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(Pythagore ou Zarlino)
La solution psycharithmétique et expérimentale
I
par R. TANNER
Centre de Recherches Physiques, Marseille
Sommaire
Le débat sur la valeur «juste» de la tierce, 5/4 ou (9/8)?, date de l'Antiquité. La théorie
psycharithmétique a apporté une solution à ce problème, essentiellement parce qu’elle
admet une pluralité de rapports théoriques possibles pour une même note, selon la fonction harmonique. Cette solution est tirée de la notion de base de psycharithme (issue
logique de la notion de «rapport simple») et des données de l’expérience musicale directe.
Une suite d’expériences a été entreprise au sonomètre instrumental, pour en confronter les
résultats avec les conclusions déjà déduites de l'expérience non provoquée.
Das Problem der ,,zwei Terzen“ (Pythagoras oder Zarlino).
Die psycharithmetische und die experimentelle Losung. 1
Zusammenfassung
Die Debatte um den „wahren“ Wert der Terz, 5/4 oder (9/8)?, begann bereits in der
Antike. Die psycharithmetische Theorie hat zu einer Lösung dieses Problems geführt,
besonders weil sie für ein und dasselbe Intervall eine Vielzahl von theoretisch möglichen
Verhältnissen der Schwingungszahlen zuläßt gemäß der harmonischen Funktion. Diese
Lösung wurde gewonnen aus dem Grundprinzip des Psycharithmus (ist also eine logische
Folge des Wissens um die „einfachen Zahlenverhältnisse“) und auf der Grundlage der
direkten musikalischen Erfahrung. Es wurde eine Folge von Experimenten mit einem instrumentellen Schallmesser vorgenommen, um deren Ergebnisse den bereits vorliegenden Folgerungen aus der reinen Erfahrung gegenüberzustellen.
C2caA3)
AacWusti
The Problem of the “Two Thirds” (Pythagoras or Zarlino).
The Psycharithmetic and Experimental Solution. I
Summary
The debate on the “true” value of the third, 5/4 or (9/8)?, dates from antiquity. The
psycharithmetical theory has brought a solution to this problem, essentially because it
admits a plurality of possible theoretical ratios for the same note, according to the harmonic function. This solution is derived from the basic concepts of psycharithmetics
(logical issue of the idea of “simple ratio”) and from the results of direct musical experience. A series of experiments have been undertaken on the instrumental sonometer in
order to compare the results with the conclusions already deduced from casual experience.
.
1. Introduction: le réle type de la tierce
dans la conception de la gamme
C’est pourquoi le débat sur la «gamme juste» s’est
pour ainsi dire toujours cristallisé sur cet intervalle
type. C’est pourquoi également cet intervalle a été
5/4 ou
(9/8)?? Le débat, contrairement à ce
‘qu'on croit généralement, ne date pas de ZARLINO,
ou de la théorie selon laquelle les rapports numériques des intervalles musicaux auraient leur explication dans les harmoniques du son complexe. Il
date de l'Antiquité
(«diatonique»
de DIDYME et
«diatonique» d’ERATOSTHENE)
; et il s’est poursuivi
jusqu’à nos jours.
choisi, pour lui consacrer une longue suite d’expériences progressives et
très diverses,
«sonométre instrumental»
[2]. Le résultat du prefaites au
mier groupe important de ces expériences fait l’objet du présent exposé.
Mais auparavant, deux préalables seront nécessaires.
D'une part, il sera indispensable de poser cer-
La tierce majeure n’est certes qu’un intervalle
taines notions d'analyse musicale, en principe inparmi les autres. Mais contrairement aux tout prindépendantes de toute théorie. Une partie de ces
cipaux intervalles (octave, quinte, quarte, auxquels
notions a déjà été exposée d’un point de vue très
tout le monde s’accorde à assigner les rapports 2,
général dans un précédent article d’Acustica [1].
3/2 et 4/3), la tierce est le premier intervalle im-
On pourra s’y référer pour plus de précision. Ici,
portant dont la valeur théorique [1] diffère selon
la conception générale qu’on se fait de la gamme.
nous ne les reprendrons que d’une façon à la fois
plus brève, plus particulière pour ce qui va spécialeL
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même but.
du phénoméne dont elle traite, d’avance, est forcément impropre à l’expliquer.
D'autre part, il ne serait pas possible de comprendre le résultat de ces expériences, sans quelque
notion sur la théorie psycharithmétique ', et surtout
sans connaître la solution que celle-ci avait déjà
apporté au «problème des deux tierces», avant toute
expérience provoquée ou de laboratoire. On verra
que le résultat expérimental est bien conforme à
celte théorie et à certaines idées générales qui en
sont inséparables. Toutefois, dans le cadre de celles-
Remarquons enfin — car ceci s’avérera très significatif — que pythagoriciens comme zarliniens prétendent détenir les preuves expérimentales de la
justesse de leur conception et de la fausseté de
l’autre. Pour le classique observateur «extérieur et
impartial», ces prétentions incompatibles peuvent à
leur tour être considérées comme une donnée d’expérience intéressante, car elles ne peuvent pas s’expliquer simplement par des préjugés de théoriciens.
ment nous occuper, et en les complétant dans le
ci, les expériences ont fait ressortir un enseignement
imprévu. Cet enseignement constitue l'apport proprement positif des expériences. Loin d’infirmer la
théorie, il consiste à apprendre que ce phénomène
méconnu, l’«identification par tolérance», dont
l'intervention avait été prise pour circonstancielle
seulement, est en réalité d'intervention beaucoup plus
1.2. La notion de fréquence théorique variable, en
Jonction de la fonction harmonique — La notion de valeur préférée ou exécutée variable, en
Jonction des fonctions harmonique et melodique
Si le désaccord entre pythagoriciens et zarliniens
Le problème de la valeur théorique des intervalles est beaucoup plus compliqué qu’on ne croit
généralement, et cette valeur théorique ne se confond même pas ou pas forcément — comme on le
croit aussi — avec la valeur préférée en audition
a toujours offert un caractère calégorique et comme
expérimentale (ou exécutée en moyenne par de bons
irrémédiable, il est un point, du moins, sur lequel
musiciens sur des instruments à sons non fixes).
générale.
1.1. Le préjugé de la «gamme juste»
les deux conceptions s'accordent. Cet accord réside
dans l’idée, communément admise, qu'il existe une
«gamme juste», c'est à dire l’idée qu’il existe, pour
chaque note de la gamme, une valeur théorique précise et une seule *.
Pour les pythagoriciens, cette valeur juste et
unique est, pour la tierce, 34/25, soit 81/64 ou
(9/8)? (somme de deux tons 9/8), parce que, selon
celte conception, tous les intervalles seraient formés
exclusivement à partir de la quinte et de l’octave,
autrement dit de puissances de 2 et de 3. Pour les
zarliniens, cette valeur est 5/4, parce que, selon cette
autre conception (après MERSENNE et la découverte
des harmoniques) cet intervalle proviendrait de
Pharmonique 5 («réduit» de deux octaves).
I] est & remarquer que la conception pythagoricienne repose seulement sur le postulat
(non expliqué) du rôle fondamental et exclusif des facteurs
numériques 2 et 3. Au contraire, la conception
basée sur les harmoniques du son complexe (sous
ses diverses formes, théorie de la «fusion» notamment)
se présente comme une théorie explicative.
Mais, sans revenir sur l’examen exhaustif de tout ce
qui converge à l’infirmer [5], il suffit de redire
qu'une théorie qui ne tient pas compte de la nature
1.2.1. Pluralité de fonctions harmoniques et fréquences théoriques
En premier lieu, la diversité et la complexité harmonique de la pratique musicale commandent logiquement
de
considérer
la
fréquence
théorique
comme fonction de la fonction harmonique (par
exemple, pour un /a en ut, fonction de sous-dominante, ou fonction septième de dominante), abstraction faite de la fonction mélodique 3. Dans le cadre
de la théorie psycharithmétique, la fonction harmonique est elle-même définie par un psycharithme?.
Comme, en règle générale, une même note de la
3 Si les notes ou intervalles ne remplissaient qu'une
fonction mélodique, leurs valeurs exactes entreraient
tout simplement dans la formule générale et uniforme
Var. Le problème des valeurs théoriques n'a de sens
12
qu'au regard des fonctions harmoniques, lesquelles,
d'abord, font la spécificité de la musique, et qui seules
sont et pouvaient être à l'origine des «rapports simples»,
de la gamme diatonique irrégulière, etc. (Rappelons
que cette fonction harmonique n'a rien à voir: 1) avec
la simultanéité ou succession des deux sons composant
l'intervalle, dont elle est indépendante; 2) avec les
harmoniques du son complexe. — Cf. [1], pp. 159 à
160.)
4 La fonction harmonique est définie par le psycha! Y. principalement [3]; sur la propriété la plus
fondamentale de l'intervalle, sa propriété qualitative,
v. [4].
2 Cette idée a été réfuiée, d'un point de vue plus
général, dans l’article d'Acustica déjà cité (cf. [1]).
rithme même, le degré de consonance ou de dissonance
est lié à son degré de complexité (au sens de cette
théorie). La fonction mélodique est liée à la propriété
secondaire du psycharithme, sa propriété grandeur
(produit effectué du psycharithme).
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gamme peut, selon le contexte musical, remplir des
fonctions harmoniques différentes, comme il y a lieu
de considérer ces fonctions différentes comme déterminées par des psycharithmes différents, donnant
des rapports de fréquence soit égaux soit voisins
dans la marge de tolérance, l’idée de la «gamme
juste» apparaît comme un préjugé, dont on com-
Rien n'empêche de procéder à une expérience
volontaire sans discerner tout ce qui précède. Mais
dans ces conditions comment comprendre, d’abord,
la manière dont se posent les données d’expérience
directement offertes par la musique; et que dire, a
fortiori, de la signification qu’on croira pouvoir
attribuer aux résultats de l'expérience volontaire?
prend qu'il ait été associé à l’idée abstraite et simplifiée de gamme, mais qui se trouve incompatible
avec la réalité complète, et autrement complexe,
2. La solution théorique du problème
de la tierce, dans le cadre de la théorie
de la pratique musicale.
psycharithmétique
2.1. Généralités sur la théorie psycharithmétique
1.2.2. Fonction mélodique
En second lieu intervient la fonction mélodique.
Comme la fonction mélodique tend à légalisation
des intervalles, la valeur préférée à l'exécution doit
être considérée comme un compromis entre fonction
harmonique et fonction mélodique, c’est à dire entre
valeur théorique et valeurs égales.
Mais ce n’est pas tout.
Contrairement à tous les systèmes qui veulent
assigner aux intervalles et notes de Ja gamme des
valeurs théoriques fixes, la théorie psycharithmétique admet, dès le principe, la possibilité de valeurs
théoriques différentes pour une seule note. Ces valeurs multiples correspondent, sur le plan de Pexpérience musicale, à la multiplicité des fonctions harmoniques, et, sur le plan de la théorie, à une multiplicité de psycharithmes.
1.2.3. Identification par tolérance
Cette différence par rapport aux autres systèmes
Outre la multiplicité des fonctions harmoniques,
outre l'intervention du facteur mélodique, un phénomène vient souvent compliquer la détermination de
la valeur théorique: le phénomène d’«identification
par tolérance» ([1]; v. plus loin également).
1.2.4. Consonance
acoustique
et
convient de ce que la théorie psycharithmétique repose,
non sur un système mathématique préconçu, ni sur
une hypothèse en réalité incompatible avec la nature
foncière psychique ou cérébrale du phénomène musical, mais sur la donnée expérimentale générale et
Jondamentale fournie par la musique elle-même, à
savoir la donnée très anciennement connue sous
l'appellation de «rapports simples», et dont l'examen
sonance musicale
logique a conduit à la notion de psycharithme.
Enfin, sur le plan de l'expérience provoquée ou
Cependant, il West pas toujours facile d’assigner
de laboratoire, une dernière complication — qui sur
un psycharithme à une fonction harmonique. Les
ce plan constitue la diffieuli@ majeure — vient
s'ajouter aux précédentes: l'intervention de la «consonance acoustique» [5]. En ellet, lorsqu'on fait
concernant la détermination des valeurs théoriques
des intervalles. Mais les toutes principales en sont les
une expérience sur les intervalles, celle-ci doit porter
suivantes.
raisons en sont, en partie, celles qui ont été exposées
par définition sur la véritable consonance musicale,
La hiérarchie de complexité des psycharithmes est
Or, il est souvent très difficile, parfois impossible,
à une infinité de dimensions, et il existe par conséd'obtenir des sujets qu’ils répondent en fonction de
quent une infinité de psycharithmes (ou mieux une
la «consonance musicale», à l'exclusion de la «coninfinité puissance infinie). Il est évident que même
sonance acoustique». Lorsque leur réponse est telle
si Pon imagine un cerveau très supérieur à celui de
qu'elle ne peut pas provenir de la seconde, cette
réponse est nette, et elle correspond au but de Pexl'homme, les psycharithmes réellement possibles ou
périence. Dans le cas contraire, il y a ambiguïté sur
la cause de la réponse, et cette ambiguilé peut être
qu'ils se bornent à un certain degré de complexité.
difficile ou impossible a lever.
rale, ne préjuge pas, et n’avail pas à préjuger, des
musicalement praliqués sont en nombre limité, et
Or la théorie psycharithmélique, en tant que géné-
(Pour étre complet, il faut ajouter encore deux
sapacités mentales d’un individu ou d'un groupe
difficultés, deux facteurs psychologiques, non spéciethnique quelconque. Lorsqu'un psycharithme n'est
fiquement auditifs
conni oulranciérement complexe ni des plus simples,
traste» bien connu des psychologues; un facteur
«brillance» ou «corsé», qui tend à faire préférer les
ni
musicaux:
l’«effet de
on ne peut donc pas dire, a priori, s’il se trouve
intervalles légèrement agrandis.)
Comme,
inclu
ou
non
dans
d’aulre
Ja
part,
pratique
musicale réelle.
il
d’automatismes
s’agit
Pagina 4
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n’est pas question non plus d’une investigation physiologique et physique dans la matière cérébrale,
toute réponse expérimentale directe est impossible.
Par suite, si un psycharithme assez complexe se
présente comme de pratique incertaine au départ,
cette incertitude ne peut être levée qu'indirectement,
soit, avant tout, par l'analyse des compositions musicales, soit, éventuellement, par des expériences
d’acoustique susceptibles de fournir plus ou moins
indirectement une réponse, soit par ces deux moyens
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plexe des deux. Méme si l’on s’interdit de poser a
priori une formule donnant le degré de complexité
dun psycharithme, il semble évident que le psycharithme 34 x 2" est plus complexe que le psycharithme
5x2". On est ainsi conduit
a attribuer,à la fonction
de tierce, le psycharithme 5 x 2” (exclusivement ou
non pour l'instant).
Cela dit, un autre fait intervient.
Il existe des séquences musicales très classiques,
caractérisées par la succession de fondamentales
(notes de référence dans chaque accord, elles-mémes
réunis.
référées consécutivement entre elles, et chacune a la
En ce qui concerne le problème de la tierce (et en
ne faisant d’abord état que de l'expérience musicale
non provoquée), les choses se présentent de la
:
tonique)
manière suivante.
Cette séquence classique consiste en un «mouvement
2.2. La solution théorique du problème de la tierce,
dans le cadre de la théorie psycharithmétique
La théorie psycharithmétique, disions-nous, admet
dès le principe, pour une même note de la gamme,
une pluralité de psycharithmes ou fonctions harmoniques possibles, et donc de valeurs théoriques
possibles de l'intervalle. C’est ainsi que, pour Pintervalle qui nous occupe, elle admet à la fois comme
possibles les fonctions harmoniques définies par les
psycharithmes 5x2" et 31x2"5, Ces deux psycharithmes donnent, pour la méme note, deux valeurs
théoriques différentes, qui coincident précisément
avec les valeurs rivales — et qui prétendent s'exclure
réciproquement — des conceptions zarlinienne et
pythagoricienne.
Laissons maintenant ces conceptions.
Du point de vue de la théorie psycharithmétique,
la question est celle-ci: les deux psycharithmes ontils, dans la pratique ou la réalité musicale concrète,
une existence réelle, ou seulement Pun des deux et
lequel?
Considérons d'abord une tierce isolée (de sons
simultanés ou suceessifs peu importe). En vertu de
la loi du «moindre effort», qui s'applique au phénomène psychologique musical comme aux autres, il
faut admettre que le psycharithme qui (dans la perception musicale, ou dans le cerveau du compositeur) s'établit entre les deux notes est le moins com5 Lorsqu'on ne s'occupe que de fonction harmonique
(indépendante de la situation d’octave ou de la fonetion mélodique), il est à la fois plus simple et préférable de faire abstraction de la puissance du facteur 2
(ou «facteur d'octave», placé en dehors du trait d’orientation du psycharithme), en la laissant indéterminée.
Par suite, une convention d'écriture commode, lorsqu'il
est question de plusieurs psycharithmes, est d'écrire
chaque fois 2*, étant entendu que d'un psycharithmeà
un autre, n a des valeurs généralement différentes.
ul
mi
la
re
sol
ul.
harmonique» de tierce, suivi d’une «marche harmonique par quintes» descendante, opérant le retour
à la tonique. Qu'on considère comme tranchée ou
non la question du psycharithme de la tierce initiale
ut-mi, ce qui est certain, c’est que les quatre intervalles qui lui succédent ne posent aucun probléme:
indubitablement, on a une succession de quatre
psycharithmes 37! x 2“ ®. Comme, après l'écart initial
de tierce, l'impression de retour à la tonique est
parfaitement nette, comme Put initial et Put terminal
(qu’ils soient ou non rigoureusement les mêmes dans
l'exécution) sont musicalement identifiés comme absolument les mêmes, on se trouve cette fois enclin à
attribuer à la tierce ut-mi, non le psycharithme
5x2", mais 34x 2" (sommation exacte inversée des
quatre mouvements harmoniques 371% 2" de la
marche).
Cependant, l'argumentation initiale en faveur de
5x2" demeure valable, car, le mouvement de tierce
étant antérieur aux autres, donc indépendant, dans
sa perception, de tout ce qui peut se produire
ensuite, il est normal de vouloir lui appliquer Pargumentation valable pour la tierce considérée seule.
Le processus général du phénomène d’identification par tolérance a été expliqué par le détail dans
l'exposé antérieur d'Acustica déjà cité [1]. Il y a
même élé donné quelques indications sur les différentes formes que pouvait revêtir le phénomène.
Dans le cas présent, nous en sommes à la contradiction apparente à laquelle on se heurte chaque
fois en deuxième analyse [1]: d’après Pargumentation initiale, la fonction du mi formant tierce doit
s'écrire 5 x 2"; d’après l'argumentation relative à la
fin de la séquence, ilsemble que ce soit (pour la
même tierce initiale) 34x
2" (ou alors, l’ut terminal
5 Sous la forme la plus classique, successivement
vers le grave), 371x2% (quarte vers
371x2 (quinte
3-1x2et3 1x2,
l'aigu), encore 37
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LÀ
ne devrait pas étre identifié au premier, ce qui est
inadmissible puisque cette identification est un fait
339
mes) se comprend et s'explique entièrement de la
façon suivante? (Fig. 1).
On voit:
d'expérience indiscutable).
La solution (troisième analyse) est également du
type général qui a été exposé. Nous l'énoncerons
donc sans explication ni démonstration de détail.
Ce qui est confondu en une seule note pensée —
à savoir un seul mi musical — ce sont les deux fréquences théoriques 5/4 et 81/64 (dont la fréquence
objective d'exécution est voisine). Cette confusion
des fréquences théoriques en une seule (qu'on pourrait écrire [5/4 = 81/64]) n'implique pas une confusion parallèle dans les psycharithmes (produits
non effectués), ni conséquemment dans les fonctions
— que rien n’oblige à croire à l'intervention d'un
psycharithme 3* x 2" (malgré les quatre psycharithmes 371 x 2")
— que cependant la fréquence théorique du mi n'est
pas plus 5/4 que 81/64 (c'est à dire que la «gamme
juste» n’est pas plus la gamme de ZARLIN que celle
de PYTHAGORE), car au total tout se passe comme
si l'on avait (5/4)/(81/64) =1, ce qui revient à
dire que cette fréquence théorique est un nombre
«double» [5/4 = 81/64] (c’est à dire un nombre
harmoniques.
qui musicalement est à la fois unique et à la fois 5/4
et 81/64, de la même manière que 2 et 6/3 sont un
Désignons par 1 la fréquence théorique (relative)
de l’ut initial (tonique). Admettons de plus —
puisque c'est Put initial — que cette fréquence
seul et même nombre).
Passons maintenant aux expériences au sonomètre instrumental, et pour y passer, oublions un
théorique se confond exactement avec la fréquence
objective (qu'il en soit ou non de même pour Put
terminal). Employons le symbole =, pour signifier
«égale à la marge de tolérance près», le symbole x ,
pour signifier «multiplié par à la marge de tolérance
instant la tierce, afin Ven parler d'abord dans une
optique tout à fait générale.
3. Le premier groupe d'expériences sur la tierce
au sonométre instrumental
près».
En respectant le raisonnement initial conduisant à
attribuer à la tierce ut-mi le psycharithme 5 x 2" et
non 34
2", en donnant à chaque note sa situation
d’octave la plus classique pour fixer les idées, la
séquence, objectivement (fréquences réelles) et subjectivement (fonctions harmoniques ou psycharithut
= 1x, 5/4 — mt =, Mb x, 113— la, =, „19/4 12/3}x, 4/3—
ra
5x7?
— sol,
té; à 15/4)12/3116/3) x, 2/3
3’2
Te?
=, 15/4112/3114/3112/31
x, 4/9—
«2
at 15/4112/3N4/3N2/34/3)80/81 =, 1 (instruments è sons
ron fixes)
u
ale 1 f=,15/4112/3114/3112/3114/3)=80/81) (instruments
à sons fixes)
Fig. 1. Identification par tolérance affectant la tierce,
3.1. Idées directrices et but des expériences
De ce qui a été exposé dans la premiére partie,
ou expliqué dans le précédent article d'Acustica, ou
d'autres publications en référence, il ressort en tout
premier lieu ceci.
Mis à part la simple mesure des rapports de fréquences (ou de longueurs de cordes dans PAntiquité), les expériences d’«acoustique musicale», telles qu'on les a généralement conçues el surtout
interprétées, ont été entachées de deux défauts, qui
ont prêté à illusion sur la signification réelle de
leurs résultats. Pour que des expériences sur le
phénomène musical et les conclusions qu'on en tire
offrent un caractère de rigueur scientifique authentique, il faut en effet:
1) Qu'elles ne soient pas dominées par des idées
dans une «marche harmonique» classique par
quintes. (Il n'y a pas incompatibilité entre le
incompalibles avec l'expérience musicale directe, ou
psycharithme 5x 2" et les quatre psycharithmes
déjà inacceptables par définition du phénomène, tel-
3
12%)
les que: l'idée que celui-ci peut s'expliquer par des
phénomènes
localisés
dans
l'oreille
(alors
que,
7 Les fonctions absolues (ou fonction de chaque
fondamentale relativement à la tonique) ne sont pas
indiquées, car ce n’est pas nécessaire pour comprendre
comment la séquence est possible, Seules sont indiquées
s'agissant d’un phénomène mental bien que matériales fonctions relatives (ou fonction de chaque fondabraux)*; l’idée qu’il faut subdiviser les intervalles en
mentale relativement à la précédente, ou psycharithmes
définissant chacun des «mouvements harmoniques» successifs de la marche).
Les fréquences dont les fréquences objectives sont
«intervalles mélodiques» ou de sons successifs (alors
que l'harmonie musicale englobe des structures de
voisines (par exemple (5/4) (2/3) (4/3) pour le ré)
fréquences successives, autant ou plus que de frédevraient en principe être indiquées plutôt en valeurs
effectuées; elles ont été laissées sous forme de produits
non effectués afin qu'apparaisse leur provenance.
également [6].
lisé en données acoustiques, il se localise essentiellement el nécessairement dans
les neurones céré-
«intervalles harmoniques» ou de sons simultanés, et
8 Outre réf. déjà cit. (notamment [3] et [5]), v
Pagina 6
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)quences simultanées) ; l'idée parallele, mais adoptée
par une minorité seulement, selon laquelle il faudrait
distinguer deux gammes: une gamme «harmonique»
et une gamme «mélodique» ?; l’idée qu'il existe tne
«gamme juste», définie par des rapports théoriques
invariables pour chaque note !°; l’idée que les intervalles musicaux, avec leurs «rapports simples», s’expliquent par les harmoniques du son complexe.
2) Que soient comprises les données essentielles
directement issues de l'analyse des compositions
musicales, et qu'il en soit tenu compte. A celte condition seulement, la multiplicité et l’interpénétration
complexe des facteurs qui interviennent dans une
expérience d’acoustique musicale ne seront pas considérablement sous-estimées. Cela signifie notamment: ne pas confondre «consonance acoustique» et
«consonance musicale» en un concept unique; comprendre qu’un rapport théorique ne peut se définir
que par la fonction harmonique (indépendante de
la simultanéité ou succession, et indépendante des
harmoniques), simultanément ne pas oublier qu'une
même note de la gamme peut remplir plusieurs
fonctions harmoniques différentes; comprendre que
la fonction mélodique — grâce à la tolérance harmonique — peut «noyer» les rapports théoriques au
profit de la régularité mélodique; avoir connaissance du phénomène d’ «identification par tolérance».
9 Considérons le canon «Frère Jacques», et supposons d'abord la mélodie exécutée à une seule voix:
mi fa sol ...
ut ré mi utlut ré mi ut|
«gamme harune
distinguer
faut
Si l'on croit qu'il
monique» (avec tierce 5/4) et une «gamme mélodique»
(avec tierce (9/8)*), on attribuera aux mi successifs,
et notamment au troisieme, la valeur «mélodique»
(9/8)*.
Supposons maintenant le canon exécuté à plusieurs
voix:
mi fa sol ...
ut ré mi ut|ut ré mi ut|
[ut ré mi...
A l'entrée de la deuxième voix, Vut initial forme
tierce de sons simultanés avec le troisième mi de la
première voix. En vertu de la même hypothèse, on devra
donc attribuer, à ce même mi de la première voix, la
valeur «harmonique» 5/4.
On voit que cette conception est: 1) inapplicable
(c'est à dire d'emblée encore moins défendable que la
conception zarlinienne ou la conception pythagoricienne) ; 2) musicalement irrecevable pour cette raison plus
précise que tous les mi successifs sont musicalement
identiques, de même que tous les ut (tonique), parti-
ACUSTICA
Vol. 27 (1972)
(Sur les expériences antérieures faites sur les
intervalles, ainsi que les idées qui leur ont été associées, v. par exemple [7] et [8]: récapitulatifs
détaillés; [9] v. d’autre part [10]: expérience peu
connue mais exceptionnellement significative.)
Cela posé, le but des expériences entreprises au
sonomètre instrumental a été essentiellement la détermination des rapports théoriques en fonction de la
fonction harmonique, et plus généralement la détermination des valeurs théoriques et préférées, en
fonction des fonctions harmoniques et mélodiques
ou du contexte musical. Parallèlement, ces expériences peuvent permeltre une vérification de la conception générale de ces rapports dans la théorie psych- arithmétique, ou plus spécialement la détermination
ou vérification, pour notre système musical, de rapports théoriques qui a priori se présentent comme
douteux ou indéterminés, du fait de la généralité de
cette théorie.
Etant donné la multiplicité des facteurs à déméler
(cf. plus haut) de telles expériences ne se conçoivent qu’à la condition de comporter un assez grand
nombre de variantes très diverses, cela, pour chaque
Jonction harmonique ou pour un seul et même intervalle musical.
La première fonction à étudier, la plus intéressante, comme nous l'avons vu, était celle de tierce
majeure (soit tierce majeure de tonique dans un
accord, soit enchaînement de tierce majeure dans une
succession de fondamentales). C'est ainsi qu'une
longue suite d'expériences (une trentaine) portant
toutes sur l'intervalle de tierce majeure et son renversement, ont été prévues. (Chacune de ces «expériences» se subdivise elle même en un certain
nombre de «sous-expériences», dont nous ferons
pour Pinstant abstraction.)
Dans cette suite sont prévus des contextes musicaux dans l’ensemble de moins en mains simples.
A la limite initiale, on a évidemment le «contexte
nul», c’est à dire l'intervalle seul. Les quatre premières expériences sont ainsi:
expérience n° 1:
intervalle ut-mi de sons simultanés; exp. n° 2: renversement mi-ut de sons simultanés; exp n° 3 el 4:
idem en sons successifs.
3.2. Remarque sur les expériences sans contexte
culièrement les deux ut initiaux à chaque voix, et que
conséquemment toutes les tierces ut-mi sont un seul et
même intervalle musical, que le mi succède a l'ut ou
qu'il lui soit simultané.
simultanés sans contexte).
10 La réfutation de cette idée n'entre pas en contradiction avec la réfutation de la précédente: les rapports
théoriques sont variables, mais selon la fonction harmonique, non selon que l'intervalle est de sons simul-
1) Elle tombe sous le coup de la critique du
caractère artificiel des expériences de laboratoire
trop éloignées des conditions de Ja pratique musitanés ou de sons successifs.
Considérons l'expérience n° 1
(tierce de sons
Elle soulève deux remarques préliminaires:
cale réelle.
Pagina 7
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2) Elle n'est pas nouvelle, et il semble établi
depuis longtemps que le rapport exact de tierce
majeure, en sons simultanés du moins, est le rapport 5/4. En effet, des affirmations ou interprétations contradictoires des expérimentateurs antérieurs — pythagoriciens et zarliniens principalement — il semblait du moins ressortir que le rapport théorique exact, établi pour les sons simultanés, de l’intervalle de tierce majeure, était le rapport 5/4, au point qu'on pouvait estimer superflu
de le vérifier.
Pour ces deux raisons, il y avait d'abord lieu
d'hésiter à faire cette première expérience: elle
pouvait paraître à la fois «mauvaise», et une répétition inutile.
Cependant, trois considérations autres incitaient
à la faire tout de mème:
1) Dans des expériences voulues systématiques,
il ne convenait pas, par principe, d’exclure le cas
limite.
2) Un grand flou règne dans l'ensemble des conclusions expérimentales des zarliniens et pythagoriciens, lequel flou n'était peut-être pas entièrement
imputable aux interprétations, mais aussi à la complexité du phénomène perceptif et à la difficulté de
déméler les facteurs à l'origine des résultats d’expérience bruts. Il restait donc intéressant d'y regarder de près.
3) Le cas limite (absence de contexte) peut être
considéré comme celui où la détermination par le
contexte est remplacée par la détermination par
l'attitude mentale du sujet. L'expérience des lors
n’est pas dépourvue de signification; il importe
seulement (ce qui ne veut pas dire que ce soit
facile) de bien chercher chaque fois la signification
musicale (il peut y en avoir plusieurs, à dépouiller
au surplus de significations psychologiques non
musicales) de la réponse...
341
valeur, etc. Le choix des «sous-expériences» est souvent déterminé par les résultats des sous-expériences
antérieures. Elles sont répétées lorsque les réponses
des sujets manquent de netteté.
L'expérience n° 1 se subdivise en six «sous-expériences», numérotées la à 1f. (Pour alléger et sauf
ambiguïté, dans ce qui suit, le mot expérience sera
fréquemment employé pour désigner des «sous-expériences».)
3.3.1. Premières expériences sur la
tierce de sons simultanés sans
contexte (la à lc)
La principale difficulté, au début surtout, a été
d'obtenir des sujets, dans ce type inhabituel d’expériences, des réponses suffisamment nettes et significatives. Nous avons vu les multiples facteurs
d'ordre acoustique, musicologique et psychologique,
qui font que le sujet se comporte, non comme une
simple variable dépendante des valeurs d’intervalles
offertes à l'audition, mais comme une variable d'ellemême partiellement indépendante (intervention par
exemple de l’une ou l’autre consonance), II s’y
ajoute que même les sujets très musiciens et sélectionnés se comportent comme un appareil à précision
limitée. Au total, la cohérence de leurs réponses est
toujours imparfaite, parfois médiocre.
Cette difficulté n’a été que peu à peu surmontée, principalement par le choix des sous-expériences.
Les deux méthodes utilisées dans les premières
expériences ont été pour l'essentiel les suivantes:
1° méthode:
— interrogation de «préférence» par paires de
tierces (dont la première répétée après la deuxième), doublée d'une interrogation de limite de
tolérance
Il n’y a pas lieu de regretter d’avoir entrepris
l'expérience n° 1.
Comme on le verra, son résultat, notamment, est
— écart de valeur entre intervalles dans chaque
incompatible avec les affirmations zarlinienne aussi
— marge totale de variation dans une expérience:
paire: 4 ou 2 savarts (selon l'expérience)
bien que pythagoricienne, et, plus généralement,
impossible avec les conceptions
habituelles.
2% méthode:
3.3. Expérience n° 1: Tierce de sons simultanés sans
—
5/41
8 0, ou 5/460.
d'interprétation
Les «sous-expériences» dont l’ensemble compose
une «expérience» se caractérisent chacune par des
conditions particulières telles que: valeurs d’intervalles offertes à l’audition (par exemple, de 5/4 — 6 o
a (9/8)* +2, de savart en savart), durée de l’intervalle,
ei.
répétition,
interrogation directe de justesse ou fausseté, sur
des tierces jugées séparément
contexte
forme
rythmique
pour
chaque
— valeur des tierces improvisées en cours d'expérience, en fonction des réponses
— sujet soit averti, soit non averti des valeurs données à juger; commande des valeurs ordinairement menée par l'expérimentateur, ou confiée
aussi au sujet lui-méme.
Pagina 8
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)Résultats:
— Dans l’ensemble, le rapport 5/4 l'emporte sensiblement dans ces premiéres expériences.
Cependant:
— le rapport pythagoricien (9/8)? est quelquefois !! préféré au rapport 5/4,
— toutes les valeurs comprises entre 5/4 et (9]8)*
(environ 97 à 1020) sont, d'une fagon générale, jugées acceptables ou justes,
— par contre, la chute de justesse, en dessous de
5/4 et au dessus de (9/8)*, est brutale.
Détails secondaires mais non négligeables: Parfois
(selon le sujet, le moment, etc.), le sentiment de
justesse, entre 5/4 et (9/8)?, diminue lentement.
Parfois, il diminue d’abord puis croit ensuite. Dans
ce second cas, le maximum correspondant 4 5/4 est
généralement supérieur au maximum correspondant
à (9/8)*; mais il arrive que ce soit le contraire (cf.
plus haut).
Vol. 27 (1972)
C’est par ces tout premiers résultats que s’est
révélé l'intérêt inattendu des expériences sans contexte.
Premiéres conclusions
En premier lieu, on pouvait en tirer deux conclusions essentielles négatives (du moins en première
approximation, c’est à dire sous réserve de les confirmer par d’autres expériences, ou éventuellement
de les nuancer ou préciser) :
1) Si l’on dit que la valeur exacte de la tierce
majeure est la tierce dite pythagoricienne (9/8)*,
on énonce une proposition manifestement contredite
par Pexpérience TM.
2) Si Pon dit que la valeur exacte de la tierce est
la tierce dite zarlinienne (5/4), on énonce une proposition qui, sans doute, peut étre considérée comme
vraie en considération du résultat prédominant.
Mais par omission d’une réalité secondaire qui reste
extrêmement importante (intervention manifeste du
L'ensemble de tous ces résultats peut se résumer
schématiquement par les trois graphiques qui suivent
rapport pythagoricien), on fausse, au total la réalité
(Fig. 2).
barrassant).
(et bénéficie de la suppression d'un problème em-
Remarques:
®
5/4
19/8)?
976
1020
a) Ces conclusions s’appliquent, non pas seulement aux expériences précédentes, mais à l’ensemble
de celles-ci et des expériences antérieures. En effet,
sans doute le résultat des expériences précédentes
contredit-il à la fois (füt-ce à un inégal degré) Paffirmation zarlinienne et l'affirmation pythagoricienne, prises séparément. Cependant, ce résultat s'accorde avec l’ensemble des affirmations d’ordre ex11 D'une part selon les sujets; d'autre part pour un
même sujet, selon les circonstances: d'un moment à
un autre, selon l'état d'esprit, selon les intervalles
entendus dans les instants immédiatement antérieurs.
Pa?
E
è
12 A moins de supposer que le rapport 5/4 ne l'a
È
5%
19/84
emporté qu'en raison de la consonance acoustique, c'est
a dire: que dans l'ensemble les sujets ont mal répondu
à l'interrogation voulue (visant la consonance musicale), et que, par conséquent, l'expérience n'est qu'à
moitié significative: valable pour les réponses (9/8)°,
non valable pour les réponses 5/4. Mais cette supposition n'est pas possible. Des sujets musiciens, mème
sensibles à la consonance acoustique et perturbés par
elle, n'auraient pu choisir ni accepter 5/4, si 5/4 était
musicalement faux. Ce qu'on peut admettre au plus,
c'est une influence secondaire et contingeante de la
5/4
19/6)"
Intervalle —
Fig. 2. Premières expériences sur la tierce de sons
simultanés sans contexte.
(a) ou (b): cas général
(c): moins fréquent
ensemble des trois cas: 5/4 l'emporte, mais
(9/8) intervient dans les trois cas.
consonance
acoustique
(c'est
à
dire,
pour certaines
réponses, la coincidence des deux facteurs et le renforcement de l'un par l'autre), non que la consonance
acoustique ait été déterminante, uniquement ni principalement. (Ceci est nettement confirmé par la reprise
de l'expérience [10], qui montre que sauf exception
les sujets non musiciens répondent en fonction de la
consonance acoustique, les musiciens en fonction de la
consonance musicale.)
Pagina 9
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)Vol. 27 (1972)
périmental, et contradictoires, sur lesquelles ces conceptions prétendaient se fonder. Mème sans considérer les nouvelles expériences, on est bien obligé de
conclure, soit que zarliniens comme pythagoriciens
n'avaient fait que des expériences fragmentaires,
soit qu’ils ne retenaient, des données de fait, que la
part conforme à leurs conceptions.
b) Le résultat confirme — si besoin était — que
la conception selon laquelle il existerait deux tierces,
l'une dite «harmonique» ou de sons simultanés, à
savoir la tierce 5/4, l’autre dite «mélodique» ou de
sons successifs, la tierce pythagoricienne, n’est pas
soutenable. S'il en était ainsi, la valeur pylhagoricienne ne serait pas intervenue dans des expériences
qui portaient toutes sur des lierces de sons simultanés.
Discussion: Bien que n'infirmant en rien les conceptions initialement exposées, le résultat de ces
premières expériences était surprenant à plus d’un
343
fausse que 5/4 — 26. Or, comme on l'a vu dans
l'énoncé des résultats, ce ne fut nullement le cas.
Problème. Oublions un instant les conceptions
exposées au début, pour nous replacer dans le seul
cadre des conceptions généralement admises.
Les bases scientifiques de l’esthétique musicale
résident dans les données numériques acoustiques
des rapports de fréquences des intervalles, éléments
Jondamentaux sur quoi se bátissent toute l'harmonie
et mélodie musicales. Ces rapports, peut-on dire en
un sens, sont bien connus, et même familiers depuis longtemps. Mais que signifie cette connaissance
scientifique, n'est-elle pas embryonnaire seulement
et bien décevante — voire irrilante — si, en présence de toutes les données en cause et en n’en
omettant aucune, on se trouve devant un problème
apparemment insoluble?
Donnons-en en effet, maintenant, l'énoncé progressif, à partir des conceptions traditionnelles des
musicologues (ce qui sera la meilleure manière de
titre.
Comme il a été expliqué, elles n'avaient guère été
récapituler).
entreprises que par esprit de méthode préalablement
aux suivantes, et il n’en était attendu rien de plus
Le zarlinien dit: la tierce exacte est la tierce 5/4.
Le pythagoricien dit qu’elle vaut (9/8)*. Le musiqu'une confirmation du rapport 5/4, qu'on pouvait
cologue plus prudent dira: il semble que les deux
croire depuis longtemps établi par les expérimentateurs antérieurs, tout au moins pour la tierce de sons
tierces interviennent. Mais on lui demandera aussiThéorie psycharithmétique mise à part, la seule
simultanés.
Cela mis à part, certes, en désaccord avec les conceptions traditionnelles, la théorie psycharithmétique
admet l’existence, non pas de deux tierces majeures
(le fait est que, musicalement, il n’en existe qu'une),
mais de deux fonctions en principe possibles de la
tierce,
pouvant
5x2" et
tot: où el comment?
se
définir
par
les
psycharithmes
312" (ou un enchaînement de quatre
psycharithmes 321
2%), et correspondant aux rapréponse qui ait été proposée, tierce dite «harmonique» et tierce dite «mélodique», n’est pas soutenable, ni devant l'expérience musicale directe (identité musicale absolue, à la seule simultancité pres,
entre une tierce de sons simultanés et la même
lierce en sons successifs), ni, peul-on maintenant
ajouter, après l'expérience sus-décrite.
De l'ensemble des expériences antérieures, dont
de tout contexte déterminant, on pouvait penser que
les conclusions sans doute pouvaient paraître assez
confuses, complétées et précisées par celle qui vient
le premier psycharithme (moins «complexe» au sens
d'être décrite — car son résultat, en dépit du caracports zarlinien el pythagoricien. Mais en l'absence
de la théorie psycharithmétique) l'emporterait, et que
par conséquent le rapport pythagoricien ne se manifesterail pas.
Devant
le
résultat
expérimental contraire,
une
première idée, évidemment, était de penser que la
différence de complexité n'empéchait pas l'attitude
mentale correspondant au deuxième psycharithme,
et qu'on trouvait déjà là, dans le simple intervalle
de tierce sans contexte, une confirmation des conceptions exposées. Mais à la réflexion, il est vite
apparu
que
cette
explication
v'était
qu'à
moitié
tere éminemment variable et nuancé des réponses,
est nel et il a été donné complet — il ressort que les
deux valeurs interviennent dans l'intervalle de sons
simultanés. Ce résultat, sans doute, confirme la
théorie psycharithmétique, qui précisément prévoyait
deux fonctions harmoniques numériquement correspondantes.
A ce moment, on pourrait s'estimer satisfail, si,
d'une part, on pouvait se croire dispensé d’expliquer le détail des courbes relevées, et si, d'autre
4 La proximité des deux valeurs ne peut pas être
satisfaisante. En effet, si elle avait été suffisante, on
invoquée en réponse, car, en règle générale, les interaurait di trouver une petite zone de fausseté plus
valles musicaux voisins different autant ou plus que les
intervalles éloignés. Lorsqu'on va, par exemple, de Ja
franche entre 5/4 et (9/8)*". Par exemple, la valeur 5/4 plus 20 (distante de 20 de 5/4 et de 30
de (9/8)*) eût du apparaître à peu près aussi
quinte juste à
la
sixte
mineure,
on
passe par des
valeurs jugées carrément fausses, et inacceptables 11138
bien comme quinte que comme sixte.
Pagina 10
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)part, l’on oubliait qu’avant toute donnée d’expérience
provoquée, il existe des données d'observation
directe, fournies par la musique elle-même, et qui
en tant que telles restent par définition absolument
essentielles.
Les deux valeurs, disions-nous, interviennent, et
ceci paraît bien conforme à la théorie psycharithmétique. Mais cela ne résoud pas tout, car un musicien pourrait répondre: je ne me soucie de tierce
zarlinienne ni pythagoricienne, non plus que de ce
que prévoit n’imporle quelle théorie, car je sais bien
que, musicalement, il n’existe qu’une seule et unique
tierce majeure !4, et aucune expérience ni conception
ne saurait changer cette réalité musicale première.
On voit maintenant assez clairement le problème,
et aussi son caractère rigoureusement insoluble avec
les conceptions ordinaires.
S'il n'existe qu'une tierce, comment se fait-il que,
en expérience provoquée, on discerne si bien les
deux? Au surplus, si on les discerne, comment se
fait-il que la variation de justesse, de l’une à l’autre,
soit relativement faible et continue; pourquoi ne
trouve-t-on pas de séparation franche de fausseté?
Et l’on pourrait encore demander: pourquoi au
juste la tierce 5/4 l’emporte-t-elle, et si elle Pemporte, pourquoi n'est-ce pas de façon absolue 15?
Quant à la théorie psycharithmétique, elle peut
d’abord sembler, en expérience non provoquée, infirmée plutôt — sinon contredite — par l'existence
d’une tierce musicalement unique, confirmée par le
fait qu'on peut cependant discerner, en analyse
musicale, deux fonctions du même intervalle selon
le
contexte;
en
expérience
provoquée,
elle
peut
sembler confirmée par le résultat principal (intervention des deux rapports), infirmée par les détails (allure des courbes de justesse).
En un mot, comment concilier toutes ces données
d'expérience musicale directe et d'expérience provoquée, que ce soil avec ou sans la théorie psycharithmétique
?
ACUSTICA
Vol. 27 (1972)
On congoit difficilement que la réponse puisse se
trouver ailleurs que dans la conjonction: théorie
psycharithmétique, notion d’identification par tolérance, et bien entendu discernement entre consonance acoustique et consonance musicale. On voit
aussi que cette réponse, tout en devant étre très
voisine de ce qui a été exposé en deuxième partie
(Section 2.2), ne peut pas lui étre simplement et
absolument conforme (puisqu’on pouvait penser que
sauf contexte particulier, il n’y avait aucune raison
pour que le rapport (9/8)? intervienne).
Mais il serait prématuré de vouloir dès maintenant donner celle réponse; il convient d'exposer
d’abord la suite des expériences. C'est ce qui sera
fait dans un prochain article d’Acustica. Celui-ci
comprendra donc: fin expérience n° 1 (tierce sons
sim. sans contexte), conclusion expérience n° 1; expériences n°* 2, 3 et 4 (renversement sixte mineure
sons sim., tierce et sixte sons succ.); conclusion
générale sur le groupe des expériences n 1 à 4,
(Recu le 7 avril 1972.)
Bibliographie
[1] Tanner, R., Le phénomène d'identification par
tolérance; le préjugé de la gamme juste. Acustica
25 [1971], 158.
[2] Tanner, R., Le sonométre instrumental. Acustica
21 [1969], 246.
[3] Tanner, R., Le problème des rapports simples —
Notion de psycharithme, in colloque intern. CNRS
n° LXXXIV:
«Acoustique Musicale». Edt.
CNRS, Paris 1959, p. 83.
[4] Tanner, R., La différenciation qualitative des
psycharithmes et des intervalles musicaux, n°
spéc. Revue Musicale. Richard-Masse, Paris
1972.
[5] TANNER, R., Critique de la théorie de «la résonance», in colloque intern. CNRS «La Résonance
dans les Echelles Musicales». Edt. CNRS, Paris
1963, p. 63.
4 Dans des systèmes plus subdivisés que le nôtre,
les deux tierces pourraient être musicalement distinctes,
Mais le problème, tout en se posant autrement, ne
[6] Tanner, R., Le rôle de la fusion dans l’appreciation de justesse des accords, in coll. [3], y.
serait que déplacé.
[7] Francés, R., La perception de la musique. Vriv.
Paris 1958, p. 53.
[8] Van Essroeck, G., et MONTFORT, F., Qu'est-ce
13 Comme il a été dit déjà, on ne saurait invoquer
ici la consonance acoustique ou le phénomène de fusion.
Mais même sur cette seule question de préférence, ce
phénomène ne constitue pas une explication valable,
ne serait-ce que parce que la fusion de la tierce pythagoricienne est pratiquement nulle, alors que celle de la
tierce 5/4 est June des plus grandes. Dans ces conditions, si Ja fusion était la cause cherchée, la tierce 5/4
ne devrait pas seulement ¿tre préférée, mais la seule
acceptée, car l'autre exclue comme très franchement
fausse.
49,
que jouer juste? Lumière, Bruxelles 1946, p. 97.
[9] Barxkecuut, M., L'évolution de la gamme dans la
musique orientale, in coll. [3], p. 39; Les échelles régulières du cycle des quintes et leurs déformations occasionnelles dans les cadres non pentatoniques, in coll. [5], p. 173.
Expérience DUSSAUT, R.: v. intervention R. DusSAUT in coll. [3], p. 74; v. même expérience reprise in coll. [5], p. 91.
Pagina 11
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)(Pythagore ou Zarlino)
La solution psycharithmétique et experimentale
par R. TANNER
Centre de Recherches Physique, Marseille
Sommaire
Le débat sur la valeur «juste» de la tierce, 5/4 ou (9/8)*, date de l'Antiquité. La théorie
psycharithmétique lui a apporté une solution, déduite des données de l'expérience musicale
directe. Des expériences ont été entreprises au sonomètre instrumental, pour en confronter
les résultats avec les conclusions déjà tirées de l'expérience non provoquée. Les premiers
de ces résultats ont été communiqués dans un article précédent [1]; dans la deuxième
section qui suit du même exposé, on trouvera la suite des expériences, leurs résultats et les
conclusions qui s'en dégagent. Tout en confirmant les idées initialement exposées, elles ont
apporté un enseignement nouveau sur la généralité du phénomène d'identification par
tolérance.
Das Problem der ,,zwei Terzen“ (Pythagoras oder Zarlino)
Die psycharithmetische und die experimentelle Lösung. II.
Zusammenfassung
Die Debatte um den “wahren” Wert der Terz, 5/4 oder (9/8)*, begann bereits in der
Antike. Die psycharithmetische Theorie hat zu einer Lösung geführt, die auf der Grundlage der direkten musikalischen Erfahrung beruht. Es wurden Experimente mit einem
instrumentellen Schallmesser durchgeführt, um die Ergebnisse den Schlüssen gegenüberzustellen, die schon aus der reinen Erfahrung gezogen werden. Der erste Teil dieser Resultate wurde bereits in einem früheren Artikel veröffentlicht [1]; im zweiten Abschnitt, der
daran anknüpft, findet man die Folge von Experimenten, deren Resultate und die Schlüsse,
die sich daraus herleiten. Obwohl insgesamt die anfänglichen Vorstellungen bestätigt wurden, ergeben sich daraus neue Aufschlüsse über grundsätzliche Fragen der Erscheinung der
Identifizierung über Toleranz.
The Problem of the “Two Thirds” (Pythagoras or Zarlino).
The Psycharithmetic and Experimental Solution. II
Summary
The detate on the “true” value of the third, 5/4 or (9/8)*, dates from antiquity. Psycharithmetical theory nas brought a solution for it deduced frum data of direct musical experiments. These have been undertaken with an instrumental sonometer in order to compare
the results with the conclusions already drawn from casual observations. The first of these
results have been communicated in the preceding article [1]. In this second paper which
follows the same theme, a succession of experiments, their results and the conclusions are
discussed. In confirming the ideas initially set forth they have brought a new viewpoint on
a generality of the phenomenon of identification by tolerance.
3.3.1. Nouveau type d’expérience sans
contexte (ld)
Après le résultat des premières expériences (1 a à
lc, [1]), l'intérêt s'est évidemment fixé sur et
autour des valeurs 5/4 et (9/8)?. L'expérience suivante a alors été montée:
— enregistrement sur bande magnétique d'une suite
arbitraire et irrégulière de 40 tierces, de valeurs comprises entre 5/4 — 5 et (9/8)° +5 0,
— chaque valeur donnée sous forme de trois tierces
consécutives, assez brèves,
— petites variations (de 1 à 20), fréquentes dans
l'expérience, autour des valeurs 5/4 et (9/8)°;
autres valeurs données plus rarement,
— question posée: pour chaque valeur, répondre
simplement par «bon», «mauvais», plus, éventuellement, les jugements atténués «assez bon»,
«peu mauvais».
(Cotation arbitraire:
«mauvais»: 0; «peu mauvais»: 1; «assez bon»: 2;
Le résultat de cette expérience a été décevant.
D'une part, il est apparu que la finesse de l’expé-
Pagina 12
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)Vela dem
rience, autour des valeurs 5/4 et (9/8)?, dépassait la
-- valeurs produites dans Pexpérience: toutes les
précision des sujets. D’autre part, la négligence relative, au profit de ces valeurs, des valeurs plus
écartées, avait été excessive: malgré des réponses
plus nettes pour ces valeurs, il s’avérait que celles-ci
avaient été produites un trop petit nombre de fois
valeurs comprises, de 2 en 2 0, entre (5/4) —66
et (5/4) +20, et (9/8)°—20 et (9/8)?+60
(entre (5/4) +26 et (9/8)?
— 2 o, l'écart est de
dans Pexpérience.
Toutefois, en interpolant beaucoup, cette expérience a donné une courbe moyenne de «préférence» légèrement ascendante de 5/4 a (9/8)?+
1 6, avec chute de justesse avant et après. L'écart de
lo pouvant s’interpréter comme une erreur d’expérience, on peut estimer que cette expérience confirmait, de façon floue, le résultat général des toutes
premières (Fig. 3).
|
|
1,140)
— chaque valeur apparaissant cing fois dans
l'expérience
— chaque valeur donnée sous la forme (Fig. 4):
J 100
Fig. 4. Forme de l’expérience.
—
expérience faite deux fois par la plupart des
sujets.
]
'
— 10 =—
È
=
1
=
||
=
|
t
|
|
t
|
|
|
|
I
|
|
|
|
|{
|
|
|
|
s/t
(9/81?
|
|
5/4
19/81
@)
|
|
Intervalle ———
|
Fig. g 3. Nouveau yp type d’expérience
|
|
(essai).
La légére préséance de (9/8)? sur 5/4 ne pouvait
guére étre considérée comme significative. Cependant,
elle était intéressante à relever en ce qu’elle laissait
|
|
|
i
i
3
5 Ik
19/81
2|©
—
supposer que la préséance contraire, relevée dans
les expériences 1a à 1c, ne l’était probablement pas
|
AT TS
N
|
N
|
|
|
davantage, d'autant moins que, dans ces expériences
|
|
!
L
mêmes, ce n’était qu'un résultat d'ensemble, avec
5/4
(9/8?
I
|
aussi préséance de
(9/8)? dans certain cas. On
©)
pouvait même se demander si, dans les premières
expériences, la préséance de 5/4 ne venait pas de
Pin
|
conditions particulières qui les auraient un peu faussées, à savoir: parce que le résultat attendu était 5/4,
la marge des valeurs offertes à l’audition avait été
également répartie de part et d’autre de 5/4, et cela
pouvait avoir un peu favorisé 5/4 au détriment de
L’expérience 1 d a surtout servi á apprendre comet réaliser
les
expériences,
pour
pouvoir tirer des sujets des réponses plus nettes.
3.3.2. Expérience le
Une expérience similaire á la précédente a été
montée, avec modifications suivantes:
—
|
|
|
y
L
5/4
19/84
|
Intervalle —
=
Fig.5. (a), (b), (c) exemples de résultats individuels,
(a)
Réponse sans particularité marquée, d’un
bon sujet musicien.
(b) Sujet très musicien, doué d’une oreille
très fine, acousticien et mathématicien de
profession, que l’expérimentateur savait
porté à juger, conciemment, en fonction de
la «consonance acoustique» (fusion, battements).
(c) Sujet très musicien, ignorant tout de l’acou-
50 valeurs d'intervalles en succession irrégulière (durée de l’expérience: 20 minutes; ceci
constitue un maximum pour [attention des sujets)
|
(d) résultat brut moyen d’un groupe.
(9/8)?.
ment concevoir
|
(d)
stique, et s'étant toujours présenté comme
indifférent à tout ce qui peut être auditif
sans être spécifiquement musical.
Résultat moyen d’un groupe de sujets
ayant fait deux fois l'expérience.
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Les réponses ont été incomparablement plus net-
—-
tes. Elles Pont même été suffisamment pour faire
ressortir des différences personnelles entre les sujets,
nettement discernables d'une loi générale commune
Pouriénftéerveanlcemthaexoirmngume
(Fig. 5).
3.3.3. Dernier type d'expérience (1f)
Audition alternée des tierces 5/1 et (9/8), sous
des formes diverses (brèves ou longues, répétées ou
. Résultat général de l'expérience n° 1 (tierce de
sons sim. sans contexte).
Contrairement aux conceptions habituelles, il
n'est pas expérimentalement ressorti, en fait de
rapport théorique, une valeur précise et unique, mais toute une bande de fréquences. (Au
ment, la tierce 5/4 est annoncée «x»; la tierce
(9/8)? «y», de façon à ce que les sujets puissent les
distinguer tout en en ignorant la valeur. Question
posée: préférence entre x et y.
point de vue acuité auditive, des valeurs comprises entre 5/4 et (9/8)* sont parfaitement
Résultat: préférences de (9/8)° légèrement plus
discernées; mais musicalement, tout se passe
comme si ces valeurs se confondaient en une
seule.)
nombreuses.
(Remarque très intéressante: le sujet de la deuxième des quatre courbes ci-dessus a jugé les deux
3.4. Conclusions sur l'expérience n° 1
(Tierce de sons simultanés sans contexte)
3.4.1. Résultat général des expériences et conclusions principales
(en partie sous réserve des ex-
L
5/& = 19/8
Intervalle —
non, répétées en rythmes divers). A chaque changetierces également bonnes.)
347
— L'identification par tolérance des rapports théoriques 5/4 et (9/8)? n'est pas un phénomène
circonstanciel seulement, déterminé par un contexte particulier; il s'agit d'un phénomène gé:
néral, se produisant même sans contexte.
— Les fonctions psycharithmétiques correspondant
aux rapports théoriques musicalement confonpériences ultérieures: sons sucdus (5/4 et (9/8)?), soit les fonctions 5x2" et
cessifs, renversement de sixte)
34x 2” (ou enchainement de quatre fonctions
37) x 2”), restent cependant ou peuvent a priori
Il est net que la conclusion générale de l’ensemble
de toutes ces expériences doit s'exprimer par le graphique suivant, à la fois très simple, mais d'une
signification — ou disons plutôt implication —
assez complexe !.
Cette implication, avec les précisions qui s'y
annexent, est la suivante:
— tierces 5/4 et (9/8)? également justes musicalement, ainsi que valeurs intermédiaires;
— tierces 5/4 et (9/8)? parfaitement discernées
auditivement;
— tierces 5/4 et (9/8)? non discernées musicalement.
(Il n’existe pas, en musique, deux tierces majeures, l'une zarlinienne et l’autre pythagoricienne, mais une seule. Tout se passe, musicalement, comme si la bande objective comprise
entre 5/4 et (9/8)? était réduite à zéro, soit
comme si on avait: 5/4 = (9/8)? — ce qui est
vrai dans la marge de tolérance du mi quelle que
soit sa fonction harmonique.)
* Les deux parties en pente, dans la courbe de
justesse, au lieu d'être droites, pourraient être plus ou
moins concaves ou convexes — détail d'ailleurs de peu
d'intérêt, et qui dépend de la cotation arbitraire des
réponses; par contre, la partie médiane s'entend bien:
droite et parallèle à l'axe des abscisses.
rester distinctes.
(Elles le peuvent suivant le processus général
décrit du phénomène d'identification par tolérance: en étant remplies par un intervalle musicalement conçu ou perçu comme unique (conformément à ce qui précède), de la même manière que les fonctions octave de tonique (1x2)
et quinte de sous- dominante (37? x 3 x 2), quoique distinctes, sont remplies par le méme intervalle d’octave — sans intervention cette fois
de la tolérance, ni, par celle-ci, identification de
deux intervalles théoriques différents en un
seul.)
_ Toutefois, l'existence réelle d'un psycharithme
31 2", dans notre pratique musicale, reste douteuse.
C'est, en effet, ce qui ressortira de la discussion qui
suit.
l’enseignede
3.4.2. Interprétation
ment nouveau apporté par les
expériences: la généralité du
phénomène d’identification par
tolérance
Par rapport aux conceptions exposées dans les
première et deuxième parties [1] l'intervention
Pagina 14
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)même sans contexte du phénomène d'identification
par tolérance — soit l'intervention généralisée du
phénomène — constitue l'apport proprement positif
des expériences, signalé tout au début. (Pour le
reste de ces conceplions, elles n’ont fait que les
vérifier entièrement; nous y reviendrons en dernier
lieu.) Ce résultat émergeant sollicite donc tout spécialement d’être discuté, et si possible expliqué.
Deux hypothèses — face à ce résultat — sont
possibles en ce qui concerne le ou les psycharithmes
intervenant dans la perception musicale de l’intervalle sans contexte:
1) Entre Put et le mi (dont la fréquence théorique est à la fois 5/4 et (9/8)? par identification par
tolérance), les deux relations psycharithmétiques
(5 x 2" et 34x 2") s’établissent à la fois.
2) Entre les mémes notes (et malgré cette méme
fréquence théorique double du mi) seule s’établit la
relation psycharithmétique la moins complexe, c’est
a dire 5 x 2”.
La premiére hypothése, par son allure plus simple
ou plus homogène, peut paraître d'abord la plus
séduisante. Elle bénéficie aussi de cette objection
qu’on pourrait faire à la seconde: pourquoi — dans
cette seconde hypothèse — aurait-on trouvé expérimentalement, comme fréquence théorique du mi, la
bande de fréquence 5/4 à (9/8)?, et non pas tout
simplement 5/4? Cependant, la première hypothèse
n'est guère plausible pour les raisons suivantes:
a) Du moment qu’un psycharithme suffit pour
qu’il y ait perception musicale, on ne voit pas pourquoi — sans cause vraiment déterminante — il s’en
produirait deux simultanément.
b) Tout intervalle se prête en principe à plusieurs
psycharithmes. Mais lorsqu'on fait entendre par
exeraple une octave sans contexte, il serait manifestement fantaisiste de soutenir quese produisent
alors les deux psycharithmes 1 x 2 et 371% 3 x 2. Le
psycharithme 371% 3x2” n'intervient qu’en présence d’une sous-dominante dans le contexte.
Vul. 27 (1972)
de la deuxième fréquence théorique (9/8)°. Que
conclure et d'abord comment poursuivre?
Ici se place une remarque essentielle.
Le dilemme des deux hypothèses (par lequel on
aboutit finalement à pencher plutôt pour la seconde)
est imposé par le résultat expérimental; les conclusions évidemment eussent pu être autres si le résultat avait été autre. À première vue, cette supposition
peut paraître dénuée de sens, car un résultat expérimental est ce qu'il est. Cependant, si l’on tient
compte de la généralité d'application de la théorie
psycharithmétique (suffisante, par exemple, pour avoir
permis l’explication d’un systeme musical datant
de vingt siècles, celui de l’Antiquité Grecque [2]),
et, face à cette généralité, de la particularité des
sujets utilisés pour les expériences, la supposition
acquiert une signification et même une signification
importante. Les sujets, en effet, étaient particuliers
en ce sens que c’élaient tous des musiciens, et appartenant à une longue culture musicale, la nótre?. A
partir de cette remarque, on peut penser que des
sujets musicalement vierges — mais déja capables
de perception musicale — n’auraient peut-être pas
fait apparaître le rapport (9/8)? dans le résultat expérimental *. Les expériences,
certes, ne comportaient aucun contexte rendant nécessaire l’identification par tolérance des deux rapports théoriques;
mais en s’y prétant, les sujets cultivés apportaient
avec eux toute leur expérience musicale passée.
Celle-ci leur avait longuement appris cette identification (probablement, à l’origine, par des séquences du type de celle analysée dans la deuxième partie ([1], 2.2). Cette identification assimilée et
définitivement assimilée, on conçoit qu’elle ait continué à se produire même Jè où elle n’était pas nécessaire (c'est à dire dans les expériences sur l’intervalle isolé). En un mot, on pourrait presque dire
que ces expériences, soi-disant sans contexte, en
comportaient un, ou du moins un contexte général:
c) Ceci répond ou répond en partie à Pobjection * Du point de vue expérimental, il y a là un dilemme dont on ne peut pas sortir: ou l’on emploie des
à la deuxième hypothèse: celle-ci suppose que les
sujets non musiciens, mais alors, ou ils sont incapables
choses se passent de la même manière pour la tierce,
de répondre, ou Von en tire des réponses qui ne sont
à l'intervention près de l'identification par tolérance
pas celles qu'on leur demande (consonance acoustides fréquences théoriques.
que), ou des réponses d’une incohérence telle qu'on ne
Ainsi, la première hypothèse (deux psycharithmes) fournit automatiquement une explication du
résultat expérimental de l'intervention des deux
fréquences théoriques; mais elle est difficilement
admissible. La deuxième hypothèse (un seul psycharithme: 5 x 2”) est en soi nettement plus plausible
(considérations a et b), et d’abord admissible (considération c). Mais, par elle-même, elle laisse sans
explication l'intervention, sans contexte déterminant,
peut rien en tirer; ou l'on emploie des sujets musiciens, mais alors on est bien obligé de les accepter tels
qu'ils sont: avec leur culture acquise.
3 Cf. note précédente: Il faut remarquer que des
sujets musicalement vierges mais capables de perception musicale sont pratiquement déjà une fiction, car
précisément, la capacité de perception musicale ne
s'acquiert et ne se développe qu'avec la culture musicale.
4 Peut-être eüt-ce été le cas de sujets de l’époque
préclassique (celle qui a précédé le tempérament égal).
Pagina 15
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celui de toute la musique antérieurement entendue
par les sujets, et enregistré dans leur mémoire.
Peut-étre n’est-ce qu’avec les considérations précédentes que l’objection à la deuxième hypothèse
peut être considérée comme parfaitement réfutée:
pour expliquer l'intervention des deux rapports dans
le résultat expérimental, il n’est pas nécessaire d’invoquer l'intervention de deux psycharithmes; la
provenance du deuxième rapport réside quasi-certainement dans le «contexte» culturel.
3.4.3.1. Justification
349
expérimentale directe de la
distinction des deux sortes de «consonance»
On a vu, par différents exposés déjà cités, la
nécessité d'une distinction ct d'une distinction fondamentale, entre ce qui a été appelé — a défaut de
meilleures étiquettes — la «consonance acoustique»
(fusion, battements, perception de timbres a valeur
esthétique) ct la «consonance musicale» (consonance liée aux rapports de fréquence, mais indépendante des critéres de la premiére). Cette démonstra-
Si, d’après ce qui précède, l'existence effective
tion, peut-on estimer, se suffisait à elle-méme. Cepend'un psycharithme 31x 2", dans le réel de notre pratidant, elle se fondait sur des raisonnements dans
que musicale, semble plutôt à rejeter”, ce qui reste
certain, rappelons-le, c’est l'existence de sommations
l’ensemble assez abstraits et indirects.
Le résultat qui vient d’être exposé apporte la
de psycharithmes 3*! x 2" au nombre de quatre (par
justification peut-être la plus directe — bien qu’au
mouvements harmoniques successifs de fondamentale à fondamentale, comme exposé dans la deufond superflue — de la distinction entre les deux
xième partie), assimilés par identification par toléque», pour le rapport 5/4, est incomparablement
supérieure à celle du rapport (9/8)?. Si la «consorance, dans leur aboutissement, à un psycharithme
u
y
Il faut noter que les conclusions exposées jusqu'ici sur l’expérience n° 1, ou une partie d’entre
elles, ne peuvent s'entendre d’une validité et portée
tout à fait générale que sous réserve d’être confirmées par des expériences analogues, portant sur
l'intervalle de sons successifs et le renversement de
sixte. (C'est ce qui sera vérifié plus loin.)
«consonances». En effet, la «consonance acoustinance musicale» s'identifiait simplement à la «consonance acoustique», on n’aurait pu trouver expérimentalement, pour le rapport (9/8)*, une «préférence» égale — ni même à peu près égale — à celle
relevée pour le rapport 5/4.
|
La nécessité de distinguer deux sortes de «consonances» est donc expérimentalement indiscutable,
3.4.3.2. Démonstration expérimentale la plus directe
de ce que la «consonance acoustique» n’est
3.4.3. Conclusions générales annexes
Bien qu’elles n'aient pas constitué le but proprement dit des expériences, d’autres conclusions s’en
dégagent, Elles sont importantes parce qu’elles sont
d'ordre très général et concernent la question capitale de la consonance. (Cette seconde sorte de conclusions peut, cette fois, s'énoncer sans aucune réserve.)
5 On trouve dans la musique moderne, depuis l’époque de Debussy, des accords de quintes superposées
(ou renversements) du type ut-sol-ré-la-mi, qui pourraient être par ailleurs invoqués à l'appui de son
existence. En discuter à fond nous entrainerait trop
loin. Bornons-nous à une série de remarques. Un accord est fait de notes, chaque note ou son est décomposable en harmoniques ou en partiels. En jouant avec
les notes, on compose des accords différents; en jouant
avec les harmoniques on joue sur le timbre. Il n’est pas
impossible de faire interpénétrer les deux jeux, c’est à
dire qu'on peut obtenir, par certains assemblages de
notes, des effets de timbre. Dans ce cas, on peut soutenir que certaines notes, dans un accord, jouent le
rôle non de notes, mais d’harmoniques ou de partiels
(comme dans une cloche, ou comme dans un instrument
à timbre riche). Les modernes ont de plus en plus
recherché les effets de timbre. Sous sa forme la plus
pure (classiques), la musique a toujours négligé le
timbre.
pas à la base des intervalles, des accords,
de leur «consonance» véritablement musicale ni de l'harmonie en général
Cette seconde conclusion n’est qu’un corrollaire
de la précédente.
En effet, dans les conceptions exposées, la «consonance acoustique» se définit suivant les conceptions physiques traditionnelles (erronées) de la consonance tout court, c’est à dire: comme essentiellement liée aux rapports entre harmoniques ou entre
‘partiels, et indirectement liée — par voie de conséquence
—
aux rapports entre fréquences (ceux-ci
déterminant automatiquement et mathématiquement
des rapports entre harmoniques); la «consonance
musicale», elle, est définie comme seulement liée
aux rapports de fréquence des intervalles. Si (comme
l'expérience le prouve) la «consonance acoustique»
se rencontre ailleurs qu’en musique, s’il existe en
musique une autre «consonance», loujours présente
et indépendante de la première, c'est que la véritable consonance, en musique, n’est pas la première,
et qu'elle est la seconde (d’où la justification de son
appellation plus restrictive: «consonance musicale»).
Ce qui précède
expériences
à
cel
—
c’est à dire le résultat des
égard
peut
être considéré
Pagina 16
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)comme une justification supplémentaire® de la
théorie psycharithmétique. En effet, d’une facon générale quoique sous des aspects plus ou moins différents, toutes les théories antérieures ont tenté d’expliquer la musique par la consonance acoustique.
Ce faisant, elles passaient à côté du problème et ne
présentaient donc qu'une apparence scientifique.
(Car l'emploi de notions scientifiques ne constitue
nullement le critère de la science. Celui-ci ne réside
véritablement que dans la rigueur des raisonnements
et l'adéquation aux données de l'expérience.) La
théorie psycharithmetique, en s’attachant à expliquer les propriétés de l'intervalle ou du rapport de
fréquence abstraction faite du timbre, de la fusion,
etc. («explications» séduisantes mais au départ et
par définition de la musique forcément fausses), a
bien pris pour objet la véritable consonance musicale, telle qu’elle se pose expérimentalement; et c’est
bien de cette consonance, ainsi que des formes et
lois musicales qui se bâtissent sur l'élément de base
intervalle, qu’elle rend compte dans ses développe-
L’equivalent
Passons maintenant aux expériences sur le renversement de sixte et les intervalles de sons successifs, c’est à dire au complément nécessaire pour
pouvoir confirmer et généraliser — ou au contraire
infirmer — ce qui pouvait rester de provisoire dans
les conclusions exposées pour la tierce de sons simultanés.
3.5. Expérience n° 2: Sixte mineure de sons simultanés sans contexte
La fonction harmonique — telle du moins qu'elle
se conçoit dans la théorie psycharithmétique — est
indépendante, non seulement de la simultanéité ou
succession des deux notes composant l’intervalle (v.
plus loin expériences n°* 3 et 4 complétant 1 et 2),
ainsi que de la fusion des harmoniques au sens de
SrumPF-HELMHOLTZ, mais aussi et avant tout de la
situation d’octave de la note référée relativement à
la note de référence (fondamentale dans l'accord,
tonique dans le morceau). Une premiére chose a
vérifier, après l'expérience n° 1 (intervalle ut-mi de
sons simultanés), était qu’en faisant des expériences
similaires sur le renversement de sixte mineure
(intervalle mi-ut de sons simultanés), on aboutissait
à des résultats analogues.
6 «Supplémentaire» en ce sens qu'il ne s’agit que
d'une justification accessoire par l'absurde, et dont la
théorie psycharithmétique eüt pu fort bien se passer:
celle-ci se fonde avant tout sur des considérations expérimentales musicalement positives en même temps
que générales, et elle se vérifie par la confrontation de
ses conséquences a priori avec les données musicales de
des
Vol. 27 (1972)
expériences
n°]
a
donc été
repris pour le renversement de sixte (sauf que les
enseignements des premières ont permis de supprimer certains tátonnements ou variantes inutiles,
et ainsi progresser plus vite).
3.5.1. Expérience 2e
— Une suite arbitraire de cinquante sixtes, de valeurs comprises entre 8/5 + 66 et 27/3? G 0, est
offerte à l'audition des sujets. Les variations de
la suite sont exactement parallèles à celles de la
suite de tierces de Pexpérience le. Les valeurs
utilisées s’écartent donc de deux en deux savarts
(sauf entre 8/5—26 et
2*/3*+126), chaque
valeur apparaît cing fois dans l'expérience.
— Forme pour chaque valeur (Fig.7): la même,
d=100
ments.
fait.
ACUSTICA
R. TANNER: LE PROBLEME DES “DEUX TIERCES” II
350
Fig. 7. Forme de l’expérience.
en sixtes, que celle de l’expérience 1 e.
— Méme question posée: répondre chaque fois par
«bon» (cotation 3), «mauvais» (0), éventuellement
«assez bon»
(2),
«peu mauvais»
(1).
(L'expérience a été faite deux fois, avec les
mémes sujets sélectionnés. Ceux-ci étaient aussi
en majeure partie les mêmes que ceux de P'expérience analogue 1 e pour Ja tierce.)
Résultat général de l'expérience 2 e (Fig. 8) :
!
I
I
n
I
I
È
7
|
Prefer |
Ss
|
|
!
+56 +
+2
B/S -2 +2 279" -2
Intervalle ——+
-£
-i¢
Fig. 8. Sixte mineure sons simultanés (sans contexte).
Pointillé: résultat brut,
trait plain: résultat significatif 7.
7 Tenu compte des conditions d'expériences et du
détail des réponses, la légère supériorité, dans le résultat brut, du rapport dit zarlinien (8/5), sur le rapport
dit pythagoricien (27/34), ne peut pas être considérée
comme significative (comme le confirme d’ailleurs le
résultat de l'expérience suivante 2 f, faite avec les
mêmes sujets). Le léger renflement de la courbe, vers
la valeur 8/5 — 2 0, n’est pas significatif non plus, ni la
légère concavité ou convexité de la courbe à l'extérieur
des valeurs 8/5 et 27/34, (Cette concavité ou convexité,
liée à la cotation des appréciations subjectives, n’intervient de toute façon pas dans l'interprétation du résultat.)
Pagina 17
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)Vol. 27 (1972)
8.5.2. Expérience 2f
351
3.6.1. Expérience 3e — Résultat (Fig.9)
— Audition alternée de sixtes 8/5 et 27/33, à Pinsu
de leurs valeurs par les sujets, sous diverses
formes
(sixtes brèves ou longues, répétées ou
non, etc.). A chaque changement, la sixte 8/5 est
annoncée «x»; la sixte 27/31 «y». Question
posée: préférence entre x et y.
|
Préférence
Ì
|
|
|
56 -h
-2
51 +2
-2 198% +2
Intervalle
Résultat de l'expérience 2 f:
Brut: le nombre des preferences pour 27/3? est
légèrement supérieur à celui des préférences pour
8/5.
Significatif: les deux sixtes sont également acceptées $,
dl
+66
——
Fig. 9. Tierce majeure sons successifs (sans contexte).
Pointillé: résultat brut,
trait plein: résultat significatif.
3.6.2. Expérience 3f — Résultat
Brut: nombre de préférences pour 5/4 légérement
supérieur à celui des préférences pour (9/8).
3.5.3. Résultat
général
de
l'Expérience n°2
Significatif: les deux tierces également bonnes.
Les résultats de l'expérience n° 3 sont donc bien
C'est celui de la courbe «en trapèze» ci-dessus,
qui déjà constituait le résultat significatif de l’expérience 2e.
Ce résultat général pour le renversement de site
conformes à ce qui avait été prévu.
3.7. Expérience n° 4: Sixte mineure de sons successifs (sans contexte)
(de sons simultanés) est donc le même que celui de
Variantes analogues (4 e et 4 f)
l'expérience n° 1 pour la tierce (de sons simultanés
Résultats: similaires (Fig.10).
également).
3.6. Expérience n° 3: Tierce majeure de sons successifs (sans contexte)
Les expériences n® ] et 2 infirmaient: la conception zarlinienne, la conception pythagoricienne, et
aussi la conception «raixte», selon laquelle le rapport zarlinien serait le rapport juste en sons simultanés, et le rapport pythagoricien le rapport juste
en sons successifs.
Plus précisément, elles infirmaient cette conception mixte dans sa première moilié. 11 restait donc
à prouver que le rapport (9/8)? (ou 27/31 pour la
Ì
Préf—érence
+66
|
|
|
|
'
+4
+2
8/5 -2 +2 DIX -2
Intervalle
Lo
-66
-
Fig. 10. Expérience 4e: sixte mineure sons successifs
(sans contexte).
3.8. Conclusions générales sur l’ensemble des expériences n°1 à 4 (tierce et renversement de
sixte, de sons simultanés ou successifs, sans
contexte)
sixte) n’était pas plus spécifique des sons successifs
que le rapport 5/4 (ou 8/5) ne l'était des sons simultanés. En termes plus généraux, si
—
suivant les
conceptions exposées plus haut — Ja fonction harmonique et par suite les rapports théoriques sont
indépendants de la simultanéité ou succession, on
devait vérifier que, en faisant sur Jes intervalles de
sons successifs des expériences analogues aux expériences 1 et 2, on obtient le même résultat, et non
un résultat différent. (Ces expériences ont élé limitées
aux analogues des variantes le, 1 f, 2e, 21, les plus
significatives et estimées suffisantes.)
Les résultats des expériences n°* 2, 3 et 4 sont
exactement ceux qui avaient été prévus a partir des
conceptions
initialement exposées, à savoir tout
simplement: aucune différence lorsqu’on passe des
sons simultanés aux sons successifs, ou lorsqu'on
passe de l'intervalle de tierce à son renversement.
En conséquence, les conclusions générales pour
l’ensemble des quatre expériences restent exactement
les mêmes que celles qui avaient été déjà tirées pour
la première, à ceci près qu'elles prennent un caractère absolu et généralisé, et que les réserves qui
avaient été faites peuvent être levées.
8 Dans l'expérience 2f, la légère supériorité des
préférences pour 27/31 est manifestement due au hasard.
Si on lui rapproche le résultat de l'expérience 2e (où
l'on constate le contraire), le caractère non significatif
de cette supériorité est confirmé.
En particulier, soulignons que beaucoup de musicologues — et non pas seulement pythagoriciens —
auraient pu s'attendre à ce que, dans les expériences
avec sons successifs (n% 3 et 4), ce soient les rap-
Pagina 18
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)ports (9/8)? et 27/34 qui l’emportent. Nous avons
bien vérifié que les rapports pythagoriciens n’étaient
pas plus spécifiques des intervalles de sons succes-
ACUSTICA
Vol. 27 (1972)
Tableau,
Groupe d’expériences sans contexte sur la tierce majeure, renversement sixte mineure, sons simultanés et successifs,
sifs, que les rapports zarliniens ne l’étaient des sons
Résultats:
simultanés.
Enfin rappelons et soulignons, pour terminer,
1)
Infirmations:
l'apport proprement positif de toutes ces expériences
— de la conception pythagoricienne,
— de la conception zarlinienne,
— de la conception mixte,
— de l’idée selon laquelle il existe une
(le seul qui n’ait pas été prévu) : l'identification par
tolérance n’est pas seulement un phénomène occa-
“gamme juste“, définie par un rapsionnel, déterminé par des conditions de contexte
constant pour l'intervalle ou la note de la gamme
port théorique fixe et unique pour
chaque note.
Fin controverse ,,pythagoriciens-zarliniens“, par démonstration expériconsidérée.
mentale directe: le débat reposait sur
musical particulier; c'est un phénomène général,
un problème mal posé, issu de l’idée
commune précédente.
Tel est donc, à proprement parler, le véritable
enseignement apporté par ces expériences. Elles ont
montré que les idées qui les ont précédées — issues
2)
Verifications:
de la théorie psycharithmétique et de la notion
— de l'existence des deux rapports
théoriques pour le même intervalle
(conformément à la théorie psycharithmétique),
d'identification par tolérance — étaient plus géné-
:
— de leur indépendance de la simultanéité ou succession,
ralement vraies qu’il n’avait été cru.
On trouvera, dans le Tableau suivant, l'essentiel de
— dela dualité consonance acoustique
toutes ces conclusions. Elles sont énoncées, non du
— du phénomène d'identification par
point de vue de la théorie psycharithmétique, mais
tolérance,
— de l’invalidité de la théorie
de la
fusion (vérif. complémentaire directe).
— consonance musicale,
du point de vue très général des conceptions ad- |
mises en musicologie, dont il importe en premier
lieu de faire ressortir le caractère erroné. Quant
3) Enseignement
aux psycharithmes qui interviennent, on pourra se
imprévu:
reporter à la discussion et aux conclusions déjà exposées pour la tierce de sons simulanés, et qui bien
entendu
sont généralisables
au
renversement
de
sixte el aux intervalles de sons successifs.
Caractére général, et non pas seulement circonstanciel, de l'intervention
du phénomène d'identification par
tolérance, dans la détermination de la
fréquence théorique d’une note de la
gamme.
(Sur la relation entre psycharithmes et
fréquences théoriques, v. texte principal)
Bibliographie
[1] TANNER, R., Acustica 27 [1972], 335.
[2] Tanner, R., La Musique Antique Grecque, expliquée par une conséquence de la théorie psycharithmétique. Richard-Masse, Paris 1961.
(Recu le 7 avril 1972.)