La conservation et la transmission des textes philosophiques grecs

Auteur
Goulet, R.
Verschenen in
Philosophia Antiqua
Jaar
2007
Onderwerp
TEXTS
Taal
Français
Categorie
C7 Filosofie
Archiefnummer
8505

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Goulet Goulet LA CONSERVATION ET LA TRANSMISSION par Richard Goulet DES TEXTES PHILOSOPHIQUES GRECS" CNRS - Villejuif Parmi les textes conservés de l'Antiquité, les œuvres philosophiques représentent une proportion nullement négligeable. Il suffit de constater la place tenue sur les rayons de nos bibliothèques par le corpus de Platon ou d’Aristote, de Plotin ou de Proclus, et encore plus celle occupée par les commentateurs grecs d’Aristote, pour se faire une idée de l importance de ce qui a été conservé. Et pourtant les listes d’ceuvres philosophiques que Diogène Laërce fournit pour de nombreux philosophes? suffisent à nous convaincre que nous ne disposons plus que d’une fraction de la littérature philosophique attestée et que d’une infime portion des œuvres, certainement encore beaucoup plus nombreuses, réellement écrites. 30 Pourquoi donc certains textes ont-ils été conservés et d’autres non? Pourquoi la production de plusieurs écoles philosophiques at-elle complètement disparu? A quelle époque les pertes les plus importantes se sont-elles produites? Quels facteurs matériels, économiques, institutionnels, sociologiques, idéologiques ont favorisé ou entravé cette conservation? On ne pourrait fournir des réponses détaillées à de telles questions sans faire appel à plusieurs disciplines: l’histoire de la philosophie, l’histoire des textes, l’histoire du livre, l’histoire des institutions du Bas-Empire. Le matériel à analyser est très divers et la bibliographie reste très dispersde. Il faudrait accumuler des listes de textes, suivre la tradition manuscrite de nombreuses œuvres, dresser des statistiques, repérer les témoignages pertinents avant de pouvoir tirer des conclusions fermes. La présente contribution n’est qu’une étude préliminaire à un pareil inventaire. Je voudrais présenter les conclusions d’une première enquête statistique et mettre en perspective quelques constatations qui ne sont pas nécessairement inédites, mais qui peuvent orienter de futures recherches. Chaque paragraphe et presque chaque note de cette étude pourrait faire l’objet d’un chapitre entier, voire d’une recherche nouvelle, dans cette longue histoire du sauvetage de la philosophie antique. Deux modes de conservation des livres fait bénéficier de leurs remarques: Tiziano Dorandi, Concetta Luna, Pedro Pablo Fuentes Gonzälez et Marie-Odile Goulet-Cazé. 2. Selon Diogène Laërce, VII 180, la liste comp- (ibid, p. 356-61). Pour Épicure, D. L. X 27-28 cite 41 titres, mais il lui attribue 300 rouleaux de papyrus. Selon D. L., X 25, un autre épicurien, Apollodore Kèpotyrannos, avait écrit 400 livres. C'est également le nombre de livres attribués à Clitomaque, le disciple de Carnéade (IV 67), qui lui n’écrivit rien. Le taux de conservation de ces centaines d’ouvrages en tradition directe est bien entendu voisin de 0%. 3. Alafindu IV’ siècle, Chrysanthe de Sardes, le maître d’ Eunape, écrivait encore à quatre-vingts ans plus de livres qu’un jeune homme ne pouvait en lire dans le même temps. Il avait d’ailleurs les doigts tout crochus à force d’avoir tant écrit (Eunape, Vitae sophistarum, p. 92.22-25 Giangrande). Méme en supposant qu’ Eunape a beaucoup exagéré pour honorer son maitre, il faut imaginer dans toutes les régions de l’Empire de pareils intellectuels dont la production philosophique n’a pas laissé la moindre trace. Proclus pour sa part écrivait quotidiennement 700 lignes après avoir donné cinq cours d'exégèse et avant de s’entretenir avec les autres philosophes, tout cela sans tenir compte des heures consacrées à la prière, aux veilles Avant de se demander ce qui a été conservé et par quels moyens, on peut déjà examiner quelles mesures la société antique prenait pour assurer la conservation de ses écrits. De ce point de vue on distinguera entre deux modes de conservation: la conservation par accumulation et la conservation par copie. Le premier mode privilégie le livre comme objet matériel, le second porte davantage attention à l’œuvre abstraite. La bibliothèque est le lieu privilégié de l'accumulation des livres, parfois très anciens, tandis que la conservation vivante 31 des textes par le processus de copie se déroule plutôt dans des lieux de vie et d'enseignement où le contenu de ces écrits est privilégié. Bien sûr, la distinction n’est pas hermétique. Une bonne bibliothèque n’est pas un cimetière de livres: elle doit adapter ses fonds aux attentes de ses lecteurs et assurer la copie d'exemplaires nouveaux lorsque ses exemplaires deviennent incommunicables. Inversement, l’école n’a pas, à l'égard du livre, une approche purement fonctionnelle et utilitaire. Des processus de canonisation ou de sacralisation peuvent favoriser la préservation d'exemplaires de référence ou de fonds peu exploités mais respectés, tout comme, dans le judaïsme, les exemplaires de la Bible, même devenus inutilisables, n'étaient pas détruits, mais entreposés dans la genizah des synagogues. Il n’en reste pas moins qu’une 1. Je dois ici remercier plusieurs collègues qui ont lu une première version de cette étude et m’ont p. 336-356), complété par R. Goulet différents en 300 livres; une note en VII 198 fait état de 311 livres pour la logique. Pour l'éthique, incomplètement conservée, la liste signale 43 titres pour un total de 122 livres. Il manquait donc environ 283 autres livres relevant de l'éthique et de la physique. Encore faut-il ajouter de nombreux titres à cette liste. Voir répertoire de P. Hadot (notice «Chrysippe» et aux prosternations... (Marinus, Proclus, 22). Il battait Chrysippe sur ce point, lequel n’écrivait quotidiennement que 500 lignes, s’il faut en croire «la vieille femme qui était à son service» (Diogène Laërce, VII 181). Les auteurs qui avaient recours à la dictée devaient être encore plus prolifiques, comme c’est le cas pour Origène qui pouvait épuiser sept tachygraphes, du moins s’il faut en croire Eusèbe (Hist. eccl, VI 23.1-2). Jules César utilisait lui aussi les services de quatre à sept scribes chaque jour (Pline, Nat. hist., VII91). 4. Voir à titre d’exemple P. M. Huby, «The transmission of Aristotle’s writings and the places where copies of his works existed», Classica et Mediaevalia 30 (1969), p. 241-57. lète des œuvres de Chrysippe comprenait plus de 705 livres. On dénombre pour la logique 119 titres C121, DPhA, II, CNRS Éditions, Paris 1994, * Cette étude est originellement parue dans Cristina D’Ancona (édit.), The Libraries of the Neoplatonists, coll. « Philosophia Antiqua » 107, Leiden, Brill, 2007, p. 29-61.

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5. Ce souci d’exhaustivité et le privilège accordé aux modèles plutôt qu’aux apographes peuvent être illustrés par la pratique des souverains d'Alexandrie qui consistait à enrichir leur bibliothèque en faisant copier les œuvres littéraires que contenaient les vaisseaux en transit: le pointremarquable, dans notre perspective, est qu'on gardait l’original pour la bibliothèque et qu’on rendait la copie au navire ainsi taxe... (Galien, Ir Hipp. librum III Epidemiarum, p. 79.10-15 Wenkebach [Corpus Medicorum Graecorum V 10, 2, 1, 1936]). Ptolémée Évergète aurait de même “emprunté” aux Athéniens pour quinze talents l’exemplaire officiel des opposition entre la conservation des livres dans la bibliothéque et la transmission des textes à l’intérieur de l’école peut nous aider à déterminer ce qui a été conservé des textes philosophiques anciens et ce qui a été perdu. Dans le cadre de la société antique, où bibliothèques et écoles de toutes disciplines étaient nombreuses, ces deux procédés se complétaient. Chacun présentait des avantages et des risques. Les bibliothèques, même en privilégiant les œuvres majeures au détriment des ouvrages de circonstance, visaient sans doute une certaine exhaustivité et des conditions optimales de conservation. Elles devaient privilégier les livres de belle facture, les éditions autorisées et les plus solides. Les exemplaires vétustes, dont on n’ignorait pas la valeur pour la constitution du texte, comme le montrent de nombreux témoignages de Galien ou d’AuluGelle, devaient recevoir une attention qui n'était pas nécessairement liée à la fréquence de leur consultation” En revanche, liées aux institutions municipales ou impériales, ces bibliothèques étaient plus sensibles aux bouleversements politiques. Le fait est que le fonds trois grands poètes tragiques pour en d’aucune bibliothèque antique, si l’on excepte la Villa d’ Herculanum dont la conservation faire faire une copie soignée et aurait rendu la copie plutôt que l'original (4i4., p. 79.23-80.6 Wenkebach). Des échanges culturels entre bibliothèques sont également attestés: après l'incendie de la bibliothèque du Portique d’Octavie à Rome en 80 apr. J.-C. Domitien envoya à Alexandrie une équipe de copistes chargés est due à l'épaisse couche de cendre et de lave volcanique qui l’a accidentellement recouverte, de ramener des textes de qualité (Suétone, Domitien, 20). 6. Galien pour sa part constatait que chacun des quatre livres de Chrysippe Sur les passions correspondait à deux des siens (De placitis Hippocratis et Platonis, V 6, 45). Sur les codices de grand format, dotés de vastes marges, susceptibles de contenir une grande quantité de textes, avec des scholies marginales notées dans un module d'écriture infime, que devaient utiliser les néoplatoniciens, voir Ph. Hoffmann, «Bibliothèques et formes du livre à la fin de l'antiquité: le témoignage de la littérature néoplatonicienne des V et VI siècles», dans G. Prato (édit.), I manoscritti greci tra riflessione e dibattito, Atti del V Colloquio internazionale di paleografia greca (Cremona, 4-10 ottobre 1998), Gonnelli, Firenze 2000 (Papyrologica Florentina, 31), IL, p. 60132, notamment p. 630-32. Sur l’arrièreplan matériel de la production du livre, voir la riche documentation exploitée par T. Dorandi, Le stylet et la tablette. Dans le secret des auteurs antiques, Les Belles Lettres, Paris 2000 (L’äne d’or). 7. The History ofThe Decline and Fall of the Roman Empire, Livre II (paru en 1781),chap.28,§ 2. Voirl’édition préparée par D. Womersley, The Penguin Press, London 1994, II, p. 83. Gibbon parle à cet endroit de «la précieuse bibliothèque d’Alexandrie», qu’il ne semble pas distinguer de celle du Sérapéion. 8. Des périodes d’inculture sont parfois dénoncées dans les sources antiques: Ammien Marcellin accuse [élite de son temps de ne plus lire que Juvénal et les biographies impériales de Marius Maximus (XXVIII 4, 14). Certaines circonstances politiques ont pu susciter une méfiance à l'égard des livres: sous l’empereur Valens les accusations de n'a survécu comme tel. Les fonds des écoles philosophiques, plus spécialisés et plus restreints, étaient moins susceptibles de disparaître au hasard d’un siège ou d’un incendie. Ils pouvaient être plus facilement reconstitués. Les livres ainsi conservés avaient principalement une fonction de transmission du savoir et l’utilité pédagogique de leur contenu devait primer sur la révérence que l’on portait aux rouleaux ou aux codex transmis par les prédécesseurs. On peut estimer à priori que les écoles n’étaient pas les dernières institutions à adopter les innovations matérielles, que ce soit le codex face au rouleau, ou le parchemin face au papyrus, ou encore des formats davantage adaptés aux corpus à manipuler. Par rapport à la pratique des bibliothèques, cette approche utilitariste du livre impliquait, à tous les ages, une sélection des titres du cursus et un renouvellement du corpus. On conservait, ou en tout cas on reproduisait, pour les maîtres et les élèves, essentiellement les textes qui permettaient à l’école d'atteindre ses objectifs. La première question que l’on pourrait se poser est de savoir si tous les textes disparus se sont progressivement évanouis, désintégrés, consumés, ou bien s’ils ont été volontairement détruits à certains moments dramatiques de l’histoire. Edward Gibbon’ a évoqué l’acharnement des moines chrétiens d'Alexandrie à détruire le Sérapéion et sa bibliothèque.f Les témoignages concernant la destruction systématique de bibliothèques restent cependant peu 33 nombreux et sont parfois légendaires.” On voit, au contraire, des empereurs chrétiens comme magie et de lése-majesté auraient entraîné, toujours selon Ammien, la destruction par leurs propriétaires de bibliothèques entières (XXIX 2, 4). S'il faut en croire Eunape, Hist., fr. 29, 1 Blockley (Souda I Aba 1-Fara ibn al-‘Ibri (Barhebraeus). Les invraisemblances historiques du récit ont été mises en évidence par A.J. Butler, The Arab conquest ofEgypt and the last thirty years of the Roman dominion, 401 et Jean d’Antioche, fr. 181), l’empereur Jovien Clarendon, Oxford 1902 (nouvelle édition publiée (en 363) fit brûler, à l’instigation de son épouse, par P.M. Fraser «with a critical bibliography and la bibliothèque que Julien avait fait construire par leunuque Théophile (en 362-363) dans le temple érigé par Hadrien en ’honneur de son père Trajan à Antioche. Le nombre de manuscrits philosophiques présents au Moyen-Age dans les monastéres d’ Orient additional documentation», Clarendon, Oxford 1978), p. 401-25, notamment les conclusions, p- 424-25. Voir aussi P. Casanova, «L’incendie de la trois monastères, et il arrivait que des moines dilapident les fonds de la bibliothèque. bibliothèque d'Alexandrie par les Arabes», Comptes Rendus de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres (1923), p. 163-71. Pour une autre légende relative à la destruction de l’université de Constantinople à l’époquebyzantine, voir C. Mango, «The Availability 9. Pour l'attitude des conquérants arabes, on of Books in the Byzantine Empire, A.D. 750-850», Dieu nous permet de nous en passer: s’il s’y trouve quelque chose qui lui soit contraire, ils sont sans utilité; procéde donc 4 leur destruction». Voir J. Lippert (éd.), Ibn al Qifti’s Ta’rih al-hukama’, Dieterich’sche Verlagsbuchhandlung, Leipzig 1903, p. 355-56. Le témoignage est ensuite repris par Geistes bei Heiden, Juden und Christen, Hiersemann, Stuttgart 1981 (Bibliothek des Buchwesens, 7); L. Gil Fernández, Censura en el mundo antiguo, Revista de Occidente, Madrid 1961, 2° &d. Alianza Editorial, Madrid 1985 (Alianza Universidad, 432). semble avoir été très peu élevé, sauf dans deux ou connaît la légende rapportée par Ibn al-Qifti à dans Byzantine Books and Bookmen. A Dumbarton propos de la bibliothéque d’Alexandrie: consulté par Oaks Colloquium, Dumbarton Oaks, Center for ‘Amr ibn al-‘As, le général arabe qui avait conquis Byzantine Studies, Washington 1975, p. 29-45, l'Égypte (en 642), ‘Umar ibn al-Hattäb, chef des notamment p. 45. Sur les destructions de livres dans croyants, aurait répondu: «Pour les livres dont tu l’Antiquité, voir W. Speyer, «Büchervernichtung», nous as parlé, s’il s’y trouve quelque chose qui soit Jahrbuch für Antike und Christentum 13 (1970), conforme au Livre de Dieu (le Coran), le Livre de p- 123-52; Id, Büchervernichtung und Zensur des

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Constance!® ou Théodose II prendre des mesures pour assurer la conservation des textes de 34 la tradition classique"! A Byzance, puis à Damas et à Bagdad," enfin dans les monastères d’Occident, on constate un effort à peu près constant, bien que parfois contesté par des fanatiques de tout poil, pour assurer la préservation de cet héritage. Indépendamment des incendies, largement attestés, des livres ont disparu à toutes les époques parce qu’ils ne représentaient plus rien et étaient abandonnés à leur sort. Même depuis l’imprimerie, combien d’ incunables ne sont plus conservés qu’en un ou deux exemplaires! Il n'est donc sans doute pas nécessaire de faire appel à une conjuration pour expliquer toutes ces disparitions. Le passage au codex de parchemin Le support matériel du livre antique était déjà une cause de précarité. De façon générale, sauf quelques supports exotiques (lamelles d’or, ostraca, peaux, rouleaux de cuivre de Qumran, inscription du mur de Diogène d’Oinoanda), les textes antiques étaient écrits originellement sur papyrus et n’ont pas été conservés; ils ont été transmis par copie, un processus qui implique une tradition vivante où ces textes représentent des valeurs toujours actuelles. Les papyri retrouvés dans les sables d’ Egypte ou sous les cendres du Vésuve à Herculanum ont été, eux, accidentellement ou providentiellement conservés, mais n’ont pas été transmis. Afin de faire face aux risques de destruction, quels qu’ils soient, les textes, pour survivre, devaient être périodiquement recopiés (en tenant compte de nouvelles normes: passage du rouleau au codex, du papyrus au parchemin, de l’onciale à la minuscule, du parchemin au papier, etc.). Or pour être recopiés, ces textes devaient être perçus comme indispensables ou du moins importants. Au cours de cette transmission lente, la conservation des textes a dû affronter, entre le IV’ et le VF siècle, un filtre radical qui fut la transcription des rouleaux (ou codex) de papyrus sur le nouveau support qu'était le codex de parchemin." Déjà au tout début du IV’ siècle, l'édition porphyrienne des traités de Plotin regroupe les 54 traités en six Ennéades réparties 35 en trois sómatia (Ennéades I-III, IV-V, VI), vraisemblablement des codices sur parchemin. Au milieu du IV siècle, à Césarée de Palestine, Euzoius se chargea de la transcription sur parchemin d’anciens manuscrits abîmés:® la conservation des œuvres de Philon d'Alexandrie a sans doute été assurée par ce sauvetage.!f Quelle qu’en soit la raison, les œuvres qui n’ont 36 pas paru mériter une telle transcription, même si elles étaient par ailleurs conservées dans des bibliothèques, n’ont pas survécu. En soi le parchemin était un support plus résistant à l'usure du temps, se prétant même à des réécritures successives!” mais, sauf de rares exceptions, ces 10. Voir Thémistius, Discours IV à l'Empereur (en 357), 59d-60c. C. Wendel, «Die erste kaiserliche Bibliothek in Konstantinopel», dans Zentralblatt fiir Bibliothekswesen 59 (1942), p. 193-209. Cette bibliothèque contenait 120000 livres lorsqu’elle brûla en 475; sans doute reconstituée, elle fut une seconde fois la proie d’un incendie en 726. Voir aussi C. Wendel, art. «Bibliothek», Reallexicon fiir Antike und Christentum II, 1954, col. 231-74, notamment col. 246. 11. Dans un décret du 8 mai 372 conservé dans le Code Théodosien (XIV 9, 2), Valens ordonne à Cléarque, préfet de Constantinople et procurateur de la bibliothèque impériale, de recruter sept antiquarii, c'est-à-dire des copistes qualifiés en “paléographie”, chargés de restaurer les manuscrits abîmés et d’en faire une nouvelle transcription; il nomma quatre copistes pour le grec et trois pour le latin. Des condicionales, plus nombreux, devaient assurer la garde et le service de la bibliothèque publique. Voir J. Irigoin, «Centres de copies et bibliothèques», dans Byzantine books and bookmen, p. 19. 12. D. Gutas, Greek Thought, Arabic Culture: the Graeco-Arabic translation movement in Baghdad and early ‘Abbasid society (2nd-4th/8th-10th c.), Routledge, London 1988, trad. italienne: Pensiero greco e cultura araba, a cura di C. D’Ancona, traduzione di C. Martini, Einaudi, Torino 2002. 13. Sur les origines du codex, voir les études rassemblées par A. Blanchard (édit.), Les débuts du codex, Brepols, Turnhout 1989 (Bibliologia, 9). 14. Voir Porphyre, Vie de Plotin, 25, 1-2; 26, 1-6. L’examen des rares occurrences signalées par le TLG montre que owu&rıov a probablement désigné dans un premier temps le “velin” en tant que dépouille de l'animal, et donc le parchemin. Voir ainsi Basile de Césarée, Epist. 231, li. 33-35, où &v cœuxri est opposé à év yapty. Une homélie du Pseudo-Macaire (Sermones 64 [collectio B], hom. 54, 3, 3, t. IL p.154 11-15 Berthold, [Die griechischen christli- 3 livre-manuscrit à l'époque byzantine, t.1 (seul paru): Zermes désignant le livremanuscrit et l'écriture, Thessalonique, 1971 (E\Ànpvua, Supplément 21), p. 147, et J. Irigoin, «Le terminologie du livre et de l’écriture dans le monde byzantin», dans Olga Weijers, (éd.), Vocabulaire du livre et de l'écriture au moyen-äge, Brepols, ‘Turnhout 1989 (CIVICIMA, 2), p. 14 et 16. Selon ces deux auteurs qui suivent R. Devreesse, Introduction à l'étude des manuscrits grecs, Klincksieck, Paris 1954, p. 60, n.1, c'est le terme de couärtov comme corpus qui serait premier et son emploi pour désigner le support matériel, le parchemin, dérivé. Mais le passage du Pseudo-Macaire me semble suggérer l'inverse. 15. Des témoignages montrent que la bibliothèque de Césarée est au cœur d’un mouvement de transcription des livres anciens sur parchemin. Jérôme, De viris ill, 113: «Euzoïus fut formé, alors qu’il était jeune homme, à Césarée auprès du rhéteur Thespésius avec Grégoire, ‘évêque de Nazianze, et devenu par la suite évêque de cette même ville, il s’efforça au moyen de beaucoup de travail de restaurer sur parchemins (in membranis instaurare) la bibliothèque d’Origène et de Pamphile qui avait été depuis lors endommagée». Ce passage est peutêtre la source d’une interpolation dans Jérôme à propos de la bibliothèque de Césarée, Epist. 34 à Marcella, 1: «Cette bibliothèque s'étant en partie abîmée, Acace, puis Euzoius, évéques (ou prétres: sacerdotes) de cette méme église, entreprirent de la rénover sur parchemin(s) (in membranis instaurare) » (trad. Labourt). 16. L. Cohn, Philonis Alexandrini Opera quae supersunt, I, Reimer, Berlin 1896, p. II: «Dans le ms Vindobonensis theol. gr. 29, avant l'ouvrage de Philon intitulé rept tic Kate Maven xocporrotias, on lit les mots suivants écrits sous la forme d’une croix grecque: Eòldros Erioxonog ëv owparioıs d&vevewouto. Les mots év owuariors dvevenoorto correspondent à la formule de Jérôme: in membranis instaurare». La croix d’Euzoius de Césarée est reproduite dans D. T. Runia, Philo in Early Christian Literature. A Survey, chen Schriftsteller der ersten Jahrhunderte, 1973]) désigne les peaux animales traitées par l’artisan qui confectionne une feuille de parchemin en supprimant les poils et les graisses superflues et en lavant les taches de sang et toutes les autres impuretés, par l'expression Tà Aeyöueva cuuëru. Par la suite le mot a dû s’étendre au format du codex. Ainsi l'empevan Gorcum, Assen - Minneapolis 1993, p- 21-22, et aussi dans Id, «Caesarea Maritima and the Survival of HellenisticJewish Literature», dans A. Raban et K.G. Holum (éd.), Caesarea Maritima: A Retrospective after Two Millenia, Brill, reur Constantin, dans sa lettre à Eusèbe de Césarée citée dans la Vita Constantini, IV 36, 2, commande Orientis antiqui, 21), p. 479-81. «cinquante codices des divines Ecritures sur parchemins de première qualité (revrixovra opdra év did8epaus eyxatacxedoic)». C'est de même le codex (de parchemin) qui est visé par Porphyre dans son regroupement des Exnéades. Nous parlons de même d’un parchemin ou d’un bombycin pour désigner le manuscrit utilisant ce support. Sur ces deux emplois de owpärıov, voir B. Atsalos, La terminologie du Leiden 1996 (Documenta et monumenta 17. Une partie de la correspondance de Fronton n’a été conservée que dans un codex palimpseste dont deux tomes ont survécu (a Milan etaRome) etquicontient les Actes du concile de Chalcédoine (451). Fronton lui-méme avait été copié à la place d’un texte antérieur, si bien que nous sommes en présence d’un double

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palimpseste contenant trois couches superposées d'écriture. parchemins écrits du IV au VF siècle n’ont pas été conservés non plus. L'évolution de l’écri- 18. Photius cite relativement peu de philosophes au sens strict, mais connaît au moins deux traités aujourd’hui perdus: (1) le traité Sur la providence de Hiéroclès le néoplatonicien en 7 livres, qu’il résume longuement dans le cod. 214 et dont il cite des extraits dans le cod. 251; (2) un long résumé d’Énésidème, Traités pyrrhoniens qui pouvaient être fatales aux manuscrits passés de mode, principalement lorsque le matériel se faisait rare ou devenait cher. Le passage de l’onciale à la minuscule (à partir de la toute fin du VIIF siècle) a ainsi constitué un nouveau filtre, tout comme sans doute, 4 une époque plus tardive, le passage du parchemin au papier pour certains textes. On sait que même le passage au texte imprimé a souvent entraîné la disparition, délibérée ou par négligence, des en huit livres (cod. 212). Cf. K. Ziegler, art. «Photios», RE XX 1, 1941, col. 202. Il mentionne également des traités philosophiques perdus de Thémistius dans son cod. 74: il s’agit de commentaires et de paraphrases sur Platon et Aristote, «De ce Thémistius nous sont parvenus des commentaires sur tous les écrits d’Aristote et, outre les commentaires, nous avons de lui des paraphrases qui sont d’utiles abrégés des Analytiques, des livres Sur UAme et de la Métaphysique et d’autres écrits du même genre. Il existe aussi de lui des travaux d’exégése sur les écrits de Platon et, en un mot, c’est un amateur zélé de philosophie.» Mango, «The ture et le changement des formats du livre imposaient eux aussi de nouvelles transcriptions manuscrits utilisés par les premiers éditeurs. Certains textes importants n’ont d’ailleurs disparu que bien après la fin de l’antiquité. Des auteurs comme Photius!® ou Psellus!? connaissaient encore des écrits philosophiques 37 aujourd’hui perdus, ce qui montre que la disparition des textes antiques n’est pas due à un facteur unique et ne saurait être restreinte a une période particulière. Lorsqu'un texte avait surmonté tous ces obstacles et rejoint quelque scriptorium médiéval, il n'était donc pas encore assuré de franchir les siècles qui le séparaient de nous. Des manuscrits ont disparu à toutes les époques y compris les plus récentes.” Déterminer des périodes exactes et chiffrer la proportion de textes disparus ou dispo- 38 nibles aux différentes époques demanderait donc des études fort poussées. Pour ce faire, on pourrait utiliser les listes de références offertes par des auteurs qui citent abondamment des sources philosophiques. Diogène Laérce, Porphyre,”' Eusèbe,” Proclus, Simplicius, Stobée” et d’autres fournissent un matériel important. En les étudiant de près, on constate cependant qu il est rarement possible d'établir sans conteste que tel texte particulier était bien en posses- Availability of Books», cité plus haut, p.43, estime que les œuvres analysées dans les 279 codices de Photius «made up a substantial proportion of all the books that were available at Constantinople in the ninth century». Exprimant un point de vue un peu différent, J. Irigoin, « Survie et renouveau de la littérature antique à Constantinople (IX: siècle) », du Cardinal Bessarion 200 seraient disparus de la de Turrianus, contrairement a ce qu'écrit Zorzi, op. Marcienne, dont la moitié entre 1474 et 1545. Voir également M. Zorzi, La Libreria di San Marco. Libri, lettori, societa nella Venezia dei Dogi, Mondadori, Milano 1987, p. 188-90. Pour rester à Venise, signacit, p. 190. L'édition de ce manuscrit fut confiée à un élève de l’École française d'Athènes, Charles Blondel. Ce dernier mourut à 37 ans avant d’achever son édition et c’est Paul Foucart, alors directeur de l’École, quise chargea dela publication àl’ Imprimerie Nationale en 1876. Or, ce manuscrit qui appartenait Cahiers de civilisation médiévale 5 (1952), lons l incendie qui détruisit presque entièrement en 1687 la bibliothèque du cardinal Domenico Grimani conservée au monastère de Sant'Antonio di Castello: p. 298-301, reproduit dans La tradivoir A. Diller, H.D. Saffrey et L.G. Westerink, Bibliothèque nationale d'Athènes, disparut comme tion des textes grecs. Pour une critique historique, Les Belles Lettres, Paris 2003 (L’äne d’or), p. 215-20, notamment p. Bibliotheca Graeca Manuscripta Cardinalis Dominici tous les autres avant la fin du XIX siècle, son épouse Grimani Edizioni della Laguna, l'ayant vendu à un acheteur dont elle oublia le nom. Mariano del Friuli 2003 (Biblioteca Nazionale Ainsi donc on a connu au moins six manuscrits de cet 297 = 213, rappelle que les manuscrits ultérieurs n’ont transmis que le tiers des ouvrages lus par Photius et que ce dernier a dû chercher et retrouver dans les bibliothèques de Constantinople et de la région de vieux manuscrits en onciale qui ne parurent pas mériter par la suite le bénéfice d’une translittération. Marciana. Collana di Studi, 1). Pour illustrer la ouvrage qui tous ont disparu. Récemment, un jeune chercheur roumain a découvert des passages manifestement inspirés de Macarios dans les homélies de Philagathos de Cérami, également connu sous le nom de Philippe le Philosophe, un prédicateur cala- 19. Michel Psellus (IX° siècle) connaît encore la Zuvayayı) ußayopete doyudrav de Jamblique, ainsi que le Commentaire de Proclus sur les Oracles Chaldaïques. Cf. E. Kriaras, art. «Psellos», RE Suppl. XI, 1968, col. 1124-82. En ce qui concerne l’ouvrage de Jamblique, dont seuls les quatre premiers livres sont conservés (Vita Pythagorica, Protrepticus, De communi mathematica scientia, In Nicomachi Arithmeticam Introductionem liber), voir D. O’ Meara, Pythagoras Revived. Mathematics and Philosophy in Late Antiquity, Clarendon, Oxford 1989. 20. L. Labowsky, Bessarion’s Library and the Bibliotheca Marciana. Six early inventories, Edizioni di Storia e Letteratura, Roma 1979 (Sussidi eruditi, 31), p. 112-13, rappelle que sur les 1100 manuscrits que l’on peut rattacher au don (1461-1523), malédiction qui a pu frapper certains textes, je prendrai le texte d’un auteur que je viens d’éditer. La première attestation de l’Apocriticus ou Monogénès de Macarios de Magnésie, un auteur de la fin du IV siècle, n'est pas antérieure à la crise iconoclaste à un certain Apostolidès, ancien conservateur de la brais qui s’illustra en Sicile au début du XII: siècle, du début du IX? siècle. Les iconoclastes avaient cité des passages de son ouvrage qui leur paraissaient condamner les images. Leur adversaire Nicéphore de Constantinople se mit à la recherche de l’ouvrage et preuve que l’on connaissait encore Macarios en Italie du Sud au Moyen-Âge. Pour l’histoire du texte de Macarios, voir Macarios de Magnesie, Le Monogénés. Introduction générale, édition critique, traduction finit par découvrir un autre manuscrit, apparemment française et commentaire par R. Goulet, Vrin, Paris complet, dont il cita de longs extraits dans un de ses 2003 (Textes et traditions, 7), t. I, p. 232-50. Pour la ouvrages pour montrer que les images auxquelles s’en disparition de manuscrits à l’époque contemporaine, prenait Macarios étaient les idoles des païens. Ces voir Devreesse, op. cit., p. 98. deux premiers manuscrits n'ont pas été conservés. 21. R. Goulet, «Liste des auteurs et des ouvrages Par la suite Janos Lascaris au cours d’un voyage en cités ou mentionnés dans la Vie de Plotin», dans Italie du sud en 1491-1492 nota l'existence de deux L. Brisson, M.-O. Goulet-Cazé, R. Goulet et manuscrits de Macarios en Terre d’ Otrante (chez un D. O’Brien, Porphyre, La Vie de Plotin, 1. Travaux prêtre de Corigliano et à l’abbaye de Monte Sardo). préliminaires et index grec complet, Vrin, Paris 1982 Au XVF siècle, un cinquième manuscrit du même (Histoire des docrtines de l’Antiquité classique 6), ouvrage fut emprunté à la bibliothèque Marcienne p. 39-47: 52 auteurs et 95 ouvrages. de Venise par le jésuite espagnol Francisco Torres 22. R. Goulet, notice « Eusébe de Césarée» E 156, qui en copia de longs extraits qu’il exploita par la DPhA, III, CNRS Editions, Paris 2000, p. 362-64. suite dans nombre de ses propres ouvrages, notam23. R. Goulet, notice «Jean Stobée» J 2, DPhA, ment contre les Réformateurs. Ce manuscrit dont la restitution fut notée dans le registre des prêts en III, p. 1014-16. Photius, Bibliothèque, cod. 167, nous 1552 n’apparait plus dans les catalogues ultérieurs de a également conservé une liste de plus de 450 noms la Marcienne. Enfin, on retrouva en Épire en 1867 d’auteurs ayant fourni à Stobée la matière de ses un manuscrit incomplet qui n’était pas le manuscrit chapitres.

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sion de l’auteur et qu’iln’etait pas lu a travers une source intermédiaire. Dans la liste fournie par Stobée (dont la compilation est postérieure au plus récent auteur cité, qui est T'hémistius, mort en 388), les textes philosophiques utilisés sont très nombreux et constituent une véri- 5 (sacrae bibliothecae), il rechercha à travers le monde entier ces représentations des esprits (imaginesque ingeniorum), quisont collection d'extraits ait été rassemblée par la lecture directe des œuvres originales. Stobée a les seuls monuments dignes de ce nom et vraiment éternels, se mettant surtout avec un zèle particulier à la chasse des Livres souvent mis à profit des recueils intermédiaires: répertoires alphabétigues des auteurs tragid’Origene, table mine pour les éditeurs de fragments, mais il n’est pas sûr qu’une si impressionnante ques ou comiques, collections d’apophtegmes classés par personnages, florilèges thémati39 ques. L'utilisation de cette documentation intermédiaire explique d’ailleurs certaines lacunes ou certaines erreurs dans les lemmes qui introduisent chaque citation.” Le témoignage d’Eusébe de Césarée Il est encore plus risqué de vouloir reconstituer le contenu d’une bibliothèque particulière à partir des citations que l’on trouve chez un compilateur, comme on a récemment tenté de le faire pour la bibliothèque de Césarée de Palestine en se fondant sur les auteurs cités dans la Préparation évangélique d’Eusèbe de Césarée.# La présence d’anteurs ecclésiastiques dans la bibliothèque de Césarée n’a rien d'étonnant et, dans son Histoire ecclésiastique, Eusèbe a conscience de mettre à profit une documentation originale et de créer un nouveau genre littéraire: «Je suis le premier à tenter cet ouvrage, à m’avancer pour ainsi dire sur un chemin désert et inviolé. Personne parmi les écrivains ecclésiastiques n’a, que je sache, eu le souci d'entreprendre une œuvre de ce genre» (Hist. eccl., 11,3 et 5, trad. Bardy). Mais le problème des sources profanes de la Préparation évangélique est tout différent. (A) Les témoignages que nous possédons sur la bibliothèque de Césarée n’impliquent pas la présence de tels ouvrages, car ils ne parlent que d’une bibliothèque “sacrée” ou “divine”, contenant des 40 auteurs “ecclésiastiques”? (B) Eusèbe connaissait des textes de ses prédécesseurs ayant cité de semblables sources ou les mêmes, notamment les Stromates de Clément d'Alexandrie et ceux, perdus, d’Origène.# (C) Il montre une prédilection pour les auteurs de compilations (Flavius Josèphe, Contre Apion, Arius Didyme, Aristoclés de Messine, Clément, Porphyre, De abstinentia, Alexandre Polyhistor; voir également les Stromates du Ps.-Plutarque en Praep. evang, 18, 1-12).” (D) La référence d’une citation n’est pas nécessairement, pour un auteur ancien, I’ indication de sa “source” et prouve encore moins qu il avait le texte original devant les yeux. Et lorsqu'il avait un accès direct à l’ouvrage, Eusèbe pouvait lire l’ouvrage ou bien à Césarée, ou bien dans d’autres bibliothèques (il fréquentait celle de Jérusalem: VI 20, 1), et surtout il pouvait avoir ses propres livres... Dans le cas des philosophes néoplatoniciens, comme Plotin, Longin, Amélius, Porphyre et Anatolius (Jamblique n’y figure pas), il s’agit de textes, nombreux et divers, qu’ Eusèbe pouvait difficilement trouver dans des anthologies ou des compilations. Certains sont le bienheureux Pamphile, dis-je, fit don de ses acquisitions à l’Église de Césarée» (trad. Labourt). Jérôme, De viris ill, 75: «Le prêtre Pamphile brüla d’un tel amour pour la divine bibliothéque qu il a recopié de sa propre main la plus grande partie des volumes d’Origène, lesquels sont conservés jusqu’à ce jour dans la bibliothèque de Césarée». D'après Eusèbe, ce catalogue de la bibliothèque ne mentionnait que des écrits ecclésiastiques. Voir Eusèbe, Hist. eccl., VI 32, 3: «A quoi bon faire maintenant le catalogue (xar&koyov) exact des ouvrages de cet homme (Origène), pour lequel il faudrait une étude particulière. Nous l'avons d’ailleurs transcrit dans la relation de la vie de Pamphile, le saint martyr de notre temps; là, en exposant quel avait été le zèle de Pamphile à l'égard des choses divines, nous avons reproduit es listes de la bibliothèque des livres d’Origene et des autres écrivains ecclésiastiques, qu'il a rassemblée (ris zuvaxdelong abt Tov re Qpryévouc rai TOV Hwy EkxAnoaoTucEy avyypadewv fiBlohxns Todc Tivaxac TrapeÔhpev). Grace à ces listes, quiconque le désirera pourra connaître d’une manière très complète ceux des travaux d’Origène qui sont venus jusqu’à nous». 28. Sur cet ouvrage perdu, voir Eusèbe, Hist. eccl, VI 24, 3: «Par ailleurs, il a encore écrit les livres Sur les Principes avant son départ d’Alexandrie; quant aux livres intitulés Stromates, qui sont au nombre de dix, il les a aussi composés dans la même ville, sous le règne d’Alexandre, comme le montrent des notes autographes en tête des tomes». Selon 24. Pour prendre un exemple éclairant, on se tromperait fort en reconstituant la bibliothèque de Théodoret de Cyr à partir des innombrables citations de sa Thérapeutique des maladies helléniques. L’étude approfondie de Pierre Canivet a montré qu'en réalité Théodoret dépendait directement de deux sources principales: les Stromates de Clément d’Alexandrie et la Préparation évangélique d’ Eusèbe le Banquet des Sept Sages, les Apophtegmes des Rois et des Empereurs, le traité Sur les fleuves de Plutarque ou du pseudo-Plutarque, les discours diogéniens de Jérôme, Epist. ad Magnum, 70, 4, Corpus Dion Chrysostome. Plus souvent, on devine une collection qui nous est inconnue par ailleurs. On a ainsi identifié des recueils de citations d’ Euripide ou de Ménandre classées selon l’ordre alphabétique des Stromates ait interprété allégoriquement certains passages difficiles de la Bible et qu'il ait essayé de montrer l'accord du dogme chrétien avec l’enseignement de titres des tragédies ou des comédies. En III 1, 30-44, on relève un recueil alphabétique de IIvdaydpou Platon, d’Aristote, de Numénius et de de Césarée. Voir P. Canivet, Histoire d’une entreprise apologétique au V siècle, Bloud et Gay, Paris s. d. [1957] (Bibliothèque de I’ Histoire de l’Église). On pourrait faire des remarques semblables pour Aulu- Jropou. Gelle dont les “modèles” avoués, un grand nombre de compilations d’époque récente, sont également les sources vraisemblables de ses différents chapitres, même s’il lui arrive de mettre en scène sa citation dans le cadre d’une promenade romaine ou athénienne (voir tableau des modèles/sources dans DPhA 1, Editions du CNRS, Paris 1989, p. 68 1-82). 25. La plupart du temps Stobée ne cite pas sa source immédiate, ou bien il ne la cite qu’une fois, puis cite directement les apophtegmes ou les sentences qui étaient prêtés à un personnage dans la source en les plagant sous le nom de ce personnage. Parfois, on connaît cette source: par exemple Seriptorum Ecclesiasticorum Latinorum 54, 706, il semble qu’Origéne dans ces Cornutus. 29. Toutes les citations des auteurs juifs 26. A.J. Carriker, The Library of Eusebius of d'époque hellénistique au livre XI de la Caesarea, | Diss. Columbia, 1999], Brill, Leiden 2003 Préparation évangélique sont tirées du De (Supplements to Vigiliae Christianae, 67). Dans un Iudaeis d'Alexandre Polyhistor (Carriker, article paru antérieurement le même auteur insistait op. cit, p. 139-40): Eupolème, Artapan, sur le rôle d’intermédiaires joué par Aristoclès ou Molon, Démétrius, Aristée l'historien, Numénius dans les citations de textes philosophi- Cléodème, Théophile, Timocharès, “l’arques chez Eusèbe: «Some uses of Aristocles and penteur de Syrie”, les poètes Philon et Numenius in Eusebius’ Praeparatio Evangelica», Théodote. Eusèbe le dit. En revanche, il Journal of Theological Studies 47 (1996), p. 543-49. ne dit pas qu’au même livre les citations 27. Jérôme, Epist. 34 à Marcella, 1: «Le bienheureux Pamphile, martyr, dont Eusèbe, évéque de Césarée, a raconté la vie en trois volumes exactement, quand, pour égaler Démétrius de Phalère et Pisistrate dans son désir de constituer une bibliothéque sacrée d’Hecatee d'Abdère, de Cléarque et Choirilos de Samos sont tirées du Contre Apion de Flavius Josèphe (Carriker, op. cit, p. 52).

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30. P. Kalligas, «Traces of Longinus’ library in Eusebius’ “Praeparatio euangelica’», Classical Quarterly 51 (2001), p. 584-98. 31. Un des arguments avancés pour établir que les citations d’Eusébe ne proviennent pas del’édition porphyrienne des Ennéades de Plotin est le fait qu’ Eusèbe cite de longs extraits absents de la tradition manuscrite de Plotin. Mais cette fameuse péricope conservée par Eusèbe a pu disparaitre de la tradition directe des Ennéades à une époque postérieure à Eusébe. On constate en effet que Proclus, dans le premier livre de son commentaire Sur la République (in Remp. 1, p. 267, 22-28 Kroll), paraphrase un passage de Plotin (Exn. IV 7[2], 8'.23-28), qui se trouve précisément dans les sections conservées uniquement par Eusébe. Voir M.-O. Goulet-Cazé, « Deux traités plotiniens chez Eusèbe de Césarée», dans le présent ouvrage, p. 87-88. 32. Cf. R.M. Grant, «Porphyry among the Early Christians», dans W. den Boer et alii (éd.), Romanitas et Christianitas. Studia I. E. Waszink oblata, postérieurs à Origène et n’ont pu entrer dans la bibliothèque qu’à l’époque de Pamphile. 41 Comment se sont-ils retrouvés à Césarée? Une hypothèse a été récemment avancée à ce sujet par P. Kalligas:* ces textes médio- ou néoplatoniciens cités par Eusèbe proviendraient de la bibliothèque de Longin, confisquée par Aurélien lors de la chute de Zénobie de Palmyre, dont le philosophe Longin était le conseiller, et confiée à Eusèbe par l’empereur Constantin. Mais certains de ces textes sont postérieurs à la mort de Longin: c’est le cas de certains textes de Porphyre comme la Lettre à Anébon, le De abstinentia ou le Contra Christianos, ainsi que des Enneades éditées par Porphyre au début du IV siècle, si, comme on a aujourd’hui tendance à le penser, c'est de cette édition que dépend Eusebe.?! Je pense que les textes édités et les exemplaires des bibliothèques privées circulaient plus facilement que ne le laisseraient penser les rares témoignages qui peuvent nous renseigner sur l’un ou l’autre de ces ouvrages. Il ne faut peut-être pas chercher une transmission trop singulière de ces écrits néoplatoniciens. Une autre piste envisagée par R. M. Grant pour expliquer la présence à Césarée de tant d’écrits néoplatoniciens” est le séjour dans cette ville d’Anatolius qui y fut consacré évêque, après avoir évolué dans les cercles néoplatoniciens de Porphyre et de Jamblique.” Le témoignage des citations Des précautions semblables devraient être prises dans l’étude des innombrables mentions de philosophes que l’on rencontre dans l’œuvre de Proclus™ et celle de Simplicius.” On 42 constate que ces auteurs sont en mesure de citer de nombreux philosophes de toutes les écoles et de toutes les époques,Ÿ mais il n’est pas sûr qu’ils le fassent de première main. Pour les mathématiciens anciens mentionnés dans Pin Euclidem de Proclus, la source probable est l’histoire de la géométrie d’ Eudéme de Rhodes.” Pour le commentaire de Proclus des North Holland Publishing Company Travaux et les Jours d’ Hésiode, Chiara Faraggiana di Sarzana a montré tout ce qu il devait à Amsterdam 1973, p. 171-188., Plutarque de Chéronée. Il faudrait donc établir une liste plus courte de noms qui apparaissent vraiment comme des auteurs philosophiques, sinon comme des “sources” de Proclus. 33. Je crains malheureusement que l’image qu’ Eusèbe donne de cet Anatolius n'ait confondu au moins deux personnages. Dans ma notice «Anatolius> A 157, DPhA, I, p. 179-183, j'ai tenté de bien isoler les différents témoignages, sans réussir à départager les personnalités historiques auxquelles ils font référence. Il conviendrait d’examiner de près l’ensemble de ces références en tentant de dégager tous les auteurs qui sont connus à travers une source identifiable et tous ceux qui semblent avoir été lus directement. Peu de cas, sans doute, se laisseraient ainsi nettement caractériser, mais ce n’est qu’à partir de telles recherches que l’on pourrait espérer tirer des conclusions sur les ouvrages qui étaient encore à la disposition de ces auteurs. Il faut mettre 4 part certains noms récents que Proclus a pu connaître directement: Domninos (“notre compagnon”), 34. J'ai présenté lors du colloque un tableau d’environ 200 noms de la tradition philosophique constitué à partir d’un lexique regroupant les 112 778 lignes de six œuvres majeures de Proclus: Asclépiodote, peut-être Aquila, commentateur de date incertaine. D’autres noms n’appa- 43 in Alcibiadem, in Cratylum, in Euclid,, in Parm., in Remp. LIL, in Timaeum LIL, Theol. Plat. EV I] faudrait ajouter Magnus «qui paraphrase Nicolas» n'apparaissent de même que dans un passage. Les positions de Longin et d’Origéne sont parfois comparées, et un troisième nom, Porphyre ou le nom de Syrianus qui représente en général l'autorité suprême pour Proclus, mais qui n'apparaît que sous la formule “mon maître” Concetta Luna me signale de même que dans Damascius, in Parm., Proclus est toujours cité comme aörög ou bien sans aucun pronom. 35. J'ai présenté lors du colloque un tableau d’environ 175 noms de la tradition philosophique constitué a partir d’un lexique regroupant les 92 292 lignes de quatre œuvres majeures de Simplicius: in De Caelo, in Categ, in Phys, in Encheiridion. 36. La fréquence de certains noms n’a en soi aucune valeur significative: elle peut dépendre du contenu même du texte commenté. Proclus mentionne ainsi Prodicos, parce qu’il apparaît dans le texte de Platon qu’il commente (in Crat., p.242). Socrate, Adimante ou Parménide sont constamment cités pour la même raison. raissent que dans un contexte très particulier et leur position exégétique est mise en rapport avec celle d’un autre commentateur plus souvent mis à profit: c’est le cas du péripatéticien Adraste, dont les rares mentions sont associées au nom de Sévère. Nicolas et le géomètre Jamblique, vient compléter la doxographie. Ailleurs, la source intermédiaire est reconnue: ainsi une discussion sur l'âme entre Longin et Médios est rapportée à un ouvrage perdu de Porphyre. Ces emboîtements exégétiques peuvent prendre la forme de véritables poupées russes. On voit ainsi apparaître les noms de Callisthène, Phanodéme et Théopompe, mais ils sont commentés par Atticus, lequel ne devait être connu qu’indirectement à travers Porphyre et/ou Jamblique. Il est possible également qu’Aristocles, Ptolémée le Platonicien et Dercyllide ne soient connus qu’à travers Atticus. Je n'ai fait qu’un certain nombre de sondages portant sur Albinus, Amélius, Ammonius, Antoninus, Aristandros, Harpocration, 37. Voir J.-P. Schneider, notice «Eudéme de Rhodes» E 93, DPAA, TI, p. 287, et l’article de C. Eggers Lan, «Eudemoy el “catálogo de geémetras” de Proclo», Emerita 53 (1985), p. 127-57. En quelques lignes, on voit défiler les noms d’Athénée de Cyzique, Amyclas d’Héraclée, Anaxagore, Archimède, Dinostrate, Hermotime, Eudoxe, Euclide, Thalès, Théétète, Théodore de Cyrène, Theudios, Hippias, Hippocrate de Chios, Léodamas, Léon, Mamercus, d’Atene e dopo la sua chiusura», Aevum 55 (1981), p. 22-29; «Le commentaire 4 Hésiode et la paideia encyclopédique de Proclus», dans J. Pépin et H. D. Saffrey (édit.), Proclus, lecteur et interprète des anciens, Éd. du CNRS, Paris 1987, p- 21-41. 39. Ph. Hoffmann, «Bibliothéques et formes du livre», cité plus haut, p. 619, donne comme exemple Ménaichmos, Oinopidès et Philippe de Mende... les emboitements récursifs de Speusippe, Boèthos de Sidon, Porphyre (4 Gédalios) et Simplicius. L’exemple est analysé par C. Luna, dans I. Hadot 38. C. Faraggiana di Sarzana, «Il commentario procliano alle Opere e i Giorni: I. Plutarco et alii, Simplicius, Commentaire sur les “Catégories” d Aristote, TI, Brill, Leiden 1990, p. 159-64. fonte di Proclo», Aevum 52 (1978), p. 17-40; «II. Destinazione e fortuna dell’opera nella Scuola

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Gaius, Démétrius le géomètre (maître de Porphyre), Théodore d’Asiné, Cronius, Colotès, Maxime de Nicée, Longin, Numénius, Plotin, Sévère, Sosigène, Sosicrate, Origéne... Pour chaque nom, on trouve presque toujours au moins un passage où les noms de Porphyre ou de Jamblique figurent dans les lignes voisines. La fréquence exceptionnelle de ces deux auteurs parmi les noms de philosophes cités par Proclus (respectivement 97 et 114 occurrences) laisse penser qu’une bonne partie des informations que Proclus rapporte aux auteurs plus anciens provenait directement des commentaires de ces deux grands néoplatoniciens. Mais le travail reste à faire et il supposerait que l’on ne s’en tienne pas aux occurrences des noms, mais que l’on étudie les exégèses des différents passages commentés pour en reconstituer la génétique. 44 Bibliothèques et librairies 7 valeur véritable (Damascius, Vie d’Isidore = Epit. Phot., 74; p. 102.1-104.4 Zintzen; voir aussi fr. 122), Marcellus qui avait appris par cœur les huit livres de P Histoire de Thucydide (ibid, fr. 138), Hilarius sénateur d’Antioche qui possédait une bibliothèque riche et diversifiée (BıßAlov TLV TOOMTIOY evropwtatos, fr. 222), tous ces intellectuels donnent l’impression d’entretenir une étroite fréquentation des livres, même si d’autres, comme l’ascète Sérapion, n’en possèdent que deux ou trois, dont les Poèmes orphiques (fr. 287). D'autre part, les livres, comme les lettres, En fournissant de telles références, ces auteurs ne voulaient sans doute pas nous laisser croire qu’ils avaient eux-mêmes tous ces documents anciens devant les yeux.“ Mais il est tout aussi difficile d'établir que l’auteur cité n’était lu qu’à travers des compilations, car l’utilisation de sources intermédiaires ne prouve pas que les textes cités n'étaient plus disponibles à une époque donnée. Ces auteurs peuvent par commodité utiliser des compilations intermédiaires tout en sachant ou en imaginant que les sources authentiques étaient par ailleurs conservées. Quant aux textes qui ne sont plus cités, on ne peut conclure à leur disparition à telle ou telle époque que par un argument e silentio. Pour tirer parti de ces silences il faudrait retrouver des témoignages attestant positivement que tel texte ou de nombreux textes étaient introuvables pour tel ou tel auteur. Je n’en ai pratiquement pas retrouvé. Le livre n'était pas un objet rare à l'époque impériale. Aulu-Gelle dit fréquenter toute une série de bibliothèques et de librairies: Patras, Tibur, temple d’ Hercule, palais de Tibère, temple circulaient facilement d’un bout à l'autre dela Méditerranée. La Vita Plotini fournit de nombreux exemples de ces échanges: Plotin expédiant ses traités 4 Porphyre en Sicile (6.1-4, 15-17), Amélius emportant ses exemplaires en Orient (19.21-24, 31; 20.8-9), Longin en Phénicie écrivant à Porphyre (sans doute en Sicile) pour lui demander l'envoi de manuscrits de Plotin qu’il s'engage À retourner (19.7-8; 30-31), etc. On constate également que les œuvres de Proclus sont connues à de la Paix, temple de Trajan [Bibliothèque Ulpia] ; il visite aussi des libraires dans le quartier Athènes, bien sûr, où il avait enseigné (Damascius et Simplicius), mais aussi à Alexandrie (Ammonius, Jean Philopon, Olympiodore, Étienne d'Alexandrie), du port à Brindes, in Sandalario à Rome, in Sigillariis..... On comptait encore près d’une trentaine de bibliothèques à Rome sous Constantin.“ Si des bibliothèques disparaissent, à Constantinople (Jean Lydus), à Gaza (Énée et Procope de Gaza). Voir H. D. d’autres sont fondées, comme celle de Jérusalem par l’évêque Alexandre (Eusèbe, Hist. ech, VI 20, 1) ou celle de Césarée, par Origéne ou plus probablement Pamphile (Jérôme, Episr. 34 à Marcella, 1). A Antioche au IV siècle, les élèves de Libanius possèdent des livres lorsque leurs parents ne leur tiennent pas les cordons de la bourse trop serrés (Epist. 428, 3); il leur arrive de s’assommer entre eux à coup de codex (Orar. 58, 5) et Libanius se voit offrir comme incitation au mariage par un citoyen d’ Héraclée un char rempli de livres (Discours 1 54).# 45 Les auteurs néoplatoniciens donnent encore pour leur part l impression d'évoluer dans un Saffrey et L. G. Westerink, Introduction à leur édition de la Théologie platonicienne, Les Belles Lettres, Paris 1968 (CUF), I, p. cLIv. Encore au début du V* siècle, Eunape prétendait que les «autels consacrés à Plotin étaient encore fumants» et que ses livres étaient plus répandus que ceux de Platon (p.6.1-2 Giangrande). Selon Agathias, Hist. II 29, le médecin monde où les livres sont omniprésents.£ On en produit, on en achète, on en copie et surtout on en lit en quantité. Si donc une raréfaction des livres s’est opérée, elle a dû survenir un peu plus tard, par exemple au cours des VIF ou VIIF siècles. Dans d’autres régions comme l'Italie ou Afrique, où l’on constate un net recul de la connaissance du grec dès le début du V* siècle, elle a pu intervenir plus tôt.“ Pour saisir le sentiment d’un lettré au milieu du IV siècle de notre ère, on peut convoquer un témoin: Thémistius, qui, à propos de la bibliothèque fondée à Constantinople par Constance II (en 357), distingue des auteurs relativement bien conservés et d’autres déjà Ouranios au début du VI siècle fréquentait le portique impérial où se trouvait la Bibliothéque et les boutiques des libraires de Constantinople et y débattait de sujets philosophiques ou théologiques. Voir R. Janin, Constantinople byzantine. Développement urbain et répertoire topographique, Insitut Français d’Études 40. Ces pratiques posent un problème de psychologie littéraire: les sources immédiates des ouvrages de compilation sont rarement indiquées. Voir 157-60. par Libanius pendant trois jours au bouleuterion d’Antioche (Discours 1113). Libanius a à son service un «bibliographe» crétois (ibid., 43). Byzantines, 2° éd., Paris 1964 (Archives de l'Orient chrétien,4 A), p.91-92 et 45. N.G. Wilson, «Books and readers 44. Origène qui n'était pas issu d'une famille riche et avait perdu son père lors d’une persécution Études sur les Vies de philosophes dans l'Antiquité possédait une bibliothèque personnelle, qu’il vendit in Byzantium», dans Byzantine Books and Bookmen, p. 1-3, souligne le grand nombre de témoignages de cette époque sur la mauvaise qualité et la rareté du tardive, Vrin, Paris 2001 (Textes et traditions, 1), contre une rente quotidienne de 4 oboles (Eusèbe, Hist. eccl, V1 3, 8-9). On ne lit pas dans les vies des parchemin, surtout a certaines saisons philosophes de la fin de l’Antiquité de lamentations sur la disparition ou la rareté des sources philosophiques. Eunape qui vint étudier la rhétorique a Athènes en possédant pour seule richesse «la plupart des livres des anciens» pour autant qu’il les avait Books», cité plus haut, p. 44, insiste pour R. Goulet, «Les références chez Diogène Laërce. Sources ou autorités?» (1994), repris dans mes p- 79-96. 41. Voir R. Goulet, notice « Aulu-Gelle», A 509, DPbA, I, p. 685. 42. Voir la liste établie par C. Dziatzko, art. «Bibliotheken», RE III 1, 1897, col. 415-21. Synthése plus récente dans L. Casson, Libraries in the Ancient World, Yale U. P., New Haven (Conn.) 2001. 43. Voir A.F. Norman, «The Book Trade in Fourth Century Antioch»,Journal ofHellenic Studies 80 (1960), p. 122-26. Dix copistes sont chargés d’assurer la diffusion d’un discours de louange prononcé en mémoire (Eunape, Vitae sophistarum, X 1, 6), Proclus qui avait déjà appris par cœur très facilement les traités logiques d’Aristote (Marinus, Proclus, 9) à Alexandrie, Hermeias d'Alexandrie qui n’hésitait pas à donner pour un livre davantage que le prix qui lui en était demandé lorsque le libraire en ignorait la de l’année. Mango, «The Availability of sa part sur la rareté et le coût très élevé des livres à Byzance à l’époque iconoclaste. 46. Du côté latin, on constate à partir du V siècle une brusque décadence: «Il nest pas exagéré de dire qu’au milieu du V siècle, à part de rares spécialistes, les hommes les plus cultivés d’ Italie, laïcs ou clercs, sont devenus incapables de lire le grec et que l’idée même de culture s’en trouve compromise» (P. Courcelle, Les

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lettres grecques en Occident de Macrobe a Cassiodore, de Boccard, Paris 1948, p. 136). Par conséquent, un des facteurs les plus importants de conservation, la dissémination des copies dans des aires géographiques éloignées, était inopérant. «La culture et les croyances helléniques, qui étaient encore vivantes [en Afrique du Nord], malgré la décadence du grec, au temps de saint Augustin, furent sérieusement compromises par la conquéte vandale. L’Afrique se trouve brusquement coupée de Rome et de Constantinople» (ibid., p.205). «La culture hellénique est bien morte sous les Vandales» (ibid, p.209). «Après l'Afrique vandale, c'est la Gaule mérovingienne qui sombre dans Vignorance» (ibid, p. 253). « Tandis que la culture hellénique se meurt au VF siècle en Afrique et en Gaule, elle provoque une véritable renaissance des lettres en Italie sous le règne de Théodoric» (ibid., p. 257). Pour l'Italie du sud, où le grec s’est maintenu ou est revenu, il faudrait tenir compte de plusieurs études de J. Irigoin, regroupées dans La tradition des textes grecs, notamment p. 439-536. 47. Thémistius, Discours IV a l’Empereur, 59d-60c. 48. L. Canfora, La Bibliothèque dAlexandrie et l'histoire des textes, Éd. de l’Université de Liège, Liège 1992, p. 44 et 55. 49. Il serait profitable de recueillir tous les indices de l’origine scolaire des traditions manuscrites de nos textes philosophiques. Ainsi, on trouve dans les marges du Parisinus Coislin 322 (KT-XIF siècle) contenant Zx Tim. de Proclus des scolies, dont l’une est un distique noté originellement par Simplicius dans la marge de son propre exemplaire du commentaire de Proclus (voir Saffrey et Westerink, menacés,” qui seront, grâce à l’empereur chrétien, préservés de l’oubli. Dans le premier groupe, il signale «le très sage Platon, Aristote, ainsi que le rhéteur de Péanie (Démosthène), et le fils de Théodore (Isocrate) et le fils d’Olöros (Thucydide)». En revanche, «tous les épigones de ces (premiers) auteurs, ainsi que leurs œuvres, n’ont pas la garantie d’une permanence et c'est à ces auteurs mortels que la providence de l’empereur impose de devenir immortels: de nombreux interprètes et gardiens du temple d’ Homère, de nombreux adorateurs d’Hesiode, Chrysippe lui-même déjà avec Zenon et Cléanthe, tous les chœurs issus du Lycée et de l'Académie, pour le dire en un mot c’est la troupe innombrable de l’antique sagesse, qui ne circule pas partout ni dans l’espace public, mais reste rare et est mise en réserve, qui déjà est vacillante et défraîchie, enfouie dans le temps et l'obscurité, c’est elle que (l’empereur) met en mouvement et réveille comme depuis I’ Hadès, et il élève pour vous d’autres images semblables et plus belles des Muses». L'opposition entre Platon et Aristote d’une part, les scholarques stoïciens et les philosophes du Lycée et de l’Académie de l’autre décrit une situation que confirmeront les statistiques que nous présenterons plus loin. Mais ce passage atteste indirectement que ces écrits menacés étaient toujours disponibles au milieu du IV siècle. Ce type d'interrogation sur les causes de la conservation ou de la perte des textes antiques pourrait être remis en cause au profit de la thèse d’une conservation purement aléatoire 47 des textes antiques. La pratique des sources anciennes nous convainc en effet rapidement qu'à toutes les époques des textes ont dû disparaître, non seulement dans l'Antiquité, mais encore au Moyen Age et même à l’époque moderne. La probabilité statistique qu’un texte antique survive au feu et à l’humidité, aux vers et aux souris, aux vandales et aux fanatiques, à la simple détérioration des supports matériels ou au désintérêt des générations nouvelles pour les ouvrages passés de mode, est relativement faible. De façon générale, on constate une prédilection progressive pour les compilations, manuels, encyclopédies, comme si le livre se réduisait progressivement à son utilisation professionnelle dans des cercles toujours plus étroits. Mais l'existence de cette littérature de compilation à elle seule ne prouve pas que les ouvrages originaux aient disparu de la circulation. L'intérêt qu'on portait à des textes plus anciens pouvait au contraire encourager leur copie et leur conservation. Il n’en reste pas moins que les textes originaux ne devaient bénéficier que d’une diffusion de moindre importance qui en compromettait la conservation. L’étonnant est sans doute moins, à l’Echelle des siècles, que tant de textes soient disparus que le fait que dans de telles conditions autant aient été conservés. La bibliothèque et l’école On peut revenir ici sur la distinction proposée plus haut entre deux modes principaux de conservation des livres dans l’Antiquité: l'accumulation des exemplaires dans les biblioop. cit, 1, p. CLII-CLII). La présence de résumés schématiques en marge de certains manuscrits témoigne également de l’origine scolaire de leur tradition. thèques publiques et la transmission par copie des textes dans les écoles. Laquelle de ces deux institutions, la bibliothèque ou l’école, a réussi à nous transmettre le plus grand nombre de textes antiques? Pour le dire en d’autres termes, les traditions manuscrites de nos textes 50. Par exemple, le Proclus de Marinus conservés remontent-elles à des exemplaires de bibliothèques ou bien à des copies issues des a été conservé dans des manuscrits de contenu rhétorique. Voir H. D. Saffrey écoles? Ft quelles caractéristiques présentaient les archétypes issus de ces deux traditions, notamment en termes de contamination? Aucune bibliothèque antique et aucune école n’a et A-Ph. Segonds, Introduction à leur survécu. Leurs fonds respectifs ont pu cependant être récupérés par d’autres institutions. édition de Marinus. Proclus ou Sur le bonheur, Les Belles Lettres, Paris 2002 (CUE), p. cr. On peut également signaler P Ajax et !’Ulysse d’Antischene, ou l'Éloge d'Hélène et l’Eloge de Palaméde de Gorgias. 51. Le fait que les trois seuls manuscrits de lEpikrisis de Nicéphore de Constantinople soient conservés à la Bibliothèque Nationale de France a eu pour conséquence que certaines corrections qu'ils présentent ont parfois été reportées sur le texte des deux autres. L. Canfora® a estimé pour sa part que les bibliothèques, davantage liées aux centres du 48 pouvoir, étaient plus menacées de destruction que les écoles et que ce sont les écoles qui ont principalement assuré la survie des textes de la littérature antique. La nature même des textes philosophiques que nous étudions suggère une transmission proprement scolaire.” I faut également signaler qu’une des circonstances accidentelles de conservation des textes philosophiques ou du moins des textes de philosophes est leur intégration dans des traditions textuelles hétérogènes.” Une autre question posée par la distinction de ces deux sources principales de la conservation des textes antiques est la qualité des textes transmis par l’une et l’autre tradition. Les bibliothèques devaient regrouper des exemplaires de différentes origines et fournir aux savants qui les consultaient des traditions manuscrites plus riches que celles qui étaient disponibles à l’intérieur d’une même école. Mais cette richesse pouvait être un facteur de contamination important”! Les traditions manuscrites issues de l’école devaient être moins diversifiées et présenter moins de contaminations horizontales, mais être davantage affec-

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tées, de copie en copie, par les nombreuses retouches ou corrections qu’une lecture compétente et scolaire de ces documents invitait à apporter. A vrai dire, pour se convaincre de l'influence de l’école, et notamment de l’école néoplatonicienne, dans la sélection des textes philosophiques antiques, il suffit de considérer ce qui de fait a été conservé. Et c’est l’objet de l'étude statistique dont je voudrais maintenant résumer les résultats. 49 Le corpus des philosophes conservés en tradition directe On peut estimer, en exploitant les données du Thesaurus Linguae Graecae, que les textes philosophiques grecs proprement dits antérieurs au vri® siècle transmis par tradition directe, à l'exclusion des médecins, des savants et même des auteurs de vies de philosophes et autres ouvrages périphériques, représentent plus de 10 millions de mots (10 755 159), soit environ 30 000 pages de texte brut dans le format des CAG. Le tableau suivant indique le nombre de mots signalés par le Canon du TLG pour chaque philosophe ou chaque groupe de philosophes.5? 50 Aristote Théophraste 1 015 272 Platon 599 894 Alexandre Thémistius Philopon Simplicius 1 177 392 181 507 1036035 355 020 1422513 Syrianus Ammonius Asclépius Olympiodore | Autres comment. Aristote 136 789 193 401 213 500 310 949 Plutarque Plotin Porphyre Jamblique 165 915 538 563 216 398 201 353 Proclus Damascius Autres platoniciens Autres comment, Platon 1 093 884 300 692 270 472 278 236 Sextus 209 334 Autres 228281 52. Voici les auteurs ou textes du 7LG retenus Aristotelis Sophisticos Elenchos (6 commentaires), pour les groupes de philosophes secondaires. Autres Anonymi In Aristotelis Librum Alterum Analyticorum Posteriorum Commentarium. Autres commentaplatoniciens: Alcinoos, Albinus, Théon de Smyrne, Longin, Anatolius, Julien, Salustius, Synésius. Autres teurs de Platon: Hermias, Hiéroclès, Marinus, Enée, commentateurs d’Aristote: Aspasius, Dexippe, Anonymus De Philosophia Platonica. Autres philoso- Priscianus, Anonymi phes: Pythag. Carm. Aureum, Ocellus, Antisthène, Bolus, Andronicus, Cornutus, Cébès, Héraclite l’Allégoriste, Epictéte, Marc-Auréle, Nepualius, Corpus Hermeticum, Cléomède, Geminus. Elias, 609 759 David, Stephanus, in Aristotelis Categorias, Anonymi In Aristotelis Ethica Nicomachea (3 commentaires), Anonymi In Aristotelis Librum De Interpretatione, Anonymi In

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Sextus Plutarque 5% Autres Autres platoniciens 3% Aristote 9% Platon 6% Théophraste 2% Plotin 2% Porphyre 2% Alexandre 10% Jamblique 2% Thémistius 3% Proclus 10% Damascius 3% Philopon 13% Autres comm. Platon 3% Autres comm. Aristote 6% Olympiodore 3% Asclépiu s Simplicius 11% Ammonius 2% Syrianus 1% Les textes philosophiques (tradition directe) Ce graphique utilise des données relativement brutes qui ne peuvent servir qu’à déter- 51 miner des évaluations grossières. En partant du haut du “camembert” et en allant vers la droite, on retrouve globalement la tradition d’Aristote et de ses commentateurs. Elle se prolonge jusqu'à Olympiodore... Sur la gauche, on retrouve plutôt la tradition platonicienne. Mais des commentateurs d’Aristote comme Simplicius, Philopon et bon nombre des autres qui ont été regroupés sous “Autres commentateurs d’Aristote” sont également des platoniciens. On s’apercoit rapidement que le hasard, s’il a joué un rôle dans la conservation ou la perte de tel texte en particulier, ne saurait expliquer les statistiques accablantes que révèle ce schéma. Le hasard aurait pu ainsi nous conserver 10 ou 20% des textes, toutes écoles confondues. Il m'en est rien. On n’a pas le même pourcentage pour les différentes écoles. Platon, Aristote et leurs commentateurs représentent la quasi-totalité du corpus conservé. J'ai estimé à environ 4% les textes qui ne se rattachent pas à ce mainstream platonico-péripatéticien. A priori si le corpus des œuvres philosophiques aujourd’hui accessibles avait été transmis par le circuit des bibliothèques, il serait resté quelque chose des traditions philosophiques comme le stoïcisme ou l’épicurisme. Peut-être aurait-on conservé des ouvrages des présocratiques ou des socratiques. En réalité, ces différentes traditions ont disparu presque à 100% et ce n'est que par des citations littéraires ou des papyri que des fragments en ont été conservés. La conclusion qui se laisse tirer est donc péremptoire: ce sont les textes lus et commentés dans l’école néoplatonicienne du IV au VI siècle, ou bien qui exposaient les doctrines de cette école, qui ont été copiés et conservés, à exclusion presque systématique de toutes les autres tendances. Les auteurs qui n’appartenaient pas à cette tradition de l’école néoplatonicienne n'ont pas bénéficié de cette régénération par la copie et de cette dissémination géographique qui semblent indispensables pour assurer la survie normale des textes anciens.

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Il ne suffisait d’ailleurs pas d’appartenir à la tradition néoplatonicienne pour bénéficier de ce traitement de faveur, et même chez les auteurs les mieux conservés, comme Aristote,? 52 Plutarque,”* Porphyre,” Proclus,‘® il faut compter avec des lacunes considérables qui invitent à isoler des facteurs plus subtils de conservation, comme l'utilité proprement pédagogique de certains textes. La liste des philosophes cités par Eusèbe permet d'établir que cette sélection n’est pas nécessairement antérieure au IV siècle. On repère immédiatement quelques figures disparues après Eusèbe (en éliminant celles qui étaient certainement connues à travers des intermédiaires, comme Hécatée, Cléarque et probablement Philon de Byblos): Amélius (encore cité par Proclus), Aristoclès, Atticus, Diogénianus, Longin, Numénius, Oinomaos, Porphyre (plusieurs textes), Sévére... Cela ne veut pas dire que ces auteurs n'étaient plus accessibles au VI siècle, au moins dans les meilleures bibliothèques et, encore une fois, des causes plus ou moins fortuites peuvent expliquer la disparition de n’importe quel texte donné, indépendamment de la situation de crise que nous décrivons. Beaucoup d’autres textes étaient encore directement connus par les néoplatoniciens plus tardifs, par exemple le commentaire d'Alexandre d’Aphrodise sur les livres E-N de la Métaphysique largement utilisé par Syrianus.” Quant aux longues citations de Parménide ou d’Empedocle transmises par des auteurs comme Simplicius, il est difficile de déterminer sous quelle forme et par quels biais les néoplatoniciens pouvaient en avoir connaissance. On sait d’autre part que les Arabes furent en mesure de traduire un certain nombre de commentaires qui n’ont pas été conservés en grec. Même 4 l’intérieur du produit scolaire par excellence qu'est le commentaire, une sélection s’est opérée. Simplicius connaît ainsi une longue liste de commentateurs des Catégories: Thémistius, Porphyre (Commentaire par questions et réponses conservé), 52 Alexandre d’Aphrodise, Herminos, Maxime, l'élève d’Aidésius le jambliquéen, “l’admirable Boéthos”, Lucius, Nicostrate, “le grand Plotin”, Porphyre (grand Commentaire à Gédalius en sept livres, perdu), “le divin Jamblique”, Dexippe, le disciple de Jamblique, sans parler du Pseudo-Archytas que Simplicius situe avant Aristote. Il faudrait ajouter Xénocrate, Andronicos, Athénodore et Cornutus... Après Simplicius, il faut encore tenir compte d’Ammonius, d’Olympiodore, de Jean Philopon, d’Elias,” d’une paraphrase anonyme et d'Aréthas de Césarée. Je ne garantis pas que cette liste soit complète. Car Simplicius mentionne également un commentaire de Syrianus (p. 3, 9 Kalbfleisch). Or, à part les traités VI 1-3 de Plotin (qui appartiennent à une autre tradition textuelle), le petit commentaire de Porphyre et la paraphrase de Dexippe, aucun des commentaires antérieurs à Simplicius n’a été conservé. Lui-même ne connaissait probablement la plupart des auteurs plus anciens qu’à travers les grands commentaires de Porphyre et de Jamblique (p. 3, 14-15 Kalbfleisch).® Si on a retenu Simplicius, ce n’est pas parce qu’il était objectivement le plus pénétrant, ni qu'il représentait une autorité incontestable, mais parce qu’il répondait à des exigences doctrinales et pédagogiques bien définies. Il suivait méthodiquement la ligne exégétique de Jamblique adoptée par l’école tout en en clarifiant les difficultés éventuelles et il condensait l'apport de toute la tradition antérieure, telle que Porphyre et Jamblique l’avaient transmise dans leurs propres commentaires.f! Faut-il en conclure que tous ces commentaires plus anciens avaient déjà disparu? Ce n’est pas sûr. Mais un commentaire plus récent et plus synthétique comme celui de Simplicius pouvait donner l impression d’être plus adapté aux besoins de l’enseignement et c’est ce type d'ouvrage que l’on copiait de préférence pour le rendre disponible dans l’école, quitte à laisser se détériorer lentement des ouvrages peut-être plus riches, mais qui paraissaient déjà marqués historiquement? 11 titres dans la liste établie par Beutler, est perdu, sauf des fragments. Cf. R. Beutler, art. «Porphyrios» 21, RE XXII 1, 1953, col. 275-313. 56. Beutler énumére 50 titres d’ouvrages, certains d’attribution discutée. Beaucoup sont conservés, mais certainement pas plus de la moitié. Cf. R. Beutler, art. «Proklos» 4, RE XXIII 1, 1957, col. 186-247. 57. A ne pas confondre avec le commentaire de Michel d’Éphèse sur ces livres. Voir C. Luna, Trois études sur la tradition des commentairs anciens a la Métaphysique dAristote, Brill, Leiden 2001 (Philosophia Antiqua 88). 58. C. D’Ancona, on Aristotle: «Commenting From Late Antiquity to the Arab Aristotelianism», dans W. Geerlings et Chr. Schulze (éd.), Der Kommentar in Antike und Mittelalter. Beiträge zu seiner Erforschung, Leiden, 2002, p. 201-51, notamment p. 242-43, mentionne Alexandre d’Aphrodise sur la Physique, le De generatione et corruptione, la Métaphysique (pour la partie perdue en grec); Porphyre sur la Physique et l'Éthique à Nicomaque; Thémistius, sur l'Éthique à Nicomague, Olympiodore, sur la Physique. Voir ibid., p. 250-51: synopse des commentaires grecs sur Aristote tels qu’ils sont mentionnés dans les sources bio-bibliographiques arabes. 59. Sur les problèmes d’attribution de ce commentaire, voir R. Goulet, notice «Elias» E 15, DPA, IL, p. 57-66. 60. Voir les schémas établis par C. Luna, Commentaire sur les Catégories d'Aristote. Chapitres 2-4, Les Belles Lettres, Paris 2001 (Anagög£), p. 381, 564 et 867. 61. Pour illustrer l'attitude de Simplicius à l'égard de Jamblique, Ph. Hoffmann, «Bibliothèques et formes du livre», cité plus haut, p. 609, a signalé l’importance d’un passage de son commentaire sur les Catégories (p.3.2-9 Kalbfleisch): dans une démarche de méditation philosophique Simplicius suit pas à pas et même transcrit le texte de Jamblique, tout en ramenant «à plus de clarté et de mesure la sublimité de la pensée de cet homme, qui est inaccessible à la plupart des gens». 62. Sur cette question les travaux de I. Hadot, de C. Luna et la thèse d’habilitation encore inédite de Ph. Hoffmann ont apporté un éclairage incomparable. Pour la période byzantine, J. Irigoin, «Survie et renouveau», p. 297 = 213-14, 53. Ce qui a été conservé en tradition directe n'est qu’une sélection (établie sur quels critères?) de ce qui est connu par les listes anciennes. Voir R. Goulet, notice «Aristote de Stagire» A 414, DPAA, I, p. 424-34. La Constitution des Athéniens, conservée par deux papyrus, constitue un cas à part 54. Voir le catalogue de Lamprias. 55. De abstinentia, Vie de Plotin, Vie de Pythagore, Commentaire par questions et réponses sur les Catégories, Antre des Nymphes, Sententiae, Lettre à Marcella, Questions homériques, Commentaire sur les Harmoniques de Ptolémée, Introduction à LApotélesmatique de Ptolémée. Ajoutons Ad Gaurum s’il est bien de cet auteur et le Commentaire sur le Parmenide. Tout le reste, soit une cinquantaine de suggére qu'une nouvelle compilation comme le Lexigue de Photius peut expliquer la disparition de treize des seize lexiques signalés par le patriarche dans sa Bibliothèque. Le même phénomène a pu se produire au X° siècle pour les historiens mis à profit dans la compilation de Constantin Porphyrogénète.

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63. Bréve mais riche synthése sur la production des manuscrits philosophiques pour la seconde moitié du IX? siècle et sur l’origine de la “Collection philosophique” (cercles de Photius et de Léon le Philosophe) dans J. Irigoin, « Survie et renouveau», p. 298-301 = 215-20. Voir également L. G. Westerink, Introduction a Damascius, Traité des premiers principes, I, Les Belles Lettres, Paris 1986 (CUF), p.LxXXIII-LXXX, et l'étude synthétique de L. Perria, «Scrittura e ornamentazione nei codici della “collezione filosofica”», Rivista di studi bizantini e neoellenici, 28 (1991), p.45-111. Ph. Hoffmann, «Bibliothéques et formes du livre», cité plus haut, p. 622-23, rappelle que Photius, dont on a daté la Bibliothèque vers 845, ne semble pas connaître les ceuvres philosophiques de Damascius, ni de fagon générale, aucun des traités de la “Collection philosophique”. 64. T.W. Allen, «Palaeographica II. A Group of Ninth-Century Greek Manuscripts», Journal of Philology, 21 (1893), p.48-55. 65. A. Cataldi Palau, «Unnuovocodice della “collezione filosofica’, il palinsesto Parisinus graecus 2575», Scriptorium 55 (2001), p. 249-74 (avec plusieurs planches ala fin du fascicule), a récemment rattaché à la collection Simplicius, in Categ, et Ammonius, iz De interpr., textes recouverts par la copie d’un texte effectuée par Georges Baiophoros à Constantinople en 1424. L’appartenance de ces deux textes à la collection avait déjà auparavant été conjecturée, dans le premier cas, par J. Irigoin, «Survie et renouveau», p. 299 = 217, n. 76, dans le second par H. Ars, De scholién op vijf Griekse filosofen, Plato, Plotinus, Olympiodorus, Ammonius en Proclus, thèse inédite de Louvain, 1962, qui y rattachait également l’archétype de la tradition directe de Plotin. 66. Ce texte, attesté par une table des matières du Parisinus graecus 1962, n'a pas été conservé. 67. Voir J. Irigoin, «L’Aristote de Vienne», Jahrbuch der österreichischen byzantinischen Gesellschaft, 6 (1957), p.5-10 et 1 pl. Ce manuscrit (Vindobonensis phil. gr. 100 = J) a été annoté par le copiste “principal” de la “Collection philosophique” Voira ce sujet M. Rashed, Die Uberlieferungsgeschichte der aristotelischen Schrift “De generatione et corruptione’, Reichert, Wiesbaden 2001 (Serta Graeca, 12), notamment p- 99-100. RICHARD GOULET Les cas d’espéce 54 Une fois qu’on a élaboré une telle hypothèse, il ne faut jamais oublier d’examiner tous les faits dont elle ne rend pas compte. Pourquoi des textes fondamentaux de l’école néoplatonicienne, comme les Poémes orphiques ou les Oracles chaldaiques et leurs différents commentaires attestés n’ont-ils pas bénéficié d’une semblable conservation? Pourquoi tel ou tel texte, intégré ou non dans le cursus néoplatonicien, a-t-il été conservé ou a-t-il disparu? C’est l’histoire de la transmission du texte de chacune de ces œuvres particulières qu’il faudrait suivre pour les intégrer dans la problématique d’ensemble. Un cas significatifest celui de Jamblique: il représente pour la tradition néoplatonicienne une des principales sources d’ inspiration du systéme et son approche exégétique semble avoir profondément influencé les commentateurs postérieurs. Or ses traités scolaires et ses commentaires n’ont pas été conservés. La “Collection philosophique” Dans ce processus de transmission des textes philosophiques de l'Antiquité, on peut isoler un autre relais essentiel sans lequel nous n’aurions conservé de la philosophie ancienne qu'un corpus minime, peut-être réduit à Organon d’Aristote, comme c’est le cas dans plusieurs traditions orientales. Ce relais nous est connu par ce que l’on est convenu d’appeler la “Collection philosophique”% On désigne ainsi un ensemble de manuscrits grecs sur parchemin qui présentent des caractéristiques codicologiques et paléographiques similaires montrant qu ils proviennent d’un même centre de copie que l’on situe à Constantinople vers 55 850. C’est moins les manuscrits rattachés à cette collection, dont certains sont des archétypes perdus de manuscrits plus récents, qui nous intéresseront ici que les textes philosophiques qu’ils ont transmis et dans la plupart des cas sauvés. La liste, établie originellement par T. W. Allen en 1893% et considérablement allongée ces dernières années, est impressionnante: les dialogues de Platon; Alexandre d’Aphrodise, De anima, Defato, Quaestiones; le Didaskalikos d’Alcinoos; l'édition par Albinus des cours de Gaius; le troisième livre de la doxographie platonicienne d’Albinus; les Dissertations de Maxime de Tyr; l’archétype perdu des traités de Plotin; Proclus, in Remp., in Tim.; Damascius, in Parm. et De primis principiis, <Damascius>, in Phaed., in Philebum; Simplicius, in Phys. V-VIIL in Categ; Olympiodore, in Gorg., in Alcib., in Phaed.; Jean Philopon, Contra Proclum de aeternitate mundi; Hermias, in Phaedr.; Ammonius, in De interpr Il faut sans doute ajouter un ensemble important d’ouvrages d’Aristote: De coelo, De generatione et corruptione, Historia animalium, Metaphysica, Meterorologica, Physica,” ainsi que la Métaphysique de Théophraste. Il faut ajouter un certain nombre de textes patristiques qui s’inscrivent nettement dans une tradition philosophique: Grégoire de Nysse, De anima et resurrectione, Grégoire le Thaumaturge, Ad Tatianum de anima et Expositiofidei, Némésius d’ Emése, De natura hominis, Théodoret de Cyr, Graecarum affectionum curatio, Jean Philopon, Disputatio de Paschate, PseudoDenys, De coelesti et ecclesiastica hierarchia, De divinis nominibus, De mystica theologia, Epistulae. Même les textes géographiques ou astrologiques (Ptolémée, Syntaxis mathematica, Manéthon, Apotelesmatica, Maxime le philosophe, De actionum auspiciis) n'étaient pas 56 étrangers aux préoccupations des écoles philosophiques. Signalons enfin qu'au moins un texte est d’une époque beaucoup plus récente: le De tempore de Zacharias de Chalcédoine, contemporain de Photius (IX siècle). Cette collection n’est donc pas parfaitement homogène: textes philosophiques plus ou moins techniques, textes scientfiques, textes théologiques, certains très anciens, d’autres issus de l’école néoplatonicienne, d’autres encore plus récents. Elle n’est pas non plus totalement hétéroclite, car elle regroupe des documents qui s'inscrivent dans un éventail thématique relativement étroit. Sans voir dans cette collection l’origine unique de la tradition textuelle ultérieure des textes philosophiques grecs, on ne peut manquer de constater l’ importance décisive de cet ensemble de manuscrits tant à cause de la richesse du corpus conservé que pour le rôle qu’ils ont joué dans l’histoire ultérieure du texte de ces différents traités. Il n’est pas impossible que Pon puisse établir dans les prochaines années que d’autres archétypes perdus d'œuvres philosophiques similaires provenaient également de la même entreprise constantinopolitaine de copie dans la seconde moitié du IX? siècle. Ces recherches codicologiques et paléographiques toujours en cours révèlent, à la sortie d’un tunnel obscur du VII au début du IX siècle, une selection de textes qui suggère à la fois une origine et une destination scolaires. Des hypothéses récentes ont tenté d’éclairer le contexte historique de cette collection. Marwan Rashed a ainsi suggéré qu'elle était destinée

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à la bibliothèque du palais impérial de la Magnaure, afin de servir à la réorganisation des études supérieures entreprise par le futur césar Bardas. On peut s’interroger sur l’origine des modèles, vraisemblablement en onciale, utilisés pour cette entreprise. Étaient-ils déjà regroupés dans une même bibliothéque 4 Constantinople ou est-on allé les chercher ici et 58 la dans l’Empire? Qu'ils aient été à l’époque regroupés ou dispersés, leur appartenance à un même fonds platonico-aristotélicien scolaire pourrait-elle suggérer une commune origine? Et dans ce cas, la présence de textes d’auteurs alexandrins du VF siècle ne permettrait-elle pas d'envisager que ce soient des exemplaires de l’école néoplatonicienne d'Alexandrie qui aient ainsi été apportés à Constantinople, peut-être au début du VIF siècle? Westerink estimait de fait que certains de ces manuscrits du IX® siècle pouvaient dépendre d'exemplaires copiés à Alexandrie au VF siècle.” Marwan Rashed a récemment avancé quelques arguments suggérant qu’ Étienne d'Alexandrie (Stephanus) aurait pu emporter d'Alexandrie à Constantinople, où il alla enseigner au début du VIF siècle, une partie de ses manuscrits universitaires.” Même s’il est évident que la totalité du corpus philosophique conservé n’est pas issue de l'entreprise de sauvetage qui a produit la “Collection philosophique”, ce mode de transmission, directement dépendant de l'initiative d’un seul professeur ayant emporté dans ses bagages un ensemble de codices précieux, est de nature à illustrer la ténuité et la fragilité du lien qui relie l’histoire de notre corpus aux dernières institutions antiques qui en avaient assuré la préservation. La place des médio-platoniciens Une autre difficulté posée parl hypothèse d'une transmission néoplatonicienne des textes philosophiques antiques est la présence dans ce corpus des philosophes médio-platoniciens. La liste des philosophes cités par Stobée, telle que conservée par Photius, Bibl, cod. 167, fait apparaître quelques médio-platoniciens comme Atticus, Albinus, Harpocration et Calvenus Taurus./! La table du Parisinus gr. 1962, un des manuscrits de la Collection philosophique, montre qu'avant son démembrement, le manuscrit contenait plusieurs textes médio-platoniciens: le Didaskalikos d’Alcinoos, l'édition par Albinus des cours de Gaius, le troisième livre de la doxographie platonicienne d’Albinus (Ilepi tav TThatwvt dpeorövrwv), et les Discours de Maxime de Tyr. Étant donné le peu de considération que les néoplatoniciens du cercle de Proclus accordaient aux médio-platoniciens, qu ils rattachaient à la sombre période ayant précédé le renouveau du platonisme assuré par Ammonius et son disciple Plotin, la présence de ces textes dans la “Collection philosophique” semble contredire notre hypothèse d’une origine proprement néoplatonicienne du corpus des œuvres philosophiques conservées en tradition directe. Pour expliquer cette anomalie,J.Whittaker” a estimé que ce corpus pouvait se rattacher à un Sitz im Leben différent. Cette collection pourrait avoir été compilée dans une bibliothèque, peut-être à l’époque de la renaissance des bibliothèques que Pon devine au rvê siècle, plutôt qu’à l’intérieur de l’école néoplatonicienne (où les Discours de Maxime de Tyr n’avaient guère d'utilité pédagogique), ou bien — c’est la seconde solution envisagée par Whittaker — à l’intérieur des cercles païens d'Alexandrie à la fin du V siècle.” On peut toutefois objecter à l’interprétation de Whittaker que le jugement formulé par les néoplatoniciens tardifs sur les médio-platoniciens implique qu’ils avaient une certaine connaissance de leurs œuvres. Il n’est donc pas établi que ce corpus soit issu d’un contexte autre que l’école néoplatonicienne. 13 68. M.Rashed, « Nicolas d’Otrante, Guillaume de Moerbeke et la “Collection philosophique”», Studi Medieval, 43 (2002), p. 693-717 (notamment dans sa Note complémentaire sur l’origine et la constitution de la “Collection philosophique”). La suggestion est favorablement accueillie par H. D. Saffrey, dans un article passionnant («Retour sur le Parisinus graecus 1807, le manuscrit A de Platon») retraçant l’histoire du Parisinus graecus 1807, son exil arménien, sa migration en Occident et ses nombreux changements de propriétaires depuis Pétrarque qui risqua de le perdre dans un incendie! (Voir dans le présent ouvrage, p- 000-000). Elle est en revanche mise en doute par G. Cavallo, «Da Alessandria a Constantinopoli. Qualche riflessione sulla “Collezione filosofica”»>, Segno e Testo 3 (2005), p. 249-63, notamment p. 256. (Voir aussi dans le présent ouvrage, p- 000-000). 69. Westerink, op. cit, p. LXXVI- LXXVII, à propos de la “Collection philosophique”: «On peut donc se demander s’il ne s’agirait pas d'un restant de la bibliothèque de l’école philosophique d'Alexandrie. Il est impossible de dire à quel moment cette bibliothèque aurait été transférée à Constantinople: au plus tôt, avec Stephanus d'Alexandrie, au début du VIF siècle; au plus tard, après le milieu du IX° siècle, à la suite de recherches entreprises à l'intention des savants byzantins.» 70. Rashed, « Nicolas d’Otrante», cité plus haut, p. 716-17. 71. Voir J. Whittaker, «Proclus and the Middle Platonists», dans Proclus lecteur et interprète des Anciens, cité plus haut, p. 277-91, notamment p. 279. 72. Loc. cit., p. 281. 73. Voir aussi J. Whittaker, « Parisinus gr. 1962 and the Writings of Albinus», Phoenix 28 (1974), p. 320-54 et 450-56, repris dans ses Studies in Platonism and Patristic Thought, Variorum Reprints, London 1984, n° XX-XXI; Alcinoos, Enseignement des doctrines de Platon. Introduction, texte établi et commenté par J. Whittaker et traduit par P. Louis, L'histoire ultérieure de cette conservation Une dernière contre-vérification à envisager est suggérée par le fait que la pratique des écoles néoplatoniciennes est peut-être décisive pour l’époque qui a été marquée par le passage du papyrus au parchemin, mais qu’elle ne saurait expliquer la survie ultérieure des textes, d’abord parce que les lieux d’ implantation de ces écoles, Athènes et Alexandrie pour l'essentiel, ne s’imposèrent pas comme des centres de copie importants, et surtout parce que ces 59 écoles elles-mêmes disparurent au plus tard au VI siècle. En fait, d’autres institutions prirent le relais, comme l’université de Constantinople à la fin du IV siècle et, dans une moindre mesure pour les textes philosophiques, les bibliothèques patriarchales et monastiques. Au terme de deux siècles de transcription et de copie liées à la vie des écoles néoplatoniciennes, un stock de textes philosophiques considérable était disponible de façon à ce que, malgré toutes les vicissitudes qu’ils auraient à affronter au cours des siècles, une part non négligeable beneficiät d’une tradition manuscrite, füt-elle des plus étroites. Les Belles Lettres, Paris 1990 (CUF), P- XXXVI-XXXVIIL notamment p. XXXVI,

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74. A propos de la Théologie Plato- Par la suite, d’autres choix idéologiques sont intervenus. A Byzance, avant le XT° siècle, nicienne, Saffrey et Westerink ont retracé on a accordé beaucoup plus d'importance à Aristote, du moins à un certain corpus aristotél’histoire de la réception de Proclus (op. cit., I, p. CLIV-CLX). Ils opposent la bonne conservation des commentaires sur Aristote à la conservation très lacunaire des textes proprement platoniciens: «C'est que les Platoniciens étaient proscrits des écoles. La preuve en est la différence frappante entre la tradition manuscrite des commentaires aristotéliciens et celle des commentaires platoniciens. Il suffit de parcourir la collection des Commentaria in Aristotelem Graeca pour constater que ces ouvrages, pourtant prolixes, nous sont parvenus intacts et parfaits, tandis que les commentaires ou ouvrages platoniciens de la même époque sont tous mutilés, incomplets soit de la fin: Proclus, In Tim., In Alc, In Parm.; Olympiodore, In Phaed., soit du début: Damascius, In Parm., In Phaed., soit à la fois du début et de la fin: Jean Philopon, De aet. mundi. Que signifie un tel phénomène, sinon que les commentaires aristotéliciens ont été continuellement recopiés et étudiés, tandis que les livres contenant les commentaires platoniciens, négligés et abandonnés, tombaient déjà licien, qu’à Platon, et la tradition manuscrite de ces deux philosophes et de leurs commentateurs n’a pas la même richesse ni la même intégrité”! On constate également une forte hostilité à l'égard du “païen” Proclus jusqu'au XT et même XII siècle, puis, à la suite de l'intégration de son Hypotypésis astronomique dans l'enseignement officiel du Quadrivium au XIII siècle, un développement de la tradition manuscrite de ses autres traités”? Un déclin du statut social du philosophe au Bas-Empire 60 Ce rôle de l’école néoplatonicienne dans la sélection et l’élimination des textes philosophiques aurait été moins déterminant si les anciennes écoles philosophiques avaient perduré et si l’enseignement de la philosophie n'avait pas connu sous l’Empire chrétien des conditions d'exercice souvent peu favorables.”° A part quelques chaires, impériales ou municipales, on a l'impression que l’enseignement de la philosophie se réfugie dans des conventicules ou auprès de maîtres privés qui enseignent indistinctement les doctrines des différentes écoles et qui parfois touchent à d’autres professions comme la médecine. Lorsque ces institutions culturelles héritées du passé disparurent, il ne devait plus circuler qu’un corpus de textes philosophiques déjà considérablement réduit et ce n’est qu'un nombre restreint d’exemplaires qui allait devoir affronter le désert culturel des deux ou trois siècles qui allaient précéder le nouvel humanisme byzantin au IX siècle, le mouvement contemporain de traduction en syriaque, en arménien et en arabe, puis le passage de l’onciale à la minuscule. Et, comme nous l'avons dit, bien des pertes survinrent à une époque encore plus récente. L’examen, même succinct, des témoignages littéraires et de la législation relative a l’enseignement révèle un déclin du statut social du philosophe au Bas-Empire. A moins d’être très en morceaux et avaient en partie péri, riche et de pouvoir se cantonner dans un secteur nettement privé (ainsi à l’école néoplatolorsque l'on se décida à les translittérer? La Théol. plat., à laquelle manque probablement un tome entier, n’échappe pas a cette régle, comme aussi le De princ. nicienne d'Athènes, telle qu’elle nous est connue au V* siècle), à moins d’obtenir une chaire de Damascius, dont la fin est perdue» Ces explications n’entendent pas réduire la complexité du problème à une cause unique, comme l'ont fait ces historiens qui ont expliqué la chute de l’ Empire romain par le plomb des canalisations d’eau. Mais, tout en tenant compte de la multitude des facteurs qui ont entravé la conservation des textes antiques, il me semble que la période néoplatonicienne qui couvre en gros les IV et V siècles de notre ère, marque un point tournant dans la transmission des textes philosophiques antiques. Une situation socio-politique nouvelle moins favorable aux 61 (p. CLX). 75. Voir Saffrey et Westerink, op. cit, I, p. CLIV-CLIV, qui citent la notice de la Souda rappelant les positions antichrétiennes du philosophe. Sur le retour de Proclus à l’époque des Paléologues, voir l’étude richement documentée de M. Cacouros, «Deux épisodes inconnus dans la réception de Proclus à Byzance aux XIII - XIV siècles: La philosophie de Proclus réintroduite à Byzance grâce à l'Hyporypôsis Néophytos Prodomènos et Kôntostéphanos (?) lecteurs de Proclus (avant Argyropoulos) dans le xénén du Kralj», dans A.-Ph. Segonds et C. Steel (éd.), Proclus et la théologie platonicienne. Actes du Colloque de Louvain (1998) en l'honneur de H.D. Saffrey et L.G. Westerink, Leuven U. P. — Les Belles Lettres, Leuven-Paris, 2000 (Ancient dans une ville importante, il était apparemment devenu difficile de faire de la philosophie sa profession.” professeurs de philosophie, une évolution doctrinale favorisant le concordisme platonicoaristotélicien et l’élimination des autres tendances, une transformation radicale des standards de librairie n’assurant la conservation des fonds anciens qu’au prix du passage du rouleau de papyrus au codex de parchemin, des contraintes financières imposant une sélection drastique dans le corpus des philosophes du passé et privilégiant les auteurs étudiés dans l’école, tous ces facteurs qui mériteraient d’être analysés plus en profondeur ont joué un rôle déterminant dans la constitution de la tradition directe postérieure des écrits philosophiques. Conclusion Mais face à tous les facteurs matériels, sociologiques, historiques qui précarisaient la transmission de ces textes et provoquaient de siècle en siècle la disparition de nombre d’entre eux, il s’est trouvé à tous les Ages des esprits suffisamment éclairés pour en saisir la valeur et en and Medieval Philosophy, Series I, 26), p. assurer la copie ou au moins la conservation, et d’autres encore pour les traduire en diverses 589-627. langues, les paraphraser, les annoter et les commenter, parfois même s’en inspirer pour construire leur propre philosophie. Pour nous aussi qui affrontons à notre tour de nouveaux 76. On trouvera quelques éléments d’une histoire du statut social du philosophe de métier au Bas-Empire dans mes Etudes sur les Vies de philosophes, p. 378-80. supports, c’est peut-être cette activité fondamentale de transmission de l’héritage antique qui restera notre plus grand titre de gloire. Nous pourrons dire à nos successeurs, s’il s’en trouve: nous vous transmettons ce que nous avons recu, nous avons essayé d’y mettre un peu d'ordre, nous avons édité et traduit ces textes, nous avons ajouté des gloses pour expliquer ce que nos 77. Voir G. W. Bowersock, Greek Sophists in the Roman Empire, Clarendon, Oxford 1969; I. Hadot, Arts libéraux contemporains n'étaient plus en mesure de comprendre facilement, nous n’avons pas nouset philosophie dans la pensée antique. Contribution à l'histoire de l'éducation édition revue et considérablement augmentée, Institut d’ Études Augustiniennes, Vrin, Paris 2005 et de la culture dans l'Antiquité. Seconde (Textes et Traditions 11), p. 230-38 («Précisions sur mémes tout compris, mais tout est bien là. le problème des immunités et la situation sociale des professeurs »).