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Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)YB ISE e .
IN, AQERUY ARR GESSATE
IL
Hippodamos de Milet.
en We
Seul,
un chapitre de la Politique d'Aristote nous fait connaître.
et encore très imparfaitement, l'oeuvre
attachante et curieuse
d’Hippodamos de Milet, fils d’Euryphon. le même qui inventa la
division des villes en rues et appliqua cette distribution nouvelle
au Pirée. et qui surtout. semble avoir joui d'une rare fortune intellectuelle.
Aristote. qui en parle sans bienveillance et comme
à son corps défendant. nous le représente tout d’abord comme un
pur fat. ..se plaisant à afficher en public le luxe de ses cheveux et
l'élégance de sa parure. portant, été comme hiver. des habits également
somptueux
et
également
chauds. homme
qui avait la prétention de ne rien ignorer dans la nature entière“.
Et malgré ce
désobligeant préambule, il lui fait les honneurs d'une longue dissertation, dans la Livre IT de sa Politique, au cours duquel il s'assigne
pourtant, selon ses propres expressions, la tâche d'étudier à la fois
l'organisation des Etats existants qui passent pour jouir des meilleures lois et les constitutions imaginées par des philosophes. en
s'arrêtant „seulement aux plus remarquables‘.
L'architecte Hippodamos, qui, après avoir dirigé les travaux
de
construction
(Ol. 9).
du
Pirée,
se
rendit
à
Thurii,
puis
à
Rhode
est avec Phaléas, d’après Aristote, et avec Protaguras.
d'après Diogène Laörce, l'un des précurseurs de Platon dans le développement des théories politiques.
Cet homme est le premier. toujours selon les dires d’Aristote, qui se soit aventuré, sans avoir jamais
manié les affaires publiques, dans la recherche de la meilleure constitution politique,
but suprême de la science ancienne du Gouvernement. 1] serait aussi le premier qui songea à publier ses travaux.
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Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)o aire.
Seul. un chapitre de la Politique d’Aristote nous fait connaître.
et
encore
très
imparfaitement,
l’oeuvre
attachante
et
curieuse
d’Hippodamos de Milet, fils d’Euryphon, le même qui inventa la
division des villes en rues et appliqua cette distribution nouvelle
au Pirée.
et qui surtout. semble avoir joui d’une rare fortune intellectuelle.
Aristote, qui en parle sans bienveillance et comme
à son corps défendant. nous le représente tout d’abord comme un
pur fat. .,se plaisant à afficher en publie le luxe de ses cheveux et
l'élégance de sa parure, portant, été comme hiver, des habits également
somptueux et également chauds,
homme
qui avait la prétention de ne rien ignorer dans la nature entière“.
Et malgré ce
désobligeant préambule, il lui fait les honneurs d’une longue dissertation. dans la Livre II de sa Politique, au cours duquel il s'assigne
pourtant, selon ses propres expressions, la tâche d’étudier à la fois
l'organisation des Etats existants qui passent pour jouir des meilleures lois et les constitutions imaginées par des philosophes. en
s’arretant ,, seulement aux plus remarquables“.
L'architecte Hippodamos, qui. après avoir dirigé les travaux
de construction du Pirée, se rendit à Thurii, puis à Rhode
(OI. 9). est avec Phaléas, d'après Aristote, et avec Protagoras,
d’après Diogène Laërce, l’un des précurseurs de Platon dans le développement des théories politiques. Cet homme est le premier. toujours selon les dires d’Aristote, qui se soit aventuré, sans avoir jamais
manié les affaires publiques, dans la recherche de la meilleure constitution politique,
but suprême de la science ancienne du Gouvernement. Tl serait aussi le premier qui songea à publier ses travaux.
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Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)Je ne songe pas à renouveler ici la controverse presque insipide
qui s’est élevée sur la question, à vrai dire secondaire, de savoir si
VHippodamos dont Aristote s'oceupe est le même personnage que
celui dont Stobée rapporte, dans son Florilèget), quatre fragments
assez importants, extraits d'un ouvrage d'Hippodamos le pythagoricien, ep) moAıreiag. Valois, dans ses Emendationes. lib. IV,
affirme que l’auteur des fragments du Florilège est le même que
celui dont parle Aristote. Et Muret (Var. lect. lib. I et XV), constatant que les fragments recueillis par Stobée contiennent une
classes toutes différentes de celles
division de la république en trois
que mentionne Aristote, aceuse earröment ce dernier de mauvaise
foi à l'égard d’Hippodamos. Vettorio (Var. lect. lib. XXXVIM)
s'est appliqué à réfuter Muret. en soutenant qu'il s'agissait dans
‘Aristote et dans Stobée de deux auteurs différents.
A vrai dire,
Ja question de savoir si et jusqu'à quel point Hippodamos se tint
en rapport avec l'école pythagoricienne est douteuse.
Parmi les
falsifications ultérieures qui furent publiées sous les noms d'anciens
disciples de Pythagore figurait un ouvrage sous le nom d’,,Hippodamos le pythagorieien“ et un sous celui d”, Hippodamos le Thurien“.
Cest avec ce dernier que le philosophe dont parle Aristote semblerait devoir être identifié, si tant est qu'il s’agissait de deux auteurs
peu probable. Tl me suffit de retenir
différents, ce qui est infiniment
ici que oeuvre d’Hippodamos de Milet, dont Aristote lui-même
fait assez grand cas, puisqu'il la développe et Ja critique avec: une
relative prolixité, est communément apparentée aux travaux politico-philosophiques de l'école pythagoricienne, par une tradition
que les conceptions. la manière. Je tour d'esprit d’Hippodamos sont
loin de contredire.
Hippodamos est peut-être l’un des écrivains politiques chez
lesquels le soucis de considérer l'Etat. les constitutions, la société
civile à la lumière de la philosophie, d'adapter étroitement les
conditions de la vie civique: aux données générales de la raison
apparait avec le plus de force et de caractère. Dans une époque
où seuls les Solon, les Lyeurgne. les Mnésiphilos étaient sensés
qualifiés pour disserter des choses de l'Etat et pour aborder les
théories politiques, qu'ils n’établissaient d’ailleurs. résumées en
1) XLII 92, 93, 94; XCVII 71.
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Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)sentences coucises, qu'en les rattachant à la fonction particulière
des Etats et à leur histoire, Hippodamos donne l'exemple presque
effarant pour Aristote de se présenter avec de vastes plans de réformes.
sans avoir jamais exercé un emploi public.
Aussi bien, Hippodamos
de Milet n’avait-il cure des données expérimentales et il prétendit
construire des théories de Gouvernement en faisant appel. exelusivement. aux normes de la raison.
Dès les premières lignes de son
système. tel que Pexpose Aristote. l’analogie avec les conceptions
pythagoriciennes
apparait
comme fondamentale.
C'est
d'après
des proportions numériques précises, comme nous allons le voir.
qu'il entend régler les rapports sociaux. organiser les classes des
citoyens, vrdonner les lois et régler les affaires publiques.
En s'élaborant conformément à la raison et en fonction d’un ordre purement
mathématique.
les principes des constitutions politiques devaient
acquérir une valeur générale et transcendante: ils devaient pouvoir
s'appliquer avec rigueur et logique à
toutes les formes concrèt
d'organisation politique. à une condition unique toutefois: la subordination des éléments
externes
aux
exigences
géométriques
de
son plan.
Faut-il en conclure de suite qu’Hippodamos de Milet ne fut
qu'un outrecuidant. stérile et négligeable rêveur?
A coup sûr, le
contraire doit être hautement proclamé et l'exemple de ec penseur
nous fournit une preuve éclatante que les conquêtes les plus lumi1) von Mohl, Die
wissenschaften,
Geschichte
Erlangen,
1855,
und
lui
Literatur
eonsacre
début de son étude sur les romans politiques.
une
der
courte
Staatsnote
au
Les spéculations d’Hippodamos semblent n’avoir soulevé dans son esprit qu’un. médiocre intérêt
et
il s'étonne
qu'Aristote ait daigné honorer ce
et symétrique‘ d'un jugement si détaillé.
ouvrage classique,
Geschichte
und
—
„plan systématique
Hildenbrandt, dans son
System
der
Rechtsund
Staatsphilosophie, Leipzig 1860, subit bien plus fortement l’attrait
du penseur qui non seulement s’est occupé le premier d'envisager la
politique sous son aspect scientifique, mais qui a songé avant tous À
créer un modèle de constitution politique (Staatsidcal). — Citons également Zell, qui, dang son excellente étude sur les constitutions pohtiques
mixtes dans l’antiquité, De
mixto
rerum
graecorum et romanorum scriptorum
publicarum
sententiis
genere
illustrato.
Heidelberg 1851, se plait à rendre hommage aux mérites acquis par
Hippodamos dans le développement de la pensée politique dans Vantiquité.
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Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)nenses de la
science politique ne sont
l'observation et de l'expérience.
pas l'apanage exelusif de
Aristote l’a fort bien senti, malgré
tout le dédain avec lequel il nons parle d’Hippodamos. Les développements qu'il donne de sa doctrine trahissent l'estime évidente dans
laquelle il la tenait!)
D'après le Stagyrite, la république d’Hippodamos de Milet.
dans son ensemble, doit se composer d’un nombre fixe de dix mille
citoyens. Leux-ci sont répartis en trois classes bien distinctes: les
artisans. les laboureurs et les défenseurs de la cité, possédant les
armes.
Le territoire est également divisé en trois portions: la partie
sacrée. destinée à l'usage du culte: le domaine public. réservé à
l'entretien des militaires et enfin le territoire privé. objet de la propriété individuelle des laboureurs.
Mais Hippodamos va plus loin
encore dans cette elassifieation mathématique des choses publiques:
même les lois (pénales. eela va sans dire. selon la remarque superflue.
semble t'il, de Gomperz) doivent se diviser en trois catégories, répondant aux trois objets qui peuvent provoquer des actions judiciaires:
l'injure. le dommage et le meurtre, 60, BAdBn, Odvaros.
Jusqu'ici. rien de sensationnel.
Mais Aristote nous ménage,
inconsciemment peut-être, des surprises chargées d'intérêt et pleines
de charme.
Par lui. nous apprenons qu’Hippodamos de Milet est
le premier (et eeci, vous m'accorderez. suffit largement à racheter
les soins excessifs de sa chevelnre!) qui ait réclamé l'institution d'une
cour d'appel. sorte de tribunal suprême et unique, devant lequel
devraient être portées toutes les causes qui sembleraient mal jugées
par les instances inférieures.
Voici une trouvaille qui valait certes
son pesant dor et l’on ne saurait exagérer le mérite de celui qui
contribue à l'évolution progressive de la science politique pas l'apport
de semblables suggestions.
Platon s'empressa d'exploiter dans ses
Lois eette idée d’un appareil judiciaire élargi. plus sain. renforeé
dans ses garanties d’impartialité, d'équité, de proteetion des parties
contre l’arbitraire toujours possible des juges. Hippodamos apparait
comme un
novateur de génie si l'on considère l’état rudimentaire '
de la procédure et de l’organisation judiciaire helléniques à l'époque
où il éerit.
Il y avait, dans la constitution de Lycurgue, des Ephores.
qui jugeaient sans appel; il y avait dans eelle de Solon un Aréopage.
des archontes. des diététes et l'Héliée. mais ces diverses instances
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Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)auministraient la justice chaeune dans le cadre et le rayon d'affaires
qui lui étaient propres et aucune n'avait la compétence de reviser
le jugement rendu par une autre. daus asi sphère particulière, 1 y
ait ni
avait à côté des juges des arbitres. un jury. mais il n'é
pas,
contestera
ne
On
cassation.
droit d'appel. ni de réforme, ni de
largement
absout
des lors, que Vidée seule d'une semblable innovation
sur les matières politiques.
Hippodamos de Milet de sa témérité d'écrire
malgré qu'il n'eût jamais exercé aucune fonction publique).
Mais sa perspicacité naturelle et sa profondenr de jugement
lui permettent de pénétrer encore plus avant dans les arcanes de
l'administration de la justice. Toutes les causes portées devant
le juge ne sont pas aussi claires. nettes et irrésistibles que celle que
trancha le grand Salomon, avec une sagesse surfaite puisque n'importe lequel d'entre nous. appelé à juger une affaire aussi limpide.
aurait rendu un verdict identique. Mais hélas, Ja plupart des
conflits que les cours de justice ont la mission de trancher se compliquent singulièrement des facteurs favorables ou préjudiciables
les plus divers. qui chargent et dégagent respectivement les parties en
présence, et les juges les plus impartiaux. les plus pondérés et les
plus sages épreuvent bien souvent les difficultés les plus inextricables
à démêler la solution juste. en présence de la complexité et de la
confusion des faits Les législateurs et les jurisconsultes. appelés
à édicter les règles générales d'après lesquelles Jes sentences du
juge devront être appliquées aux conflits particuliers. constatent
trop souvent combien leurs normes demeurent impuissantes à régir
la multiplicité des conditions concrétes de la vie. à concilier en fait
1) Je constate avec plaisir que dans son étude très savante sur la
reex avant Aristote et Platon (Die staats wissen -
science politique de:
schaftliche Theorie der Griechen vor Aristoteles nnd Platon. — Zeitschrift für die gesamte Staatswissenschaft.
3.) Stein vineline avce admiration devant cette innovation:
Jahre
‚Diese Stelle ist merkwürdig, weil sie unseres Wissens das einzige Mal
den Gedanken
ist. wo die Alten — wir nehinen die Römer nicht ans
eines Appellationsgerichts ausgesprochen haben, was sonst mit
dem Wesen eines Volksgerichts in direktem Widerspruch steht.“ — Et
en note, cette remarque piquante: „Ex ist micht ohne Interesse dabei
zm bemerken, daß auch Aristoteles die Richtigkeit des Vorsehlages
gar nicht verstanden hat, seine Kritik desselben ist ein gänzliches MiB.
verstándnis.*
Archiv für Geschichte der Philosophie. XXXV. 1.u.2.
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Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)les innombrables possibilités d'intérêts divergents. Mis en présence
des cas pratiques, les juges laissent éclater le plus souvent des dissentiments fondamentaux au sein de leur collège; les uns préconisent
l'application des règles juridiques générales dans un sens, les autres
dans un sens ou contraire, ou contradictoire et ces divergences de
vues nécessitent parfois l'intervention décisive de celui qui préside
à leurs délibérations. L'administration de la justice antique ne
comportait pas plus que la nôtre ces solutions intermédiaires, ces sentences mitigées qui sembleraient tenir la balance égale entre les
parties; doser, toujours sur la base des principes généraux, mais
avec une liberté d'appréciation sonverainement indépendante
des conclusions des parties, les sanctions et les réparations en proporticu des sommes respectives de culpabilité, de torts et de dommages
subis, de revendications justifiées des parties; en dernière analyse.
tenir un compte équitable et aussi rigoureux que possible des circonstances qui aggravent on qui atténuent les responsabilités,
les droits et les obligations respectives des plaideurs. Or, Hippodamos semble être un de ces nombreux laïcs qui, sans avoir jamais
pénétré les mystères de la justice humaine, ne peuvent concevoir
ni expliquer les divergences essentielles qui séparent souvent en
deux camps nettement opposés les juges d’un tribunal appelé à se
prononcer sur un conflit particulier. Il leur apparait que cette application concrête d’une règle pure, générale, simple, rigide, absolue,
dans un sens diamétralement différent, suivant l'opinion des uns
ou des autres, est un spectacle décevant pour tous les non-initiés,
spectacle d'autant plus immoral, plus grotesque, plus cynique et
plus méprisable que plus est élevée la science des juges et inflexible
leur conscience.
x
C’est pour parer à ces éventualités affligeantes qu’Hippodamos
de Milet a repoussé le ,,vote par boules“ quant à la forme des jugements. Il prescrivait dans son code de procédure judiciaire que
chaque juge devait porter une tablette, sur laquelle il éerivait son
avis, sil condamnait purement et simplement, qu'il laissait vide,
s’il absolvait au même titre et où il écrivait ses motifs, s’il absolvait
ou condamnait seulement en partie. ,,Le système actuel lui paraissait
vicieux, ajoute Aristote, en ce qu'il force souvent les juges à se
parjurer, s'ils votent d’une manière absolne dans l’un ou l’autre
sens.“ C'est bien parce que les conflits d'intérêts. les divergences,
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Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)les délits surgissent ou s’accomplissent dans des conditions de faits
dont on ne saurait assez démêler la complexité qu'un jugement sain
et équitable doit être le reflet fidèle, le contrepoids juridique et
moral bien équilibré des circonstances qui ont fixé le caractère de
la chose jugée. Et encore, comme si cette première garantie n’était
pas un gage suffisant de sécurité, une instance suprême prononecra
à nonveau sur
Jes causes qui sembleront avoir été mal ou imparfaitement jugées. La, plus de pressions. plus d'intrigues. plus de
corruptions ou de manoeuvres inavouables, car Hippodamos prend
soin de composer sa haute cour de vieillards.
qu’y faisait monter
l'élection. Il est véritablement regrettable que l’oeuvre de ce penseur
ne nous soit connue que par ces indications sommaires d’Aristote.
Elle devait évidemment contenir, si l’on en juge par les suggestions
surprenantes de
génie politique
de ce publiciste improvisé, des
développements qui eussent présenté le plus vif intérêt pour nous.
Aristote s’est contenté de puiser dans cette oeuvre extrêmement
originale les dispositions qui ont retenu son attention.
Il aurait
pu passer sous silence l’idée lumineuse de la cour d'appel: peut-être
a til négligé d'autres vues non moins sensationnelles?
En tous
cas, ce qu'il juge digne de nous apprendre nous autorise à supposer
dans les écrits d’Hippodamos les mérites d’une vive ingéniosité
et dune pénétration de vues qui expliquent la considération que le
grand péripatéticien lui a vouée. presque à son insu.
Parmi les innovations politiques
imaginées
par Hippodamos,
Aristote mentionne encore la garantie légale des récompenses dies
aux découvertes d'utilité générale.
Un semblable devoir ne peut
simposer qu'à l'Etat déjà fortement police.
done
pas
être
qualifié
simplement
Hippodamos ne peut
d'utopiste,
puisqu'il
conçoit
déjà, dans le plan de sa république idéale, des obligations législatives
que l'Etat ne saurait assumer tant que il n'est
pas parvenu à un
stade de développement très avancé, qui satteint moyennant un
affinement
parallèle
de la mentalité collective des citovens.
même, Hippodamos assurait l'éducation
des enfants
De
laissés par
les guerriers morts dans les combats, en la mettant à la charge de
PEtat.
Quelles sont les législations modernes qui consacrent un
principe si justifié, je dirai même si impérienx?
Remarquez bien
ici qu’Hippodamos ne songe pas à conférer à l'Etat un droit de
propriété sur ces enfants, ni même à Inj confier la mission de pour2*
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Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)voir Ini-meme à leur éducation.
1] n'est question que d'une charge,
déconlant tout naturellement de la reconnaissance die aux familles
des soldats immolés généreusement sur l'autel de la patrie: elle ne
comporte qu'un sacrifice financier et l'Etat ne s'érige nullement
en éducat..r officiel,
(Ce n'est pas dans l'oeuvre d'Hippodamos
que Platon est allé puiser son étatisme et ses excès.) Dans le système
du milésien. ce rôle d'éducateur demeure réservé à l'initiative privée.
Aristote ajoute que cette dernière institution appartient exelusivement à Hippodamos mais qu'à l'époque où il écrit. Athènes et plusieurs autres Etats possèdent une loi analogue.
Hippodamos n'en
garde pas moins Péminent mérite de la leur avoir inspirée.
Enfin, — et en cela elle est très supérieure à celle de Platon
et révèle dans l'esprit d'Hippodamos une mentalité démocratique
bien caractérisée, la doctrine politique du milésien enseignait que
tons les magistrats doivent être élns par le peuple, conformèment
aux institutions athéniennes de son temps; mais pour Hippodamos
(et c’est en cela qu'il se montre essentiellement plus démocrate que
Platon, plus large et plus hardiment novateur que ses compatriotes)
le peuple se compose
des
trois
classes
de l'Etat.
Aucune
distinction, aucun privilége dans cette république, où les artisans.
les laboureurs et les soldats jouissent des mêmes droits politiques
et ne se différencient que par leur activité professionnelle.
Il est
superflu d’insister sur l'élément fondamentale qui place ce système
à Cent condées au dessus de celui de Platon.
Hippodamos, père
des Cours supérieures de justice, est aussi le premier apôtre du suffrage
universel et de l'égalité politique des citoyens.
Sentez-vous bien
le prodige d'une république idéale; congue à une époque antérieure
à celle de Platon. dans laquelle on proclame l'égalité des droits et
des obligations, dans laquelle on désigne des guerriers, des laboureurs, des artisans, mais dans laquelle il n'est pas question de maîtres ni
d'esclaves? Pour moi, cet Hippodamos est un très grand penseur
politique et je ne puis me défendre d'une sorte de sympathie émue
pour son intelligence méconnue.
de sages,
auxquels
Il fait partie de cette noble cohorte
appartint le rare privilège de projeter dans,
les ténèbres de ces éclairs fulgurants. dont la clarté nous parvient
encore aujourd’hui, à peine affaiblie et toujours radieuse. Ne trouvezvous pas qu’Aristophane,
en raillant une telle doctrine avec
lourdeur habituelle, se montrait aussi peu spirituel qu'inclair-voyant
Page 10
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)Quelles sont les attributions de ces magistrats, investis d'une
autorité particulière, puisqu'ils sont élus par Puniversalité du peuple?
Elles sont encore de trois genres: les magistrats d’Hippodamos
ont concurremnient Ja surveillance des intérêts généraux. celle des
affaires des étrangers et la tutelle des orphelins.
Ils devaient sans
doute. du moins je le souhaite pour eux. s'appliquer le régime du
fractionnement du travail.
„„Telles sont à peu près
la constitution d’Hippodamos“.
toutes les dispositions principales de
dit Aristote, et il entreprend immédiatement leur réfutation avec une ardeur égale à celle avee laquelle
il vient de démolir les systèmes de Platon et de Phaléas. Sur le
ment des citovens en trois catégories. Aristote se donne une
cla
peine superflue à mettre en lumière le caractère superficiel et fantaisiste de ce fractionnement. Au surplus, il s’insurge avec indignation
contre la thèse nettement et purement. universellement démocratique
d'Hippodamos et ne peut concevoir une application aussi intégrale
On ne saurait approuver toute son argudu principe républicain.
mentation. qui découle de ses conceptions particulières de la société
Quand on agitait le problème de la démocivile et de esclavage.
eratie. dans cette antiquité hellénique si admirable, on ne perdait
jamais de vue les restrictions fatales qui enchainaient la liberté
dans la cité. Tout ce qu'on pouvait dire des Gonvernements ne
“appliquait jamais qu'à la société des citoyens. des hommes libres.
Et voilà qu’Hippodamos de Milet, avec une aberration incompréhensible. édifie une république dans laquelle il fait abstraction de
ce principe essentiel de différenciation sociale, en posant hardiment,
simplement. soudainement le principe de l'égalité politique de
toutes les classes. Cest ce qu'Aristote juge naïf et intolérable. Voici
d'ailleurs comment il développe sa réfutation sur ce premier point:
D'abord, on peut trouver quelque difficulté dans un classe
ment de citoyens où laboureurs, artisans et guerriers prennent une
part égale an Gouvernement. Jes premiers sans armes, les seconds
sans armes et sans terres, c'est-à-dire à peu près esclaves des troisiémes, qui sont armés. (C'est, vous le voyez, la première objection
qui surgit dans son esprit. A défaut d'esclaves légaux, Aristote
prévoit um asservissement pratique inévitable. Il est permis de
n'être point d'accord avec lui et de trouver la conception platoni-
Page 11
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)Pierre Bise,
cienne de la société plus digne et plus réconfortante. Les sages de
Platon ne portent pas plus les armes que les laboureurs et les artisans
WHippodamos; ils ne deviennent pas pour autant les esclaves des
guerriers). Bien plus, il y a impossibilité à ce que tous puissent entrer
en partage des fonctions publiques.
Il faut nécessairement tirer
de la classe des guerriers et les généranx, et les gardes de la cité.
et l'on peut dire. tous les principaux fonctionnaires.
(Hippodamos
ne semble pas s'être expliqué sur ce point, mais l'argumentation
d'Aristote n’a rien d'i
sistible.
On ne voit vraiment pas pourquoi
..tons les principaux fonctionnaires“ devraient être ..nécessairement’ tirés de la elasse des guerriers.
La cité du milésien. que je
sache, ne se trouve nullement en état de siège.) Mais si les artisans
et les laboureurs sont exelus de la constitution (dans l'esprit d’ Hippodamos et en fait, ils ne le sont précisément pas), comment pourrontils avoir quelque attachement pour elle?
Si Pon m’objeete que Ja
classe des guerriers sera plus puissante que les deux autres, remarquons d'abord que la chose n'est pas facile; car. ils ne seront pas
nombreux: mais ils sont les plus forts, à quoi bon des lors donner
au reste des citoyens des droits politiques et les rendre maîtres de
la nomination des magistrats?
quoi bon?
(Voila qui est bien commode!
parce qu*Hippodamos,
A
en démocrate lucide, attribue
la capacité politique à l’homme, au citoyen comme tel et non pas
à celui qui est en mesure d'assujetir ses
concitoyens
par la force
brutale; par ce que. dans une république démocratique saine, forte
et bien organisée. toutes les valeurs s'équilibrent harmonieusement
et que le droit y prime la force.)
Que font en outre les laboureurs
dans la république d'Hippodamos ?
Les artisans, on te conçoit,
y sont indispensables. comme partout ailleurs. et ils y peuvent,
aussi bien que dans les autres Etats. vivre de leur métier.
quant aux laboureur
Mais
ls étaient chargés de pourvoir à la subsistance
des guerriers, on pourrait avec raison en faire des membres de l'Etat:
ici au contraire, ils sont maitres de terres qui leur appartiennent
en propre, et ils ne les cultiveront qu'à leur profit.
(Est-ce un motif
suffisant pour les empêcher de faire partie intégrante de l'Etat?
avoue humblement ne pas pouvoir suivre Aristote dans son raisonnement.)
Si les guerriers. poursuit
Aristote, cultivent personnellement
les terres publiques assignées à leur entretien, la classe des guerriers
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Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)alors ne sera plus autre que celle des laboureurs, et cependant le
législateur prétend les distinguer: s'il existe des citovens antres
que les guerriers et les laboureurs possédant en propre des biens
fonds, ces citoyens formeront dans l'Etat une quatrième classe sans
droits politiques et étrangère à la constitution.
Si l'on remet aux
mêmes citovens la culture des propriétés publiques et celle des
propriétés particulières, on ne saura plus précisèment ce qu'il faudra
cultiver pour les hesoins des deux familles. et dans ce cas, pourquoi,
dès l’origine. ne pas donner aux laboureurs un seul et même lot
de terre capable de les nourrir eux et les guerrie
admettons.
(Mais oni.
Qui pronve cependant que dans l'esprit d'Hippodamos,
lesJabonrenrs n'avaient pas l'obligation de cultiver les terres réservées
aux guerriers.
en
de ces derniers?
destinant leurs produits à l'entretien
exclusif
N'avez-Vous pas l'impression que malgré tout
le prestige d’Aristote, il y a dans ces chicanes quelque chose d'un
pen misérable?
Car enfin, des l'instant où Pon admet le côté nettement utopique. géométrique, conventionnel du
plan imaginé par
Hippodamos — et il n’est pas possible qu'Aristote ne lait pas admis — de semblables controverses ont je ne sais quoi de mesqnin,
de hargneux, oserai-je dire de presque puéril
?)
.. Tous ces points sont fort embarrassants dans la eonstitution
d'Hippodamos*, déclare Aristote après cette première réfutation
un peu trop byzantine, si je puis m’exprimer ainsi.
Puis il s'attaque
à la loi relative aux jugements, qui „‚n’est pas meilleure, en ce que.
permettant aux juges de diviser leur sentence, au lieu de la donner
d'une manière absolue, elle les réduit au rôle de simples arbitres.
Ce système peut-être admissible, même quand les juges sont non
breux. dans les sentences arbitrales, discutées en commun par ceux
qui les rendent: il ne Pest plus pour les Tribunaux, et la plupart
des législatenrs ont eu grand soin d’y interdire toute communication
entre les jnges.
Quelle ne sera point, d'ailleurs. la confusion, lorsque
dans une affaire d'intérêt. le juge accordera une somme qui ne sera
point parfatement égale è celle que réclame le demandenr?
Ce
demandeur exige vingt mines, un juge en accorde dix, nn autre
plus, un autre moins, celui-ci cing, celni-là quatre: et ces dissentiments-là surviendront sans aucun doute; enfin les uns accordent,
les autres
refusent Ja somme toute entière.
Comment concilier
tous ces votes? Au moins avec Pacquittement ou la condamnation
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Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)absolus. rien ne force le juge à se parjurer,
si l'action est juste dans
toute sa portée: et Pacquittement veut dire non pas qu'il ne soit
rien dû au demandeur, mais bien qu'il ne lui est pas dû vingt mines:
il y aurait seulement parjure à voter les vingt mines. quand on ne
croit pas en conscience que l'accusé les doive.“
lly a évidemment un grand fondement de logique dans Pargumentation d’Aristote, bien que sa distinction entre le juge et Parhitre ne soit pas totalement pertinente.
C’est précisèment pour
tenir compte dans la plus grande mesure possible de cette complexité des cas pratiques et
obtenir
un maximum de proportion
équitable entre les faits et Ja sentence (idée de nature bien pythagoricienne)
que les
deliberants,
dont
législations modernes ont
les jugements sont
la
institué
résultante
les
tribunaux
des
opinions
confrontées et controversées librement du collège des juges.
Dans
le cas des vingt mines, le raisonnement d’/ ristote est fort juste
mais il ne saurait satis ire la soif d'équilibre et de minutie arbitrale
d'Hippodamos.
Celui-ci ne peut admettre que pour sauvegarder
uniquement un principe, les juges déboutent de son action et ren:
voient avec Jes mains vides celui qui vient leur demander la sanction
d'une créance de vingt mines, s'il s'avère que cette créance est fondée,
mais ne s'élève toutefois pas à un montant supérieur à cing, on dix,
où quinze mines.
— Réclamez Je montant exact qui vous est dû et dans ce cas
seulement, nous pourrons faire droit à votre demande.
Tel est le
verdict que le Stagyrite conçoit comme seul possible de permettre
au juge de ne pas se parjurer.
Une telle solution n’est-eile pas boitense.
ceux qui
caduque,
bâtarde
pour
veulent étendre à
chose l'harmonie numérique qui régit l'univers?
l'exigence formulée par le demandeur,
tonte
Quelle que soit
Hippodamos vent
que le
jugement accorde dix mines à celui auquel dix mines sont dûes.
Et pour bien établir la valeur réelle de la créance, quelle meilleure
méthode. quelle garantie plus objective que de délier le juge de
toute entrave dans son appréciation. la sentence définitive étant
le résultat (encore mathématique et harmonieux) d’une conciliation
rationnelle des opinions divergentes des juges?
On peut, tont en
restant d'accord avec Aristote sur le fond. ne pas dénier au système _
d'Hippodamos une part très grande de logique et d'équité.
nest pas admissible qu'un tribunal accorde au requérant une somme
Page 14
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)supérieure à celle qu'il exige, n'est-il pas hautement désirable qu'il
fasse droit à sa demande, en réduisant sagement le montant de sa
prétention, lorsque celle-ci est justifiée sous réserve de cette réduetion? Comment concilier, au surplus. la thèse absolue d'Aristote
avee la solution intermédiaire qui semble s'imposer Jorsqu'un
demandeur réclame vingt mines. qu'il estime de bonne foi lui être
dúes, alors qu'en réalité il n'a droit qu'à dix-huit où dix-neuf mines?
Celui-ci devra-t’il être purement et simplement débouté pour éviter
aux jugos la honte de se parjurer? Je vous laisse le soin de trancher
ces questions . . .
Enfin, après avoir contesté toute valeur aux suggestions
constitutionnelles d'Hippodamos, sans pouvoir ni vouloir trouver
une seule parole d'approbation, Aristote livre assaut à celle de ces
idées politiques qui devait trouver grâce le plus facilement devant
lui. Et il le fait en s'appuyant sur une argumentation assez xpéciense et je dirai meme purement fantaisiste. Jugez:
Quant aux récompenses assurées aux découvertes utiles.
cest une loi qui peut être dangereuse et dont l'apparence seule
est séduisante. (2) Ce sera la source de bien des intrigues. peutêtre même de révolutions. (A ce point à?) Hippodamos touche
ici une toute autre question, un tout autre sujet: est-il de l'intérêt
ou contre l'intérêt des Etats de changer leurs anciennes institutions.
même quand ils peuvent les remplacer par de meilleures? Si l’on
décide qu'ils ont intérêt à les maintenir. on ne saurait admettre
sans un mûr examen le projet d’Hippodamos; car un citoyen pourrait
proposer le renversement des lois et de la constitution comme un
bienfait public.“
Me contesterez-vous le droit de prétendre que ce sont là des
arguties, de vaines et méchantes querelles? Aristote ne se soucie
suêre. à cet instant. des lumineux enseignements qu'il développera
plus loin, au Livre VI (4) de son traité:
..Parmi ces quatres ass
s.
où plus. qu'énumère Platon, il
fant absolument un individu qui rende la justice. qui règle les droits
de chaenn: et si Von reconnaît que dans l'être animé. lame est plus
importante que le corps. ne doit-on pas aussi reconnaître quiau
dessus de ces éléments nécessaires à la satisfaction des besoins de
l'existence. il y a dans PEtat la classe des guerriers et celle des arbitres
de la justice sociale? A ces deux-là ne doit-on pas ajouter encore
Page 15
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)classe
qui
décide
des
intérêts
généraux
de
l'Etat,
attribution spéciale de Vintelligenee politique
?“
Sans doute, on doit l'ajouter!
Et cette classe, pour peu qu'elle
lasse preuve d'intelligence politique.
devra-d’elle refuser tout encouragement à ceux qui font des découvertes d'utilité générale, on
stimuler au
faire, en
contraire le zèle de ceux qui sont
vue de Putilité publique.
susceptibles d’en
qui est la somme des utilités
communes et le but assigné par Aristote lui-même à l’organisation
politique de la société?
Et puis, qui viendra prétendre encore que
la récompense dûe aux découvertes d'utilité générale puisse être
la source — d’intrigues passe encore, mais de révolutions!
En outre,
doit-on décider que les Etats ont intérêt à cristalliser leurs institutions, plutôt que de les transformer et de les améliorer au fur et
à mesure du développement de la civilisation?
Un peu plus loin,
Aristote lui-même affirme que l'innovation doit profiter aussi bien
à
la
science politique qu'aux
autres
disciplines et
qu'il
devient
indispensable, à certaines époques. de changer certaines lois.
Les
arguments qu'il donne en favenr de la thèse contraire me semblent
d'une médiocrité stupéfiante:
„Mais à considérer les choses sous un autre point de vue, on
ne saurait exiger ici trop de circonspection.
Si l'amélioration désirée
est pen importante, il est clair que pour éviter Ja funeste habitude
d'un changement trop facile des lois, il faut tolérer quelques écarts
de la législation
et
du
Gouvernement.
(Que devient alors,
6 Aristote, la protection légale des citoyens?) L'innovation serait
moins
utile
que
désobéissance.
ne
serait
dangereuse
On pourrait mème rejeter
l'habitude
de
la
comme inexacte la
comparaison de la politique et des autres sciences.
L'innovation
est tout autre chose dans les lois que dans les arts: la Joi, pour se
faire obéir, n'a d'autre puissance que celle de l'habitude, et Vhabitude
ne se forme qu'avec le temps et les années: de telle sorte que changer
légèrement les lois
existantes pour de nouvelles. c'est affaiblir d’autant la force même de la Joi.‘
Aristote a beau être Aristote. je m'insurge à mon tour contre
cette manière d’argumenter.
A quel péril n’est pas exposée la loi
dès l'instant où. devenne impropre à régir les matières soumises à
sa réglementation, elle peutêtre violée presque légitimement, de peur
de compromettre par une transformation, même anodine, la puissance
Page 16
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)dont elle est investie ?
Quel est alors le prestige dont elle doit jouir,
le principe d’obeissance concertée et collective qui fait précisément
sa foree nnique? Si l'habitude seule est la puissance de la loi, celle-ci
n’aura-t’elle pas vécu, le jour où l'on renoncera, par caprice, lassitude
ou révolte, à l'observer et où le Gouvernement lui-même l’enfreindra.
plutôt que de remédier au mal parune loyale et intelligente revision ?
Je crois que poser une telle question, c’est la résoudre par le fait
même et nulle part. semble-t'il, Aristote ne s'est montré aussi faible
et
aussi partial.
Au surplus, c'est purement arbitrairement que
le
Stagyrite
suppose Pidée, dans l'esprit d’Hippodamos, d’englober les initiatives
constitutionnelles, partielles ou fondamentales, dans la conception
des ,.déconvertes utiles“ dont il demande la récompense.
(Nous
serions loin du système adopté par Zaleucos, qui non seulement
ne récompensait pas des initiatives de ce genre, mais faisait tordre
le cou de ceux qui les prenaient, dès l’instant où elles étaient jugées
irrecevables!)
Mais en réalité, Aristote joue évidemment sur les
mots. travestit la pensée d’Hippodamos et lui prête des sentiments
ct des intentions que celui-ci n'a jamais eus.
state.
On présume, on conon déplore, on dénonce l’imperfection: d'une constitution:
on ne fait pas une ,,découverte” en le proclamant.
Et puis, la seule
convoitise
déterminant
d’une récompense
novateurs politiques?
Pappát
dun
existant?
gain
que
est-elle le ressort
des
Quelle révolution a pu être provoquée par
garantissait
lui-même
le
gouvernement
Si les troubles. les intrigues, les émeutes et les boulversements politiques doivent éclater au sein de la cité, la cause de
ces perturbations résidera toujours ailleurs que dans l'appétit ¢
donné d'une simple récompense.
et l'abolition
de ce facteur ne
pourra ni prévenir. ni empêcher des explosions dont les
sont bien plus graves et bien plus profondes.
2SOTcauses
Il m'est incompréhensible qu’Aristote, dont le génie a reçu de l'observation de la réalité ses plus beaux ébranlements, argumente dans cette matière
avec tant de légèreté.
— Telles sont les idées politiques d’Hippodamos de Milet que
le Stagyrite a jugé dignes d'une mention dans son traité de la Politique.
Nous enssions souhaité plus de renseignements, et plus
détaillés. au détriment d'une critique non dénuée de partialité.
J'ai tenu à confronter roenvre exposée par Aristote avec les oh-
Page 17
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)servations dont le Stagyrite a cru devoir les accompagner.
L'oeuvre
révéle un penseur politique très fin, très pénétrant, quoique trop
schématique.
en
un mot.
spéculatif,
abstrait.
pythagoricien
pour
tout
dire
Quant aux commentaires. ils produisent une impression
presque pénible, que je donte que vous n'avez pas ressentie comme,
moi.
Ils nous montrent. une fois de plus. le côté faible des intelligences les plus éblouissantes. et encore que lobjectivité n'est pas
une qualité commime.et que tous les hommes. si grands soient-ils.
ont leurs défaillances et leurs invincibles partis-pris.
La
dissertation
d’Aristote
sur
Hippodamos
de
Milet
a
fait
l'objet d'un travail académique extrêmement interessant de Charles-
Frédéric Hermann:
Politic. H, 51).
De
Hippodamo
Milesio
Après avoir discuté avec
et d'érudition toutes les questions
ad
Aristotelis
beaucoup de compétence
soulevées au sujet de la personne
et de l'oeuvre d’Hippodamos. le savant hélleniste s'attache surtout
à
relever
le caractère
sophistique
des
cet architecte étrange et si séduisant.
sur des raisons chronologiques et
spéculations
politiques
de
Hermann s'appuye surtout
sur l'argumentation
purement
négative d'Aristote pour affirmer Vapparentement étroit d’Hippodamos à l'école sophistique.
Il reprend les objections relatives à
ce qu'il y a de flottant et de pen net dans la classification des citoyens
en artisans, laboureurs et guerriers.
Il se frappe aussi de cette
possibilité d'existence connexe d'une quatrième classe. qui ne serait
ni celle des laboureurs. ni celle des guerriers. sorte de monstre intermédiaire. pouvant Jabourer la terre sans être laboureur. porter les
armes sans être guerrier, qu'Hippodamos. dans son entrainement
systématique et ses distractions de rêveur. n'a pas su prévoir. prévenir ou replacer dans le rang.
1 conclut enfin: ..Quamvis autem in his. quae ad prudentiam
civilem et philosophiae studia
et
pertinerent. satis ut videtur levis
obscura Hippodami opera manserit. vix tamen in suo genere
minor
habendus
erit
quam Gorgias.
Prodicus.
Hippias.
aliique
illius aetatis sophistae, quorum eadem fortuna est. ut in ipsa quidem
philosophia non multum aut nihil profecerint. grammatieae vero.
rhetoricae, mnemonicae, aliarumque artinm ea fundamenta jecerint,
1) Marburg,
Page 18
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)quibus omnis posterior cura superstrui corunique vestigia segui
posset. Nimirum haec ipsa sophistici generis indoles et natura erat.
ut communi cum tota illa aetate studio quidquid tractarent in artiVicii formam converterent. Et il invoque à l'appui de sa thèse cette
formule de Ritter: Die Riehtung auf die subjektive Seite des
Denkens,
welche
die
Wissenschaft
blob als
Kunstwerk.
nicht
in Beziehung auf die Erkenntnis des Gegenstándlichen betrachte.“
(“est être. je ne dirai pas injuste mais inexact à l'égard d'Hippodamos. dont le cas est différent.
1 faut cependant distinguer et
En voulant appliquer dans toute sa rigueur une
prendre garde,
telle dé uition, Platon lui-même ne pourrait-il pas être englohé,
avec un peu de complaisance. dans le mouvement sophistique?
Es pourtant. qui ne reculerait d'effroi devant un tel sacrilège!
A mon avis. ces discussions de forme ne sont pas suffisamment
pertinentes pour pouvoir arbitrairement ranger Hippodamos de
Tout. dans son système,
Milet dans la catégorie des sophistes.
du monde et des
universelle
conception
une
dévoile une mentalité,
pythagoriciennes.
choses qui sont nettement, fortement. candidement
Les arguments de fond invoqués par Hermann n’infirment
pas
plus cette thèse que ceux qu'il tire de l’inauthenticité (que personne
ne songe, d’ailleurs. à contester) des fragments recucillis dans le
Florilège de Stobée. sous le vocable d’Hippodamos le thurien ou
le pythagoricien, — qu’ Hermann admet être le même personnage
qu’ Hippodamos de Milet. en s'appuyant sur les excellentes raisons
déjà formulées par Muret.
La république d’Hippodamos, avec son temple national. n'estelle pas PEtat idéal qu'a pu concevoir Pythagore lui-même? Edifice de toute pièce dans l'esprit d’un architecte, elle comporte dix
mille citoyens. divisés rigoureusement en trois classes.
réparties
sur trois portions bien nettement délimitées du territoire.
Les
lois elles-mêmes sont de trois sortes. puisqu'elles doivent correspondre aux trois facteurs susceptibles d'entraîner des actions judiciaires.
Et encore. les sentences des juges sont de trois espèces, suivant
qu'ils condamnent absolument. absolvent absolument ou rendent
un verdict mitigé! Et encore les magistrats, élus par les trois classes
de citoyens sans distinctions, assument les trois fonctions relatives
aux affaires publiques, étrangères et de tutelle. N'est-ce pas là le
temple politique parfait, auquel il ne manque ni le naos, ni le pronaos.
Page 19
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)ni le péristyle? Avouez qu’on ne pouvait adapter plus serupuleusement les matières politiques aux exigences de l'harmonieuse géométrie pythagoricienne de l'univers”).
i
J'ai déjà dit que je n’avais nulle envie de disputer avec Valois,
Muret, Vettorio, Riecobonus, Piccart, Barthélemy-St. Hilaire, Hermann et d'autres la question de savoir si l'écrivain Hippodamos
dont Stobée reproduit des fragments que nul, aujourd’hui, ne
conteste avoir été falsifiés, est le même que celui dont parle Aristote.
Je erois avee Muret et Hermann que ce sont les mêmes personnages.
Barthélemy-St. Hilaire le suppose également et eroit qu’en donnant
des classifications d’Hippodamos une relation erronée, Aristote
a commis une simple inexactitude. Mais Barthélemy-St. Hilaire
ignorait, en 1837. combien l'authenticité des fragments de Stobée
était douteuse, quel crédit supérieur méritait le Stagyrite dans son
1) Cette thèse se trouve d’ailleurs singulièrement renforcée par
les opinions concordantes de deux penseurs dont l'autorité, en ces matières, ne saurait être contestée.
Zeller, qui ne peut se résoudre à ranger Hippodamos parmi les
sophistes, s'exprime en ces termes dans son monumental ouvrage:
Die Philosophie der Griechen: „Dagegen ist in den politischen
Vorschlägen des berühmten milesischen Architekten Hippodamos die
Eigentümlichkeit der sophistischen Ansicht von Recht und Staat nicht
zu bemerken, wenn auch die schriftstellerische Vielgescháftigkeit des
Mannes an die Art der Sophisten erinnert.‘ Si la manière est influencée
par l'ambiance sophistique, le fond même de la pensée demeure essen -
tiellement pythagoricien.
Hildenbrandt, op. eit., fait cette remarque fort judicieuse: „Bei
Pythagoras nämlich war die subjektive Bildung der Staatslenker und
der Bürger das Hauptaugenmerk gewesen, den objektiven Bau des
Staates hatte weder er, noch ein anderer Philosoph zum Gegenstande
seiner Forschungen gemacht. Hippodamos suchte dieses Problem zu
lösen, und da er zugleich der Baukunst und der Staatskunst Meister
war, zog er nicht bloß die Organisation des Verfassungsgebäudes, sondern
auch die äußere architektonische Anlage der hellenischen Stadtstaaten
in das Bereich sciner Studien,und brachte in beiden Beziehungen
das pythagoreische Prinzip des Maßes und der Harmonie
zur Anwendung.“ — Et plus loin: „Dieser mathematischen Allgemeinheit der Form seiner Stadtanlagen wollte er vermutlich in einem Staatsideale eine ebenso abstrakt allgemeine politische Normalverfassung an
fie Seite stellen.“
Page 20
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)exposition),
Tout se résoudrait donc à un malentendu, dont Stobée
et ceux qui accueillirent ses textes comme des oracles ont été les
dupes.
Quoiqu'il en soit. l'oeuvre de ce curieux apôtre de la philosophie politique pythagoricienne me semble si typique, si caractéristique, qu'il m'est un devoir. pour bien en fixer les aspects, d'épuiser
toutes les ressources que nous possédons, quelle que soit leur valeur.
Nous sommes malheureusement si indigents de textes que la documentation
même
indirecte
(en
supposant,
le
plus
légitimement
du monde. que les rédacteurs de ces fragments connaissaient Poenvre
originale) nous apparaît comme non négligeable. et je tiens à donner
ici la traduction des fragments politiques d’Hippodamos le thurien
et le pythagoricien, tels que nous les a transmis Stobée dans son
Florilège tonffu ?).
XLIII.
Or. je dis que l’ensemble de la république se divi»
en trois cla
la première est celle des citoyens nobles, qui administrent les affaires publiques; la seconde, celle des citoyens qui
disposent de la force, et la troisiéme, celle des citoyens qui accom1)
monuit,
Hermann
si
duo
voit ici
très juste:
Hippodami
,,Verissime
fuissent,
enim
jam
quorum
Muretns
nterque
de
republica seripsisset, nihil cansae apparere cur cornm alterum
Aristoteles
inseetatus
sit,
alterum
ne
mec si vel plurimum Suidae tribueremus, qui
Theanus
Brontini
Pythagorei
uxoris
nominarit
quidem,
Hippodamum Thurium
aequalem
et
familiarem
nosse
videtur, alia hujus atque ipsius architeeti aetas constitui posset; quod
si dubitari nequit quin veteres ipsi unum tantum Hippodamum norint,
qu de re publica seripsisset, alterntrum eorum, qui rei publicae Hippo
-
damiae
descriptionem
tradiderunt, ant
mala
fide
egisse
aut
ipsum
falsa specie deceptum esse necesse est.
Ne tamen Muretum sceuti in
Aristotelem potins
quam
hane
praeter
summam
philosophi
auctoritatem
longe propriorem,
et ipsum
fragmentorum argumentum, quae apud
in
Stobaeum
enlpam
trausferamus,
aetatemque
Hippodamo
Stobaeum sunt, et universa reliquiarum illarum, quae Pythagoreorum
nominibus venditantur, indoles prohibet, quarum fidem plus quam ambiguam quum satis multi auctores jam ita elevarint, ut ue minimum
quidem amplius illis tribnatur,
mihi quoque hae disceptatione paueis
defungi licebit.® C’est bien cela. Soit Muret, soit Barthélemy-St. Hilaire
calomnient de bonne foi Aristote, en l'aceusant d’une falsification et
d'une inexaetitude dont Stobée est l'involontaire fantif. Et nous voilà
tons absons.
Il n’est que de s'entendre!
2) Zeller en fait une bréve mention dans son chapitre sur les frag
ments politiques de l’école néo-pythagoricienne,
Page 21
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)plissent les rudes besognes et fournissent tout ce qui est nécessaire
à la vie. La première classe, je Pappelle la classe des magistrats:
la seconde, la classe auxiliaire; la troisième, eelle des artisans. lt
je dis que les deux premières classes sont réservées aux citoyens de
condition libre. tandis que la troisième est celle de ceux qui gagnent
leur vie par leur travail; que la classe des magistrats est la meilleure
et celle des artisans la dernière: Panxiliaire se trouve entre les deux.
Il s'ensuit que la classe composée des sages doit commander et celle
les ordres: la classe auxiliaire donne des ordrés
des artisans recevoir
et en reçoit. Car une classe établit d'avance, dans ses délibérations,
ce qui doit être exécuté et la classe auxiliaire, lorsqu'elle combat.
conduit toute la foule des artisans, mais en tant que les plans lui
sont imposés. elle est elle-même subordonnée.
XLIM. 93. D'ailleurs, chacune de ces trois classes se subdivise
à son tour en trois autres. Car. dans la classe des magistrats, une
partie est constituée par les princes (æededgov): une autre est celle
des dirigeants: une autre se compose de ceux qui délibèrent des
affaires publiques. Les princes s'assemblent les premiers et préavisent
sur les affaires publiques, puis en réfèrent au sénat. Les dirigeants
exercent leur autorité soit en vertu de la coutume, soit en vertu d’un
droit acquis. Les sénateurs, comprenant tout le reste de cette classe,
sont nantis des propositions des princes: ils votent et confirment
ce qni est soumis à leur examen. Et pour tout.dire en un mot, les
princes doivent en référer au sénat et le sénat, par l'intermédiaire
des chefs d’armées (did tar orgaryyov) à l'assemblée du peuple. U
une
en est de même dans la classe aux aire, qui détient la force:
partie exerce le commandement, une antre combat et la troisième.
enfin, qui est la plus nombreuse, est composée des simples soldats
et de tous ceux qui portent les armes. De la catégorie de ceux qui
commandent sont tirés les chefs d'armées, les commandants des
corps de troupes, Jes chefs des détachements, ceux qui combattent
au premier rang et eu général tous ceux qui regoivent un commandement quelconque. La catégorie des combattants se compose de
tont ce qu'il y a de plus viril, de plus courageux et de plus hardi
dans la cité. Le reste est sans grades et porte les armes. — De la
classe des artisans et de ceux qui vivent de leur travail, une partie
s'adonne à l’agriculture et s'occupe de la culture du pays; une autre
partie exerce les métiers, fournissant Jes objets de luxe et tout ce
Page 22
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)qui est nécessaire au train de la vie: une autre partie voyage et fait
le trafic d’exportation à l'étranger du supertlu et d'importation
d'autres marchandises.
La société civile se compose done de toutes
ces parties,
Nous allons de suite parler de leurs relations mutuelles.
Toute
eonnnunante civile ressemble absolument à ume lyre. car elle exige
la réalisation d'un ordre, d'une harmonie, d’un toucher particulier
et dun certain
maniement de nature musicale: je me suis déjà
expliqué plus haut au sujet de organisation de la cité, en précisant
de quels genres et de quel nombre de citoyens elle se compose.
tâcherai Ven expliquer harmonie et l'unité.
Je
Je prétends done
que l'harmonie d'une commimanté civile résulte de trois éléments:
des enseignements, des traditions. des lois: que ces trois facteurs
façonnent l'individu et Pinelinent davantage à s'appliquer au bien.
En effet. les enseignements instruisent. exhortent à Ja vertu ci
font éclore les sentiments Jouables; les lois éloignent du mal parce
quelles s'imposent par la crainte et elles attirent vers Je bien parce
qu'elles sollicitent les citoyens grâce à des honneurs et à des récon:penses.
Les traditions et les coutumes travaillent et fagonnent
l'âme comme de la cire, et lui impriment un caractère nouveau.
grâce à leur action coordonnée.
Au moyen de ces trois éléments.
on doit tendre à l'honnêteté. à Vutilité et à la justice et chercher
à atteind dre si possible chacune de ces trois choses où du moins
deux ou une. de telle façon que l’enseignement soit honnête et juste
et utile. de méme que la tradition et la loi. L’honnéteté est préférable
à tout: la justice vient ensuite, puis Putilité.
En un mot, par ces
divers moyens. il faut chercher à rendre autant que possible la cité
homogène et harmonisée dans toutes ses parties, et non pas troublée.
ni divisée.
On obtiendra ce résultat en procédant à Péducation des
inclinations naturelles des jeunes gens et en imposant une mesure
dans les plaisirs et dans Jes peines. en s’abstenant surtout d'acquérir
de trop grandes richesses et en s'elforgant de demander à Pagriculture les produits nécessaires.
I] en sera de même en ce qui concerne les charges, si les honnêtes gens assument celles qui exigent
de la vertu, les gens qualifiées celles qui comportent une certaine
habilité, les riches celles qui imposent des largesses et des dépenses
et si l’on récompense par des honneurs dignes de chaque charge
ceux qui se sont acquittés convenablement
Archiv für Geschichte der Philosophie.
NXXV.
de leurs fonctions.
Page 23
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)Disons encore que la vertu repose sur trois éléments: la crainte,
le désir ou la honte. La loi pourra inspirer la crainte: les coutumes
exciteront la honte, car lorsqu'on a été élevé dans de bonnes habitudes. on rougit de se condnire malhomnétement; l'enseignement
provoquera Je désir. car l’explication des motifs qui nécessitent
une conduite irréprochable excite l'émotion et entraîne. surtout
si on y fait concourir l'exhortation. (C’est pourquoi il faut. pour
former le caractère des jennes gens. organiser des assemblées. des
repas en- commun, provoquer des amities. fonder des sociétés tant
civiles que militaires. et procurer aux jeunes Ja compagnie des vieillards. car les premiers ont besoin de modération et de conseils, tandis
que les vieillards ont besoin d'égards et de passe-temps joyeux.
XLIII. 94 Puisque nous avons dit que trois choses, soit
les traditions. les lois et l'enseignement. rendent l’homme parfaitement honnête. il faut rechercher comment il pent arriver que ces
éléments se corrompent et comment ils sont en mesure de se maintenir. Nous trouverons que les traditions se perdent de deux manières:
par nous-mêmes où par Jes étrangers. 1° Par nous-mêmes: soit en
refusant les sacrifices. soit en recherchant les voluptés. En effet,
en refusant les sacrifices, on fuit la peine la plus légère: en recherchant
en soi-même. Car les
les voluptés. on perd ce qu'on a de meilleur
sacrifices sont féconds et bienfaisants pour les hommes, tandis que
les voluptés ne sont pour eux qu'une source de maux. C’est pourquoi
l'homme qui s’adonne à l’intempérance et cultive la mollesse devient
plus efféminé de sentiments et beaucoup plus prodigue dans ses
dépenses. — 2° Par les étrangers: quand, répandus parmi le peuple,
ils acquièrent une grande aisance grâce au commerce: ou bien quand
les habitants d’une cité voisine. enclins aux plaisirs et à la débauche,
propagent leurs moeurs corrompues parmi ceux qui les entourent.
C'est pourquoi il est nécessaire que les législatenrs et les conducteurs
du peuple veillent avec soin, en toutes choses, au respect habituel
de la tradition: et encore qu'ils s'appliquent à maintenir le peuple
indigène, qui constitue le fondement de la cité, homogène et exempt
de mélange avec aucune autre race; et encore qu'ils fassent en sorte
que les ressources du pays restent les mêmes ou du moins ne subissent
que de légères variations, car plus on a, plus on désire avoir. Et
de cette façon. les traditions se fortifient nécessairement. — En ce
qui concerne l'enseignement. il faut considérer et éprouver les doc-
Page 24
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)trines des sophistes, afin de savoir s'ils enseignent des choses utiles
aux lois. aux principes politiques et à la vie domestique. Car ce
west pas une aberration ordinaire, mais la plus profonde dépravation
dans Páme des hommes,
qwinspirent les discours des sophi
lorsqu'ils s'enhardissent à innover tant soit peu en dehors des idées
reçues. soit sur les chosesa divines, soit sur les choses humaines; rion
west alors plus pernicieux pour la cause de la vérité, pour la sécurité
et la gloire, car c’est l’obseurité et la confusion qui règnent en maîtres
dans l'esprit du public. Tels sont tous ces propos, dans lesquels on
alfirme qu’il n’existe aucun dieu, ou bien que sil en est un, cela
est indifférent pour la race humaine. puisqu’il la néglige ct l'abandonne entièrement. Et en effet. si une telle doctrine deveit être
en honneur, elle inspirerait aux hommes une démence et une injustice
telles qu’il serait malaisé d: les decrire. Car tout homme imbu
Wanarchie et qui a secoué daus son âme toute crainte respectueuse
ne connaît plus aucun frein; il semporte et transgresse les lois. Il
faut donc professer une doctrine favorable à la société civile, adaptée
au caractère de celui qui l’expose et non pas artificielle. De cette
façon, le discours manifestera clairement les sentiments de celui
qui le prononce. — Des lois découle la sécurité, à condition que
la cité soit sainement organisée et résulte de tous les autres éléments;
j'entends par là non pas ceux qui sont contraires à la nature, mais
ceux qui lui sont conformes. La tyrannie, en effet, ne procure jamais
aucun avantage aux cites et Voligarchie non plus, ou du moins pendant peu de temps seulement. C’est done la royauté qui doit être
établie en p'emier lieu, puis l'aristocratie, car la royauté est semblable à la divinité, mais aussi, il est difficile de la maintenir irréprochable. car elle est accessible aux passions humaines et elie est
rapidement corrompue par la mollesse et par la violence. C’est
pourquoi il ne faut pas l'établir arbitrairement, mais la contenir
dans de sages limites et ne la faire concourir qu’au bien ct à l'utilité de
|
la cité. L/aristoeratie, à son tour, doit être admise largement dans
le gouvernement de la cité, car nombreux sont les citoyens qui
recherchent et méritent les honneurs et le pouvoir; ils sont un
sujet d'émulation réciproque et la puissance passe plus souvent
i
de Pun à Pautre.
La démocratie aussi est tout-à-fait nécessaire,
car il faut que le citoyen. qui est un élément essentiel de la cité,
en regoive quelque honneur. Mais il est aussi nécessaire que la
Page 25
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)démocratie soit suffisamment contenue. car la foule est presque
toujours inconsidérée et téméraire.
(Fragment évidemment rédigé par une autre
XCVIIL 71.
piume. plus diffuse et embrouillée.) Par nécessité de nature, toutes
choses mortelles se meuvent et se transforment, les unes passant
du pire au mieux, les autres du mienx au pire. Car toutes les
choses qui existent naissent d'abord, puis croissent. et. après leur
période de croissance, parviennent à la plénitude de leur développement, puis vieillissent et s’évanouissement dans Ja mort: les unos
existent de par la nature et sont confinées par elle dans le monde
ble pour arriver à leur
invisible: elles sorteut de ce monde in
changement de création,
d'un
suite
deuxième étape, la mortalité, par
la nature elle-même accomplis ant une marche circulaire: les autres
choses sont produites par la folie humaine, qui profuse en excès et
en satiété. Maisons et cités exaltées par de grands sucees et par
un train de vie excessivement somptueux ont marché à la ruine en
même temps que les richesses qu'elles considéraient comme la canse
de leur bonheur. Or, il fant et il-arrive en effet que toute domination
est circonscrite par trois périodes: la première. qui embrasse Pacqnisition de la domination: la seconde. qui en règle la jouissance: la
dernière, qui voit sa destruction. Car les premiers hommes, qui
étaient dénués de biens, en acquirent. et leurs successeurs, devenus
En effet, les choses administrées par
prospères. les détruisirent.
les dieux, étant incorruptibles parce que possédées par des êtres
incorruptibles, demeurent sans cesse intangibles. tandis que les
choses administrées par les hommes. étant mortelles, parce que
possédées par des êtres mortels, subissent des transformations
variant continuellement. Car le terme de la satiété et de l'excès.
c'est Panéantissement, mais le terme de l’indigence et de la détresse
est la vertu courageuse de la vie humaine. La même fin également
pour les autres.
Et voilà. Vous avez pu juger qu'il n'est pas de point commun
entre ces doctrines et celle d’Hippodamos de Milet, rapportée par
la symétrie et le chiffre
Aristote, sous réserve de cet engouement pour
trois, qui apparaît ici encore plus immodéré. Les subdivisions
surtout sont: puériles et Pon ne voit guère la différence qui sépare.
par exemple, la deuxième et la troisième catégorie de la seconde
Page 26
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)Et pourtant. rien de tout cela n’einpeche Ze), qui à la
texte de Stobée avec la
conviction la plus enthousiaste et la plus chaleureuse. Voici comment
il explique cette absence de concordance entre les deux textes:
el
e.
foi solide. de défendre Pauthenticité du
«De diversitate, quae inter Aristotelis locum et haec fragmenta
deprehenditur haec hina tantum in universum significaverim:
prinmm, Aristotelem non plenam et accuratam Hippodamae civitatis
duseriptionem proponere voluisse sed potiara tantum capita. quae
sibi memoratu dignissima visa essent, inde decerpta: deinde divisionem civium tripartitam apud Aristotelem non tantopere discrepare
Nam
a fragmentormm ratione. quanto prima fonte videatur.
tess Aristotelis ordines (zexrîre, yem@yor, tO ngoTolsuov). qui
nonnisi binos trinm ordinum in fragmentis complectuntur (té Bdravoor et vo émixorgor). ex ipsius Aristotelis mente nonnisi plebem
(rd 9o<. dijuov) constituere videntur extra optimates. e quibus
magistratus plebis suffragiis erearentur.
dami ordinem
(co Bovdevtixdr)
quique tertium
Hippo-
Differentia
utique
officerent
residua est. sed non maior, quam quae ex Aristotelis studio brevitatis vel errore aliquo. quem ,.incuria fudit aut humana parum
cavit natura”, explicari possit
Bref, c'est de nouveau Aristote qui est Je bone émissaire. Ce
raisonnement peut évidemment paraitre ingénienx, mais Zell défend
une canse vraiment désespérée. Les fragments recueillis par Stobée
révèlent des plumes érudites et habiles, et j’ai tenu à les mettre sous
vos yeux parce que leurs rédacteurs étaient en mesure de connaitre
Is
des oeuvres originales. irrémédiablement perdues pour nous.
alimenté
ont
ils
connus:
thèmes
ont délicatement brodé sur des
leur imagination à des sources authentiques et e’est ainsi qu'ils
nous parlent, agréablement d’ailleurs et subtilement, de eette harmonie musicale qui doit régner dans la vie politique de la cité, image
Voilà ce qu’on peut leur
bien spécifiquement pythagoricienne.
concéder. Pas contre, il ne faut rien moins que la prodigieuse eandeur
de Zell pour vouloir, contre toute évidence, plaider un droit d’anteur
dont la philologie moderne a fait bonne justice, et qu’ Hippodamos
Ini-méme — voilà qui est plus grave — ne serait sans doute nullement enchanté d'entendre revendiquer pour lui.
1) Op. cit.
Page 27
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)C'est encore Zell (il ne faiblit jamais dans l’émerveillement)
ne
qui a proclamé la valeur insigne de la dernière partie du troisié
il s’est plû à considérer un des premiers manifragment, dans laquelle
festes en faveur des institutions politiques mixtes. Le passage
en question offre en effet — pour l'époque — un intérêt incontestable. Remarquons toutefois qu'à examiner ce texte de près. il
s’agit plutôt d'une juxtaposition que d’une fusion des trois régimes
politiques; chacun deux a Pair de jouir, dans l'Etat. d’une situation
antonome et Pon ne voit guère la mesure dans laquelle ils participent
respectivement an gouvernement de la cité. La monarchie y est
tempérée par des institutions aristocratiques et démocratiques
et la démocratie subit dans l'existence simultanée des deux autres
régimes une sorte de contre-poids à ses emportemeñts. Mais en définitive, de quel régime capricieux et bizarre s'agit-il? Les idées
du rédacteur lui-même ne semblent pas très claires à ce sujet. Car
enfin. si Pélément aristocratique doit jouer un rôle prépondérant
et si l'élément démocratique doit avoir une large part dans la
conduite des affaires publiques. la monarchie apparait comme bien
édulcorée dans une telle cité: et de même apparaît bien précaire
Paristocratie, qui est comme submergée par l’antorité supérieure
et par la puissance inférieure: et de même apparait bien chétive
et illusoire la démocratie. pliée sous une multitude de sceptres
Il reste indéniable, convenons-en. que ce fragment
superposés.
exprime une tentative assez curieuse de confrontation et de collaboSoulignons
ration amiable ‘des trois grands régimes politiques.
encore à l'actif du rédacteur sa condamnation brêve, mais sèche
et catégorique de la tyrannie et de l’oligarchie.
Et maintenant. pour terminer, pour étre aussi complet que
possible, pour achever de rassembler toutes les parcelles de matériaux propres à reconstituer, même en un rêve un peu confus et
disparate, la cité idéale. è jamais détruite. hélas. ponr nous. d’Hippodamos de Milet. je veux encore vous donner la traduction du dernier
fragment, sur le bonheur (zegi stôcmorias), qui lui est attribué
dans le Florilège de Stobée. Vous y goûterez ce mélange toujours
exquis et séduisant de morale pythagoricienne. teintée de stoîcisme
et aussi de christianisme, cette proclamation toujours ferme et
vibrante de l’inépuisable fécondité de la vertu en jouissances sereines
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Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)et solides. quoique arides, et encore, et toujours ce dogme pythagoricien de l'excellence de la vertu et de son utilité souveraine dans le
gouvernement des hommes et des cités:
CI. 26.
De l'oeuvre d’Hippodamos le Thurien sur le bonheur.
Parmi les êtres animés, les uns sont aptes,
au bonheur.
les autres inaptes
Y sont aptes tous ceux qui possédent la raison.
Car le
bonheur n'existe pas sans vertu et la vertu réside surtout dans les
êtres qui sont doués de raison,
Y sont inaptes . ....... l'acte de
vision ou la vertu de vision. et l'être dépourvu de raison ne possède
ni l'acte, ni la vertu de l'être raisonnable.
Le bonheur et la vertu
de l'être qui possède la raison sont en partie un acte. en partie un
art.
Or, parmi les êtres animés qui possèdent la raison, il en est
qui sont en eux-mêmes parfaits.
Ce sont ceux qui sont complets
en eux-mêmes et qui n'ont besoin d'aucune chose hors d'eux-mêmes.
ni pour exister,
ni pour bien
exister.
Tel est dieu.
D'antre part.
les êtres imparfaits en eux-mêmes sont ceux qui ne sont pas en cuxmêmes complets, mais qui ont encore besoin d'une influence causale
extérieure.
Tel est l'homme.
Or. parmi les êtres imparfaits en euxmêmes, les uns sont complets et les autres ne le sont pas.
Les êtres
complets sont ceux qui existent en pleine harmonie avec leur propre
cause et en harmonie avec les causes extérieures.
Is existent en
harmonie avec leur propre cause en faisant preuve dune bonne
nature et en cherchant à atteindre un but moral élevé: en harmonie
avec les causes extérieures, en adoptant de bonnes lois et:des magistrats éclairés.
Les êtres incomplets sont ceux qui ne remplissent
aueune de ees deux conditions, ni individuellement. ni collectivement: la nature même de leur âme les réduit à l’état d'êtres inférieurs.
Tel est l’homme pernicieux.
Il y a deux espèces d'hommes complets.
Les uns sont parfaits
selon Jeur nature, les autres selon leur vie.
Seuls, les bons sont
parfaits selon leur nature. Ce sont les hommes qui possèdent la vertu.
Car Ja vertu
marque l'apogée de la perfection dans la nature de
chaque chose.
La vertu de l'oeil est l’apogée et la perfection de
la nature de Pocil; la vertu de Phomme est l'apogée et la perfection
de la nature humaine.
Parfaits selon leur vie sont les hommes qui
cumulent la bonté et le honheur.
Car le bonheur est la perfection
de la vie humaine, en ce sens que la vie humaine cousiste en actions
et le bonheur donne leur perfection à ces actions
Les actions attei-
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Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)gnent leur perfection grâce à Ja vertu et à la fortune, la vertu relativement à l'utilité, la fortune relativement à la prospérité.
Or
dieu, n'ayant pas appris indirectement à connaître la vertu, est
hon par nature, et, sans que la fortune Vaie favo
il est heureux.
Car c'est de pas sa nature qu'il est bon et de par sa nature qu’il
est heureux. et il l'était déjà. et il le sera toujours,
cessera de l'être,
parce
et jamais il ne
qu'il est incorruptible et bon de nature.
L'homme, au contraire, n'est pas heureux de nature. mais il a besoin
d'instruction et de prévoyance: pour devenir bon, il a besoin de
‚a vertu, et pour devenir heureux, de la bonne fortuife. Et c'est
pourquoi le bonheur humain est résumé par ces deux choses, la
lonange et Ja gloire. la lonange. qui résulte de Ja vertu, la gloire, qui
découle de la prospérité.
Or. l'homme possède Ja vertu à cause de
sa destinée divine, et la bonne fortune à canse de sa destinée mortelle.
Car. d’une part, les mortels &manent des dieux et les choses terrestres
des choses célestes, et, (autre part. les choses moins bonnes des
weilleures.
(Voilà une phrase qu’ Héraclite eût volontiers signée.)
Par conséquent. l’homme qui suit l'exemple des dieux est bon
et, par suite, heureux. alors que celui qui suit Pexemple des mortels
est malheureux.
Car la prospérité est un bien et un avantage pour
l'homme intelligent; un bien. parce qu'il en connaît l'usage: un
avantage. parce quelle l’aide dans l'accomplissement de ses actions.
Hest done beau. chaque fois que la bonne fortune est
à la disposition
de l'intelligence. de même qu'un vent favorable gonfle les voiles d'un
navire. d'accomplir
ses actions avec le regard fixé sur la vertu.
tel le pilote sur les mouvements des astres.
Non seulement celui
qui agira de la sorte obéira à dieu. mais il réglera encore Je bien
humain d’après le modèle du bien divin.
En outre, il est aussi évident
que la vie diffère selon sa disposition et selon son sort.
Car il est
nécessaire que la disposition en soit ou bonne ou mauvaise. et le
sort ou heureux ou malheureux.
La bonne disposition est forcèment
celle qui participe de la vertu. la mauvaise celle qui participe du
vice.
JI est de même nécessaire que les actes heureux concourent
avee Ja bonne fortune (car ils sont accomplis conformément à la
raison) et qu'au contraire les actes malheureux coincident avec
la mauvaise fortune — ce qui provoque l'échec de leur accomplissement. Done. il n'est pas seulement nécessaire d'apprendre à connaître
a vertu, mais il fant aussi Facquérir et la pratiquer. soit dans le
Page 30
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)développement. soit — et c’est la chose la plus importante, dans
la régénération des familles et des cités. Il west pas senlement
nécessaire de posséder de belles choses, mais il faut aussi savoir
ou jouir.
Tout cela sera réalisé si Phonme bénéficie d’une cité bien
vonvernée. Ce sont. à mon avis, les choses qui constituent la corne
dite @Amalthée. Elles se trouvent dans un ordre bien réglé, sans
lequel la perfection de la nature humaine ne saurait être atteinte.
ou si elle est atteinte. ne saurait longtemps durer. L'ordre comporte
en effet la vertu et l'élan vers la vertu. car c'est en conformité avec
vet ordre que les bonnes natures
‘engendrent, que Jes coutumes.
Jes moeurs et les lois sont les meilleures. que des paroles sages sont
proférées et que le respect et la piété sont les récompenses du mérite
D'où il résulte que l'homme qui désire être heureux et mener une
existence bien réglée. à l'image d'un navire qui voque allègrement.
doit conformer sa vie entière à la Joi de l'ordre. La raison nous
fonrnit une preuve supplémentaire de la nécessité de tout ce qui
vient d'être dit. Car l'homme fait partie d’une société et c'est grâce
aux facteurs que je viens de mentionner qu'il devient un être complet,
conformèment à la raison. dans la proportion dans laquelle non
seulement il s'associe aux antres. mais il s'associe à eux avec dignité.
Car. dune part. Vinstinet de société n’existe naturellement que
dans une collectivité. et non pas dans l’individu Gsolé): d'autre
part. il se manifeste en premier lien dans Pindividu et non pas immediatement dans la collectivité. 1 existe donc à la fois dans la collectivité ec dans Vindividu, et dans l'individu parce que dans la collec(Il voulait plutôc dire. je pense: et dans la collectivité parce
rivité.
que dans Findividu.)
Car Vharnionie. la symphonie et le nombre existent naturellewent dans la collectivité. Rien ne suffit en soi et ne réalise individuellement le tout de ses parties. La finesse de loue. une vue
pergante. Ja vitesse du pied existent dans l'individu seulement,
tandis que le bonheur et la vertu de l’âme apparaissent à la fois
dans Pindividu et dans la collectivité. dans le tout et dans la somme
de ses parties: dans l'individu parce que dans la collectivité, et
dans la collectivité parce que dans le tout et dans la somme de toutes
ses parties.
Car. ce qui constitue l'ordonnance de la nature en son
ensemble a réglé également chaque partie en particulier. et Pordonmance de chaque partie en particulier a perfectionné le tout et la
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Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)sonme de toutes ses parties. Ceci s'effectue parce que le tout existe
naturellement avant la partie, mais non pas la partie avant le tout.
Car sil n’y avait pas d’univers, il n’y aurait ni soleil, ni lune, ni
astres errants, ni étoiles fixes. Mais, puisque l’univers existe, chacune de ces choses existe aussi. On peut également observer ce
phénomène dans la nature des êtres animés. S'il n°y avait pas
d'être animé, il n’y aurait ni oeil. ni bouche, ni oreille. Mais puisqu'il y a des êtres animés, chacune dé ces choses existe également.
Comme le tout est en relation inséparable avec la partie. de même
la vertu du tout est en relation avee Ja vertu de la partie. S'ilny
avait pas une harmonie et une surveillance divine de l'univers.
les choses préalablement ordonnées ne pourraient demeurer en
bon ordre; de même, s’il n'existait aueun ordre dans tout
ce qui a trait à la cité. il serait impossible qu'il existat
un seul citoyen bon et heurenx. Et sans de bonnes conditions
de santé ponr Pétre animé. il ne pourrait y avoir ni pied, ni main
robuste et bien portante. Car Pharwonie est la vertu de univers.
le bonheur la vertu de la cité. la santé et la force la vertu du corps.
Et chacune des parties de ces choses est en connexion étroite avec
les autres. et réglée par rapport an tout et à la somme de ses parties.
Car les yeux voient pour tout le corps. et les autres membres et
parties ont été disposés en vue du bien du tout et de la somme de
ses parties. _
(Tout ce développement est en harmonie parfaite avec
idées de Pythagore et d’Hippodamos de Milet.
les
Je n'ai done pas
trahi leur mentalité en reproduisant ici cette oeuvre serupulense.
quoique confuse.
Mais c’est le sort commun de ces magnifiques
cités idéales de l'antiquité présocratique.
On ne peut plus contempler que les ombres qu’elles projettent jusqu’à nous, trop heureux
encore lorsque ces ombres gardent une apparence.
peuse, de réalité.)
même trom-