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Ca im ,&S.
JOURNAL ASIATIQUE.
AVRIL-JUIN 1933.
dip
DE L'ORIGINE GRECQUE
DES «CHIFFRES DE FES»
ET DE NOS “CHIFFRES ARABES»,
PAR
GEORGES $. COLIN.
ee
—-
I
Pour représenter figurativement les nombres, les Marocains
se servent actuellement d'une série de dix chiffres ayan! une
valeur de position et dont la forme est très voisine de celle des
nôtres; on appelle ces chiffres hurüf al-gubar «lettres de
poussière», ou, plus simplement, gubärt «relatif à la poussière», parce que, primitivement, dit-on, les opérations auxquelles ils étaient employés s'effectuaient sur des planchettes
recouvertes d'un corps pulvérulent ou abaques.
1 C'est ce mot qui, par erreur, a été transcrit djubar dans Particle "Adad
422. Georges S.Colin,
De l'origine grecque des
,,chiffres de
Fès‘ et de nos ,,chiffres arabes‘‘, Journ. Asiat. 212, 1933, 193—215.
27 Ziffern bei Notaren in Fez gebräuchlich, Von den 27 griechischen Buchstabenziffern wurden auf dem Abacus nur 9 gede Mahler, in Enc. Islam, f, p. 197, col. droite. — At-Katkatandi (début du
xv* siècle) signale que les scribes des sultans mamluks d'Égypte employaient
un genre d'écriture appelé al-jubér. Mais cette écriture ne parait avoir aucun
braucht. Neupythagoreer, Apices, hieraus die Gobar-Ziffern und
rapport direct avec les chiffres du type jubari. Dans ses Calliyraphes et mimaturistes (p. 53, 193, 139 et 391). Cl. Huart indique en effet qu'en Forse
l'écriture gubar est ainsi nommée parce qu'elle est si fine que les mots traces
unsere „arabischen Ziffern‘, Dieselben griechischen Ziffern auf dem
donnent l'impression de pousrière répandue sur le papier.
Weg nach Indien zu den Arabern gekommen.
CLONAL.
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Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)JOURNAL ASIATIQUE.
DE L'ORIGINE GRECQUE
DES «CHIFFRES DE FES»
ET DE NOS «CHIFFRES ARABES»,
PAR
GEORGES S. COLIN.
he
Pour représenter figurativement les nombres, les Marocains |
se servent actuellement d'une série de dix chiffres ayant une
valeur de position et dont la forme est très voisine de celle des
nôtres; on appelle ces chiffres hura/ al-gubär1) «lettres de
poussière», ou, plus simplement, gubärt «relatif à la poussitre», parce que, primitivement, dit-on, les opérations auxquelles ils étaient employés s’eflectuaient sur des planchettes
recouvertes d'un corps pulvérulent ou abaques.
M C'est ce mot qui, par erreur, a été transcrit djubär dans l'article ‘Adad
de Mahler, in Enc. Islam, I, p. 197, col. droite. — Al-Kalkadandi (début du
1v° siècle) signale que les scribes des sultans mamlüks d'Égypte employaient
un genre d'éenture appelé al-gubdr. Mais cette écriture ne parait avoir aucun
rapport direct avec les chiffres du type gubäri. Dans ses Calligraphes et miniaturistes (p. 53, 193, 132 et 391), Cl. Huart indique en effet qu'en Perse
l'écriture gubär est ainsi nommée parce qu'elle est si fine que les mots tracés
donnent l'impression de poussière répandue sur le papier.
CECIEL.
EMPaADGMER BarieBaan,
Seite 3
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)À côté de cette série de dix chiffres,
qui est d'ailleurs la
seule couramment employée, il existe
encore aujourd'hui —
mais, semble-t-il, exclusivement à Fés
— une série particulière composée de vingt-sept signes
à valeur absolue; elle est
utilisée uniquement par les notaires,
qui s'en servent dans les
actes de
règlement des successions pour noter
les parts revepant à chacun des héritier(s : c'est cette
série de signes spéCaux qui
constitue ce que l'on nomme de nos jo
urs les «chiffres
de Fès», ou, en arabe, al-kalam @) al-f
asi «la graphie de Fes»,
L'existence de ces chiffres ne parait
avoir été révélée aux
milieux européens qu'en 1 917, grâce
à la publication par
M. E. Viala d'une brochure intitulée
: Le mécanisme du partage
des successionens droit musulman, su
s de l'exposé des « Signes de
Fez),
Mais, dès le mois de Sa‘ban 13: 9 (= no
vembre 1901),
la parution à Fès d'une édition lithogra
phiée de l'ouvrage d’AlUkaili ® intitulé Silk fara'id al-yawakit
avait permis aux arabisants d’en prendre connaissance.
Le travail. de E. Viala consiste esse
ntiellement
dans la tra-
() Mais, dans les opérations qui leur
permettent d'établir le montant de
chacune de ces parts, ils emploient ex
clusivement les chiffres gubäri-s.
* J'ai da, dans cet article, adopter
la transcription officielle du Journal
Anatique, quoique le choix de k po
ur 5 (comme celui dej pour e et
celui de
z pour 6) me paraisse fort discutable
. Le 5 De correspond pas — et ne se
mble _
jamais avoir correspondu — à un si
mple k(J) emphatique; quant à l'in
dice
de chuintazte placé sur un J (franc
ais? ailemand 1), on ne voit pas à qu
oi d
peut correspondre; il est certain enfi
n que le b était une interdentale, l’
ephatique du 5.
@) Alger, 1917, 44 pages. — La
série des «Chiffres de Fès» a été
publiée
à nouveau, sans commentaire, par
À. Guiraud, in Jurisprudence et Proc
édure
musulmanes, Casablanca, 1925, P- 109110.
() Muhammad ihn Ahmad ibn
Muhammad ap-Sabbèg al-‘Ukaili
, junste et
mathématicien marocain fameux, qu
i mourut à Fès en 1076 (1665-16
66);
cf. Safwa, p. 145. Dans son Silk fara
’id al-yawakit , filhisas wa-l-fera’id
wa-tmawakit (traité sur le calcul, la
détermination des parts successora
les et
Seite 4
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)duction de deux opuscules") du juriste marocain contemporain
Ahmad ibn al-hagg al-‘Ayyasi Sukairig (vulgo : Skirej). Le
second seul intéresse le sujet traité ici; il a pour titre : Irsäd
al-muta allım wa-n-näsi, fi nfat askal al-kalam al-füsi, c'est-à-dire
«Guide de celui qui veut apprendre et de celui qui a oublié,
pour ce qui est relatif à la forme des signes de l'écriture de
Fès»; c'est le commentaire d'un traité versifié |manzüma) composé sur le même sujet et attribué au fameux polygraphe marocain “Abd al-Kädir al-Fäsi, qui mourut à Fès en 1091
(1680).
Dans son Introduction (mukaddima), Ahmad{Sukairig formule ces intéressantes observations : «Sache qu'en instituant
cette graphie, l'on a eu pour seul. but d'abréger la notation
numérale et de la cacher aux gens du commun, de crainte
qu'ils ne viennent à la changer ou à la modifier. Comme cette
graphie était peu en usage parmi les notaires des premiers
siècles [de la civilisation islamique], qu’elle n’était guère connue que de ceux qui étaient doués d'expérience, de curiosité
et d'intérêt pour les affaires, et qu'elle se répandit surtout
parmi les notabilités de la ville de Fes) (as-sädat al-fastyyin),
elle a été dénommée d'après eux. Cependant, elle n’est pas de
leur invention, mais au contraire elle a été tirée de l’ancienne
écriture des Ram, aifisi que cela sera exposé, s’il plattà Dieu.»
. Crest à cause de cette indication, dont il serait curieux
d'ailleurs de connaître la source, que E. Viala (op. cit., p. 34)
s'est attaché à rapprocher les «Chiffres de Fès» des chiffres
européens du ur’ et du un siècles. « L'auteur du système em-
. ployé à Fes, dit-il, a dû, tout en puisant dans les chiffres euro() Lithographiés, sans lieu (Fès 7) nı da
te, en trois fascicules: l'opuscule
relatif aux «Chiffres de Fès» fut achevé par l'auteur
en Mubarrem 1316
(= mai 1898).
_® Ou: parmi les membres de la famille des Fäsiyyin, qui
a donné plu-'
meurs savants distingués. Cf. Lévi-Paovascar, Historions
des Chorfap.
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Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)AVRIL-JUIN 1933.
péens ou autres, le compléter au moyen de
lettres arabes, dont
l'existence parmi ces signes ne paraît pas dout
euse. »
L'origine des «Chiffres de Fès» est cependan
t tout autre.
Et d'abord, quels peuvent être ces Ram do
nt l'écriture, d'après
Sukairig, serait à l'origine de ces signes de
numération? De
nos jours, au Maroc, les Ram sont les Eu
ropéens en général;
l'épithète de rami y signifie européen »
et s’oppose diamétralement à celle de beldi (class. baladi )
indigène», tandis que
na
srâm est exclusivement «chrétien», avec sa va
leur religieuse,
Chez les historiens magribins anciens, les Ra
m sont les chré.
tiens d'Espagne et parfois ceux d'Italie. Pour
les auteurs arabes
d'Orient, enfin, les Ram sont les mait
res du premier empire
chrétien avec lequel les Arabes, préislam
iques et islamiques,
se soient trouvés en contact : l'empire
romain d'Orient, puis
celui de Ryzance.
Les recherches se trouvent donc circonsc
rites : si les « Chiffres
de Fès» ont été empruntés aux Rum,
il faut en chercher l'origine en Europe : soit en Espagne
ou en Italie, soit dans le
monde grec. Or, pour les périodes no
n-islamiques, on ne possede, ni pour l'Espagne, ni pour l'Ital
ie, le moindre indice de
l'emploi dans ces pays d'une série de vi
ngt-sept chiffres à valeur
absolue. On sait, au contraire, que le
s Grecs de l'antiquité se
servaient, en place de chiffres, des
lettres du vieil alphabet
« phénicien » qui était a l'origine de
leur graphie; mais, alors
que leur alphabet classique ne comprenait pl
caractères, leur série numérale compta
us que vingt-quatre
it vingt-sept sipnes, par
suite de la conservation du Fav, du xo
mra et du cam sémitiques (—w, k, s), tombés en désuétud
e dans l'écriture. De
puis a\@a jusqu'à sayz, ces vingt-sept
lettres avaient été partagées en trois séries de neuf si bres représen
tant respectivement
les unités (de 1 à 9), les dizaines (de 10 à
90) et les centaines
(d
e 100 à guo); chaque lettre recevait ainsi un
e valeur numé
rique propre et permanente, indépendante
de sa position dans
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Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)un nombre. On arrivait, par ce procédé, à noter figurativement
les nombres jusqu'à 999 inclusivement, et cela au moyen de
trois signes, au plus. Pour les milliers, un sora, souscrit à
gauche de chacune des vingl-sept lettres numérales, élevait la
valeur de celle-ci à la puissance mille; et ce procédé très simple,
infiniment supérieur à celui des Romains, permettait aux Grecs,
avec six signes au plus, de chiffrer tous les nombres de 1 à
999-999.
|
Or, l'emploi des «Chiffres de Fès» est identiquement le
même, le sora souscrit, caracléristique des milliers, étant seulement remplacé par un petit trait placé horizontalement ou
en biais sous le signe primitif™.
De plus, au point de vue de leur forme, les «Chiffres de
Fès» dérivent indubitablement des lettres numérales des Grecs,
ainsi que l'on peut s'en rendre compte en consultant les tableaux
suivants, où les diverses variantes des «Chiffres de Fès» sont
rapprochées des sijnes avant la même valeur dans la série des
chiffres grecs et copto-grecs. Si, cependant, l'on constate dans
les formes marocaines certaines déformations par rapport au
prototy pe grec, il faut tenir compte :
1° Du caractère essentiellement cursif des chiffres, d'où
tendance à la simplification des signes compliqués;
2° Du fait qu'employés par des gens qui utilisent l'écriture
arabe, ces signes sont tracés de droite à gauche;
3° De ce que ces signes ayant fait, au Maroc, l'objet de
traités mnémotechniques où leur forme est comparée à celle
de certains objets, de certaines figures géométriques ou de certaines lettres ou combinaisons de lettres de l'alphabet arabe,
Cette légère différence de forme provient du fait que, pour les auteurs
Marocains ayant traité des «Chiffres de Fès», ce petit trait a été assimilé au
bafda ou kasra de la graphie arabe.
Seite 7
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)ceux qui les employaient ont eu tout naturell
ement tendanceÀ
rapprocher la forme primitive de ces signes
de celle du terme
de comparaison indiqué.
Dans les tableaux qui suivent, on trouvera
:
1° Les lettres numérales grecques (sou
s la forme tradition.
nelle qu’elles ont dans notre Imprimerie
);
3° Les chiffres « coptes» anciens cursifs
fourni par A. Mallon dans sa Grammair
(d'après le tableau
e copte, 2° édit., 1907,
p- 224 bis)";
3° Quelques variantes fournies par
les chiffres « coptes» de
la période arabe (d'après le tableau do
nné par Pihan dans son
Exposé des signes de numéranon, Paris,
1860, p. 21 3);
4° Les «Chiffres de Fès» avec leurs
variantes principales.
La ressemblance indiscutable qu'a
près examen de ces
tableaux l'on constate entre les «Chiff
res de Fès» et les lettres
numérales grecques, jointe à leur identité d'
emploi, ne permet
pas de douter de l'origine grecque des prem
iers; leur filiation
serait
encore plus évidente si on pouvait le
s rapprocher des
formes cursives grecques, mais cette co
mparaison sort de ma
compétence pe et yen laisse
le soin aux hellénistes
papyrologues
\
+
+
Après avoir établi matériellement l'origin
« Chiffres de Fès», il reste à explique
e grecque des
r historiquement la présence de ces signes grecs au Maroc.
On sait que les vingt-sept lettres numérales grec
ques avaient
©) Le manuscrit n° 3990 du fonds ar
abe de la Bibliothèque Nationale de
Paris, acquis à Alep en 1673, renfer
me une liste des chiffres copto-green
Elle figure, écrite à l'encre rouge,
au bas de la page de titre, et cst
intre-
Seite 8
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)Chiffres de Fès
{. TABLEAU DES UNITES.
Seite 9
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)Chiffres de Fès
Chiffres coptes (période arabe)...
Chiffres coptes anciens
Cluffres grecs
2. TABLEAU DES DIZAINES.
Seite 10
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)res Fès........... Lo
Chiffde
BLU
Chiffres coptes (période arabe)...
te
300.
hoo.
500.
3. TABLEAU DES CENTAINES
700.
©
=
>
Pp
>
73
>
bed
gs
a
&
5
ed
=)
o“
op)
=
tri
a
—_
201
3
Seite 11
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)été adoptées comme chiffres par les Égyptiens christianisés ou
Coptes"), qui, pour leur écriture, ne retinrent que les vingtquatre lettres de l'alphabet classique des Grecs(®); les historiens s'accordent pour dater l’un et l'autre emprunt du nr siècle
de notre ère.
En 640, l'Égypte fut conquise par les Arabes. Là, comme
en Syrie, ils se trouvèrent maîtres d'un pays depuis longtemps
soumis à l'administration byzantine et qu'ils auraient été bien
embarrassés d'administrer eux-mêmes avec tout le profit desırable; car, bien qu'ils n'aient pas été tous des bédouins incultes,
il leur aurait été néanmoins bien difficile de remplacer par
autant de scribes mekkois tous les fonctionnaires coptes qui
occupaient les nombreux postes d'une organisation administrative aux rouages si compliqués. Aussi, dans la partie des
affaires publiques qui les intéressait le plus directement, les
finances, décidèrent-ils, dans leur intérêt, de conserver en
place les Coptes chargés de tenir à jour le cadastre, de fixer
le montant des impöts et d'en assurer la perception puis la
rentrée dans les caisses du gouvernement”).
duite per ces mots : gai ps Ia "voici un système de graphie à la mamère copte ».
1) Tout en conservant pour l'écriture leur vieil alphabet sud-arabique. les
Éthiopiens christianisés empruntèrent de leur côté, comme chiffres, les dixveuf premières lettres numérales grecquas (c'est-à-dire : les neuf unités, les
6. 18.4,
8.8.2.8 S818.
neuf dizaines et «centralors: §.que8.8.
les chiffres ecoptes» et les «chiffres de Fès»
PB. X. 4. B Mais,
se rattachent nettement aux minuscules grecques, il n'est pas aisé de discerner si les chiffres e éthiopiens» dérivent de ces minuscules ou de# majuscules correspondantes; il est possible que l'aspect majuscule» sous lequel
ils se présentent leur ait été donné, par assimilation graphique, pour les
rapprocher du type ccarrés qui caractérise les lettres de l'alphabet sud-arabique. '
(3) Auxquelles ils ajoutèrent sept signes spéciaux , tirés de l'écriture démotique et destinés à représenter des phonèmes inconnus du grec.
6) eL'impossibilité absolue où se trouvèrent les Arabes de gouverner par
des procédés originaux est suffisamment établie par les papyrus : la conquête
Seite 12
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)La comptabilité publique de l'Egypte musulmane fut ainsi
tenue par des Coptes — en langue et en chiffres coptes naturellement — jusqu'en 706, date à laquelle le gouverneur ‘Abd
Allah ibn ‘Abd al-Malik) les obligea à tenir en langue arabe
la comptabilité de l'État, sans doute pour mettre fin aux abus
qu'une telle situation ne pouvait manquer de favoriser. Mais,
tout en employant la langue arabe, les fonctionnaires coptes
des finances continuèrent à se servir des chiffres « coptogrecsn'?), et cela au moins jusqu’au n° siècle, date de l'introduction des chiffres « hindi» dans le monde arabe.
arabe vécut des institutions qu'elle trouva en Égypte et la laissa gérer par
des Coptes, surveillés , et dociles d'ailleurs. D’après les papyrus et les auteurs,
tous les fonctionnaires provinciaux sont Coptes pendant les cent premières
années de l'occupation» (G. Wist, in Encyclopédie de Plslam, art. Kibt,
p- 1051). — Ce n'est qu'au début du ux° siècle que Muhammad ‘Ali supprima définitivement la comptabilité «secrète» des Coptes. Ii est curieux de
remarquer qu’actuellement encore les fonctionnaires du ministère égyptien
des finances sont en majorité des Coptes; cf. notamment un article politicohumoristique du journal satirique cairote Al-Kaskül (numéro du 37 janvier
" Ge fut le calıfe umayyade d'Orient Al-Walid (705 à 715) qui interdit,
en Syme, de tenir en langue grecque les registres du trésor public; mais,
comme les Arabes ne possédaient pas alors de signes de numeration, il fut
obligé de tolérer l'emploi du système alphabético-numéral grec.
|
% J. Ruska a donné dans l'Encyclopédietie PIclam un article al-Sifr, où il
expose que, dans les documents les plus anciens, quand les Arabes n’écrivasent pas les nombres en entier, ils se servaient de la série alphabéticonumérale des Grecs; ce ne fut que plus tard qu'apparut l'usage des lettres
arabes employées avec leur valeur numérique. H ne précise malheureusement pas l'époque ni la région pour lesquelles cet emploi du système grec
est attesté. — M, Ch. Kuentz, de l’Institut français d'Archéologie orientale
du Care, a bien voulu me communiquer un contrat arabe de vente d'immeubles qu'il a recueilli à Edfou (Haute-Égypte). Dans ce document, qui
est daté de 338 H. (== 852-853), la date est à trois reprises indiquée en
lettres numérales grecques <7 (= çà): deux fois à la suite de témoignages, et une fois à la fin de l'acte proprement dit, après l'indication de
la date au moyen des noms de nombre arabes.
Quant aux signes spéciaux qui furent employés jusque dans la seconde
moitié du xx° siècle par les comptables coptes d'Égypte pour noter les fracde donne,
1928, p. 14, col. 1 et 9).
Seite 13
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)Cependant, pour ne pas conserver a des Chrétiens le monopole de la comptabilité, les souverains de l'Égypte durent placer_à côté d'eux des fonctionnaires musulmans, coptes convertis
ou Arabes d'origine, et la connaissance du système numéral
copto-grec put ainsì passer dans le monde islamique.
Comment, d'Egypte, les chiffres copto-grecs sont-ils parvenus à Fès? On peut penser que, comme pour beaucoup d'autres
techniques orientales, ils y ont été introduits par l'intermé
diaire de l'Espagne musulmane. En effet, tandis qu'au Maroc
leur emploi n'est attesté par des documents qu'à partir du
xvi° siècle, ils apparaissent dès la fin du xu° dans des actes
rédigés en arabe par les Mozarabes (ou Chrétiens arabisés i de
Toléde™), C'est même l'usage des lettres numérales grecques
dans l'Espagne arabe du xnı* siècle qui permet de comprendre
un détail de la biographie du curieux théosophe hispanique
[bn Sabin (m. 1 269). Le nom d'« Ibn Sabin » signifie littéralement «le fils de Soixante-Dix». Or, dans son Nafh at-Tib
®,
tions, ils paraissent sans rapport avec tes chiffres grecs: il semble s'ag
ir
plutôt d’abreviations de noms communs ou de noms de nombre tnaloque
s
à celles qui ont donné naissance aux chiffres sıyak des Persans et des
Turcs.
On trouvera la liste de ces Signes ap. Yacoub Artin Pacua, Signes empl
oyes
dans la comptabrlité copte en Egypte pour la franscription des
fractions, in Bulletin de l'Institut égyphen, 3° série, n° 10 (1 889), p. 285. Une
liste moins
complète en avait déjà été donnée par E. T. Rogers Ber, in J.R.A.S.
, août
1879. p. 377-379.
( Cf. Angel González Pacencta, Los Mozdrabes de Toledo en los siglos zin
zırı; volumen preliminar, Madrid, 1930, p. 47. Dans ces actes,
les lett
y
res
numérales grecques apparaissent à la suite de l'indication d'une somme
exprimée au moyen des noms de nombre, dans les mêmes conditions, par
conséquent, que dans le contrat d'Edfou. L'éditeur des documents de Tolè
de
n'a pas identifié ces chiffres: mais il en a donné (p- 48) un tableau très
détaillé, où l'on trouve un certain nombre de variantes fort inté
ressantes,
ainsi que l'indication des signes servent à noter les fractions.
G) Cf. Analectes, |, p. 991,1. 2: 0 gla
ge
wy yS.. ger 2)
pe enggp
iil
ne
l je gans Pe
pial t
pe Qa ini
Blo ele WIJ 45
Seite 14
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)Al-Makkari nous a conservé le renseignement suivant : «Ibn
Sabin écrivait son nom [én ©, c'est-à-dire, en tracant le
cercle (dara) qui ressemble à un zéro et qui, dans l’un des procédés de notation numérique des Magribins, équivaut à 70 :
c'est pour cela qu'il devint fameux sous l'appellation d’/bn Dara
«le fils du cercle».» Or, le petit cercle en question nest autre
que l’omıeron qui, dans la série des lettres numérales grecques
comme dans celle des «Chiffres de Fès», correspond en effet
à 70.
Pour ce qui est des conditions dans lesquelles les chiffres
grecs furent introduits d'Espagne au Maroc, certaines des
appellations qui leur sont dunnées dans les textes les plus
anciens permettent de s'en faire une idée. Ils y sont désignés
sous le nom de «lettres» ou d'xécriture» de registre (zimäm).
Or, dans son Supplément, Dozy donne de nombreuses références
relatives à la valeur spéciale qu'avait prise le mot zimâm dans :
l'Espagne arabe : c'était «le registre sur lequel on inscrit les
recettes et les dépenses», et, par extension, «la comptabilité
de l'Etat». C'était déjà comme signes sérvant spécialement à
cette comptabilité que les chiffres gréco-coptes étaient passés
dans le monde arabe; c'est avec le même emploi qu'ils ont dü
passer d Egypte en Espagne}, puis d'Espagne au Maroc. Je
n'ai pu recueillir aucune indication historique permettant de
dater ce dernier passage; sans doute est-il contemporain de
l'organisation du mahzan mérinide, qui fut plus ou moins calqué sur le mahzan de Grenade; peut-être même l'introduction
des chiffres grecs d'Espagne au Maroc remonte-t-elle à l'époque
(Mais, pas plus dans l'Espagne que dans le Maroc du xvi° siècle, les
chiffres grecs n'avaient un caractère secret; on les trouve en eflet dans pluSteurs cas employés à la foliotation des manuscrits. Cf. Fr. Copsaa, Aben-
Pascualis Assila, vol. Il, p- x, et Fr. Copsaa, Historia virorum dortorum Andalusiae ah Aben Alfaradhi, t. Il, p. ain, avec deux planches reproduisant les
chiffres employés,
Seite 15
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster), almohade ou même almoravide? Toutefois, devant l'abse
nce
de témoignages historiques, H paraît plus prudent de la pla
cer
à l'époque mérinide. C'est en effet pour le xiv° siècle,
dans
l'œuvre d’Ibn Haldün (mort en 1 406), que l'on trouve la pre
-
mière attestation de l'emploi des chiffres grecs dans l'Afrique
du Nord. Exposant dans ses Prolégoménes l'emploi de
la table
divinatoire (zäyırga) attribuée au mystique Abü-l-Abbäs asSabti, Ibn Haldün indique que, pour l'établir, on peut faire
usage soit des chiffres du type udbdri, soit des chiffres grecs
qu'il appelle rasm az-zimam « graphie servant pour la com
ptabili»té
(M),
Mais, à ma connaissance du moins, il faut attendre la pre
mière moitié du xvi° siècle (2) pour trouver des documents ma
rocains où figurent les chiffres grecs. Si l'emploi avec lequel les
atteste Ibn Haldün pouvait faire supposer qu'au xiv siècle
ces
chiffres n'étaient utilisés que dans des milieux fermés d’h
ermétistes, la nature des documents dans lesquels ils fig
urent
au xvi° siècle prouve qu'ils étaient alors d’un usage
courant:
ils servent en effet, notamment, à dater des lettres.
La plus ancienne est une lettre écrite en 947 de l'hégi
re
(— avril 1541) et adressée au Conseil d'Etat d'Espagne
par le
souverain watlaside Ahmad ibn Muhammad
®), Pour le mê
me
siècle. deux autres témoignages à peine plus récents nous
ont
été conservés. Le premier est fourni par la datation de la
lettre
du sultan sa‘dien ‘Abd Allah al-Galib à la reine d'Angl
eterre
U Cf. Prolégoménes, trad. De Slane, 3° partie, p. 205, où De
Slane lit :
raém ar-zimdm eéeriture d'enregistremen».
t
@ On sait que c'est principalement au xvri° siècle,
au cours de la période
qui va de la prise de Grenade (1498) à l'expulsion définitive
des Moriscos
(1610), que les villes du Maroe du Nord furent profondém
ent hispanisées.
© Cette lettre est rédigée en espagnol, mais elle est signée
en arabe et
datée en «chiffres de Fès». Elle a été reproduite en fac-si
milé dans les
Sources inédites de Phistoire du Maroc (1™ serie; Espagn
e, t. I, pl. I).
W Reproduite en fac-simil dans les Sources iné
dites, 1™ série, Ang
terre, t. I, pl. I.
Seite 16
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)Élisabeth (gumäda I 977 — novembre 1569). Le second est
constitué par un cachet de garantie destiné à être imprimé sur
des tissus et dont l'empreinte, publiée par M. L. Massignon,
porte la date 975 (1567-1508) inscrite en « chiffres de Fès» M.
Pour le xvn° siècle, les attestations sont plus nombreuses;
citons seulement la date 1067 (1656-1657) inscrite sur un
boisseau-étalon (mudd nabawi) de Fès"), et la date 1097 (1686)
fournie par une lettre du kä1d Ahmad Ibn Haddü ar-Rifi,
adressée à Périllié, consul de France à Salé).
En dehors de ces témoignages en quelque sorte accidentels,
l'emploi au xvi° siècle ®, par les notaires marocains, de chiffres
spéciaux différents des chiffres du type gubari est attesté dans
un ouvrage technique. Il s'agit d'un passage du Kitab al-la’sk
li-mu'allim al-wata'ık (= Le livre de ce qui convient à celui qui
paraphe les documents, :. e. au notaire), dont l'auteur est le
juriste et calculateur (hais@bi) marocain Ahmad ibn ‘Ardün
al-Gumäri, qui mourut à Fès postérieurement à l’année 970
(= 1569-1563). Au chapitre relatif à l'inventaire des successions (ball ley), on trouve en effet la prescription suivante :
«Au-dessus de chaque objet que tu porteras sur l'inventaire,
tu indiqueras la valeur à laquelle il a été estimé ou vendu, et
cela en employant soit les signes de comptabilité des Rim,
soit Jes chiffres Zubärtz (spladle sl pen! oled Goya).
U) Cf. Enquête sur les corporations musulmanes ... au Maroc, Paris, 1925,
p- 199.
©) Cf. A. Bar, Note sur trois anciens vases de curvre gravé trouvésà Fès, in
Bulletin archéologique, 1917, p. 377.
©) Cf. Sources inédites, 3° série, t. II, pl. V.
Le dépouillement de l'œuvre du mathématicien marocain Ahmad [ba
al-Banna’ (mort en 1331) fournirait peut-être des indications pour le
iv” siècle,
Seite 17
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)Au xvi° et au xvu® siècles, les chiffres grecs n’avaient done
pas, au Maroc, le caractère quasi-secret qu'ils y ont acquisà
notre époque. Voici, à mon avis, quelle serait la cause de cette
évolution : vraisemblablement, les chiffres grecs ont été d'abord
les seuls connus au Maroc.
Les dix signes du système #ubäri (qui semblent bien être les
prototypes de nos chiffres «arabes») apparaissent, il est vrai,
dans l'Occident musulman dès le milieu du x° siècles ils figurent, pour la première fois, semble-t-il, dans un traité de cal.
cul hindou composé à Cairouan vers 950"), et on les retrouve
ensuite dans les ouvrages du mathématicien marocain Ahmad
ibn al-Banna’ (mort en 1321). Mais, comme les avantages que |
présentait leur emploi ne se manifestaient que dans les opéra- |
tions écrites, ces nouveaux chiffres durent, pendant longtemps,
n'être employés que par les mathématiciens au courant des
procédés de l'arithmétique «indienne ». Pour les besoins de la
vie ordinaire (datation de documents, indication des prix,
numérotation des pages, etc.
), les chiffres grecs à valeur absolue étaient au moins aussi pratiques(®. C'est ce qui explique
que Ibn Haldün, au uv siècle, et Ibn ‘Ardün, au xvi° siècle,
attestent l'emploi simultané des deux systèmes de notation des
nombres. Par ailleurs, le traité de mathématiques le plus conau
au Maroc est l'ouvrage qu'un musulman d Espagne, Al-KalaM Cf. Ruxaco, Addition au Mémoire sur Inde, in Mémoires de PAc. des
Inscr. et Belles-Laitres ,t. XVIII, p. 569.
® Certaines expressions des parlers arabes de l'Afrique du Nord attestent
le caractère quasi-mystérieux que la numération écrite de position possède
encore aux yeux des gens du peuple. Dans son Dictionnaire pratique arabe
français (édit. 1887, p. 467) Beaussier note pour l'Algérie : gyLat, JG
e parler à mots couverts», litt. « parler en gubärin , et gil opin vil entend
à demi-mot», litt. : «il comprend le gubäri».
Seite 18
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)sadi (mort en 1486) écrivit au Caire; or ce traité porte le
titre caractéristique de Kasf al-asrär, ‘an “tlm hurûf al-gubar,
litt.: «Le devorlement des secrets, relativement à la science
des chiffres gubäri-s». Au xv* siècle encore, l'emploi de ces
chiffres et les procédés de calcul auxquels ils étaient spécialement destinés étatent donc assez peu généralisés pour nécessiter la composition d'un tel ouvrage.
La même coexistence de deux systèmes de numération écrite
se constate pour l'Espagne musulmane de la fin du xv* siècle.
Les neuf chiffres du type fubârt devaient être alors connus et
employés à Grenade, puisque, dans son vocabulaire espagnolarabe, P. de Alcalá traduit alguarismo «arithmétique» par
hisäb al-gubdr, litt. «calcul selon le procédé gubar»; cependant, dans les livres de comptabilité comme dans les chartes
de Grenade que j'ai pu consulter, on ne rencontre jamais, à la
méme époque, que les chiffres grecs. Une telle coexistence ne
semble pouvoir s'expliquer que par l'hypothèse suivante : les
chiffres gubäri-s à valeur de position étaient alors:employés
specialement par les mathématiciens, pour procéder à des opérations compliquées et écrites sur le papier; les chiffres grecs
à valeur absolue servaient, dans l'usage courant, à la simple
notation de nombres que l'on n'avait qu'à additionner, opération que l'on effectuait sans doute, soit mentalement, soit au
moyen d'une abaque ou de jetons. A la fin du xv° siècle, en
effet, P. de Alcalá connaft encore le tanto, ou «jeton pour
compter», auquel correspondait l'arabe mudélles, et la tabla
para contar «abaque?
», traduit par l'arabe ma‘add.
Sur un document marocain de la fin du xvır sièclel), on
relève la trace d'une influence exercée sur l’antique système
grec par le système gubärt, dont l'emploi commençait à se généraliser; et cette influence amène la constitution d'un système
Cf. Sources inédites, 1° série, t. 1, pl. 1.
COMA.
ıh
SOPRA URSS GATIODALS .
Seite 19
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)mixte. La date 1 097 de l'hégire (= 1685-1
686) y est en effe
notée : as ZZ, où l'on voit que les chiffres gr
ecs a valeur abs
lue ont été disposés selon l'ordre de «posit
ion»; le a y vau
1000 par sa seule position, car il ne port
e pas le sora (ou
kasra) souscrit du système grec; on remarq
ue de plus l'emploi
d'un zéro, noté par ‘, signe devenu néce
ssaire avec l'adoption
du système gubäri, mais dont l'emploi normal de ch
iffres prec
permettait de se passer. C’est la seule atte
station que je con
naisse, pour le Maroc"), de l'usage des chiffres gr
ecs pour ure
numeration de position.
Ce fut probablement vers la fin du xvu° siè
cle (2) que, dans
l'usage ordinaire de la notation des nombre
s, les vieux chiffre
grecs commencèrent à être supplantés pa
r les chiffres prubiris
que l'on voit apparaître notamment sur les
monnaies des sul
tans ‘alawides 6), Les chiffres grecs, trop no
mbreux et de forme
trop compliquées, inutilisables, de plus,
pour des opérations
écrites, furent dès lors progressivement
abandonnés ; ils ne
furent plus employés que dans le milieu
conservateur des ne
taires de Fès, entre les mains de qui ils
ont fini par constituer,
de nos jours, une sorte de système numéral
quasi-cryptogre
phique d'usage très restrein(t).t
(1) Woepcke (in J.‘as., 1863
, ¢. I, p. ahh, n. 1) a signale un
procédé
analopue, mais inverse, apphque au
x chiffres arabes, aussi bien a ceur
de
type hindi qu'à ceux du type gubari. Dans
est donnée à chacun des neuf chiffr
ce système, une valeur absolee
es à valeur de position par la Superpos
tion de un, deux ou trois points, qui
les transforment automatiquement es
dizaines, centaines ou milliers, a valeur
absolue; ce procedé supprime,
naturellement, l'emploi du zer.
® St, dans la seconde moitié du LE
E Sie
a propos de composer pour les notair
cle, ‘Abd al-Kadir al-Fasi a juge
es Je traité mnémotechnique dont Ja
été parlé précédemment, c'est sans
doute qu'à cette époque on avait déj
Commencé à oublier Ja forme des chi
ffres grecs.
® C'est en 1079 (— 1008-1669) que le
souverain de la dynastie, fit frappe
r la
sultan Maulay Ar-Rasid, premie
monnaie dite radidiya.
® Sans l'indication donnée par Ahmad
aires de Fés emploient les chiffres gre
Sukairig (cf. supra) que les po
cs comme chillres secrets “pour évite
Seite 20
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)211
Il
Si l'on compare le tableau des formes anciennes des chiffres
fubäri-s " employés au Maroc à celui des neuf premiers
Tableau des formes marocaines anciennes des chiffres du type frubari.
«Chiffres de Fès», on est frappé de l'identité absolue des signes
pour 5, 6, 72, ainsi que des traits de ressemblance existant
que les rens du commun ne s’avisent de changer les nombres portés sur les
actes de règlement des successions, cette conservation de chiffres aussi peu
pratiques ne s’expliquerait pas. Dans la civilisation musulmane en effet, les
notaires sont les seuls à avoir à se servir pratiquement de l’arithmetique,
et cela pour calculer la part légale revenant à chaque héritier (opérations
sur les fractions). Chaque fois qu'un biographe marocain parle d'un notaire
fameux, il ne manque pas de lui appliquer les deux épithètes de faradi
habile répartiteur d’heritages» et de haisübi «bon calculateur».
D Woepcke (in J. as., 1863, t. I, p. 60-61 et 65) a publié des vers
mnemotechniques où le tracé des chiffres gubari-s est expliqué et précisé.
Le chiffre 1 y est comparé à un J; le 2, à un g ou à un ya (final, magribin); le 3, au groupe ¥; le 4, au groupe sa; le 5, aun »; le 6, à un .;
le 7, a un grappın (huttäf.); le 8, à deux zéros réunis par un alif; le 9, à
UD y. On obtient ainsi la série suivante :
IT es
5 9s
" Cette identité a été relevée par l'auteur anonyme (peut-être s'agitl
Seite 21
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)entre ceux qui représentent 8 et g dans les deux systèmes. Un
examen plus attentif permet de reconnaître en outre que le a
de la série fubari n'est autre que celui de la série de Fès
retourné de bas en haut (> x 2), cependant que le1 de la
première série pourrait bien n'être que celui de la seconde
réduit à sa hampe.
Si l'on examine ensuite les chiffres du type hindi, ou «arabe
oriental», on constate qu'ils présentent, pour la plupart, une
ressemblance frappante, soit avec les chiffres gubäri-s equivalents, soit avec les lettres numérales grecques qui en sont le
prototype.
ı
rm
F
o(8)
4
v
A
4
Série des chiffres du type hinds ou «arabe oriental».
C'est ainsi que le 2 est le a grec dressé verticalement, avec
son demi-cercle tourné vers la droite; le 3 n'est qu'une simplification du 3 grec: le 4 est celui du type frubari; le 5 archaïque
(8), privé de sa hampe, donne le e grec et le 5 jubäri; quant
au 9, aussi bien dans le type hindi que dans le type frubari, sa
forme rappelle immédiatement celle du & cursif.
Je pense avoir montré précédemment que les chiffres arabes
gubdri-s dérivent des neuf premiers signes de la série alphabé
tico-numérale des Grecs. Si les chiffres arabes hındi-s présentent
avec les chiffres gubäri-s une telle parenté, c'est qu'ils ont la
même origine grecque qu'eux; et il doit en être de même pour
les apices de Boèce, dont Woepcke a montré la très grande
ressemblance avec les chiffres gubdri-s"), Il n’y aurait donc, en
de ‘Abd al-Kadir al-Fasi lui-même?) de la petite pièce en vers qui a été
publiée par Ahmad Sukairig et où la forme des «chiffres de Fès» est expe
see en détail. Il y dit en effet (op. cit., fasc. 3, p. 1, v. 2) : Ares Amf)
il! er Zaag e[dans la série des chiffres de Fès,] les signes pour 5,
6 et 7 sont identiques aux signes correspondants dans la série du type gw
bari».
Cf J. as., 1863, t. 1, p. 57 et 75.
Seite 22
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)réalité, ni chiffres « hindous», ni chiffres «arabes», mais seulement des «chiffres grecs ».
*
+
%
L'hypothèse de l'origine grecque de nos neuf chiffres « arabes »
est d’ailleurs ancienne. Dès le xvır siècle, le hollandais Isaac
Vossius et le francais Huet, évêque d’Avranches, émirent l'opinion que ces chiffres ne seraient que des déformations des neuf
premières lettres de l'alphabet grec". Puis la même théorie
fut reprise, au xvın* siècle, par J. F. Weidler.
Un siècle plus tard, à deux séances de la Société Asidtique,
en 1883, puis en 1884, Stanislas Guyard exposa son opinion
que les neuf chiffres «arabes» étaient simplement les neuf premières lettres d'un alphabet sémitique dérivé du phénicien ®;
mais il ne semble pas que son hypothèse ait été alors accueillie
avec faveur.
Coxcuusion. — Par l'exposé qui précède, je voudrais avoir
établi :
1° Que les vingt-sept signes qui constituent les «Chiffres
de Fès» sont les actuels représentants de la série alphabéticonumérale grecque, vieille de plus de vingt-cinq siècles;
2° Que les Arabes durent emprunter ces chiffres à la civilisation hellénistique, en Égypte (ou en Syrie), et les introduire
dans l'Espagne musulmane, d'où ils passèrent au Maroc.
J'espère en outre avoir apporté à l'appui de la théorie de
l'origine grecque de nos chiffres «arabes» quelques arguments
Cf Woepcan, J. as., 1863, t. I, p. 35-36.
" Cf. J. as., 8° série, t. I, 1883, p. 594; t I, 1884, p. 271.
Seite 23
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)nouveaux susceptibles de justifier la reprise de cette hyp
othèse
déjà ancienne. Il conviendrait de rechercher si les de
ux séries
de chiffres hmdi-s et gubiri-s ne représentent pas toutes
deur
les neuf premières lettres numérales des Grecs.
La première
dériverait des formes données par les Hindous au
x chiffres
grecs qu'ils ont dû emprunter; elle serait revenue da
ns le
Proche-Orient vers le 1x° siècle, à l'occasion de l'i
ntroduction
dans le monde arabe des méthodes de calcul simplifié
inventées par les mathématiciens hindous. Quant à la sec
onde, aux
signes moins évolués, elle pourrait être d'origine pu
rement
méditerranéenne et constituer la source directe de nos
chiffres
«arabe».
s
On pourrait ainsi établir le schéma chronologiqu
e suivant :
A. Les Grecs adoptent comme chiffres à valeur absolue
les
vingt-sept lettres de l'alphabet « phénicien ». Cette
série se
maintient dans le monde hellénisé pour la notati
on fgurée des
nombres; elle passe dans le monde arabe et survit auj
ourd hui
encore à Fès.
B. Sans doute à la faveur de l'emploi fort ancien de l'abaq
ue
a colonnes, on arrive, pour le calcul, à se borner
à l'emploi
des neuf premiers signes de la série, qui prennent
dès lors
une valeur de position.
a. Dans le monde méditerranéen, ces neuf chiffres
voient
leur emploi se répandre, peut-être à la faveur des tra
vaux des
Néo-Pythagoriciens d'Alexandrie: ce sont eux qui, vraisembl
ablement, sont à l'origine plus ou moins immédiate des
apices,
des chiffres arabes du type gubari, et, par l'intermédiaire
de
ces derniers, de nos chiffres arabes.
B. Ces mêmes neuf chiffres grecs, passés anciennement
dans l'Inde, sont introduits dans le monde arabe, vers le 1x° si
Seite 24
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)cle, comme outils indispensables des méthodes simplifiées de
calcul inventées par les Hındous. Ces méthodes passent dans
l'Occident chrétien, mais on les y applique en utilisant les
chiffres dérivés du type gubari.
On voit combien ce schéma implique d'hypothèses. L'une
des plus importantes à vérifier parait celle de l'origine grecque
des chiffres employés dans l'Inde; elle sort malheureusement
de mon domaine. A ceux que la question de l'origine des chiffres
intéressera, je me permets de signaler deux faits que je crois
essentiels :
1° La vialle série grecque de vingt-sept signes était excellente pour la simple notation des nombres;
9° La série des neuf chiffres ne présentait d'avantages
sérieux que pour les opérations arithmétiques exécutées graphiquement et autrement qu'avec l'abaque ou les jetons; elle
na dd son succès, aujourd'hui mondial, qu'à l'invention par
les Hindous de leurs méthodes de calcul simplifié, qu’Al-H”arizmi, au 11° siecle, fit connaître dans le monde arabe, d'où
elles passèrent dans l'Occident chrétien.