L'alteration de l'ame humaine d'apres Hierocles d'Alexandrie

Author
Aujoulat, N.
Published in
Byzantinoslavica
Year
2003
Subject
SOUL
Language
Français
Category
B7 Hierocles
Archive number
3200

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L’alteration de A . lame humaine RS OUR Vast d’après Hiéroclès d’Alexandrie Noël AUJOULAT (Toulouse) Dans l' Introduction générale à son édition du Commentaire sur le Manuel d’Epictete de Simplicius,! 1. Hanor, s'élevant contre „un accord doctrinal complet, au sujet de l'âme humaine, entre Hiéroclès et Proclus” écrit: „Mais en vérité, cet accord n'existe pas, car Proclus niait la possibilité d'une affection de l'essence de l’äme humaine,? alors qu’Hierocles l’affirmait. C'est un detail de la doctrine d'Hiéroclès que les historiens semblent avoir ignoré jusqu'ici, bien qu'il se trouve clairement exprimé dans son commentaire sur le Carmen aureum.* Avant d'examiner l'opinion d’Hiéroclés au sujet de l’alteration de l'essence de l'âme, il faut définir les notions d'essence et d'âme. Lovoia est „ce qui fait qu’une chose est ce qu’elle est en tant que formant son fond distingué de ses modifications superficielles ou temporaires (accidents)“. Quant à l'âme, d'après le Phèdre de Platon elle est „ce qui se meut soi-même (adrokivnTov), et ce qui se meut soi-même est immortel"? De plus, puisqu'elle se meut elle-même, elle est un principe de mouvement. „Or un principe est chose inengendrée (àpxñ de àyévnrov)“.$ En tant qu'inengendré il est incorruptible (à&iäpBopov); il ne peut ni s'anéantir, ni commencer d'exister.? En résumé, l'essence de l’äme est un principe qui se meut soi-même, immortel et incorruptible. Or, d'après I. Hanor, chez Hiéroclès l'incorruptibilité de l'essence de l’äme parait être mise en doute, puisque cette âme peut mourir. * Le premier texte qu'elle cite pour le prouver* fait partie d'un long exposé sur l'eùfoväia, c'est-à-dire sur la sage délibération de notre âme, ! Simplicius, Commentaire sur le Manuel d'Epictète. Introduction et édition critique du texte grec par Ilsetraut Hadot, Leyden-New-York-Köln 1996. 2 Procl., In Tim., p.340, 14-16, Diehl. 3 4 1 Hanoï, op.cit., p.89. 6 7 Ibid., 245 c. Ibid., 245 d. L. M. MORFAUX, Vocabulaire de la philosophie et des sciences humaines, Paris 1980, s.v. , Essence". Phédr., 245 c. 5 $ Op.cit., p.89. Cf. Hieroclis in Aureum Pythagoreorum Carmen Commentarius, recensuit F. G. Kôhler, Sttutgart 1974, p. 64, 10-15. Cet ouvrage sera désormais désigné par le sigle K.

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qui entraîne la vertu. Suivent les conséquences pour l'âme d'un bon ou pre destruction. Elle se condamne ainsi au néant (ovdéverav)'* après la d'un mauvais choix. mort pour fuir les punitions qu'elle mérite. Le méchant ne veut donc pas Le libre arbitre de l’äme est d’abord clairement affirmé : la nature que son âme soit immortelle ; il se condamne à une mort totale (@avatov raisonnable de l'homme lui permet, en effet, de délibérer, d'exercer un ravreAf) comme si le non-être convenait à l'âme perverse. C'est une choix ; la vie selon la nature humaine conserve l'essence de cette nature erreur de jugement (dfovdia) due à un manque de mesure (Gpetpig).!% (owle: Tv ovoiav amic), mais le choix qui va à l'encontre de ce qu'il Hiéroclès condamne donc formellement l'erreur de jugement qui porte devrait être la corrompt (dtadBeipeı) dans la mesure où cela est possible à souhaiter la corruption de l'essence de l'âme dans le sens de la mort (Ep 6oov olöv Te). I. Hanbor coupe ensuite la phrase suivante et traduit totale, de sa chute dans le néant. C'est une supposition entachée de ainsi le fragment conservé: , Car la corruption de ce qui est immortel est démesure. Mais en véritable Hellène, l'Alexandrin va rétablir l'équilibre la méchanceté (xaxia)”. En fait, la phrase complète: ¢80pa de à@avärou et répondre à la démesure par la mesure. mpàyuatog Kakia, mc àBovAia uñrnp, fv Ékbuyeïv 6 Adyoo napaıvei, Swe Les juges qui règnent dans l'Hadès ne décrètent pas en effet le un pop méinta:, pwpà Se Ta GOAa Kai kakà,” peut être rendue ainsi: non-être de l'áme, mais l'anéantissement de sa méchanceté (rovnpàv un eivoi).!7 Ils ne veulent pas détruire sa vie, puisqu'elle est par nature immortelle, mais le vice qui l’accable. Afin de maintenir dans une juste “Or la corruption de ce qui est immortel est un mal enfanté par l’irréflexion, que le discours sacré nous exhorte à éviter ,afin de ne pas accomplir des actes insensés”; insensées en effet sont les actions pénibles et mauvaises.” La kaxia n'est plus „la méchanceté“ qui corrompt l’äme, mais un mal dû à l'äfoukia. La question de la dégradation de l'âme est placée dans la perspective de son bon ou de son mauvais jugement. mesure (uerpialn)!8 le mal qui est en elle, ils oeuvrent pour la conservation (owtnpig)! de sa nature; ils exigent des chätiments pour ses fautes, chátiments qui lui font changer d'avis (ueravoig).?? Ils effacent ainsi la perversité de l'âme, non pas en retirant son essence même de l'être (oùx Après avoir repris le Vers d'Or 28: ,Dire ou faire des choses insenadrñv Tv ovoiav EEiotävreg Tov elvar), mais au contraire en la ramenant sées (ávónta) est le propre d'un homme malheureux", l'auteur précise dans le plus-être (eig TO eivaı pódMov Evaváyovrec)?! par la purification que c'est des passions qui la souillent. le propre d'un homme inspiré par un mauvais démon (kaxodaipovoc).! 11 faut peut-être donner ici ce sens à cet adjectif en sou- Hiéroclés conclut ce passage en affirmant que l'áme humaine risque venir du démon de Socrate qui se manifestait lorsque ce dernier était sur d'étre précipitée dans le non-étre quand elle se détourne de sa nature, le point de mal agir, ! alors que le mauvais génie de l’homme de rien le mais que, lorsqu'elle revient à elle, elle est ramenée vers sa propre pousse au contraire à mal agir. !? essence et recouvre l’état de pureté (xadapóv To eivaı)?? qu'elle avait D'après ce passage, l'essence de l'âme apparaît donc instable. Selon détruit en le mêlant à ses passions. qu'elle agit bien ou mal, librement et après délibération, cette essence se L'Alexandrin rétablit donc la mesure dans les jugements que l’on conserve, ou se corrompt, autant du moins que cela est possible. En effet, doit porter sur le sort de l'essence de l'âme humaine. Elle ne peut somsi loboia était sujette à une véritable corruption, ce ne serait plus une brer dans le néant, mais elle peut, en se repentantxchanger qualitativeovoia, puisque l'une de ses caractéristiques est d’être incorruptible. ment. Quand elle est troublée par ses passions, elle passe, grâce aux chà- Croire aa corruption totale de l’âme, à sa mort, est le fruit de l'irréflextiments, d’une sorte de non-être dans le plus-être, et recouvre ainsi sa ion (&ßovAia).!? vraie nature. C'est en effet par méconnaissance de sa vraie nature que l’âme, tiraillée par sa conscience, redoute les chatiments de l'Hadès et se réfugie dans le non-étre (eig TO un elvat);'4 elle tachera de guérir un mal par un autre qui l'encouragera dans le vice par la perspective de sa pro- 15 Ibid., 10. 16 Tbid., 10-16. Tout ce passage est probablement inspiré de Platon, Rép., 1, 0K, p. 64, 15-17. 330, dee. 7 Plat., Phèdr., 242 b-c; Apol., 31 d. 18 Ibid., 19. 12 Cf. les démons kaxoepyoi de Porphyre, De l’Abstinence, 1. Il, 1. II, éd. |. Bouffartigue et M. Patillon, Paris C. U. F. 1979, 38-43, p. 104-110. 19 Cf p. 2 et K,, p. 64, 13. 20 K., p. 65, 22. ISK, p. 64, 15. 2! Ibid., 23-24. K., p. 65, 7. 22 Ibid., 29. 11 96 K,, p. 65, 18. Ibid., 18.

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D'ailleurs, dès le début du Commentaire sur les vers d'Or, et à travers cette œuvre, Hiéroclès insiste sur l'obligation de connaître l'ordre régions supérieures et la terre, un àu@ifioc, c'est-à-dire qu'il est apte à vivre dans deux éléments. Selon qu'il se rapproche ou qu'il s'éloigne de eivat);*4 ils sont les images non l'intelligence (vovc), il reçoit en échange, ou non, le sort (An&ıv)?” qui lui est propre. Comme il est le dernier des genres raisonnables, il ne peut, par nature (oùre ... réguke) toujours et de la même manière user de l'intelligence, sinon il serait un dieu par nature, et il ne peut non plus user toujours de l'intelligence, bien qu'il le puisse d'une façon qui ne demeure pas immuable, sinon il serait au rang des Messagers.*° Hiéroclès explicite ici la nature qui est propre à l'homme par rapport aux êtres qui lui sont supérieurs, et même inférieurs, puisqu'il changeantes (un TpenTäç) et non sujettes aux passions (un &unaßeic)2> de dépasse ces derniers par la connaissance discontinue de Dieu qui est la leur créateur. Les âmes humaines, en revanche, les dernières des natures raisonnables sont, à cause de leur inclination au mal, changeantes et passienne. Nous sommes bien près de la notion d'essence de l'âme humaine. L'auteur déclare d’ailleurs que l’homme est inférieur aux êtres sionnelles. supérieurs parce qu'il tombe parfois dans l'ignorance et dans l'oubli de rigoureux (Tä&ıc) selon lequel s’échelonnent les diverses catégories de dieux, depuis le Dieu suprême jusqu’à l'âme humaine, afin de rendre à chacun l'honneur qui lui est dü.?? Cet ordre et cet honneur sont conditionnés par le degré de pureté qui caractérise les essences de tous ces dieux. Après le Dieu démiurge viennent les „dieux immortels". Ils pensent toujours et de la même manière le Dieu qui les a créés ; ils en reçoivent toujours indivisiblement et immuablement (atpémtwc) l'être et le „bien-Etre“ (tò iva xai TO eb L'auteur précise ensuite le statut de l’âme humaine par rapport à son essence (tfG éaurod ovciac), et qu'il est en revanche supérieur aux celle des „dieux immortels". Elle est soumise à des affections (roïc animaux et aux plantes par son essence (xar'odoiav), parce qu'il peut, par nàBeoiv) diverses;”® tantôt elle pense Dieu et recouvre sa dignité propre nature (mebukwc) se retourner vers Dieu et réparer son oubli par la (mv réminiscence (àvauvñoa) et par l'enseignement (G15aokaig).*! Lame ¿aumc Adiav), tantôt elle déchoit. On pourrait alors qualifier les âmes humaines de ,dieux mortels“, car elles meurent parfois au bien humaine paraît donc, d'après ce passage, moins se corrompre que soufvivre divin (mv Oziav edlwiav) quand elles s'éloignent de Dieu et recoufrir d'une maladie causée par l'oubli et par l'ignorance, maladie qui peut vrent cette vie en se retournant (Tp Émorpof) vers lui.?? être guérie par des remèdes appropriés. Le remède suprême c'est, pour Mais en quoi consistent cette mort et cette résurrection de l’äme, en l’essence de l’homme, connaître la disposition (mv Siatativ)*? des êtres principe immortelle? Vivre, pour elle, c'est vivre de la vie divine (Cacat qui composent les genres raisonnables puisque, en définitive, le tov Beiov Piov); mourir, autant qu'il est possible 4 une essence immortelle bien-être", c'est le fait d'exister en possédant le Bien, qui n'est autre que de participer à la fatalité de la mort, ce n'est pas s'élancer dans le non-étre, mais se précipiter hors du „bien-Etre“. En effet, affirme l’Ordre.?? La connaissance est le maitre mot de tout ce passage qui est rythmé par l'emploi réitéré du verbe yv@von.{ péremptoirement Hiéroclés, „la mort d'une essence raisonnable, c'est l'éloignement de Dieu et Pirréflexion (äBeia Kai ävoia).?8 Lame humaine Connaître l’essence de toutes choses, c'est éviter d'espérer l’inesapparaît donc déjà, au début du Commentaire sur les Vers d'Or, comme un pérable.** Si par exemple un homme désire devenir un dieu immortel, être essentiellement changeant, ballotté entre le non-étre, sans l'atteinun héros, un animal ou une plante, il ne connaît pas les bornes fixées par dre jamais, et le ,bien-être“, le , bien-être“ étant la vie divine et le »mal-être", l'ignorance de Dieu, fruit de l’irréflexion. la Nature (roùc 6pouç tig bboewc),?® et il ignore l’immuable tátic de l'u- * A propos du Vers d’Or 52 Hiéroclès, parlant de la Nature qui modéle l'univers apparent sur l'harmonic divine, approfondit son étude de la place de l'homme dans le monde. Il est un milieu (neoörng) entre les 23 K,p. 8, 8-19. 24 Ibid., 22-23. 25 Ibid., 26. 26 Ibid., p. 9, 5. 27 Ibid., 6-10. 28 Ibid., 11-14. * nivers. Il méconnait surtout l’immuabilité (tò dueráfintov) de l'espèce qui est le lot, selon l'essence, de l'âme humaine (rod Kat otoiav drpxovroc Eidoug TH a&vOpwrivy wuxi).37 29 K., p. 95, 3-7. 30 Tbid., 9-13. 31 Ibid., 16-22. 42 Ibid., 27. #4 Cf. N. AUJOUIAT, Le néo-platonisme alexandrin, Hiéroclès d'Alexandrie, Leiden 1986, p.107. 34 35 36 37 K,, p. 95, 25, 27 ; p. 96, 3, 11. K., p. 96, 15-17. Ibid., 19. K., p. 97, 9-10.

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Après avoir précisé les détails de la rigoureuse hiérarchie divine, il a fait ressortir qu'on ne saurait imaginer un changement dans cette ordonnance sans risquer la corruption ($90pac) du tout,?® ce qui ne pourra sursions du domaine sensible. Elle avait donc été qualifiée auparavant à juste titre d'äubifioc.# Ainsi l’äme humaine est fort instable. Tout en demeurant à son rang, entre les êtres intelligents et les êtres dénués de raison, elle traverse le fossé qui les sépare et les met en relation les uns avec les autres empruntant, par imitation, les caractéristiques tantôt des venir tant que la cause première demeurera totalement immuable et sans uns, tantôt des autres, changement. dueràfBanros et ärpentoc.#° renouvelée plus loin pour caractériser la puissance créatrice de Dieu et l'ordonnance du monde. ? Est-ce à dire que son ovcia subit vraiment des altérations Commentant un passage du Timée de Platon, qui enseigne que l'âme dont le corps de chair s'est amenuisé retourne dans l'astre qui lui est Lame humaine, le dernier des êtres raisonnables, fait partie de cette assigné, saine (byuñc) et complète (6\6kAnpoc),#6 Hiéroclès précise qu'elle immuable hiérarchie. Si l'on dit qu'elle devient dieu ou bête, suivant y retourne „saine“ parce qu'elle s’est délivrée comme de maladies de ses passions, „complete“ parce qu’elle a recouvré l'intelligence et la connaissance. Il y a donc bien eu perte, ou du moins diminution d'intensité du voög, quand l'áme était insérée dans un corps, le voög et l'emomun constituant les parties qui lui sont propres.*? L'Alexandrin confirme, un peu Déjà, au début du Commentaire sur les vers d'Or, à propos des dieux immortels, Hiéroclès a fait allusion à Pimmuabilité des êtres supérieurs. On remarquera l'association des deux adjectifs: qu'elle est vertueuse ou vicieuse, par nature (oboe!) elle n'est en fait ni dieu ni bête, mais elle l’est par l’état accidentel de ressemblance (oxéoet Tic Opoiwoews),4! envers l’un et l’autre. Lame peut donc seulement ressembler occasionnellement à un animal ou à un dieu; sa nature, autrement dit son essence, lui interdit d'être véritablement l'un ou l'autre. Il apparaît donc ici que l'âme humaine reste immuable, en ce sens que, dans l'ordre universel, elle ne change pas de rang, elle ne peut devenir ni dieu ni bête, si ce n'est par comparaison. * La question de la tä&ıg de l'âme humaine étant réglée, il faut creuser plus loin, que l'essence de l'homme, placée au milieu (uéon) des êtres qui toujours pensent Dieu et de ceux qui par nature ne le pensent jamais, „peut s'élever vers ceux-là et s’abaisser vers ceux-ci, selon que, par l'acquisition et par la perte de l'intelligence elle s’approprie tour à tour la ressemblance à Dieu ou à la bête à cause du caractère amphibie de sa nature“.?® la notion d'essence de l'homme et examiner les maux qu'elle peut subir: Le fait qu'elle est Sexmix) naßnnatwv*? paraît bien signifier qu'elle n'est pas absolument immuable. ‘Tout d'abord, l'essence de l'homme se situe év ue@opiw,4* à la fron- * Si l'homme tantôt perd ou tantôt recouvre son vobs, c'est parce qu'il le veut bien. Celui qui connaît l'essence de la nature humaine (6 nepi rig àvôpurivnc Éyvwkbc oboiac) sait comment les hommes deviennent, par tiere du vice et de la vertu. M. HARL a précisé que ce mot, d'après les leur libre choix (tai¢ tavrov aipéoea), heureux ou misérables.*? Platon éléments qui le constituent“ désignerait un „no man’s land“, indiquerait que le sujet participe par contact aux deux réalités opposées entre avait depuis longtemps proclamé que ,,chacun est responsable de son choix, la divinité est hors de cause".*% L'homme est ainsi le seul être de lesquelles il se situe“.44 C'est pourquoi l’àvApwrivy oùaia oscille l'univers pouvant dire non à Dieu. De son libre choix dépend l'état de oxéoeoi) en vivant tantôt en son essence. Peut-on dire en ce cas que cette dernière subit une altération quand elle-même choisit librement de dire non ? N'exerce-t-elle pas alors simplement une prérogative qui est sienne dans des limites d’ailleurs strictement tracées ? Platon lui-même a varié au sujet du statut de l'âme. Pour lui, le plus (Emquporepite!) entre ces deux états (Taig haut, de la vie heureuse de l'intelligence, tantôt ici-bas, soumise aux pas- 38K. p.11, 13-15. 39 Tbid., 16-17. 10 K., p. 12, 17, 18; Cf. aussi K., p. 19, 3, 5. 5% fe MUGLER, ZEIE, EXEZIZ et EXHMA chez Platon, dans R.E.G., 70, 1957, souvent elle est enfouie dans un corps comme dans une prison. Il lui faut se délivrer de ce corps et remonter au ciel pour atteindre sa plénitude. p.72-92. 100 42 K., p. 98, 2-3. 44 Ibid., 3. #1 M. Hart, Adam et les deux arbres du paradis (Gen. H-HI) ou l'homme milieu entre deux termes (uécos - peBopros) chez Philon d'Alexandrie pour une histoire de la doctrine du libre arbitre, dans Recherches de Science religieuse, 1. L, 1962, p. 323-324. Voir aussi l'étude du mot méthorios chez Grégoire de Nyssc, par J. DANIÉLOU, L'étre et le temps chez Grégoire de Nysse, Leiden 1970, p. 116-132; cf. surtout p. 116-117. 45 Cf. n. 29. 46 Tim., 44 c. 47 K,, p. 99, 2-6. 48 K, p. 100, 1-6. 49 Ibid., 6-9. Rép. X, 617 e.

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ESCas Mais dans le Timée et dans les Lois, il enseigne que le monde est relié aux idées par l’intermédiaire de l'âme. Plotin a bien su discerner que dans le Timée ,.l’àme est un don de la bonté du démiurge, destiné à mettre l'intelligence dans Punivers, car il faut qu'il ait l'intelligence, mais cela n'est pas possible s'il n’a une âme. C'est pourquoi l'âme de l'univers a été envoyée en lui par Dieu, ainsi que l'âme de chacun de nous, afin que l'univers füt parfait.” Certes Hiéroclès opte pour l'interprétation pessimiste de la présence L'altération de l'âme humaine d'après Hiéroclès d'Alexandrie nelles que sont les vies et les puissances infrarationnelles. Mais ce que l'âme dégage ainsi, ce n'est pas seulement sa substance noétique, c'est aussi la pure essence d'une corporéité qui lui est attachée de façon indissoluble et qui est le point d'insertion ou le germe des enveloppes supplémentaires. Ce corps fondamental est nommé ôxnua (véhicule, appui), d'un mot que le Timée applique aux astres qui portent les âmes des dieux (41 e) et aussi à l'organisme qui soutient la tête (44 e) et le principe immortel de l'homme (69 c)“.5° de l'âme ici-bas. D'après lui, les hommes sont devenus méchants à cause Hiéroclès avait auparavant affirmé dans son Commentaire: , L'essence de leur penchant pour la terre (ünö fg eig yñv veboewg).?? C'est un penraisonnable a reçu un corps qui lui est connaturel (ouudvuës owua) de la chant qui fait partie de leur essence et qui s'exerce même quand l'âme part du démiurge, pour parvenir à l'être, de sorte qu'elle n'est pas un est au ciel et s'efforce de ressembler aux êtres qui lui sont supérieurs. corps elle-même, qu'elle n'est pas sans corps et que toute sa forme L'Alexandrin (tò s'achève en un corps.“?® Tous les êtres doués de raison, comme le soleil napenönevov TH oboig Hudv kakóv) et que ce mal, qui nous est inhérent c'est le mouvement contre la nature du libre arbitre (rod avrefovaiouv)”> par exemple, constituent un tout composé de corporel et d’incorporel, et ces deux parties ont été fabriquées ensemble (ouvônmoupyouuévuv) et naturellement unies en un tout (ovurebuxôtuv) de façon que l'une comqui nous pousse à discuter les règles divines. Le mal est donc connaturel mande et que l'autre obéisse“ 57 dit bien que le mal accompagne notre essence et en même temps acquis (fv Sè ovpdvéc Ana Kai émiermrov fipiv KaKdv) à notre essence, il en fait partie, et en même temps notre libre arbitre L'essence de l'áme est donc à la fois incorporelle et corporelle. Le concourt à son développement. Cependant son origine est bien ancrée (Epiv mv ovvonadov Gua kai oúubuTov), comme l’affırment les Vers d'Or. corporel n'est pas en effet forcément „materiel“. Le corps de l'âme délimite la forme de l’äme; il est au point de jonction du spirituel et du matériel. Voilà pourquoi il est appelé corps étincelant (dwreıvov compa), C'est un mal qui nous est propre et qui nous donne l'illusion de nous ou corps connaturel (ouuduëc opposer a Dieu.54 immatériel, mais qui a des affinités avec la matiere. en nous. Nous avons comme compagne, dès la naissance, la discorde On peut donc conclure, semble-t-il, que lorsqu’Hierocles affirme que * l'âme humaine est äuetäßAnrtog, il veut dire qu'elle ne peut modifier le rang qui est le sien dans l'ordonnance de l’univers; elle ne peut devenir ni un dieu ni un animal. Cependant, comme elle oscille entre la divinité et l’animalité, que le mal lui est connaturel, son essence peut devenir plus ou moins bonne ou mauvaise par son libre choix. Elle est donc à la fois immuable et changeante. compa)’ à lame. Il s'agit d'un corps Pour la perfection de notre ame, affirme Hiéroclés, nous avons besoin de la vérité et de la vertu; pour la purification du corps lumineux (tod adyoadods amparos) nous devons nous dépouiller des souillures de la matière (rov bAIK@v uoÂvou@v) et utiliset pour cela les purifications sacrées,59 c’est-à-dire la théurgie.P% Le corps lumineux, qui fait partie de l'essence de l'áme, rappelons-le, est donc apte à supporter le contact de * * Ces deux propriétés de l'áme humaine peuvent cependant être la matière. Il est le char subtil (Aerróv 6xnua) de notre äme,®! à laquelle il est soumis. tenues pour contradictoires. Elles le sont peut-être moins si l'on examine la fin du Commentaire sur les Vers d'Or consacrée au corps lumineux de 102 l'âme, négligé par I. Habor dans l'introduction de son édition du 53. J. TROUILLARD, Réflexions sur l'OXHMA dans les Eléments de théologie de Proclus, dans R.E.G., 70, 1957, p.104. Commentaire sur le Manuel d’Epictete de Sulpicius. 56 K., p. 110, 22; p. 111, 1-3. J. TROUILLARD a très justement écrit: ,Selon Proclus, la purification #7 K., 111, 7-9. ou remontée de l’âme consiste pour elle à écarter ces tuniques addition- 58 Ibid., 11-12. 59 Ibid., 16-19. 51 60 Sur la théurgie, cf. Dopns, Les Grecs et Virrationnel, Paris 1977, Appendice 11. p. 279-299. Pour Dodds, la théurgie „peut se décrire [...] comme étant la magie Enn. IV, 8, 1. Trad. E. Bréhier. 52 K.,p. 101, 2. #4 K. p. 101, 27; p. 102, 1-3. 54 K,, p. 102, 15-19. appliquée a une fin religieuse et reposant sur une révélation supposée de caractère religieux" (p.289). K., p. 112, 9.

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D'après l'Alexandrin, ce corps lumineux est placé (éyKerta1) dans notre corps de chair, insuffle à ce corps sans âme la vie, et maintient l'harmonie de sa composition.®? „En effet, le corps immatériel (&üAov o@pa) est une sorte de vie et engendre la vie qui est dans la matière“ .6* L'homme terrestre est donc double: il est essence raisonnable (âme et corps immatériel) et animal (vie irraisonnable et corps matériel), la vie quelque sorte (ávafidoxeror TPOTOV mvá).?2 C'est dire qu'il était mort, non raisonnable venant du corps lumineux qui fait partie de l'essence de comme l'âme, quand il était au contact du corps de chair. De plus, il se l'âme. concentre alors en lui-même (ovkéyeron),7* expression que Platon réser- Il faut purifier notre âme raisonnable pour acquérir la vérité et la vertu délibérative (nf Bovaeunkn Apern),6* l’auteur Pa déjà affirmé plusieurs fois. Il est cependant tout à fait remarquable qu'il ajoute que nous sommes ,, naturellement disposés à contempler (Bewpeiv) les choses d'en haut et à ordonner (rártew) celles d'en bas“.6° , L'âme humaine a donc un rôle à jouer dans le monde matériel : elle doit le faire bénéficier, autant que possible, de l'ordonnance du monde divin, thèse que Platon avait déjà développée dans le Timée et dans les Lois, comme on l'a dit plus haut.f6 L'âme humaine ne devrait donc pas priver les choses d’en bas de sa présence bénéfique. Jouit-elle aussi de son libre arbitre si Dieu l'envoie remplir cette mission? La pensée d’Hiéroclés manque ici de cohérence. * Quoi qu'il en soit, d'après l'Alexandrin, notre essence raisonnable doit être purifiée de la déraison (rñç dAoyiac)®7 qui était son lot quand elle s’est précipitée dans la génération. Il faut aussi purifier notre corps lumineux du corps corruptible qui lui est attaché. Que deviendra alors le corps de chair auquel le corps lumineux apporte une sorte de vie et l’orvait à l’äme purifiée qui, pour se mettre à part du corps, „se ramasse sur elle-même en partant de chacun des points de ce corps".74 Il s'ensuit que, si Páme oscille entre l’animalité et la divinité, sans jamais atteindre tout à fait ni l’une ni l’autre, c’est le corps lumineux qui lui est connaturel qui est véritablement en contact avec la matière, c'est-à-dire avec le corps mortel. I] en subit les souillures et protège l'âme de ce rapprochement impur. L'âme impose sa volonté à son corps lumineux ; par un jugement défectueux et par son libre choix, elle cède à l'attrait de la matière et subit un préjudice moral assimilable à sa mort. Quant à son corps spirituel, il est physiquement froissé, si Pon peut dire, par son contact avec la matière voulu par l'âme. Il ne retrouvera son intégrité qu’ „en accompagnant la perfection intellectuelle de l'âme” (ri 7” voepà TEEIOTHT TG puxñc ouvéreTai). Le corps lumineux subordonné à l'âme suit donc l'évolution de cette âme en allant et venant entre la matière et le monde intellectuel. Tout comme l'âme devient moralement meilleure ou pire, le corps psychique devient plus ou moins spirituel ou plus ou moins matériel. Il frôle la matière et l'intellect sans se confondre totalement avec eux. dre divin? Il se décomposera, mais Hiéroclès n'en souffle mot. Il ne se * soucie, pour le moment, que de la purification du corps psychique.(tod Cependant le corps lumineux, bienquiil fasse partie de l'essence de l'âme, agit-il toujours en parfaite harmonie avec elle? Hiéroclès le 4" poxixod owuaroc);68 le corps vital (TO Cwnxóv owua) se séparera donc de la matière et s'envolera vers l'éther.% Tout ce qu'on accomplit alors pour le corps lumineux est conforme aux règles de la vérité et de la vertu.?0 Hiéroclés, on Paura remarqué, tient 4 présent pour le corps lumineux le même langage qu'il employait précédemment pour l’äme 62 104 elle-même. En effet, ajoute-t-il, „les purifications de l'âme raisonnable protègent aussi le char lumineux" (kai Tob abyoetdod¢ 6xñparoc npoun£oùvræ).7! De plus en plus, l'auteur du Commentaire sur les vers d'Or assimile ainsi le corps lumineux de l'âme à l'âme elle-même. Par exemple, une fois dépouillé de ses souillures matérielles, ce corps revit en Ibid., 11-13. 63 fbid., 13-14. 64 Ibid., 22-23. 65 Ibid., 23-24. 66 Cf. p. 102. 67 K,, p. 113, 2-3. 68 Ibid., 6. 6% Ibid., 11-12. 70 Ibid., 14-15. souhaite du moins, lorsqu'il écrit que l'abstinence des nourritures interdites au corps de chair par les Pythagoriciens „doit témoigner du soin que l'on porte à l'éclat (Mg diavyeiac) du char somatique, soin qui convient à l'âme purifiée et délivrée des entraves matérielles”.?6 Donc, celui qui se préoccupe du char de l'âme s'intéresse aussi à l'âme elle-même. D'ailleurs „une telle pratique est confiée au raisonnement critique qui 71° [bid., 16. 72. Ibid., 22. 73. Ibid., 22. 74. Plat., Phédr., 67 c. 75 K., 23-24. 76 K,, p. 115, 3-6. Le char somatique (owparıxöv lumineux, et non le corps de chair. dyna) est bien le corps

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peut dispenser le traitement de l'élément lumineux qui s'accorde avec la * pureté de l'áme”.?? Voila pourquoi, conclut Hierocles, le compositeur des A mesure que le Commentaire sur les Vers d'Or s'achemine vers sa fin, le corps lumineux est de plus en plus traité comme une entité distincte de l’âme proprement dite. Il mérite un traitement spécial pour rejoindre, comme elle, les esprits purs. De même que l'âme sera purifiéc par les sciences et par la dialectique, de même les purifications initiatiques et les disciplines sacrées purifieront et rendront parfait le char spirituel (rveuuankôv 6xnua). Ils le sépareront de la non-vie de la matière et le Vers d'Or assimile le cocher du char de l'âme au jugement : parce qu'il est préposé à l'imitation du bon état (ebtagig) du char. „Il est jugement“ parce qu'il est une puissance raisonnable, ,cocher“ parce qu'il s'attache au corps de l'âme et le gouverne: et l'œil amoureux?8 domine le cocher“.79 L'Alexandrin a été évidemment influencé par le Phédre de Platon qui compare l'âme humaine à un cocher maître de deux chevaux, l'un docile et l'autre rétif.8° Hiéroclès rappelle alors opportunément que l'âme est „une“ (pia wuxi), mais que, comme avec un œil, elle contemple la plaine de vérité. D'autre part, la faculté qui lui tient lieu de mains retient le corps qui lui est connaturel (tó cuvugués copa KaTÉxE) et le fait tourner vers elle-même (kai npög gavriv Emotpädeın) afin que tout entière (6An) elle voie le divin et acquière la ressemblance avec la divinité.#! Bien que l'âme soit „une“, on voit ici que l'œil de l'âme, c’est-à-dire l'intelligence, en émettant un bon jugement, empêche, comme un cocher, le char de l’âme de se précipiter vers la matière. Ce char semble posséder une volonté propre ; du moins c’est lui qui éprouve, dirait-on, cette vebaic, ce penchant pour la matière qui entrainerait toujours l'âme si cette dernière ne le retenait pas et ne le forçait pas à se tourner vers elle. Si l’ovoia de l'âme était dégradée quand le corps psychique cherche à lui faire violence, pourrait-elle le forcer à se retourner vers elle? Ne le suivrait-elle pas plutôt? Mais quand le corps psychique est le plus fort, quand il précipite bon gré mal gré l'âme dans sa chute, comme elle est étouffée dans sa prison de chair, son libre arbitre n’est plus assez puissant pour la propulser vers le haut. La responsabilité de cette chute semble bien incomber au corps lumineux: c'est lui qui subit une profonde altération et qui entraîne l'âme. Tout le travail de cette âme demeurée immuable sous sa gangue de chair va consister, ainsi que l'a dit J. TROUILLARD, nous l'avons vu, à »€carter ces tuniques additionnelles que sont les vies et les puissances infrarationnelles“, et à dégager „la pure essence d'une corporéité qui lui est attachée de façon indissoluble“.#? Quoi qu'il en soit, dire que l'âme tout entière (6An) doit voir le divin kadapóv Trvevpáruv)* c'est-à-dire aux corps lumineux des êtres intelligents situés au-dessus de l'âme humaine. Hiéroclès précise d'ailleurs que, de même qu'il faut orner son âme de connaissance et de vertu pour qu'elle rejoigne les êtres qui sont ainsi parés, de même le corps lumineux doit être apprêté pour devenir pur et immatériel afin qu'il supporte la communauté avec les corps éthérés (iva TV Tov aidepiwv cwLaTwv àvaoynta: Kotvwviav).54 Le terme de Koıvwvia laisse d’ailleurs pressentir que l'union du corps lumineux de l'âme humaine avec les êtres éthérés ne sera qu’une communauté aux liens assez laches entre ses membres plutôt qu'une Evworg qui impliquerait une solide unité et une homogénéité entre les partenaires. De même l'union de l’äme et du corps lumineux pour former un homme tout entier apparaît certes étroite, mais sujette à des variations. Si l'on ne purifie que l'âme en négligeant le corps spirituel, on ne purifie pas l'homme entier.** Les soins appropriés à ce corps ne sauraient non plus suffire pour l’äme.*® Il faut donc soigner et l'âme et le corps lumineux avec les remèdes qui leur sont propres. „La philosophie doit s'unir à l’art des rites sacrés, car cet art est affecté à la purification du corps lumineux“, indéfectiblement subordonné à l'intelligence philosophique.#? La philosophie l'emporte en dignité sur l'art des rites sacrés comme l’äme tient sous sa dépendance le corps lumineux. Ils ne peuvent se passer l'un de l’autre, mais il arrive au corps étincelant d'entraîner, malgré sa subordination, l'âme vers la matière, et l'on peut se demander si ce n'est pas l'essence du corps lumineux, en contact avec le corps de chair, corruptible, qui est changeante, alors que l'âme est suggère qu'une déchirure menace l’âme, ou que du moins une de ses elle-même immuable. parties subissant en Quant à la fin du Commentaire sur les Vers d'Or, elle promet à l'homme dépouillé de son corps mortel le rétablissement dans son premier état et son essence une dégradation demeurée dans son immuabilité spécifique. 106 prépareront à s'unir aux esprits purs (Tüv ite offusque l’autre 77 Ibid., 6-9. 78 Plat. Phèdr., 253 e. #3 K.,p. 116, 21-23; p. 117, 1-5. 79 K,, p. 115, 9-13. #4 K.,p. 117, 7-10. 80 Phédr., 247 b. 82 Ibid., 12-16. BOK. p.115,19-1?. #6 [bid., 16-19. 82 #7 Ibid., 19-23.

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L'âme qui résidera dans l'éther libre à cause de son corps lumineux la déification (deororeiodan) dans la mesure où il peut devenir dieu.8* Comment ce changement d'état, ou plutôt ce retour a l'état primitif, peut-il se produire? x Il se produit parce que l'homme a acquis la vérité et la vertu pour son âme, et pour son char spirituel la pureté,89 parce qu'il s’est unifié à la droite raison, et parce qu'enfin il recouvre l'ensemble de l'organisation divine et l'organisateur de ce tout.” Il est devenu, autant qu'il est possible, ce que sont les êtres qui ne sont jamais tombés dans la génération. Grâce à ses connaissances, il s'est uni au tout et il s'élève jusqu'aupres de Dieu même (kai npög abtov &vayetar tov 6e6v).?! L'homme est donc porté en face (npöc) de la divinité, mais il restera toujours „en sa présence", il ne sera jamais confondu avec elle. Il ne fait que recouvrer son ancien état, car il a toujours été admis que l’äme humaine est de race divine, que l'homme est „une plante céleste“? mais pas de la même façon que les autres divinités.93 Tout d’abord, il séjournera dans un lieu certes divin, qu'il partagera avec les dieux-astres, c'est-à-dire dans l’éther, mais juste sous la lune, au-dessus du lieu occupé par les corps corruptibles et au-dessous de l'espace habité par les êtres célestes, dans ce que les Pythagoriciens appellent l’Ether libre.”* Hiéroclès précise que ce lieu est attribué à l'âme à cause de son corps connaturel.® C’est donc le corps lumineux qui est responsable du statut de l'âme et qui, selon son degré de pureté, fait monter l'âme jusqu'au premier degré du divin, ou la fait descendre jusqu'aux confins de l'animalité. On peut avancer que, sans son corps lumineux, l'âme serait un dieu à part entière. Dans ce cas, l’äme elle-même est-elle muable? On pourrait en douter. Elle peut se tromper en émettant un jugement, mais c'est le corps luffüneux qui subit les effets de cette erreur: il s’alourdit, est recouvert par la matière et ainsi aveugle l'âme prisonniére, mais peut-être inchangée. Cependant, comme le corps lumineux fait partie de l'essence de l'âme, on peut dire que cette dernière est alors altérée. En fait, c’est le corps lumineux qui aurait subi une dégradation. * 88 108 sera ce que les Vers d'Or lui promettent „un dieu immortel semblable aux Dieux immortels dont on a parlé au début de ce poème", mais tout de suite Hiéroclès restreint la portée de cette affirmation: „mais non pourtant un dieu par nature immortel“ (où boc àôävaroc 0eòc)7, dit-il. L' por wuévoc dew est nettement opposée au duoei deóc. Comme l'a remarqué Hubert MERKI, l'ôuoiwaic dew pour Platon n'est jamais définitive; elle exige un effort constant, elle est un but toujours mouvant à atteindre.°* Pour Hiéroclès, la ressemblance à Dieu et la ,divinisation” constituent pratiquement le retour de l'âme à son état antérieur.* Or, dans son état primitif, l'âme fait partie de la suite des dieux, certes, mais de la suite seulement ; elle diffère, par son essence, de ces dieux. Il n'est, pour s'en persuader, que de relire le passage du Phèdre dans lequel Platon décrit la procession des âmes dans le ciel: „Pour les attelages qui portent les Dieux, comme la façon dont ils sont équilibrés les rend faciles à conduire, la montée est aisée. Mais, pour les autres, elle se fait à grand peine: celui des chevaux en effet chez qui il y a de la rétivité appuie pesamment; il tire vers la terre son cocher...*; et c'est alors la bousculade des âmes pour tenter d’apercevoir la réalité, beaucoup sont estropiées, et, tandis que les âmes des dieux se nourrissent du savoir, les autres âmes „s'eloignent sans avoir été initiées à la contemplation de la réalité, et, 100 une fois éloignées, c'est l’Opinion qui fait leur nourriture“. L'homme déifié ne peut être un dieu par nature immortel parce qu'il (tperrróc). „Comment, poursuit Hiéroclès se pourrait-il, en changeant est ne s’est avancé dans la vertu et qui ne s’est donné à la qui ce que effet, un certain temps devint jamais l’égal de ceux qui depuis que déification sont éternellement ce qu'ils sont?“!P! L'opposition entre áró xpövov nvôc et ¿E didiov traduit cette différence essentielle: les dieux sont immuables tandis que les âmes des hommes-peuvent progresser vers la vertu (donc elles changent); elles sont dans le temps, alors que les dieux par nature ne dépendent pas de lui. Il faut bien voir ici que le corps de terre, le corps que l’âme a revêtu lors de son passage sur la terre, laisse une marque indélébile sur son corps lumineux. Le corps lumineux, qui insuffle la vie au corps de terre inanimé doit, dès ici-bas, se libérer le plus possible de l'emprise de la matière. Cependant l'âme humaine, même déifiée, arrivera-t-elle à effacer totalement les séquelles de la maladie K., p. 118, 25-28; p. 119, 1-2. #9 K., p. 119, 14-16. 90 Ibid., 18-20. 91 K,, p. 120, 1-2. Cf. N. AUJOULAT, op.cit., p. 190-191. "2 Plat., Tim., 90 a 7. 96 Le passage qui suit (p. 109-110) est extrait de N. AUOULAT, op.cit., p. 192-193, 07 K. 120, 9-11. % EH MERK!, Ouoivng 9%) H. MERRI, op.cit., p. 27. Oe® von der platonischen Angleichung an Gott zur Gottähnlichkeit bei Gregor von Nyssa, Fribourg in der Schweiz 1952, p. 4. 98 K,, p. 23, 2; 25, 16; 26, 9. 9 K., 120, 3-7. 100 Plat., Phèdr., éd. L. Robin, Paris 1978, (CUF), 247 b, 248 b. %5 Ibid., 2-3. 101 K,, p. 120, 11-13.

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congénitale qui la ronge: son attrait pour la matière, dont elle peut, à si dues à l'action du corps lumineux, qui fait lui-même partie de l'essence grand peine, se guérir? On peut en douter. Elle n'est devenue dieu que de l'âme. par l'ablation de cet attrait qui fait intimement partie de son être, mais Peut-on dire alors que cette essence peut être altérée? Oui et non, la cicatrice subsistera toujours. En effet, nous assure Hiéroclès, à la promesse d'immortalité: “Eoaeat à0avaréc”, l'auteur des Vers d'Or ajoute puisque ces altérations font partie d'elle-même. Le statut de l'âme humaine est très ambigu, puisqu'elle est à la fois divine et quasi la promesse réitérée: “Gufporos, obk Er Ovntdc”;! le ,périssable" et le matérielle, esprit et corps. „mortel“ font partie de l'essence humaine; l'homme impérissable, immortel, complètement divinisé, ne serait plus un homme, il serait dieu; le „divin privilège" de la déification „n’est point inhérent à notre nature ni à notre essence, mais il résulte de nos progrès et de notre développement” (éx npoxonfc, kai kar Emidooıv Emyevonevn).!03 C'est tout le fossé existant entre l’être et le devenir qui sépare l'âme humaine du divin par nature. N'oublions pas que les dieux eux-mêmes seraient corruptibles si la volonté de Dieu ne les maintenait pas dans l’immortalite. L'attrait pour la matière, comme une sorte de péché originel, ternira donc toujours, ne serait-ce qu'imperceptiblement, le corps lumineux de l'áme...* La déification de l'âme humaine est donc une opération contre nature (ur) dboer), non compatible avec son essence (undé Kat’ odoiav), 101 cette âme étant naturellement et essentiellement mortelle, puisqu'elle peut ne plus penser à Dieu et que son corps lumineux tend vers la matière. Par privilège divin, et pour récompenser ses efforts en faveur de la vertu, les conséquences de ses tendances morbides sont temporairement effacées. Il existe donc une autre espèce de dieux: ils sont „immortels“ quand ils montent, „mortels“ quand ils descendent. Il semble que ces dieux * Le Commentaire sur les Vers d'Or s'achève par l'exaltation de la ressemblance avec le Dieu démiurge (i mpòg Tv Snurovpyòv Heöv duordrng).!97 Le terme de „ressemblance“ implique qu'entre deux êtres se manifestent des différences qualitatives alors qu'il existe entre eux des éléments que l'on peut qualifier d’identiques. Hiéroclés classe à nouveau les êtres raisonnables d'après leur ressemblance avec le Démiurge, en insistant sur la durée et sur l'intensité qui caractérisent cette ressemblance, c'est-à-dire, en fait, sur les différences qui existent entre leurs essences particulières. Il souligne également que ces mêmes êtres intelligents peuvent ressembler directement aux dieux suprémes, mais que l'âme humaine, par exemple, doit se régler sur la ressemblance avec le Créateur propre aux êtres du second rang. !°8 Ainsi, le but à atteindre pour cette âme, c'est la ressemblance (önorörng) avec Dieu, mais en passant par la ressemblance (Opoiwoig) avec les deux catégories de dieux qui lui sont supérieures comme par des intermédiaires, le terme d'époiwais impliquant une transformation de l’äme pour obtenir l’önorörng définitive avec le dieu suprême. Mais sa quête pourra-t-elle jamais prendre fin? L'essence de l'âme parait donc subir des changements qualitatifs pour atteindre son plus haut niveau. Cependant - et le Commentaire sur les Vers d'Or va se clore sur cette s'évertuer, une fois de plus, à les maintenir dans l'harmonie universelle, dernière affirmation - nous ne pourrons jamais acquérir une, ressemblance avec Dieu aussi parfaite que celle des catégories de dieux qui nous sont supérieurs. Nous sommes en effet ,restés en arrière” au troisième rang. „Mais cette espèce demeurant la troisième, écrit-il, est 1%. Nous recevons celle que nous pouvons recevoir, qui (árrodevrópevor) rendue semblable à la première tout en étant placée sous celle du correspond à notre nature (xatà bow). Ce qui importe, c'est d'acquérir milieu“.1% La perfection (tedew0év)!0 de cette singulière catégorie la perfection de la vertu (TO TEAEIOV tig àpemg), étant entendu que Pépeth, c'est l’'adaptation parfaite à l'univers qui nous entoure. Cette adaptation, nous l'obtiendrons par la connaissance de la juste dimenn’occupent jamais une place fixe, même après l'octroi de l'immortalité A dl a & Pe È so Sr. e “par la divinité. Hs sont 4 la fois mortels et immortels. Et Hiéroclès va divine consiste donc à bien garder son rang (rátic) dans la hiérarchie des eures, quels que soient ses va-et-vient entre les héros et les animaux. Telle est son essence, et les variations de cette essence, si variations il y a, sont sion, de la juste mesure de notre essence (TO pérpov TÄG ovoiac).!! Cette même vertu nous incite à demeurer dans les bornes fixées par le 102 Cf. Vers d'Or 71; K., p. 120, 15. 110 10% K., p. 120, 16-18. 107 K., p. 121, 1-2. 104 Ibid., 16-17. 108 Thid., 3-11. 105 Tbid., 24-25. 109 Ibid., 11. 106 Ibid., 22. HO Tbid., 13-14.

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Créateur (toig te Tic ônmoupyias Spoic éypéverv).!!! Nous obtiendrons ainsi la sérénité (unte dvoxepaiverv).! !2 Toute chose est donc définitivement remise à sa place à la fin du Commentaire, et les évolutions du corps lumineux sont reléguées à l'arrière-plan. Cet exposé final exprime l'idéal grec par excellence. Un ordre immuable règne dans l'univers. Toute créature, l'âme humaine y compris, est circonscrite dans des bornes qu'elle ne peut franchir. Elle ne peut qu'imiter, rivée à sa place, les êtres qui lui sont supérieurs. Seule l'âme humaine, en poursuivant sa course, évolue de bas en haut entre des limites bien déterminées. Cela fait partie de son essence. On peut donc dire que cette essence peut s’altérer ou s'améliorer - le corps lumineux responsable de ces évolutions constituant un tout avec elle -. Mais comme elle se modifie dans un cadre rigide, et que ses oscillations entre le bien et le mal se poursuivent sans fin, sans qu'elle atteigne jamais le bien ou le mal absolus, vu sous cet aspect, son comportement est toujours le même et elle ne change pas. HU Tbid., 15. "2 Jbid.14.