Volledige tekst tonen19 pagina's
Pagina 1
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)Jacquiot, J. Le talisman offert a Louis XIV et le carré magique au XVII siecle
113 18-34 C14 Louis
Gals
ARCS, ST AK
Pagina 2
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)Persée
http://www.persee.fr
Le talisman offert à Louis XIV et le carré magique au XVIIe siècle
Jacquiot, Josèphe
Comptes-rendus des séances de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, Année 1969, Volume 113, Numéro 1
p. 18 - 34
Voir l'article en ligne
Avertissement
L'éditeur du site « PERSEE » – le Ministère de la jeunesse, de l'éducation nationale et de la recherche, Direction de l'enseignement supérieur,
Sous-direction des bibliothèques et de la documentation – détient la propriété intellectuelle et les droits d’exploitation. A ce titre il est titulaire des
droits d'auteur et du droit sui generis du producteur de bases de données sur ce site conformément à la loi n°98-536 du 1er juillet 1998 relative aux
bases de données.
Les oeuvres reproduites sur le site « PERSEE » sont protégées par les dispositions générales du Code de la propriété intellectuelle.
Droits et devoirs des utilisateurs
Pour un usage strictement privé, la simple reproduction du contenu de ce site est libre.
Pour un usage scientifique ou pédagogique, à des fins de recherches, d'enseignement ou de communication excluant toute exploitation
commerciale, la reproduction et la communication au public du contenu de ce site sont autorisées, sous réserve que celles-ci servent d'illustration,
ne soient pas substantielles et ne soient pas expressément limitées (plans ou photographies). La mention Le Ministère de la jeunesse, de
l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation sur
chaque reproduction tirée du site est obligatoire ainsi que le nom de la revue et- lorsqu'ils sont indiqués - le nom de l'auteur et la référence du
document reproduit.
Toute autre reproduction ou communication au public, intégrale ou substantielle du contenu de ce site, par quelque procédé que ce soit, de l'éditeur
original de l'oeuvre, de l'auteur et de ses ayants droit.
La reproduction et l'exploitation des photographies et des plans, y compris à des fins commerciales, doivent être autorisés par l'éditeur du site, Le
Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de
la documentation (voir http://www.sup.adc.education.fr/bib/ ). La source et les crédits devront toujours être mentionnés.
Pagina 3
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)COMMUNICATION
LE TALISMAN OFFERT A LOUIS XIV
ET LE CARRE MAGIQUE AU XVII? SIÈCLE,
PAR Mll® JOSÈPHE JACQUIOT.
A la séance du mardi 13 décembre 1701!, l’Académie royale
des Inscriptions et Médailles décrivait en ces termes le talisman
offert à Louis xıv par Louis-Victor-Marie, duc d’Aumont? : « La
medaille donnée au Roy, est un talisman, ou une Image consacrée
sous un certain horoscope, afin qu’elle ait l'effet que s’est proposé
celui qui en est l’auteur. Cette science naturelle, qui est une dependance de l'Astrologie judiciaire, a esté fort estimée autrefois des
Caldeens et des Egyptiens, et c'est d’eux que les Juifs cabalistes,
et Arabes, l’ont tirée. Il est certain que ce Talisman a esté fait pour
le Roy nostre maistre, car l’image represente le Roy de France
puisqu'il a une couronne fleurdelisée, et un sceptre, aussy avec
une fleur de lys. Outre que cette medaille qui est moderne, a esté
frappée de son temps ce que ses predecesseurs n’ont pas pris comme
lui le Soleil pour leur symbole, ou pour corps de leur devise.
» Le Roy a le Soleil sur la teste touchant immediatement sa
couronne ; la medaille a pour toute legende le mot sot, qui fait
voir que l’Autheur du Talisman a voulu soümettre ce prince à
l’Ascendance du Soleil. Il y paroist jeune, et dans l’âge qu’il estoit
quand la medaille fut frappee®. D'un costé on voit les caracteres
1. Registre Journal des Délibérations el des Assemblées de l’Académie royale des Inseriptions, depuis le 15 novembre 1701, jusqu'au 22 septembre 1702,
2. Louis-Marie-Victor de Roche-Baron, deuxième duc d’Aumont, appelé, jusqu’à la
mort de son père, marquis de Villequier, naquit le 9 décembre 1632. Bien que dès l’âge
de dix ans il embrassât la carrière militaire, il aimait les lettres et les arts. Grand amateur
d'objets d'art rares et curieux, et plus spécialement de médailles, le roi, « lorsqu'il a
augmenté l’Académie, jetta les yeux sur lui, comme sur l’un des sujets les plus propres
à l’orner par sa personne, et à l’aider par ses connaissances et par son goust exquis
dans tout ce qui regarde les arts ». Il entra donc à l'Académie royale
des
Inscriptions et Médailles le 17 août 1701 ; il était alors pair de France, chevalier des Ordres
du roi, premier gentilhomme de la Chambre de Sa Majesté, et gouverneur du Boulonnais, Il mourut le 19 mars 1704 ; ce fut à l’occasion de sa mort que la Compagnie
décida que désormais, quand un de ses membres viendrait à mourir, il serait prononcé
un éloge funèbre public. Celui du duc d’Aumont fut fait par M. de Bourzeis (cf. Claude
Gros de Boze, Histoire de l’Académie Royale des Inscriptions et Belles-Leitres,
depuis
son élablissement jusqu'à présent, Paris, 1747, vol. I, p. 333-336; R.P. Alfred Hamy,
Essai sur les ducs d' Aumont, gouverneurs du Boulonnais, 1622-1789, Boulogne-sur-Mer,
1906-1907, p. 150 à 152). Dans cet ouvrage l’auteur apporte une précision sur la date
de la naissance du duc d’Aumont, qui naquit en 1632, et non en 1630, comme l'abbé
de Bourzeis l'avait dit dans l'éloge funèbre qu'il prononga.
3. Ce talisman pourrail avoir été fait entre 1665 et 1685; l’auteur semble avoir
pris pour le portrait du roi, modèle sur le portrait gravé par Jean Varin, sur une médaille
frappée en 1655. Le roi y est coiffé de boucles qui retombent sur les épaules, dont deux
reviennent en avant. C'est ce même portrait que l’Académie devait choisir, en 1697,
Pagina 4
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)LE TALISMAN OFFERT A LOUIS XIV
Planche I.
Fie. 2.
Talisman offert au roi, fig. 1, avers; fig. 2, revers.
(Format original.)
astronomiques du Belier et du Lion, qui sont les deux principaux
signes et domiciles du Soleil auxquels on met le Roy. Le Belier est
le signe où le Soleil montant au-dessus de nostre hemisphere, commence à faire sentir sa forme; c'est pourquoy les Astronomes, ont
pour être gravé à l’avers des médailles de la première Série uniforme,
commémorant
les événements du règne du roi, entre 1655 et 1660 (cf. J. Jacquiot,
Les portraits de
Louis XIV à l’avers des médailles des Séries uniformes, dans Bulletin de la
Société Nationale des Antiquaires de France, p. 185-201 et Pl. XVII-XX et dans :
Médailles et
Jetons de Louis XIV d'après le manuscrit ADD
1, p. XLVIT
31.908 de Londres, V.
et xLIx, Pl. L ; pièce justificative n° 64, p. cxxx, Paris 1967).
Quant au type général de « l’image » du roi, il a pu être copié
d’un jeton frappé
en 1645, sur lequel le roi est debout, de face, couronné, revêtu du manteau d’apparat.
Tl tient de la main droite le sceptre, et de la gauche la main de justice (cf. H. de La
Tour, Jetons des rois et des reines de France.
Catalogue des jetons de
la Bibliothèque
Nationale, n° 1314, p. 254). Le type du roi en pied, couronné, revêtu
du manteau
d’apparat, tenant le sceptre, se retrouve sur plusieurs médailles et jetons, et notamment
en 1722, sur une médaille frappée à l’occasion du sacre de Louis XV,
représenté de cette façon (cf.
Trésor de numismatique et de glyptique
où le roi est
depuis le règne
de Charles VII jusqu’à celui de Louis XVI, Paris 1834, 2° partie, p. 40, n° 4, PL XLIL.
Cab. des Méd. de Paris, Série uniforme d’or, n° 23).
Pagina 5
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)donné la plus part, le premier rang au signe du Belier, parce qu'ils
le regardaient comme ce qui exprimoit le mieux les vertus du Soleil ;
c'est pour cela que les Peuples de la Libie adoroient sous la figure
du Belier Jupiter Hammon, qui n’estoit autre chose que le Soleil,
comme l’assure Macrobe qui avoit fort estudié la Theologie Payenne.
Le mesme Autheur nous apprend aussy que les Anciens Mathematiciens assignoient particulierement le Belier 4 Mars, ce qui convient
à un jeune Roy qui devoit remporter de grandes victoires et soutenir des guerres si longues contre ses Ennemis : A quoy on peut
adjouster qu’Alexandre Le Grand avoit pris le Belier pour Symbole,
et vouloit estre un nouveau Jupiter Hammon.
» L’auteur du Talisman a joint au Belier le Lion, que les Egyptiens appeloient le domicile du Soleil, pretendant que la nature
du Lion estoit pareille à celle du Soleil, et que cet animal l’emportoit sur tous les autres en force et en courage. Le Soleil avoit aussy
l'avantage et l’Empire sur tous les autres Astres. Ils adjoustoient
que le Lion, dont la force est dans la teste, dans le cou, et ensuite
en diminuant, jusqu’à l’autre extremité, marque le Soleil dans
sa force au solstice d’Este, et diminuant jusqu'à l’autre solstice
— ce qui concerne la vigueur du corps, et non celle de l'Esprit —
car Macrobe adjouste : Idemque oculis patentibus atque igneis
cernitur semper ut sol patenti igneoque oculo terram conspectu
perpetuo atque infatigabili cernit! : cela n'empesche pas qu'il
ne regarde la terre fixement, qu’il ne l’éclaire, et qu’en cela il soit
infatigable. C’est pourquoy l’autheur du Talisman a mis devant
l'image
du
Roy,
un lion qui se repose en regardant fixement.
Cette partie du Talisman est pour les dernieres années du Roy ;
mais afin que le Soleil ne fut pas separé de la Lune, on a mis de
l’autre costé de l’image, quatre croissants qui paroissent attachés
et liés, afin que le Prince receut toutes les bonnes influences de
cette planete, qui recevant celles du Soleil, les tempere pour les
renvoyer aux hommes suivant la doctrine des Egyptiens.
» Pour le revers de la medaille, c'est un carré, ou tablette numerale, qui contient six cellules, dont le nombre radical est six ; la
racine carrée six fois six, qui font trente six; le nombre de chacun
des six rangs est 111. Par consequent le produit net est 666 ; ces
quatre nombres : 6, 36, 111 et 666 sont ceux en faveur du Soleil?.
» Ce qu’on peut conclure de la medaille c’est que l’autheur inconnu du Talisman estoit un homme qui aimoit fort son Roy,
1. Macrobe, Les Saturnaies, liv. I, XXI, 17, Ed. Garnier.
2. Si sur le sceau solaire, les nombres du carré magique « sont ceux en faveur du
soleil », ces mêmes nombres pris isolément, ont une signification redoutable, Le nombre
six dans la loi hébraïque est le nombre de l'épreuve, du travail et la de servitude
quant au nombre 666, c'est celui de la bête de l'Apocalypse (cf. Apocalypse, 13, 18).
Pagina 6
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)stayTU)
“64opmne1aaESa
xgaHuwnsuotfpFiSce0io?t4èAe“qéjospuugm£a9‘d1aNoVsHaeA!©R.u&Ndtoo
“AU1D1E
a'NsÉiociä“sOoyeDmYrAp"La“I$r1£ET7+ALsitz
BURA29KSP]D)“AIXIDIAOANTSENADEN
hers
21
LOUIS XIV
TALISMAN OFFERT A
Pagina 7
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)à qui il souhaitoit tout le bonheur imaginable durant son Regne,
et la santé fort longue, qui peut aller jusqu’à cent onze ans qui
est le nombre de chacun des six rangs que contient ce Talisman,
qu'il a fait frapper estant fort prevenu de l’Astrologie judiciaire
de ce Prince ».
L’importance de cette description réside dans le fait que la
médaille talismanique dont il est question, qui avait été publiée
à maintes reprises comme carré magique de six?, prend une valeur
nouvelle en raison des signes planétaires et graphiques gravés à
Vavers,
qui
confirment
son attribution
spécifique de talisman
fait pour le roi Louis xıv.
Comment pourrait-on s'étonner que le roi ait reçu une pareille
médaille quand on sait l'importance qui fut donnée à la position
des astres au moment de sa naissance ; et comment médecins,
mathématiciens et philosophes, proposèrent chacun des solutions
différentes desquelles ils concluaient à l’horoscope du roi. JeanBaptiste Morin s’était efforcé de prouver que le roi, en comptant
les heures du jour « de midy à midy, à la manière des anciens astronomes », était né le 4 septembre 1638 à vingt-trois heures et quinze
minutes avant midi, c’est-à-dire quarante-cinq minutes avant que
commençât le cinquième jour astronomique de septembre. Il traça,
d’après ses calculs, une figure droite du milieu du ciel à cent cinquante
et
un
degrés,
quarante-quatre minutes, et l'ascension
oblique de l’horoscope à deux cent quarante et un degrés quarantequatre minutes?, Sa thèse fut réfutée par le Père Thomaso Campa1. L'Académie n’a pas précisé quel était l’auteur de cette description ; deux hypothèses peuvent étre avancées : l’une, l’attribuant à Dacier, qui publia en 1706 l'ouvrage
intitulé : La vie de Pythagore, ses symboles, ses vers dores et la vie d’Hierocles, Paris,
M. DCCVI, t. I et Les commentaires d’Hierocles sur les vers dorez de Pythagore, Paris,
M. DCCVI, t. IL; l'autre, à De La Loubère, qui publia l'ouvrage : Du Royaume de
Siam, Paris, M. DCXCI, 2 vol. Dans le second volume, l’auteur traite du « problème
des quarrés magiques selon les Indiens » (p. 295-359).
2, Ce talisman avait été publié en 1692, dans l'ouvrage du Père Claude Du Molinet : Le
Cabinet de la Bibliothèque Sainte Geneviève divisé en deux parties, n°" IX et X, p. 137,
M. DC. XCII. (Le Père Du Molinet étant mort en 1687, la publication de cet ouvrage
a été faite sous la direction et la responsabilité du Père Sarrebourse, chanoine régulier
de la Congrégation de France.)
En 1905, par Robert Mowat : Le plus ancien carré de mots, extrait des Mémoires
de la Société Nationale des Antiquaires de France, t. LXIV, p. 12; enfin par E. Cazalas,
Carrés magiques au degré n, séries numérales de G. Tarry, Paris, 1934, p. 97. — Cazalas
a publié ce carré magique d'après le dessin reproduit dans l'ouvrage du Père Molinet.
Aucun de ces auteurs ne s’est intéressé à la signification de l’avers de cette médaille;
seul le carré magique, ou tablette numérique, a retenu leur attention.
3. Cf. Pl. II. — Photographie faite d’après Pouvrage de Jean-Baptiste Morin, Astrologia Gallica principiis et rationibus propriis stabilita atque in
XXVI. Libros distributa...
opera et studio, Hagae-comitis, ex-typogr. A. Vlacq, 1661, livre 22, sect. 2, chap. 3,
p. 555.
En 1693 le Père Claude-Francois Ménestrier
publiait cette méme figure dans son
ouvrage: Histoire du Roy Louis Le Grand par les Médailles, emblèmes, devises, jettons, etc.,
Paris, 1693, p. 4.
Pagina 8
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)Planche III,
Médaille pour la naissance du roi, dont la devise
fut composée par la Petite Académie.
(Fig. 1, dessin inédit gravé par Sébastien Le Clerc
fig. 2, la médaille frappée en 1687.)
Pagina 9
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)nella qui prétendit qu’au moment où le roi naquit le soleil s'était
approché de la terre de cinquante-cing mille lieues. De tels arguments furent à leur tour considérés comme une vision du philosophe, et ce fut la Petite Académie qui, très postérieurement à
la naissance du roi,
devait composer la devise d’une médaille!
sur laquelle elle dessina au pourtour les douze signes du zodiaque
et les septs planètes « en la mesme position, précisa-t-elle, où elles
estoient au moment de l’heureuse naissance du Roy » ; et elle ajouta :
«en cela, on a imité plusieurs medailles d’Auguste ou le signe du
Capricorne marque la constellation, soûs laquelle est nécet Empereur »?. Dans le champ « suivant la devise du Roy, dont le Soleil
est le corps, on a représenté au milieu la naissance de ce Prince,
par la figure du Soleil qui se lève ». Et à l’exergue l’Académie
inscrivit que le roi naquit le 5 septembre 1638, à onze heures et
vingt-deux minutes avant midis,
On ne peut pas douter que l’auteur du talisman offert au roi,
ait été « fort prévenu de l’Astrologie judiciaire » de son souverain,
et qu’il ait composé l’avers de sa médaille d’après les horoscopes
qui avaient été tirés de la position des astres au moment de la naissance du roi. Il mit le roi sous la double influence du Soleil et du
Bélier, assimilé à Mars, empruntant au De sigillis planetarum de
Paracelse*, le thème iconographique du sceau solaire, complété du
1. Cette médaille ne fut frappée qu’aprés 1685 c’est la raison pour laquelle une erreur
a été commise pour l’avers, sur lequel il a été gravé un portrait du roi âgé avec pour
titulature
:
LVDOVICVS
MAGNVS
REX
CHRITIANISSIMVS. L'Académie devait, en 1697,
s'expliquer sur cette erreur (cf. J. Jacquiot, Médailles et Jetons de Louis XIV, op. cit.,
V, I, p. XLVI, et pièce justificative n° 16, p. cv).
Quant à la description faite par Charpentier, elle fut arrétée par I’ Académie seulement
à la séance du samedi 3 avril 1694, après avoir été revue et corrigée
par la docte
Compagnie.
(Cf. Registre
Journal des Délibérations et des Assemblées de U Académie royale des
Inscriptions depuis le 3° Avril 1694 jusqu'au mardy 7* Septembre de la même année).
Quand l’Académie révisa les devises des médailles, frappées avant 1695, elle contesta
celle de la médaille commémorant la naissance du roi,
Ce fut à la séance du 18 décembre 1696, que l’abbé Tallemant fit remarquer que « la
naissance du Roy avoit esté toute miraculeuse, puisqu'il avait esté donné à la France
après vingt trois ans de mariage ; on n’avoit fait qu'une medaille toute profane où l'on
voyoit horoscope ou la position des signes et des Planétes... ». Ainsi l’Académie devait
composer une devise nouvelle pour la médaille de la naissance du roi, où fut gravé « un
ange descendant du Ciel qui offroit un enfant à la France agenouillée ». Au pourtour fut
inscrite cette légende : coELI mvnvs (ef. Reg. Dél., depuis le mardi 13 novembre 1696
jusqu’au mardi 7 septembre 1697).
2. H.
Cohen, Description
historique des monnaies frappées sous l’Empire romain,
seconde éd., Paris, 1880, n° 262, p. 99, t. I.
3. PL II, fig. 1, dessin gravé par Sébastien Le Clerc, conservé dans les Procès-verbaux de l'Académie : Reg. Journ.,
op. cif.;
fig.
2,
Médaille de
la Série Royale du
Cab. des Méd. de Paris, Or, Diam. : 70 millimètres, n° 490.
4. Paracelse (Théophraste Bombast von Hohenheim), Opera chemica et philosophica
(xvıe siècle) [De sigillis Planetarum]. Cf. Opera, 11, p. 154-160, Francfort, 1605
sept livres de l’Archidoxe magique, traduits pour la première fois en français, texte latin
Pagina 10
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)TALISMAN
OFFERT
A
LOUIS
25
XIV
Planche IV.
SOLEIL
6 |32/3 [34/35] 4
INN
710/27
i
28| 8 [30
+?
|
4944146 145123124
SA |
481202212147 143
Pod
NE 29|10|9 fe [49
3615
|33
2 [34
Fic.
\
TN ARS
1. — Sceau du Soleil, d’après Paracelse.
Extrait du De sigillis planetarum (avers et revers).
Pagina 11
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)signe du Lion; empruntant au sceau de Mars seulement la forme,
en ajoutant le signe du Bélier. Ainsi le talisman a-t-il à l’avers le
roi assis de face, en majesté, couronné, revétu du manteau d’apparat, tenant de la main droite le sceptre ; au-dessus de sa téte
« touchant immediatement sa couronne » un soleil radié, devant
lui, un lion couché, de profil à droite, la tête tournée de face ; pour
seule légende le mot sox’.
Ce sceau étant aussi sous le signe de Mars ne fut pas « fabriqué
avec de l’or d'Arabie ou de Hongrie », comme doit l'être le sceau
du soleil, mais il fut fait dans un « très excellent et très dur métal,
et de forme circulaire », afin de satisfaire aux vertus magiques
attribuées au dieu Mars. Deux signes particuliers sont inscrits
dans le champ, l’un et l’autre en relation avec le carré magique
du revers?.
En effet, si d’après ce carré magique on fait partir une ligne du
nombre six, en la faisant passer par le nombre trente, redescendre
au nombre vingt, remonter au nombre dix-neuf et rejoindre enfin
le nombre trente-six, on obtient un graphique identique à celui qui
est inscrit à la droite du roi?. Et, si on additionne les nombres que
relie cette ligne, on obtient le nombre cent onze, qui est le total
de chacune des constantes du carré magique de ce talisman ; nomen regard, précédés d’une introduction et d’une préface, par le Dr Marc Haven, Paris,
1909 (cf. Pl. IV, fig. 1).
1. D'après le Père Du Molinet, la médaille magique conservée au Cabinet de la
Bibliothèque Sainte-Geneviève aurait été en or. 1) est possible qu’elle ait été frappée
au moment de la naissance du roi; mais cette pièce diflérait de celle décrite par l'Académie qui est conservée au Cabinet des Médailles de Paris. Le signe du Lion n’y figurait
pas, et le trône sur lequel le roi était assis n’était pas apparent (cf. Du Molínet, op.
cit., p. 137).
Le talisman que le duc d’Aumont offrit au roi a peut-être été copié sur cette première
médaille, du moins en ce qui concerne le carré magique gravé au revers. Sur les deux
médailles on relève la même faute: le nombre 24 a été substitué au nombre 34, dans
la quatrième case de la première ligne en haut. Ces carrés sont donc faux puisque la
somme des termes de cette ligne est différente de celle des autres lignes. Or le carré
n’est valable que si chaque ligne donne la constante 111.
Cette faute n’avait pas échappé au Père Du Molinet qui, sur le dessin qu'il publia
de cette médaille magique, corrigea le chiffre 2 du nombre 24 par le chiffre 3. Bien
que la correction ait été très apparente, personne n'y porta attention, En 1905, Mowat
publia la pièce originale sans s’apercevoir que le carré magique inscrit au revers était
faux (cf. R. Mowat, op. cil., p. 12). Et, en 1934, Cazalas donnait une reproduction du
dessin de cette pièce, d’après l'ouvrage du Père Du Molinet, sans égard à la correction
apportée (cf.
E. Cazalas, op. cit., p. 97; et PL V, fig. 2).
La substitution du nombre 24 au nombre 34 fut-elle une erreur due à l'ignorance
du graveur, ou plutôt une faute volontaire, voulue par l’auteur du talisman, qui aurait
redouté de mettre son roi sous l’influence maléfique du nombre 666, qui est le produit des constantes du carré magique de six ?
2. Les deux signes inscrits dans le champ, à l’avers, furent décrits par le Père Du
Molinet en ces termes : « des hiéroglyphes qui témoignent de la conjonction du signe
du lion avec d'autres constellations » (cf. op. eit., p. 137, n° XD.
3. Cf. Pl. V, fig. 1.
Pagina 12
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)LE TALISMAN OFFERT A LOUIS XIV
Planche V.
lSISIBNTA15+|8
32131341351 1
1112712818 [30
F 16119 123124
22/21 117 [13
Jo
Fie. 2.
bre qui symbolise le vœu adressé au roi par Pauteur de cette
médaille, de voir vivre son souverain cent onze ans.
Un second signe, celui-là inscrit à la gauche du roi, au-dessus
du signe du lion, a été décrit en ces termes par l’Académie : « des
croissants de lune paraissant attachés et liés, afin que le Prince
reçut toutes les bonnes influences de cette Planète... »!. Ce signe,
qui est fait de deux diagonales centrales qui se terminent par une
1. Il ne semble pas que l'interprétation de ce second signe donnée par l'Académie
soit exacte, d'autant que si on en croit Paracelse, « il faut faire attention à Ventrée
de la Lune dans le premier degré du Lion, au jour du Soleil », Il ne faut en imprimer
l’image sur le sceau que « si à ce moment la Planète est de bon mouvement ».
Sans doute, si on s’en réfère au dessin de la médaille magique publiée par Du Molinet,
et reprise par Cazalas,
on pourrait croire à des croissants de lune; mais l’auteur a
déformé le signe original en le reproduisant
; il n'y a, pour s’en convaincre, qu'à se
reporter aux Pl. IV, fig. 2, et V, fig. 2.
Pagina 13
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)abus
8\27
Pagina 14
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)LE TALISMAN OFFERT A LOUIS XIV
circonférence, au-dessous de laquelle se fixe chacune des diagonales
qui relient des demi-circonférences, dites « croissants de lune », est
semblable a la figure qu’on obtient si on dépouille de ses nombres
le graphique du carré magique, tel que Pa publié Cazalas!, en laissant en place les diagonales du carré naturel, et en suivant le tracé
des lignes concaves que forment les nombres des quatre groupes
qui viennent respectivement occuper la place de leur vis-á-vis?,
Ce signe — plutôt que des croissants de lune liés entre eux — ne
serait-il pas l’expression figurée du symbolisme sous-jacent du roi
lié à Dieu en même temps que « dieu lieur » ? Cette double signification religieuse et magique rappellerait que, si le roi à sa naissance
fut l’objet de recherches passionnées pour tirer son horoscope
de la position des astres, il fut d’abord appelé « Dieudonné », le
don de Dieu, objet de vœux pieux, qui se concrétisèrent en fondations religieuses, Et que, au surplus, il était avant tout le Rex
christianissimus, malgré l’emblème solaire qui
lui
servait,
non
seulement de devise, mais encore qui ornait tout ce qui relatait sa
puissance.
Les
diagonales centrales qui rappellent le signe x, évoquant
l'idée de liens, ne symbolisent-elles pas cette dépendance du roi
«au maître des liens »4, c’est-à-dire à Dieu ? Et les demi-circonférences
liées et attachées à ces diagonales, ne sont-elles pas la figuration des
quatre parties du monde sur lesquelles Louis xrv avait l'ambition de
régner, nations soumises à celui qui avait pouvoir de lier et de délier,
1. E. Cazalas, op. cit., p. 96 (cf. Pl. VI, fig. 1).
2. Cf. Pl. VI, fig. 2.
3. Ces fondations religieuses furent faites, les unes pour implorer les faveurs du
Tout-Puissant afin qu’il donnät un dauphin à la France. Ainsi, le roi Louis XIII posat-il la première pierre de l’église Saint-Louis, de la maison professe des pères Jésuites,
rue Saint-Antoine, le 17 juillet 1628
; cette église ne fut achevée que trois ans après
la naissance du roi, en 1641. Les autres, faites par la reine, le furent en action de
grâce.
Ainsi furent élevées : l’église Sainte-Geneviéve de Nanterre dont elle posa la première
pierre en 1642; l’église Notre-Dame-de-Grâce et le Couvent des Loges,
en forêt de
Saint-Germain, pour les religieux Augustins déchaussés, dont elle posa la première
pierre en 1644
; le monastère du Val-de-Grâce dont la première pierre fut posée par
le roi enfant, en 1645, en présence de sa mère, Anne d'Autriche, régente.
Toutes ces fondations ont été commémorées par des médailles, qui ont été mises
dans les fondations de ces édifices, et dont le Cabinet des Médailles de Paris conserve
des exemplaires identiques en or et en argent.
4. Pourquoi ne pas voir dans les diagonales de ce signe créé par l’auteur du talisman,
le symbole du christianisme auquel le roi était attaché, considérant que ces deux diagonales naturelles, rappellent l’X, initiale de Xguotóc, sigle qui, dans les inscriptions
sigillaires du x1* siècle, était employé pour signifier « Christus » (ef. A. Chassant,
Paléographie des Chartes et manuscrits du XI° au XVIIe siècle, Paris, 1885, p. 127);
qui, sur la croix du trésor royal de Hongrie, fut mis pour désigner le Christ et qui
antérieurement à la paix de l’Église semble bien avoir été le signe par lequel on désignait les chrétiens
; Julien l’Apostat se flattait, selon ses propres termes, « de faire la
guerre aux X ».
Pagina 15
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)Planche VII.
PAR LES NOMBRES
ops ths,
MYSTERIEUX DES PITHAGORICIENS|
SUR LES HEUREUX SUCCES DES ARMES DE SA MAJESTE
LOUIS
i
GRAN 1)
i
|
|
Io
rano le Or
contultercat pour decouvrir Uayenir, celuy des Nombres fat l'un des
| pa contiderables. I
Farene les premiers quí vattacherent a “confiados
| Philtopnie a Pidlugone quí fat li file n'elloir Fondée que für de femblab
¡ TE ga ue » dignsient pas de ces
Ratimens, dont Saint Auguitin sel fouvent
sane ibn a rien dans le Monde qui ne doive
unenen & Ladmiration
fervir à da gloire de Vo.
Jay cherche dans ces Myiteres
co Oracles,
& la
by fteres . Les premiers Peres de
on expliquant l'Evangile.
Me,
qui en elt aujounthay
les Rencontres heureules
des prodiges quelle fait
puis plu
de vingt ans aux seus de toute la Terre; El n'ofant faire encore le Prophete fiw avenir
qui nouspromet
+ chol plus firpremate» que evite. que nous avons vues , jay trouve dans le palle dequoy’ appuver ces Orrcles
reat que nous verrons un jour
Maitre de l'Univers.
Pagina 16
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)LMNOTORSTUXYZ.
10 20 30 40 50 00 70 30 go wo 200 100 400°
de Bowen +
di...
un Grane cn l'année .
we...
L.
©.
5
2.
o
=.
nd
7e
nt.
a
127
i
u
Ì
Ze
Hi
Bu
PI
[Le Key
É
21
j
a
sn.
A
30 n
x
e
u
ci.
bo
i
n
LE Raw»
Louis
wok
40
cavo
2.0.9
..80
Es
6.
OR
AL.
N
D.
iunnera
we dg!
si...
a
au peuple
la Paix
Pagina 17
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)en vertu de la souveraineté qui lui avait été conférée! ? C’est une
hypothése qui n’est pas 4 exclure, le symbolisme du lien étant magique comme la souveraineté elle-méme, et étant aussi en rapport
avec celui du nombre six, qui est précisément le nombre du carré
magique gravé au revers de ce talisman.
L'intérêt qui s’attache encore à ce talisman, réside dans le deeryptement des nombres de la tablette numérale du revers au moyen
d'une table de concordance des lettres de l'alphabet avec des chiffres ;
on obtient ainsi cette phrase qui prend valeur de dédicace : au roi
soleil.
L’auteur inconnu du talisman ne serait-il pas le méme que celui
qui dédia en 1679 cette clé magique au roi?, en lui précisant qu'il
1. Louis XIV assimilé à un « dieu lieur » ? Ce n'est pas à rejeter étant donné le
prestigieux pouvoir magique qu'il exerçait dû au don de métamorphose illimité dont
il était investi. En tant que roi soleil il apparaissait, soit sous les traits d’Apollon, soit
sous le symbole du lion, Le carré magique de six, publié par Ahrens,
sur lequel on
voit un lion debout, de profil à droite, tenant de la patte avant, droite, le globe du
monde, ayant devant lui le signe du lion, au-dessus de sa tête un soleil radié « touchant
immédiatement » sa nuque, c’est le roi métamorphosé. L'auteur n'ayant pas décelé le
sens de cette médaille magique, n’a vu dans le lion que « l’image de la maison du soleil »
(W.
Ahrens, Die
«
magischen
»
Zahlenquadrate
in der
Geschichte des Aberglaubens,
Berlin, 1915, p. 328).
Le roi apparaissait encore sous les traits d’Hercule
et
de Mars, redoutable dieu
de la guerre, maniant le foudre, aveuglant, assourdissant, pétrifiant ses adversaires,
afin d'enlever toute efficacité à leurs armes.
Le prestige magique, symbole de la souveraineté même, s’exergait aussi au moyen des
forces que détenait le roi qui étaient : la justice, l'administration, la sécurité, la guerre,
la paix. Ces forces, comme les réseaux d'un filet, il les avait jetées sur ses sujets, les
ténant liés à lui, comme lui-même était lié à Dieu. Mais au delà dés bornes de son
royaume, Louis XIV avait jeté aussi les liens par lesquels il avait eu l'ambition d’enchaîner les autres nations, celles-là mêmes qu’il avait conquises et que symboliquement
il avait fait représenter enchaînées au pied de sa statue dressée Place des Victoires en 1686,
« les mains liées derrière le dos, exposées en bronze, comme au pilori de l'histoire. »
(ef. Michelet, Histoire de France, t. XIII, p. 371-372; J. Jacquiot, Médailles et Jetons
de Louis
XIV d’après le manuscrit.
ADD.
31.908 de Londres,
Paris,
1968,
t.
LII,
p. 433-439).
Tl semble que l’auteur de la description de ce talisman ait supputé le symbolisme
qui était attaché à ce signe gravé à la gauche du roi quand il Pa défini
« comme des
croissants de lune paraissant liés et attachés entre eux », faisant peut-être
aux rites et aux symboles du liage chez
les
allusion
Indo-Européens qui comportaient des
éléments chtonico-lunaires (cf. Georges Dumézil, Ouranos-Varuna, Paris, 1934 ; Mythes
et dieu des Germains, Paris, 1939
; Jupiter, Mars, Quirinus, Paris, 1941).
2. Pour que ce décryptement soit valable, il est indispensable que le carré magique
soit juste.
3. Cette clé magique dédiée au roi s'intitule « Les Oracles de la Sibille frangoyse par
les nombres mistérieux des Pythagoriciens sur les heureux succès de Sa Majesté »; elle
est signée de N. Guillin. Dans cette miniature allégorique, la « Sibille » montre à quatre
femmes, représentant les quatre parties du monde, les chiffres secrets inscrits sur un
temple antique, dominé par deux figures ailées, soutenant le médaillon du roi. Ces
quatre parties du monde symbolisées par ces quatre femmes corroborent la relation
qu’il est possible d’établir entre l’auteur du talisman, le signe gravé sur
celui-ci,
à
la gauche du roi, et l’auteur de la clé magique dédiée au roi (cf. Pl. VII et VIII).
Dès 1667, Colbert n’avait-il pas prévu de faire élever un obélisque au Pré aux Cleres, en
commémoration des « actions mémorables » que le roi aurait faites, A la base de l'obé-
Pagina 18
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)LE TALISMAN OFFERT A LOUIS XIV
avait cherché dans le systéme des nombres « les rencontres et les
prodiges » faits par le roi, lui révélant « qu’il a trouvé dans le passé
de quoy appuyer ses Oracles qui nous asseurent, précise-t-il, que
nous verrons un jour Sa Majesté maistre de l’Univers » ?1
Ainsi la magie arithmétique était-elle encore en usage au xvn® siècle, et bien qu’elle ne fût plus utilisée comme à ses origines uniquement pour fournir des talismans, elle resta encore empirique
jusqu’au dernier tiers du siècle. A partir de cette époque, on commença à l’étudier scientifiquement, Aux recherches sur les carrés
magiques s’attachent les noms de
Fermat?,
Ozanamÿ, De La Loubére®, pour ne
citer que les plus illustres.
Pascal’,
Arnauld!,
Mais ce ne fut qu'en 1906 que Tarry? découvrit la construction
des carrés n — magiques, ou
magiques aux n premiers degrés,
auxquels se rattache le carré magique de six, gravé au revers du talisman de Louis xrv.
Ces carrés magiques ont probablement été introduits en Europe
par le grammairien byzantin Moscopoulos au xive siecle®, dont
lisque, sur chaque face, quatre devises sculptées, devaient représenter quatre animaux
solaires qui auraient symbolisé les quatre parties du monde sur lesquelles le roi prétendait régner, qui étaient : l’Occident, l’Asie, Afrique et l'Amérique (cf. J. Jacquiot,
Médailles et projets de monument et de jetons pour la colonie de Madagascar en 1665
et la fondation de la Compagnie française des Indes en 1664, dans Actes du 91¢ Congrès
Nat. des Soc. Savantes, Rennes, 1966, section archéologie, p. 407-426 et fig. 4 et 5).
1. Cette allusion au roi « maitre de l'Univers » rejoint l'hypothèse développée à
propos du signe gravé à la gauche du roi.
2. Fermat, dès 1628, avait imaginé, pour construire les carrés magiques impairement
pairs, des procédés trés généraux, ne possédant pas exactement la méthode (cf. Pierre
de Fermat, Varia opera mathematica, Tolosae, 1679, et Œuvres, éd. par Ch. Henry et
P. Tannery, t. II, Paris, 1894, p. 182-197).
3. Pascal avait fait un traité sur les carrés à enceintes « qu'il tenait prêt à sortir
en 1654, si juvat Deus ».
4. Arnauld (Antoine), en partant du carré naturel, avait donné un procédé de construction par enceintes : Nouveaux éléments de géométrie par MM. de Port-Royal, Paris,
1667, 2e éd., La Haye, 1690, p. 461-480.
5. Jacques
Ozanam,
Dictionnaire
mathématique,
Carrés
magiques
harmoniques,
Paris, 1690 et Amsterdam, 1691,
6. La Loubére fut le premier qui retrouva la construction de Moschopoulos pour
les impairement pairs (cf. Simon de La Loubére, Du royaume de Siam, Paris, 1691,
et Amsterdam, autre edit., 1691, t. I, II; t. II, p. 235-288, Le Problème des carrés
magiques selon les Indiens).
7. Ce fut le 26 mars 1906 que Henri Poincaré a présenté devant l'Académie des
Sciences une note de Gaston Tarry dans laquelle celui-ci définissait le carré cabalistique
aux n premiers degrés, auquel se rattache le carré de six (ef. Comptes rendus Académie
des Sciences, t. CXLII, 1906, p. 756).
« On ignorait, écrivit Cazalas, au xvi* siècle, par quelle méthode avaient été construits
les carrés magiques de 6 connus, et si cette méthode était générale pour les impairement
pairs. Cette ignorance s’est même prolongée jusqu’à notre époque
; on n’avait que des
procédés particuliers et peu pratiques, héritage des occultistes » (cf. E. Cazalas, op. cit.,
p. 8). Voir encore : Gaston Tarry, Les permutations carrées de base 6, dans Mémoires
de la Société royale des Sciences de Liège, troisième série, t. II, Bruxelles, juillet 1900,
8. Manuel Moschopoulos, Traité sur les carrés magiques, adressé à Nicolas de Smyrne
Artavaste, dit le Rhabdas (xive s.) et publié d’après un manuscrit de Munich, par
Pagina 19
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)La Hire retrouva, en 1691, un manuscrit qui fut publié par Günther, en 1876, et traduit par Tannery en 18861. Ce manuscrit donne
plusieurs carrés magiques pairement pairs, et le procédé général de
leur construction ; il donne aussi un carré de six, mais pour celui-la
il n'indique pas comment il a été obtenu. Le premier carré magique
qui fut publié en Europe occidentale fut celui de quatre, ou sceau de
Jupiter?. Cette magie arithmétique ne fut pas regardée, au xvir® siècle, seulement comme un vaste problème ; certain savant comme
Euler, qui attacha son nom à un type remarquable de carré, vit
dans ces tablettes numérales une construction harmonieusement
aménagée,
sorte de marqueterie arithmétique,
dont la beauté
classique éclata à ses yeux comme un miracle decoratif?, et à propos desquels Fermat écrivait « qu’il ne savait gueres rien de plus
beau en l’Arithmétique, que ces nombres que quelques-uns appellent Planetarios et les autres Magicos ».
MM. Raymond Lesécue, Emile CoornaERT, Henri Marrov,
Henri-Charles PuecH, Charles SAMARAN, André DUPONT-SOMMER et
Jean CHARBONNEAUX interviennent après cette communication.
S. Günther (Vernisehte Uniersuchungen zur
Geschichte der Maihemai. Wissenschaften
{au chap. rv on trouve un intéressant historique des carrés magiques}, et le Traité de
Moschopoulos, p. 191, 195-203, 217, 268, Leipzig, 1876).
1, Paul Tannery, Manuel Moschopoulos et Nicolas Rhabdas, dans Bulletin Sciences,
Mathématiques et Astronomie, (2), 8, 1884, p. 263-277, Paris ; Traité de Manuel Moschopoulos sur les carrés magiques, texte grec et traduction, dans Annuaire Association
d'encouragement aux études grecques en France, Paris, 1886, p. 88-118.
2. C'est ce carré magique qu’Albert Dürer a introduit dans sa Melancolia (cf. Agrippa,
op. cit., II, ch, xxır).
3. Léonard Euler, De quadratis magicis, Berlin, 1776, et Commentationes, t.
II,
4. Lettre de Fermat au Père Mersenne, sur les Carrés magiques, 1¢* avril 1640,
dans Œuvres de Fermat, éd. par Ch. Henry et P. Tannery, t. II, Paris, 1884, p. 194.