Numa et Pythagore: vie et mort d'un mythe

Auteur
Humm, M.
Verschenen in
Images d'origines, origines d'une image
Jaar
2004
Onderwerp
NUMA
Taal
Français
Categorie
B1 Biografieën
Archiefnummer
3408

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DALIA cr LA NUMA ET PYTHAGORE : VIE ET MORT D’UN MYTHE Michel HUMM Université de Paris- XIII Une tradition fortement ancrée dans l’historiographie gréco-romaine faisait du roi Numa Pompilius, successeur de Romulus et deuxiéme roi de Rome (de 715 4 672 av. J.-C.), le disciple de Pythagore de Samos, un des « péres » de la philosophie grecque, véritable « maître à penser » pré-socratique, qui aurait vécu en Italie du Sud, à Crotone puis à Métaponte, vers la fin du vi et au début du v° siècle avant notre ère'. Les sources anciennes font de Numa le fondateur d'un certain nombre d'institutions civiles et surtout religieuses qui resteront fondamentales pour l’organisation de la société romaine, et ses liens supposés avec le philosophe grec étaient censés montrer à la fois l'origine heliénique d'un certain nombre d’ institutions et de principes politiques romains ainsi que la sagesse de ce roi ct l'excellence de ses réformes”. Chose curieuse, cette tradition sur les liens supposés entre Numa et Pythagore fut critiquée dès l’Antiquité, et par les sources mêmes qui en parlent : ' Cic. De orat., Il, 154 ; De Rep., 11,28 ; Tusc., IV, 1; Diop., VIII, 14 ; Dion. HAL., II, 59; Liv. I, 18, 1-4; Ovip., Fasr., I, 151-154 ; Metam., XV, 1-11 ; 60-68 ; 479-484 ; Epist. ex Ponto, III, 3, 41-46 ; PLVT., Num., 1, 1-5; 8, 3-21; 11, 1 ; Aem. P. 2, 1-2; Quaest. Rom., 10; CLEM. ALEX., Strom., I, 15, 71; LYD., De mens., 1, 17. Pythagore serait arrivé en Italie du Sud vers 530 av. J.-C. ; sur Pythagore, la bibliographie historique et philosophique est naturellement immense, voir notamment : E.L. MINAR, Early Pythagorean Politics, Baltimore, 1942, passim ; J.S. MORISON, « Pythagoras of Samos », dans CQ, 6, 1956, p. 135-156 ; W. BURKERT, Weisheit und Wissenschaft. Studien zu Pythagoras, Philolaos und Platon, Nuremberg, 1962, p. 176-187 ; W.K.C. GUTHRIE, A History of Greek Philosophy, 1, The earlier Presocratics and the Pythagoreans, Cambridge, 1962, p. 173-181 ; K. VON FRITZ, s.tt. Pythagoras, dans RE, XXIV, 1, 1963, col. 179-187 ; J.-F. MATTEI, Pythagore et les Pythagoriciens, Paris (Q.S.J. 2732), 1993, p. 7-19. Une étude récente d’E.A. HAVELOCK, Alle origini della filosofia greca. Una revisione storica, Rome-Bari, 1996 (trad. italienne de The Preplatonic Thinkers of Greece. A Revisionnist History, 1996), p. 153-164, remet en cause la validité des témoignages qui prétendent remonter jusqu'à Pythagore : l'image du Maître de Crotone et le contenu de son enseignement n'auraient été forgés qu'à partir du début du IV‘ siècle, par ceux qui se prétendaient ses disciples. Enfin, sur les figures de Numa et Pythagore dans l'idéologie et la pensée politiques romaines, voir l'étude récente d’A. STORCHI MARINO, Numa e Pitagora. Sapientia constituendae civitatis, Naples, 1999. iw, . \ . o DARIGINES : Aa Gefà SRG Wes DS UNT MAA Cic., Tusc. IV, 1,3 ; Dion. HAL. 11, 59, 4 : PLVT., Num., 8, 5.

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— Cicéron est l'auteur le plus ancien NUMA ET PYTHAGORE à évoquer directement cette tradi- Ces divers témoignages montrent que le mythe des relations entre Numa de la chronologie historique, et Pythagore était déjà bien mort vers le milieu du I" siècle av. J.-C., puisque, à tion et à la critiquer: au nom du bon sens et qui place le philosophe grec près d'un siècle et demi après le règne de Numa, il dénonce avec force cet inueter atus error: « On sait que L. Tarquin le Superbe était déjà dans la quatri ème année de son règne lorsque Pythagore vint à Sybaris, à Croton e et dans toute la région d’Italie voisine de ces cités. C'est en effet la soixan te-deuxième olympiade, qui marque à la fois le début du règne de Tarqui n le Superbe et l'arrivée de Pythagore. Il est ainsi possible de savoir, en calculant le nombre des années de l’époque royale, que c'est cent quarant e ans environ après la mort de Numa que Pythagore a, pour la première fois, touché le sol d'Italie » (De Rep., II, 28). — Denys d’Halicarnasse oppose à cette tradition le même argument chronologique: « Nombreux sont ceux qui ont écrit que Numa était le disciple de Pythagore et qu’au moment où il fut désigné roi de Rome, il s’occupait de philosophie à Croton e. Mais l'époque où vécut Pythagore est en contradiction avec cette informa tion. Pythagore était postérieur à Numa non pas de quelques années, mais bien de quatre générations entières, comme nous le savons par l'histoi re universelle. C'est au milieu de la scizième olympiade que Numa accéda à que Pythagore ne séjourna en Italie la charge royale à Rome, alors qu'après la cinquantiéme olympiade. (...) Numa ne pouvait donc ni avoir étudié la philosophie avec Pythagore de Samos, qui fut dans sa maturité quatre générations après lui, ni avoir séjourné à Crotone, qui n'existait pas encore au moment où les Romains l'appelèrent à cette charge » (Ant. Rom., IL, 59). — Tite-Live est beaucoup plus succinc t et écarte cette tradition à la fois pour des raisons historiques liées à la chronologie, et pour des raisons géographiques liées à l'éloignement et aux distances, trop longues selon lui, entre la Rome du vir‘ siècle et l'Italie du — Plutarque, enfin, dans sa biographie de veillant de tous à l'égard de cette légende plaisance toutes les traditions qu'il a pu contente d'évoquer en introduction Sud (1,18, 2-3). Numa, se montre le plus bienet évoque avec le plus de comrecucillir au sujet de ce roi : il se les opinions discordantes de ses propres sources au sujet de cette traditi on (Num., 1, 3-4), pour finir par renvoyer dos à dos ses partisans et ses opposants, au nom des incertitudes chronologiques qui règnent sur ces époque s si anciennes“. l’exception peut-être des cercles néo-pythagoriciens (auxquels on peut PTE le témoignage d'Ovide, qui semble s'inspirer directement de celui d Ennius ), plus personne n’y croyait. Les textes des différents auteurs suggèrent clairement que cette tradition était en fait bien plus ancienne qu'eux, puisqu ils la rencontraient soit dans une tradition orale (si l’on en croit Cicéron : « Des vicillards me l’ont souvent dit et j'ai remarqué que cette opinion était fort répandue. »), soit dans les sources écrites plus anciennes (pour Denys et Plutarque). Or ces sources écrites ne peuvent pas nous renvoyer bien au-dela du debut du Il siècle avant notre ère, c'est-à-dire au commencement de Ja mise par écrit de la tradition annalistique romainc. Est-ce à dire, comme le voudraient certains, que la tradition sur les relations entre Numa et Pythagore daterait de cette Epoque, au moment où Rome partit à la conquête de l’Orient hellénisé et pouvait alors se chercher des origines culturelles proches de l’hellénisme ? Certains ont mis cette tradition en relation avec le néo-pythagorisme d'un M. Fulvius Nobilior, consul en 189 et censeur en 179, constructeur du temple d'Hercule aux Muses dans lequel il a fait exposer des Fastes qui doivent probablement correspondre au « calendrier de Numa »’ ; d'après J -M. Pailler, Fulvius Nobilior aurait trouvé en Ennius « son inspirateur pythagoricien me et certains n’excluent pas que le poète serait à l’origine de la tradition littéraire sur Numa disciple de Pythagore?; d'autres ont attribué la sados de cette tradition á des sources antiquaires postérieures à Fabius Pictor”. Si l’on en croit G. Garbarino, Fulvius Nobilior ne serait peut-être pas étranger à une autre falsification historique" : la découverte au pied du Janicule, en 181 av. J.-C., de un ou deux (selon 6 Les Belles Lettres, 1990, p. 187. Sources annalistiques assez ancienn tion. o der Repräsentation und religiösen Qualifikation von Zeit ni dor (« Religionsgeschichtliche Versuche und Vorarbeiten », 40), Berlin-New York, A p. 331-368 ; sur le « numaisme pythagorisant » de Nobilior, voir aussi J -L. FERRARY, Phitheliénisme et impérialisme. Aspects idéologiques de la conquête romaine, Paris-Rome (BEFAR, 271), 1988, p. 566-568. Sur le temple d’Hercules Musarum, cf. F. CHABBLLL, Il Campo Marzio, 1, Dalle origini alla fine della Repubblica, Rome, 1997, p. 452-484 ; A. | J.-M. PAILLER, Bacchanalia. La répression de 186 av. J.-C. à Rome et en Italie, Rome (BEFAR 270), 1988, p. 699 ; cf. L. MOLLER, Q. Ennii Carminum Reliquiae, Saint-Petersque, 1. Il, C.U.F., Paris, 1991 +p. 22. Trad, V. FROMENTIN et J. SCHNABELE, dans DENYS D'HALICARNASSE. Les origines de Déjà Diodore de Sicile (VIII, 14), qui s’appuie sans doute, 7 7 CEns., De die nat., 20,4 ; cf. P. BOYANCÉ, « Fulvius Nobilior et le dieu ineffable », dans RPh, ser. 3, 29, 1955, p. 172-192 (= In., Etudes sur la religion romaine, Rome [CEFR, 11], 1972, p. 227-252) ; J. RÜPKE, Kalender und Öffentlichkeit. Die Geschichte VISCOGLIOSI, « Hercules Musarum, aedes », dans LTUR, I], 1996, p. 17-19. Trad. G. ACHARD, dans CICÉRON. La Républi Rome, (« La roue à livres »), Paris, Ovip.. Fast., III, 151-154 ; Metam., XV, 1-11 ; 60-68 ; 479-484 ; Epist. ex Ponto, Ul, 3,41-46. $ d 127 bourg, 1885, p. 142-161. de bi re « Numa Pompilius als Schüler des Pythagoras », dans GB, 17, 1990, È G. GARBARINO, Roma e la filosofia greca dalle origini alla fine del Il secolo aC., . 49-65. à son habitude, sur des es, adoptait une position de neutrali té sur cette quesvol. 1 : Introduzione e testi ; vol. 2 : Commento e indici, Turin, 1973, p. 64-69 et p. 244258.

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129 les versions) coffres en pierre qui auraient contenu des livres philosophiques la religion romaine aurait été un acte d'impiété grave dont la faute serait retompythagorisants (les uns, rédigés en latin, portaient sur le droit pontifical, alors bee sur la cité entière, comme le fait remarquer Saint Augustin'*. Parallèlement, que les autres, écrits en grec, étaient des ouvrages de philosophie pythagorisi des faussaires ont pu imaginer une pareille mascarade, c'est que ce mythe était cienne) ; ces coffres auraient été découverts au pied du Janicule, à l'emplacement trés ancien et depuis longtemps établi, au point qu'ils ont pu un moment penser supposé de la tombe de Numa, ou, d’après une autre version (Tite-Live), l’un que l'autorité depuis longtemps reconnuc d'un Numa pythagorisant pouvait d'eux aurait porté une inscription indiquant qu'il avait contenu la dépouille de Numa. L'épisode est rapporté par de nombreuses sources, et notamment par Titedonner du poids aux idées peut-étre effectivement subversives qui étaient conte- Live et, avant lui, par les annalistes L. Cassius Hemina, L. Calpurnius Pison et prétendus livres de Numa s’éloignait sensiblement de l’image traditionnelle du Valerius Antias, mais aussi par Varron : les livres prétendument de Numa ont été roi législateur, inspiré par la philosophie politique du pythagorisme ancien, pour saisis sur l’ordre du préteur urbain, Q. Petilius, qui les fit ensuite brûler au Cos'intéresser à la « nature des choses », des dieux et du monde, selon les spéculamitium parce qu'ils auraient porté atteinte à la religion officielle de la République''. Ce curieux épisode illustrerait, quelques années à peine après le sénatusdu roi Numa est probablement bien plus ancien que le début du 1 siècle, mais consulte de Bacchanalibus (186) et la censure de Caton (184), l'opposition croiscommença alors déjà à être contesté au sein d'une certaine élite politique et insante au sein de l’aristocratie sénatoriale entre partisans d’un conservatisme tellectuelle, en même temps qu'il voyait sa nature se modifier auprès des derniers politique et culturel replié sur les valeurs du mos maiorum qui étaient censées tenants du mythe. nues dans les livres attribués à ce roi”. Enfin, d’après P. Boyancé, le contenu des tions mystiques du n&o-pythagorisme'®. Autrement dit, le mythe du pythagorisme avoir fait la force et la gloire de Rome dans le passé, et les partisans d'une ouverture politique et culturelle sur les valeurs de |"hellénisme que les conquêtes récentes de Rome en Orient introduisaient à grande vitesse à tous les niveaux de la société romaine”. L’une des raisons matérielles et intellectuelles de la remise en cause à cette époque de la tradition numaïque tient probablement à sa nature : comme le soulignait Cicéron, celle-ci semble d’abord avoir été une tradition orale, et J. von Ungern-Sternberg a montré que l'erreur chronologique est précisément l'une des Toutefois, l'épisode des faux livres de Numa de 181 et de leur contenu caractéristiques de ce genre de souvenir historique! ”. Autrement dit, le mythe du pythagorisant ne peut pas uniquement s'insérer dans le contexte de cette ouverpythagorisme de Numa serait d’abord issu d’une tradition orale, antérieure à la ture de la société romaine à l’hellénisme contemporain : celui-ci portait les coupremière mise par écrit des annales de l'histoire romaine : celle-ci, qui se produileurs de la modernité du monde hellénistique, à côté de laquelle le pythagorisme sit au tournant du IN” et du N” siècle, entraîna une confrontation des données de la d'origine italique, auquel se rattachait le mythe de Numa, passait pour la survivance d’un lointain archaïsme. Et si des livres attribués à Numa et apparemment pythagorisants ont été détruits en place publique par les autorités politiques, c'est que le mythe de Numa, élève de Pythagore, n’était alors déjà plus admis par une partie de l'élite politique de la République : contrairement à ce qu'on affirme parfois, l'authenticité des livres a bien pu avoir été remise en cause par le Sénat, comme le suggère l’étonnement suscité par l'excellent état de conservation des livres’? : par ailleurs, l’autodafé de livres authentiques provenant du fondateur de '' Cass. HEM. ap. PLIN., N.H., XIII, 86 (= fr. 37 P.= 40 Ch.) : CALP. PIS. ap. PLIN., N.H., XII, 87 (= fr. 11 P.); VAL. ANT. ap. PLIN., N.H., XII, 87 (= fr. 8 P.) ; Ip. ap. Liv. R.M. OGILVIE,A Commentary on Livy, Books 1-5. Oxford, 1979, p.89. Contra : P. BOYANCÉ, dans RPh, ser. 3, 29, 1955, p. 172 (= [D., Études sur la religion romaine, op. cit., p.227). ‘4 AVG., De ciu. Dei, VII, 34. Cf. A. WILLI, « Numa’s dangerous Books », dans MH, 55, 1998, p. 139-173. 'S KR. PROWSE, « Numa and the Pythagoreans : a curious incident », dans GAR. s. 2, 11. 1964, p. 40-41 ; E. GABBA, « Considerazioni sulla tradizione letteraria sulle origini della Repubblica », dans Les origines de la République romaine (« Entretiens sur l’Antiquité Classique, Fondation Hardt», XIII), Genève, 1967, p. 156-157; G. GARBARINO, Romae la filosofia greca, op. cit., p. 230. XL, 29,8 ; ID. ap. PLYT., Num., 22, 6 ; VARR. ap. PLIN., N.H., XIII, 87 (= fr. 15 P.); ID. !# ap. AVG., De ciuit. Dei, VII, 34, 5-15 ; VAL. MAX., 1, 1,12; PLVT., Num., XXII, 2 ; FEST., romaine, op. cit., p. 227-252) : cf. A. STORCHI MARINO, Numa e Pitagora, op. cit., p. 192- s.tt. Numa Pompilius, p. 178, 19-22 L. ; LACT., Diu. Inst., 1, 22, 1-6 ; AVCT. de uir ill., 3, P. BOYANCE, dans RPA, ser. 3, 29, 1955, p. 172-192 (= ID., Études sur la religion 196. Voir LyD., De ost., 16 : « L'étude des astres ne paraît pas non plus une recherche qui soit étrangère à la vénération du divin ; mais il est encore bien plus aisé de découvrir par J. BAYET, Histoire politique et psvchologique de la religion romaine, Paris, 1957, p. 155; G. DUMÉZIL, La religion romaine archaïque, Paris, 1974}, p. 516-520; G. les ceuvres elles-mémes la providence toute sage du Père ineffable de toutes choses et d’admirer que l’âme humaine puisse, guidée par le dieu, réfléchir aussi, autant qu'il est GARBARINO, Roma e la filosofia greca, op. cit., p. 64-69 et p. 244-258 : J.-M. PAILLER, possible, sur les choses célestes. C'est ce que dit Fulvius, l'ayant recherché dans les écrits Bacchanalia, op. cit., p. 623-667 : p. 669-703 ; A, STORCHI MARINO, Numa e Pitagora, de Numa » (trad. P. Boyancé). op. cit., p. 163-196. '7 Cass. Hem., fr. 37 P.= 40 Ch. (ap. PLIN., N.H., XU, 86): « Mirabantur alii, quomodo illi libri durare possent » ; LIV.. XL, 29, 6 : « In altera [sc. arca] duo fasces candelis Lichte der Oral-Tradition-Forschung », dans G. VOGT-SPIRA (éd.), Studien zur vorliterarischen Periode im frühen Rom, (« ScriptOralia » 12. Reihe A.: Altertumswissenschaft- J, VON UNGERN-STERNBERG, « Uberlegung zur frühen rômischen Überlieferung im inuoluti septenos habuere libros, non integros modo sed recentissima specic. » Cf. déjà liche Reihe 2), Tiibingen, 1989, p. 11-27.

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131 tradition avec des tables chronologiques, puisque l'on commença alors à écrire l'anneau d'or au doigt, comme celle de Servius Tullius, ce qui montre qu'elles l’histoire de manière annalistique, c’est-à-dire année après année. Cette étaient un peu plus récentes que les autres, probablement de la fin du IV“ ou du confrontation aboutit au I siècle à la prise de conscience de l’erreur historique début du m° siècle, lorsque l'habitude de porter l'anneau d'or au doigt, venue des concernant le mythe de Numa élève de Pythagore, et donc à la mort de ce mythe. aristocrates campaniens, s'est diffusée au sein de la nobilitas romaine“. La pré- C'est précisément ce mécanisme intellectuel que l'on voit à l'œuvre dans le sence de la statue de Numa sur le Capitole, probablement dès la fin du Iv‘ siècle, dialogue du De Republica, que Cicéron place dans les dernières années de la vie suggère que la tradition relative à ce roi, comme celle qui concerne les autres rois de Scipion-Émilien (vers 129 av. J.-C.) : l'erreur chronologique contenue dans le de Rome, a dû se fixer à cette époque au plus tard” : la figure de Numa semble mythe de Numa, que les participants du dialogue tenaient de leurs anciens, est d’ailleurs avoir été le pendant religieux de celle de Servius Tullius, puisqu'on établie en confrontant celui-ci aux données fournies par les annales publiques". attribuait à l'un la création des principales institutions religieuses, et à l’autre Le mythe des relations entre Numa et Pythagore est donc antérieur à la mise en place d'une historiographie écrite à Rome, vers la fin du mi° et le début du 11° siècle. Mais à quand peut-on faire remonter la formation de ce mythe ? Logiquement, il n'a pu apparaître qu'entre le début du v* siècle, époque où le personnage de Pythagore est censé avoir vécu en Italie méridionale, ct la fin du ut siècle. Mais il est peu probable qu’un tel mythe ait pu se mettre en place du celle des principales institutions civiles de la République (le census et l’organisation tribute), dont j'ai pu montrer ailleurs qu’elles n’ont pu apparaître, dans leur forme « servienne », qu’au cours du 1V° siècle”. Or le mythe du pythagorisme de Numa fait partie intégrante de sa biographie, si bien qu'il sera impossible aux historiens ultérieurs, même aux plus sceptiques comme Tite-Live, d'évoquer son règne sans parler de ses rapports supposés avec Pythagore. vivant de Pythagore et puisse ainsi remonter aux origines de la République ro- Précisément, c’est également au cours du 1V° siècle, vraisemblablement maine: la fourchette chronologique à l’intérieur de laquelle ce mythe a dû se dans la seconde moitié, voire vers la fin du siècle, que la figure de Pythagore mettre en place se resserre par conséquent pour se limiter à l’époque médio-récommença à s'imposer dans l'idéologie de la classe dirigeante romaine. La publicaine (I - IH siècles). Est-il possible d’être encore plus précis, en explimeilleure attestation en est la mention, par Pline et Plutarque, de l'érection d’une quant notamment les raisons idéologiques de la formation et du succès d'un tel statue de Pythagore sur le Comitium à l’époque des guerres samnites : l'oracle de mythe ? Delphes aurait en effet recommandé, au cours de cette période difficile de Des indices existent pour placer dans la seconde moitié du IV“ siècle la naissance de ce mythe'”. C'est à cette époque que la statue en bronze de Numa a dû prendre place sur le Capitole, à côté de celles des autres rois de Rome et de M. Junius Brutus” : d'après Asconius et Pline l’Ancien, les statues de Romulus et de Titus Tatius auraient été togatae sine tunicis, comme celle de Camille aux Rostres, ce qui est une marque d’archaïsme qui doit les faire dater du milieu du Iv” siècle au plus tard (vers 350 av. J.-C.), mais celle de Numa aurait porté l’histoire de la conquête romaine de l’Italie, d'élever en un lieu central de la cité une statue au plus sage et une autre au plus courageux des Grecs, à la suite de quoi les Romains choisirent d'élever une statue à Pythagore, et une autre à Alcibiade”*. Il n'est pas question de revenir ici sur les raisons, difficiles à élucider, de 2 ASCON., Pro Scaur., p. 29 St.; PLIN., N.H., XXXII, 9-10; 24; cf. GELL., N.A., VI, 12. T. HÖLSCHER, « Die Anfänge römischer Repräsentationskunst », dans MDA/{R), 85, 1978, p. 331-332 ; ID., Monumenti statali e publico, Rome, 1994, p. 27-29. Sur les aristocrates campaniens et le port de l’anneau d’or représenté sur une fresque capouane du Iv‘ siècle, cf. C. NICOLET, « Les equites Campani et leurs représentations figurées », dans '* Cic., De Rep.. 11,28: « Verene, inquit Manilius, hoc memoriae proditum est, Africane, regem istum Numam Pythagorae ipsius discipulum aut certe Pythagoreum fuisse ? MEFR, 74, 1962, p. 463-517 ; enfin, sur P apparition de cette mode au sein de la nobilitas romaine vers la fin du rv* siècle, voir les remarques de Pline à propos de l'épisode de Cn. Saepe enim hoc de maioribus natu audiuimus ct ita intellegimus uulgo existimari ; neque Flavius, un scribe devenu édile curule en 304 (XXXII, 17-18). ucro satis id annalium publicorum auctoritate declaratum uidemus. » Cf. P. PANITSCHEK, 2 Sur la formation de l’image de Numa au 1V° siècle, cf. également P.-M. MARTIN, dans GB, 17, 1990, p. 54: « Es wäre nämlich der Schluß zu ziehen, daß kein Autor, der L'idée de royauté à Rome. I, Des origines au consensus républicain, Clermont-Ferrand, die rémische Friihgeschichte in annalistische Mannier behandelte und dabei dem von Fabius Pictor vorgegebenen chronologischen Grundmuster folgte, Numa mit Pythagoras zeitlich geglichen haben konnte. » 1992, p. 244-258 ; A. STORCHI MARINO, Numa e Pitagora, op. cit., p. 129-156. 2 Cf. Liv. 1, 42, 4: « quemadmodum Numa diuini auctor iuris fuisset, ita Seruium conditorem omnis in ciuitate discriminis ordinumque quibus inter gradus dignitatis fortu- "Cf. M. Humm, « Les origines du pythagorisme romain : problèmes historiques et naeque aliquid interlucet posteri fama ferrent. » Les deux auraient d’ailleurs consigné philosophiques », (1) « Les premiers indices du pythagorisme romain », dans LEC, 64, leurs réformes dans des « Commentaires » (les Commentarii Numae, et les Commentarii 1996, p. 340-345. Seru. Tulli regis) dont on peut faire remonter l'origine à la fin du 1V° ou au début du ur ® Cf. PLATNER - ASHBY,A Topographical Dicrionnary of Ancient Rome, Oxford, 1929, siècle : M. HUMM, « Servius Tullius et la censure : élaboration d’un modèle institutionp. 499-500 ; F. COARELLI, « Statuae regum Romanorum », dans LTUR, IV, 1999, p. 368- nel », dans M. COUDRY - Th. SPATH (éd.), L'invention des grands hommes de la Rome 369 ; M. SEHLMEYER, Stadtrömische Ehrenstatuen der republikanischen Zeit. Historizität antique, Paris, 2001, p. 221-247. und Kontext von Symbolen nobilitären Standbewusstseins, Stuttgart, 1999, p. 68-71 et 2 positas [sc. statuas], cum bello Samniti Apollo Pythius iussisset fortissimo Graiae gentis PLUN..N.H., XXXIV, 26: « Inuenio et Pythagorae et Alcibiadi in cornibus comitii

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133 ce double choix : il suffit de constater que la figure de Pythagore était suffisamfois philosophe et homme politique, Archytas a été en contact avec Platon” et a ment connue et marquante pour avoir été choisie pour orner les cornua comitii, été élu stratége de sa cité sept années consécutives, de 367 4 361 : son « régne » qui se situaient, si l’on suit les explications de F. Coarelli, de part et d’autre de la Curie, face au Comitium”. Il va de soit que la classe dirigeante romaine n'a pas choisi par hasard la figure du philosophe grec d'Italie du Sud pour orner un lieu politique aussi hautement symbolique. La pensée pythagoricienne a en effet connu un véritable renouveau (ou un véritable début ?) à partir de la fin du V° et au début du IV‘ siècle, grace notamment aux spéculations théoriques d'Hippase et de Philolaos de Crotone (en mathématique, en géométrie, en astronomie ct en musique) ct aux tentatives d'application pratique d'Archytas de Tarente (en physique et en politique)". À la et alteri sapientissimo simulacra celebri loco dicari. Eae stetere donec Sulla dictator ibi curiam faceret. Mirumque est illos patres Socrati cunctis ab codem deo sapientia praelato Pythagoran praetulisse aut tot aliis uirtute Alcibiaden et quemquam utroque Themistocli » (« Je trouve que [les statues] de Pythagore et d'Alcibiade ont été placées sur les “comes” du Comitium quand, au cours de la guerre samnite, Apollon Pythien ordonna que des effigies soient dédiées en un endroit très fréquenté, l'une à l'homme le plus courageux, et l'autre au plus sage de la nation grecque. Ces statues restèrent en place jusqu'à ce que le dictateur Sylla y fit construire la Curie. Il est surprenant que les sénateurs de cette époque aient préféré Pythagore à Socrate, que le même dieu avait préféré pour sa sagesse à tous correspond à l’apogée de la civilisation tarentine, alors la plus prestigieuse de toute l'Italie. Or, les premiers contacts entre Rome et Tarentc ne sont sans doute pas antérieurs aux guerres samnites, et c'est au moment de la mainmise romaine sur Naples en 326, qu'est attestée la première confrontation diplomatique entre les deux cités", On a pu suggérer que l'érection des statues de Pythagore et d’Alcibiade reproduisait un modèle présent dans une cité d’Italie du Sud avec laquelle Rome est alors entrée en contact: on peut éventuellement émettre l'hypothèse que le modèle des deux statues proviendrait de Naples, conquise en 326 par le proconsul Q. Publilius Philo, le premier Romain à avoir porté un cognomen d'origine grecque, qu'il aurait d’ailleurs acquis à la suite de son succès militaire et diplomatique”. Quoi qu'il en soit, même si l’origine exacte de la statue de Pythagore élevée sur le Comitium ne peut pas être connue avec certitude, l’époque à laquelle cet événement se situe correspond à la période de majeure diffusion du pythagorisme tarentin du IV“ siècle, qui semble avoir alors touché l’ensemble des cités de Grande-Grèce et jusqu'à certaines élites aristocratiques de peuples non grecs de l'Italie du Sud. Dans le même temps, la philosophie politique promue par le pythagorisme du rv° siècle semble avoir inspiré les notions de concordia et d’ « égalité géométrique » que la nobilitas romaine a les autres hommes ; ou Alcibiade à tant d'autres, pour le courage, et qu'ils aient préféré quelqu’ un à Thémistocle pour ces deux qualités »); PLVT., Num., 8,20: Avroi à axKnKOGUEV MOAAGVEv Poun dteELOvtwy Ott XPHOPO sore Pouaiois YEVOMÉVOV TOV fpovuwTatov Kai TOV AVÔPELÔTATOV* EArnvov Lipticacbat nap avtoic, ÉOTNOUV furent en réalité la création d'une communauté qui se désignait comme « pythagorique » et qui était guidée par Archytas à Tarente, à partir du début du [V* siècle. Cf. PLAT., Ep., VII, 338 c. : Dios. L., Plat., III, 6. Sur les rapports entre Archytas et Ext TAC ayopäs Eikovag YaAKGS duo, mv nev "Akkıßıadou, trv de Nv@ayopou Platon et le problème de l'authenticité de la Lettre VII (dans laquelle l’auteur parle des (« Et nous-mêmes, nous avons entendu à Rome plusieurs personnes raconter qu'un oracle Studien zu Pythagoras, Philolaos und Platon, Nuremberg, 1962, p. 222-223 et p. 256- « liens d'hospitalité et d'amitié » qu'il avait établis avec Archytas), cf. notamment J. SOUILHÉ, éd. de Platon, Oeuvres complètes, t. XIII, 1, Lettres, Paris (CUF.), 1926, p. XXXIII-LVIII ; B. MATHIEU, « Archytas de Tarente pythagoricien et ami de Platon », dans BAGB, 1987, 3, p. 239-255. Les rapports entre la philosophie de Platon et le pythagorisme ont été étudiés de façon à la fois pertinente et critique dans une remarquable étude de P. BOYANCÉ, « L'influence pythagoricienne sur Platon », dans Filosofia e scienze in Magna Grecia. Atti del quinto Convegno di Studi sulla Magna Grecia (Tarente, octobre 1965), Naples, 1966, p. 73-113. Pour E.A. HAVELOCK, Alle origini della filosofia greca, op. cit., p. 166-169, Platon a même pu faire brièvement partie de la communauté 277; W.K.C. GUTHRIE, A History of Greek Philosophy, I, The cour Presocratics and pythagoricienne d’Archytas à Tarente : celle-ci aurait donc été à la fois « post-socratithe Pythagoreans, Cambridge, 1962. p. 320-322 et p. 329-333; A. MELE, « Crotone e la que » et « pré-platonique », et aurait transmis à Platon ses doctrines sur les nombres et la ayant autrefois prescrit aux Romains de placer chez eux le plus avisé et le plus courageux des Grecs. ils érigèrent sur le Forum deux statues de bronze, celle d’Alcibiade et celle de Pythagore »). 5 F. COARELLI, Il Foro romano. 2, Periodo repubblicano e augusteo, Rome, 19927, p. 119-123. “Sur Hippase et Philolaos : P, WUILLEUMIER, Tarente des origines à la conquête romaine, Paris (BEFAR 148), 1939, p. 566-573 ; W. BURKERT, Weisheit und Wissenschaft. sua storia », dans Crotone. Atti del ventitresimo Convegno di Studi sulla Magna Grecia musique. (Taranto, 7-10 ottobre 1983), Tarente, 1984, p. 73-87: A. SVABO, « Le scienze in Magna ® Liv., VIII, 27, 1-4; Dion, HAL., XV, 5, 2-3. Cf. W. HOFFMANN, Rom und die grie- Grecia », dans G. PUGLIESE CARRATELLI (éd.), Megale Hellas. Storia e civilta della Machische Welt im 4. Jahrhundert, Leipzig (Philologus Supplement. XXVII, 1), 1934, p. 42- gna Grecia, Milan (coll. « Antica Madre »), 1983, p. 568-572 ; J.-F. MATTEL, Pythagore 43 ; M. HUMM, « Les origines du pythagorisme romain : problèmes historiques et philosophiques », (II) « L'origine tarentine du pythagorisme romain », dans LEC, 65, 1997, et les Pythagoriciens, op. cit., p. 36-38 et p. 47-51. — Sur Archytas : E. WELLMANN, 5.4. Archytas, n° 3, dans RE, II, 1896, col. 599-602; P. WUILLEUMIER, op. cit., p. 67-75, p. 181-182 et p. 574-584 EL. Minar, Early Pythagorean Politics in Practice and Theory, Baltimore, 1942 (rééd. à New York, 1979), p. 86-93; W.K.C. GUTHRIE, op. cit., p. 333-336: J.-F. MATTEL, op. cit., p. 52-54. Selon E.A. HAVELOCK, Alle origini della filosofia greca. Una revisione storica, Rome-Bari, 1996 (trad. italienne de The Preplatonic Thinkers of Greece. A Revisionnist History, 1996), p. 165-179, les doctrines philosophiques qui sont habituellement attribuées au pythagorisme du vi" et du v° siècles p. 35-37. 2 Lrv., VIII, 25-26; cf. W. HOFFMANN, s.u. Publilius, n° 11, dans RE, XXIII, 2, col. 1912-1916; A. GARZETTI, « Appio Claudio Cieco nella storia politica del suo tempo », dans Athenaeum, 25, 1947, p. 184-186; E. SIENA, « La politica democratica di Quinto Publilio Filone », dans StudRom, 5, 1956, p. 509-522 ; L. LORETO, « Osservazioni sulla politica estera degli Emilii Mamercini e di Publilio Philone », dans Prometheus, 18, 1992,

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135 alors adoptées, et que l’on retrouve dans les réformes politiques et institutioncertaines gentes, au sein de l’aristocratie romaine, de descendre à la fois du roi nelles de la fin du IV siècle. On retrouve également l’expression de ces nouvelles Numa et de Pythagore. Parmi ces gentes « numaiques », les Aemilii et les Pinarii valeurs liées à l'hellénisme de l'Italie du Sud dans la restructuration monumensont sans doute les plus anciennes à avoir affiché de pareilles prétentions généatale du Comitium, qui adopta alors une forme circulaire sur le modèle d'un cerlogiques, qui n'ont dû apparaître qu’au cours, ou vers la fin du IV‘ siècle : ainsi tain nombre d’ecclesiasteria de Grande-Grèce, et où prit place, en 304, une chales Aemilii, qui portèrent longtemps le cognomen de Mamercini, adoptèrent, à pelle dédiée à la Concorde, version romaine de I’ Homonoia pythagoricienne”. partir du dernier quart du IV siècle, celui de Mamerci, du nom de Mamercus, Il n'est dès lors pas étonnant que le mythe du pythagorisme de Numa ait pu prendre naissance et se développer dans ce contexte. À la même époque, une l’un des fils de Numa, ainsi nommé du nom du fils (ou, selon une autre tradition, du père) de Pythagore”. source grecque d'Italie du Sud liée au pythagorisme tarentin, Aristoxéne de Ces généalogies fantaisistes ont été réalisées par quelques familles de la Tarente, évoquait complaisamment les nombreux peuples d'Italie d’où seraient nouvelle nobilitas patricio-plébéienne issue des réformes institutionnelles du IV* siécle, peut-étre au sein du collége pontifical, lors de la rédaction annuelle des Annales Maximi, d’autant que le milieu pontifical rattachait ses origines à la venus les disciples qui auraient suivi l'enseignement de Pythagore, parmi lesquels les Bruttiens, les Peucétes et les Romains : E. Gabba a souligné combien la situation évoquée par Aristoxène correspondait en fait à celle du Iv" siècle, et on réforme religieuse attribuée à Numa". D’ailleurs, les gentes plébéiennes des a même suggéré que cet auteur pourrait être à l'origine du mythe qui fit de Numa le disciple de Pythagore*'. Mais il y a, à notre avis, plus de chance que ce mythe Marcii et des Pomponii n'ont pu s’attribuer une ascendance aussi prestigieuse qu'en accédant au pontificat, c’est-à-dire seulement après le vote de la lex Ogulsoit d'origine romaine, même si son invention s’inscrit dans le contexte dans nia en 300. Les Marcii avaient ainsi réussi à reconstituer une fausse généalogie lequel a écrit Aristoxène, Dans le même contexte, une autre source, mentionnée par Plutarque, affirmait que Pythagore aurait obtenu la citoyenneté romaine pour services rendus à la cité : il s'agirait d'un poème attribué à Épicharme, mais qui doit probablement dater, comme la plupart des faux attribués à ce poète, du 1v° siècle”, Ce thème doit d’ailleurs s’inscrire dans le contexte de la diffusion croissante de la citoyenneté romaine auprès des populations hellénisées d’Italie du Sud, à commencer par les Campaniens, à partir de la deuxième moitié du 1V° siècle”. Enfin, c'est dans ce contexte qu'il faut comprendre la prétention de © Liv., IX, 46, 6-7 ; PLIN., N.H., XXXII, 19-20 : cf. A. MOMIGLIANO, « Camillus and the Concord », dans CQ, 36, 1942, p. 111-120 (= lo., Secondo contributo, Rome, 1960, p. 99-104); M. HumTM, « Le Comitium du Forum Romain et la réforme des tribus d’ Appius Claudius Caecus », dans MEFRA, 111, 1999, 2, p. 625-694, 3 ARISTOXENE, F.H.G., IL, p. 273, fr. 8 = fr. 17 Wehrli (ap. PORPHYRE, Vita Pythagorae, 22) ; témoignages identiques, mais sans mentionner Aristoxène, chez : IAMBL., De uita Pythag.. 241 ; DIOG. L., Pythag., VIII, 14 ; cf. aussi IAMBL., De uita Pythag., 152. Cicéron semble d’ailleurs reprendre le témoignage d'Aristoxène en écrivant (Tusc., IV. 2) : « Pythagorae autem doctrina cum longe lateque flueret, permanauisse mihi uidetur in hanc ciuitatem, idque cum coniectura probabile est, tum quibusdam etiam uestigiis indicatur. » Quant aux Lucaniens, il semble qu'ils furent touchés par le pythagorisme dès le v* siècle, et Arésas, le cinquième successeur de Pythagore, était lucanien (cf. A. MELE, « Il pitagorismo e le popolazioni anelleniche d'Italia », dans A/ON, III, 1981, p. 64-67). Sur le rôle supposé d'Aristoxéne dans l'élaboration de la légende de Numa pythagoricien : E. PAIS, Storia di Roma, |, 1, Turin, 1899, p. 288 : P. WUILLEUMIER, Tarente, op. cit., p. 665 ; L.. FERRERO, Storia del pitagorismo nel mondo romano (dalle origini alla fine della Repubblica), Turin, 1955, p. 143 ; E. GABBA (n. 15), p. 157-163, Contra : P. PANITSCHEK, dans GB, 17, 1990, p. 54-59. 2 3% PLVT., Num. 8,17. Cf. KAIBEL, dans RE, VI, I, 1907, s.u. Epicharmos, n° 2, col. 40. L, FERRERO, Storia del pitagorismo, op. cit., p. 138 ; G. GARBARINO, Roma e la filosofia greca, op. cit., p.224 ; S. CALDERONE, « La conquista romana della Magna Grecia », dans La Magna Grecia nell'età Romana (Atti del quindicesimo Convegno di Studi sulla Magna Grecia, Taranto ottobre 1975), Naples, 1976, p. 33-81 ; A. STORCHI MARINO, Numa e Pitagora, op. cit., p. 38-39. = PLYT., Num., 8, 18-19 ; Aem. P., 2, 1-2; FEST., s.u. Aemilii, p.22 L.; en fait, selon Diogéne Laérce (VIII, 1), Marmacos aurait été le nom du père de Pythagore. Chez les Aemilii, Mamercus pouvait également être un praenomen : en tout cas, le cognomen Mamercus s'est sans doute substitué au cognomen plus ancien Mamercinus dans le dernier quart du IV” siècle, commme le révèlent les fastes : on trouve des Aemilii Mamercini tribuns ou consuls en 415, 391, 388, 383. 374 et 344, auxquels ont succédé des Aemilii Mamerci en 316, 284 et 270 (cf. J. CARCOPINO, La basilique pythagoricienne de la Porte Majeure, Paris, 1927, p. 183, n. 1); sur le cognomen des Aemilii et des Pinarii, ainsi que la recension des sources, cf. F. MUNZER, Rômische Adelsparteien und Adelsfamilien, Stuttgart, 1920, p. 155-156; GABBA (n. 15), p. 159-160. Pour A. MELE, dans A/ON, III, 1981, p. 85-86, le nom Mamercus permettait de rattacher Numa aussi bien à Pythagore qu’au dieu Mars (ou Mamers) de la tradition osco-sabellique : cette tradition scrait ainsi parallèle à celle qui, à l'image de Pythagore (cf. IVST.. XX, 4 ; VAL. MAX., VII, 7 ext. 2; IAMBL., De uit Pyth., 25,92 et 141 ; PORPH., De uit. Pyth.. 17 ; DIOG. L., VII, 3), associait Numa à Sparte (cf. CAT., Orig., fr. 50 P. [ap. DION. HAL., II, 49] ; CAT. Orig. fr. 51 P. (ap. SERV., Ad Verg. Aen., VIII, 638) ; Liv. I, 18, 1-4; DION. HAL., II, 58-59 ; PLVT., Num., 1, 4-5 ; IU, 6-7) ; les Aemilii auraient développé cette tradition et s’y seraient rattaches parce qu'ils étaient intéressés à la pénétration romaine en Campanie, alors en partie sous domination lucanienne, et qu’ils se sont associés aux projets expansionnistes de Q. Publilius Philo et d’Appius Claudius Caecus. Quant à la prétention des Calpurnii d’appartenir aux gentes numaiques, il s’agit vraisemblablement d'une tradition tardive, peut-être créée par L. Calpurnius Piso : cf. P.-M. MARTIN, L'idée de royauté à Rome. II, Haine de la royauté et séductions monarchiques (du IV siècle av. J.-C. au principat augustéen), Clermont-Ferrand, 1994, p. 240-242 (mais la chronologie proposée par l’auteur, qui fait remonter la formation de la tradition sur les gentes numaïques au début du 1v° siècle, est manifestement trop haute, en particulier pour les gentes plébéiennes, Pomponii et Marcii). 3 Cf. Cic., De Rep., 11, 28 ; E. GABBA (n. 15), p. 160-162 ; G. GARBARINO, Roma e la filosofia greca, p. 232-235.

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par laquelle ils prétendaient descendre d’Ancus Marcius, lui-méme petit-fils de Aussi la formation de la tradition sur les liens entre Numa et Pythagore remonte-t-elle selon toute vraisemblance au IV“ siècle av. n. ère, c’est-à-dire au 136 Numa, et une tradition annalistique, uniquement rapportée par Tite-Live, 137 connaissait l’existence d'un Numa Marcius, fils de Marcius, Pontifex Maximus moment où la renommée de Pythagore pénétra dans les milieux les plus hellénisous le règne de Numa : or les Marcii ont été la seule famille plébéienne à figurer sés de la nobilitas romaine et où le pythagorisme a pu commencer à inspirer certaines réformes politiques, sociales ou institutionnelles. Certes, il n'est pas tout à fait impossible que la doctrine de Pythagore ait déjà pu être connue à à la fois dans le collège pontifical ct dans celui des augures aussitôt après l'adoption de la loi Ogulnia, et peuvent par conséquent être à l’origine de la tradition sur Numa (d’origine pontificale ?) qui est présente chez Tite-Live*, Par Rome dès la fin de la période royale ou au début de l’époque républicaine“. ailleurs, le texte de la chronique pontificale tel qu’il sera par la suite publié sous Mais l’image d'un Numa pythagorisant, peut-être née au sein du collège pontifile nom d’Annales Maximi, puis exploité par les annalistes, ne peut guère remoncal romain, puis développée par certains milieux intellectuels grecs, s’est probablement forgée à partir de la figure d'Archytas de Tarente, qui fournissait en ter au-delà de l'incendic de Rome par les Gaulois en 390 : d’après G. Garbarino, la tradition sur Numa et Pythagore a pu être considérée par l'annaliste Claudius quelque sorte le « modèle » du chef d'État philosophe et qui a dû être diffusée Quadrigarius (alias « Clodius », auteur d’un "EAeykog xpóvov d'après Plutarpar les populations hellénisées de Campanie”. De même, l'image « canonique » que) comme un exemple des falsifications introduites dans les annales pontifide Numa comme fondateur d’un certain nombre d'institutions et de pratiques religieuses romaines a dû s'établir définitivement à cette époque, qui a vu un grand nombre d'innovations institutionnelles pour lesquelles les « bons rois », comme Numa et Servius Tullius, ont alors pu servir de modèles ct de garants. En fait, tout laisse A penser que le pythagorisme de Numa a été forgé dans le but de cales au moment de leur recomposition après l'incendie”. Ainsi donc, la tradition sur l’origine numaïque de certaines gentes romaines ct leurs liens avec le pythagorisme n'a pu se former qu'au cours de la deuxième moitié du IV siècle, voire au tout début du mi° siècle avant notre ère. justifier par une autorité ancienne et incontestée de profondes réformes institutionnelles qui ont affecté la société romaine au cours du TV° siècle, et qui ont pu s'inspirer de modèles politiques ou sociaux importés de Grande-Grèce*. Lors- % Liv. I, 20, 5 et X, 9,2. A. STORCHI MARINO, « C. Marcio Censorino, la lotta politica IV secolo », et a avancé l'hypothèse que « la tradizione che confluisce in Livio si sia ispique, au début du 1° siècle, la société romaine se constitua une historiographie et que la mémoire de son passé se trouva confrontée à l'écrit, les préoccupations politiques et idéologiques qui avaient vu naître et ont justifié le mythe du pythagorisme de Numa n’existaient plus ct le mythe de Numa, disciple de Pythagore. rata a C. Marcio Censorino nel costruire Numa Marcio pontefice massimo » (p. 125-126) était destiné à se transformer, et à mourir. interno al pontificato e la formazione della tradizione Liviana su Numa », dans AJON (Arch. e stor. ant.), XIV, 1992, p. 105-147, a montré que « la caratterizzazione del primo pontefice Numa Marcio ha in Livio elementi che evocano piuttosto la lotta politica di fine et proviendrait des sources familiales des Murcii ou de sources pontificales ; d'après elle, la légende pythagoricienne de Numa aurait suivi deux traditions différentes : une tradition (présente chez Plutarque) qui porterait la marque du pythagorisme tarentin d’Archytas et qui faisait de Numa un promoteur de concordia et de dıkaLoovvn (celui auquel on attribuait la division du territoire romain en pagi et la répartition de la population en neuf corps de métiers) : et une tradition (présente chez Tite-Live) d’origine pontificale, à laquelle se rattacheraient les familles de la noblesse plébéienne (les Marcii, mais aussi P. Sempronius Sophus et les Ogulnii), qui insistait sur le rôle de Numa comme législateur religieux ; cf. EAD., Numa e Pitagora, op. cit., p. 109-162. ” D’apres PLUTARQUE, Num., |, 2, «un certain Clodius », auteur d'un "EXeykoc # Cf. ce qu'en disait Cicéron (Tusc., IV, 2): « Erat enim illis [maioribus} paene in Libri annales Pontificum Maximorum : The origins of the annalistic tradition, Rome (PMAAR, XXVII), 1979, p. 152-153 ; sur l'identification de ce Clodius avec Claudius Quadrigarius, précisément parce que cet annaliste a refusé de retracer l'histoire de Rome conspectu praestanti sapientia et nobilitate Pythagoras, qui fuit in Italia temporibus isdem quibus L. Brutus patriam liberauit, praeclarus auctor nobilitatis tuae. Pythagorae autem doctrina cum longe lateque flueret, permanauisse mihi uidetur in hanc ciuitatem, idque cum coniectura probabile est, tum quibusdam etiam uestigiis indicatur. » 39 Cf. G. GARBARINO, Romae la filosofia greca, p. 231-237 ; A. MELE (n. 31), p. 85-86. % C'était déjà l'hypothèse avancée par Cicéron (7usc., IV, 3): « Quin etiam arbitror propter Pythagoreum admirationem Numam quoque regem Pythagoreum a posterioribus existimatum. Nam cum Pythagorae disciplinam et instituta cognoscerent regisque eius antérieure à l'incendie gaulois, voir: S. MAZZARINO. Il pensiero storico classico, Bari, aequitatem et sapientiam a maioribus suis accepissent, aetates autem et tempora ignora- 1966, II, 1, p. 294 et p. 521, n. 431 ; T.P. WISEMAN, Clio's Cosmetics. Three Studies in Greco-Roman Literature, Leicester, 1979, p. 117 et n. 29 : enfin, sur les généalogies imaginaires de certaines familles de la nobilitas, voir ce qu'en disent Tite-Live (en VII, rent propter uetustatem, cum qui sapientia excelleret, Pythagorae auditorem crediderunt fuisse. » G. GARBARINO, Roma e la filosofia greca, p. 234-235, soulignait déjà : « Pitagora è accostato a Numa in quanto la sua filosofia, ancora tutta fusa con la religione, 40, 4) et Cicéron (Brut., 62). si traduce al tempo stesso in politica. » xPóvwv, a remis en cause la validité des tables généalogiques qui remontaient jusqu'à Numa parce qu'elles auraient été falsifiées par les grandes familles romaines à la suite de la disparition dans l'incendie de Rome des documents les plus anciens; Plutarque enchaîne immédiatement avec les incertitudes de la tradition sur les rapports entre Numa et Pythagore : cf. G. GARBARINO, Roma e la filosofia greca, op. cit., p.232 ; B.W. FRIER,