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CHRONIQUE MEDICALE
|
LE
La Lb
Correspondance médico -littéraire
Réponses.
Pythagore et les haricots (XXV, 116; XXVII, 244.) — La Chronique médicale a bien voulu, dans son numéro du 1° août 1920,
publier la réponse que j'eus l'honneur de faire 4 notre confrère le
Dr Pron, d'Alger, qui intéressait la question de « Pythagore ct les
haricots ». Il ne s'agissait, du reste, nullement de haricots, mais
bien de fèves, et l'on sait que le célèbre philosophe interdisait à
ses adeptes l'usage alimentaire de ce légume.
Pour quelles raisons ? On l'ignore, bien que de multiples réponses aient été fournies, toutes sujettes à conjectures. Le hasard me
met sous les yeux l'article ci-dessous. Quelque lecteur peut-être
nous fournira-t-il sur ce sujet des éclaircissements. Du reste, en
dehors de la question pythagoricienne, j'aimerais savoir si la coutume
romaine dont on parle plus loin est toujours en usage, et il me
serait également agréable de posséder quelques précisions sur les
« Pyanepsics », dont on donne dans différents manuels des explications différentes.
Une coutume romaine au jour des morts constitue à manger des fèves.
A défaut de fèves véritables, on se contente de bonbons en forme de fèves
fabriqués par des confiseurs. Mais, vraies ou fausses, tout bon Romain
mange les « fèves des morts ». — D'ou vient cette curieuse coutume ?
Bansıen ve Monraucr dit que c'est -en mémoire de la distribution des
fèves que faisaient les religieux aux pauvres à la porte des couvents. Mais
encore pourquoi distribuaient-ils ces féves, qui ne sont pas un fruit de la
saison ?
D'autres font appel au symbolisme et voient dans la fève, qu'on sème en
terre, où elle germe et se multiplie, la féconditéde la mort. Mais alors,
pourquoi ne pas manger des haricots, qui sont de saison et dont le symbolisme serait tout aussi éloquent ?
Enfin, d'autres rappellent que Prruscore avait interdit à ses disciples de
manger des fèves, parce qu’il les regardait, dit-on, comme servant de
demeure aux Ames des morts. Et, peut-être, cet usage chrétien a-t-il pris
naissance pour protester contre cette absurdité du philosophe grec? En tout
cas, le choix de la fève pour commémorer les morts ne paraît pas suffisamment expliqué, et le champ est encore ouvert aux chercheurs. (E. B.
Rome, 8 déc. 1907, p. 394 )
D'autre part, dans la même Revue, numéro du 8 février 1908,
on peul lire ce qui suit :
Sous le nom de Praweesies (miavos, arch, pour xjavos, fève, et edeiv,
faire cuire, digérer), les Athéniens, et ensuite les Romains, célébraient au
mois d'octobre des fêtes en mémoire du repas de fèves que fit Thésée avec
ses compagnons, pour rendre grâce aux dieux de sa vicloire sur le Minotaure. Ce jour là, les Athéniens, et eùsuite les Romains, faisaient cuire et
mangeaient des fèves.
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Les fictions poétiques du paganisme n'étaient bien souvent que des altéents
rations de vérités appartenant à la révélation primitive, ou d'événem
les
messianiques prédits par les prophètes. Dès lors, ilest tout naturel que
de
nourri
-«
e
Minotaur
du
mythe
le
dans
vu,
aient
chrétiens
es
allégorist
vainThésée,
de
mythe
le
dans
;
mort
la
de
chair humaine », le symbole
queur du monstre, la figure du Christ, le véritable vainqueur de la mort,
Il est tout naturel aussi que les premiers chrétiens aient adopté une coutume
dont un des principaux avantages élait de rappeler aux nouveaux convertis
que, dans la religion du Christ, la plus merveilleuse et opulente réalité
avait remplacé les fictions fantastiques et creuses du paganisme, etc...
La coutume romaine des « fèves des morts » est-elle un souvenir ou une survivance des Pyanepsies? A ces fêtes païennes les
Pythagoriciens ne devaient sans doute pas prendre part. Je serais
fort reconnaissant à celui de mes confrères qui me fournirait quelts ces différents points. La question, pour
ques éclaircissemensur
de la Chronique, n'est pas si étrangère
cadre
sortir un peu du
qu'on ne puisse, avec quelque bonne
médecine
la
de
choses
aux
volonté, la considérer comme une scholie de la diététique.
Dr A. Lesgaurin (Moisdon-la-Rivière).
— Permettez à un confrère d'apporter sa collaboration au medical
et historique probléme que votre Chronique a posé sous le titre
« Pythagore et les haricots ».
Les diverses explications données sur l'association de ces deux
verbes et sur l'ésotérisme du haricot, me paraissent basées sur une
confusion. Je vais, pour répondre, juxtaposer trois propositions différentes et positives. Une conclusion s’en degagera spontanément, qui ralliera, je l'espère, à ma façon de voir, les autres opi.
i
nions. .
1° Le « tabou » du porc et du sanglier. — La fable d'Adonis. L'animal
“totem des peuples primitifs représente la forme la plus inférieure
des mythes religieux. Le sanglier fut le totem ‘de plusieurs peuplades, car on retrouve sa survivance mythologique non seulement
chez les Hébreux, qui d’ailleurs conservent encore l'interdiction de
manger du porc, mais aussi chez les Egyptiens, les Phéniciens, les
Grecs, les Gaulois, qui prenaient une tête de sanglier pour surmonter leurs enseignes, et pareillement les Romains. Le totem,
d'autre part, nous dit Saromon Reinach, était protégé par un
et l’animal-dieu devenait l'objet d'une interdiction d'usage;
tabou
on ne pouvait ni le tuer, ni le manger, sauf en certaines conditions
‘rituelles ; il devenait un animal sacré.
, certains végétaux,
. pour
Il en était de même, nous'assure-t-on
dont la fève; nous sommes d'accord là-dessus, mais qu’entendait-on par la fève, c'est ce que précisément nous contestons.
La légende d’ Adonis est ‘à rappeler ici.. Adonis, le jeune dieu,
dont le nom rappelle celui du dieu des Juifs, Adonaï, est aimé
par Aphrodite ; se trouvant à la chasse, ilest blessé à mort par un
sanglier; Aphrodite le pleure. Descendu aux enfers, Jupiter le
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. ressuscite. Suivant Ovinr, Adonis est le fils des amours incestueuses
CHRONIQUE MEDICALE
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changent, les pratiques religieuses demeurent, ainsi que Y'histoire
l'a maintes fois vérifié. La jusquiame était donc une plante sacrée,
5
vresse dégr
dégradante (1)
(1).
|
.
Dr L. Liver (Pari
daris).
|
|
as
€
|
|
d'une maladie de éceur. que
Cavaion, notaire-syndic, Gansign, notaire royal et apostoli
— Fameurs de Kief (Liver, Société Clinique de Médecine Mentale, janvier
Les Rêves Narcotiques (Liver, Journal de Psychologie, mai 1921). -
1921) ; —
5 _ Marr
(1) Bistiognarme: « Herbarium », d'Otto Brussen, xvi siècle
» uee dn chud'Ampnorse Pané, édition de 1643, — Le a Grand Herbier Français,
de France, g décembre
meurs de Jusquiame » (Liver, Société de Médecine Légale
chologique, mai 1920)
1919) ; — Fumeurs de Mariguaua (Liver, Société Médico-Psy
En marge est écrit. : scellé avec paraphe.
— avec paraphes.
Guérison
Siené
par
L'an mil sept cens dix-sept, le trenlième jour de juillet, avant midi,
de la
devant les notaires du voi, gardes notes et apostoliques héréditaires
Duzoss,
cour de Nantes soussignés, a été présentée en personne dame Heleine
r du roi,
veuve du défunt Mer Jean Damorazs, seigneur du Vigan, conseille
auditeur en sa chambre des comptes de Bretagne.
1. Voici Yun d’eux, dont j’abrége le récit :
notaire à Paris.|
pièces originales furent déposées à l'époque chez M° Touvenor,
Guérisons constatées par-devant notaires (XXXII, 245). — Mon
arrière-grand-oncle de la Nor-Messarp (1650-1717), directeur du
Séminaire, fut inhumé solennellement à Nantes, et sur sa tombe _
Les
beaucoup de miracles se produisirent, constatés devant notaires. —
”
jusquiame, la plante d’Apollon et d’Adonis, la dispensatrice du
délire prophétique et des narcoses consolantes. Ce n'étaient pas les
fèves comestibles qui étaient interdites, c'était la plante appelée
Fève du Sanglier, car son usage pouvait entraîner la mort ou 11-
tant le tabou attachéà son usage, ne pouvait avoir en vue que la
le Haschich, qui signifie l"Herbe, pour désigner le chanvre ; comme
la pipe à opium,
on dit la Drogue pour l’opium, le bambou pour
etc... Prrmacone parlant de la Fève avec un soin religieux, et respeccomme on disaitle Sanglier pour désigner Adonis ; comme ondit
3° La fève dont parle Pythagore n’est autre que la jusquiame. Nous
croyons suffisamment solides les deux ‚précédentes propositions
pour risquer cette explication : la jusquiame, Fève du Sanglier,
- était très employée dans l'antiquité, son usage religieux était rég e
menté, son emploi-narcotique dissimulé. Couramment,. on disait
la Fève (avec un grand F), pour désigner la Fève du Sanglier;
toxiques : cocaïne, morphine, etc...
tabou, et soh interdiction aux profanes était une question ‚de relide Myrrha et de son père Cynire. Après sa mort, Vénus change.
Adonis en anémone; rendu à la vie par Jupiter, Proserpine refuse.
gion, ses propriétés mysterieuses et néfastes justifiant d’ailleurs
cette interdiction, pareille àcelle qui pèse actuellement sur les
de le laisser partir ct finalement le garde six mois pour elle, et le
rend pendant six autres mois à Vénus.
.
Enfin, Salomon Reinach nous apprend que « le seigneur Adonis
o.
est, lui-même, à l'origine, un sanglier sacré, objet du culte d'un
clan des femmes qui, pour s’assimiler à leur .dieu, se disent et se
croient des laies ; une fois par an, le sanglier est tué, déchiré. et.
mangé, dans un repas de communion ; puis, les femmes pleurent
Adonis et, après quelques jours, célèbrent sa ‘résurrection, c’est-Adire la capture ou l'achat d'un nouveau sanglier sacré, qui sera
jusqu'à l'été suivant leur dieu tutélaire.
Nous voilà done reriseigné, autant que faire se peut, sur le totémisme du sanglier, ou du porc qui n’est que sa domestication.
Passons à un second point, dont les rapportsne tarderont pas à se
deviner.
2° La jusquiame, plante rituelle. Nous avons rapporté à la Société
de médecine légale l'observation de fumeurs de jusquiame. Si nous
consultons les vieux herbiers du moyen âge, nous retrouvons au
avaient leurs raisons d’être dans les usages rituels de la plante ;
mot « hyoscyame » les synonymes grecs ou latins. Hyoscyame
était appelée nubovioy, et urvorixoy chez les Grecs — elle était appelée chez les Romains« Appollonia ». — Ces appellations religieuses
ces usages rituels mettaient en œuvre les propriétés, narcotiques et
onirogènes, de la jusquiame. La Pythie de Delphes se préparait,
nous dit-on, à ses exercices vaticinatoires, par le jeûne et la mastication de feuilles de laurier — il semble que les noms de ubwvuov
et d'Appollonia, donnés à la jusquiame, lui confèrent une importance au moins égale à celle du laurier, dans la composition des
cérémonies de Delphes ; sous l'influence du délire toxique provoqué soit par l'ingestion de graines de jusquiame, soit par
l’inhalation de fumées de feuilles de jusquiame, la Pythie donnait
dans son ivresse libre cours à ses divagations, où les fidèles voyaient
des oracles.
Enfin, cet usage religicux a laissé jusque chez nous son
empreinte, puisque le mot Iui-mémé que nous employons, jusquiame, est dérivé de deux mots grecs, dos xuajtos, qui signifient
la fève du Sanglies. C’est intentionnellement que j'écris le sanglier
avec un grand § ; je ne m'arrête pas à l’étymologie d’/ELıanus,
qui prétend que « hyoscyame est ainsi nommée parce que les san-gliers qui en ont mangé paraissent comme fous et excités ; pour
apaiser leur fureur, ils vont se plonger et s’&brouer dans les fontaines ». Je crois plus exacte l'interprétation suivante, que j'ai proposée dans la Revue de Psychologie (1g21) : Hyoscyame est bien
la fève du sanglier, mais il s'agit, en l'espèse, du sanglier sacré,
Adonis, dont le culte a précédé, en Phénicie et en Grèce, celui
-d’Apollon; la jusquiame a passé de celui-ci àx celui-là; les dieux