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Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)Garcia Quintela, M.V. Le livre d'Anaximander et la societe de Milet
Metis 1996 11 37-68 G3 Anaximander
Revue de l’histoire des religions 2002 219 131-139 C8 Thuri
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Pagina 2
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http://www.persee.fr
Marco V. García Quintela
Revue de l'histoire des religions, Année 2002, Volume 219, Numéro 2
p. 131 - 139
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II y a une profonde similitude entre le panthéon des cités grecques de Téos et d'Abdère, d'une part, et, d'autre part,
les dieux dont les noms ont été donnés aux principales avenues de Thourioi. Or Protagoras, législateur à Thourioi, est
d'Abdère, et Téos est métropole d'Abdère. On suggère donc que le sophiste a joué un rôle dans l'établissement du
panthéon de Thourioi. Ceci implique une collaboration avec d'autres intellectuels présents à Thourioi, comme l'homme
politique et spécialiste delphique Lamport ou l'urbaniste et théoricien politique Hippodame. Nous établissons que ces
relations sont patentes et connues dans la colonie et nous concluons que cette intervention de Protagoras à Thourioi
doit être prise en compte dans l'examen de la théologie du sophiste.
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Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)MARCO V. GARCIA QUINTELA
Université de Saint-Jacques-de-Compostelle
Il y a une profonde similitude entre le panthéon des cités grecques de
Téos et d'Abdére, d'une part, et, d'autre part, les dieux dont les noms ont
été donnés aux principales avenues de Thourioi. Or Protagoras, législateur à
Thourioi, est d’Abdere, et Téos est métropole d’Abdere. On suggère donc
que le sophiste a joué un rôle dans l'établissement du panthéon de Thourioi.
Ceci implique une collaboration avec d'autres intellectuels présents à Thourioi, comme l'homme politique et spécialiste delphique Lampon ou
l’urbaniste et théoricien politique Hippodame. Nous établissons que ces relations sont patentes et connues dans la colonie et nous concluons que cette
intervention de Protagoras à Thourioi doit être prise en compte dans
l'examen de la théologie du sophiste.
Protagoras and the Tourian pantheon
There is a profound analogy between the gods worshipped at the ancient
Greek cities of Teos and Abdera, its metropolis, and the gods after which
the Thourioi's avenues were named. As Protagoras the Sophist was born in
Abdera and he established the laws of Thourioi, we may thus think of our
Sophist as the mentor of the Thourian pantheon. This would imply a cooperative action between Protagoras and some intellectuals such as the Delphic
seer Lampon and the urbanist Hippodamos, both also present at the foundation of Thourioi. Finally, it seems very likely that the links among de pantheons of the above cited cities were well known, and so we could conclude
that Protagoras’ action at Thourioi should be considered in the studies on
the religious thought of this Sophist.
Revue de l'histoire des religions, 219 - 2/2002, p. 131 à 140
Pagina 4
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)Protagoras est, sans aucun doute, un cas exemplaire d’individu à la
pensée complexe. Il était athée ou du moins agnostique’. Mais Platon
lui attribue une version particulière du mythe de Prométhée qui présente Zeus comme le fondateur et le garant de l’ordre social tel qu’on
le comprenait dans la vie des cités grecques. Homme de pensée, il
décrit son activité de sophiste comme l’enseignement du principe
homérique et aristocratique consistant à lier la parole à l’action, la
parole dans le conseil à l’action courageuse du guerrier’. Mais, à cause
de sa condition juridique d’étranger dans les villes où il a résidé
presque toute sa vie, il n’a jamais pu mettre en œuvre cet idéal.
Mais il y a peut-être un moment de sa vie où ces deux paradoxes
s’entrecroisent et se résolvent d’une façon particulière. Il s’agit de sa
participation à la fondation de la colonie panhellénique de Thourioi
en l’an 444 av. J.-C.
Nous possédons seulement un témoignage de la présence de Protagoras à Thourioi en tant que législateur“. Diodore, notre source principale sur Thourioi, n’y fait pas référence aux deux occasions qui sembleraient appropriées. D’une part, quand il explique l’organisation tribale
de Thourioi et sa constitution démocratique; d’autre part, quand il
1. Il a peut-être été persécuté pour cela, voir A. B. Drachman, Atheism in Pagan
Antiquity, Chicago, Ares, 1977 (Londres, 1922), p. 39-42 ; W. K. C. Guthrie, Historia
de la Filosofía Griega, vol. III, Siglo v. Ilustración, Madrid, Gredos, 1988, p. 231-233.
Sa mise en accusation est discutée : cf. E. Derenne, Les procès d’impiété intentés aux
philosophes à Athènes au V° et au 1v° siècle avant J.-C., Liège-Paris, 1930, p. 44-55 ;
bibliographie sur ces deux aspects dans M. Winiarczyk, Bibliographie zum antiken
Atheismus 17. Jahrhundert — 1990, Bonn, 1994, p. 83-85, définition religieuse et philosophique, et 105-106, accusation.
2. Platon, Protagoras, 318 e - 319 a, xai nepl r@v Tic módeooc, Emme TH THe óleos
Suvatatarog av ely nal mpdtrew mai r¢yew. Chez Homère, l’idée apparaît dans
L'Iliade, 1, 258; II, 202; IX, 443. Dans la tradition philosophique Héraclite
l’emploie fréquemment, B 1, B 29, B 73, B 74, B 112, commentés dans
M. V. Garcia Quintela, El rey melancölico. Antropologia de los fragmentos de
Heräclito, Madrid, 1992, p. 105-113; cf. Démocrite, B 2.
3. J. A. Davidson, « Protagoras, Democritus and Anaxagoras», Classical
Quarterly, n.s., 3, 1953, p. 33-45 : ses sources sont discutables, mais il est préférable à J. S. Morrison, « The Place of Protagoras in Athenian Public Life », Classical Quarterly, 35, 1941, p. 1-16 ; cf. G. B. Kerferd, The Sophistic Movement, Cambridge, 1981, p. 48.
4. Héraclide du Pont, Sur les lois, fragment 150 Wehrli, = Diogéne Laërce IX,
8, 50. N. O'Sullivan, « Pericles and Protagoras », Greece € Rome, 42, 1995, p. 15-
23, surtout p. 17-18, a suggéré que les Govpropavrers cités par Aristophane, Nuées,
331-332, font allusion au sophiste.
Pagina 5
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)attribue à Charondas la responsabilité de la législation de la cité. Cette
carence s’allie à absence dans le texte de Diodore des autres intellectuels
présents
à
Thourioi
(Hippodame,
Hérodote,
Lysias,
Empédocle, etc.), lesquels sont connus grâce à d’autres témoignages : le Sicilien cite seulement les Athéniens Lampon et Xénocritos. Mais plus loin
Diodore fait allusion, sans les citer, à tous ceux-ci au sujet de la querelle
concernant le fondateur qui s’est produite à Thourioi, quand il dit :
Comme beaucoup d’hommes de valeur (rorräüv &yadav &v8p&v) avaient de
même concouru à cette entreprise et y avaient été très utiles, la discussion
allait bon train, car chacun brúlait d’obtenir ce titre de fondateur?
On a résolu la querelle en recourant à l’oracle de Delphes qui a
attribué la fondation à Apollon lui-même (c’était en l’an 434 av. J.-C.).
En partant de cette situation, il est possible de suggérer une hypothèse.
L’absence d’Hippodame, Protagoras, Hérodote, etc., à la fondation de
Thourioi telle que l'explique Diodore reflète le consensus civique atteint
après la querelle sur le fondateur. À partir de ce moment, il serait de
mauvais goût dans la cité d’insister sur les services de tant « d’hommes
de valeur ». Ainsi s’explique le fait que Lampon, le devin delphique
proche d’Apollon, soit le seul expressément cité avec Xénocritos”.
Timée, qui écrit à Athènes, ou ses sources, que Diodore suit, se feraient
Vécho de cette doctrine officielle (thourio-delphique) sur l’oikiste de
Thourioi, ce qui pourrait expliquer que les célébrités qui ont participé à
la création de la cité ne sont pas mentionnées*. Le silence de Diodore au
sujet du sophiste nous semble donc explicable.
5. Diodore, XII, 11, 3-4. Cf. D. Placido, « Protagoras y Pericles », Hispania
Antiqua, 2, 1972, p. 7-19, surtout p. 12-18 ; l'attribution est invraisemblable vu le
caractère légendaire du personnage: A. Delatte, Essai sur la politique pythagoricienne, Genève, 1979 (Paris-Liège, 1922), p. 177-188.
6. Diodore XII, 35, 3. Texte et trad. M. Casevitz, Diodore de Sicile. Bibliothèque historique, livre XII, Paris, 1972. Casevitz omet &y«b&v sans le justifier, mais
traduit « beaucoup d’hommes de valeur ». C. H. Oldfather, Diodorus of Sicily IV,
Harvard, LCL, 1989, écrit ¿yabiv et traduit « many able men ».
7. Lampon : I. Malkin, Religion and Colonization in Ancient Greece, Brill, Leiden, etc., 1987, p. 97-101 ; Xénocrite : M. Moggi, « Senocrito, Tucidide di Melesia
e la fondazione di Turi (Anonym., Vit. Thuc., 6-7) », Annali Scuola Normale Superiore Pisa, III, 9/2, 1979, p. 499-504.
8. Hippodame a Thourioi apparait chez un lexicographe et dans une scolie,
D.-K. 39 A 3 et 4. Protagoras, supra, n. 4. Hérodote chez Cornelius Nepos cité
par Pline, NH, XII, 18; Strabon, XIV, 2, 16; Julien, Epist., 22; Souda s.v. Herodotos; voir D. Asheri, Erodoto, Le Storie. Libro I, La Lidia e la Persia, Milan,
1988, p. 261. A l'encontre de la communis opinio, N. K. Rutter, « Diodorus and
the Foundation of Thurii», Historia, 22, 1973, p. 155-176, considére qu’Ephore
est la source de Diodore, p. 161, contra L. Pearson, « Ephorus and Timaeus in
Diodorus », Historia, 33, 1984, 1-20.
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Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)MARCO V. GARCIA QUINTELA
L'identification du rôle que Protagoras a pu jouer dans la colonie
est un autre problème. Dans deux articles classiques, J. S. Morrison
et V. Ehrenberg’ le considérent comme fondamental. Grace 4 une
analyse plus détaillée, V. Muir a trouvé dans la loi de Thourioi qui
oblige 4 apprendre 4 lire aux enfants le reflet d’un précepte de Protagoras, que l’on peut attribuer aussi à Hippodame'”. Dans d’autres
études, la question n’est méme pas posée. C’est le cas par exemple
pour
le
livre
important
de C.
Farrar,
lequel
s’intéresse
au rôle
fondamental joué par Protagoras dans la fondation de l’idéologie
démocratique, mais ne fait aucune mention de son intervention politique réelle à Thourioi''. D’autres travaux réunis par G. B. Kerferd
portant sur divers aspects de Protagoras en tant qu’homme politique,
mais dans le cadre de l’histoire de la philosophie, ignorent aussi cette
question”.
Il me semble qu’aucun des deux types d’études citées ci-dessus ne
pose correctement les termes de la relation qui peut exister. Ainsi
Morrison et Ehrenberg, partant de l’histoire politique traditionnelle,
ne considèrent Protagoras que comme un homme de parti, et le présentent comme un mentor dans l’ombre de Pericles ou comme un
continuateur de l'initiative de ce dernier. Alors que Farrar et les
autres, occupés à établir la place du sophiste dans la dialectique des
idées, oublient qu'il s’agit d’un personnage réel, discernable et actif.
J’envisage d'analyser dans un autre travail la relation profonde,
structurelle, qui existe entre le système de tribus établi à Thourioi et le
mythe de Prométhée tel qu’il apparaît dans le Protagoras. Ici, je me
bornerai à signaler une coïncidence formelle frappante entre les panthéons des cités de Thourioi, Abdère, patrie du sophiste, et Téos,
métropole d’Abdere.
9. J. S. Morrison, art. cité; V. Ehrenberg, « The Foundation of Thurii »,
American Journal of Philology, 69, 1948, p. 149-170, surtout p. 168-169.
10. J. V. Muir, « Protagoras and Education at Thourioi », Greece & Rome, 39,
1982, p. 17-24, et M. V. García Quintela, « Hipódamo en Turios : urbanismo, religion y politica », Dialogues d'Histoire Ancienne, 26/1, 2000, p. 9-35, voir p. 34-35.
11. C. Farrar, The Origins of Democratic Thinking, Cambridge, 1988, p. 45,
n. 5, suit K. J. Dover quand il considère que le témoignage d’Héraclide du Pont
«cannot be regarded as firm evidence ». Il y a des années, D. Loenen se passait de
Thourioi, et méme d’Athénes ! (D. Loenen, Protagoras and the Greek Community,
Amsterdam, 1940, p. 128).
12. Ch. H. Kahn, « The Origins of Social Contract Theory», p. 98-108;
K. Döring, « Die politische Theorie des Protagoras », p. 109-115 ; T. J. Saunders,
« Protagoras and Plato on Punishment », p. 129-141 ; dans G. B. Kerferd (ed.),
The Sophists and Their Legacy, Wiesbaden, 1981.
Pagina 7
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)En ce qui concerne Thourioi, Diodore présente ainsi le tracé urbain
de la cité et les noms de dieux donnés aux rues :
Ils divisérent ensuite la ville en quatre avenues dans le sens de la longueur,
appelant l’une avenue d’Héraclès, l’autre d’Aphrodite, la troisième d’Olympie,
la quatrième de Dionysos ; dans le sens de la largeur, ils la divisèrent en trois
avenues, appelées l’une Hérôa, l’autre Thouria, la troisième Thourina. Quand
ils eurent rempli de maisons les petites rues, la cité parut parfaitement organisée (XII, 10, 7 ; texte et trad. M. Casevitz).
Le texte présente des difficultés philologiques analysées par des historiens de l’urbanisme! et le problème de sa relation avec l’archéologie
de la cité se pose. Mais il est significatif que ce que dit Diodore
concorde, dans des limites évidentes, avec ce que les archéologues ont
identifié sur le terrain.
Ce qui nous intéresse maintenant c’est d'établir que pour la fondation des cités grecques divers spécialistes, plus concrètement les devins
et les architectes, travaillent à l’unisson, chacun jouant son röle spécifique dans un but commun. On peut le voir, par exemple, à Colophon
à la fin du Iv° siècle av. J.-C. : un texte épigraphique signale l’action
des spécialistes religieux présidés par un prêtre d’Apollon, comme
Lampon à Thourioi, et un peu plus bas l'intervention des architectes
dans la fondation!, comme Hippodame à Thourioi. D’autre part, lors
de la refondation de Messène après la bataille de Leuctres en 371
13. G. Vallet, « Avenues, quartiers et tribus à Thourioi, ou comment compter
les cases d’un damier (à propos de Diod. XII, 10 et 11)», in Mélanges Heurgon,
vol. II, Rome/Paris, 1976, p. 1021-1033. F. Castagnoli, Orthogonal Town Planning
in Antiquity, Cambridge (Mass.), 1971, p. 32-35.
14. G. Guzzo, « Sibari e la Sibaritide : materiali per un bilancio della conoscenza archeologica », Revue archéologique, 1992/1, p. 3-35, sur Thourioi, p. 20-25,
et, presque le même texte dans P. L. Guzzo, « Sibari. Materiali per un bilancio
archeologico », dans Sibari e la Sibaritide, Taranto, 1992, p. 51-82, p. 66-70 sur
Thourioi, et E. Greco, « Turi », dans E. Greco (éd.), La città greca antica. Istituzioni, società e forme urbane, Rome, 1999, p. 413-430, voir p. 416-419. Sur la topographie et la géologie du territoire, voir A. D’Arrigo, Premessa geofisica alla
ricerca di Sibari, Naples, 1959, passim, et V. Cotecchia, « Incidenze geologiche e
geotecniche su Sibari e la Sibaritide », dans Sibari e la Sibaritide, Taranto, 1992,
p. 21-49. Cf. www.perseus.tufts.edu/cgi-bin/text?lookup=pecs+thurii et www.perseus.tufts.edu/cgi-bin/text?lookup=pecs+sybaris avec des photographies des fouilles de 1992.
15. Texte de l'inscription dans B. D. Meritt, « Inscriptions of Colophon »,
American Journal of Philology, 56, 1935, p. 358-395, n° I, p. 359-372, lignes 12-13
sur les prêtres, lignes 15-18 sur les cultes, étudiées par G. Sissa, M. Detienne, La
vie quotidienne des dieux grecs, Paris, 1989, p. 202-203 ; lignes 23-28 pour les architectes et les tâches dont ils ont la charge, étudiées par R. Martin, L'Urbanisme
dans la Grèce antique, Paris, 1974, p. 55-56 pour les aspects urbanistiques. Au
sujet de Lampon, voir supra, n. 9.
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av. J.-C., on fait des sacrifices aux dieux des cités qui aident a la
reconstruction, Thébes et Argos, mais surtout aux divinités et héros
locaux dont on sollicite la protection pour la nouvelle fondation. Des
architectes sont également cités dans le récit de Pausanias sur cette
fondation".
Il n’est donc pas étonnant que le panthéon de Thourioi se compose
de divinités épichoriques, pour les voies orientées est-ouest, et de divinités panhelléniques pour celles orientées nord-sud, situation identique
à celle de la cité dont Platon décrit la fondation dans Les Lois'’. Ce
qui est propre à Thourioi c’est que le tracé urbain et le panthéon
s’identifient, Ils ne sont pas présentés comme le résultat de sphères
d'activité différenciées, comme c’est le cas dans les témoignages sur
Colophon ou Messéne, où le rôle concret des divers intellectuels impliqués dans la fondation reste flou.
C’est pourquoi les cas présentant des analogies avec le panthéon de
Thourioi sont éclairants. En effet, ce sont les mêmes dieux qui président aux fêtes publiques dans les cités d’Abdère et de Téos. Le témoignage relatif à Téos est un épigraphe daté d’environ 470 av. J.-C. qui
ordonne l'intervention d’un « timuchos » lors des fêtes
Avßsornploıcıv
nat “HpaxAéooiv yal Alotow'". L'importance et la diffusion de ces fêtes
sont confirmées par la publication en 1981 d’un autre épigraphe de
Téos
qui
révèle
d’Abdère:
qu’elles
sont aussi
en vigueur
dans
sa
colonie
Avdeornploicıv wat "Heaxrdorow xa 1 Alora ¿y ABfporoiv
Avbcornplausıv ual "Heaxdrgoraw vol Zavàc Enprt; les fêtes sont les dates
prescrites pour lire le contenu de l’épigraphe en question”.
Si nous pensons aux dieux en l’honneur desquels on célèbre les
fêtes dans les deux cités de l’Égée, nous trouvons tout d’abord Dionysos, présent aux Anthestéries, puis Héraclès et Zeus, probablement
16. Pausanias, IV, 26, 5 - 27, 8, commenté par Sissa, Detienne, op. cit., p. 203205; I. Malkin, op. cit., p. 104-106. Cf. I. Malkin, « What were the Sacred Precincts of Brea (IG 1°, n° 46) », Chiron, 14, 1984, p. 43-48, situation similaire à Brea
et Abdère, p. 47-48. Pausanias, IV, 27, 5, fait état de la coopération entre devins et
urbanistes.
17. Platon, Les Lois, V, 745 b, cite Hestia, Zeus et Athena; et VIII, 848 d,
etz... Evronoı Mayvitev.
18. R. Meiggs, D. Lewis, A Selection of Greek Historical Inscriptions, Oxford,
1989, n° 64, p. 62-66.
19. P. Herrmann, « Teos und Abdera im 5. Jahrhundert v. Chr. Ein neues
Fragment der Teiorum Dirae », Chiron, 11, 1981, p. 1-30, réétudié par A. J. Graham, « Abdera and Teos », Journal of Hellenic Studies, 112, 1992, p. 44-73, surtout p. 55-59.
Pagina 9
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)avec l’épithète de Meilichios, en relation avec les Diasia”. Comme on
peut le voir, seule manque Aphrodite pour que l’on ait le même panthéon qu’à Thourioi. D’autre part, le lien entre Thourioi et Abdère se
produit
nécessairement
a
travers
Protagoras
qui,
selon
le
poéte
comique Eupolis, son contemporain, se présente aussi comme Téien?!.
Ce qui est conforme à l’usage fréquent selon lequel les citoyens des
colonies
sont
considérés
comme
citoyens
appartenant
aussi
aux
métropoles.
Il y aurait donc lieu de voir dans le sophiste un homme soucieux de
la formation du panthéon de Thourioi et apportant concrètement les
dieux de sa terre natale comme structure de base du panthéon de la
nouvelle cité. Malheureusement, le système des fêtes de Téos et
Abdère ne présente pas d'éléments permettant de mieux comprendre le
sens de la présence de ces divinités à Thourioi. On peut peut-être affirmer qu’à Thourioi les dieux ont une dimension olympienne, établie
par l’allusion à Zeus « d’Olympie », tandis que la mention des Diasia à
Téos et à Abdère renvoie à Zeus Meilichios, avec un aspect chthonien
très présent, aussi, dans les Anthestéries en l'honneur de Dionysos, et
Yon connaît Héraclès, parmi tant d’autres choses, à cause de sa descente aux Enfers”.
Une autre inscription d’Abdére récemment publiée montre que le
lien entre les panthéons de Thourioi et d’Abdére peut aussi apparaître
dans les avenues qui portent des noms de divinités épichoriques.
Comme nous l’avons vu l’une d’entre elles est dédiée aux héros alors
que dans le texte de l’inscription citée apparaît un “Hepwr MeconoAlty(1)
que les éditeurs relient à Abdére, l’éromènos d’Héraclés qui a donné
20. Au sujet de la fête, J. Harrison, Prolegomena to the Study of Greek Religion, Londres, 1962, p. 12-28; A. B. Cook, Zeus. A Study in Ancient Religion,
vol. II, Zeus god of the Dark Sky, Part. Il: Appendixes and index, New York,
1965, p. 1091-1160, et le matériel compilé par E. Mitropoulou, Deities and Heroes
in the Form of Snakes, Athénes, 1977, p. 112-155.
21. Eupolis, fragment 157 Kassel-Austin (= Diogéne Laérce, IX, 50). Il en est
de même chez l’historien Hécatée, originaire d’Abdere ou de Téos: voir Ps.-
Scimno dans Strabon, FrGrHist 264 T 1, et pour cette affinité entre les deux cités,
voir G. B. D’Alesio, « Immigranti a Teo e ad Abdera (SEG XXXI 985, Pind.
fr. 25 B Sn.-M.) », Zeitschrift fur Papyrologie und Epigraphik, 92, 1992, p. 73-80,
p. 77, et passim, et voir supra, n. 19.
22. Concordance avec I. S. Mark, « The Gods on the East Frieze of the Parthenon », Hesperia, 53/3, 1984, 289-342, qui, aux p. 317-330, compare les dieux et
les idées du mythe de Prométhée du Protagoras de Platon avec le panthéon du
Parthénon.
23. Analyse du panthéon de Thourioi dans Garcia Quintela, « Hipödamo en
Turios ».
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son nom à la cité lors de sa première fondation mythiqueTM. Dans ce
cas, le parallélisme avec Thourioi est double: d’une part, l’avenue
Hérôa est mésopolites dans la fondation italique, à cause de sa localisation; d’autre part, aux deux endroits on fait une différence entre
Héraclès, qui fait partie des dieux, et les Héros, auxquels on rend un
culte apparemment distinct.
Il convient d’ajouter une considération aux faits exposés. La relation entre ces panthéons ne devait pas poser de problème car on devait
disposer à Thourioi de nombreuses informations au sujet des cités de
PEgée. Hérodote, qui est allé aussi à Thourioi relate la colonisation
d’Abdère par les Téiens (I, 168) et la proposition de Thalès selon
laquelle Téos devrait occuper une place centrale dans une Ionie confédérée (I, 170, 3). De plus, l’une des dix tribus de Thourioi s’appelait
Ionie (Diodore, XII, 11, 3) et pouvait comporter des colons des cités
d’Asie Mineure et de leurs colonies au courant de ces questions locales, sans exclure, bien entendu, des personnes originaires de Téos et
Abdére comme Protagoras. Cette tribu pourrait inclure, par exemple,
Hippodame de Milet. Hérodote évoque aussi le projet de Bias de
Priéne concernant la colonisation panionienne de la Sardaigne (I, 171,
1-2) et Thourioi est très proche.
Il s’agit en tout cas de l’adaptation d’un itinéraire bien connu qui
allait d’est en ouest. C’est celui des Phocéens qui fondent Alalia en
Sardaigne puis Elée. Le même itinéraire revient à l’esprit des Grecs
vainqueurs à Platée lorsqu'ils cherchent un endroit acceptable pour les
Ioniens”. C’est, aussi, le choix des aristocrates de Samos qui, fuyant la
tyrannie de Polycrate, fondent Dikearchia dans le Golfe de Naples
puis, après la révolte ionienne, s'installent à Zancle”. C’est aussi
l'itinéraire des philosophes, du Dorien Épicharme de Cos installé dans
la Syracuse dorienne (Diogéne Laërce, VIII, 78 = DK 23 A 3, cf. A 1,
24. D. Kallintz, Ch. Veligianni, « Eine neue Weihinschrift aus Abdera »,
Ancient History Bulletin, 10, 1996, p. 51-65. Les éditeurs datent l'inscription du
dernier tiers du 1V* siècle av. J.-C., p. 55, mais si leur analyse religieuse est correcte, p. 59-62, il est probable que le culte reflété est beaucoup plus ancien.
25. Hérodote, I, 163-167 et IX, 106, 2, et cf. VI, 17 sur Dionysos de Phocée,
corsaire contre les Phéniciens entre l'Italie et la Sicile après la défaite des loniens à
la fin du vi: siècle. Au sujet du sens de ces mesures et de leur valeur chez Hérodote, voir N. Demand, « Herodotus and Metoikesis in the Persian Wars », American Journal of Philology, 109/3, 1988, p. 416-423, sur Téos, p. 418.
26. Eusèbe (St. Jerôme), Ol. 62 [circa 529], Samii Dicaearchiam condiderunt
quam nunc Poteolos uocant, et J. P. Barron, «The Sixth-century Tyranny at
Samos », Classical Quarterly, ns. 14/2, 1964, p. 210-229, p. 228 et n. 2, et Hérodote, VI, 22.
Pagina 11
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)avec d’autres origines), de l’Ionien Xénophane de Colophon installé à
Élée l’Ionienne”, de Plonien Pythagore de Samos installé à Crotone
Pachéenne*. D'autre part, l’archéologie détecte de nombreux restes
d’amphores provenant de cités grecques d'Orient dans beaucoup de
gisements siciliens; il s’agit donc aussi de routes commerciales”. Et
c’est, enfin, l'itinéraire de Protagoras, Hérodote et Hippodame qui
finissent à Thourioi après une escale à Athènes.
Toutes ces données permettent de discerner une relation ou une
collaboration entre les intellectuels qui apparaissent à Thourioi, au
moins à l’origine. Lampon, connaisseur des traditions religieuses helléniques en général et athéniennes en particulier, est aussi sensible aux
traditions d’un endroit déjà hellénisé qui conserve le souvenir des puissances épichoriques et des traditions achéennes. Hippodame, architecte, urbaniste et porteur d’un projet politico-social particulier, définit
un tracé quadrangulaire et idéalement expansif dans l’espace (en
concordance avec le caractère ouvert de la citoyenneté de Thourioi,
qui accepte tous les Grecs), lequel s’oppose au tracé circulaire, avec un
nombre limité de citoyens, défini par Platon dans Les Lois. Enfin, Protagoras apporte avec lui le panthéon de sa patrie auquel il a su donner
un vernis panhellénique dans le contexte de la nouvelle fondation : il
agit
alors
comme
beaucoup
d’oikistes
grecs".
Ainsi,
lorsqu'il
a
Poccasion d’unir la parole à l’action, de réaliser sur le plan historicomatériel le monde de ses idées, le sophiste est plus près de la tradition
que de l’innovation, au moins en matière religieuse. Il convient donc
d’avoir cette situation présente à l’esprit lorsque l’on étudie les opinions théologiques de Protagoras qui peuvent être déduites du contenu
des fragments et témoignages conservés.
Departamento de Historia 1
Facultade de Xeografia e Historia
E-15703 Santiago de Compostela
27. Diogéne Laërce, IX,
18 et 20 (= DK 21
A
1). Clément, Str.,
I, 64
(DK 21 A 8), en fait le fondateur de l’école d’Elée. M. Gigante, « Senofane e “la
colonizzazione di Elea”», Parole del Passato, 20, 1970, p. 236-240, rejette
l’information selon laquelle Xénophane aurait composé une Colonisation d’Elée.
28. Jamblique, VP, 11, cf. 88; Porphyre, VP, 7, 9 (= 16). Pour le contexte,
voir G. Shipley, A History of Samos 800-188 BC, Oxford, 1987, p. 91, cf. p. 72-91.
29. R. M. Albanese Procelli, « Appunti sulla distribuzione delle anfore commerciali nella Sicilia arcaica », Kwxaños, 42, 1996, p. 91-137, surtout p. 104-109.
30. I. Malkin, « La place des dieux dans la cité des hommes. Le découpage
des aires sacrées dans les colonies grecques », Revue de l’histoire des religions, 204,
1987, p. 331-352.