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Bulletin de ia Sociéié Ernest Renan
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Bulletin de la Société Ernest Renan. In: Revue de l'histoire des religions, tome 157 n°1, 1960. pp. 125-140.
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SÉANCE DU 28 FÉVRIER 1959
La séance est ouverte à 17 h 15 sous la présidence de M. A. Pézard,
vice-président.
Après la lecture du procès-verbal, adopté sans observations, le
président annonce à l'assemblée la mort de Mme Dussaud : ce décès
redouble la tristesse qu'a ressentie la Société Ernest Renan de la
disparition de celui qui avait été l'un de ses fondateurs.
Le président félicite M. Boyancé de son élection à l'Académie des
Inscriptions.
Le secrétaire général remercie au nom de l'assemblée M. R. Turcan
qui a fait don à la Société de son étude sur Dionysos Dimorphos,
tirage à part des Mélanges , publiés par l'École de Rome, année 1958.
Il fait savoir que la date des vacances de Pâques contraint à fixer
la prochaine séance au 25 avril.
Le président donne la parole à M. Pierre Boyancé, membre de
l'Institut, pour sa communication. .
L'interprétation solaire ď Apollon
II s'agit d'étudier dans la religion grecque les origines et le
caractère de l'identification d'Hélios- et d'Apollon. La tragédie
attique, notamment Eschyle dans les Bassarides et Euripide dans le
Phaéihon, nous la présente nettement comme le fruit de spéculations
savantes ; on a pensé à l'orphisme, un orphisme qui serait, selon
Wilamowitz et Krueger plus apollinien que dionysiaque. Les textes
orphiques, très postérieurs, où elle se retrouve en effet, font intervenir
en fait des notions pythagoriciennes et à date ancienne il est souvent
impossible de délimiter le champ respectif des deux mouvements.
Si on cherche du côté de ces spéculations savantes vers lesquelles
en tout état de cause nous orientent les textes de la poésie, on trouve
notamment Théagène de Rhegium et Oinopide de Chios, qui peuvent
tous les deux être mis en rapport avec le pythagorisme. Le premier
appuie son identification sur l'exégèse allégorique d'Homère, dont
il nous est donné comme le promoteur. Le second est un savant,
mathématicien et astronome. Il retrouve dans les épithètes mythiques
d'Apollon sa découverte fondamentale relative au cours du Soleil,
l'inclinaison de l'écliptique et illustre ainsi la science par la fable,
comme le feront après lui Platon, illogique en cela, et Aristote, en
accord avec son idée des antiques civilisations. Oinopide met en
rapport la Voie lactée, considérée comme le premier chemin du soleil,
avant qu'il n'ait adopté le plan de l'écliptique, avec le mythe de
Thyeste. D'autres pythagoriciens, selon Aristote, le font avec le
mythe de Phaéthon ; la rencontre avec Euripide est frappante.
Mythes de Thyeste et de Phaéthon se retrouvent mis en relation
avec des vues cosmologiques dans le Politique et le Timée de Platon :
l'influence pythagoricienne est ainsi manifeste sur ce dernier.
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,
Mais il y a lieu de faire aussi état du système cosmique de Philolaos où il y a des raisons de croire que le feu central, à côté des noms
attestés d'Hestia, de Mère des Dieux, de Maison de Zeus, a aussi reçu
en tant que l'Un le nom d'Apollon. Philolaos met d'autre part ce feu
et cet Un en relation avec l'harmonie des sphères, se référant à une
théorie du milieu et de la mese, conforme à la pratique des musiciens
grecs. La page de Platon sur le Cratyle met en rapport Apollon avec
la musique et l'harmonie du Cosmos, sous l'influence évidente des
spéculations pythagoriciennes. Platon a connu les systèmes d'Oinopide et de Philolaos. La cité des Lois placera au centre de sa théologie
astrale, comme au centre matériel de la ville, un culte conjugué
d'Apollon et d'Héfios, mis en rapport exprès par l'auteur avec la
révolution du ciel et avec sa doctrine du temps. L'union d'Hélios
et d'Apollon dans le calendrier se retrouvera peu après chez l'attidographe et devin Philochore, qui aura subi l'influence de Platon et
du pythagorisme. A l'Académie, le successeur immédiat de Platon,
Speusippe, enseigne l'identité d'Apollon et d'Hélios.
Elle aura une grande fortune, attestée par de nombreux témoi
gnages, chez les stoïciens. Mais, si on l'étudié chez celui qui en a été
le principal promoteur au sein de l'École, chez Cléanthe d'Assos, on
retrouve l'influence pythagoricienne. Sa cosmologie donne au Soleil,
siège de l'hégémonikon du monde, une place dominante ; il joue dans
la conflagration finale le rôle décisif ramenant tout à son unité. Il
est presque sûrement qualifié de cœur du monde et celui-ci paraît
conçu comme un vivant, qui, selon l'embryologie d'Empédocle et de
Philolaos, se constitue autour du cœur, premier apparu et dernier à
disparaître. Apollon-Hélios est, d'autre part, l'auteur de l'harmonie
du monde. Ou encore celle-ci est comparée à la lyre d'Apollon et le
Soleil serait le plectre.
L'histoire postérieure de l'identification d'Apollon et d'Hélios
peut être aisément poursuivie et n'est pas sans intérêt. Mais on s'est
proposé surtout de mettre en lumière comment et dans quel esprit elle
s'est opérée : elle est l'œuvre de l'astronomie pythagoricienne et de
l'union de la science et de la piété qui présidaient à celle-ci.
La communication de M. Boyancé amène un échange de vues
auquel participent MM. Ch. Picard, Lajusan, Pézard, DupontSommer, Virolleaud et Schuhl.
La séance est levée à 18 h 45.
SÉANCE DU 25 AVRIL 1959
La séance est ouverte à 17 h 15 sous la présidence de M. P. Lemerle,
vice-président.
Après la lecture du procès-verbal, adopté sans observation, le
secrétaire général prend la parole pour une mise au point. Les
membres de la Société viennent de recevoir une circulaire qui leur a
été envoyée par la Guilde Ernest Renan. Le secrétaire général veut