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” HATT J. J., Découverte d'une statuette d'Hercule en bronze entre la rue Thomann et la rue Mar
; Rocca SERRA G., Observalions sur une statuelle
d'Hercule : CAAH VIII 1864 85-88. | Une figurine de bronze gallo-romaine,
représentant Hercule debout tenant la massue et une lampe, a été découverte
à Strasbourg en 1964 ; ce type
de représentation pourrait être mis en rapport
Avec les doctrines pythagoriciennest
DÉCOUVERTE
D'UNE STATUETTE D’HERCULE EN BRONZE
ENTRE LA RUE THOMANN ET LA RUE MARBACH
PAR J.-J. HATT
À la fin du inois d'avril 1964, un ouvrier du chantier de construction,
situé entre Ja rue Thomann, la rue Marbach et la place Saïnt-Pierre-le-Jeune,
découvrit une statuelte de bronze gallo-romaine. Le terrain étant propriélé
de la ville de Strasbourg, cet objet a pu, après quelques péripéties, être
Fig. 1. Statuctte d'Hercule trouvée entre la rue Thomann et la rue Marbach.
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View in PDF(opens in a new window)déposé au Musée Archéologique, notamment grâce à l'intervention efficace
de M. Taffin, architecte.
Le lieu de la trouvaille est situé à quelques mètres de l'emplacement
d'un sondage déjà exécuté par le service des fouilles en 1961, et qui avait
déjà livré alors, une figurine gallo-romaine, représentant un Nubien, habillé
à la gauloise. La statuette mise au jour cette année a été découverte à
l’intérieur d’une fosse creusée dans le limon, profonde d'environ 2,40 m
par rapport au niveau du sol du JII° siècie, époque à laquelle elle appartient
vraiscmblablement. Le niveau de la trouvaille est 136,50 m, le fond de ja
cave du ITF siècle était à 136,10 m.
Il s'agit d’une figure d'Hercule, debout, les épaules couvertes de la peau
du lion de Némée. De la main gauche, il lient une massue huissée vers le
sol. De la main droite, il présente une lampe. C'est une variante rare dans
l’iconographie lrès abondante d'Hercule. La significalion du symbole que
comporle cette lampe peut être mise en rapport avec le néopythagorisme
(voir la note ci-jointe de notre collègue Rocca Serra).
Au demeurant, le style de l’objel est assez grossier, et la technique
de la fonte passablement défectueuse. La figurine, haute de 12,5 em au total,
comporte à la base, un socle mouluré, ouvert vers l'arrière, et percé latéralement de deux trous. L'objet était vraisemblablement fixé sur une console.
Nous avons remarqué que Île derrière de la tête présentait un poli caractéristique, dû au frottement.
A côté de ces croyances, nous trouvons dans l'Antiquité une série de
concepts et de représentations qui se groupent autour du thème de la
lumière ?. La langue des mystères grecs puis celle de la philosophie hellénistique en a fait un grand usage et, parallèlement, l'Evangile de saint Jean
est construit sur ka double image de la Lumière et des Ténèbres. À ce
niveau, nous voyons reparaître l'humble lampe, chargée de diffuser désormais l'espérance nouvelle : « La lumière du Christ luit pour toust». ”
Ce double ensemble nous amène à donner au geste de la divinité portelampe une signification en rapport avec les idées antiques ci-dessus rappelées ct à nous demander quel milieu pouvait être plus particulièrement
entraîné à donner cetle fonction à Hercule.
Nous pensons qu'il s'agit des Pythagoriciens. 1! faut, avant tout, souligner l'exigence de lumière propre à la secte. Un précepte du « catéchisme
des acousmatiques » énonce : «ne pas parler sans lumière » 5. Le sens ne
paraît pas malaisé à dégager : l'air est plein de démons redoutables‘ que
la jumière fait fuir, à l’instar du chant du coq, annonciateur du soleil
levant’. À un niveau plus subtil de signification, nous voyons s'opposer,
dans un autre précepte, la « vraie lumière » qui accompagne le mariage de
l’âme avec l'esprit et les ténèbres dans lesquelles s'accomplit l'union des
corpss. Cette recherche de ln clarté apparaît dans l'abondance des luminaires qui ornent les murs de la basilique pythagoricienne de Porta
Maggioret?,
Or nous savons la place essentielle qu'Hercule occupait parmi Îles
patrons de la secte 1°. On est moins sûr de pouvoir déterminer avec exacti-
OBSERVATIONS SUR UNE STATUETTE D'HERCULE
PAR G. ROCCA SERRA
La découverte à Strasbourg, à l’ombre de l'église Saint-Pierre-le-Jeune,
d'une statuette d'Hercule à la lampe pose un délicat problème d'interprétation. C'est en effet une œuvre singulière qui ne trouve pas d'appui dans
la légende du héros et qui ne semble pas non plus posséder de parallèle
iconographique. Aussi désirerions-nous rappeler quelques faits et présenter
quelques réflexions susceptibles d'en faciliter la compréhension.
Observons, d’abord, que la lampe, en elle-même, est un objet familier
dont l'utilisation religieuse et funéraire est bien connue. C'est ainsi, par
exemple, qu’elle figure parmi des ex-voto offerts à l’Héraclès de Thasos t.
Le dépôt des lampes dans les tombes est un phénomène constant et complexe. Elles fournissent au mort la ctarté dont il a besoin pour écarter Îles
démons malfaisants comme elles sont le symbole visible de la survie de
l'âme ?,
tude le rôle qui Jui était imparti dans l'économie du système. Si certains
textes mettent l'accent sur ses travaux et le donnent comme un exemple de
l'effort, d’autres témoignages semblent indiquer que sa légende était l’objet
d'une exégèse allégorique de type physique et que le héros symbolisait ainsi
la « force de la nature » tt, le « principe en vertu duquel la nature est puis-
3) Revue des textes littéraires in BuzTmanx, Philologus, 97, 1948, 1-36.
4) H. Leceenco, DACL, s. v. lampes, col. 1108-1110, signale un certain nombre de
luminaires portant cette inscription.
5) Jamaique, Vie de Pythagore, 84, p. 48, 22 Deubner.
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Le précepte se présente aussi sous une forme longue — probablement non‘authentique —
ap. Jauee., V. P., p. 61, 9 D. et Protreptique, p. 107, 12 Pistelli: « des choses pythagoriciennes, ne parle pas sans lumière ».
Exégèse ancienne: Jaune, Protrept., p. 114, 12 sq. P.
Interprétation moderne: F. Boum, De Symbolis Pythagoreis, diss. Berlin, 1905, p. 61-52.
6} Texte essentiel: ALexaxone PoLvitsTon, ap. Diockne Lasnce, VIII, 32 (éd. DELATTE,
p. 129 et 227). Cf. le travail récent de M. Derrenxe, La notion de Daïmôn dans le Pythagorisme ancien, Bibl. Fac. Liège, 1963. Nous éviterons de prendre parti, eu égard à la date
de notre statuette, dans le débat sur l'âge des renseignements fournis par Alexandre.
7) Coc et Démons: Cuwonr, Lux Perpetua, p. 409-411.
1} Cf. en dernier lieu, Ch, Picanb, in Hommages à Jean Bayet, 1964, p. 682.
2) F. Cumonr, Luz Perpetuu, p. 48-60. Notons, parmi les survivances, la coutume de
lenir un cierge devant les yeux du mourant «pour éloigner le diable» (Anjou: Van
Genner, ‘Monuel du Fotktore français contemporain, 1. 1, 2, p. 668) ct l'utilisation Funéraire de lampes de type romain en Quercy, à épuque récente (Van GRan&P, op. cit, p. 667668).
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8) H. Scuewxz, Wiener Studien, 8, 1486, p. 280, n° 118.
9) J. Cancopino, La Basilique Pythagoricienne.., p. 217-218.
10) M. Dsrisaxs, RHR, 168 (1960), p. 19-83.
11) Jauauique, V, P., 165, p. 87, 23 D., pour lequel
npus sommes de l'avis de DELATTE,
Etudes de littérature pythagoricienne, p. 115, contre M. Derienne, art. cit. p. 44. Nous
pensons pouvoir revenir aflleurs sur ce point.
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View in PDF(opens in a new window)sante » 3?, préparant ainsi son assimilation avec le soleil 3. Dans une telle
perspective, Hercule n'était-il pas la divinité la mieux qualifiée pour tenir
en main cette lumière qui terrasse les forces du mal ?
Certains auteurs, fidèles aux indications des anciens ‘# et attentifs à ln
signification ésotérique de certains documents archéologiques t ont vu dans
la Gaule un terrain d'élection de la doctrine pythagoricienne. On ne saurait
exclure, en outre, la possibilité d'un courant d’origine romaine et véhiculé
par des officiers cultivés. Quoi qu'il en soit en ce qui concerne les temps et
les lieux de ces apports, nous pensons que c'est la mythologie revue par
les disciples de Pythagore qui est responsable de la représentation d’Hercule
dont nous avons fait l’objet de notre propos car c'est grâce à celle, et grâce
à elle seulement, nous a-t-il semblé, que nous pouvons en donner une
exégèse cohérente.
En ce qui concerne, enfin, l'usage précis de notre objet, et en l’absence
d'un contexte bien défini, on nous permettra de rappeler les lignes excellentes par lesquelles M. G. Ch. Picard terminait l'étude d'une « mosaïque
pythagoricienne » trouvée à El Djem : « les maisons ainsi ornées servaient
peut-être aux réunions de ces innombrables confréries mystiques qui pullulaient dans l'empire, ou seulement d'habitations à des hommes à la fois
pieux et lettrés;: le commun se contentait ordinairement de pavements
prophylactiques, qui apaisaient un peu les terreurs superstitieuses de Jeur
âme naïve » 16,
Objet de culte ou simple apotropaïon, l'Hercule à la lampe de Strasbourg alteste, à son humbic manière, qu'à la limite du monde grécoromain une de ses grandes écoles de sagesse a laissé sa trace.
12} Consurus, p. 62, 23 et suite. Lang, pas nécessairement par l'intermédiaire du
Stoïcisme ancien, comme nous espérons le montrer un jour.
13) Nicomaque De GÉrasa, ap. Jean Lvous, De Mensibus, p. 120, 8 Witnsch (donc dès
le Ji° siècle ap. J.-C.).
14) Le dossier se présente brièvement comme suit:
a) textes qui font de Pythagore l'élève des druides (ALExaxDR8 Pocyirisron, ap. CLéMENT D'ALEXANDRIE, Strom. I, 16, 70, 1: Jause., V, P.);
b} Les Gaulols, élèves de Pythagore (TMAGÈNE, ap. AmMmieN Mancezuix, XV, 9, B;
Drovore 0e Sicie, V, 28, 6 (= Posginonius, fr. 116 Jaconv ?); Jawat., V. P., 193; HYPPOLITE,
Philosophumena, !, 2, 17 et 25, 1-2.);
c) Une coutume massaliote passée en Gaulc et comparée à un usage pythagoricien:
Vazène-Maxime, 11, 6, 10.
d) Science et croyances des druides référées à l’enscignement pythagoricien par des
auteurs modernes, par ex. Lucain, Pharsale, I, 464-7, et Ia nute de l’édit, Le Bonnrec, ad
loc. (voir les textes In P. W., s. v. Druidae, col. 1732-1733).
15) Références groupées ap. Bsxair, Mars et Mercure, p. 17, n° 13. Nous n’ignorons
pas que, bien entendu, ces indices ne sont pas uniformément acceptés: cf. par ex, la
controverse sur l'ascia.
.16} G. Ch. Picano, Hommages à Waldemar Déonna, 1957, p. 393.