Visage de la mort et du mort en Gaule celtique ou la philology et l’archeologie peuventelles faire bon ménage

Auteur
Bruneau, J.L.
Verschenen in
Revue archeologique de Picardie
Jaar
1998
Onderwerp
CELTS
Taal
Français
Categorie
C8 Geschiedenis en archeologie
Archiefnummer
4861

PDF openen(opent in een nieuw venster)

Volledige tekst tonen15 pagina's

Pagina 1

Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)
Bruneau, J.L. Visage de la mort et du mort en Gaule celtique ou la philology et l’archeologie peuventelles faire bon ménage Revue archeologique de Picardie 1998 1 257-269 C8 Celts

Pagina 2

Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)
Persée http://www.persee.fr Visage de la mort et du mort en Gaule celtique ou la philologie et l'archéologie peuventelles faire bon ménage ? J.-L. Brunaux Revue archéologique de Picardie, Année 1998, Volume 1, Numéro 1 p. 257 - 269 Voir l'article en ligne Avertissement L'éditeur du site « PERSEE » – le Ministère de la jeunesse, de l'éducation nationale et de la recherche, Direction de l'enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation – détient la propriété intellectuelle et les droits d’exploitation. A ce titre il est titulaire des droits d'auteur et du droit sui generis du producteur de bases de données sur ce site conformément à la loi n°98-536 du 1er juillet 1998 relative aux bases de données. Les oeuvres reproduites sur le site « PERSEE » sont protégées par les dispositions générales du Code de la propriété intellectuelle. Droits et devoirs des utilisateurs Pour un usage strictement privé, la simple reproduction du contenu de ce site est libre. Pour un usage scientifique ou pédagogique, à des fins de recherches, d'enseignement ou de communication excluant toute exploitation commerciale, la reproduction et la communication au public du contenu de ce site sont autorisées, sous réserve que celles-ci servent d'illustration, ne soient pas substantielles et ne soient pas expressément limitées (plans ou photographies). La mention Le Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation sur chaque reproduction tirée du site est obligatoire ainsi que le nom de la revue et- lorsqu'ils sont indiqués - le nom de l'auteur et la référence du document reproduit. Toute autre reproduction ou communication au public, intégrale ou substantielle du contenu de ce site, par quelque procédé que ce soit, de l'éditeur original de l'oeuvre, de l'auteur et de ses ayants droit. La reproduction et l'exploitation des photographies et des plans, y compris à des fins commerciales, doivent être autorisés par l'éditeur du site, Le Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation (voir http://www.sup.adc.education.fr/bib/ ). La source et les crédits devront toujours être mentionnés.

Pagina 3

Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)
Revue archéologique de Picardie n° 1/2 - 1998 VISAGES DE LA MORT ET DU MORT EN GAULE CELTIQUE OU LA PHILOLOGIE ET LARCHEOLOGIE PEUVENT-ELLES FAIRE BON MENAGE ? Jean-Louis BRUNAUX * UNE DESCRIPTION UNIQUE DES FUNERAILLES GAULOISES et ses ressorts psychologiques (SCHNAPP- GOURBEILLON 1982). On est assez tenté de faire la même analyse du texte de César, en reprenant - «Les funérailles sont magnifiques et somptueuses mais à contre-pied- le schéma de la déformation eu égard au degré de civilisation des Gaulois ; tout développé par Rambaud (RAMBAUD 1966) : César ce qu’ils pensent avoir été agréable au défunt ils le aurait déformé une réalité funéraire qui, si l’on en portent au feu, méme les animaux et un peu avant croit les archéologues, serait bien moins noire. notre temps il était établi que, dans des funérailles Pourquoi ? La situation de la description dans le normales accomplies comme il se doit, les esclaves texte de César nous livre peut-être l'explication. Le et les clients qui lui étaient chers étaient brûlés en passage méme temps». curieusement dans un chapitre consacré aux relades funérailles s'insere, en effet, très tions entre mari et femme dont le début indique Ce passage célébre du Livre VI, 19 de La Guerre des une situation de la femme qui dut paraître singu- Gaules constitue le seul témoignage littéraire, un lière aux Romains, celle de son indépendance écopeu consistant, que nous possédions sur les rites nomique et patrimoniale. Ces informations sont, on funéraires celtiques. Il s’agit donc d’un hapax dont le sait, issues de Posidonius que César a recopiées on pourrait dire qu'il l’est à double titre. En effet, servilement. cette unique description de funérailles gauloises contrebalancée, immédiatement à la suite dans le paradoxalement ne trouve absolument aucun écho texte, par une dépendance, cette fois totale, à l’ausur le plan archéologique dans tout le monde celtorité morale du mari. «Les hommes ont droit de tique. Il n'a jamais été trouvé de sépulture à incinévie et de mort sur leurs femmes». Est-ce encore la ration pour les troisième et deuxièmes siècles avant J.-C. (période qui correspondrait à celle désignée copie de Posidonios ? Si c’est le cas, la contradiction est incompréhensible. Quoi qu'il en soit, César par les termes «paulo supra hanc memoriam»), sépulinsiste sur l'aspect Pater familias du chef de famille ture dans laquelle on trouverait non seulement un gaulois dont le pouvoir est illustré par deux couabondant mobilier domestique mais aussi des tumes excessives : unc mise à la question de l’épouarmes, des parures, ainsi que les restes d'animaux se, en cas de mort suspecte du mari, et la mort par Cette indépendance financière est mais aussi d’autres humains incinérés avec le mort. le feu dans le bûcher funèbre des esclaves et clients. Une telle richesse ne se rencontre que dans des À l'évidence César a cherché à minimiser une partombes sensiblement plus anciennes mais où le ticularité de la société gauloise pour rapprocher mort est inhumé. Et il est difficile de croire, à cause de Vindication chronologique, que César ait pu cette dernière du modèle romain, au risque de faire ainsi allusion aux rites funéraires des princes dépeindre les Gaulois comme les Scythes d’Hérodote ou comme les farouches combattants hallstattiens. de l'Iliade, tableau qu'il pouvait avoir en tête, d’autant que l’œuvre de Posidonius était pleine de ces La description des funérailles gauloises plonge comparaisons entres les mœurs gauloises et celles donc les celtisants dans la même perplexité que le de la Grèce ancienne. font pour les historiens de la religion grecque celles de Patrocle (Iliade, 23, 110-257) qui présentent Y a-t-il un fond de vérité dans la description de d’ailleurs avec les premières les plus grandes ana- César logies: sacrifice Posidonius qui peuvent nous le dire. Pomponius d'hommes et d'animaux. Nous savons maintenant Mela dans sa Chorographie (II, 2, 19) livre une inforfeu, dépense somptuaire, ? Là encore, ce sont les épigones de que l’un des plus beaux passages du poème homérique n’est qu’une fiction qui, si elle s'appuie pro- * CNRS, UMR 126 bablement sur une réalité plus ancienne voire 1 rue Lombardie étrangère, n’est justifiée que par l’économie du récit F - 60 350 BITRY

Pagina 4

Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)
mation interessante : «(Jadis) il y en avait qui, de recevront, celui de voir les effrayants guerriers gauleur plein grès, se jetaient dans les büchers funèbres des leurs, comme s’ils voulaient continuer à vivre à battre. Dans la lignée d’Hérodote, les premiers hisleur côté». Il est fort probable que la même source a toriens et ethnographes des Celtes qui, entre le IVe abreuvé César et Mela mais qu’elle a reçu chez et le Ile siècle, rapportent ces faits, se croient tenus chaque copiste un traitement différent : César a de leur donner une explication. Celle-ci leur parut oblitéré le côté volontaire qui nuisait à son propos ; Mela, de son côté, en profite pour développer sa s'imposer: la croyance des Celtes en une forme particulière de métempsychose leur ôtait toute crainte vision de l’outre-tombe chez les Gaulois. Pour de la mort (B G ,VI, 14, 5) et les encourageait au conclure, il faut penser qu'une source, collectée par combat (MELA III, 2, 19). Nous verrons que, là encolois et de découvrir leur inhabituelle façon de com- Posidonius mais pouvant remonter au début du re, nous devons nous méfier de ces explications Ile siècle, voire sensiblement plus avant, décrivait faussement évidentes, présentées comme celles que le bûcher funèbre de quelque aristocrate dans les Celtes eux-mêmes donnaient à leurs coutumes. lequel il arrivait que des clients se jetassent par attachement à leur maître. Le fait ne doit pas éton- Mais ce mépris de la mort s'exprime avec tout ner. Nous savons, en effet, que les soldures (une autant d'éclat dans les différentes formes de suiciforme particulière de clients plus particulièrement de qui nous ont été transmises. Lorsque sa demeuspécialisés dans le domaine guerrier) mettaient un re est la proie des eaux ou des flammes (ELIEN, point d'honneur, soit à se sacrifier pour leur chef, Livre XII, 22), le Gaulois préfère mourir avec elle. soit à l'accompagner dans la mort. De même, souvent le soldat ne supporte pas de survivre à son chef ou au désastre de son armée. Nous LA MORT DU GAULOIS DANS LES TEXTES avons vu que les soldures avaient pour principe ANTIQUES d'accompagner leur maître jusque dans la mort. Mais nous connaissons, par Posidonius dont les Le texte de César qui ne correspond, comme on l’a passages ont été conservés par Athénée, des formes dit, à aucune réalité archéologique, ne doit pas, de suicide plus extraordinaires, parce que plus grapour autant, nous dissuader de faire appel à la tuites. Le plus célèbre est celui qui a été analysé en documentation textuelle, la seule qui puisse nous son temps par Marcel Mauss (Mauss 1925) comme éclairer, de quelque manière, sur les conceptions une forme exacerbée de potlach : un noble, au terme que les Celtes se faisaient de la mort. D'autant plus qu'il s’agit - et de très loin du - thème qui a suscité d'un échange de dons et de contre-dons qui l’ont la littérature la plus abondante mais aussi la plus mort en public pour offrir, en contrepartie, de nouamené à la ruine n'hésite pas à se faire donner la variée et la mieux répartie chronologiquement (cf veaux cadeaux à ses proches. Le même Athénée Annexe). Quand les Celtes font leur apparition rapporte qu'au court de banquets un convive qui dans l’histoire écrite, c’est justement au sujet de estimait ne pas avoir reçu les pièces de choix auxquelles il avait droit, n’hésitait pas à engager un leur aptitude, étonnante pour les Grecs, à ne pas redouter la mort mais aussi à la rechercher, voire à duel qui se terminait souvent par la mort. Ces vêtir d'une attitude rituelle l'affrontement que quelques exemples qui s'ajoutent aux nombreuses l’homme engage avec elle. Aristote, s'appuyant sur un texte qui devait circuler au début du IVe siècle mentions de suicide sur le champ de bataille suffisent à illustrer le peu de cas que le Celte faisait de avant J.-C. et qui les décrivait avançant en armes sa vie. contres les flots, fait de ces Celtes les exemples 258 mêmes d'êtres déraisonnables. Mais ce mépris de la MÉPRIS DE LA DÉPOUILLE HUMAINE mort est illustré à de nombreuses reprises et pour d’autres comportements. Le plus abondamment Le prolongement naturel d'un tel comportement cité, parce qu'il touchait de près les nations voinous le retrouvons dans l'irrespect total qu'a le sines, concerne la mort au combat. Celte pour le cadavre de ses congénères, fussent-ils ennemis ou amis. On sait combien cette attitude Il s’agit d'un véritable leitmotiv : les guerriers gauparaissait choquante aux Grecs lois, souvent nus, faiblement protégés par leurs “Suppliantes, vers 307-312 ; 524-527 ; 561-563 ; (EURIPIDE Les armes, s'engagent inconsidérément dans le combat 670-672). Ne pas inhumer les cadavres des ennemis et ni les blessures ni la perspective d’une mort cerétait condamnable mais refuser la sépulture à l’un taine ne les arrêtent. Un tel état d’esprit chez l’addes siens était une véritable impiété. Les Celtes versaire avait évidemment de quoi effrayer, terroricommettaient indifféremment les deux forfaits. ser même, et les Celtes savaient jouer de cet effet. Ainsi Pausanias s'interroge (X, 21, 6 et 7) sur le fait Ainsi, dans les grandes batailles qui opposèrent les qu’aprés la bataille des Thermopyles les Gaulois ne Gaulois aux Romains, voit-on souvent le général réclament pas leurs morts ; il indique qu'il leur était romain entretenir, par le discours, le moral de ses égal que les bêtes sauvage et les oiseaux de proie se troupes en les préparant au premier choc qu’elles repaissent de leurs chairs ; enfin, il livre deux expli-

Pagina 5

Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)
cations à de telles coutumes : c'était pour eux une jamais à la réputation de leur propriétaire puis de façon d’effrayer l’ennemi et -ceci est plus intéressa famille. Posidonius a décrit avec la rigueur d'un sant dans notre débat- ils avaient pour régle de ne ethnographe, c'est-à-dire avec autant de comprépoint avoir de compassion pour leurs morts. Aussi hension que d'étonnement, le soin que les Gaulois en avaient-ils moins encore pour les restes des mettaient à entretenir ces sacra, la fierté qu'ils ennemis. Diodore rapporte (XXII, 12, cf également avaient à les sortir de leur coffre et à les exhiber à PLUTARQUE, Pyrrhus, 26) que leurs visiteurs. les Galates que Pyrrhus avait employés comme mercenaire, n’hésitent pas à piller les sépultures royales de CONCEPTION DE LÄME Macédoine et dispersent outrageusement les os des morts, se comportant comme de parfaits barbares, Cependant les informations les plus précieuses au point qu'on en fit reproche à leur employeur. L'appàt du gain qui avait amené les Galates à engaconcernent l’eschatologie des Celtes, mot dont on verra qu'il est préférable aux expressions plus habiger une véritable fouille des tombeaux pouvait tuelles de «conception de l'au-delà» ou de «l’outreexpliquer pareil comportement qui n’étonne pas tombe». Précieuses, elles le sont parce qu’elles aujourd’hui les archéologues. En revanche, rien, si demeurent ce n’est le mépris le plus complet du corps humain, «Barbares» occidentaux et septentrionaux avant uniques pour l’ensemble des ne peut expliquer une autre exaction qui émut qu'ils ne quittent définitivement la protohistoire au beaucoup les Latins. Au début du Ille siècle, des début de notre ère. Plus précieuses encore parce ambassadeurs en qu'elles seules nous permettent de soulever un Cisalpine, chez les Sénons, pour négocier la libéraromains furent envoyés modeste pli du voile de ténèbres qui enveloppent tion des prisonniers capturés lors de la bataille ce domaine le plus intime des croyances humaines. d’Arretium. Les ambassadeurs, vêtus de leurs Ces informations, nombreuses, sont issues de pluinsignes et le caducée à la main, furent non seulesieurs sources ; recopiées par des auteurs de sensiment tués mais leurs corps découpés en morceaux bilité très différente (quoi de commun entre César, et disséminés dans la campagne avec leurs vête- Diogène Laërce et Ammien Marcellin, par exemments (APPIEN Hist. Rom. IV, 11 et POLYBE II, 19). Si ple ?) qui ont souvent souligné tel trait plutôt que cette dispersion des corps suggére un sens symbotel autre, elles nous paraissent parfois contradiclique, peut-étre religieux, ce dernier ne s’en est pas toires. Je tenterai de montrer ici que ces contradicmoins exercé au détriment de l'intégrité physique tions ne sont qu'apparentes, qu’elles ne font que de la dépouille humaine. refléter la complexité d’un systéme, de nature quasi philosophique, qui a dû s'imposer et recouvrir des Mais bien souvent le cadavre ou ses parties sont traités comme de vulgaires objets. Ainsi l’auteur du conceptions plus primitives. Bellum Hispaniense (31), lors de son récit du siége de La principale particularité de ces informations Munda, nous montre les auxilliaires gaulois de eschatologiques consiste en la mention d’une César utilisant les cadavres des ennemis comme croyance en l'immortalité de l'âme. Pareille affirdes mottes de terre, avec lesquels ils confectionnent mation aujourd’hui, après des siècles de philosophie, nous paraît banale, tout au moins peu surpreun rempart, tandis que les tétes servent d’épouvantail. Les personnages importants n'étaient pas trainante. Elle l’est pourtant, si l’on songe qu’une telle tés autrement que ces guerriers anonymes. Titepensée a été diffusée à partir du Ille siècle avant J.- Live (XXIII, 24) rapporte, avec autant d'émotion C. chez des peuples réputés barbares, autrement dit que de précision, comment les Boïens transformèprimitifs. En effet, la croyance en l’immortalité de rent le crâne du général Postumius en une coupe l'âme dont, par exemple, on a pu reconstituer les destinée au culte dans le sanctuaire le plus vénéré chez ce peuple. Le crâne de Ptolémée connut une éléments de son apparition et de son cheminement destinée plus commune, mis à l'extrémité d'une pique, il fut promené sur les champs de bataille, à porte quel terreau. Comme l’a montré Erwin Rohde la fois comme épouvantail, trophée ou étendard ancêtres qui a pu la faire naître. «La persistance de (TROGUE POMPÉE dans Justin XXIV, 4, 5). la vie de l’âme, que le culte de celle-ci suppose et en Grèce ancienne, ne peut se développer sur n'im(ROHDE 1928), ce n'est pas le culte des âmes des garantit, est absolument liée au souvenir de ceux Souvent ces morceaux du corps humains -il s’agit qui lui survivent sur la terre, aux soins, au culte pour l'essentiel du crâne mais on ne peut exclure qu'ils vouent à l'âme de leurs ancêtres. Si le souveque des os longs aient connu le même traitementnir s'évanouit, si les soins pieux des vivants se reládeviennent des objets précieux. Les têtes coupées chent, l’âme du défunt est privée de l'élément qui, sur le champ de bataille ne sont pas de simples trophées, témoins éphémères de la victoire. Un traitement destiné à leur assurer une véritable éternité en fait d’authentiques trésors, attachés à tout seul, lui assurait encore un semblant de vie.» (p. 264). L'immortalité de l'âme suppose nécessairement sa nature divine or une telle nature induit inévitablement une forme d'égalité entre hommes

Pagina 6

Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)
et dieux. Une religion qui repose sur l'idée essensouterrains de enfer mais un même esprit (probatielle d’une union entre esprit humain et esprit divin est une mystique dont on sait par les blement l'âme immortelle) anime les corps dans un exemples antiques méditerranéens et orientaux diaire dans une «longue vie». Il est «lache d’éparqu’elle n’a pu se développer qu'au travers de sectes gner une vie qui vous sera rendue». Par ailleurs, ils philosophiques, vivant en marge de la société. autre monde. La mort n’est qu’une étape interménous livre une information précieuse sur le rdle des bardes, celui de conduire par leurs chants les âmes C'est bien une telle situation qui est décrite par des guerriers morts au combat à un séjour immor- Ammien Marcellin, Diodore, Diogène Laërce ou tel (I, v.447-449). Cette dernière information est César. La croyance en l'immortalité de l’âme est reproduite et précisée par un autre poète contemtoujours rattachée à l'enseignement des druides, un porain, Silius Italicus (Punica, IIL, v. 340-343) : il est auteur comme Ammien Marcellin, ajoute même sacrilége de briler le corps de celui qui est mort au que ceux-ci étaient organisés en confréries de type combat, car c’est le vautour, en se rassasiant de sa pythagoricien. On ne saurait donc mieux décrire leur caractère sectaire et leur activité essentiellement philosophique. Le même auteur qui ne fait Si ces deux auteurs ont probablement connu la preque recopier Timagène indique très clairement que César, il semble bien qu’ils reproduisent des fragce sont ces mêmes druides qui proclamèrent cette ments d’une autre ceuvre, moins ethnographique, immortalité, autrement dit ce sont eux qui en diffusèrent l’idée, à partir de leur période d'expansion, mais plus proche des croyances indigénes. Ces entre le Ille et le Ile siècle. liens de parenté avec des Gaulois- ont pu chercher dépouille, qui le conduira au ciel auprés des dieux. miére source, notamment à travers l’œuvre de deux poétes -et notamment Lucain qui avait des leur inspiration directement dans la littérature Examinons maintenant le contenu de cet enseignement. Seul un élément est commun à toutes les épique et mythologique des Celtes. C’est une semblable formation que d’Arbois de Jubainville sources littéraires: il y a en chaque être humain une (ARBOIS DE JUBAINVILLE 1902, p. 220-230) supposait partie déja pour cet autre grand connaisseur des Celtes qui ne meurt jamais, c'est l’âme. En revanche, il y a des divergences très nettes au sujet qu'était Timagène. du devenir de celle-ci après la mort. Pour César cette immortalité s'exerce très clairement par la Une troisième tradition, moins bien identifiable, est transmigration qui n'est qu'une forme restreinte, signalée par la comparaison répétitive avec l’enseilimitée à l’espèce humaine, de la métempsychose : l'âme, au moment de la mort, passe d'un corps à un gnement des Pythagoriciens. On la trouve chez Ammien Marcellin, chez Clément reprenant autre corps. Diodore (V, 28), reprenant la même Alexandre Polyhistor, qui n’hésite pas à faire de source est encore plus précis : après la mort, l'âme Pythagore le disciple des druides. Diogène Laërce, revient à la vie mais seulement après un nombre s'il ne cite pas expressément les Pythagoriciens, déterminé d’années, période pendant laquelle on relate probablement la même tradition remontant à ignore ce qu'elle devient. Strabon (IV, 4, 4) est plus l’auteur de La Magie et à Sotion (donc dès la fin du concis, il ne mentionne que le caractère indestruc- Ile siècle avant J.-C.) qui faisait des druides avec tible de l’âme et de l'univers mais mentionne un les mages perses, les Chaldeens et les «Gymnosophistes» de l'Inde les ancêtres des philoautre volet de l’enseignement druidique, selon lequel, à la fin des temps, l’eau et le feu l'emportesophes. Ce rapprochement avec les théories pytharaient, autrement dit, l’univers entier se fondrait goriciennes suppose que la théorie de l'immortalité dans ses deux éléments essentiels. À l’évidence -et de l'âme et de la métempsychose chez les druides on peut le vérifier pour plusieurs autres thèmes vedettes de la description ethnologique des était proche de celle qui s’etait largement diffusée Gauloisdonne le meilleur écho. Sans entrer dans le détail, ces informations sont tirées de en Gréce aux Ve et IVe siécles et dont Platon nous Posidonius. Ce dernier avait probablement enrichi rappelons simplement que l’immortalité de l’âme son exposé de considérations sur l'absence chez les était conçue comme un cycle continu d’existences, Gaulois de la peur devant la mort et de l'aptitude l'âme étant enfermée dans le corps comme dans un au courage qu'elle leur inspirait. On en trouve les tombeau (la fameuse formule du Cratyle , 400 C : échos chez César comme chez Diodore. «soma-séma»), jusqu'à ce qu’une vie pure lui permette de se détacher du cycle des existences terLe poéte Lucain, d’origine espagnole comme son restres. oncle, le philosophe Sénèque, dans son poème La issue d’une autre source. Invoquant les druides, il On l'aura compris, l’allusion aux théories orphiques, si elle repose sur des croyances peu ou prou similaires de la part des druides, permet de reproduit une partie de leur enseignement : selon résoudre les apparentes contradictions que l’on a eux les âmes des morts ne gagnent pas les séjours cru noter entre les informations rapportées par les Pharsale (1, 452-462) nous offre une version sensiblement différente dont on doit croire qu'elle est

Pagina 7

Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)
copistes de Posidonius et les évocations poétiques des spéculations astronomiques, matière dans de Lucain et de Silius Italicus. En effet, il y a deux laquelle tous les historiens antiques s'accordent à sorts distincts qui paraissent réservés au mort dans reconnaître que les druides excellaient. Le mouvela doctrine eschatologique qui est diffusée à partir ment cyclique des astres et des étoiles, sur des du Ille siècle par les druides: ou bien le mort est périodes très diverses, laissait supposer que non appelé à entreprendre une nouvelle existence seulement l’univers mais aussi les êtres qui l’habihumaine, ou bien il peut s'échapper du monde tertent connaissent ce même mouvement qui les restre et gagner le ciel auprès des dieux. Il se trouanime. César est le seul auteur qui ait gardé trace ve que la seconde issue paraît n'être réservée qu’à celui qui meurt au combat. Silius Italicus et Lucain Dans un passage (B.G., VI, 18, 1) qui n’a guère retele disent expressément, mais, au fond, César ne dit nu l'attention des historiens de la religion, parce de la théorie du mouvement cyclique des corps. pas autre chose. Mourir au combat était nécessaire qu'il est séparé de la célèbre description du panpour gagner l'éden, mais peut -être pas suffisant, si théon celtique, il mentionne l'existence d’un dieu Yon en croit Lucain qui donne aux bardes le rôle qu'il assimile à Dis Pater, une sorte de Pluton dont éminent de choisir parmi les âmes des guerriers le principal caractère est d’être l'ancêtre de tous les morts celles qui pourront gagner ce séjour et de les Gaulois («Galli se omnes ab Dite patre prognatos praey conduire par des chants élogieux. Cette sélection dicant»). Ce serait parce qu’ils sont les fils de ce Dis, suppose d'autres qualités qui faisaient la matière associé à l'enfer nocturne, que les Gaulois mesurent des panégyriques funèbres. Ainsi l’idée d'une les durées, et notamment celle de leur existence, en pureté nécessaire se dégage. Cette dernière peut nuits. Un lien de parenté, si puissant (puisque les habitants de la Gaule sont qualifiés de prognatos de également être déduite de l’enseignement et du mode de vie des druides. Le contenu du premier, la divinité souterraine) suppose logiquement que la dont le second devait donner une idée concrète, est boucle se fermait, autrement dit que la production connu de façon succincte mais tout à fait caractérisnaturelle issue de la terre devait retourner à cette tique par un passage de Diogène Laërce: «il faut terre pour permettre à nouveau l'éclosion des généhonorer les dieux, ne pas faire le mal, s'exercer à la rations suivantes. bravoure», en résumé donner à sa vie une forme de perfection. Ceux qui y parvenaient, par leurs quali- Ces éléments que l’on peut tirer, sans grande diffités morales et leur bravoure, quittaient le cycle des culté, de la littérature antique ne sont négligeables renaissances. ni par le nombre ni par la qualité des informations: contrairement a beaucoup d'autres descriptions CYCLE DES ÂMES ET CYCLE DES CORPS ethnographiques, il ne s’agit ni de lieux communs ni de tableaux outrés faisant figure de mirabilia. Ils C'est évidemment l'image très simplifiée, par les nous décrivent une réalité, bien particulière, qui historiens grecs et latins eux-mêmes, d’un corps de n'est ni celle des Latins ni celle des Grecs, encore croyances et de doctrines qui devait être passablemoins celle d’autres Barbares, tels que Scythes, ment complexe. Les druides, comme les commu- Perses ou Egyptiens dont Hérodote nous a décrit nautés orphiques, avaient dû faire de la religion les rites funéraires. Il s’agit d’un ensemble de bribes populaire et des croyances funéraires qui floriscertes, mais qui sont issues d’exposés assurément saient avant leur installation, dans le cas présent en Gaule à La Tène ancienne, le lit de leur enseignetrés détaillés des croyances mythologiques, des coutumes funéraires et des théories druidiques. ment. Le succès évident de ces nouvelles idées sup- Lune des meilleures descriptions se trouvait dans pose des compromis autant avec la piété populaire l'œuvre de Posidonius qui eut probablement la qu'avec la prééminence des classes dirigeantes. chance d’être la mieux diffusée au ler siècle avant L'espoir d'une vie toujours renouvelée satisfaisait la première, alors que la perspective d'une place de J.-C. Celle-ci faisait la part belle à la place dans la société et à l’enseignement des druides. Les liens de demi-dieu auprès des êtres supérieurs renforçait le filiation que certains historiens de la philosophie rôle des guerriers dans la société. Ainsi le sort n'hésitaient pas à affirmer entre druidisme et réservé à l’âme au moment de la mort, avec ses traipythagorisme prouvent, pour le moins, un certain tements spécifiques (ainsi le chant des bardes qui nombre de convergences dont on vient d’évoquer l’accompagnait), réaffirmait la place de chaque probablement les plus marquantes. Posidonius, composante sociale. l'un des principaux néo-pythagoriciens à Rome au J'en ai déjà fait la proposition (BRUNAUX 1996, p. 55), fasciné par ces druides, philosophes qui paraisil est probable que la doctrine druidique concevait saient contrôler la société. Il est possible même que indépendamment le cycle des âmes et un autre qui son admiration ait tenu en partie de l'aveuglement début du ler siècle, ne pouvait pas manquer d’être serait celui des corps. Comme chez les et qu'il ait voulu faire prendre ses désirs (ceux d'un Pythagoriciens (avec lesquels ils avaient encore ce nouvel Âge d’Or) pour une réalité (BRUNAUX 1996, point commun), cette théorie dérivait directement p. 31). Il a probablement surestimé le rôle politique

Pagina 8

Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)
des druides ainsi que leur influence en Gaule. défunt est vétu de ses plus beaux vétements, de Contrairement à Hérodote qui faisait des Barbares bijoux, d'armes si c'est un homme, et accompagné l'image 1980), de belles céramiques. Au début de La Téne moyen- Posidonius faisait des druides une sorte de modèle ne et jusqu'aux prémices de la conquéte romaine, inversée des Grecs (HARTOG dont il soulignait les qualités, en opposant la situaapparaissent puis se diffusent largement, des fosses tion qu’il a connue personnellement à la fin du souvent informes, assez souvent non matérialisées Ile siècle, à celle qui prévalait en Gaule avant leur dans le paysage, contenant de maigres restes d'un arrivée, quand régnaient encore des roitelets régioou de plusieurs défunts incinérés, les cendres se naux, seulement préoccupés de leur image et d'un décorum désuet. C'est certainement l'une de ces trouvant presque toujours mélées á un ou plusieurs comparaisons entre le passé (celui de La Téne l'époque augustéenne réapparaissent de riches vases. Enfin, pendant la Guerre des Gaules et á ancienne) et le présent du Ile siécle, consacrée aux sépultures, véritables caveaux oú le mort encore rites funéraires, sujet de prédilection de l'exotisme incinéré se voit entouré d'un abondant matériel, littéraire antique, qui serait à l’origine de l'information unique en son genre chez César. Pour soutenir non seulement céramique mais aussi métallique. Pour compléter ce tableau, il convient d'ajouter que son propos (celui d'une préémince du chef de la dés le début de La Téne moyenne apparaissent des famille), il n’aurait retenu qu’un des termes de la sanctuaires parmi lesquels certains ont révélé des comparaison, celui où Posidonius se référait à un restes humains accompagnés d’armes, parfois en temps quasi mythique, vers la fin du premier Áge trés grand nombre. Parallélement, les squelettes ou du Fer, qui voyait encore des funérailles sompmorceaux de squelettes gisant parmi les vestiges tueuses. d'habitat sont présents à toutes les époques. Le corpus dont nous disposons pour comprendre Qu'il y ait eu un bouleversement de la mentalité les conceptions que les Gaulois se faisaient de la funéraire entre le Ille et le début du ler siècle est mort, de l’äme et de l'univers plus généralement se une évidence qui pourrait difficilement être mieux rattache donc à une époque relativement précise, exprimée par les faits archéologiques. Qu'il faille du milieu du Ille aux débuts du ler siècle, et à une l'expliquer par un apport massif de nouvelles région non moins délimitée, la Gaule qui a connu le populations (tous les mouvements générés par de mouvement druidique, c'est-à-dire au moins ses puissantes migrations celtiques tout autour de la régions centrale, occidentale et septentrionale. Étu- Méditerranée au début du Ille siècle) ou par le dier les rites funéraires de La Tène moyenne et finadéveloppement de l’eschatologie druidique qui dut le en France du Nord sans tenir compte d'une telle avoir forcément des prolongements dans le domaidocumentation serait une faute, d'autant plus que ne funéraire, c'est là un problème qu'on ne peut les découvertes archéologiques, de plus en plus, font apparaître qu'il n'y a pas un domaine funéraire qui refléterait tout ce qui touche à la mort mais qu'il y en a de multiples traces archéologiques où le certainement pas régler. Il est clair cependant que passer d’une sépulture dans laquelle l’inhumé est apprété comme s’il devait affonter l'éternité dans ses meilleurs atours, parfois couché sur son char, à funéraire proprement dit n’occupe qu'une place, une simple fosse où une partie des cendres sont peut-étre plus restreinte qu'on ne le soupgonne. posées sur le sol auprès de modestes vases, DES NOUVEAUX RITES FUNERAIRES A LA TENE MOYENNE croyances mais encore dans les représentations que témoigne d’un changement non seulement dans les les composantes sociales se donnent d’ellesmêmes. Dès lors, il faut s'interroger sur le sens du Il importe donc de se demander, d'une part, si les mot funéraire dans une société où l’on expose des documentations archéologique et historique se rejoignent, d'autre part, comment les textes peucadavres humains dans les sanctuaires mais aussi au beau milieu d'un habitat, comme à Acyvent nous renseigner sur les croyances et les rites Romance, et où les restes incinérés se trouvent en qui sous-tendaient tous les traitements qui toudes lieux qui ne présentent pas les signes habituels chaient au mort et dont l'archéologie nous restitue des nécropoles (enclos, structuration de l'espace, quelques vestiges matériels. D'un point de vue trés stèles) avec de vraies sépultures fermées où le général, et si l’on prend en considération l'endéfunt est censé reposer pour l'éternité. semble de la période concernée, soit le second Áge du Fer jusqu’aux débuts de la romanisation, on constate un accord quasi parfait entre le spirituel 262 Les Ille et Ile siècles voient l'éclatement de l'idéologie funéraire dans le Nord de la Gaule. C'est une dont il vient d'étre question et le matériel dont révolution idéologique qui n’est soudaine ni unitémoigne Varchéologie. A La Tène ancienne qui forme mais qui se diffuse assez vite et agit en procorrespond au passé mythique évoqué par les hisfondeur. La sépulture n’est plus le séjour obligé de toriens antiques, on a affaire á des sépultures, á inhumation pour la plupart, dans lesquelles le bien». Bon nombre des possesseurs d'armes voient la dépouille, pas même de celles des «gens de

Pagina 9

Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)
leur dépouille se dégrader sur quelque champ de territoire qui va de la Bretagne aux Flandres et qui, bataille, d'autres comme ornement de sanctuaire. vers l'est, s'arrête à la Champagne. Sur ses marges Aucun noble ne signale sa richesse et sa place dans le tableau est moins contrasté : l’évolution y a été la société par une sépulture où il se réfugierait luicertainement plus lente et les résistances plus même avec la plus belle part de son mobilier. Au contraire, on voit des fosses dont certaines sont resfortes. tées longtemps ouvertes, au point que les vases s’y La documentation historique ne nous permet que sont lentement délabrés, dans lesquelles se trouve dans une faible mesure d'illustrer cette nouvelle une poignée de cendres, les restes parfois de pluidéologie funéraire Il nous manque, en effet, toute la littérature indigène, épique et mythologique, sieurs individus, souvent des femmes, souvent des enfants et dont la place dans la société est rarement symbolisée, si ce n'est par des outils qui évoquent dont on sait qu’elle était immense et pour une grande partie consacrée à ces thèmes. Cependant, des le plus souvent l’agriculture. convergences entre les faits et les textes se font jour. Ces fosses, souvent en petit nombre, disposées sans pect qu'ont les Celtes pour la dépouille humaine ordre apparent, semblent parfois se rattacher à un qui s'accompagne d'une aptitude à transformer domaine agricole auprès duquel elles se trouvent, celle-ci en simple objet. L’archéologie nous en Nous avons noté chez de nombreux auteurs l’irresles vases qu’elles renferment étant contemporains apporte de ceux que l’on rencontre sur l'habitat. Mais dans humains abondent tant sur les habitats que sur les une ample confirmation : les restes ce cas, les restes incinérés sont toujours en trop sanctuaires. Aussi ne faut-il pas surinterpréter leur petit nombre pour représenter la totalité de la présence insolite : ils sont pour nous, et à tort, population du domaine à une époque donnée, l’image saisissante d’un spectacle qui devait être encore moins sur une période correspondant à pluaussi habituel en Gaule que celui des têtes coupées, sieurs générations. Un ensemble mobilier plus auquel même Posidonius avoue s'être habitué. riche se distingue parfois des autres dépôts frustes; Probablement faut-il on serait tenté d’y voir la sépulture du maître. Mais regard aux restes humains rencontrés sur les sanctuaires. Leur présence sur des trophées, au côté on cherche en vain celle de son épouse et de ses descendants. Comment voir dans ces vestiges ceux d’une nécropole, à fortiori familiale ? aussi adopter un même d'armes, est une autre forme de cette réification de la dépouille humaine qui dans l'Antiquité semble avoir été partagée également par les Scythes et les La conception d’une nécropole familiale suppose Celtes. Si ces restes avaient une force apotropaique l'existence d'un culte, et, par extension, d'une relicertaine, ils n’offraient pas aux Celtes la même gion familiale plus ou moins développée, telle charge émotive qu'ils en inspiraient aux Grecs. qu'on la connaît à Rome ou dans la Grèce archaïque. Par nature, celle-ci s'oppose à la religion LES FOSSES À INCINÉRATION d'état et l'on sait comment les législateurs grecs ont dû œuvrer pour réduire la première au bénéfice de Le phénomène le plus marquant du Ille siècle est la la seconde. Les funérailles princières tendaient trop diffusion sur une grande échelle de l’incinération. à l'héroisation, elle renforgaient le prestige et le Elle apparaît sous la forme de modestes fosses où le pouvoir aristocratiques. La cohésion d’une société dépôt est le plus souvent pauvre, qu'il s'agisse des plus égalitaire ne pouvait s’accommoder de ce syscendres ou des rares objets qui les accompagnent. tème de «potlach» qui s’exergait sur le plan le plus Doit-on, pour autant, ne leur accorder qu'une faible symbolique parce qu'il rangeait les nobles parmi les héros. «Cette institution qui atteignait déjà chez considération ? Non, si l’on considère qu'il s’agit d'un phénomène répétitif et normalisé. Quel en est les Celtes une sorte de paroxysme» (Mauss 1925, le sens ? Que généralement la totalité des cendres p- 327) ne pouvait être que combattue par les du défunt ne se retrouve pas dans la fosse mais que druides dont Dion Chrysostome nous dit qu'ils avaient su faire des roitelets des marionnettes insiparfois les restes partiels de plusieurs individus s’y gnifiantes (Discours 32 -49-). On ne doit donc pas s'attendre à retrouver à l'époque de La Tène vues de cendres, qu’enfin, dans plusieurs cas, les vestiges brûlés proviennent d'individus qui moyenne des monuments funéraires faisant office s'étaient au préalable décharnés et dont les os de véritables lieux de culte, tout au moins dans les régions où sont éclos ces représentants d’une reliavaient séché, ces faits n’autorisent pas à reconnaître ici d’authentiques sépultures. D'ailleurs, à gion publique que sont les sanctuaires du type de plusieurs reprises, il a été noté que celles-ci avaient Gournay. Il y aurait une contradiction insoluble. Or pu demeurer un assez long temps ouvertes, ainsi effectivement dans le Nord-Ouest de la Gaule, les pourrait s'expliquer que leurs parois soient raregrands sanctuaires ne cohabitent qu'avec les ment visibles à la fouille : elles se seraient dégracôtoient, que certaines fosses soient même dépourmodestes fosses à incinération qui ont été évoquées dées avant que la fosse ne soit comblée. On a égaplus haut. Certes l’image n’est parfaite que pour un lement émis l'hypothèse que l’incinération ait pu

Pagina 10

Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)
supposerait qu’elle ait concerné des os secs et pourrecensé jusqu’à cinq individus dans une même fosse. Les céramiques dont certaines, à l'évidence, rait expliquer la dimension importante de certaines n'ont pas connu d'utilisation domestique mais ont fosses que ne justifie pas le matériel qui y a été été produites pour l'occasion, confirment ce caracdéposé. De tels caractères évoquent incontestabletere votif. Il est possible qu'elles aient contenu des être réalisée à l’intérieur même de la cavité, cela offrandes de céréales ou d’autres produits de la ment les autels creux des sanctuaires. nature. Dans les temps les plus anciens de la Grèce, La comparaison a ses raisons. Le culte qui, à l’intéles paysans avaient coutume de semer des graines rieur des sanctuaires, utilisait des autels creux, a été sur les nouveaux tombeaux (GERNET 1932 p. 60). qualifié par nous-même de «chthonien»(BRUNAUX et alii 1985, p. 170). Le qualificatif, issu du vocabu- On comprend ainsi que certaines fosses aient été laire grec, se justifiait mutatis mutandis par deux caractéristiques : la nature souterraine, voire inferentourées d’un fossé et parfois surmontées d'un édicule, de plan carré. Plus qu’une «maison du nale des dieux concernés, le type de communicamort» dont la réalité symbolique ne s'impose tion établie avec eux (sacrifice d'animaux complets guère, puisque le cadavre a été incinéré et qu'il dans des autels en fosse). Or, en Grèce, ce culte est n'est pas accompagné d'un mobilier représentatif de ses précédents biens, il faut plutôt y voir un lieu intimement lié à celui des morts et des héros, à ces derniers notamment on continue d'offrir des vicde culte rural, funéraire et certainement provisoire, times animales dans des fosses creusées dans le sol, le pendant modeste -ne leur faisant aucune concurdes «escharaï». Ces pratiques remontent aux temps rence- des grands sanctuaires publics. Les paysans les plus anciens et il est loisible de se demander si modestes dont les restes aboutissaient dans ces les Celtes ne les ont pas partagées. Le curieux texte fosses et dont la condition rurale est souvent expride César, consacré à Dis Pater, le laisse penser. Si le dieu Dis, typiquement chthonien, est censé depuis mée par une paire de forces et quelques morceaux les profondeurs infernales produire les générations guerriers ni citoyens à part entière, ne participaient d'animaux domestiques, parce qu'ils n'étaient ni d'hommes, s’assimilant à une sorte d'esprit de la certainement pas aux grands cultes publics. Leur Terre, il lui fallait recevoir des offrandes, telles besoin religieux devait néanmoins pouvoir s’exprimer. Les lieux funéraires de La Tène moyenne, disqu'elles lui permettent d'assurer ce cycle perpétuel. Eschyle dans Les Choéphores fait dire à la fille d’Agamemnon : «la Terre qui, seule, enfante tous séminés dans la campagne, aux structures éphéles êtres, les nourrit, puis en reçoit à nouveau le giosité rurale et de tradition indigène que d'un germe fécond». Si une telle croyance en la transmiculte familial dont on cherche vainement la marque gration de la substance vitale des corps faisait le aristocratique. mères, nous paraissent plus témoigner d’une relipendant à celle d'une transmigration de l'áme, on voit quel sens il faudrait donner aux vestiges intri- Larchéologie confirme donc pleinement léclateguants que nous interrogeons. Plus que des sépulment, aux Ille et Ile siècles, de la mentalité funéraitures, il faudrait y voir des offrandes, pour l'essenre. Les restes humains rencontrés incinérés dans tiel, confectionnées avec les cendres des morts. Ce des fosses ne donnent ni par la quantité ni par la pourrait être l’origine de l'étrange scolie au vers différienciation des sépultures l’image de la société 446 du poéme de Lucain («Taranis Dis Pater est des vivants. Il faudrait pour cela leur ajouter les os honoré chez eux de cette fagon : quelques hommes sont brûlés dans un baquet en bois»). Ce qui fut trouvés sur les sanctuaires et les habitats. Et nous interprété par les Gallo-Romains et, plus tard, par dire que tout essai de démographie et de hiérarchiles copistes du Haut Moyen Age comme un sacrifisation sociale qui s'appuierait sur ces vestiges est ce voué à l'échec. humain n'était peut-être qu’une offrande serions peut-être encore loin du compte. Autant funèbre au Pluton gaulois. Au début du ler siècle une nouvelle transformation Une telle interprétation -globale et n’excluant pas s’esquisse. Les premiers signes apparaissent à l’est, tout caractère funéraire- pourrait apporter quelque chez les Trévires. On y voit, à nouveau, de riches explication à plusieurs énigmes. Le décharnement sépultures, constances, seuls les os, parce qu'imputrescibles, véritables caveaux, confectionnés comme des sarcophage de bois où les cendres du mort sont curieusement entourées d’un abondant mobilier, comme si elles s'apprétaient à poursuivre une vie souterraine. Mais les amphores, la vaisselle pouvaient paraître dignes de retourner à la terre. métallique et quelques objets de luxe ou de parade Mais on sait que cette pratique n’a pas été systémaont moins pour but d'accompagner le mort et de lui tique et qu'elle a pu nécessiter des durées de décharnement puis de conservation des os non rappeler son existence terrestre que de rendre hommage à sa richesse et de témoigner, au moment de encore brûlés plus ou moins longues, puisqu'on a Yensevelissement, de sa position sociale et, par de dépouilles dont seuls les os desséchés ont subi la crémation pourrait s’assimiler à un rite de purification: pour certains individus ou dans certaines cir-

Pagina 11

Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)
conséquent, de celle de ses descendants. La sépull'Antiquité qui y consacrérent parfois des ouvrages ture redevient un lieu de culte familial où l’on proentiers. Nous aurions tort de considérer cette quescède à des offrandes répétées, parfois pendant un tion de la mort en Gaule avec plus de légèreté que temps fort long, comme a pu le mettre en évidence ne le firent Grecs et Romains. Ces témoignages Jeannot Metzler. Il n’est pas étonnant que la résuranciens, souvent réduits à l’état de bribes, entrougence de l'esprit aristocratique réapparaisse tout vent une porte sur un univers mental incroyabled'abord dans une région où la tradition en était ment riche où la mort, sous tous ses aspects, jouait tenace depuis l’époque de Hallstatt et de La Tène le plus grand rôle. Ils doivent nous faire résister à la ancienne et où les contacts avec le monde romain, tentation, habituelle à l’archéologue, de considérer pourvoyeur de richesses ostentatoires étaient plus les Gaulois comme les habitants anonymes et prémarqués. Plus à l’ouest, il faudra souvent attendre historiques d'une région non touchée par la civilila période augustéenne pour que de riches propriésation occidentale. taires fonciers voient leur dépouille entourée du ANNEXE même apparat. DÉCRIRE LES FAITS ARCHÉOLOGIQUES PRINCIPAUX TEXTES ANTIQUES CONCER- NANT LA MORT CHEZ LES CELTES On le voit, les faits archéologiques ne se prêtent (pour les nombreux exemples de mort sacrificielle qu’à une lecture subtile qui pour être crédible ne on se référera à BRUNAUX 1996) doit laisser place ni à la généralisation abusive ni au raccourci chronologique. Il importe de comparer des phénomènes comparables et d'employer une terminologie dénuée de termes «d’aristocratique», Ephore, IVe siècle avant J.-C. chez STRABON, Géographie, VIL 2, 1 : toute ambiguïté. Les «les Celtes, pour s'exercer à ne rien craindre, de «fondateur», de demeurent dans leurs maisons menacées par les «familial» ne doivent pas être galvaudés mais justiflots, puis ils les reconstruisent sur le même emplafies par une argumentation solide, s'appuyant sur cement, et chez eux le malheur vient plus des eaux la simple description objective pour le premier, sur que de la guerre ; c'est ce que dit Ephore.» une argumentation purement archéologique et chronologique pour le second, enfin anthropolo- Aristote, IVe siècle avant J.-C. gique pour le troisième. Il en va de même des Ethique à Nicomaque, U 7, 7 : termes issus de l'analyse religieuse et utilisés dans «Parmi ceux qui dépassent la mesure il y a celui qui la description des sépultures, «offrandes», «vian'a peur de rien, celui-là n’a pas de nom particutique», «sacrifices» et autres «repas funéraires» ; ils lier... Ce serait un fou ou un insensible, celui qui ne ne doivent pas être utilisés comme de simples craindrait ni le tremblement de terre, ni les flots synonymes pour décrire des catégories d'objets déchainés, comme le font les Celtes, à ce qu’on dit.» mais doivent seulement désigner des rites dont la reconnaissance nécessite une argumentation ethno- Eudéme, IVe siécle avant J.-C. archéologique. Faute de quoi, on en vient à faire Ethique, III, 1, 25: dire ce que l’on veut à des restes souvent muets et (reprise du texte d’Aristote) «... comme les Celtes à répéter un discours ambiant et consensuel qui ne qui, prenant les armes, affrontent les flots déchaifait guère avancer la recherche. Nous ne devons nes». pas oublier que les phénomènes historiques marquants, qu'il s'agisse d'événements ou de changements dans les mentalités, n’ont qu’un écho très Ptolémée, dit «Sôter», fin du IVe -début du faible sur les faits matériels. Seule une analyse chez STRABON, Géographie, VII, 3, 8 : Ile siècle. objective, normalisée, cherchant plus à mettre en «... des Celtes établis sur les bords de l’Adriatique valeur les différences les plus minimes qu’à les ranvinrent à la rencontre d'Alexandre pour obtenir de ger quasi de force dans des ensembles typologiques, permettra de repérer les indices ténus de lui les bienfaits de relation d'amitié et d’hospitalité. Le roi les reçut chaleureusement et au cours du fractures pourtant profondes dans l’ordre social ou repas, il leur demanda ce qu'ils craignaient le plus, dans celui des croyances. persuadé qu'ils diraient que c'était lui. Mais ils répondirent qu'ils ne craignaient personne, qu'ils La documentation littéraire, dans cette perspective, redoutaient seulement que le ciel ne tombe sur eux, nous offre une aide précieuse. Elle nous rappelle mais qu'ils considéraient l'amitié d'un homme tel que derrière les céramiques, une humble bimbeloque lui au-dessus de tout.» terie, se trouvent les restes encore plus discrets de Gaulois qui affrontaient à leur façon la mort, d’une Reproduit dans les mêmes termes chez ARRIEN, manière si originale qu'elle avait intrigué les voya- L’Anabase d'Alexandre, I, 4, 6-8. geurs, les ethnographes et les philosophes de

Pagina 12

Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)
Sopatros, Ille siècle. pensent que cette croyance stimule au plus haut Les Galates, comédie dont cinq vers sont reproduits point le courage, parce qu'elle fait mépriser la chez ATHÉNÉE, Les Deipnosophistes, 160 e : mort.» «Chez eux il y a cette coutume, quand ils ont pris VI 18: l'avantage dans leurs combats, de sacrifier aux «Tous les Gaulois se vantent d’être descendants de dieux ceux qu'ils ont fait prisonniers.» Dis Pater et ils disent que c’est une croyance transmise par les druides. C'est pour cette raison qu'ils Polybe, début du Ile siècle. mesurent les longueurs de n'importe quelle durée Histoires, II, 28, 10: non en nombre de jours mais en nombre de nuits, (Lors de la bataille de Télamon, sort du consul ils observent les anniversaires et les débuts de mois Atilius) «À ce moment il arriva que Gaius en étant et d'année de cette manière : c'est le jour qui fait venu lui-méme aux mains et combattant au plus suite à la nuit.» haut point de facon téméraire, perdit la vie ; sa téte VI, 19: fut rapportée aux rois des Celtes.» «Les funérailles sont magnifiques et somptueuses VII, 32: eu égard au degré de civilisation des Gaulois; tout (A Tarente, des Gaulois au service d’Hannibal) ce qu’ils pensent avoir été agréable au défunt ils le «quelques-uns portent au feu, même les animaux et un peu avant des Gaulois dépouillaient les cadavres des Romains.» notre temps il était établi que, dans des funérailles normales accomplies comme il se doit, les esclaves Posidonius, fin du Ile -début du Ier siècle avant J.-C. et les clients qui lui étaient chers étaient brûlés en Histoires, Livre XXIII chez ATHÉNÉE, Les deipnosomême temps.» phistes, IV, 154, d-e) : «Les Celtes quelquefois, au cours du repas, se bat- Auteur anonyme, ler siècle avant J.-C. tent en combat singulier. En effet, étant excités et Bellum hispaniense, 31 : munis de leurs armes, ils engagent tout d’abord un (lors du siège de Munda, les Gaulois auxilliaires de combat imaginaire et finissent par en venir aux César) «... ils disposèrent des boucliers et des mains les uns avec le autres et parfois vont juslances, qu'ils avaient pris sur les armes ennemies, qu’aux blessures ; et parfois méme, irrités par ces en guise de vallum et les cadavres en guise de derniéres, si (leurs proches) qui se réjouissent (de la mottes de gazon; les têtes coupées aux morts furent scène) ne les arrêtent pas, ils vont jusqu’à s’enlever installées sur la pointe des épées et toutes tournées la vie. Posidonius dit aussi que dans le passé, en direction de la ville, de façon à ce que les adverlorsque l’on présentait les mets rôtis, le plus fort prenait la cuisse. Si quelqu'un s'y opposait, les part, mais qu’ils voient en direction de l'ennemi des deux adversaires se levaient et se battaient en duel insignes de la vertu guerrière qui inspire la peur. jusqu’à la mort. D'autres, dans un théâtre (ou un C'est de cette façon que les Gaulois commencent un saires, non seulement soient enfermés par ce remlieu d'assemblée), ayant reçu de l'argent et de l'or, siège, après avoir encerclé la ville de tragules et de certains ayant obtenu des amphores de vin, et javelots mais aussi des cadavres des ennemis.» s'étant engagés solennellement à rembourser ce don, après l'avoir partagé entre leurs proches et leurs amis, ils sont couchés le dos sur leur bouclier Diodore de Sicile, fin du ler siècle avant J.-C. Bibliothèque historique, IV, 19 : et quelqu'un se tenant à leur côté leur coupe le cou (a propos d'Hérakles) «... il vint jusqu'en Celtique avec une épée.» qu'il parcourut toute entière et où il abolit les coutumes qui sont contraires à nos lois, notamment 266 César, ler siècle avant J.-C. celle de tuer les étrangers... » Bellum Gallicum III, 22 : V, 28: «... avec six cents hommes dévoués, ceux qu'ils «Chez eux (les Gaulois), le dogme de Pythagore nomment des «soldures» ; la condition de ces derconnaît une vigueur particulière, dogme selon niers est la suivante : ils jouissent communément lequel les âmes des humains sont immortelles et de tous les biens de la vie avec celui auquel ils se qu'après un nombre déterminé d'années, chaque sont voués d’amitié, si celui-ci meurt de mort vioâme revient à la vie en pénétrant dans un autre lente, ou bien ils supportent ensemble le méme corps. C'est pourquoi, au cours des funérailles, ils sort, ou bien ils se donnent eux-mémes la mort ; de jettent dans le feu des lettres écrites à des parents mémoire d'homme on ne connaît personne qui ait déjà morts, comme si ces derniers pouvaient les refusé de mourir une fois que fut mort celui auquel lire.» il s'était voué d’amitié.» V, 29: VL 14: «Aux ennemis tombés ils coupent les crânes et les «Les druides veulent avant tout convaincre que les attachent au cou de leurs chevaux. Les dépouilles âmes ne disparaissent pas mais qu'après la mort elles ensanglantées de ces ennemis tués sont emportées quittent le corps pour aller dans d’autres corps ; ils comme du butin par leurs servants d'armes aux-

Pagina 13

Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)
quels ils les ont confiées, au son du péan et des hymnes de victoire; et ils clouent ces prémices du Géographie, IV, 4,4à 6: «Les Druides, en plus des sciences de la nature, butin à leurs maisons , comme s'ils avaient capturé s'exercent à la philosophie éthique... Ils affirment et des bêtes fauves en quelques chasse. Les têtes de les autres (Gaulois) aussi que les âmes et l'univers ces ennemis les plus illustres, après les avoir sont immortels et qu’un jour l’eau et le feu régneenduites d’huile de cèdre, ils les gardent avec soin ront.» dans un coffre à provision et ils les montrent aux «Ils attachent les têtes de leurs ennemis à l’encoluétrangers, se vantant que pour l’une de ces têtes re de leurs chevaux et les emportent pour les clouer son père ou l’un de ses ancêtres ou lui-même n'ait à des propylées (c'est-à-dire aux porches des pas accepté la somme qu'on lui proposait. On dit temples). Posidonius dit l'avoir vu lui-même en même que certains se vantent de n’avoir pas accepbeaucoup d'endroits, s'être tout d’abord détourné té pour l'une de ces têtes son poids équivalent en d'un tel spectacle, puis avec l'habitude l'avoir supor, montrant par là une grandeur d'âme, bien porté sereinement. Les têtes des ennemis les plus propre aux Barbares.» XIV, 115: illustres, après les avoir enduites d’huile de cèdre, ils les montrent aux étrangers et ne les rendent pas, (A Rome, lors du siège du Capitole) : «Les Celtes le même au prix d’une rançon en or, équivalent en premier jour achevèrent de couper les têtes des poids à celui de la tête.» ennemis morts suivant la coutume de leur nation.» Pomponius Mela, milieu du ler siècle après J.-C. Timagène, fin du ler siècle avant J.-C. LA CHOROGRAPHIE, III, 2, 18 à 19 : chez AMMIEN MARCELLIN, Rerum Gestarum Libri, XV, (A propos des druides) : «L'un de leurs enseigne- 9,8: ments a été diffusé au commun des mortels, assu- «Parmi eux (les habitants de la Gaule), les druides, rément pour qu'ils soient plus vaillants à la guerre, supérieurs sur le plan de l'intelligence, et, comme c'est que les âmes sont éternelles et qu’il y a une le veut la doctrine de Pythagore, étroitement liés en confréries communautaires, se sont élevés par leurs recherches dans les domaines les plus obscurs et les plus profonds et, dédaignant la réalité humaine, ils autre vie chez les morts. C’est pourquoi ils brülent proclamérent que les âmes sont immortelles.» y en avait qui, de leur plein gré, se jetaient dans les ou enterrent avec les morts tout ce qui convient à des vivants. Jadis le livre de comptes et le recouvrement des dettes étaient emportés aux enfers et il büchers funèbres des leurs, comme s’ils voulaient TROGUE POMPÉE, fin du ler siècle avant J.-C. continuer à vivre à leur côté.» chez JUSTIN Epitoma Historiarum Philippicarum, XXIV, 4,5: Lucain, milieu du ler siècle après J.-C. (A propos des Gaulois qui envahirent la Macédoine Bellum civile ou La Pharsale, I vers 444-462 : sous la direstion de Belgius) : «Ptoléme, atteint de (A propos des druides) : «Selon vos maitres, les multiples blessures, est fait prisonnier. Sa téte est ombres des morts ne gagnent pas les séjours silencoupée, fixée 4 une lance et promenée sur tout le cieux d’Erébe ni les royaumes blafards du Dis qui champ de bataille pour inspirer la terreur aux ennehabite sous la terre : un méme esprit anime nos mis.» corps dans un autre monde : la mort est le milieu d'une longue vie, si vous chantez des vérités. Ab Urbe condita libri, V, 39 : Sûrement ils sont heureux ces peuples que regarde l'Ourse, heureux par leur croyance erronée, eux Tite-Live, fin du ler siècle avant J.-C. (Les Gaulois, sous la direction de Brennus, après la qu'aucune crainte ne pénètre, même la plus forte bataille du Tibre) : «Enfin ils dépouillent les morts de tous, celle du trépas. De là des caractères natuet, suivant leur usage, entassent les armes en monrellement portés à se précipiter sur les armes et des ceaux.» âmes capables d'envisager la mort, enfin le sentiment de la lâcheté à épargner une vie qui vous sera rendue.» XXI 24 : (Après le massacre de l’armée romaine dans la forêt Litana, les Boiens s'occupent de la dépouille du général Postumius) «La dépouille et la tête coupée Silius Italicus, 2e moitié du ler siècle après J.-C. du chef ils les portent en chantant leur triomphe Punica, III, vers 340-343 : dans le temple qui sur leur territoire est le plus «Ils sont venus aussi les Celtes (dont le nom est) saint. Selon leur coutume, ils nettoient cette tête et recouvrent l'os d’or. Celui-ci devint un vase sacré associé à celui des Ibéres. Pour eux c’est une gloire de mourir au combat et il est sacrilège de brûler le pour les libations dans les fêtes solennelles et une corps de celui qui a connu une telle mort. Ils croient coupe pour les prêtres et les desservants du qu'ils seront transportés au ciel auprès des dieux, si temple.» le vautour affamé déchire leur dépouille gisante.» Strabon, fin du ler siècle avant J.-C. et début du ler Dion, dit «Chrysostome» ou «Dion de Pruse», fin siècle après J.-C. du ler siècle après J.-C.

Pagina 14

Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)
Discours 32 (49) : comme s'ils allaient la recouvrer dans une autre (A propos des druides) «Il n’était permis aux rois retraite de l’univers.» de rien faire, de rien décider sans leur avis. Aussi au vers 446 : est-il vrai d’affirmer que ce sont eux qui comman- «Taranis Dis Pater est honoré chez eux de cette dent et que les rois sont leurs ministres, les serviteurs de leur sagesse, assis sur des trônes d’or, dans façon : quelques hommes sont brûlés dans un baquet en bois.» de magnifiques habitations, se livrant 4 des banau vers 454 : quets fastueux.» «Ils (les druides) disent que les mânes n'existent pas.» Pausanias, milieu du Ile siécle aprés J.-C. Description de la Gréce, X, 21: Traduction : J.-L. Brunaux (Aprés leur défaite aux Thermopiles) : «Les Gaulois n’envoyérent pas d’ambassade pour négocier l’en- BIBLIOGRAPHIE lévement des morts. Il leur était égal que ceux-ci reçoivent un peu de terre ou que s’en rassasient les H. bêtes sauvages ou les oiseaux qui sont des ennemis Principaux auteurs de l'Antiquité à consulter sur l'hisd’ARBOIS DE JUBAINVILLE (1902) - pour les morts. toire des Celtes, depuis les temps les plus anciens jus- Que les disparus reçoivent une sépulture, cela leur qu'au règne de Théodose ler. Essai chronologique, tome était indifférent; deux raisons, me semble-t-il, les XII du Cours de littérature celtique, Paris. inspiraient: frapper de terreur leurs ennemis et respecter leur coutume de n’avoir aucune compassion J.-L. BRUNAUX (1996) - Les religions gauloises. pour les morts.» Rituels celtiques de la Gaule indépendante. Paris, Errance. Diogène Laërce, milieu du Ille siècle après J.-C. Vies et doctrines des philosophes célèbres, I, Prologue, 1 : J.-L. BRUNAUX, P. MENIEL et F. POPLIN (1985) - «Quelques uns affirment que l'étude de la philoso- Gournay I. Les fouilles sur le sanctuaire et l'oppidum phie a commencé chez les Barbares. Les Mages la pratiquaient chez les Perses, les Chaldéens chez les Babyloniens ou les Assyriens, les Gymnosophistes chez les habitants de l'Inde, ainsi que chez les (1975-1984), numéro spécial de la Revue archéologique de Picardie, Amiens, 268 p. L. GERNET et A. BOULANGER (1932) - Le génie Celtes et les Gaulois ceux qu'on appelle Druides ou grec dans la religion, Paris, La Renaissance du Livre, Semnothées (littéralement «dieux vénérables»); ils (L'évolution de l'humanité). disent cela sous l'autorité d’Aristote dans son livre La Magie et sous celle de Sotion, dans son vingt- F. HARTOG (1980) - Le miroir d'Hérodote. Essai sur la troisième livre, La succession des philosophes.» représentation L 6: (Bibliothèque des Histoires). de l'autre. Paris, Gallimard, «Ceux qui affirment que la philosophie a commencé chez les Barbares expliquent que celle-ci a pris M. MAUSS (1925) - «Sur un texte de Posidonius, le chez chacun une forme particuliére. Ainsi ils disent que les Gymnosophistes et les Druides philosophaient en énongant des sentences énigmatiques, telles que: «il faut honorer les dieux, ne pas faire le suicide, contre-prestation suprême», Revue celtique, mal, s’exercer à la bravoure». n° 42, p. 324-329. M. RAMBAUD (1966) - L'art de la déformation historique dans les Commentaires de César, Paris, Les Belles Lettres. Anonyme, entre le IVe et Xe siècle après J.-C. Scolies bernoises, au poème de LUCAIN E. ROHDE (1928) - Psyché, le culte de l’äme chez les aux vers 454-458 (Zwicker, fgt. 51): Grecs et leur croyance en l’immortalite, Paris, Payot, «Les druides nient que les âmes périssent ou (trad.A. Reymond). qu’elles soient détruites au contact des enfers; le 268 mort ils le brûlent avec ses serviteurs et ses chevaux A. SCHNAPP-GOURBEILLON (1982) - «Les funéet beaucoup de son mobilier afin qu'il puisse s’en railles de Patrocle» dans G. GNOLI et J.-P. VERservir ; c'est pourquoi ils marchent courageuse- NANT, La mort, les morts dans les sociétés anciennes, ment au combat et ne ménagent pas leur vie Cambridge, University Press, p.77-88.

Pagina 15

Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)
TEXTE HORS TABLE RONDE SUR LE MEME SUJET