L'image du globe dans le monde romain

Author
Arnaud, P.
Published in
Melanges de l’Ecole francaise de Rome
Year
1984
Subject
ROM
Language
Français
Category
C11 Cosmology
Archive number
3605

Open PDF(opens in a new window)

Show full text65 pages

Page 1

View in PDF(opens in a new window)
ARNAUD y AR ten| Persée http://www.persee.fr L'image du globe dans le monde romain : Arnaud Pascal Mélanges de l'Ecole française de Rome. Antiquité, Année 1984, Volume 96, Numéro 1 p. 53 - 116 Voir l'article en ligne Avertissement L'éditeur du site « PERSEE » — le Ministère de la jeunesse, de l'éducation nationale et de la recherche, Direction de l'enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothéques et de la documentation — détient la propriété intellectuelle et les droits d'exploitation. A ce titre il est titulaire des droits d'auteur et du droit sui generis du producteur de bases de données sur ce site conformément à la loi n°98-536 du 1er juillet 1998 relative aux bases de données. Les oeuvres reproduites sur le site « PERSEE » sont protégées par les dispositions générales du Code de la propriété intellectuelle. Droits et devoirs des utilisateurs Pour un usage strictement privé, la simple reproduction du contenu de ce site est libre. Pour un usage scientifique ou pédagogique, á des fins de recherches, d'enseignement ou de communication excluant toute exploitation commerciale, la reproduction et la communication au public du contenu de ce site sont autorisées, sous réserve que celles-ci servent d'illustration, ne soient pas substantielles et ne soient pas expressément limitées (plans ou photographies). La mention Le Ministére de la jeunesse, de l'éducation nationale et de la recherche, Direction de l'enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation sur chaque reproduction tirée du site est obligatoire ainsi que le nom de la revue et- lorsqu'ils sont indiqués - le nom de l'auteur et la référence du document reproduit. Toute autre reproduction ou communication au public, intégrale ou substantielle du contenu de ce site, par quelque procédé que ce soit, de l'éditeur original de l'oeuvre, de l'auteur et de ses ayants droit. La reproduction et l'exploitation des photographies et des plans, y compris à des fins commerciales, doivent être autorisés par l'éditeur du site, Le Ministère de la jeunesse, de l'éducation nationale et de la recherche. Direction de l'enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation (voir http:/Awww.sup.adc.education.fr/bib/ ). La source et les crédits devront toujours être mentionnés.

Page 2

View in PDF(opens in a new window)
SCIENCE, ICONOGRAPHIE, SYMBOLIQUE* Uxori suae perfectissimae De tous les symboles produits par le monde romain, le globe est sans doute celui qui aura connu la plus grande faveur, puisqu'il est parvenu comme attribut de la divinité ou de l’empereur jusqu'à l’aube du XX: siè* Principales abréviations : 1 Aquilée = G. SENA CHIESA, Gemme del Museo nazionale di Aquileia, Padoue, 1966. 2 Ashmolean Mus. = C.H. V. SUTHERLAND et C. M. Kraay, Catalogue of the Roman Coins in the Ashmolean Museum, Oxford. I, Augustus, Oxford, 1975. 3 B.M.C. = Coins of the Roman Empire in the British Museum, par H. MATTINGLY, puis R. A. G. Carson, I, Londres, 1923. 4 B.M.C. Paphlagonia = British Museum, Catalogue of Greek coins, 29 vol., 18731927 (réimpr. Bologne, 1963-1965); le nom de la région renvoie au classement topographique utilisé par l'ouvrage. 5 B.M.C.R. = H. A. GRUEBER, Coins of the Roman Republic in the British Museum, 3 vol., Londres, 1910, réimp. Londres, 1970. 6 CAVEDONI, Ann. = ibid., Dichiarazione di alcuni tipi di medaglie di famiglie romane, dans Annali dell’Instit. di Corrisp. arch., 11, 1839, p. 292-321. 7 CAVEDONI, Bull. = C. Cavedoni, Forma del globo terrestre presso i Romani, dans Bull. dell’Instit. di Corrisp. arch., 11, 1839, p. 156-158. 8 Courtauld Coll. = T.F.CARNEY, A catalogue of the Roman and related foreign Coins in the Collection of Sir Stephen Courtauld at the University College of Rhodesia and Nyasaland, Salisbury, 1963. 9 CRAWFORD = M. H. CRAWFORD, The Coinage of the Roman Republic, 2 vol., Cambridge, 1974. 10 FURTWÄNGLER, Berschreibung... = A. FURTWANGLER, Beschreibung der geschnittenen Steine in Antiquarium, Berlin, 1896. 11 Genève = M. L. VOLLENWEIDER, Catalogue raisonné des sceaux, cylindres, intailles et camées du Musée national de Genéve, II, Genéve, 1979. 12 GIARD = J. B. GIARD, Bibl. Nat., Cabinet des Médailles : catalogue des monnaies de l'empire romain. I: Auguste, Paris, 1976. 13 GNECCHI = F. GNECCHI, J medaglioni romani, Bologne, 1968 (réimp. de l'édit. de Milan, 1912). 14 GRANT, F.I.T.A. = M. GRANT, From Imperium to Auctoritas; a historical Study of the Aes Coinage of the Roman Empire, 49 B.C.A.D. 14, Cambridge, 1946. 15 Hanovre, Hambourg = M. SCHLÜTER, G. PLATZ-HORSTER et P. ZAZOFF, Antike GemMEFRA- 96 - 1984 - 1, p. 53-116.

Page 3

View in PDF(opens in a new window)
cle, en particulier sous la forme du Reichsapfel; nous le percevons intuitivement aujourd’hui comme globe terrestre, car notre culture nous a habitués à reconnaître dans le globe l'image de la Terre. Nous connaissons d'autres corps sphériques, du moins théoriquement, mais il ne viendra a l’idée de personne qu'un globe peut représenter la lune, dont nous savons par ailleurs que la forme est la même que celle de notre planéte. C'est qu’au-delä des découvertes de la science et de leur diffusion, les notions Terre et Lune passent par la médiation de l’iconographie, qui impose des représentations: la Terre comme un globe, le soleil comme un disque rayonnant, la lune sous forme de croissant, Saturne entourée d'un anneau... | Ces constatations fort étrangères à l'Antiquité dans leur principe nous ont incité à aborder un problème déjà maintes fois traité: quel sens accorder à l’image du globe dans l’iconographie romaine? On sait en effet que l'antiquité a élaboré deux types d'objets scientifiques sphériques : les cpaipoi, ou sphères célestes, et les globes terrestres. L’effort de l'essentiel des commentateurs, allemands pour la plupart, s'est concenmen in deutschen Sammlungen : Bd. IV, Hannover Kestner-Museum, Hamburg, Museum für Kunst und Gewerbe, Wiesbaden, 1975, 2 vol. 16 KENT = J. P. C. KENT, Roman Coins, Londres, 1978. 17 L.R.B.C = R.A. G. Carson, P. V. Hur et J. P. C. Kent, Late Roman Bronze Coinage, A.D. 324-498, Londres, 1962. 18 La Haye = M. MAASKANT-KLEIBRINK, Catalogue of the engraved gems in the Royal Cabinet, The Hague, Wiesbaden, 1978. 19 Munich = E. BRANDT et E. SCHMIDT, Antike Gemmen in deutschen Sammlungen, Bd. 1 : Staatliche Miinzsammlung München, vol. II et III, Munich, 1970-1972. 20 R.I.C = The Roman Imperial Coinage, 9 vol. publiés, Londres, 1923-, réimp. 1963-. 21 R.I.C.H.C.C = A.S. ROBERTSON, Roman Imperial Coins in the Hunter Coin Cabinet, Glasgow, 4 vol., Glasgow, 1962-1978; le cinquième volume est encore à paraître. 22 RICHTER (1920) = G. M. A. RICHTER, Catalogue of Engraved Gems of the Classical Style, Metropolitan Museum, New-York, 1920. 23 RICHTER (1956) = G. M. A. RICHTER, Catalogue of Engraved Gems, Greek, Etruscan and Roman, Metropolitan Museum, Rome, 1956. 24 RICHTER, Greek Portraits, IV = G. M. A. RICHTER, Greek Portraits, IV: Iconographical Studies : a Few Suggestions (Latomus, 54) Bruxelles, 1962. 25 R.R.C = E. A. SYDENHAM, The Coinage of the Roman Republic, Londres, 1952. 26 S.N.G. = Sylloge nummorum Graecorum: Copenhague, Copenhague, 1952-, 34 vol., B. Berry, New-York, 1961-62, 2. vol. 27 Vienne = E. ZWIEERLTEIN-DIEHL, Die antike Gemmen des Kunsthistorischen Museums in Wien, Munich, 1973. 1Cf. C. CAVEDONI, Bull., p. 156 sq., Ann. p. 300 sq.; K. MILLER, Mappae Mundi, t. III, Stuttgart 1895, ch. XVI «Die Darstellung der Erde auf Münzen»; M. FIoRINI

Page 4

View in PDF(opens in a new window)
tré sur les possibilités de distinguer, dans l’iconographie, les deux types d’objets de facon certaine. Ces entreprises se fondaient sur deux sortes d'arguments assez dangereux à manipuler: d'une part l’utilisation des données de la géographie et de l'astronomie scientifiques, de l’autre l’appel à la Weltherrschaft impériale; or cette traduction allemande du terme hellénistique de Cosmocrator a largement perverti le sens du terme grec en le réduisant à la notion d'empire mondial, vision qui se trouve de plus en plus précisément contestée? et qui a conduit plus d’un commentateur à poser comme postulat, au nom du sens et de la logique?, que le globe impérial ne pouvait être que l'image de la Terre conquise. C’est inverser l’ordre des opérations que de procéder de la sorte: la question du sens des scènes représentées ne peut et ne doit en effet être posée qu'une fois résolue celle de la nature du globe. Inversement, on peut s'interroger sur la pertinence d’une utilisation «impérialiste» du globe terrestre dans le monde romain, sachant que jamais les ambitions d’un souverain ne dépassent les Terres habitées ou l'Océan qui les entoure et que lorsque l'on évoque l'hypothèse — controversée — de l'existence d’autres mondes, il ne fait aucun doute pour personne qu'il soit impossible d'atteindre, par quelque moyen que ce soit, ces autres terres habitées‘: le globe teret GÜNTHER, Erd-und Himmelsgloben, ihre Geschichte und Konstruktion, Leipzig, 1895; M. Fiorini, Sfere terrestri e celesti di autore italiano oppure fatte o conservate in Italia, Rome, 1898; G. THIELE, Antike Himmelsbilder, Berlin, 1898; A. SCHLACHTER et F. GISINGER, Der Globus, seine Entstehung und Verwendung in der Antike (ETOIXEIA, 8), Berlin, 1927; A. ALFOLDI, Insignen und Tracht der römischen Kaiser dans M.D.A.I.(R), 50, 1935, p. 117 sq.; J. Voct, Orbis, Ausgewälte Schriften zur Geschichte des Altertums, Fribourg en-B., 1960, ch. 7 «Orbis Romanus», p. 151 sq. (il s'agit en réalité d'un article publié en 1929); plus récemment, P. E. SCHRAMM, Sphaira, Globus, Reichsapfel, Stuttgart, 1958, p. 7-57; T. HÔLSCHER, Victoria Romana, Mayence, 1967, p. 41 sq.; G. TABARRONI, Sfere celesti sulle monete romane, dans Coelum, 26, 1956, p. 7-16; Ip. Globi celesti e terrestri sulle monete romane, dans Physis, 7, 1965, p. 317-353. Cette liste n'est pas exhaustive et ne comprend que les développements consacrés à la question; de nombreux auteurs ont par ailleurs pris position, 4 diverses occasions, en faveur de telle ou telle interprétation dans tel domaine précis. 2 Cette vision, qui est celle de Vogt, loc. cit. a été bien critiquée par M. L. VorLENWEIDER, Un symbole des buts politiques de César, dans Genava, 18, 1970, p. 49 sq.; l'idée de l'empire cosmique du prince plutôt que de son pouvoir universel a été plus souvent le fait de spécialistes de l'iconographie, comme l'Orange, que des textes, qui nous renvoient plus souvent à un pouvoir terrestre. 3G. Tabarroni (1965, p. 342) juge impossible l’association de la victoire et du globe céleste. ‘Le plus représentatif de ces conceptions est sans aucun doute une texte de Sénéque le Rhéteur (Suas. 1.10), citant Fabianus: « Diuisit enim illam sic ut primum negaret ullas in Oceano aut trans Oceanum esse terras habitabiles. Deinde: si

Page 5

View in PDF(opens in a new window)
restre, symbole planétaire, n'a donc, même dans l'éventualité du sens territorial de la Weltherrschaft, que fort peu de sens. De même, d’un point de vue étroitement géographique et astronomique, il n'est pas certain que les modèles élaborés par la science grecque aient été assez diffusés et intégrés à l'édifice culturel du monde romain pour être exactement reproduits et compris, surtout sur des objets d’aussi petite dimension que des monnaies ou des intailles5; ces objets ne sont pas de nature scientifique, et il est délicat d'en rendre compte par la essent, perueniri ad illas non posse; hic difficultatem nauigationis, ignoti maris naturam non patientem nauigationis». La présence d'un Océan infranchissable et la traversée, dans l’hypothése d'une extension australe du continent africain, d’une zone torride impropre 4 la vie, rendent cette entreprise impossible; sur ce point ef. Cic. Rep. VI. XIX 20. : « Vides habitari in terra raris et angustis in locis et in ipsis quasi maculis ubi habitatur uastas solitudines interiectas eosque qui incolunt terram non modo interruptos ita esse ut nihil inter ipsos ab aliis ad alios manere possit...» et sur les barrières naturelles imposées 4 la conquéte, ibid. VI. XX. 22. Cicéron distingue bien Terra de notae cultaeque terrae, la planète de l'Œcumène. D’aprés Plutarque (César, 23.3) la possibilité de l'existence de la Bretagne était contestée; elle le sera trés longtemps en des termes variables: il était en effet inadmissible pour certains qu'il pit se trouver des îles habitées dans l'Océan; de la deux types de théories: nier son existence en la reléguant au chapitre des fables ou la supposer rattachée par le nord au continent européen. De fait, pour Plutarque, César conduit les armes romaines &€ tfjg oikouuévnc. C'est un cas unique de conquête au-delà des limites traditionnelles du monde habité, et, géographiquement, il reste limité à la traversée du Channel: on suppose les résistances théoriques que pouvait susciter l'idée d'une navigation de l'Océan extérieur jusqu'à de nouveaux mondes... On a parfois invoqué un texte d’Isidore de Séville, Etym. XVIII, 3, «pilam in signo constituisse fertur Augustus, propter nationes sibi cuncto in orbe subiectas ut malus figuram orbis ostenderet »; il s'agit d'une glose médiévale du symbole, qui se spécialise alors comme symbole de pouvoir, au méme titre que la mappemonde; dès le Haut Moyen Age les différents types de sphéres sont confondus (cf. SCHRAMM., op. cit., p. 55 sq.), dans le sens de Reichsapfel; elles ne désignent plus alors ni la Terre, ni le ciel, mais le pouvoir du monarque, alors qu’au Bas-Empire encore, Ammien (XXV. 10. 2) conservait le souvenir trés précis de sa nature céleste, tout comme les monnaies de Constantin (cf. Annexe I). Chez Suidas (s. v. lovotiviavos), le globe impérial de Justinien désigne la Terre... Un glissement de sens s'opère, qu'il semble possible de dater de l'apparition d’un nouveau symbole, le globe crucigère, vers 420; cette transition ne s'est pourtant effectuée que progressivement, et nous trouvons encore, au début du Ve siècle, des globes nicéphores constellés. 5 Certains globes des monnaies de Jules César n'excèdent pas 2 mm de diamétre. Il est donc clair que lorsque l'on aura voulu représenter la sphére, même si l’on est, comme c'est probable, passé jusqu'à un certain point par la médiation des modèles élaborés par les savants, un tri des éléments jugés représentatifs de ces objets a été nécessaire pour les inscrire dans un espace aussi restreint.

Page 6

View in PDF(opens in a new window)
science qui pourra néanmoins nous suggérer des comparaisons plus propres a mettre en évidence la particularité des objets étudiés que leur réduction aux modèles des savants. On a donc cru bon de modifier la question de départ et la méthode d'investigation : plutôt que de chercher quels décors permettent de distinguer un globe terrestre d’une sphère céleste, on se demandera si le globe, quels que soient ces décors, n’a pas une signification unique et permanente: le grand Tout, l'Univers sphérique. Le fait qu’existent des globes lisses, dépourvus de tout décor, sur des objets assez grands pour que l'on pût y faire figurer les éléments distinctifs de l’une ou l’autre espèces et sur l'essentiel des monnaies, où le globe se réduit à un point, invite à penser que tous les globes ne désignent qu'une seule et même réalité; or, les seuls globes dont l'identité peut être reconnue a coup sûr sont les globes célestes lorsqu'ils portent, comme c'est souvent le cas, l'image de corps célestes à leur surface’; on est d'autant plus tenté d’assimiler l’ensemble des globes à des sphères célestes que les décors que l'on retrouve sur les globes parsemés d'étoiles sont les mêmes que ceux que nous retrouvons sur les autres globes®. Les seules représentations de globes que nous ait livrées l’art grec, et elles sont peu nombreuses, désignent sans ambiguïté la sphère céleste”, et toute une série de globes totalement 6 Curieusement, les plus grands globes, lorsqu'il ne sont pas ornés d'étoiles et de signes du Zodiaque, sont moins décorés que ceux des monnaies et des intailles; de facon générale, les décors sont plus fréquents sur les reliefs que sur la rondebosse: ne serait-ce pas qu'ils ont pour fonction de distinguer non les globes entre eux, mais les globes d’autres objets avec lesquels ils pourraient étre confondus, comme des boucliers, fruits ou autres? Le probléme se pose assez réguliérement pour les intailles, où, lorsque ces détails décoratifs n’apparaissent pas, nous n’avons jamais la certitude d'être bien en face d’un globe. 1 Cf. infra, p. 104 sq.; la plupart des commentateurs, comme Vogt et Tabarroni, ont exigé de la sphére céleste des preuves qu’ils n’ont pas exigées du globe terrestre: on a ainsi classé comme globe terrestre tout ce qui ne se révèle pas immédiatement céleste... ® Lorsque les dimensions de l’objet diminuent, par exemple lorsque l'on passe d’un sesterce à un denier, les images stellaires qui ornaient un globe vont disparaitre; les lignes tracées sur le globe restent pourtant les mémes (cf. B. M. C. Antoninus Pius n° 214, AR, COHEN n° 464, Æ); si l'on applique la méthode de J. Vogt, il faudrait les considérer comme des globes de nature différente. 9Ce sont: une monnaie d’Uranopolis, du début du IV: siècle av. J.-C. (cf. SCHLACHTER, op. cit., pl. I. 21), qui représente Aphrodite Urania assise sur le globe, la mosaique des Sept sages de Torre Annunziata, conservée au Musée national de Naples (cf. K. SCHEFFOLD, Die Bildnisse der antike Dichter, Redner und Denker, Bale, 1943, p. 154 et O. BRENDEL, Simbolik der Kugel, dans M.D.A.I.(R), 51, 1936, p. 1 sq.),

Page 7

View in PDF(opens in a new window)
dépourvus du moindre décor la représentent sans le moindre doute possible 10. Ces constatations de départ méritaient une vérification expérimentale a l'aide d'une méthode propre; pour cela, il fallait, afin d’obtenir une typologie significative, élargir le corpus des objets étudiés et quitter le champ exclusif de la numismatique''; ce matériel, qui a pour pour principal avantage d'être parfaitement daté devait pourtant rester l'objet d’une attention particulière, l'étude des grandes collections publiques et des catalogues de vente permettant de mettre en évidence la présence éventuelle de globes de types différents sur une même émission monétaites Cet élargissement a permis d’élaborer une typologie qui semble relativement exhaustive en comparaison des études précédentes et porte sur un nombre d’objets suffisant pour esquisser un tableau quantitatif des types et de leur répartition dans le temps‘. qui, d’après Scheffold, remonterait à un original du III: siècle av. J.-C. Une monnaie de Domitia (B.M.C. Domitian n° 63) remonte certainement à une représentation grecque de l'enfance de Zeus; cf. infra p. 96.. 10 Cf. une mosaïque de la villa Albani, traitant le même sujet que celle de Torre Annunziata (O. BRENDEL, art. cit, p. 5, fig. 2); J. Gack, Basileia, Paris, 1968, p. 49, identifie la sphére portée par le personnage en costume oriental du Grand Camée de Paris comme la Sphaira des astronomes et des astrologues offerte par le Verseau-Ganyméde à Germanicus. Strabon considère (I. 1. 21. C. 13) que le connaissance des cercles de la sphére céleste est universelle: il n'est personne, dit-il, qui dans sa vie n'ait vu de sphère céleste; la connaissance des cercles variables, horizon et cercles arctiques, toujours selon son témoignage, étaient l'objet des cours élémentaires de mathématiques. Il semble donc évident que la sphère-objet a connu une diffusion sans rapport avec celle du globe terrestre de Cratès de Mallos, et que cette familiarité des Anciens avec les modèles sphériques du ciel a largement contribué à assurer le triomphe du globe céleste sur un globe terrestre peu reproduit isolément et parfois même contesté. 11 Cavedoni, Miller, Vogt et Tabarroni ont ulitisé exclusivement ce matériel, mais de façon très superficielle et lacunaire, et s'en sont tenus au matériel le mieux connu des collectionneurs; on trouve sur des intailles, par ex., des décors jusqu'à présent inédits... 12 Les deniers de Pomponius Musa, pour lesquels Tabarroni envisageait, sans aucun fondement numismatique, toute une série de restitutions ultérieures conformes à sa vision progressiste du développement scientifique des globes dans le monde romain, nous donnent un panorama assez complet des types de décors rencontrés: Tabarroni ne disposait pas d'exemplaires assez bien conservés pour exploiter cette série qu'il a abondamment commentée. 13 Cf. Tableau 1; on peut voir que l'hypothèse élaborée par Tabarroni d'une succession linéaire des divers types et d’une amélioration qualitative des représen-

Page 8

View in PDF(opens in a new window)
Pour définir objectivement l’équivalence des types de globes entre eux, on a posé deux règles: deux décors identiques définissent deux globes de sens identique, et deux décors différents dans un contexte iconographique invariable auront également un même sens. En prenant pour point de départ des globes identifiés soit par leur contexte, soit par leur décor stellaire 4, on peut par une simple série de relations transitives, et sans faire intervenir les données scientifiques, déterminer la nature de ces globes. L'analyse symbolique et scientifique peuvent pourtant nous permettre d'expliquer les formes ainsi obtenues, à condition de ne pas se laisser induire en erreur par certaines légendes accompagnant les monnaies, qui ne commentent pas de la façon que l’on a parfois supposée la scène représentée !5, et d'avoir au préalable examiné les représentations de globes susceptibles de renvoyer aux sphères des savants; on y trouvera deux types d'intérêt : saisir les rapports de nos globes à ces modèles scientifiques, dont l'identité — mais non l'aspect — nous et connue, et peutêtre proposer des éléments de réponse à quelques-uns des problèmes épineux qui ont trait à la sphéropée: celui du support de la sphère et celui des sphères armillaires planétaires. LES MODÈLES SCIENTIFIQUES: SPHÈRES CÉLESTES ET GLOBES TERRESTRES Les plus anciennement attestés des modèles réduits construits par des savants et philosophes pour soutenir le raisonnement et servir à l’entations du monde avec le passage, sous César et Auguste, l'âge d'or du classicisme romain, d'une vision de l’orbis insulaire à celle du globe de Cratès, suivie d'une lente décadence vers les ténèbres du Moyen Age, ne tient pas; tous les types sont attestés dès le milieu du Ie s. av. J.-C. et tendent à perdurer; ceci n'empêche en rien tel ou tel type d'être plutôt caractéristique d’une période que d’une autre. 14 On sait, par exemple, que le globe d’Uranie, ou celui qui accompagne un astronome sont toujours des globes célestes; certains ont parfois tenté, comme Tabarroni de nier que les étoiles représentées sur certains globes en fussent réellement. La comparaison avec d'autres documents du même type, qu’ignorait cet auteur, montre que les étoiles ne sont pas des fleurs, comme il le laissait entendre, et que représenter Italia sur un globe céleste n'est ni un non-sens, ni une aberration, mais la norme; cf. infra, p. 109. 15 Par exemple les légendes RESTITUTOR ORBIS, RECTOR ORBIS, CONSERVATOR ORBIS TERRARUM, qui ont été considérées par Miller, entre autres, comme des indications de la nature du globe, ne sont que des titres accordés à l’un des personnages représentés sur la monnaie, et dont le globe peut être l’attribut normal, en dehors même de cette titulature; cf. T. HÔLSCHER, op. cit., p. 42-44, infra p. 108.

Page 9

View in PDF(opens in a new window)
seignement sont les globes célestes, les spalpaı. Ce symbole restera pendant la durée du monde romain attaché à l’iconographie des Sages et des Astronomes !é. Si nous abandonnons un instant le terrain de l’iconographie pour celui de la théorie scientifique et de son expérimentation, nous disposons d'une documentation assez abondante et bien étudiée qui, sans résoudre tous les problèmes”, nous permet de retracer assez précisément l’histoire de la sphéropée!8 et ses grandes espèces. On peut distinguer trois types de sphères célestes: les sphères pleines, les sphères creuses, ou armillaires, et les planétaires, fixes ou animées 1°, qui permettaient à l'œil de percevoir l’etagement des orbites planétaires à l'intérieur du volume de la sphère du caelum. C'est à Thalès que la tradition attribue l'invention de la première sphère céleste, sphère pleine qui aurait porté à sa surface les cinq cercles fondamentaux qui divisaient le ciel. C'est encore une sphère céleste, plutôt que, comme certains l'ont cru, un globe terrestre, dont Anaximandre fut l'auteur. Eudoxe, le premier, aurait porté à la surface de cette sphère les images symboliques des constellations, qui, comme nous le rappelle 16 On le retrouve comme symbole des Sept Sages, comme sur les deux mosaiques citées plus haut; cf. O. BRENDEL, loc. cit., et SCHLACHTER, p. 58-61 et pl. II n° 40, 42-44, 46, 49, 51. Cf. aussi infra, p. 72, la mosaïque de l’île de Wight et une pierre tombale d'Istanbul (= O. BRENDEL, op. cit., p. 18 sq. fig. 5 et 6). 17 Nous ignorons tout de leur diffusion exacte et de l'aspect matériel de ces objets, qui n'ont jamais été retrouvés en fouille, malgré la présence presque certaine de pièces métalliques dans leur structure. Quelques représentations figurées peuvent nous aider à nous en faire une idée. 18 La question a été bien étudiée par G. Ausac, La sphéropée, ou la mécanique au service de la découverte du monde, dans R.H.S., 23, 1970, p. 93 sq.; L'image du globe terrestre dans la Grèce ancienne, dans R.H.S., 27, 1974, p. 193 sq.; Sphérique et sphéropée en Grèce ancienne, dans Historia Mathematica, 3, 1976, p. 441 sq.; Le ciel des fixes et ses représentations en Grèce ancienne, dans R.H.S., 29, 1976, p. 289 sq. ; Globes célestes en Grèce ancienne, dans Der Globusfreund, 25-27, 1978, p. 117 sq. 19 Cf. G. Ausac (1970), p. 94 sq.; des planétaires, nous ne connaissons que celui d’Archiméde, par CICÉRON, Rep. I. 14. 22, qui est un planétaire animé; il en a sans doute existé deux catégories, les plus élaborés montrant simultanément les mouvements des planètes, peut-être par l'utilisation de la force hydraulique, les autres exigeant de l'opérateur un déplacement séparé des divers astres sur leurs orbites. Certains planétaires ont peut-être été représentés plus simplement en donnant l’image des orbites célestes soit au centre d'une sphère transparente, soit au centre d'une sphère armillaire: on a peut être un exemple de ces planétaires sur une peinture de Stabies; cf. infra, p. 74 sq. 20 Cf. Cic. loc. cit.; pour Anaximandre, cf. Dioc. LAËRT. II. 1.

Page 10

View in PDF(opens in a new window)
Géminos?!, en étaient bien entendu les images inversées par rapport aux observations terrestres, puisque sur la sphère, les constellations sont en quelque sorte percues de l'extérieur. Hipparque perfectionnera plus tard le système en y ajoutant les vingt-quatre méridiens horaires convergeant aux pöles22. La seule sphère céleste que nous avons conservée est celle de l'Atlas Farnése, dont la datation est encore controversée; elle est du type de celle d’Eudoxe, mais tient compte des critiques d’Hipparque aux Phénomènes d’Aratos. Ce monument est assez illustre pour qu'il ne soit pas besoin de le commenter. Au reste, aucun de nos globes ne porte l’image des constellations. Un seul point retiendra notre attention : les cercles de la sphère, qui y sont au nombre de dix : l'équateur, les tropiques, tangents à l'écliptique, et les deux cercles arctiques, calculés pour l'horizon de Rhodes?3, l’écliptique, bordée de part et d'autre par les deux lignes qui délimitent le Zodiaque et enfin les deux colures. Ce nombre de dix n'est pas celui que l'on rencontre habituellement dans les sources écrites, qui mentionnent onze cercles répartis en deux groupes : d'un côté, les grands cercles, dont le diamètre est égal à celui de la sphère; ce sont l'horizon, l'équateur, l'écliptique, généralement assimilee, assez sommairement du reste, au Zodiaque**, la Voie Lactée, les deux colures et le méridien; de l’autre, quatre d’un diamètre inférieur: les deux tropiques et les cercles polaires. Cette liste vaut aussi bien pour les sphéres pleines que pour les sphéres armillaires. Deux d’entre ces cercles n'en font pourtant pas partie à proprement parler: l'horizon et le méridien, qui sont partie intégrante du support de la sphére, et non de la sphère elle-même?5; il est de ce point de vue naturel qu'ils soient absents 21 GÉMINOS, éd. G. Aujac, Paris, 1976, I. 4. 9 22 Cf. G. Ausac (1978) p. 121. 23 Cf. GÉMINOS, V. 46, le situe à six soixantiémes du pôle, soit une latitude de 36°; ibid. V. 48 «toutes les sphères sont figurées pour l'horizon de la Grèce». 24 L’écliptique est une ligne tangente aux tropiques qui définit leur position; le Zodiaque est composée de deux lignes parallèles à l’écliptique, qui délimitent la zone dans laquelle figurent les douze constellations: ces deux cercles ont donc un diamètre inférieur à celui des grands cercles, et ne sont pas tangents aux tropiques; la sphère de l'Atlas Farnése est seule à respecter ces règles, que laisse de côté le commentateur anonyme d’Aratos. Cf. MACROBE, Comm. somn. Scip. I. 15. 10. 25 E. MAAS, Comment. in Aratum reliq., 1° éd. 1898, réimp. Berlin, 1958, p. 93 sq.; sur la fréquence de nombre de onze cercles, cf. J. FLAMANT, Macrobe et le néoplatonisme latin à la fin du IV: siècle, Leyde, 1977, p. 389, n. 36. L'horizon n’est jamais représenté sur la sphère, car il est un cercle immuable qui ne participe pas aux déplacements de la sphère et est variable en chaque point de la Terre, cf. ibid.,

Page 11

View in PDF(opens in a new window)
de la sphére de l'Atlas Farnèse, dont le support est Atlas... L’absence de la voie lactée, qui, comme le Zodiaque prend la forme d’une large bande plutôt que d’une ligne, s'explique par des préoccupations d'ordre esthétique *. Nous avons la chance de connaître les couleurs conventionnellement attribuées à quelques-uns de ces cercles par un texte anonyme malheureusement lacunaire??, qui nous apprend que le Zodiaque était peint à la cire rouge, la Voie Lactée à la cire blanche. L'auteur songeait donc très certainement à une sphère pleine dont les lignes étaient incisées et non en relief, comme sur le globe de l’Atlas Farnèse : le globe était ainsi plus conforme à la théorie et plus propre à la manipulation ?. Un troisième cercle, le méridien, était en bronze: sans aucun doute, il s'agissait du méridien mobile qui portait, comme sur nos mappemondes modernes, l’axe de rotation. Les sphères armillaires ne sont pas autre chose que le produit de l'évidement de la sphère pleine dont on n’a conservé que les cercles; la raison en est évidente: montrer l'intérieur de la sphère; de fait, ces objets, que nous connaissons essentiellement par Géminos?? ou par l’iconographie du Moyen Âge et de la Renaissance, nous sont décrits dans un un chapitre que cet auteur consacrait à la correspondance entre les zones terrestres et les zones célestes; on sait que la Terre sphérique pour les uns, la seule Œcumène pour d'autres®, figure au centre du système, ce qui rend nécessaire la présence d’un axe matérialisé commun à la Terre p.95.6 et Géminos, V. 62 sq.; l'horizon, comme le méridien, et représenté par le support de la sphère. 26 Sa largeur, comparable a celle du Zodiaque, aurait conduit 4 supprimer ou a mutiler certaines images de constellations; le Zodiaque, au contraire, dans la mesure ou il est porteur de constellations est un objet esthétique. 27 Nous ne savons rien des cercles horizontaux; cf. E. Maas, op. cit., p. 95; on peut mettre ce passage en rapport avec un texte de Martianus Capella qui décrit la Muse Uranie et le globe qu’elle tient dans la main: «et cursus recursusque siderei cum ipsis polorum cardinibus praenotati ex metallis diuersicoloribus apparebant». 28 Si les montures que nous avons examinées ont été réellement employées (cf. infra p. 67 sq), des cercles en relief n’auraient pas résisté aux manipulations... 29 GÉMINOS, XVI. 10. 30 Ptolémée, au livre VII de sa Géographie, consacre un chapitre entier à l'insertion de la carte de l'Œcumène au centre de la sphère armillaire (ch. 6); l'idée a pu paraître saugrenue; à en croire Ptolémée, qui affirme que cette opération est généralement mal réalisée, il semble que la pratique en ait été assez courante.

Page 12

View in PDF(opens in a new window)
et au Caelum un tel appareil, assez simple, a pu être instrument de l'éducation élémentaire :!. En comparaison des sphères célestes, qui semblent avoir été assez répandues sous leurs deux premières formes, nous sommes très pauvres dès que nous touchons aux globes terrestres; l'idée que la Terre est un corps sphérique est certes bien attestée dans les Écoles de philosophie dès le Ve siècle avant notre ère; il ne faut pourtant pas mésestimer les critiques dont elle a été l'objet, notamment de la part des épicuriens, dont on connaît le poids dans le monde romain®; l'énergie avec laquelle un Macrobe, au IV: siècle il est vrai, mais on en trouve des traces bien antérieures®, combat les détracteurs de la sphéricité de la Terre montre la force de leurs convictions. En tout état de cause, nous ne connaissons guére qu’un globe terrestre, celui de Cratés de Mallos (fig. 1), que l’on a reconstitué da facon sensiblement différente selon les cas. On connait généralement la théorie qui a présidé a la réalisation de ce globe sous le nom de «théorie des ceintures océaniques», la sphère apparaissant divisée en quatre terres habitables séparées par deux bandes océaniques continues, lune passant par les pôles, l’autre par l'équateur®. L’extension à donner a ces deux bandes reste le point le plus délicat de la théorie. Au reste, il est important de noter que des globes de ce type ont une fonction éminemment théorique: ils ne portent pas de contours, mais assignent une répartition schématique des zones habitées. C'est précisément ce type de considérations qui fera renoncer Strabon et Ptolémée à la construction d'un globe terrestre : pour Strabon, qui ne s'intéresse qu’à l'Œcumène, comme il convient à un géographe, choisir le globe est la solution théorique de tous les problèmes de projection, mais représente une perte d’espace considérable, puisque seule une partie 31 Cf. G. Ausac, Historia Mathematica, 1976, p. 445; cf. STRABON, I. 1. 21 C. 13. 32 Cf. MACROBE, Comm. Somn. Scip., I. 22.10. 3 Cf. PLINE, H. N., IL 65.1 rappelle qu'à défaut de croire à la sphéricité de la Terre, on peut admettre qu'elle a la forme d'une pomme de pin. 34 Cf. STRABON, II. 5. 10; H. BERGER, Geschichte der Wissenschaftlichen Erdkunde der Griechen, Leipzig, 1903, p. 215 sq. et fig. 3, p. 216; G. TABARRONI (1965) p. 337 fig. 12 donne aux bandes océaniques une largeur supérieure à celle que leur conférait Berger; il en place les limites sur les tropiques pour la ceinture horizontale, et, par symétrie, fixe la même largeur à la bande verticale. On s'accorde à reconnaître que ces globes étaient orientés selon l’axe du ciel, au nord. Cette disposition des ceintures océaniques permettait de distribuer le globe en quatre terres habitées en Périèques, Antèques, Antipodes et Ecumène; cette distribution ne se retrouve dans le monde romain que chez Cicéron (Rep., VI. XX.21), Martianus Capella et Macrobe (Comm. Somn. Scip., II. 6. 2 sqq.); cf. J. FLAMANT, op. cit., p. 469-472.

Page 13

View in PDF(opens in a new window)
de l’hémisphère nord est représentée cartographiquement. Réaliser une carte lisible sur un tel type de support conduirait 4 donner au globe des dimensions telles qu’il devient pratiquement inutilisable*5; Ptolémée estime même qu'il est en contradiction avec les exigences d'une mappemonde en ce sens qu'il interdit toute vision synoptique du monde. On peut conjecturer l'existence d'une autre grande catégorie de globes terrestres, sans doute plus répandue que la précédente, et qui occuFi eg airtean n Fig.1 — Le globe de Cratès de Mallos (d’apres BERGER). Fig.2 - Mosaique Cosmologique dite «Ptolémaïque», d'après GUATTANI, Monumenti antichi inediti ovvero Notizie sulle Antichità e belle arti di Roma, Rome, 1786, Tav. II = SCHLACHTER fig. 25. pait le centre de la sphère armillaire ou du planétaire; ils représentaient la Planète Terre au centre du système géocentrique de l'Univers, et n'avaient pas de sens en dehors du grand Tout. À en croire le témoignage de plusieurs auteurs anciens, la Terre, dans ce type de représentations, pouvait se réduire à un point%. Sans doute n'était-ce pas systématique: 35 STRABON, IL. 5. 10 C. 116; PTOL., Geog., I. 20. 1. 36 Cf, Cıc., Rep., VI. XIX. 20. LUCIEN, /caromen. 12. On retrouve cette idée chez le géographe arabe Mas’Udi (Les prairies d'or 8 187); au Moyen Age, au XII: siècle, en Occident, Honorius Augustodunensis écrit encore: « Haec (i. e. Terra) centrum in medio mundo ut punctus in medio circuli aequaliter collocatur» (Im. mund. I. 5)

Page 14

View in PDF(opens in a new window)
nous connaissons bien une mosaique, illustrant «la Cosmologie de Ptolémée», qui nous montre un globe terrestre au centre d'une demi-sphére parsemée d'étoiles au sommet de laquelle on peut voir le soleil 3’; à supposer que la figure terrestre soit bien un globe, ce qui est quasiment certain, la place de la Terre au centre du système justifie cette représentation planétaire et sphérique de la Terre. Si c'est au contraire sur les rapports de la Terre et du Ciel que l'on entend mettre l’accent, comme dans la sphère armillaire, c'est sans doute sur l'Œcumène que devait porter l'essentiel de l'intérêt, si l’on sait que certains géographes comme Ptolémée, mais la pratique était, disait-il courante, inscrivaient au centre de la Sphère armillaire non la Terre comme planète, mais la partie habitée de cette Terre. En dehors du cas particulier du globe de Cratès de Mallos, dont la fonction répond à une exigence très ponctuelle et limitée, le globe terrestre semble donc n'avoir par existé autrement que comme centre d’un système cosmologique, c'est-à-dire comme le centre de planétaires ou comme celui de sphères armillaires. On peut voir là une raison supplémentaire de douter que le globe Terrestre ait connu une telle diffusion dans les monuments officiels, dont le niveau de scientificité n’est pas des plus élevés, alors que la sphère céleste, comme symbole, certes, mais aussi comme modèle utilisé par l’astronome est bien attestée par l'iconographie. Nous possédons en effet deux grandes séries d'images que nous pouvons sans hésitation renvoyer au cabinet de l’astronome: les premières présentent la sphère sur son support: on a vu plus haut l'importance de cet élément séparé de la sphère proprement dite, puisqu'il porte le cercle de l'horizon et, dans certains cas au moins, le méridien mobile. On peut globalement diviser les supports en deux espèces: des supports d’exposition et des supports de manipulation. Les premiers sont en quelque sorte des supports honorifiques qui empruntent beaucoup à l'architecture monumentale: la sphère repose alors sur une colonnette ou sur une base comparable 4 celle d'une sta- 37 Cf. SCHLACHTER, op. cit., pl. I. 25: la Terre y est représentée d’une façon tout à fait comparable à la perception qu'en a le jeune Scipion (Cic., loc. cit.) : le globe y est parsemé de taches, qui ne reproduisent pas une carte réelle, mais la symbolisation fictive de l'alternance des terres et des mers à la surface de la Planète; ce type de symbolique, que nous retrouvons sur certaines représentations du bouclier d’Achille (cf. O. BRENDEL, Der Schild des Achilles dans Die Antike, XII.1, 1936, p. 272 sq.), semble avoir caractérisé assez normalement la Terre, et en a sans doute constitué un symbole iconographique. Cf. fig. 2. MEFRA 1984, 1.

Page 15

View in PDF(opens in a new window)
tue, comme celle sur laquelle repose la sphère des monnaies frappées à Trèves, Lyon et Londres par ConstantinI et ses fils sous la légende Beata Tranquillitas®®. Des surfaces planes de ce type sont impropres à accueillir un objet sphérique et nécessitent un scellement qui exclut toute manipulation: un bon exemple nous en est fourni par une sphère parsemée d'étoiles et ornée d'un bandeau zodiacal, conservée au Musée du Vati- ® Fig. 3 — Uranie, Pompéi, maison des Vettii. can“; l'objet est de dimensions assez importantes et porte à sa partie inférieure des traces de scellement; a cet emplacement, la sphére est solidaire d'une petite base assez plane pour assurer l’&quilibre de l’ensemble 38 Cf. K. SCHEFFOLD, Vergessenes Pompeji, Berne/Munich, 1962, p. 174. Maison d’Epidius Rufus (Uranie); Maison des Vettii (Uranie), O. BRENDEL, M.D.A.L.(R), 51, 1936, pl. 4.; cf. fig. 3. 39 Cf. Annexe 1. 40 W. AMELUNG, Die Skulpturen des Vat. Mus., II, Berlin, 1928, n° 341 p. 529-531 et pl. 66 n° 341a. L'objet a un diamètre de 60 cm et une hauteur, avec la base dont il est solidaire, de 75 cm. Il porte l'image de 27 étoiles et des douze signes du Zodia-

Page 16

View in PDF(opens in a new window)
sur le support principal aujourd'hui disparu; il est évident que toute manipulation de l'objet est alors impossible: nous sommes en présence d'un objet symbolique, ce que confirme le caractère suggestif, mais sommaire des représentations qui y ont été portées. Ce type de support accompagne la plupart des représentations d’Uranie, et se retrouve systématiquement sur les monnaies frappées sous l'empire romain par les cités d'origine des grands astronomes et philosophes du monde grec#!; sans doute faut-il moins y voir la preuve d’une incompréhension des réalités de la sphère par le monde romain, comme le pensait G. Tabarroni “2, que le passage a un registre symbolique du décor: on n'a pas a faire figurer une sphère réelle et son support réel sur des monnaies destinées à célébrer Uranie ou tel philosophe grec, mais 4 marquer un lien d’un dieu ou d'un mortel élu avec une sphère qui tend à acquérir une valeur transcendantale. | Ces conceptions et ces visées n'ont pourtant pas nécessairement exclu des représentations plus proches des réalités de la manipulation des modèles astronomiques; une série de documents“ d’origine grecque nous montre la sphère posée sur un support assez curieux: il a l’aspect d'une petite table basse, rectangulaire et à quatre pieds, dont les côtés extérieurs sont fermés; on penserait volontiers à une structure en tôle de bronze comparable à celle de certains braseros. L'objet en question a donc la forme d'une boîte reposant sur quatre pieds; certaines images, sans doute fautives, nous le représentent comme une boîte renversée, le globe reposant ainsi au sommet de l'objet : on retrouve les problèmes soulevés par les bases d'exposition. D'autres au contraire, comme la mosaique du Musée de Naples, qui nous montre les Sept Sages autour d'une sphère, la placent dans une position plus logique du point de vue de la manipulation, mais frustrante du point de vue de l'exposition: les côtés pleins du récipient enserrent de toutes parts le globe (fig. 5). On peut ainsi supposer que le globe est entièrement libre: il peut être retourné à loisir, et la partie cachée peut dans une certaine mesure apparaître comme l’un #1 Cf. SCHLACHTER, pl. II n° 43, 44, 46; RICHTER, Greek Portraits, 4, pl. V, n® 13 et 14 (Pythagoras). Cf. sarcophage de Naples (SCHLACHTER, p. 63); sarcophage du Musée du Capitole, S. Jones, Cat., Oxford, 1912, Sala delle colombe n° 13 p. 142 sq. 42(1965) p. 319. 43 Les mosaïques de la Villa Albani et de Torre Annunziata (cf. sup. n. 9 et 10) et la stèle funéraire d'Istanbul (cf. sup. n. 16). Les deux premiers monuments remontent sans doute à un original grec. Ce type de support est si fréquemment représenté qu'il reproduit certainement un objet réel. Cf. fig. 4 et 5.

Page 17

View in PDF(opens in a new window)
des hémisphéres délimités par l'horizon, matérialisé par les parois verticales de la surface d’appui. Ce mode d'utilisation, pour simple qu'il soit, a pu être utilisé pour les sphères les moins élaborées. a Fig. 4 - Stèle funéraire, Istanbul. Fig. 5 — Musée de Naples, mosaïque des Sept Sages, de Torre Annunziata, a, [= =| Fig.6 - Quadrans anonyme: Cortina delphique. c D men| Fig.7 - Le même: globe sur son support. Fig. 8 - Mosaïque de Trèves: globe sur son support (entre Aratos et Uranie). On recontre le plus souvent un type de support plus élaboré constitué d'un tr&pied *; ce type de structure, plus aéré que les précédentes et bien attesté à la fin du Moyen Age, présente théoriquement l'avantage de ne pas masquer la partie de la sphère extérieure à l'horizon du lieu pour 44 Cf. SCHLACHTER, p. 63. D'autres y voient des structures à quatre pieds; l’absence de vue en perspective empêche de trancher...

Page 18

View in PDF(opens in a new window)
lequel elle est orientée. Du point de vue de l’analyse, on voit très vite le problème qui se pose à nous: comment distinguer d’une Cortina delphique ou d’un omphalos sur trépied un globe sur sa monture? Le problème est d’autant plus ardu que le contexte iconographique général des représentations de globe est fréquemment apollinien, et qu'il existe une évidente parenté iconographique, qui n'est certainement pas fortuite entre l’omphalos et la sphère. Une «Tessére» de bronze‘ illustre bien ce passage; nous en connaissons plusieurs coins, qui choisissent de donner à une même dessin de départ des sens différents : au droit, on peut voir un griffon, qui nous introduit sans ambiguité dans le champ des représentations apolliniennes; dans un cas (fig. 6) nous voyons la cortina et le lebes, plus arrondis toutefois que dans les répresentations classiques que nous en avons“; les pieds du trépied sont ornés d'une guirlande perlée. Un deuxième graveur y a vu indubitablement un globe du type C?; la monture s'est modifiée en conséquence: les guirlandes ont disparu au profit de renforts horizontaux, tandis que la partie porteuse, qui était constituée d'un cerlce horizontal s’évase pour prendre la forme d’un hémisphère (fig. 7) recouvrant la totalité de la partie inférieure de la sphère qui s'en trouve masquée. Cette lecture d'un objet d’aussi petites dimensions pourrait être en doute si nous n’avions pas le parallèle d'autres documents : le premier est une mosaique de Trèves“, qui nous montre Aratos en compagnie d’Uranie; entre eux, on peut voir une sphère sur son support qui a été juste assez peu endommagé pour rester parfaitement lisible; là encore, la partie inférieure est uniformément représentée en brun rouge et semble solidaire du trépied qui porte la sphére; la sphére elle-méme est le couleur blanche : tout semble indiquer que cette partie uniforme où l'on ne voit pas le prolongement des cercles figurés sur la sphère doit être considérée comme une partie distincte d’elle et dans laquelle elle repose 45 On se l'explique mal; il est toutefois incontestable que les globes décorés d'un réseau de mailles serrées (B?) évoquent à s'y méprendre l'image de l'omphalos. La seule explication plausible semble être une confusion, dès la première moitié du Ier siècle avant notre ére entre les deux types d'objets, dont les montures étaient très voisines et qui constituaient tous deux des attributs des mêmes divinités, comme par exemple d’Esculape. 46 Mazzini, Monete imperiali romane t.V, Milan, 1958, n° 39 (= COHEN VIII, 38 sq.; RIC 28). Cette «tessére» de bronze, porteuse de la marque S.C. est en réalité un quadrans anonyme qui doit être attribué à la période Domitien-Antonin. 47 Cf. BMC, Vitellius, p. 368 n°3 et pl. 60. 17. 48 Cf. Antike Denkmäler, Bd 1, Berlin, 1891 pl. 48 et E. Maas, op. cit. pl. 2 p. 173. Cf. fig. 8.

Page 19

View in PDF(opens in a new window)
plutôt que comme un hémisphére ombré, puisque nous remarquons que le mosaiste a décoré de deux rangées de tesselles bleues la limite des deux zones: sans doute a-t-il ainsi voulu délimiter l'horizon, matérialisé par la bordure d'une partie réceptrice qui cache la totalité de l'hémisphère inférieur. Les autres attestations que nous possédons de ces montures nous montrent systématiquement des trépieds : une miniature du XII° siècle, qui traite le même sujet que la mosaïque de Trèves # reproduit, quoiqu’assez grossièrement, ce type de monture; on peut y voir les renforts horizontaux caractéristiques de la tessère que nous avons vue plus haut; une monnaie de Q. Pomponius Musa désigne un globe qui repose sur un trépied de petites dimensions dont on trouve des dessins assez variables; Fig.9 — Aratos et Uranie, ms. du XII Fig. 10 - Globe sur trépied, fragment siècle (d’après Maas). de verre, d'après Gori. 49 Cf, E. MAAS, op. cit, p. 172 pl. 1. Cf. fig. 9. 50 Cf. TABARRONI (1965) p. 320 sq. Certains enserrent le globe et montrent une partie horizontale légèrement déprimée, qui pourrait bien évoquer l'horizon. La sphére ne repose plus dans une cupule, mais est soutenue au niveau de son diamétre horizontal par une monture circulaire; d’autres représentations tendent a

Page 20

View in PDF(opens in a new window)
Gori a jadis publié‘! une intéressante représentation de sphère céleste posée sur un trépied lui aussi porteur des renforts caractéristiques; le dessin publié par Gori (fig. 10) laisse cependant supposer que la partie inférieure du globe était visible. Dans la mesure où aucun axe de rotation n'est matérialisé5?, on peut se demander s’il ne s'agit pas d'une extrapolation de Gori. Dans le cas contraire, il faut supposer que le diamétre du support était légèrement inférieur à celui de la sphère; le système, aussi élémentaire que le précédent pouvait alors présenter le défaut de l'inexactitude de la détermination de l'horizon. Une mosaïque de l’île de Wight suscite elle aussi bien des questions: on peut en effet y voir une sphère sur une monture à trois pieds fort basse53 dont les deux pieds extérieurs ont été prolongés jusqu'au contact de la sphère à laquelle ils sont tangents; la tentation était grande d’y voir l’axe de rotation autour duquel on pouvait faire tourner la sphère et dont nous avons vainement cherché la trace. En l'absence de représentation d'un méridien mobile, il faudrait alors supposer, l'axe étant horizontal, que la sphère est réglée une fois pour toutes pour des régions équatoriales: si une telle orientation est accidentellement pensable, elle ne l'est pas d'un réglage définitif... Cette sphère nous montre en tout cas les limites de nos interprétations, qui, même lorsqu'elles se fondent sur des documents susceptibles d'être inspirés par des sphères réelles, ont été réalisées par des artisans qui en méconnaissaient totalement le fonctionnement comme le décor. Dans aucune de ces représentations nous n’avons recontré le fameux méridien de bronze, qui est sans aucun doute le méridien mobile qui caractérisait les meilleures sphères. Le procédé plus fruste dont nous croyons avoir retrouvé la trace n'est pas pour autant à écarter : pour des sphères pleines, il permet en effet une manipulation relativetransformer cette monture en base plane sur laquelle repose le globe. Tabarroni y voyait la marque d'une décadence et se croyait autorisée à conclure que les exemplaires les plus erronés étaient des «restitutions»; de telles affirmations n'ont aucun fondement sérieux; compte-tenu des dimensions extrêmement réduites de l'objet et de l'existence de deux types de supports attestés dès le monde grec, semble-t-il, de telles variations s'expliquent pas mal au sein d'une scène symbolique. 51 A. F. Gori, Thesaurus gemmarum astriferarum, t. III, Florence, 1750, p. 282. L'exactitude générale des reproductions de Gori nous incitent à la plus grande confiance. 52 I] supposerait au moins l'existence d'un méridien. La partie inférieure de la monture étant totalement vide, il est impossible d’y supposer l'éventuel appui de cet axe. 53 Cf. O. BRENDEL, p. 18, fg. 5 (= MORGAN, Romano-british pavements, pl. 21). Cf.

Page 21

View in PDF(opens in a new window)
ment aisée et devait constituer un instrument d’école parfaitement adapté à sa fonction : masquant les parties du ciel effectivement invisibles pour l'horizon d’un lieu donné, il avait le mérite de la simplicité et sans doute aussi celui de la robustesse, avantages de premier plan dans une utilisation de type scolaire, et s'il ne permettait pas les opérations plus complexes liées au méridien coté, sans doute plus essentiel aux sphéres armillaires ou aux sphères d’Hipparque, il permettait des tâches plus simples, comme l'explication des parties du ciel visibles des différents lieux terrestres. À en juger par les documents dont nous disposons, il semblerait du moins que ces sphères, plus que les sphéres armillaires, ont constitué l'instrument privilégié de l’instruction élémentaire, ce qui apparaît très en retrait par rapport à l’image que nous pouvions nous faire à la lecture de Géminos. Les sphères en elles-mêmes ne diffèrent pour l'essentiel pas beaucoup de celles que nous trouvons par ailleurs sur les monnaies par leur décor, et apparaissent en tout cas aussi schématiques et conventionnelles5*; la représentation la plus étrange nous est donnée par la mosaïque de l’île de Wight que nous avons vue plus haut: la sphère y est divisée en deux par un diamètre vertical par rapport à l'observateur: la partie gauche est divisée en trois parties égales de 60° chacune par deux rayons issus du centre; on pourrait penser à une représentation de l'hémisphère boréal et de l’orbis tripartite’, l'hémisphère austral inconnu étant laissé vide; la présence d’un gnomon en arrière de la scène pourrait aussi bien convenir au cabinet d'un géographe qu'à celui d'un astronome; le contexte iconographique ne nous permet donc pas d'identifier avec une absolue certitude le globe. Le type de décor que nous rencontrons ici se retrouve 54 Les sphères des monnaies émises par les cités grecques sont malheureusement trop détériorées pour être lisibles. Le globe de la mosaïque des Sages de la Villa Albani est lisse, celui de Torre Annunziata du type B2. Pour Uranie, nous rencontrons les types B1, B2, B4, C1; cf. infra, p. 103, etc. 55 La mappemonde servat alors orientée a l'est, ce qui pourrait permettre de voir effectivement dans le prolongement des supports extérieurs l’attache de l’axe de rotation. Une telle orientation, fréquente pour les mappemondes, l'a été aussi pour les cartes à zones (cf. VIRGILE, Georg. I, 233 sq.; Ovipe, Met. 1.45 sq. et les confusions de Mela I, 2) au mépris de la logique qui attribue normalement à la carte des zones climatiques l'orientation de la sphère céleste au nord. Il existe des cartes médiévales dites Y/O ou V/O qui donnent aux trois continents la forme triangles (M. C. ANDREWS, The study and classification of early medieval maps, dans Archaelogia, 75, 1924-25, pl. VIII et p. 69); on n’en a pourtant aucune trace dans les cartes a zones.

Page 22

View in PDF(opens in a new window)
toutefois sur une intaille du musée de Munich, a cette différence près que la partie laissée libre de décor est alors séparée en deux par un rayon perpendiculaire au diamétre principal. Or, on peut identifier sans la moindre hésitation cette pièce comme un globe céleste. Il est par conséquent probable que la sphère de l’île de Wight est elle aussi une sphère ap us Fig. 12 - Globe céleste atypique, d'après une intaille de Munich. Fig.11 — Mosaique de Wight (détail). l'île de Fig. 13 - Le «planisphère» de Stabies. céleste, théoriquement aussi éloignée de son original que la monture qui la supporte, et dont les lignes n'ont plus de sens que décoratif. C'est curieusement dans des globes qui n'ont rien à voir avec le contexte iconographique de la sphére comme instrument de l’astronome que nous rencontrons les représentations qui en sont les plus proches, les seules en tout cas qui évoquent un sphère armillaire. On peut en mentionner au moins deux attestations. 56 Munich, pl. 221 n° 2437 t. III. Un aigle tient entre ses serres ce globe décoré de quatre étoiles: cf. fig. 12. La disposition des étoiles qui ne sont pas portées sur le fuseau central laisse penser que ce type, qui n'est pas sans analogie avec un globe dérivé du type Al de l’époque de Gallien (cf. infra p. 79) est peut-être le fruit d'une contamination de B3 par Al.

Page 23

View in PDF(opens in a new window)
La première est une peinture, probablement l'époque néronienne, improprement dénommée «planisphère de Stabies»57; il s’agit en réalité d'une allégorie du Tout dans lequel sont enfermées les Saisons, représentation qui n'est rendue possible que par l'évidement et la transparence d'une sphère armillaire composée de trois grands cercles qui, plutôt que des lignes au sens géométrique du terme, constituent des bandes plates. Deux de ces bandes sont verticales et se coupent aux pôles de la figure, à angle droit autant que l'on puisse le conjecturer compte tenu des déformations de la perspective, cependant que la troisième s’articule autour d'un axe non matérialisé situé dans le plan de l'horizontale et perpendiculaire à l’axe imaginaire des deux autres cercles en son milieu; ses deux pôles sont situés sur le cercle vertical extérieur à mi-chemin des pôles, c'est-à-dire sur l'équateur de la figure. Vu de ses pôles, ce cercle serait oblique et formerait un angle d’environ 45° avec le plan de l'équateur de la figure. On n'en voit que la partie haute, mais on devine la partie postérieure qui s’abaisse, en partie masquée par les représentations des Saisons. Malgré cet angle excessif, prés de deux fois supérieur 4 son inclinaison normale, on est tenté de reconnaître dans ce cercle oblique l’Ecliptique et dans les deux autres cercles les deux colures: le cercle extérieur porte les points équinoxiaux; l’autre les points solstitiaux. On remarque une caractéristique originale sur le plan iconographique: alors que le Zodiaque/écliptique est toujours représenté de profil par rapport à l’observateur, c'est-à-dire en diagonale“, il est ici représenté de face. Ce pourrait être le fruit d'un choix délibéré du peintre qui l'a également conduit à bannir de la figure les autres cercles, tropiques, équateur et cercle polaires, qui auraient rendu invisibles les allégories enfermées dans le Tout. Accroitre l’angle de l'écliptique et la représenter de face permettait de les mettre en valeur: ce sont elles qui constituent en effet l'élément important de la scéne. De ce fait, et la partie inférieure du tableau étant mutilée, c'est au pôle le plus élevé de la figure que se concentrent les représentaions de six demi-cercles répartis en deux groupes : d'un côté un cercle de court diamètre centré sur le pôle, de l’autre cinq figures concentriques dont la plus grande vient toucher l'écliptique, groupées autour 57 G. Ch. Picarp, L'art romain, Paris/Lausanne, 1968, pl. LVIII, p. 84. Il ne s'agit pas en réalité d'un planisphére: on n'a pas mis 4 plat la suite des constellations mais tenté par la technique du peintre de rendre le volume de la sphére, en utilisant par exemple un jeu des couleurs qui fait apparaître les cercles célestes tantôt rouges, tantôt ocre-jaune, selon qu'ils sont ombrés ou non. Cf. fig. 13. 58 I] est normalement de 24°, pour les anciens. 59 Cf. infra, p. 97 sq. les globes du type C.

Page 24

View in PDF(opens in a new window)
du point d’intersection du premier cercle et du colure équinoxial. On pourrait songer pour le premier cercle, isolé, au cercle polaire, mais pourquoi un demi-cercle? Nous ne savons même pas s'il s’agit de structures verticales, pendant dans le vide, ou situées à la superficie de la sphère. Dans tous les cas, nous manquons de parallèles dans les textes, en particulier pour les cinq demi-cercles qui ne sont pas centrés sur le pôle; en tout état de cause, nous pouvons proposer deux solutions: ou bien le peintre a retenu de la sphère la présence de cercles, qu'il restitue dans le désordre“, ou bien il reproduit un objet réel, qu'il connaît personnellement ou dont on lui a fourni le modèle, et il ne nous reste qu'une interprétation plausible: ces cercles symbolisent le cours apparent des planètes; on serait donc à mi-chemin entre la sphère armillaire et le planétaireé!. En l'absence de point de comparaison théorique, on avance cette hypothèse avec la plus grande prudence; elle semble pourtant la seule explication un tant soit peu rationnelle de la figure représentée. Nous avons conservé un monument assez comparable à Bathé?: il s'agit de l'image d'un globe nicéphore jadis intégré à un monument de grandes dimensions et légèrement mutilé à sa partie inférieure: la figure telle qu'elle est représentée sur l’original (fig. 14) est aberrante: il est évident que le sculpteur a reproduit une série de cercles dont il n'a pas compris la logique. La question que l'on se pose est de savoir si cette erreur est le fait exclusif du sculpteur ou si elle figurait déjà dans le modèle qu'on lui a remis; en un mot si l'on a reproduit une sphère réelle ou si la présence de cercles, quels qu'ils fussent suffisait à évoquer la sphère. Si l’on examine en détail l'original, on remarque que le sculpteur a pris pour une sphère pleine ce qui est très certainement une sphère armillaire63 : les lignes A et B ont été conçues comme des tracés indépendants qui 60 Cette théorie s’accorderait bien avec ce que l'on peut constater des globes du type B2, cf. p. 91. Aucun cercle n'y a plus de sens, mais la présence des cercles en grand nombre suffit à évoquer la sphère céleste. 61 Les orbites n’y sont pas représentées dans leur totalité. Le nombre 6 s’accorde bien des sept planètes, dont on doit retrancher la Terre, immobile au centre du système. On s'étonne de voir ces orbites représentées au sommet de la figure: peut-être s'agit-il alors d’orbites de constellations et les Ourses seraient-elles sur le cercle centrée sur le Pôle. Mais le décentrement des autres cercles s'accorde mal du mouvement uniforme de la sphère des fixes... 62 Cf. B. W. CUNLIFFE et M.G. FULFORD, C.S.LR., I. 2, Oxford, 1982, n° 215 et pl. 55. 63 Chacune des lignes, sauf D-D', passe à un moment quelconque de son tracé au-dessus d’une autre. C'est donc que pour le sculpteur, elles sont toutes sur la même surface.

Page 25

View in PDF(opens in a new window)
tous deux recouvrent la legne E. Si nous tentons de redonner un volume à ces lignes, nous pouvons restituer ainsi la figure: C-C': axe du Caelum ou colure vu de face. D-D' : équateur, également vu de face. E + retour inférieur de A et B: écliptique, vue de face. A-B: colure ou méridien. Il reste une incertitude relative à la localisation des colures, que l’on verrait bien en C-C' pour le colure solstitial et sur le contour extérieur du globe pour le colure équinoxial. D'un autre côté, bien qu'elle ne passe ni par les points solstitiaux, ni par les points équinoxiaux, la ligne A-B pourrait bien apparaître comme un colure; peut-être faudrait-il alors s’abstenir de corriger la partie inférieure de la figure et de prolonger les deux colures jusqu'au pôle; on sait en effet que certains contestaient dans l’Antiquité le bien-fondé d’un tel trac&“. Cette interprétation aurait au moins le mérite d'avoir recours à un méridien dont la présence est pour le moins étrange sur une sphère représentée sans son support. Le parallèle avec le planisphère de Stabies est évident, et l’on peut encore évoquer le parallèle d'une intaille de Hanovre, malheureusement très mutilee‘®. À C y LR \p D’ 7 7 D D x C’ Fig. 14 - Le globe du monument de Bath. © Fig. 15 - Le globe de Bath: tentative de restitution de l’archétype. 64 Cf. MACROBE, Comm. Somn. Scip., 1.14.15, «ad australem verticem non pervenire ceduntur». Dans le cadre d’une sphère armillaire, leur tracé complet est une nécessité architectonique: ils sont les seuls cercles verticaux et assurent la cohésion de tous les cercles horizontaux. 65 Hanovre, n° 726 pl. 94. La pièce serait du Ier s. av. notre ère.

Page 26

View in PDF(opens in a new window)
Dans tous les cas, il semble que le modéle a été mal compris par le sculpteur ou par le peintre, malgré une assez grande fidélité; dans les trois cas, on constate la disparation des cing cercles horizontaux traditionnels au profit de l'écliptique: nous n’avons en effet jamais trouvé de représentation des tropiques ou des cercles polaires, et l’inclinaison de l’écliptique est fortement surestimée. Il semble que l'on soit 4 mi-chemin entre la fidélité à l'objet scientifique et le choix, de la part de l’artiste ou de ceux qui ont établi la « minute» sur laquelle ils ont travaillé, d’éléments significatifs de la sphére; ces éléments sont la présence d’un cercle oblique et l’enchevétrement de cercles qui perdent toute signification propre. LES PETITS GLOBES: TYPOLOGIE ET INTERPRETATION A cété de ces grands globes, qui échappent par leur originalité et la parenté encore marquée avec les sphéres utilisées sinon par les savants, du moins par quelques érudits fortunés, l’immense majorité des globes, par leur dimension, par leur décor, par leur fonction, s’éloignent de plus en plus de Jeurs modéles supposés pour devenir des objets 4 vocation symbolique propres 4 désigner une réalité donnée selon des modalités qui sont désormais propres à l’iconographie et pourront, ici où là, ne plus entretenir le moindre rapport avec une quelconque sphère entrevue dans un temple ou dans la demeure d’un érudit. Nous tenterons donc pour chaque type isolé d’établir la filiation et les origines proprement iconographiques du décor. En l’absence de toute typologie exhaustive déjà existante®, on a adopté un classement en groupes et espèces désignés respectivement par une lettre et un numéro d'ordre; lorsqu'il a fallu introduire une variante, on l'a désignée d’une lettre minuscule. Type A On a groupé dans cette série trois grands groupes bien individualisés avec leurs variantes, qui ont en commun la particularité de présenter l’aspect d'une figure centrale géométrique inscrite dans le cercle qui donne la limite du globe. 6 La seule typologie digne de ce nom est due à T. HÔLSCHER, loc. cit. Elle ne comprend ni Je groupe A, ni B4, ni C, et ne mentionne les formes constellées que pour les globes dépourvus de lignes.

Page 27

View in PDF(opens in a new window)
Tableau I — Répartition chronologique des types 1 T T T f I i | 1 EE 1 + + J TTT TEN 1 Es \ 1 1 ? ER g* L I N+ L i N + ! t ! mm| \ | | | 1 \ Zin ' gt 1 N 1 I : t I | 1 ' 1 | 1 ' I 1 j \ ! | 1 — 1 ? | - Jun El - = | 1 | j wu] ] nj I1 I | | \ | | | 1 1 | | !4 |1 I1 i I | | | ! | ua: | 1 t Î | fi I | | I 1 { | I! I 7| nn T | 2 ! I Bw — T I | |1 EE i I I ME i — | O | \ | i ! | | | | | 1 1 | | | 1 1 | 1 ex | HI 50 0 100 mum tis N of 200 o Le] | o | a. jc. 1| I | 5 ER ie Ze o Srl pp 1 — | | ge = 1 > = | sc EB: BB... i. Sous-groupe 1: il s'agit d'une série connue de très longue date‘ et trés bien individualisée; le globe y est décoré de plusieurs alvéoles de forme semi-circulaire groupées en cercle autour d'un élément central tantôt laissé libre, tantôt représenté sous la forme d'un cercle; le nombre des alvéoles varie de six à cinq®*. Ce nombre semble assez peu déterminant si l'on considère que la même émission de Cn. Cornelius Lentulus porte les deux décors, comme on peut le voir a la lecture du tableau suivant: 67 CADEVONI, art. cit. 68 Cf. fig. 16 et 17. ap-I-C

Page 28

View in PDF(opens in a new window)
n° 146, pl- II. Vente V. Luneau, Paris 26-28 / 06 / 1922, 467); B.M.C.R.E., pl. X1.12, XIL.16, 17, 21, XXII.4-6, 8 Munich, Bahrfeldt 2203), 1421b (= B.M.C. GIARD, pl. LVIII et n° 1421, 1421 a (ex. de CoHEN, I, p. 9, cité par TABARRONI, p. 339 CRAWFORD, pl. XLIX B.N. Photo Moulages, 74 C. 63361 pl. 19 Vente Bäle 27, 19-20 / 06 / 1964 n° 369 B.M.C.R.R., IL, p. 495, n° 114 et pl. CXIIL9- B.N. ne 3050; CRAWFORD, 520 / 1 et pl. XXXII-23; TABARRONI, p. 342, fig. 19. B.N. Ailly n° 8614; TABARRONI, p. 339 Vente Bale 27, 19-20 / 06 / 64, n° 219 et pl. 9; pl. - 01 / 10 / 1976 n° 389; B.M.C.R.R. n° 00 et MILLER, M.M. III, p. 129, fg. 65.6; vente Bale, 2-3 / 12 / 1975 n® 269 sq.; vente Bale, 30 / 09 * Le symbole (°) désigne les monnaies pour lesquelles le type décrit n'est pas le seul attesté. B.M.C.R.E., n° 23 quinaire d’or de Tibére, Lyon 30 - 31 GIARD, n° 1421 45 av. J.C. Denier de C. Maridianus (°) reign, CRAWFORD, 393 / la quinaire d'or d’Auguste (°) 76 av. J.C. denier de Cn. Cornelius Lentulus (°) six alvéoles : n° 495; COHEN Joint RIC, Antoninien de Gallien Valérien B.M.C.R.E., n° 2175 R.R.C. 1189 B.M.C.R.R. 1.3912 CRAWFORD 393 / la Sesterce de Faustine II J.C. 40 denier de Marc-Antoine av. 63 av. J.C. denier de Faustus (©) env. 76 av. J.C. denier de Cn. Cornelius Lentulus (©) cinq alvéoles : Tableau II *

Page 29

View in PDF(opens in a new window)
Si l'étendue chronologique couverte par les globes de ce type est fort importante, puisqu'on les trouve attestés du premier quart du I‘ siècle avant notre ère à la fin du III: après, il importe néanmoins de remarquer l'extrême concentration de cette série au premier siècle avant JésusChrist, et tout particulièrement dans la première moitié du siècle, où ils Fig. 17 — Le même, d’après Babelon: A!, 6 alvéoles. TT ET res Fig. 16 — Denier des Cn. Fig. 18 — Denier de C. Cornelius Lentulus (Londres). A’. Cossutius Maridianus (d'après Babelon): A!, 6 alveoles. Fig. 19 - Quinaire d’Auguste (AV) (Paris, des Méd.). sont statistiquement dominants; on peut estimer que leur apparition, accidentelle sur les deniers de C. Cossutius Maridianus‘, réservée aux quinaires de Lyon chez Auguste et Tibére, est la marque d'un sursaut de conservatisme iconographique propre ä un graveur ou ä un atelier provincial; les représentations postérieures a Marc-Antoine sont généralement plus altérées que les autres, puisque, dans les exemplaires à cinq alvéoles, qui semblent constituer le noyau original du type, on voit dans les exemplaires les plus récents, disparaître l’espace central au profit des alvéoles”; de son côté, l'ensemble des exemplaires à six alvéoles pourrait bien apparaitre lui aussi comme un dégénérescence du type de base, puisqu'on ne le recontre que sur des coins rares d'émissions bien connues”!, et que les quinaires d’Auguste ne nous donnent qu’une image très abâtar- 69 Ces deniers sont normalement décorées de globes de type B1. 70 Cf. par exemple la monnaie de Gallien, que l'on peut comparer à l’intaille de Hanovre n° 726 citée ci-dessus p. 76. 71 Pour C. Cossitius Maridianus et Cn. Cornelius Lentulus, par exemple.

Page 30

View in PDF(opens in a new window)
Fig. 20 - Denier de L. Pinarius Scarpus Fig. 21 - Médaillon frappé en Cyrénaique pour Octave. 81 de Constantin I (AV), frappé a Lyon. Fig.22 - TypeA dégénéré: quinaire d’Auguste (AV). die du type, qui aboutira à terme à la création d’un décor original (fig. 22). | Les quelques exemples de globes à quatre alvéoles que nous connaissons, sur des deniers frappés en Cyrénaïque par L. Pinarius Scarpus pour Octavien??, sur une intaille sans doute contemporaine de Jules César, puis sous Constantin le Grand”? appartiennent tous à la période postérieure au 72 (B.M.C.R. II p. 585 n°5), KENT, n° 114, pl. 32, cf. fig. 20; (B.M.C., 690 = R.R.C. 1281), vente Nicolas, Paris, 9-10/03/1982, n° 71 : ces monnaies, frappées en 31/30, sont extrêmement rares, mais ce décor y semble assez systématique. 73 Genève n° 424; médaillon d'or de Constantin (GNEccHI 85 = RIC 146), KENT MEFRA 1984, 1.

Page 31

View in PDF(opens in a new window)
tournant du I siècle avant notre ère ou attestent une servivance tardive de formes dérivées de l’original et déjà bien éloignées de lui’. Deux séries de décors semblent pouvoir dériver elles aussi du type A! et de ses variantes: ce sont tous les globes ornés d’un point central, qui apparaît souvent dans l’archétype, lorsqu'il est accompagné de l'ébauche de lignes qui n'ont malheureusement pas résisté aux injures du temps”, et une figure très grossière, que nous ne recontrons que sur une monnaie d'or de Théodose”*: celle-ci évoquerait plutôt une étoile par son dessin, avec des alvéoles outrepassées qui rayonnent largement au-delà des limites du globe; la petite dimension de l'objet et la grossièreté générale de la gravure permettent sans doute de justifier un décor qui, pour être surprenant à première vue, se rattache très directement à ce type, que nous voyons curieusement réapparaître à plusieurs reprises au Bas Empire. Enfin, certains quinaires d’Auguste et Tibère, indubitablement dérivés du type A! montrent un décor totalement dégénéré et constituent un cas unique qui ne semble pas théoriquement explicable (fig. 22). Sous-groupe 2 : quoique sensiblement différent dans le détail du groupe A!, il entretient avec lui des rapports évidents: chronologiquement, il recouvre une période correspondant grossièrement au Ier siècle avant notre ère, pour autant que l’on puisse proposer une datation de ce matériel, qui a la particularité d’être exclusivement constitué d’intailles et de pâtes de verre. Ce groupe présente également des analogies de formes très nettes avec le précédent même si les décors peuvent y apparaître à bien des égards comme le fruit d’un abätardissement de l’archetype A!: on retrouve en effet à la surface du globe une image centrale isolée des bords de la figure par des groupes de deux lignes parallèles qui n'est pas sans analogie avec une médaille de Constantin du type A! à quatre alvéoles; ces figures géométriques, construites parfois autour d’un point central sont tantôt triangulaires, comme on le trouve dans deux exemplaires: n° 650 pl. 163. Sur chacune des alvéoles et au centre, on peut voir un point, qui évoque une sphère constellée. 74 Une contamination de Al et B1 n'est pas absolument exclue, à en juger par les décors de quelques monnaies de L. Mussidius Longus (COHEN n° 29 p. 13) — cf. fig. 33 - et d’Auguste (BABELON n° 152 p. 63). 75 Aureus de P.Clodius frappé pour Antoine, BN n° 153 = Crawford 494/6; Aurélien (RIC 18), BN.AF. 1468; intaille Genève n° 580 sq., pl. 143 sq.; intaille Aquilée n° 1419. 76 Solidus de Constantinople (Cohen n° 20), Vente Monte-Carlo, 30/06/78

Page 32

View in PDF(opens in a new window)
— Munich n° 2266 t. III pl. 1999 (Ier siècle avant notre ère) — Vienne n° 153 (inv. IX B 1437) & pl. 27 (milieu Ier siècle avant notre ére); fig. 23. parfois aussi carrées, dans deux autres cas: — Munich, n° 804 t. II pl. 92 (III<-I« siècle avant notre ère) — Hanovre n° 727 pl. 94 (I: siècle avant notre ère); ce dernier exemplaire présente par rapport au précédent la particularité d'être orné des & ! Fig. 24 - Intaille, Ier siècle av. J.C., Hanovre. Fig. 23 — Intaille d’epoque césarienne, Vienne, Kunsthist. Mus. Fig. 25 - Le globe atypique de l'un des six deniers de Faustus consultés par C. Cavedoni. diagonales du carré et de posséder sur chacun des côtés un groupe supplémentaire de lignes paralléles (fig. 24). Sans doute convient-il de rattacher à cette série la représentation signalée par Cavedoni et Schlachter”? d'un globe d'un type dont nous n’avons pas trouvé personnellement d’attestation, mais dont ces deux auteurs ont pubblié une restitution graphique (fig. 25); la description donnée par Cavedoni était la suivante: «sopra il globo terrestre é delineato uno spazio quadrilungo a contorni ondeggianti ed angoli o smussati, massime a destra di chi riguarda la medaglia ». Tant par son aspect, un quadrilatére central, que par sa datation, puisque la série monétaire à laquelle appartient ce dernier nous a donné 77 Cf. SCHLACHTER p. 68; CAVEDONI, Ann. p. 300. Ce décor a été relevé, sans doute personnellement, par l'auteur sur un denier de Faustus, (BMCR I, 3912 = RRC 882) où l’on voit par aillers alterner globes lisses et globes alvéolés.

Page 33

View in PDF(opens in a new window)
un globe de type A!, ce globe méritait, malgré son aspect assez original’ de figurer dans ce groupe. Sous-groupe 3 : on a cru devoir réunir dans un même sous-groupe du type A un ensemble de globes, majoritairement du I* siècle, qui comme les précédents possèdent une figure centrale bien individualisée: il s’agit dans ce cas d’un cercle dont la dimension peut varier d'un simple point a un cercle de taille presque égale 4 celle de celui qui donne la limite extérieure du globe. Nous avons pu en compter quatre occurences certaines, en majorité sur des intailles, l’exemplaire le plus récent remontant au règne de Claude”. Le type A!, avec ses alvéoles, est le seul du groupe A à avoir jusqu’à présent suscité des commentaires*®. Une seule interprétation en a jusqu'ici proposée, que nous devons à Cavedoni®!; celui-ci y voyait l'image de l’orbis insulaire et sera suivi sans discussion par Tabarroni. Cette théorie, qui peut s'appliquer jusqu'à un certain point à la figure qu’il reproduit s'adapte en revanche assez mal a la majorité des formes que nous rencontrons et à la nature sphérique du support; si nous considérons en effet que l’objet représenté est bien un globe, ce qui est en soi contestable, le type n'étant attesté que sur des objets en bas-relief, chacun des « crois781] ne présente pas comme les autres une figure régulière et géométrique. L’exemplaire évoque si précisément par son tracé ondulé le dessin des côtes sur la Table de Peutinger, et sur le côté gauche une entaille marquée suggére si directement la Méditerranée que l'on peut se demander s’il ne s’agit pas d'un faux: une cecuméne de cette forme n'aurait pas à figurer à cette place sur un globe; le faussaire aura sans doute surimposé une carte au globe. 79 Il est possible, lorsque ce point est de petites dimensions, qu'il soit dû à une maladresse du tailleur et à la gouge utilisée; le fait que ce décor apparaisse fréquemment, y compris sur un camée, la Gemma Claudia, où il est lié au seul portrait de Claude, invite 4 y voir un ornement volontaire du globe: cf. Vienne n° 393 et pl. 66 (inv. IX. B 1115), 3° quart du I siècle av. n.é.; La Haye n° 183a, Ier siècle av. n.é. Sur des aurei d’Auguste au Capricorne (Colonia Patricia, GIARD 1264-1271), le globe, attaché au gouvernail, et qui coexiste avec des représentations de type B2, a l’aspect d’un clipeus. La méme figure se retrouve avec des constellations (un croissant lunaire sur une monnaie de la même émission): médaillon de Commode, Tellus Stabilita (cf. infra p. 107 n. 145) d'après TABARRONI (1965) p. 328 et COHEN II p. 366 n. 1005; denier de Pescennius Niger, KENT n° 375 pl. 108 (= BMC 304) - cf. fig. 56 —; intaille Paris, méd., Chabouillet n° 2071, 80 Les types A2 et A3 n'ont été signalés jusqu'ici par aucun commentateur; pour le cas particulier du denier de Faustus signalé par CAVEDONI, cf. n. 77. 81 Cf. SCHLACHTER Pp. 67 et TABARRONI (1965) p. 339 sq. Cavedoni y voyait «l’orbe terraqueo, questa figura deve rappresentare, in forma schematica e convenzionale il contorno dell’unico continente abitabile, posto nell'emisfero boreale e tutto circondato dall’Oceano».

Page 34

View in PDF(opens in a new window)
sants de lune», selon le mot de Cavedoni, doit représenter un cercle comparable à celui qui apparaît parfois au centre de la figure; on est alors très loin de l’orbis insulaire... À l'appui de la thèse qui veut en faire des globes terrestres, on peut pourtant avancer deux textes, l'un de Platon, l’autre de Cicéron® qui tous deux nous décrivent la globe terrestre parsemé de «taches» ou de «creux» qui sont autant de mondes habités séparés les uns des autres. L’hypothése ne vaut que si l’objet représenté est bien sphérique; mais est-ce bien le cas? Si nous comparons le globe des monnaies de Cn. Cornelius Lentulus à de simples boucliers ronds, fréquents sur les monnaies républicaines, il nous est bien difficile de faire la différence. La ressemblance de ces globes avec un bouclier macédonien a frappé tous les commentateurs, à commencer par Cavedoni, qui n’était sans doute pas très éloigné de trouver la clé iconographique de ce type de représentations*. Pour cela il est nécessaire de se plonger dans la numismatique non plus romaine, mais hellénistique, monde dont la république romaine de la première moitié du Ier siècle avant notre ère reste très proche; l'archétype remonte, autant que nous puissions en juger par la numismatique, à Antigone Gonatas, mais est particulièrement représenté à la fin du IIe siècle, soit à une date assez voisine de celle des globes qui nous intéressent®5. 82 Cf. PLATON, Phédon 109 b; CICÉRON, Rep. VI, XX, 21 parle de taches (maculae); tous deux intègrent cette image à un globe terrestre. Mais le rendu iconographique de cette théorie, qui a très probablement inspiré Cicéron, semble plutôt correspondre au globe terrestre représenté sur la mosaique citée plus haut, fig. 2, qu'au décor rigoureusement symétrique des globes de type A. On rencontre au Moyen-Age des mappemondes visiblement inspirées de ce groupe, ainsi une mappemonde du X* siècle d'un manuscrit de la Vita Karoli (SANTAREM, Atlas... pl. II.1) qui représente cing cercles groupés en pentagone autour d’un cercle central: ce sont les V circuli mundi. Non seulement il ne s’agit pas à proprement parler de la | Terre mais du mundus, mais de toute évidence, les légendes sont surajoutées à une figure qui n'est plus comprise, puisque le cercle central est inutilisé et n'a pas de sens dans l'interprétation choisie par l'auteur de la figure. 83 Denier de T. Quinctius Flaminius (127 av. J. -C.), CRAWFORD 267/1; denier de M. Caecilius Metellus (127 av. J. -C.), CRAWFORD n° 263/la = Padoue, Mus. Bottacin n° 179 sq. etc. Sur les deniers au Capricorne frappés par Auguste (BMC 644 sq.; GiarD 1354 sq.), le globe est «attaché» au gouvernail, disposition qui évoque plus un bouclier qu’un objet sphérique. Le sens n’en est pas modifié pour autant. # Bull. p. 156 «in quei denari vedesi un globo assai ben rilevato, intorno al quale ricorre un giro di cinque o sei come lunette crescenti, si che ha sembianza di clipeo macedonico ». 85 Les monnaies de C. Cornelius Lentulus, de 76 av. J.-C., en constituent la premiére apparition 4 Rome. Pour les monnaies hellénistiques, cf. SNG Copen. 1199 (Antigone Gonatas), SNG B. Berry 316; SNG Copen. 1313 (158-150 av. J.-C.).

Page 35

View in PDF(opens in a new window)
Tous les boucliers de ce type sont conçus selon le même modele: à la périphérie, sept alvéoles, que certains n’hésitent pas à nommer «croissants», décorées en leur centre d'une étoile entourent un épisèma central orné de la figure d'une divinité importante ou du Basileus (fig. 26). Une peinture de Boscoreale® nous montre le soleil au centre: nul doute que nous soyons en présence de boucliers cosmiques, qui nous représentent les sept planètes autour de l'élément moteur de l’univers, qu'on le recherche dans la personne royale ou dans une divinité; on sait que depuis Homère, le bouclier, tout comme la patère sont des métaphores du monde®?; à Rome, plus tard, le bouclier continuera d’être employé comme symbole cosmique : le bouclier macédonien accompagne la tête de Sol, le bouclier oblong orné d’un foudre celle de Jupiter **; tous les globes de la série A3, constellés ou non, évoquent soit des clipei, soit des patéres; leur sens, et, dans une certaine mesure, leur forme, restent pourtant sans équivoque possible celui d'un globe par leur contexte *. Alors que la sphère est modéle du Cosmos, le bouclier, ou la patére, en sont des métaphores, des évocations symboliques. Le passage a des globes de ces décors propres a des boucliers restait pourtant trés facile sur des piéces figurées en bas relief. Si nous retournons au groupe A!, nous constatons que le nombre des alvéoles se réduit le plus souvent à cing, souvent à quatre, et s'élève parfois a six: il s'agit là d'un phénoméne que nous trouvons déjà sur les monnaies hellénistiques, et qui affecte l'ensemble des représentations de boucliers macédoniens que nous rencontrons au Ier siècle avant notre ère 86 Cf. G. PICARD, op. cit. pl. XX XIII p. 53 et CRAWFORD 423/1. 87 Cf. W. DEONNA, Le trésor des Fins d’Annecy, dans R.A. XI, 1920, p. 125-149. Pour la patére, c. bronze gallo-romain: buste de Cybéle entre deux Cornucopiae croisées sur patére (à l'emplacement où l'on trouve normalement un globe), J. BaBELON, La Coll. Caylus, Paris, 1928, n° 9 pl. V. Pour le Moyen-Âge, cf. P. E. SCHRAMM, op. cit., p. 36 sq. 88 Cf. denier de Coelius Caldus : devant la tête, bouclier rond macédonien; derrière, bouclier rond orné d'un foudre (52 av. J.-C.), BMCRRI, 3833 = RRC 891 (= CRAWFORD 437/1 a). 89 Cf. p. 84, n. 78. TABARRONI (1965) p. 328, voyait dans le cercle extérieur du globe d’un médaillon de Commode, non la bordure d’un clipeus mais le Zodiaque vu du pôle de l'écliptique. C'est méconnaitre les conventions de ce type de représentation qui nous sont bien attestées, et où le Zodiaque acquiert une importance considérable, ce qui n'est pas le cas ici. Sur plusieurs intailles, nous trouvons aux côtés de la Victoire un bouclier voisin d'un globe, reposant, comme un globe sur un trépied: cf. Hanovre n° 892, pl. 117 et Walters, B.M.Cat. n° 3039 (le globe/bouclier est alors aux pieds de la Victoire).

Page 36

View in PDF(opens in a new window)
Fig. 26 — Tétradrachme, Macédoine Fig. 27 - Denier de C. Coelius Caldus sous domination romaine : tête d'Arté- (62 av. J.-C.) : tête de Sol: devant, boumis ornant l'épisèma d'un bouclier macédonien orné de sept étoiles. clier macédonien, derrière, bouclier oblong orné d’un foudre. Fig. 28 - Denier de M. Metellus: bouclier macédonien à 5 alvéoles; au centre, tête d'éléphant. Fig. 30 - Denier de T. Carisius. Fig. 31 - Denier de C. Cossutius Maridianus. Fig. 29 — Denier de Marc Antoine. Fig. 32 - Denier de L. Æmilius Buca. Fig.33 - Denier de L. Mussidius Longus. Fig. 34 — Denier d’Octave,

Page 37

View in PDF(opens in a new window)
sur les monnaies romaines®. Tout nous porte donc à croire que, dans la foulée du monde hellénistique, le sens cosmique du bouclier macédonien s'est perpétué dans le monde romain alors que les éléments proprement cosmiques de son décor, les sept planétes, ou les septem triones, avaient disparu; lorsque ce sens ne pourra plus étre pris en charge par ce seul symbole, c’est le bouclier constellé qui en assumera en partie le relais, tandis que les représentations, plus précises, du globe deviendront rapidement dominantes. Les globes du type A? illustrent assez bien ce passage du bouclier au globe: l’élement dominant y est la forme sphérique, tandis que les décors ne sont plus que la répétition mécanique et déformée d’archétypes anciens, dont la nature n'est plus perçue, mais dont le sens général reste compris, mais évoquent parfois assez précisément ceux du groupe B! dont ils sont contemporains?!. Si l’on accepte les termes de cette argumentation plus iconographique que géographique, en rapport avec la nature du type, nous devons écarter la vision progressiste de Tabarroni qui voyait dans le passage du type A au type B un progrès théorique lié à l'apport de la science grecque, et bientôt suivie de décadence. Comme nous le montre clairement l’exemple du monnayage d'argent de Q. Pomponius Musa, il n'y a pas de succession, mais une pure coexistence. Type B C'est le plus vaste de tous ceux que nous allons rencontrer; nous avons cru devoir y inclure tous les globes ornés de bandes sécantes, quelles que fussent la largeur de ces bandes, qui parfois se réduisent, sans modification fondamentale de l'objet représenté, à de simples lignes, et leur inclinaison. Ces éléments ont permis de déterminer des sous-groupes três clairement individualisés et d'une assez grande homogénéité interne, % Sur les monnaies hellénistiques, on trouve sept alvéoles d’Antigone Gonatas à Philippe Andriscos. Ce nombre descend à six sur une tétrobole anonyme de l’&poque de Philippe V et Persée. L'épiséma est orné d’une massue: SNG B. Berry 376; var. inédite vente Bale, 30/9, 1/10/1976, n° 126. A Rome, le nombre d’alvéoles est généralement de cinq, pour les deniers de T. Quinctius Flaminius, de M. Caecilius Metellus et (fig. 27) de C. Coelius Caldus; il tombe a quatre sur les deniers de MarcAntoine, CRAWFORD 427/1 et pl. LI-22 — cf. fig. 28 (Metellus) et 29 (Marc-Antoine). % Cf. tableau 1. Les globes ornés d'une figure carrée et les deniers de L. Pinarius Scarpus (Crawford 546/6 sq.) — cf. fig. 20 — comme, un denier de L. Mussidius Longus (44 av. J.-C.), d'après Cohen, n° 29 p. 13 sont à mi-chemin de A et B'.

Page 38

View in PDF(opens in a new window)
quoique les liens qui les unissent entre eux ne soient pas toujours lumineux si nous ne considérons que les maillons extrêmes de la chaîne”; il était toutefois impossible de séparer des sous-groupes qui s’enchainent naturellement de proche en proche. Sous-groupe 1 : ce n’est pas le plus abondant, mais c'est incontestablement le plus illustre, et le plus ancien après le groupe A!, puisque nous le retrouvons de façon systématique, à une exception près’, sur tout le monnayage de César où figure l'image d'un globe: parmi la très abondante documentation iconographique réunie par A. Alföldi®, nous n’avons nulle part trouvé un autre type de décor, et quel que fit le degré d’usure de la monnaie, nous avons toujours pu mettre en lumière l’existence originelle de ce motif. Seule une monnaie de Sepullius Macer, au revers de laquelle figure un temple, accompagné de la légende Clementia, et dont le fronton est orné en son centre d’un globe, résistait à cette interprétation; on pouvait invoquer de ce point de vue la petitesse du décor, qui pouvait suffire a justifier qu'un graveur se fût épargné la peine de graver un détail aussi infime; cela a sans doute été le cas pour la plupart des coins utilisés mais dans un exemplaire au moins, nous avons pu retrouver la trace irréfutable du même décor’; celui-ci se présente sous la forme de deux groupes de deux lignes paralléles largement espacées, inclinées selon un angle de près de 45° par rapport à la verticale; l'espace dessiné par leurs intersections, au centre de la figure, a la forme d’un losange®; l'écart entre les deux lignes d'un même groupe est très varia- #2 Par exemple, entre un globe du type de celui de médaillons de Numérien (cf. pl. 41) à deux bandes étroites, croisées et perpendiculaires, et un denier de T. Carisius (cf. pl. 30), frappé en 46 av. J.-C. : pourtant, le premier dérive a l'évidence du second. 9 Un denier de C. Cossutius Maridianus (CRAWFORD 480/15) qui normalement porte un décor de type B! est, on l'a vu, attesté avec un décor A!, à en croire Babelon et Cohen. Cf. supra p. 78 n. 68 et fig. 18. % A. ALFÖLDI, Caesar in 44v. Chr. t. II. (Antiquitas, 3), Bonn 1974; types III, XIII, XVI, XVIII, XXII; nous avons ainsi vérifié la présence de ce décor sur plus de deux cents des exemplaires publiés par Alfdldi (Cette particularité, qui a fourni l’essentiel de leur matiére aux exégétes des globes est si évidente qu’elle est bien connue des faussaires: cf. BN B. 668 (R.N. 1858). 95 Ibid. n° 42 pl. CLI (= CRAWFORD 480/21). % Q. Pomponius Musa, denier, 66 av. J.-C. (CRAWFORD 410/8), Vente A. Voirol (= Bâle 38 du 6-7/12/1968) n° 191 et Bâle 28 des 19-20/06/64 n° 215; T. Carisius, denier, 46 av. J.-C. (= Crawford 464/3a), tous les exemplaires consultés — cf. fig. 30; M. Mettius et C. Cossutius Maridianus, deniers de 44 av. J.-C. (CRAWFORD 480/17 et 480/15), tous les exemplaires — sauf fig. 18 n. 69 p. 80 — cf. fig. 31; denier de L. Aemilius Buca de 44 av. J.-C. (CRAWFORD 480/6), tous les exemplaires — cf. fig. 32;

Page 39

View in PDF(opens in a new window)
ble, et sur une même émission monétaire, peut aussi bien prendre l’aspect de deux bandes que déterminer un losange dont les angles sont tangents au cercle extérieur du globe. On n'a cependant retenu comme faisant par- Fig. 35 — Intaille, lapis- Fig. 36 - Autel de la gens Augusta, lazuli, Cambridge. Carthage. Fig. 37 - Denier de Domitia. Fig. 38 - Denier d'Octave. Fig. 39 — Aureus de Vespasien: revers emprunté à des deniers d’Auguste. Sepullius Macer, denier de 44 av. J.-C. (cf. n. 93); L. Mussidius Longus, denier de 42, av. J.-C., Grueber n° 4238, Padoue, mus. Bottacin Cat. N° 471 p. 84 - cf. fig. 33; denier d’Octave, 29 av. J.-C., Giard 13sq., BN Ailly 11242; id. (GrarD n° 37/42 = RIC 27), Vente Nicolas, Paris 9-10/03/82 n° 46, T. HÖLSCHER, op. cit. pl. I. 3 — cf. pl. 34; denier d’Auguste, Colonia Patricia, 16 av. J.-C., Grarp n° 1273 sq.; Caligula, quinaire d'or, COHEN 16; aureus de Vespasien (COHEN 586) BMC pl. 2. 7. (Le revers restitue celui d’Octave. GIARD 37/42); denier posthume de Vespasien (BMC p. 245 n° 129), Bale, auctiones 4, 26-27/11/74 n° 311; intaille, Metropolitan Museum, RICH- TER 1920 n° 344, pl. 77 = A. RICHTER (1956) n° 250, qui attribue l'original au IV¢-III« siècle av. n. é.

Page 40

View in PDF(opens in a new window)
tie de ce sous-groupe que les globes dont les bandes se chevauchent sans que le tracé de l’une d’elles soit pour autant interrompu et qui nous montrent quatre lignes parallèles deux à deux continues même dans les zones d’intersection. On a considéré comme variante du type (= var. a) quelques pièces où ces deux bandes épousent la forme arrondie de la sphére qui les supporte et qui évoquent plus directement que l’archetype des rubans placés à la surface du globe®’. Sous-groupe 2: il était délicat de savoir lequel, du sous-groupe 1 ou de celui-ci devait avoir l'honneur du premier rang: moins illustre que le précedent?, aussi anciennement attesté que lui, on ne sait, malgré la grande similitude du décor, surtout sur des objets d’aussi petites dimensions, lequel doit apparaître dérivé de l'autre... Sans doute apparait-il dans un plus grand nombre de types monétaires et iconographiques que le précédent, mais le groupe B' était si abondamment attesté dans le monnayage de César, que nous avons décidé de reléguer au second rang ce groupe caractérisé par la présence de deux groupes de lignes sécantes, comme en B'; cette fois-ci, en se trouve néanmoins en présence d’un véritable maillage, dense et serré, qui n’évoque plus des bandes, mais plutôt un filet qui recouvrirait la totalité du globe”. On a inclus dans ce sous-ensemble tout globe dont l’un des groupes de lignes sécantes excédait le nombre de trois lignes parallèles. L'angle que forment entre eux et par rapport à la verticale les réseaux de droites parallèles, comme dans le groupe précédent, est assez variable. Ici encore, on a cru bon, pour des raisons de chronologie et d’iconographie de considérer non comme l'archétype, comme le voudrait une logique exclusivement géographique, mais comme l’une de ses variantes les cas où l’un des groupes de lignes converge en un point donné de la figure 100 (= var. a). 7 Cf. intaille, Lapis Lazuli, actuellement au Fitzwilliam Museum de Cambridge, jadis à Bonn. Cf. SCHLACHTER p. 61 pl. II. 49. — cf p. 35; cf. aussi l’autel de la Gens Augusta a tunis, L. POINSSOT, L’autel de la Gens Augusta à Carthage, dans Notes et documents publiés par la Direction des Antiquités et des Arts de Tunis, X, 1929 — Cf. fig. 36; dernier de Domitia (RICII n°213), Courtauld Coll. n°91 pl. VIII — cf. fig. 37; Gort, Thes., t. III, p. 282, constellé. Cf. fig. 10. % Ni Cavedoni, ni Schlachter, ni Tabarroni ne le mentionnent. Seuls K. Miller et T. Hélscher en ont connaissance. % Les lignes qui le composent ont des orientations tout à fait variables, et peuvent étre courbes ou droites. 100 Mosaique de Torre Annunziata (cf. supra n.9), remontant peut-étre a un archétype grec du IV*-III* s.; denier de Pomponius Musa (Crawford 410/8), BN Ail-

Page 41

View in PDF(opens in a new window)
Sous-groupe 3 : on y a regroupé toutes les figures constituées de deux lignes sécantes au centre du globe, y compris lorsqu'elles ont assez d'épaisseur pour apparaître comme des bandes, sous réserve que le tracé de l’une d’elles au moins s’interrompe à l'intersection. On peut en distinguer deux cas principaux : a) les deux lignes se coupent à angle droit : elles occupent tantôt le plan de l'horizontale et de la verticale, tantôt (a’) elle sont inclinées selon un angle de 45° en moyenne avec ces deux plans !0!. ly 14294; sesterce de C.Considius Paetus, 46av. J.-C., CRAWFORD 465/8a et pl. LV. 12, BMCR n° 4098 pl. LII. 23; monnaie de Paphlagonie, IMHOFF/BLUMER, Kleinas Münzen I. pl. 5. 8. = SCHLACHTER pl. II. 89; denier d’Octave, COHEN I. 71 cf. fig. 38; denier d’Auguste, 16 av. J.-C., Colonia Patricia, atelier auxiliaire, GIARD n° 1273 sq., pl. L; id., 12 av. J.-C., Lyon, Giarp n° 1403 pl. LVI; intaille, FURTWANGLER, Beschreibung... n° 6640; Juba II, 16-17 ap. J.-C., Ashmolean Mus. n° 902 sq. pl. 22; sesterce posthume d’Auguste, Colonia Romula, GRANT, Asmects of the principate of Tiberius, Numism. Notes et Monogr.116, N.Y, 1950, pl. VII.6 et p. 100; denier de Titus, 79 ap. J.-C., R.I.C.H.C.C n°3 pl. 44, et de Vespasien, Mazzını 554 (= COHEN 554) cf. fig. 39; peut-étre aussi une intaille, Munich, t. II pl. 186 n° 2149, publiée comme omphalos sur trépied, et qui pourrait bien être un globe... var. a; dernier de Pompinius Musa (cf. supra), Padoue, musée Bottacin n° 367 (la reproduction photographique a été par erreur affectée au n° 366) p. 69; intaille, FURT- WÄNGLER, Beschreibung... n° 6652; denier d’Octave, 29 av. J.-C., Giarp n° 85 pl. IV; id., 29 av., GIARD n° 13 sq et pl. I; petit bronze d’Auguste, Philippes, Ashmolean Mus. n° 1101 sq. et pl. 26. 101 _ a: intaille, G. M. A. RICHTER (1956) n° 564; Hanovre n° 729 pl. 94, Ie s. av; FURWANGLER, Beschreibung... n°5171 (= M.L. VOLENWEIDER, Poträtgemmen... pl. 145. 21; as posthume d’Auguste, restauration de Titus (COHEN 551 sq.), MAZZINI 552; le même restauré par Domitien, BMC n° 506 et pl. 82,9, Mazzini n° 562; sesterce posthume de Faustine I, BMC Antonin n° 1460 pl. 35.5.; aureus de Carus, (RIC V. 2. 145/95 sq.), J. AMANDRY, M. DHENIN, et alii, Musée de Saint-Omer, cat. des monnaies d'or, Arras, 1983 n° 93, BN. n° 1520, Cartauld Coll. n° 136 cf. fig. 40; antoninien de Constance I, Lyon, BMC 302; Numérien, médaillon, bronze (GNECCHI 1), KENT n° 557. Cf. fig. 41. -a’: intaille, Genève, n° 578 et pl. 143. 2; denier de Domitia (BMC 63), KENT n° 242 — cf. fig. 42; denier d’Antonin (BMC 743), ex. de Vienne, Staats Münzensamm., d'après A. ALFOLDI, M.D.A.I.(R), 50, 1935, pl. 8. 17; denier de Commode, R.1.C.H.C.C pl. 113. 2; autel de Mars Victor, Risingham, IIIe siècle C.S.I.R, I. 1, pl. 50 n° 200; sarcophage III: siècle, lutte des Muses et des Sirènes, anciennement a Florence, passé au Metropolitan Mus. de New-York, cf. F. CUMONT, Recherches sur le symbolisme funéraire des Romains..., (B.A.H., 35), Paris, 1942, p. 325, n.4 et pl. XXV. 1; mosaïque, El Djem, K. M. D. DAUBADIE, The Mosaics of Roman North Africa, Oxford, 1978 pl. 22 b; sesterce de Gallien (COHEN n° 9) B.N n° 490; bouclier d'argent, Madrid, Théodose et ses fils: cf. SCHLACHTER pl.I.7, P. E. SCHRAMM

Page 42

View in PDF(opens in a new window)
b) l’une des lignes forme avec l’autre, horizontale ou verticale, un angle nettement aigu. Ces représentations sont courantes à partir de la fin du Ier siècle de notre ére!™. Fig. 41 - Medaillon de Numérien (4). Fig. 42 — Denier de Domitia. Fig. 43 — Solidus de Maxime. pl. IV. 9 b; aureus de Maximus, Londres, (RIC, 2 b) Kent 713; denier d’Antonin le Pieux, BMC p. 214 et pl. VI. 12 - cf. fig. 43. 02 _b: intaille, Hanovre n° 730 pl. 94, Iers. av. J.-C.; intaille, Vienne n° 402; peinture, Pompéi, casa d’Apolline, cf. SCHRAMM pl. I. 1; peinture, Ostie, maison des Muses, Monumenti della Pitt. ant. scop. in Italia. Sez. III. Ost. Fasc. III, La casa delle Muse, Rome, 1967, tav. VII (ambiente V, parete b, pannello A Destra), 125 ap. J.-C.; aureus d’Antonin (COHEN 964), Vente Voirol n° 22; sesterce d’Etruscilla, KENT n° 468; med. d'or de Dioclétien (GnEccHI 6), KENT 596. — Constellations a, a’, b: intaille, Munich t. III pl. 326 n° 3461; Antonin, sesterce, MAZZINI/COHEN n° 464 — cf. fig. 52; Numérien, Méd., Vatic. pl. XXVI. 82; Maximien, méd. Vatic. pl. XXX, 90; Maximin II, follis, Antioche (R.I.C. 636), Vente Zurich 24-25/11/77 n° 993 pl. LIX; Licinius I, aureus (RIC 817), Trèves, Vente Monte-Carlo, 7-8/11/77 n° 131; Lici-

Page 43

View in PDF(opens in a new window)
Sous-groupe 4: nous n'avons pu en trouver que six attestations: il s’agit de globes qui associent les caractéristiques des variantes a et b du sous-groupe 3; on y trouve donc trois lignes, sécantes au centre du globe, dont deux sont perpendiculaires, et la troisième forme avec l’une des deux premières un angle aigu. Ce sont: — une intaille portant l'image d'une double cornucopia croisée sur un globe (M. A Richter, 1922 n° 288 pl. 70) — un grand bronze d’Octave frappé à Lyon entre 40 et 27 (R.I.C p. 43 = cohen, 8)193 — un Aureus de Domitia (R.I.C. 212) 104 — denier de Lucius Verus (Cohen/Mazzini 240) — une peinture de Pompéi représentant la Muse Uranie '°5 — une autre peinture de Pompéi représentant une divinité syncrétique, cette dernière étant flanquée d'un globe constellé. Le type B, et particulièrement B', a été l'objet des gloses les plus satisfaisantes du point de vue de la géographie scientifique: certains, comme Cavedoni, y voyaient l'image de l’CEcumene en forme de chlamyde de Strabon coupée par les deux colures «commémorant la célèbre correction du calendrier due à Jules César»; cette interprétation, théoriquement impossible, a été depuis longtemps écartée par les commentateurs 17; d'autres, à la suite de Berger!®, ont voulu y voir l'image du globe terrestre concu et réalisé par Cratès de Mallos; G. Tabarroni a tenté de démontrer que les monnaies de César, avec leurs bandes larges, rappellent assez directement l'espacement des ceintures océaniques et des Ternius II, multiple aureus, BN photo 80 A 44 110; Constantin I, solidus, Constantinople, BN n° 29; follis, Constantin II (R.I.C. 312), BN n° 15578 (cf. Annexe 1); Constance II, follis, L.R.B.C. pl. II n° 34; Gratien-Théodose I, Antioche, L.R.B.C. n° 2673; Valentinien II-Arcadius, Rome, L.R.B.C. 775; diptyque d'ivoire, 409 ap. J.-C. Vienne, P. E. SCHRAMM, Sphaira pl. 6-12 b. 103 Ce globe a été parfois publié comme Soleil, par exemple dans le Catalogue de l’Ashmolean Museum; les exemplaires bien conservés de cette monnaie très rare, GRANT F.1.T.A. pl. VII. 23, vente Bale 30/11-1/12/62, vente Nicolas n° 99, montrent qu'il s'agit bien de trois lignes continues sécantes au centre de la figure. 104 Cf. MAZZINI, n° 11. 105 Cf. supra n. (38) 106 File partage les attributs d’Isis, de Fortuna et de la Victoire; prov. de Pompei; cf. SCHLACHTER, pl. II. 29. 107 Cf, SCHLACHTER p. 67 sq.; il est impossible d'avoir des colures ne passant pas par les pôles. 108 Geschichte der Wissensch. Erdk., p. 216.

Page 44

View in PDF(opens in a new window)
res habitées d'après Cratès de Mallos!®; ce faisant, il laisse de côté tous les globes qui réduisent à des bandes étroites les quatre lignes de ce type, et qui font la majorité de nos attestations... Cette hypothése ne peut d’autre part étre valable que pour quelques globes tardifs qui représentent les deux bandes non pas en oblique, mais respectivement horizontale et verticale; il faudrait en effet supposer que le globe, qui par sa nature doit partager l'orientation de la sphère céleste, dont il partage l’axe de rotation, est orienté non au nord, mais au nordest, ce qui est peu conforme aux orientations habituelles, or l’inclinaison ‘de ces bandes est constante au I* siècle avant notre ère!10. Si les ceintures océaniques de Cratés de Mallos restent inutilisables pour ces décors, que pouvons-nous tirer de la théorie? La géographie ne peut plus rien nous apporter; on trouve donc toute une série de propositions relatives a l'identification astronomique des deux bandes de ces globes: celle qui veut y voir l’horizon et le méridien est assez peu fondée dans la mesure oti ces deux cercles semblent ne pas avoir été portés sur les sphéres, mais sur leurs montures; l'hypothèse de Cumont, qui y voyait la voie lactée et le Zodiaque semble en tout cas préférable, et même assez plausible'!!!; l'hypothèse de la sphère céleste semble dans tous les cas préférable, si nous songeons à l’abondance de décors a bandes croisées constellées: le même décor pouvait-il désigner deux types de sphères différentes sur la simple présence ou absence de détails aussi ténus que des étoiles? C'est peu probable. G. Tabarroni a tout tenté pour démontrer que ces représentations n'étaient pas des &toiles!!2; il est vain de nier l'évidence, surtout 109 (1965) p. 337. Il situe la ceinture horizontale entre les deux tropiques et attribue à la seconde ceinture la même largeur par symétrie. 10 ]] faut attendre l'époque flavienne pour trouver les premiers globes de type B° a; eux-mêmes dérivent du type B', qui ne peut raisonnablement être assimilé au globe de Cratès; nous avons pu remarquer, à partir de l'étude de grandes sphères, que leur orientation, conformément à la théorie, est toujours au nord. 111 Textes et doc. relatifs aux mystères de Mithra, Bruxelles, t. I, 1896 p. 89; les deux cercles étaient portés sur la sphère, et tous deux avaient l'aspect de bandes; comme il se doit de cercles inscrits sur la sphère, il ne s’agit que de lignes parallèles et non de bandes continues; ainsi s'explique que dans le groupe B! les deux bandes dessinent un losange central alors que dans le type B? l’une des deux recouvre l’autre; l’archétype est donc plus adapté théoriquement à des représentations astrales qu'à des limites océaniques; des représentations plus récentes sur des manuels d'astronomie publiés chez Elzévire au début du XVII: siècle montrent des sphères dont les lignes caractéristiques restent le Zodiaque et la Voie Lactée... Ces deux bandes sont les seules qui ne soient pas des cercles théoriques, mais des lignes ou constellations visibles dans le ciel par l'observateur. 112 (1965) p. 349.

Page 45

View in PDF(opens in a new window)
lorsque cette évidence est confirmée par d'autres témoignages; laissons de côté l'intaille de Cambridge dont le sens est controversé!!3; on remarque les mémes bandes croisées sur un globe non constellé d’un denier de Domitia, qui nous montre le jeune fils de Domitien assis sur le globe, occupé a jouer avec les Septem triones, or nous possédons la méme représentation, sur une monnaie émise en Créte: elle nous montre alors Zeus enfant!!#; tout porte à croire que c'est cet archétype qui a conduit à la monnaie de Domitia, et il ne fait alors aucun doute que c’est la sphére céleste qui est designée cette figure cruciforme occupait déja le centre du globe du monument de Bath, qui est une sphére céleste; tout porte donc a croire que le lapis lazuli de Cambridge traite le thème iconographique bien connu du Sage spéculant sur l'ordre du Cosmos"'5. Le groupe B3, malgré ses différences de détail avec B! est susceptible des mémes interprétations: les deux bandes y sont tout a fait comparables; leur réduction occasionnelle 4 de simples lignes, la tendance à les transformer en deux bandes matérielles et non plus théoriques comme il convenait a des bandes célestes comme le Zodiaque ou la voie lactée, leur redressement progressif, qui tend à les faire se couper à angle droit selon les axes de l’horizontale et de la verticale semblent illustrer l'intégration de plus en plus profonde des décors dans une tradition iconographique qui ne cesse d’accroitre la distance qui sépare l'objet représentée de son modèle original, tout en en conservant globalement le sens 4 l'intérieur du systéme symbolique. L'attribution du groupe B‘ à la sphère céleste ne semble pas non plus devoir être mise en doute, puisque l'on a, dès le Ier siècle de notre ére, des représentations constellées de ce type. A choisir un sens a ces lignes, on peut considérer qu'elles reproduisent à l’origine les deux bandes précé- 113 Tabarroni y voit un globe terrestre; le compas serait l'attribut du géographe; son argument se fonde le frontispice d'un atlas de la fin du XVIII: siècle. L’attitude du savant, dans lequel on reconnaît généralement Hipparque est pourtant celle d'un homme qui observe les astres pour en reporter la position sur la sphère. Le fragment de vase en verre cité par Gori, cf. supra n. 51 et fig. 10, ne laisse guére de doute sur le sens puisque les bandes, comme la sphére, sont parsemées d'étoiles : les deux bandes sont donc des constellations ou des séries de constellations. 114 Domitia, BMC 63. La monnaie crétoise a été émise sous Trajan, mais il y a tout lieu de croire qu'elle perpétue l’archötype de la monnaie de Domitia: le fils de Jupiter terrestre est lui-même Zeus enfant; cf. SCHLACHTER pl. II. 47. 115 Cf. O. BRENDEL p. 1 sq.

Page 46

View in PDF(opens in a new window)
demment déterminées accompagnées soit de l'équateur !!é, soit d'un colure; là aussi, le décor tend à devenir de plus en plus conventionnel, et l'on remarque les mêmes variations d'orientation que dans le groupe B?. Le groupe B? est à la fois plus complexe et plus simple; si l'on excepte quelques rares cas marginaux où l'on peut avoir la convergence d'un des groupes de lignes, que l'on interpréte comme méridien et parallèles et qui désignent alors presqu’a coup sûr la sphère celeste!!7, l’ensemble des pièces conservées rappelle un filet; on ne peut invoquer la parallèle de Strabon, qui ne s'applique qu'à la cartographie118. La grande densité de cercles renvoie très certainement de façon plus allusive que précise à la sphère armillaire mais l’allusion n'en est pas moins très directe. Il n’est pas exclu que, pour des pièces d'assez grandes dimensions, comme la mosaique de Torre Annunziata ou un autel conservé au Musée des Thermes!!?, le modèle iconographique du type doive être recherché dans l’Omphalos delphique plutôt que dans la sphéropée : on a vu plus haut les liens qui unissaient souvent l'image du globe au registre apollinien et la grande parenté des supports; peut-être faut-il chercher dans cette direction les raisons, fort énigmatiques, d'une telle contamination. Type C On peut le considérer comme aussi répandu, sinon plus, que le type B; cette popularité est sans doute due aussi bien 4 sa facilité d’exécution que, comme on le verra, à son intelligibilité pour le public !°. Il se caractérise par la présence d'un diamétre matérialisé soit par une ligne simple, sur les objets de petites dimensions, soit, plus volontiers, lorsque 116 C'est le cas de la première attestation du type sur le grand bronze d’Octavien, cf. n. 103. 117 On se souvient des méridiens horaires d’Hipparque; l'enchevêtrement des cercles est très sensible dans une gravure illustrant l’histoire de la monnaie romaine de Mommsen. 118 La projection orthogonale de Strabon n'a pas à figurer sur un globe car elle est le moyen de passer du globe au plan. 119 Inv. n° 212207, Cat, 1/2, I. 31, pp. 234 sq. Il s'agit alors sans aucun doute possible d'un omphalos, reconnaissable d’un globe à son bourrelet inférieur. Le décor seul n'aurait en effet pas parmis de les distinguer. 120 G. Tabarroni (1965) l'avait déjà bien remarqué: il parlait d'une «utilisation» astrologue des sphères (p. 323). Le Zodiaque est en réalité l'élément le plus caractéristique de la sphère céleste pour un peuple aussi passionné d’astrologie que les romains. Ces reproductions n'ont plus vocation de rappeler la sphère des savants avec son zodiaque mal individualisé et vu de face. MEFRA 1984, 1.

Page 47

View in PDF(opens in a new window)
la taille de la pièce l’a permis, par une large bande tantôt incisée ou sculptée d'un seul tenant, tantôt symbolisée par deux lignes parallèles. Afin de faciliter l'identification de ces décors dans la suite de l’argumentation, on a affecté à chacune des quatre dispositions principales, par ordre de fréquence, un chiffre qui correspond moins à une distinction d'espèce qu'à de simples variantes internes qui semblent de peu de conséquence pour l’iconographie comme pour le sens!2!; lorsque la bande est Fig. 44 — Sesterce posthume de Titus, à limitation d’un revers de ses- Fig. 45 - Sesterce posthume de Néron Drusus frappé par Claude. terces de Néron Drusus émis par Claude. inclinée du haut et de la droite vers le bas et la gauche, on parlera du typeC'; la disposition inverse portera le nom de C2. Dans le cas de pierres gravées, on a retenu le sens de la matrice et non celui du moulage; au reste, l’essentiel de notre documentation étant de nature numismatique, ces hésitations d'orientation de la bande peuvent aussi bien être dues à la 121 Suivant le sens dans lequel on regarde un globe Zodiacal, l’orientation de la bande change naturellement: même lorsque nous avons une bande horizontale ou verticale, elle ne doit pas être interprétée comme le signe de l'équateur ou d'un colure, mais encore comme le Zodiaque: le globe d’Arolsen, par exemple (F. CuMONT, Textes et doc....I, p. 89 fig. 2), porte lui aussi une bande rigoureusement horizontale décorée des personnifications des douze signes. Une telle disposition n'est pas surprenante si l’on songe que la plupart des astronomes de l’Antiquite reconnaissaient l’écliptique comme ligne idéale de partage du ciel en hémisphé-

Page 48

View in PDF(opens in a new window)
confusion du graveur'?? qu'à une incertitude du type iconographique; le groupe C! n'en apparait pas moins très largement dominant, avec 3/5 des attestations du type'#. Enfin, en C3 et C4, on a classé les globes dont la bande a été excessivement couchée ou redressée au point de donner res- Fig. 46 — Détail du globe d’Arolsen Fig. 47 — Sesterce d'Hadrien: Tra- (d’aprés SCHLACHTER). jan remet le globe zodiacal 4 Hadrien. 122 On sait que l'écliptique occupe sur les représentations produites dans le monde romain une inclinaison de 45° environ au lieu des 24° qui lui sont théoriquement assignés par la science; sur certaines cartes des zones célestes, elle a pu atteindre dès l'époque d’Auguste une inclinaison de 54°, c'est-à-dire qu'elle a été confondue avec l'horizon de la Grèce (VIRG. Georg. I. 233 sq.). On approche alors de la verticale, qui peut avoir été atteinte soit par un redressement excessif de la bande, soit par une orientation à l’est attestée sur les planisphéres célestes mentionnés par Virgile. On a donc classé en C3 des monnaies où le dessin hésite d’autant plus entre la verticale et l’oblique que le graveur a voulu tenter de rendre la courbe de la bande a la surface de la sphére (cf. Denier votif d’Antoinin, COHEN/MAZZINI n° 158; le même en sesterce, id. n° 162 = BMC Marc Aur. pl. 72. 2; denier votif de Lucius Verus (BMC Marc-Auréle 502), vente Nicolas n° 540. 123 Les quatre catégories se répartissent ainsi : -C!: 31 exemplaires auxquels s'ajoutent 14 pièces constellées. - C2: 19 exemplaires, dont 5 constellés. - C3: 7 attestations dont 5 constellées - C4: 10 occurences dont 4 constellées. Soit au total 76 attestations différentes contre 81 pour l’ensemble du groupe B; les deux groupes sont numériquement très voisins; compte tenu de la très grande homogénéité du groupe C, on peut cependant le considérer comme numériquement dominant. C!: denier de Pomponius Musa, d'après BABELON et TABARRONI (1965) p. 322;

Page 49

View in PDF(opens in a new window)
pectivement une bande horizontale et verticale; il ne s’agit là encore, semble-t-il, que d'une variante accidentelle des archétypes. M. A. RICHTER, Metropolitan (1922), intaille n° 111 pl. 31; intaille, FURTWANGLER, Beschreibung n° 6627; Moyen bronze d’Auguste frappé par M. Maecilius Tullius en 7 av. J.-C., GIARD 650 sq. = BMC 217; Tibère, as, Rome, 36-37, BMC 135 = RIC 39; intaille, Vienne 402 et pl. 67, Ier s. ap. J.-C.; quadrans de Vespasien (RIC 503), MazzıNI, 346, coll. de l'auteur; sesterce de Vespasien (BMC 543), M. MILLER, Münzen des Altertums, Brunschwich, 1963 n° 290; sesterce de Titus (BMC 190), M. MILLER, op. cit. n° 373 cf. fig. 44; intaille, G. M. A. RICHTER (1965) n° 266; Sesterce de Domitien, BMC 295 et pl. 70. 9; sesterce du même, BMC 337 pl. 73.1; denier de Trajan, B. N 4491; dupondius d'Hadrien, BMC 1106 pl. 76.6; denier du même (BMC 237), vente Nicolas n° 380; sesterce du même (RIC594a-b = BMC 1211 sq.), MazziNI 1285; médaillon du même (GNeccHi, 90), B. N n° 2121; sesterce votif de Faustine I* (BMC 1459 = RIC 1163 a), vente Nicolas n° 498; Aureus d’Antonin (COHEN 113), B. N n° 700; sesterce du même, BMC 1715 pl. 41 1; sesterce du même, COHEN/MAZZINI n° 350 pl. LXV; denier de Marc-Aurèle, BMC n° 790 pl. 69. 14 et 808 pl. 70. 2; denier de Lucius Verus, (BMC Marc-Aur. = RIC 491) vente Nicolas n° 535; médaillon de Commode, Vat. pl. IX. 24; bas-relief, C.S.I.R.I.1 pl.55 n° 215; sesterce de Maximin (BMC 92), vente Nicolas n° 635; Aureus de Philippe II (RIC 216), vente PeyREFITTE n° 164; Aureus de Trébonien Galle, B. N n° 1322; med. d'or de Constantin I (GnEccH1 I. 23. 1), vente Bâle 28, 19-20/06/64 n° 479 et pl. 40. méd. de bronze, B. N n° 466; solidus de Valentinien I, Antioche (RIC 272, 2a), vente A. Voirol n° 624. Globes constellés: intaille Munich pl. 106 n°923, Iers. av. J.-C; relief augustéen de Ravenne: Auguste le pied sur globe; Hadrien (BMC 1101), sesterce, KENT n° 286 — cf. fig. 47; sesterce d’Antonin (BMC 1645), vente 28 Bale, 19-20/06/64 n° 351; sesterce d'Antonin BMC Antonin n° s 1551-1556 et pl. 37.2; Apothéose de Faustine, base de la colonne d’Antonin, Mus. du Vatican, Cour du Belvédère: sesterce votif de Lucius Verus, BMC Marc-Aur. n° 1359 Pl. 81.6; globe du Musée du Vatican, cf. supra n. (40); Buste de Commode en Hercule, marbre, Rome, musée des conservateurs; Licinius II, med. d'or, Sirmium VIII, pl. II. 6; le même de Constantin II, ibid. DE VIILS. C2: intaille, Vienne, 50 av. J. C., n° 392 et pl. 66: as de Tibère (cf. supra, C1), BMC pl. 25. 1; Caligula, quinaire de Lyon, B. N n° 286; quadrans anonyme, 1ère moitié du Il: siècle ap. J.-C., (RIC 28) Mazzini, t. V, Tessere, n° 39; intaille, FURTWANGLER, Berschreibung n° 7440; denier d'Hadrien (BMC 237), vente Bâle 7, 7-8/06/77 n° 682; denier votif d'Hadrien, BMC Antonin, n° 33 pl. I. 16; sesterce d'Hadrien, R.I.C.H.C.C n° 549 pl. 39; semis d’Antonin, BMC pl. 33. 10; sesterce de Marc-Aurèle, RIC pl. XII. 245 n° 1077 sq.; sesterce de Crispine, BMC Commode n° 435 pl. 102. 5; Aureus de Caracalla, B. N. 1167; sesterce de Balbin, (RIC 19), D. R. Sear, Roman Coins and their values, Londres, 1981, n° 2304 p. 220. Exemplaires constellés: As votif d’Auguste (BMC 155) frappé par Tibère, exemplaire publié par K. MILLER, op. cit, pl. 69. 1; intaille Aquilée n° 1430; denier et sesterce de Trajan (RIC 357 sq. et 661 sq.), R.I.C.H.C.C. n® 381 et 384 pl. XV = MAZZINI 320 (AE) et n° 196 pl. VI = Maz- ZINI n° 315 (AR). C:: sesterce de Néron Drusus frappé par Claude (BMC 157), Mazzini 8, collection de l'auteur (on rencontre sur le même revers, cf. vente Nicolas n° 134, et sur

Page 50

View in PDF(opens in a new window)
Il est assez délicat d’assigner 4 ce type fort homogène une zone chronologique clairement délimitée, pusqu’on le trouve sans interruption du milieu du Ie siècle avant notre ère à la fin du IV: après. Si l’on veut néanmoins, dans cette vaste fourchette, lui assigner une part plus spécifique, il semble qu'il faille la chercher aux Il: et IIIe siècles de notre ère124. L'attribution à la sphère céleste du type C n’a quasiment pas été contestée 125; les réserves les plus sérieuses sont sans doute celles qu'a jadis émises Miller, qui rappelait que le Zodiaque, avec lequel on s'accorde à reconnaître la ligne unique qui figure sur ces globes, apparaissait régulièrement sur les mappemondes médiévales représentant les zones terrestres; on sait qu'à l'époque augustéenne, de telles cartes existaient très probablement, Deux remarques s'imposent toutefois: ces cartes, dans son imitation par Titus, des globes de type C') cf. fig. 45; as votif d’Auguste (Tibére), BMC pl. 26. 5; denier et sesterce votifs d’Antonin MAZZINI/COHEN n° 158 et 162; denier votif de L. verus (BMC 502), vente Nicolas n°540; Aureus de Sévére II, KENT 602 pl. 154; les quatre derniers exemplaires sont constellés. C*: intaille Aquilée, milieu I* siècle av. J. C., n° 1420; pâte de verre, Berlin, cf. T. HOLScHER pl. I. 13; sesterce d'Hadrien (BMC 1286), SEAR, Roman coins... 1005; sarcophage, Florence, Offices, fin II* siécle, O. BRENDEL p. 91 fig. 18.; Sesterce de MaximinI (BMC 92), vente A. Voirol n° 504; le même de Pupien (BMC 56), ibid. n° 514; intaille Aquilée n° 1440; as d’Antonin, R.I.C.H.C.C. n° 338 pl. 62; ces deux derniers sont constellés, tout comme le globe d’Arolsen, cf. F. CUMONT, Textes et documents. .., t.1, p. 89, fig. II - cf. fig. 46. 124 Cf, Tableau I. 125 L’abondance des représentations constellées de ce type et la présence sur trois monnaies, un as votif d’Auguste frappé par Tibére (BMC 155) de type C?, un sesterce d'Hadrien (BMC 1101), cf. fig. 47 et un sesterce d’Antonin de type C', au revers de l'Italie assise sur le globe (BMC 1645), de la schématisation grossière, sous la forme d’une ligne pointillée au centre des la bande, des douze signes nous invite à y voir très certainement le Zodiaque. La comparaison avec les globes zodiacaux représentés sur la sculpture monumentale confirme cette hypothèse. 126 K. MILLER, op. cit. p. 130; ces cartes ne sont d’authentiques mappemondes, avec contours continentaux ou mention de régions terrestres, que dans des œuvres originales produites par le Moyen-Âge, comme celles de Guillaume de Conches ou de Lambert de Saint-Omer (ibid., p. 124 sq., pl. 59, 61 sq. et p. 40 pl. 8). Miller a toujours mêlé à tort les cartes de Macrobe qui, comme celles que mentionnaient déjà Virgile et Ovide étaient des cartes des zones célestes, et leurs dérivés plus spécifiquement médiévaux. Le témoignage de Cicéron, parlant de la projection des zones célestes sur la Terre ne mentionne pas l'écliptique parmi les cercles projetés sur la surface terrestre (Rep. VI. XX. 21); de fait le Zodiaque n’a aucune raison d'être projeté à la surface de la Terre sinon par le fait d'une incompréhension des cartes de Macrobe. On voit d’autre part difficilement comment il pourrait avoir seul été conservé à la surface de la Terre alors que l'élément caractéristique de

Page 51

View in PDF(opens in a new window)
l’Antiquite, sont des cartes du ciel, et non de la Terre; de plus il s'agit de projection qui n'ont que peu à voir avec nos globes. Nous disposons par ailleurs d’un assez gand nombre de grands globes décorés de Zodiaques qui tous apparaissent comme des globes célestes. On peut donc affirmer sans grand risque d’erreur que l'ensemble des représentations du groupe C, qu'elles soient ou non porteuses de l'image de corps célestes, renvoie selon toute probabilité plutôt à la sphère céleste qu'au globe terrestre, mais d'une façon plus symbolique que les grandes sphères plus directement inspirées des modèles scientifiques; les éléments signifiants qui y ont été reportés renvoient d'ailleurs moins aux instruments de l’instruction astronomique qu'au registre de la sensibilité astrologique et religieuse: c'est le Zodiaque qui a la plus grande partie des honneurs, et avec lui la voie lactée, lieu du catastérisme des grandes ames. Ces éléments, qu’avait déja bien entrevus Tabarroni ne doivent pourtant pas étre mis au compte d'une quelconque décadence scientifique, puisque l'on ne saurait établir entre eux de hiérarchie épistémologique, mais doivent être considérés comme des éléments iconographiques à vocation symbolique; c'est précisément parce qu'il existe un symbole unique, le globe, qui désigne le Tout, que l'on a pu se passer le plus souvent de déterminations supplémentaires empruntées à l’astronomie scientifique et dont la subtilité aurait sans doute été source de confusion ou d’incompréhension. LE GLOBE COMME ELEMENT SYMBOLIQUE Si nous examinons la ventilation des types de globes a l'intérieur d'un registre iconographique donné, nous constatons un totale équivalence des divers types de globes. Le type B? est clairement identifié comme sphère céleste par sa présence au centre de l’assemblée des Sept Sages sur la mosaïque de Torre Annunziata: il reparait sous le pied d’Octave-Neptune, entre les pattes du Capricorne, sous le buste de Livie, sous les pieds de la Victoire, sous les régnes d’Auguste et de Tibére. cette famille de documents est la présence de cercles horizontaux dont nous avons ici perdu la trace. Enfin, on remarque que tous les grands globes porteurs du Zodiaque sont constellés, particularité qui se retrouve sur un assez grand nombre de petits objets où on les voit apparaître de facon tout a fait indifférente avec les mémes globes non constellés pour une même période et à l'intérieur d'un même contexte.

Page 52

View in PDF(opens in a new window)
Nous connaissons de nombreuses représentations de la Muse Uranie, dont la sphère est à l'évidence une sphère céleste: les types attestés sont B!, B? et sa variante a, C! pour la seule émission de deniers de Pomponius Musa'??; on rencontre par ailleurs les diverses variantes du groupe B3!28et B*; aucun de ces types n'est constellé, pourtant il est impératif de les considérer comme des exemples indubitables de la sphére céleste. Du personnage d’Uranie, il convient de rapprocher les représentations de Prouidentia; le rapport peut 4 première vue surprendre: G. Tabarroni a bien rendu compte des raisons d’un tel rapprochement, qui est manifeste dans l’iconographie de cette allégorie à partir de Trajan: le geste consistant à désigner un globe posé à ses pieds, et à le désigner, à partir d'Hadrien, à l'aide d’un bâton, bacillum ou radius qui caractérise habituellement la Muse de l'astronomie; l’iconographie de l’allégorie suit au reste la même évolution historique que celle de la Muse 12°. On est donc en droit de penser que le globe qu'elle désigne est de même nature; en réalité, il n'est même pas besoin de faire appel à cette comparaison: dès son apparition sous Trajan, le globe qui la flanque est constellé '3!, 27_B!: vente A. Voirol n° 191 et vente Bâle 28 des 19-20/06/64 n° 215: B2: B. N Ailly 1494; CRAWFORD 410/8; BMCR 3628; B? a: Padoue, Musée Bottacin n° 367 (illustration se trouve par erreur au n° 366) p. 69 et Pompéi, Maison des Vettii, cf. O. BRENDEL, M.D.A.I.(R), 51, 1936, p. 17, fig. 4; C!: d'après le témoignage de Babelon et Cohen, confirmés par G. TABARRONI (1965) p. 322 sq. 128 B 3; cf. F. Cumont, Recherches... pl. XXXV. 1; mosaïque, El Djem, K. DauBADIE, Mos. of North. Afr. pl. 22 b; Ostie, Maison des Muses, cf. supra n. (100). B‘: Pompéi, maison d’Epidius Rufus, cf. supra, n. (38 b). 129 G. Tabarroni (1965) p. 326 rappelle les origines aratéennes et stoiciennes de cette npóvora. La colonne sur lequelle reposait parfois le globe tend à passer derriére Uranie qui y appuie le coude, comme Providentia sur les premiéres émission de Trajan. Le radius, qui apparait comme attribut de Providentia sur les monnaies 4 partir de 136-138 (cf. J. P. MARTIN, Providentia deorum, Rome, 1982, p. 494 n° 43) est, cf. MARTIANUS CAPELLA, VI. 580, l'attribut d’Uranie (cf. Bo&ce, cons. Philos I Prosa 4. 3, qui en fait l’attribut de la philosophie); c'est que, comme Uranie, ses deux dérivées ont la connaissance des choses célestes et les enseignent aux hommes, comme le rappelle l'attitude didactique qu'elles ont par rapport à la sphère (cf. BRENDE, M.D.A.I.(R), 51, 1936, p. 13 et n. 1); la filiation iconograhique produit ainsi un sens qui dépasse assez largement celui de la seule npövoıa stoïcienne. Les globes de Providentia sont tous de type C. 130 Les deux personnages vont peu à peu prendre le globe en mains; cette transformation, qui ne met pas fin aux autres représentations de Providentia apparaît sous Marc-Aurèle en 161 (J.-P. MARTIN p. 436 n° 52); la transformation est déjà présente à Ostie dans la Maison des Muses sur des peintures que l’on date de 125 de notre ère. 131 BMC 1101 = KENT 286 — cf. fig. 47.

Page 53

View in PDF(opens in a new window)
comme l'est celui que remet Trajan à Hadrien sur des Sesterces de début de règne accompagnés de la légende DAC PARTHICO PM TRP COS PP, mais qui reprennent très précisément un thème iconographique attesté dans la numismatique depuis Domitien avec la légende Providentia'3?; ce globe porte en effet, très distinctement, sur l’exemplaire le mieux conservé à ce jour, la trace des signes du Zodiaque au centre de la bande qui divise le Fig. 48 — Coupe de Boscoreale, detail: Auguste tenant le globe. | Fig. 49 - Médaillon de Constance II (AV). globe. Ces représentations renvoient sans aucun doute au globe de Providentia, mais, dans la mesure où ils apparaissent avant l’allégorie Providentia sur les monnaies, il est probable qu’ils font allusion au globe impérial que nous connaissons depuis l'époque d’Auguste!33, et qui est alors 132 Titus, Providentia Augus. / S.C: Titus à dr. Domitien a g. soutiennent un globe entre eux deux; un gouvernail les sépare (RIC II n° 97 sq.) Nerva, PROVIDENTIA SENATUS / SC: Nerva debout tenant un globe en face d’un sénateur debout (R/C n° 90); Trajan, PROVID. TR P COS II PP: Trajan debout à dr. recoit un globe de Nerva debout a g. (RIC 28); Trajan, PROVIDENTIA SENATUS, Trajan debout à gauche tenant un sceptre face à un sénateur en toge. Il soutiennent un globe (GNECCHI n° 2). 133 On en a deux attestations : le globe le plus ancien que nous ayons rencontré

Page 54

View in PDF(opens in a new window)
dépourvu de décor. Aux troisième et quatrième siècles, ce globe impérial est systématiquement constellé et Ammien Marcellin nous le décrit comme une sphère construite de façon à avoir l’aspect du ciel'#. Nous avons à notre dispositions un nombre très réduit de jalons entre Auguste et Hadrien : sous Claude, sur un sesterce au droit de Néron Drusus, on a un globe de type C au pied de la chaise curule où est assis l'empereur qui domine un monceau d'armes!5; ce revers sera repris à l’époque flavienne, avec des globes qui ne nous ont livré aucune information... On peut également penser aux as de Tibère au revers desquels figure un gouvernail sur un globe de type C est encore une sphère céleste, or le même symbole apparaît sur les sesterces de Titus au revers Providentia à l'aplomb du globe soutenu par les deux frères. Les coupes de Boscoreale de la collection Rothschild, qui nous montrent l’empereur de face assis en majesté sur son trône renvoient à l’iconographie de Jupiter, dont l’un des attributs dans une telle posture est le globe, qui ne peut être raisonnablement identifié qu'avec la sphère céleste!%. Le globe impérial, que nous dans ce type de contexte — et si l'on laisse de côté les cas où l’empereur pose un pied sur le globe — se rencontre sur certains coins d’un denier d’Octave qui apparaît au revers vêtu d’une cuirasse et d'élancant à gauche; dans la main droite, il tient parfois un globe (B. N n°3118; le même sans le globe, B. N Ailly n° 11246); autre exemple: coupe de Boscoreale de la collection Rotschild — cf. fig. 48. 134 XXV. 10. 2 «Nam et Maximiani statua Caesaris, quae locata est in uestibulo regiae, amisit repente spharam aeream formatan in speciem poli, quam gestabat »; cf. Numérien, méd., Vat. pl. XXXVI. 82; Maximien, ibid. pl. XXX. 90; Constance II, med. (Antioche), GNEccHI 4 = KENT 676 — cf. fig. 49; Diptyque d'ivoire, 409 ap. J.-C., Vienne cf. P. E. SCHRAMM pl. 6. 12 b. 135 Cf. fig.45; RIC78 = BMC157, repris au revers d'un sesterce de Titus (BMC 190 = RIC 110) cf. pl. 44.; c'est encore un globe de type C! qui figure sous le pied de Vespasien, sur certains sesterces de la série IVDEA CAPTA de Vespasien en alternance avec un casque, cf. M. MILLER, op. cit. n° 290, et c’est un globe Zodiacal constellé qui apparait déjà sur le relief augustéen du Musée de Ravenne dans la même position sous le pied d’Auguste : il est donc probable que le globe qui figure dans une telle position est dès l’origine un globe céleste, puisqu'il est indubitable qu'il a cette nature dès l'époque augusténne: le globe écrasé par Rome sur les deniers de Fufius Kalenus (RRC 823), qui constitue la premiére attestation du type, en 69 av. J.-C., et qui est dépourvu de décors semble donc devoir prendre la même signification... 136 Cette attitude frontale si rare dans l'art romain est celle de Jupiter, qui apparaît avec le même attribut et dans la même posture sur deux intailles, La Haye n° 473 et Hanovre 1356 pl. 187; l'archétype hellénistique semble avoir été voisin, à la différence que Zeus y tenait une patère. Une fois de plus, Auguste ne dit pas directement qu'il est Jupiter: il ne tient pas le foudre et n’a pas l'aigle à ses pieds, mais l'attitude est celle du dieu souverain: une fois de plus, l’art augustéen suggè-

Page 55

View in PDF(opens in a new window)
recontrons sous les formes B3 et C, semble donc, même lorsqu'il est un globe lisse devoir être identifié avec une sphére céleste. Nous pouvons encore le vérifier pour le groupe B! à partir d’un denier de Sepullius Macer, qui nous montre l'image d'un globe au tympan d'un temple que l'on suppose être celui de Clementia'37; le globe à cet emplacement, où apparaissent régulièrement des symboles cosmiques !38 doit nécessairement être compris comme image du Tout, comme tous les autres globes, dont nous n'avons malheureusement pas conservé les détails et qui en ont peut-être toujours été dépourvus, que l'on peut voir figurer à un emplacement similaire sur d’autres édifices, comme par exemple au fronten du temple de Zeus Olympien 132. Les scènes de Consecratio nous renvoient également sans moindre re plus qu'il ne dit, mais le sens est clair; on trouve ici les éléments les plus anciens d'une tradition qui aboutira sous la première tétrarchie à la représentation d'une passation ou d'un partage de globe comparable à celui des monnaies a légende prouidentia, mais où le vis-à-vis de l'empereur n'est plus son prédécesseur ou le Sénat, mais Jupiter lui-même (Dioclétien, RIC 252; Maximien Hercule, RIC 595; Constance I, RIC 672; Galère, RIC 717; Sévère II, RIC 60 a; Maximin II, RIC 60 b), et à une distribution des Césars et des Augustes en Joviens et en Hercules, or le globe est également l’attribut d’Hercule... On peut suivre les jalons de cette tradition: une intaille de Genève représente Auguste radié; a côté de son portrait, un aigle sur un globe (Genève n° 200); ce dernier symbole réapparait sur les as votifs d’Auguste, mais Vespasien, le premier, l’utilisera de son vivant (RIC 747); Domitien se fait représenter le foudre à la main, couronné par la victoire (RIC 363; même thème chez Hadrien, R.I.C.H.C.C n° 152 et sur un Aureus de Marc-Aurèle, B. N n° 890), et assimile son fils à Zeus enfant (cf. supra p. 96); les liens de l'empereur et de Jupiter sont donc dès le Haut Empire moins ceux d'un partage que d'une identité; le globe céleste sur lequel est assis Zeus, comme le fils de Domitien, et qui caractérise les dieux dont le pouvoir est étendu a l'ordre du monde et qui agissent en accord avec lui, est donc tout naturellement le symbole du prince: le fait est évident pour le Bas Empire, il peut se démontrer pour le Haut Empire, puisque l’empereur en est accompagné dès le régne d’Auguste et qu'à partir de l'époque de Claude il le sera de globes de type C ou B?, parfois constellés, mais appartenant de toutes facons a des groupes qui désignent sans ambiguité la sphére céleste. 137 A. ALFOLDI, Cesar in 44 v. Chr..., pl. 151 n° 42. Le décor B! était déjà cosmique sur les deniers de Pomponius Musa, antérieurs de vingt ans; nous le retrouvons en 44 avec le méme sens; il semble donc logique de devoir conclure que les autres globes du méme type frappés sur les monnaies de César et leur postérité Augustéenne sont également des sphéres célestes. 138 Par exemple le croissant lunaire. 139 Cf. BMCR III pl. CXII/10-11, sur un denier d’Auguste; on en trouve de nombreuses autres attestations, cf. par ex. Macrin, Grand bronze de Phénicie, BMC Phoenicia 165 = Vente Nicolas n° 608.

Page 56

View in PDF(opens in a new window)
doute possible à la sphère céleste: les as votifs d’Auguste!# nous montrent déjà un globe constellé orné d'une bande zodiacale: c'est le motif que l'on retrouve sur la base de la colonne d’Antonin le Pieux et sur des monnaies du même empereur'*!; les restitutions de Titus et Domitien de ces as votifs d’Auguste nous montrent des globes de type B? a lignes croisées, que nous retrouvons dans le même contexte sur les monnaies votives émises par Commode en l'honneur de Marc-Aurele!#,. Ces représentations, qui appartiennent toutes, sauf la base de la colonne d’Antonin, au type de l'aigle éployé sur globe ne sont pas différentes de celles qui nous montrent un méme motif hors d’un contexte de Consecratio, comme c’est le cas du globe d’Arolsen !#; c'est que, n'en déplaise à Cumont, l'aigle représenté sur ces revers n'est pas l’aigle psychopompe, mais l'oiseau de Jupiter descendu quérir le second terrestre du maitre des cieux. Le globe céleste apparait aussi dans les scénes d’apothéose d’impératrices comme attribut d’Aeternitas, divinité elle-même constellée, porteuse de globes du type B? et C!, voire de type C! constellé #4. Indubitablement céleste est encore le globe qui accompagne Tellus Stabilita dans plusieurs émissions de médaillons du IIe siécle'45: c'est la sphére sur laquelle évolue les saisons et que l'on a déjà rencontrée sous la forme d'une sphére armillaire dans le planisphére de Stabies, et que nous retrouvons sous trois formes: une bande Zodiacale'!**, un bouclier constellé 47 et un globe couvert d’étoiles '4*. Cette allégorie de la Terre nourriciére associée a l'équilibre du Tout nous renvoie a plusieurs autres revers 140 BMC 135-RIC 39 et pl. 25/1. 141 BMC Antonin n° 33. Cf. BMC Marc-Aurèle pl. 72. 2 = Mazzini n° 158 et 162; BMC Marc-Auréle pl. 81. 6. 142 Titus: MAZZINI, Auguste 552 = RIC, Tit. 199; Domitien, MAzzINI Aug. n° 562 = RIC, Dom. 456 et pl. 82. 9. 143 Cf, SCHLACHTER pl. I. 17; cf. intaille Aquilée n° 1440: aigle sur globeC* constellé. 14 Faustine I. BMC Antonin n° 1460 pl. 35. 5 (B?), Vente Nicolas n° 498 (C'); Aeternitas assise sur globe constellé: BMC Antonin n° 1151-1156 et pl. 31. 2.; Aeternitas avec nimbe constellé : BMC. Antonin n° 1495-97 et pl. 35. 14. 45 Sous Hadrien (GNECCHI n°90 et pl. 145. 12), Antonin (GNECCHI n°97 et pl. 54. 7.) et Commode, GNECCHI n° 125-131 et pl. 86, 8-10 = GRUEBER, Roman med. pl. XXXII, 1. 146 Méd. d'Hadrien, BN ne 2121. 147 Commode, d'après TABARRONI (1965) p. 328 reprenant COHEN II p. 366 48 Commode. Cf. KENT n° 359 — cf. fig. 50; ce globe constellé est également l’attribut de Rome.

Page 57

View in PDF(opens in a new window)
monétaires, en particulier à celui d'un sesterce de l’empereur Hadrien porteur de la légende REsTITUTORI ORBIS TERRARUM : on peut y voir l’empereur occupé à relever une allégorie féminine agenouillée devant lui, coiffée d'une couronne tourrelée tenant un globe de type C!!4: cette scène a parfois été interprétée comme la restitution par l'empereur du globe Terrestre à la Terre!50; c'est se méprendre de plusieurs points de vue: la Fig. 50 - Medaillon Commode (4). de Fig.51 - Sesterce d’Hadrien: Oikouméné, age- Fig.52 — Sesterce d’Antonin le Pieux: l'Italie asnouillée devant l’empesise sur le globe. reur, tient le globe. légende, fréquente pour divers toponymes !51, ne désigne pas la restitution d'un objet, mais le relèvement de l’allegorie agenouillee: le globe n'est donc pas l’objet de la restitution; il n'est même pas l’attribut exclusif d’Orbis Terrarum qu'on a cru y voir, c'est-à-dire l’image géographique de l’allégorie qui le tient en main, puisqu'on retrouve très exactement la même scène au revers d'un sesterce de Marc-Aurèle, cette fois-ci avec la légende RESTITUTORI ITALIAE: le globe en question ne peut donc être le commentaire de l’allégorie!%. On pourrait alors supposer que le globe terrestre est à la fois le symbole de l’Orbis Terrarum et de l'Italie qui s'en est rendue maîtresse. Une telle hypothèse est incompatible avec les représentations de globes de type C!, qui comme on l’a bien vu désignent des 149 MAZZINI 1285 (RIC 594 a-b; BMC 1211 sq.); cf. fig. 51. 150 MILLER, loc. cit. 151 Hadrien: Rest. Galliae (AR). BMC. 878; Hispaniae, BMC. 1816 note; Bithyniae, Vente Nicolas 426; Africae, BMC. 1790. 152 Marc-Aurèle, Sesterce, BMC. 1449-1452, pl. 83-2; Italia porte un globe de type C2. Nous retrouvons la légende RESTITUTORI ORBIS sous Gallien, sur un sesterce (KENT n° 483) où l’allegorie, en tout point identique, a perdu son globe.

Page 58

View in PDF(opens in a new window)
globes célestes et se retrouvent dans les deux émissions; il y a plus grave: une monnaie d’Antonin le Pieux (fig. 52), reprise par Commode! nous montre sous la légende IrALIA une allégorie féminine porteuse d’un sceptre assise sur un globe dont nous avons trouvé deux décors différents, mais tous deux constellés, de type B3 et C!; il est donc clair, malgré les résistances qu'a suscitées cette lecture imposée par les documents, qu’/talia et Orbis Terrarum ont pour attribut la sphère céleste. Nous manquons toutefois de documents explicites relatifs aux groupes À et B*, qui ne se rencontrent pas en compagnie de personnages susceptibles d'indiquer leur caractère céleste; nous devons donc faire appel à une autre méthode, et nous référer à des séries plus abondantes dans lesquelles apparaissent les globes de ces groupes dans un contexte où l’on trouve en majorité des globes que nous pouvons désormais identifier comme célestes par leur décor. Le plus riche de ces contextes est celui qui associe le globe à la Corne d'abondance seule, double ou en association avec d'autres symboles, tels que le gouvernail, l'épi, le sceptre, les faisceaux, le modius le caducée, etc. Pour s'en tenir au Ier siècle avant notre ère, nous recontrons les types A!, A2, B!, B2, B3 X, et C, constellé et non constellé 154 : il est peu probable que ces représentations, qui s’articu- 153 Antonin: MAZZINI 464 = B.M.C. (42) BMC 214 (AR); Commode B.M.C. 549. 154 globe lisse: intailles, Genève n° 422 sq. et Vienne n° 393; type A!, a cinq alvéoles: denier de Marc-Antoine, B. N n° 3050: Cornucopia double croisée; au centre, caducée; a quatre alvéoles: intaille Genève n° 424, d'époque Césarienne; type A2 : int. Munich, t. III, n° 2266, I: siècle; les deux intailles, très voisines portent un gouvernail croisé avec la Corne, qui est double dans l’exemplaire de Genève et porte un caducée; le même motif que l'intaille de Genève se retrouve à la même époque sur une autre intaille de Munich, t. III, n° 3461 avec un décor de type B? constellé, qui nous permet d’identifier le globe comme une sphère céleste dans ce type de contexte iconographique. On rencontre encore le type A3, à l'époque d’Auguste sur un intaille de Vienne, n° 393; le groupe B se rencontre sur les monnaies de T. Carisius et Mussidius Longus frappées en 46 et 42 (BMCR, II n° s 4065 sq. et 4238); sur le paralléle de cette série de symboles avec ceux que nous voyons apparaitre sur les intailles, cf. M. L. VOLLENWEIDER, art. cit.; la variante a apparait dans l’autel de la gens Augusta de Carthage, cf. fig. 36; le groupe B? apparait conjointement avec le groupe B! dans les sesterces de Considius Paetus, en 46 (CRAWFORD 465/8 a); le groupe B? apparaît sur une intaille de l'époque d’Octavien, FuRTWAN- GLER Beschreibung n° 5171; le groupe B* est attesté sans doute par une intaille du Metropolitan Museum, RICHTER (1920) n° 288 pl. 70; le groupe C est également représenté dès le milieu du I* siècle sur une intaille de Vienne n° 392. Si nous ajoutons à cette liste le type B? constellé mentionné plus haut et une variante B? a (intail. FURTWÄNGLER, Beschreibung n° 6652) tous les types sont représentés dans cette

Page 59

View in PDF(opens in a new window)
lent sur une période de vingt ans autour de la dicature de César aient utilisé le même groupement de symboles dans des sens différents; sachant que dans la même période, les types B!, B? et C désignent indubitablement dans d'autres cas la sphère céleste, il est nécessaire de conclure que les typesA! et A? la désignent aussi. La même conclusion s'impose pour le groupe A? tel qu'il apparaît sur les deniers au Capricorne d’Auguste conjointement aux groupes B? et A? X. Nous avons donc été contraint d'admettre que chacun des types que nous avons inventoriés, dès le Ier siècle avant notre ère, représentait la sphère céleste, soit parce que le contexte imposait cette lecture, soit parce qu'il était inadmissible, dans l'hypothèse où ces décors distinguaient les globes terrestres des sphères célestes, qu'ils pussent désigner à une même époque deux réalités différentes. I] serait intéressant d’examiner cas par cas toutes les attestations de globes en les mettant à la fois en rapport avec les symboles ou personnages associés, et avec leur disposition par rapport aux autres éléments; cette perspective permettrait de raffiner analyse du sens symbolique: on a vu que le globe désignait toujours la sphère céleste comme symbole de Weltherrschaft d’ Auguste au Bas-Empire, et que jamais cette nature profonde ne disparaissait devant un globe réduit à un simple symbole de puissance ne renvoyant pas à un objet extérieur mais en quelque sorte auto-référentiel; en ce sens, faire figurer des étoiles ou un Zodiaque, c’est éviter de tomber dans les piéges d’une convention qui aurait privé le symbole de son sens le plus plein. Ceci nous suggère une perspective d’analyse qui doit être le complément nécessaire de la présente étude: il est en effet probable que la sphére céleste, dans la mesure ou elle ne cesse jamais d’étre percue comme telle, peut avoir eu série dès le I: siècle, et globalement dans une fourchette de vingt ans de part et d'autre de la dictature de César, on est tenté d’identifier tous ces types de décors du point de vue du sens; la présence d’un globe constellé dans la série confirme l'impression donnée par la présence de types dont le sens, à l'intérieur de la même période, est par ailleurs celui de sphères célestes. On peut faire la méme analyse du théme du gouvernail sur globe, qui recouvre largement celle de la Cornucopia: on retrouve le type A! a six et cinq alvéoles sur les deniers de Cn. Cornelius Lentulus (CRAWFORD 393/1 a); a quatre alvéoles cf. supra, Genève 424; A?: les quatre attestations sur intailles inventoriées pour la série, toutes du premier siècle; A? n'est pas attesté; B!, cf. supra; B?: int. Hanovre n®728sq.; C!: cf. supra; on a enfin deux représentation constellées l’une de type B3, déjà citée, l'autre du type C!, intaille, Munich ne 923, toutes deux du premier siècle. L'hypothèse se trouve donc confirmée, et il est dès lors certains que l'ensemble de ces décors est absolument indifférencié du point de vue du sens.

Page 60

View in PDF(opens in a new window)
plusieurs sens différents selon le contexte dans lequel elle a été placée et qui est susceptible de la faire passer d'une série iconographique à une autre. Il est vain de considérer que le globe céleste est l'attribut de l’empereur en soi: selon qu'il est à ses pieds, que l'empereur appuie un pied sur lui, qu'il le tient à la main, qu'il est surmonté ou non d'une victoire, que l'empereur est debout ou assis, nu, en toge ou cuirassé, qu'il appuie sur lui un gouvernail ou qu'il se trouve par rapport à lui dans l’attitude d'un philosophe ou d'un astronome, le sens peut varier de facon considérable, dans la mesure où le globe sera moins l’attribut de l'empereur que celui de l’allégorie dont il choisit de prendre l’attitude et les symboles. Certains avaient senti, depuis longtemps déja, que le globe qui accompagne la Victoire est un globe céleste, ce que confirment les décors que nous y rencontrons!5; d’autres avaient réfuté cette hypothèse au nom du sens: la Victoire ne pouvait dominer que la Terre... C'était oublier qu'il existe un type iconographique du personnage assis sur une sphére, dont l'archétype est une représentation d’Aphrodite Urania, repris sans doute par les images de l'enfance de Zeus: cette sphère est une sphère céleste; dans le monde Romain, nous avons des représentations de philosophes, de l'Italie et de Rome dans cette attitude : dans tous les cas, nous pouvons affirmer sans possibilité d'erreur que ces sphères sont célestes!56; lorsque l'on choisit de représenter ainsi la victoire, elle s'intègre à cette série iconographique, et la sphère sur laquelle elle s’asseoit, qui n'est pas l’objet d'une domination, mais un séjour divin, est tout naturellement une sphère céleste, ce qui est aisément vérifiable si l’on sait la nature véritable du type A’. Pour des raisons d’espace, il nous sera impossible de pratiquer dans ces lignes ce type d’exégése, mais une méthode comparable à celle que 155 Ces groupes sont A! sur les quinaires d’ Auguste et leur curieuse variante sur ceux de Tibère, qui n'est plus qu'un élément décoratif sans signification, cf. pl. 19 et 22, groupesB', B? et sa variante sur les deniers d’Auguste, B? et B? constellé dans les globes nicéphores tenus par les empereurs du Bas Empire, B* sur des deniers de Lucius Verus et le méme type constellé sur une représentation d’une Isis-Victoire-Fortune d'une peinture de Pompéi cf. SCHLACHTER pl. I. 29, C sur un bas-relief C.S.I.R. I. 1 n°215, et même des sphères lisses ornées des figures de la lune et d'une étoile, cf. T. HÔLSCHER pl. IV. 3. G. Ch. Picarp, Les Trophées romains, Paris, 1957, p. 55 et 263, P. E. SCHRAMM p. 8; T. HÖLSCHER p. 41 sq. avaient eu l’intuition de cette nature céleste du globe nicéphore. 156 Aphrodite Urania, cf. supra p. 57; Zeus enfant, cf. supra p. 96; Anaxagore assis sur le globe: moyen bronze de Clazoménes, SCHLACHTER, pl. II. 42; Italie, cf. supra p. 109; Rome, médaillon de Sévére Alexandre, ibid. pl. I. 11.

Page 61

View in PDF(opens in a new window)
nous avons tenté de mettre en œuvre pour l'étude des globes pourrait sans doute permettre de renouveler l'idée de la Weltherrschaft : de même que c’est par une étude plus iconographique que géographique ou symbolique que l'on a tenté de rendre compte d’un symbole qui renvoie toujours à la sphère céleste, mais tantôt de façon métaphorique, tantôt de façon emblématique, tantôt de façon référentielle en renvoyant plus ou moins directement aux sphères des savants, qu'elles nous aident dans une certaine mesure à comprendre, de même, il faudrait intégrer ces conclusions à une étude des traditions iconographiques, qui pour un contemporain constituait sans doute la clé de lecture la plus immédiate d’un symbole. L'une des conclusions qui s'impose à nous est de ce point de vue que le globe terrestre, pour être vanté par les savants, n'était pourtant pas encore entré dans les mœurs *... École française de Rome Pascal ARNAUD * Nous tenons à remercier chaleureusement Monsieur Jean Flamant, qui a bien voulu relire le manuscrit de cet article et nous faire profiter de nombreuses remarques qui n'ont pas toujours pu être insérées en note, mais nous ont été d'un grand fruit.

Page 62

View in PDF(opens in a new window)
Annexe I BEATA TRANQUILLITAS Sous cette légende de revers de petits bronzes produits sous Constantin et ses fils (RIC 166 sq., 188 sq., 254, 342, 389) en 322-323 par les ateliers de Londres, Lyon et Trèves, on trouve la représentation d'un globe posé sur un cippe inscrit vorIS-Xx, et surmonté de trois étoiles. Nous avons la chance d'en posséder un très grand nombre de coins pour chaque atelier, ce qui nous permet de voir reproduire Sa & une série de types bien définis, qui se répètent sans modification, non seulement x + x + fx ZN Sp je Fig. 53 — Divers types de globes attestés sur les revers Beata Tranquillitas de Constantin. d'un coin à l'autre, mais encore d’un atelier a l’autre : il y a donc tout lieu de croire que les types ainsi inventoriés étaient déjà présents sur l'ensemble des ébauches envoyées aux divers ateliers et reproduits scrupuleusement par les copistes. 1) globes quadripartites constellés: tous ateliers, Constantin I et II, Crispus. La ligne horizontale est parfois différenciée des autres, soit par une ligne double, soit par une série de points disposés entre ces deux lignes; on a, a l'évidence, voulu désigner le Zodiaque. 2) les mêmes, coupés par une troisième ligne oblique: Constantin I et II, Crispus; 9 attestations, dont 8 4 Tréves et une à Lyon; cinq de ces dernières ont également distingué tantôt une seule, tantôt deux des lignes: on a dans quatre cas correspondant au trois empereurs et 4 quatre coins différents de revers une hiérarchie entre une ligne simple, une ligne double et une ligne pointillée, dans lesquelles on croit devoir comprendre respectivement l'équateur, la voie lactée et le Zodiaque. On a également recontré sur une monnaie de Constantin frappée à Tréves un exemple unique de globe divisé en huit quartiers. 3) un type beaucoup plus complexe, qui va retenir notre attention, et qui se divise en trois séries: un globe orné au tiers supérieur d'une large bande ornée de traits verticaux et au tiers inférieur d'un arc de cercle; une bande verticale coupe la figure en son milieu et s'interrompt au niveau de l'arc de cercle; on en a compté douze exemplaires de coin différent, répartis entre les trois personnages impériaux et les ateliers de Londres et de Tréves. Plus rarement, dans un exemplaire de Lyon et un autre de Tréves au droit de Constantin I, l'espace compris entre l’arc de cercle inférieur et la bande horizontale hachurée est occupée par une bande diagonale; enfin, dans quelques cas, on se trouve en présence d'une figure symétrique, avec deux arcs de cercles répartis au voisinage du pôle; ces arcs de cercles sont des bandes comparables à la bande supérieure et sont coupées par une bande verticale. MEFRA 1984, 1.

Page 63

View in PDF(opens in a new window)
L'ensembie de ces représentations est du plus haut intérêt, car il manifeste, dans le premier quart du IV: siècle, le désir évident de redonner un sens à des figures iconographiques conventionnelles: c'est ainsi que l'on tente d’individualiser les cercles entre eux : Zodiaque, voie lactée et équateur, ce qui nous permet en retour de justifier a posteriori l'interprétation céleste du groupe B. Les représentations les plus complexes sont les plus intéressantes, dans la mesure où elles échappent aux grandes catégories que nous avons tenté de définir; il semble qu'à partir de la tentative d’individualisation des cercles, on ait pu tenter d’aller plus loin en abandonnant l'archétype conventionnel au profit d'un archétype nouveau plus proche de l'objet scientifique, ce qui serait bien conforme à l'esprit de la renaissance des IVe et Ve siècles, qui a produit par l'intermédiaire de Macrobe ou Martianus Capella des textes d'une qualité scientifique au moins égale à celle d'un Cicéron, et qui semblait inusitée depuis. Les auteurs de ce type ont à l'évidence voulu substituer aux visions traditionnelles celle, plus fondée, de l’etagement horizontal de cercles de diamètre variable. L'obtention d'un canon de représentation semble toutefois ne pas s'être opérée sans mal: on a repris des exemplaires précédemment examinés les signes distinctifs, comme celui du Zodiaque, qui occupe désormais une position horizontale: certains graveurs ont de leur propre chef rajouté la ligne oblique du Zodiaque, ou créé deux bandes symétriques qui permettent de retrouver une sphère à cinq zones. L'original qui leur a été remis semble pourtant devoir être recherché dans la série la plus nombreuse, et s'explique sans doute par un relais de l'information: on doit avoir à l'origine deux groupes, l’un plus conventionnel, avec deux lignes se coupant à angle droit : on commence par individualiser le Zodiaque et lui restituer son inclinaison; on tente ensuite de montrer les zones célestes. Un maillon intermédiaire entre le dessin de l’un des archétypes et les graveurs aura mêlé les deux groupes en poussant trop au nord une bande décorée à la manière du Zodiaque et en conservant une bande paralléle au sud, voire les étoiles qui caractérisaient les décors les plus traditionnels; on a ainsi un type hybride que certains ont tenté de rendre intelligible, dont nous avons le point de départ iconographique et dont nous pouvons restituer le point de départ théorique : une sphére à zones. Cet exemple nous illustre une fois de plus la relative incompréhension des modèles scientifiques et le poids de la tradition iconographique. Annexe IT LA STATUE DE JULES CÉSAR AU CAPITOLE ET LES PERSONNIFICATIONS DE L'(ECUMÈNE Dion Cassius mentionne (43.14.6) une statue de Jules César placée sur une Œcumène de bronze. J. Vogt (loc. cit.) a invoqué le parallèle avec un passage d’Athénodore (12, 536 a) mentionnant une statue de Démétrios éni tij¢ oiyoupévys oxobpevos pour affirmer que César, conformément à une vieille tradition hellénique, était représenté sur un globe. À l’appui de cette thèse, on peut rappeler l’existence d’un denier de Fufius Kalenus Cordus (RRC 823), qui représente Rome le pied sur un globe. On peut toutefois faire deux types d’objections à l'interprétation de Vogt: les premières sont d'ordre lexical: l'expression de Dion êmì eixöva tric oikovpévns xaAKoov est étrange s’il s’agit d'un globe; le terme d’Oikoumene correspond en effet très mal au sens du globe terrestre; la mention d’un eikóv est également étrange et désigne plus volontiers une représentation personnalisée qu’un globe, que des termes spécifiques peuvent désigner sans la moindre difficulté;

Page 64

View in PDF(opens in a new window)
enfin, la mention de la matière employé, le bronze, ne se comprend que si elle désigne la valeur de l'objet représenté, c'est-à-dire une statue de bronze. C'est à ce point qu’intervient l'iconographie : - Si le type d’un personnage le pied sur un rocher ou un casque remonte sans aucun doute possible à l’art grec, c'est au monde romain qu'il faut attribuer, pour Neptune et pour Mars, le remplacement de l'objet piétiné par un globe. Le motif ainsi utilisé semble romain, si l'attitude est emprunté au monde grec. — Nous connaissons dans le monde grec un grand nombre d’allégories féminines de l'Œcumène; ce sont ces allégories que l'on retrouve sur les sesterces d’Hadrien à légende RESTITUTORI ORBIS TERRARUM: l'allégorie, en tout point comparable aux modèles hellénistiques est féminine et tourrelée; c'est donc qu'elle est l’'Oiyov- Hêvn grecque et non l’Orbis romain. Si emprunt grec il y a, c'est donc plutôt dans ce sens qu'il faut le chercher. - Il existe des représentations, toujours en milieu grec, de l’empereur piétinant une allégorie; nous avons ainsi au musée d'Istanbul une statue du même Hadrien, cuirassé, le pied posé sur un barbare à Terre et qui symbolise probablement le monde barbare dans son ensemble. Tous ces registres nous renvoient indubitablement au monde hellénistique: d'un côté, nous ne pouvons pas démontrer la présence du globe, qui apparaît très rarement dans la symbolique du monde hellénistique, et dont nous n'avons aucune attestation dans le sens de globe terrestre, de l’autre, les représentaions allégoriques produites par la civilisation hellénistique dont s’inspirent tant César qu’Hadrien, nous imposent — et elles sont ainsi plus conformes à la lettre du texte, de voir, dans la statue du dictateur un groupe représentant une statue de bronze de l'Œcumène qui eût à elle seule contitué une fort belle pièce, terrassée par César. Annexe HI LES GLOBES DOUBLES ET LE GLOBE TERRESTRE Il existe une catégorie d'objets, assez peu étudiée, dont la présence vient limiter les principes de notre analyse: ce sont tous ceux où nous voyons deux globes sur une même image. Ils sont fort peu nombreux, puisque l’on ne compte guère qu'un as de Tibère au revers duquel on peut voir un gros globe devant lequel est posé un gouvernail au pied duquel figure dans tous les cas un globe de très petites dimensions (B.M.C. 135) fig. 55; le même décor sur un quadrans de Vespasien (CoHEN 346) ne comprend plus le petit globe; on n'en possède à notre connaissance qu'une autre attestation: une victoire de bronze solidaire d'un globe de même matière montée sur un gros globe de Béryl (Coll. Prince A.Juritzky, cf. P. E. SCHRAMM, pl. 7.16 a). Cette pièce tardive est malheureusement délicate à analyser dans la mesure où l'on a un groupe cohérent, une victoire sur globe, surimposée à un élément plus ancien qui semble avoir été conservé essentiellement pour sa valeur marchande ou décorative. Même si l'on suppose en effet que le petit globe des as de Tibère représente la Terre, puisque le plus gros, avec sa bande zodiacale, désigne le ciel, ce groupe tardif n'est pas cohérent: il faudrait en effet considérer que la Victoire marche sur la Terre, or, même au Bas Empire, sur les globes nicéphores impériaux, la victoire est placée sur une sphère céleste. Reste l'as de Tibère : le globe étant présent dans tous les exemplaires des grandes collections et du marché que nous avons pu consulter, il ne semble pas comparable au globe facultatif que nous rencontrons régulièrement sur les grands bron-

Page 65

View in PDF(opens in a new window)
zes de Néron et sur des monnaies d'argent d'Hadrien où, bien que facultatif, il ne constitue pas pour autant une marque d'atelier. Il faudrait donc supposer que dans le cas précis de Tibère, c'est la hiérarchie des globes qui a permis de voir dans le petit globe de la Terre, de même que dans la sphère armillaire, un petit globe en indiquait la position. Ce serait moins la forme sphérique qu'un rapport hiérarchique qui désignerait le globe terrestre, qui serait alors l'objet d'une définition relative et non plus absolue. Le globe terrestre serait donc caractérisé par un globe d’une taille inférieure à la normale. Peut être en a-t-on conservé d'autres tra- Fig. 54 — As de Tibère. Fig. 55 - Denier de Pescennius Niger. ces numismatiques: un denier de L. Lucretius Trio, frappé en 76 avant notre ère représente les Septem triones autour d'un croissant lunaire au centre duquel on peut voir un point minuscule: comme dans le cas précédent, il y a rapport quantitatif, puisque ce globe est le plus minuscule des corps astraux représentés, et comme dans le cas précédent, il est intégré à une vision cosmologique; là encore, il ne peut être identifié a la sphére céleste ni par ses dimensions, ni par son absence sporadique : ainsi sur des deniers d'Hadrien du même type, où les sept étoiles sont remplacées par une seule grosse étoile, le petit globe est tantôt présent (B.M.C. 510), tantôt absent (B.M.C. 456). L’hypothése pourrait se vérifier sur des deniers de Pescennius Niger (B.M.C. 304; cf. fig. 56), où les globes font place a des clipei: le plus grand est constellé, tandis que le plus petit, placé au bas du précédent reste lisse; là encore, il semblerait que le même revers ait existé sans le petit globe: l'élément essentiel reste donc le ciel, méme dans un contexte métaphorique. Si le globe terrestre a pu être représenté dans l'iconographie romaine, deux réserves s'imposent: le cas a été très rare, et il a été réservé à une situation bien précise, lorsqu’il est intégré 4 un systéme cosmologique ou il apparait comme un globe qui ne peut étre la sphére céleste. Le globe désigne donc une seule réalité, la sphére céleste, sauf lorsque le globe par excellence est flanqué de son inférieur ou lorsque celui-ci se réduit à un point et participe d'un système relativisé: lorsque l'on a représentation de corps astraux, le Grand Tout, qui est le contenant universel, ne peut être inférieur à ces corps astraux.