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Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)CONGRÈS D’ARCHEOLOGIE ET D'ORIENTALISME BIBLIQUES
DPporm , SOCrAM=ER A
Le Problème des influences étrangères
sur la secte juive de Qoumran
Parmi les historiens modernes du judaïsme, il en est peu
qui, traitant des Esséniens, n’aient été frappés par les particularités multiples que les notices de Philon d’Alexandrie, de Flavius
Josèphe et de Pline Ancien permettaient de leur reconnaître
et ne se soient posé la question : l’essénisme est-il à considérer
comme un pur fruit du judaïsme, ou bien a-t-il été marqué par
des influences étrangères ? A cette question, depuis 200 ans, les
réponses les plus diverses ont été apportées. Passons-les brièvement en revue.
Voici d’abord ceux qui ont cherché à expliquer par des
développements internes du judaïsme même les particularités
de l’essenisme. Pour nombre de savants juifs, Frankel!, Gratz ?,
Derenbourg *, Geiger *, mais aussi pour Ewald’, Clemens,
Reuss 7, Renan 8, les Esséniens ne sont autre chose qu'une variété
des Pharisiens qui ont poussé jusqu’à l’extréme les principes du
pharisaïsme. D’autres, sans sortir du judaïsme, ont cherché a
serrer le problème de plus près. Pour Ritschl®, par exemple,
Yessénisme a voulu réaliser, de façon conséquente, l’idée du
sacerdoce
universel; le véritable Israël, en effet, doit être,
selon l’expression de l’Exode 196, un « royaume de prêtres ».
Bestmann 1° reste dans la même ligne, mais relie plus précisé1 Die Essäer. Eine Skizze, dans Zeitschrift für die religiôsen Interessen
des Judentums, 1846, p. 441-461 ; Die Essäer nach talmudischen Quellen, dans
Monatsschrift für Gesch. und Wissensch. des Judentums, 1853, p. 30-40, 61-73.
&
2 Geschichte der Juden, t. III (4: éd), p. 91 ss, p. 697-703 (note 12).
Histoire de la Palestine (1807), p. 166-175, 460-462.
4 Jüdische Zeitschrift für Wissenschaft und Leben, t. IX (1871), p. 30-56.
5 Geschichte des Volkes Israel, t. IV, p. 483 ss.
6 Die Quellen für die Geschichte der Essener, dans Zeitschrift für wissenschaft. Theol, 1869, p. 328-352.
T Geschichte der heiligen Schriften des Alten Testaments, =? 547.
8 Histoire du peuple d'Israël, t. V (1893), p. 55-77 = Œuvres complétes de
Ernest Renan, t. VI (1953), p. 1292-1304.
® Ueber die Essener, dans Theol. Jahrb., 1855, p. 315-356 ; Die Entstehung
der altkathol. Kirche (2° éd., 1857), p. 179-203.
10 Geschichte der christlichen Sitte, t. 1 (1880), p. 308 ss.
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losophie grecque ed Zeiler à
'sminent historien de la phi
10, 4, S 371) avait à da le
Josèphe lui-même (Ant. Jud. XV,
l'essénisme en rapp avec le
façon expresse et précise, mis
ment l’essénisme à l’idée du sacerdoce aaronide
!!, Pour Lucius !?, d'autre part, les Esséniens, à l’époque machabéenne, se
seraient séparés du culte du temple de Jérusalem, qu’ils tenaient
Eart Orale ge
pythagorisme : yevos 8t Todt
e race (les
Cett
«
r,
jag Mudaydoov xaradedetyév
pour illégitime, et c’est ce schisme qui expliquerait leurs singularités. Tout autre est l’idée d’Hilgenfeld!®: les Esséniens
ascèse n’ayant d'autre but que de les rendre plus aptes aux
révélations divines.
Ces diverses explications ont paru à beaucoup insuffisantes.
> Juif, 1 Si
la ion.. L'historien
tent
de retemr
Joseph
parent
brit établi rém
si net
des leurs paint
plement voulu piquer l'attention
Hilgenfeld lui-même a signalé, dans des études ultérieures, la
possibilité d’une influence perse, et même d’une influence boudment sim
aussi careers je an iene
aurait-il employé une formule
ris
s
dhiste 14. Lightfoot admit aussi, à titre secondaire, influence du
parsisme 1°, D’un autre côté, Lipsius, tout en maintenant le
:
Mais, pour tous ces auteurs, l’influence étrangère n'aurait
été qu’un élément accessoire, Pour beaucoup d’autres — et ils
sont aujourd'hui la majorité —, l’essenime présente tant de
traits étrangers ou contraires au judaïsme traditionnel qu’il faut
admettre à son origine l’action déterminante, caractéristique,
Pacisaiwy
aioéost , ..,
wae
À
cienne, malgre son, sucess
Toutefois, la thése pythagori
adhésion unanime ae enn
croissant, fut Join de recueillir une
peu vrais
ne autorité considérable, ont juge
auteurs, d'u
Us
Sri Rie
B Be vS“
Les précurseurs de cette thèse furent F. Chr. Baur et Gfrörer 2° ;
mais elle fut surtout soutenue, il y a presque cent ans, par
rechen,
Die Philosophie der Grie
433 ;: Die
h, XV (1856), p. 401-_433
., 1899, pe u 2e
Theol
h.
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chrif
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( ome
m 2, get Tania :
nd siécle de notre ére, Hippo sie
° 22 Notons encore qu’au seco
< & st ee
déclare curieusement que
eee
\ notice sur les Esséniens,
niens)
Essé
(des
reçu
ont
qui
t les Stoiciens d’Egypte
s ce 8ible ,—
Beth go
rinemar
doct
.
Le rapprochement des
es
ut
a
Lesteur
Eevpte »
wt
Kas 27, , 3).
école > (Elenkos, y IX,
des Stoiciens d’Egyp
1
le rapport
‚marc
historique,
ant de toute évidence
avec celles, de
on
s-la.
celle
de
la dépendance
i
ss., 509 ss.
Jisrael, t. III, p. 368 ss., 388
celles Geschichte des Volkes
Lu
met
u
306.
24 Geschichte Jesu, t. I, p- 282sap. 573-584.
(4
IT
t.
s...,
Volke
n
sche
jüdi
25 Geschichte des
.
p.
),
(1893
yia
Nel:
;
=.
26 Abraxas (1891), p. 144
|
_
.
istentum, HI, p. 14 s.
27 U
269 riss
Theologie, III (1860), p. 358 ss.; X
(1867), p. 97 ss.; XI (1868), p. 343 ss.; XIV (1871), p. 50 ss.; XXV (1882),
p. 257 ss.; Ketzergeschichte des Urchristenthums (1884), p. 141-149.
1% St, Paul's epistles to the Colossians and to Philemon, 2° éd., p. 355-396.
28 La légende de Pythagore
16 Article Essäer, dans Schenkel, Bibellericon, II, p- 181-192.
19 Israelitische und jiidische Geschichte
(2° éd., 1895), p. 292-296.
20 Philo und die alexandrinische Theosophie, II (1831),
p. 299-356.
7,
ot
ürer 25, A, Dietrich on
ment Herzfeld Ri Keim *, E. Schy » Max ellm
‚
I. Lev
O. Pfleiderer 2%, et, plus récemment,
és
euce
etc.
Marchal *,
F. Cumont 3°, J. M. Lagrange *’, L.
essentielle, d'une influence venue du dehors.
Pour certains, cette influence serait celle du pythagorisme.
72,
ta,
f,
oan) ws
ues
« la secte des Fharisiens, lq
EN Seat beyond
e
on
tes
chez
qu'on appelië
est presque semblable à celle
s
en
ler
ae et ns
stoicienne » 2%. Quoi qu’il en soit
tionnons
uteurs;
0
n
gra
iécle, un
i
Conybeare '*, aurait influé sur l’essenisme, tandis que, selon
Wellhausen !°, ce serait à la fois le parsisme et le platonisme.
… Pt Zur Entstehungsgeschichte des Christentums (1894), p. 98-142 ; Die religidsen Bewegingen innerhalb des Judentums im Zeitalter Jesu (1905), p. 11468.
972 18 Art. Essenes, dans Hastings, Dictionary of the Bibel., t. I (1898), p. 767-
e en termes nuane >
mais là, remarquons-le, il s’est exprim
contraire, l’hellénisme alexandrin qui, selon Friedländer !7 et
14 Zeitschrift für wissenschaftliche
cque, celle des re
e gre
ee autre école philosophiqu
certains emprunts au paganisme syro-palestinien 16. C’est, au
p- 552).
1? Der Essenismus in seinem Verhältnis zum Judenthum, Strasbourg, 1881.
13 Die jüdische Apokalyptik, 1857, p. 243-286.
Josèphe s’est plu a rappr
it,
caractère principalement juif de la secte essénienne, y découvrit
en était aussi une du sacerdoce... » (La Palestine au temps de J.-C. 3° éd., 1885,
p. 434-436 ; cf. art, Esséniens, dans Encyclopédie des Sciences religienses, t. IV,
Ee) hen
seme © oe à
ore enseigna chez le Mi
tique le genre de vie que Pythag
que les Esseniens emprunt ren
Ce texte, il est vrai, ne dit pas
iciens ; mais le rap ochemen
leur genre de vie aux Pythagor
seraient essentiellement une école d’apocalypticiens juifs, leur
11 Cf. E. Stapfer: « ..les Esséniens ne sont que des israélites exagérés.
lis ont pris au pied de la lettre le mosaïsme; ils l'ont poussé à ses conséquences extrêmes. Ils ne sont que des pharisiens conséquents jusqu’à la folie...
Si Vessénisme était une exagération du pharisaisme, il est juste de dire qu'il
77
BIBLIQUES
2:
29
d
pe
de Grèce en Palestine (1927),
Bolos Democriti os una
Die bucixxL des Bolo
sa,
;
gier
er Anax:ilaos aus Laris
@ Magi
d der
. pce.
Akademie, phil.-hist. Klasse, 1998
Abhandlungen der preussischen
séances
ns, dans Comptes rendus des
Br Esseniens et Pythagoriciep. 99
9 ss.
1930,
…
ions
ipti
ript
5
Insc
imie des
;
), p. 323 ss.
CUT 1933)
s-Christ (1931
>
deme, Le judaïsme avant Jésu
. Supplément, t.
Bible
la
de
aire
ionn
Dict
32 Art. Esséniens, dans
col. 1127-1128.
Seite 3
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REVUE
D'HISTOIRE
7
ET DE PHILOSOPHIE RELIGIEUSES
,
78
CONGRES D’ARCHEOLOGIE ET D'ORIENTALIS
wae le dede du pythagorisme en Palestine méme, et, du fait
|
udaisme postexilique, , dans son en semble, trahi
trahit déjà
combinaison spontanée d’influences
ont
cons
us plausible de chercher dans le mond
igi
iranien — ou irano-babylonien — Yorigi
l'origine des traits
traits ca
:
ristiques de l’essénisme. . L’infl uence sur la secte juiv
sit
i done
nouvel apport iranien, ‚ plus
un| nouvel
pl
profond et plus
ae étendu.
étendu. Cet
Cotte
Fe
nt un peu sèche, des
Cette revue rapide, et nécessaireme
le
sur problème de l’origine
opinions si variées qui furent émises
tre à quel point ce problème,
et de l'essence de l’essenisme mon
avec pie modalités diverses, est représentée
.
#
«
.
;
t
— outre
Hilgenfeld, Lightfoot, Welll
sj
annéesP
mentionné
plus haut 3 — par Cheyne **, Bousset
‘aset
55 Holset
*°,
Hölscher
wie
#6,
xe et difficile. On ne peut
ce très vieux problème, est comple
diversité plus grande,
ique une
guère imaginer en matière scientif
un plus inquiétant désaccord.
|A ces auteurs, ‚il il convient
i
j
\d'ajouter
W. . Bauer
: 38, ‚ bibien
femme p tout en admettant une influence irano-babylonienne, ne
celle-ci pour unique, mais la
idé
Ô
mm
Pun des éléments
:
d’un ] arge syncrétism
ncréti eont
Feecenicme
dont l’esséni
icert
Mais voici qu'aujourd'hui, grâce
ran, le problème de l’essénisme se
kJ
pythagoricienne *, Quant a Guignebert *?, il admet à la fois
jen es active influence pythagoricienne » et une certaine
nce iranienne; mais il s’agirait, selon lui, « plutôt d’une
(1901
itisc
i
der israelitischen
jüdi
und jüdischen
Religion (1922), p. 207,
£
37 | Le mouvement baptiste
en P alestine
i
et Syrie...
5
Pe ne refuse pas de « conceder que Vesschisme ao),
s ne
e certaines doctrines ou coutumes » (p. 25)
i
”
use. L'auteur,
evable au pytha-
|
dans Pauly-Wis sowa, Supplementb.,
Essener,
Art. cit,
38 On.
35
p 384.
IV, col. 426 ss.
an
Essenist e,
40 L’Essénisme,
dans Revvne d des questions
i
historiques,
CIX
est une branche séparée du tronc judaigque, greffe eve
pe aes Pre
an trone grécc pythagoricien. Mais le pythagorisme lui-même depend trés pro>
doctri
es. On arriverait ainsi à
moyenne et conciliatrice que }’essenisme dépend de Porient lis sed?
gnée, par l'intermédiaire du pythagorisme. >
1
on
atisme d'une manière
à. La Religion d'Israël, 3* éd. (1933), p. 316
2 Le Monde juif vers le temps de Jésus (1935), p. 226-232
En oi ee RBa
D. 209,
36 Geschicht
DT
e
présente à l'historien avec
Si donc les ouvrages trouvés dans
33 Voir notes 14, 15, 19.
ne
est de JÉtithes 7 A ae us
l’ensemble de(§l’article
nce que
pythagoricienne
6).
is se prononce
pou, rinieens
35 p.Die454Religi
es Judentums
1926),
r
i
i
eligion des
isti
im
späthellenistischen
Zeitalter (3 éd.
aux trouvailles de Qoumsi du moins l'on identifie la
des données toutes nouvelles, —
secte essénienne même. Cette
secte juive de Qoumrân avec la
n'est pas pour le moment
identification, comme chacun sait,
a, en moins de quatre ans,
unanimement admise, mais elle
iques des tendances les plus
rallié un très grand nombre de crit
ceux qui, au début, s'étaient
diverses, et méme plusieurs de
42, Nous ne saurions entrenettement prononcés contre elle
n’est pas le sujet de la présente
prendre ici de la démontrer : ce
ent que la plupart de ceux
communication. Observons seulem
thèse essénienne reconnaissent
qui hésitent encore à adopter la
n une parenté étroite avec
du moins à la secte de Qoumrâ
.
l’essénisme. **.
de Qoumrân
un produit : influence
IK du bouddhiisme serait
i même ààenvisager
envisa
pour expliquer le célibat et la communauté des biens ; esse.
primitive le Frs ait ee que le mandeisme, une forme
(
ühform »)
de la Gnose. Notons que Schii
i
ue pal
n'exclut
1 ; Osh
si
exclut pas la
partisan de la thèse pythagoriccienne,
que
i
bilité d’une influence d u parsisme
ism s’exercant par l’intermédi
ia re
ntermédiai
du pythagorisme ou concurremment avec celui-ci 3° ; telle est
aussi l’idée
dee d’Ermoni
d’
i #0 *°. Loisy,
i
au contraire,
i
penche vers la
Art, Essenes, 1dans Enc yclopaedia
sn 34Ai
i Biblica,
t. II
ibli
venues de foyers indépenet simple de Pune d’entre
dants... que de la transposition pure
e syncrétiste de Bauer.
elles ». Ainsi rejoint-il a peu prés la thés
au
au Iugement ah peaucouD d'importan
’i
ts emprunts à l’Iran ° ik
these iranienne,
79
les grottes
e bibliothèque essénienne, il est
sont réellement les vestiges d'un
en en présence du problème
clair que la situation de Vhistori
ement transformée. Au lieu de
de l’essénisme se trouve véritabl
d’auteurs anciens étrangers à
disposer simplement des notices
brèves, ne livrant qu'une inforla secte — notices relativement
ecter
mation incomplète, et dont
on pouvait plus ou moins susp
ceux de la génération précéJa véracité (les critiques, surtout
t
le faire) — , le voici maintenan
dente, ne se sont pas privés de
leur
s
dan
s
ervé
cons
entiques,
en possession de documents auth
hui la majorité
e essénienne groupe aujourd'
43 On peut dire que la thésjour en jour de nouveaux partisans. Qu'il nous
e de
le début de
des critiques et qu’elle gagn
l'avons proposée el soutenue dès sur le Comions
soit permis de rappeler que nous
rvat
Obse
89;
p.
,
1949
et
s, juill
Pari
aires sur les manusla recherche ; cf. Revue de
, p. 26 ss.; Apercus prélimin
mentaire d'Habacuc, mai 1950
ss.
, p. 105
crits de la Mer Morte, 1950
to be probable that
exemple, « it would secm
ments
44 Selon H.-H. Rowley, par
Essenes » (The Zadokite Frag
the
into
d
lope
deve
ls
the sect of the Scrol
1952, p. 82).
and the Dead Sea Scrolls,
Seite 4
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langue originale, copiés par les scribes mém
es de la secte,
documents non suspects de remaniem
CONGRÈS D’ARCHEOLOGIE ET D'ORIENTALISME BIBLIQUES
d
ent tardif ou d’inter , la.
tion étrangère. Grâce aux manuscrits des
Pessénisme se révéle à nous directement,
grottes de Qoumrân,
en pleine lumière, a
ses institutions, ses rites, ses doctr
ines, celles mêmes dont le
secret etait protégé par des serments redoutables.
°
Certes, nous ne connaissons encore qu’u
ne partie des docu
ments trouvés en 1947, et rien n’est enco
re publié de ceu
i
furent trouvés en 1952. Notre examen ne saur
ait donc aboutir
pour le moment qu'à des conclusions provi
soires. Mais dé
maintena
nt, croyons-nous, il n'est pas inutile de
marquer les
progres positifs déjà réalisés pour la solu
tion d’un problème
ea Fa être tenté naguère de cons
idérer comme à peu
petite halaka sur le Sabbat que nous a conservée l’Ecrit de
Damas *® se montre, sur certains points, plus sévère que le
Talmud.
Mais notons immédiatement un second point : si la secte
de Qoumrân, ardemment et indissolublement attachée à la Loi
de Moise et aux révélations des Prophétes, est juive, intensément
juive, elle a pleinement conscience aussi de représenter une
élite dans le judaïsme, d’être proprement la communauté des
élus de Dieu. Les autres Juifs, à ses yeux, sont rejetés par Dieu
la
et voués à la damnation. La secte est seule dépositaire de
»,
ce
l’Allian
véritable Alliance ; elle est à proprement parler «
« la Nouvelle Alliance ». Hors de cette Nouvelle Alliance, pas
qui, se
de salut! Pour faire partie de cette société nouvelle,
superposant et se substituant a l’ancien Israël, est comme
PIsraël véritable, l'Israël de Dieu, il ne suffit pas d’être né Juif ;
*
LE
Le premier point que les textes de Qoum
rân mettent en
lumière, c'est le caractère juif, expressément
juif, de la secte
de Qoumrân. Ses fondements, c’est la Loi et
ce sont les Prophé
tes. A tout instant, les documents de Qoumrân
se réfèrent A es
sources authentiques de la foi juive. Conversion
a la Loi à la
Loi de Moïse, telle est l'obligation fondamentale
de quicon °
entre dans la secte : « ...et qu’il décide, par
un serment d'abstinence, de se convertir à la Loi de Moise selon
tout ce qu’Il à
ordonné, (de se convertir) de
tout son cceur et
de toute son
ame... » *°. Toute faute contre la Loi entraîne
l'expulsion de la
communauté : « tout homme d’entre eux qui
transgressera un
point quelconque de la Loi de Moïse délibérément ou
chement, on le chassera du Parti de la Comm
par relàunauté et il ne
reviendra plus; et nul d’entre les homm
es de sainteté ne se
melera a ses biens ni à son conseil en aucune chos
e » 4 La Loi
de Moise est Fobjet d'une lecture et d'une médi
tation constantes :
« Et qu'il ne manque pas, dans le lieu où seron
t les dix un
homme qui étudie la Loi jour et nuit, constamm
ent concernant
les devoirs des uns envers les autres. El que les
Nombreux
veillent en commun durant un tiers de toutes
les nuits de l’année
pe e
r lirel
le
Liv et pour étudi
ze
Studi er le droit
i et pour béni
éni r (Dieu
i )
Le Sabbat, notamment, était scrupuleusement
observe; la
ls,
il faut, en outre, une décision et un engagement personne
pénètre
L’initié
le.
solennel
on
initiati
une
une longue préparation,
ent
alors dans un monde véritablement nouveau: si étroitem
déborde
nouveau
Israël
cet
e,
judaïsm
soudé qu’il soit à l'ancien
celui-ci de toutes parts. Trop nombreuses et trop graves sont les
innovations, quant aux rites et quant aux doctrines, pour qu’on
spontapuisse les considérer simplement comme une évolution
est
nouveau
e
judaïsm
ce
fait,
En
née du judaïsme traditionnel.
les
si
:
rmé
transfo
ément
profond
et
considérablement enrichi
rabbins, si la Synagogue officielle en vinrent. vers 100 de notre
celui-ci
ere, à excommunier lessénisme, c'est sans doute que
du
normes
des
éloigné
trop
apparut dans son ensemble comme
judaïsme et, en quelque sorte, hétérogène.
Un fait concret nous semble bien illustrer à la fois l'attace en quoi
chement de la-secte de Qoumrän au passé d'Israël et
bibliothèla
elle y ajoute et le dépasse. Quels livres comportait
la Bible
de
que de Qoumran ? D’une part, l’ensemble des livres
ions pres —
juive canonique (tous ces livres — à trés peu d’except
part, un lot
ont été en fait trouvés dans les grottes); d’autre
de Vaux a
considérable de livres non bibliques, dont le P.
déclaré, d’après les vestiges découverts, qu’ils étaient
trois fois plus nombreux que les livres bibliques
en gros
*°. C'est à peu
de IV
près la même proportion que celle qu’indique l’auteur
se, est
Esdras pour les livres qu’Esdras, selon cette apocalyp
sa memoire et
censé avoir miraculeusement retrouvés dans
45 Manuel de Discipline, V, 7-10.
46 Ibid, VIII, 21-24.
47 Ibid., VI, 6-8.
48 Ecrit de Damas, X, 14; XI, 18.
38 Revue Biblique, 1953, p. 565.
Seite 5
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)dictés à ses secrétaires: 24 livr
es destinés
aux « dignes et
indignes » (ce sont les livres biblique
s canoniques), et 70 réservés
aux « Sages » (ce sont les livres
secrets, propres aux initiés) 5°, Nous ne connaissons encore
que quelques-uns des livres
non bibliques trouvés à Qoumran;
il s’y trouve plusieurs des
« Apocryphes et Pseudépigraphes
de l’Ancien Testament », tels
que Tobie, Jubilés, Hénoch. Il s’y
trouve aussi d’autres livres,
antérieurement inc
onnus : Commentaire d’Habacuc,
Manuel de
Discipline, Psaumes d'action de grac
es, Guerre des fils de lumiéres, Apocalypse de Lamech, etc.
Cette masse d’éécrits, que la
Synagogue n’a pas retenus dans son
canon des livres saints, ce
sont précisément ces « ouvrages
des anciens » auxquels, rapporte Josèphe 51, les Esséniens «
s’appliquaient avec un zèle
extraordinaire ». C’est là que se révè
lent à nous, dans toute leur
singularité, les doctrines et Les usag
es propres à la secte. S’y
trouve-t-il certains traits permettan
t d’éclairer le problème, ici
posé, des influences étrangères ? I] nou
s semble qu’il faut répondre affirmativem
ent. Limitons-nous ici à quelques
exemples.
Voici d’abord ce
qui concerne Pi nfluence iranienne.
Dès la publication, en 1948 et 1949,
de quelques extraits des
rouleaux trouvés dans | a première grot
te de Qoumrân, certains
reconnur
ent immédiatement que la doctrine de
la secte juive
était fortement marquée d’un certain
caractère gnostique et
dualiste, révélant une influence très nett
e des conceptions
zoroastriennes. Le rouleau appelé «
La Guerre des
fils de lumière contre les fils de ténèbres
»
se montrait, à cet égard,
de l’Université de Göttingen, déclarait
: « Cette structure gnostiparticulièrement significatif. Dès 1950, le prof
esseur K. G. Kuhn,
que des nouveaux textes peut difficilemen
t avoir son origine
dans la
tradition juive. Elle concorde étonna
mment avec la
prédication primitive de Zarathoustra,
et, de ce fait, elle pose de
façon entièrement nouvelle la vieille ques
tion de l'influence
pars
iste sur le judaïsme » %,
De notre
côté,
dès la même
année, nous attirions également l'att
ention sur l'influence
exercée sur la secte.
50 IV Esdras, XIV, 37-47.
n 1951, du Manuel de Discipline, devait
icati
Le peur ee point de plus abondantes lumieres. Dans ce
ffet, se trouve insérée une longue instruction sur
rae
tion
hem we bi uement mazdéen, des deux Esprits. Cette instruc
an
posséd
26),
IV,
ave tne section nettement distincte (III, 13 a
tion
instruc
al
«
re, qui précise qu’elle est destinée
a titre pt
el STe Pienement de tous les fils de lumière » : c'est
dire ie
ue c'est une catéchèse fondamentale qu’on dev ait
‘lai ment
s ie
Seulquer a tous les membres de la secte. Nous ne pouvon
du
celui
,
ae mer. Dieu a créé lui-même deux Esprits
it
lumiedes
Prince
le
c’est
bien,
du
L'Espr
Mal.
du
que la celui
ténèbres.
Br ‘A a ‘a Verité ; l'Esprit du mal, c’est l'Ange des
ennemi. Toute
Le eme est aimé ‘de Dieu ; le second est son
iquent par la
s'expl
monde
du
ire
Fhitoire m maine toute l’histo
e sont sous
lumièr
de
fils
Les
.
mite inc ante de ces deux Esprits
es sous a
ténèbr
de
fils
les
Ind mination de l'Esprit du bien,
eux
voles,
deux
,
armées
Deux
à Onation de l'Esprit du mal.
A la fin des temps, l'Esprit du mal disparaitra
domine me
rituals à ce
*
LE]
large mesure », semblait avoir
51 BJ, 11, 8, 6, § 136.
52 Zeitschrift für Theologie und Kirch
e, XVII (1950), Heft 2, p. 211,
53 Aperçus préliminaires.., (1950),
p. 107, 113, 119.
83
E D’ARCHEÉ OLOGIE ET D ’ ORIENTALISME BIBLIQUES
CONGRES
RELIGIEUSES
la victoire définitive de Dieu et de l'Esprit du
même en ce
bien, M: is attendant en chaque âme humaine,
a sn Je
ts
présen
sont
pen is de lumière les deux Esprits
1G
purifiées et
éme Visite, c'est-âerre
ement
Jugem nt les Pets des Eus ront entièr
jo Brent de la plénitude de la Connaissance divine.
Un
la
coché de
rapp ne
tel enseignement ne peut pas ne pas être
doctrine même des Gäthä, ces poêmes archaiques ine
porés
ta, et dont il est généralement admis qu ils repré
, TA
s
Qu'on
s.
proche
tant la pensée propre de Zoroastre ou de ses
rappelle, par exemple, cette strophe :
r:i
a dit
ucteu
: tence,
desir
l'exis
co mmsement de a
au com
1
ount
saint,
disc
vais
le plus
«Je
dont
tes,
ales
oa
ord
rec
ni nos choix, ni nos paroles, ni nos
ord.
ni nos consciences, ni nos ames ne son
” Ni nos pensées, ni nos doctri1nes, nt1 nos forces menta
saint
Espritt a)
és Espri
atha, sont appelés
Ces deux Esprits, dans les Gatha
3
iman
RE
you
Main
(Anra
is
(penta Mainyou) et Esprit mauva
,
e
choses
nest
toutes
es
de
r
sateu
e, cre
uniqu
i
dieu
Ahoura Mazda
l'Espr,itle saint,
re part, les deux Espr Paar
et,i d'aut
déclarés « jumeaux ». Radicalement opposes
,
’
tra
uction
i
j emin,
uchesne — Guill
dans5
)
a ( (1948).
critique avec une traduction commentee des Gäthä
asnd
I
Zor oustre.
Etude
Seite 6
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)ceux-ci se livrent une guerre acharnée, incessante. Le monde est
comme un champ clos: la vie de l’homme est tout entière un
combat, un drame grandiose, où sont engagées toutes les forces
surnaturelles, réparties en deux armées. Lutte inexpiable des
bons contre les méchants, de Dieu et de ses auxiliaires contre
les démons, des vertus contre les vices ! Mais le Bien, à la fin,
sera victorieux: le Mal sera exterminé. Ce sera le moment
décisif, la terrible ordalie par le feu et par le métal fondu. Les
sectateurs du Bien seront récompensés dans la « demeure lumineuse », tandis que les méchants seront dans les ténébres et se
lamenteront.
Faut-il rappeler que l'ancien Israël ignorait totalement cette
doctrine des deux Esprits, cette division si tranchée et si totale
du monde surnaturel et moral en deux camps radicalement
hostiles ; il ignorait ces rétributions d’outre-tombe, cette espérance du « terme ultime » et du Jugement général. A partir
de Exil, apparaissent dans les croyances du judaïsme d’importantes innovations, dans lesquelles plus d’un critique, nous
l'avons rappelé plus haut, avaient antérieurement reconnu l’influence du monde religieux iranien. Mais jamais ne s'était
encore présenté un document ancien d’origine juive portant avec
autant de netteté que l'instruction sur les deux Esprits dans le
Manuel de Discipline la marque iranienne. Certes, cette instruction juive n’est pas une copie matérielle, une transposition pure
et simple de la doctrine iranienne ; en pénétrant dans le judaïsme, celle-ci a abandonné certains traits originaux, qui n'étaient
pas assimilables, D’autre part, elle a été démarquée: le nom
d’Ahoura Mazda a été remplacé par celui de Dieu (5x), de Dieu
d'Israël (nier Ss), et les deux Esprits sont devenus l’un l'Ange
de vérité (max 7x2). l’autre l'Ange des ténèbres Gen x).
L’Ahriman iranien a pris des noms hébreux : Belial, Mastéma,
Satan. Les concepts iraniens ont été le plus possible adaptés à
d’anciens concepts juifs : une telle adaptation est de règle dans
tous les cas d’emprunt doctrinal. Mais, en dépit des retouches et
des corrections partielles, l'ensemble laisse clairement reconnaître, selon nous, une influence iranienne précise.
C’est ce que nous avons exposé, dés 1952, dans la Revue de
IBLIQQUES
ME BIBLI
’ IENTALIS’
É LOGIE; ET D'OR
F D’ARCHEO
CONGRÈS
85
ante, a des conclusions
stude aboutissant, de facon indépend
élou s’est ainsi exprimé 5 i
s nblables. Récemment, le R.P. Dani
pr 5)
doctrine (des deux
te rave sujet : « L'origine de cette
ais
des éléments bibliques.
Dose une question. Elle comprend
Une influence iranienne
structure en implique d’autres...
_
57
|
:
semblable » °'.
‚rai
comme Ia
vm L’instruction sur les deux Esprits,
notons-le, était
dontl'écho
retrouv ee
nien. On en n
i me esseéni
base de tout le catée chis
en
(
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Douze Patr
Dou
ment dans les Testam ents des
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n'est guer
lien avec la secte de Qo umrân
s aux fils des hommes. 3
voie
deux
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donn
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doute: « Dieu
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eux
i s, etd
et deuxN conduite
i
lls,
j ns-nous, et deux conseeils,
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2 toutes
i e, et deux fins. A cause de cela,
de vivr
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1
effet, les vo
En
re.
l’aut
e
de
d
? e en face
ar deux, l'un
re:
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et
„B;
et celle du mal...
hombre de deux, celle du bien
« Sachez donc, 6 mes enfants, que
deux Esprits s ocenP
l'Esprit de mensonge » er une
Yhomme : l'Esprit de vérité et
des deux Esprits estS attestee, avec
i
plus, la doctrine
i
Bien
en
e:
Voici,
menee. Le
N Adrie mem
A exan
i on d'Al
netteté= frappante, danss Phil
oo
=
Exo
1
tiones in
ffet, ce qu’on lit dans le s Qaes
Ae la nance ce
e
mem
ent
mom
au
‘ Dane toutes les âmes,
ulaire et
iss
Sy lu ne
sances,
é e temp s deux Puis
get: rent en mém
énét
]
obtient ] av antage, aut et
Pautre malfaisante. Si la première
ses fins. Si, au contrair os
rendue impuissante pour réaliser
salutaire n'obtient rien, ou un
la seconde qui l'emporte, la
ment un gain tout à fait minime.
C'est par ces Puissances « “
» Suit alors un long ei h open
ele monde entier a été fait...
Puissances, qui régissent à la
ment sur le thème des deux
du monde entier. ici suivant
le destin de chaque âme et celui
,
sances
Il est clair que les deux Puis
désignen
Anges
les deux Esprits ou les deux
la terminologie philonienne,
unique
estt
,2 e
raique. Un tel tex te, A vrai dire
ébra
échèése héb
de Ja catéch
h 1hi nent spe
E.R. Goodenoug
dans Philon, ainsi que l'a note
°’. Mais il n’en
cialiste des études philoniennes
p
(1953), p. 129.
57 Dieu Vivant, n° 25
,
er, Ld
58 Testament d'AsJuda
,
Esprits dans le Manuel de Discipline. Voir aussi Nouveaur Aperçus sur les
manuscrits de la mer Morte (1953), chap. VII.
arméra
yer
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une
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on "est conservé seulemen
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eo Testament dee Phil
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Auch
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à la Sorbonne
rre Boyancé, professeur
émen
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ettres Db €
» p. 131.
h
19 1953),
trim.
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25
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Viva
i
2
rtait vraiie
i
l'original grec po
tion d'Aucher, virtules;
ms goo" Dans dans tjuc
u
56 T. XLIX (1952), p. 296-316; article intitulé Die Sektenschrift
und die
iranische Religion.
En Light
l'Histoire des Religions 55. Un peu plus tard, le professeur Kuhn,
dans la Zeitschrift für Theologie und Kirche 56, publiait une
55 T. CXLIT (juillet-septembre 1952), p. 5-35: L'instruction sur les deux
5
|
(1935),
Gospel of Hellenisti c Judaism
ic
Myst
The
t,
Ligh
nt duva wets.
p. 205, n. 44.
Seite 7
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)CONGRÈS D’ARCHÉOLOGIE ET D'ORIENTALISME BIBLIQUES
remarquable ; comme l'a écrit cet auteur, la Puissance malfaisante est manifestement Ahriman, et le passage en questio
n
de Qoumran. Nous ne saurions ici le démontrer en détail.
grottes
« révéle que Philon connaissait la doctrine perse et en admett
ait
les postulats ». Quand il écrivait ces lignes, en 1935, Goodenough, évidemment, ne connaissait pas le Manuel de Discipline
;
maintenant que nous est connu cet écrit essénien, un peu
antérieur à Philon, il est sans doute permis de penser que c’est
de
la catéchése essénienne, et non pas directement de la doctrin
e
perse, que Philon s’est inspiré, — de la catéchèse essénienne
qui avait elle-même subi l’influence de la doctrine perse.
Une telle facon de voir suppose que d’étroits
contacts
existaient entre les Juifs d’Alexandrie et la secte juive palestinienne. Ce fait, à de nombreux indices, nous parait extrêmement probable. Tout récemment, le R.P. Dubarle, dans la Revue
des Sciences philosophiques et théologiques °°, a soutenu
que,
sur plus d’un point, la Sagesse de Salomon, cet écrit judéoalexandrin si remarquable, qu’on date, généralement, du premier siècle avant J.-C. reflétait l'enseignement même du
Manuel de Discipline: « Le judaisme alexandrin, conclut-il,
a
connu les écrits de la communauté (de Qoumrân) ». Et l’on
pourrait encore alléguer bien d’autres faits.
Mais les contacts entre le judaïsme alexandrin et les Esséniens de Palestine ont vraisemblablement abouti à des influences
réciproques. Parmi les membres de la communauté de Qoumrân,
il en est sûrement qui lisaient le grec: n'a-t-on pas retrouvé
dans lune des grottes des fragments d’une version grecque de
la Bible 6 ? Or, le judaïsme alexandrin, nul ne le conteste, était
largement ouvert à linfluence de l’hellénisme. Les Esséniens
— par lintermédiaire du judaïsme alexandrin, ou de quelque
Laissant de côté des traits importants, tels que le mode de vie
communautaire, l’abandon de la proprité privée, le serment
d'initiation, Vinterdiction générale de jurer, le port des ve ements blancs, l’ascétisme, etc, nous voudrions seulement, à a
Jumière des nouveaux textes, attirer l'attention sur trois pui 3
la prière au soleil, le calendrier propre à la secte, la sainteté
|
igne noun.
FPE d’abord, l’invocation au soleil, Josèphe a note que les
e
Esséniens, « avant le lever du soleil, ne font entendre rien
esse
Ya
a
s
ancestrale
prières
profane, mais récitent certaines
du soleil, comme s'ils le suppliaient de se lever » ; en cette
cérémonie, Josèphe a reconnu expressément « une forme ae 1x
propre de la piété envers la divinite » 65, J] ne sagt one pas
d'une pratique répandue dans l'ensemble du ju sm 1 a
d’un rite caracteristique de la secte essénienne.
En ou
noté encore Joséphe, quand les Esséniens ont a satis aire ur
>
besoin naturel, « ils creusent un trou... et Sy acerouPisse
yon
T
es
enveloppes de leur manteau, pour ne pas outrager
de Dieu » 6; il est clair qu’ici « les rayons de ieu », ce sont
les rayons du soleil : mais cette expression curieuse, qui se mle
Bi eus
identifier le soleil avec Dieu, révele pour le moins qu aux
des Esséniens, l’astre du jour était le symbole même . Dien.
Or, Pun des psaumes de la secte de Qoumran conten >
ae
la cérémonie matinale des Esseniens; le psalmiste, en
verit
parlant à Dieu, s'exprime ainsi : « et, comme une
Dieu, « au point ‚du jour », apparal tau
nant examiner.
le soleil le symbole et comme la presence de Dieu lu
Bien des arguments présentés autrefois par les partis
ans de
la thèse de l'influence pythagoricienne sur Pessén
isme * n’ont
rien perdu de leur valeur, selon nous, mais se trouve
nt au
contraire renforcés par les documents nouveaux proven
ant des
62 T. XXXVII (1953), p. 426-443 ; article intitulé Une
source du Livre de
la Sagesse,
63 Voir R. de Vaux, Revue Biblique, 1953, p. 86.
64 Leur liste est donnée plus haut, p. 2-3
Mi
aurore, au point du jour (Ein?) Tu mes appart ne
ut ur
encore: « „et Tu m’es apparu en Ta force au poin
(amd) » 67: Si
de
on
nous, une nette allusion à cette croyance, en même emp ave
autre manière — n’ont-ils pas subi eux-mêmes influence du
monde religieux hellénistique et, plus précisément, l’influence du
néo-pythagorisme ? Telle est la question qu'il nous faut maintes
, a
sree
fidéle « en sa force », « comme une véritable aurore KAA
dal s
vande
evant
soleil
le
nt
pas parce que celui-ci, contempla
i .
ina
Chez les Thérapeutes d’Egypte, Philon décrit un rite ma
one
ore
le
et
semblable à celui des Esséniens : « Les yeux
guett nt
entier tournés vers l'Orient, écrit-il, ils (les Thérapeu es
se
le lever du soleil : dès qu’ils le voient, levant les mains ve
|
ciel, ils prient pour demander une heureuse journée,
65 BJ. 1, 8, 5, À 128.
66 BJ. II, 8, 9, 8 148.
D.
9. — Sur la traduction
Genouzöt, II, pl. IX, 1, 2 et 19.
i
nik
Testamentum, 11 (1952)
Vetus
dans
ation
explic
notre
voir
< au pode
p. 235, note 2.
Seite 8
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)CONGRES D'ARCHÉOLOGIE ET D’ORIENTALISME BIBLIQ
REVUE D'HISTOIRE ET DE PHILOSOPHIE RELIGIEUSES
séder la vérité et une vue pénétrante dans leurs réflexions » *
Et la Sagesse de Salomon contient une allusion a la méme pratique : « ..pour qu’on sache qu’il faut devancer le soleil pour
Te rendre graces et Te rencontrer au lever de la lumiére »
(16 35) ; quand se lève la lumière, c’est Dieu que le fidèle « rencontre », c'est Dieu même qui lui apparait.
| Josèphe n’a rien dit de la prière du soir chez les Esséniens ;
mais il y a tout lieu d'en supposer l'existence, à l’analogie de
ce qui se passait chez les Thérapeutes. Voici, en effet, ce que
Philon rapporte de ceux-ci : « Ils ont coutume de prier deux
fois par jour, à l’aurore et au crépuscule : quand le soleil se lève
pour demander une journée qui soit belle — mais de la véritable
beauté —, pour avoir l'intelligence inondée de la lumière
céleste ; et quand il se cache pour que leur âme, pleinement
soulagée du fardeau des sensations et de l’univers sensible, se
mette à la poursuite de la vérité » °°. A ces prières du matin
et du soir, le Manuel de Discipline fait nettement allusion ; le
fidèle de Alliance exprime ainsi sa volonté de se conformer à
cette pratique fondamentale (X, 10) :
« Quand tombe le jour et quand cesse la nuit,
jentrerai dans l'Alliance de Dieu ;
et guand commence le soir et quand se lève le matin,
je dirai Ses Décrets. » °°,
Ainsì, chaque jour, quand le soleil apparait et quand le soleil
disparait, PEssénien ranime en lui le sentiment de l'Alliance
divine et célébre avec allégresse la sainte Loi du monde.
. Semblablement, ainsi que l’a noté le R.P. Festugière ™, « la
prière (du matin et du soir) au soleil est un trait de la piété
pythagoricienne ». Apollonius de Tyane, par exemple, rapporte
que les disciples de Pythagore, à Crotone, se levaient de bonne
heure et « observaient le soleil, afin de le prier au moment de
son lever » 72, Lui-même avait coutume de le prier au point du
jour, et aussi le soir 7°. Et le même rite était en usage chez les
adeptes de la Gnose pythagorisante d’Hermés Trismégiste : « Eh
bien donc, mon enfant, tiens-toì debout en un lieu à ciel ouvert,
72 Jamblique, De vita Pyth., 256.
13 Philostrate, Vita Apoll., IT, 38, VI, 10, VII, 31,
VIII,
13
du Soleil couet, face au vent du sud, au moment de la chute
du soleil, en
lever
au
e
encor
même
chant, fais adoration, et de
les Esseniens, une prate tournant vers le vent d’est » 75 Chez
au reste du judaïsme,
tique aussi typique, totalement étrangère
me.
goris
pytha
au
semble bien révéler un emprunt
juive de Qoumrân
Voici notre seconde remarque. La secte
entiquement conforprétendait détenir un calendrier révélé, auth
nté divine. Ce calendrier,
me au « Décret du Temps », à la volo
s, toutes les fêtes,
qui servait à déterminer tous les temps sacré
l'ensemble des Juifs.
était différent de celui que suivait alors
T) nous
(LXXII-LXXXI
Le livre des Jubilés et le livre d’Henoch
ce calendrier spécial,
de
ques
typi
ns
font connaître les dispositio
l’année en quatre saisons
tout entier fondé sur la division de
exactement 13 semaines,
de trois mois, — chaque saison comptant
re comptait donc 364
c'est-à-dire 91 jours; l’année tout entiè
aire, l’année,
un, au contr
jours. Selon le calendrier juif comm
seulement de 354 jours,
était
comprenant douze mois lunaires,
à autre un mois supplés
— ce qui obligeait à intercaler de temp
l'année solaire. Le
avec
mentaire pour rétablir la concordance
petit poème sur
un
côté,
Manuel de Discipline présente, de son
drier de la
calen
du
tique
les temps sacrés, où le trait caractéris
ns, est
saiso
re
quat
en
secte, à savoir la division de l’année
7%.
remarquablement souligné (X, 1-8)
saisons n’est nulleOr, cette division de l'année en quatre
juif. ainsi que chacun sait,
ment d’origine juive ; l’ancien monde
distinguait seulement deux
saisons
annuelles :
l'été
(saison
pluvieuse). L'ancien
et sèche) et l'hiver (saison froide et
chaude
ant longtemps que deux
monde grec lui-même ne distingua pend
r de l'époque hellénistiou trois saisons ; c’est seulement à parti
quatre saisons annuelles.
que que se répandit le système des
attribué à l’école
L'origine de ce système est généralement
drier de la secte
calen
le
,
ainsi
pythagoricienne °°. S'il en est bien
ce du pythagondan
dépe
en
de Qoumrân se montre, lui aussi,
risme.
parler’ est inclus
Le troisième point dont nous voulons
dans le passage du Manuel
dans les mots suivants, qui se lisent
uction Festugière). Cf, Asclepius, 41,
74 Corpus Hermeticum, XII, 16 (trad
on à l'exégèse du Manuel de Disibuti
75 Voir notre étude intitulée Contr
(1952), p- 229-243.
68 De Vita contemplativa, § 89,
69 Ibid, § 27.
70 Voir encore Manuel de Discipline, X, 1-3.
.
71 Corpu
Belles Lettres,
icum, t. II (Paris, Les
(note 342 s Hermet
89
1945),
tum, II
cipline, dans Vetus Testamen
p. 398
253).
76 Daremberg-Saglio, art, Horae (p.
Moun »
ulée La sainteté du signe € Belgi
intit
n
atio
unic
comm
notre
que,
Voir
17
e de
royal
démie
l'Aca
de
tin
Bulle
dans le Manuel de Discipline, dans
Classe des Lettres, 1952, p- 184-1
Seite 9
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)de Discipline relatif aux temps sacrés que nous avons mentionné
plus haut (X, 4) : 2
mx
Dwmp
wip ;
ces mots sont à
traduire littéralement ainsi : « pour la sainteté des saintetés et
le signe noun ». Le mot « signe » (mx) en hébreu sert notamment à désigner les lettres de l’alphabet ; tel est ici manifestement le sens de ce mot, puisqu'il est suivi de la lettre noun
elle-méme. Mais pourquoi, dans un poéme sur les temps sacrés,
faire mention du noun, d’une des lettres de l'alphabet ? I]
convient de se souvenir que le monde hellénistique a vu s’épanouir toute une mystique des lettres de l’alphabet ; c’est là l’un
des chapitres les plus curieux de l’histoire religieuse de ce temps,
sur lequel d’importants travaux ont été publiés 78, Si donc il est
question dans notre passage du signe « noun », c'est-à-dire de
la lettre noun, c'est vraisemblablement à cause de quelque mystérieux symbolisme attaché à cette lettre. Or, du fait que les
lettres de l’alphabet servaient chez les Grecs à noter les nombres, la mystique des lettres se trouva intimement associée à la
mystique des nombres:
l’arithmologie pythagoricienne vint
ainsi enrichir de significations nouvelles les spéculations sur le
caractére sacré des lettres.
Quant à la lettre noun, nul n’ignore que sa valeur numérale
en hébreu (comme celle du nu, en grec) est 50. Or, Philon
QUES
ALISME BIBLIQUE
’ IENT
E D’ARCHEOLOGIE ET D'OR
CONGRES
i
erlatif
grec
ay aros,
äyiér
K
91
la
fie
.
.
le plus3 saint | », et il qualifie la
lettre noun elle-même, si bien
que l’on doit comprendre ainsi
ême sainteté de la
(avec hendyadis) : « pour la supr
En
».
noun
our la très sainte lettre
, © est
sacré
e
ctèr
cara
tel
un
PW Gertes Fi la lettre noun possède
au
un
de
le
que
ons
ut-étre aussi pour d’autres rais
lavue
S
de
e
que
l
e,
lettr
e
e : surj une mêmnet
sentte
nombre qu’elle represen
en
am
n
e
s
nous
i rs on pouvalit imaginer ! Mais il
j es dive
lism
s
i ue de la lettre noun est au moin
r arithmologiq
,
est
ente sainteté. Ph oe ine
“ments essentiels de son émin
|
de Disci
far el
le Manu
tion du « signe noun » dans
intances de
et precis des acco
vrobablement un indice nouveau
pythagoricien.
de
mon
le
Ja secte de Qoumran avec
*
++
on
1 nous faut maiintenant c onclure.
avons cru devoir discerner
Dans la secte de Qoumrân, nous
Pintuene RE missLe
à la fois l'influence iranienne et
édait des centre
’oublions pas, possédai
jui e, ne l’ou
i spora juiv
Dia
Part : Pneus
drie, d’autre
en Babylonie, dune part, à Alexan
x
e re
le mon Be
i avecei
È lawifois
sm
sme
seni
L’es
ue.
eniq
én
hell
e
N
i n et ave c Je mysticism
irano-babylonie
était en conta ct à
j me étai
j aïs
le jud
pentécontade — est « le plus saint et le plus substantiel des
nombres, vu qu’il est constitué, explique-t-il, par la puissance
set où se mélérent et se fus
fut, ’ en Palestine, comme le creu
|
|
|
srent les deux influences.
.
oda
ine
erm
det
,
ent
pour le mom
ne On ne saurait, du moins
tgénération de l'univers » 7°. L’excellence hors de pair de la
pentécontade est mise, on le voit, en rapport avec le théoréme
fameux de Pythagore: le nombre 50 est l’expression parfaite
du triangle rectangle, en tant qu’il est égal à la somme des carrés
l'influence ira
notamment que, sur certains points,
n
a
gr éco-orie
e
Sti sme
sy! réti
diaire de ce sync
’i termeédia
exercéÄ e par l’in
de ce
d’Alexandrie nous apprend précisément que le nombre 50 — la
(le carré) du triangle rectangle, lequel est le principe de la
des trois côtés de ce triangle (3 fois 3, plus 4 fois 4, plus 5 fois 5),
ainsi que l’expose Philon lui-même ®°. Il est, repétons-le, « le
plus saint et le plus substantiel des nombres » (dyiúraros vat
puouxwtaros àpiBuüv).
A la lumière de ces mots de Philon, il nous semble que
s'éclaire l'étrange expression du Manuel de Discipline « pour
la sainteté des saintetés et la lettre noun ». En effet, le superlatif hébreu cm wp
« la sainteté des saintetes »,
c'est-à-dire la suprême sainteté, correspond ici, croyons-nous, au
T8 Signalons notamment F. Dornseiff, Das Alphabet in Mystik und Magie
(2 éd., 1926).
79 De Vita cont, £ 65.
80 De Spec. Leg,
1I, $ 177.
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CONGRÈS D’ARCHÉO
93:
D ’ ORIENTALISME BIBLIQUES
_ Mais les auteurs mêmes qui avaient cherché à expliquer
l'essénisme comme un développement exclusivement juif, indépendant de toute influence étrangère, n’ont pas entièrement
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de M. Dupont-Sommer
de vérité. Ainsi, Ritschl et Bestman avaient raison d'insister sur
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le caractère sacerdotal de la piété essénienne: les textes de
Qoumrân ne nous ont-ils pas appris que les fidèles de l’Alliance
se nommaient les « fils de Sadoq » et qu’ils tenaient le sacerdoce en particulière estime? Lucius avait raison de souligner
que les Esséniens étaient des réfractaires qui avaient rompu avec
le culte du Temple : les nouveaux documents, y compris l’Ecrit
de Damas, n’ont-ils pas révélé que les membres de la secte
abandonnèrent le service du Temple et furent persécutés par
le sacerdoce officiel ? Hilgenfeld avait raison de voir dans
Pessénisme une école d’apocalypticiens juifs : la bibliothèque de
Qoumrân n’a-t-elle pas livré, en même temps que l’A pocalypse
de Lamech, des fragments d’Henoch et de nombreux autres
ouvrages apocalyptiques ? Enfin, les divers historiens qui ont
cherché à ranger les Esséniens dans la ligne du pharisaïsme,
même si leur thèse, dans l’ensemble, est gravement erronée, ont
eu quelque peu raison, eux aussi, en soulignant le profond attachement des Esséniens à la Loi et à la tradition juives; les
documents de Qoumrân, tout en interdisant absolument de
confondre essénisme et pharisaïsme, ont montré que les Esséniens, tout comme les Pharisiens, étaient les hommes de la Térd.
En vérité, la secte essénienne, à l’intérieur même du
judaïsme, fut l’héritière la plus fervente de tout le legs mystique
du passé d’Israél. Mais c’est sa ferveur même qui la poussa à
rechercher et à absorber ce qu’il y avait alors, dans le monde
mystique païen, de plus élevé, de plus fort, de plus conquérant :
la Gnose essénienne, essentiellement syncrétiste, intégra à la
piété juive la plus ardente les conceptions les plus nobles, les
plus hautement spirituelles, et du mysticisme iranien et du
mysticisme grec. Le produit d’une telle synthèse fut naturelle-
‘ment d’une richesse et d’une qualité rares, Grâce à sa substance
complexe, l’essenisme se trouva doué d’une force de séduction
considérable sur les âmes éprises du divin à la fois dans le
monde juif et dans le monde païen. Ainsi se préparait le terrain
où prit naissance le christianisme, cette secte d’origine juive
qui devait si vite conquérir le monde entier.
Faculté des Lettres de Paris et
Ecole Pratique des Hautes-Etudes.
ANDRÉ DUPONT-SOMMER.
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Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)formel. Bélial est une créature de Dieu, L’activité de Bélial est subordon.
née à la souveraineté divine (IV-16). Dieu mettra un terme à l’activité de
Bélial (TV-18)... Toute réserve faite sur Pinformation de Josèphe au sujet
de la communauté, la traduction de M. Dupont-Sommer du
moog TOV Hau
ne s’impose nullement. Ne suffisait-il pas que les membres de la communauté se tournassent à l'heure de la prière vers le soleil pour justifier
pleinement l’accusatif grec ?... Il faut, en plus et auparavant, lire leur
règle et ce qu’elle dit des temps sacrés de la prière (X-1-3)... Il s’agit du
lever et du coucher du soleil, Et à ces moments de la journée, la Règle
ordonne formellement à l’instructeur l’offrande des lèvres, c’est-à-dire la
prière qui doit bénir le Créateur. Le soleil n’intervient donc dans la pensée et dans la vie de la communauté que pour marquer les temps de la
prière, Non seulement, il n'est pas Dieu, mais il n’en est pas non plus
quelque symbole plus ou moins grec. Qumrân n’a rien, absolument rien,
emprunté au culte solaire du Pythagorisme.
M. Dupont-Sommer.
Le texte de Josèphe est exactement celui-ci :
« olv yap dvacyety tov fhtov... Tatpious 6€ Tivas Elc autéy svyas done
(xetevovtes d&vatetha:,
Avant le lever du soleil, … ils lui adressent des
priéres traditionnelles comme pour le supplier de se lever » (traduction
du R.P. Lagrange). II ne faut pas minimiser la portée de ce texte, que
le R.P. Festugière a très justement rapproché de l'usage pythagoricien
(Corpus Hermeticum, t. II, p. 398). La secte juive de Qumran n'a pas
identifié le soleil avec Dieu, mais elle semble bien avoir vénéré le soleil
comme un symbole de Dieu ; elle ne l’a pas seulement considéré comme
servant à marquer les temps de la prière.
65 Oene ENT - SOMMEN A.,
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