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PERRETVW CHAPITRE
A
E III
L’IMMORTALITE
CELESTE
2
I.
—
LES
ORIGINES ORIENTALES ET LES PYTHAGORICIENS.
Si la critique philosophique, comme nous l'avons montré, avait discrédité les
vicilles croyances des Grecs et des Romains relatives à la vie d'outre-tombe,
il appartenait à une autre philosophie de faire revivre, sous une forme nouvelle, la foi en l'immortalité.
Nous essayerons de déterminer ici les origines et tenterons d'esquisser le
développement d'une doctrine que nous voyons s'affirmer en Grèce à partir
du ve siècle, et qui devait transformer toutes les idées du monde méditerranéen sur la destinée des morts et s'imposer aux esprits pendant de longs siècles.
A la persistance d'une vie indécise et précaire dans l'obscurité du tombeau,
à la prolongation, dans un royaume souterrain, des jouissances ou des peines
de l'existence humaine, elle a substitué l'espoir d'une éternité radieuse dans
la splendeur des cieux, soit que les Bienheureux doivent vivre dans la société
des astres
sphères
divins
étoilées
auxquels
jusqu'en
ils sont égalés, soit qu'ils s'élèvent au dela
présence
d'un
lumière supra-mondaine de l'empyrée.
Dieu
purement
intelligible
dans
des
Cette conception de l'immortalité qui
était étroitement liée à la cosmologie des anciens parut inébranlable, tant que
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Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)CHAPITRE
L’IMMORTALITE
III :
CELESTE
— LES ORIGINES ORIENTALES ET LES PYTHAGORICIENS.
Si la critique philosophique, comme nous l'avons montré, avait discrédité
les
vieilles croyances des Grecs et des Romains relatives à la vie d’outre-tombe,
il appartenait à une autre philosophie de faire revivre, sous une forme nouvelle, la foi en l’immortalite.
Nous essayerons de déterminer ici les origines et tenterons d’esquisser le
développement d’une doctrine que nous voyons s’affirmer en Gréce &
partir
du ve siécle, et qui devait transformer toutes les idées du monde méditerranéen sur la destinée des morts et s'imposer aux esprits pendant de longs siècles.
A la persistance d'une vie indécise et précaire dans l'obscurité du tombeau,
à la prolongation, dans un royaume souterrain, des jouissances ou des peines
de l'existence humaine, elle a substitué l'espoir d'une éternité radieuse dans
la splendeur des cieux, soit que les Bienheureux doivent vivre dans la société
des astres divins auxquels ils sont égalés, soit qu'ils s'élèvent au delà des
sphères
étoilées
jusqu’en
présence d'un Dieu purement intelligible dans la
lumière supra-mondaine de l’empyree. Cette conception de l'immortalité qui
était étroitement liée à la cosmologie des anciens parut inébranlable, tant que
Pagina 3
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)CELESTE
le système du monde construit par leurs astronomes ne se fut pas effondré.
Admise par le judaïsme alexandrin, enseignée à la fin de l’Empire romain
par des mystères orientaux et par les Néoplatoniciens, elle fut adoptée par les
grandes religions qui succédèrent au paganisme et devint, sous des formes
diverses, en Europe et en Asie, la foi commune d'une large portion de l’humanité. On nous excusera si, recherchant la genèse et le mode de transmission
d'une doctrine si considérable, nous devons entrer dans certains détails qui
pourront paraître arides.
À rechercher la première origine de cette doctrine, il nous faudrait remonter jusqu'aux croyances primitives sur les esprits des morts qui vont habiter
la lune
deviennent
des
l'Egypte pharaonique et
ou
la
étoilesi,
ou
du
Crète minoënne?.
moins
Mais,
nous
transporter
dans
ce n'est point de ces
pays que sont venues les croyances qui se propagérent en Europe. Nous les
retrouvons ‘au contraire, nettement formulées à la fois dans l’Inde védique
et dans la Perse avestique, et c’est le dualisme zoroastrien qui a donné une
précision rigoureuse à la conception d'une béatitude céleste opposée à la damnation infernale. Au corps dont s'empare le démon de la corruption s'oppose
l'âme qui
jusqu'au
l'a
quitté.
Après
redoutable pont
trois jours
Cinvât,
d'où
elle s'élève
les
impies
à
travers
l'atmosphère
sont précipitées
dans
les
abimes. ténébréux. Au contraire les justes montent d'abord jusqu'à la région
des étoiles, puis, selon leur degré de pureté, s'élèvent jusqu’à la zone de la
lune ou celle du soleil, et les plus saintes parviennent enfin au Garôtman, à la
lumière infinie où siège Ahoura-Mazda®. -
Ce système est certainement très ancien : il repose sur des connaissances
astronomiques
rudimentaires.
Comme les
Upanishads
de
l'Inde,
il
situe
les
| deux astres majeurs au-dessus des étoiles ; il ignore les planètes, qu'on n'avait
pas encore appris à distinguer des fixes. Néanmoins son action s'est étonnamment prolongée. Non seulement l'eschatologie du manichéisme et du mandéisme,
nés
tous deux en Mésopotamie,
exprime des convictions analogues,
mais l'idée des trois cieux superposés ne fut éliminée que tardivement de la
littérature religieuse, et l'on peut dire qu’elle a conservé jusqu'à nos jours
1. Capelle, De luna, stellis, lacteo orbe animarum sedibus (Diss. Halle), 1917; cf.
Symbol., p. 177ss.; Louis Rougier, L’origine astronomique de la croyance pythagoricienne
en
Vimmortalité
céleste
des âmes
(Institut
d’archéol.
Orient,
t.
VI),
933.
2. Cf. infra, ch. VI, sur le sarcophage d’Haghia Triada.
3. Bousset, 4. Religw., 1901, IV, p. 229 ss.;
Symbol., p.
Caire,
Pagina 4
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)une existence au moins verbale, puisque grâce à saint Paul,
encore d’être transporté au troisième ciel
*.
nous parlons
Dès l’époque des Achéménides le mazdéisme fut propagé ene Mésopotamie
et en Asie Mineure. Des colonies de Mages, ou, comme on les appelait d’un
nom sémitique, de Maguséens (Mayoucato:) avaient allumé leurs pyrées jusqu’en
Lydie,
aux
confins. du
monde
hellénique.
Ces
Mages
émigrés
avaient subi
fortement l’ascendant de Babylone, qui était alors le centre d’études le plus
actif du monde. Leur religion, qui s’écartait à bien des égards du pur zoroastrisme, apparait comme un mélange du naturisme primitif des tribus iraniennes
et d’une astrolâtrie savante empruntée aux «Chaldéens»
2, c’est-à-dire au clergé
babylonien, dont l’activité scientifique se prolongea jusqu’à l'époque hellénistique. Ces prêtres-astronomes ne confondaient plus les planètes avec les autres
étoiles; ils avaient observé leur marche sinueuse et la durée croissante de
leurs révolutions ; ils en avaient conclu à l'amplitude progressive de leurs orbites
et à leur éloignement de plus en plus grand de la terre. Au lieu des trois
cieux des indo-iraniens, ils avaient imaginé cette ordonnance des sept sphères
planétaires, qui fut toujours qualifiée de
«
chaldéenne
», Saturne,
Jupiter,
Mars, Soleil, Vénus, Mercure, Lune
”. C'est probablement
à ces mêmes « Chaldéens » que remonte aussi l'idée première d'une parenté (cuyyévera) entre
l’äme et les astres*, car elle est impliquée par les relations que l’astrologie
établit entre les divinités sidérales et l’esprit qui nous anime. Cette doctrine
est née d'un fait d'expérience trés simple. Le principe qui entretient la chaleur
et la vie dans notre organisme doit être igné, et par conséquent de même
nature que les feux du ciel*. Ainsi étaient formulées deux. théories qui, nous
le verrons, ont servi de justification à l'immortalité astrale. Nous sommes dans
1. S. Paul, II Cor. 12, 2; cf. infra, p. 185, n. 1.
2. Cf. Mages bell., p. 35 ss. etc. Le mysticisme et l’eschatologie qui s’en inspire ont
été tardifs a Babylone (Zimmern, ZDMG, 1922, LXXVI, p. 36 ss.) et peut-être ny
ont-ils été introduits qu’à l’époque hellénistique.
. Ordonnance chaldéenne : Chéol. solaire, p. 471 [25] ss.; cf. infra, p. 185 ss.
4. Philon, De migr. Abrah., 178 (II, p. 303, 4 ss. C. W.) (svyyéveia 82 où Supxispévwv); cf. De sommäis, I, 54 (III, p- 216, 14). Sur la doctrine de la sympathie, cf.
Rel. orient.,
p. 288, n. 41, et Rougier, op. cit., p. 72, qui invoque le Cimée, p- gob;
Stemplinger, Sympathieglaube im Altertum und Neuzeit, Munich, 1919.
5. Alexandre Polyhistor chez Diogène Laérce, VIII, 27, à propos des
Pythagoricien
Kai avdpwmoıs efvar Tipos Bode avyyfeverav xari To wetdyew avOowmov Deppod; c Delatte,
V
de Pythagore, 1922, pp. 126, 208; Rougier, op. cit., p. 76 ss., et surtout Festugitre,
R.E.G., 1945,
P. 31. — CH. infra, p. 159,
Pagina 5
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)une si grande ignorance de ce que furent les spéculations théologiques de
l'Asie antérieure sous les Séleucides, que l’on ne peut préciser davantage.
Dans cet Orient, où les nuits limpides font étinceler la voûte constellée
d'un incomparable éclat, sa splendeur éveille naturellement un sentiment de
ferveur religieuse. Selon la parole du Psalmiste' « les cieux y racontent la
gloire de Dieu ». Il est naturel que le culte des astres s’y soit développé et
qu'on y ait mis la destinée de l’homme, sur la terre comme après la mort,
en relation avec ces « dieux visibles ». Pausanias prétend savoir que les Chaldéens et les Mages ont les premiers affirmé que l’äme humaine est immortelle
et en ont convaincu les Hellénes et en particulier Platon *. Sous cette forme
absolue, une telle affirmation est sans doute inexacte, mais elle a conservé
un souvenir infidèle d'une grande vérité. Il est certain que les Pythagoriciens
sont entrés de bonne heure en contact avec ces « Maguséens », qui s'étaient
établis à proximité des cités grecques d'lonie. Une tradition antérieure à
Aristoxéne de Tarente, le disciple d’Aristote, voulait que Pythagore lui-même
eût été à Babylone se mettre à l’école de Zoroastre, assertion certainement
mensongère, mais où s’est concrétisé le souvenir des rapports qui ont existé
entre l’ancien pythagorisme et les Mages d'Asie Mineure 3. Nous avons montré
récemment, sur un point de détail, comment l'interdiction de sacrifier et de
consommer le coq blanc, adversaire des démons malfaisants, avec les raisons
invoquées pour justifier cette prohibition, avait été empruntée à ces mazdéens
d'Anatolie par la secte italique*. Celle-ci subit à bien d'autres
cendant de ces maîtres orientaux
:
égards
l’asses premières notions d'astronomie et de
mathématiques lui sont venues de Babylone, et c'est des Maguséens qu'elle a
reçu cette doctrine de l'immortalité céleste, qui se présente comme une combinaison de l’eschatologie mazdéenne avec la théologie astrale des
déens
».
«
Chal-
La transmission des résultats scientifiques auxquels une patiente
observation du
ciel avait
conduit ces
Chaldéens,
s'est conjuguée avec
celle
de croyances religieuses qui, dans l'esprit d'un clergé d’astronomes, en étaient
‚le corollaire.
1. Psaume
2. Pausan.,
18, 12.
IV, 32,
4.
Les
révélations
sur la vie future ont toujours été attribuées
par les Grecs à des Mages ; l’Er de Platon en est un, comme le Gobryès de l’Axiochos
infra, ch. IV, p. 198; et le Mithrobarzanés de Lucien, Nécyomancie.
3. Cf. Mages hell., I, pp. 33, 38, 110.
4. C.
R.
Acad.
Inscr.,
1942, p.
284 ss.; cf.
.
infra, N. C. XV.
5. Sur « le pythagorisme primitif et ses relations
PP. 9-20; p. 160, n. 25.
:
avec l’Orient »,
cf.
Bidez,
Pagina 6
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)Les Grecs ont toujours cru que des héros privilégiés pouvaient être enlevés
par les dieux, corps et âme, pour aller vivre avec eux dans l’Olympe, échap-:
pant ainsi au destin imposé aux humains'. Mais cette croyance diffère radi.
calement de cette anthropologie selon laquelle chaque individu est composé
d'un corps périssable et d'une essence immortelle qui, descendue du ciel à la
naissance, y remonte après la mort. Cette idée apparaît pour la première fois
à Athènes dans l’épitaphe, trouvée au Céramique, des guerriers tués devant
Potidée, en 432
:
« L'éther, dit l'inscription, a recu leurs âmes, la terre leurs
corps. »*. La même idée que l'homme est un composé de deux éléments qui,
au moment du décès, retournent l’un à la terre et l'autre au ciel, suivant leur
origine,
se
retrouve
dans
des
vers
faussement
attribués
à
Épicharme,
le
dramaturge de Syracuse, mais qui certainement sont anciens, car Euripide les
a connus *. Une indication déjà plus précise nous est fournie par Aristophane,
dans la Paix. représentée en 421, à propos du polygraphe Ion de Chios, poète
ami de Sophocle, qui avait écrit en prose une œuvre de philosophie pythagoricienne et qui venait de trépasser :
scarabée, assure que
«
Trygée étant monté au ciel sur un
quand quelqu'un meurt, il devient un astre dans les
airs » et qu'Ion, auteur d'un dithyrambe commençant par les mots
« Etoile
du matin », s’est lui-même mué en cette étoile +.
A côté de ces témoignages exactement datés, nous pouvons invoquer celui
des
Pythagoriciens
eux-mêmes.
Parmi
les
vieux
akousmata,
les
préceptes
transmis oralement dans l'Ecole, il s’en trouve un qui dit : « Que sont les
îles des Bienheureux? Le soleil et la lune® ».
Ainsi ces îles où sont transportés les héros, et qu'Homère situait dans l'Océan lointain aux confins de
‚la terre,
avaient
été transférées
par ces
philosophes,
suivant leur système
habituel d'allégorisme, dans les deux astres majeurs, baignés par les flots lumi- .
neux de l’éther. La lune était pour eux la « terre éthérée » ou « terre olympique»
(p.
175) jusqu'où s’élevaient, en quittant ce bas monde, les âmes des
héros et des sages. Cette théorie reprenait, en la faisant entrer dans un système
philosophique, la vieille croyance populaire que la lune est le séjour des morts.
Sur une infinité de stèles funéraires, notamment en Afrique et en Gaule, est
figuré lc symbole du croissant, emblème de résurrection (p.
173). :
1. Rohde, Psyche, tr. fr., p. 56; cf. infra, ch. VI.
2.1. G. (ed. minor), I, 945 : Alönp piv pozas breötkaro, cwprara BE «buy.
3. Kaibel, Fragm. poet. Gr., VI, 1, 1899, fr. 245; cf. Rougier, op. cit., p. 108 ss:
4. Aristophane, Paix, 827 ss.; cf. Diels, Vorsokr., 25 (13, p. 285).
5. Jamblique, Vit. Pyth., XVIII, 82 = Diels, Vorsokr., 15, p. 464, 5
waxdowy vont; Atos, sedrivn.
Cf. Symbol. p. 183.
j
:Tiéorwal
Pagina 7
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)Arrétons-nous ici un instant, pour considérer ce que nous apprennent ces
témoignages. Les anciens Pythagoriciens admettent une immortalité non seulement stellaire, ce qui pourrait à la rigueur être emprunté à l'opinion vulgaire
qu'à chaque Ame appartient une étoile, mais aussi luni-solaire. Ainsi, parmi
tant de formes que peut prendre l’idée d'une survivance de la personne
humaine, nous retrouvons précisément celle que nous avons signalée en Orient
chez les Indo-Iraniens. C'est là une preuve très forte que, comme nous le
disions, les philosophes grecs l'ont empruntée à ces Mages, dont, nous le
savons, ils ont connu les doctrines.
Une fois cette idée de la destinée d'outre-tombe admise dans l'Ecole pythagoricienne, celle-ci a, comme c'est souvent le cas, voulu la justifier par des
raisonnements théoriques, et, son astronomie étant arrivée à la conclusion que
tous les astres, y compris les planètes improprement appelées
« errantes
»,
sont animés d'un mouvement circulaire constamment régulier, elle vit d’abord
dans cette constance et cette régularité une preuve de la divinité des. corps
célestes. Comme d'autre part, l’äme aussi se meut perpétuellement et est principe de mouvement, elle doit être de
eux immortelle.
même nature que les astres et comme
Si un tel raisonnement
a
pu
être
imaginé par une pensée
abstraite pour étayer une croyance religieuse adoptée par l'Ecole, il est impossible
d'y voir
l'origine
même
du
dogme
de
l’immortalité
céleste,
dont
les
Pythagoriciens auraient été non seulement les propagateurs, mais les auteurs’,
puisque ce dogme préexistait à eux dans le mazdéisme le plus ancien comme
dans les Upanishads, sous le triple aspect stellaire, lunaire et solaire que lui
avaient reconnu l'Inde et l'Iran.
Nous ne pouvons tenter de déterminer ici l'étendue des emprunts faits au
mazdéisme par l’eschatologie et la démonologie pythagoriciennes. Mais si l’on
cherchait quelles similitudes les rapprochent, on trouverait de curieuses ressemblances entre la conception que se faisaient de la nature et du sort de l’äme
les disciples’ du
sage de
Crotone
et
celle que
révèle,
à
l'étudier
de
près,
le caractère de ces divinités psychiques auxquelles les Perses rendaient un
culte sous le nom de Fravashis. Si l'on dégage, dans le Yasht qui leur est
consacré, comme l'a fait jadis Sóderblom?, les éléments primitifs qui y sub1. Rougier a eu tort, selon nous, de soutenir cette thèse
mérite. de mettre en lumière les doctrines pythagoriciennes
Cette
(op. cit.), mais il a eu le
dont
il
tire
abusivement
conclusion.
2. Nathan Sôderblom, Les Fravashis, dans Revue hist. des relig. 1899, XXXIX,
Pr 229-260, 317-418. Cf. Moulton, dans Hastings, Encycl., s. vw. « Fravashi >» et
Lehmann, ibid. s. v. « Ancestor worship » (Iranian).
Pagina 8
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)sistent encore malgré la transformation que leur a fait subir la théologie mazdéenne, on verra que ces Fravashis sont conçues comme des déités aériennes
dont le domaine propre est l’espace intermédiaire entre le ciel et la terre,
Elles préexistent à la naissance de l'être humain et, après s'être associées à
lui, elles lui survivent.
animaux.
étoiles.
Elles s'unissent non seulement à l’homme, mais aux
Enfin une connexion étroite est établie entre les Fravashis et les
Pour les
Pythagoriciens aussi l'âme vit au ciel avant qu’elle vienne
s'incarner dans un corps ;
après la mort elle devient un de ces démons dont
la multitude peuple les airs. Celles qui donnent la vie aux animaux ne diffèrent
pas de celle de l’homme, et d’autre part elles sont des parcelles de ce feu
de l’éther qui brille aussi dans les astres. Il faudrait une analyse plus poussée
pour déterminer si ces analogies doivent s'expliquer par la communauté d'une
origine
indo-européenne
et
si
les
traits
communs
appartenaient
déjà
à la
vieille religion aryenne, ou si des idées qui étaient spécifiquement mazdéennes
ont pu inspirer certaines doctrines des philosophes .italiques.
Si nous nous proposions d’étudier le développement de l’immortalité céleste
dans le monde grec, nous aurions à parler ici de son adoption par le puissant
idéaliste qui, plus que tout autre penseur, l’a imposée à la foi des générations
postérieures.
Platon, au cours de son voyage en Sicile, eut des entretiens à
_Tarente avec Archytas,
le philosophe
et
homme
d'Etat
pythagoricien,
dont
chacun se plaisait à louer la sagesse
'. Il profita aussi des enseignements de
Vastronome Eudoxe qui
s'était instruit de la science orientale’.
Peut-être
même, suivant une tradition qui paraît véridique, un « Chaldéen » authentique
vint-il prendre part aux discussions de l’Académie”. Platon fut conquis par
la doctrine d’une préexistence et survivance célestes de l’äme, et il lui accorda
une larga place dans les discussions et surtout dans les mythes de ses dialogues les plus
récents.
Ainsi
le
mythe
d’Er
dans
la
République
est une
page où apparaît clairement l’intervention de conceptions chaldeo-iraniennes’.
L’harmonie
et
la
constance
des
mouvements
des
corps célestes
prouvent
qu’ils sont doués d'intelligence et ont une nature divine. L'âme descendue du
ciel est formée du même feu qui resplendit dans l'éther et brille dans les
1. Cic., De amic., XXIII, 88; Horace, Ode, XXVIII, 5; Diels, Vorsokr., 352 3;
cf. Bidez, Sur un fragment de l’Aristote perdu dans Bull. Acad. Belgique, 1942,
p. 209
L'influence pythagoricienne se manifeste avec une évidence indiscutable dans le passage
de la Republ., 614c; cf. Aristote, fr. 200 Rose; Platon, Lois, X, 9664; Cimée go 0, 4.
2. Bidez, Eds, p. 24 ss.
3. Ibid., p. 1 ss.
4. Mages bellénisés, p. 12; Bidez, Eös,
p. 43 ss., et appendice
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149
astres, et cette « parenté » lui permet d’entrer en communication avec eux.
La contemplation de leur beauté, la connaissance qu’elle procure de leur
nature et de leurs révolutions, fait participer l’homme ici-bas à la félicité
des Bienheureux. Elle est pour lui une anticipation de la béatitude que l’âme
obtiendra lorsque délivrée des liens de la chair, elle s’élévera au sommet des
cieux. Toutes ces pensées mystiques de Platon, développées par ses successeurs
immédiats, Aristote dans ses œuvres de jeunesse', Héraclide Pontique?, Xénocrate?, Crantor*, devaient se transmettre d’äge en Age’ et exercer leur action
sur les siècles postérieurs, bien au delà de la fin de l'antiquité.
Mais notre propos n’est point d’étudier ici l’histoire de l’immortalite astrale
dans l’ancienne philosophie grecque : il est de la suivre pendant la période
romaine. Nous avons rappelé précédemment (p. 110) qu’à l’époque alexandrine
l'Académie, infidèle aux doctrines de son fondateur, aboutit au doute méthodique et aucune doctrine ne lui parut plus hypothétique que celle qui prétendait éclaircir le mystère de l'au-delà.
|
L'héritage de Platon fut recueilli par les Néopythagoriciens, qui firent de
lui, non sans quelque apparence de raison, le disciple du Maître, qu'ils vénéraient comme le
Sage par excellence.
Ce furent eux qui,
dans une société
devenue sceptique, se firent les défenseurs, les propagateurs et les rénovateurs
de la croyance
à l'immortalité céleste.
Après l’avoir préchée dans l'Egypte
ptolémaique, ils devaient l'enseigner, aux Romains.
Lorsqu'après le tve siècle l’école scientifique de l’ancien pythagorisme
déclina en
Italie,
mystérieux, sorte
se laisse
la secte s’y perpétua
obscurément dans
des conventicules
de franc-maçonnerie dont l'action à l’époque hellénistique
difficilement
mesurer
ou
circonscrire.
Elle
reprit
une
puissance
nouvelle à Alexandrie.sous les Ptolémées *. Dans cette métropole où se mélaient
tous les courants de l’Europe et de l'Asie, le pythagorisme adopta alors bien
des idées étrangères à l’enseignement du vieux maître de Samos, devenu une
figure légendaire, dont déjà au temps d’Aristote on savait peu de chose de
certain”. L'école n'avait pas eu, ce semble, jusque-là, une théologie nettement
1. Cf. supra, ch. II, 1, p. 111.
2. Héraclide: Mages bell., pp. 14ss., 81 ss. ; Bidez, Eös, p. 52 ss.
3. Xénocrate : Rich., Heinze, Xenokrates, 1892.
+ Crantor, cf. infra, Boyancé, p.163, n. 2.
. Cf. Plut., Non posse suav. vivi sec.
Epic., 28.ss., p. 110, Sc.
6 Wellmann, Bolos, Demokritos und Anaxilaos (Abhandl. Ak. Berlin, 1928, p. 4 ss.).
7: Rathmann, Quaestiones Pythagoreae, Orphicae, Hall, 1933, P. 152 SS. ; Isidore
Lévy, La légende de Pythagore, Paris, 1927.
Pagina 10
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)formulée et logiquement construite ;
r
et les points de contact qu’offraient ses
doctrines avec les croyances de l’Orient favorisa un vaste syncrétisme. Pythagore,
affirma-t-on,
avait
eu pour disciple Platon,
qui fut vénéré presque a
Végal du sage de Crotone!. La puissante construction du panthéisme stoicien
ne fut pas sans exercer son ascendant sur les théories de la secte. Celle-ci avait
été dès l’origine en contact avec les mystères orphiques et avec ceux de Dionysos et elle le resta, mais elle subit aussi l’action plus lointaine des religions
de Babylone et de l'Egypte, en particulier de ces doctrines « chaldéennes »
que les Grecs avaient appris à mieux connaître après les conquêtes d'Alexandre.
Ce vaste éclectisme ouvert à toutes les nouveautés scientifiques ne provoqua
‚pas une rupture avec le passé. Les théologiens réussirent à concilier avec elles
les traditions poétiques, même les plus scabreuses
‘et les plus absurdes, par un
système plus ingénieux que raisonnable d’allégories morales?. Le
«
Homère devint ainsi un maître de piété
mythologie
un recueilli de récits édifiants.
et de sagesse,
et
la
divin »
La démonologie permettait de justifier toutes
les pratiques du culte, toutes les légendes de la Fable aussi bien que la magie
et la divination :
on rapportait à des puissances inférieures ce qui paraissait
incompatible avec une conception plus haute de la divinité. Le pythagorisme
put ainsi se poser, non en adversaire ou en réformateur, mais en interprète
de
la
religion
ancestrale.
Les
philosophes
prétendaient rester fidèles
à la
pensée des sages qui, aux origines de la civilisation, avaient reçu une révélation
divine, laquelle s’était transmise à Pythagore, puis à Platon. Ils se sentaient
si certains de reproduire l'enseignement des Maîtres dont la parole faisait
loi, qu’ils n’hésitérent point, par une fraude pieuse, à mettre leurs propres écrits
sous leurs noms vénérés. Rarement la littérature apocryphe vit s'épanouir une |
floraison aussi luxuriante que dans ces milieux d’illuminés 3.
En bref, nous n’avons sur le développement que prit le pythagorisme dans
l'Egypte des Ptolémées que des indications éparses et souvent suspectes, presque
toute la littérature philosophique de cette époque ayant péri et les fragments
qui nous sont parvenus d'œuvres pythagoriciennes n’étant souvent que des
pastiches pseudépigraphes difficilement datables. Néanmoins on peut affirmer
1. Macrobe, In somn. Scip., I, 11, 1; Proclus, ln Platonis theologiam, I, 62, p. 1%
ed.
1613.
2. Cf. Symbol., p. 3 ss.
3. Cf. Zeller, Philos. Gr. III, 2, p. 115.
faux »
« Littérature formée de pastiches et de
: Louis Delatte, Les traités de la Royauté d'Ecphante, Diotogène et Sthew
das (Bibl. fac. philos. Univ. Liège, XCVII, 1942, p. 282).
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151
que cette secte occulte exerça une action considérable, puisqu’elle influença,
comme nous le verrons, un stoïcisme devenu éclectique, au point de lui imposer
sa conception de la vie future.
.
Si, par la voie détournée d’une Stoa réformée, la doctrine de l’immortalité
devait conquérir, à Rome, des adhérents illustres', la prédication pythagoricienne s’y développa parallèlement, et cette action directe allait y multiplier
les conversions.
Après la prise de Tarente et la soumission de la Grande Grèce, cette secte,
que le secret dont elle s’entourait suffisait à rendre suspecte au Sénat, gardien
de la morale, mena en Italie une existence obscure et pour ainsi dire souterraine, mais elle ne s’éteignit pas et continua à faire une propagande dont
on peut relever de multiples indices *.
|
Lorsqu'elle s'introduisit à Rome, elle chercha selon sa coutume à se rattacher
h de vieilles traditions locales, et elle le put sans. trop de difficulté. L’orgueil
national des vainqueurs
de la Grèce pouvait
avec
quelque complaisance la
considérer comme italique. Pythagore passait pour avoir conseillé le roi Numa,
le législateur religieux de la cité. Ennius avait exprimé sa doctrine dans ses
poèmes, et Cicéron était persuadé que beaucoup d'institutions romaines avaient
été calquées sur celles des Pythagoriciens*. De fait, dès le temps de l’ancienne
République, le réformateur à demi mythique de Crotone jouissait, dans les
classes
dirigeantes
de
Rome
d'une considération exceptionnelle*.
La rude
discipline de la vieille morale romaine pouvait être séduite par l’ascétisme
et la frugalité de la secte. On sait qu’à l’époque de César les deux Sextius,
le père et le fils,
tous
deux végétariens,
enseignèrent mon sans éclat cette
philosophie tempérée de stoïcisme. Toutefois le premier adepte qui fit revivre
un conventicule
pythagoricien
fut,
au
témoignage
de
sénateur Nigidius Figulus, curieux représentant de cette
Cicéron,
son
ami,
le
religiosité scientifique
qui caractérise le pythagorisme*. Singulièrement érudit, ce magistrat romain
était épris de toutes les sciences occultes : grammairien, naturaliste, théologien,
il était aussi astrologue, magicien, interprète des songes et, à l'occasion, thau1. Cf. infra, p. 161 ss,
2. Pythagorisme à l’époque romaine
Arch., 1946, pp. 152 ss.
3. Cicéron, Cusc., IV, 1, 2 ss.
:
Carcopino, Bas. pyth., p. 182 ss.; Nock, 4. J.
4. Furtwängler, Die antiken Gemmen, III, 1900, p. 257 ss.
3: W. Kroll, Realenc., s. v. Nigidius
(XVII, 200-211);
Louis Legrand, P.
Nigidius
Liigulus, philosophe néopythagoricien et orphique, Paris, 1931: une reconstitution fantastique d’un prétendu système de Nigidius.
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PI
maturge. Il ne se borna pas à la théorie, mais réunit autour de lui un groupe
d'initiés,
dont
on ne
sait
s'ils
subissaient davantage l'attrait d'une
morale
ésotérique ou de pratiques secrètes. Vatinius, parent et ami de César, qu'on
soupconnait de s’adonner
à la nécromancie}, le spirite Appius Claudius Pulcher, si peut-être ils n’appartenaient pas à ce cénacle de convertis?, se réclamaient certainement tous deux du pythagorisme.
Il est significatif que, vers le même temps, l’historien Castor de Rhodes
prétendit interpréter les usages romains par cette philosophie? et l’on vit se
multiplier les récits établissant une connexion entre l'Etat romain et les anciens
réformateurs de la Grande Grèce. ‘A l'époque d’Auguste, un poète mondain,
comme Ovide, crut pouvoir introduire dans ses Métamorphoses, où l’on n'attendait guère pareille digression, un long discours de Pythagore préchant le
végétarisme et la transmigration4.
Diogène
s’inspirait
de
la
Un peu plus tard, le romancier Antonius
croyance
pythagoricienne 4 l’immortalité lunaire
dans sa description de la survie des Ames”. Tout ceci concourt à nous montrer
quelle séduction puissante exerça la secte rénovée, dès qu'elle se fut implantée
à Rome.
|
ye fo
Cependant les ennemis ne lui manquaient pas. La malignité publique ‘n’épargna pas ces ténébreux théosophes qui se réunissaient dans l’ombre de cryptes
souterraines, On leur reprochait de négliger le culte national, qui avait assuré
la grandeur de la cité,
pour se livrer à des pratiques réprouvées, commettre
même des meurtres abominables®. Danger plus grave, ces réunions secrètes
excitèrent aussi
la
suspicion
des autorités.
Leurs adeptes furent poursuivis
comme se livrant
à la magie, crime puni par les lois. La petite église pythagoricienne semble n'avoir pu se maintenir longtemps: dans la capitale : elle
était morte à l'époque de Sénèque
”.
Mais le pythagorisme continuait à trouver des adeptes dans l'Empire et il
rentrait bientôt à Rome. Sous Domitien, Apollonius de Tyane remplit l'Orient
de sa prédication et de ses prodiges ;
jeté en prison par ce despote soup-
1. Cicéron, In Vatinium 34, avec le schol. Bob. (p. 202).
2. Cf. supra, ch. I, 1v, p. 98.
;
3. Plut., Quaest. Rom., 76, p. 282 A; cf. p. 266D. = Castor (à la suite de l'Hérodote de Didot), fragm. 24-25; cf. Symbol., p. 190.
4. Ovide, Mét., XV, 60 ss.
|
5. Rohde, Der "griech. Roman?, p. 270 ss.; R. E., s. v. « Ant. Diogenes » ; cf. Sym
bol., p. 190, n. 2.
6. CE. supra, ch. I, 1v, p. 107, n. 6.
7. Sénéque, Quaest nat., VIL 32,2
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conneux, à qui tous les philosophes étaient suspects, il jouit au contraire d’une
faveur singulière auprès
de ses
successeurs.
L’on
a pu relever des
traces
indubitables de la propagation du pythagorisme en Asie Mineure, où le
pseudo-prophète de Lucien, Alexandre: d’Abonotichos, se conformait à ses
doctrines dans les oracles qu'il rendait'. En Occident, peut-être cette philosophie avait-elle,
des Druides?.
dés une date ancienne, pénétré
en
Gaule et
été connue
La preuve la plus éclatante de sa diffusion nous est fournie,
nous espérons avoir pu le démontrer, par la sculpture funéraire qui, pendant
des siècles, pour le choix de ses sujets .et pour la manière de les traiter, s’est
inspirée de ces allégories par lesquelles les Pythagoriciens donnaient aux
vieilles légendes de la mythologie une signification conforme à leur éthique et
à leur eschatologie.
°
La tradition littéraire de la secte se maintint jusqu’au Ire siècle où elle
fut absorbée par le néc'latonisme ;
Numénius servit pour ainsi dire de transition de l’une à l’autre . A une époque de syncrétisme, l'originalité de cette.
philosophie résidait moins dans sa doctrine que dans ses observances ; et quand
ses conventicules furent dissous, elle se fondit aisément dans l’école qui se
donnait comme sa continuatrice.
De fait le
pythagorisme
avait
exercé une
action puissante, non seulement sur les théories de Posidonius et de Plotin,
mais aussi sur les cultes orientaux répandus sous l’Empire. Il avait donné le
premier type de ces mystères savants où la connaissance ou
« gnose »
était
à la fois la condition et le but de la sanctification‘.
Ce serait
en effet une erreur de considérer le pythagorisme comme une
pure philosophie, tels que le furent l’épicurisme ou le stoicisme. Ses sectateurs
formaient une église plutôt qu'une école, un ordre religieux et non une académie des sciences *.
Une découverte récente faite à Rome? nous a appris
qu’ils se réunissaient dans des basiliques souterraines construites à limitation
de la caverne de Platon”, où les hommes enchainés ne voient, selon le grand
1. Cf. R. H. Rel., 1912, LXXXVI, p. 202-210; Symbol., p. 33. Cf. la pierre tombale
de Philadelphie citée infra, ch. VI. — Héliodore d’Emése, éd. Bade, p. XV.
2. Diodore, V, 28, 6; Ammien, XV, 9, 8; Val. Max., IL, 6, 10; cf. R. E. s. v.
« Druidae », col. 1733 ; Symbol., p. 213.
3. Sur Numénius, cf. infra, ch. VIII, p. 344.
4. Sur la gnose, cf. infra, ch. V, p. 236.
5. Fowler Religious experience, p. 380, cf.; Festugière, R. E. G., 1937, L, p. 476
Ss., et Hermès Trism. I, p. 15 ss.
6. Rev. archéol., 1918, VIII, p. 52 ss.; Carcopino, Bas: Pyth., p. 206 ss.
7. Platon, Rép., VIL, p. 514.
Pagina 14
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idéaliste, que les ombres des réalités supérieures. Un sacrifice de fondation,
celui d'un chien et d'un porcelet, avait précédé la construction. Presque toute
sa décoration est empruntée
à la mythologie grecque ou aux cérémonies des
mystères. Des rites secrets, des purifications variées y étaient pfatiques : on
y chantait
des hymnes
accompagnés
d'une musique sacrée,
et d'une chaire
placée au fond de l’abside, les docteurs communiquaient aux fidèles un enseignement
ésotérique.
Ils
leur
faisaient
connaître ces
symboles où sous une
forme énigmatique étaient suggérées les vérités de la foi et les préceptes de
conduite, révélés autrefois par Pythagore et les autres théologiens.
Ils interprétaient
par
légendes
du passé
et surtout
des
allégories
les
psychologiques
ou
eschatologiques
poèmes homériques. Ils
imposaient,
les
en commandements précis, une règle de stricte observance, qui embrassait tous les actes de
l'existence quotidienne.
A l'aurore il fallait, après avoir offert un sacrifice
au soleil levant!, fixer l'emploi de la journée; ‘chaque soir, procéder a’ un
triple examer. de conscience
et à un acte de contrition, si l’on avait péché
par action ou par omission?. Le croyant s’astreignait à un régime purement
végétarien, à de multiples abstinences,
à des prières répétées, à de longues
méditations. Cette morale austère et circonstanciée devait assurer le bonheur
et la sagesse ici-bas, le salut dans l’au-delà.
La pratique d'un ascétisme rigoureux, qui caractérise éminemment l'éthique
des
Pythagoriciens,
est une conséquence logique de leur système doctrinal.
Ils sont tous d’accord pour affirmer que le principe qui anime notre organisme
est apparenté à Dieu et par suite immortel.
Toujours la génération est
regardée par eux comme une déchéance et un péril. Enfermée dans le corps
comme dans un tombeau, l'âme court le risque de s’y corrompre et rnême
d'y périr. Notre labeur terrestre est une lutte incessante contre les tribulations
infligées par la matière perpétuellement agitée. Un pessimisme foncier regarde
donc la vie ici-bas comme une épreuve et un châtiment ;
dans
des
existences
antérieures
amènent
des
les fautes commises
renaissances
de plus.en
plus
basses dans l'échelle des êtres ; un dualisme radical oppose le corps à l’essence
divine qui y réside. Le souci constant du sage sera d’empécher son âme
d'être polluée par le contact
avec la chair.
Il s’abstiendra de viande et
d’autres mets qui pourraient la corrompre ; une série de tabous la protégera
r. Sacrifice au Soleil: cf. ce que dit
Marc Auréle, XI, 27.
2. Examen de conscience : Cicéron, De senect. , XI, 38 ; Vers dorés, 40 ss., avec le
comm. d’Hiéroclés (Fragm. Philos. gr., I, p. 460) ;; Jamblique, V. Pyth., 24.
Pagina 15
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)CHAPITRE II.
— L'IMMORTALITÉ
CELESTE
155
contre toute contagion. Des. lustrations rituelles lui rendront sa pureté (4yveia)
sans cesse menacée'. L’exercice d'une vertu sans défaillance, la pratique d'une
piété scrupuleuse
lui
conserveront
ses
qualités
originelles.
La
musique
qui
s'élève vers des objets divins, préparera son ascension vers le ciel. La méditation est une prière muette, qui met la raison en communication avec les
puissances d'en, haut. Saisie d'amour pour les beautés éternelles, elle monte
dans ses transports jusqu’au séjour des dieux et, s’identifiant avec eux, elle se
rend digne d'une immortalité bienheureuse* qui lui permet d'échapper definitivement au cycle des réincarnations
*.
Mais à côté de ces hautes spéculations, de ce mysticisme éthéré, la foi en
l'efficacité de rites archaiques pour assurer le salut se maintenait dans l’école.
Il fallait qu'ils fussent pratiqués aux funérailles pour que le défunt jouît d'une
félicité posthume”. Le corps, couvert d'un linceul blanc, devait être étendu
sur une jonchée de feuillage ( orı625 ), qui avait été en Grèce et ailleurs la
couche primitive des vivants et des morts. L’on prenait soin au moment du
décès de consulter les auspices en silence (mer eüvruiuc, comme on le faisait
sur le rivage avant de lever l'ancre. Il fallait se garder d'attirer par quelque
parole imprudente les démons hostiles, qui auraient pu s'opposer
à la périlleuse
traversée de l'áme ballottée sur les flots tumultueux de la mer aérienne dans
son ascension vers le ciel.
|
Le pythagorisme, comme le prouvent les akousmaia, avait de tout temps
accueilli des croyances vulgaires, même des superstitions puériles, des tabous
du folklore, dont il donnait une interprétation morale. Ainsi, des idées populaires sur les rapports de la lune avec les esprits des morts, sur les étoiles,
dont chacune est en relation avec une âme individuelle, d'autres vieux préjugés
survivaient
encore et étaient expliqués
doctement.
D'autre part
cette
logie subit l'influence des théories. scientifiques alors admises :
eschatoses tenants
cherchèrent à la mettre d'accord avec les progrès de l'astronomie. L'antiterre
(évriy0wv ), élément absurde de la cosmographie imaginée par la vieille
école, fut transférée dans la lune pour être rendue acceptable à des esprits:
plus
instruits®. Si l'antique division des cieux
en
trois
étages
superposés
I. Purifications : Diog. Laérce, VIII, 33; Vers dorés, 68; Philostrate, Vita ua VI,
5 35 Jamblique, V. Pyth., 99.
2. Cf. infra, ch. V, p. 235.
3. Sur la métemipsycose regardée comme un châtiment, cf. infra, ch. IV, p. 197.
4.
Sur ces rites funéraires, cf. C. R. Acad. Inscr., 1943, p.
la ors cf. supra, ch. I, p. 42;
. CÉ. Symbol., pp. 184, 187.
113 ss. et N. C., X. Sur
sur les vents, cf. ire ch. VI, p. 297.
Pagina 16
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)184)
nn
LUX PERPETUA
ne disparut jamais entièrement,
elle
fut cependant reléguée dans
l'ombre par celle des sept sphères planétaires, contenues dans une huitième.
Toutes ces diverses traditions et innovations eurent pour effet de produire une
grande variété de croyances et de spéculations. La confusion s’accrut encore
lorsqu'une philosophie devenue éclectique élabora des systèmes mixtes, où le
stoicisme et le pythagorisme furent appelés à se compléter l'un l’autre pour
la création d'une eschatologie scientifique.
Pagina 17
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)— DE POSIDONIUS A SÉNÈQUE.
Le discredit qui s'attacha au stoïcisme à la fin de l'antiquité a provoqué
la disparition presque totale des écrits composés par les Maîtres les plus
illustres du Portique. Mais dans ce grand naufrage littéraire, aucune perte
peut-être n'est plus regrettable, au point de vue de l’histoire religieuse, que
celle des œuvres de Posidonius'. La pauvreté des épaves qui subsistent de
ses multiples ouvrages contraste avec l'autorité singulière dont jouit leur auteur
auprés de ses contemporains et des générations suivantes. De sa vie même,
peu de chose est connu.
Né à Apamée sur l'Oronte, vers l'an
135
avant
J. C., il quitta de bonne heure sa patrie, qu'il paraît avoir tenue en médiocre
estime, et suivit comme jeune étudiant à Athènes les leçons d'un vieux maître,
le stoïcien Panétius. Cette curiosité universelle qui devait faire de lui un érudit
d'un savoir encyclopédique, le poussa à entreprendre de longs voyages, qui
le conduisirent en Espagne jusqu'au rivage de l'Atlantique. A son retour, il
ouvrit dans la libre cité de Rhodes, une école où il compta parmi ses élèves
Cicéron, qui le célèbre comme le plus grand de tous les stoiciens?. Lorsqu'il
mourut à 84 ans, après avoir. rempli de son activité toute la première moitié
du 1er siècle, le prestige dont il jouissait, parmi les Romains comme chez les
Grecs, était immense
:
Pompée, qui le visita 4 son retour de Syrie, entretint
avec lui une correspondance suivie.
lectuelle
preuve
aussi
bien
comme
à la
philosophe,
Posidonius dut cette souveraineté intelmerveilleuse
variété
historien,
naturaliste,
des
connaissances
astronome,
qu’à
dont
il
fit
l'éclat
de
1. A. Schmekel, Die Philosophie der Mittleren Stoa, 1892, p. 238 ss. ; Bevan, Stoics
and Sceptics, p. 86 ss., trad. Baudelot, Paris, 1927; Karl Reinhardt, Poseidonios, 1921 ;
Kosmos und Sympathie, 1926, pp. 308-376 ; P. Schubert, Die Eschatologie des Poseidonius
(Veröjjentlichungen
des Forschungsinstitut |. vergleich. Religionsgesch., II, Heft. 4),
Leipzig, 1927. — Parmi les auteurs qui ont soumis les théories de Reinhardt à une critique
incisive
nous
citerons
Jones,
Classical Philology,
1932,
XXVII,
p.
113-135;
S.
Blankert, Seneca (epist. 90) over Natuur en Cultur en Posidonius, Amsterdam, 1941.
Cf. aussi M. Van
den Bruwaene, Traces de Posidonius dans le premier livre des Cusculanes
(Antiquité
classique,
1942,
XI,
p. 55
ss.).
Sur
Exoxnvot
Aou
dans
Empiricus, cf. Symbol., p. 190, n. 4, et sur le mythe du De facie, qui n’a pas
source Posidonius, ibid.,
2. Cicéron, Hortensius,
Ep., 90, 20:
p.
Sextus
pour
fr. 18, Müller : « Omnium maximum Stoïcorum »;
cf. Sén.,
Pagina 18
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)son style abondant, imagé et coloré'.
D'un esprit plus érudit que critique,
il n'a point construit un système métaphysique original, qui soit comparable
à celui des grands chefs d'école, mais il fut dans le Portique le représentant
le
plus
des
éminent
discussions
autorité
de
ce
stériles
syncrétisme
entre
les
qui
sectes
régnait
à
son
époque
opposées.
Il
préta
par
lassitude
l'appui
de
son
et de son éloquence à cet éclectisme dont Panétius Iui avait donné
l'exemple, qui tempérait la sèche rigueur de l'ancien stoïcisme et lui assura
une liberté féconde en y mêlant des éléments platoniciens et aristotéliciens.
D'autre paıt ses origines syriennes inclinaient Posidonius à se rapprocher des
idées religieuses de l'Orient qui, avec l'astrologie, avait apporté aux Hellénes
une conception nouvelle de l’homme et des dieux. Il fit concourir toutes les
connaissances humaines À la constitution d'un vaste système dont le couronnement était l’adoration enthousiaste du Dieu qui pénètre l'organisme du Grand
Tout. A côté de la logique, de la physique et de la morale, toutes les superstitions populaires ou sacerdotales, démonologie, divination et magie, y
trouvaient leur place et leur justification par la doctrine de la sympathie universelle,
Si nous apercevons ainsi les causes générales de la vaste résonance, du
profond retentissement qu’eut l’enseignement de ce Syrien naturalisé Rhodien,
il sen faut que nous puissions reconstruire avec sûreté l'édifice de sa doctrine.
Les contradictions des historiens qui s'y sont essayés suffiraient à nous enseigner la prudence. Obligés de se servir de fragments épars et d'extraits souvent
anonymes, par suite de cette habitude qu'avaient les anciens d'indiquer rarement
leurs sources, les érudits ont combiné les passages qui semblaient le mieux s'harmoniser, en écartant comme étrangers les textes qui à une concordance générale
mêlaient quelques divergences ; mais procéder ainsi, c'est admettre implicitement le postulat que le système du philosophe d’Apamée fut immuable. Or certainement, au cours d'une longue carrière, la pensée de Posidonius a évolué,
comme avant lui celle de Platon, comme après lui celle de Porphyre?, chez
lesquels nous en pouvons mieux saisir les variations. Mais les œuvres de ce
polygraphe
étant perdues, nous sommes dans l'impossibilité, faute de documents de première main, de suivre les méandres de sa réflexion et d’en fixer
le point de départ et le point d'arrivée.
Nous ne pouvons pas davantage déterminer la part personnelle de Posidonius
dans la fusion qui s’accomplit entre le matérialisme stoïcien et la croyance
1. Strabon, III, 2, 9, Pp. 147.
2. Cf. infra, ch. VITI, p. xa
Pagina 19
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)en une immortalité céleste. Nous ignorons trop profondément quelles furent à
cet égard les convictions de la plupart des représentants du moyen-stoicisme,
et spécialement des nombreux propagateurs de cette doctrine composite, qui,
nés en Orient, ont dû être tentés d'accorder leurs spéculations avec la théologie
astrale des Sémites. Plusieurs d’entre eux eurent des Romains pour disciples.
et contribuérent à la diffusion de ces idées nouvelles dans le monde latin',
tels Athénodore de Tarse, qui fut le maître d’Octave, Antipater de Tyr, qui
convertit Caton d’Utique à sa morale. C'est singulièrement restreindre la
question à résoudre que de la traiter, en éplucheur de textes, comme une
filiation verbale de philosophe à philosophe.
Tout le problème des rapports
religieux entre le Levant- et le Couchant y est impliqué.
Cependant,
les
«
au
milieu
Chaildéens
»,
de
nous
ces
incertitudes,
l'avons vu
(p.
court
144),
un
ont
fil
conducteur.
probablement
Déjà
imaginé
que la chaleur qui entretient la vie dans notre organisme, est de même nature
que celle qui,
dans l'univers,
allume la scintillation des
étoiles
divines?.
Certainement le dogme que nos Ames sont congénères des astres, se répandit
dans le monde hellénistique avec l'astrologie, et il est depuis cette époque
enseigné par tous les adeptes
de cette divination savante.
Dès
le
IIe siècle
il trouva un défenseur convaincu dans le grand astronome dont les théories
scientifiques furent directement influencées par l’érudition chaldéenne.
« On
ne lovera jamais assez Hipparque », dit Pline l’Ancien*, « pour avoir établi,
mieux que personne, la parenté des astres avec l’homme, et montré que nos
âmes sont une parcelle du feu céleste
».
A Rome, une envolée lyrique de
Manilius* débute par ce vers que Goethe, ayant fait
en 1784 par un temps
radieux l'ascension du Broken, répétait pour exprimer l’admiration qu'il éprouvait
:
«
Qui
peut connaître le ciel sinon par une faveur du ciel,
Dieu s’il ne fait lui-même partie des dieux ?
et trouver
» On pourrait multiplier les citations analogues d’astrologues postérieurs °. Le principe que le semblable connaît
I. Stoïciens orientaux et Romains
: cf. Zeller, Philos.
Gr., III, 1, p. 585;
Cambridge
ancient history, XI, p. 641 ss.
a
|
2. Cf. supra, p. 144, et Mystic. astral, p. 279 [26].
3. Pline, H. N., II, 26, 95 : « Hipparchus nunquam satis laudatus, ut quo nemo
Magis adprobaverit cognationem (=ovyyéve:zv) cum homine siderum animasque nostras
Partem esse caeli;
cf.
4 Manilius, II, 115
Relig.
orient., p.
289,
: « Quis caelum possit
Nisi qui pars ipse deorum est... ni sanctos
n.
56.
|
nisi caeli munere nosse, et reperire deum,
animis oculos natura dedisset cognatamque
sibi mentem vertisset ad ipsam... caeloque veniret quod vocat in caelum sacra ad comMercia
rerum».
Cf.
Relig.
or.,
note
>. Cf. Myst. astral., appendice, p. 279 [26] ss.
Pagina 20
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)seul le semblable, exigeait que la nature
de l'intelligence humaine ne différât
pas de celle de la divinité; car sinon,
elle n’aurait pu avoir la notion de
celle-ci 1. Celui qui s’adonne avec ferveur à l'étude des constellations ne reçoit
pas seulement d'elles une sèche instruction?. L'homme ne peut se rassasier
du spectacle que lui offrent les astres resplendissants et leurs mouvements
harmonieux. Il sent avec émotion en s’abandonnant à cette contemplation, le
lien intime qui l’unit aux feux célestes. Sa raison entre en communion avec
ces dieux visibles, un amour divin la transporte jusqu'aux voûtes éternelles,
où elle se mélc au chœur sacré des étoiles et suit leurs évolutions rythmiques,
L'âme ne trouve pas seulement dans ce ravissement une jouissance infinie :
le ciel lui accorde la révélation de sa nature et lui apprend les lois qui dirigent
ses révolutions.
Pour
l'astrologie,
cette
extase
mystique
qui
fait
abstraction
future, enivre l’homme dès cette vie terrestre d'une «
de
la
vie
ivresse abstéme » :
c'est la récompense immédiate d'une dévotion savante, née dans des temples
qui étaient aussi des observatoires.
Mais lorsque s’affirma la croyance en une immortalité céleste, le transport
passager concédé à l’homme ici-bas devint une anticipation de la béatitude
que l'âme devait ressentir après la mort. Alors, échappant aux limitations des
faibles organes des sens, la raison apercevra directement toute la splendeur
de l'univers et obtiendra l'intelligence complète de ses mystères. Cette forme
de l’eschatologie est la projection dans une éternité lumineuse des croyances
dont la source première avait été « l'émotion cosmique »
que fait naître la
vue du ciel étoilé.
Or l'érudition de Posidonius s'était consacrée spécialement à l'étude des
corps célestes. I] avait écrit sur ce sujet* un ouvrage qui comprenait au moins
trois livres. La définition que donne de lui saint Augustin : « grand astrologue
et aussi philosophe » °, caractérise bien l'importance qu'avait pour lui la discipline chaldéenne, qu'il prétendit justifier comme toute la mantique en général.
»
'
1. Cf. Sextus Empiricus, Math. VII, 93 : Ti dopo tiv dpolwy elvaı ywoorms. C. Reinhardt,
Posidonius, p. 417; Kosmos u. Symp., p. 178 ss.
2. Sur ce qui suit, cf. Mystic. astral.
3. Cf. infra, ch. VII, p. 305.
4. Teo’ petedowy (Diog. Laérce, VII, 1, 135). De plus une perewpohoyixi aroryelwaic, Ibid.
§ 138, § 152. Cf. sur la sphère de Posidonius
: Cic., Nat. deor., II, 34, 88.
5. Aug., Civ. Dei, V, 5 : « Magnus astrologus idemque philosophus », à propos de
la géniture des jumeaux; V. 2 : « Posidonius multum astrologiae deditus... Fatalium
siderum assertor »; cf. Cicéron, De fato, III, 5, avec les notes d’A. Yvon, p. 30. —
Bouché-Leclercq, Astrol. gr., p. 545.
Pagina 21
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)CELESTE
il n’est pas douteux — bien qu’on en ait douté — que Posidonius adopta
chtte forme de mysticisme qui longtemps avant lui faisait partie intégrante de
l'astrologie. Il fit couler dans le lit aride d'un stoicisme devenu scolastique
un large courant d'idées dérivées à la fois du pythagorisme platonicien de son
époque et des vieilles religions astrales de l'Orient. Mais il resta foncièrement
stoicien en se refusant à admettre la spiritualité de l’äme et la transcendance
de Dieu.
L'âme, formée selon lui d'un mélange d'air et. de feu, se mêle
aussitôt après le décès aux esprits, invisibles comme elle, qui peuplent l’atmos‘phère. Dieu est immanent à l'univers; le siège de la raison directrice du
cosmos (Yyspovınöy) est la sphère des étoiles fixes, qui embrasse toutes les
autres et détermine leurs révolutions'. Là aussi, au sommet du monde, mais
non en dehors de lui, se réunissent les esprits bienheureux.
De cette cime
élevée ils prennent plaisir à observer les événements de notre terre lointaine
et, divinisés, ils peuvent veiller sur elle et nous protéger *.
Si l’on se souvient de la considération sans égale dont jouit à la fin de
la République le maître rhodien, on admettra nécessairement qu'il contribua.
dans une large mesure à faire accepter dans la société romaine des doctrines
qui, jusque là, n'y avaient obtenu qu’une faible audience. L'évolution intellectuelle
qui
se
laisse
observer
chez
son
élève
Cicéron
devaient accomplir bien des esprits dans son entourage ;
est
celle
que
mais l'écrivain latin
est le seul dont les sentiments intimes nous soient révélés par des écrits qui
nous permettent de suivre les fluctuations de sa pensée inconstante.
|
On ne peut douter que, durant la plus grande partie de sa vie, Cicéron ait
été agnostique. Son esprit se complaisait au scepticisme de la Nouvelle Académie, ou plutôt il adoptait à l'égard de la vie future l'attitude reçue dans
le monde où il vivait :
le problème de l'origine de l’äme et de sa destinée
y était regardé non seulement comme insoluble, mais comme oiseux, indigne
de préoccuper sérieusement, l’homme qui devait mettre son activité au service
de l'Etat. La question du culte à rendre aux Mânes avait été réglée une fois
Pour toutes par l'ancien droit pontifical: Le vieil esprit romain se méfiait
des spéculations sur l'au-delà, qui détournaient dangereusement les esprits des
„1. Diog. Laërce, VII, 1, 138-139 = Fragm. Stoic. IL p. 144 Arnim; cf. Cic., Somn.
Scip. 4 : « (Globus) unus caelestis est extimus, qui reliquos omnes complectitur, summus ipse deus arcens et continens ceteros. » Cf. Boyancé, Songe, p. 80 ss.
2. CE, Symbol., p. 123, n.3; Sénèque, Consol. Marc., XVIII ss. ; Consol. Polyb., IX,
3 : « Frurtur nunc libero et aperto caelo ... omniaque rerum naturae bona summa cum
Voluptate perspicit ». Stace, Silves, V, 3, 19 ss., avec la note de Vollmer (p- 525).
Pagina 22
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)réalités présentes. La pensée de Cicéron n’abandonna jamais entièrement cette
attitude intellectuelle. Jusque dans la conclusion du traité Sur la nature des
Wieux, une de ses dernières œuvres, on le voit faire abstraction de toute rétri.
bution dans un autre monde, mais invoquer uniquement le vieux concept grec,
né de l’idée d'une responsabilité collective de la famille, celui que les fautes
des parents sont punies sur leurs enfants'. Toutefois par l'étude des écrits
de son maitre Posidonius, et aussi par ses relations avec le sénateur Nigidius
Figulus, adepte fervent du pythagorisme?, Cicéron avait été mis en contact
avec ce courant d'idées mystiques, qui commençait à se répandre en Occident,
A mesure qu'il avançait en äge et que la vie lui apportait des désillusions,
ces idées religieuses s'imposérent davantage à sa réflexion. En 54, après
avoir renoncé à la vie politique, il composa la République, inspirée par l'œuvre
homonyme de Platon.
Comme
celui-ci avait introduit à la fin de son ouvrage
le célèbre mythe d’Er, son émule romain acheva le sien par ce morceau troublant qu'est le « Songe de Scipion », où le destructeur de Carthage reçoit
les révélations du vainqueur de Zama *. Il a voulu pareillement donner comme
conclusion à une œuvre consacrée à la constitution de l'Etat idéal, une description du sort réservé aux Ames d'élite dans l’au delà et cette description
est présentée par un témoin de ce qui se passe dans ce monde mystérieux.
De part et d’autre est formulée une doctrine de l’immortalité où l’homme de
bien,
et surtout celui qui a servi sa patrie, reçoit une récompense céleste, et
où les exigences de la justice sont satisfaites par la récompense ou la punition
posthumes du mérite et du démérite. Si l'imitateur latin du philosophe grec
transporte, comme lui, dans le cosmos le théâtre de l’action mise en scène, il
1. Cf. Rohde, Psyche, tr. fr., p. 450, n. 1; p. 565, n. 2.
2. Cf. supra, p. 151.
3. Lehrs, Populäre Aufsätze aus dem Altertum, 1875, p. 349 s.;
|
Fowler,
Religious :
experience of the Roman people, p. 382 ss.; Friedlander, Sittengesch.,
TIL, p. 3108.; Vicol,
Cicerone et l’epicureismo dans Ephemeris daco-romana,
1945, X, p. 221
ss.
4. Au temps où l’on cherchait un peu partout des emprunts faits à Posidonius, le
Songe de Scipion a été considéré comme tel,
et récemment encore Van den Bruwaene
(A. C. 1929, VIII, p.127 ss.) a voulu démontrer qu'entre Cicéron et Platon il fallait
admettre l'intervention d'un intermédiaire stoïcien, qui serait Posidonius. Cette opinion
a été combattue par Reinhardt [supra, p. 157, n. 1] et par Harder, Ueber Ciceros Som
nium Scipionis (Schriften der Königsb. Gelehrter Gesellschaft, V, 3), Halle, 1929, et nite
absolument par P. Boyancé, Songe. — Festugiére, Les thèmes du Songe de Scipion (Era
nos, XLIV, 1946, p. 370 s.), par une analyse sagace des thémes développés dans le
Songe, a montré qu'il était une mosaïque de lieux
communs.
Le seul trait propre.2
Cicéron est l’exaltation des vertus patriotiques, qui lui fait attribuer l’immortalité aux
grands politiques.
.
Pagina 23
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)a cependant modifié librement son modéle. Par un souci littéraire, il a dramatisé son exposé en le présentant, non sous la forme d'un récit fait par un
visionnaire sans personnalité, comme l’est Er le Pamphylien, mais dans un
dialogue entre deux hommes d’Etat des plus illustres de la République
romaine. En outre, s’il a adopté le cadre général du mythe platonicien, Cicéron
en a transformé le contenu en y introduisant les doctrines de la science hellénistique dans sa description des sphères célestes. Il a emprunté aussi à quelque
représentant du stoïcisme éclectique l'opposition qu’il établit entre la vanité
de l’immortalite terrestre qu'obtient la gloire conquise sur notre globe minusnuscule! et l'immensité de l'univers, où les grands hommes divinisés jouissent
du spectacle merveilleux des sphères mouvantes et de la terre lointaine
observé du ciel des étoiles fixes. C'est de cette contemplation enivrante et de
l'audition de l'harmonie cosmique
bienheureuses.
que
se
griseront éternellement les
âmes
S’il paraît exclu que Cicéron ait suivi dans l'élaboration du
Songe une œuvre déterminée de Posidonius, on peut croire que c’est à lui
qu'il doit le coloris mystique de cette eschatologie astrale.
|
Celle-ci n'est encore présentée ici que comme un simple rêve :
c'est une
vision dont rien ne garantit la réalité. Mais en 45, Cicéron est frappé d'un
deuil cruel par la perte de sa fille unique Tullia; sa douleur lui persuade
que cet
s'en
être chéri vit toujours parmi les
excusant
femme,
non
dieux.
Il recommande,
comme d'une
faiblesse
déraisonnable,
un
mais
chapelle
tombeau,
une
d'élever
(/anum),
qui
à
tout
cette
en
jeune
consacre
son
apothéose
*. Nous saisissons'ses sentiments intimes dans les lettres qu'il adressa
alors à Atticus de la solitude d’Astura, au bord des marais Pontins. Luimême
épanche
son
chagrin
en
écrivant
une
Consolatio,
dont
les
fragments
conservés nous le montrent étrangement dominé par les doctrines pythagoriciennes
:
l’äme,
exempte de toute matière, est céleste et divine, par conséquent éternelle ; sa vie ici-bas est une peine qui lui est infligée : elle naît pour
expier des crimes antérieurs *.
Trouble pai
le problème angoissant de notre destinée, l'esprit sensible de
Cicéron se tourne, non point vers les vieilles croyances, alors discréditées, mais
I. Sur la vanité de l’immortalité terrestre, cf. supra, ch. IL, p. 133 ss.
2. Pierre Boyancé, L’apotheose de Tullia (R.E.A., 1944, XLVI, pp. 179 ss.), pense
que cette apothéose et la construction d’un hérôon ont été suggérées à Cicéron par la
lecture de la Consolation de Crantor.
3. Consol. frag. 8 (= Lactance, Inst., III, 18)
omines
»,
:
Scelerum luendorum causa nasci
Pagina 24
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)vers cette religion nouvelle qui apportait de l’Orient une philosophie mystique.
L'Hortensius et les
Tusculanes, rédigés dans cette même période de sa vie,
nous montrent l’empire que le néo-stoicisme de son maître rhodien et le néo,
pythagorisme, qui comptait des tenants même au Sénat, exercaient alors sur
son esprit désabusé et attristé, et comment il cherchait dans les doctrines lumineuses d’une survivance remplie de félicité une consolation aux maux privés et
publics dont il se sentait accablé. A la fin du De senectute, après. avoir résumé
d’après les philosophes grecs les preuves traditionnelles de l'immortalité, le
vieillard, qui se sent proche de la mort, exprime par la bouche de son héros
une aspiration ardente à voir luire le jour qui l’introduira dans une assemblée
divine et lui fera quitter la tourbe fangeuse d'ici-bas'. Mais il ajoute : « Si
je me trompe en croyant immortelles les ämes humaines, j'ai plaisir à me
tromper ei ne veux pas me laisser arracher cette erreur qui fait ma joie” ».
Un espoir douteux auquel il se refuse à renoncer, telle est donc la dernière
conclusion
de
Cicéron
sur
la
mystérieux.
question
d'un
l'au-delà,
qui reste
pour
lui
|
Cette déviation
du
stoicisme,
qui l’inclinait vers l’eschatologie pythagoricienne, se fit accepter par ses tenants à Rome pendant plus d'un siècle, et
l'expression la plus complète qui nous soit parvenue de cette philosophie composite se trouve dans les dialogues et les lettres de Sénèque, écrits au moment
même où la secte était près de s’en détourner
(p.
115).
La perte presque
totale des ouvrages publiés par les écrivains de l’époque alexandrine, celle
même
de la Consolation et de l’Zortensius de Cicéron, ont fait pour. nous
de Sénèque le prédicateur le plus éloquent
et le plus explicite de cette croyance
en l’immortalité céleste introduite dans l’école de Zénon par Posidonius et
ses émules. Nous apercevons, grâce à l'écrivain latin, l'aboutissement ultime de
cette tendance mystique à laquelle avait cédé le Portique, et nous pouvons
rassembler,
dispersés
dans ses
œuvres, et reconnaître
mieux
que nulle part
ailleurs les éléments dont cette eschatologie est formée.
Comme Posidonius, Sénéque était éclectique. Le précepteur de Néron n'a
1. Cato, XXIII, 84 : «O praeclarum diem, cum in illud divinum animorum concilium coetumque profisciscar, cumque ex hac turba et colluvione discedam ». Cf. XXI, 77.
2. XXIII, 85 : «Quod si in hoc erro, qui animos immortales esse credam, libenter
erro, nec mihi hunc errorem, dum vivo, extorqueri volo »;
16,
cf. Tusc., I, 11, 24; L
na plupart des passages de Sénèque relatifs à cette eschatologie ont déjà été
39.
réunis par Badstübner, Beiträge zur Erklärung der philosophischen Schriften Senecas,
Hambourg, 1901, p. 10 ss.
Pagina 25
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)jamais été le sectateur rigoureux
CELESTE
165
d’aucun systeme dogmatique.
Il pretend
garder à l'égard des sages qu'il admire, l'indépendance de son jugement !.
S'il condamne l’hédonisme des Epicuriens, il ne s’est pas fait faute de citer
et de louer Épicure?. Il a concédé au scepticisme de l’Académie que, dans
sa poursuite de la vérité absolue, l'intelligence humaïne en ce bas monde
n’atteint que la vraisemblance*®. Dans sa première jeunesse, il s'était épris
passionnément de l’ascétisme de Sotion, au point de pratiquer son végétarisme*. La largeur de son esprit conciliant l’inclinait aussi à céder à la séduction de ces perspectives radieuses que Pythagore et Platon avaient ouvertes
sur la destinée future de l’äme. Mais Juste Lipse a déjà relevé les variations
de Sénèque sur l’article de l'immortalité?. Pas plus sur ce point que sur les
autres, ce moraliste du grand monde ne s’est beaucoup soucié d'être toujours
conséquent avec lui-même, et il n’a jamais prétendu présenter un système logiquement cohérent. Il serait aisé de noter le flottement de sa pensée ondoyante
dans ses épîtres, écrites sous l'impression du moment. Pour combattre la crainte
du trépas, il n’hésite pas à invoquer l'argument épicurien que nous retombons
après cette vie dans l’insensibilité qui précéda notre naissance.
Ou bien il
reprend l'alternative célèbre de Platon : la mort est une fin ou un passage’,
Ailleurs,
il présentera la survie de l'áme comme une simple hypothése?, ou
comme un beau rêve. De fait, il n’a pas cru qu’elle fût strictement démontrable ;
mais, puisque selon lui, à défaut de la connaissance du vrai, l’esprit
humain devait se contenter du vraisemblable, cette doctrine se recommandait
suffisamment à ses yeux, comme celle de l'existence des dieux, par le consentement universel des peuples® et par l'approbation des sages éminents qui
l’avaient enseignée. S’il repoussait, comme tous les Stoiciens, les fables du
I. Epist., 45, 4. Cf. Martha, Les moralistes sous l'Empire. romain, 8° éd., p. 9 ss. ;
Barth-Goedeckemeyer, Die Stoa5, 1940, p. 154.
.
2. Cf. Yindex de l'édition Haase, s. v.
3. Barth-Goedeckemeyer, p. 153.
4. Epist., 108, 17.
« Epicurei », « Epicurus ».
5 Juste Lipse, Philosophia Stoicorum, TU, 11.
|
6. Eb. 54, 43 77, 11; Consolatio. ad Marciam, 19, 5. Cf. Pline, H. N., VII, 55, 188,
et infra, note 8.
— L’alternative est développée surtout dans
Consolatio.
ad Polybium,
9, 2-3.
7. Epist. 63, 16; 76, 25. Cf. 108, 17 ss.
, 9. Epist.,
102, début.
De même la Consolatio
ad
Marciam,
malgré
l'argumentation
“picurienne du $ 19, 5, qui va jusqu’à affirmer que « Mors nec bonum nec malum ...
omnia in nihil redigit ».
9. Consentement universel : Epist. 117; 6; 102, 2. Cf. Cicéron, supra p.
10. Approbation des sages : Epist. 63, 16; 102, 2.
Pagina 26
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)Tartare et jugeait oiseux qu'on s'attardát encore à les combattre', son sentiment s'attachait au dogme, introduit dans le Portique, de l’immortalite céleste,
Il l'impose en certains passages avec force”; elle est pour lui une foi, souvent
professée, une conviction, qui est la conclusion naturelle de toute sa psychologie’.
L’äme pour lui, comme pour tous les Stoiciens,
est une substance matérielle*, mais formée d'un feu d'une subtilité extrême”. Elle est :descendue
du ciel®, et elle aspire, par suite de son origine même, à y remonter’, car
elle est unie, par une identité de nature; aux divinités qui agissent dans le
cosmos”, et particulièrement aux astres. Mais cet esprit divin est joint à un
corps sujet à la mort?. Il le possède en vertu même de sa condition humaine,
et c'est pourquoi il éprouve pour lui de l'inclination et de l'attachement ".
Ce corps a le pouvoir d'agir, non seulement sur l'état physique, mais sur
l’activité intellectuelle de l’homme !.
Cependant Sénèque établit entre cette
gangue de glaise et l'áme, issue de la sphère céleste, une opposition radicale,
qui
est
étrangère
à l'ancien
stoicisme.
Notre
organisme,
fragile enveloppe,
exposée à toutes les infirmités, à tous les accidents", est pour l'âme üne cause
de soucis et de troubles incessants. Il faut n'avoir avec lui que les rapports _
indispensables , se soustraire autant que possible à son contact malsain, le
dominer et non se laisser asservir par lui!*; car bien que le corps n'ait pas
le pouvoir de détruire le feu subtil qui le pénètre, il l’oppresse et le contrarie,
1. Fables du Tartare : cf. supra, ch. IE, p. 120.
2. Epist., 57, 9; Consol. ad Marciam, 24, 5 ss.; De brevit. vitae, 19, 1.
3. Comme l’a bien montré Barth, J. c., p. 165 ss.
4. Epist., 106, 4 : « Animus corpus est».
.
|
5. Epist., 57, 8; 50, 6. — Epist., 57, Sénèque combat la doctrine singulière de certains
Stoïciens, que si un homme était écrasé sous un poids énorme, l'âme était aussi réduite
en pièces, ne pouvant sortir du corps. Pour notre philosophe, sa subtilité même lui permet de s'échapper. Juste Lipse (}. c.) a retrouvé une trace de la même aberration
stoïcienne dans Stace, Chébaide, VI, 885 : « Obtritum cadaver animam propriis non reddidit astris ».
6. Consol ad Helv., 6, 7; 11, 7; Epist., 120,:15.
7. Epist., 92, 303 41, 5; 79, 12; Consol. ad Marciam, 24, 5.
8. Consol. ad Helviam, V1, 7.
9. Cf. l'exposé de Barth, op. cif., p. 165 ss.
10. Epist., 14, 1. Cf. Symbol. 21, 0.7; 364, n. 4.
11. Dial., IV, De ira, IL, 19, 1.
12. Consol. Marc., XI, 3.
13. Epist., 78, 22.
14. De vita beata, 8, 2; Epist., 58, 23;
Pagina 27
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)et il l'empêche d'atteindre le but auquel la nature le’ destine. Il est un poids
en même temps qu’une peine pour l’Ame : celle-ci se sent accablée par sa
pression, et demeurerait sa captive, si la philosophie ne la ramenait des préoccupations terrestres vers le ciel!. Cette évasion lui rend la liberté?; elle se
soustrait ainsi à la prison où elle est retenue, est réconfortée par la contemplation des êtres célestes. Aussi le sage a-t-il hâte de briser définitivement
les liens qui l’enchainent*, de sortir par la mort d'une geöle étroite, de quitter
ce corps qui n’est pour lui qu'un logis malsain, où il est passagèrement hébergé 4,
qu'une enveloppe dont il se dépouille comme d’un vêtement”, et de rompre
ainsi toute cohabitation avec un « ventre dégoûtant et fétide » ®. Dans tous
ces développements souvent répétés, Sénéque parle comme les Pythagoriciens
et les Platoniciens, et sa rhétorique elle-méme renchérit sur eux.
Le sage est un dieu sur la terre”, et lorsqu'il la quitte il retourne vivre
parmi les astres dans la société de ses égaux. Mais la plupart des hommes
ne s'élèvent point à une
telle perfection
:
il faut que leur Ame séjourne
quelque temps dans la zone voisine de notre globe pour y effacer les tares
contractées dans cette vie mortelle®; elle est purifiée de ses souillures par
les éléments entre le ciel et la terre, dans cet espace plein d’effroi, où le:
tonnerre et la foudre, le souffle des vents, les précipitations des nuages, de
la neige, de la grêle provoquent comme ‘un tumulte incessant !°. Allégée du
poids de ses fautes, elle s’élance vers les hauteurs célestes où elle retrouve les
esprits
bienheureux
et peut
s’entretenir
avec
le
cénacle
sacré
des
grands
hommes du, passe! .
C'est sa parenté originelle avec les dieux, c'est la communauté d'une même
essence,
qui
inspirent
1. Epist., 65, 16 s.;
2. Epist., 65; 16.
3. Cons. ad
à
l’esprit
humain
De tranquill. animae,
Marciam, 23, 2;
4. Epist., 120, 14.
— Cf.
65, 21
5. Cons. ad. Marciam, 25, 1;
le
XI,
désir
de
s’occuper
des
choses
1.
Cons. ad Polyb., 9, 3.
: « Corpus domicilium obnoxium »; 102, 24; 70, 16.
Ep., 92, 13 : « Corpus animi est velamentum ».
ch eit 102, 27, s'oppose à la doctrine épicurienne sur le plaisir du ventre. Cf. supra,
«IL
p.
141,
n.
2.
7. Consol. ‘al Marciam, 26; Consol. ad Helviam, XI, 5. Cf. Symbol., p. 264; p. 271.
8. Consol ad Helviam, 20, 2; Quaest. nat. I, Prolog. 12. Cf. Symbolisme, p. 128 ss.
9. Consol. ad Marc. 25, 1;
> to, Cons. ad Helv., 20,2;
+ 120
Quaest.
nat.,
I, Prol.
14.
Cf. infra, ch. IV, p. 208 ;
11. Consol. ad Marc., 25, 2. Cf. Mystic. astral., p. 274, n. 1.
Symbol.,
Pagina 28
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)célestes, en même temps qu'elles lui donnent la faculté de les comprendre1,
Cet esprit, même en cette vie, lorsqu'il est étroitement lié au corps, dont le
poids pèse sur lui, a la faculté de parcourir rapidement tout l’univers et la
série des siècles passés et futurs.
Il se montre égal à l'infini de l’espace et
du temps?. Sa pensée s'attache à l'étude des forces divines disséminées dans
le monde et surtout à l'observation du ciel et des astres, et cette application
est pour lui une source intarissable de délectation® ;
car la nature n'a rien
produit de plus grand et de plus splendide que le firmament, dont l'âme, qui
en est une particule détachée, est la contemplatrice et l’admiratrice#. Il est
l'objet le plus digne de solliciter les recherches de la raison.
Il détourne
celle-ci de tout ce qui est médiocre et vil et lui procure à la fois les plaisirs
les plus purs et l'élévation la plus sublime”. Avant même qu'elle soit délivrée
de sa prison charnelle, elle peut, dans le ravissement de l’extase, s'élever jusqu'aux hauteurs célestes. Mais lorsque le trépas l’aura libérée de la nécessité
de se servir de ses organes corporels, jouissant du spectacle merveilleux que
lui offre le chœur des étoiles’, elle comprendra pleinement les causes de
leur
course
ininterrompue
et
pénétrera
les
secrets
les
plus
intimes
de la
nature. La contemplation des astres, au milieu desquels elle vivra, comme, du
haut de son observatoire, la vue de la terre qu’elle a quittée*, lui vaudront
une jouissance toujours renouvelée.
Il y a ainsi un parallélisme parfait entre l’activité intellectuelle du sage
ici-bas, et celle des bienheureux dans les sphères étoilées? ; les joies que
1. Quaest N., Prol. 17; Consol. ad Helviam, VIII, 6 (Cf. Manilius, II, 115); Epist,
93, 9; De Provid., 1. 5. Sur la cognatio de l’homme et de Dieu, cf. Consol. ad Helviam,
11,7;
Epist., 108, 17.
2. Ad Helviam, 20, 2; Epist., 102, 20, 223 Cf. Cicéron, Hortensius, fr. 50 Müller.
3. Ad Helviam, 20, 2 ; Epist., 102, 27-28; Quaest nat., Prol., 17; De Beneficüs, IV, 23.
4. Cons. ad Helviam, 8, 4 : « Animus contemplator admiratorque mundi»; Epist., 94;
56. Idées de Posidonius : cf. Myst. astral., 268, note 1.
5. Quaest Nat., IV, 4, 2; De Benef., IV, 23; cf. Barth, op. cit., p. 155 ss.
6. Epist., 79, 12. Cf. Consol. ad Helviam, VIII, 6 : L’idée-d’une extase, qui ravit les
prit et le transporte au milieu des constellations, est beaucoup moins accusée.chez Séneque
que chez d'autres auteurs (cf. supra, p. 160). Un tel mysticisme répugnait à l'esprit romain,
et Sénéque, qui a dû en trouver Vindication dans ses sources, n'y fait allusion quen
passant et à mots couverts.
7. Consol. ad Marciam, 25;
Epist.,-93, 9.
.
Consol. ad Pol., 9,3; 9,8; Quaest nat. I, Prol. 7-12;
8. Consol ad Marc., 25, 4; Consol. ad Polyb. 9, 3; cf. Symbol., p. 123, n. 3.
9. L'idée est platonicienne, cf. Epinomis, pp. 896c et 992b. Même idée dans les Lois
X ; Cimée, go bd. Cf. Ed. des Places, A. C., 1942, XI, p. 97.
Pagina 29
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)CHAPITRE III.
— L'IMMORTALITÉ
CELESTE
|
169
procure aux esprits studieux la recherche de la vérité sont une anticipation
de la félicité que l’äme, dégagée de tout contact avec le corps, éprouvera
dans une autre vie!, au moins jusqu’au jour lointain de la conflagration universelle?. Ainsi la mort n'est pas pour nous un châtiment, et il est déraisonnable de la redouter comme le fait le vulgaire. Sénéque ne se contente
pas de reprendre pêle-mêle les considérations traditionnelles chez les philosophes pour combattre cette crainte.
Il répétera avec les Épicuriens, nous
l'avons vu, que l’on retombe après le décès dans l’inconscience qui a précédé
la naissance, avec les Stoïciens que cette nécessité, inhérente à la condition
humaine, est conforme aux lois divines de la nature, que la mort nous délivre
de tous les maux, y compris l’appréhension même de cette mort.
Il reproduira inlassablement tous les arguments propres à faire accepter, sans rébellion,
la soumission
è un
sort
gnation que prêche
inéluctable.
le philosophe
Mais ce n'est plus
:
seulement la résiil fait luire une grande espérance.
Il oppose à la bassesse et à l'étroitesse de notre demeure présente l'élévation
et l’immensité
ici-bas,
de son séjour céleste,
la splendeur éclatante
des
à l'obscurité qui offusque notre vue
sphères
éthérées,
où
toutes
les
ténèbres
seront dissipées 5, au trouble et à la confusion de notre existence agitée le repos
dont nous jouirons
dans la
sérénité de la lumière supérieure,
quand,
après
avoir été ballottés par les orages de la vie, nous atteindrons le havre tranquille
des cieux 6, à la brièveté enfin de notre passage en ce bas monde la pérennité :
de notr2 béatitude dans un monde meilleur?. Ainsi notre vie humaine est un
simple prélude, une préparation à une autre vie plus longue et plus heureuse,
qui commence au moment du décés$. La première est comparable à la gestation
du fœtus dans le. sein de sa mère : de même que i’enfant vient au monde
dans la douleur et se dépouille des membranes qui l’enveloppent, ainsi notre
1. Quaest Nat., 1, Prol. 6-7.
2. Cons. ad Marc., 26,. 6-7.
. 3. Argument épicurien, cf. supra, p. 125. Epist., 92, 34, reprend la pensée de Lucrèce
(Cf. supra, ch. I, p. 16) qu'il importe
peu que le feu détruise le corps, que la terre le
recouvre, que les carnassiers le dévorent. Sur ces exhortations 4 mépriser la mort, dont
Sénéque a donné le meilleur exemple par sa propre fin, cf. Barth. op. cit. [supra,
p. 165, n.
1], p.
176 ss.
.
4. Consol. ad Polyb., IX, 8;
Epist., 92, 31;
120, 15;
5. Epist., 79, 12; 102, 28.
.
6. Consol. ad Marciam, 24, 5;
Consol. ad Polyb.,
9,
lumière céleste, Symbol., p. 374 ss.
7.
Consol.
8°
Epist., 102, 22 ss.
ad Polyb., 9, 6;
Quaest nat., I, Prol. 8-13.
6.
Cf.
sur ce
|
Cons. ad Marciam, 26, 7.
repos dans la
Pagina 30
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)existence terrestre mûrit une seconde parturition, pénible comme la précédente,
qui nous débarrassera des téguments corporels où nous sommes enserrés ?,
« Le jour crucial que nous redoutons comme le dernier est celui de notre
naissance pour l'éternité » ?.
|
Ainsi
la
prédication
de
proches
des
croyances
chrétiennes,
pourrait
comme
être
celui
secrètement
Sénéque
d'un
en arrive à répandre des
à user
apologiste.
conquis
à
la
foi
même
L'on
parfois
comprend
nouvelle
-—
idées
toutes
d'un langage
qu'on
malgré
l'ait
son
qui
regardé
suicide
—
et admis l'authenticité de la prétendue correspondance échangée entre lui
saint
Paul.
spirituels
et
qui
Sa propagande morale,
pourraient
être
ceux
en
d'un
effet,
recommande des
chrétien.
C'est
ainsi
exercices
qu'il
exhorte
à la méditation de la mort, pour se préparer à celle-ci et se rendre digne de
l'obtenir en épurant sa pensée par cette concentration de l'esprit sur un tel
objet. Mais il ne fait ici que suivre Platon®. Sans doute si les œuvres des
prédécesseurs grecs du moraliste romain n'avaient pas péri, y trouverions-nous
développées déjà les mêmes idées que chez lui, et il apparaîtrait que ce directeur de conscience n’a fait que les transposer en latin et les vulgariser en
leur prétant l'attrait de son éloquence pittoresque, incisive et pressante.
1. Cf. N. C. VI.
2. Epist., 102, 28-29 :
talis est ».
3. C'est la
.
« Dies iste quem tanquam extremum reformidas
i
aeterni napedttn Oavatov
de Platon, Phédon, 81 A, à laquelle Sénèque fait directement allusion dans la Consolatio ad Marciam, 23, 2. Cf. Symbol., p. 365.
Pagina 31
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)CELESTE
III. — FORMES DE L’IMMORTALITE CELESTE}.
Nous avons marqué les voies par lesquelles la foi en l’immortalite astrale
se propagea dans le monde antique et rappelé quels furent les principaux
défenseurs de cette croyance, dans la mesure où nous les connaissons. Mais
il s'en faut.que nous puissions en suivre le développement à travers la littérature religieuse et philosophique et indiquer la part qui revient dans ses transformations à chacun de ses adhérents. Nous devons nous contenter d'exposer
brièvement ici, pour terminer ce chapitre, quelles furent les diverses formes
que prit successivement cette grande doctrine eschatologique.
Des croyances répandues chez beaucoup de peuples par le monde mettent
la
survie
de
l’äme
en
relation
avec
les
astres.
Longtemps
on
se
figura
ndivement qu'un nouveau soleil était créé chaque matin? ou du moins chaque
hiver, qu'une
« nouvelle lune»
idée primitive
ont survécu dans les
notre
moderne.
langage
Mais
naissait chaque mois,
et des traces de cette
religions de l’antiquité et jusque dans
lorsqu'on
se
rendit
compte
que
les
mêmes
luminaires célestes, après avoir amorti leurs feux et perdu leur éclat, réapparaissaient pour recouvrer bientôt leur splendeur, que les étoiles qui s'allumaient au, crépuscule étaient les mêmes qui s'étaient éteintes à l'aurore, leurs
| vicissitudes furent mises en rapport avec la destinée de l’homme, qui devait,
comme eux, renaître à une vie nouvelles.
Diverses tribus sauvages associent
ainsi les astres et spécialement la lune à la résurrection des morts. Le disque
blafard,
qui
apparaître
les
verse
dans
fantômes
les
ténèbres
qui
hantaient
nocturnes
sa
lueur
les
et
les veilles.
songes
indécise,
Il
faisait
était
la
puissance qui présidait à la vie d’outre-tombe. Chez les Grecs, dès les temps
les
plus
revenants
anciens,
et
la
Hécate
reine
des
est
à la
fois
la
Enfers.
En
Orient
déesse
lunaire,
des
idées
l'évocatrice
des
astrologiques
se
mêlaient à cette mythologie ; on enseigna que les rayons froids et humides
de l’astre des nuits corrompaient la chair des morts et en détachaient ainsi
I. Pfeiffer, Studien zum antiken Sternglauben, Zxoryeia, II, 1915; P. Capelle, De luna,
stellis, lacteo orbe animarum sedibus (Diss.
Halle),
« Sternbilder », p. 1065 ss.
2. C’était encore l'opinion des Epicuriens, cf.
3. Symbol., p. 218, n. 1; p. 211, n. 6
1917.
Gundel dans Roscher,
Symbol., p.60, infra, ch.
Pagina 32
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III. — FORMES DE L’IMMORTALITE CELESTE}.
Nous avons marqué les voies par lesquelles la foi en l’immortalite astrale
se propagea dans le monde antique et rappelé quels furent les principaux
défenseurs de cette croyance, dans la mesure où nous les connaissons. Mais
il s'en faut.que nous puissions en suivre le développement à travers la littérature religieuse et philosophique et indiquer la part qui revient dans ses transformations à chacun de ses adhérents. Nous devons nous contenter d'exposer
brièvement ici, pour terminer ce chapitre, quelles furent les diverses formes
que prit successivement cette grande doctrine eschatologique.
Des croyances répandues chez beaucoup de peuples par le monde mettent
la
survie
de
l’äme
en
relation
avec
les
astres.
Longtemps
on
se
figura
ndivement qu'un nouveau soleil était créé chaque matin? ou du moins chaque
hiver, qu'une
« nouvelle lune»
idée primitive
ont survécu dans les
notre
moderne.
langage
Mais
naissait chaque mois,
et des traces de cette
religions de l’antiquité et jusque dans
lorsqu'on
se
rendit
compte
que
les
mêmes
luminaires célestes, après avoir amorti leurs feux et perdu leur éclat, réapparaissaient pour recouvrer bientôt leur splendeur, que les étoiles qui s'allumaient au, crépuscule étaient les mêmes qui s'étaient éteintes à l'aurore, leurs
| vicissitudes furent mises en rapport avec la destinée de l’homme, qui devait,
comme eux, renaître à une vie nouvelles.
Diverses tribus sauvages associent
ainsi les astres et spécialement la lune à la résurrection des morts. Le disque
blafard,
qui
apparaître
les
verse
dans
fantômes
les
ténèbres
qui
hantaient
nocturnes
sa
lueur
les
et
les veilles.
songes
indécise,
Il
faisait
était
la
puissance qui présidait à la vie d’outre-tombe. Chez les Grecs, dès les temps
les
plus
revenants
anciens,
et
la
Hécate
reine
des
est
à la
fois
la
Enfers.
En
Orient
déesse
lunaire,
des
idées
l'évocatrice
des
astrologiques
se
mêlaient à cette mythologie ; on enseigna que les rayons froids et humides
de l’astre des nuits corrompaient la chair des morts et en détachaient ainsi
I. Pfeiffer, Studien zum antiken Sternglauben, Zxoryeia, II, 1915; P. Capelle, De luna,
stellis, lacteo orbe animarum sedibus (Diss.
Halle),
« Sternbilder », p. 1065 ss.
2. C’était encore l'opinion des Epicuriens, cf.
3. Symbol., p. 218, n. 1; p. 211, n. 6
1917.
Gundel dans Roscher,
Symbol., p.60, infra, ch.
Pagina 33
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)l’âme, qui abandonnait progressivement le cadavre. Aux jours critiques où ils
exercaient une influence plus active sur cette dissociation, les Syriens offraient
des sacrifices sur les tombeaux et la triple commémoration des trépassés dans
l'Eglise byzantine a pour origine première ces offrandes des cultes sidéraux !,
C’était aussi une opinion trés répandue, et qui a survécu ‘dans le folklore
européen, que chaque homme a son étoile au ciel”. Elle est éclatante, s’il
a un sort
brillant ;
pâle, s’il est de condition modeste.
Elle s'allume à
sa
naissance, et à sa mort elle tombe. La chute d’une étoile filante indique donc
un décès. Cette idée vulgaire était courante dans l'antiquité. Pline la rapporte
en lui déniant toute vérité”, et elle est encore combattue au ve siècle, par
Eusèbe d'Alexandrie* : « Il n’y avait donc que deux étoiles au temps d'Adam
et d'Eve, interroge l’évêque, et huit après le déluge, quand Noé et sept
autres personnes furent sauvés dans l'arche » ? Les formules des épitaphes
et l'usage même de la langue indiquent combien était triviale la croyance
que chacun naissait, comme nous le disons encore, sous une bonne ou mauvaise, étoile. Asérosts en latin est l'équivalent de notre « malchanceux » *.
‘Cette doctrine d’une astrologie rudimentaire fut incorporée dans le système
de
la généthlialogie
aux signes
du
savante.
Bien
que
celle-ci
attribuât
zodiaque une influence prédominante,
elle
aux
planètes
et
enseignait aussi,
comme le voulait l'opinion populaire, que chacune des étoiles les plus brillantes [AauToo dotépes), si elle était dans une position favorable, assurait au
nouveau-né richesse, puissance et gloire .
Une autre croyance largement admise A travers le monde était celle que
les esprits des morts allaient habiter la lune’. En Orient, elle conserva une
forme
grossiére,
qui
remonte certainement á un paganisme
trés primitif.
Nous la trouvons dans l’Inde comme dans le manichéisme, né en Mésopotamie au Ie siècle,
gantes
mais qui admit dans ses spéculations souvent extravabeaucoup d'anciennes
traditions.
Tous
ceux
qui abandonnent
cette
1. C. R. acad. inscr., 1918, p. 278 ss. Cf, Freistedt, Altchristl. Gedächnisstage und
ihre Beziehung zum Jenseitsglauben der Antike, 1928. Cf. supra, ch. I, p. 28.
‘2. Capelle, op. cit., p.19 ss.; Mani «né sous une étoile brillante dans la race des
maîtres » : Scheftelowitz, Entstehung der Mani-Religion, Giessen, 1926, p. 15.
3. Pline, N. H., IL 8, 28.
4. Euseb. Alex., De Astronomia, 1 (P.G. LXXXVI, 1, p. 453);
Astrol. grecque, p. 386, n. 2.
5
Thes. l. L., s. v.:
6 C.C.A:G., V, pars. 1, p. 196 ss.
7. Capelle, op. cit., p. 1 ss.
cf. Bouché-Leclercg,
Pagina 34
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)terre, dit un Upanishad, vont dans la lune; l’haleine de ces morts l’enfle
pendant la première moitié du mois. De même selon les Manichéens, durant
le croissant, le disque de la lune se gonfle d’Ames, conçues comme lumineuses, qu'il puise sur la terre, et, pendant le décours, il les transvase dans
le soleil. Ou bien, usant d’une image bien antérieure à lui, Mani disait encore
que la barque de la lune, qui vogue dans le ciel, se chargeait d’ämes qu’elle
transbordait chaque mois sur le vaisseau ‚plus grand du soleil’.
La connexion qu'on établissait entre la lune et l’idée d'immortalité dans
les religions syro-puniques se manifeste en Afrique par l'abondance extraordinaire des monuments funéraires qui portent le symbole du croissant, soit
seul, soit associé au disque solaire et à la planète Vénus ?
ces symboles
astraux sont identiques à ceux dont se servaient déjà les Babyloniens, créateurs
de la triade Sîn, Shamash, Ishtar. Mais ce n’est pas seulement chez les peuples
sémitiques que nous trouvons sur les tombeaux le croissant, soit isolé, soit
accompagné d'autres figures : il est d'une fréquence particulière en pays
celtique, et l’on a démontré que cet emblème de la lunule n'y est ni d’importation romaine, ni d’origine germanique, mais appartient au vieux fonds de la
‘religion indigène.
Il est possible que les Druides aient placé dans la lune
l’autre monde, Vorbis alius*,ot les hommes poursuivaient une existence que
la mort n'interrompait
point; mais l'examen des
monuments
montre
qu'aux
traditions autochtones se sont probablement mélées en Gaule les doctrines
orientales des mystères de la Grande Mère, et peut-être aussi celles du pythagorisme.
Four le soleil, une croyance fort ancienne voulait que les morts l'accompagnassent dans sa course et descendissent avec lui des confins occidentaux de
la terre dans le monde souterrain '. C'est là que l’astre affaibli recouvrait ses
forces pendant la nuit, c'est là aussi que les défunts devaient être revivifiés.
On sait quelle fut la puissance de cette foi dans l'ancienne Egypte”
: les
âmes montaient dans la barque de RA et, après avoir parcouru avec lui le cercle
du ciel, s’enfongaient avec lui dans la région inférieure par une fente de la
I. Symbol., p. 178 ss.. Transformation morale de cette croyance dans le mazdéisme :
Darmesteter, Zend-Avesta, Yasht VII, t. II, p. 408, n. 4.
2. Symbol., p. 209 ss.
3. Lucain, I, 456 ss. Cf.
Symbol., p.
213 +58.
.
¿ 4Fersistanco de cette vieille idée, attestée 4 propos de Constance Chlore, cf. infra,
-
VL,
p.
292.
5. Breasted, Development of religion in ancient Egypt, p.
Pagina 35
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)terre ou par delà l'Océan. C'est l'origine première du rôle de psychopompe
que nous verrons attribué au dieu solaire.
Enfin beaucoup de peuples ont cru que les âmes, après s'être envolées à
travers
les
airs,
circulaient
ensuite
dans
les
cieux
sous
la
forme
d'étoiles
brillantes'. La multitude des astres qui scintillent au firmament est celle des
morts innombrables qui ont quitté la terre. Leur foule serrée se presse surtout
dans la longuc traînée lumineuse de la Voie lactée, qui est par excellence le
séjour des trépassés®. Une autre croyance reconnaissait dans l'anneau blanchâtre de cette nébuleuse, qui
traverse la voûte céleste,
la grand’route que
suivaient les défunts pour monter au sommet du monde, et une survivance
verbale de cette vieille idée s’est conservée dans le nom même de Voie lactée.
Certaines de ces opinions très diverses sur le sort des âmes après la mort,
qu'on trouve répandues parmi mainte population non civilisée, peuvent aussi
avoir eu cours dans le folklore des anciens Grecs, mais nous n’en avons aucune
preuve.
De même
que
les
Hellènes
restreinte et secondaire dans
leur
n’ont
accordé aux
astres
religion anthropomorphique,
qu'une
place
ils n'ont pas
ou mont guère cru primitivement que les âmes montaient vers le ciel étoilé.
Cette doctrine est même absolument étrangère aux premiers penseurs ioniens*.
*
x
*
L'immortalité astrale, dont nous avons suivi la propagation de la Perse et de
la Babylonie jusqu'aux Pythagoriciens, se distingue nettement des idées vulgaires que nous venons de passer rapidement en revue : ce fut une doctrine
savante qui
était
liée
à une cosmologie
et à une
astronomie relativement
avancées, et qui se modifia à mesure que progressait la science. Nous allons
tâcher de définir les divers aspects sous lesquels elle se présenta, en parlant
successivement de l’immortalite lunaire, solaire et stellaire.
La première étape que l’äme doit franchir pour s'élever vers les cieux est
la traversée de l'atmosphère. Nous avons vu précédemment (p. 78) que l'âme
est souvent conçue comme un souffle, qui, exhalé par le moribond, flotte
dans l'air ambiant, mêlé aux vents. L’antique conception que l'air est l'élément
1. Pfeiffer, op. cit., p. 113 ss.; Capelle, op. cit., p. 19 ss.
2. Capelle, p.
37 ss. ; Boyancé, Songe, p. 133 ss.; cf. Gundel, R. E., s. v.
Sur cette route des âmes cf. infra, ch. VI,
3. Pfeiffer, op. cit., p. 113.
T'ahdbtas
Pagina 36
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)où se meuvent les esprits des morts prit une force nouvelle et une signification
plus profonde lorsque fut admise la doctrine de l'immortalité astrale; car
l'atmosphère, que les Ames devront nécessairement franchir pour atteindre les
sphères célestes, ne sera plus pour elles qu'un séjour transitoire, un lieu de
passage jusqu’à l’astre le plus proche de notre globe, la lune.
Pour les
Pythagoriciens
l’espace
compris
entre
la
terre
et
la
lune
est
« rempli d’ämes »'. Il est constamment parcouru par le va et vient d'une
foule d’entre
elles,
dont
les unes
descendent
ici-bas,
saisies du
désir
de
sincarner dans un corps, d’autres, le cycle de leurs épreuves terrestres révolu,
remontent vers les sphères supérieures. Ces philosophes enseignaient, — comme
l'avait fait déjà le mazdéisme — que les Vents, conçus comme des divinités,
peuvent favoriser ou contrarier l'ascension des esprits des morts et,
en les
secouant dans leurs tourbillons, les châtier et les alléger du poids de leurs
fautes?.
Ou encore ils admettaient qu’un dieu psychopompe conduisait ces
âmes vers leur demeure céleste et les protégeait contre les attaques des démons
aériens qui tentaient de s'opposer à leur vol’. Nous aurons à reparler de
ces idées mythologiques à propos des peines des Enfers ‘, car pour les défenseurs de l'immortalité céleste, ces inferi sont la zone inferieure du monde,
remplie du trouble des éléments, qui s'étend à proximité de notre terre, et où
les eidöla restent exposés à de cruels tourments.
Les Pythagoriciens admirent qu'après avoir été purifiées dans les airs,
les Ames allaient se fixer dans la lune. A la question : « Que sont les îles
des Bienheureux ?
répondait :
» la doctrine orthodoxe de la secte, nous l’avons vu {p. 146)
« le soleil et la lune » °. Ces astres étaient pour eux des iles mouvantes baignées dans un fluide lumineux, que leur révolution rapide faisait
bruire autour d'elles.
Ces penseurs, qui agitèrent toutes les hypothèses scientifiques, admettaient la pluralité des mondes, opinion que Fontenelle défendait encore en
1686, non sans ingéniosité. Les astres étaient d'autres terres,
entourées d’air, qui roulaient dans l’éther infini. La lune en particulier devenait
la « terre éthérée », la « terre olympique » 6, et c'était là que se trouvaient
I. Diogène Laërce, VIII, 32
:
Elvar mävra tov dipa duyüv iurhëwv. Cf.
A.
Delatte,
Vie
de Pythagore, 1922, p. 129, n. 12, p. 226 ss.
2. Ci. Symbol., p. 117.
3. Cf. infra, ch. VI, p. 300.
4. Cf. infra, ch. IV, p. 208.
:
5. Jamblique, Y. P., XVIII
; 2 = Diels, Vorsokr., 3, p. 358, 18. Cf. Plut., De genio
Ocratis, 22, p. 590 c;
Hiéroclés, In aur. carmen,
6. CE. Symbol., pp. 167, 184, 188; supra, p. 146.
Pagina 37
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)les Champs Elysées, les prairies de l’Hadés, où étaient admis les Elus. Dans
ce séjour sélénien, comme, selon Homére, dans les fles Fortunées, les héros
se
reposaient
à jamais,
et
Pythagore
lui-même s'y réjouissait
au
milieu
des
sages, avec Orphée et Platon'. Perséphone, assimilée à Artémis, régnait sur
“ce
royaume
des
ombres
heureuses.
La
lune,
comme
cette
déesse
infernale,
ne se transportait-elle pas alternativement au-dessus et au-dessous de la terre ?.
Les planètes
étaient
les
chiens
de cette chasseresse toujours en course, qui
autour d'elle battaient en tout sens les champs de l’espace
?.
A tous égards l’astre nocturne, destiné à recevoir les Ames les plus hautes,
était supérieur à notre globe terrestre”. Les auteurs d’apocalypses pythago“riciennes peuplèrent les montagnes et les vallées lunaires d'animaux fantastiques, plus robustes
que
ceux de notre
faune, y firent
croître des
plantes
étranges, plus vigoureuses que la flore d’ici-bas. Les séléniens, nourris des
vapeurs de l'atmosphère, n'étaient point, selon eux, soumis aux besoins humains.
Dans son Histoire Véritable, Lucien
a parodié ces folles imaginations avec
| une outrance comique et une obscénité bouffonne*.
A
côté
des
Néopythagoriciens,
les
Stoiciens
éclectiques,
et en particulier
Posidonius, firent à l’eschatologie lunaire une place dans leur systeme, et ils
entreprirent de la justifier par les doctrines physiques du Portique. Suivant
eux, nous l'avons vu (p.
leur
légèreté même
à
114), les Ames, souffles ignés, s'élèvent en vertu de
travers
notre
atmosphère
épaissie
par
les
brouillards
et les nuages, vers les feux subtils du ciel’. Leur ascension ne se fait point
sans obstacle
:
l'air, l’eau et le feu forment des zones concentriques, toujours .
en mouvement autour de la terre pesante et stable. En traversant ces éléments
superposés,
les
âmes
sont
ventilées,
lavées,
brúlées,
et
ainsi
purifiées
et
délestées du poids de leurs souillures — nous aurons à revenir sur ce purgatoire aérien®. Lorsqu'elles atteignent la région supérieure de l'atmosphère,
elles y trouvent, dans l’éther qui environne la lune, un gaz léger et chaud,
semblable à leur propre substance, et elles y demeurent en équilibre. Conçues
comme matérielles et de forme sphérique — car la sphère, la plus ‘parfaite
des formes, convient
à la divinité” — elles sont nourries, ainsi que les astres,
1. Cf. Ibid., p. 184 S., 315.
2. 1bid., p. 185, n. 3.
3. Ettig, Acher., p. 400.
4. Symbol., pp. 182, 190.
5. Cf. supra, ch. II, p. 120 et p. 122.
6. Cf. Symbol., p. 132 ss., et infra, ch. IV, p. 208.
7. Symbol., p.
Pagina 38
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)par les exhalaisons qui montent du sol et des eaux. Ces globes innombrables
d'un feu doué d'intelligence, forment un chœur animé, évoluant autour de
l'astre des nuits. Les Champs Elysées ne se trouvent pas, selon cette théorie,
sur la lune elle-même, qui cesse d’être l'habitat des héros, mais dans le fluide
ardent et pur qui environne celle-ci et où ne pénètrent que des âmes pures
comme lui!. A ces Ames d'élite, qu'ont divinisées leurs vertus, est réservée
une demeure sublime,
« là où l'air obscur qui s'étend de la terre jusqu’au
cours de la lune, vient toucher les cercles étoilés ». C'est ici que Lucain fait
vivre les Mänes de Pompée*, promu au rang de demi-dieu, ici aussi que siège,
« sinon dans les astres, tout proche cependant
des astres », le père de Trajan ;
et tout à la fin du paganisme, l’empereur Julien, au début de sa satire des
Césars, se figure ceux-ci banquetant, comme il convient, à un niveau inférieur
au festin des dieux, qui se réunissent au sommet du ciel : « Il parut bon, dit-il,
qu'ils dinassent dans l'air supérieur, exactement sous la lune ; la légèreté du
corps dont ils étaient revêtus et aussi la révolution de cet astre les y soutenaient
» 4,
Cette zone, la plus basse des sept sphères planétaires, où l'éther serein
confine à notre atmosphère embrumée, est la frontière entre le monde des
dieux et celui des hommes,
la ligne
de
démarcation
« l’isthme entre l’immortalité et la génération » 5,
entre
la vie
bienheureuse
et cette
mort
qu’est
en
réalité notre existence ici-bas. Aristote avait déjà fortement marqué la distinction entre les deux moitiés de l'univers, l’une active, l'autre passive, les
cieux que remplit un éther inaltérable, qui ne sont soumis ni au devenir ni
à la corruption, et notre monde sublunaire composé de quatre éléments où
tout naît, se transforme et meurt. Néopythagoriciens et Néostoiciens, insistant
sur cette opposition, se plurent à faire saillir le contraste entre la splendeur et
1. Symbol., p.
192 ss.
2. Lucain, IX, 5 ss.
:
« Qua niger astriferis conectitur axibus aer, / quodque patet
terras inter lunaeque meatus, / semidei Manes
habitant,
quos
ignea virtus
Vita patientes aetheris imi / fecit et aeternos animam collegit in orbes
».
/ innocuos
Dans un systeme religieux de zones cosmiques, qui paraît avoir pénétré chez les Etrusques,
entre
a lune et la terre habitent, dans la partie supérieure, les demi-dieux (hemithei), dans
la partie inférieure les héros; cf. St. Weinstock, J. R. S. 1946, XXXVI, p. 104 ss.
3. Pline, Paneg., 89, 2 « Si non sidera, proximam tamen sideribus obtines sedem »;
cl. Fragm., Stoic., 817, Arnim.
|
4. Julien, Césars, 307 C. La révolution de la lune qu'ils accompagnent, les soutient
en vertu de la force centrifuge.
5. Ocellus Lucanus, II, 2 « odos ¿davaclas xa! yevecews. CH. Symbol.,p. 194.8. ; Immisch,
Agatharchidea, p. 73; Rougier, op. cit. [supra, p. 143, D. 1), p. 34
Pagina 39
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)les ténèbres, la sérénité et le trouble, la paix et la guerre, la constance et la
mutabilité, la vérité et l'erreur, la félicité et la misère qui règnent dans le
séjour des dieux et dans l'habitat des humains où pénètrent les âmes descendant ici-bas dès qu'elles ont franchi le cercle de la. lune.
Le croissant, nous le rappelions plus haut (p. 173), apparaît souvent sur les
monuments funéraires de l'époque romaine, soit isolément, soit associé à divers
symboles et, en Afrique comme chez les Celtes, il exprime discrètement de
qu'il est difficile de définir exactement. Cet
vieilles croyances indigènes,
emblème n’est figuré sur les épitaphes de Rome et de l'Italie que très exceptionnellement-'. Toutefois certaines œuvres de la sculpture y révèlent, plus
clairement que les emblèmes astraux,
quelle
était dans les classes aisées —
celles qui pouvaient s'offrir de tels marbres — la diffusion de la croyance à
Vimmortalité lunaire. Pour ne citer qu'un exemple particulièrement révélateur,
un bas-relief romain du Musée de Copenhague nous montre les bustes accolés
d'un frère et d'une sœur, et l’effigie de la fillette est posée sur un large croissant et entourée de sept étoiles, images des planètes?. Ce motif fait évidem‘ment allusion à la croyance que la lune est le séjour des Ames innocentes,
comme celle de cette enfant inconnue
*
Dans ce qui précède nous avons constaté comment la philosophie et la physique sont intervenues pour transformer la vieille croyance à l'ascension des
âmes
vers
la
lune.
L'action
de
théories
qui prétendaient
expliquer
le
système du monde est plus sensible encore dans les autres doctrines de l’immortalité astrale. Ce fut cette alliance qui leur donna la force de s’imposer
aux esprits cultivés. Par leur accord avec la science du temps elles satisfaisaient
en même temps la raison et la foi. Seulement, comme toute cette eschatologie
reposait en réalité sur une cosmographie erronée, son sort se trouva lié
à celui
d'une conception fausse de l'univers, et elle s'écroula avec celle-ci.
La première de ces doctrines nous paraît la plus raisonnable, parce qu’elle
se fonde sur le rôle primordial du soleil dans notre monde planétaire. Sa
source lointaine doit être cherchée en Orient ; elle naquit après que les prêtres
« chaldéens », dépouillant la lune de la prééminence qu'ils lui attribuaient è
l'origine, reconnurent l’importance sans égale de l’astre du jour dans le cosmos.
Ces théologiens astronomes tirérent de leur constatation un système où il y
1. Symbol., p. 240, p. 252.
2. Symbol., p. 241 et pl. XX, 2.
3. Cf. infra, ch. VII sur les awoo: et N. C., VII.
Pagina 40
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)CELESTE
a comme une anticipation de la gravitation universelle, et qui devait séduire
à la fois par sa grandeur et par sa logique. I] se répandit dans le monde
au 11° et au Ier siècle avant notre ère, et certains indices montrent que les Pythagoriciens, fort adonnés à l’astrologie, furent parmi les premiers à l’adoptert.
Certainement il fut connu de Posidonius, et sans doute les écrits de celui-ci
contribuèrent-ils à lui assurer une large diffusion?.
Le soleil, au quatrième rang, c’est-à-dire au milieu de la série « chaldéenne » des planètes 3, ainsi qu’un roi entouré de ses gardes, attire et repousse
alternativement, par un double effet de son énergie, les autres corps célestes,
et il provoque leurs mouvements combinés, comme le coryphée dirige les
évolutions
rythmiques
du
chœur.
Les
Pythagoriciens
reconnurent
en
lui
J'Apollon Musagète, celui qui conduit les Muses réparties dans les neuf cercles
du monde et dont les accords produisent l'harmonie des sphères’. Or, les
astres étant regardés comme les auteurs de tous les phénomènes physiques et
moraux de cette terre, celui qui règle le jeu compliqué de leurs révolutions
sera l'arbitre des destins, le maitre de toute la nature.
Placé au centre du
grand organisme cosmique, il l’animera jusqu’à ses extrémités, et l’on se plaît
à le désigner comme « le cœur du Tout® », où son rayonnement distribue
la chaleur.
|
Mais cet univers si bien ordonné ne peut être conduit par une force aveugle :
le soleil sera donc une lumière intelligente (p&c vospóv) et les théologiens
le
définiront comme la raison directrice du monde’. Par suite il deviendra
1. Boyancé, Songe, p. 61 ss.,a rendu plausible, malgré la dénégation de Hültsch (cf.
Chéol. solaire, p.471) que l’ordre « chaldéen » eds planètes fût adopté déjà par Archimède, et il ajoute foi à l’assertion de Théon que, plus anciennement, certains Pythagoriciens l'avaient admis.
2. Cf. infra, N. C., VII.
3. Cf. supra, p. 144. Ce qui suit résume ma Théol. solaire, p. 449 ss.
4. Pline, II, 59 ss.; Vitruve, IX, 1, 12; Chéol. sol., p. 455.
5. R. Ph., 1919, XLIII, pp. 78-85 ss.
6. Kusdia tod mavrós: Théon Smyrn., III, 5; Théol. sol., p. 458. Pour les astrologues,
le soleil régit le cœur de l’homme : Porphyre. C. C. 4. G., V, 4, p. 217, 12; Antiochus, Mélanges Bidex, p. 155, 19.
|
7. Cic., Somn. Scip., 4 : « Mens mundi et temperatio » ; Pline, II, 5, 13 : « Totius
mundi animum ac planius mentem; Chéol. sol.,
p.
461,
n.
est le Noüs du monde, cf. R. Jones, Classical Philology,
3.
Sur l’idée
que le soleil
1932, XXVII, p.
113-125;
oyancé, Songe, p. 80 ss. Si l’Epicharme d’Ennius reproduit les idées du poète sicilien,
celui-ci pensait que, le soleil est la source du Noús : Varron, De l. lat., V, 59: « Epicharmus de mente humana dixit : « Istic, est de sole sumptus ignis, isque totus mentis
Pagina 41
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)le créateur de la raison particulière qui commande au microcosme humain,
Auteur de la génération, il préside à la naissance des Ames, tandis que les
corps se développent sous l'influence de la lune. L’astre resplendissant fait
descendre de son disque incandescent des étincelles dans les
constamment
êtres qu'il doue ainsi d'intelligence. Le principe vital qui nourrit et fait croître
notre enveloppe matérielle est lunaire, le soleil produit la raison.
Inversement, quand la mort a dissocié les éléments qui forment le composé
humain, que l'âme s’est libérée de la gangue terreuse où elle était enfermée
le soleil l’attire
de nouveau à lui.
De même que son ardente chaleur fait
monter de la terre les vapeurs et les nuées, elle ramène aussi à lui l'essence
invisible qui anime le corps. Il exerce ici-bas une attraction à la fois physique
et psychique.
La raison de l’homme remonte vers son
principe originel et
retourne au foyer divin dont elle est issue. Les rayons du dieu sont les véhicules des âmes dans leur ascension vers les régions supérieures. Il est l’azagogue qui retire l’esprit de la matière qui le souille!.
Ainsi, de même qu'il écarte et ramène à lui les planètes, par une suite
d'émissions et d'absorptions, il projette, semeur infatigable, ses -effluves ignés
dans les êtres qu'il appelle à la vie, et après le trépas il les attirera de nouveau
vers lui pour les recueillir dans son sein. Un cycle perpétuel de migrations
fait ainsi circuler les âmes entre le ciel et la terre, comme les astres s’éloignent
et se rapprochent tour à tour du foyer rayonnant, cœur et esprit du grand
Tout, qui provoque l'alternance de leur course éternelle. On comprend que
cette théologie cohérente
et grandiose,
fondée sur les découvertes
de l’astronomie antique à son apogée, ait imposé au paganisme romain le culte du
« Soleil invincible », maitre de toute la nature, créateur et sauveur de l’homme.
Une foule
de témoignages littéraires
et de monuments figurés prouvent
combien fut puissante, sous l’Empire, la croyance que le Soleil est le dieu
des morts. De vieilles traditions mythologiques se combinérent, pour l’imposer,.
avec la théologie « chaldéenne » et se propagèrent par l'intermédiaire des
religions orientales. Nous aurons l'occasion de reparler du secours que l'on
attendait du plus puissant des astres pour parvenir à la félicité éternelle
°.
Comment, dira-t-on, réussissait-om à concilier cette immortalité héliaque
avec la doctrine qui faisait de la lune la demeure des morts? Rappelons.
1. Chéol. sol., p. 464, n. 4.
2. Pour Hermès Trism. aussi le soleil, démiurge universel, gouverne le monde (cf:
V’éd. Nock-Festugière, II, p. 229 ss.).
3. Cf. infra, ch. VI, pp. 284 et 301.
Pagina 42
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)CELESTE
nous que suivant les religions de l'Inde et de la Perse, et selon le manichéisme
et le mandéisme, les 4mes passent de quelque facon par les deux grands
luminaires célestes. Souvenons-nous aussi que déjà le vieil akousma pythagoricien associait le soleil et la lune, pour faire d'eux le double séjour des
défunts héroisés (p. 146). Les Grecs, á la suite des Orientaux, avalent réussi
à constituer un calendrier luni-solaire ; ils construisirent aussi une eschatologie où intervenaient les deux astres majeurs, qui selon leurs prêtres sont les
divinités qui assistent ceux qui vont mourir'. Leur théologie savante imagina
de ces traditions sacrées une interprétation ou justification théoriques. Cette
doctrine se fonde d’une part sur le dogme astrologique exposé plus haut, que
l'astre nocturne préside à la vie physique, à la formation et à la décompositicn des corps, mais que le soleil est l’auteur de la vie intellectuelle, le
créateur de la raison. Elle met en œuvre d'autre part la vieille croyance que,
lorsque les Ames quittent la terre, elles sont encore entourées d’un fluide subtil
l’eidölon, qui garde l'apparence de la personne dont il s'est détaché?.
Les
théologiens admirent donc que les âmes qui descendaient sur la terre se revétaient, dans la sphère de la lune et dans l’atmosphère, de ces corps vaporeux,
que l’on regardait comme le siège du principe vital (Wuyn). Inversement, lorsqu’elles remontaient vers le ciel, la fonction de la Iune était de dissoudre et
de recueillir ces enveloppes légéres, comme sur la terre ses rayons humides
provoquaient la corruption du cadavre. L'âme, devenue ainsi une pure raison,
allait s'absorber dans le soleil, source de toute intelligence.
Cette doctrine, qui est développée. avec un grand luxe de détails pittoresques dans un mythe, souvent commenté, de Plutarque®, a trouvé une curieuse
expression figurée dans certains monuments funéraires, ce qui fournit la preuve
qu'elle a dû être assez largement adoptée.
Ainsi un fragment de couvercle
d'un sarcophage conservé au Vatican représente, semble-t-il, une Ame ailée
que Séléné, le front surmonté d'un croissant, amène au soleil radié, assis sur
son trône‘. Un beau cippe romain du Musée du Louvre nous montre le buste
1..Commodien, VIII, 10 : « Sacerdotes... numina qui dicunt aliquid morituro prodesse. »
ae
Bene Laérce, VIII, 1, 31. Cf. A. Delatte, Vie de Pythagore, p. 225 et supra,
-
I,
w,
p.
go.
3. De facie in orbe lunae, p. 941 ss. Cf. Symbol., p. ı96ss. ; Guy Soury, La démonologie de Plutarque, 1942, p. 177 ss. Sur la doctrine de Jamblique, qui place l’Hadès entre
le soleil et la lune (Lydus, De mensib., IV, 148, p. 167 Wiinsch), ct. infra, ch. VIII.
€s traces de l’eschatologie luni-solaire se tgouvent
aussi
dans
et dans les Oracles Chaldaiques; cf. infra, ch. VIII, p. 364.
4. Symbol., p. 245 et pl. XXII bis.
he
mystères
de Mithra
Pagina 43
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)d'une enfant décédée à dix ans avec un croissant sur le sommet de la tête
puis la même morte — car elle est seule nommée dans l'épitaphe — sous
les traits d’une femme, dont la chevelure est ceinte de la couronne héliaque,
aux
sept
rayons.
L'artiste
a
manifestement voulu
exprimer ainsi l’idée
que
l'enfant prématurément enlevée, après avoir mené dans la. lune une existence
transitoire, était élevée vers l’astre, qui recueille les âmes quand leur purification est achevée et leur destin révolu!.
L'immortalité
solaire
ou
luni-solaire
est
une
doctrine
savante,
fruit
de
théories scientifiques, qui firent de l’astre-roi le cœur et le maître de l'univers.
Elle put se fairé accepter par les théologiens et les philosophes, être enseignée
par les mystères orientaux, adoptée par l'art funéraire. Mais elle ne réussit
jamais à éliminer ou à offusquer la vieille croyance populaire que les âmes
des morts habitent au milieu des constellations. On trouve une trace de cette
double conception dans l’école stoïcienne : pour certains de ses maîtres, la
raison directrice
du monde (Ayepovixsy) a son siége dans le soleil, pour
d'autres dans la sphère des fixes”. De même les poètes, Lucain s’adressant
à Néron et Stace à Domitien, se demandent avec hésitation si ces empereurs
monteront sur le char flamboyant de Phébus ou s'ils prendront le sceptre de
Jupiter dans le ciel suprêmes. Les Néopythagoriciens admettaient que les
Ames peuvent s'élever jusqu'au Très-Haut (‘Yhioros)*, c'est-à-dire jusqu'au
Dieu suprême, qui trône au sommet du monde. C'était d’ailleurs une opinion
exprimée fort anciennement chez les Grecs, que l’Olympe n'est autre que le
cercle extérieur qui enveloppe l'univers”, et jusqu’à la fin de l’antiquité certains
théologiens transportèrent les Champs Élysées dans la zone des constellations
et en particulier dans la Voie Lactée®.
Cicéron, dans le Souge de Scipion,
assure que cet orbe d’une blancheur resplendissante est la demeure de ceux
qui pendant leur vie ont cultivé la justice et la piété”.
1. Symbol., p. 243 et pl. XXI.
2. Cf. supra, p. 101.*
2. Lucain, Phars., I, 45 ss. ; Stace, Théb., I, 27 ss.; cf. Silves, IV, 1, avec la note de
4. Diogène Laérce, VIII, 31; cf. A.
o
|
Vollmer, Cf. Etudes syr., p. 97 ss.
Delatte, Vie de Pythagore, p. 226.
5. Cf. Pfeiffer, op. cif., p. 117, à propos de Parménide. Sur la lune, terre olympique, cf. supra, p. 175. Ci. Inscriptions du Pont, 86
odsaviors..
(Néoclaudiopolis)
‘HAvoiou; R. Ph., 1909, XXXIII, p. 6 ss., et infra, note.
: ’Actoäot
,
6. C£. infra, ch. VI, p. 280; Relig. Orient., p. 301, n. 28; et Herzog, Trierer Zeit
schrift, 1938, XIII, p. 115 ss.
7. Cicéron, Somn. Scip., II, 6; cf. Macrobe, Comm. s. Sc., I, 11, 8..
Pagina 44
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)183
La vieille idée populaire, admise par de très anciens Pythagoriciens, que
l'âme devenait une étoile, ne fut jamais éliminée. Selon la mythologie c'était là
le sort bienheureux réservé aux héros. Nous avons des livres entiers qui nous
racontent comment ceux-ci à la fin de leur carrière furent transformés en
astres brillants en récompense de leurs exploits. Le « catastérisme » donna
une conclusion morale à de vieilles légendes mythologiques, Hercule, Castor
et Pollux, Persée et Andromède et bien d'autres avaient mérité par leurs
exploits d'être ainsi métamorphosés. Aussi ne paraissait-il pas téméraire d’assigner aux hommes éminents du présent le même destin qu'aux héros du passé.
Si une forme fréquente d’immortalité était, croyait-on, l'assimilation à une
divinité *, personne ne trouvait choquante la supposition que des esprits supérieurs accrussent le nombre des « dieux visibles »”, C'était en particulier un
sort digne des princes qui avaient mérité l’apothéose. A la mort de Jules César
apparut une comète que l’on crut être l'áme du dictateur reçue parmi les
Immortels* ; et Ovide n'hésite pas à nous montrer Vénus descendant invisible
dans le Sénat, arrachant cette âme du corps inanimé et l'emportant au ciel,
où elle la sent s’embraser et la voit s’échappant de son sein pour voler par
delà la lune et devenir un astre chevelu‘. Hadrien, dans l’affliction que lui
causa la mort d’Antinoüs, se laissa de même persuader qu'un astre venait
d'apparaître, qui était l’äme déifiée de son favori. Mais comme en Grèce
l'héroïsation
finit
par
être décernée
par
la simple volonté
des
familles
en
deuil aux parents dont elles pleuraient la perte, de même le catastérisme se
| vulgarisa au point d'être accordé à des défunts d'un très modeste mérite.
Le ciel presque entier, observe à ce propos Cicéron, s’est recruté dans le genre
humain®.
Dans une inscription d’Amorgos’, un jeune homme,
les Moires à l’Age de vingt ans, s'adresse ainsi A sa mère :
enlevé par
« Ne pleure pas,
à quoi bon? Vénére-moi plutôt, car je suis maintenant un astre divin qui se
1. Cf. Symbol., index, s. v.
« Héroïsation ».
‚2. Pour Chrysippe et ses successeurs, les âmes qui quittent le corps deviennent sphétiques parce que c'est la plus parfaite des formes (Symbol., p. 122, n. 4); cf. supra,
P. 177.
3. Pline, H. N., II, 25, 93; Suétone, Caes., 88; Servius, Ecl., IX, 47 et En., VIII,
dI. Auguste régnant est déjà un astre qui illumine la terre avant de briller dans le
ciel : Manilius, I, 385; cf. Kaibel, Epigr., 978.
4. Ovide, Metam, XV, 843-851 ; cf. R.E., Gundel, s. v. « Kometen », p. 1153.
5 Dion Cass., LXIX, 11, 4; Hist. Aug., Hadr., 14. Cf. Claudien, Im Ruf., IL 3
:
«Auctior adiecto fulgebat sidere mundus ».
6. Cic., Tusc., I, 12, 28 : « Totum prope caelum nonne humano genere completum est ? »
7. Haussoullier,
R. Ph.,.1909, XXXIII, p.6= I. G., XII, 7, n. 123. Cf. infra, ch. VII.
Pagina 45
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)montre au crépuscule ». De même une stèle de marbre trouvée à Albano en
1935 nous montre un bébé de deux ans emporté vers le ciel, où il siègera,
dit l'épitaphe, avec l'étoile du matin et du soir ; et il exhorte son père à ne
plus verser de larmes, mais à lui sacrifier!. Et à Milet? un enfant de huit
ans,
qu’Hermés
a
conduit
dans
l’Olympe,
contemple l’éther
et
brille ay
milieu des astérismes « se levant chaque soir près de la Corne de la Chèvre »,
Par la faveur des dieux il protège les jeunes garçons ses compagnons de jeux
dans les rudes palestres.
Les inscriptions funéraires qui s'expriment avec cette précision sont exceptionnelles. Nombreux au contraire sont les textes épigraphiques et littéraires
qui affirment que l’äme du défunt est montée vers les astres pour y vivre avec
les Immortels, mais en laissant indécise la position qu’elle y occupe. On dira
qu’elle s'est envolée vers le vaste ciel ou vers 1'Olympe*, que léther l'a reçue,
qu'elle est au sommet du monde et suit les évolutions des armées célestes
4,
mais le lieu où se réunissent ainsi les Bienheureux restera vague ; on ne précisera pas dans laquelle des sphères supérieures ou des constellations ils seront
accueillis. On savait que leur demeure se trouvait quelque part, très haut audessus de nous, mais on ne se hasardait pas à fixer leur séjour exact.
Cependant, de très bonne heure, les théologiens voulurent mettre de l’ordre
et de la précision dans cette eschatologie astrale. Comme ils avaient combiné
les doctrines de l’immortalité lunaire et solaire, ils tentèrent de les concilier
toutes
deux avec
l’immortalite
stellaire.
Nous
avons
noté au début de ce
chapitre que c'était une idée très répandue en Orient, et admise notamment
dans le mazdéisme et le manichéisme, que l’âme monte vers la lumière éternelle par trois degrés. Le verset où saint Paul révèle aux Corinthiens qu'il
1. Galieti, Rôm. Mitteil., 1943, LVII, p. 7oss. Cf. infra, ch. VI, planche II. Comparer les
vers attribués à Platon (Apulée, 4pol., 10 =Diog. Laërce, III, 23): ‘Acti mpiv pèv fap:
meg ¿vi Cwotory “Emos,/ viv dì Oavby hayes "Eomepos ¿y pOtuévorg, Vénus séjour des âmes bienheureuses : cf. Symbol., p. 84, n. 83 p. 248.
2. Haussoullier, 1bid., p. 8. Dans une curieuse épitaphe récemment découverte è
Mactar en Tunisie, une morte dit qu’elle habite les Champs Élysées, mais elle -place
ceux-ci au-dessus du Soleil et des étoiles; cf. G. Picard, C. R. Ac. Inscr., 20 sept. 1 46.
3. P. ex. Virgile, Georg., IV, 226 « Nec morti esse locum sed viva volare / sideris
in numerum et alto succedere caelo ». Cf. les textes recueillis par Friedlander, Sitiengesch., III, p. 308; Rohde, Psyche, 114, p. 384 = tr. fr., p. 579, n. 1. Cf. Lattimore,
P.
34 SS., P.
312
ss.
4. Maxime de Tyr XVI (X), 9 : Bot xal dev mato! ouyyryvouévr, bmp dixpav tod adpavol
áyióa auumepımoloöse xaì ouyrerayuivn otparià Deiv ; Kaibel, 650 [cf. infra] : Fic otpating ele el!
Cf. Philon, infra, p. 187, 2.1
1:Loue se.
Pagina 46
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)a été ravi jusqu’au troisième ciel1, indique combien cette conception surannée
était: restée vivante. Lorsque Lucien, au début de son /caroménippe, nous
montre son héros franchissant trois mille stades de la terre 4 la lune, ot il
fait une première halte, de là parcourant cinq cents parasanges jusqu’au soleil’
et s'élevant ensuite du soleil jusqu'au ciel, citadelle de Zeus, distance que
parcourt en une bonne journée un aigle au vol rapide, ce voyage burlesque par
dessus les nuages est une parodie de celui que certains croyants faisaient
accomplir aux ämes?. Les Néoplatoniciens adoptèrent parfois la même division ternaire et la combinèrent avec des idées psychologiques qui sont un
développement de celles que nous avons rappelées à propos de l’immortalite
solaire (p. 181). Lorsque l'áme descend sur la terre, elle reçoit d'abord un
corps éthéré d'une pureté presque immatérielle, puis la raison s'ajoute à
l'imagination, lorsqu'un corps solaire l’enveloppe, ensuite un tégument lunaire
la rend sujette aux passions, enfin le contact avec un corps charnel devient
une cause d’ignorance des vérités divines et la source d'un aveuglement insensé.
L'âme délivrée
de cette gangue matérielle, perd successivement ces penchants
et ces facultés, lorsqu’aprés la mort elle regagne son lieu d'origine.
La ‘doctrine de la triple ascension des âmes reposait sur une astronomie
rudimentaire, puisqu'elle confondait les cinq planètes mineures avec les étoiles
fixes, et ne distinguait de celles-ci que les deux grands luminaires du jour et
de la nuit (p. 143). Depuis longtemps s'était imposé non seulement aux hommes
de science, mais aux auteurs d’apocalyses4 le système qui partageait les cieux
en sept sphères planétaires, qu’enveloppait une huitième, celle des fixes, limite
de l'univers.
nisme
Le
s’accordait
dogme
avec
eschatologique
cette
théorie
qui
prédomina
généralement
à
admise
la
fin
par
du
pagal'astronomie
de cette époque. Cette doctrine était sans doute déjà celle des Mages d’Asie
Mineure, qui combinérent
déenne (p.
les
croyances
mazdéennes
avec
l’astrolätrie chal-
144). A partir du 1er siècle de notre ère, les mystères de Mithra la
firent pénétrer
dans
la religion de l'Occident,
et
au ire
le
Pythagoricien
1. II Cor., 124 2 : ‘Aprayivta Ewe tpitov oùpavoÿ Sur les trois cieux, et les sept cieux
qui
leur succèdent, cf. Bousset, Himmelsreise der Seele (A. Religw., 1901, IV, p. 234 ss) ;
Mages hellén., p. 230, et supra, p. 144.
2. Lucien,
Icaroménippe.
3. Porphyre, Sent. ad intell., 292 (p. 14, 11), avec les notes de Mommert, p. 13, 71,
quí cite notamment le Ipös Taöpov, XI, 3; Proclus, ln Remp., I, p. 152, 17 (Kroll) ; Iz
Cimaeum, 111 (p. 234, 25 Diehl) citant les Orac. Chaldaïca, fr. 47. Cf. infra, ch. VIII.
4. Charles, Book of the Secrets of Enoch, 1896, p. XXXI.
5. Cf. infra, ch. V, p. 260; et M. M. M., I, p. 309 ss.
Pagina 47
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)LUX
PERPETUA
Numénius l’introduisit dans la littérature philosophique t, tandis que le syncrétisme hermétique l’accueillait dans son pot pourri d'idées disparates ?.
Notre âme descend du haut du ciel vers ce monde sublunaire, en passant
a travers les sphères
des planètes et.ainsi,
avant sa naissance ici-bas,
elle
acquiert les dispositions et les qualités propres à chacun de ces astres. Après
la mort elle remonte vers sa patrie céleste par le même chemin. Alors, en
traversant les zones étagées des cieux, elle se dépouille, comme de vêtements ÿ,
des passions et des facultés qu'elle avait acquises en s’abaissant vers la terre.
Elle abandonne à la lune son énergie vitale et nourricière, à Mercure sa cupidité avide, à Vénus ses penchants amoureux, au Soleil ses capacités intellectuelles, à Mars son ardeur combative, à Jupiter ses aspirations ambitieuses,
à Saturne sa paresse nonchalante. Elle est nue, dépourvue de toute affection
des sens,
quand elle atteint le huitième ciel pour y jouir, essence sublime,
dans Véternelle lumière où vivent les dieux sidéraux, d'une béatitude sans fin.
Dans les mystères de Mithra une échelle composée de sept portes formées
de métaux différents et surmontées d'une huitième servait de symbole à ce
passage des Ames
planètes étant
à travers les sphères jusqu'à celle des fixes, chacune des
mise par l'astrologie en rapport avec un de ces métaux, l'or
avec le Soleil, l'argent avec la Lune, le plomb avec Saturne et ainsi de suite‘.
Mais
opposés
au
panthéisme
qui,
identifiant
la
divinité avec
l'univers,
plaçait le foyer principal de son énergie dans les sphères célestes et en particulier dans la plus élevée”, les sectateurs de Platon transportaient Dieu
hors des limites du monde et en faisaient un Etre, non plus immanent, mais
transcendant, distinct de toute matiére®. Cette conception prédomina de plus
1. Cf. infra, ch. VIII, p. 344.
2. Sur l'ascension à travers les sphères planétaires jusqu’à l’ogdoade, cf. Poîmandrès,
I, 25 (t. I, p. 15 et p. 25, notes 62 ss.); XII, 15 (p. 206 et 215, n. 65 NockFestugière). Cf. Bousset, op. cit., [p. 185, n.1], p. 160ss., et Relig. Orient., p. 265,
n. 91;
p. 302, n. 28. Suivant Timée de Locres les âmes (buyai) seraient empruntées aux planètes,
qui se meuvent dans la région du divers, et le voisà l'essence du même, c’est-à-dire aux
fixes.
|
3. Relig. or., p. 282, n. 69; Cf. Plotin, I, 6-7 (p. 103 Bréhier).
4. Origene, Contra Celsum, VI, 22 (p. 92 Koetschau). Cf. R.H.Rel., 1931, CIII,
p. 46 ss.
Dans un mithréum d’Ostie une mosaïque figure ces sept portes, celle du milieu, qui
appartient au soleil, étant plus grande que les autres, cf. C. R. Ac. Inscr., 1945, p.415.
Sur l'échelle, cf. infra, ch. VI, p. 282.
5
Macrobe, Comm. Somn. Scip., I, 9, 10: : «Hae autem animae in ultimam sphaeram recipi creduntur, quae dmdavij¢ vocatur. » Cf. I, 11, 8.
6. Cheol. sol. 21 [467]. Déjà les Pythagoriciens avaient été divisés sur ce point;
cf. A. Schmekel, Philosophie der Mittleren Stoa, 1942, p. 429 ss.
Pagina 48
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)en plus dans la théologie paienne à mesure que le stoicisme perdit de son
influence au profit du néoplatonisme. Ce Dieu « ultramondain et incorporel,
père et architecte de la création », siégeait, croyait-on, dans la lumière infinie
de VEmpyrée' qui s’étend au-delà des sphères étoilées*. La religion le
nomme tantôt le Très Haut (Tyrotoc), tantòt en latin Jupiter, mais en lui
accolant les épithètes de Summus Exsuperantissimus*. C'est ce Père céleste .
que les Ames d'élite aspirent à retrouver ; mais seules celles qui ont atteint la
perfection y parviennent. Les autres, suivant leur degré de pureté, s’arrétent
à un étage inférieur des zones successives formées par l’atmosphere, domaine
des démons, par les cercles planétaires et le ciel des étoiles fixes, qui sont
des dieux visibles
*.
|
Ce fut la dernière conception du paganisme, et elle devait s'imposer à l'esprit
humain durant
de longs siècles *. Déjà le judaïsme avait. fait des concessions
aux théories astronomiques des « Chaldéens » et il leur avait emprunté l'idée
de sept cieux superposés, que nous trouvons développée en particulier dans le
livre d'Hénoch 6. Elle appartint aussi au christianisme presque dès son origine,
et les gnostiques lui firent une large place dans leurs spéculations ’. Mais
Origène,
qui
l’adopta
par un
emprunt
direct
aux philosophes grecs,
préta
l'autorité de sa grande érudition aux doctrines du paganisme à peine modifiées*. Selon lui, les âmes, après avoir séjourné dans le Paradis, qu'il localise
dans un endroit écarté, où elles s’instruisent des réalités de notre terre, s’elevent dans la zone de l’air et elles comprennent alors le caractère des êtres
qui peuplent cet élément. Mais si elles se sont dégagées de toute pesanteur
matérielle, elles traversent rapidement l'atmosphère, et elles parviennent aux
1. Sur l’Empyrée, cf. N. C. IX.
.
2. Apulée, De dogm. Plat., I, 11; cf. Philon, De opif., 23, $ 71 : levoùcaprès avoir
évolué avec le chœur des astres, s'élève mods viv dxoav abide tüv vontiov [C£. p. 184, n. 4]
et veut voir le Grand Roi.
|
3. A. Religw., 1906, IX, p. 323 ss. Cf. Hermès Trism., II, p. 383, n. 228, éd. Nock-
Festugière.
|
4. Plotin, III,
4, 6 et infra, ch. VIII; Porphyre, De regr. animae, 2, 3, Bidez (infra,
ch. VIII, p. 368); Augustin, Sermo, CCXL (PL. XXXVIII), p. 1132, 38.
‚5. Selon Eusèbe, Vit. Const., IV, 69, l’empereur a été représenté siégeant brio
;
odpavoy áblówv Ev aldeplw
Serta
Sato
diavamzudpevov Cf.
L’Orange,
Domus
Eitremiana), 1942, p. 81.
6. Doctrine des sept cieux dans le judaisme et le christianisme
P. xxx ss.
[p.
185, n. 4], Bousset, op. cit., [supra,
p.
185,
n.
Aurea
:
(dans
Charles,
op.
cit.,
1].
7. Cf. infra, ch. V, p. 258.
8. Cf. Denis, Origéne, p. 363;
hautes Et. 1923-1928).
Charles, op. cit., p. xx; de Faye, Origène (Bibl. éc.
Pagina 49
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)demeures des cieux
LUX
PERPETUA
», qui sont les sphères étoilées, et elles saisissent la
nature des astres et les causes de leurs mouvements ; enfin lorsqu’elles auront
fait de tels progrès qu’elles seront devenues de pures intelligences, elles seront
admises à contempler face à face les essences rationnelles et werront les choses
invisibles,
jouissant
infiniment
de leur perfection.
Bien qu’Origène ait
été
condamné par l’Église, ses idées ne devaient point étre abolies. La conception
d'une lumière infinie, située au-delà des orbes du monde, où les âmes trouvent
le repos dans la lumière éternelle et obtiennent la contemplation de Dieu,
était à la fin de l'antiquité, commune aux philosophes et aux docteurs de
l'Église". Du moment que la science chrétienne adoptait la conception antique
de
l'univers
telle
que
l'avait
formulée
Ptolémée,
elle
devait
naturellement
admettre que les âmes, si elles montaient vers le ciel, traversaient les sphères
planétaires pour parvenir à cette lumière supra-mondaine?, où elles trouvaient la
béatitude parfaite. Le Paradis de Dante avec ses chœurs d’anges et ses classes
de bienheureux répartis entre les cercles successifs des cieux, fournit un témoignage éclatant de la force de la tradition que l’antiquité légua au moyen
Age. Il fallut pour la détruire que Copernic et Galilée eussent ruiné le systeme de Ptolémée et que l’astronomie stellaire eût ouvert à l'imagination les
espaces infinis d’un univers sans limites.
1. Symbol., p. 385
2. Basile, Hexaem., i, 5 (PG. XXIX, 41) : "Ev 1 brepxocul qurl.