'existence d'une autre terre (Etépa y%) selon
F. 22 A (= Arist., Hisi, anim., VI, 5, p. 563 A 5) et F. 22 B (= PLur., Rom.
quaesì., 9, et Ael. rom., 93, p. 268 B). Jacony, F. Gr. Hist., 1, p. 506, 16, proposait
déjà d'identifier cette étépa
yÿ à la lune. Cf. In., s. v. Herodoros, in 4?.-E. (1912),
c. 983,
2) Sans doute les Orphiques faisaient-ils de « chaque étoile, une terre » (KERN,
fr. 22 = Dies, Doz. gr., p. 343,
11), mais les Pythagoriciens semblent s'être
intéressés aux légendes lunaires et en avoir fait une spécialité. Ils appelaient la
lune une autre terre et encore une terre céleste. Divers temoignages : MACROBE,
Somn. Scip., I, 11, 7-8 ; SımpLicıus, In Arist. De Caelo, 229 B 1 Heiberg (Comment.
in Arist. graeca, VII, p. 512); ProcLUS, in Tim. Plat, III, p. 48, Diehl ; PLut., De
def.-orac., 13; PLUT., De facie in orbe lunae, 21, p. 935, c. 2 et p. 944 B-C; PLUT.,
De Genio Socrat., 22; Servius, Ad. Virg. Aen., VI, 887 ; LACTANTIUS PLACIDIUS,
Ad Theb., II, 58 P. VAN DE WasstTIINE, Marginalia bij Lactantius Placidius, in
L’Ant.
Class.,
t. XVII,
1948, p. 579, propose de corriger « philosophi lunam
aetheriam terram esse », d’après MACROBE, In Somn. Scip., I, XI, 7-8, passage
que Cumont, Symb. fun., p. 182, n. 5, disait « d'inspiration manifestement pythagoricienne ». C'est à la même source que remonte le passage de PLATON, Phédon,
p. 109 B, sur la y% xa0apd, comme le pensent CumonT, Symb. fun., p. 184, n. 2, et
Nixsson, Astrale Unsterblickheit und kosmische Mystik, in Numen, I, 1954, p. 112,
n. 20 (qui rappelle que, d'après ArIsTOTE ap. Diets, FVS?, 58 B 37, les Pythagoriciens appelaient la lune « la terre de l’éther »).
3) Jacosy, F. Gr. Hist., I, p. 503, 1. 16-18 : « Pythagoreer Diels, Dox. gr.,
343, 7 ff; 624, 15 ff. und Philolaos vorsokr. 32 A 20 mit den H. (F. 21) in dem
grössenverhältnis stimmt, » Ip., s. v. Herodoros, in R.-E. (1912), c. 982-983.
Pagina 10
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)au roman héracléen!, Hérodore prétendait que « les femmes
sélénites pondaient des œufs et que les êtres qui en naissaient
étaient quinze fois plus grands que nous ». La présence d’étres
vivants sur la lune nous fait déjà songer au pythagorisme,
mais la même proportion de grandeur de ces êtres lunaires
qui se retrouve chez Philolaos? paraît une preuve décisive
qu’Herodore
connaissait
certaines
spéculations
pythagoriciennes. Aussi n’y a-t-il rien d’étrange à penser qu’Hérodore a
pu accueillir, dans son roman sur Héraclès, certaines interprétations dont les Pythagoriciens avaient enrichi la légende
canonique.
Un
fragment,
dont
la
valeur
n'avait
pas
échappé
à
F. Jacoby, confirme la connaissance qu'avait Hérodore de
certains détails de la « légende pythagoricienne » d’Heracles.
La taille du héros, disait Hérodore, était de quatre coudées
et dépassait d’un pied celle de tous ses contemporains. Or les
Pythagoriciens, dit Plutarque dans un ouvrage consacré à
Hercule‘, avaient tissé d'étranges spéculations sur la taille du
héros. Ils avaient trouvé l’ingénieux moyen de la mesurer.
1) F. Gr. Hist., 31 F 21 (= ATHÉNÉE, II, p. 57 E-F).
2) PuiLoLaOS ap. AËrius, II, 30, 1 (= Diets, FVS?, 1, p. 404, 12). Que ce
soit opinion de certains Pythagoriciens et non du seul Philolaos nous garantit que
cette croyance est plus ancienne que le pythagorisme du ve siècle, et donc très
probablement antérieure à Hérodore qui est ici le débiteur.
3) Jacopy, F. Gr. Hist., I, p. 506, 1. 4-5.
4) PLUTARQUE ap. AULU-GELLE, Noetes atticae, I, 1, p. 40, éd. Hertz & Hosius
(= PLUT., Religua, XXXIII, A, dans t. VII, 144, et Bernadakis) :
« Plutarchus in libro quem de Herculis quantum inter homines fuit animi
corporisque ingenio atque virtutibus conscripsit, scite subtiliterque ratiocinatum
Pythagoram philosophum dicit in reperienda modulandaque status longitudinisque
ejus praestantia. Nam cum fere constaret curriculum stadii quod est Pisis
apud Jovem Olympicum, Herculem pedibus suis metatum idque fecisse longum
pedes sescentos, cetera quoque stadia in terra Graecia ab aliis postea instituta
pedum quidem esse numero sescentem sed tamen esse aliquantulum breviora,
facile intellexit modum spatiumque plantae Herculis ratione proportionis habita
tanto fuisse quam aliorum procerius quanto Olympicum stadium longius esset
quam cetera. Comprehensa autem mensura Herculani pedis secundum naturalem
membrorum omnium inter se competentiam modificatus est atque ita id colligit,
quod erat consequens, tanto fuisse Herculem corpore exelsiorem quam alios
quanto Olympicum stadium ceteris pari numero factis anteiret. » Texte 4 rapprocher d'Hérodore fr. 19 = F. Gr. Hist., 31 F 19, à propos de quoi Jacoby, I,
p. 406, 4-5, écrit : « Herodoros’ genaue angabe hängt sicher mit der pythagoreischen verhaltnisberechnung zusammen. » D’une façon générale, sur la « grande
taille » des héros, voir S. Errrem, Zu Philostratos’ Heroikos, in Symbolae Osloenses,
fasc. VIII, 1929, pp. 53 sqq. (Exkurs III : Die Grösse der Heroen).
Pagina 11
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)Voici comment ces géomètres avaient procédé. Héraclès avait,
dit-on, mesuré lui-méme la piste d’Olympie. Or cette piste
dépassait toutes les autres d’une certaine longueur. Par conséquent, disaient les Pythagoriciens, la différence entre la piste
d’Olympie et celles des autres villes est directement proportionnelle à la différence entre un pied d’Héraclès et celui des
autres hommes.
La solution de ce petit problème d’arithmétique est sans
doute trés astucieuse, mais elle n’enrichit pas beaucoup notre
connaissance de la « légende pythagoricienne » d’Heracles.
C'est au moins une nouvelle preuve de l'intérêt que les disciples de Pythagore avaient porté à ce héros et ensuite de la
connaissance qu’avait Hérodore de ces spéculations pythagoriciennes, puisque ce texte recoupe assez bien son fragment,
déjà cité ; Jacoby l'avait vu.
De ces quelques rapports entre Hérodore et les Pythagoriciens, que pouvons-nous conclure ?
D'abord que le logographe connaissait sûrement les Pythagoriciens : en font preuve les fragments 4, 22 A et B et surtout 21.
Ensuite que l’auteur du roman héracléen leur a
vraisemblablement emprunté certains détails : en témoignent
Jes fragments 1, 4 et 19. Si ces recoupements n’enrichissent
pas beaucoup notre reconstitution de l’Héraclès des Pythagoriciens, ils peuvent au moins lui assurer une base chronologique très sûre.
Un dernier fragment d’Hérodore pourrait ajouter un trait
fondamental a l’Héraclès des Pythagoriciens, n’était que son
authenticité reste sujette à caution.
Lorsque Schmid soulignait la couleur pythagoricienne de
certaines allégories d’ Hérodore?, il mettait en avant l'Héraclès,
savant astronome et disciple d’Atlas.
1) F. Gr. Hisi., 31 F 14 (= Eklog. hist. cod. paris. 1630 = CRAMER, An. gr.
par., II, p. 380, 22, et Keprenos, I, 33 Bonn).
Jacoby ne le soupçonne pas,
semble-t-il, au contraire de MUELLER, Frag. Hist. gr., II, pp. 34-35, et R. Hérstap,
Cynie Hero and Cynic King, Uppsala, 1948, p. 30.
2) W. Scumip, Gesch. gr. Lit., 1, 2 (1934), p. 699. Cf. W. NestLE, Vom Mythos
zum Logos*, p. 148 : « Ob auch an eine Einwirkung des Pythagoreismus zu denken
Pagina 12
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)effet,
dans
un
assez
long
fragment
que
nous
ont
transmis Cedrenos et les Eclogae historiae du Codex parisinus 16301, nous pouvons lire, sous le nom d’Hérodote que
Jacoby corrige en Hérodore : « Voici ce qu’Heracles, fils de
Zeus et d’Aleméne la Thébaine, a montré : être philosophe
dans la région du soir ou du couchant. En le divinisant, les
gens de sa race l’appelérent aprés
sa
« manteau
donnant le
constellé
d’étoiles
»,
lui
mort «
Héraclés au
nom
d’un
astre céleste. Ils le représentent portant la peau de lion, la
massue et trois pommes que, selon la légende, il avait cueillies
aprés avoir tué le serpent d’un coup de massue, ce qui signifie
qu’il a vaincu le raisonnement brillant du vif désir, par la
massue de la philosophie, avec (pour se défendre) la pensée
généreuse comme peau de lion. C'est ainsi qu'il a ravi les trois
pommes qui sont les trois vertus : ne pas se mettre en colère, ne
pas être avare, ne pas aimer le plaisir. En effet, par la massue
d’une âme sans peur, et avec la cuirasse d’un raisonnement
sensé très audacieux, il a remporté la victoire dans la lutte
terrestre du mauvais désir et philosophé jusqu'à la mort,
comme l’a écrit Hérodore, le très sage qui raconte qu'il y
a aussi sept autres Héraclès. »
Ce texte appelle plusieurs observations. Notons d’abord
que la conception d’un
Héraclès,
« philosophe jusqu’à
la
mort », est certainement d’Herodore?, mais que les spéculations
précédentes ne sont pas nécessairement son œuvre. Il semble
y avoir une véritable coupure entre l'énumération des trois
vertus et le passage qui suit immédiatement : le 3% ydp tod
éoræhoë. n'est pas, en effet, un résumé très fidèle de l'exégése
précédente. Outre cette observation d’un caractère général,
deux détails font, jusqu’à preuve du contraire, peser la suspiist, etwa bei der Bemerkung über die Statur des Herakles und der ethischen
Ausdeutung der Hesperidenäpfel, lässt sich nicht mit Sicherheit sager. »
1) F. Gr. Hist., 31 F 14.
2) Comme semble l'indiquer F. Gr. Hist., 31
F 13, où Héraclès selon CLÉm.
ALEX., I, 73, 2, p. 47, 3 St., est appelé par Hérodore pévric et puatxdg (c'est-à-dire
philosophe comme l'interprète Wipprecut, op. cif., p. 41). Cf. H. LEISEGANG,
s. y. Physis, in R.-E. (1941), c. 1164.
Pagina 13
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)cion sur l'authenticité de ce fragment d’Hérodore : c'est
d’abord l’épithète dotpoyitov appliquée à Héraclès et qui
n’est attestée que par des écrits tardifs, comme les Dionysiaques de Nonnos ; ensuite, et c’est l'obstacle le plus grave, les
trois vertus cardinales que sont les pommes des Hespérides
paraissent relever de l'éthique stoicienne. Nous savons, en
effet, que, d’après les Stoïciens, il y a trois Furies, et que
chacune d'elles incarne une passion, l’une la colère (ira),
l’autre l’avarice (cupiditas) et la troisième la volupté (libido
)?.
Ce sont précisément les trois passions dont Héraclès, selon
notre fragment, aurait été délivré au terme de sa vie philosophique ; la couleur stoïcienne de ce dernier détail rend contestable l'authenticité de tout ce passage que Jacoby sans hésitation met au compte d’Hérodore®. Nous ne pourrions pas non
plus suivre Schmid dans le rapprochement qu'il établit avec le
pythagorisme, n’était qu’un autre fragment, transmis par
Clément d'Alexandrie, ne nous apprenait qu’Heracles a reçu
1) Nonnos, Dionys., XL, 367, 369, 408, 422, 423, etc., est le seul auteur qui
parte d’un Héraclés ’Actpoyitav : c’est alors le roi du feu (v. 369 : &vaE mupdc) et
il est identifié au soleil (v. 370 sqq.). On pourrait penser qu'il s'agit d'une épithète
orphique et qu'Hérodore a pu la connaître, puisqu'il est l’auteur d'une histoire
d'Orphée et de Musée (F. Gr. Hist., 31 F 12). Mais d’abord dotpoyitev n’est
employé que deux fois dans [ORPHÉE], Argon., au vers 513, pour qualifier la lune
et la nuit au v. 1028 ; ensuite, d'après la « théologie orphique selon Hiéronymos et
Hellanicos », que nous connaissons par Damascius, Héraclès est identifié à Xpévoc.
Cf. J. Lypus, De Mensibus, IV, 67, éd. Wünsch (p. 120), qui cite Nicomaque
d’après lequel “HpaxA%s est Xpévoc en même temps qu’*HAtoc. — En conclusion,
cette épithète paraît être tardive. Sur l'association d’Héraclés et le Dionysos, on
verra H. JEANMAIRE, Dionysos, Paris, 1953, pp. 452-453.
2) LACTANCE, Inst. div., VI, 19, 4, éd. S. Brandt & G. Laubmann : « Tres sunt
igitur adfectus qui homines in omnia facinora praecipites agant, ira, cupiditas,
libido. Propterea poetae tres Furias esse dixerunt quae mentes hominum exagitent :
ira ultionen desiderat, cupiditas opes, libido voluptates. » Cf. pour des passages.
parallèles : E. Norpen, In Varronis Saturnas Menippeas observationes selectae,
Leipzig, 1891, pp. 339 sqq. CLeinias, “Ex tod Ilept óctórnTOS xal ebaeßelas ap.
SroBÉz, III, 1, 76 H., recense trois « péchés capitaux », qtAxSovia, mAcoveËlo et
quodobta.
3) F. WippREcHT, Zur Eniwickelung der rationalistischen
Mythendeutung, I
(Programm 677), Tübingen, 1902, p. 42, défend l'authenticité de ce passage.
R. Hòrsrap, Cynic Hero and Cynic King, Uppsala, 1948, p. 30, marque les affinités.
de ce fragment avec la morale cynique, et en outre, p. 31, avec le mythe de Prodicos +
il semble douter de l’authenticité de ce passage comme O. GRUPPE, s. v. Herakles,
in R.-E. (1918), Suppl. III, c. 1072, 35, qui hésite
à l’attribuerà Herodore. Scumin,
Geschichte der gr. Lit., I, 3, p. 45, n. 15, pense qu’Hérodore a poussé indirectement
Prodicos à opposer un Héraclès au sien.
Pagina 14
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)d’Atlas la science des choses célestes!; ce qui, toutefois, ne
permet aucune conclusion définitive. D'autant moins que la
« légende pythagoricienne » d’Heracles que ces pages veulent
étudier, ne semble renfermer aucune de ces subtiles allégories.
Bien
plutôt,
les
interprétations
pythagoriciennes
sont
autant de contributions à la tentative d'épuration qui pour la
légende héracléenne s'amorce dès le vie siècle.
Autrefois, dans un livre fameux?, Wilamowitz avait voulu
en fixer l'avènement à l'origine de la légende : dans l'esprit
des conquérants doriens, Héraclès aurait incarné leur idéal et
pris les traits d’un héros moral dont les âges ultérieurs auraient
perdu le souvenir. Pour grandioses et enivrantes qu’elles soient,
ces spéculations ne sont plus de l’histoire. Les textes nous
disent seulement que, au vie siècle, se dégage des légendes
d’Heracles la figure d’un homme qui, par son énergie, obtient
de devenir dieu. Auréolé de la gloire de ses grandes victoires,
le fils de Zeus et d’Alcmene devient le héros de l'effort, durement et pleinement accompli, le modèle du rövoc.
Dès lors, se modèle le visage qu’Heracles devait garder
dans l’école d’Antisthéne. Car, avant les Cyniques, les Pythagoriciens, en particulier, avaient mis l’accent sur la valeur
morale d'un « Héraclès peinant », nouvelle épiphanie de
1 « archétype » du Juste souffrant?.
Un précepte des Pythagoriciens que nous connaissons par
le « Catéchisme des Acousmatiques » et par Androcyde le
Jeune, affirmait : « Il ne faut pas soulever le fardeau, mais
aider à le mettre en place ». Les Pythagoriciens, Aristote le
1) F. Gr. Hisl., 31 F 13 (= CLÉm. ALEx., Sirom., I, 73, 2, p. 47, 3 St. : alvırropévov tod mou Thy Tüv odpavley Eriochunv naßnası duadexeoden.
2) Wıramowırz, Euripides-Herakles, 1 : Einleitung in die allische Tragödie,
Berlin, 1889, pp. 258 sqq. Si la thèse n’est plus acceptée — son auteur lui-méme la
rejette dans son dernier ouvrage (Der Glaube der Hellenen, II, pp. 20 et 25) — il y a
des pages remarquables, notamment pp. 327 sqq. : Die Heraklesreligion seit der
archdischen Zeit.
3) Cf. J. PauLus, Le thème du Juste souffrant, Revue de l'
Histoire des Religions,
t. CXXI, 1940, pp. 18-66 ; Scumip, Gesch. gr. Literatur, I, 3, p. 45, n. 15, remarque
à propos de Prodicos que la valeur morale des mévot d’Héraclès est en héritage
d'une tradition qui remonte en partie à Hésiode, en partie aux Pythagoriciens.
4) JaMBL,, V.P., 84, éd. Deubner, p. 48, 20 sqq. : popriov ph ouyxadarpeiy
{ot ydp dei atriov ylvecbar tod pd movetv), auvavarıdevar de. — Cf. Jambi.,
Pagina 15
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)rapporte!, cherchaient à expliquer cet interdit, en disant qu'il
ne faut pas empêcher un effort. Pour compléter cette exégèse,
Jamblique, qui sans doute se fait l'écho d'Androcyde, nous
apprend
que
« les
Pythagoriciens
appelaient
ce symbole,
héracléen, frappés qu’ils étaient par les travaux du héros ».
(‘HpaxAstov dè of Iludayöperor Epnuılov róse tó abu6orov civar abrois
Erıoppayılönevor drtò zav Exelvou Eoyav?).
Avaient-ils songé 4 un Episode de la geste d’Heracles et par
exemple à l’aide que le fils d’Alcmene avait apportée au vieil
Atlas pour recharger son lourd fardeau ? C’est peu probable.
Ce qui est sûr, c'est qu'aux yeux des disciples de Pythagore
la geste d’Héraclés était l’exaltation du labeur et la glorification de l'effort, du xévoc. Cette tendance ascétique n'est pas
isolée dans la tradition pythagoricienne, et la religion de
l'effort a même ses titres d'ancienneté. Épicharme® n’avait-il
pas déjà écrit : « Nous payons aux dieux nos bonnes actions
en monnaie de labeurs » ? Sans doute, les Pythagoriciens
étaient-ils convaincus que « les hommes s’améliorent par la
peine »*. Il suffira de rappeler la forraule lapidaire du « Catéchisme des Acousmatiques » : « "AyaOdv dì môvor, af dè doval
Ex navrèc teédrov xaxóv »® — précepte tranché : le
bien, ce
Protrept., XXI, éd. Pistelli, p. 113, 19 sqq.; Ponpu., V.P., 42; PLUT., Quaesi,
conv., VIII, 7; CLÉM., Strom., I, 10; Diog. Laërce, VIII, 17, p. 117, 10, Delatte.
Cf. HòLk, De Akusmalis sive symbolis Pythagoricis, Diss. Kiel, 1894, p. 58 ; Baum,
De Symbolis pythagoreis, Dis. Berlin, 1905, n. 51 et A. DELATTE, Etudes, p. 288.
1) Sans doute ce texte ne figure-t-il pas dans les fragments d’Aristote, mais
A. DELATTE, Eludes, pp. 271 sqq., a montré que le « Catéchisme des Acousmatiques »
était un extrait de l’ouvrage consacré par le Stagirite aux Pythagoriciens.
2) JAMBL., Protrept., XXI, p. 113, 25 sqq., éd. Pistelli, — L'explication qui
suit a, sans doute, été forgée ultérieurement, et peut-être est-elle de Jamblique
lui-même. Sur les reóvo dans l'esprit des Pythagoriciens, cf. Porpu., V.P., 15 :
xabro ye moody tH copla 6 Tludayópas &0Xeîv pèv mapyver, vixàv 88 wh de
Sedv tods pèv mévoug brougver, tobe d'ix Tod viv pldvoug pebyew.
3) EPICHARME, fr. 287 K. (= Diets, FVS’, I, p. 203, 18) ap. XÉN., Mémor.,
II, 1, 20 : « Töv néveov rododaw hulv rávra táyad” of Ocol. » — Il n'est pas sans
intérêt de relever qu’Epicharme est cité par Xénophon avant que ce dernier
n’introduise la fable de Prodicos.
Prodicos ne l’aurait-il pas cité lui-même dans son ouvrage ("Qpat), avant de
raconter l'histoire d’Heracles ?
4) Cf. JAMBL., Protrept., XXI, p. 114, 4-5, Pistelli.
5) Jamer., V.P., 85, éd. Deubner, p. 49, 9-10. A. DELATTE, Etudes, p. 295,
cherchait à expliquer ce précepte ascétique par les conceptions orphico-pythagericiennes.
Pagina 16
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)sont les peines, mais les plaisirs. c’est, de toute façon, le mal.
Voilà de quelle antithèse la figure d’Héraclés, modèle de
l'effort, parut aux Pythagoriciens la très juste illustration. La
valeur dont se charge le héros dans la secte pythagoricienne ne
peut manquer de nous faire évoquer une parole d’Antisthéne,
qui résume la pensée d’un des grands thèmes de l’interprétation cynique dont ce philosophe! avait tracé les lignes essentielles dans ses ouvrages consacrés à Héraclès? : « Le labeur
est devenu le bien grâce au grand Heracläs®. »
Si Pon a souvent posé le probleme des rapports entre
l’Héraclès des Sophistes, celui d’Herodore et de Prodicost et
celui
des Cyniques,
on s’est plus rarement préoccupé
de
comparer l’Héraclès des Pythagoriciens avec celui d’Antisthéne. Le recoupement sur ce point capital pose en termes
précis la question de leurs rapports.
Les fragments que nous connaissons de l'interprétation
pythagoricienne d'Héraclés ne sont, sans doute, pas beaucoup
plus anciens que ceux d’Antisthene, puisqu'ils ne sont pas
antérieurs à la fin du v® siècle, peut-être même au début
du ıv®. Mais la fortune d’Heracles dans les croyances pythagoriciennes est, elle, incontestablement plus ancienne, comme
le prouve par exemple le cas de Milon de Crotone. La priorité
des Pythagoriciens n'est donc pas contestable. Le recoupement
1) E. ZELLER, Die Philosophie der Griechen, II, 14 (1889), pp. 280 sqq. et
pp. 203 sqq. — R. Héistap, Cynic Hero and Cynic King, pp. 33 sqq.
2) Sur le nombre et les titres des livres d'Antisthéne, cf. HÓIsTAD, op. cil.,
pp. 34 sqq., qui reprend et discute les recherches de H. Ditrmar, Aischines von
Sphettos. Studien zur Literatur-geschichte der Sokratiker, Untersuchungen und
Fragmente (Philologische Untersuchungen, Heft 21), Berlin, 1912, pp. 300 sqq.
3) Dioc. Lairce, VII, 2... xal dr è mévoc dya@àv ouvéarnos Bd tod
weydAou ‘Hpaxdéoug; cf. R. Hölstan, op. cil., p. 37.
4) Voir, en dernier lieu, les pages de R.
HGistan, op. cit.,
pp. 29-33.
Par
exemple KAïBEL, Hermes, 1890, p. 589, pensait que Prodicos avait inspiré les
Cyniques et sans doute les Stoiciens. Après lui, K. JoEr, Der echte und der Xenophontische Sokrates, II, 1 (Berlin, 1901), pp. 125-560, prétendait montrer que l'Apologue
d'Héraclès à la croisée des chemins n'était pas l'œuvre de Prodicos, mais celle
d'Antisthéne. Prodicos n'aurait été qu'un prétexte littéraire à l'exposé des doctrines
d’Antisthene. Retenons-en que le problème des rapports entre les Pythagoriciens
et Antisthéne d'une part, et les mêmes et Prodicos d'autre part, se pose à peu près
dans les mêmes termes. Mais nous n'avons nullement l'intention de faire de
Prodicos et d'Antisthène des Pythagoriciens... Nous ne voulons que signaler de
nouvelles données dans le problème d’Heracles et de son interprétation morale,
Pagina 17
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)de leur système de valeurs héracléennes par celui des Cyniques
ne peut alors s’expliquer que de deux manières.
La première, c'est qu’Antisthène a défini son Héraclès dans
l’ignorance totale de celui des Pythagoriciens; la seconde,
c'est que l’Héraclès des Cyniques n'est qu’un aspect longuement développé de celui des Pythagoriciens.
Nous n'avons aucune raison de faire nôtre l’hypothèse
d’une totale ignorance des Cyniques à l'égard des Pythagoriciens, puisque, au début du 1v* ou même à la fin du v* siècle,
il y a, nous le savons, collusion entre les deux sectes, et précisément à Athènes où vivait Antisthènet,
Dans ce rapprochement entre Pythagoriciens et Cyniques,
une figure se détache, celle de Diodore d’Aspendos?, auquel
Stratonicos adressait ces mots : « Au sectateur de Pythagore
qui réunit une nombreuse assistance autour de sa folie, de son
vêtement de bête et de son langage prodigue d’injures »8.
Comme ce Stratonicos est mort vers 350, nous pourrions déjà
penser que Diodore, le pythagorico-cynique a vécu au début
du Ive siécle*. Le témoignage d’Archestratos, poète sicilien
sans doute et contemporain de Denys, nous engage aux mêmes
conclusions. « Quiconque », disait l’Hésiode culinaire’, « ne
mange pas de poisson, n’a qu’à s’en tenir rigoureusement aux
1) UEBERWEG-PRAECHTER, Grundriss der Geschichie der Philosophie des Allertums, 1920, pp. 77-78. Les poètes comiques du début du ıv® siècle s'en sont fait
l'écho, cf. Drecs, FVS?, I, pp. 478 sqq. (On verra sur les Pythagoriciens, dans
la comédie grecque, les pages 55-68, d’Ant. Werner, Philosophen und Philosophenspoilt in der atlischen Komödie, Diss. München, 1913.)
A. DELATTE, La vie de Pyth. de Diog. Laérce, p. 176, a relevé d'autres traces de
cette collusion. Cf. encore L. Rosin, La pensée grecque?, Paris (coll. « Evolution de
l'humanité », t. XIII), 1948, p. 200; R. REITZENSTEIN, Hellenistische Wünderzühlungen,
Leipzig,
1906,
p. 45, n. 2; J.
GEFFCKEN, Kynika und Verwandies,
Heidelberg, 1909, p. 54.
2) P. TANNERY, Sur Diodore d’Aspende, in Archiv für Geschichte der Philosophie, IX (1896), pp. 176-184 (= Mémoires scientifiques, VII, 1925, pp. 201-210) ;
E. WELLMANN, 8. v. Diodoros, in R.-E. (1903), c. 705; F. Bamer, Der laleinisch
Neuplatonismus und Neupythagoreismus und Claudianus Mamertus in Sprache und
Philosophie, Leipzig, 1936, p.
130.
3) StraTonicos cité par TIMÉE (F.
Gr. Hist., 566, F
16) ap. ATHENEE,
p. 163 E-F. Cf. P. TANNERY, op. cif., p. 202, trouve son témoignage suspect sous
prétexte qu'on a attribué à ce cithariste nombre d'anecdotes.
4) P. Maas, s. v. Stratonikos, in R.-E. (1931), c. 326-327.
Selon l'expression de P. TANNERY, art. cil., p. 206.
Pagina 18
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)légumes et s’en aller trouver le sage Diodore pour pratiquer
en sa compagnie les abstinences pythagoriciennes »!. Enfin
la mention que fait de
Diodore
l'historien de la
Grande-
Grèce, Timée de Tauroménium?, nous confirme et le temps
et le lieu où vécut le Pythagoricien cynique : c’est en GrandeGrèce ou en Sicile, au 1v® siècle, que paraît avoir vécu Diodore
d’Aspendos. P. Tannery admettait même, en conclusion de
son étude, que Diodore fut un contemporain d’Antisthene®.
Quelle que soit la portée exacte de la réforme de Diodore
dans la vie pythagoriciennef, il semble avoir représenté l’orientation de certains. Pythagoriciens vers un genre de vie très
proche de celui des Cyniques. Nul doute, croyons-nous, que ce
fut l’occasion de contacts et d'échanges entre les disciples de
Pythagore et Antisthènef, d’autant plus que Diodore était,
disait-on, revenu en Grèce pour y continuer l’enseignement de
Pythagore.
.
Un tel concours de circonstance parait
rendre
possible
une influence des Pythagoriciens sur le cynisme et peut-être
sur Antisthène, lui-même.
1) Archestratos cité par ATHÉNÉE, p.
163 G-D-E, Cf. M. WELLMANN, 8. v.
Archestratos, in R.-E. (1895), c. 459.
2) TIMÉE ap. ATHÉN., p. 163 E (= F. Gr. Hisi., 566, F 16).
3) P. Tannery, art. cit., p. 206, qui insiste en même temps sur la localisation
en Sicile.
4) Sur laquelle on verra encore P. TANNERY, op. cit., pp. 206-210.
5) P. TANNERY, op. cit., p. 210, termine son article en disant que « les analogies
extérieures qu'il (le pythagorisme du ıv® siècle) a présentées avec le cynisme sont
accidentelles et ne doivent pas faire croire à une influence de l’une des écoles sur
l’autre; en tout cas, le cynisme traditionnel serait plutôt postérieur ».
Peut-être faut-il corriger le verdict de Tannery comme déjà A. DELATTE,
La vie de Pythagore de Diogène Laërce, p. 176, qui semble penser à une influence
réelle, La rencontre de ces deux Héraclès, celui des Pythagoriciens et celui des
Cyniques, n’est pas, croyons-nous, de celles que l’on nomme accidentelles : nous
avons indiqué plus haut qu’Antisthéne connaissait l'Ulysse des Pythagoriciens,
présomption favorabis à la connaissance qu’il pourrait avoir de l’Héraclès des
Pythagoriciens.
6) JamBL., V.P., 266 (passage que BERTERMANN, De Jamblichi
Vitae pythagoricae fonlibus, p. 38, rapporte à Timée) : obroc dè elg thy “EMdda sravérBeov
dédeaxe tag Ilu0æyopelouc povéc. — D'après TANNERY, op. cil., p. 205, l’auteur
de cette liste (qu'il appelle « une œuvre de haute fantaisie » — (Dies, cependant,
l'a reçue dans ses FVS’, I, p. 446), — «en ly plaçant au sixième rang, entendait le
séparer de Pythagore par un intervalle de plus d’un siécle ». Cf. aussi WELLMANN,
8. v. Diodoros, in R.-E. (1903), c. 705, qui critique les données de Jamblique : selon
lui, il est impossible que Diodore soit l'élève d'Arésas (cf. WELLMANN, s. v. ’Apécas,
in R.-E. [1895], e. 667).
Pagina 19
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)Toutefois, malgré ses rapports historiques, le fondateur de
la secte cynique pourrait avoir conçu son Héraclès indépendamment des Pythagoriciens. Un autre élément nous détourne
de cette solution : c'est que, nous l’avons vu ailleurs!, Antisthène connaissait, vraisemblablement, un aspect de l’Ulysse
des Pythagoriciens qu’il citait dans sa propre exégèse de
l’épithète homérique rokórporos.
Nous croyons done pouvoir conclure que l’Héraclès des
Cyniques et par lá, celui des Stoiciens, bref l’Héraclès des
savants et des philosophes doit au visage que les Pythagoriciens du v* siécle lui avaient modelé, quelques-uns de ses
traits essentiels, et en particulier celui de Juste souffrant
qui, au début de notre ére, le posera en rival du Christ.
Dans
l'intérêt grandissant que
sophistes portérent à
les
philosophes
et les
Héraclès, les disciples de Pythagore
semblent donc avoir joué un rôle important, peut-être même
déterminant. À la même époque, et presque en même temps
qu'Hérodore et Antisthene, Prodicos de Céos? écrivait un
obyypauua rod ‘HpaxAtovg. Nous n’en connaissons plus rien,
si ce n’est la fable d’Héraclès à la croisée des chemins dont
Xénophon, dans ses Mémorables, nous a laissé une relation
assez fidèle, semble-t-il®. Héraclés, adolescent, est assis pensivement à l’ouverture de deux routes par lesquelles il voit
s’avancer deux femmes ; l’une au visage sévère, marqué par la
douleur et les peines, est la vertu ; l’autre, au visage souriant,
est le vice aux joies faciles. Chacune, à tour de rôle, montre
1) Cf. ScnoL., in Od., a, 1, éd. Dindorf que nous avons étudiée dans un travail
sur Homère, Hésiode el Pythagore. Poésie el philosophie dans le pythagorisme ancien.
2) K. von Fritz, s. v. Prodikos (IH), in R.-E. (1957), c. 85-89; ZELLER-
NESTLE, Die Philosophie der Griechen®, I, 2, pp. 1311-15 ; W. NESTLE, Vom Mythos
zum Logos*, 1942, pp. 349-359; W. Scumib, Geschichle der gr. Literatur, I, 3,
pp. 41 sqq.
3) Propicos ap. XÉn., Mém., I, 1, 21-34 (= Diets, FVS?, II, pp. 313 sqq.).
Sur la fortune de cet apologue, cf. FRIEDL, Der Sophist Prodikos und die Wanderung
seines « Herakles am Scheideweg » durch die römische und deutsche Literatur, Progr.
Laibach, 1908. Son influence sur l’histoire de l'art a été étudiée par E. PANOFSKY,
Herakles am Scheideweg (Studien der Bibliothek Wartburg, t. 18), 1930. L'Apologue
de Propicos a été étudié en détail par J. ArLrers, Hercules in bivio, Diss. Gottingen, 1912. Je n’ai pu consulter A. FrisERG, Den Svénske Herkules, Kung).
Uittershets Historie och Antikvitats Akad, Handliunger, Del. 61 : 1, Stockolm, 1945.
Pagina 20
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)au jeune homme la route sur laquelle il doit s'engager. Après
quoi Héraclès fait le choix qui engage son avenir : il deviendra
un saint!.
Dans une note qui reflétait moins une conviction personnelle qu’une opinion générale, A.-J. Festugiére écrivait de cet
Apologue de Prodicos que « l’origine pythagoricienne (en)
semble bien assurée ». Tout assurée qu’elle puisse être, elle
n’a jamais, à notre connaissance, fait l’objet d'une démonstration. Comme le problème n'est pas sans importance pour
notre connaissance de l’Heracles des Pythagoriciens, nous
nous y arréterons quelque peu.
Le symbolisme moral des deux voies est, sans doute,
l'élément fondamental de l’Apologue de Prodicos et de la
légende d’Heracles à la croisée des chemins. Or un document
archéologique du 1er siècle de notre ère atteste que l’idée du
« Bivium » est pythagoricienne : c’est un bas-relief qui fut
découvert
à
publié par J.
Alashéhir, l'ancienne
Philadelphie
de
Lydie,
Keil et von Premerstein, et commenté
par
1) Cf. A.-J. FESTUGIERE, La saintelé, Paris (coll. « Mythes et Religions »), 1949,
p. 119.
2) A.-J. FESTUGIERE, L'idéal religieux des Grecs et l'Évangile, Paris, Gabalda,
1932, p. 81 (= n. 9 de la p. 80), qui parle en outre du « vieux mythe fransmis par
Prodicos ». Ce que semble aussi penser Ch. PicARD, Représentations antiques de
l’Apologue dit de Prodicos, in CRAT, 1951, pp. 310 sqq. (Iv., in REG, t. 65 [1952],
pp. xiv-xv) et Nouvelles remarques sur l'Apologue dit de Prodicos. Héraclès entre
le vice et la vertu, in Rev. arch., XLII, 1952, pp. 10-41, qui l’a montré en établissant
(Rev. arch., p. 11) que, dés avant Prodicos et sa mise en forme moralisatrice de la
légende du choix d’Heracles, l'illustration n’avait pas manqué... déjà en Etrurie
pour l’époque archaïque (Attache de pied de ciste prénestine du 1v* siècle, Bronze
n. 1163 du Louvre ap. Ch. PicarD, in Rev. arch., p. 12, fig. 1), puis les miroirs
étrusques étudiés par J. BAYET, Herclé, 1926, pp. 198 sqq., et surtout par
À. DELATTE, Un nouveau monument de la série Herclé-Mlacukh, in Mélanges
Capari, 1935, pp. 113-132, et ensuite par F. de Ruyr, A propos de l'interprétation
du groupe étrusque Herclé-Mlacukh, in Mélanges Cumoni, 1936, pp. 665-673.
Ch. Picarp, Rev. arch., p. 17, penche plutôt vers l'hypothèse d'un Héraclès
choisissant la vertu, puis en Grèce, sur un cratère à cloche du Musée du Louvre du
ıv® siècle (ap. Ch. Picarp, Rev. arch., p. 35). Le MÊME AUTEUR (CRAT, 1951,
pp. 316 sqq.) a étudié la représentation d'un cippe de Sousse, qui donne à Héraclès
choisissant la vertu et délaissant le vice une place dans le symbolique funéraire.
Notons que M. UNTERSTEINER, La Fisiologia del Mito, Milano, 1946 (Il pensiero
Greco, XVIII), p. 322, relève que le mythe de Prodicos n'est pas de sa manière
(et il s’appuie sur Mayer, Prodikos von Keos, Paderborn, 1913, pp. 8-12). Il
prétend que : « Prodico ha sviluppato un motivo proprio della gnomica esiodea
(Op., 287 sqq.) e pitagorico e il temma del giudizio di Paride quale era rappresentato
per esempio in una perduta tragedia de Sofocle. »
Pagina 21
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)Brinkmann d’abord et par F. Cumont ensuite.
Nous ne
pouvons mieux faire que suivre la description de ce dernier
savant,
Débris d’une stéle funéraire, ce bas-relief porte une inscription qui nous apprend que là était enseveli un disciple de
Pythagore, appelé du nom de son maitre ; « sa nature lui avait
inspiré l'amour d'une sagesse qui lui avait enseigné comme
première règle de vie l'obligation du travail ». Les reliefs qui
décorent la pierre sont donc peut-être le seul monument
archéologique qui soit authentiquement pythagoricien. Ils sont
divisés en cing tableaux par des moulures qui dessinent un Y
et par deux barres transversales. Les champs inférieurs du
bas-relief contiennent chacun une femme et un enfant : à
droite, ’Apern, la vertu; et à gauche, ’Aowtla, la débauche.
Les inscriptions permettent de les identifier avec certitude.
Le registre supérieur permet de voir au-dessus de la vertu
l’exaltation du róvos et l'illustration de la vie dure et pénible :
un homme qui pousse sa charrue. Plus haut, encore, figure sa
récompense : le même homme s’éjouit dans le festin d’outretombe. À gauche, une seconde scène répond à la première, elle
symbolise la vie débauchée : un homme couché sur un lit
caresse une femme.
Plus haut, à nouveau, son sort dans
l'au-delà : chatié, il est précipité, la tête la première, dans un
gouffre.
Observons sans plus tarder que, sur ce bas-relief, il n'est
nulle part question d’Héraclès, et que, par conséquent, Keil
et von Premerstein, et après eux de Ruyt?, n’ont aucune
raison de croire
que
ce
monument illustre
l’Apologue
de
Prodicos. Sans doute y retrouvons-nous la vertu et le vice,
1) J. Kein et von PREMERSTEIN, Bericht über eine Reise in Lydien, in Denkschrifien der Wiener Akademie, t. LIIT, 1910, p. 34, n. 55, fig. 28; A. Brinkmann,
Ein Denkmal des Neupythagoreismus, Rhein. Museum, t. LX V1, 1911, pp. 618-625;
F. Cumont, Recherches sur le symbolisme funéraire, 1942, pp. 422 sqq. ; « Légères
réserves» d'A. D, Nock, Sarcophagi and Symbolism, American Journal of Archaeology, 1946, p. 146, n. 25.
2) J. KEIL et von PREMERSTEIN, Op. cil., p. 35 (col I), et F. de Ruyr, L'idée de
« Bivium » et le symbole pythagoricien de la lettre Y, Rev. belge de Philol. et d’Hisl.,
4, X (1931), p. 142.
Pagina 22
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)ainsi que l’allusion aux deux voies, mais le personnage qui a
fait le choix est dans le cas présent un Pythagoricien. Aussi,
jusqu’à preuve du contraire, croyons-nous avoir affaire à une
tradition pythagoricienne, indépendante de Prodicos.
En
effet,
le
symbolisme
moral
des
deux voies
paraît
remonter jusqu’à l’ancien pythagorisme. L'image du chemin
d'abord est, on le sait, attestée par la plus ancienne tradition!; Platon n’appelait-il
Blov 8802?
Sans
pas
Pythagore
doute objectera-t-on
l'inventeur d'un
que
le
symbolisme
moral des deux voies, symbolisé par l’Y pythagoricien, n'est,
lui, que tardivement attesté ? Mais, outre que l'interprétation
1) On le trouve aussi chez PARMÉNIDE (ap.
SEXTUS, VII, 112-114 = DIELS,
FVS?, I, 228, 1 ss.); Emp£&pocLe (Ilepı pboewg, 8, qui parle d’Apres sentiers de
vie, « dpyaQéag Bibtoro xeredOoug », ap. Dies, FVST, I, p. 358, 2).
Cf. O. BECKER, Das Bild des Weges und Verwandte Vorstellungen in frühgriechischen Denken, Berlin, 1937; et B. SNELL, Die Entdeckung des Geistes®, Hamburg, 1955, pp. 320-322, La même image se retrouve, par exemple, chez Pınn., Ol.,
VI, 72-73, et PLATON, Rép., 365 B.
2) PLATON, Rép., X, 600 A, qui oppose précisément Pythagore à Homère,
lequel n’a pas donné l'éducation valable; JAMBL., V.P., 90, éd. Deubner, p. 52,
20... Str words 69ovc Iludayópas rardelag dvedpe; et aussi les [IIv9xy6pov
popo], ap. STOBÉE, III, 1, 40 sqq.
3) Perse, III, 56 et Scuot., in eund. loc.; SERVIUS, In Verg. Aen., VI, 136
et 295; MAXIMIN in Riese, Anih. lat.*, 622; Lacrance, Inst. Div., VI, 3, 6 sqq. 5
AUSONE, Carm., XVI, 12, 5; XVII, 12, 9; MARTIANUS CAPELLA, II, 102; ISIDORE,
Orig., I, 3, 7, passages cités par BRINKMANN, op. cil., ainsi que par F. CUMONT,
Rech. Symb. fun., pp. 425 sqq., et After Life in Roman paganism, New Haven, 1922,
p.
150.
La même opposition des deux routes se retrouve à une époque antérieure dans
les tablettes d'or de Grande-Gröce (cf. KERN, Orphicorum fragmenta, 32, et Dies,
FVS?, I, pp. 15 sqq.).
F. CUMONT, Rech. Symb. fun., p. 423 et n. 5, la dit pythagoricienne; Ch. PicARD,
Nouv. remarques par l’Apol. dit de Prodicos, in Rev. arch., t. XLII, 1953, p. 19,
prétend que le thème des deux routes s’est adapté dans le domaine religieux
grâce au développement des mystères d’Eleusis, et p. 24, il affirme que la oyioic
des Enfers est essentiellement éleusinienne. Mais l'origine éleusinienne de ces
tablettes n’est pas encore prouvée; on verra encore A. DIETERICH, Nekyia, p. 182,
et Kleine Schrifien, Berlin, 1911, p. 422, ainsi qu'E. Ronpe, Psyche! (tr. fr.),
p. 444, n. 4; E. Nonnen, Beiträge zur Geschichie der griechischen Philosophie,
pp. 378 sqq., et C. PascaL, La credenze d’Oliretombe?, 1932, p. 112, sur l'Y
pythagoricien; cf. €.
Pascat,
Il bivio della vita e la littera Pythagorae, in
Miscellanea Ceriani, Milan, 1910, pp. 57-67, et F. J. DÖLGER, Die Sonne der
Gerechtigkeit und der Schwarze, Münster I W., 1918, p. 41, et Sol Salutis?, 1925,
pp. 246 sqq. Sur la survivance de cet Y au Moyen Age, cf. F. CHATILLON, La
« Littera Pythagorae » ou la survivance du symbole de l’Y dans la littérature latine
du Moyen Age, in REL, t. 30, 1952, pp. 65-66, et M.-A. Dimer, La lettre de
Pythagore et les hagiographes du Moyen Age, in Le Moyen Age, t. LX, 1954,
pp. 403-418, ainsi que P. CourcELLE, Les Pères de l'Église devant les Enfers
virgiliens, in Archives d'histoire doctrinale el littéraire du Moyen Age, 1955, p. 22,
Pagina 23
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)par Ch. Picard de la tpané{« d'Athènes nous donne pour l’Y
un terminus ante quem qui est le 112 siècle avant notre ère!,
l’opposition entre les deux voies, l’une, à gauche, du mal;
l’autre, à droite, du bien, nous est assurée par la table aristotélicienne des oppositions?. Si nous y ajoutons la formule
lapidaire du « Catéchisme des Acousmatiques », « dyadöv oi
rövor, ai JE HSoval du avide tedrov xaxdv », nous avons tous
les termes du dilemme que doit résoudre le Pythagoricien sur
la stèle d’Asie mineure, comme d’ailleurs l’Héraclès de |’ Apologue de Prodicos.
Une des sources de cet Apologue, que l’on ne songe jamais
à contester, ce sont les fameux vers des Travaux d'Hésiode! :
« De la misère, on en gagne tant qu’on veut et sans peine : la
route est plane, et elle loge tout près de nous. Mais devant le
mérite, les dieux immortels ont mis la sueur; long et ardu
est le sentier qui y mène, et âpre tout d’abord. Mais atteins
seulement la cime, et le voici dès lors aisé, pour difficile qu'il
soit. » Or cette source d'inspiration prend à nos yeux une
valeur singulière, puisque nous connaissons le grand crédit du
poète des Travaux et Jours auprès des disciples de Pythagore.
Nous croyons donc volontiers que les vers d’Hésiode ont pu
inspirer l’Y des Pythagoriciens et la symbolique des deux
1) Ch. Picarp, Représentation d’une école de philosophie à Athènes, RA,
t. XVI, 1940, pp. 159-160; F. Cumont, Rech. Symb. fun., p. 425, pense que le
symbolisme de l’Y est très ancien et remonte jusqu'à l’ancien pythagorisme.
2) ARISTOTE, Métaph., A 5, 986, A 15 sqq.(= Diets, FVS?, 1, 452, 40 et 45) :
deux couples d’oppositions : Se&rdv xal dprorepóv, et &yabdv xal xaxdv.
3) JamL., V.P., 85 (= « Catéchisme des Acousmatiques » ap. DELATTE, Etudes,
p. 295). D'autres textes insistent sur la valeur du xévoc dans l'éthique pythagoricienne, sans que ce soit sous l'influence des Cyniques : PorpH., Ad Marcell., VII,
p. 278,
13 N2; [Iu0eyépov Tvöpar] ap.
SroB., III, I, 39 H; [THEANO],
Episiola, p. 604, 2, éd. Hercher; Sros., IV, 1, 95 H;
Sros., III, 17, 7 H. Cf. aussi
Porpu., V.P., 15, et Xpvo& “Enr, 45-46, éd. P. C. Van der Horst (cf. DELATTE,
Etudes, pp. 59-69) ; Ant. MELISSA, 78, et HippODAMOS, Ilepl moAttetac, IV, 1, 95 H
(= DELATTE, Essai, p. 146). Cf. F. Cumont, Rech. Symb. fun., pp. 426 sqq.
4) Hésione, Travaux, v. 287-292, éd. P. Mazon. Ces vers sont d’ailleurs cités
partiellement par XÉNOPHON, Mém., II, 1, 20, en même temps qu'un vers d'ÉprCHARME sur l'équivalence de I’&yaOév et des mévot. Ch. PicarD, Représentations
antiques de l’apologue dit de Prodicos, in CRAI, 1951, p. 312, écrivait : « C’est de
l'image d’Hésiode... qu’a procédé, pour longtemps comme on voit, la mise en
œuvre philosophique et didactique, celle des Pythagoriciens par exemple... » ; il
la dit parallèle à un enseignement des mystères qui transpose dans l’autre monde la
croisée des chemins.
Pagina 24
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)voies, à droite, la vertu et le xévoc; à
gauche, le vice et
V4Sovy}. Or, c'est la structure de l’Apologue de Prodicos. Nous
n’en voulons pas conclure, à limitation de Joël qui attribuait l’Apologue de Prodicos à Antisthène, que les Pythagoriciens sont les auteurs de la légende d’Héraclès à la croisée
des routes. Mais l’on comprendra que nous n’ayons pas voulu
taire certaines analogies, aprés avoir reconnu dans la pensée
religieuse des Pythagoriciens du v® siècle l'importance d’ Héraclés, symbole du xévos et modèle d'4perí.
Sommes-nous étrangement abusé, mais il nous semble que
ces philosophes avaient tous les éléments du mythe que la
tradition attribue à Prodicos3, Le pythagorisme, d’ailleurs,
n’a-t-il pas connu, comme semble l’admettre A. D. Nock‘, le
choix initial entre deux routes, puisque le «chemin de vie » de
Pythagore devait s’opposer a une autre voie ? Un passage du discours que Pythagore tient aux jeunes gens de Crotone considère
même l’adolescence comme une «expérience de leur nature », ce
que Rostagni rapprochait d'un passage de la fable de Prodicos.
1) Selon ARISTOTE (Fr, 195 R3), qui rapporte ce détail év tH r@v Iludayopetors
&peoxévra, les Pythagoriciens enseignaient que la route de droite, celle du bien,
monte; tandis que la route de gauche, celle du mal, descend. F. Cumont,
Eur
perpelua, Paris, 1949, p. 258, voit dans PLATON, Phédre, p. 247 c, qui parle des
âmes immortelles « gravissant la pente ardue du firmament pour devenir au sommet
de la voûte céleste les commensaux des dieux », un démarquage d’une allégorie des
Pythagoriciens qui « enseignérent que celui qui a suivi la route escarpée de la vertu,
arrivé au sommet de la rude montée, pouvait se délasser de ses peines et obtenir
le salaire du labeur », Mais ces pages semblent dépasser quelque peu le texte que
nous connaissons. Dans le mythe d’Er de la République, les justes vont à droite
et les criminels à gauche : Cumont, Symb. fun., p. 377, n. 6, a souligné l'origine
pythagoricienne et mazdéenne de ce détail.
2) K. JoEL, Der echte und der Xenophontische Sokraies, 11, 1, Berlin, 1901,
pp. 125-560.
3) Signalons la curieuse tradition que Yon trouve chez PÉTRARQUE,
Vila
Solitaria, I, 4, 2 et II, 9, 4 : c'est une combinaison de l’Hercule de Prodicos et du
symbole de I'Y des Pythagoriciens
; cf. Th. E. Mommsen, Petrarch and the Story
of the choice of Herkules, in Journal of the Warburg and Courtauld Institute,
XVI, 1953, pp. 178-192.
4) A. D. Nock, Conversion. The old and the new in Religion from Alexander ihe
great to Augustine of Hippo, Oxford, 1933, p. 167; W. ScnuLzrz, Herakles am
Scheidewege, in Philologus, t. LXVIII, 1909, pp. 488-499, n'hésite pas à marquer,
par d’audacieux raisonnements, le rapport entre Héraclès au carrefour et Y des
Pythagoriciens.
5) J. ALPERS, Hercules in Bivio, Diss. Göttingen, 1912, p. 9, parle d'un choix
que, selon les Pythagoriciens, l'adolescent devait faire, mais ne cite aucun texte à
l'appui. Cf. Jamer., V.P., 41 : dpebiig 88 Beye nepl cuppoobyme play thy Tüv
Pagina 25
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)En conséquence, trois possibilités sont ouvertes : ou bien
Prodicos a emprunté la fable d’ « Héraclés au bivium » à une
tradition pythagoricienne que Xénophon n’a pas connue ; ou
bien il n'y a eu aucun contact entre Prodicos et les Pythagoriciens et les points communs sont la rencontre fortuite de
deux traditions parallèles ; ou bien encore, Prodicos a imaginé
son Apologue d’après certaines données pythagoriciennes.
Les deux premières solutions ont le défaut d’être trop
absolues. Aussi nous paraît-il plus vraisemblable et moins hypothétique d'admettre que Prodicos a imaginé son Apologue à
partir d'éléments élaborés par les Pythagoriciens. En tout cas,
l'Héraclès de l’un nous a paru trop proche de celui des autres
pour que nous n’insistions pas sur leurs étonnantes affinités.
Notre reconstitution de l'Héraclès des Pythagoriciens n'est
pas encore achevée, il nous faut maintenant préciser sa place
dans la liturgie, ce qui va nous conduire à découvrir un aspect
du héros quelque peu ignoré.
Pythagore avait, disait-on, prescrit à ses disciples d’invoquer au cours de la libation, Zeus, Héraclès et les Dioscures.
Dans l’hymne que les fidèles adressaient avant le repas à ces
divinités, Zeus était appelé le père nourricier, Héraclès la force
de la nature, et les Dioscures l'harmonie universelle!. Abvauc
is phaewc, force de la nature, telle était la définition ésotérique? d’Héraclés dont les prodigieux exploits symbolisaient
veavloxev hAtxlav retpay The pbcews Aaubdverv 200
dy xatpdv dxuatovoac Eyovat
rag Emôvulac. Passage que A. ROSTAGNI, art. cil., p. 196, n. 2, rapprochait de
Propicos (fr. II Diels) ap. X£nopnon, Mem., II, 1, 21 : ... énel x malôuv elo
HEnv œpuñro dy $ of véor Hdn adtoxpdropes yıyvöuevor Syrovaw elte thy de
dpertic 6d6v tpépovra Eri rdv Blov, elte thy did xaxlag xTÀ.
1) Jameu., V.P., 155, éd. Deubner, p. 87, 20 sqq. : onévdew mpd teanéing
mapaxaret Arde Zewrfpoc xal “HpaxAéoug xal Atooxdpay, TAG Tpopñe buvolvras
dy dpynyov xal tov tabrys hyepéva Ala xal tov “Hpaxdta [mal] thy diva Tic
péoeuç xat tod¢ Atoaxotpous, thy auupaviav rüvrrdvrav. A. DELATTE, Eludes,
p. 299, range ce passage au nombre des articles du « Catéchisme des Acousmatiques ».
2) A. DELATTE, Études, p. 115, y voit une tentative d’allégorie religieuse :
Héraclès symbolise la force de la nature. Cf. aussi P. BoyANcÉ, Culle des muses,
p. 243, n. 1. Abvautc est un terme technique dans la philosophie pythagoricienne ;
chez Philolaos, il signifie la propriété fondamentale ou spéciale du nombre, comme le
note J. SOUILHÉ, Etude sur le terme AYNAMIZ dans les dialogues de Platon, Paris,
Thèse complémentaire, 1919, pp. 27-28. Cf. aussi A. Rrvaup, Le problème du
devenir et la notion de matière, Paris, 1906, p. 265.
Pagina 26
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)Vénergie et la puissance de la nature. Loin d’être une allégorie
physique, ce n’était peut-étre qu’une variation sur le théme
Bin ‘Hoaxein de l’Odyssee!. Tout isolée que fut cette exégése,
elle ne resta pas bréhaigne, car elle fut recueillie par les Stoiciens et plus précisément par Cléanthe? dans l’interprétation
allégorique qu'il avait imaginée du héros aux Douze travaux.
Un passage de Cornutus?, dans lequel Wilamowitz* et
von Arnim ont retrouvé les idées du stoicien pythagorisant,
définit Héraclés en ces termes : « L’aspect. sous lequel, dans
Vunivers, la nature est forte et dominatrice. »
C’est donc, comme le dit F. Buffièref, la nature considérée
sous l’aspect force et puissance. C’est la même signification
que prenait aux yeux des Pythagoriciens le héros qu’ils invoquaient dans leur liturgie : analogie que suffisent à expliquer
les tendances pythagorisantes de Cléanthe’. Outre une place
1) Od., XI, 288 et 601 sqq. Le fr. 133, Christ de Pindare (trad. P. Boyanct
Culte des Muses, p. 247 ; cf. A. DELATTE, Etudes, p. 275), cite parmi ceux qui seront
appelés les « héros purs » (hpweg &yvot), « des hommes pleins d'énergie ou de force » :
définition qui semble parfaitement convenir au héros
« dorien ».
L’exemple
d’Héraclès a pu jouer un rôle dans l'héroisation des athlètes vainqueurs, telle qu’on
la voit dans Pindare. J. DucHEMIN, Pindare poète el prophète, Paris, 1955, passim,
y a consacré de nombreuses pages (avec souci constant de saisir des points de
contact entre Pyth. et Pindare, ce que lui reproche son recenseur de la REG,
Defradas).
2) CLÉANTHE ap. SVF, I, 514, Cf. von Anni, s. v. Kleanthes, in R.-E. (1921),
c. 558 sqq. — D'après Connutus, Theologia, 31 : tovg Sè SHSexa KOAoug evdeyetar
uty dvayayeiv ox ¿Morelos Em tov Gedy, dc xal Kiedvöng ëroinaev. Ces allégories
des Travaux d'HÉRAGLÈS devaient connaître une riche fortune, voir e. g. L. TroJE,
Die Dreizehn und die Zwülf im Traktat Pelliot (Dogmen in Zalhenformeln), Ein
Beitrag zu den Grundlagen des Manichaismus, Leipzig, 1925, p. 131, n. 3.
3) Corwurus, Theologia, 31, p. 62, 23 sqq., éd. Lang.
4) WıLamowırz, Conjectanea, Ind. schol. Golf. aest., 1884, p. 12, c. XXXI.
5) Von Arnım, SVF, I, 514 et s. v. Kleanthes, in R.-E. (1921), c. 556 sqq. Ich
glaube mit recht die Deutung des Herakles als 6 ¿y toTg 6A0tg tévog (dass so statt
Aöyog zu schreiben, zeigt der Zusammenhang) auf K. zurückgeführt zu haben. —
On a fait grief a von Arnim de cette correction purement gratuite : par exemple,
Scumipt, De Cornuti theologiae graecorum compendio, Diss. Halis Saxonum, 1912,
p. 88, et F. Burrizre, Les mythes d'Homère et la pensée grecque, Paris, 1956, p. 144,
n. 29.
6) F. Burrizre, Les mythes d’Homere et la pensée grecque, Paris, 1956, p. 144,
n. 28, a insisté très justement sur le sens de Aöyog qui, parfois, et en particulier
chez Cornutus, peut signifler « sous l’aspeci de..., ce qui rend raison de »; A6yoc a
également le sens connu de rapport : ex. gr., PLUT., De facie Lunae, p. 945 D.
7) Von Arnım, Kleanthes, in R.-E. (1921), c. 565 : en particulier sur l’identification d’Apollon et du Soleil qu'a étudiée P. Borancé, Études sur le Songe de
Scipion (Bibi. Univ. du Midi, fasc. XX), Bordeaux, 1936, pp. 87-97. Il en ressort
que cette assimilation présente un caractére pythagoricien. M. P. Boyancé continue
Pagina 27
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)dans l’invocation libatoire, le rituel pythagoricien réservait à
Héraclès un jour de sacrifice, le huitième du mois ; eu égard,
disait-on, à sa naissance dans le huitième mois!. La répartition des jours du mois entre les différentes divinités — le
6e jour à Aphrodite, le 8e à Héraclès, etc.2 — si elle rappelle
les Jours d’Hesiode, était sans doute fondée sur des spéculations arithmologiques. Nous les connaissons parfois : c'est le
cas pour Héraclès dont le jour de sacrifice, le huitième du
mois, a été justifié, sinon fixé, par la tradition qui le faisait
naître le huitième mois. Selon les uns, en effet, Héraclès était
né le huitième mois; selon d'autres, après dix mois’.
Les
Pythagoriciens avaient fait leur la première version qu'ils
intégraient probablement dans leur théorie sur la grossesse.
L'on sait en effet que, d’après Varron, cité par Censorin*,
« Pythagore disait qu’il y a deux sortes de gestations : l’une
de sept mois, l’autre de dix », théorie qui semble remonter
jusqu’à l’ancien pythagorisme?.
Ainsi donc, moralisé et presque canonisé, Heracles était
monté sur les autels du pythagorisme. Le culte avait consacré
son statut de héros pythagoricien.
La figure noble et ascétique du « Juste souffrant » n’était
pas le seul visage d’Héraclès, car le héros montrait aussi à
d’ailleurs ces recherches, comme il a bien voulu nous l’apprendre. Les résultats de
cette enquête sont toutefois ignorés de G. VERBEKE, Kleanthes van Assos (Verhand.
Von der Koninkl. VL. Akad., Klasse der letteren, t. XI, 9), Brussel, 1949, comme le
lui reproche P. Boyancé, Note sur la Tétraktys, L*Ant. class., 1951, pp. 420 sqq.
Sur ces tendances, voir A.-J. FESTUGIERE, Révél. Herm. Trismégiste, II (Le Dieu
cosmique), 1949, pp. 310 sqq.
1) JaMBL., V.P., 152 : ‘Hpaxdet Si Set Guardtew dyd6n tod unvòc iorauévou
oxorrobvtas Thy Emráynvov adrod yéveotv. La source de ce passage, selon BERTERMANN, De Jamblichi Vilae Pythagoricae fontibus, p. 34, est Androcyde.
2) JamBL, V.P., 152 : ces phrases dépendent-elles du passage qui les précède
immédiatement (dans ce cas, le second ‘Iepèc Aöyog, étudié par A. DELATTE,
Etudes, pp. 191 sqq.), ou bien sont-elles tirées de la méme source que les indications
« vestimentaires et rituelles » ?
3) Naissance d’Heraclös : O. GRUPPE, s. v. Herakles, in R.-E. (1910), Suppl.
Band III, c. 1015 sqq.
4) CENSORIN, De die natali, IX, 3 : Pythagoras dixit partus esse genera duo,
alterum septem mensium, alterum decem.
5) Cf. A.
DELATTE, Les harmonies dans l’embryologie hippocratique, in
Mélanges P. Thomas, Bruges, 1930, pp. 160 sqq., qui cite de nombreux textes
parmi lesquels (à la p. 166) les *Yropvnuara Iludayopıx& d'Alex. Polyhistor ap.
Dioc. LAËRCE, VIII, 29, éd. A. Delatte.
Pagina 28
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)tous comment s’acquiert une éternité bienheureuse : le premier, il avait ouvert une route merveilleusement neuve. Son
exemple a dû catalyser de grandes espérances d'hommes!,
Hésiode l’avait chanté, lorsqu'il était devenu l'époux d'Hébé? :
« Le vaillant fils d’Alcmöne aux fines chevilles, le puissant
Héraclès, ayant achevé ses gémissants travaux, héros bienheureux qui, sa grande tâche accomplie, habite chez les Immortels,
soustrait aux malheurs et à la vieillesse à venir. »
Sur le theme Le mariage d’Hébé?, Épicharme, que les
1) J. Bayer, Les origines de ' Hercule romain, p. 417, a insisté sur le rôle de
l’orphisme dans le progrès des idées d'immortalité héroïque. A l’appui de quoi il
citait les tablettes « orphiques » de Grande-Gréce. Alors, écrit-il, « le mort héroisé
n’a plus rien à envier à l’antique Héraclès qui, avant lui, avait éprouvé la douceur
du Paradis terrestre, la puissance de la boisson d'immortalité et la faveur des
divinités souterraines ». Cf. aussi H. Grécorre, L’immortalité de Philoctète et
les « amulettes » orphiques découvertes dans la nécropole de Grande-Grèce, in
Bull, Acad. royale de Belgique, Classe des lettres, 5° série, t. XLI, 1955, pp. 445-452.
Dans la ligne des affinités entre Hercule vainqueur et les tablettes d’or, nous
voudrions attirer l'attention sur d'autres rencontres. Sur une tablette trouvée à
Thurioi — ville où le culte d’Heracles est attesté anciennement (J. BAYET, Origines
de l’Hercule romain, p. 12, relève que le culte en est attesté dès le jour de la
fondation : une des quatre artères principales porte son nom [Diod., XII, 10, 7]
et ensuite que, à la fin du v® siècle, l’Héraclide dorien Dôrieus ne put qu'accroître
l'importance d'Héraclés. De plus, les Thouriens prétendaient conserver l'arc
d'Héraclés dans leur temple d’Apollon [Justin, Hist., XX, 1, 16] — on peut lire un
vers : « J'ai pris mon essor au delà du cercle douloureux et pénible » (= DIELS,
FVS?, I, p. 16); ensuite : « D’un pied rapide, je me suis élancé vers la couronne
désirable », pour enfin prononcer l’énigmatique formule : « Je me suis jeté sous (?)
le sein de Demeter, la reine de l'Enfer. » A. DIETERICH, De Hymnis orphicis capita
quinque, 1891, p. 38, avait rappelé le rite d'adoption d'Héraclés, tel que DIODORE,
IV, 39, Pa fait connaître. Or, quatre miroirs étrusques, étudiés par J. BAYET,
Herclé, pp. 150 sqq., montrent le héros prenant le sein d'Héra. De cette représentation mythologique qui n'est pas postérieure au ıv® siècle, J. BAYET, op. cil., p. 154,
pensait qu'il ne fallait pas chercher une explication indépendante des théories
grecques relatives à l'immortalité et à l'apothéose. Or, un texte d'ÉRATOSTRÈNE,
Catasiérismes, XLIV (cf. WEsT., Mythogr. graeci, p. 267) (111° siècle av. J.-C. ?),
apprend ceci : « où yap ¿Eñv vois Ardg bois TAG oùpaviou tiie petacyeiv,
el ph tig abrav Onrdoe, tov Tic “Hoag uaotév », Nul texte ne dit mieux que,
par son geste, Héraclés a ouvert la voie de l’immortalité. Aussi nous demandonsnous si le vers de la tablette d'or ne fait pas allusion à ce geste rituel que, le
premier, Héraclés avait osé faire. Une telle interprétation suscite des objections
dont la moindre n'est pas que Déméter remplace ici Hera... Aussi l'hypothèse,
émise par A.-J. FESTUGIÈRE, Les Mystères de Dionysos, in Rev. biblique,
1935,
pp. 36 sqq., apparaît encore la plus sage, jusqu’à présent du moins.
2) Hésrone, Théogonie, v. 950 sqq., éd. et trad. P. Mazon.
3) ÉPICHARME, ap. KAIBEL, Com. gr. fragm., 1, 1 (1899), pp. 98 sqq. Cf. ScumrvSTAEHLIN, Geschichte der grieschischen Literatur, I, 1, p. 641. Outre cette comédie,
Épicharme avait encore consacré deux autres pièces à Héraclès, intitulées, l’une,
‘HpaxAfg è mi tov Cooripx, et l'autre, “HpaxAñc è tapà DéAw. A n’en juger que
d’après le titre de cette dernière, elle devait mettre en scène une bonne beuverie.
Pagina 29
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)Pythagoriciens reconnaissaient comme un des leurs!, avait
écrit un poème dont nous ne savons plus s’il était prétexte à la
peinture d'un Héraclès glouton — un Gargantua, disait Parmentier — ou à un chant d’un ton aussi religieux que les
derniers accents de la VIlle Néméenne de Pindare?. L’ Héraclés
sicilien, toutefois, ne devait pas étre aux antipodes de celui
dont Pindare, dans le quatrième Isihmique, écrivait très bellement : « C'est le fils d'Alcméne qui entre dans l’Olympe,
après avoir exploré toutes les régions de la terre, tous les
abimes
de
la
mer
aux vagues blanchissantes,
aux
bords
escarpés, et pacifié la route des navigateurs. Maintenant, près
de Zeus porteur d’égides, il réside et goûte la félicité la plus
belle, honoré par les Immortels comme un ami qui leur est
cher, époux d'Hébé, maître d’un palais d’or et gendre d’Hera®. »
L'Héraclés en gloire était un Héraclès au repos, qui, selon
le poète de la Nekyiat, « se réjouit dans la joie des festins ». Il
1) Selon Diog. LAËRCE, VIII, 7, éd. Delatte, p. 108, 14, Héraclide attribuait à
Pythagore un ouvrage appelé Hélothalès qui, sans doute, pense A. Delatte (p. 164),
mettait en scène le père d’Epicharme, Les Pythagoriciens comptaient, en effet,
ce dernier au nombre des leurs (JamBL., V.P., 166, 266). DrocènE LAËRCE, VIII,
78, lui a même consacré une place dans la secte. Cf. G. KarBEL, 8. v. Epicharmos,
in R.-E. (1907), c. 40, et Scumip-STAEHLIN, Geschichie der grieschischen Literatur, I,
1, p. 644, n. 6.
2) J. DucHEMIN, Recherche sur un thème aristophanien et ses sources religieuses : les voyages dans l’autre monde, in Les Etudes classiques, t. XXV, 1957,
pp. 273-274, a pensé a ce rapprochement; du moins, pense-t-elle que la pièce
d'Épicharme commençait comme les vers 69 sqq. de Pindare. Je crains toutefois
que le poème d’Epicharme n’ait fini d'une tout autre manière. Sur l’Héraclès de
Pindare, cf. M. Gigante, NOMOX BAZIAEY®, Naples, 1956, pp. 56-71.
3) Pinpare, Isihm., IV, 55 sqq.; J. DUCHEMIN, Pindare poéte et prophète,
Paris, 1956, passim (cf. Index s. v. Pythagore, Pyihagoricien et Pythagorisme), a
souligné, à plusieurs reprises, des points de rencontre possibles entre Pindare et les
Pythagoriciens.
4) Od., XI, 602-603 : aitdg Sè per” dfavérarar Brotar tépmetar dv Gadi xl
dye xaddtopupov "Hönv. Il convient de s'arréter sur ces vers de la Nekyia, car
F. Cumonr, Lux perpetua, pp. 190 sqq., a voulu y reconnaître une interpolation
pythagoricienne. E. Ronpe, NEKYIA, in Rh. Mus., 1895, pp. 625 sqq. (= Kleine
Schrifien, II, pp. 255 sqq.) (cf. Psyché [tr. fr.], 150) a, le premier, montré que dans
ce texte d’Homére une interpolation s'était glissée. Aristarque, comme l'a montré
A. SEvERYNS, Le cycle épique dans l’école d' Aristarque, Liége-Paris, 1928, p. 176, y
avait déjà vu une interpolation; et la divinisation ainsi que le mariage divin
d’Heracles sont, d’après A. Severyns (p. 177), un souvenir probable de la
Titanomachie.
Dans une autre notice, peut-étre aristarchienne, un scholiaste prétend que,
dans les vers 601-602, il y a une distinction tripartite du composé humain : yuy}-
oûua-et8waov, tripartition qu'Homére ne connaît pas. Fr. Cumont, Lucrèce et le
symbolisme pythagoricien des Enfers, in Rev. phil., t. XLIV, 1920, p. 238, pensait
Pagina 30
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)était devenu un de ces hommes qui, disait Empédocle!, « partagent le foyer et la table des autres
Immortels et sont
exempts de douleurs humaines ». Nous connaissons ce type
d’Heracles par la céramique attique à figures noires ; il fut
répandu en Italie par les monnaies de Crotone d’abord et de
Tarente ensuite? N'était-il pas en parfaite harmonie avec la
plus ancienne tradition des Pythagoriciens et des Orphiques
sur un au-delà qui promettait aux élus festins et banquets
d'abord à une interpolation « de quelque théologien d’un âge postérieur ». Cf.
Ip., Afterlife and Roman Paganism, New Haven, 1922, p. 167. Plus tard, le même
savant, dans les Recherches sur le symbolisme funéraire, Paris, 1942, p. 370, n. 5,
écrivait : « Certains Pythagoriciens établirent une distinction entre l’eldwAov ou
umbra qui habite l'Enfer et la Juy) ou anima qui s'élève vers l’Olympe. »
Cumont ajoutait même une remarque sur les vers 576-600, du chant XI, qu'il
considérait « comme une interpolation des mêmes Pythagoriciens ». Dans son
dernier ouvrage (Luz perpelua, p. 190), le même savant concluait à une interpolation
pythazoricienne : la distinction entre Padrós et l'etdwAov d'Héraclès lui paraissait
une doctrine purement pythagoricienne. Antérieurement aux textes cités par
CumonrT, Lucrèce el le symb. pyth. des Enfers, pp. 229 sqq., nous ne connaissons
aucun texte pythagoricien qui parle d’une telle distinction. Sans doute, ce passage
est-il interpolé, mais le pythagorisme ne nous en fournit pas d'explication valable,
Le problème reste posé : une scholie (ScuoL., in Od., XI, 604) attribue le vers sur
Héraclès (aótóc) au fameux Onomacrite, auteur de teAetai, chresmologue et
auteur d’un traité sur Héraclès Idaios. R. PETTAZZONI, La religion de la Grèce
antique, Paris, 1953 (tr. fr.), p. 119, accepte d’y voir une interpolation mais refuse
de croire que «ces vers ont été transportés d'une œuvre orphique préexistante dans
la Nekyia », Sa solution est plus fine : « Cette matière eschatologique, dit-il, a
‚connu une nouvelle élaboration dans l’Athènes du vie siècle, sous l'influence des
idées religieuses pseudo-orphiques. » N'est-ce pas la solution que semblait préconiser
WILAMOWITZ, Der Glaube der Hellenen, II, 25, n. 1 : « Der Rhapsode des sechsten
Jabrunderts hat den Glauben an den helfenden Gott verloren und erst recht
an den Menschenadel für den Mühe und Arbeit das Leben köstlich machen » ? En
écrivant ces lignes, WiLamowirz condamnait le long chapitre de ses Homerische
untersuchungen, 1884, pp. 140-142 et pp. 199 sqq., dans lequel il avait essayé de
montrer l’orphisme de la Nekyia. A. DELATTE, Études (1915), pp. 134-136, soulignait, en rappelant l'enquête de Wilamowitz, que la commission, chargée du soin
d'éditer les poèmes homériques sous le patronage de Pisistrate, « nous oriente vers
les communautés religieuses de Grande-Grèce » (CRAMER,
Anecdola parisiensa
graeca, I, p. 30, et Suipas, 8. v. Orpheus, 2). Toutefois, avant de parler d'une
interpolation orphique ou pythagoricienne, il faut entendre les philologues qui
prétendent que les vers 600 et suivants sont des débris d’une épopée plus ancienne.
Par exemple, Th. ZieLINSKI, Excurse zur Trachinierinnen, in Philologus, 189€,
pp. 492-493, a cru trouver dans A, 601-603, la preuve que, dans un poème plus
ancien, Héraclès avec Tantale et Sisyphe auraient formé une triade de grands
damnés. P. von DER MUuLL, Philologus, t. 93, p. 8 n, conclut à l’existence d'une
xorábaois d’Heracles. Cf. Ip., s. v. Odyssee, in R.-E. (1950), Suppl. VII, e, 727.
Quoi qu’il en soit, il semble assuré que les vers litigieux ne peuvent étre une interpolation pythagoricienne. Nous reviendrons sur ce problème à propos de la Vekyia
homérique et des conceptions eschatologiques des Pythagoriciens.
1) Emrépocee, Fr. 147 (Diets, FVS?, 1, p. 370, 9-10).
2) J. BAYER, Les origines de Hercule romain, p. 414.
Pagina 31
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)sans fin! ? Pour goûter cette félicité, Héraclés s'en était allé
sur un char à quatre chevaux blancs, tel que de nombreux
vases de l'Italie méridionale? l’on fait connaître. Dans l'étude
du Disque
de Brindisi®, dont il a dénoncé les affinités pythagoriciennes, P. Boyancé n'a pas manqué de souligner l’étroit
rapport de l’apothéose de Sémélé avec celle d’Heracles. Le char
de Sémélé, conduit par un Hermès psychagogue, pénètre dans
le Zodiaque sous le signe du Scorpiont. Or, « c'est par là
qu’Hercule », selon l’Empédotime d'Héraclides, « s’en est allé
chez les dieux ».
C'est le même char d'apothéose de l’Heracles de Grande-
Grèce qu’Ennius le pythagorisant reprendra plus tard pour
célébrer la
divinisation de
Romulus®.
Tant la vision d'un
Héraclès, maitre d’immortalité, avait impressionné la cons-
1) La croyance est attestée pour le pythagorisme ancien par le poète comique
Aristophon ap. Dioc. LAËRCE, VIII, 38 (= Diets, FVS?, I, p. 470, 20 sqq.), cf.
F. Cumont, Rech. Symb. fun., pp. 372 sqq. Pour les orphiques, nous avons le
témoignage de PLATON, Rép., p. 363 c.
2) C’est la forme la plus commune de son apothéose. F. Cumont, Symb. fun.,
p. 27, fig. 1, a donné une excellente reproduction d'une amphore d’Apulie conservée
au Musée de Bruxelles et qui est un très bon exemple de l'apothéose du héros
(cf. MAYENCE, Corpus vas Belg., 45, fasc. I). Travail d'ensemble de MINGAZZINI,
Le rapprezentazione vascolari del mito dell’ apoteosi di Herakles, in Mem. Accad.
Lincei, série VI, t. I, 1925, pp. 484 sqq. Cf. R. PETTAZZONI, La religion dans la
Grèce antique?, Paris, 1953, p. 104.
3) P. Bovancé, Le disque de Brindisi et l’apothéose de Sémélé, in Rev. Et.
anc., t. XLIV, 1942, pp. 204-207.
4) Le disque est reproduit par P. Boyancé, art. cit., in REA, t. XLIV, 1942,
pl. IV, fig. 2
5) Servius, Ad Georg.
Virg., I, 34, p. 141, éd. Thilo : « Varro ait se legisse
Empedotimo cuidam Syracusano a quadam potestate divina mortalen adspectum
detersum eumque inter cetera tres portas vidisse tresque vias, unam ad Signum
Scorpionis qua Hercules ad deos isse dicerelur, alteram per limitem qui est inter
Leonem et Cancrum, tertiam esse inter Aquarium et Pisces, » HÉRACLIDE est, on le
sait, l’auteur de l'Empédolime. Cf. DAEBRITZ, s. v. Herakleides, in R.-E. (1912),
c. 476. P. Bovancé, art. cil., p. 207, ajoute un autre parallèle, celui de VIRGILE,
Géorgiques, I, v. 34-35 : « Ipse tibi jam bracchia contrahit, ardens/Scorpios, et
caeli justa plus parte reliquit. »
6) Ennius, v. 11-12, Vahlen?. — P. Boyancé, La religion astrale de Platon à
Cicéron, in Rev. des Etudes grecq ses, t. LXV, 1952, pp. 326 sqq., prolonge certaines
hypothèses d'A. DELATTE, Études, pp. 73 sqq., et de H. W. Thómas, EITEKEINA,
Diss. Munich, 1938, pp. 106 sqq., sur l'origine pythagoricienne du thème du « char
de l'âme », que Platon met en page dans le Phedre. Plus loin, P\'Bovancé, art. cil.,
pp. 339 sqq. et 343, insiste sur l'importance de l'ascension céleste d'Héraclés dans
cette conception de l'apothéose de la psyché (In., ibid., p. 343, relève aussi que,
pour Scipion, Eunius a repris l'image des portes du ciel qui se trouvait dans
VEmpédolime).
Pagina 32
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)cience religieuse de l’Italie méridionale et de ses héritiers.
Le char, traîné par quatre chevaux, n’est pas l’unique
représentation de l’apothéose du héros. Mingazzini! en signale
d'autres où l’on voit le plus souvent Héraclès jouer de la
cithare. Ch. Dugas, qui en a repris l'étude, a remarqué que ces
vases appartenaient pour la
plupart au
dernier quart du
vie siècle’. La figure d’un Héraclès citharède est assez inattendue et semble contredire la tradition bien établie’ que
l'instruction du héros n’alla pas sans difficultés, comme le
prouve une
coupe de
Munich,
citée
par
Ch.
Dugas‘,
qui
« illustre la fin de cette tentative d'éducation musicale, en
montrant le pauvre professeur de lyre, Linos, assommé à
coups de chaise par son terrible disciple, au milieu de la classe
effrayée ». Pour expliquer le type de l’Heracles à la cithare,
qui apparaît au vie siècle, Ch. Dugas a songé à l'influence
d'idées pythagoriciennes?, Héraclès, povoixds dvip, serait donc
la
plus ancienne
illustration
de
cette
croyance
pythagoricienne qui, A. Delatte l’a montré*, promet aux morts les
joies de la musique ; croyance qui n’est pas étrange dans une
secte qui donnait à la musique une fonction si pleine’. On ne
s'étonnera plus de voir une lyre dans les mains du
héros
lorsqu’on aura rappelé que l'Héraclès crotoniate, celui que les
1) Mincazzını, Le rapprezentazione vascolari del mito dell’ apoteosi di Heracles,
in Mem. Accad. Lincei, Scienze morali, storiche e filologiche, 1, t. X1, 1925, p. 465.
Soit une trentaine de vases, Sur certains d'entre eux, le héros joue de la flûte au
milieu d'un thiase bachique (cf. BAYET, op. cit, pp. 403 sqq. et 418 sqq.), mais sur
la plupart, il tient une cithare : ce sont ces derniers qui font l'objet de l’étude de
Ch. Dugas.
2) Ch. Ducas, Héraclès Mousikos in REG, t. LVII,
3)
Ch.
Ducas,
art.
cil.,
p.
4) FURTWAENGLER-REICHHOLD,
Duaas,
art.
cil,
p.
1944, pp. 61 sqq.
64.5,
Griechische
Vasenmalerei,
pl.
165,
cité
par
64.
5) Ch. Ducas, arl. cit., p. 70, qui, parmi d'autres arguments, attire l’attention
sur la saveur pythagoricienne de l'Apologue de Propicos qui, selon lui, « est une
simple illustration du symbolisme de I’Y ». Sa conclusion vaut d’être reproduite :
«Je ne veux pas faire de nos imagiers des Pythagoriciens ; nous devons, toutefois,
à leurs productions, me semble-t-il, d’entrevoir l'influence d'idées répandues dans
la seconde moitié du vie siècle par les progrès de la secte. »
6)
A. DELATTE, La musique au tombeau dans l'Antiquité, Rev. arch.,
1913,
pp. 318-332, approuvé par F. CUMONT, Symb. fun., p. 290.
7) J. CROISSANT, Aristoie el les mystères, Paris-Liège, 1932, p. 50, et P. Boyancé,
Culle des Muses, pp.
Pagina 33
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)Pythagoriciens connurent le mieux, était l’allié d’Apollon,
compagnie qui n’a pu que favoriser la naissance d’un Héraclès
musagéte!,
Alors qu’elle aurait pu demeurer simple hypothèse, l'idée
de Ch. Dugas de reconnaître l'influence du pythagorisme sur
la formation d'un Héraclès, povorxds évip, trouve une remarquable confirmation dans le type de l'Hercules Musarum qui,
au 11° siècle av. J.-C., présente une même association dans un
contexte, cette fois, assurément pythagoricien.
C'est en
187, croit-on, que Fulvius Nobilior?, après sa
victoire d’Ambracie, avait élevé un temple à Hercule sous le
tire d’Hercules Musarum. Ce grand personnage, « consul érudit,
féru du rôle de Numa, persuadé de son pythagorisme », avait
transféré dans ce sanctuaire un petit édicule de bronze que
Numa avait fait faire pour les Caménes!. Il y avait aussi déposé
son ouvrage sur les F'asies®, qui faisait à Numa une place si
belle et dont Ovide, souligne P. Boyancé®, a seul adopté le
système.
1) J. BAYET, Origines de l' Hercule romain, pp. 17 sqq. (de même à Métaponte ;
ef. Iv., ibid., pp. 15 sqq.).
2) Sur ce point, le mémoire fondamental est celui de P. Boyancé, Fulvius
Nobilior et le Dieu Ineffable, in Revue de Philologie, t. XXIX, 1955, pp. 178 sqq. ;
P. GrimaL, Le siècle des Scipions, Paris, 1953, pp. 147-148, avait déjà insisté sur
l'aspect curieux de l'association d’Hercule et des Muses : il en avait suggéré l’explication par la tradition pythagoricienne des Muses qui représentent la f&icité des
Bienheureux. Cf. MUNZER, s. v. Fulvius (n. 91), in R.-E. (1910), c. 265-267.
La signification d>s Muses dans la pensée pythazoricienne peut être renouvelée
ou du moins approfondie depuis les recherches de J.-P. VERNANT (Aspects mythiques de la mémoire en Grèce, Journal de Psychologie, 1959, fasc. I, pp. 1 sqq.).
3) P. Bovancé, op. cil., p. 189.
4) Deutero-Servius, In Verg. Aen., I, 8 (I, p.
14, Thilo) : «
His
Numa
aediculam aenzam brevem fecerat quam postea de caelo tactam et in aede Honoris
et Virtutis conlocatam Fulvius Nobilior in aedem Herculis transtulit, unde aedes
.
Herculis et Musarum appellatur. »
5)..MACROBE, Sat., I, 12, 16 : « Nam Fulvius Nobilior in Fastis quos in aede
Herculis Musarum posuit, Romulum dieit postquam populum in majores junioresque divisit, ut altera pars, consilio, alterna armis rem publicam tueretur, in
honorem utriusqus partis hunc Maium, sequentem Junium vocasse. » Cf,
P. Bovancé, art. cit., pp. 173 sqq. C'est dans cet ouvrage que P. Nobilior aurait,
selon P. BovAncé, glissé un morceau sur le dieu ineffable que nous a transmis
J. Lyous, De Ostensis, 16, et qu’avait signalé A. DELATTE, Les doctrines pythagoriciennes des livres dz Numa, Bull. Acad. Belgique, Classe des Lettres, 5¢ série,
1. XXII, 1936, p. 35.
6) P. Bovancé, arl. cil., p. 178 : une pareille remarque prend un sens très
intéressant si Pon se souvient qu’Ovide est l’auteur du XVe livre des Métamor-
Pagina 34
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)Fulvius était, on le sait, le protecteur en titre d’Ennius, le
poéte pythagorisant, et ce dernier n’est sans doute pas étranger
au choix de l’Hercules Musarum. P. Boyancé, qui a donné
d’excellentes raisons de le croire, s’est demandé si Fulvius et
Ennius avaient créé de toutes pièces cet Hercule Musagéte! et
inventé cette liaison entre les déesses et le héros. Les vases du
dernier quart du vi® siècle fournissent un précieux recoupement archéologique qui confirme la réponse de P. Boyancé
que les anciens Pythagoriciens avaient déjà mis en relation le
culte d’Heracles avec celui des Muses?.
*
*
Oe
Parti de l’Héraclès crotoniate, celui que le Pythagore du
ve siècle évoque dans son discours, nous sommes arrivé a
Hercules Musarum de Rome, celui que vénérèrent les « pythagorisants », Fulvius et Ennius. Avons-nous trouvé des raisons
plus impérieuses que celles de J. Carcopino®, pour parler avec
lui des «origines pythagoriciennes de l'Hercule romain » ?
Sans doute y a-t-il continuité de I’Héraclés de Crotone à
l’Hercule de l’Ara Maxima :
il serait mal venu de le niert.
Mais rien ne nous prouve que l’Héraclès de Crotone soit celui
des Pythagoriciens : ces philosophes, s’ils en ont retenu certains
aspects, en ont sûrement développé d’autres. La meilleure
phoses. Boyanck, ibid., p. 179, remarque que le même poète est le seul à faire de
Numa l'élève de Pythagore, Pour ce XVe livre, il faut en dernier lieu tenir compte
des remarques présentées par R. Cranay et J. Hubaux, Sous le masque de Pythagore, dans Ovidiana, Paris,
1) P.
Bovancé, arl.
1958, pp. 283-300.
cit.,. p.
181.
2) Héraclès apparaît associé aux Muses, dans un banquet céleste (?) sur un
sarcophage du Musée d'Athènes, publié par F. Cumont, Rech. symb. fun., pl. XXV,
1 (= p. 198) (publié autrefois par Conze, Archdologische Zeitung, XXIX, 1872,
pp. 81 sqq. et pl. 49). N'est-ce pas un nouveau témoignage de l’influence exercée
pur certaines croyances pythagoriciennes sur la symbolique funéraire, thèse que
F. CumonT, Rech. sym). fun., 1942, a si magistralement illustrée ? Cf. aussi E. Dırz,
Ein Hercules Musarum in Flavia Solva, 1943-47, W.S., LXI-LXII, pp. 195-204.
Juba II (ap. PLur., Quaest. rom., 59)
expliquait cette association par Pobligeunce qu'avait montrée Hercule en apprenant à lire aux sujets du roi Evandre.
3) J. Carncopino, Les origines pythagoriciennes de l’Hercule romain, dans les
Aspects mystiques de la Rome paienne, Paris, 1941, pp. 173-206. Cf. J. GAGÉ, Apollon
romain,
4) J. Bayet, Les origines de l'Hercule romain, pp. 477 sqq. (Conclusion).
Pagina 35
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)raison d’en douter reste que, si Héraclés existe dans la conscience religieuse des Pythagoriciens, il n'ya pas, au sens propre,
de « légende pythagoricienne » d’Héraclès. Aussi croyons-nous
que s’il y a, à Rome, un Héraclès pythagoricien, c’est, non pas
l’Hercule de l'Ara Maxima, mais l’Hercules Musarum, lointain
écho d’une association qui date du v* ou même du vi? siècle.
L'apport des Pythagoriciens dans la légende héracléenne
est d’avoir contribué, plus que tout autre, à sa rénovation :
par eux, le tueur de monstres pénètre dans l’hagiographie.
Sans
doute
Héraclès
connaîtra-t-il d’autres mutations
de
valeur, mais elles iront presque toujours dans le même sens,
que ce soit chez les Stoïciens ou dans d’autres sectes philosophiques. C’est donc d’abord aux Pythagoriciens que le héros
des douze travaux doit d’avoir pu, au début de notre ère, se
poser en rival du Christi.
Marcel DETIENNE.
1) M. Simon, Hercule el le Christianisme, Paris, 1956 (Faculté des Lettres de
Strasbourg), pp. 125 sqq.