Hippodamos de Milet

Autor
Bise, P.
Erschienen in
Archiv fur Geschichte der Philosophie
Jahr
1923
Thema
HIPPODAOS
Sprache
Français
Kategorie
C8 Geschichte und Archäologie, G3 Vorsokratiker und andere Griechen
Archivnummer
1796

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Volltext anzeigen31 Seiten

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YB ISE e . IN, AQERUY ARR GESSATE IL Hippodamos de Milet. en We Seul, un chapitre de la Politique d'Aristote nous fait connaître. et encore très imparfaitement, l'oeuvre attachante et curieuse d’Hippodamos de Milet, fils d’Euryphon. le même qui inventa la division des villes en rues et appliqua cette distribution nouvelle au Pirée. et qui surtout. semble avoir joui d'une rare fortune intellectuelle. Aristote. qui en parle sans bienveillance et comme à son corps défendant. nous le représente tout d’abord comme un pur fat. ..se plaisant à afficher en public le luxe de ses cheveux et l'élégance de sa parure. portant, été comme hiver. des habits également somptueux et également chauds. homme qui avait la prétention de ne rien ignorer dans la nature entière“. Et malgré ce désobligeant préambule, il lui fait les honneurs d'une longue dissertation, dans la Livre IT de sa Politique, au cours duquel il s'assigne pourtant, selon ses propres expressions, la tâche d'étudier à la fois l'organisation des Etats existants qui passent pour jouir des meilleures lois et les constitutions imaginées par des philosophes. en s'arrêtant „seulement aux plus remarquables‘. L'architecte Hippodamos, qui, après avoir dirigé les travaux de construction (Ol. 9). du Pirée, se rendit à Thurii, puis à Rhode est avec Phaléas, d’après Aristote, et avec Protaguras. d'après Diogène Laörce, l'un des précurseurs de Platon dans le développement des théories politiques. Cet homme est le premier. toujours selon les dires d’Aristote, qui se soit aventuré, sans avoir jamais manié les affaires publiques, dans la recherche de la meilleure constitution politique, but suprême de la science ancienne du Gouvernement. 1] serait aussi le premier qui songea à publier ses travaux.

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o aire. Seul. un chapitre de la Politique d’Aristote nous fait connaître. et encore très imparfaitement, l’oeuvre attachante et curieuse d’Hippodamos de Milet, fils d’Euryphon, le même qui inventa la division des villes en rues et appliqua cette distribution nouvelle au Pirée. et qui surtout. semble avoir joui d’une rare fortune intellectuelle. Aristote, qui en parle sans bienveillance et comme à son corps défendant. nous le représente tout d’abord comme un pur fat. .,se plaisant à afficher en publie le luxe de ses cheveux et l'élégance de sa parure, portant, été comme hiver, des habits également somptueux et également chauds, homme qui avait la prétention de ne rien ignorer dans la nature entière“. Et malgré ce désobligeant préambule, il lui fait les honneurs d’une longue dissertation. dans la Livre II de sa Politique, au cours duquel il s'assigne pourtant, selon ses propres expressions, la tâche d’étudier à la fois l'organisation des Etats existants qui passent pour jouir des meilleures lois et les constitutions imaginées par des philosophes. en s’arretant ,, seulement aux plus remarquables“. L'architecte Hippodamos, qui. après avoir dirigé les travaux de construction du Pirée, se rendit à Thurii, puis à Rhode (OI. 9). est avec Phaléas, d'après Aristote, et avec Protagoras, d’après Diogène Laërce, l’un des précurseurs de Platon dans le développement des théories politiques. Cet homme est le premier. toujours selon les dires d’Aristote, qui se soit aventuré, sans avoir jamais manié les affaires publiques, dans la recherche de la meilleure constitution politique, but suprême de la science ancienne du Gouvernement. Tl serait aussi le premier qui songea à publier ses travaux.

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Je ne songe pas à renouveler ici la controverse presque insipide qui s’est élevée sur la question, à vrai dire secondaire, de savoir si VHippodamos dont Aristote s'oceupe est le même personnage que celui dont Stobée rapporte, dans son Florilèget), quatre fragments assez importants, extraits d'un ouvrage d'Hippodamos le pythagoricien, ep) moAıreiag. Valois, dans ses Emendationes. lib. IV, affirme que l’auteur des fragments du Florilège est le même que celui dont parle Aristote. Et Muret (Var. lect. lib. I et XV), constatant que les fragments recueillis par Stobée contiennent une classes toutes différentes de celles division de la république en trois que mentionne Aristote, aceuse earröment ce dernier de mauvaise foi à l'égard d’Hippodamos. Vettorio (Var. lect. lib. XXXVIM) s'est appliqué à réfuter Muret. en soutenant qu'il s'agissait dans ‘Aristote et dans Stobée de deux auteurs différents. A vrai dire, Ja question de savoir si et jusqu'à quel point Hippodamos se tint en rapport avec l'école pythagoricienne est douteuse. Parmi les falsifications ultérieures qui furent publiées sous les noms d'anciens disciples de Pythagore figurait un ouvrage sous le nom d’,,Hippodamos le pythagorieien“ et un sous celui d”, Hippodamos le Thurien“. Cest avec ce dernier que le philosophe dont parle Aristote semblerait devoir être identifié, si tant est qu'il s’agissait de deux auteurs peu probable. Tl me suffit de retenir différents, ce qui est infiniment ici que oeuvre d’Hippodamos de Milet, dont Aristote lui-même fait assez grand cas, puisqu'il la développe et Ja critique avec: une relative prolixité, est communément apparentée aux travaux politico-philosophiques de l'école pythagoricienne, par une tradition que les conceptions. la manière. Je tour d'esprit d’Hippodamos sont loin de contredire. Hippodamos est peut-être l’un des écrivains politiques chez lesquels le soucis de considérer l'Etat. les constitutions, la société civile à la lumière de la philosophie, d'adapter étroitement les conditions de la vie civique: aux données générales de la raison apparait avec le plus de force et de caractère. Dans une époque où seuls les Solon, les Lyeurgne. les Mnésiphilos étaient sensés qualifiés pour disserter des choses de l'Etat et pour aborder les théories politiques, qu'ils n’établissaient d’ailleurs. résumées en 1) XLII 92, 93, 94; XCVII 71.

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sentences coucises, qu'en les rattachant à la fonction particulière des Etats et à leur histoire, Hippodamos donne l'exemple presque effarant pour Aristote de se présenter avec de vastes plans de réformes. sans avoir jamais exercé un emploi public. Aussi bien, Hippodamos de Milet n’avait-il cure des données expérimentales et il prétendit construire des théories de Gouvernement en faisant appel. exelusivement. aux normes de la raison. Dès les premières lignes de son système. tel que Pexpose Aristote. l’analogie avec les conceptions pythagoriciennes apparait comme fondamentale. C'est d'après des proportions numériques précises, comme nous allons le voir. qu'il entend régler les rapports sociaux. organiser les classes des citoyens, vrdonner les lois et régler les affaires publiques. En s'élaborant conformément à la raison et en fonction d’un ordre purement mathématique. les principes des constitutions politiques devaient acquérir une valeur générale et transcendante: ils devaient pouvoir s'appliquer avec rigueur et logique à toutes les formes concrèt d'organisation politique. à une condition unique toutefois: la subordination des éléments externes aux exigences géométriques de son plan. Faut-il en conclure de suite qu’Hippodamos de Milet ne fut qu'un outrecuidant. stérile et négligeable rêveur? A coup sûr, le contraire doit être hautement proclamé et l'exemple de ec penseur nous fournit une preuve éclatante que les conquêtes les plus lumi1) von Mohl, Die wissenschaften, Geschichte Erlangen, 1855, und lui Literatur eonsacre début de son étude sur les romans politiques. une der courte Staatsnote au Les spéculations d’Hippodamos semblent n’avoir soulevé dans son esprit qu’un. médiocre intérêt et il s'étonne qu'Aristote ait daigné honorer ce et symétrique‘ d'un jugement si détaillé. ouvrage classique, Geschichte und — „plan systématique Hildenbrandt, dans son System der Rechtsund Staatsphilosophie, Leipzig 1860, subit bien plus fortement l’attrait du penseur qui non seulement s’est occupé le premier d'envisager la politique sous son aspect scientifique, mais qui a songé avant tous À créer un modèle de constitution politique (Staatsidcal). — Citons également Zell, qui, dang son excellente étude sur les constitutions pohtiques mixtes dans l’antiquité, De mixto rerum graecorum et romanorum scriptorum publicarum sententiis genere illustrato. Heidelberg 1851, se plait à rendre hommage aux mérites acquis par Hippodamos dans le développement de la pensée politique dans Vantiquité.

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nenses de la science politique ne sont l'observation et de l'expérience. pas l'apanage exelusif de Aristote l’a fort bien senti, malgré tout le dédain avec lequel il nons parle d’Hippodamos. Les développements qu'il donne de sa doctrine trahissent l'estime évidente dans laquelle il la tenait!) D'après le Stagyrite, la république d’Hippodamos de Milet. dans son ensemble, doit se composer d’un nombre fixe de dix mille citoyens. Leux-ci sont répartis en trois classes bien distinctes: les artisans. les laboureurs et les défenseurs de la cité, possédant les armes. Le territoire est également divisé en trois portions: la partie sacrée. destinée à l'usage du culte: le domaine public. réservé à l'entretien des militaires et enfin le territoire privé. objet de la propriété individuelle des laboureurs. Mais Hippodamos va plus loin encore dans cette elassifieation mathématique des choses publiques: même les lois (pénales. eela va sans dire. selon la remarque superflue. semble t'il, de Gomperz) doivent se diviser en trois catégories, répondant aux trois objets qui peuvent provoquer des actions judiciaires: l'injure. le dommage et le meurtre, 60, BAdBn, Odvaros. Jusqu'ici. rien de sensationnel. Mais Aristote nous ménage, inconsciemment peut-être, des surprises chargées d'intérêt et pleines de charme. Par lui. nous apprenons qu’Hippodamos de Milet est le premier (et eeci, vous m'accorderez. suffit largement à racheter les soins excessifs de sa chevelnre!) qui ait réclamé l'institution d'une cour d'appel. sorte de tribunal suprême et unique, devant lequel devraient être portées toutes les causes qui sembleraient mal jugées par les instances inférieures. Voici une trouvaille qui valait certes son pesant dor et l’on ne saurait exagérer le mérite de celui qui contribue à l'évolution progressive de la science politique pas l'apport de semblables suggestions. Platon s'empressa d'exploiter dans ses Lois eette idée d’un appareil judiciaire élargi. plus sain. renforeé dans ses garanties d’impartialité, d'équité, de proteetion des parties contre l’arbitraire toujours possible des juges. Hippodamos apparait comme un novateur de génie si l'on considère l’état rudimentaire ' de la procédure et de l’organisation judiciaire helléniques à l'époque où il éerit. Il y avait, dans la constitution de Lycurgue, des Ephores. qui jugeaient sans appel; il y avait dans eelle de Solon un Aréopage. des archontes. des diététes et l'Héliée. mais ces diverses instances

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auministraient la justice chaeune dans le cadre et le rayon d'affaires qui lui étaient propres et aucune n'avait la compétence de reviser le jugement rendu par une autre. daus asi sphère particulière, 1 y ait ni avait à côté des juges des arbitres. un jury. mais il n'é pas, contestera ne On cassation. droit d'appel. ni de réforme, ni de largement absout des lors, que Vidée seule d'une semblable innovation sur les matières politiques. Hippodamos de Milet de sa témérité d'écrire malgré qu'il n'eût jamais exercé aucune fonction publique). Mais sa perspicacité naturelle et sa profondenr de jugement lui permettent de pénétrer encore plus avant dans les arcanes de l'administration de la justice. Toutes les causes portées devant le juge ne sont pas aussi claires. nettes et irrésistibles que celle que trancha le grand Salomon, avec une sagesse surfaite puisque n'importe lequel d'entre nous. appelé à juger une affaire aussi limpide. aurait rendu un verdict identique. Mais hélas, Ja plupart des conflits que les cours de justice ont la mission de trancher se compliquent singulièrement des facteurs favorables ou préjudiciables les plus divers. qui chargent et dégagent respectivement les parties en présence, et les juges les plus impartiaux. les plus pondérés et les plus sages épreuvent bien souvent les difficultés les plus inextricables à démêler la solution juste. en présence de la complexité et de la confusion des faits Les législateurs et les jurisconsultes. appelés à édicter les règles générales d'après lesquelles Jes sentences du juge devront être appliquées aux conflits particuliers. constatent trop souvent combien leurs normes demeurent impuissantes à régir la multiplicité des conditions concrétes de la vie. à concilier en fait 1) Je constate avec plaisir que dans son étude très savante sur la reex avant Aristote et Platon (Die staats wissen - science politique de: schaftliche Theorie der Griechen vor Aristoteles nnd Platon. — Zeitschrift für die gesamte Staatswissenschaft. 3.) Stein vineline avce admiration devant cette innovation: Jahre ‚Diese Stelle ist merkwürdig, weil sie unseres Wissens das einzige Mal den Gedanken ist. wo die Alten — wir nehinen die Römer nicht ans eines Appellationsgerichts ausgesprochen haben, was sonst mit dem Wesen eines Volksgerichts in direktem Widerspruch steht.“ — Et en note, cette remarque piquante: „Ex ist micht ohne Interesse dabei zm bemerken, daß auch Aristoteles die Richtigkeit des Vorsehlages gar nicht verstanden hat, seine Kritik desselben ist ein gänzliches MiB. verstándnis.* Archiv für Geschichte der Philosophie. XXXV. 1.u.2.

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les innombrables possibilités d'intérêts divergents. Mis en présence des cas pratiques, les juges laissent éclater le plus souvent des dissentiments fondamentaux au sein de leur collège; les uns préconisent l'application des règles juridiques générales dans un sens, les autres dans un sens ou contraire, ou contradictoire et ces divergences de vues nécessitent parfois l'intervention décisive de celui qui préside à leurs délibérations. L'administration de la justice antique ne comportait pas plus que la nôtre ces solutions intermédiaires, ces sentences mitigées qui sembleraient tenir la balance égale entre les parties; doser, toujours sur la base des principes généraux, mais avec une liberté d'appréciation sonverainement indépendante des conclusions des parties, les sanctions et les réparations en proporticu des sommes respectives de culpabilité, de torts et de dommages subis, de revendications justifiées des parties; en dernière analyse. tenir un compte équitable et aussi rigoureux que possible des circonstances qui aggravent on qui atténuent les responsabilités, les droits et les obligations respectives des plaideurs. Or, Hippodamos semble être un de ces nombreux laïcs qui, sans avoir jamais pénétré les mystères de la justice humaine, ne peuvent concevoir ni expliquer les divergences essentielles qui séparent souvent en deux camps nettement opposés les juges d’un tribunal appelé à se prononcer sur un conflit particulier. Il leur apparait que cette application concrête d’une règle pure, générale, simple, rigide, absolue, dans un sens diamétralement différent, suivant l'opinion des uns ou des autres, est un spectacle décevant pour tous les non-initiés, spectacle d'autant plus immoral, plus grotesque, plus cynique et plus méprisable que plus est élevée la science des juges et inflexible leur conscience. x C’est pour parer à ces éventualités affligeantes qu’Hippodamos de Milet a repoussé le ,,vote par boules“ quant à la forme des jugements. Il prescrivait dans son code de procédure judiciaire que chaque juge devait porter une tablette, sur laquelle il éerivait son avis, sil condamnait purement et simplement, qu'il laissait vide, s’il absolvait au même titre et où il écrivait ses motifs, s’il absolvait ou condamnait seulement en partie. ,,Le système actuel lui paraissait vicieux, ajoute Aristote, en ce qu'il force souvent les juges à se parjurer, s'ils votent d’une manière absolne dans l’un ou l’autre sens.“ C'est bien parce que les conflits d'intérêts. les divergences,

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les délits surgissent ou s’accomplissent dans des conditions de faits dont on ne saurait assez démêler la complexité qu'un jugement sain et équitable doit être le reflet fidèle, le contrepoids juridique et moral bien équilibré des circonstances qui ont fixé le caractère de la chose jugée. Et encore, comme si cette première garantie n’était pas un gage suffisant de sécurité, une instance suprême prononecra à nonveau sur Jes causes qui sembleront avoir été mal ou imparfaitement jugées. La, plus de pressions. plus d'intrigues. plus de corruptions ou de manoeuvres inavouables, car Hippodamos prend soin de composer sa haute cour de vieillards. qu’y faisait monter l'élection. Il est véritablement regrettable que l’oeuvre de ce penseur ne nous soit connue que par ces indications sommaires d’Aristote. Elle devait évidemment contenir, si l’on en juge par les suggestions surprenantes de génie politique de ce publiciste improvisé, des développements qui eussent présenté le plus vif intérêt pour nous. Aristote s’est contenté de puiser dans cette oeuvre extrêmement originale les dispositions qui ont retenu son attention. Il aurait pu passer sous silence l’idée lumineuse de la cour d'appel: peut-être a til négligé d'autres vues non moins sensationnelles? En tous cas, ce qu'il juge digne de nous apprendre nous autorise à supposer dans les écrits d’Hippodamos les mérites d’une vive ingéniosité et dune pénétration de vues qui expliquent la considération que le grand péripatéticien lui a vouée. presque à son insu. Parmi les innovations politiques imaginées par Hippodamos, Aristote mentionne encore la garantie légale des récompenses dies aux découvertes d'utilité générale. Un semblable devoir ne peut simposer qu'à l'Etat déjà fortement police. done pas être qualifié simplement Hippodamos ne peut d'utopiste, puisqu'il conçoit déjà, dans le plan de sa république idéale, des obligations législatives que l'Etat ne saurait assumer tant que il n'est pas parvenu à un stade de développement très avancé, qui satteint moyennant un affinement parallèle de la mentalité collective des citovens. même, Hippodamos assurait l'éducation des enfants De laissés par les guerriers morts dans les combats, en la mettant à la charge de PEtat. Quelles sont les législations modernes qui consacrent un principe si justifié, je dirai même si impérienx? Remarquez bien ici qu’Hippodamos ne songe pas à conférer à l'Etat un droit de propriété sur ces enfants, ni même à Inj confier la mission de pour2*

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voir Ini-meme à leur éducation. 1] n'est question que d'une charge, déconlant tout naturellement de la reconnaissance die aux familles des soldats immolés généreusement sur l'autel de la patrie: elle ne comporte qu'un sacrifice financier et l'Etat ne s'érige nullement en éducat..r officiel, (Ce n'est pas dans l'oeuvre d'Hippodamos que Platon est allé puiser son étatisme et ses excès.) Dans le système du milésien. ce rôle d'éducateur demeure réservé à l'initiative privée. Aristote ajoute que cette dernière institution appartient exelusivement à Hippodamos mais qu'à l'époque où il écrit. Athènes et plusieurs autres Etats possèdent une loi analogue. Hippodamos n'en garde pas moins Péminent mérite de la leur avoir inspirée. Enfin, — et en cela elle est très supérieure à celle de Platon et révèle dans l'esprit d'Hippodamos une mentalité démocratique bien caractérisée, la doctrine politique du milésien enseignait que tons les magistrats doivent être élns par le peuple, conformèment aux institutions athéniennes de son temps; mais pour Hippodamos (et c’est en cela qu'il se montre essentiellement plus démocrate que Platon, plus large et plus hardiment novateur que ses compatriotes) le peuple se compose des trois classes de l'Etat. Aucune distinction, aucun privilége dans cette république, où les artisans. les laboureurs et les soldats jouissent des mêmes droits politiques et ne se différencient que par leur activité professionnelle. Il est superflu d’insister sur l'élément fondamentale qui place ce système à Cent condées au dessus de celui de Platon. Hippodamos, père des Cours supérieures de justice, est aussi le premier apôtre du suffrage universel et de l'égalité politique des citoyens. Sentez-vous bien le prodige d'une république idéale; congue à une époque antérieure à celle de Platon. dans laquelle on proclame l'égalité des droits et des obligations, dans laquelle on désigne des guerriers, des laboureurs, des artisans, mais dans laquelle il n'est pas question de maîtres ni d'esclaves? Pour moi, cet Hippodamos est un très grand penseur politique et je ne puis me défendre d'une sorte de sympathie émue pour son intelligence méconnue. de sages, auxquels Il fait partie de cette noble cohorte appartint le rare privilège de projeter dans, les ténèbres de ces éclairs fulgurants. dont la clarté nous parvient encore aujourd’hui, à peine affaiblie et toujours radieuse. Ne trouvezvous pas qu’Aristophane, en raillant une telle doctrine avec lourdeur habituelle, se montrait aussi peu spirituel qu'inclair-voyant

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Quelles sont les attributions de ces magistrats, investis d'une autorité particulière, puisqu'ils sont élus par Puniversalité du peuple? Elles sont encore de trois genres: les magistrats d’Hippodamos ont concurremnient Ja surveillance des intérêts généraux. celle des affaires des étrangers et la tutelle des orphelins. Ils devaient sans doute. du moins je le souhaite pour eux. s'appliquer le régime du fractionnement du travail. „„Telles sont à peu près la constitution d’Hippodamos“. toutes les dispositions principales de dit Aristote, et il entreprend immédiatement leur réfutation avec une ardeur égale à celle avee laquelle il vient de démolir les systèmes de Platon et de Phaléas. Sur le ment des citovens en trois catégories. Aristote se donne une cla peine superflue à mettre en lumière le caractère superficiel et fantaisiste de ce fractionnement. Au surplus, il s’insurge avec indignation contre la thèse nettement et purement. universellement démocratique d'Hippodamos et ne peut concevoir une application aussi intégrale On ne saurait approuver toute son argudu principe républicain. mentation. qui découle de ses conceptions particulières de la société Quand on agitait le problème de la démocivile et de esclavage. eratie. dans cette antiquité hellénique si admirable, on ne perdait jamais de vue les restrictions fatales qui enchainaient la liberté dans la cité. Tout ce qu'on pouvait dire des Gonvernements ne “appliquait jamais qu'à la société des citoyens. des hommes libres. Et voilà qu’Hippodamos de Milet, avec une aberration incompréhensible. édifie une république dans laquelle il fait abstraction de ce principe essentiel de différenciation sociale, en posant hardiment, simplement. soudainement le principe de l'égalité politique de toutes les classes. Cest ce qu'Aristote juge naïf et intolérable. Voici d'ailleurs comment il développe sa réfutation sur ce premier point: D'abord, on peut trouver quelque difficulté dans un classe ment de citoyens où laboureurs, artisans et guerriers prennent une part égale an Gouvernement. Jes premiers sans armes, les seconds sans armes et sans terres, c'est-à-dire à peu près esclaves des troisiémes, qui sont armés. (C'est, vous le voyez, la première objection qui surgit dans son esprit. A défaut d'esclaves légaux, Aristote prévoit um asservissement pratique inévitable. Il est permis de n'être point d'accord avec lui et de trouver la conception platoni-

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Pierre Bise, cienne de la société plus digne et plus réconfortante. Les sages de Platon ne portent pas plus les armes que les laboureurs et les artisans WHippodamos; ils ne deviennent pas pour autant les esclaves des guerriers). Bien plus, il y a impossibilité à ce que tous puissent entrer en partage des fonctions publiques. Il faut nécessairement tirer de la classe des guerriers et les généranx, et les gardes de la cité. et l'on peut dire. tous les principaux fonctionnaires. (Hippodamos ne semble pas s'être expliqué sur ce point, mais l'argumentation d'Aristote n’a rien d'i sistible. On ne voit vraiment pas pourquoi ..tons les principaux fonctionnaires“ devraient être ..nécessairement’ tirés de la elasse des guerriers. La cité du milésien. que je sache, ne se trouve nullement en état de siège.) Mais si les artisans et les laboureurs sont exelus de la constitution (dans l'esprit d’ Hippodamos et en fait, ils ne le sont précisément pas), comment pourrontils avoir quelque attachement pour elle? Si Pon m’objeete que Ja classe des guerriers sera plus puissante que les deux autres, remarquons d'abord que la chose n'est pas facile; car. ils ne seront pas nombreux: mais ils sont les plus forts, à quoi bon des lors donner au reste des citoyens des droits politiques et les rendre maîtres de la nomination des magistrats? quoi bon? (Voila qui est bien commode! parce qu*Hippodamos, A en démocrate lucide, attribue la capacité politique à l’homme, au citoyen comme tel et non pas à celui qui est en mesure d'assujetir ses concitoyens par la force brutale; par ce que. dans une république démocratique saine, forte et bien organisée. toutes les valeurs s'équilibrent harmonieusement et que le droit y prime la force.) Que font en outre les laboureurs dans la république d'Hippodamos ? Les artisans, on te conçoit, y sont indispensables. comme partout ailleurs. et ils y peuvent, aussi bien que dans les autres Etats. vivre de leur métier. quant aux laboureur Mais ls étaient chargés de pourvoir à la subsistance des guerriers, on pourrait avec raison en faire des membres de l'Etat: ici au contraire, ils sont maitres de terres qui leur appartiennent en propre, et ils ne les cultiveront qu'à leur profit. (Est-ce un motif suffisant pour les empêcher de faire partie intégrante de l'Etat? avoue humblement ne pas pouvoir suivre Aristote dans son raisonnement.) Si les guerriers. poursuit Aristote, cultivent personnellement les terres publiques assignées à leur entretien, la classe des guerriers

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alors ne sera plus autre que celle des laboureurs, et cependant le législateur prétend les distinguer: s'il existe des citovens antres que les guerriers et les laboureurs possédant en propre des biens fonds, ces citoyens formeront dans l'Etat une quatrième classe sans droits politiques et étrangère à la constitution. Si l'on remet aux mêmes citovens la culture des propriétés publiques et celle des propriétés particulières, on ne saura plus précisèment ce qu'il faudra cultiver pour les hesoins des deux familles. et dans ce cas, pourquoi, dès l’origine. ne pas donner aux laboureurs un seul et même lot de terre capable de les nourrir eux et les guerrie admettons. (Mais oni. Qui pronve cependant que dans l'esprit d'Hippodamos, lesJabonrenrs n'avaient pas l'obligation de cultiver les terres réservées aux guerriers. en de ces derniers? destinant leurs produits à l'entretien exclusif N'avez-Vous pas l'impression que malgré tout le prestige d’Aristote, il y a dans ces chicanes quelque chose d'un pen misérable? Car enfin, des l'instant où Pon admet le côté nettement utopique. géométrique, conventionnel du plan imaginé par Hippodamos — et il n’est pas possible qu'Aristote ne lait pas admis — de semblables controverses ont je ne sais quoi de mesqnin, de hargneux, oserai-je dire de presque puéril ?) .. Tous ces points sont fort embarrassants dans la eonstitution d'Hippodamos*, déclare Aristote après cette première réfutation un peu trop byzantine, si je puis m’exprimer ainsi. Puis il s'attaque à la loi relative aux jugements, qui „‚n’est pas meilleure, en ce que. permettant aux juges de diviser leur sentence, au lieu de la donner d'une manière absolue, elle les réduit au rôle de simples arbitres. Ce système peut-être admissible, même quand les juges sont non breux. dans les sentences arbitrales, discutées en commun par ceux qui les rendent: il ne Pest plus pour les Tribunaux, et la plupart des législatenrs ont eu grand soin d’y interdire toute communication entre les jnges. Quelle ne sera point, d'ailleurs. la confusion, lorsque dans une affaire d'intérêt. le juge accordera une somme qui ne sera point parfatement égale è celle que réclame le demandenr? Ce demandeur exige vingt mines, un juge en accorde dix, nn autre plus, un autre moins, celui-ci cing, celni-là quatre: et ces dissentiments-là surviendront sans aucun doute; enfin les uns accordent, les autres refusent Ja somme toute entière. Comment concilier tous ces votes? Au moins avec Pacquittement ou la condamnation

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absolus. rien ne force le juge à se parjurer, si l'action est juste dans toute sa portée: et Pacquittement veut dire non pas qu'il ne soit rien dû au demandeur, mais bien qu'il ne lui est pas dû vingt mines: il y aurait seulement parjure à voter les vingt mines. quand on ne croit pas en conscience que l'accusé les doive.“ lly a évidemment un grand fondement de logique dans Pargumentation d’Aristote, bien que sa distinction entre le juge et Parhitre ne soit pas totalement pertinente. C’est précisèment pour tenir compte dans la plus grande mesure possible de cette complexité des cas pratiques et obtenir un maximum de proportion équitable entre les faits et Ja sentence (idée de nature bien pythagoricienne) que les deliberants, dont législations modernes ont les jugements sont la institué résultante les tribunaux des opinions confrontées et controversées librement du collège des juges. Dans le cas des vingt mines, le raisonnement d’/ ristote est fort juste mais il ne saurait satis ire la soif d'équilibre et de minutie arbitrale d'Hippodamos. Celui-ci ne peut admettre que pour sauvegarder uniquement un principe, les juges déboutent de son action et ren: voient avec Jes mains vides celui qui vient leur demander la sanction d'une créance de vingt mines, s'il s'avère que cette créance est fondée, mais ne s'élève toutefois pas à un montant supérieur à cing, on dix, où quinze mines. — Réclamez Je montant exact qui vous est dû et dans ce cas seulement, nous pourrons faire droit à votre demande. Tel est le verdict que le Stagyrite conçoit comme seul possible de permettre au juge de ne pas se parjurer. Une telle solution n’est-eile pas boitense. ceux qui caduque, bâtarde pour veulent étendre à chose l'harmonie numérique qui régit l'univers? l'exigence formulée par le demandeur, tonte Quelle que soit Hippodamos vent que le jugement accorde dix mines à celui auquel dix mines sont dûes. Et pour bien établir la valeur réelle de la créance, quelle meilleure méthode. quelle garantie plus objective que de délier le juge de toute entrave dans son appréciation. la sentence définitive étant le résultat (encore mathématique et harmonieux) d’une conciliation rationnelle des opinions divergentes des juges? On peut, tont en restant d'accord avec Aristote sur le fond. ne pas dénier au système _ d'Hippodamos une part très grande de logique et d'équité. nest pas admissible qu'un tribunal accorde au requérant une somme

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supérieure à celle qu'il exige, n'est-il pas hautement désirable qu'il fasse droit à sa demande, en réduisant sagement le montant de sa prétention, lorsque celle-ci est justifiée sous réserve de cette réduetion? Comment concilier, au surplus. la thèse absolue d'Aristote avee la solution intermédiaire qui semble s'imposer Jorsqu'un demandeur réclame vingt mines. qu'il estime de bonne foi lui être dúes, alors qu'en réalité il n'a droit qu'à dix-huit où dix-neuf mines? Celui-ci devra-t’il être purement et simplement débouté pour éviter aux jugos la honte de se parjurer? Je vous laisse le soin de trancher ces questions . . . Enfin, après avoir contesté toute valeur aux suggestions constitutionnelles d'Hippodamos, sans pouvoir ni vouloir trouver une seule parole d'approbation, Aristote livre assaut à celle de ces idées politiques qui devait trouver grâce le plus facilement devant lui. Et il le fait en s'appuyant sur une argumentation assez xpéciense et je dirai meme purement fantaisiste. Jugez: Quant aux récompenses assurées aux découvertes utiles. cest une loi qui peut être dangereuse et dont l'apparence seule est séduisante. (2) Ce sera la source de bien des intrigues. peutêtre même de révolutions. (A ce point à?) Hippodamos touche ici une toute autre question, un tout autre sujet: est-il de l'intérêt ou contre l'intérêt des Etats de changer leurs anciennes institutions. même quand ils peuvent les remplacer par de meilleures? Si l’on décide qu'ils ont intérêt à les maintenir. on ne saurait admettre sans un mûr examen le projet d’Hippodamos; car un citoyen pourrait proposer le renversement des lois et de la constitution comme un bienfait public.“ Me contesterez-vous le droit de prétendre que ce sont là des arguties, de vaines et méchantes querelles? Aristote ne se soucie suêre. à cet instant. des lumineux enseignements qu'il développera plus loin, au Livre VI (4) de son traité: ..Parmi ces quatres ass s. où plus. qu'énumère Platon, il fant absolument un individu qui rende la justice. qui règle les droits de chaenn: et si Von reconnaît que dans l'être animé. lame est plus importante que le corps. ne doit-on pas aussi reconnaître quiau dessus de ces éléments nécessaires à la satisfaction des besoins de l'existence. il y a dans PEtat la classe des guerriers et celle des arbitres de la justice sociale? A ces deux-là ne doit-on pas ajouter encore

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classe qui décide des intérêts généraux de l'Etat, attribution spéciale de Vintelligenee politique ?“ Sans doute, on doit l'ajouter! Et cette classe, pour peu qu'elle lasse preuve d'intelligence politique. devra-d’elle refuser tout encouragement à ceux qui font des découvertes d'utilité générale, on stimuler au faire, en contraire le zèle de ceux qui sont vue de Putilité publique. susceptibles d’en qui est la somme des utilités communes et le but assigné par Aristote lui-même à l’organisation politique de la société? Et puis, qui viendra prétendre encore que la récompense dûe aux découvertes d'utilité générale puisse être la source — d’intrigues passe encore, mais de révolutions! En outre, doit-on décider que les Etats ont intérêt à cristalliser leurs institutions, plutôt que de les transformer et de les améliorer au fur et à mesure du développement de la civilisation? Un peu plus loin, Aristote lui-même affirme que l'innovation doit profiter aussi bien à la science politique qu'aux autres disciplines et qu'il devient indispensable, à certaines époques. de changer certaines lois. Les arguments qu'il donne en favenr de la thèse contraire me semblent d'une médiocrité stupéfiante: „Mais à considérer les choses sous un autre point de vue, on ne saurait exiger ici trop de circonspection. Si l'amélioration désirée est pen importante, il est clair que pour éviter Ja funeste habitude d'un changement trop facile des lois, il faut tolérer quelques écarts de la législation et du Gouvernement. (Que devient alors, 6 Aristote, la protection légale des citoyens?) L'innovation serait moins utile que désobéissance. ne serait dangereuse On pourrait mème rejeter l'habitude de la comme inexacte la comparaison de la politique et des autres sciences. L'innovation est tout autre chose dans les lois que dans les arts: la Joi, pour se faire obéir, n'a d'autre puissance que celle de l'habitude, et Vhabitude ne se forme qu'avec le temps et les années: de telle sorte que changer légèrement les lois existantes pour de nouvelles. c'est affaiblir d’autant la force même de la Joi.‘ Aristote a beau être Aristote. je m'insurge à mon tour contre cette manière d’argumenter. A quel péril n’est pas exposée la loi dès l'instant où. devenne impropre à régir les matières soumises à sa réglementation, elle peutêtre violée presque légitimement, de peur de compromettre par une transformation, même anodine, la puissance

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dont elle est investie ? Quel est alors le prestige dont elle doit jouir, le principe d’obeissance concertée et collective qui fait précisément sa foree nnique? Si l'habitude seule est la puissance de la loi, celle-ci n’aura-t’elle pas vécu, le jour où l'on renoncera, par caprice, lassitude ou révolte, à l'observer et où le Gouvernement lui-même l’enfreindra. plutôt que de remédier au mal parune loyale et intelligente revision ? Je crois que poser une telle question, c’est la résoudre par le fait même et nulle part. semble-t'il, Aristote ne s'est montré aussi faible et aussi partial. Au surplus, c'est purement arbitrairement que le Stagyrite suppose Pidée, dans l'esprit d’Hippodamos, d’englober les initiatives constitutionnelles, partielles ou fondamentales, dans la conception des ,.déconvertes utiles“ dont il demande la récompense. (Nous serions loin du système adopté par Zaleucos, qui non seulement ne récompensait pas des initiatives de ce genre, mais faisait tordre le cou de ceux qui les prenaient, dès l’instant où elles étaient jugées irrecevables!) Mais en réalité, Aristote joue évidemment sur les mots. travestit la pensée d’Hippodamos et lui prête des sentiments ct des intentions que celui-ci n'a jamais eus. state. On présume, on conon déplore, on dénonce l’imperfection: d'une constitution: on ne fait pas une ,,découverte” en le proclamant. Et puis, la seule convoitise déterminant d’une récompense novateurs politiques? Pappát dun existant? gain que est-elle le ressort des Quelle révolution a pu être provoquée par garantissait lui-même le gouvernement Si les troubles. les intrigues, les émeutes et les boulversements politiques doivent éclater au sein de la cité, la cause de ces perturbations résidera toujours ailleurs que dans l'appétit ¢ donné d'une simple récompense. et l'abolition de ce facteur ne pourra ni prévenir. ni empêcher des explosions dont les sont bien plus graves et bien plus profondes. 2SOTcauses Il m'est incompréhensible qu’Aristote, dont le génie a reçu de l'observation de la réalité ses plus beaux ébranlements, argumente dans cette matière avec tant de légèreté. — Telles sont les idées politiques d’Hippodamos de Milet que le Stagyrite a jugé dignes d'une mention dans son traité de la Politique. Nous enssions souhaité plus de renseignements, et plus détaillés. au détriment d'une critique non dénuée de partialité. J'ai tenu à confronter roenvre exposée par Aristote avec les oh-

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servations dont le Stagyrite a cru devoir les accompagner. L'oeuvre révéle un penseur politique très fin, très pénétrant, quoique trop schématique. en un mot. spéculatif, abstrait. pythagoricien pour tout dire Quant aux commentaires. ils produisent une impression presque pénible, que je donte que vous n'avez pas ressentie comme, moi. Ils nous montrent. une fois de plus. le côté faible des intelligences les plus éblouissantes. et encore que lobjectivité n'est pas une qualité commime.et que tous les hommes. si grands soient-ils. ont leurs défaillances et leurs invincibles partis-pris. La dissertation d’Aristote sur Hippodamos de Milet a fait l'objet d'un travail académique extrêmement interessant de Charles- Frédéric Hermann: Politic. H, 51). De Hippodamo Milesio Après avoir discuté avec et d'érudition toutes les questions ad Aristotelis beaucoup de compétence soulevées au sujet de la personne et de l'oeuvre d’Hippodamos. le savant hélleniste s'attache surtout à relever le caractère sophistique des cet architecte étrange et si séduisant. sur des raisons chronologiques et spéculations politiques de Hermann s'appuye surtout sur l'argumentation purement négative d'Aristote pour affirmer Vapparentement étroit d’Hippodamos à l'école sophistique. Il reprend les objections relatives à ce qu'il y a de flottant et de pen net dans la classification des citoyens en artisans, laboureurs et guerriers. Il se frappe aussi de cette possibilité d'existence connexe d'une quatrième classe. qui ne serait ni celle des laboureurs. ni celle des guerriers. sorte de monstre intermédiaire. pouvant Jabourer la terre sans être laboureur. porter les armes sans être guerrier, qu'Hippodamos. dans son entrainement systématique et ses distractions de rêveur. n'a pas su prévoir. prévenir ou replacer dans le rang. 1 conclut enfin: ..Quamvis autem in his. quae ad prudentiam civilem et philosophiae studia et pertinerent. satis ut videtur levis obscura Hippodami opera manserit. vix tamen in suo genere minor habendus erit quam Gorgias. Prodicus. Hippias. aliique illius aetatis sophistae, quorum eadem fortuna est. ut in ipsa quidem philosophia non multum aut nihil profecerint. grammatieae vero. rhetoricae, mnemonicae, aliarumque artinm ea fundamenta jecerint, 1) Marburg,

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quibus omnis posterior cura superstrui corunique vestigia segui posset. Nimirum haec ipsa sophistici generis indoles et natura erat. ut communi cum tota illa aetate studio quidquid tractarent in artiVicii formam converterent. Et il invoque à l'appui de sa thèse cette formule de Ritter: Die Riehtung auf die subjektive Seite des Denkens, welche die Wissenschaft blob als Kunstwerk. nicht in Beziehung auf die Erkenntnis des Gegenstándlichen betrachte.“ (“est être. je ne dirai pas injuste mais inexact à l'égard d'Hippodamos. dont le cas est différent. 1 faut cependant distinguer et En voulant appliquer dans toute sa rigueur une prendre garde, telle dé uition, Platon lui-même ne pourrait-il pas être englohé, avec un peu de complaisance. dans le mouvement sophistique? Es pourtant. qui ne reculerait d'effroi devant un tel sacrilège! A mon avis. ces discussions de forme ne sont pas suffisamment pertinentes pour pouvoir arbitrairement ranger Hippodamos de Tout. dans son système, Milet dans la catégorie des sophistes. du monde et des universelle conception une dévoile une mentalité, pythagoriciennes. choses qui sont nettement, fortement. candidement Les arguments de fond invoqués par Hermann n’infirment pas plus cette thèse que ceux qu'il tire de l’inauthenticité (que personne ne songe, d’ailleurs. à contester) des fragments recucillis dans le Florilège de Stobée. sous le vocable d’Hippodamos le thurien ou le pythagoricien, — qu’ Hermann admet être le même personnage qu’ Hippodamos de Milet. en s'appuyant sur les excellentes raisons déjà formulées par Muret. La république d’Hippodamos, avec son temple national. n'estelle pas PEtat idéal qu'a pu concevoir Pythagore lui-même? Edifice de toute pièce dans l'esprit d’un architecte, elle comporte dix mille citoyens. divisés rigoureusement en trois classes. réparties sur trois portions bien nettement délimitées du territoire. Les lois elles-mêmes sont de trois sortes. puisqu'elles doivent correspondre aux trois facteurs susceptibles d'entraîner des actions judiciaires. Et encore. les sentences des juges sont de trois espèces, suivant qu'ils condamnent absolument. absolvent absolument ou rendent un verdict mitigé! Et encore les magistrats, élus par les trois classes de citoyens sans distinctions, assument les trois fonctions relatives aux affaires publiques, étrangères et de tutelle. N'est-ce pas là le temple politique parfait, auquel il ne manque ni le naos, ni le pronaos.

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ni le péristyle? Avouez qu’on ne pouvait adapter plus serupuleusement les matières politiques aux exigences de l'harmonieuse géométrie pythagoricienne de l'univers”). i J'ai déjà dit que je n’avais nulle envie de disputer avec Valois, Muret, Vettorio, Riecobonus, Piccart, Barthélemy-St. Hilaire, Hermann et d'autres la question de savoir si l'écrivain Hippodamos dont Stobée reproduit des fragments que nul, aujourd’hui, ne conteste avoir été falsifiés, est le même que celui dont parle Aristote. Je erois avee Muret et Hermann que ce sont les mêmes personnages. Barthélemy-St. Hilaire le suppose également et eroit qu’en donnant des classifications d’Hippodamos une relation erronée, Aristote a commis une simple inexactitude. Mais Barthélemy-St. Hilaire ignorait, en 1837. combien l'authenticité des fragments de Stobée était douteuse, quel crédit supérieur méritait le Stagyrite dans son 1) Cette thèse se trouve d’ailleurs singulièrement renforcée par les opinions concordantes de deux penseurs dont l'autorité, en ces matières, ne saurait être contestée. Zeller, qui ne peut se résoudre à ranger Hippodamos parmi les sophistes, s'exprime en ces termes dans son monumental ouvrage: Die Philosophie der Griechen: „Dagegen ist in den politischen Vorschlägen des berühmten milesischen Architekten Hippodamos die Eigentümlichkeit der sophistischen Ansicht von Recht und Staat nicht zu bemerken, wenn auch die schriftstellerische Vielgescháftigkeit des Mannes an die Art der Sophisten erinnert.‘ Si la manière est influencée par l'ambiance sophistique, le fond même de la pensée demeure essen - tiellement pythagoricien. Hildenbrandt, op. eit., fait cette remarque fort judicieuse: „Bei Pythagoras nämlich war die subjektive Bildung der Staatslenker und der Bürger das Hauptaugenmerk gewesen, den objektiven Bau des Staates hatte weder er, noch ein anderer Philosoph zum Gegenstande seiner Forschungen gemacht. Hippodamos suchte dieses Problem zu lösen, und da er zugleich der Baukunst und der Staatskunst Meister war, zog er nicht bloß die Organisation des Verfassungsgebäudes, sondern auch die äußere architektonische Anlage der hellenischen Stadtstaaten in das Bereich sciner Studien,und brachte in beiden Beziehungen das pythagoreische Prinzip des Maßes und der Harmonie zur Anwendung.“ — Et plus loin: „Dieser mathematischen Allgemeinheit der Form seiner Stadtanlagen wollte er vermutlich in einem Staatsideale eine ebenso abstrakt allgemeine politische Normalverfassung an fie Seite stellen.“

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exposition), Tout se résoudrait donc à un malentendu, dont Stobée et ceux qui accueillirent ses textes comme des oracles ont été les dupes. Quoiqu'il en soit. l'oeuvre de ce curieux apôtre de la philosophie politique pythagoricienne me semble si typique, si caractéristique, qu'il m'est un devoir. pour bien en fixer les aspects, d'épuiser toutes les ressources que nous possédons, quelle que soit leur valeur. Nous sommes malheureusement si indigents de textes que la documentation même indirecte (en supposant, le plus légitimement du monde. que les rédacteurs de ces fragments connaissaient Poenvre originale) nous apparaît comme non négligeable. et je tiens à donner ici la traduction des fragments politiques d’Hippodamos le thurien et le pythagoricien, tels que nous les a transmis Stobée dans son Florilège tonffu ?). XLIII. Or. je dis que l’ensemble de la république se divi» en trois cla la première est celle des citoyens nobles, qui administrent les affaires publiques; la seconde, celle des citoyens qui disposent de la force, et la troisiéme, celle des citoyens qui accom1) monuit, Hermann si duo voit ici très juste: Hippodami ,,Verissime fuissent, enim jam quorum Muretns nterque de republica seripsisset, nihil cansae apparere cur cornm alterum Aristoteles inseetatus sit, alterum ne mec si vel plurimum Suidae tribueremus, qui Theanus Brontini Pythagorei uxoris nominarit quidem, Hippodamum Thurium aequalem et familiarem nosse videtur, alia hujus atque ipsius architeeti aetas constitui posset; quod si dubitari nequit quin veteres ipsi unum tantum Hippodamum norint, qu de re publica seripsisset, alterntrum eorum, qui rei publicae Hippo - damiae descriptionem tradiderunt, ant mala fide egisse aut ipsum falsa specie deceptum esse necesse est. Ne tamen Muretum sceuti in Aristotelem potins quam hane praeter summam philosophi auctoritatem longe propriorem, et ipsum fragmentorum argumentum, quae apud in Stobaeum enlpam trausferamus, aetatemque Hippodamo Stobaeum sunt, et universa reliquiarum illarum, quae Pythagoreorum nominibus venditantur, indoles prohibet, quarum fidem plus quam ambiguam quum satis multi auctores jam ita elevarint, ut ue minimum quidem amplius illis tribnatur, mihi quoque hae disceptatione paueis defungi licebit.® C’est bien cela. Soit Muret, soit Barthélemy-St. Hilaire calomnient de bonne foi Aristote, en l'aceusant d’une falsification et d'une inexaetitude dont Stobée est l'involontaire fantif. Et nous voilà tons absons. Il n’est que de s'entendre! 2) Zeller en fait une bréve mention dans son chapitre sur les frag ments politiques de l’école néo-pythagoricienne,

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plissent les rudes besognes et fournissent tout ce qui est nécessaire à la vie. La première classe, je Pappelle la classe des magistrats: la seconde, la classe auxiliaire; la troisième, eelle des artisans. lt je dis que les deux premières classes sont réservées aux citoyens de condition libre. tandis que la troisième est celle de ceux qui gagnent leur vie par leur travail; que la classe des magistrats est la meilleure et celle des artisans la dernière: Panxiliaire se trouve entre les deux. Il s'ensuit que la classe composée des sages doit commander et celle les ordres: la classe auxiliaire donne des ordrés des artisans recevoir et en reçoit. Car une classe établit d'avance, dans ses délibérations, ce qui doit être exécuté et la classe auxiliaire, lorsqu'elle combat. conduit toute la foule des artisans, mais en tant que les plans lui sont imposés. elle est elle-même subordonnée. XLIM. 93. D'ailleurs, chacune de ces trois classes se subdivise à son tour en trois autres. Car. dans la classe des magistrats, une partie est constituée par les princes (æededgov): une autre est celle des dirigeants: une autre se compose de ceux qui délibèrent des affaires publiques. Les princes s'assemblent les premiers et préavisent sur les affaires publiques, puis en réfèrent au sénat. Les dirigeants exercent leur autorité soit en vertu de la coutume, soit en vertu d’un droit acquis. Les sénateurs, comprenant tout le reste de cette classe, sont nantis des propositions des princes: ils votent et confirment ce qni est soumis à leur examen. Et pour tout.dire en un mot, les princes doivent en référer au sénat et le sénat, par l'intermédiaire des chefs d’armées (did tar orgaryyov) à l'assemblée du peuple. U une en est de même dans la classe aux aire, qui détient la force: partie exerce le commandement, une antre combat et la troisième. enfin, qui est la plus nombreuse, est composée des simples soldats et de tous ceux qui portent les armes. De la catégorie de ceux qui commandent sont tirés les chefs d'armées, les commandants des corps de troupes, Jes chefs des détachements, ceux qui combattent au premier rang et eu général tous ceux qui regoivent un commandement quelconque. La catégorie des combattants se compose de tont ce qu'il y a de plus viril, de plus courageux et de plus hardi dans la cité. Le reste est sans grades et porte les armes. — De la classe des artisans et de ceux qui vivent de leur travail, une partie s'adonne à l’agriculture et s'occupe de la culture du pays; une autre partie exerce les métiers, fournissant Jes objets de luxe et tout ce

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qui est nécessaire au train de la vie: une autre partie voyage et fait le trafic d’exportation à l'étranger du supertlu et d'importation d'autres marchandises. La société civile se compose done de toutes ces parties, Nous allons de suite parler de leurs relations mutuelles. Toute eonnnunante civile ressemble absolument à ume lyre. car elle exige la réalisation d'un ordre, d'une harmonie, d’un toucher particulier et dun certain maniement de nature musicale: je me suis déjà expliqué plus haut au sujet de organisation de la cité, en précisant de quels genres et de quel nombre de citoyens elle se compose. tâcherai Ven expliquer harmonie et l'unité. Je Je prétends done que l'harmonie d'une commimanté civile résulte de trois éléments: des enseignements, des traditions. des lois: que ces trois facteurs façonnent l'individu et Pinelinent davantage à s'appliquer au bien. En effet. les enseignements instruisent. exhortent à Ja vertu ci font éclore les sentiments Jouables; les lois éloignent du mal parce quelles s'imposent par la crainte et elles attirent vers Je bien parce qu'elles sollicitent les citoyens grâce à des honneurs et à des récon:penses. Les traditions et les coutumes travaillent et fagonnent l'âme comme de la cire, et lui impriment un caractère nouveau. grâce à leur action coordonnée. Au moyen de ces trois éléments. on doit tendre à l'honnêteté. à Vutilité et à la justice et chercher à atteind dre si possible chacune de ces trois choses où du moins deux ou une. de telle façon que l’enseignement soit honnête et juste et utile. de méme que la tradition et la loi. L’honnéteté est préférable à tout: la justice vient ensuite, puis Putilité. En un mot, par ces divers moyens. il faut chercher à rendre autant que possible la cité homogène et harmonisée dans toutes ses parties, et non pas troublée. ni divisée. On obtiendra ce résultat en procédant à Péducation des inclinations naturelles des jeunes gens et en imposant une mesure dans les plaisirs et dans Jes peines. en s’abstenant surtout d'acquérir de trop grandes richesses et en s'elforgant de demander à Pagriculture les produits nécessaires. I] en sera de même en ce qui concerne les charges, si les honnêtes gens assument celles qui exigent de la vertu, les gens qualifiées celles qui comportent une certaine habilité, les riches celles qui imposent des largesses et des dépenses et si l’on récompense par des honneurs dignes de chaque charge ceux qui se sont acquittés convenablement Archiv für Geschichte der Philosophie. NXXV. de leurs fonctions.

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Disons encore que la vertu repose sur trois éléments: la crainte, le désir ou la honte. La loi pourra inspirer la crainte: les coutumes exciteront la honte, car lorsqu'on a été élevé dans de bonnes habitudes. on rougit de se condnire malhomnétement; l'enseignement provoquera Je désir. car l’explication des motifs qui nécessitent une conduite irréprochable excite l'émotion et entraîne. surtout si on y fait concourir l'exhortation. (C’est pourquoi il faut. pour former le caractère des jennes gens. organiser des assemblées. des repas en- commun, provoquer des amities. fonder des sociétés tant civiles que militaires. et procurer aux jeunes Ja compagnie des vieillards. car les premiers ont besoin de modération et de conseils, tandis que les vieillards ont besoin d'égards et de passe-temps joyeux. XLIII. 94 Puisque nous avons dit que trois choses, soit les traditions. les lois et l'enseignement. rendent l’homme parfaitement honnête. il faut rechercher comment il pent arriver que ces éléments se corrompent et comment ils sont en mesure de se maintenir. Nous trouverons que les traditions se perdent de deux manières: par nous-mêmes où par Jes étrangers. 1° Par nous-mêmes: soit en refusant les sacrifices. soit en recherchant les voluptés. En effet, en refusant les sacrifices, on fuit la peine la plus légère: en recherchant en soi-même. Car les les voluptés. on perd ce qu'on a de meilleur sacrifices sont féconds et bienfaisants pour les hommes, tandis que les voluptés ne sont pour eux qu'une source de maux. C’est pourquoi l'homme qui s’adonne à l’intempérance et cultive la mollesse devient plus efféminé de sentiments et beaucoup plus prodigue dans ses dépenses. — 2° Par les étrangers: quand, répandus parmi le peuple, ils acquièrent une grande aisance grâce au commerce: ou bien quand les habitants d’une cité voisine. enclins aux plaisirs et à la débauche, propagent leurs moeurs corrompues parmi ceux qui les entourent. C'est pourquoi il est nécessaire que les législatenrs et les conducteurs du peuple veillent avec soin, en toutes choses, au respect habituel de la tradition: et encore qu'ils s'appliquent à maintenir le peuple indigène, qui constitue le fondement de la cité, homogène et exempt de mélange avec aucune autre race; et encore qu'ils fassent en sorte que les ressources du pays restent les mêmes ou du moins ne subissent que de légères variations, car plus on a, plus on désire avoir. Et de cette façon. les traditions se fortifient nécessairement. — En ce qui concerne l'enseignement. il faut considérer et éprouver les doc-

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trines des sophistes, afin de savoir s'ils enseignent des choses utiles aux lois. aux principes politiques et à la vie domestique. Car ce west pas une aberration ordinaire, mais la plus profonde dépravation dans Páme des hommes, qwinspirent les discours des sophi lorsqu'ils s'enhardissent à innover tant soit peu en dehors des idées reçues. soit sur les chosesa divines, soit sur les choses humaines; rion west alors plus pernicieux pour la cause de la vérité, pour la sécurité et la gloire, car c’est l’obseurité et la confusion qui règnent en maîtres dans l'esprit du public. Tels sont tous ces propos, dans lesquels on alfirme qu’il n’existe aucun dieu, ou bien que sil en est un, cela est indifférent pour la race humaine. puisqu’il la néglige ct l'abandonne entièrement. Et en effet. si une telle doctrine deveit être en honneur, elle inspirerait aux hommes une démence et une injustice telles qu’il serait malaisé d: les decrire. Car tout homme imbu Wanarchie et qui a secoué daus son âme toute crainte respectueuse ne connaît plus aucun frein; il semporte et transgresse les lois. Il faut donc professer une doctrine favorable à la société civile, adaptée au caractère de celui qui l’expose et non pas artificielle. De cette façon, le discours manifestera clairement les sentiments de celui qui le prononce. — Des lois découle la sécurité, à condition que la cité soit sainement organisée et résulte de tous les autres éléments; j'entends par là non pas ceux qui sont contraires à la nature, mais ceux qui lui sont conformes. La tyrannie, en effet, ne procure jamais aucun avantage aux cites et Voligarchie non plus, ou du moins pendant peu de temps seulement. C’est done la royauté qui doit être établie en p'emier lieu, puis l'aristocratie, car la royauté est semblable à la divinité, mais aussi, il est difficile de la maintenir irréprochable. car elle est accessible aux passions humaines et elie est rapidement corrompue par la mollesse et par la violence. C’est pourquoi il ne faut pas l'établir arbitrairement, mais la contenir dans de sages limites et ne la faire concourir qu’au bien ct à l'utilité de | la cité. L/aristoeratie, à son tour, doit être admise largement dans le gouvernement de la cité, car nombreux sont les citoyens qui recherchent et méritent les honneurs et le pouvoir; ils sont un sujet d'émulation réciproque et la puissance passe plus souvent i de Pun à Pautre. La démocratie aussi est tout-à-fait nécessaire, car il faut que le citoyen. qui est un élément essentiel de la cité, en regoive quelque honneur. Mais il est aussi nécessaire que la

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démocratie soit suffisamment contenue. car la foule est presque toujours inconsidérée et téméraire. (Fragment évidemment rédigé par une autre XCVIIL 71. piume. plus diffuse et embrouillée.) Par nécessité de nature, toutes choses mortelles se meuvent et se transforment, les unes passant du pire au mieux, les autres du mienx au pire. Car toutes les choses qui existent naissent d'abord, puis croissent. et. après leur période de croissance, parviennent à la plénitude de leur développement, puis vieillissent et s’évanouissement dans Ja mort: les unos existent de par la nature et sont confinées par elle dans le monde ble pour arriver à leur invisible: elles sorteut de ce monde in changement de création, d'un suite deuxième étape, la mortalité, par la nature elle-même accomplis ant une marche circulaire: les autres choses sont produites par la folie humaine, qui profuse en excès et en satiété. Maisons et cités exaltées par de grands sucees et par un train de vie excessivement somptueux ont marché à la ruine en même temps que les richesses qu'elles considéraient comme la canse de leur bonheur. Or, il fant et il-arrive en effet que toute domination est circonscrite par trois périodes: la première. qui embrasse Pacqnisition de la domination: la seconde. qui en règle la jouissance: la dernière, qui voit sa destruction. Car les premiers hommes, qui étaient dénués de biens, en acquirent. et leurs successeurs, devenus En effet, les choses administrées par prospères. les détruisirent. les dieux, étant incorruptibles parce que possédées par des êtres incorruptibles, demeurent sans cesse intangibles. tandis que les choses administrées par les hommes. étant mortelles, parce que possédées par des êtres mortels, subissent des transformations variant continuellement. Car le terme de la satiété et de l'excès. c'est Panéantissement, mais le terme de l’indigence et de la détresse est la vertu courageuse de la vie humaine. La même fin également pour les autres. Et voilà. Vous avez pu juger qu'il n'est pas de point commun entre ces doctrines et celle d’Hippodamos de Milet, rapportée par la symétrie et le chiffre Aristote, sous réserve de cet engouement pour trois, qui apparaît ici encore plus immodéré. Les subdivisions surtout sont: puériles et Pon ne voit guère la différence qui sépare. par exemple, la deuxième et la troisième catégorie de la seconde

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Et pourtant. rien de tout cela n’einpeche Ze), qui à la texte de Stobée avec la conviction la plus enthousiaste et la plus chaleureuse. Voici comment il explique cette absence de concordance entre les deux textes: el e. foi solide. de défendre Pauthenticité du «De diversitate, quae inter Aristotelis locum et haec fragmenta deprehenditur haec hina tantum in universum significaverim: prinmm, Aristotelem non plenam et accuratam Hippodamae civitatis duseriptionem proponere voluisse sed potiara tantum capita. quae sibi memoratu dignissima visa essent, inde decerpta: deinde divisionem civium tripartitam apud Aristotelem non tantopere discrepare Nam a fragmentormm ratione. quanto prima fonte videatur. tess Aristotelis ordines (zexrîre, yem@yor, tO ngoTolsuov). qui nonnisi binos trinm ordinum in fragmentis complectuntur (té Bdravoor et vo émixorgor). ex ipsius Aristotelis mente nonnisi plebem (rd 9o<. dijuov) constituere videntur extra optimates. e quibus magistratus plebis suffragiis erearentur. dami ordinem (co Bovdevtixdr) quique tertium Hippo- Differentia utique officerent residua est. sed non maior, quam quae ex Aristotelis studio brevitatis vel errore aliquo. quem ,.incuria fudit aut humana parum cavit natura”, explicari possit Bref, c'est de nouveau Aristote qui est Je bone émissaire. Ce raisonnement peut évidemment paraitre ingénienx, mais Zell défend une canse vraiment désespérée. Les fragments recueillis par Stobée révèlent des plumes érudites et habiles, et j’ai tenu à les mettre sous vos yeux parce que leurs rédacteurs étaient en mesure de connaitre Is des oeuvres originales. irrémédiablement perdues pour nous. alimenté ont ils connus: thèmes ont délicatement brodé sur des leur imagination à des sources authentiques et e’est ainsi qu'ils nous parlent, agréablement d’ailleurs et subtilement, de eette harmonie musicale qui doit régner dans la vie politique de la cité, image Voilà ce qu’on peut leur bien spécifiquement pythagoricienne. concéder. Pas contre, il ne faut rien moins que la prodigieuse eandeur de Zell pour vouloir, contre toute évidence, plaider un droit d’anteur dont la philologie moderne a fait bonne justice, et qu’ Hippodamos Ini-méme — voilà qui est plus grave — ne serait sans doute nullement enchanté d'entendre revendiquer pour lui. 1) Op. cit.

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C'est encore Zell (il ne faiblit jamais dans l’émerveillement) ne qui a proclamé la valeur insigne de la dernière partie du troisié il s’est plû à considérer un des premiers manifragment, dans laquelle festes en faveur des institutions politiques mixtes. Le passage en question offre en effet — pour l'époque — un intérêt incontestable. Remarquons toutefois qu'à examiner ce texte de près. il s’agit plutôt d'une juxtaposition que d’une fusion des trois régimes politiques; chacun deux a Pair de jouir, dans l'Etat. d’une situation antonome et Pon ne voit guère la mesure dans laquelle ils participent respectivement an gouvernement de la cité. La monarchie y est tempérée par des institutions aristocratiques et démocratiques et la démocratie subit dans l'existence simultanée des deux autres régimes une sorte de contre-poids à ses emportemeñts. Mais en définitive, de quel régime capricieux et bizarre s'agit-il? Les idées du rédacteur lui-même ne semblent pas très claires à ce sujet. Car enfin. si Pélément aristocratique doit jouer un rôle prépondérant et si l'élément démocratique doit avoir une large part dans la conduite des affaires publiques. la monarchie apparait comme bien édulcorée dans une telle cité: et de même apparaît bien précaire Paristocratie, qui est comme submergée par l’antorité supérieure et par la puissance inférieure: et de même apparait bien chétive et illusoire la démocratie. pliée sous une multitude de sceptres Il reste indéniable, convenons-en. que ce fragment superposés. exprime une tentative assez curieuse de confrontation et de collaboSoulignons ration amiable ‘des trois grands régimes politiques. encore à l'actif du rédacteur sa condamnation brêve, mais sèche et catégorique de la tyrannie et de l’oligarchie. Et maintenant. pour terminer, pour étre aussi complet que possible, pour achever de rassembler toutes les parcelles de matériaux propres à reconstituer, même en un rêve un peu confus et disparate, la cité idéale. è jamais détruite. hélas. ponr nous. d’Hippodamos de Milet. je veux encore vous donner la traduction du dernier fragment, sur le bonheur (zegi stôcmorias), qui lui est attribué dans le Florilège de Stobée. Vous y goûterez ce mélange toujours exquis et séduisant de morale pythagoricienne. teintée de stoîcisme et aussi de christianisme, cette proclamation toujours ferme et vibrante de l’inépuisable fécondité de la vertu en jouissances sereines

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et solides. quoique arides, et encore, et toujours ce dogme pythagoricien de l'excellence de la vertu et de son utilité souveraine dans le gouvernement des hommes et des cités: CI. 26. De l'oeuvre d’Hippodamos le Thurien sur le bonheur. Parmi les êtres animés, les uns sont aptes, au bonheur. les autres inaptes Y sont aptes tous ceux qui possédent la raison. Car le bonheur n'existe pas sans vertu et la vertu réside surtout dans les êtres qui sont doués de raison, Y sont inaptes . ....... l'acte de vision ou la vertu de vision. et l'être dépourvu de raison ne possède ni l'acte, ni la vertu de l'être raisonnable. Le bonheur et la vertu de l'être qui possède la raison sont en partie un acte. en partie un art. Or, parmi les êtres animés qui possèdent la raison, il en est qui sont en eux-mêmes parfaits. Ce sont ceux qui sont complets en eux-mêmes et qui n'ont besoin d'aucune chose hors d'eux-mêmes. ni pour exister, ni pour bien exister. Tel est dieu. D'antre part. les êtres imparfaits en eux-mêmes sont ceux qui ne sont pas en cuxmêmes complets, mais qui ont encore besoin d'une influence causale extérieure. Tel est l'homme. Or. parmi les êtres imparfaits en euxmêmes, les uns sont complets et les autres ne le sont pas. Les êtres complets sont ceux qui existent en pleine harmonie avec leur propre cause et en harmonie avec les causes extérieures. Is existent en harmonie avec leur propre cause en faisant preuve dune bonne nature et en cherchant à atteindre un but moral élevé: en harmonie avec les causes extérieures, en adoptant de bonnes lois et:des magistrats éclairés. Les êtres incomplets sont ceux qui ne remplissent aueune de ees deux conditions, ni individuellement. ni collectivement: la nature même de leur âme les réduit à l’état d'êtres inférieurs. Tel est l’homme pernicieux. Il y a deux espèces d'hommes complets. Les uns sont parfaits selon Jeur nature, les autres selon leur vie. Seuls, les bons sont parfaits selon leur nature. Ce sont les hommes qui possèdent la vertu. Car Ja vertu marque l'apogée de la perfection dans la nature de chaque chose. La vertu de l'oeil est l’apogée et la perfection de la nature de Pocil; la vertu de Phomme est l'apogée et la perfection de la nature humaine. Parfaits selon leur vie sont les hommes qui cumulent la bonté et le honheur. Car le bonheur est la perfection de la vie humaine, en ce sens que la vie humaine cousiste en actions et le bonheur donne leur perfection à ces actions Les actions attei-

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gnent leur perfection grâce à Ja vertu et à la fortune, la vertu relativement à l'utilité, la fortune relativement à la prospérité. Or dieu, n'ayant pas appris indirectement à connaître la vertu, est hon par nature, et, sans que la fortune Vaie favo il est heureux. Car c'est de pas sa nature qu'il est bon et de par sa nature qu’il est heureux. et il l'était déjà. et il le sera toujours, cessera de l'être, parce et jamais il ne qu'il est incorruptible et bon de nature. L'homme, au contraire, n'est pas heureux de nature. mais il a besoin d'instruction et de prévoyance: pour devenir bon, il a besoin de ‚a vertu, et pour devenir heureux, de la bonne fortuife. Et c'est pourquoi le bonheur humain est résumé par ces deux choses, la lonange et Ja gloire. la lonange. qui résulte de Ja vertu, la gloire, qui découle de la prospérité. Or. l'homme possède Ja vertu à cause de sa destinée divine, et la bonne fortune à canse de sa destinée mortelle. Car. d’une part, les mortels &manent des dieux et les choses terrestres des choses célestes, et, (autre part. les choses moins bonnes des weilleures. (Voilà une phrase qu’ Héraclite eût volontiers signée.) Par conséquent. l’homme qui suit l'exemple des dieux est bon et, par suite, heureux. alors que celui qui suit Pexemple des mortels est malheureux. Car la prospérité est un bien et un avantage pour l'homme intelligent; un bien. parce qu'il en connaît l'usage: un avantage. parce quelle l’aide dans l'accomplissement de ses actions. Hest done beau. chaque fois que la bonne fortune est à la disposition de l'intelligence. de même qu'un vent favorable gonfle les voiles d'un navire. d'accomplir ses actions avec le regard fixé sur la vertu. tel le pilote sur les mouvements des astres. Non seulement celui qui agira de la sorte obéira à dieu. mais il réglera encore Je bien humain d’après le modèle du bien divin. En outre, il est aussi évident que la vie diffère selon sa disposition et selon son sort. Car il est nécessaire que la disposition en soit ou bonne ou mauvaise. et le sort ou heureux ou malheureux. La bonne disposition est forcèment celle qui participe de la vertu. la mauvaise celle qui participe du vice. JI est de même nécessaire que les actes heureux concourent avee Ja bonne fortune (car ils sont accomplis conformément à la raison) et qu'au contraire les actes malheureux coincident avec la mauvaise fortune — ce qui provoque l'échec de leur accomplissement. Done. il n'est pas seulement nécessaire d'apprendre à connaître a vertu, mais il fant aussi Facquérir et la pratiquer. soit dans le

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développement. soit — et c’est la chose la plus importante, dans la régénération des familles et des cités. Il west pas senlement nécessaire de posséder de belles choses, mais il faut aussi savoir ou jouir. Tout cela sera réalisé si Phonme bénéficie d’une cité bien vonvernée. Ce sont. à mon avis, les choses qui constituent la corne dite @Amalthée. Elles se trouvent dans un ordre bien réglé, sans lequel la perfection de la nature humaine ne saurait être atteinte. ou si elle est atteinte. ne saurait longtemps durer. L'ordre comporte en effet la vertu et l'élan vers la vertu. car c'est en conformité avec vet ordre que les bonnes natures ‘engendrent, que Jes coutumes. Jes moeurs et les lois sont les meilleures. que des paroles sages sont proférées et que le respect et la piété sont les récompenses du mérite D'où il résulte que l'homme qui désire être heureux et mener une existence bien réglée. à l'image d'un navire qui voque allègrement. doit conformer sa vie entière à la Joi de l'ordre. La raison nous fonrnit une preuve supplémentaire de la nécessité de tout ce qui vient d'être dit. Car l'homme fait partie d’une société et c'est grâce aux facteurs que je viens de mentionner qu'il devient un être complet, conformèment à la raison. dans la proportion dans laquelle non seulement il s'associe aux antres. mais il s'associe à eux avec dignité. Car. dune part. Vinstinet de société n’existe naturellement que dans une collectivité. et non pas dans l’individu Gsolé): d'autre part. il se manifeste en premier lien dans Pindividu et non pas immediatement dans la collectivité. 1 existe donc à la fois dans la collectivité ec dans Vindividu, et dans l'individu parce que dans la collec(Il voulait plutôc dire. je pense: et dans la collectivité parce rivité. que dans Findividu.) Car Vharnionie. la symphonie et le nombre existent naturellewent dans la collectivité. Rien ne suffit en soi et ne réalise individuellement le tout de ses parties. La finesse de loue. une vue pergante. Ja vitesse du pied existent dans l'individu seulement, tandis que le bonheur et la vertu de l’âme apparaissent à la fois dans Pindividu et dans la collectivité. dans le tout et dans la somme de ses parties: dans l'individu parce que dans la collectivité, et dans la collectivité parce que dans le tout et dans la somme de toutes ses parties. Car. ce qui constitue l'ordonnance de la nature en son ensemble a réglé également chaque partie en particulier. et Pordonmance de chaque partie en particulier a perfectionné le tout et la

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sonme de toutes ses parties. Ceci s'effectue parce que le tout existe naturellement avant la partie, mais non pas la partie avant le tout. Car sil n’y avait pas d’univers, il n’y aurait ni soleil, ni lune, ni astres errants, ni étoiles fixes. Mais, puisque l’univers existe, chacune de ces choses existe aussi. On peut également observer ce phénomène dans la nature des êtres animés. S'il n°y avait pas d'être animé, il n’y aurait ni oeil. ni bouche, ni oreille. Mais puisqu'il y a des êtres animés, chacune dé ces choses existe également. Comme le tout est en relation inséparable avec la partie. de même la vertu du tout est en relation avee Ja vertu de la partie. S'ilny avait pas une harmonie et une surveillance divine de l'univers. les choses préalablement ordonnées ne pourraient demeurer en bon ordre; de même, s’il n'existait aueun ordre dans tout ce qui a trait à la cité. il serait impossible qu'il existat un seul citoyen bon et heurenx. Et sans de bonnes conditions de santé ponr Pétre animé. il ne pourrait y avoir ni pied, ni main robuste et bien portante. Car Pharwonie est la vertu de univers. le bonheur la vertu de la cité. la santé et la force la vertu du corps. Et chacune des parties de ces choses est en connexion étroite avec les autres. et réglée par rapport an tout et à la somme de ses parties. Car les yeux voient pour tout le corps. et les autres membres et parties ont été disposés en vue du bien du tout et de la somme de ses parties. _ (Tout ce développement est en harmonie parfaite avec idées de Pythagore et d’Hippodamos de Milet. les Je n'ai done pas trahi leur mentalité en reproduisant ici cette oeuvre serupulense. quoique confuse. Mais c’est le sort commun de ces magnifiques cités idéales de l'antiquité présocratique. On ne peut plus contempler que les ombres qu’elles projettent jusqu’à nous, trop heureux encore lorsque ces ombres gardent une apparence. peuse, de réalité.) même trom-