Volledige tekst tonen23 pagina's
Pagina 1
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)Lava
CORE è .
PR rree _
\ a 6o
Bernard Combet-Farnoux
Linspiration pythagoricienne et dionysiaque dans un autei
funéraire du Musee du Latran
Citer ce document / Cite this document :
Combet-Farnoux Bernard. L'inspiration pythagoricienne et dionysiaque dans un autel funéraire du Musée du Latran. In:
Mélanges d'archéologie et d'histoire T. 72, 1960. pp. 147-165.
doi : 10.3406/mefr.1960.7463
http://www.persee .fr/web/revues/nome/prescript/article¢mefr_0223-4874_1960_num_72_1_7463
creative
commons
Pagina 2
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)Bernard Combet-Farnoux
L'inspiration pythagoricienne et dionysiaque dans un autel
In: Mélanges d'archéologie et d'histoire T. 72, 1960. pp. 147-165.
Citer ce document / Cite this document :
Combet-Farnoux Bernard. L'inspiration pythagoricienne et dionysiaque dans un autel funéraire du Musée du Latran. In:
Mélanges d'archéologie et d'histoire T. 72, 1960. pp. 147-165.
doi : 10.3406/mefr.1960.7463
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/mefr_0223-4874_1960_num_72_1_7463
Pagina 3
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)L'INSPIRATION PYTHAGORICIENNE ET
DIONYSIAQUE
DANS
UN AUTEL FUNÉRAIRE DU MUSÉE DU LATRAN
PAR
M. B. Gombet Farnoux
Ancien membre de l'École
Le document dont nous reprenons l'étude est loin d'être inédit ;
mis au jour au début du xixe siècle, il a déjà fait l'objet de plu
sieurs
descriptions x, et son intérêt artistique limité, compte tenu
de sa facture assez grossière, ne semble pas devoir retenir à nouveau
l'attention. Cependant, il nous a paru bon de tenter de préciser
la valeur symbolique de chacun des éléments de sa décoration,
qu'on s'était jusqu'à présent contenté de décrire sans en dégager
la signification, et de montrer comment la scène centrale où figure
Hermès-Mercure surveillant une chèvre participe de la même ins
piration
que les autres motifs de la décoration.
Cette urne funéraire fut découverte en 1825, avec tout un en
semble
de monuments de même type, sur la Via Appia, près de
la vigne Ammendola, dans le columbarium de la famille des Volusii a. L'urne faite de marbre avait été brisée en plusieurs fragments,
mais a pu être reconstituée presque intégralement, seule l'inscrip1 Cf. Otto Benndorf et Richard Schöne, Die antiken Bildwerke des
Lateranischen Museums, Leipzig, 1867, p. 191, n° 298. Cf. Walter Alt
mann,
Dis römischen Grabaltäre der Kaiserzeit, Berlin, 1905, p. 55,
2 Cf. Ο. Benndorf et R. Schöne, op. cit., cf. Walter Altmann, op.
cit., p. 49.
Pagina 4
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)tion a relativement souffert, sans que le dommage subi en interdit
la restitution 1. L'urne est conservée au Musée du Latran.
Les dimensions de ce monument sont modestes (hauteur : 0m51,
largeur : 0m29, profondeur : 0m26) et sa décoration apparaît sans
originalité dans la facture ; c'est un autel funéraire comparable
à première vue à tant d'autres oeuvres de même époque et de des
tination
identique, les représentations figurées sont sans valeur
artistique, et le style relativement grossier de l'ensemble est encore
aggravé par les dégradations subies. Le seul intérêt de ce petit
monument réside dans les motifs de sa décoration souvent décrits
sans qu'on se soit attaché à définir avec précision la symbolique
qui les inspire2.
Le couvercle en forme de fronton est orné à chacune de ses ex
trémités
d'un acrotère et décoré, dans le champ, d'une couronne
de laurier entremêlée d'une bandelette qui déploie de part et
d'autre ses plis.
La face antérieure présente les motifs suivants : à chaque angle
figure un ensemble symétrique constitué à la partie inférieure
par un aigle au repos, les ailes à demi éployées, adossé semble-t-il
à un pilier ou un fût de colonne portant un globe partagé horizon
talement par une incision bien apparente en deux hémisphères.
Sur l'hémisphère supérieur se dresse debout, une jambe portée en
avant, un jeune homme nu et imberbe, dont le bras extérieur (le
bras droit pour le personnage de gauche, et le bras gauche pour
celui de droite) est élevé à hauteur de la tête pour porter l'ent
ablement sur lequel repose le couvercle en forme de fronton. L'autre
bras est représenté pendant le long du corps, et la main tient un
xCf. C. I.L., VI, 7387.
3 Cf. Robert Eisler, Orphische-Dionysische Mysteriengedanken in
der christlichen Antike, Berlin, 1925, p. 391, η. 2 : l'auteur fait observer,
à propos de la scène centrale où figurent Hermès-Mercure et une chèvre,
que l'épisode doit avoir un sens mystique, sans s'attarder à analyser cette
signification.
Pagina 5
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)objet ovale qui peut s'identifier avec une grappe de raisin1.
Entre ces deux ensembles symétriques qui flanquent chacun des
angles de la face antérieure, le champ est partagé en deux registres :
au registre supérieur, immédiatement sous l'entablement entre les
deux silhouettes de jeunes gens, dans un cadre rectangulaire est
gravée l'inscription funéraire2 :
DIS . MANIB
IANVARIAE
CORNELIAE
L. <VOLV>SI
EVTYCHES GONIVGI
BENE . MERENTI
ET . SIBI
L.D.D.D
Cette inscription nous permet d'identifier le personnage dont
l'urne contenait les cendres et de dater avec une précision relative
le monument : l'urne a été destinée par un certain Eutychès à re
cevoir
les restes de sa femme Januaria, esclave de Cornelia épouse
de L. Volusius Saturninus. L'appartenance de la défunte à la suite
de Cornelia, grande dame issue de l'illustre lignée des Scipions8,
donne raison de la présence de cette urne funéraire dans le colum
barium de la puissante famille des Volusii, et nous apporte encore
un moyen de la situer dans le temps. En effet, l'inscription nous
présente Januaria comme l'esclave de Cornelia et, dans la mesure
où elle fait mention de la maîtresse Cornelia et de son mari L. Vol
usius,
il apparaît, suivant toute vraisemblance, que la servante
mourut avant ses maîtres. Nous ne savons à quel moment précis
Cornelia acheva ses jours, cependant il demeure possible d'établir
1 Cf. Otto Benndorf et Richard Schöne, op. cit., p. 191. Cf. Walter
Altmann, op. cit., p. 55.
a Cf. C. I. L., VI, 7387.
* Cf. Pline, N. H., VII, 62 : « Cornelia Scipionum gentis. »
Pagina 6
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)Β. COMBBT FARNOUX
approximativement l'époque où sa mort naturelle serait vraisem
blable: elle était l'épouse d'un grand personnage L. Volusius Saturninus. Ce dernier, né en 37 av. J.-C, descendait d'une famille
ancienne qui ne pouvait cependant se targuer d'appartenir à
la « nobilitas », puisque nul de ses membres n'avait jusqu'alors
dépassé la preture dans le « cursus honorum x ». L. Volusius Sa^urninus donna à sa lignée prestige et influence : il assit la puissance
de sa famille sur la possession d'une grande fortune 2 qu'il s'appliqua
à accroître, par des moyens licites au demeurant si nous en croyons
Tacite 8, sans doute par une gestion avisée, et un souci d'économie
qui paraît avoir frappé les contemporains4. D'un autre côté, il
parvint aux grandes charges de l'État et sut s'y maintenir : il
fut consul en 3 ap. J.-C. et désigné comme préfet de la Ville à
partir de 42, il exerça cette fonction jusqu'à ce qu'il mourût en 56,
à l'âge avancé de quatre-vingt-treize ans5, auréolé d'une excel
lente réputation e, et assez heureux ou tout le moins assez adroit,
pour n'avoir pas éprouvé la disgrâce du prince au long de tant de
règnes successifs7.
Quand ce puissant personnage disparut, nous pouvons supposer
avec beaucoup de vraisemblance que Cornelia était encore en vie,
car elle paraît avoir été sensiblement plus jeune que son époux,
d'au moins dix à quinze années en comptant au plus juste. En
1 Cf. Tacite, Ann., Ill, 30, 1-2 : « Fine anni concessere vita insignes
viri L. Volusius et Sallustius Grispus. Volusio vêtus familia neque tamen
praeturam egressa : ipse consulatum intulit, censoria etiam potestate
legendis equitum decuriis functus, opumque quis domus illa immensum
viguit primus adcumulator. »
2 Cf. Tac, Ann., Ill, 30, 1-2.
8 Cf. Tac, Ann., XIII, 30 : « At L. Volusius egregia fama concessit,
cui très et nonaginta anni spatium vivendi praecipuaeque opes bonis
artibus, inofïensa tot imperatorum malitia, fuere. »
4 Cf. Tac, Ann., XIV, 56 : «... et quantum Volusio longa parcimonia
quaesivit, tantum in te mea liberalitas explere non potest ».
6 Cf. Pline, N. H., VII, 14, et Tac, Ann., XIII, 30.
• Cf. Tac Ann., XIII, 30.
7 Cf. Tac, Ann., XIII, 30,
Pagina 7
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)effet, Pline l'Ancien, à propos de ce personnage, qui semble s'être
imposé à l'attention de ses contemporains à tant d'égards, a tenu
ä rapporter une particularité bien faite pour marquer dans les sou
venirs
du temps : Cornelia lui donna un fils Q. Volusius Saturninus,
alors qu'il avait déjà atteint l'âge de soixante-deux ans1. Or, dans
le même passage, Pline, qui s'applique à montrer par quelques
exemples bien choisis que l'espérance de la paternité n'est pas
interdite à l'homme par un âge avancé, affirme qu'après cinquante
ans une femme ne saurait plus enfanter, et précise que la plupart
des femmes ne sont plus en état de donner la vie dès la quarant
aine
2. Dans ces conditions la différence d'âge entre les deux époux
devait être relativement importante : l'écart le plus réduit serait
d'au moins douze ans ; mais c'est là une possibilité toute théorique
qui s'exclut pratiquement d'elle-même, si nous considérons de
plus près le témoignage de Pline ; la naissance de Q. Volusius Sa
turninus,
déjà digne de mention en raison de l'âge relativement
inusité de son père, eût été remarquable à un double titre, si sa
mère avait atteint à ce moment la cinquantaine, et Pline, qui s'a
ttache à rapporter des cas exceptionnels, n'eût pas manqué de s
ignaler
cette particularité. En fin de compte, si nous nous en te
nons
au témoignage de Pline, un écart d'une vingtaine d'années
au moins entre les deux époux constitue une hypothèse hautement
vraisemblable, qui n'exclut évidemment pas la possibilité d'une
différence d'âge plus grande encore. En effet, au dernier siècle de
la République, et encore au début de l'Empire, malgré les efforts
d'Auguste pour donner une place eminente à la famille dans l'État
romain restauré, l'aristocratie connaissait nombre de mariages qui
n'étaient que des unions mal appareillées, contractées pour des
1 Cf. Pline, N. H., VII, 14 : « Nuper etiam L. Volusio Saturnino in
Urbis praefectura extincto notum est e Cornelia Scipionum gentis
Volusium Saturninum, qui fuit consul, genitum post LXII annum. »
2 Cf. Pline, N. H., VII, 14 : « Mulier post quinquagensimum annum
non gignit, majorque pars XL profluvium génitale sistit. »
Pagina 8
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)raisons de politique familiale ou des questions d'intérêt Κ De toute
façon, et c'est le point essentiel qui doit retenir ici notre attention,
Cornelia devait être nettement plus jeune que son époux —
l'écart le plus vraisemblable étant au moins de l'ordre d'une ving
taine d'années — et la différence d'âge éventuelle nous autorise
à penser qu'elle était encore en vie en 56 quand L. Volusius mourut
à quatre-vingt-treize ans.
Par ailleurs, si, tenant compte de l'âge avancé relativement ex
ceptionnel
pour ce temps, atteint par L. Volusius Saturninus, nous
considérons un instant l'hypothèse — fort invraisemblable, comme
nous l'avons vu — suivant laquelle l'écart entre les deux époux
aurait été le plus réduit possible, c'est-à-dire de l'ordre d'une dou
zaine d'années (Cornelia ayant atteint en ce cas en 56 l'âge de
quatre-vingt-un ans), nous pouvons envisager encore la possibilité
que la mort naturelle de Cornelia ait eu lieu avant celle de son mari.
Dans ces conditions, une mort naturelle conséquence de l'âge,
plausible dès les environs de soixante-dix ans, se situerait dans la
dizaine d'années précédant 56, c'est-à-dire sous le principat de
Claude.
Januaria ayant disparu avant ses maîtres, c'est-à-dire avant
1 Au premier examen, la politique familiale de L. Volusius Saturni
nus
qui paraît s'être efforcé systématiquement d'assurer à son nom
richesse et honneurs publics rendrait vraisemblable une union de cette
sorte, même disproportionnée, avec une descendante de la branche des
Scipions, de l'illustre « gens » Cornelia. Cependant, quelles qu'aient été
les raisons de cette union avec Cornelia, nous inclinons à penser que la
différence d'âge entre les deux époux ne pouvait être trop dispropor
tionnée: en effet, l'action de L. Volusius a suffisamment retenu l'atten
tionde ses contemporains pour que Tacite et Pline l'Ancien nous
aient conservé le souvenir des particularités les plus frappantes de sa
vie ; un mariage dicté seulement par l'intérêt avec une Cornelia, et con
tracté
malgré une différence d'âge inusitée, aurait défrayé la chronique
du temps, et Tacite attentif à marquer les principaux traits de l'ascen
sion
de L. Volusius n'eût pas manqué de rappeler un fait qui, au demeur
ant,correspondrait mal à l'excellente réputation « egregia fama » du
personnage.
Pagina 9
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)la date extrême de 56 ap. J.-C. qui a vu la fin de L. Volusius
Saturninus, nous pouvons, en tenant compte des considérations
développées précédemment, dater avec une certaine vraisemblance
l'urne funéraire de Januaria du second quart du Ier siècle. Cette
datation peut paraître relativement imprécise, et même bien pré
caire, car il demeure aisé d'objecter que les hypothèses concernant
la date plausible de la mort de Cornelia sont entachées d'un arbi
traire qui rend fragile la datation retenue ; d'autre part nous ne
saurions passer sous silence la possibilité que Januaria soit morte
longtemps avant ses maîtres. Cependant c'est là une possibilité
sur laquelle nous ne nous attarderons pas, car une observation
d'ordre stylistique de Walter Altmann1 tend à confirmer le bienfondé de notre point de vue et nous permet de cerner davantage
dans le temps le moment auquel remonterait l'urne funéraire
de Januaria. Walter Altmann considérait les urnes funéraires du
columbarium des Volusii comme importantes pour la connaissance
de l'évolution des autels funéraires au cours de la seconde moitié
du Ier siècle, et il jugeait que les urnes les plus anciennes de cet
ensemble devaient remonter à l'époque de Claude, reconnaissantes
à certains traits de leur décoration tels que le goût pour la représen
tation
d'aigles grands et puissants aux ailes éployées, et la sim
plicité
du profil des corniches ; nous retrouvons précisément ces
deux éléments caractéristiques dans la décoration de la face anté
rieure de l'urne cinéraire de Januaria qui peut être tenue dans
ces conditions pour une des plus anciennes de l'ensemble mis au
jour dans le columbarium des Volusii. En fin de compte, ce n'est
pas seulement du second quart du Ier siècle qu'il convient de dater
ce monument, mais de l'époque de Claude, c'est-à-dire de l'espace
de temps compris entre 41 et 54 ap. J.-C.
Au registre inférieur, sous l'inscription, est représentée une
1 Cf. Walter Altmann, op. cit., p. 49 sqq.
Pagina 10
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)scène composée de deux éléments, une chèvre et Mercure. A droite
figure une silhouette juvénile nue, qui s'identifie sans peine avec
Hermès-Mercure : le personnage, coiffé du pétase ailé, porte à la
main gauche le caducée qui repose sur son épaule gauche. Le pied
droit posé sur un monticule rocheux, l'avant-bras droit appuyé
sur le genou, le dieu, l'air attentif, parait absorbé par la surveil
lanced'une chèvre qui, dressée en face de lui sur le monticule,
à l'ombre d'un arbre, détourne la tête vers la gauche cornine pour
brouter le feuillage. Cette scène agreste a retenu notre attention,
car le sujet convient mal à la décoration d'une urne funéraire, à
moins de lui reconnaître une signification symbolique qui n'ap
paraît
point au premier examen. Hermès-Mercure, dans cette
scène figurée, tient le rôle d'un berger, rôle que nous pou
vons rapprocher d'un aspect traditionnel de l'antique Hermès, le
personnage du « criophore ». Des statuettes de terre cuite de Grèce
et d'Italie du Sud, remontant fréquemment aux vie et ve siècles
av. J.-C, témoignent de l'antiquité et de la diffusion de cet aspect
pastoral d'Hermès, qui peut avoir aussi valeur funéraire : l'Hermès
criophore se rencontre sur les tablettes de terre cuite de Locres
datant de la fin du vie siècle et du premier quart du ve siècle * et,
dans ce cas, il ne s'agit pas tant d'une divinité protectrice des
troupeaux et des activités pastorales que d'un dieu chthonien en
relation avec les puissances infernales du monde souterrain, Hadès
et Persephone, aux côtés de qui il se trouve parfois représenté
offrant un bélier2. Cependant, s'il est tentant de rapprocher
Γ Hermès-Mercure de l'urne funéraire de Januaria du personnage
antique et bien connu de l'Hermès criophore et funéraire, il ne
correspond pas absolument au type traditionnel du criophore, ce
dernier est toujours figuré non avec une chèvre, mais une brebis
1 Cf. Q. Quagliati, Rilievi votivi arcaici in terracotta di Lokroì Epizephyrioi. Dans Ausonia, 1908, t. Ili, p. 136-234, et plus particulièrement
p. 181 sqq.
8 Cf. Q. Quagliati, Ibid., p. 179 et flg. 33.
Pagina 11
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)ou un bélier qu'il porte sur ses épaules, et non pas sous les traits
d'un simple gardien de troupeaux. Sans doute le bouc était-il un
des animaux de sacrifice de Mercure, mais la scène figurée sur l'urne
funéraire du Latran est trop éloignée du type iconographique
traditionnel du criophore pour que nous puissions, à coup sûr, lui
attribuer la signification funéraire qui s'attachait à l'Hermès pas
toral antique.
Un rapprochement avec une scène figurée de même type, sug
géré par Otto Benndorf x et retenu encore par Walter Altmann 2,
mérite de retenir l'attention par les nombreuses similitudes entre
les deux représentations. R. Kékulé a analysé sur un fragment de
bas-relief en forme de disque retrouvé au siècle dernier, sur la
Via Latina, une scène singulièrement identique par les personnages
et les motifs mis en œuvre 8. A droite, sous un grand arbre, une
chèvre dressée sur un petit monticule allaite un jeune enfant, qui
se cramponne de la main gauche à la toison de l'animal et de la
main droite prend appui sur le sol. A gauche un Hermès-Mercure
observe attentivement la scène : penché en avant, le pied gauche
appuyé sur un monticule, le bras gauche posé sur le genou, la chlamyde roulée sur le bras gauche, tenant de la main droite le caducée
reposant sur l'épaule droite, et coiffé du pétase sans ailes. La dis
position
des personnages est symétriquement inverse de celle de
la scène de l'urne funéraire du Latran, quelques différences de dé
tail peuvent s'observer aussi comme le pétase dépourvu d'ailes
et la chlamyde roulée au bras gauche, alors que le dieu de l'urne
de Januaria est nu, mais pour l'essentiel les deux scènes sont ap
paremment
identiques dans leur composition. Cependant le frag
ment de bas-relief comporte un élément supplémentaire : l'enfant
allaité par la chèvre, qui peut s'identifier avec Asklépios qu'un
1 Cf. Otto Benndorf et Richard Schöne, op. cit., p. 191.
2 Cf. Walter Altmann, op. cit., p. 55.
8 Cf. R. Kekulé, dans Nuove Memorie dell'Istituto di corrispondenza
archeohgica, t. Il, Leipzig, 1865, p. 123 sqq., et pi. IV, flg. 2.
Pagina 12
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)Β. GOMBET FARNOUX
berger retrouva allaité par une chèvre alors qu'on l'avait exposé
après sa naissance. Une monnaie d'Épidaure d'Antonin le Pieux
représente au revers cet épisode de la découverte du petit Asklépios par un pasteur occupé à la recherche d'une chèvre et d'un
chien égarés x. Or, dans une variante des récits mythologiques con
cernant
l'enfance d'Asklépios, rapportée par Pausanias8, c'est
Hermès qui sauve l'enfant Asklépios et la scène du fragment de
bas-relief analysée par Kékulé doit se rapporter à cette version de
la légende de la première enfance d'Asklépios : le dieu ne découvre
pas l'enfant abandonné comme le pasteur figuré sur la monnaie
d'Épidaure, mais après l'avoir sauvé il lui donne pour nourrice
une chèvre ; ce rôle protecteur d'Hermès se retrouve identique dans
certaines variantes des mythes consacrés aux enfances de Dionys
os.
Zeus, pour soustraire Dionysos enfant à la colère d'Héra, le
métamorphosa en chevreau et le confia à Hermès 8, qui, selon cer-*
taines versions, le porta aux nymphes à Nysa4 ou bien, suivant une
autre variante, l'emporta au ciel5 pour le donner à allaiter à la
« chèvre céleste », Ερίφη, Αίξ ou 'Αμάλθεια.
Si la composition présente des analogies frappantes entre la
scène de l'urne funéraire et le fragment de bas-relief, nous ne
pouvons cependant nous orienter vers l'interprétation suggérée
par le rapprochement des deux représentations pour plusieurs
raisons : d'abord un élément indispensable à l'identification de
la scène, l'enfant, qu'il s'agisse d'Asklépios ou même Dionysos,
fait défaut sur l'urne du Latran. Il est vrai qu'il reste possible
1 Cf. Imhoff-Blumer et Otto Keller, Tier- und Pflanzenbilder auf
Münzen und Gemmen des klassischen Altertums, pl. IX, flg. 2.
2 Cf. Pausanias, II, 26, 6.
8 Cf. H. Jeanmaire, Dionysos, p. 359.
* Cf. P.-W., t. V, col. 2119-2120, art. Eiraphiotes, n° 7. Cf. H. Jean
maire, Ibid.
6 Cf. Pausanias, III, 8, 1 : « etc ούρανον φέρων ». Cf. Robert Eisler,
Orphisch-Dionysische Mysteriengedanken in der christlichen Antike, Berl
in, 1925, p. 359-360*
Pagina 13
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)d'imaginer — très gratuitement — en tenant compte de la facture
assez négligée de la décoration de l'urne, que l'artiste a omis de
faire figurer l'enfant, mais que cet oubli accidentel ne change rien
à l'inspiration parfaitement identique des deux scènes. Cette
hypothèse de facilité demeure arbitraire et ne saurait satisfaire
l'esprit. D'autre part nous ne voyons pas quel rapport direct ou
indirect pourrait exister entre un épisode de l'enfance d'Asklépios
et les thèmes funéraires qui devraient inspirer la décoration d'une
urne cinéraire. Il reste possible d'objecter — et dans ce cas l'omis
siondu petit Asklépios ne poserait aucun problème — qu'il s'agit
d'une scène de genre, sans valeur symbolique aucune, de caractère
purement décoratif, destinée à remplir un vide. L'objection est
décevante et inacceptable, car, nous allons le voir, tous les autres
motifs de la décoration de l'urne ont une valeur symbolique et
tendent à exprimer chacun de son côté l'idée de la victoire sur la
mort, et une certitude d'immortalité. Ces motifs n'ont pas été
choisis au hasard, ils se rattachent tous à un même thème et c'est
en rapport étroit avec ce thème, en liaison avec ces motifs symb
oliques,
que doit s'interpréter la scène centrale.
La couronne de laurier représentée sur le couvercle en forme de
fronton est un emblème d'immortalité : les couronnes de feuillage
empruntées à des essences au feuillage persistant comme le cyprès,
le laurier symbolisent le triomphe sur la mort 1. Il est bon d'observer
par ailleurs que sur les deux faces latérales de l'urne figure une
branche de laurier dont la signification est analogue à celle de la
couronne du fronton. Les deux aigles, identiques à tant d'autres
qui figurent sur les monuments funéraires de l'époque impériale,
symbolisent l'apothéose qui attend le juste ou l'initié après la
mort 2.
1 Cf. Franz Gumont, Recherches sur le symbolisme funéraire des Ro
p. 154 et 219-220.
a Cf. Franz Cumont, op. cit., p. 97, n. 2. Cf. Franz Cumont, Études
syriennes, p. 63 sqq. et 86.
mains,
Pagina 14
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)Un élément doit retenir notre attention et peut donner lieu à
discussion : les deux silhouettes juvéniles debout sur des globes.
Eisler x a bien reconnu aux deux aigles leur signification symbolique
en voyant en eux les emblèmes de l'apothéose, mais il n'a pas rendu
compte de façon vraiment satisfaisante des deux silhouettes de
jeunes gens : il les tient pour des Atlantes portant le ciel; sans
doute pour des raisons de décoration, l'artiste en a-t-il fait des
sortes de caryatides supportant d'une main au-dessus de leur
tête l'entablement sur lequel repose le fronton. C'est en fin de
compte pousser le symbolisme un peu loin et attribuer à un motif
purement décoratif, la corniche surmontant le corps de l'urne
cinéraire, une signification symbolique qu'elle n'a pas, tout en
négligeant les deux globes sur lesquels se dressent les deux person
nages. Nous avons observé que chaque globe était partagé hor
izontalement
en deux hémisphères par une incision bien apparente.
Or une conception2 admise par les Pythagoriciens et répandue
depuis le 11e siècle av. J.-C. représentait le ciel étoile comme une
sphère solide ayant pour centre la terre immobile et également
sphérique. La sphère céleste tournait autour de la terre fixe, et
la ligne d'horizon — figurée dans le cas présent par l'incision qui
sépare chaque globe en deux parts suivant un plan horizontal —
partageait le ciel en un hémisphère supérieur, domaine de la lu
mière
et de la vie placé sous la souveraineté de Zeus et d'Héra, et
un hémisphère inférieur voué à l'ombre et à la mort sur lequel
régnaient Hadès et Persephone. Chaque hémisphère se trouvait
ainsi symboliser l'un la vie, l'autre la mort. Par ailleurs les Pythag
oriciens
firent des jumeaux divins, les Dioscures, la personnifica
tion
des deux hémisphères célestes : lors du rapt des filles de Leucippe, l'un des frères, Castor avait été tué, Zeus le ressuscita et en
1 Cf. Robert Eisler, op. cit., p. 391, n. 2.
a Cf. Franz Gumont, Recherches sur le symbolisme funéraire des Ro
mains,
p. 43 sqq. Cf. Franz Gumont, Lux perpetua, p. 191-192.
Pagina 15
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)même temps fit partager son immortalité à son frère Pollux. Cha
cun vivait un jour sur deux et les deux frères, de la sorte, partici
paient alternativement à la vie et à la mort, de même que chaque
hémisphère dans sa révolution quotidienne passe tour à tour dans
le domaine céleste et dans le domaine infernal. Les Dioscures, qui
alternent chacun un jour sur deux de l'hémisphère de la vie à celui
de la mort, devinrent ainsi les symboles des hémisphères et du
triomphe de la vie sur la mort. Les Dioscures θεοί σωτήρες appa
raissent
ainsi comme des héros sauveurs symbolisant l'immortalité
céleste1. Sur l'urne funéraire du Latran, les deux jeunes gens de
bout
sur les hémisphères dont ils sont les symboles sont les Dios
cures, les θεοί σωτήρες comme les entendaient les Pythagoriciens.
C'est l'association avec les hémisphères qui donne aux dieux j
umeaux
ce caractère de divinités de salut et, dans le cas présent, le
caractère même de leur représentation témoigne bien qu'ils figurent
seulement comme symboles d'immortalité : en effet, les deux si
lhouet es
ne correspondent pas au type classique des héros caval
iers jumeaux, ils ne sont pas assortis de leurs chevaux montés ou
tenus en bride, ils ne portent pas leur coiffure distinctive, le « pilos ».
Le seul signe distinctif qui les fasse reconnaître, ce sont les hémis
phères qu'ils symbolisent et qui témoignent de leur immortalité
céleste.
Un autre attribut figure aux mains des Dioscures de l'urne
du Latran, singulièrement inusité et peu propre à les faire
reconnaître ; là où nous serions en droit d'attendre la javeline des
dieux cavaliers, nous trouvons une grappe de raisin. La grappe de
raisin figure très rarement comme attribut des Dioscures, elle ap
paraît
quelquefois en Orient, au début du me siècle ap. J.-C, sur
certaines monnaies : au revers de monnaies de Tripoli de Syrie de
Julia Domna et de Caracalla pour les années 202-203, 211-212 et
1 Cf. Franz Cumont, Recherches sur le symbolisme funéraire des
Romains, p. 65 et 66-67.
Pagina 16
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)215-216 sont représentés les Dioscures portant une grappe de
raisin, mais il est difficile de rapprocher utilement ces revers mo
nétaires
de l'urne du Latran, les époques auxquelles se rapportent
ces documents étant trop éloignées dans le temps1. La représenta
tion
des Dioscures comme θεοί σωτήρες et comme symboles d'im
mortalité
céleste a été répandue par les Pythagoriciens et l'inspira
tion
pythagoricienne prévaut dans la représentation que nous
avons analysée, dans la mesure où le type iconographique des deux
personnages est éloigné du type traditionnel des jumeaux cavaliers
de la mythologie. La grappe de raisin que chacun d'entre eux tient
à la main apparaît comme un symbole dionysiaque qui complète
et précise l'espoir d'immortalité céleste exprimé par la conception
pythagoricienne des « héros sauveurs », dans la mesure où le culte
de Dionysos était devenu la religion de salut la plus populaire. Ce
symbole dionysiaque, figuré par la grappe de raisin, nous apparaît
essentiel pour comprendre la scène centrale de la face antérieure de
l'urne funéraire.
Nous avons déjà rappelé que dans une variante de la légende
des « Enfances » de Dionysos, Zeus, pour sauver le nouveau-né de
la fureur d'Héra, l'avait transformé en un chevreau Ιριφος. Cer
taines
épithètes cultuelles de Dionysos conservaient le souvenir
de cet épisode, il était souvent qualifié α"Έριφος, ou α'ΕΙραφιώτης,
et à Métaponte on l'honorait sous le nom d"Epi<pioç2. Zeus avait
confié le nouveau-né ainsi métamorphosé en chevreau à Hermès,
qui l'avait porté aux nymphes de Nysa, ou l'avait emporté au
ciel où la chèvre céleste, Ερίφη, Αίξ ou 'Αμάλθεια l'avait nourri8.
C'est à cet épisode mythique que nous devons penser pour interi
prêter la scène centrale de l'urne cinéraire de Januaria.
1 Gf. Chapouthier, Les Dioscures au service d'une déesse, Catalogue,
n° 48-49 et n° 73-74.
a Gf. P.-W., t. V, col. 2119-2120, art. Eiraphiotes. Gf. Robert Eisler,
op. cit., p. 358.
8 Gf. Robert Eisler, op. cit., p. 359-360.
Pagina 17
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)Illustration non autorisée à la diffusion
Pagina 18
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)Geen tekst op deze pagina.
Pagina 19
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)La chèvre doit figurer la défunte ; cette dernière, peut-être initiée
à une secte néo-pythagoricienne où s'était maintenue l'influence
des doctrines orphiques qui faisaient une large place à Dionysos
dieu sauveur, est représentée sous une des formes de sa divinité
d'élection, exprimant particulièrement bien l'idée de salut per
sonnel.
Quant à Hermès-Mercure, comme dans le récit mytholog
ique,il est chargé du soin de veiller sur la chèvre, et en même
temps, tenant son rôle traditionnel de divinité psychopompe, il
guide la défunte vers le monde de l'immortalité. Une lamelle
d'or orphique de Thourioi, remontant au ive ou au ine siècle av.
J.-G. *, éclaire dans une certaine mesure cette interprétation :
« D'homme tu es devenu dieu.
Chevreau tu es tombé dans le lait.
Salut, salut à toi qui prends la route de droite,
Vers les prairies sacrées et les bois de Persephone. »
La formule Γρίφος ές γάλα έπετες a donné lieu à d'innombrables
discussions, elle doit se rapporter à l'épisode mythologique de la
métamorphose de Dionysos en chevreau allaité ensuite par la chèvre
céleste 2 ; il est de toute façon caractéristique d'observer que sur
cette lamelle de Thourioi, comme sur une autre de même inspira
tion,
elle se trouve en rapport immédiat avec cette autre formule
qu'elle explicite : θεός έγένου έξ ανθρώπου, et qui, elle, exprime cla
irement
l'espoir de l'immortalité par l'assimilation à l'essence de la
divinité. La métamorphose de la défunte en chèvre l'assimile à l'e
ssence
divine dans la mesure où elle revêt une forme prise par le
1 Cf. W. K. G. Guthrie, Orphée et la religion grecque (trad, française),
p. 193-194. Cf. Otto-Kern, Orphicorum fragmenta, p. 108, n° 32 i . 6 ;
... θεός έγένου έξ ανθρώπου *
ε*ριφος ές γάλα Ιπετες.
χαίρε, χαίρε, δεξιάν οδοιπόρων
λειμώνας τε Ιερούς καΐ άλσεα Φερσεφονείας.
2 Cf. Robert Eisler, op. cit., p. 357 sqq.
Mélange» d'Arch. et d'Hist. 1960.
Pagina 20
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)dieu de salut qu'est Dionysos. Hermès-Mercure comme dieu psy
chopompe
l'achemine vers l'immortalité, jusqu'aux « prairies
sacrées et aux bois de Persephone », λειμώνας τε Ιερούς καΐ Αλσεα
Φερσεφονείας, et peut-être l'arbre figuré sur l'urne de Januaria a-t-il
aussi valeur symbolique. Eisler émet l'hypothèse que la chèvre
brouterait le feuillage du peuplier mystique1, la suggestion serait
évidemment tentante et s'inscrirait dans la ligne du symbolisme
que nous avons dégagé jusqu'à présent : le peuplier blanc, λεύκη,
était un arbre sacré de Dionysos, les Orphiques avaient pour lui une
considération particulière et comme le cyprès il était un des arbres
du royaume des ombres 2. En fait le peuplier a une silhouette bien
reconnaissable et, quelle que soit la maladresse de l'artiste qui a
décoré l'urne du Latran, il est impossible d'identifier l'arbre
figuré ici avec un peuplier ; non seulement nous ne retrouvons pas
l'allure caractéristique de cette essence, mais nous ne saurions re
connaître
les feuilles du peuplier dans le feuillage, représenté assez
grossièrement, mais distinctement. Ce ne saurait être non plus
un plant de vigne, comme la référence à Dionysos pourrait y faire
songer ; si nous nous efforçons de donner à cet arbre une valeur
autre que purement décorative, l'allure de son feuillage pourrait
nous faire penser au laurier qui lui aussi, à côté du lierre8, est
souvent un emblème de Dionysos. En fait le laurier est surtout
l'arbre d'Apollon, mais il était considéré comme magique et pas
sait pour avoir la vertu de chasser les démons malfaisants4 : de
toute façon, les feuilles allongées de l'arbre figuré sur l'urne
peuvent être identifiées avec celles du laurier ; cependant une diff
iculté se présente, la feuille du laurier n'est pas percée de trous
1 Cf. Robert Eisler, op. cit., p. 391, n. 2.
a Cf. Robert Eisler, op. cit., p. 375, n. 2.
8 Cf. P.-W., t. XXV, col. 1440, art. « Lorbeer ».
* Cf. Josef Murr, Die Pflanzenwelt in der griechischen Mythologie,
Innsbruck, 1890, p. 94 et p. 98. Cf. Carl Boetticher, Der Baumkultus der
Hellenen, Berlin, 1856, p. 359-360.
Pagina 21
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)comme ceux que nous relevons dans le feuillage de l'arbre consi
déré. Peut-être ces trous sont-ils destinés à figurer grossièrement
les baies de l'arbre : en tout état de cause l'identification avec le
laurier serait la plus plausible, mais l'imprécision de la représenta*
tion laisse subsister un doute ; l'ensemble de la décoration du docu
ment comme nous l'avons vu ayant une valeur symbolique, il serait
normal que l'arbre figuré dans la scène centrale participe au sym
bolisme
de l'ensemble de la composition.
Faute de parvenir à une identification satisfaisante, nous pour
rions nous contenter de voir dans cet arbre un symbole très génér
al,l'arbre de vie qui conférerait l'immortalité : mais c'est là une
hypothèse gratuite, qui ne s'appuie sur aucune représentation ana
logue,
et qui se réclame d'un symbolisme beaucoup trop vague
pour être admise dans le cas présent.
La décoration de cette urne funéraire est profondément marquée
de l'empreinte d'un symbolisme qui tout entier exprime l'espé
rance de l'immortalité ; dans un ensemble aussi cohérent, l'inte
rprétation
de la scène centrale ne peut être envisagée sans consi
dérer ses rapports avec les autres éléments de la décoration du
monument et, après avoir analysé chacun des motifs de cette
décoration, il est impossible de considérer que cette scène puisse
constituer un épisode de genre destiné à orner purement et sim
plement
un vide. Eisler déjà entrevoyait la possibilité d'une
signification mystique1 qu'il n'a pas dégagée davantage, et l'i
nterprétation
à laquelle nous aboutissons, dans la mesure où elle
fait appel à une inspiration dionysiaque, peut satisfaire l'esprit ;
mais il convient d'observer que l'épisode des « enfances » de Dio
nysos auquel elle se réfère est peu fréquent et n'est pas un des
plus typiques de la mythologie et de la religion dionysiaques. Par
ailleurs, il importe de bien souligner que la symbolique qui trans1 Cf. Robert Eisler, op. cit., p. 391.
Pagina 22
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)paraît dans la décoration de l'urne de Januaria n'est pas d'inspi
ration purement dionysiaque, elle puise à deux sources princi
pales : une inspiration pythagoricienne caractérisée par les Dioscures debout sur des globes et figurés comme des symboles des
hémisphères et de l'immortalité céleste, inspiration sur laquelle
se greffe un élément dionysiaque dont témoignent les grappes
tenues par les deux héros. La scène centrale doit s'interpréter dans
la ligne d'une inspiration dionysiaque contaminée par d'autres
éléments, car elle ne nous apparaît pas comme un motif diony
siaque courant, et dans la mesure où les croyances orphiques, qui
ont tant apporté à la « religion » pythagoricienne et aux sectes néopythagoriciennes, ont utilisé des mythes dionysiaques et fait à
Dionysos une place de premier plan comme dieu de salut, c'est de
ce côté qu'une interprétation, en accord avec la symbolique ex
primée
par l'ensemble de la décoration de l'urne de Januaria, doit
être recherchée. La date même du document, que nous avons pu
attribuer au règne de Claude, c'est-à-dire à la période comprise
entre 41 et 54 ap. J.-C, rend vraisemblable notre interprétation.
Jusqu'à Néron, les sectes néo-pythagoriciennes qui avaient pris la
suite de la secte de Nigidius Figulus demeurèrent florissantes x ;
ces chapelles, qui se réclamaient de l'enseignement pythagoricien
assorti de mythes et de pratiques empruntés souvent aux cultes
de mystères, avaient de nombreux adeptes et se heurtèrent tou
jours à l'hostilité du pouvoir, soucieux de maintenir les rites tra
ditionnels
et inquiet des ferments d'opposition susceptibles de se
développer dans ces groupements. L'importance et l'activité de
ces chapelles devaient être particulièrement grandes sous le règne
de Claude, puisque l'Empereur dut procéder rigoureusement à
l'encontre des propagandistes de rites nouveaux ou étrangers,
expulsant en 49 les agitateurs juifs et en 52 demandant au Sénat
1 Cf. Jérôme Garcopino, La basilique pythagoricienne de la porte
Majeure, p. 205-206.
Pagina 23
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)de voter un sénatus-consulte pour chasser les « mathematici »,
terme général qui englobait sous un vocable de mauvais aloi aussi
bien les « faiseurs de miracles » plus ou moins charlatans que les
néo-pythagoriciens1. Ces sectes groupaient des fidèles d'origine
diverse et la répression atteignit même des membres de l'aristocrat
ie.
L. Volusius Saturninus, préfet de la Ville, adroit à se ménager
la faveur de tant d'empereurs, mort entouré d'une excellente r
éputation,
« egregia fama » comme nous l'atteste Tacite, ne pouvait
être un adepte de ces sectes ni n'a dû en favoriser le développement ;
cependant un membre de sa maison pouvait à son insu, ou même
à sa connaissance, en suivre les pratiques ; en cas de poursuite,
l'appartenance à la domesticité du préfet de la Ville a pu mettre
un frein au zèle des enquêteurs. Mais, en tenant compte du fait que
L. Volusius Saturninus ne devait pas nourrir de sympathies par
ticulières
pour les sectes et que ses fonctions de préfet de la Ville
ont dû le mêler de près à la répression dont elles furent l'objet, les
poursuites paraissant s'être développées surtout à la fin du règne
de Claude à partir de 49, l'urne de Januaria, où apparaît si nett
ement une symbolique inspirée de thèmes pythagoriciens et dio
nysiaques,
pourrait être antérieure à la persécution et daterait dans
ces conditions du début du règne.
1 Cf. Jérôme Carcopino, Ibid., p. 64-65.