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ia
G. Le GneLLe, Le premier livre deb Géprgiques, poème pythagoricien: LEC
1946 189-235. | L'architecture du premier livre des Géorgiques est fondée sur
l'harmonie des nombres, et l’on peut retrouver A
x A
ge tre n
rer
tique des éléments constitutifs de ce cadre: préétabil. A
LE PREMIER LIVRE DES GÉORGIQUES
POEME PYTHAGORICIEN
Ce
En abordant les recherches dont le présent essai expose les
principaux résultats, nous n'avions pas précisément en vue la
question si controversée du pythagorisme de Virgile. Cet article
s’allache surtout à l'ordonnance littéraire du premier livre des
Géorgiques. À une conslatation initiale touchant la structure
d'ensemble et donl il importera d'abord d'établir l’objectivité,
s’enchaine une série d'autres remarques. Leur convergence
impose cette conclusion (chap. VI, p. 223) : imprégné d'esthétique pythagoricienne, le génie de Virgile a conçu une méthode
de composition tout à fait originale : cette formule d'art rend’
compie, pour une large part. de l’harmonieuse
proportions, de ton et de coloris, tant admirée
unité de
dans les
Géorgiques.
Nous comparerons, en terminant, l’architecture pythagoricienne des Premières Géorgiques à celle des Bucoliques. découverle par M. Paul Maury (chap. VII, p. 227).
I. —STRUCTURE GENERALE
« Proportion divine »
L'exorde des Géorgiques invoque tour à tour les différentes
divinités protectrices de l’agriculture. Dans ce cortège, Auguste
vient en dernier lieu. A lui de guider le poète dans la vole
nouvelle où il s'engage
:
v. 40 Da facilem cursum atque audacibus adnue coeptis,
ignarosque uine mecum miseratus agrestis
ingredere et wotis jam nunc assuesce uocari.
Le dernier vers affecte l’allure d'un envoi. Là, sans nul doute,
se termine le prélude.
A l'autre extrémité du poème, en une grandiose mais8 sombre
contre-partie de son brillant début, Virgile depeini le désordre
et la détresse où la mort de César plongea le monde romain.
L’aspect politique de ce sujet et l'atmosphère tragique de cette
finale tranchent sur le caractère champétre que le poème avait
conservé jusque là. En conclusion de toute une série de
Page 2
View in PDF(opens in a new window)renseignements tirés de la météorologie rustique, le soleil met
le laboureur en garde contre le mauvais temps, dit Virgile.
mais, ajoute-t-il, cet astre infaillible prédit également désastres
et guerres !
Denique, quid Vesper serus uchat. unde serenas
mentus agat nubes, quid cogitel umidus Auster,
v. 463
G. 1,1
G., H, 1
Solem quis dicere falsum
sacpe monet fraudemque et operta tumescere bella.
L'ensemble compris entre Vexorde du chant et son épilogue
s'étend done du vers 42 (exclusivement) jusqu'au second
hémistiche du vers 463 (exclusivement) : il comple ainsi 420
vers et demi.
Ce corps des Premiéres Géorgiques se partage d'après nous
en deux tronçons : les Travaur. les Jours.
bien-fondé
de
cette
division,
il
suffira
de parcourir un des arguments analytiques qui. dans la
plupart des éditions. figurent en lete du texte. On y verra le
poète enseigner d'abord le rude labeur des champs. puis exalter
la sainte loi du travail: premier ensemble que nous intitulons
Travaux. Viennent alors des indications sur les constellations
propices aux labours et aux semailles, sur les jours fastes et
néfastes, sur les nuits, sur le beau et le mauvais temps. Bien
différents des premiers avis. tous ces renseignements se laissent
grouper sous la mention assez générale de Jours.
Nulle part, il est vrai, Virgile n'use explicitement des vocables
opera et dies pour désigner les thèmes généraux de ce livre.
Peut-on dauler cependant que dans la répartition de la matière
qui sur sa barque fait
La première représente < l'hommee: qu'il
relâche un moment
fleuv
le
iter
force de rames pour remor
saisi par le courant.
la tension de ses bras. aussitôt son esquif. effort
errompu.
l'entraine à la dérive ». Evocatrice d'un par les inint
00
vers
cette image — amenée naiurellement 197 s.) — illust193-2
re pour
y.
(à noter : multo labore... uis humana,
:
la dernière fois lu leçon inculquée tout au Jong des Travaux
.„sanclos ausus recludere fontis.
Ascraeumgue cano Romana
per oppida carmen.
remigiis subigit. si bracchia forte
la navigation. mais
Empruntée. elle aussi, au domaine decomp
araison inaugure
re
l'aut
ere.
contrastant avec la premi
< en outre il nous
pas;
suff
ne
il
trava
Je
:
un thème nouveau
iure et les jours des
faut observer el la constellation d'Arcélinc
elant avec autant
Chevreaux ei l'apparition du Dragon
a travers les mers
c
patri
leur
de soin que les piloles regagnanl
les yeux vers le
lever
a
r
vateu
culli
orageuses... ». Invitant le
Jans Fordre
duit
intro
nous
qui
204
vers
le
ciel étoilé, c'est bien
. sujel des Jours.
des phénomènes soumis à l'action des astres
lail ce second
formu
le
On se rappelle du reste comment Virgi
re, G., 1, 1:
uerle
m
ferra
point de sa division: quo sidere
le point
après
done,
Voici
1.
M.
ou encore: sidera caeli, G.
d'orgue qui mettait fin aux Trapaux,
... si bracchia forte remisit
o
atque illum in praeceps prono rapit slueus ami.
«source sainte» qu'il se glorifiera de «faire jaillir à nouveau»1?
Du reste, chaque fois qu'il formule expressément le sujet de
son premier livre, le poète des Géorgigues mentionne les deux
points du programme d'Hésiode, en termes équivalents et dans
le mème ordre.
fuinine lembuni
Non aliter quam qui adnerso nix remisi
t
«tique iilum in praeceps prone rapit aluzus animi.
à traiter il ne s’inspire des "“Epya xai juéoat d’Hesiode. cette
1, G.. II, 175
Hactenus aruorum cultus (Travaux) el sidera caeli (Jours).
ion aux Travaux, la
Dans ces deux cilations, après allusJours
. C'est que, dans
les
ner
mention des astres sert 4 désig
ss.), l'influence
335
:
311
:
58
252-2
1.
la pensée de l'auteur (G.
saisons.
v. 201
du
uertere (Jours).
images formant charnière.
Le vers 463 fail en somme l'office du pivol sur lequel le
plateau tourne pour nous présenter un autre décor : au pavsage
champétre succéde le spectacle des cataclysmes poliliques.
s'assurer
sidere terram
Quid faciat lactas segetes (Travaur), que
|
|
.
des corps célestes commande, en plus du ryihme des
les variations atmosphériques.
La démarcation entre Travaux el Jours se situe entre deux
Sof tibi signa dabit.
audeat ? Mle etiam caccos instare tumultus
Pour
141
Pouverlure des Jours :
v. 204
Praeterca tam sunt Arcturi sidera nobis | ,
|
Haedorumque dies seruandi et lucidus Anguisra uectis.
aequo
per
a
uentos
am
patri
quam quibus, in
Pontus et ostriferi fauces templantur Abydi.
et Jours, impossible
Sur la limite qui sépare Travaur
203 et le suivant. Aucun
d’hesiter : elle se situe entre le vers
Page 3
View in PDF(opens in a new window)flottement non plus, on s'en souvient, quant au terme où
s'achève l'invocation du début et où commence le développement
Chacun de ces rapports a comme valeur? :
des Travaux (v. 42-43), ni pour l'habile transition par où. vers
la fin. on passe des Jours à l’épisode politique (v. 463).
Voilà l'étendue de chacun des deux secteurs en quesiion
définie de manière assez ferme pour autoriser des consideraiions
qui requièrent comme fondement des données numériques
solides. Nous disposons pour le moment des chiffres suivants :
Corps de la pièce (v.
y Travaux (v.
| Jours
43-462,5) : 420,5 vers.
43-203 ) :161
vers.
(x. 204-462,5) : 259,5 vers.
Le tableau depliant insere dans la présente livraison permet.
aulant qu'il se peul, d'apprécier visueliement ie rapper: en
élendue des deux développements consacrés aux Travaux et
aux Jours.
Dans
l'œuvre
de
Virgile
se
dessinerail-il
quelque
chose
comme le gabarit du Parihénon? — Si cette question hasardeuse nous vint un jour à l'esprit, c'est qu'en même temps
que la composition des Géorgiques nous éludiions l'eurythmie
caractéristique des temples grecs. — Le rapport entre Travaux
et Jours ne se rapprocherail-il pas de la proportion idéale que
crée la section d'or ? L'hypothèse se trouve vérifiée à un degré
surprenant, Il ne s'agit pas d’une application plus ou moins
approchee de la proportion divine, mais de son exacte réalisation
dans le compte des vers. Bien plus — on le montrera plus loin
— cette norme régit non seulement les grandes articulations
du poëme, mais encore les divisions secondaires et leurs
subdivisions.
elle « Nombre d'Or? >.
Ce chiffre. représenté par le signe % s'app
Tout __
alion
De l'équ
section
d'or
est
une
formule
de
fractionnement
fort
simple: elle parlage un toul en deux segments inégaux de
telle manière que le rapport du toul à sa partie majeure soit
identique au rapport de celle-ci à la partie mineure. On peut
l'écrire :
partie majeure
on déduit que
fn
=
partie majeure = Toul : 1.618.
section d'or, il e
Pour qu'un ensemble se parlage selon la re
la
done nécessaire et suffisant que son memb majeur soil
meme partie de lui-méme.
Ainsi, pour réaliser à coup sur dans un partage la proportion
ile donnée. Etablir la
divine. il suffit de diviser par 7 la quant
comme, pour un
section d'or esi-ce done chose si aisée 7 Tout
d ingeame
récl
ne
»
it
pianisie, produire Fe accord parfa d. pourvu quguère
appris
ait
il
accor
niosilé. Un sourd réussira cet
Créer
-sol.
do-mi
e
comm
es
touch
trois
t
à frapper simultanémen
cette
de
guùl
la seelion d'or n'est rien : l'art sera d’user avec |
formule.
on d'or ie est la seule
Autre manière de définir la secti
que la définition precedente.
bipartition proportionnée. Plus bref tere
privilégié de Ja section
cel énoncé souligne mieux le carac en
deux fractions. a.
pas
non
d'or. Lorsqu'on divise un tout
es
t-ce qu en Wars,
en parties plus nombreuses, ne seraipour
donner naissance
nts.
segme
des
s
ctive
dimensions respe
la partie majeure par M, la
2. Représentons algebrique+men!
m.
par m ct donc le tout par M
o
Tout
„
Fire mujer:
rai
=
=nt
L'équation Sortie majeure
s'écrira donc
La
143
M_+_m
Al
partie unsure
(1)
ace
ace
>
Puisqu’on cherche le rapport de M àé m, on rempl
i (1) devient : 1 + =1
L'équ
if ation
mineure
y P par.
M
7
i
(2)
=0
fed
fige: ?!—r—1
implifié
>= x. ou, simpli
1
Trinóme du type ar’ + br + ¢ = 0 dont la racine vaut
- Jar
ho 151
da
re _formule e gem
Appliquée 4 notre équation (2), cette derniè
1-15
1+ 15
Tout
partie majeure
_
partie majeure
partie mineure
Cette égalité de rapports reçut à la Renaissance le nom de
proportion divine.
= VTA
et Tg
racine : 7 =! 3 7, qui se dédouble en 2 1,618...
r = 1,618...
quent
consé
Par
Le dernier résultat, négatif, est ici sans Min
=
ou
M + m
Af
(1); done Sortie majeure 1,618
Orz= a = M
confondre avec le nombre d'or qui intervient dans le
3. A ne pas
calendrier.
Page 4
View in PDF(opens in a new window)àca inline. ne sont
pas astreintes 4 une seul
e formule
mettent une infinité
de vari
au contraire, * n'échappe
pas as à
à
l’absence de proportions.
ations. La division
bipartite.
j
dile
mme
:
j
ce
Pic se ie a partir
=
>
=
in
ml 1on :
oo
=
x
s.
Or
rapports,
une
1
IR action Bar op
de la notion élémentaire
ce vocable
un
ij
"4
signifie
qualre
proportion
termes.
dans
le cas
d'un
termes
:
formuler
tout
qui
- on ne distingue réel
lement que
ña nis:
les
deux
parties
ne
foe
—e est
e emploi
l'ensemble ?
la
proposition, forc
e
le
seul
parti
d'un
des
trois
possible
cominun.
de
Pour
faire
supposés
me de la arypertion dens
deux
rapports.
proportion comporiera
terme
—
éléments
> de le placer comme ter
chacun des
trois
et
se. aux quatre
termes de
i
de deux
x parties, puisque,
dans cetle
Fe
|
deux
Comment
en que deu
ar
égalité
rapport suppose
Autrement
inevilablement
Mais
le
seul
dit.
un
la
tier
élém
ent
acceptable
Fig, 1. — La POUr ce rôle
d'intermédiaire est la
partie ma : :
SECTION D'or DUISQU en dim
ension elle se siluera
entre la reti.
mineure el
Proporlion
ae
:
l'équalion
4
possible
le
dans
3
SE
Tout”
toul.
la seule
i e ai
“arti
tout biparti s'exprime par
:
un
_
parlie majeure
T
Par conséquent,
partie majeurs
145
celle de Chartres, de maintes peintures célèbres de la Renaissance. C'est à cette dernière époque que le moine Luca Pacioli
lui consacra le Divina Proportione, traité enthousiaste. dont
Leonard de Vinci dessina les épuresi.
Revenant aux Géorgiques. tentons l'essai de partager en
deux, selon la section d'or, le total des vers formant le corps
du premier livre. Pour mesurer la fraction qui revient à la
:
partie majeure, il faut, on l'a .vu, appliquer la formule
partie majeure = Tout : 1,618. Le dividende compte, on s'en
= 259,88.
souvient, 420 vers et demi (cf. p. 142). 420,5 : 1,618
Au segment majeur reviennent donc 259 vers ei une fraction,
laquelle, au concret, ne peut guère représenter qu'un hémistiche:
— 259,5 = 161. Mais,
au segment mineur le reste, soit 420,5
on se le rappelle, 161 et 259,5 sont les dimensions respectives
des Travaux (segment mineur) et des Jours (segment majeur).
Le corps de la pièce est donc partagé par la section d'or.
La présence de la proportion divine serait-elle, de la part
de Virgile, le fait d'un choix délibéré ?
A cette question, impossible pour l'instant — hátons-nous de
de formuler une réponse assurée, si remarquable
le dire
que soit l'objet de notre constatation. C'est que, jusqu'ici, cette
donnée reste isolée. Cependant, telle quelle, trouverait-elle su
raison dans le hasard ?
partie mineure
pelle est, par définition,
Ja formule de la section
d'or
7
“4
”
CI
a
a section d'or possède
donc bien 1 a propriét
é de représenter
a seule bipartition
proportionnée.
i
Sans
e
i
PE
; d'harmonie,
i
s
init
Men
in
rod
o nt
Ñ
|
un
credi
e complete
es
d
une
équilibre
similitude
de
beauté
‘
dregrande
pb
ur
souplesse d'une
relations.
totale
sans
C'est
tout
monolonie
dissvmétrie san
s discordance
an
.
N
een
.
was
ae
as
»
rigoureux
de
Veur
L
vih
que deux
el enébre inégales
— el, dans la
e.
a
point
Move
À
nnan
t la se
£
seelion n d'or,
d'
pare
£
e qu e la plus$ simple. + Ri
plus parfaite
a
partant
OU).
pour
pousserent
.
La
tres
loin
l'étude
des
proporlions
la construction géom
É
étri
elrique de la sect i
employer le terme
technique, Je pari
age de la
i
n
droite
Mi
La secti
mia : ri oe
le tracé3 de nombre
ux vases grecs, de
e
le
Parthénon, mais aussi
de cathédrales comme
4. Il existe une réédition de ce traité sous le titre : Fra Luca Pacioli.
Divina Proportione. Die Lehre vom Goldenen Schnitt, Nach der peneztinischen Ausgabe vom Jahre 1509 herausgegeben, übersetzt und erlaütert
von Constantin Winterberg, Wien, C. Graeser, 1889.
Parmi les nombreuses publications contemporaines. mentionnons :
Matila C. Guyka. Le Nombre d'Or. Rites et rythmes pythagoriciens dans
le développement de la civilisation occidentale, 2 vol.. Paris, Gallimard. —
A. DELARUELLE, De aulden Verhouding, Nova ct Vetera, 1937-1938. —
E. MoesseL, Die Proportion in Antike und Mittelalter, München. 1926. —
H. A. Naber, Van theorema naar sectio divina, Den Haag. — D. NEROMAN.
Le nombre d'or à la portée de tous, 1947. — J. Poortenaan, De guider
snede en goddelijke verhouding. Naarden. — H. J. STUTVOET, Van
negenproef tof gulden snede, Amsterdam, 1948. — H. E. Timerpino, Der
Goldene Schnitt, Leipzig, 1937. — A. Zeısino. Der Goldene Schnitt, Leipzig.
1884. — Alois WaLGhave, La valeur esthétique de la section dorée, Revue
Néo-Scolastique, 1897. — Dr. L. D. Caskey, Geometry of the Greek Vase,
Yale Univ. Pr. — Jay Hamewer. Dynamic Symmetry. The Greek Vase.
The Parthenon and other Greek Temples ; their dynamic symmetry, Yale
Univ. Pr.
Page 5
View in PDF(opens in a new window)D'abord la simplicilé avec laquelle nous vovons se vérifier
vers ou en temps de récitation, gardera de précision el
d'objectivité. El ceci vaut aussi bien pour le compositeur que
pour l'auditeur. Or, dans le cas des Géorgiques, les pièces en
146
ici la section d'or incline à trouver à pareille application de
la formule fameuse des convenances spéciales
: la proportion
oblenue ne résulte pas de combinaisons compliquées
: elle
naît à l'occasion de la division bipartite du corps de la pièce i
et cetle répartition en Travaux et Jours répond très naturellement au sujet traité, à la source dont s'inspire le poème.
Ensuite, la section d'or se réalise ici non pas de façon
approchée, mais en toute rigueur: Jes mesures qu’elle impose
couvrent aussi exactement que possible les dimensions des
deux tronçons. «Sans doute, pensera-t-on, une rencontre
purement forfuite rendrait difficilement compte d'une coïncidence si opportune et si rigoureuse. Mais dans les proporti
ons
du Parthénon, de Ja cathédrale de Chartres. dans la composition
de telle toile célèbre, se relèvent maintes applications fort
heureuses et absolument exactes de la section d'or. sans qu'il
faille nécessairement y reconnaitre Je fruit d'un caleul délibéré
de l'architecte ou du peinire: le sens esthétique de l'artiste
suffit peut-être à
rendre compte
de
telles réussites.»
Par
analogie on songerait donc à faire honneur au seul instinct
de Virgile du rapport traduil par l'équation : segment Jours =
corps de la piece :p ? Ce serait oublier combien different les
arts
visuels et leurs productions spatiales d'un art audilif
comme
la poésie, dont l'expression est d'essence temporelle. Dans les
œuvres des premiers, tout
un ensemble d'éléments divers
s'offre a l'œil en une perception simultanée: pour apprécier
dans un édifice ou un tableau, l'harmonie des dimensions le
spectateur embrasse d'un regard unique la structure enlière +
il y saisit d'emblée les proportions et surtout. si elle sy
rencontre, celle qui répond davantage au besoin de la vue,
la
plus féconde aussi, la proportion divine. Cependant l'artiste
aura
pu,
Sans
passer
par
les
chiffres.
voire
sans
dessein
conscient, multiplier les applications de celle-ci. au
jugé el
avec exactitude.
| Le poëme, lui, relève du temps ; la perceplion de ses
divers
éléments est successive, Le sentiment que l'audileur éprouve
de la durée des différentes parties ne le renseigne que
très
approximalivement sur leur longueur reelle. De deux passages
de meme élendue, déclamés devant plusieurs personnes réunies
Yun pourra paraitre à celle-ci plus bref, à celle-là plus
long,
en fonction des dispositions subjectives de chaque
individu.
Plus les fragments de poésie à comparer prendront d'impor
lance,
moins la perception de leurs rapports,
en nombre de
présence sont relativement étendues. Au concrel. à raison de
trois secondes par vers. la récitation des 420 vers dont il
s’agit prendrait une vingtaine de minutes. Du segment Travaux
soustravez un vers pour l’ajonier aux Jours, ou vice-versa :
assurément, cette modification restera imperceptible au sens
le plus affiné — elle correspond à quelques secondes —-;
cependant on ne pourra plus parler de section d'or exacte !
Certes, le sens esthétique éprouve à un certain degré dans un
poème l'harmonie de la section d'or et donc. dans sa composition, le poéte a chance de se rapprocher de cet équilibre,
peut-être même d'assez pres. Mais de là à rejoindre l'exactitude
mathématique, surtout dans une œuvre fort longue. il reste
une marge que seul peut combler le calcul ou le hasard.
Pour trancher cette dernière alternative. attendons lappoint
d'autres observations. Qu'il soit permis néanmoins de poser
ici une question. Si la majesté architecturale dans la composition est bien un des traits dominants de l’art de Virgile,
faudrait-il s'étonner d’entrevoir, dans la disposition générale
de son œuvre, un recours conscient à la technique de l'architecte? A nos esprits modernes, l'idée de transposer la section
d'or du tracé d'un édifice au plan d'un poème paraitra, de
prime abord, audacieuse singularité ov amusement de virtuose.
Chez les anciens, elle n'aurait rien de saugrenu : la géométrie
ne leur faisait-elle pas franchir la distance de l'ordre cosmique
au temple, qui en est à leurs veux Ja projection réduite ? Et la
mathématique, science-reine, ne levail-elle même pas les
barrières entre le temps et l'espace lorsque, par Je Nombre,
elle associait la musique à l'architecture ? Or musique el poésie
sont proches l'une de l'autre, au point que parfois les anciens
ne les distinguent guère.
Encore convient-il de le noter : l'application de la section d'or
aux Premières Géorgiques représenterail autre chose qu’une
ornementation adventive. caprice d'esthète, manifestalion d'une
idée fixe. Elle serait pour le poeme — comme elle l'est pour
Ja façade du Parthénon — la condition de l'équilibre qui lui
5. Cf. A. CanTauer, L'art de Virgile dans l'Énéide, p. 45: « Une
tendance fondamentale de l'esprit de Virgile (est) la tendance a l'unité.
Il entendait que l'Énéide format un ensemble régulier, où Je lecteur
wapercút ni beurt ni lacune et fal frappé tout d'abord par l'aspect de
grandes lignes harmonieuses.
Page 6
View in PDF(opens in a new window)est propre el qui conslitue un élément intrinsèque
de sa beauté
Grâce à elle, le temps assigné par la métrique à la
récitation
du segment mineur (Travaux) sera au temps réclamé
par le
segment
majeur
(Jours)
dans
le
même
rapport
que
cette
derniére durée au temps qu'il a fallu pour dire
l'ensemble des
deux segments. Autrement dit, c'est dans le lemps
— cet
élément où se meut la forme poétique — qu'il
y a équilibre
parfait, e proportion divine > ; la partie Jours quoique senal.
blement plus longue á réciter que la partie. Travaux, n'est
cependant ni plus ni moins étendue qu'il ne le faut
; elle a
par rapport aux Travaux et à l'ensemble la durée idéale
|
seule dimension proportionnée.
ia
L'emploi voulu de la seclion d'or serait done dans le domaine
de la forme un enrichissement. A la loi d’égalité. norme
de la
strophique traditionnelle, la formule adoptée par
Virgile
|
y
substituerait cette autre génératrice d’h
armonie qu'est la
proportion.
semuilles et ainsi rappellent la protase Travaux. Le panneau
opposé (v. 252-258) montre la mécanique céleste commandant
le cycle des saisons et les variations de l'atmosphère et réglant
de ce fait l’activité humaine. N'est-ce pas lá le préambule de
l’apodose Jours ?
Nul flottement ne subsiste. on le sait, quant à la limite entre
Travaux et Jours, qui marque aussi le débui du morceau
central. I n'y a pas à hésiter davantage sur le ferme qui
distingue de l'apodose le morceau central ou foyer astronomique: un contraste violent oppose la fin de celui-ci el le
commencement de celle-là. Descendant brusquement des
sublimes visions cosmiques, Virgile entreprend sur le lon le
plus modeste l'énumération des menues activités auxquelles
se livre le laboureur quand mauvais temps ou féles chômées
lui interdisent les travaux plus importants qui font sa gloire :
v. 259
D'après les observations consignées jusqu'ici, les Premiéres
Géorgiques se divisent selon un plan extrémement simple
: le
corps du poéme, encadré d'un exorde el d'un épilogue | se
compose lui-même des deux segments Travaux et Jours Pour
compléter ces données et lever le doute qui subsislerail
il
suffit d'ajouter à notre croquis une précision. en mettant
en
|
C'est au début du segment majeur Jours, à partir du vers 204,
que se place ce morceau central (v. 204-258).
Il doit son relief à l'élévation du sujet : l'astronomie.
Au panneau principal (v. 231-251)
Frigidus agricolam si quando continet imber...
Compare à ceux qui le précédent. ce vers n‘affeete-t-il pas
Nombres astrologiques
relief un seul passage : le nœud du poème.
149
une allure positive à l'extrême? De son débul -— au vers 204,
qui suit Je vers final de la protase — jusquà ce premier
hexamétre de l’apodose (v. 239), le foyer astronomiane totalise
exactement 55 vers. Décomptons ce total des 259.5 vers du
segment majeur: 250.5 -- 55 = 204.5; il reste à Vapodose
204 vers et demi.
N, B. — Précédant l’exorde du poème. un sommaire de quatre vers et
demi annonce livre par livre la matière des Grorgignes : champs,
vignes. bétail, abeilles. Logiquement cette préface doit se détacher
du premier livre pour servir d'en-téte à l'œuvre entiére. C’est ce
que Virgile fait d'ailleurs remarquer en termes explicites lorsqu'il
dit n’entonner son chant qu'au cinquième vers:
v. 5 hinc canere incipiam : Vos, o clarissima mundi...
Les vers 1-4.5 ne jouant aucun rôle dans la structure du premier
livre, nous ne leur faisons point place dans le tableau général
ci-dessous. Et ils n'auront pas à entrer en ligne de compte dans
de ce triptyque — car
c'en est un
— se dessine l’orbe de l'univers : en quelques traits
le poète dépeint notre monde avec ses cinq zones,
et comme
suspendu entre la coupole étoilée et la nuil du Tartare.
Point
de vue qui, de sa hauteur, domine tout le chant
: panorama
dont l'ampleur embrasse le poème entier.
|
Les deux autres images du triptyque, astronomiques
elles
aussi, le rattachent d'une part au segment Travaux qu'on
pourra nommer protase de la pièce (v. 43-203) et d'autre part
à l’apodose (v. 259-463) formée par tous les vers
du segment
Jours qui font suite au morceau central.
En effet, dans Je premier panneau (v. 204-230), les constellations marquent les époques favorables aux labours et aux
le reste de cel article.
Voici maintenant notre division au complet :
Exorde
Invocation aux dieux
{segment mincur ou
protase Travaux
Corps {segment majeur Jours {foyer astronomique
Conclusion :
apodose Jours
Épisode politique
(v. 4,542) : 37.5 vers.
iv. 43-203) : 161 vers.
iv. 204-258) : 55 vers.
iv. 259-462.5) : 204,5 vers.
iv. 462.5-514) : 51,5 vers.
Exorde, nœud, conclusion — trois morceaux auxquels. en
raison de leur situation, la composition classique accorde
volontiers plus de relief — tranchent ici sur le resle par l'éclat
du style. Tous trois ne doivent-ils pas un air de noblesse rien
Page 7
View in PDF(opens in a new window)qu'aux sujets auxquels ils s'élèvent : divinités (exorde), astronomie (foyer), république romaine (épilogue)? Aussi leur
réserverons-nous la dénomination de motifs saillants. (Notre
texte souligne typographiquement ces parties par l'emploi de
caractères gras.)
Par contre, la protase Travaux, tableau des labeurs agricoles.
et l'apodose Jours, dépeignant les aspects variés de la vie
rustique, apparaissent comme le tissu multicolore d'une somptueuse tapisserie, que reléverait à ses extrémités et à son point
de partage l'or des motifs saillants.
Ce dénivellement de la pièce se saisit plus aisément qu'il
ne se décrit. Un coup d'œil jeté sur le dépliant suppléera sans
doute aux insuflisances d'une comparaison.
L'existence de passages faisant saillie sur des étendues en
LES PREMIERES GEORGIQUES, POEME PYTHAGORICIEN 1051
lection pour ae a
Autre témoignage de sa prédi
ale (v. beds, ei ou e
influences astrales : aprés la préface génér
a «ces Hans age
esse
première invocation de Virgile s'adr
dans le ciel le cours de
éclatants du monde, qui guident
l’année » :
Vos, o clarissima mundi
v. 5
Enfin. on l'a remarqué plus haut. le foyer de tout en
consiste en un triptyque de caraclere astronomique tv.
Cette discipline, dont il nous faut parler maintenani. +
designait dans Vantiquite par le nom de mathematica, Virgile
Ja cultiva toul particulièrement :
Inter cetera
TICAE
studia
operam
inedicinae quoque ac
dedit
(Vitae
Vergilianae,
MANIME MATHEMAed.
J.
vele gue ce pra un
le theme central avec aulant de brie231
sr du foper as
(v.
occupent exactement le milieu
mique :
nous
allester
la
curiosité
qui
attachait
le
poéte
à
l'astrologie. Célébres sont les vers du second livre des Géorgiques, où. au nom de son amour pour les Muses. il supplie
celles-ci de lui révéler avant toute chose la science cosmologique
est regi pal le prin
« L'univers parlage en zones determinces e:
c astres
au disque d'or, qui parcourl (chaque anné les siouz
on
G. 1, 475
Me nera primum dulces ante omnia Musac.
quarum sacra fero ingenti pereussus amore.
aceipiant eneligue uias et sidera monstrent.
defectus solis uarios lunaeque labores,
unde tremor ferris, qua ui maria alla tumescant
obicibus ruplis rursusque in se ipsa residant,
quid tantum Oceano properent se tingere soles
hiberni, nel quae tardis mora noctibus obstet.
Mais revenons au premier livre. Pour indiquer la répartition
de sa matière. Virgile mentionne les astres. On se rappelle les
deux textes :
G.. 1, 1
Quid faciat laetas segetes, quo sidere terram
vertere,
G. 11,1
7
place d honnewi Er Fe
Celte inscription, gravée à une
gue de médaille, n enferme-tdu ciel. >
Hactenus aruorum cultus et sidera caeli.
i
:
elle pas la clef du poeme
=
aines®, c'est justement
« Les douze astres du ciel ». Douze douz
motifs seiliants, dont un
le chiffre total des vers des trois du
chant el les deux autres
illumine de visions sidérales le cœur
:
forment l’encadrement du poème
Exorde + foyer astronomique + épilogue = 87.1 7 dd
ua
intervalles qui me
« Le soleil au disque d'or ». Dans les éten
dues en a oo
el, en premier lieu. « les routes suivies par les astres dans le
ciel >.
_
A.
PER DVODENA REGIT MVNDI SOL AVBEVS ASTR
A
Il n'est d'ailleurs pas besoin du témoignage d'un biographe
pour
CERTIS DIMENSVM PARTIBSS CREM
majestueuse concision d'un exer
Beeaer,
Teubner. 1912, p. 4:.
2 Er Me
attention ene’
Deux vers de ce morceau méritent uneleur
piace, Its femme
en raison de leur contenu et surtoul de
contre-bas ne presenie rien que de naturel, Aussi n'aurait-on
pas à y insister, si ce phénomène d'une portée lilléraire si
manifeste ne couvrait ici un secret qui relève de l'astrologie.
i.
lumina, labentem caclo quae ducitis annu
ces morceaux privilégiés, les grandes
s. alignent à e ph à
protase Travaux el apodose Jour
met de jours à pe sie
solei
exactement autant de vers que lelutionl i
p de > pa
révo
e
les « douze astres ». Cett
l'époq
et une fraction, les anciens le savaient, bien avant
Virgile.
Protase + apodose = 161 + 204,5 = $65.0
ions se jaa á 2
une des donze constellal
fi. Ce n'est pas que chac
le ae AI “4
:
les
étoi
ou comple douze re douzmais
Lor en douze éléments
il fo pri
doni
e,
nomb
du
ion
ficat
glori
une
it par lui-même
ion de la
ficat
glori
une
est
666
ique
myst
re
nomb le triangle (ef. note 63).
comme elequ'il
ele s 36.
en est
parc
—
Tétracty
4
CU
i
Page 8
View in PDF(opens in a new window)agio Lr au centre de l'œuvre, orbem per duodena
*
regit
LA
mundi
resonances.
sol
aureus
$
astra,
s'ampliifie
P
do
ià
ns
. Cependant, son expression solennelle n’a pu être dictée par
l'intention de tirer de l’ombre les coincidences numériques
relevées ci-dessus. Aussi bien, c’est indépendamment de l’indic
maintenant reconnu aux vers 231 s. que nous avons remar: Di
l'entrelacement heureux des nombres 144 et 36514 et er
l'interprétation des deux chiffres ainsi associés. ©
a
Si un tel signe n’est pas clairement prémonitoire, ne prend-il
pas en revanche une valeur hautement confirmative? I} rend
plus malaisé de traiter en pur caprice du hasard ce qui déjà
semblait plutôt secret enveloppé par l'artiste dans le dessin
de son œuvre. Hasard trop lucide, celui qui irait inserire en
lettres d'or au fronton de l'édifice le sens précis des nombr
sur lesquels il aurait aveuglément réglé sa construction :
u
Non que, d'après nous, l'auteur se soit soucié de tirer du
doute le lecteur qui vieridrait à déceler ses combinaisons
numériques. Il semble avoir envisagé un résultat plus immédiat
ei moins problématique. Voici l'hypothèse qui vient à l'es ri
quand on songe au Néo-Pythagorisme dont Virgile murali tà
un adeple, a en juger par les indices déjà relevés plus haut et
par d autres particularilés secrètes des Georgigues Certain
wi be
ous ‘Cor en cette maliere n'ont pus Loute leur
re si
personne. Qui aurait-il admis à pareille debian r
lui-méme
n'en
a
découverl
E
à
=
cercle de lettrés, comme lui affiliés à la secte ou parta wi
son idéal esthétique et philosophique, soumis avec ui à
] impitoyable discipline de J'arcane en vigueur ches les Pyth :
ri ? Le secrel pourrait avoir passé de génération en
ion
s
ievales
'Irgile
est
represenie comme
transmission, quelle ne Dour Tes siete ce het
un
mage ou
un
sorcier’ ?
Quoi
qui
sol
j
tiation, de rencontrer, dans le texte même de Vir ile telle
allusion impénétrable aux profanes el si parlante à me :
ACe
mest
:
pas tout. i l En style
s 3
i
direct,
le poète ast
strologue av
ses confidents que c'est au soleil de leur donner designee. +
v. 463 SOL TIBI SIGNA DABIT.
i
|
Me si l'on ignore la présence du nombre 86514, ces mots
NO
9
e
.
reliement amenés par le contexte, passeront pour un simple
hymne
7. Cf. ne
J. W.
Spanco,
Coe te
Virgi
(A the
necromancer.
Studies
studi
in
Yirgilian
153
un peu plus appuyé que les
avis d'ordre météorologique, auraété impressionné de
précédents ; tout au plus poetet-on
ne l'attention sur le
ramè
l'insistance avec laquelle le le chiffre secre
t des Géorgiques,
ant
soleils. Mais l’initié connaiss dabit semble rappe
ler en termes
que le laconique Sol tibi signa
à double
tiche
plaisir cet hémis
si adaptés, ne trouvera pas sans
vers 463
Le
vers.
2
3651
série des
sens tout juste à la fin de la moit
l'autre
pour
et
dose
l’apo
à
ié
appartient en effet pour une
au
ainsi
nd
espo
corr
tiche
hémis
ier
à l'épisode final. Son prem
s
plein
s
es que les 365 jour
complément de quelques heur
d'un
digne
sion
: préci
appellent pour égaler l'année solaire
el pour porter pareille
il
endro
cet
À
eux.
ienci
consc
e
astronom
it-il trouver formule
pouva
se
allusion au calendrier solaire, tibi
signa dabil °
Sol
plus heureuse que les mots
Virgile a donc entrelacé les deux nombres 144 et 36512 pour
en faire le moule astronomique de sa pièce.
pour les Premieres
Cette conclusion amène à supposer que,ment
établi d'avance
reuse
rigou
assez
me
Géorgiques, un schè
voilà rejointes, par
commanda la composition de delail. Eltradi
tion : au sujet de
une voie inatiendue, les données de la que Virgil
e commença
pas
l
l'Énéide. Donat ne rapporte-t-i
l'épopée y était fixée et
par une ébauche? La matière de douze
livres®. Ce qui vaut
répartie, formatam digestamque. en
ment dans le cas des
de l'Énéide, on pouvait l'attendre égale
Géorgiques (cf. R. PICHON, Virgile, p. 104).
e dont les lignes
Les elements de caractére numériqu
signification, on en
la
précédentes ont souligné la réalité et
où notre premier
doute
du
devine l'intérêt pour la solution
ant l'application
touch
r,
lecteu
le
r
paragraphe pouvait laisse
e les choses au
mettr
A
147).
p.
(cf.
e
poèm
de la section d'or au
l'inslinet esthélique
mieux, quand on n’imaginait pas encoreabsol
(les chiffres
assujetti aux exigences de grandeurs guère ues
compte
rendre
à
it
144 et 36542), cet instinct ne suffisa
Îles
dans
vée
obser
e
divin
rtion
de l'exactitude de la propo
Virgile
voit
on
.
ailleurs
par
si,
Premières Géorgiques. Mais
calculer le nombre de vers que totalisent les diverses parties
jeu de ses inspirations E
de son poème et limiter d'autant lere,libre
l délibéré: pour la
Pour les dimensions de l'œuv e calcu
déterminé. réussite
ainsi
cadr
proportion á réaliser dans le
déjà :
8. Plus haut, v. 438 s., le poète disail
t in andas,
SoL quoque, et exoriens el cum se conde
sıcna dabil; sOLEM certissima sIGNA sequontur.
9. Vitae Vergilianae, ed. J. BRUMMER, Teubner, 1912, p.
Page 9
View in PDF(opens in a new window)inconsciente ? Attendons néanmoins d'une considération nonvelle la réponse décisive à cette question.
.
.
9
è
4
DI
.
; Ss a en cing parties — exorde, protase, foyer, apodose.
cf. >
strologiques
44
149) =
révélatrice
el
permet
365%»,
des
deux
également
de
nombres
compléter
notre élude de la mise en proportion.
On a déjà vu la seclion d'or partager le corps du chant
deux segments harmonieusement inégaux: segment rit att
Travaux (prolase) et segment majeur Jours (foyer et es is L
Cependani notre premier paragraphe a délibérément exclu
de ses calculs les deux pieces de l'encadrement (exorde el
épilogue). C'esl que pour lors le foyer astronomique à mettre
en rapport avec ces deux motifs saillants. n'avail pas pine
ete distingué de l’apodose (4 laquelle le raccroche la pra
nuulé du sujet Jours). A présent il importe d'introduire exorde
el épilogue dans le concert mathématique du poem a
d apprécier quels éléments d'harmonie ils y ajoutent
°°
Entre le foyer, d'une part. et. d'autre part. les deux morceaux
extrémes, ses rivaux en éclat, ne souhaiterait-on pas un éq ailibr
de dimensions ? Il convient que l'encadrement, avec ses de x
parties disjointes. Femporte en longueur sur le molif cent al.
Mais pour ordonner entre elles des grandeurs inégales rors
de tel que la section d'or. Divisons pur ¢ le nombre 144. ee
des vers des motifs saillants. 144 : 1.618 — 88.89 ul 2
nombres entiers 89. Donnons 89 vers au segment maje e sl
à-dire à l'encadrement. Resteront pour Je foyer astron
aile
omique
55 vers (744
— 89) et
le dosage idéal sera
exactement la distribution chojsie par Virgile n
oblenu.
C'est
Enesdrement : exorde + épilogue = 37.3 +51.5 = 80
Foyer astronomique = 55
Dans un tel dispositif, quelle place laisser au hasard ?
SI la hombre 144 n’eüt pas élé imposé comme total des trois
en s sajilants, Ja section d'or aurait eu peut-être quelques
Sr un de résulter du hasard. Par exemple, elle se
‚erifiee
ie Rev
avecc exactitude
exacti
dans3 des agencements comme
i
les
encadrement = 90 ; foyer = 56; tolal = 146
encadrement = 91 ; foyer = 56 ; total — 147
encadrement = 88 ; foyer = 54; total = 142
et l’on pourrait continuer la série.
nts un total de
graphe précédent assignent à ces motifs sailla
144 vers, ni plus ni moins. En ce cas, une seule combinaison
produit la section d'or :
Nombre et proportion
se 4 »
LES PREMIÈRES GEORGIQUES, POÈME PYTHAGORICIEN 155
Mais les préoccupations astrologiques évoquées au para-
|
encadrement = 89 : foyer = 54
sions
La rencontre de normes réglant à la fois les dimen
il
rétréc
ls
mutue
rts
rappo
leurs.
et
considérées absolument
jusqu'à l'annuler l'espace où jouerait le hasard.
soumis
Le corps des Premières Géorgiques, de son côté, eestveut
que
% un concours lout semblable d'exigences. Virgil
astronoproluse el apodose totalisent 36512 vers et le foyer
3651: +55=
migue 55: le corps du chant comptera done
d'avoir décelé
420.5 vers. Au début de noire expose, avant
il admettre pour
le moule astronomique du poème. on pouvaélasti
cité. Rien ne
les limiles de cet ensemble une cerlaine
ou de
de
vers
ues
semblait exclure qu'il comprit quelq possibilités plus
de
ses
diver
de
t
autan
moins : pour la section d'or.
corps
ce
les.
spécia
s
raison
des
pour
ue.
se présenter. Mais puisq
y aurail
devait embrasser exactement 420.3 vers. la section d'or
161
ait
compt
été manquée hormis le seul cas où la protase dose 259.5 — 55vers
=
et le segment majeur 259.5 vers (donc l'apo
204,5:.
bilités ne laisse
Dans de telles conditions, le calcul des proba
d'une section d'or
e
plus la moindre vraisemblance à hypothès
d'une pure coinci.
iques
Géorg
naissant, dans les Premières
dence.
la dédicace
En résumé : dans ce poème, Virgile met en relief
dépeignant
ogue
l'épil
el
aux dieux, le foyer astronomique
douze
leurs
avec
nts,
sailla
s
motif
l'étal du monde romain. Ces
».
ciel
du
astres
douze
¢
aux
rés
consac
douzaines de vers, sont
d'or
n
sectio
la
dans
ent
trouv
foyer
et
t
remen
De plus, encad
la formule qui harmonise leurs étendues inégales.
eur dispose une première
Entre ces pièces privilégiées, l'autautre
qui traite des Jours.
une
aux.
partie qui chante les Trav
totalisent autant de
Ces deux développements en contre-bas
vers que l’année a de jours, de sorte que le soleil régit le chant
re
comme il domine le monde. Enfin la proportion divine mesu
le rapport des Travaux aux Jours.
arrive par six opérations
A cette distribution Je poete dess
t Ja forme idéale du
mathématiques fort simples, quiprolaseinen
161 vers, foyer de 55,
chant : encadrement de 89 vers,
Page 10
View in PDF(opens in a new window)apodose de 204,5 vers10,
Les vers 1-4,5
LES PREMIÈRES GÉORGIQUES, POÈME PYTHAGORICIEN
i
Géorgiques, n’entrent pas
en ligne de compte. Ajo
uter des
retrancher un
,
4,9,
sommaire
géné
seul vers à n’import
e le
Il. — DETAIL DE L’
cala pirati el
ji Géorgiques manife
ste l'appliune
(
loi esthétique,
Perra .eee I
À
‘ant
ARCHITECTURE
celle qu’
es
Principe
les
œuvres
temps, dit ce théoricien de e
*
les
plus
LIX
au
d’analogie».
XIX
sic
e
«Nous
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Thl: die Ba Im
orme fondamentale
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parties forment,‘ par leur
figures semblables. L’h
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di
ll
pale de
ne
désigner
Caractéristique
d'un
qui
terme
se
résulie
l'œuvre
(Die Proportion in der A rchi
tekt
Pour
que
dans
clair
possédant
dans
les
segment
majeur
mineur
des
50
hasarcler un néo
Virgile
ete, quelle
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A
fatima.
son
mes
n’évoquent
one dans
ter
à
rm
ux-m
lc
au
de
les
de
á
o
È . premier
volume
1937-1945. En
doute aussi à la connniss
les
OD
d'hésitation
regards avec
signature
d’une
(introductio
n).
161,
quan
autant
volonté
55,
204.5
passage qui
paraît
le
n
Aedificatoria,
:
ce
e Certissimum
empruntons
Rythme
Corps
ì
de
est
cette
Matilu
humain,
a
naturam
ainsi
Ghyxa,
Paris,
C.
été
in
citation
mise
en
v
vol.,
Le
sait, par le P. Victor
Pena, pri
de
lisant
aissance
aux
comme
Nous
sur
i je ecoricimementa
qu'on
ue
Re
d'analogie
VEssai
point
particulier,
persimilem, »
on
5
o
37,5
la
nos
Mystique
de
chapitres
symboliq
ue
qui se décompose selon la proportion d'or en segment mineur
et segment majeur. Le partage s'effectue toujours selon une
formule identique et rigoureuse. Celle-ci attribue à chaque
segment un nombre entier de vers. Il faudra donc que, le total
des vers de la chrysode étant divisé par 7, on arrondisse le
quotient au nombre entier le plus proche (ainsi 27,19 s'arrondit
en 27 et 88,89 en 89). Tel sera, sans flottement possible, le
compte des vers du segmeni majeur. Le tableau de la p. 184
permettra de vérifier l’application de cetle règle aux différentes
chrysodes.
L'ensemble que représente une chrysode s'organise autour
d'un foycr, motif dominant et même, Je plus souvent, noyau
centralisateur, où se resume la protase el où s'annonce
l’apodose. Prélevé sur l’un des deux segments, ce foyer tient
par une de ses exirémités au point de partage assigné par la
section d'or.
Dans les chrysodes, normalement le segment mineur précède
l’autre: mais des raisons de symétrie feront intervertir cette
disposition dans certaines chrysodes, que nous appellerons
inverses.
Quant au foyer, il appartiendra tantôt au segment majeur,
tantôt au segment mineur; dans ce dernier cas, le centre
de gravité se rapprochant sensiblement d'un des bords de
l'ensemble, la chrysode méritera d'être dite excentrique.
La protase coincide avec le segment (mineur ou majeur)
place en tête, Yapodose avec le segment (majeur ou mineur)
venant en second lieu, défalcation faite des vers occupés par
le foyer dans l’un ou l'autre segment. Protase el apodose
constitueront comme les deux ailes de la chrysode.
d erobait
se
sûreté
ALBENTI, De
rule,
Ppus,
littéraire et
ttacile dde dissimuler. la Marqued
nombres
rien
principe
no
Ad
ine
po&me
Pareille formule appliquie au
gen
unité
259,5
— 455 = 204.5
par
app
réelle
420,5 : 9 = 259.5
y
on la lient en main, er LE
pride
une
420,5 — 259,5 = 161
apodose
revendiq
modéle
365,5 + 55 = 420,5
segment
ein
le
subdivisions
154 — 89 = 55
Comme pour une clef
u
subdivisi
134: 7 = 89
foyer
corps
so
rénétit;
men ainsi tout
groupe de vers (par
exemple, le
notre
livre
10. encadrement
È
la
maniable
on nous excusera
de
A
),
Re
e
ivisions >
el
:
logisme : chrysode, yovoÿ «os.
con
de
ses
ur)n.
retrouvera
Premières Géorai u
i
giques,
de
siti
ie
Harmonle
157
dont
la
IV
la
Terre,
et
V,
6
on
i
Mystique
songern
de
la
Pu
sane
Terre
Quelques chrysodes, à commencer par le corps même des
Premières Georgiques, s'enchássent dans un encadrement.
Comment dénommer l'ensemble ainsi composé (la chrysode
avec les deux pièces qui l'entourent) ? Faule de mieux. nous
risquons le terme de chrysoide.
Si l'on considère des parties assez étendues du poéme. lelles
la protase Travaux et l’apodose Jours, on leur découvre une
structure organique. Leurs éléments s'emboîteni par assemblages étagés, une chrysode plus grande en incluant deux plus
petites, lesquelles, à leur tour, peuvent en renfermer d'autres.
Pour suivre plus aisément l'inventaire de ces détails et se
rendre comple visuellement de l’harmonie des lignes architecturales de notre chant, le Jecteur voudra bien se référer
Page 11
View in PDF(opens in a new window)constamment
à
notre dépliant!?.
Celui-ci
reproduit
le
texte
qu'a établi H. Goelzer pour son édition des Belles Lettres.
Pour permeitre un repérage plus facile et des notations plus
brèves,
une
lettre
marginale
marque
le
début
de
Pourquoi cette apostrophe ne s'intègre point dans la chrysode
des Dieux, qui va nous occuper immédiatement, on sen rendra
compte à la fin de ce chapitre.
chaque
La chrysode des Dieux BCE
paragraphe nouveau’. Tout fragment composé d'un nombre
entier de ces paragraphes pourra donc se désigner adéquatement
par deux lettres : la lettre imprimée en regard du premier vers
de ce fragment et celle qui répond au premier vers du
paragraphe suivant. Exemple : le morceau v. 43-192 se notera
plus brievement par le sigle ER, ce sigle désignant l’ensemble
de vers qui s’étend de la lettre E (v. 43) inclusivement à ia
lettre R (y. 193) exclusivement. Afin d'indiquer que ce passage
est une chrysode, on intercalera entre E et R la lettre L, qui
marque Je point de sectionnement déterminé par la proportion
d’or. La simple mention de la chrysode ELR avertira done que
ses deux segments proportionnés sont EL et LR. Un coup d'œil
sur le dépliant montrera lequel de ces deux segments est mineur
par rapport à l’autre.
D’une façon générale et dans la mesure du possible. l'exposé
ci-dessous suivra l'ordre des différentes parties du chant.
Certaines questions concernant des particularités numériques
et qui surgiront en cours de route, trouveront leur réponse au
terme du présent chapitre, dans les corollaires mathémaliques.
L’invocation aux astres
L'exorde proprement dit des Premières Géorgiques s'ouvre
par Ja splendide apostrophe formant exergue :
v. 5
Vos, o clarissima
mundi
lumina, labentem caclo- quae ducitis annum.
12. Crest pour rendre notre exposé possible que nous avons reproduit
le texte des Premières Georgiques en une seule colonne avec caractères
différents pour les diverses parties. Ainsi les proportions, Jes reliefs et
les symelrics sont isimédiatement perceptibles à fa vue. Mais dans le
teste original. c'est plus que probable, la division en paragraphes
n'aura
pas élé marquée. De plus, les volumina de papyrus ne se déroulaient
pas
de haut en bas mais de gauche à droite: on y disposait
Jes vers en
colonnes parallèles. De In sorte les rapports qui enchainent les mesures
de durée dons le poéme ne trouvaient point leur transcription spatiale.
C'est que les proportions, les reliefs et les symétries de ce temple sonore
ne Sadressent point à l'œil mais à louie ; ce n'est
pas sur le papier mais
dans l'imagination de l'auditeur qu'il leur faut s'harmoniser. Un
morceau
de musique ne se lit pas, il se joue,
13. Ayant besoin d’une cinquantaine de signes différents, nous avons
utilisé, après les majuscules de notre alphabet, les minuscules.
Aucun
rapport particulier n’est à chercher entre Jes vers respectivem
ent désignés
par telle majuscule et la minuscule correspondante.
159
Voici. caractérisé par la régularilé de sa structure, le foyer
CD, où se résume l'objet de la chrysode initiale des Géorgiques :
y. 21
Dique deaeque omnes, studium quibus arua tueri,
quique nouas alitis non nile semine fruges
quique satis largum caclo demitlitis imbrem.
Tuque adeo, quem mox quac sint habitura deorum
concilia incertum est, urbisne inuisere, Caesar,
terrarumque uelis curam, et te maximus orbis
auctorem frugum tempestatumque potentem
accipiat, cingens materna tempora Inyrto.
Appel collectif à toutes les divinités agricoles. les trois
premiers vers reprennent ja protase BC. où ces divinités ont
|
défilé une à une.
C'est la protection de César qu'implorera l'apodose DE,
un
saluant en sa personne l'être destiné à devenir sans doute le.
inferna
é
divinit
une
pas
non
dieu de la mer ou des cieux, et
Les trois derniers vers exprimeni donc l'espoir de trouver en
Auguste une puissance tulélaire de la terre ef des champste.
Dans un poème géorgique. nulle attribution qui consien
: Auguste figurera sous ce titre
davantage á une apothéose
au foyer de la chrysode des Dieux.
Nos deux tercets se donnent ja réplique : comme les autres
divinités agricoles, Cesar fera-l-il croire les fruits od ne
(à quique nouas alilis non ullo semine fruges, v. es <p
auclorem frugum. v. 27) ? Comme elles. commandera-t-i aux
éléments (fempestatunique poleniem, Y. 2. reprend guique
salis iargum caelo demittitis imbrem, v. 23) °
« César ira siéger dans les conseils des dieux, en quelle
qualité, on ne sail. » Unissant César à tous les autres pt°
milieu même du foyer relie le sujet de la protase a celui
qu'es
l'apodose. C'est ici, au cœur de la chrysode des Die: ux,
Tuque.
tracé, bien en évidence, le nom du jeune héros
Caesar, v. 24 s.
36
|
a
gia vu
La chrysode des Dieur, morceau d ouverlure,
pylhagoclys
vers. Trente-siz, c'est la célèbre Grande Télra
Page 12
View in PDF(opens in a new window)LES PREMIERES GEORGIQUES, POEME PYTHAGORICIEN
ricienne!!. Pythagore fut le premier, assure-t-on, à observer
les lois mathématiques auxquelles obéissent les intervalles des
tons musicaux. Dans la lyre tétracorde, si on mesure par
6 unités la longueur de la corde Ÿaär7,
qui donne la note
fondamentale, la corde «é07, donnant la quarte, comple 8 unités,
tation : « flambeaux de Ja Tétractys », car, comme racine de la
la »%7», corde de quinte, 9 unités, et Ja zapauéor, correspondant
à l’octave inférieure, 12 unités. Le maitre résuma cette précieuse
découverte dans Je nombre 36, appelé Tétractys parce qu'il
embrasse les quatre nombres dont les rapports représentent
les accords musicaux essentielsió, «La découverte de la
Tétractys produisit sur tous Jes esprits, particulièrement sur
les Pyihagoriciens, un effet extraordinaire que nous ne pouvons
plus guère apprécier aujourd’huj16, »
Cief des harmonies musicales, la Tétractys était considérée
comme la source de l’harmonie universellel? et de la mystérieuse musique des sphères célestes!8, Or n'est-ce pas aux étoiles
que Virgile semble assimiler les dieux invoqués tout au long
de 36 vers ? L’apostrophe aux astres, qui précède la chrysode
des Dieux, paraît bien, de fait. s'adresser à eux tous:
v. 5
©
retiendra particulièrement l'attention. Elle admet l’interpréla
Tétractys.
Pythagoricienne de
15. 36
accords
on
se
réfère
M. Armand DELATTE,
aux
Etudes
sur
la
littérature
1915, pp. 249-268.
= 6 + 8 + 9 + 12 + 1; aux quatre nombres représentant les
musicaux.
il
faut
ajouter
ton (c'est l'intervalle ¿xóydoos
nous dit Nicomaque de Gerasa :
l'unité,
c’est-à-dire
l'intervalle
d’un
entre la quinte et la quarte : 9—8 = 1)
,
Kavssidev 3 xgutn reroaxris 1» rv aupgaridy ayy» Frovoa avag~avoueyny
tor 5 (ori) 7 08, Úxdrys ve xaj néons xai viene rai aapauéonc Eyovoa Adyoy xai tov
ixdydooy nagthauBavovoa (excerpt. ex Nicom., 7. Mus Script., Jan.,
p. 279)
16. DELATTE, op. cit.
p. 259.
OÙ, pà toy dustéog yvyà napadorıa rerpaxivy
rayar Gardov púosos giloud 1 Exovoay (DELATTE, op. cit. p. 250).
€ Non, je le jure par celui (Pythagore) qui a transmis à notre ame la
Tétractys, dans laquelle se trouvent la source et la racine de la Nature
éternelle. »
«Nous pouvons l’illustrer (ce
texte extrait des
La chrysode des Champs ELR
Sur presque toule son élendue, le segment Travaux coïncide
avec une grande chrysode ELR. celle des Champs.
Elie débute par l'évocation de la charrue, dont le soc
resplendit pour la premiere fois au contact de la terre (EF) ;
elle se clôt par une description de la grange. terme des labeurs
champétres (QR).
Protase EA et apodose LR 1iolalisent 14% vers. C'esl également par l'addition de la prolase ES et de Vapodose Xu du
produite par leur mouvement de révolution. Platon explique allégoriquement cette harmonie en supposant qu'une Sirène, placée sur chacune
des sphères, fait entendre sa voix et que l'ensemble de ces voix. qui
s'accordent entre elles, produit l'harmonie du monde. Il nous est permis
de rapprocher cetle doctrine de la formule mystérieuse des
Axarsuata
d'abord à cause de l'identité du sujet. ensuite parce que le mythe de la
République est d'inspiration pythagoricienne. particulièrement pour ce
qui concerne la description de l'Univers... L'harmonic dont il est question
dans la formule des ‘Axovozaza est done l'harmonie des sphères wu de
l'origine pythagoricienne
n'est
pas duuteuse»
(DELATTE. op. cit., p. 260).
19. «C'est pour cette raison (voir note 18 que la Tétractys est
quelquefois appelée #d0u07 (Plutarque, de Iside. 75: : elle représente en
» (id. ibid.).
effet l'essence de Univers
20. Les longueurs respectives des quatres cordes de lo lyre s'expriment,
on Fa vu, par les nombres 12 (do,), 9 (fa). 8 (sol). 6 (do). Le fa a done
les 3/4 (= 9/12) de la longueur du do,, le sol les 2/3 (= 8/12: ct le do,
la moitié (= 6/12); ainsi l'intervalle d’unc quarte (do-fa) s'exprime par
le rapport 3/4, celui d'une quinte (du-sol) par 2/3, el colui d'une octave
18. ri ¿ars 16 dr Askpois uarretoy;
sergaxtüg' Önep doriv 4 dpuovia, dy J al Fupijves.
riciens, cités par Jamblique,
mais aussi le produit de 36 par 4.
l'Univers, doctrine dont
|
17. Le serment par la Tétractys est fameux :
Tout comme au nombre 36, le vocable de Tétractys s’applique,
en vertu de considérations du même ordre, a 4 et à 7020.
Trois fois encore, dans les mesures des Premières Géorgiques,
nous rencontrerons le total 144, que nous avons remarqué déja
dans la somme des motifs saillants. Les raisons de cette
prédilection de Virgile ? 744 n'est pas seulement le carré de 72,
Ici. Je foyer KL, en six vers. montre le cultivateur au travail
sous l'œil bienveillant de Cérès. Dans la série musicale 6. 8, 9. 12
constituant la Grande Tétractys. 6 donne la nole fondamentale.
Vos, o clarissima mundi
lumina, labentem caelo quae ducitis annum :
Liber et alma Ceres...
L'expression mundi lumina, mise en relief par l'enjambement.
14. Pour
nature éternelle, Ja Tétractys revendiquait le nom de Cosmos
(Mundus)®.
"Axovouara pythago-
Vit. Pyth. 82, dont la source est
Aristote)
par la comparaison avec une doctrine empruntée au mythe d’Er de Platon,
Rep., X, 617 b. Il est question dans ce passage de l'harmonie des sphéres,
(do, -do,! par 1/2. En langage pythagoricien : les nombres 1, 2, 3, 4
produisent par leurs relations mutuelles (1/2, 2/3, 3/4) les accords
essentiels. En vertu de quoi le nom de Tétractys convient à ja tétrade et
aussi à la décade, somme de 1, 2, 3, 4.
Page 13
View in PDF(opens in a new window)chant entier que s’obtenait un nombre mystique, 365%. Dans
tous les grands groupements, les nombres privilégiés résultent
=
ae qui ne comprennent pas le foyer avec les deux
ailes.
Chacune des ailes de la chrysode des Champs abrite à son
tour une chrysode excentrique, laquelle recèle une souschrysode. D’une part, c’est la chrysode de la Terre FHK
dominée par le foyer GH ; dans son segment majeur HK, on
discerne trois parties, qui sont respectivement la protase,
le
foyer et l’apodose de la sous-chrysode des Engrais HJK (foyer
LES PRÉMIÈRES GÉORGIQUES, POÈME PYTHAGORICIEN 163
divise en deux
Quant à la partie centrale de ce foyer, elle se signal
e par la
Se
ge
passa
ce
;
s
égale
nt
bleme
phrases sensi
leitmotiv
Beau
s.
puissance du style et la brutalité des image
contre
me
l'hom
de
t
d’une chrysode de Ja Terre, que ce comba
s
pierre
des
née
race
dure
jour,
le sol d'où lui-même a surgi un
de Deucalion?! :
IJ. FOYER DE LA SOUS-CHRYSODE DES ExGrais HJK
v. 77
Sed tamen alternis facilis labor; arida fantum
ID. D'autre part, autour du foyer OP, s'organise la chrysode
des Gloires Champétres LOQ. Ici le segment initial LO est le
ne saturare fimo pingui pudeat sola, neve
effetos cinerem immundum iactare per gros.
plus long. de sorte que la chrysode des Gloires Champétres
Sie quogne mutatis requiescunt felibus arna.
nec nulla interea est inaratae gratia lerrac.
inverse, repond 4 celle de la Terre suivant le dispositif du
e Pour achever la symétrie, LO. comme HA. apparaît
ras cette
dover
MA
vsode, celle du Travail
Sacré3 LMO.
constitué
enLaune
sous-chrysode,
TS
De chaque côté du foyer principal KL de la chrysode des
Champs, se distinguent done un fover secondaire (GH. OP) et
un foyer subordonné à ce dernier (JJ, MN). Pour vérifier leur
qualité de foyers, tous ces morceaux doivent synthétiser en
quelque manière la chrysode qu'ils dominent. On va les
parcourir
à ce point de vue ; en même temps, on remarquera
la symétrie qui règle minutieusement leur disposition interne.
Continuo has
leges aeternaque foedera
|
labor, v. 79. car elle désigne autani la
mots la protase
des culiures ; de la sorte, elle résume en cing
sément le sujet.
préci
ient
forma
ement
HI. dont jachère et assol
e per agros,
iaclar
ndum
immu
em
ciner
s
L'expression effeto
v. 81, souligne la vertu fertilisanie que, d'après cerlains
MN. FOYER DE LA SOUS-CHRYSODE DV TRAVAIL SACRÉ LMO
quo tempore primum
eucalion _uacuom lapides iactauit in orbem,
unde homines nati, durum genus. ||’ Ergo age, terrae
pingue solum primis extemplo a
tamen alternis facilis
ils bien le ton. Très habile, la formule sed
jachere que l'alternance
engrais??. Or l’apodose JK va décrire l'acti
certis
imposuit natura locis,
x
nse
Le vers médian ne saturare fimo pingui pudeat sola leconde
par
sol
érer
régén
faut
il
:
l’idée générale de notre chrysode
moins
re
d’allu
e
Them
dés.
procé
s
engrais. fumures et autre
noble : aussi les mots ne pudeat (point de vergogne) donnentente dans les
agronomes de Pantiquite, le feu crée ouonaugm
du feu sur la terre.
GH, FOYER DE LA CHRYSODE DE LA TERRE FHK
v. 60
hominumque boumque labores
v. 118 Nec tamen, haec cum sint nihil
improbus anser
versando terram experti,
Strymoniaeque grues et amaris intiba fibris
mensibus anni
forties inuerlant tauri,
glaebasque
puluerulenta
Il
s’elablil
un
coquat
maturis
parallélisme
de
officiunt ant umbra nocet.
iacentis
solibus
Vrit enim lint campum seges, urit anenae,
urunt Lethaeo perfusa papauera somno.
aestas.
fonction
autant
qu'un
balancement numérique entre le premier vers et demi et les
trois derniers hémistiches : ceux-là reprennent la protase FG
consacrée à quelques éléments qui conditionnent la production
(climat, situation et nature du terrain) ; ceux-ci, décrivant la
jachére, préludent à Papodose HK, qui mentionne les moyens
de régénérer Je sol.
ent l'hexamètre placé
21. Dans le mot terrae qui termine € mphatiquem
comme un résumé de la
voir
n
peut-0
ne
foyer.
ce
de
milieu
au
juste
iques
e dans l'antiquité d'aprés les Géorg
99, Cf. R. BinLiano, L'agricultur
fait-il
e
Virgil
aussi
tre
Peut-ê
«
:
77
1928, p.
chrysode ?
de Virgile, Paris, de Boccard,agriculteurs transpadans, qui faisaient un tel
allusion à la coutume des
sa forme
d'employer le fumier sousNat.
cas de la cendre que, plutôtle que
Hist.,
,
(PLINE
ble
préala
au
r
broile
habituelle, ils préféraient immundus conviendrait fort bien a ce résidu
ctif
l'adje
alors,
Et
49).
XVII,
de la combustion du fumier
Page 14
View in PDF(opens in a new window)Pater ipse colendi
haud facilem esse uiam uoluit primusque per artem
mouit agros, curis acuens mortalia corda,
nec torpere graui passus sua regna ueterno.
Deux phrases d'égale longueur. Evoquant l'effort que réclame
la culture et l'hostilité des adversaires qui la menacent, la
première exécute une variation sur le thème de la protase LM.
Celle-ci vantait l’industrieuse activité du laboureur dans sa
lutte contre la sécheresse ou l'excès des pluies: non content
de souhaiter un temps propice, le paysan avisé organise un
réseau d'irrigation et utilise par un savant drainage les réserves
d'eau stagnante. La seconde phrase Pater ipse colendi...
formule en termes concis la pensée que développera l'apodose
NO. Clôturant l'âge d’or el suscitant les mille difficultés, les
influences malfaisantes qui contrarient l'exercice de notre
domaine sur la nature, c'est Jupiter lui-même qui impose le
combat. Celui-ci éveillera l’ingéniosité de l’homme et lui offrira
l’occasion des victoires du travail.
OP, FOYER DE LA CHRYSODE DES GLOIRES CHAMPETRES LOQ
v. 147
Prima Ceres ferro mortalis uertere terram
instiluit, cum iam glandes atque arbuta sacrac
deficerent siluae ei uictum Dodona negaret.
Mox et frumentis labor additus. ut mala culmos
esset rubigo segnisque horreret in aruis
carduos :
v. 152
intereunt segetes, subit aspera silua.
lappaeque tribolique, interque nitentia culta
infelix lolium et steriles dominantur avenae.
Quod nisi et assiduis herbam insectabere rastris
et sonitu terrebis auis et ruris opaci
falce preines umbras uotisque uocaueris imbrem,
heu ! magnum alterius frustra spectabis aceruom
concussaque
famem in siluis
solabere quercu.
Par une originalité sans précédent, au lieu d’exalter les
délices de l'âge d'or et de regreller cette époque d'abondance
gratuite, Virgile énumère avec complaisance, tout au long de
sa chrysode des Gloires Champétres, les obstacles et les
résistances opposées par la nature à l'exploitation du sol. Il
rend grâces à la sagesse divine qui, par ce moyen, fit naître
le travail, honneur des humains. Aussi le tableau central,
v. 152 ss, dessine-t-il pour cette chrysode une vignette
caractéristique: «les moissons périssent; à leur place se
LES PREMIÈRES GÉORGIQUES, POÈME PYTHAGORICIEN
165
de
dressent, äpre forêt, bardanes el iribules ; et au milieufolle
la
et
stérile
Vivraie
r
domine
voit
on
es
cultur
brillantes
|
avoine. >
fonction
Dans Jes cing premiers vers est ramassée, Mais en nobles
se
:
de Cérès, déesse de l’agriculture, toute la protase LO l’âge d'or,
de
fin
et origine divine du travail des champs,
apparition des difficultés à vaincre.
|
nt au
Quant aux cinq derniers vers, qui recommande
du
l’aide
à
s
herbe
laboureur de faire la guerre aux mauvaises rastris, v. 155,
E
TABER
râteau ei de la serpe. herbam INSEC
ose PQ,
falce PREMES umbras, v. 157, ils introduiseni l'apod
à l'homme
nomenclature des armes, arma, v. 166, qui confèrent
la « gioire divine des champs >.
Le triptyque astronomique SY
PREMIER PANNEAU : LA CHRYSOIDE DES CONSTELLATIONS ST
re
Le passage ST se divise en cing parties. division ani ee
entr
s
partie
Trois
r.
Goelze
H.
de
ion
notamment par l'édit
Le +
formant chrysode s’inserenl entre deux qualrains.
ide es
chrysc
comple également quatre vers. Ainsi. dans cette nt douzi
=
couvre
foyer
Constellations. Yencadrement et le
mune
du
foyer
el
ement!
encadr
nt,
en tout. Or, on s'en souvie
entier totalisent douze douzaines de vers. en l'honneur du cycle
des douze constellations.
de
Le fover de cette chrysoide montre le Taureau en
. Plus 0%
blancheur qui, de ses cornes d’or. ouvre l'annéeale
fle cette
capit
e
porté
la
gnera
souli
détail
de
une étude
e.
Virgil
notation dans l'astronomie poétique de
PANNEAU CENTRAL: LA CHRYSODE DU Cosmos TVU
.
7
Nous étudierons de près cette chrysode dans le chapitre
réservé à la cosmologie de Virgile.
TROISIÈME PANNEAU WA
dans
Trop court pour former chrysode, ce passage pe
des
celle
à
ses 7 vers une construction symétrique, comparable
foyers.
23. Cf. p. 148.
Page 15
View in PDF(opens in a new window)LES PREMIERES GEORGIQUES, POEME PYTHAGORICIEN
Hinc tempestates dubio praediscere
caelo
possumus, hinc messisque diem
tempusque serendi,
et quando infidum remis impellere
marmor
conneniat, quando armatas deducere classis
aut tempestiuam siluis euertere
pinum.
Nec frustra signorum obitus speculamur
et ortus
temporibusque parem diuersis quattuo
r annum.
Les deux premiers vers, comme Jes deux dernier
s, s'adressent
rd paysans et aux hommes en général, tandis
que les trois
examètres centraux
et les armateurs.
concernent spécialement
les
nautoniers
AGENCEMENT DES TROIS PANNEAUX ENTRE EUX
Le triptyque astronomique SX ne constitue pas
lui-même une
cl "sode. Dans ce morceau, fover du livre entier,
la section
d'or nen Jouera pas moins son rôle, mais d'une
façon adaptée
à la situation unique et à la fonction privilégiée
du passage
On se rappelle la manière dont s'équilibrent
entre eux les trois
grands motifs saillants des Premières Géorg
iques: le motif
ceniral SX est à l'encadrement (exorde AE et épisode
final uz)
ce que le segment mineur d'une chrysode
serait à son segment
majeur (cf. p. 154). La mème relation
existe entre le panneau
principal TW du foyer astronomique
et la somme des deux
panneaux ST et
WX,
qui
le
flanquent
:
la
partie
majeure
(somme des deux panneaux latéraux) encadr
e la partie mineure
(panneau principal), au lieu de la suivre
ou de la précéder
comme dans les chrysodes.
L'équation suivante marque la similitude de propor
tion qui
us d une pari, les trois panneaux
du foyer astronomique et,
autre part, les trois motifs saillants des
Premiéres Géorgiques:
Panneau principal _
panneaux
latéraux
foyer astronomique
encadrement
du
1
poëme Se
La chrysode du Temps Yor
L'apodose Jours Xu se hiérarchise selon
le méme principe que
na proimse Travaux ES, mais avec quelq
ues enrichissements de
a formule, qu'on relèvera en leur
temps.
La chrysode du Temps Ygr occupe la plus
grande partie de
E ee Jours. Charrue et grange, respe
ctivement symboles
u
ut des travaux agricoles et de leur
terme, figuraient aux
167
deux extrémités (EF et QR) de la chrysode des Champs. Une
double évocation, non moins adaptée, embrasse Ja chrysode
du Temps : YZ et qr traitent l’un el l’autre de la lune et des
dates de Junaison, dont il importe de tenir compte, soit en
raison des influences qu’exerce celte planète, soit pour les
pronostics à former d’après son aspect. Le lien créé par cette
communauté de sujet entre les deux paragraphes apparaît
d'autant plus étroit que, sauf une allusion au v. 353, la lune
ne se rencontre à aucun autre endroit du poéme.
Tandis que dans la chrysode des Champs, éloge du travail
acharné, Je foyer KL présentait Cérés benissant ce labeur, le
foyer gj de la chrysode du Temps, à la façon d'une réplique
joyeuse, décrit les sacrifices offerts à la même divinité par la
jeunesse paysanne en liesse. Les 18 vers de ce foyer équivalent
à la moitié de la Grande Tétractys. Iis forment une petite
chrysode ghj, particularité absente du foyer de la chrysode des
Champs. La minuscule apodose ij prélude à la longue apodose
du Temps, jr : sa fonction et son libellé sont pareils à ceux du
panneau WX, dernier volet du tripiyque astronomique et
préambule de l’apodose Jours Xu.
Dans la chrvsode du Temps, comme dans celle des Champs,
les deux ailes totalisent 144 vers. Protase Yy et apodose jr
englobent chacune une chrysode excentrique: ici celle de la
Vie Paysanne Zbg (foyer ab). là celle des Oiseaux jog (foyer op).
Les segments majeurs bg el jo de ces deux dernières chrysodes,
l’un et l’autre contigus à gj. foyer de la chrysode du Temps,
peuvent à leur tour se décomposer en parties que mesure la
section d'or. Seulement cette subdivision ne sera point
tripartite et l'on n’aura pas affaire ici à de simples chrysodes
comme en HJK et en LMO, sous-chrysodes de FHK et de LOQ.
bg et jo s’artieulent chacun en cing pièces, donnant ainsi
respectivement la chrysoïde des Tempétes bc-cef-fg et celle
de l'Arc-en-ciel jk-kin-no. Renchérissant sur les exigences
de la simple chrysode. mais, en revanche, plus favorable à la
variété dans la composition, Je cadre de la chrysoide sert mieux
la matière poétique particulièrement riche de chacun des deux
segments symétriques bg et jo. Plus loin, après l'examen du
foyer secondaire ab et avant celui de son pendant op, nous
devrons revenir sur le détail remarquablement travaillé de ces
chrysoides.
ab, FOYER DE LA CHRYSODE DE LA VIE PAYSANNE Zbg
At rubicunda Ceres medio succiditur aestu
et medio tostas aestu terit area fruges.
Page 16
View in PDF(opens in a new window)de, FOYER DE CETTE CHRYSOÍDE
Nudus ara, sere nudus: hiems ignaua colono.
Frigoribus parto agricolae plerumque fruontur
mutuaque inter se laeti conuiuia curant.
Inuitat genialis hiems curasque resoluit,
v. 316
ceu pressae cum iam portum tetigere carinne
puppibus et laeti nautae imposuere coronas.
le
tabl eau central
(v.
299-304
eee ses scenes & la mauvaise saison hiems, laquelle or
e
sujet
de
l’apodose
bg;
mais
il
y
règne
l'atmosphère
srisai
joi quii caractérisait
d'agrém
si
gle ent et de joie
la protase Za, consacrée
Aux deux premiers vers du foyer, qui fixent la moisson au
plein été, répondent comme en écho les deux derniers hexametres, qui placent à l'avant-plan des occupations hivernales
la cueillette des glands. des baies, des olives et des myries
:
deux mentions de récoltes, svmétriquemenl disposées.
|
LA CHRYSOIDE DES TEMPÉTES bc-cef-fq
Les cing éléments de cette chrysoid
À
e se rangent en ordre de
longueur croissante (sauf que le 3¢ et le 4: comptent le même
nombre de vers) : 4 vers, 5, 6, 6, 10; c’est aussi une montée,
un
à crescendo d’impressions, , qu'évroquent les tableaux s
succes
sivement traces :
a ca 7 ¢ chasseurs dans la neige » : pour l’homme, nulle menace
ela part d’une nature endormie sous son épais manteau blanc :
période de calmes loisirs.
|
cd : les changements de temps, . à l'aut omne el au printemps,
i
tienneni le cultivateur en alerte : quae uigilanda uiris, y. 313
de : plus que l'inquiétude : la
péni
la pénible
surprise
des moii
;
i
neurs, sous l'ouragan subit qui dévaste la récolte,
_
-
ef
:
rere
5
>
r
N
3
a
déluge,
ruine
plus complète
des espoirs
du
fg : dechainemeni
fo:
catastrophi
phique
des
fureurs
de
Jupiter
i
lui-méme ; chez les bétes et les gens, l'épouvante, que sont
id forêts et rivages. Mais, au terme de cette description
es plus violents méléores et au moment d’inculquer la leçon
mensts1 et sid: era serua, v. 335.
:
de ces lerreur s, brusque retour au calme : Hoc
aruis
Sacpe ego. cum flauis messorem inducearetculmo,
agricola et fragili iam stringeret horde
omnia uentorum concurrere proclia uidi,
quae grauidam late segetem ab radicibus imis
sublimem expulsam eruerent. ita turbine nigro
ferret hiems eulmumque levem stipulasque uolantis.
Sed tamen et quernas glandes tum siringere tempus
et lauri bacas oleamque cruentaque myrta.
Une réussite ide l'artiste
i
:y
169
metu ens caeli:
e de P’Arc-en-ciel décrit
Si, comme on le verra, la chrysoidaux
à l'approche du vent
principalement les réactions des anim
que Virgile monire
mme
l'ho
et de la pluie, dans celle-ci, c'est tout au plais
ir de la chasse
an
en face des météores, le pays neige. inquiel aux
gements
quand le sol disparait sous la rasque. ruiné parchan
averses
des
de saisons, surpris par la bour oisse sous le vacarıne
du
lorrentielles. le cœur serré d'ang
le
avec
ide
coinc
étes
Temp
tonnerre. C'est que la chrysoide des
de
nom
le
e
méril
qui
segment majeur de l'ensemble Zbg
chrysode de la Vie Paysanne.
oïde, reprécente une des
Le tableau de, foyer de notreviechrys
ps : le moment oú
des
scenes les plus typiques deUnla crescendo,cham
lable á celui qui
l'on fauche les moissons. re de la chrvssemb
anime ce motif
se dessine d'un bout à l'aut trois premiersoide,
lle celui
vers
central. Le mouvement deses de la chrysoïde. Icirappe
me la,
com
des deux premiéres parti
les
dans
ent
entr
eurs
sonn
mois
Jes
:
d’abord une vision de paix les orges à la tige frèle : puis un
guérets dorés et coupent déjàs, les vents accourent à l'assaut.
frisson de crainle : menaçani t le second tercet prélude au
L'élan impétueux qui saisi violeni des dernières parties de
déchainement toujours plusse fixent d'abord, nos regards sont
la chrysoïde, Du sol où ils courbe vertigineuse : un souffle
une
entrainés au loin suivantrécol
la
te. ab radicibus imis, v. 319, un
irrésistible déracine la
dans
e
port
l'em
, v. 320, ei
chasse en l'air, sublimem erueorent
l. x. 320 s.
ferro
nigr
ine
turb
,
illon
noir tourb
s,
symétrique des homéoléleeute
On remarquera l'agencement
:
form
la
de
té
qui rehausse encore, dans ce foyer, la beau
nidi,
aruis, culmo.
imis, nigro. uolanlis.
La CHRYSOÎDE DE L’ARC-EN-CIEL jk-kin-no
uement à la structure de lale
Sa disposition répond syméstriq
-ci venait en premier lieu
celle
chrysoide des Tempetes. Dan
Page 17
View in PDF(opens in a new window)petit côté de l'encadrement (bc), puis la chrysode cef, segment
majeur en tête (ce), enfin le grand côté de l’encadrement (fg).
Ici on distingue d’abord Je grand côté de l’encadrement (jk),
puis la chrysode kin, segment majeur en queue (In), enfin le
petit côté de l’encadrement (no).
Les rapports numériques entre chrysode incluse, grand côté
de l’encadrement et pelit côté de celui-ci sont les mêmes dans
les deux chrysoides. De part et d'autre la chrysode incluse est
au grand côté de l’encadrement comme la partie majeure à la
partie mineure dans un tout divisé selon la section d’or2#,
Quant au rapport entre grand et petit côtés de l'encadrement
dans chacune des deux chrysoïdes, voici comment on peut le
formuler: prenez le grand côté, partagez-le selon la section
d'or; le segment mineur résullant de ce fractionnement est
égal au petit côté. Donc, dans chacune des deux chrysoides,
trois applications de la section d'or: celle qui régit toute
chrysode simple et les deux qu'on vient de relever. C'est dire
que, si le schème gagne en complexité, il ne perd rien en
rigueur.
Sur ces symétries dans l'ordre du nombre s’en greffe une autre
de caractère qualitatif, La chrysoide des Tempétes se déroulait
en un crescendo d’impressions. A une montée, la symétrie
opposera naturellement une descente. Aussi Ja chrysoide de
J'Arc-en-cicl dessinera-t-elle à deux reprises la courbe d'un
decrescendo.
D'abord en jk. Les premières images de la bourrasque ici
décrile évoquent les vagues qui gonflent la mer. le fracas que
répercute Pécho des montagnes; puis Je poète ramène nos
regards sur des sujets plus limités (bateaux, oiseaux de mer)
et des phénomènes moins terribles (étoiles filantes) pour les
arréler finalement sur un gracieux spectacle : fétus de paille
24. 17 et 10 sont dans la chrysoide des Tempetes les nombres respectifs
de vers de la chrysode incluse (cf) et du grand côté de l'encadrement (fg).
Aux parties homologues (kn et jk) de la chrysoide de l’Arc-en-ciel, sont
assignés 23 ci 14 vers. Or c’est précisément en 17 el 10 el en 23 ct 14 que
la seclion d'or partageruit des ensembles respectifs de 27 et 37 vers.
Car 27:9 = 16,68, soit 17 ; et 37 :9 = 22,86, soit 23.
25. Dans la chrysoide des Tempétes, le grand cóté de l’encadrement
comporti» 10 vers. Partageons 10 selon la section d'or; 10:9 = 6,18;
soit 6 pour la fraction majeure et 4 (10
— 6) pour la mineure. Or, le
petit côté de l’encadrement
se borne à quatre vers.
Méme opération pour Vencadrement de la chrysoide de l’Arc-en-ciel.
Grand côté: 14 vers; 14:
¢ = 8,65, soit 9; 14—9 = 5.
Dimension du petit côté de Pencadrement : cing vers.
LES PREMIÈRES GÉORGIQUES, POÈME PYTHAGORICIEN 171
ra La
tournoient, plumes quid'unse cu
et feuilles mortes. qui
e
fort
surface de l’eau N’est-ce pas le passage
pianissimo ?
ab
ponti
? inuo uentii s surgentibus aul freutta de
- 356 Cont
jk)
(déb
e...
scer
tume
ata
= incipiunt agit am et frondis uolitare caducas
saepe leucm pale
;
n
pki.
miti erge nantis in aqua colludere plumas (fin de
par
escendo. Après l’emoi ai wete
Puis, en ko, nouveau decrinon
pe
n
g
on (x. ha
le tonnerre et une brusqueguam dati
>
rudentibus im om
imp
Num
te,
une note rassuran
;
q
ques
quel
ire
à décr
v. 373 s. que le poéte se mei
en
t
e,
sant
apai
on
visi
Ensuite,
des animaux à la pluie (kN.
(Im). Dans l'apodose mn,a er
l
-cie
c-en
l'ar
de
ral
cent
f
moti
hi
ielani nous passons
crainte a disparu: du bruit inqu
escendo se HANDEL JT Pa
le decr
rumeurs plus sereines ; Apr
ès les joyeux ébuls des a im È
calme le plus complet.
antes (v. 383-387), l'appel monotone
mer en troupes bruy
corneille et sa promenade solitaire :
iam wocat improba noce
v. 388 Tum cornix plena pluv
atur harena.
spati
m
et sola in sicca secu
t auquel disposen! er i
A la faveur du recueillemen
hexamétres riches d'a i ar en
de ces
visuelles et auditivesmai
ntenant les jeunes fileuses i,‘adi
idere
le lecteur conslueu
r d’une lampe dont le Ce peer del
n
la nuit, à la
‚m
em
Bre
ss.).
390
l'approche du mauvais temn psdu(v.ciel étoilé. avec je
q
introduit la contemplatio
:
o
éclat des asires (no).
res spas
ceau ko et ses dernie
L'ouverture du morelle
issimo à
fort
d'un
tion
posi
s l'op
présentent bien entre
piano :
v. 370
v. 397
..
Al Borene de parte trucis cum fulminat et cum.
tenuia nec lanae per enelum uellera ferri.
lm, FOYER DE CETTE CHRYSOÏDE
ews
s penetralibus extulit tona
v. 379 Sacpius et tectiica
NS
INGE
bibi
et
iter,
ns
tere
angustum form
no
ARCUS, et e pastu decedens agmine mag
coruorum increpuit densis exercitus alis.
i ux
el mie
È nomènes servant aux pronos tics, lequ
ous les phé
que l'arcencciel eût décoré la clef de voùte de cette chryso
Page 18
View in PDF(opens in a new window)Vi
Virgil
e | ne multipplie-t
lie-t--il pas les procédés
pour en rend re
I evocation plus saisissante ? Conci
sion de la formule ef
bibit
sapete arcus, contrastant avec Pi mme
ous
ouvre; enjambement
nsité de l'horizon
qu'elle
dé
epi
surtoul opposition Gemeinde, pi Mi
ee te
n sh
l’absee
par
ee
i
accusé
|
sition,
Pa
ae | pe ce grandiose
spectacle
et la descri ni ii
Ption de la
i, bestiole battant son étroit sentier
(4)
P,
v. 898
n
.
Li
FOYER
DE
LA
CHRYSODE
DES
OISEAUX
>Non tepidıim ad solem pennas
nnas in litore
usi Thetidi alcvones,
= pi
ima
pand
non me wir t
Melle sues
magis
jog
iactare ‘iantdlon
petunt
campogue
ine summo
a seruansexerdecetculm
noctua cantus.
Ang
Soli
li site
Apparet si
‘
5
.;
.
i
re
seeal
secal sethera
re per aurasÈ es
Nisus à magno a stridoNisus
Nis ad auras,
iinsequitur Nisus ; ; qua se fert
e
,
‘
:_»
illa le uem fugiens
raptim secat nethera pinnis.
k oila, en trois quatrains rimés
?6, une pièce charmante qui
pourrait
26. On
s'intituler
se
intér
i ieures
ni
‘e
trouve
—
voi
voire
Retour
ici
ici
gi
en
du
È
présen
ce
temps.
beau
d'un
de rimes ¢ léoni
systeme
coni
nes
»
Ce
de
petit
cet
poème
rimes
—
d’«
holor
ser
imes
>.
1) premier quatrain
.
9
21
si d qualrain
secon
Méme combin
ai
mais
an
|
nn
re
È
-08
“L$
“08
“nit
“stil
“n
-08
-us
“Uses
“its
x:
a
po
be
premie
"emi r
quatrain,
er la cesure est sémiquinaire av us.
E
roisitine
déjà
“unt
-€5
quatrain
quatra
in ;:
césure
]
...illa
qui
la
porte
leuem
:
mais
semi
la
rime
interieure
nal
EEN
fugiens
seca!
aethera
pinnis
auras
;
auras
.
Ce dernier quatrain est écrit en
illa
leuem
fugi
ivi
»..Secul
e holorimes ».
La
aethera
pinnis
premiere
rime
romains, par exemple chez Catulle, ar ey Alexandrins et leurs disciples
Quoi dono lepidum nouum libel
ium
arida modo pumice expalitum
?
la
sourdine les développements mullipies desous
un ciel limpide,
où,
pg,
dose
l’apo
de
tonalité toute claire
considère
résonne Je gai concert des oiseaux?”. Et etsi leon7° vers,
6°
spécialement. au milieu de ce morceau, le d'un hexamétrequela
changement de ton n’observe-t-on pas
avec son appel
l'autre? Là, v. 403, le hibou, oiseau de nuit,
tion de teinte
évoca
:
soir
du
re
monolone répété dans l'omb
ités du vers;
sonor
les
ent
spond
corre
quoi
à
sombre et terne,
les hauteurs de l'air,
ici, v. 404, vision d'un vol rapide qui fend
dans un ciel transparent ; l'impression de clarté et de vivacité
s’accroit de l'éclat du vocalisme?8.
meas esse uliguid pulare nugts.
poenas dat Seylla capillo.
uacumque illa leuem fugi
ugicns.
accompagne en
assure la transition entre la noie grave qui prota
se jo, ei la
Corneli, libi : namque tu solebas
sublimis in acre Nisns.
ct pro purpureo
v. 405
recumbunt
173
un exemple
qu'on connaisse dans l'antiquité
Mais nous ne croyons pas dével
op.
ge
passa
du
celui
que
oppé
aussi
rimes
de
me
d'un systè
comme foyer d'une
quatrains sont en reliefdes
Dans notre texte ces trais
Wise jog que
ode
chrys
la
vrant
décou
ehrysode. C'est d'ailleurs en de son foyer ap.
nous avons remarqué les rimes
sont pas séparés les
ER. ces trois quatrunainsseulneparag
Dans l'édition GoELZinclus
raphe tt. 393-4231.
en bloc dans
uns des autres, mais
editions. A notre connaissance. aucun
N en va de même dans les autresularit
é qui caractérise ces douze vers.
partic
la
e
relév
ne
e
ntair
comme
son chapitre sur la rime latino,
gue ? Dans
Aurait-elle done passé inaper
appliquee au
mention (Traité de stylistique
M. Manovzrat n'en fait pas silenc
de Virgile,
rimes
Les
cu,
Henes
M.
e chez
Latin. 1935. pp. 53 ss.). Meme
61-60.
pp.
1947,
nne,
Lisho
,
Letras
de
dade
Facul
Revista da
les
déjà du bean temps pour en citer
27. La fin de la protase jo parle
393,
v.
imbri,
er
e:
encor
dure
pluie
signes avant-coureurs, Mais la le ciel est rasséréné: imbribus aclis,
Dans Papodose pg. au contraire.
v. 413.
raphe :
308 commence un nouveam parag
28. Dans notre texte. le vers sépar
par
que
348
vers
du
397
vers
ent le
cependant tous les éditeurs ne
le
dont
rimés
ins
quatra
trois
des
jour
an
mise
La
e.
un poini-virgul
:
on
divisi
notre
ier
justif
à
ibue
contr
étre
hexam
vers 498 forme le premier
op.
foyer
du
rie
à hloquer no avec op on briserait la symét
nait Ja fin naturelle.
fois séparé de op. on y recon
D'autre part, no une iment
de l'Arr-en-riel tof,
oide
ehrys
la
de
douce
la derniére nole infin
étroitement à op
plus
cher
ratta
le
p. 171) : un nouveau motif de ne pas
qu'à mn.
lien très intime
el mn s'unissent par le que
A y regarder de plus pres,n no
les filenses
meme
«De
:
e
riqu
homé
dune délicate comparaiso
aissent
appar
e
l'autr
à
terme
D'un
(v. 390 ss.) ..., ainsi, nec minus (no)... 2
lampe qui
(ef. p. 193) entre lala lune qui
ts tout virgiliens arden
de ces rapprochemenrusti
te, v. 391, et
...
testa
que,
éclaire l'intérieur nec fratri
entre
s radiis obnoxia surgere Luna, v.par396,l'huil
répand sa lumière,
e,
ntée
alime
e
flamm
la
pagne
accom
qui
t
le scintillemen v. 392, et celui des étoiles, negue tum stellis acies
scintillare oleum,
qui suit
obtusa uidetur, v. 395. Ne faut-il pas rapprocher encore le trait
Page 19
View in PDF(opens in a new window)L’ensemble médian LG
Descendant
de degré en degré, , on a
|
j
a jusqu'ici
iné les
dessiné
ramifications de la grande chrysode des Champs et de son
homologue, celle du Temps. Le dernier mot n’est pas dit sur
Ja nn organique du corps des Premiéres Géorgiques.
e lecteur s'est demandé sans$ doute pourquoi
quoi la chrvsode
des Champs ELR ne recouvre pas toule la protase Travaur ES
et pour quelle raison elle laisse le passage RS entre sa limite
dans l'un et l’autre texte : les champignons
s
è
el ‚putris concrescere fungos, v. 392, a lee die etnie =
i
l'air, tenuia nec lanue per caelum uellera ferri. y. 397 2
Si
en
entre no et
verra
pas
op on situe l'articulation que nous proposons. on wen
moins dans le premier passage une préparation de l'autre
auquel l'accrochent des rapports logiques et même grammaticaux ('anapeo peg nec... nec... non... non... Y. 395-399),
.s mémes principes qui
imposent
—
un alinea au ve
rd > n rares, où notre texte s’écarte Pat
i
nn tue mney ionnons
surprend
1. - Notre division
les
deux
endroits
où
la
divergence
el er
a
les éditeurs se contentent d'un point-virgule a Fr a a ees te i so
isole les vers 307-310 de
6
et be ne forment qu'un paragraphe, la chrysoide des Tempétes bg n'a
lus
son début naturel. Avant les autres elements, vent, pluie foudre. be
évoque la neige et la glace, première note, toute calme d'un es
qui culmine dans les éclats du tonnerre (cf. p. 168). Par ailleurs >
eg à ab, be romprait l'équilibre symétrique du foyer ab (ef, p. 168)
oe pid a “i = ni a
pe RE relie pourtant à lui par
an:
no & op. Analogie de relations qui ajoute aux Birmania de sedie den
vs
ss
wee
LU
5,
307,
308),
e
observés entre la chrysoide des Tempetes bg et celle de l’Arc-en-ciel jo
di — Chez les éditeurs, rien qu’un point-virgule entre les vers 66 et 67.
À après notre plan ie vers 67 commence un nouveau paragraphe. Autrement
o pap sì on ne place qu’au vers 71 le début du paragraphe. il manque
si “À he
gro
De plus normale. Pour cette humble
At si non fuerit tellus fecunda, v. 67 ? Surat ins hn
ys
but
plus
appropri
"ssi
du ns
Fi 70, illic officiant Lartıs ne frugibus herbae et hie sterilem exiguus ne
et
umor harenam, ne voit-on
2 ger
unde
prius LAETUM
pas répondre à l’une Palternance des
quassante legumen...
campum,
eresustuleris
siligua
e situ duresc
à ui et à l'autre la jachère, ef segnem patier
+
72? S'il est allongé des vers 67-70, GH, foyer de la chrysode de la Terr \
ne perd pas seulement sa symétrie cf. p. 162) mais encore son unité de tea
fl n'est que de remarquer comme le petit air didactique des vers 67 s.
Al, si non fuerit tellus fecunda, sub ipsum
Arcturum tenui sat erit suspendere sulco.
tranche sur les effets descriptifs des hexamètres précédents '
glaebasque iacentis
puluerulenta coquat maturis solibus aestas.
LES PREMIERES GÉORGIQUES, POEME PYTHAGORICIEN 175
extréme et le foyer astronomique SX. Méme question au sujet
de la chrysode du Temps Ygr et de la piéce intercalaire XY.
La réponse ne sera complète qu'à la fin de ce chapitre. Mais
des maintenant nous allons voir les deux brefs morceaux RS
et X) jouer leur rôle dans un ensemble qui chevauche sur les
deux grandes chrysodes où eux-mêmes n'ont pas élé intégrés.
Considérons les étendues qui, à partir du foyer astronomique
SX s'allongent, l'une vers le haut, jusqu'au foyer principal AL
de la chrysode des Champs. l'autre vers le bas, jusqu'au foyer
gj. qui domine la chrysode du Temps. Ces deux élendues,
LS et Xg. se répondent. comme on le verra en détail dans le
se
chapitre traitant des correspondances symétriques; elles les
comme
tuer
consti
à
facon
de
complètent mutuellement
deux ailes d'un ensemble avec le foyer astronomique SX comme
élément central.
re
Dans tout cet ensemble médian Lg. l'homme tient la premiè
les
it
chanta
LOQ
étres
Champ
s
Gloire
des
place. La chrysade
sans
vieloires du laboureur. le caractère sacré de sa tâche:: c'est
re
dégénè
le travail humain. ni uis humana. v. 198, tout
l'axiome que proclame le passage inlercalaire RS. La chrysode
ienne,
de la Vie Paysanne Zbg reproduira l'existence quotid
mais
lon.
meme
Je
dans
:
??
luttes
de
et
joies
humble tissu de
XY
laire
inierca
e
passag
le
uée,
accent
arité
famili
une
avec
de
temps
par
leur
aura déjà montré à quoi s'occupe le cultiva
pluie ou les jours de fétes.
ei celui
Le foyer KL de la chrysode des Champs. d'une part,table
aux
deux
e:
l'autr
de
.
(gj) de la chrysode du Temps
.
médian
ble
l'ensem
dans
entrer
sans
complémentaires qui,
t
remen
encad
un
me
l'hom
de
nt
traita
au
morce
donnent à ce
,
travail
adapté: la première image présente le laboureurs au
fête.
d'une
ssance
l'autre la jeunesse paysanne tout aux réjoui
tion du
En dehors des limites de Aj, au contraire, l'attenchrys
ode
:
eurs
inféri
règnes
poète se porte davanlage sur les
de la Terre FHK, chrysode des Oiseaux jog.
sible qu'il
L'ensemble médian n'est pas une chrysode : impos
Join. En
plus
trera
démon
Je
on
e
comm
vérifie cette formule,
du
ailes
e les
revanche, ses deux parties latérales — comm
et
ps
Cham
des
odes
chant entier, comme aussi celles des chrys
-fg. On Va
la chrysoïde des Tempelesdebe-cef
29. Cette chrysode inclutla différ
n-ciel jo
l’Arc-e
ide
chryso
la
de
ence
à
169),
vu plus haut (p.
tes
Tempe
des
oide
chrys
la
que
me
l'hom
consacrée au règne animal, c'est
montre en face des météores.
Page 20
View in PDF(opens in a new window)LES PREMIERES GÉORGIQUES, POÉME PYTHAGORICIEN
du Temps — totali
sent un nombre my
stique : ici. le no
mbre 783,
36514.
moitié arrondie de
Plutarque
nous
pythagoricienne de
instruit
amplement
sur
ce nombre :
l'interprétation
« Le nombre des
mondes n’est pas
infini ; il n’y
ni cing, mais 183.
a pas qu'un seul
Leur ensemble s’o
monde,
rdo nne en une
dont chaque cöt
figure triang
e porie soixante
ulaire,
mo
ndes: des trois
chacun occupe un
mondes restants,
Sommet du triang
le.
sans interrupt
ion de Jeur cha
ine, et
comme
celle
d’un
chœur
de
danse,
triangle est leu
r foyer commun
Ils se tiennent les
uns les autres
leur evolution
La
plaine
S'accomplil
située
à
posément
l'inté
rieur du
à lous; elle se
nomme Pluine
de Vérité
et contient les
idées, Jes types
et
les exemplaires
de
l'existence et de tou
tout ce qui a
reçu
t ce qui la recevra.
De VEternite, qui ent
idéales, le Temps,
oure ces f ormes
comme une emanat
ion. s'écoule dan
Ce spectacle n'es
s les mondes.
t offert aux reg
ards et à la Con
humaines qu'une
templation des ant
fois en dix mille
es
ans
,
pou
rvu qu'elles aient
et les plus nobles
bien vécu.
iniliations que
Pracur
nous
ne
ent
figurent
que
comme
en
Jes mystéres cél
ébrés
parmi
rève cette vis
ion-là et cett
Et i] ajoutait que
e initiation,
Pétude de la philos
ophie n'a duutre but
cette beanté, aut
que d'atreindre
rement elle est
peine perdueat
5 ‘De defeciu ora
22).
culoru
m.
On se rappelle co
mment. au dernie
r hémistiche de
des 36514 vers, Vir
la série
gile soulignait dis
crètement le sens
nombré solaire,
de ce
La portée d'indi
ces tels que Sol
tibi signa dabit
a élé précisée plu
s haut (pp. 152 s.).
Ici. l'auteur use du
Procédé, mais ave
même
c
plus d’insistance
à la fin de l’ensembl
v. 335
e en question.
in orbis.
véhémente
ticularilé qui ren
d plus remarquab
l'allusion à ces dernie
ie
rs : dans les Quatre
livres des Géorgique
s,
l’orientalisme, est
(de
Plutarque,
ces
soucieux
spéculations)
Phanias d’Erése gui
siciliennes d'Hipp
ys
de
Rhégiuin
de
contre
défendre
les
et Femonte
Vascendance
envahissemen
lui-même se référe
ts
de
aux méditations
à Pétrôn d'Himé
Sicilien, un des
re, autre
Pythagoriciens de
la Première gén
Le secret de Virgil
ération» (P. Mau
e et l'architecture
ry,
des
Buc
oliques, Letires
III, 1944, p. 117)
d'Humanité,
.
|
oilà
fn signalés tout spécialement a EN ere
ou auditeur pythagoricien qui serait déjà averti
ri de 183 vers se ciòöturant ici.
d'une série
de
l'e
Quelles divinités plus qualifiées que Saturne et Mercure pour
personnifier le double sens du nombre 183° u
VA
Les théogonies ayant largement exploité l'étymo DE R. inal
laire de Kronos (Saturne)3i, le dieu bi ge aoe a ¿str
i
>
ay
itié arrondie
de 36312)
avec
sure
la mesure
d
,
ns de Cylléne, lui, est en relation toute pagana cag
rand triangle de 183 mondes; c'est lui que, dans come chi
retorne, poète. mathémaiicien el géographe, n er
à travers les sphères célestes et qu'il montre en a en P Da
devant l'ordre de Vunivers32, Virgile s inspire de
gii
le
passage 231-239, placé au cœur du premier livre da as i
l'en ression quos ignis caelo Cyllenius erret in or “ae wl
littéralement rendue par « dans quels cercles erre au pr : Pie
de Cyllene », ne fait-elle pas songer à la course du dieu s
les espaces planétaires ?
"7
Fort habile, cette expression, car elle amène “a
dr
série 183, symbole des 183 univers pythagoriciens, le mu
:
quos... in orbis.
, nous J'avons déjà noté (p. 175), ne
des éléments déc
Pour élever nos
hainés
veux vers deux
planétes. Saturn
e el Mercure,
et cela sans aulre
transition que deu
x mots, Hoc met
assez factice
uens, lien
entre les ima
ges discordan
tes de l'orage
deux astres, Autre
et des
par
de
.
i = risa pee ha fin de l’apodose Jours. Après les Brauner
Ces trois derniers
hexamétres de l'e
nsemble médian nou
arrachent à la
s
description
source
è
L'ensemble César-Soleil rz
Hoc meluens cael
i mensis et sid
era
hellénique
i
ue également
quos ignis caelo
Cyllenins erret
30. «La
dont le premier abonde en So
ee u
uve
qu'ici la mention de plane es.
Vi
. L'indice se sit
serus :
frigida Saturni
sese quo stella rec
cptel.
purement
177
de } N lane dont l'énumération forme le bord er fai
| ch de du Temps Ygr, viennent vingt-cing vers ( 4
eee ine t aux Jours et qui traitent des prédictions solaires.
nera tuetiee ainsi à part de tous les autres les Pronnslns
tee ie ae ° Ne serait-ce pas que Virgile accorde à cet astre
Les mages el le ton des vers 438-463 sonl d'un ae
iculier ?
i
|
rait tenté de juger affecté, quand on les ar
|
Li
fac on doni l'auteur, l'instant d'avant, parlait de a end =
à Pesos de deux vers (428 s.) : annonce d’averses p
. v. Kronos, P. W., XI, 1986 et 2
cn Dea de|
x cage ou per l'Hermès 1, de4 Cylléne
(Danemsena-Sa , S.
rn ch Diogène Laërce, VIII,
ar Jaun, Die Quellen und Muster des ersten Buchs der Georgica
5
Vergils, Rhein. Mus., 1903, p. 214.
Page 21
View in PDF(opens in a new window)LES PREMIERES GEORGIQUES, POÈME PYTHAGORICIEN
champs et pour la mer. tout respirait la douceur. La moitié
du passage, à peu près, énumérait des signes du beau temps
(v. 432-437). Il n'était pas jusqu'aux présages de vent qui ne
fussent mentionnés en termes empreints de délicatesse : « si la
lune répand sur sa face une rougeur virginale, il y aura du
vent ; le vent fait toujours rougir Ja blonde Phoebé »
(v. 430 s.). Ici, par contre, sauf une éclaircie fugitive (v. 458 ss. :
trois vers sur une trentaine), tout ce que prédil le soleil
s’exprime comme péril et menace, dans un style mouvementé :
e attends-toi à des pluies ; car venant de la haute mer menace
le Notus, fléau des arbres, des blés et du bétail (v. 443 s.)... ;
ah! le pampre défendra mal ses grappes déjà müres
: tant
est violente l’averse de grêle qui crépitante rebondit sur les
toits (v. 448 s.) !... mais si des taches commencent à se mêler
à ce feu ardent. on verra alors toute la nature agitée par le
vent et les nuages de pluie : personne, par une nuit pareille, ne
me déciderait à me risquer sur Ja haute mer ni à détacher le
câble de la terre (v. 454-457).» Si la différence est sensible
entre cette atmosphère d'anxiété el l'air de sérénité qui
caractérise la fin de la chrysode du Temps, une sympathie
profonde ne relie-t-elle pas les sombres présages solaires aux
terreurs qui obscurcissent l'épisode final uz °
ses feux. Ne voit-on pas se nouer ici la relation qui rattache
intimement entre eux l'épisode politique uz. où sont relatés les
cataclysmes signalant la mort de Jules César puis l'apparition
du nouveau César, et le passage précédent, ru. consacré au Soleil
levant et au Soleil couchant, ainsi qu'aux dévastations qu'il
Cet épisode apparlient aux motifs saillanis du livre: il se
distingue de la grande apodose Jours par son caractére politique
(cf. pp. 139 s., 149 s.). Pour se placer ainsi à un niveau surélevé,
mérite-t-il de passer pour un hors-d’ceuvre, annexé au corps du
chant par Je seul lien des vers 461-465. transition assez
artificielle encore qu’élégante ? Virgile, dont le grand art est
d’harmoniser les contrastes et de découvrir des analogies entre
réalités
d'ordres divers. ne réunirait-il point par voie de
symbolisme les présages du Soleil ru et l'épisode politique uz.
si étrangers l'un à l'autre par Ja nature propre de leurs sujets,
mais qui, dans sa composition, s’apparentent manifestement
par leur aspect tragique ?
Poser la question, c'est la résoudre, car elle a appelé notre
attention sur deux vers qui associent dans le méme sort les
héros respectifs des deux passages, César et le Soleil :
v. 466
Wie (Sol)
etiam extincto miseratus Caesare Romam,
cum capul obscura nitidum ferrugine texit...
« Prenant Rome en pitié, quand César se fut éteint, le Soleil
se couvrit la téte brillante d'une couche de sombre rouille, »
Ainsi, César éteint (on note l'image extincto), le Soleil voile
presage ?
Dans les Premiéres Georgiques, Virgile use meihodiquement
du procédé des correspondances symétriques (cf. chapitre III).
L'ensemble César-Soleil rz en fournit un exemple typique. Voici
en effet l'ordre des paragraphes, le tout premier correspondant
au dernier, le second au pénultième, le troisième servant de
transition entre les peintures de paysages el les grandes scènes
d'histoire !
;
at
tr
Soleil couchant
transition
78
Soleil levant
ui
vu
César mort
César ressuscité
De telles svmétries mettent dans tout son jour le symbolisme
qui nuance le tableau des présages solaires. Ce symbolisme
rend compte de l'insistance étrange avec laquelle le poète
inculque au lecteur le souci d'interpréter les manifestations
du soleil. Par une redite alourdie de répétitions verbales, Virgile
appuie sur le rôle augural de l’astre comme sur la distinction
à établir entre les signes qui accompagnent son lever et ceux
qu’il donne à son coucher :
v. 438
Sol quoqne. et eroriens et cum se condet in undas.
signa dabit; solem certissima signa sequontur,
et quac mane refert et quae surgentibus astris.
« Le soleil aussi, et lorsqu'il se lève et lorsqu'il se cachera
dans les ondes, donnera des signes ; car le soleil s’accompagne
de signes infaillibles et i] les produit soit le matin soit au lever
|
des éloiles. >
Un rapprochement plus parlant mérite une mention spéciale.
Au troisième livre des Géorgiques, Virgile se promet de « porter
si haut le nom de César que la renommée le perpétuera autant
d’années qu’il s’en est écoulé entre César et Tithon, origine
première de sa race » :
G., HI, 46 Mox tamen ardentis accingar dicerc pugnas
Caesaris el nomen fama tot ferre per annos,
Tithoni prima quot abest ab origine Caesar.
Page 22
View in PDF(opens in a new window)Or Tithon, fils de Laomédon, avait épousé l’Aurore. Ce lien
LE FOYER rv
180
d’affinité autorise le poète à resserrer l'analogie entre le jeune
César et les premiers rayons du soleil : dans notre chant, le
passage relatif au soleil levant montre l’Aurore quittant, toute
pâle, la couche dorée de Tithon (v. 447%). Et, à l'endroit
symétrique, où Auguste est appelé au secours du monde, Virgile
rappelle le nom de Laomédon, père de Tithon, Luomedonteae...
Troiae, v. 502. C'est ici le seul texte, parmi les quatre livres des
Géorgiques, où paraisse Laomedon: Tithon ne figure qu'ici.
en relation avec l'Aurore, et au troisième livre, associé, comme
on l'a vu, aux origines lointaines de César. Assurément, Tithon,
époux de l’Aurore, n'est qu'un parent éloigné de César et non
point son ancêtre direct. Mais Virgile choisit ses expressions
de manière à créer un parallélisme de mouvements : pour lui
César s'éloigne d'un point d’origine où se situe Tilhon, abest
ab origine ; l'Aurore, à son lever. « quitte la couche de Tithon >.
César et l’Aurore, double rayonnement à partir d'un même
foyer.
|
Ni
l’ensemble
César-Soleil
rz
ni
l'épisode
final
uz,
pris
isolément, ne constituent une chrysode. Après avoir mesuré
par la section d'or les dernières ramifications des Travaux et
des Jours, l'artiste renoncerait-il à intégrer le groupe des vers
438-514 dans son concert de proportions ? Par on ne sait quelle
inconsequence, les exigences de son esthétique du Nombre se
relacheraient-elles à la fin de sa composition ? A moins de
supposer que celle-ci n'ait pas alleint son plein achèvement,
il faut que nous ait échappé jusqu'ici quelque rapport
particulier. Or nous venons de reconnaitre combien étroitement
l'épisode final uz avec ses visions apocalyptiques se soude au
morceau précédent ru, celui des pronostics solaires. D'autres
pronoslics vccupaient déjà le segment majeur gr de la chrysode
du Temps, Joignons ces trois pieces (gr. ru. uz), qui semblent
un tel raccordement, et voici apparaître, pour la
quatrième fois, Je nombre 144; voici que s’harmonisent les
appeler
La chrysoide des Présages gj-jrw-wz:
Nos observations porteront successivement sur le foyer rv
de cette chrysoïde, sur ses deux ailes jr el vw et sur son
encadrement gj et wz.
littéralement, Én. IV, 585
.
C'est, naturellement. l’évocation du soleil, si riche de
symbolisme, qui formera le foyer. Il sétendra jusque dans
l'épisode final, dont les premiers vers, on se le rappelle,
qualifient le soleil d'annonciateur infaillible des guerres et
des troubles politiques. On connait le début de ce foyer, avec
Sol en tète du premier vers el un signa dabit mis en évidence
par l’enjambement :
v. 438
Sol quoqne. et exoriens et cum sv condet in undas,
signa dabit.
Ces mots nous orientent pour la fixation de la limite
inférieure du foyer: ce terme est marqué d'un signa dabant :
y. 469
Tempore quamguam illo tellus quoque et aequora ponti
obscenaeque canes importunaegue noluere»
signa dahit.
Signa dabit — signa dabant: deux locutions camplémentaires, assez indiquées pour délimiter les contours du fover
d'une chrysoide des Présages. Aussi bien les vers 469 s.. de
par leur contenu, conviennent adéquatement à la fin du foyer :
«la terre et les plaines de la mer ainsi que les chiennes de
mauvais augure et les oiseaux sinistres donnèrent des présages» : cette formule générale englobe tous les signes dont
l'énuméralion remplira l’apodose viv.
Encore une applicalion de la section d'or : le foyer solaire rp
de la chrysoide des Présages gj-jrw-wz, comme celui (gi) de
la chrysode du Temps Ygr, forme lui-même une chrysode rtv.
Le fover st de celle-ci — donc l'élément le plus intime de la
ehrysoide des Présages — offre le spectacle grandiose el haat
en couleur du soleil couchant et se termine dans les fureurs
nocturnes des vents et des ondées.
Le foyer de la chrysoide des Présages comple 33 vers. Nombre
myslique ? On ne peut s'empêcher de le soupçonner. Nous
pensons devoir le mettre en rapport avec le chiffre de Cesar, le
proportions et les syinelries d'une chrysoide nouvelle :
croceum linquens Au rora
34. Le v. 447, Tithoni et
IX, 460, quens
181
4
cubile, cst repris
mystérieux 333 dont on fera plus loin la connaissance. Le
rapprochement se recommande ici du fait que le soleil
symbolise César.
De part et d'autre de ce foyer rv, la chrysoide aligne 144
vers, somme des deux ailes (jr + viv =100) el des deux pièces
d'encadrement (gj + wz = 44).
Page 23
View in PDF(opens in a new window)haul (p. 167) et maintenant mieux explicable. formait le Layer
de la chrysode du Temps Ygr. L'autre piece d'encadrement ser:
LES DEUX AILES jr ET pw
Qu'on se rappelle le double rôle d’Yg : protase de la chrysode
du Temps Yor, ce passage appartient aussi à l'ensemble médian
Lg (ef. p. 175). Maintenant, c'est l'apodose jr de la même
chrysode du Temps qui sert de prolase à la chrysoide des
Présages gj-jrw-wz. Exigence d'unité et de cohésion
, qui
triomphe dans l'ordonnance qu’on peut à présent considérer
de suite: dans la chrysode des Champs ELR s’unissaient en
qualité d'ailes symétriques EK et LR : l'ensemble médian Lg
trouve son premier élément latéral dans LR el son autre
aile
en Yy ;¥g, à son tour, constitue la protase de la chrysode du
Temps Ygr, quia jr comme apodose : jr enfin, d'une part, et
vu.
de l'autre, soni les ailes de la chrysoide des Presages. Ainsi,
depuis le début des Travaux jusqu'à Vextréme fin du chant.
les groupements chevaucheni sans interruption.
La chrysode des Présages jrw (la chrysoïde moins son
encadrement) est inverse el excentrique. comme la chrysode
des Gloires Champétres LOG et celle des Oiseaux jog. De
méme que dans toute chrysode excentrique. une des deux ailes
s'allonge notablement plus que l'autre. Ici la disparité est
accenluée à l'extrême. Pourquoi
? C'est encore un point à
réserver pour la fin de ce chapitre.
On voit sans peine comment, quant à leur contenu, Jes deux
ailes jr et pw se répondent et se complètent: la protase jr,
la chrysode d'Auguste wyz.
leur
Ces deux chrysodes s'apparcilleraient rien que par
Bir
ni
(hi
deux
dispositif: leur segment majeur it toutes
os
au
d
en
;
ent
enserr
avoisine la grande chrysode jrw qu elles
te
Augus
celle
e,
normal
est
ghj
termes, la chrysode de Cérés
wyz inverse, d'où symétrie de chiasme.
ode d Ze gd nu:
(ef. chapitre 111), le foyer xy de la chrys
neur de Cérès. jet
s'harmonise à son homologue hi. En l'hon
n
nous dans ce passage hi. trois fois la victime à Baue
son
de
un
accomplit le tour des moissons nouvelles el les
rae :
leur na
cortège invitent à grands cris la déesse dans
pal: fea ion
la
xy.
en
.
répond
A ces clameurs propiliatoires
en ¢ 1 resse
monde
du
s
secour
au
César
qui appelie le jeune
Es
(u
Que les dieux accordent cette grace en CdA
v. > 7
u
|
hostia
romain versé à titre expiatoire! A la felix
” re
ine
sangu
le
eux.
correspond. sacrifice autrement préci
Eag
on
xy.
et
hi
fovers
deux
du v. 501. En comparant les
part n.
encore le chiasme des correspondances E d'une
e
mention de la vietime et puis des prières ; de l'autr cote (zyı.
invocation suivie de l'allusion au sacrifice.
foyer de la chrysode de Céres :
v. 335
mauvais augure qui annoncérent au monde la mort de César.
En tant qu'il commémore la disparition tragique du dictateur,
ce dernier passage vw répondait, dans l'ensemble César-Soleil
rz, a st, celui qui dépeint le coucher de l’astre (ef. p. 179) : mais
comme nomenclature de signes auguraux. le même morceau
vu fuit pendant, dans la chrysoide des Présages. aux divers
tout occupé qu'il
est d'événements politiques, il se rattache par deux relations
d'analogie au corps des Premières Géorgiques, poème agricole.
u
w
Ne fait-il pas un digne vis-à-vis de Cérès. ce diga Ange
ure
u
are
|
de
e
célest
appelé dès l'exorde au rang de protecteur
(v. 26 s.) ? Suivant le procédé des correspondances sy m NE
incluant chrysode des Oiseaux joq el pronostics lunaires gr.
décrit les présages des événements atmosphériques: en vis-à-vis.
l'apodose viv détaille en couleurs effrayantes les signes de
pronostics que fournit la nature (jr). Ainsi.
Terque nouas vircum felix ent hostia fruges...
et Cererem clamore nocent in tecta.
foner de la chrysode d'A uguste :
v. 498
Di patrii. Indigetes ct Romule Vestaque mater...
re Saeed
recl
’cnrre
erc
m succnrr
È
i
hune saltem ewerso iuuene
ne prohibele :
Satis iain pridem sanguine nostro
Laomedonlene luimus periuria Troiae.
Le sujet de l'épisode final uz donne donc lieu à un double
:
jeu de symétries
L'ENCADREMENT gj ET wz
La
premiere
pièce
de
l'encadrement
183
consiste
celles de l'ensemble Cesar-Soleil —
dans
cette
chrysode de Cérés ghj, qui, par une singularité remarquée plus
celles de la chrysoide des Présages g9J-Jriw-W%.
Page 24
View in PDF(opens in a new window)proprement dite, avail arréié les dimensions respectives de
Les voici résumées synoptiquement :
Ensemble Cesar-Soleil
|
I
| gi
jr
rg
al
tr
tie
uz
Jerés,
Cerés
SALES
Présages
Soleil
Sole?!!
Transii
Cesar
>
mort :
Auguste
anbelé au
par les
paÀ
S
riques
désastres
elfroi
y e... __———_—————€—-
présages
terribles
ib}
secours du
monde en
invoquée atmosphe- levant: cuuchant: tion
|
|
185
Foyer solaire
detresse
l'encadrement, de la protase Travaux. du foyer astronomique
et de l’apodose Jours. Devant la rigueur mathématique qui
caractérise également la structure interne de ces parties, force
nous esi de concevoir le plan préalable comme poussé davantage
dans le détail. Ce tracé numérique ne pouvait se limiter 4
l'ordonnance des masses principales; il déterminait soigneusement la place des éléments 4 combiner et leurs rapports
mutuels. Remettant à plus tard les réflexions d'ordre littéraire
que suscite pareille constatalion. atlachons-nous ici au cóté
purement arithmétique de la réalisation.
Dans cette structure, telle est Vinterdépendance mathémitique des éléments constitutifs, que sans grande peine on
retrouve la chaine des caleuls définissant leurs dimensions et
Chrysoide des Presages
*
*
+
Application de la section d'or aux différentes chrysodes
Li
TOTAL DES
QUOTIENT DE
CHRYSODE
VERS DE La
LA
|
NOMBRE DE
DIVISION
VERS DU SEG-
MENT MAS
BCE
CHRYSODE
36
PAR Y
des Champs
ELR
150
92,70
93
de la Terre
des Engrais
du Travail Sacré
FHE
HIE
LMO
44
27
47
27,19
16.68
29,04
27
17
29
des Dienx
des Gloires Champétres
LOQ
22,24
22 we
76
46,97
des Constellations (x. 208-226)35
du Cosmos
TVW
19
11,74
12
du Temps
Ygr
162
100,12
100
de la Vie Paysunne
des Tempetes35
de Cérès
Zbg
cef
ghi
51
17
18
31.52
10,50
11,12
3136
11
11
de VAre-en-cie!3i
kin
23
14,2]
14
des Qisemer
21
Joq
47
12,97
13
des Présaues3s
du Solei!
jrw
re
133
38
68
42,02
42
d'Angnste
wy:
26
16.06
16
82,20
20,39
x9
20
>
+
+
Corollaires mathématiques
En
conclusion
supposer
que
à
notre
Virgile,
premier
avant
chapitre,
d'entreprendre
nous
la
devions
composition
35. Il s’agit ici de la chrysode incluse dans la chrysoîde du même nom.
36. À remarquer que le nombre entier le plus proche de 31,52 est 32 et
i La, : c'est Puniqne et combien légère dérogation à la règle formulée
2
és
leurs rapports. On repère ainsi les étapes logiques du travail
de Virgile architecte. Est-il besoin de nous excuser de l'aspect
aride qu'un resume de ce genre eúl malaisément évité *
1. — La première condition à laquelle doit satisfaire l'édifice enter.
astroc'est que l'encadrement compte 89 vers, la protase 161. le foyer 743 et
nomique 55 ct Vapodose 204,5 — moyennani quoi des nombres
365 1/2 s'entrelaceront et la section d'or équilibrera le corps du chant non
moins que les trois motifs saillants (ef. p. 155». Voilà fixée Ja distribution
generale à laquelle devront se subordonner tous les autres nombres ets
longneur
rapports. Si le chiffre total de l'encadrement est arrété (8%, les
qu'au
seront
le
ne
épilogne.
et
exorde
pièces,
deux
ses
de
es
respectiv
nt
concerna
de
incertitu
une
a
subsister
JA
Jusque
ns.
terme de nos opératio
non pas la dimension des morceaux à ctudier successivement. mais
l'endroit où chacun commence et où il finit. Ce flottement interdit l'usage
des sigles renvoyant à tel on fel vers du texte.
elle2 — Avec ses 161 vers. la protase est assez longue pour contenir
eront 144.
méme une chrysode dont les denx niles ensemble en comport
de la protease
Ces niles afteindront-elles exactement les exiremites
laisseraient 17
elles
nt,
en’oure
qu'elles
foyer
au
cas,
ce
Dans
Travaux ?
admettre une
sans signification mystique. Comment
vers (161 — 144, chiffre
aient par bypalhése
chrysode où les ailes, parties moins notables, réaliserrefuser
ce privilège *
verrait
sc
se
maîtres
piece
la
dont
et
un total parfait
le nombre
élit
Virgile
Champs,
des
e
chrysed
Pour le foyer de la future
ys 36. La chrysode
mystique 6, note fondamentale et racine de la Tétractdivision
de ce total
La
pe comprendra en tout que 150 vers (144 + 61
ailleurs,
Par
93.
quotient
le
majeur
segment
au
par le nombre d'or assigne
laisse 31
des 161 vers de la protase Travaux, la ehrysode des Champs
disponibles (161 — 150). Ceux-ci frouveront place entre cette chrysode el
le foyer astronomique.
de ce dernier. dans l'apodose Jours. se casera une
3. — De l’autre côté
— 18 est la moitié
grande chrysade, celle du Temps : un foyer de 18 vers
groupant 144 vers. La
de la Tétractys 36 — dominera une paire +d'ailes
en un segment majeur
section d’or partagera la somine 162 (145 se 18:
(204,5 vers; voir 1)
Jours
L’apodo
de 160 unités et un mineur
Page 25
View in PDF(opens in a new window)laisse encore de la marge. + EnEn laissant au moins
LES PREMIÈRES GÉORGIQUES, POÈME PYTHAGORICIEN
— laquelle? la suite en décidera — entre la chrysode du Fes at it
une
part
de
ce
s
foyer astronomique, on donne un pendant
au passage de 11 vers inséré
entre ledit foyer et la chrysode des-Champs (voir
2).
4. — Pour cimenter davantage l'unité du
poème, ri
,
le dernier segment de la chrysode des Cloro au pi È eve
n
du
Temps, dans le systéme d’un ensemble médian
; ce bloc englohera
187
8. — Dans Ja chrysoide des Présages, la première pièce d'encadrement,
coincidant avec je foyer de la chrysade du Temps, prend 18 vers. La
protase de la chrysade des Présages en comptera donc 82. puisqu'elle
coincide avec J'apodose de la chrysode du Temps (second segment diminué
du foyer. 100 — 18 = &2; voir 3). Ce chiffre de 82 représente le segment
majeur soit d'une chrvsode de 132 vers (132 : Y? = 81,58) soil d'une
deux petits passages
= 82,20), Pour la chrysode des Préxages,
c'est ce dernier total qui emporte la préférence, car une chrysode de
133 vers. à l'intérieur d'une chrysoide qui doit en rassembler 177 (144433 ;
de la chrysode des Champs à celle de la chrysod
e du Temps. Afin de se
voir 6 ci 7). laisse à l'encadrement 44 vers (177 — 133) et pur là les
entre ces deux segments, le foyer astronomique et les
gui le flanguent. L'ensemble médian s'étendr
a done de la ligne de section
trouver l'un et l’autre en bordure externe
de cet ensemble et de lui servir
de cadie, les foyers respectifs des deux chrysodes se
placeront. le premier
avant
la
frontière
supérieure,
l'autre
après
sa
limite
inférieure,
Voilà
excentr
excentri
ique.
que
tandis
i
ne In en En Champs, avec son foyer
prélevé sur le Segment
negat
‘ur.iqui
Pour
des
ini
vient
normale
rica
ment en
deux
éléments
premier
i
latéraux
de
lieu,
i
est
"st
l'ensemble médian.
Virgile
une somme de 183 vers. Souhait réalisable ? La première
aile voit
dimensions
fixées
par
les
exigences
antérieures :
sa
longueur
veut
ses
seri
foreément de 104 vers puisque, des deux pièces qui
la composent, Func
Vapodose de la chrysode des Champs, compte 93 vers,
l’autre le passage
intercalaire. 1) (voir 21. La seconde aile devra done
se horner à 79 vers
(183 = 104). Or la protase de la chrysode du Temps,
parlie terminale de
cette aile, se réservait 6% vers (voir 3). Pour arriver
au chiffre requis de
19, il suflit d'un complément de 17 vers. Rien encore n'avait
determine
la
grandeur
de
Vespace
a
ménager
entre
le
foper
astronomique
et
la
ehrysode du Temps. Qu'il mesure 17 vers el l'ensemb
le médian présentere
dans ses deux ailes Ja somme désirée de 183 vers,
‚ Ainsi condilionné. l'ensemble meédian n'est pas
une
réaliser cc type, il aurait falln sacrifier le nombre 483,
5. — En
dehors des 17 vers
I
intercalnir
s
es
:
venant
$
à Èa
chrysode; pour
i
astronomigue et des 162 vers de la chrysode du Temps, que ne
sulte
du
foyer
ge
l’apudose Jours ? Nécessairement 25.5 vers, puisque,
d'après les exigences
e
podase en comporte 204,5 en tout (204,—5
primordiales (voir 1), cette apodnse
17— 162 = 95,5).
6. — Ces
25.5
vers
vont
être
affectés
à
la
description
du
soleil,
laquelle ocenpera le foyer d'une grande chrysnide des Présages.
Mais, afin
d'honorer César par allusion à son chiffre 333, ce
foyer devrait embrasser
33 vers, au lieu de 25,5, nombre fractionnaire et sans valeur
significative ;
E lui faut done mordre sur l'épisode final Ja valeur
de 7,5 vers (33 —
20.0
= 1,5).
Get
empiélement
ne
rencontre
pas
content de présager les variations atmospheriques,
les bouleversements politiques.
de
difficulté,
car.
non
le soleil signado aussi
|
|
|
7. — La grande chrysoide des Présages ira de la ligne de
sectionn
de la chrysode du Tenips (terme de l'ensemble a ae Tan Mende
vers du livre. Il convient que, de part et d'autre de son foyer,
elle totalise
e réclame donc 44 à la suite de son foyer. Au 7,5 vers
qu'il
doit d'abord
(en ailes et encadrement) 144 vers. Avant son
foyer, elle en compte 100
(exactement le segment majeur de la chrysode du Temps;
voir 3); elle
ournir à ce foyer (voir 6), l'épilogue en ajoutera
done 44, ce qui porte son
étendue à 51,5 vers. On aura à revenir
sur ce chiffre.
chrysode de 133 vers (133 : Y
motifs saillants de Ja chrvsoîde des Présages. foyer et encadrement,
totaliseront Je nombre privilégié de 77. (On se rappelle que, parcillement,
‘addition des trois motifs saillants de lu vaste chrysoide que constitue
le chant entier, amenait un nombre mystique : 144,
9, — Au segment mineur — foyer et apodose réunis — de la chrysode
des Présages reviennent 51 vers (chrysede moins segment majeur =
— 82 = 515. Le foyer. porté au chiffre mystérieux de 33, ne laisse
182
que 18 vers à Papodose (51 — 33), Celle-ci sera done extrémement breve en
regard de la protase qui aligne 82 vers.
10. — L'épisode final devait compter 51.5 vers (voir 7). Or Vencadrement des Premières Géorgiques. exorde et Epilogue additionnés. cu
— 51.5 =
exigeait 89 (voir 1». N revient done à l'exorde 37.5 vers (8H
37,5), Heureux abontissement de toutes les opérations prercdentes,
car il permet, à conditian de détacher un vers et demi pour renforcer
l'éclat d'une invocation générale. de poser au frontispice de Pauvre une
chrysode initiale de 36 vers. La Jongueur de Uexorde enfin fixée, on peut
maintenant repérer exastement le début des Trananx ci des auires
groupements.
Assurément, Virgile n'aura pas conçu d'un seul coup un tel système;
notre exposé ne peut gue schématiser les démarches de son esprit. Quelle
idée se former des reprises par lesquelles il parvint à-tisser le réseau
de nombres mystiques qui vient se tendre si parfaitement dans Je cadre
général défini par les séries 144 et 365 1/2? On pourrait se demander,
notamment, pourquoi, pour le foyer de la chrysode des Champs, il préfera
te nombre 6 à tout autre (voir 2), à 12 par exemple. C'est que ce choix
exerce ses répereussions jusque dans lexorde du chant, el que. du nombre
12 ¿ventucllement adopté pour le passage en question, resulterait une
structure differente, pent-étre moins réussie que Vordonnance actuelle.
Autre exemple : l'adoption particulièrement judicieuse de 78. moitié de 36,
pour Je foyer de la ehrysode du Temps (voir 4 : ajouté aux 144 vers que
le poète atlribue aux deux ailes. ce nombre donne un total de 162 et.
en vertu de la seclian d'or. assure au segment majeur de cette chrysode
: g = 100; dès lors, si l'on fait suivre ce
exactement 100 vers (162
segment de morceaux comptant respectivement 38 et 44 vers, on crée, en
méme temps qu'un ensemble César-Soleil de 77 vers (33 + 44), chiffre
privilégié, une chrysoide des Présages dont les parties latérales (niles et
encadrement) renouvellent le nombre 184 et où le foyer reproduit le
, deux ailes de la chrysode du
aux
nombre 33. Que si, tout en mainienant
Temps leur total de 144, on étendait le foyer de cette chrysode en le
portant, par exemple, à 24 vers, en }’honneur des 24 heures du jour ct de
la nuit (v. 208), il s’ensuivrait pour la fin du chant une disposition moins
heureuse : la chrysade du Temps étant allongée (144 +24 = 168, au lieu
Page 26
View in PDF(opens in a new window)LES ETUDES CLASSIQUES
162),
son
segment
r s’augmenterait
l'appareil de la chrysoïdemajeu
des Présages
serait Le plusieurs
unités
degré, les deux ailes de la chrysode, on aboutira aux passages
qui forment les deux extrémités (YZ et gr). Dans les passages
et
ainsi considérés par couples, par exemple fg et jk ou ef et kl,
nous respecterons encore la symétrie en cas de subdivision,
uleversé.
Pig seni des se soie des
E,
nsemble
médian
Lg
et
Champs ELR et du Temps Yor
de
la
chrysoide
A jrw-wz une fois tracées, notre architecte
des
ine
est
pas
systèmes.
En
l'application de la proportion
liée à de nouveaux nombres
nla de particulières marqueront les ah i
c
Fo
Champétres LOQ, ete.
ue
‚ee
mystiques.
rysodes de la Terre FHK, des Engra
is HJK,
|
UneAfois sa
saisie
la formul e-clef
i
d'une
ge sy l'agire comment ne pas about
des Gloires
architecture
à
ir uma teen
e plan de la construction entière
? Notre recherche
i
c'est-à-dire que nous comparerons d'abord entre eux les vers
;
fait alefiient james
= ie d'or dans les comp
artiments de ces
e >sdk = 04 oe de la structure,
Pr,
E. é autrement difficile et ses
résultats sujets a caution si
artiste avait apporté moins de rigue
ur à son épure.
III. — CORRESPONDANCES SYM
ETRIQUES
M?Ea—PepT0cE"MSgRe+.ItPvrA>UmcEHTeSaNFTynOIhealsFd
„Ss Si on s'est appliqué à faire
ressortir les dissonances d
l'Enéide, dit A. Cartault (L'art de Virgile dans l'Énéi
de p “45),
on Na pas assez remarqué qu'elle offre beauco
up de passages
qui concordent entre eux. qui sont
des rappels les uns des
autres et qui sont destinés à produire Ja sensation de l'unité.
,
Dans le premier livre des Géorgiques. Virgil
e souligne les
symétries archilecturales de la chrysode du
Temps Ygr et de
l'ensemble médian Lg par le jeu délicat de
multiples concordances : associations d'images, rappels d'idées
. voire redites
verbales, Divisé comme il l'est, notre texte
permet un relevé
méthodique de ces correspondances. On
s’elonnera peut-être de
l'abondance avec laquelle Virgile use d'un
procédé qui lui est
cher : on admirera certainement les
inaliendues que revétent ces répélitions :
formes exquises et
on ne nous en voudra
is i
de souligner la rigoureuse symél
poini
Rei
;
Ymetrie
disposition.
Correspondances symétriques entre les deux
À
î,
leur
qui règle
ailes EK et LR
de la chrysode du Temps
Comp
arons
i
deux à| deux‚ 1 Aes
passages
symétriques
ewe
de fg et jk plus proches du foyer gj. soit 334 avec 359, ensuite
ceux qui s’en éloignent davantage, comme 330 avec 361, puis
328 avec 365.
PREMIER COUPLE DE PASSAGES SYMÉTRIQUES: fg ET JR
Voici, rapprochés l'un de l'autre, le quatrième vers avant le
foyer gj et le quatrième vers après ce même foyer :
v. 334
v. 359
Nune nemora ingenti vento, nunc litora plangunt.
Litora misceri et nemorum increbrescere murmur.
On remarque la présence simultanée de nemus et de litora
dans chacun de ces deux vers; mais dans le second. l'ordre
des deux termes esl renversé (chiasme). De part et d'autre il
s'agit du bruit causé par le vent.
Au degré suivant du même couple, c'est la terre, d'une part.
et la mer, de l’autre, qui se répondent. D'un côté. tremblement
de terre : terra tremit. v. 330 ; de l’autre, en réplique, incertitude
des flots : male temperat unda carinis. v. 360. Là-bas, fuite de
la faune des bois : fugere ferae, v. 330 : ici, fuite des oiseaux
marins : celeres reuolant ex aequore mergi... nolasque paludes
deserit... ardea, v. 361-364.
Plus loin, toujours dans le méme couple de passages
correspondants. un double effet de lumière: deux sortes de
lueurs fugitives, mais ici le flamboiement brutal de l'éclair:
in nocte corusca fulmina molitur dextra, v. 328 s., la le doux
éclat des étoiles filantes : stellas... praecipites caelo labi
noctisque per umbram flammarum longos a tergo albescere
tractus, v. 365 ss.
SECOND COUPLE DE PASSAGES SYMÉTRIQUES: ef ET ki
Pour décrire les effets des averses diluviennes. le même trait
de part et d’autre ; à implentur fossae, v. 326, répond presque
dans les mêmes termes: omnia plenis rura natant fossis,
v. 371 s.
De part et d’autre encore, une allusion au bétail : boumque
de
la
mp fs de Temps, a partir de ceux qui avoisinent
de part
autre
189
le foyer gj. Descendant simullanément, degré
par
labores diluit, v. 325 s.; aut bucula caelum suspiciens patulis
captauit naribus auras, v. 375 s. Bien entendu, des corresp
Page 27
View in PDF(opens in a new window)dances du genre de celle-ci ne mériteraient pas
d’être remar-
Correspondances symétriques entre les deux ailes LS et Xg
190
quées. si elles ne faisaient partie de tout un svstème
.
TROISIÈME
COUPLE
DE
PASSAGES
SYMÉTRIQUES :
de
de l'ensemble médian
ET
lm
Ces foyers des chrysoïdes des Tempétes et de
l’Arc-en-ciel
nous réservent la surprise d'une charmante analogie vir ilieni
entre moissonneurs et fourmis : les moissonneurs se a ssi
en e de la récolte, quand survient Pere
cia
1);
à
l’approche
de
l'orage,
l’industrieuse
fourmi
aire au transport de ses œufs (v, 379-38
2). On peut noter
le début de Y
v. 379.
AUTRE
.
‘;
un et de l'autre passage : Saepe, v. 316 ; Saepius,
COUPLE DE
PASSAGES SYMÉTRIQUES : Za
ET pq
ES cera reg idylliques: dans
la paix et
une
veillée
iver,>
devant
l’at re,
pr chante pour charmer son labeur (v.
la
femme
du
291-296) : Vorage
Y
|”
5 $
Bi ae les a
i
chantent « la joie
de retrouver leur doux
nid
eu r DE frego >. L’analogie
d’atmosphere psychologique
x
>
passages
est
|
soulignée
p
|
répétiti
ne de ie mols à sonorité chaude et danas duicis
À
|
par a
la
folits,
ar
la
dominance, de pari et d’ autre,
répétition
de
la
voyelle
PRE i ee ES musti Volcano decoqu
it umorem et FOLiis
;
am tre
pidi despumai aeni, v. 295 s.; inter se
in FOLiis
pin
mms 5 et aclis progeniem
paruam DULCISQUE
sere
un a
Am
pe
nidos,
dos,
v.
413
s. Si On
Paura
à
remarqué
:
pm le strepitant du vers correspondant a 413)
e
d'un
délibérément
sentiment
solat
A
a laborem, y.
DERNIER
frepidi
ng entre le chant de la paysanne
ements d oiseaux
pression
au
joyeux :
293;
> hinc
hinc
COUPLE
DE
ille
i
Interea
auium
1
à
de
la
un
chrysode
du
ŸZ
et les
concert
longum
CONCENTUS
PASSAGES SYMÉTRIQUES :
Occupant les extrémité s
È,
assimilés
du
CANTU
in
ET
agris.
qr
Tem
i
rig a ee ere. an passages traitent de la lune et dee date:
son
dont
1)
importe de tenir comp
t
i
i
des influencesq
que cette plané
planéte exerce ces jourstedla
: PE
(YZent
er PA ge peà: “ris d'après son aspect (gr) he pmi
primum colligit ignis, v. 427, “#705 Luna reuertentis cum
ordine
Luna,
y.
:
4
Fidèle A la méthode adoplée pour l'étude des parallélismes
de la chrysode du Temps, nous parcourrons dans J'ordre les
curieuses concordances de forme qui jalonnent les ailes LS
(A explorer en remontant) et Ag de l'ensemble médian et
manifestent la cohésion intime de cet ensemble.
PREMIER COUPLE DE PASSAGES SYMÉTRIQUES : RS yr XY
De l'un à l'autre, plusieurs répliques de détail: barque
(lembum, v. 201 ; lintris, v. 262 ; ces mots se placent chacun en
fin de vers), opérations de sélection et de marquage (maxima
quaegne manu legeret. v. 199 ; aut pecori signum aut numeros
impressit aceruis, v. 263), emploi du feu (quamuis igni exiguo
properaia maderent {fetus\. +. 196: nunc torrete igni fruges,
v. 267), allusion à l'huile (amurca. v. 194 : oleo. v. 273) et à
la teinte noirätre du marc d'huile ei de la paix (nigra.
perfundere amurca. v. 194; atrae massam picis urbe reportat
v. 275).
SECOND COUPLE DE PASSAGES SYMETRIQUES : QR ET YZ
D'un côté, les pronostics demandés à l’amandier sur la
qualité des récoltes (v. 187-192). de l'autre les présages de la
lune (v. 276 s.).
Passons au degré suivant du méme couple. Dans la chrysode
du Temps un rapprochement s’imposail entre les moissonneurs
ements
au travail et l'affairement de la fourmi, entre les piaill
un
dans
e
résonn
qui
chant
le
et
joyeux d’une nichée d'oiseaux
cher
rappro
à
aime
e
Virgil
en
combi
sait
intérieur paysan. On
ence
des scènes susceptibles de s'appareiller malgré la lesdiffér
foudre
d'échelle. « Quand les Cyclopes se hatent de forger dit-il aus
de Jupiter avec les masses de métal malleables,
des
quatrième livre des Géorgiques (x. 170-178), les uns, avecuent,
reslit
le
et
l'air
eni
regoiv
ux,
soufflels de peau de taurea
e qui siffle; leur
d'autres plongent dans un bassin le bronzeux
lèvent de toute
;
caverne gemit sous le poids des enclumes bras
cadence, et
en
leur force et laissent retomber leurs
le serre
qui
le
tenail
la
avec
tournent et retournent le métal
permis
est
s’il
ps,
Cécro
de
es
abeill
les
..
étroitement; ainsi.
licet
de comparer les petites choses aux grandes — si parua
Page 28
View in PDF(opens in a new window)!
pique
magnis
— avec la passion innée
!
mol typique
ponere magnis,
componere
qu'elles ont pour amasser, s'acquittenl avec zèle chacune de son
oflice. » De méme dans les deux passages symétriques qui nous
occupent, Virgile place l’un vis-à-vis de l’autre deux tableau»
présentant des analogies audacieuses et inattendues — si oo
licet componere
magnis
—
:
ici
l'activité
souterraine
des
bestioles acharnées au pillage d'un « immense tas de blé » lì
l'entreprise iemeraire des Titans à l'assaut du ciel; san
défendre ses réserves contre les petits ravageurs, il sui au
cultivateur d’égaliser à l’aide d'un « formidable cylindre » le sui
de l'aire ; Jupiter, ruinant sous les coups de sa foudre le travail
des sacrilèges, remet à leur place les monts amoncelés.
Du drame minuscule à la lutte gigantesque,
est minutieusement observé. A la fin de la mita eee a
le
li
Virgile met en scène l’audace du charançon — le plus petit de
tous les insectes ! — et de la fourmi, « ces monstres que produit
la terre > : el quae plurima terrae monstra ferunt, populatque
ingentem farris aceruom curculio atque inopi metuens formica
senectac. v.
184 ss.
Er
regard, au début de l'autre scene
(chiasme), la lentative criminelle des Titans, que « la Terre mit
au monde dans un enfanlement abominable > : tum partu Terra
nefando Coeumque lapetumque creat saeuomque Typhoea et
coniuratos
caelum
de chacun
des
différents
rescindere fratres, v. 278 ss. Au milieu
deux tableaux, les travaux d'approche des
agresseurs :
{um
uariae
inludant
pestes:
saepe
exiguus mus sub terris posuitque domos atque horrea fecit, aut
oculis capti fodere cubilia talpae, inuentusque cauis bufo
v. 181-184; Ter sunt conati imponere Pelio Ossam scilicet atque
Ossae frondosum inuoluere Olympum, v. 281 s. Enfin, aux
extrémités symétriques des deux phrases, la défaite des
assaillants: Area cum primis ingenti aequanda cylindro et
uertenda manu et creta solidanda tenaci, v. 178 s. ; ter Pater
exstructos disiecit fulmine montis, v. 283.
|
Passons au dernier degré du couple symétrique QR et YZ :
les deux vers par quoi commence QR font appel à l'autorité
des anciens : Possum multa tibi ueterum praecepta referre, ni
refugis tenuisque piget cognoscere curas, v. 176 s. ; on s'étonne
moins de lire pareille déclaration á cet endroit précis, quand
on trouve au point symétrique, énoncés dans le style concis
des sentences, quelques-uns de ces avis qui ne peuvent tirer
leur valeur que de traditions immémoriales: Septima post
decimam felix et ponere uitem el prensos domitare boues el
licia telae addere ; nona fugae melior, contraria furtis, v. 284 ss.
LES PREMIERES GEORGIQUES, POEME PYTHAGORICIEN 193
TROISIEME COUPLE DE PASSAGES SYMETRIQUES : PQ ET Za
Ce couple-ci rapproche des images relatives au feu et au
travail du bois: ef suspensa focis explorat robora fumus, v. 175;
Et quidam seros hiberni ad luminis ignis peruigilat ferroque
faces inspicat acuto, v. 291 s.
QUATRIEME COUPLE DE PASSAGES SYMETRIQUES : OP ET ab
OP est le foyer de la chrysode des Gloires Champétres,
une
ab celui de la Vie Paysanne. De l'un à l'autre on relève
la
à
nt
penda
fait
disette
La
s.
suite d'antithéses systématique
a
frustr
us
alteri
um
magn
!
heu
:
e
récolt
belle
splendeur d’une
,
quercu
spectabis aceruom concussaque famem in siluis solabere
v. 158 s. : At rubicunda Ceres medio succiditur aestu el medio
tostas aesiu terit area fruges. v. 297 s.
ises
Désolante stérilité due aux plantes parasiles et aux mauva
ien
quolid
pain
le
herbes, efforts assidus dans la lutie pour
t
produi
du
e
festoi
qui
n
(v. 150-157) ; en regard, la joie du paysa
de ses récoltes (v. 299-304).
s et arbousiers
D'un côté. le poète rappelle l'époque où chèneet
où il fallut
fruits
leurs
sion
cessèrent de donner à profu
: cum iam
re
cultu
la
de
stade
au
ette
cueill
la
passer de l’âge de
. v. 148 s.: de
glandes atque arbuta sacrae deficerent siluae
qui n'est plus
ce
l'autre, il marque le moment de recueillir
el quernas
qu'un modeste appoint de la moisson : Sed lamen que
cruenoleam
bacas
lauri
el
s
glandes tum stringere tempu
endroits
tague myrta, v. 305 s. On aura remarqué à ceset 305) et
symétriques la répétition du mot glandes (vx.e 148
(v. 148) trois
comment aux arbousiers de la foret r.sacré
et le myrte
ier
l'oliv
laurie
plantes nobles font pendant : le
(v. 306).
CINQUIEME COUPLE DE PASSAGES SYMETRIQUES : NO ET bd
deux à la
Des deux passages rapprochés ici et relatifstretous
laqueis
{um
:
l’au
de
chasse, l’un semble un pur écho
us
canib
os
magn
ef
ntum
inue
capitare feras et fallere uisco
ral
uerbe
iam
a
fund
m
latu
alius
e
circumdare saltus; atqu
gruibus pedicas ef
amnem... tum... tum..., v. 139 ss.; Tum
es, tum figere dammas
retia ponere ceruis auritosque sequi lepor
ae, v. 307 ss. A noter
stuppea torquentem Balearis uerbera fund
passages et surtout la
deux
Yanaphore du tum dans : les
répétilion presque littérale funda... uerberat, v. 141 ; uerb6
fundae, v. 309 (chiasme).
Page 29
View in PDF(opens in a new window)DERNIER COUPLE DE PASSAGES SYMÉTR
IQUES :
LM ET eg
Ces deux pièces
se répondent mutuellement ;: toutes
deux
sont consacrées à l’eau
: d’abord il s’agit d’irrigati
y
fois de pluies diluviennes.
e
NES E
| Même idée de part et d'autre : l’eau envahi
t tout
195
symétrique. Puis, les liens sensibles qu'il établit entre membres
homologues de la chrysode resserrent la cohésion de celle-ci.
Grâce aux échos et aux reflets qu'une aile renvoie à l'autre,
le poéme entier joint à l'équilibre numérique l’harmonie
qualitative de ton et de coloris.
: Praeseriim
incertis si mensibus amnis abundans ||
exit et obducto late
tenet omnia limo, unde cauae
tepido sudani umore lacunae
Y. 115 ss.; et pluuia ingenti sata laeta boumque
labores N
diluit ; implentur fossae et caua flumina crescu
nt, v. 325 s
A
noter
specialement les
deux
enjambements
: exit,
(v. 116 et 326), et la répétition : cauae
1
diluit
,
uae lacunae, caua flumina
(v. 117 et 326).
Plus loin, toujours dans Je méme couple symétr
ique,
derech
deux enjambements emphatiques qui se font écho en cette
tot,
avec des sonorités toutes semblables : ecce supercilio
cliuosi
tramitis undam || elicit, v. 108 s. : aut Athon
aut Rhodopen aut
alta Ceraunia telo || deicit, v. 332 s.
Les trois derniers vers de l’ensemble médian, portant
nos
regards
au
ciel,
recommandent
l’observation
des
planétes
Saturne et Mercure ; plus haut (pp. 176 s.) on a remarqué l'air
délibérément insolite que prend cette finale, allusion au
nombre
183. En regard, les tout premiers vers du même ensembl
e
conseillent
pareillement un recours aux puissances supraterrestres : Vmida solstitia atque hiemes orate serenas, agricolae, v. 100 s. De même que sa contre-partie, cette péricope
sort
de la ligne normale du développement. Elle tranche telleme
nt
sur le contexte que, seule dans toutes les Premiéres
Georgiques,
et malgré Je témoignage unanime des manuscrits,
elle a vu
contester son authenticité3’. Ainsi leur commun
caractère de
ressaut intensifie la résonance de ces deux passages et
accuse
les contours de l’ensemble médian.
| Comme on le voit, le procédé de correspondance, dont on
vient de relever une série d’applications, représe
nte tout autre
chose qu’un vain raffinement ; il augmente Ja richesse du poéme
et renforce son unité. En effet, sous les formes variées qu'il
emprunte, il ajoute á la valeur suggestive de chaque tableau
en évoquant à son occasion les impressions — notamment les
images
visuelles
37. cf.
uersus
et
auditives
l’apparat
critique
de
interpolatos
censet
Ludouicus
—
l'édition
créées
des
Havet,
par
Belles
Rev.
le
panneau
Lettres :
Phil.
VIII
D. 126 || 100-103 uersus a Vergilio additos esse coniecit Ribbeck.
100-101
(1885),
IV. — ASTRONOME ET POETE
Une hypothèse explicative, une fois qu'elle s'avère conforme
au réel, a chance de voir s'étendre sa fécondité au delà des
limites du probleme qui l’a suscitée, On se rappelle la filière
de nos recherches: au point de départ. notion de la division
du corps des Premières Géorgiques en Travaux et en Jours;
puis sentiment d'un rapport particulièrement harmonieux
entre ces deux parties considérées encore en gros : vérification
de cet équilibre par le recours aux chiffres et mise à jour d'une
section d’or exacte; accolé à la ligne de partage, le triptyque
central se détache en relief, comme un foyer d’unification.
Le plan du livre, où se discernent cinq parties, trahit
maintenant l'application de deux normes distinctes : un
principe mathématique d'ordre et de proportion et la loi
qu’imposent des chiffres empruntés à l'astronomie. Grace au
premier — le principe de la chrysode — on a pu débrouiller
la délicate contexture du poème : des chrysodes de grandeur
;
décroissante se dessinent les unes à l'intérieur des autres
dégagent
s
paragraphe
de
ne
cinquantai
une
compte,
de
en fin
ainsi leurs contours, apparaissant comme les unités élémentaires de l'organisme, comme autant de monades .indivises.
Tel est l’aboutissement des deux premiers chapitres de notre
étude.
Mais, nous l'observions dès le début, les ensembles que la
section d'or vient harmoniser, reçoivent leurs mesures des
nombres secrets 744 et 365%, : ainsi se détermine le tracé du
vase où le poète a voulu enclore la précieuse liqueur de son
chant, pour la consacrer, au milieu d’un cercle d'initiés, aux
¢ flambeaux éclatants du monde, qui guident dans le ciel le
cours de l’année» (v. 5 s.). Pareille inspiration n’aurait-elle
pas dicté à Virgile d’autres formules encore ? Son culte secret
pour l'astronomie s’exprimerait-il uniquement par l'emploi
des nombres que l'on sait? Questions qui se posent fort
naturellement et qui ouvrent une enquete nouvelle, à mener
en deux directions. Suivant la première, nous allons immédia-
Page 30
View in PDF(opens in a new window)tement étudier le rôle dévolu aux étoiles dans notre
un autre chapitre devra traiter du Cosmos virgilien.
Interprétation gratuite ? Jl ne semble pas, quand on compare
les deux passages en cause; de telles correspondances les
unissent que Virgile n’a pu en rédiger l'un sans songer 4
:
pee
l’autre. Ces similitudes pouvaient d'autant moins échapper à
l'écrivain que les textes mis par nous en parallele durent être
l'objet d'un travail particulièrement soigné. en raison de leur
situation: début de la protase, foyer de la chrysoïde des
Constellations (an des panneaux du triptyque central).
Vere novo, ainsi commence le premier (v. 43); Vere (au
printemps) sera le premier mot de l'autre (v. 215). Le poeme
L'ouverture d'une année
Déjà, dans l'hémist
3
nemis iche (v. 7 463) quìqui correspond, comme on
= vu, aux dernières heures de l’année solaire — car c'est bien
e cycle annuel que le nombre 365% fait figurer au tissu du
si
chant — on a reconnu dans les mots Solol t tibi
i
ibi signa dabit un
’ net pour les initiés.
seit très
indice
Il ne faut pas un instinct de symétrie extrémem
entier ne renferme pas de troisième péricope qu'introduirail
si
porter le regard intrigué du lecteur à l’autre bent de pa série
le terme uere ou simplement l'idée du printemps: voilà qui
souligne la valeur d'écho que les vers 215-218 prennent par
rapport aux vers 43-49, Cependant. une autre ressemblance
mérile plus d'attention: à incipiat... laurus, Y. 45, répond
aperit... Taurus. v. 217 s. Ici le parallélisme semble tenir moins
encore à la nature des choses: en effet. pour creer la
des 365% vers, avec l’espoir de déceler de ce côté quelqu'indication également parlante. Les vers qui font ainsi l’objet de
notre curiosité (v. 43-49) vibrent de l'élan du renouveau : c'est
le printemps ; tirant la charrue de tout son effort le taureau
ouvre le premier sillon et le soc resplendit au frottement de
la glèbe. On voudrait être sûr que. dans son calendrier, Virgile
place le début de l'année non point au premier janvier mais au
consonance. il a fallu. d'un côté. deroger aux usages de la
langue et, de l'autre. prendre quelque liberté avec la carte du
ciel. Au v. 45. taurus est au singulier. grace a quoi 1 devient
grammalicalement aple à couvrir une évocation de la constelprintemps. Dans ce cas, la phrase en question ferait pleinement
onneur au nombre 36514, les premières unités du mystérieux
lation de même dénomination. Mais ce singulier. si opportutotal étant fournies par la description des tout premiers jours
nément adopté selon notre supposilion. parailrait. en dehors
d'elle. fort étrange: son emploi esl extremement rare, quand
il s'agit de désigner collectivement les deux bêtes dont se
de l'année. Or voici qui comble un tel souhait : en un autre
endroit (v. 215-218),
mer to
l'auteur réserve
le ea
ea
y
année
ne
de ses
éclatant
de
à
la
constellation
blancheur,
le
du
privilege
c ornes d'or
‘or — aperii
] annum, ce
composait toujours l’attelage d'une charrue. C'est au pluriel
cation
que Virgile recourt réguliérement pour cetle signifi{auros
,
sont
;
(solum... fortes-innerlant tanri. Y. 64 s.: exercete, uiri,
v. 210, Quant à Vassertion des v. 217 5. aperit... annum
Taurus. elle implique. il faut le dire. une décision assez
arbitraire de l'auteur. En effet, sauf erreur de notre part. pour
Le taureau des champs et le Taureau du ciel
Mais quoi ? A confronter de plus près ces deux passages
signe
les Romains d'alors. le soleil différait san entrée danse ledans
le
avancé
assez
date
avril.
21
le
du Taureau jusque vers
début d'année.
relatifs au printemps, on éprouve le sentiment que le premier
(v. 43-49) possède pour inaugurer l’année des titres d’abord
printemps el décidément bien tardive pour un
circonstances partiDifficilement explicable, en l'absence depour
sa précision en
culiéres, chez un écrivain renommé
qui fit mettre
celle
e
comm
matière lechnique88, cette licence,
insoupgonnes. Dans le ciel printanier, le Taureau donne le
branle à l'année nouvelle (v. 215-218). Mais, sur terre, à la
même saison, l’auteur ne montrait-il pas justement aussi le
taureau, un taureau commençant sa tâche de son côté
:
e
au singulier le taurus du v. 45, ne se justifie-t-elle pas comm
incipiat... taurus aratro ingemere, v. 45 s. ? Charge de marquer
le début de l’année, non seulement parce que le premier il
S attaque aux labeurs du printemps. mais aussi, de façon plus
mystérieuse, parce qu'il occupe la scène au lever de rideau
d'un acte de 36514 vers, ce taureau de chair n'a-t-il pas encore
mission
d'évoquer son analogue de e la-haut,
158]
figure initi
initiale du
li
défilé annuel des constellations ?
197
SIEGESNURESE
Virgile. 2° éd., p. 31: «Les anciens
38. Cf. Satnre-Beuve, Etudee sur
une exactitude et une fidélité exemplaires
reconnaissaient dans sa poési
à Macrobe, cherchantquià
eur; ce qui a fait diregiqu
de savant et d’observatastro
es: €... Virgile,
Géor
des
ue
nomiq
expliquer un passage
>
ce.
scien
de
en matiè
ne commet jamais d'erreur
Page 31
View in PDF(opens in a new window)LES ÉTUDES CLASSIQUES
audace
de maitre,
si
elle
q s
? ique
ciel poét
onytmedesduplus
homemen
sonroch
etrapp
vise
et
réussit
a
créer
à Rome quand «de ses cornes d'or, le Taureau éclatant de
blancheur ouvre l'année ». Cette région privilégiée du ciel, le
cliché 2 (p. 202) la reproduit avec les étoiles dont Virgile se plaît
à Ja garnir. A l'occident, Je Taureau s’en va se baigner dans les
rayons du soleil déjà couché (v. 217 s.). A plusieurs reprises,
un
entre le taureau des champs
Un choix de constellations
Des
associations
comme
celle
dont
la
le poëte ramène nos regards à cette constellation. Au Taureau
se relie le Cocher, constellation où se détachent les deux étoiles
appelées Chevreaux (v. 205) ; au Taureau appartiennent les
présen
s'imposer ici, sont loin d’être étrangères au pe de Viene
amas stellaires des Hyades (v. 138) et des Pléiades (v. 138)
ou filles d'Atlas (v. 221), parmi lesquelles Maia (v. 225) brille
N’a-t-il pas été jusqu’à prendre prétexte d'un débat entre
astronomes pour adresser à Auguste un hommage des plus
bardis ? Longtemps les Grecs n’avaient connu que onze
constellations zodiacales; dans Jeur carte du ciel, les étoiles
qui formeront plus tard la Balance. s’agrégeaient au Scorpion
et figuraient ses pinces. Mais les astronomes chaldéens, désireux
d'un plus vif éclat.
Virgile ne met pas moins d'insistance à nous rappeler le
Bouvier, qui, au printemps. paraît du côté de l’orient : retournez
la terre. nous dit-il, au lever d'Arcture (v. 67 s.) — étoile
principale du Bouvier — ; ne semez pas de céréales avant que
la constellation de Gnosse ne se retire avec son ardente
couronne (v. 222) — autres éléments du Bouvier — ; observez
la constellation d’Arcture (v. 204), tel est l'avis que donnendut
les premiers vers du foyer astronomique ; le coucher
Bouvier vous fournira de claires indications, lisons-nous
d'attribuer une constellation à chacune des douze parties de
trente degrés qu'on appelait signes du zodiaque, se déclarèrent
pour la constitution d’une douziéme constellation, qui serait
la Balance, a former aux dépens des pinces du Scorpion. Leur
théorie paraissant destinée au succès, notre poëte tire de
l'occasion un parti magnifique. Pour faire place à Auguste dans
le ciel, dit-il, le Scorpion retire ses pinces. Le nouveau dieu ne
encore un peu plus bas (v. 229).
D'où viendrait cette prédilection si accusée pour le Taureau
et le Bouvier? Ne serait-ce pas du symbolisme attaché à ces
va-t-il pas devenir là-haut une constellation nouvelle ? Que,
s’identifiant avec la Balance, signe de l'équité, il s'établisse
deux constellations? Déjà on a cru découvrir une secrètele
affinité entre le Taureau du ciel et celui des champs. Dans ne
même ordre d'idées, le Bouvier, si fréquemment cité,
entre Érigone et le Scorpion, symbole bien connu de la guerre ;
il protégera contre ce fléau la Vierge porteuse de J'épi de blé
en laquelle la littérature astrologique s’accordait à contempler
?
figurerait-il pas Vantitype céleste du laboureur
une figure de paix et de prospérité. Quelle richesse d’allusions
en
l’espace
étroit
de
quatre
hexamètres !
Ce
qu’on
Entre le Taureau et le Bouvier, Virgile ne manque pas de
fois,
repérer les constellations arctiques (nommées par deux
dans
ce
s'enfon
mineur
ire
septéna
le
dont
v. 138 et v. 245 s.),
jes replis du Dragon (double mention, v. 205 et v. 244).
vient
d expliciter se trouve suggéré dans la brève péricope (v. 32-35)
dont voici une traduction: « Ou bien iras-tu, astre nouveau,
te ranger à la suite des mois lents dans leur marche, à la place
qui s'étend entre Érigone et les pinces du Scorpion qui la
poursuit ? Déjà de lui-même il les ramène à lui, l’ardent
Scorpion, et voici que dans Je ciel il t'a laissé un espace plus
La charrue de Virgile
grand que de juste > (irad. GOELZER)3®,
A part cette triade Vierge-Balance-Scorpion, de quelles
constellations les Premiéres Géorgiques parlent-elles encore °
dési
Parmi celles de l’hémisphère sud, elles ne
Chien (v. 218).
s ne désignent que le
Toutes les autres. qu'il citera, le poète les a choisies dans
une moitié de l’hémisphère boréal, justement la portion visible
39, Cf. J. Bayer, ; L'immortalité astrale d'Auguste ou Manilius
commenli
fateur de Virgile, Rev. Et. Lat., 1939, pp. 141-171.
199
EfOT>eEARr N
adi
me
w72antqí»u
he
yrs
dans les nuits
Devant l’aspect offert par ce groupe centralqui
explique le
corps,
prend
de printemps, une association
parti-pris
son
et
s
étoile
les
parmi
choix opere par Virgile
mémes.
les
urs
toujo
ions,
ellat
const
ues
d’insister sur quelq
e une béte de trait et le
A supposer que le Taureau figur
qui les sépare ne dessineraitBouvier un laboureur, l’ensemble char
rue attaquant le sillon ?
une
il pas aux yeux du poète déplo
t un immense tableau
ierai
Ainsi le ciel printanier
champêtre : Taureau-Charrue-Laboureur.
Page 32
View in PDF(opens in a new window)LES PREMIÈRES GÉORGIQUES, POÈME PYTHAGORICIEN
Pour doser les chances d’authenticité de cette
association
nouvelle, rien de plus indiqué que de se référer au
croquis que
l'auteur lui-même trace de la charrue (v. 169-175
). De
les deux Ourses: leur configuration générale reproduit assez
fidèlement la forme caractéristique de l'antique instrument
romain — très fidèlement même, à en juger par la ressemblance
dont se contentaient les anciens pour reconnaître notamment
dans la constellation du Bouvier l'homme qu’elle est censée
Réciproquement, et le trait est encore plus significa
tif, pas
une de leurs étoiles qui ne puisse représenter
tel ou tel détail
explicitement désigné de l’araire virgilien.
« Araire virgilien », nous faut-il écrire, car
la charrue des
v. 169-175, à prendre le texte tel quel. ne s'identi
fie à aucun
représenter. L'aire du rectangle allongé dont les étoiles e#’y’d
l'instrument décrit en cet endroit, pas une pièce qui ne
trouve
sa réplique dans Je dessin formé par les deux
Ourses
des types connus notamment par les monuments de
la
numismatique et de Ja sculpture. Son modéle parait
propre
aux Géorgiques. Il présente un assemblage hybride
: engin
primitif essentiellement formé d’une seule pièce (correspondant
latin de |’ avroyvor d’Hesiode), à quoi s'ajoutent des
éléments
caractéristiques de la charrue composée — celle où age et
timon s'ajustaient l’un à l'autre, au lieu de faire
corps comme
dans la charrue simple. Cet éclectisme apparemment fantaisis
te
s'explique si. dans sa description, Virgile est dominé par le
souci d’évoquer les constellations ot: il voit l'image céleste
de
la charrue. En effet, pour les lignes générales. l'ensemble des
deux Ourses répond à la charrue simple ; mais quelques-unes
de leurs étoiles ne trouvent de correspondant que dans certains
accessoires de Ja charrue composée.
Comme il n'est
point
loisible au poète d’accommoder Ja disposition des astres
au
schéme courant de l'instrument aratoire, c'est le croquis de
celui-ci qui sera retouché de façon à pouvoir apparaître comme
projeté dans le ciel.
De fait, les v.
169-175
nous montrent
d'abord
un
obiet
rudimentaire, consistant en une seule pièce de bois!
: un
ormeau dont on a plié une branche en forme de timon!! : cette
branche complera huit pieds de long à partir du tronc de
l’arbre@2. Cette description peut rappeler
mais
également
l'ancêtre
de
la
l’aëréyvor d’Hesiode,
charrue
romaine,
l'araire
étrusque de Ja figure 3: tronc vertical destiné à fendre la
terre, branche horizontale servant de timon (à moins que, dans
la charrue de notre cliché, le timon ne soit le prolongement du
tronc, qu'on aurait incurvé — détail qui n'imporle aucunement
au problème present). Par deux traits idéaux ef’ et ¢’, relions
40. ef curui formam accipit ulmus aratri. v. 170.
41. Continuo in siluis magna ni fleta domatur
in burim (= timon)... ulmus, v. 169 s.
42. Huic a STIRPE pedes temo protentus in octo, v. 171.
201
marquent les sommets, fait songer au tronc vertical (sfirps)
TEWAvCietReTrWalDEsaN.laeHL:,APR#HarUeSi:nTEOS
a at
M, és
LA)
RES
ai
tr
MES
TIE
A
è
MTES245
teresxPeftey
a HORS
Le
et la courbe fyde (Grande Ourse) rappelle la forme du timon.
Au v. 171, Virgile abandonne l'appellation technique buris
(timon, v. 170)43 pour le terme plus général temo. Or Temo
(le Timon) se trouve être précisément un des noms de la Grande
Ourse#.
A cette charrue d'un seul tenant, l’auteur annexe des éléments
accessoires, lesquels, d’aprés nos connaissances archéologiques,
sont propres aux instruments moins primitifs. Que ces pièces
soient taillées dans le tronc même de Yormean* ou qu'on
doive les assujettir à la partie inférieure de ce tronc comme
des appendices rapportés, peu importe. Toujours est-il que
Virgile mentionne deux oreilles. binae aures, v. 1724, et un
sep a double revers, duplici... dentalia dorso. v. 172. Dans la
Charrue céleste, deux étoiles, # et 7. marqueraient les deur
oreilles et deux autres, ¢ et 7, le double revers du sep. (La
signification technique précise du terme duplici dorso cause
un certain embarras aux commentateurs ; il n'en est pas moins
intéressant à notre point de vue de remarquer comme Virgile
parvient, à propos du sep. à introduire le terme duplex.)
du soc : les étoiles ¿0 représentent
Le sep doit porter la lame
la courbe de celui-ci et 4 (la polaire). sa pointe extrême.
Le poète a nommé Je soc un peu plus haut, uomis et inflexi...,
v. 162, mais il ne le désigne point explicitement dans notre
passage 169-175, qui detaille uniquement les parties en bois
de la charrue.
Le corps de la charrue étant confectionné d’un ormeau, les
Géorgiques conseillent d’employer une branche de tilleul pour
43. Voici comment Varron, /. L, 19, définit le terme buris: qui quast
temo est inter boues, bura a bubus ; alii hoc a curuo uruom appellant.
Ce passage a été mal transcrit par Servius (ef. Dracnmann, s. v. Pflug,
P. W., XIX, 1465).
44. D’après Varron, I. !., 7, 4, 9, Ennius désigne ainsi la Grande Ourse.
Cf. FREUND, s. v. temo.
45. Interpretation de DnacHmann, s. v. Pflug, P. W., XIX, 1465 ; aptantur,
v. 172, se prend alors au sens large.
46. Comme on en trouve par exemple dans la charrue de Magnésie.
Cf. DAREMBERG-SAGLIO, S. v. aratrum, fig. 435.
Page 33
View in PDF(opens in a new window)le joug qu'on fixera à l’extrémité du timon (v. 173) ; la ligne
Ba correspond à ce joug. Reste une étoile, 7, en arrière du
tronc ; 7% représente Je manche de hêtre, qui doit servir à
diriger l'instrument (v. 174).
La mention de ce manche, stiua, termine l’enumeration des
pièces de la charrue. Mais comme pour souligner, aux yeux de
qui connaitrait la scéne céleste Taureau-Charrue-Laboureur, le
rôle évocateur de cette description de la charrue, réplique
paysanne de Ja configuration des deux Ourses, Virgile introduit
dans son énoncé des termes susceptibles d'une acception
astronomique. Plus haut nous relevions l'expression temo
(x. 171) ; il faut insister davantage sur le mot placé à la fin
de la nomenclature: currus... imos. Le mot currus désigne
toujours un char rapide, soit de course (currere — currus). soil
de combat. C'est aussi — comme Temo — un nom de la Grande
Ourse. A l'époque où celle-ci présente ses étoiles By au-dessous
des autres. sa forme rappelle assez bien celle d’un char de
course*, (L'appellation française Chariot ne rend pas Currus
mais Plaustrum, autre nom de chacune des deux Ourses, et
qui évoque une autre image. Pour éviter des confusions, on
traduira donc de préférence Currus par le Char de course.)
Fiz. 2 — Panvir sony ur cit. pr Reus
Par analogie, la Petite Ourse, dont la figure ressemble beaucoup
à celle de la Grande, porte aussi chez les Latins le litre de
Currus. L'ensemble des deux constellations se désignera donc
par le pluriel Currus, les Chars (de course). Si la charrue
doit évoquer les deux constellations, quoi d'étonnant qu'elle
emprunte leur nom? Or, aux termes mêmes du v. 174, le
manche de hêtre dirige « le bas des Chars de course », stiuaque
quae CVRRVS a tergo torqueat IMOS. L'expression n’a-t-elle
pas la valeur d'un signe confirmatif, comme les mots Sol tibi
signa dabit, v. 463, clóturant la série privilégiée de 36514 vers,
et les termes in orbis, v. 337, à la fin de la suite mystérieuse de
183 hexamètres ?
La portée allégorique de currus imos s’éclaire d'un jour
d’autant plus vif que cette appellation serait impropre a
désigrier le bas du train d’une charrue considérée telle quelle.
Si dans la formule « les parties inférieures des chars (rapides) »
faire
usage
de
la
on voulait voir une simple métaphore, il faudrait se demander
charrue sim ple,
formée d'une
de bois crochue, » (DANEMBERG-SAGLIO, S. Y, ig A vor
>
quelle note le poète, généralement mieux avisé, aurait empruntée aux véhicules de course ou de combat pour qualifier
le bas de cet instrument lent et dépourvu de roues qu'est la
47. Cf. Manilius, 5, 20 : Heniochusque memor CVRRYS Plaustrique Bootes.
Stace, Théb., 10, 328 :
Fugit cvarv maiore Bootes.
Page 34
View in PDF(opens in a new window)charrue des Géorgiques. Le caractère déroutant de l’appellation
est le « surnom de Bacchus, considéré comme frère de Ceres.
Pendant la procession qui partait du Céramique, à Athènes,
pour Éleusis, on portait, comme symbole de purification. le
204
currus
imos
est
attesté
notamment
par
l’étrangeté
de
la
supposition 4 laquelle un Servius se trouve réduit pour en
rendre compte. Il s'agirait, d’après lui, du plaustraratrum,
charrue à roues, modèle d’invention récente à l’époque,
employé en Rhétie, et dont Virgile pouvait ne pas ignorer
l'existence. Mais cette hypothèse, peut-être assez apte à
expliquer l'emploi éventuel d'un terme comme plaustrum, ne
justifie pas de même l’usage de currus. Puis elle ne cadre pas
avec l'ensemble de la description des Géorgiques (v. 169-175),
et pour ce motif elle est rejetée par la plupart des commentateurs. Enfin, comment admettre que, chantant l’agriculture
comme une gloire du peuple romain, le poète préfère à la
charrue de type traditionnel une nouveauté adoptée dans une
province el à peine connue ? Mais comment tenir rigueur à
Servius de sa tentative infructueuse, devant la très sérieuse
difficulté que présente l'expression currus imos en dehors d'une
inierprétation symbolique ?
Après ces mots, qui semblent donc bien destinés à faire
voir d'un même regard l'instrument aratoire et Ja Charrue du
ciel, ne trouvera-t-on pas un nouveau signe dans le v. 175 :
et suspensa focis explorat robora fumus, « on suspend toutes
ces pièces au-dessus du foyer el la fumée éprouve la résistance
du bois
» ? Certes, le contexte amène naturellement pareille
finale — on sait du reste la discrétion qui s’impose aux indices
de ce genre, plus faits pour confirmer un secret connu d'avance
que pour le révéler aux non-iniliés —: mais ici encore. on
l'avouera, la formule, dans son extréme briéveié, convient
parfaitement pour unir dans une méme vision la charrue de
bois et la Charrue astrale : elle invite à regarder l'instrument
non point sur le sol, mais suspendu dans l'espace, suspensa
— tout comme son image constellée au-dessus de nos téles —.
accrochant ca et là de brillanis reflets du feu, focis. mais plus
ou moins enveloppé de fumée. fumus, landis que la Charrue
céleste se repère par des points lumineux dont parfois le
scintillement semble s’eteindre dans des flocons de nuages.
Les vers 160-168, qui précèdent immédiatement la description
de la charrue, rappellent l’origine sacrée des instruments
araloires, armes qui assureront au cultivateur « la gloire divine
des champs», diuini gloria ruris. Sur ce passage plane le
souvenir d’Eleusis: Virgile consacre à Célée, père de Triptolème,
les paniers et corbeilles, uirgea praeterea Celei uilisque supellez,
v. 165, et le van à lacchus, mystica nannus lacchi, v. 166. lacchus
van consacré à Bacchus » (GOELZER, notes, p. 163).
Mais entre tous ces instruments, le plus vénérable est la
charrue, « d'une utilité telle que les anciens en faisaient
remonter aux dieux l'origine: pour les Égyptiens, Osiris en
était l'inventeur, et Jes Grecs, suivis par Jes Romains, proclamaient que Déméter (ou Cérès) en avait révélé usage a
Triptoleme » (GOELZER, notice, p. 9). S'appuyant sur cette
tradition, l'exorde des Premières Géorgiques invoque Triptoléme comme « l’enfani qui nous montra l’araire en forme de
croc », uncigue puer monstrator aratri, v. 19. Le foyer de la
chrysode des Gloires Champétres rappelle le rôle de Cérès
dans Vorigine de la charrue: Ja déesse fut la premiére a
enseigner aux moriels (et, parmi eux. à Triptoléme) à relourner
la terre avec le fer (x. 147).
Revenons aux vers 160-168, qui chantent les armes sacrées
du laboureur. Si. au v. 163, plaustra ne doit désigner que de
simples chariots. on s’etonnera de l'anomalie suivante: la
charrue est bien mentionnée en tète de l'énumération par
Yhendiadys du v. 162, mais sans la moindre allusion à ses
origines divines ! et la Mère Eleusinienne. à qui cependant le
plus noble des instruments ful toujours spécialement consacré,
réserve son patronage aux lombereaux qui raménent les récoltes
(v. 163). Mais dans plaustra — tout comme dans temo (v. 171)
et curras (v. 174) — on peut reconnaitre une appellation
des Ourses#, l'équivalent latin de "Anaÿat nom que les Grecs,
notamment Aratos, donnaient à ces constellations. Du coup,
un peu comme dans le cas du surprenant currus imos,
l’étrangeté même du texte invite à une interprétation symbolique. Alors, dans le v. 163, on voit le troisième membre d'une
périphrase tont entière occupée de la charrue: «soc, bois
pesant de l'araire cintré, Chariots de la Mère d’Eleusis, qui
retournent Jentement la terre ». Voluentia prend maintenant
un sens actif et tout à fait propre, d’aulant plus indiqué que
plaustra, pas plus que currus, ne doit suggérer une charrue
à roues.
Dans un contexte si auguste, le poète pouvuit-il ne point
évoquer le type stellaire de Ja charrue ? Sans doule, la version
48. Cf. Ovide, Met... X, 446 :
Tempus erat quo cuncta silent interque Triones
flexerat obliquo rLavstrvm lemone Bootes.
Page 35
View in PDF(opens in a new window)courante, « le soc et le bois pesant de l’araire cintré, puis les
chariots Jents à rouler de la Mère Éleusinienne », répond-elle
à ce que l’exégèse virgilienne qualifierait de « sens littéral ».
Mais celui-ci est comme Ja façade qui couvre Je secret de
l’auteur, et Je caractère déconcertant de telle ou telle expression
confirme la présence d’un sens plus profond.
lei,
l'adoption
du terme plaustra permet par
surcroît
de
chariots où, lors des fêtes d’Eleusis, on promenait la statue de
la déesse.
Que l'assimilation des deux Chars célestes à une charrue
rendit adéquatement raison du choix d'étoiles auquel Virgile
se limite et de sa surprenante insistance à revenir toujours
aux mêmes constellations, c'était déjà notable. Cependani, on
vient de le voir, il est d’autres particularités qui, à la lumière
de ce symbolisme, perdent leur air de bizarrerie pour revêtir
une signification très parlante : tel le caractère hybride de la
charrue virgilienne, tel l'emploi de la locution currus imos.
Enfin, ce rapport mystérieux restitue à la charrue, dans la
nomenclature des instruments sacrés de l'agriculture, ses
prérogatives divines: le titre de «Chariots de Demeter
»
rappelle et sa consécration à la déesse et l'éclat de son analogue
astral.
Ciel politique et ciel champêtre
Toutes les étoiles mentionnées au premier livre des Géorgiques
se répartissent donc en deux groupes allégoriques :
1° un groupe politique : Paix-Équité-Guerre (Vierge-Balance-
198), illuminant l’exorde. Pour la Balance,
ses éloïles soni indiquées en cet endroit (v. 33 ss.), mais son
nom
y
est
tu,
vraisemblablement
pour
laisser au
lecteur
la
satisfaction de Je deviner. Disciple de Virgile, Dante usera de
procédés analogues. En revanche, Ja Balance, signe de César,
illustre Ja chrysoïde des Constellations (v. 208), sans y être
accompagnée de la Vierge ni du Scorpion.
2° un groupe champêtre : Taureau-Charrue et Sillon-BouvierChien (car au pittoresque tableau ne peut manquer ce fidèle
compagnon de l’homme). Les étoiles appartenant à ce groupe
parsèment le foyer astronomique. De plus, dans les Travaux,
le v. 68 rappelle le Bouvier et le v. 138 le Taureau et la Charrue.
Les
autres
concernent
renseignements
point
des
étoiles
astronomiques
fixes,
mais
147
207
Saturne et Mercure (v. 335 ss.), dont on a remarqué plus
haut (p. 177) la signification symbolique, soit le soleil et la
lune.
SUTFE
Mise en scène des étoiles champétres
€
4,
PORRESEITYA oue
Ses=
rapprocher la charrue, don par excellence de Déméter, de ces
Scorpion; cf. p.
PTPNAELAEPN>T‘Ax
LES PREMIERES GEORGIQUES, POÈME PYTHAGORICIEN
du
soit
poème
les
ne
planètes
5 sn
MELO:Sr
Avec une virtuosité qui n’a d’egale que leur sobriété, quatre
vers (32-35) réussissent à sertir toute la richesse de symbolisme
de la triade politique (ef. p. 198) : l’auteur aurait-il renoncé
à mettre également en scène son autre trouvaille astronomique,
celle qui dessine dans un groupe de constellations une image
des travaux rustiques ? Cette dernière association convient
mieux encore que l’autre au sujet du poème ; elle ne se prête
pas moins à des développements poétiques; à ceux-ci Virgile
peut se livrer sans le moindre risque de profaner son secret
(car le double sens de vocables comme taurus, agricola, currus,
temo, plaustrum permet de designer le second groupe de
constellations sans nommer ouvertement une seule étoile) et
avec l’assurance de combier d'une joie admirative ceux qui
connaîtraient le mystère de son ciel champétre.
L'aspect du ciel dont il s'agit ici, répélons-le. est celui qui
s'offre aux regards quand s'ouvre l'année. Or les vers 43-49
doivent commencer Ja série secrète de 365% vers. En
choisissant cet endroit pour décrire la scène, que le ciel
présente pendant la saison correspondante de l’arinée, le poète
n’harmoniserait-i] pas deux secrets: Je nombre (365 12) et
l’image astronomique ? Et puis, où placer mieux qu’au seuil
de la partie Travaux Vallégorie céleste des labeurs des champs ?
Au début de ce chapitre de notre essai (pp. 197 s.), antérieurement à toute notion détaillée du ciel de Virgile, des correspondances de forme nous faisaient déjà entrevoir un lien entre
le début de la protase (v. 43-49) et le foyer de la chrysoide
des Constellations (ot: brille le groupe du Taureau ouvrant de
ses cornes d'or la marche de l'année, v. 217 s.). Maintenant
qu'on sait la perspective astronomique où se situe Je chant,
comment douter que l’astronome ait songé au décor de son
ciel lorsqu’au début de ses 365% vers, il montre le taureau
attelé à la charrue ? Et comment ne pas s'attendre à voir le
poète déployer toutes ses ressources dans la mise en valeur
?
de sa trouvaille
Aussi ne saurail-on étudier avec trop de soin les sept vers
(43-49) qui forment Ja bordure en relief de la chrysode des
Champs.
Page 36
View in PDF(opens in a new window)LES ETUDES CLASSIQUES
a
7
LES PREMIERES GÉORGIQUES, POÉME PYTHAGORICIEN
209
Le Y,
A lire les Premières Géorgiques, serait-ce pour la dixième
fois, on reste frappé du naturel, de la fraicheur de ton, de
la
parfaite aisance avec lesquels l'auteur chante, comme en se
jouant, les différents aspects de la vie paysanne. L'émerveillement qu'inspire cet air de spontanéité redouble quand on
sait que la section d’or mesure, secrétement mais rigoureusement,
toutes les dimensions du poème, et l'on se prend à
gàh,
INR OuanNAdD
hj
.
Li
ur‚srnite
io)
FA
DBaEpeisLe aR,
répéter le mot d'un autre maitre du naturel et de l'apparente
improvisation: «Je fais difficilement des vers faciles» (La
éclat métallique au milieu de nos sept vers, ne rappelle-t-elle
point heureusement le scintillement de cet astre autour duquel
pivote la voûte du ciel ?
De même que je Char inférieur semble s'engager dans la
courbe du Dragon, ainsi le bas de la charrue s'enfonce
profondément, depresso... aratro, v. 45, dans le sillon, sulco,
v. 46. La forme sinueuse du Dragon (Maximus hic flexu sinuoso
elabitur Anguis, v. 244), comme aussi sa présence daris le
voisinage immédiat des Chars, le destinaient à servir de sillon
dans le schème de Virgile. Réciproquement, le terme sulcus
lui-même convient particulierement à l'évocation d'un trace
lumineux qui sillonne le ciel. Au lucidus Anguis, v. 205,
Fontaine)49.
C'est cette impression que causera au plus haut degré la
lecture des sept vers bien connus dans lesquels Virgile condense
son secrel astrologique. Pour Ja clarté de l'exposé, on divisera
n'appliquerait-on pas littéralement l'image qu'emploie l’Eneide
ce passage en trois parlies. dont les deux premières affecteni
(Il, 697 s.) pour montrer le sillage de lumière laissé par un
une allure plutôt descriptive el
météore : tum longo limite sulcus dat lucem °
la
iroisieme prend
un
tour
didactique :
A la lecture des v. 45-46, l'imagination s'éclaire désormais
de la vision du Taureau éclatant de blancheur qui, de ses cornes
19 y. 43-44 L'hiver se retire,
20 v. 45-46 Le taureau et la charrue.
30 v. 47-49 Les conditions d'une riche récolte.
Notre
d'or, ouvre l’année, et qui traine à sa suite la Charrue céleste,
dont le fer étincelant plonge dans un sillon étoilé. Mais si
la description est menée de façon à faire rebondir jusqu'aux
astres la signification de ses termes, son objet immédiat reste
néanmoins une scène terrestre ; l'impératif incipiat. v. 45, en
fait foi, qui s'adresse bien à un taureau de chair. De même,
examen
s'attachera d'abord à la partie principale,
celle du milieu ; nous aborderons ensuite la troisième et enfin
la première. On verra bientôt les raisons qui déterminent cel
ordre.
la charrue décrite aux v. 169-175 était bien une charrue de bois.
Cependant, là comme ici, chacune des notes mâles et rustiques
de la composition s'accompagne secrètement comme d'un son
harmonique plus élevé.
v. 45-46 LE TAUREAU ET LA CHARRUE
Depresso incipiat iam tum mihi taurus aratro
ingemere, et sulco attritus splendescere uomer.
v. 47-49 LES CONDITIONS D’UNE RICHE RECOLTE
Plus haut (p. 197), les termes incipiat iam tum (c'est-à-dire
Illa seges demum uotis respondet auari
agricolae bis quae solem, bis frigora sensit ;
illius tmmensae ruperunt horrea messes.
uere nouo) taurus ont été rapprochés des mots aperit... annum
Taurus, x. 217 s., qui figurent au foyer de Ja chrysoide des
Constellations. L'étrange mais indispensable singulier taurus
a déjà fait l'objet d'une remarque. Inutile de redire ce que,
dans un pareil contexte, doit évoquer aratro juxtaposé à taurus.
Quant à uomer, v. 46, les étoiles du Char inférieur représentent,
on s'en souvient, un soc de charrue, lame dont l'étoile polaire
(a). la plus brillante de sa constellation, indique la pointe
extrême. L'expression splendescere uomer, v. 46, qui jelle son
49. Cf. GoeLzen, Intr., p. XXII: «La simplicité même, qui est une des
qualités de son style dans les Georgiques. on sait bien qu'elle n'est
EDTAarTe
Ar
souvent le prix que de longs efforts : faire difficilement des vers faciles,
« La terre arable ne répond vraiment aux vœux du laboureur
avide que si elle a senti deux fois le soleil et deux fois les
frimas ; celle-là produit toujours des moissons dont le poids
fait rompre les greniers.» (trad. GOELZER).
A l'avis inculqué dans ce passage — utilité de la jachere et
des assolements — le poète consacre un peu plus Join un
paragraphe entier (v. 67-76), où il lui donne plus de développement. Pour remédier à l’infécondité d'une terre, dira-t-il
en cet endroit, il faut d’abord la soulever en y traçant un mince
sillon; le temps favorable à cette opération est signalé par
c’est le propre d’une conscience vraiment artistique. >
ATEN
Page 37
View in PDF(opens in a new window)l'apparition d'un astre: le Bouvier (v. 68), dont le lever se
place au cœur de l'hiver (début février). Ensuite, durant la
premiére année, on laissera la terre sans parure — procédé de
la jachére — ou bien on l’ensemencera de légumineuses ou
bement tend à l'isoler du mot auari. Pour donner quelqu'idée
de l’effet produit par cette construction sur une oreille latine,
210
d'autres végétaux peu épuisants — méthode des assolements.
Quand, parti de orient, le Bouvier se sera couché à l'occident,
mulato sidere, v. 735, c'est-à-dire aux premiers jours de
novembre, on pourra semer pour l'année suivante l’épeautre
doré.
Dans la chrysode de la Terre, Virgile ne mentionne pas
d’autre constellation que le Bouvier; et le mouvement de celui-ci
doit régler précisément les labours et l’ensemencement d'une
terre dont on n’attendra le plein rendement que pour la seconde
année d'un cycle biennal. En ce sens, on pourra donc dire
que «la terre arable ne répond vraiment aux vœux avides
que si elle a senti deux fois la chaleur et deux fois les frimas
du Bouvier ».
v. 48
on peut tenter un essai sur cet équivalent francais : «
La terre
arable, si elle a senti deux fois la chaleur et deux fois les
frimas, du laboureur comblera les vœux avides. » Placée après
frimas,
la virgule détourne Je lecteur de soupconner une
allusion astronomique. Mais qu'on la reporte après laboureur :
« La terre arable, sj elle a senti deux fois la chaleur et deux
fois les frimas du Laboureur (Bouvier), comblera les veux
avides.> On a maintenant affaire 4 un renseignement astronomique; de plus, la phrase apparait mieux bâtie que dans
première forme, quoiqu'elle reste défectueuse — c'est
sa
merveille qu'un jeu de mots se traduise parfaitement —
:
Pinversion « du laboureur comblera les vœux avides » présentait
quelque chose d’étrange (comme, en latin, l'enjambement auari||
agricolae). Mais, encore un coup, 4 qui ignorerait que laboureur
évoque une constellation, l'idée ne viendrait jamais de déplacer
la virgule.
agricolae bis quae solem, bis frigora sensit.
Par le jeu des correspondances liant le tableau céleste de
Virgile et les réalités qu'il figure, le mot agricolae du v. 48
évoque naturellement l’image du Bouvier. Il suffit de rattacher
grammaticalement agricolae à solem et à frigora, comme on
vient de le faire, pour souligner l'intervention du Bouvier dans
C'est simplement en raison de leur forme que les constellations du Taureau, de la Charrue el du Sillon étaient évoquées
dans les vers 43-46 : au Bouvier Virgile reconnaît un titre de
plus à paraître ici : Ja nécessité de tenir compte des indications
de cet astre pour l'exploitation d’un terrain à traiter par la
jachére ou les assolements.
la culture.
Bien entendu, en langage clair Virgile parle du paysan avide,
auari agricolae, et non pas du Bouvier ; mais il a bâti sa phrase
ei ses vers de telle sorte qu'il suffise d'un changement dans
les coupes (en graphie moderne, d’un déplacement de virgule)
pour enrichir le texte d’une donnée astronomique. L’auditeur
ou le lecteur averti de l'influence du Bouvier sur la végétation
ainsi que de l'assimilation d’Agricola à Bootes et, par surcroit.
attentif à ne rien perdre des richesses de ce passage (v. 43-49).
ne pourra pas ne point percevoir le sens second ainsi suggéré.
Il le saisira d'autant plus sûrement que, rejeté au début du
v.
48,
Je
génitif
agricolae
se
rattache
avec
une
v. 43-44 L'HIVER SE RETIRE
Une seule des constellations recensées dans les Premières
Géorgiques et qu’on s'attendrait à rencontrer ici. manque
encore à l'appel : il s'agit du Chien (cf. p. 198).
A cette constellation Virgile semble pourtant attacher une
particulière importance, car, au foyer mème de la chrysoide
des Constellations, i) la place en regard du Taureau :
v. 217
aisance
particulière à la suite de cet hexamètre, tandis que l'enjam50. Le texte suivant (v. 219-222) montre bien que telle est Vinterprétation correcte de seres mutato sidere farra, v. 73: « Mais si c'est
uniquement en vue d'une imoisson... de robuste épeautre (robustaque
farra, y. 219) que tu travailles la terre... laisse la constellation de Gnosse
se retirer avec son ardente covronne.> La constellation de Gnosse se
rattache au Bouvier.
21]
Candidus
auratis aperit cum cornibus annum
Taurus et aduerso cedens Canis occidit astro.
Chose étrange, bien qu'en réalité Taureau et Chien se
couchent simultanément, l’un à l'ouest. l'autre au sud-ouest,
auteur s'ingénie à marquer entre eux un contraste: le
Taureau
ouvre glorieusement l'année, tandis que Je Chien
parait comme cédant le terrain, cedens, à un rival plus fort que
lui, aduerso... occidit astro (on ne saurail dire si astro désigne
le soleil couchant ou le Taureau, tous deux disparaissant au
Page 38
View in PDF(opens in a new window)ORICIEN
même endroit ; la question est ici sans intérêt). Le caractère
original et assez arbitraire de cette mise en scène mérite de
213
de canus, ni aucune forme de cet adjectif pris comme
épithéte
de montagnes.)
retenir notre attention.
Le règne du Chien, qui s'achève quand le Taureau ouvre
l'année, c'est celui de l’hiver, car c'est au plus froid de cette
saison (début janvier) que Je Chien fit son apparition dans le
ciel nocturne5!. Ainsi, dans les sept vers qui nous occupent,
avant de montrer le taureau s’attaquant aux labours, Virgile
a-t-il soin de rappeler que le froid se retire.
Comment attirer nos regards sur le Chien ? Pour les autres
constellations, il se trouvait des termes analogiques: taurus,
v. 45, évoque le Taureau, aratrum, v. 45, les Chars, sulcus,
v. 46, le Dragon, agricola, v. 48, Je Bouvier. Pour le Chien, en
dehors d'une désignation dépourvue de toute ambiguité et qui
divulguerait la signification ésotérique du texte, il n'est de
recours que dans l’homonymie. Cánis ne possède ‚point
d’homonyme parfait, mais on lui en trouve un presque adéquat,
ne différant de lui que par la quantité de l a : cánis, datif ou
ablatif pluriel de cänus (blanc)5?. Comme il s'agit du froid qui
cède devant le printemps, l'épithéte canus sera d'un emploi
aisé : elle n'aura qu’à designer, par exemple, la blancheur de
cimes neigeuses.
Il suffira des lors de construire la phrase de telle sorte que
canis qualifie un substantif pluriel au datif ou à l’ablatif et
signifiant montagnes, et que ce même canis puisse également
être perçu comme génitif de Cänis, Chien (moyennant allongement de J'á de ce nom, pour permettre le jeu de mots) j
ce genitif serait censement le complement determinatif d’un
Vere nouo, gelidus canis cum montibus umor
liquitur et Zephyro putris se glaeba resolnit...
On traduira : « Au premier printemps, lorsque la glace
fond
et coule des montagnes encore blanches de neige
el que la
glébe se résout en poussière au souffle du Zéphyr
...> Mais
voilà qu’on sait Virgile préoccupé de décrire son
ciel champêtre
dans Ce passage-ci, qui ouvre les Travaux: on
se rappelle
qu'une des constellations de ce ciel, le Chien, se
retire avec
l'hiver devant la gloire naissante du Taureau. (L'idée
de chute,
soulignée au v. 48 s. par Venjambemeni umor
|} liguitur,
correspond au cedens... occidit du v. 218 :
les deux passages,
on l’a observé plus baut, p. 197. ont dû être compos
és l'un en
fonction de l'autre.) Comment ne pas percevoir,
à côlé de la
signification littérale du texte, l'insinuation d’un objet
plus
élevé? L'allongement inévitable de la voyelle a
dans canis
empécherait-il une oreille aux aguets (c'est le cas
de l'auditeur
initié, spécialement pour le vers qui commence
la série secrète
des 36512 vers) de saisir l'accompagnement aslron
omique de
cet hexamétre ?
D'après Cicéron. le mot Cauneas (prononcé
cawneas), cri
d'un marchand de figues de Caunes, avait chance,
à l'audition,
d'être pris pour l'avertissement caue ne eas, pronon
cé à peu
près came)n(e)eas53, De Cauneas à cane ne
eas, l'écart phonétique est-il moins marqué que de cánis à Canis ?
mot équivalant & froid. Toutes ces conditions, requises pour
La proposition gelidus canis cum montibus umor liquitur
peut done se construire de deux façons simultanément
perceptibles à une oreille latine :
endroit de Virgile — Bucoliques, Géorgiques, Enéide — on le
cum gelidus umor || liquitur montibus canis : quand la
glace
fond et coule des montagnes blanches :
réaliser au mieux Je calembour voulu, se trouvent vérifiées
dans le v. 43, Je tout premier de la protase. (En nul autre
notera, ne se rencontre la forme canis, datif ou ablatif pluriel
cum gelidus umor Canis (génitif de Cänis, avec allongem
ent
de l'a réclamé par le sens premier du texte) || liquitur montibus:
e, les chaleurs dites de la canicule (Canis aestifer, G.. 11, 353)
où le Chien se lève le matin en méme i
Mi l'époque
le premier livre des Géorgiques, Virgile ne <p de
le soleil. Mais dans
que le lever et le coucher acronyctiques des astres (ceux qui ont uo e
soir). Une fois il parle du coucher héliaque (matinal) d’une constellat on,
mais alors il le dit expressément: Eoae (à l'aurore) Allantides gua
dantur, v. 221. Cf. P. D'HénouviLiE, L'astronomie de Virgile, Les
Belles
Yi n'importe pas, l’î de cánis (chien) pouvant, par
iy
long comme l'est celui de cánis (chenus).
position, devenir
quand la glace du Chien (c'est-à-dire celle qui s'est formée
à
Pépoque de cetie constellation) fond et coule des montagnes.
Dans le cas présent, impossible de forger une version f rançaise
qui parlage avec le latin cette ambivalance. I) est chez Virgile
d'autres jeux de mots qui défient Ja traduction. Citons en deux ;
ils suffisent à montrer que notre poéte ne dédaigne point le
53. De divinatione, 11, 84. Cf. J. Marouzear, Le Latin, p. 51.
Page 39
View in PDF(opens in a new window)calembour et qu'il excelle à le tourner. Dans la III* églogue,
Damoetas pose à Ménalcas l’énigme suivante :
différente. à moins de livrer son arrière-pensée au premier
venu, ce qui devait lui répugner souverainement.
214
B., 111, 104 Dic quibus in terris, et eris mihi magnus Apollo,
tris pateat caeli spatium non amplius ulnas.
Génitif de caelum, caeli peut être aussi génitif du nom
propre Caelius. Or Mantoue connaissait un prodigue de ce
nom et qui, de tout son domaine, n'avail conservé que trois
coudées de terre, emplacement de sa sépulture. Force nous est
de traduire : « Dis sur quelles terres — et à mes veux tu seras
le grand Apollon — l'espace du ciel ne s'étend pas sur plus
de trois coudées> (trad. GOELZER). Autrement. au lieu de
l'énigme, c'est la réponse qui serait rendue en français.
Autre calembour, mis comme le précédent sur les lèvres
d'un berger des Bucoliques. mais sans aucun avertissement
concernant le double sens à percer : réchauffé par une bonne
flambée, Thyrsis déclare s'inquiéter du froid de Borée « comme
le loup du nombre (des brebis). comme les torrents de leurs
rives » (trad. GOELZER).
B.. VII, 52 Hic tantum Boreae curamus frigora. quantum
aut numerum Lvpvs aut torrentia flumina ripas.
La traduction ne peut que dissimuler complètement le trait
que, dans l'original, Thyrsis décoche au poète Lupus comme
à un contempteur du rythme. Pour auloriser un équivalent
français du calembour de Thyrsis, il faudrait que notre
littérature compte un poéte ou versificateur du nom de Loup :
jouant sur l'équivoque de ce vocable el du terme nombre (qui
peut signifier tantôt quantité tantôt rythme), comme Virgile
exploite l'ambiguïté de Lupus et de numerus, on dirait « autant
215
Malgré tout, supposons qu'une coincidence merveilleuse ait
amené sous le stylet de Virgile les termes du v. 43, appropriés
comme ils le sont à l’évocation du plan astronomique. Eùt-il
fallu longtemps au subtil écrivain pour s’aviser d'une telle
réussite? Il
a
fait
place
au
Chien
dans
sa
representation
céleste des labeurs champétres; seule, il le sait, l'absence de
cetie constellation empécherait le passage 43-49 d'évoquer
complétement sa splendide trouvaille; or il cherche à faire
torrespondre entre eux ce début de la prolase ES et le foyer
de la chrysoide des Constellations, où figure le Chien (v. 218) :
de plus le vers 43 fait de sa part l’objet d'une attention spéciale.
puisque,
de son « année » de 365 vers el demi, il est le tout
premier hexamètre.
Conclusion :
Ainsi le tableau printanier qui ouvre l'année ryihmique des
Premières Georgiques, si ses termes entendus litléralement
mettent sous nos veux une scène terrestre. fail surgir dans
l'imagination la figure de la constellation du Taureau, suivie
de celle de la Charrue engagée dans le Sillon. L'hiver se retire.
car le Chien se cache devant lastre qui lui fait face. S'il souhaile
d’abondantes moissons, que le laboureur de nos champs observe
celui-la qui, dans le ciel, guide la Charrue. De mème que les
v. 32-35 mettent en scène la triade Vierge-Balance-Scorpion.
ainsi l'autre groupe stellaire du ciel virgilien est rappelé au
complet dans ce passage 43-49, mais sous forme voilée, car
Virgile n'a point révélé au grand public son allégorie de la
scene
champetre,
alors
qu'il
avait
clairement
exprimé
son
que LOUP du NOMBRE ».
apothéose d'Auguste.
Le jeu de mots du v. 43 serait-il fruit du hasard ? Notre
exposé a tenté de retracer, de façon forcément schématique,
N'éprouve-t-on pas une satisfaction particulière à le constater : évoluant dans un cercle d'initiés, milieu aisément enclin
comment, à partir de la vision évoquée au foyer (v. 215-218)
de la chrysoïde des Constellations, Virgile aurait été conduit
à donner au premier vers de la série des 365144 la forme que
l'on connait. Reconstitution aisée, en somme, car, si le poëte
aux raffinements conventionnels, Virgile garde la fraicheur
et la simplicité du vrai poète. Loin de se livrer à des tours
bizarres, tels que le moyen âge a pu lui en prêter. sa baguette
magique dessine à larges traits dans le ciel, pour des yeux
attentifs, un tableau de beauté naïve, image scintillante de la
plus familière des scènes rustiques, vignette originale d'une
œuvre consacrée aux gloires de l’agriculture.
voulait adapter le début des Travaux à l'idée astronomique en
question, il ne pouvait guére aboulir à une rédaction tres
54. Cf. L. Herrmann, Notules sur les Bucoliques virgiliennes. dans Les
Page 40
View in PDF(opens in a new window)V. — COSMOLOGIE VIRGILIENNESS
des oppositions choisies le contraste entre les deux extrémes :
escarpement altier, arduos... consurgit, v. 240 s., étalement de
plaines en déclivité, premitur deuexus, v. 24158,
Puisque les astres sont censés accomplir toute Jeur évolution
au-dessus du niveau de la terre, au-dessous de celle-ci doivent
régner des ténèbres sans fin (v. 243),
216
Le foyer UV de la chrysode du Cosmos : image globale du monde
v. 240 MVNDVS, VT AD SCYTHIAM RIPHAEASQVE ARDVOS ARCIS
CONSVRGIT,
PREMITVR LIBYAE DEVEXVS IN AVSTROS.
HIC VERTEX NOBIS SEMPER SVBLIMIS ;
AT ILLVM
SVB PEDIBVS STYX ATRA VIDET MANESQVE PROFVNDI.
« Le monde, du cóté de la Scythie et des sommets Riphéens,
s'éleve en pente escarpée, tandis qu'il s'abaisse et forme
dépression vers les autans de Libye. Voici un des póles, toujours
au-dessus de nos têtes ; mais l’autre est sous nos pieds, visible
au noir Styx et au profond séjour des Mánes. >
Ce foyer décrit le monde tel que le concevaient les « météorologues ancjens >.
D'après eux, le soleil et les étoiles ne passent pas au-dessous
de la terre: l’ensemble des astres, « à la façon d'une calotte
qui pivoterait sur notre tête >, gravite au-dessus de nous. Pour
expliquer la nuit, ils invoquent l’altitude des monts Riphées,
écran dressé par la mythologie sous le Septentrion et derrière
lequel le soleil disparait chaque soir.
A partir de cette créte qui la borde au nord, la surface de
la terre s’abaisse en direction du midi5’?, Virgile souligne par
55. Cf. pp. 150, 165 et 195.
56. Cf. Kressuine, s. v. Piraca don, dans Pauiy-Wissowa, L A, col. 846-916,
exposé des conceptions des météorologues anciens en rapport avec les
monts Riphées. G., I, 240 s. x est fréquemment cité.
A ce long article nous empruntons quelques citations illusirant l'antique
théorie :
Diets, Fragin. der Vorsokr., 3 A, 7 (Anaximène) : ed xiwsioda: dì inò yñr
sa dorpa héyes, xadwe Eregoı breiinpnow, alia xsoi yiv, oxrpri meoi sv riueteoar xepalyr arpéçgerai to sdiov (petit bonnet, calotte)” xpuxreoÿai re tor Alıor
odx 020 yijy yevdusvoy, dll’ Uno roy rc ys byydoréowy psow@y oxexdusvow nai
dià 1» mieiora Nur avro yevouévny drdoraciy,
Aristote, Afétéor., II, 1, 15: mepi di zo ta mods doxroy civas ris ye Hynde
onusior re xui tó modlots acobdiva: Tür dpyaiwy persopoldymy tov ijliov ¿en
giosada: Úxó yîjv, alla aegi yv xai zo» rémor robror, dwarlleoda: dì xai nori
stxta ded 10 byginy sivas pos doxtoy thy yür.
217
Concis et mesurés comme un oracle, ces quatre vers, véritable
« saint des saints®® » du premier livre des Géorgiques, recélent
le grand secret de celui-ci. C'est le chant lui-même qu'évoque
ce croquis du monde
; les grandes divisions du poème —
Travaux, Jours, invocation initiale, épisode final — avec leurs
tonalités propres, permettent de voir dans l’ensemble du chant
une transposition de l'architecture du monde el comme une
vivante image du Cosmos.
Ainsi, ébauchant à grands traits la surface de Ja terre, la
première moitié du foyer UV caractérise le corps du chant
:
Travaux et Jours; tableau du ciel et des enfers, la seconde
moitié se rapporte à l'encadrement de la pièce: exorde et
épilogue.
58. À
cet
égard
les
seuls
termes
de
Scythia
et
Libya
sont
riches
d'évocation: au troisième livre, v. 339-383, Virgile oppose violemment
l'Apreté de la Seythie glaciale aux immenses plaines que parcourent les
nomades libyens.
G.. 111, 339 Quid tibi pastores Lipyar, quid pascua nersu
prosequar et raris habitata mapalia tectis ?
Saepe diem noctemque et totum ex ordine mensem
pascitur itque pecus longa in deserta sine ullis
hospitiis: TANTUM CAMPI
JACET |
G., 111, 349 At non, qua SCYTHIAE gentes Maeotiaque unda
turbidus et torquens flauentis Hister harenas
quaque redit medium Rhodope porrecta sub axem.
Tlic CLAUSA TENENT STABULIS ARMENTA, neque ullae
aut herbae campo apparent aut arbore frondes.
59. Les vers 242 s. semblent bien une réminiscence d’Aratos, Phaen.,
v. 25-28 (cf. P. Jann, Die Quellen und Muster des ersten Buchs der Georgica
Vergits, Rhein. Mus., 1903, p. 415) :
xai pay xegaivoves dvw molo duporévwÿer
all’ $ piv oúx éxiomtos, 60'avrios x Bopsuo
Upoder Mxsdvoto.
Aristote, Météor,, 1, 13, 20: Ún' avrmr di tay doxrov vaio sic koyams
Znvôias (ad Scythiam, G., 1, 240) al xalovuevas "Pina: xepi Gr 105 psyébovc
Virgile, on s'en apercevra, a traité son emprunt avec une juste liberté :
à 6 mir oùx énlontos répond af illum sub pedibus Styx atra uidet
Rav eloiv ol Asyopevor Adyoı pvPadsic.
Manesque profundi, v. 242 s.
57. Aristote, Météor., 11, 1, 14: donıp oby xai xara péipos dx ty dynióy
of norauoi palvorsa: déovtsc, obro xai se Sine yüs En ri Uynloripor tay apes
Goxrov vo Sena yíveras 16 xdsioro»,
60. On se trouve ici .au foyer du panneau principal du triptyque
astronomique (cf. p. 148 et p. 165). Le chiffre 4, inscrit au cœur du poème,
n’est-il pas un hommage à la Tétractys (cf. note 20) ?
Page 41
View in PDF(opens in a new window)1) TRAVAUX :
v. 240
Mundus, ut ad Scythiam Riphaeasque arduos arcis
consurgit...
Le segment Travaux ES apparaît mystérieusement dominé,
du côté des monts Riphées, par le Septentrion, cette Charrue
céleste dont les étoiles sont secrètement évoquées dans le
tableau initial EF, au milieu duquel le soc de l’araire jette des
feux étincelants (cf. p. 215).
On se rappelle l’austérité dont toute la partie Travaux
ES est empreinte : le foyer KL de la chrysode des Champs ELR
rend tout spécialement cette impression. D'un bout à l’autre les
Travaux dessinent le profil d'une pente abrupte; qu'on parcoure,
à commencer par le dernier, les quatre foyers de chrysodes
secondaires qui s'échelonnent sur ce segment — car les foyers
résument chacun le sujet de leur chrysode —
: on verra
successivement évoqués, comme en une montée, la résistance
opposée par le sol à l'exploitation agricole (OP), d'autres
ennemis de la culture (MN), puis les industries à mettre en
œuvre contre l’appauvrissement du sol, avec une allusion à
aspect humiliant de certaines besognes (JJ, ne pudeat, v. 80),
enfin l’äprete de la race née des pierres de Deucalion et appelée
à travailler la glebe (GH ; durum genus. v. 63)61.
219
que les médaillons d’une tapisserie riche de dessin et haute en
couleur, les autres foyers de chrysode présentent une suite de
tableaux où le sentiment se fait de plus en plus radieux :
charmes de l’hiver (ab), fêtes et réjouissances en l'honneur de
Cérès (gj, foyer principal de la chrysode du Temps), arc-en-ciel
(Im), retour du beau temps (op)®.
3) EXORDE :
v. 242
Hic uertex nobis semper sublimis...
C’est bien les hauteurs du ciel que la prière du poète. au
début de son chant, invite à comtempler
:
v. 5
Vos, o clarissima mundi
lumina, labentem caelo quac ducitis annum.
On l'a vu (p. 160) : cet appel assimile aux astres toutes les
divinités de la chrysode des Dieux, et c'est à la Grande Tétractys
36, source de la musique des sphères celesies, que la chrysode
des Dieux emprunte le chiffre de ses vers. Autani de titres qui
font de l’exorde une coupole éloilée suspendue sur le poème
entier.
4) EPISODE FINAL:
2) Jours :
v. 241
v. 242
... premitur Libyae deuexus in Austros.
De ce côté, jusqu'à la région extrême (ru) où les autans se
donnent carrière, in Austros, le chant s'en va comme en une
pente douce. Les vents chargés de pluie répandent leur souffle
dans une partie de Ja chrysode du Temps Ygr: le foyer de
de la chrysoide des Tempétes bg décrit leur déchainement. Ainsi
... at illum
sub pedibus Styx atra uidet Manesque profundi.
A Pantipode des sereines clartés de l’exorde, l'épilogue
évoque des images de mort et spécialement, « à l'adresse des
générations impies, la menace d’une nuit éternelle » :
v. 466
Ille (Sol) etiam extincto miseratus Caesare Romam,
cum caput obscura nitidum ferrugine texit
impiaque aeternam timuerunt saecula noctem.
61. Dans les Travaux, Ja note dominante, celle que donnent les foyers.
est âpre ; même dans la chrysode, naturellement plus sereine, des Gloires
Champétres, le foyer offre le spectacle d’un champ envahi par les
mauvaises herbes (v. 152 ss.; cf. p. 164). Certes, Virgile, qui redoute
la monotonie, fait entendre de-ci de-la dans les Travaux une note plus
joyeuse : v. 55-59, 73-76, 82 s. ; d'ailleurs chacun de ces passages souligne
par
contraste
rencontre
un
la
dureté
du
morceau
procédé analogue
aux
v.
qui
le
458
ss., sorte
suit
immédiatement
d’éclaircie
(on
fugitive
au milieu de l’effroi que suggère l’ensemble César-Soleil ; cf. p. 178). Enfin.
le beau passage QR décrit une lutte contre les parasites, uariae... pestes.
v. 181, et s’achéve sur la perspective d'une déception (v. 191 s.).
spots
ve
—
62. L'introduction de chrysoides (bg et jo ; cf. pp. 168-172) avec crescendo
et decrescendo ajoute à Vexubérante variété des Jours. (Celle-ci trouve
un repoussoir dans la monotonie de lignes qu'accuse la chrysode de la
Terre FHK: FG = 10; GH = 7; Hi = 10; H = 7; JK = 10.) Les rimes
des vers op (cf. p. 172) rehaussent la décoration de ce segment, et la
chrysode du Temps Ygr ahonde, on s’en souvient, en correspondances
virgiliennes : la protase de cette chrysode se reflète dans son apodose et
répond elle-même à l’apodose de la chrysode des Champs (cf. chap. HI).
Par contre, presque pas de résonance entre les deux ailes de la chrysode
des Champs.
Page 42
View in PDF(opens in a new window)L'apodose VW de la chrysode du Cosmos : le ciel et jes
L’apodose VW reprend, assurément pour Jui donner
La protase TU de la chrysode du Cosmos:
enfers
+. 233
quelque
développement, le raccourci des vers 242 s.; rien d'étonna
nt
dès lors si elle se rapporte également aux deux
pièces de
décrit
d’abord
les
astres
du
uertex
Puis il revient aux enfers; dans le tableau qu'il en
trace,
apparait clairement le caractére mixte de la descript
ion du
D'avance on peut s’attendre que cette protase traitera le
sujet condensé au début du foyer (v. 240 s.) et correspondra
donc à l’ensemble Travauz et Jours (cf. p. 217).
nuit
silencieuse et profonde au sein des ténèbres, voile épais de
la
nuit » (v. 247 s.). C’est la conception des météorologues anciens,
dont Je foyer de notre chrysode vient d'illustrer la vision
du
Elle décrit la configuration de la terre d’après le système
des cing zones : à ces zones répondent Jes grandes parties du
corps des Premières Géorgiques.
monde
: pour eux, ni soleil ni étoiles en-dessous de la terre.
« Ou bien, ajoute le poète, c'est de chez nous que l’Aurore
leur revient ramenant le jour » (v. 249). Telle serait l'opinio
n
des astronomes plus récents, qui faisaient tourner le
soleil
autour du globe terrestre et, comme nous, divisaient celui-ci
en cing zones. Ce dernier système, Virgile l’expose
a. ZONA SOLE RUBENS — foyer astronomique SX, que domine
e le soleil au disque d’or » (v. 232) et où brille la chrysoide des
Constellations ST (cf. p. 165) rappelée ici par le dernier vers
de cette protase : obliquos qua se signorum uerteret ordo, v. 239.
Dans ce contexte signorum désigne évidemment les signes du
zodiaque ; si la chrysoide des Constellations apparaît comme
une chrysoide des signes, elle le doit aux pronostics à lirer des
étoiles : haud obscura cadens mittet tibi signa Bootes, v. 229.
un peu plus
haut, dans la protase TU de notre chrysode, comme nous
le
verrons à l'instant. Quand nous confrontons cette
figuration
composite des enfers avec la tonalité de l'épisod
e final, chargé
de ténèbres parmi lesquelles poindra une lueur d'espoir
, nous
saisissons la richesse de symboles que permettait et que visait
un
pareil éclectisme scientifique. On s'en est déjà rendu
compte
en étudiant la description de la charrue (cf. p. 206)
: chez
Virgile une bizarrerie apparente se révèle à la réflexio
n une
audace dictée par des raisons poétiques supérieures.
Si, dans
son abrégé cosmologique, le poète ne se résout pas
à opter
b. ZONES EXTREMES — On a vu (p. 215) comment le début
(EF) des Travaux évoque le Chien, le Taureau, la Charrue
céleste, le Sillon (Dragon), le Bouvier: sauf le Chien, ces
constellations se situent toutes dans la partie boréale du ciel.
Dans l’allégorie, la pointe du soc représente l'étoile polaire :
Virgile en fait resplendir l'éclat exactement au milieu du
passage EF appelé à représenter la zone boréale: et sulco
entre deux théories divergentes pour figurer la
condition des
enfers, il se ménage par là, pour sa finale, le jeu d'une double
virtualité :
v. 247
lic, ut perhibent, aut intempesta silet nox
semper et obtenta densentur nocte tenebrac,
aut redit a nobis Aurora diemque reducit.
En termes ramassés et insistants (nox... nocte tenebrae
),
cette alternative traduit l'angoisse que respire tout
l'épilogue,
région infernale, d’où l’on appelle, sans trop oser
l'espérer, le
lever d'un nouveau soleil, le jeune Auguste : aut redit... Aurora.
L'étude de l’ensemble César-Soleil a souligné Je parallé
lisme
ie
Pp.
,
ia César de l’Aurore quittant la couche de
Tithon
Quinque tenent caelum zonae : quarum una corusco
semper sole rubens et torrida semper ab igni ;
quam circum extremae dextra laeuaque trahuntur
has inter mediamque duae mortalibus aegris
munere concessae diuom, et uia secta per ambas,
obliquos qua se signorum uerteret ordo.
sublimis
Cosmos. « Sous l’autre pôle, dit Virgile, règne toujours une
les zones terrestres
caerulcae glacie concretae atque imbribus atris
;
l'encadrement du poème : invocation du début et épilogue.
Le poète
(v. 244 ss.).
221
intre,
deDe
attritus splendescere uomer (v. 46 ; cf. pp. 208 s.).
Dans la zone australe, ru, le soleil, visible à l'horizon, et
exoriens et cum se condet in undas, v. 438, semble n'avoir à
prédire qu'autans sinistres, pluies, gréles et noires tempêtes :
imbribus atris, v. 236. Atmosphère toute comparable à celle de
la zone polaire décrite G., III, 356-359 :
Semper hiems, semper spirantes frigora Cauri.
Tum sol patientis haud umquam discutit umbras,
nec cum inuectus equis altum petit aethera, nec cum
praecipitem Oceani rubro lauit aequore currum.
Les zones extrêmes sont qualifiées de caeruleae, v. 236.
A remarquer que cette épithéte riche d'évocation ne reparait
Page 43
View in PDF(opens in a new window)qu’une fois dans le chant, précisément dans sa zone australe,
et encore pour désigner le soleil: caeruleus (sol) pluuiam
denuntiat, v. 453.
s’aplanissani vers les autans ; il reflète les cing zones qui se
partagent la terre. Parmi celles-ci, l'ensemble des deux régions
tempérées (FS et Ar)
ou terre habilable apparait comme
consacré à César par le nombre 333.
c. ZONES TEMPEREES — Les parties FS et Xr se situent entre
la zone torride SX et les deux zones extrémes EF et ru. Elles
correspondent donc a cette terra habitabilis, que sont les deux
zones tempérées. L’espace qu’elles occupent compte TROIS CENT
TRENTE-TROIS vers (154 + 179).
Moitié du nombre merveilleux 666 (triangle de la Grande
Tétractys 363), le nombre 333 n'est autre que le chiffre de
Cesar®t.
Ce rapprochement met en lumière la richesse de sens des
vers 25-28, qui dominent la chrysode des Dieux BCE ; il montre
comme inscrits au filigrane du poème la domination universelle
et le rôle de providence divine offerts à César.
«+ CAESAR.
TERRARVMQVE VELIS CVRAM.
TE
223
L'exorde AE élève nos regards vers la coupole céleste
suspendue au-dessus de la terre. L'épisode final uz évoque les
régions souterraines du Tartare et ses ténèbres éiernelles où
l’on aspire 4 la lumière du soleil.
Les anciens voyaient dans leurs temples des raccourcis de
l'univers. En soumettant son poème à des exigences architectoniques, Virgile ambitionne plus que la réussite d’un simple
tour de force esthétique et mathématique. Sa composition ne
naît pas d'une formule arbitrairement élue : elle obéit à des
vues cosmiques. L'organisation de son œuvre ne réussit pas
simplement à incarner l'harmonie de rapports numériques
;
elle remplira la mission sacrée de tracer en symboles le plan
du monde.
ET
MAXIMVS ORBIS
AVCTOREM FRVGVM (Travaux) TEMPESTATVMOVE POTENTEM (Jours)
VI. — UNE CONCEPTION NOUVELLE
DE LA COMPOSITION
ACCIPIAT
Conclusion :
de
Le corps Eu du premier livre des Géorgigues offre une image
notre monde, au relief escarpé du còté du Septentrion,
63. 10 est triangle de 4 ( = j è j .. ) parce qu'il totalise Jes quatre
premiers nombres. Ainsi 666 est triangle de la Grande Tétractys 36 parce
que
1+2+3+....+ 35 + 36 = 666. (Cf. Théon de Smyrne, Connaissances mathématiques utiles pour la lecture de Platon. XIX. où il décrit
la génération indéfinie des triangulaires.)
« Un siècle après Virgile, l’Apocalyse, par un étrange renversement des
valeurs, fréquent dans l’histoire des croyances, marquait la e Bête» du
nombre 666, retenant du moins et consacrant encore son mystérieux
caractère » (P. Maury, Le secret de Virgile et l'architecture des Bucoliques,
Lettres d’Humanite, III, 1944, p. 115).
Apoc. XIII, 18 : "26s 7 copia dotiv d Ezev voiv wnqiodrw vor dprduóv rod
Onolov" 'APIOMOZ yao "ANOPQITOY four. nai $ agOuôç avrod itaxdoro:
dénnovra EE,
64. 333 forme, comme 666, un
dpiduò;
dvvedvzov : l’accusatif KAÏZAPA
(en usage dans les inscriptions honoraires) = 333, x’ + a + 4 + 0° +
a +e +a
= 333. L’addition des lettres du nom propre sert à désigner
l'homme et constitue son chiffre. Pareille opération relève de la gématric
(terme pris à
l'hébreu)
ou
isopséphie (pour les
Grecs); sous
d’arithmancie cette science formait une branche de
Cf. P. Maury, op. cit. le chiffre de César, pp. 133-144.
la
le nom
divination.
Si déconcertant à première vue, le plan du premier livre des
Géorgiques diffère tout à fait d'une simple juxtaposition de
scènes dont le groupement serait commandé par l'ordre matériel
des sujets ou se justifierait par des transitions logiques. Il ne
s'agit ni d'un traité systématique ni d'un calendrier ; l'analogie
à évoquer ici est celle d’un véritable tableau.
C'est une formule esthétique qui ordonne Jes éléments, et
l’équilibre de l'ensemble est avant tout affaire de proportion ;
il tient au jeu de l'éclairage et du coloris.
Lumière divine du début, ténébres infernales de la fin,
austère ápreté des Travaux, richesse et variété des Jours, tous
ces contrastes de ton et de couleur s’harmonisent dans une seule
vision : la terre s’etalani entre le ciel et les enfers.
Les Premières Géorgiques s'offrent done à notre imagination
comme une peinture qu’on embrasserail d'un seul coup d’ceil® ;
65. Sainte-Beuve, Etude sur Virgile, % éd. p. 102: «Mais je n'aurais
pas dit ce qui est surtout à remarquer ct ce qui donne à ce génie de
Virgile, comme à un degré un peu moindre, je le crois, à celui de Racine.
— comme, dans un autre ordre de productions, au génie de Raphaël. —
son principal caractére ef sa perfection, si je n'insistais dés a présent
sur cette qualité souveraine qui embrasse en elle et unil toutes les autres,
Page 44
View in PDF(opens in a new window)à notre oreille elles se déroulent à la façon d'une symphonie
dont je thème unique est contenu dans ces quatre vers centraux:
v. 240
Mundus, ut ad Scythiam Riphaeasque arduos arcis
consurgit, premitur Libaye deuexus in Austros.
Hic uertex nobis semper sublimis: at illum
sub pedibus Styx atra uidet Manesque profundi.
Comme le Grand Cosmos, ce Cosmos en raccourci obéit à la
loi du Nombreff. Partout la Tétractys, « source et fondement
de la nature éternelle »#. Aux 183 univers enchainés entre
eux dans leur évolution autour de Ja « Plaine de Vérité»,
correspondent autant d’hexamètres groupés de part et d'autre
de la zone lumineuse du chant68, Le nombre 333 consacre à
César la terre habitable.
Enfin deux nombres ceignent tout le poème : par leur total
de 144 vers, foyer (SX) et encadrement (AE et uz) évoquent la
ronde des douze constellations; et les intervalles entre ces
motifs saillants égalent par la somme de leurs vers la somme
des jours compris dans l'année solaire. Ainsi « divisé en parts
bien déterminées », ce Cosmos est régi par le soleil et les douze
constellations :
v. 231
et
que de
CERTIS DIMENSVM PARTIBVS ORBEM
PER DVODENA REGIT MVNDI SOL AVREVS ASTRA.
nos jours
on
est
trop
tenté
d'oublier et
de
méconnaître
:
je veux parler de l'unité de ton et de couleur, de l'harmonie et de la
convenance des parties entre elles de la proportion. »
66. Le Dieu Ordonnateur, x*ooporoös Sess, bAtit également le monde
xaza agıdudr. Cf. Nicomaque de Gerasa, Intr. Arithm., 1, 6, 1 : Ilávsara xasá sezvingy debbodor Und púcros dr rq dou diatstaypéva xata pépos ss xui Sha
paíveras: xatà ap:Üuôr Uno tic apovoías xai rod rà Sha SypsovpyHoartos vod
Siaxexplodas ze xai xexooujodaı.... fra npòs absöv ds Adyoy rzyvixòv dor
tà
obpxavea sara, yodvos, xivnoiz, evpavds, Goroa, ¿Esliyuoi zarroloı,
Dans son Timée, Platon montre le divin Ordonnateur faconnant le
monde à la manière d’un géométre.
67. La chrysode d'ouverture, celle des Dieux, compte 36 vers (cf. p. 159).
Dans les chrysodes des Champs et du Temps, les foyers comptent l'un
6 vers (note fondamentale et racine de la Grande Tétractys; cf. p. 161),
l'autre 18 vers, moitié de 36. Le nombre 144, quatre fois 36,-chiffre les
parties latérales de ces deux grandes chrysodes et de la chrysoide des
Présages; c'est avant tout le total des motifs saillants {exorde, foyer,
épilogue; cf. p. 151) de notre chant. Enfin, le nombre 333 est la moitié
de 666, triangle de la Grande Tétractys.
68. La notion de la « Plaine de Vérité », où résident les exemplaires de
toutes choses (cf. p. 176), peut s'appliquer à la chrysode du
i
inclut l’idée-mère de tout le chant
bry:
e
Cosmos, qui
225
La matière du poème se ramifie organiquement, grâce au
développement par chrysodes.
Est-il besoin d’insister sur l'originalité de ce dispositif ?
De temps immémorial la poésie a connu les strophes :
généralement les strophes se répondent mutuellement comme
des unités de longueur égale juxtaposées les unes aux autres.
Les différentes chrysodes de notre poème constituent autant
d’unités® : i] ne s’en trouve pas deux qui présentent les mêmes
dimensions, mais la même proportion régit leur structure à
toutes; au lieu de se juxpatoser les unes aux autres, elles
s’emboitent les unes dans les autres (par exemple Ja chrysode
des Engrais HJK dans celle de la Terre FHK, et celle-ci dans
celle des Champs ELR). Agencement de type organique plus
accusé : les unités d'un degré reproduisent la structure réalisée
à l'échelon supérieur ; la proportion divine, norme de l'ensemble, mesure chaque partie aux différents niveaux. Egalité de
proportions, souplesse et variété de forme. unité organique
:
la chrysode permet de réaliser en poésie Ja beauté architecturale.
Cette acquisition nouvelle, Virgile la met au service d'une
inspiration également originale. Certes la matière à traiter ne
perdra pas son caractère agronomique; mais, Pythagoricien
dévol autant que fils pieux de Rome, il disposera son œuvre
aux resonances que l’exemplarisme établit entre les plus
humbles réalités et l'ordre universel et il fera de son poème
une glorification de la patrie, maitresse, surtout par la puissance
de Cesar, de Vorbis terrarum. Exploitant la formule de la
chrysode, l'ordonnance de son chant donnera corps à une «idée»
(idea, au sens originel) du Cosmos; la variété d'aspect des
grandes régions du monde, projetant ses reflets sur le livre.
y commandera la distribution des zones. A partir du centre
d'équilibre, la pensée générale se développe en deux directions
mailresses : l'une présentant Je relief abrupt des Travaux,
l’autre la face plus attrayante des Jours. Puis une bifurcation
secondaire donne naissance, sur la branche des Travaux, à la
chrysode de Ja Terre et à celle des Gloires Champétres, et, sur
celle des Jours, à deux autres formations, el ainsi de suite
pour toute la ramure.
69. Comme on a pu le voir, dans chaque chrysode une fonction
unificatrice toute spéciale revient au foyer. Si la chrysode est longue, des
correspondances entre points homologues de ses ailes viennent renforcer
sa cohésion (cf. chap. III).
Page 45
View in PDF(opens in a new window)Au terme de ce développement Je plan de Virgile se trouve
achevé ; le poème est fait, l’artiste n’a plus qu'à l'écrire.
nombre très réduit d’hexameires, mais parfaitement « léchés >»,
selon le mot du poéte lui-même
:
Aeneida prosa prius oratione formatam digestamque in
XII libros particulatim componere instituit, prout libere!
Cum Georgica scriberet, traditur cotidie meditatos mone
plurimos
uersus dictare
solitus ac
per totum
diem
retractando ad paucissimos redigere, non absurde carmen
quidque, et nihil in ordinem arripiens?0,
se more ursae parcre dicens et lambendo demum effingere71.
Pour l’Eneide, le poète traça d’abord en prose un plan ou
canevas. Sans doute Ja longueur de l’épopée réclamait-elle que
cet avant-projet fùt couché par écrit, exigence dont, quand
il s’agit des Premières Géorgiques, la briéveté relative de
l’œuvre pouvait dispenser son auteur. Cela fait, Virgile se mit
à en composer les vers, prenant les divers passages à traiter
« sans autre ordre que celui de son inspiration ».
Pourquoi
n’aurait-il pas usé d’une même liberté dans le travail de
versification des Géorgiques? Parmi les petites scènes qui
attendent le pinceau du maitre — une cinquantaine environ —,
il s’applique à celle qui pour l'instant l’attire davantage. Peutêtre dessine-t-il d’abord les deux ailes d'une petite chrysode
pour former ensuite le foyer qui doit la résumer en la dominant.
Ou bien encore travaille-t-il en même temps deux passages
destinés a se faire pendant, les mettant au diapason l'un de
l’autre par les correspondances de tonalité et de coloris étudiées
plus haut (chapitre III).
Chaque matin, Virgile dictait une grande quantilé de vers
composés de tête ; le jour se passait à travailler ces matériaux
de premier jet. Retouches et eliminalions aboulissaient à un
70. Vitae Vergilianae, ed. J. BRUMMER. Teubner, 1912, p. 6. (Selon toute
vraisemblance, la vie de Virgile atiribuée à Donat est l'œuvre de Suétone :
Donat n'aurait fait que la retoucher. Cf. REIFFERSCHEID, Suetoni reliquiae,
Leipzig, 1860, p. 401.)
L'auteur poursuit : de ne quid impetum moraretur, quaedam inperfecia
transmisit, alia leuissimis uersibus VELYTI FVLSIT, QVOS per iocum pro
227
Comme Virgile sait le rôle dévolu à tel detail dans l'ensemble
de son Cosmos, qu'il en connaît le pendant, les tenants et
aboutissants, qu'il a prévu le ton, Ja couleur, Je relief & jui
donner — car son plan n'était pas un scheme abstrail mais
une ébauche artistique, et toute l'inspiration du peintre n’estelle pas en germe dans son ébauche? — jl peul, sans risquer
de dissonances, le traiter selon son individualité propre? et lui
donner son achévement, un peu comme un poéte moderne
tournerait un sonnet. Mais la structure du sonnet est compliquée; ici, par contre, une exigence fort modesle quant 4 la
forme: la miniature, œuvre d'un jour. devra compiler un
nombre de vers délerminé d'avance. dix, treize, huit, un peu
plus ou un peu moins: c'esl à cette grandeur définitive que
l'artiste
la
réduira:
ac
per
totum
diem
retractando
ad
paucissimos (uersus) redigere.
Ainsi, grâce à sa conception originale de li composition.
Virgile a réalisé et Ja majesté architecturale de l'ensemble et le
fini de la décoration, celui-ci rehaussani de sa perfection l'éclat
de celle-là.
«11 m'a toujours semblé, disail Montaigne. qu'en la poésie
Virgile, Lucréce, Catulle et Horace lienneni de bien loin le
premier rang, et signamment Virgile en ses Géorgiques, que
j'estime le plus accompli ouvrage de la poésie 3 (Essais, L. IT.
ch. X, Des livres).
VII. — MÉSODE ET CHRYSODE
TIBICINIBVS INTERPONI AIEBAT AD SVSTINENDVM OPVS, DONEC SOLIDAE COLVMNAE
Il y a quelques années, M. Paul Maury découvrait dans les
ADVENIRENT. — ¢ Pour ne point perdre son élan, il laissait certains passages
à l’état d’ébauche; pour d'autres il se contentait provisoirement de vers
moins soignés et jouant Je rôle d'étais; c'étaient, disait-il en plaisantant,
comme des piliers de bois glissés là pour porter la construction en cours
en attendant la pose des colonnes définitives.» Le procédé décrit ici
Bucoliques une architecture, dont nous nous permetions de
résumer d’après lui les lignes principales”.
s'indiquait dans le cas d'une épopée de longue haleine telle que l'Énéide,
beaucoup mieux que pour un poème didactique d’étendue limitée, comme
les Géorgiques; rien cependant ne prouve qu'il n’ait pu être employé
dans la préparation de cette œuvre. — Nous soulignons la comparaison
tirée de l'architecture — et donc bien suggestive à nos yeux — que l'auteur
attribuc à Virgile en personne.
71. ld., ibid.
72. Cf. A. CanTauLr, L'art de Virgile dans l'Enéide, 1, pp. 45 5. : e D'après
Suét.-Don., Virgile a écrit PEnéide par fragments el ceci est confirmé
par l'examen du poème
; il est, comme les Géorgiques du reste, un
assemblage de morceaux formant un tout. ayant chucun leur inspiration.
leur couleur, leur individualité. »
73. Le
secret
de
Virgile
et
d'Humanité, III, 1944, pp. 71-147.
l'architecture
Bucoliques,
Lettres
Page 46
View in PDF(opens in a new window)Les neuf premières églogues s’agencent en mésode (chant
centralisé). La cinquième domine toutes les autres à l’instar
de nos foyers de chrysode : le poète y chante le deuil du monde
à la mort de Daphnis, image de César. Sur la tombe du divin
229
Dans toutes les autres bucoliques (sauf la X°), on ne voit que des profils
perdus d'amoureux
et
d’amoureuses,
des
Galatées
qui
fuient
sous
les
saules. Ici, au contraire, le problème est abordé de face. Des traits vifs et
touchants marquent les amours, malheureux toujours, toujours non
partagés, furieux cependani comme les instincts de la lionne et du loup...
pasteur on lit cette épitaphe :
L'HOMME
B., V, 43
Daphnis ego in siluis hinc usque ad sidera notus
X
formosi pecoris custos formosior ipse.
77
Puis dans un débordement de joie admirative, c’est la gloire
de l’apothéose :
B., V, 56
lan LA mol
Candidus insuetum miratur Jimen Olympi
sub pedibusque uidet nubes el sidera Daphnis...
Ipsi laetitia uoces ad sidera iactant
intonsi montes; ipsae iam carmina rupes.
ipsa sonant arbusta : « Deus, deus ille, Menalca ! »...
Vt Baccho Cererique, tibi sic uota quotannis
agricolae facient: damnabis tu quoque uotis.
Les églogues 1, 11, III, IV, nous dirions la protase de la
mésode, dessinent une montée depuis les abimes des servitudes
terrestres jusqu'aux sublimites des révélations mystiques (IVe
églogue) ; après l’églogue-foyer Daphnis (V), point culminant,
autant de degrés s’échelonnent dans l'apodose (VI, VII, VIII, IX),
mais en courbe descendante.
Cette disposition relie entre elles par la symétrie les bucoliques
I et IX, Il et VIII, etc. On s’en souvient : cette ordonnance de
chiasme réglait le jeu des analogies de notre ensemble CésarSoleil et de la chrysoide des Présages (cf. p. 184), ainsi que le
système délicat de correspondances d'une aile à l'autre dans la
chrysode du Temps et dans l'ensemble médian (cf. chapitre II).
Fig.
4.
—
'FaBLE:AUV
D'ENSEMBLE
DE LA DÉCADE BUCOLIQUE
«Les églogues symétriques 1 et IX (épreuves de la terre), dit P. Maury,
se complètent sans se répéter. Dans la Ire se croisent douloureusement
la voix du bonheur un peu égoïste et satisfait de celui dont le foyer ne
sera pas troublé, parce que le Prince lui assure sa terre et sa liberté,
et celle du malheureux exproprié qui s’éloigne dans le crépuscule pour
l'exil] injuste et des contrées inconnues. La IX* églogue évoque la même
catastrophe, prophétisée, 14 (I, 18) par un coup de foudre dans les chênes,
ici (IX, 15) par le cri de la corneille, à gauche, au creux d’une yeuse.
Méme Je crime apparaît ici sans contre-partie, et l’émotion est plus
âpre et plus concentrée. L’étranger est installé sur le petit domaine du
maître, le poète Ménalcas...
«L'amour
est
l’argument
des
deux
églogues
symétriques
11
et
VIII
(épreuves de l'amour). L'amour est une autre épreuve, une autre fatalité
de la vie terrestre, qu'il n'est pas facile d'apprivoiser. Mais à quoi bon
la paix du monde, l’ordre de la cité, la justice, sans la paix du cœur
?
(P. Maunvy. op. dand., p. 1321.
Les fléches indiquent le chemin et
le sens des différentes
du chiffre central.
emanations
€ Les bucoliques 111 ct VII (musiques humaines), continue M. P. Maury,
m’apparurent bien vite situées dans un plan tout différent de celui que
je venais de quitter: celui de la pure musique. Par delà les épreuves
de la terre, par delà les épreuves de l’amour, je pénétrais, me semblait-il,
dans un plus calme empire, sous un ciel rasséréné, dans un âge d’or...
où les seules rivalités désormais sont les compétitions de talent, où la
vertu de l'homme musicien se mesure à la vertu de son chant, où il
retrouve son bonheur perdu et sa vraie vocation dans l’humble instrument
Page 47
View in PDF(opens in a new window)qu'il a façonné d'un peu de cire et de quelques roseaux... L'homogénéité
des deux églogues frappe d'emblée par leur dispositif même. De tout le
recueil elles sont les seules à contenir des chants ameebées, au sens strict
du mot, et les 48 vers du chant de la IIle idylle équilibrent les 48 vers
du chant de la VIF...
« La VIe bucolique, comme la IVe (musiques divines), est une «Théologie»
selon l'expression de Servius, appelée de ce chef à figurer sur le registre
le plus élevé de l’ascension philosophique... La Sibylle annonce l’imminence
de la fin des temps et le prochain rétablissement du règne de Saturne.
Le nouvel Eon naît, le sauveur74, et, à mesure qu'il grandira, s’effaceront
les vestiges de la malice titanique qui souille le cœur de l’homme
:
l'humanité remonte peu à peu la pente vertigineuse et voit luire le
nouvel âge d'or au terme de la conversion cosmique... Le « discours sacré >
du Silène (VI)... dévide la lente et laboricuse genèse qui, du chaos, fit
sortir le cosmos où s’établit la première royauté de Saturne, le premier
Age d'or. Puis, par un mouvement inverse, il évoque la procession
inexorable de l'un au multiple, les désintégrations, les métamorphoses,
les fureurs aberrantes de l’amour entraînant les âmes dans le tourbillon
des apparences. »
il
Après l’enneade formant mésode, vient une dixième églogue :
fallait ce nombre, la décade étant la sainte Tétractys
(cf. note 20). La bucolique finale forme le pendant tragique
de l’eglogue-foyer (V): Daphnis était mort au milieu de la
nature compatissante, mais pour ressusciter glorieusement.
Un amour indigne conduit Gallus 4 sa perte : indigno... Gallus
LES PREMIÈRES GÉORGIQUES, POÈME PYTHAGORICIEN
231
Dans les Bucoliques, pas de section d'or?5,
La loi d'égalité y fera régner l'harmonie.
Pour y découvrir les nombres mystiques, il faudra respecter
la distinction entre églogues majeures et églogues mineures.
Dans les Premières Géorgiques, suivant une règle analogue,
nous dressions séparément le compte des motifs saillants ef
celui des étendues en contre-bas.
°
Les églogues majeures, Daphnis et Gallus, comptent a elles
deux 167 vers (90 + 77), moitié arrondie du nombre de César
333 (cf. note 64).
Quant aux églogues mineures, chacune de leurs deux séries,
montée (I, II, III, IV) et descente (VI, VII, VIII, IX), aligne
333 vers. Les deux ailes totalisent donc 666 vers, triangle de
la Grande Tétractys 36 (cf. note 63).
Le nombre 333 carattérise d’autres groupements encore.
Dans l’ascension spirituelle vers le sommet que représente la
Ve églogue, les deux couples FIX et II-VIII occupent l’étage
inférieur, celui des épreuves de la terre et de l'amour. La somme
de ces quatre bucoliques extrêmes égale 333. Même total pour
les deux paires du palier supérieur, celui de la musique
libératrice et des révélations surnaturelles, 111-VH et IV-VI.
amore peribat, X, 10; la nature souffre avec lui, mais tel est
Parmi toutes les autres symétries numériques dont la fig. 4
donne un aperçu synoptique, relevons, en raison de son
le désespoir du malheureux que Ja poésie et les bois eux-mémes
lui font horreur : nec carmina nobis ipsa placent ; ipsae rursus
concedite, siluae, X, 62 s. L'épilogue des Géorgiques figure les
importance particulière, celle-ci : des deux côtés de la limite
idéale qui sépare la région plus sombre du niveau plus noble,
présence du même nombre 183, celui des univers dont le
ténébres du Tartare ; détresse semblable a la fin des églogues :
=
vaste triangle entoure la « Plaine de Vérité» : Il + VIII
umbra, umbra, umbrae retentissent aux derniéres notes :
183 = HI + VII.
B., X, 75
Surgamus : solet esse grauis cantantibus umbra,
iuniperi grauis umbra; nocent et frugibus umbrae.
Ite domum saturae, nenit Hesperus, ite, capellae.
333. 183. deux nombres rencontrés dans les Premiéres
Géorgiques: le premier consacrant à César les deux zones
tempérées de la terre, le second chiffrant le total des vers
qu'occupent les ailes de l'ensemble médian (cf. p. 222 et
p. 176)76,
Comme éléments de structure, les églogues Daphnis et Gallus
correspondent à nos motifs saillants. M. P. Maury les appelle,
par rapport aux autres idylles, églogues majeures.
75. M. P. Maury parle de nombre d'or, mais sous sa plume ce terme ne
s’entend pas au sens technique. Il signifie simplement nombre mystique,
nombre merveilleux (par exemple 666).
74. Nous
citons tel quel le texte de M. P. Maury; ce faisant, nous
n’entendons formuler aucune profession de foi dans la façon dont l’auteur
qualifie l'enfant
mystérieux, interprétation discutée, comme chacun sait,
et sans grande portée, nous semble-t-il, quant au rôle de la IVe églogue
dans l'architecture des Bucoligues.
76. Pourquoi, se demande M. P. Maury, Virgile a-t-il par deux fois
partagé 333 en 156 et 157 (voir fig. 4). Ne serait-ce point parce que
156 = 144 + 12 el que 177 = 144:+ 33 (notre chrysoide des Presages
compte également 144 + 33 vers; cf. p. 181) ? A noter que le dernier
grand numbre des Bucoliques est 145 (IX + X). La dernière églogue
compte 77 vers, comme notre ensemble final César-Soleil rs.
Page 48
View in PDF(opens in a new window)Cette architecture, M. P. Maury se la représente sous l’aspect
d'un petit sanctuaire pythagoricien : alignées en deux colonnades, les églogues parallèles de la mésode se font vis-à-vis
dans la nef, au centre de laquelle brille le nombre mystique
666. Dans l’abside du temple règne Daphnis (Cesar). On
n'approche du dieu qu'après avoir subi successivement les
épreuves de la terre et celles de l'amour, et s'étre purifié par
la musique et les révélations surnaturelles. Repassant en sens
inverse par les mêmes degrés, on tombe à la sortie de l'édifice
sur le malheureux Gallus, réplique humaine du divin Daphnis.
Dans l’élégante et suggestive découverte de M. P. Maury,
un point risquait de prêter à contestation et aura desservi chez
les critiques la thèse de l’auteur: pour reconstituer dans ses
harmonieuses proportions l’édicule où s’assemblent les églogues il a fallu retoucher légèrement
‚le texte des manuscrits.
Aucun changement n’y a été apporté pour le palier des épreuves
de la terre et de l'amour. Des nombres que fournissent ces
quatre églogues additionnées deux à deux, sont très voisins
ceux qui résultent des mêmes opérations accomplies, au palier
supérieur, sur le texte reçu des Bucoliques. C’est cette proximité
confinant à l'égalité qui fit pressentir à M. P. Maury une
architecture pythagoricienne dont les symétries auraient été
faussées par des erreurs de copiste. L’écart à réduire pour
redresser l'architecture du petit sanctuaire revenait, d'après un
calcul assez simple, à une lacune de trois vers dans la Ille
églogue, à une autre d'un vers dans la VIe et à une interpolation
d'un vers dans la Vile. Argument appréciable en faveur de la
thèse : ces retouches appelées par la mathématique coïncident
avec celles qu'avait préconisées plus d'un philologue pour des
raisons de pure critique textuelle. C’est même ainsi que les
deux lacunes et l’interpolation postulées par le calcul trouvent
où se situer exactement.
Dans la conception architecturale des Premières Géorgiques,
Virgile manifeste tout autre chose que du dédain à l'endroit
de la mystique des nombres: de ce fait la découverte de
M. P Maury reçoit l’appoint d’une confirmation qui pouvait
lui manquer aux yeux de certains critiques.
Comment naquit et prit sa forme définitive l'œuvre pastorale
dont la structure vient d’être esquissée? Question fort complexe
;
nous laissons à de plus expérimentés le soin d'y répondre.
Néanmoins, tout porte à se représenter cette genèse comme
essentiellement différente de celle des Premières Géorgiqu
es.
LES PREMIÈRES GÉORGIQUES, POÈME PYTHAGORICIEN
233
La comparaison des deux architectures fournit à elle seule
‘quelques indications. Ici, suivie d'une églogue finale (X), une
seule mésode : à partir des extrémités (I et IX) de celle-ci. une
montée ininterrompue vers un foyer unique (V). Disposition
extrêmement simple; rien de l'organisation complexe des
Premières Géorgiques, où les chrysodes, unifiées chacune par
son foyer, se hiérarchisent en s’encasirant Jes unes dans les
autres, où la section d'or fixe les limites des plus petits
paragraphes. Une dizaine de vers, lelle est dans ce poéme la
dimension moyenne des éléments derniers de la structure
;
dans le sanctuaire pastoral, les masses composantes. les
églogues, comptent chacune en moyenne quatre-vingts vers.
Aussi, dans l’état actuel des recherches. rien ne prouve que,
comme pour Je premier livre des Géorgiques, la composition
des églogues ait été précédée d'une épure complète et poussée
jusqu'au detail de leur structure interne.
Certes, à un moment donné, Virgile aura dû dresser un pian
général de son petit temple pythagoricien. Peut-être assuma-t-il
dans son projet telle ou telle pastorale composée antérieurement”. Peut-être, sans qu'aucune vue architecturale ait
commandé l'élaboration d'une seule piece, nos dix églogues
préexistérent-elles à Fidée d’une combinaison numériquement
organisée: mais un beau jour. désireux d'édiler un recueil
harmonisé, le poète aurait choisi. parmi un nombre plus
considérable de pastorales, une décade pouvant former mésode,
quitte à équarrir ces bucoliques élues pour les soumettre à
un système de symétries numériques.
Ce disant on ne suggère qu'un ou deux types d'hypothèses
parmi les suppositions fort multiples auxquelles le problème
peut donner lieu. En les énoncant. on tient surtoui à mettre
en garde contre des assimilations trop poussées entre Bucoliques et Géorgiques. Les analogies régnant entre les deux
constructions n’induiront pas à chercher dans l'agencement
des églogues ia conception originale de la composition que
trahit le premier livre des Géorgiques el qui a fait l’objet du
chapitre précédent.
Quand la proportion divine nous apparut dans les Géorgiques,
nous n'avions pas encore l'avantage de soupgonner la découverte
‘77. Nous songeons plus volontiers 4 la IV" églogue qui, selon la thèse
magistrale de M. Jérôme Carcopino. aurait été composée en 40 à l'occasion
de la paix de Brindes. Peut-être les autres idylles furent-clles choisies ou
rédigées en fonction de celle-là.
Page 49
View in PDF(opens in a new window)de M. Paul Maury et nous ne nous étions
pas e
l'étude de la mystique des nombres chez les tung oa
suite,
« l'architecture des Bucoliques »
nous
fut
d'un
très
grand secours: grâce à elle notre attention se porta sur le
foyer astronomique du premier livre des Georgiques, cette piece
centrale jouant un rôle comparable à celui de la Ve églogue :
elle aussi nous fit connaître la Grande Tétractys ainsi que les
nombres mystiques 183 et 333.
UNE ÉNIGME DES BUCOLIQUES?8
Au cours de cette étude (p. 214), on a rappelé telle
des
devinettes échangées par Menalque et Damete dans leur tournoi
de la Ile églogue. Avant cet assaut d’esprit, les deux
bergers
avaient convenu des enjeux, non sans rivaliser déjà d’insinu
ante
finesse. Par manière d’épilogue, on revient volontiers à l'énigme
posée dès lors au lecteur :
MEn. — Verum, id quod multo tute ipse fatebere maius,
35
(insanire libet quoniam tibi) pocula ponam
fagina, caelatum diuini opus Alcimedontis :
lenta quibus torno facili superaddita uitis
diffusos hedera vestit pallente corymbos.
IN MEDIO DVO SIGNA, CONON, ET... QVIS FVIT ALTER.
40
DESCRIPSIT RADIO TOTVM QVI GENTIBVS
ORBEM.
TEMPORA QVAE MESSOR, QVAE CVRVOS ARATOR
HABERET >
Necdum illis labra admoui, sed condita serno.
Dam. — El
Orpheaque in medio posuit, siluasque sequentis.
Necdum illis labra admoui, sed condita seruo.
Il paraît mis sur pied d'égalité avec Conon, astronome et
mathématicien célèbre (v. 40). Serait-ce Archiméde, l’illustre
ami de ce Conon ? ou Aratos ? ou Eudoxe de Cnide (comme le
pense Servius) ? ou peut-être Nigidius Figulus, car « en pendant
du Samjen Conon devait se trouver un Romain, disciple comme
lui de Pythagore?? » ?
Menalque et Daméte, eux, le couvrent de préférence du nom
d’Alcimédon (v. 37 et 44). Ainsi Vémule de Conon, le savant
anonyme, capable d'associer à des leçons d'agronomie toute
une synthèse cosmique, se travestit en artiste ciselant, a la
gloire de la terre, quatre chefs-d'œuvre assortis®; les deux
coupes de Ménalque, ornées « d'une vigne souple, doni les
pampres revétent les grappes de lierre qui s'épanchent hors
du feuillage vert pâle» (v. 38 s.), et celles de Daméte, aux
anses entourées d’une acanthe flexible (v. 45).
Alcimédon, nos deux pasteurs le connaissent bien, car euxmêmes lui doivent le jour. N'est-ce pas Jui qui parle en eux ?
même reparait dans le leur (AAK/MEJONTA
rassemble en anagramme les lettres de MENAAKAN et
Son nom
AAMOITAN).
Conon. le « divin Alcimédon >»... et qui figure sur les coupes
de Daméte ? — « Orphée » (v. 4681) !
Namur. fevrier 1949
Guy LE GRELLE. S. J.
|
nobis idem Alcimedon duo pocula fecit,
et molli circum est ansas amplexus acantho
:
235
45
Quel esi le mystérieux personnage « qui à l’aide
du compas
dessina l'orbe du monde comprenant tous
les peuples, et
marqua les époques qui conviennent au
semeur et au laboureur
courbé sur sa charrue » (v. 40 ss.)
?
79. Cf. Leon Hennmann, Nolules sur les Bucoliques virgiliennes. dans
Les Études Classiques, oct. 1948, p. 371.
38. Les Bucoliques
parurent en
37. A
cette date le premier livre des
Gévrgiques était terminé, Voici à ce sujet
la conclusion de M. Jean Bayer
dans
son
congul
article
sur
d'abord les
Les
Premières
Géorgiques sous
la
Géorgiques
de
forme d'un
poéme de dimensions
Virgile:
¢ Virgile
rele que représente pour nous le premier
chant (moins son prélude :
ve 1-42 de l'édition définitive
; il écrivit ces Premières Géorgiques entre
les années 39 el 37, et, lorsqu'il les intégra dans
son poème fort élargi,
di
vi
tint à leur conserver la couleu
(Revue de Phitot., 1930, p. 188), 0
-
IN
=
AUN NS DA
€
avalt originellement donnée »
ve
D
ee
tnt View a
à:
80. On peut croire que les trois derniéres Géorgiques existaient déjà
en 37 sous forme d'ébauche. Comme les premières, elles atlendront
pour paraître sept ans encore : les coupes sont soigneusement tenues en
réserve par les deux pasteurs. sed condita seruo (v. 43 et 47).
N n'y aurait sans doute pas à s'étonner si leur facture laissait apparaitre
la marque pythagoricienne décelée au premier livre.
81. « Orphée est le pseudonyme sous lequel les Pythagoriciens, faussaires
édifiants, avaient depuis Jongtemps contracté l'habitude, frauduleuse et
dévote, d’abriter leurs propres croyances» (Jérôme Cancivino, Virgile et
le mystère de la IVe églogue. p. 54).