Show full text4 pages
Page 1
View in PDF(opens in a new window)Volume I (2001)
pagina | van 1
HoT
py
Volume I (2001)
fy os
VA
Low 7 #
Volume I (2001)
A
ec
JL ss
Click on the links below to view the articles (PDF). The electronic version is available for free for personal use only. No portion of the journal volumes may
be reproduced without the format consent of the editorial board.
NOTE: ELECTRONIC VERSION IS CURRENTLY
UNAVAILABLE,
Frontmatter; Prefatory Note; Introduction and Summary (pp. i-Ix/pp. 1-9)
ARTICLES
Joshua Kotin, "Shields of Construction and Direction: Ekphrasis in the Iliad and the Aeneid" (pp. 11-16)
Jenny Pelletier, “Relating Platonic Forms and Sensible Particulars in the Phaedo and the Parmenides" (pp. 17-22)
Ada-Maria Kuskowskl, "Whodunit? The Murder of Phillip II of Macedon" (pp. 23-37)
Greg Fisher, "The Road to Pydna: Philip, Perseus, and the Romans, 191-171 BC” (pp. 38-50)
Jean-Luc Gauville, "Emperor Constantine and Athens in the Fourth Century AD" (pp. 51-61)
David Guretzki, "The Function of the ‘Mediator’ in St. Augustine's De Vivitate Del, Book IX" (pp. 62-75)
SHORT ARTICLES
Brooke Johnston, "The Book of the Dead: Magic and Salvation in the Egyptian Afterlife" (pp. 76-78)
Félix Racine, “Éthiopiens et Hyperboréens chez Herodote,” (pp. 79-83)
Marie-Claude Felton, “La constitution mixte de la République romaine” (pp. 84-87)
Dissertations; Announcements; Backmatter (pp. 88-96)
HIRUNDO
Classical Studies - Department of History [Unit detail]
Room 608, Leacock Building, 855 Sherbrooke Street West [Map]
Montreal, Quebec H3A 2T7
Tel.: 514-398-3975 | Fax: 514-398-8365 | [Email]
Copyright © 2009
McGill University
Page last updated:
Mar. 10, 2008 at 4:05 PM
http://www.megill.ca/classics/hirundo/volume_01/
Page 2
View in PDF(opens in a new window)Éthiopiens et Hyperboréens chez Hérodote
Félix Racine
tion organisée du monde connu, posLes premiers livres des Histoires d'Hérodote sont une descrip
procéder avec
e structure et une logique interne. Bien qu'Hérodote semble
sédant une certain
narrative qui lui donne cohésion
sincérité à une description du monde, celle-ci obéit à une Jogique
dans le récit d'Hérodote deux
et direction. Le présent travail vise à examiner la place qu'occupent
en Histoires 3.7-25) et les
peuples: les Éthiopiens (dont la description principale est donnée
seront examinés l'attitude
il sera question de la situation et de la
cation de ces peuples dans la structure du monde d'Hérodote. Puis,
Hyperboréens (Histoires 3.3 1-35). Dans un premier temps,
signifi
ent avec les autres peuples.
de l'auteur face à ces peuples et les relations qu'ils présent
et des Hyperboréens sont reliées
Dans le récit d'Hérodote, les descriptions des Éthiopiens
sur deux registres différents, deux thèmes
entre elles et se répondent. Il est possible de les comparer
monde et la description merveilleuse des
contenus dans les Histoires: la description symétrique du
limites du monde.
d dans un monde conçu
description des Éthiopiens et des Hyperboréens s'inscrit tout d'abor
sement du caractére
La
: il se passionne d'abord et avant tout
comme symétrique. Hérodote possède un esprit de système
grec) et il tend à préférer celles qui révèpour les choses incroyables et étranges (d'un point de vue
lui, cette symétrie ne se révèle pas à
lent une certaine symétrie entre elles (Redfield 102-3). Pour
les cultures dans toute leur diversité qui
l'intérieur même d'une culture mais dans le monde; ce sont
e hérodotienne se déploie entre l'Europe
forment une structure ordonnée (Redfield 106). La symétri
géographique du monde, se retrouvent
d'un côté et l'Asie/Libye de l'autre. En premier, au centre
et raison d'être des Histoires) et surtout
Grecs et Perses qui s'opposent par la guerre (étape ultime
sont mous (ou plutôt ramollis par leurs
par leur caractère: les Grecs sont durs, alors que les Perses 2
l'Égypte, les deux prototypes du peuple
conquêtes"). À la périphérie sont opposés la Scythie et
eux le luxe, jusque là ignoré (I, 76).
Volume I: 79-83 © Fall 2001
Philology 80 (1985): 111. Selon Hérodote, le ramollis
perse est causé par la conquéte de la Lydie qui introduit chez
tJ. Redfield, "Herodotus the Tourist." Classical
Hirundo: The McGill Journal of Classical Studies,
Page 3
View in PDF(opens in a new window)HIRUNDO
Fall 2001
chaud et du peuple froid.* Finalement, aux limites du monde, se trouvent les Hyperboréens et les
Ethiopiens, qui sont respectivement le plus nordique et le plus austral des peuples.
Alors que les Scythes et les Egyptiens sont encore du domaine connu, directement observables
par Hérodote, les Hyperboréens et les Ethiopiens sont des cultures mythiques. De ce fait, l'opposition entre eux semble moins marquée qu'entre Scythes et Fgyptiens ou Grecs et Perses.
L'opposition cependant demeure: tout comme les Scythes sont un peuple insaisissable, fuyant
devant l'ennemi, le récit des Hyperboréens est vague et aucune description de leur pays n'est donnée. Les Ethiopiens, à l'instar des Égyptiens qui reçoivent un traitement étendu (tout un livre), sont
mieux précisés: les espions perses font le récit de ce qu'ils ont vu et les paroles du roi des Longuevie sont rapportées. Une autre opposition majeure existe dans la direction de la relation entre le
monde historique et ces peuples mythiques. D'un côté, le roi perse Cambyse envoie des espions
ichthyophages chez les Ethiopiens, chargés de cadeaux (Histoires 3.20). Le sens de la relation est
donc du centre vers la périphérie. De l'autre côté, ce sont les Hyperboréens qui ont envoyé deux
vierges, puis des offrandes régulières à Délos (Histoires 4.33), qui est au centre du monde
d'Hérodote, instaurant une relation allant de la périphérie vers le centre.
En plus de se retrouver dans une description symétrique du monde, Éthiopiens et
Hyperboréens sont inclus dans un exposé des limites du monde. Ce monde est l'oikoumené, le
“monde connu", sur lequel il est possible d'avoir de l'information sans recours à la spéculation
(Romm 37). Ethiopiens et Hyperboréens, étant à la limite de la connaissance, ne sont pas accessibles directement. Des intermédiaires sont nécessaires pour les connaître, que ce soit les espions
ichthyophages ou les Déliens. Dans les deux cas, un obstacle de taille les sépare du monde intérieur.
Pour les Ethiopiens, un obstacle chaud : un désert impénétrable.’ Pour les Hyperboréens, un obstacle froid: un hiver "tellement rigoureux que [. . .] il y fait un froid insupportable" (Histoires 4.28).
La distance qui sépare ces derniers du monde est symbolisée par leur nom, huper boreas, "au-delà
du vent Borée" qui est la source du froid. Cette situation exceptionnelle confére aux deux peuples
une belle situation ou de grandes richesses: "l'Éthiopie [. . .] produit beaucoup d'or, des éléphants
énormes, toutes sortes d'arbres sauvages, de l'ébène; les hommes y sont les plus grands, et y vivent
plus longtemps" (Histoires 4.114). Les Ethiopiens Longue-vie possédent une source qui les fait
vivre plus de cent ans, l'or y est abondant, la Table du Soleil les fournit en nourriture. Les
Hyperboréens, pour leur part, ont chez eux les meilleures choses et, brisant l'équité de la nature qui
donne et retire à la fois, un climat paradisiaque (Romm 66). Se retrouve ici le topos qu'Hérodote
énonce ailleurs:" Les extrémités de la terre ont reçu, dirait-on, en partage ce qu'il ya de plus beau”
(Histoires 3.106). Une dernière distance, symbolique, sépare les peuples mythiques du monde his-
Félix Racine
81
Éthiopiens et Hyperboréens chez Hérodote
torique: les hommes s'approchant des frontières du monde quittent la civilisation et retombent dans
un état primitif. Ainsi, l'armée de Cambyse devient cannibale en traversant le désert (Histoires
3.25). Près des Hyperboréens vivent des êtres à l'humanité douteuse: "des hommes n'ayant qu'un
oeil et des griffons gardiens de l'or” (Histoires 4.27).
L'attitude d'Hérodote face aux Ethiopiens et aux Hyperboréens donne un clair indice du rôle
qu'il entend leur donner dans son récit. Plutôt qu'adopter à leur égard une attitude ethnocentriste,
il préconise une attitude de magnification. L'attitude ethnocentriste qui consiste à comparer négativement une peuplade étrangère réelle ou fictive face aux Grecs est fréquente dans la ftérature
grecque, un exemple étant le traitement des Cyclopes dans Homère. L attitude de magni cation,
au contraire, tend à valoriser la peuplade décrite face aux Grecs. Les Phéaciens (ainsi que les
Éthiopiens eux-mêmes) sont un autre exemple homérique. Le récit hérodotien des Hyperbordens
et des Egyptiens appartient clairement à cette deuxieme veine.’ La quasi-perfection de es peup ss
est opposée 4 un monde méditerranéen imparfait (Romm 54). Cette opposition se mani este le plus
fortement dans le récit de l'ambassade perse en Ethiopie. Le roi des Longue-vie démasque rapidement les espions perses et tient pour des bagatelles les cadeaux de Cambyse, qui sont pourtant très
prisés dans le monde méditerranéen.* Aux Perses mous est ict opposé un peuple mou mais vertueux.
Bien que la coutume des Perses leur interdit le mensonge, les Ethiopiens (leur Gn
mythologique) les démasquent et les font apparaître faux (Darbo-Peschanski 178). A un moin N
niveau, la même opposition existe entre les Hyperboréens et le peuple intérieur qui leur 9 D
les Grecs. Les Hyperboréens ont fondé, par leur passage, quelques-uns des sanctuaires de De los
(Histoires 4.35). Étant aussi proches d'Apollon (Romm 61-63), ils semblent l'emporter sur es | recs
en piété, un domaine où ces derniers prétendent être supérieurs. Grecs et Perses trouvent ici
leurs
extrêmes respectifs, auxquels ils sont comparés négativement.
Les relations entre les peuples extrêmes et les peuples historiques sont complexes car tous deux
ne procèdent pas de la même réalité: les uns participent au mythe inchangeable et les autres par
ticipent à l'histoire qui est mouvement. Les Ethiopiens comme les Hyperboréens sont un peuple
stable. La nature mythique des extrêmes leur interdit de changer: puisqu ils ont atteint une quasi“
perfection et s'y tiennent. Ils sont à l'abri de toute influence étrangère, soit par les obstac es
physiques, soit par la mentalité: bien que les Ethiopiens reconnaissent les vertus du vin, il n mr
dit qu'ils adoptent son usage (tout particulièrement parce qu ils n'en ont pas besoin, étant déjà
heureux (Histoires 3.22). Bien plus, les extrêmes sont séparés du monde central par les Scythes et
les Egyptiens, qui sont pour les Grecs et Perses le prototype de leur caractére (Redfield an lone
qui ne peuvent changer non plus car ils forment pour les peuples centraux un autre modèle, cette
°F. Hartog, Le miroir d'Hérodote, 2e éd., Paris, Gallimard, 1991 (1980), p. 35. En plus d'être culturelle, l'opposition entre
Egypte et Scythie est géographique : le Nil et le Danube seraient, seon Hérodote, symétriques. (IL 34).
5 Dans un autre passage, Hérodote combat l'ethnocntrisme en prêchant le relativisme des coutumes (comparaison
’ Où l'armée de Cambyse périt. Histoires 3.25.
*Romm, p. 65. Selon Hérodote "S'il y a des hommes qui sont hyperboréens, il y en a aussi qui sont hypernotiens." Histoires
436. Ainsi les Éthiopiens ne seraient pas l'opposé symétrique des Hyperboréens? Cependant, puisque Hérodote ne
présente pas d'Hypernotoriens, les Éthiopiens sont bel et bien l'antithèse géographique des Hyperboréens.
6 Histoires 3.21-22. Le seul présent qui obtient grâce aux yeux du roi des Longue-vie est le vin, sur
des Grecs qui brûlent leurs morts et des Indiens Callaties qui les mangent, 4.38).
étaient vis-à-vis des Perses en état d'infériorité” (Histoires 3.22). Cette affirmation ne semble
neutre
a
|
lequel
les Erhiopiens
pas marquer unat inférieur
boisson ci
des Éthiopiens face au monde historique: plutôt, les Ethiopiens, qui ignorent l'usage du vin, une
naissent ses vertus. Ce jugement positif rehausse le le prestige des Ethiopiens dans le récit d'Hérodote.
€, recon-
Page 4
View in PDF(opens in a new window)HIRUNDO
Félix Racine
Fall 2001
(Redfield 106), ils n'échangent pas avec leurs voisins. Au lieu de servir de courroie de transmission
entre le centre du monde et les extrémes, ils les isolent d'avantage.
Sources: Éditions Utilisées
Hyperboréens et Ethiopiens ont pourtant une influence sur les autres peuples du monde. Chez
Hérodote. 1958. Histoires, t. 3, traduction P.-E. Legrand. Paris: Les Belles Lettres.
Hérodote s'effectue un changement par rapport aux auteurs antérieurs: alors que ceux-ci donnaient
l'Océan comme limite du monde, Hérodote décrit des territoires déterminés par des populations
humaines (Romm 39-40). Tout en gardant leur aspect mythologique, ces limites du monde sont
maintenant identifiables et descriptibles. Tout en plaçant Éthiopiens et Hyperboréens à distance,
—. 1960. Histoires, t. 4, traduction P-E. Legrand. Paris: Les Belles Lettres.
"Travaux
Hérodote les inclut dans son système de raisonnement. L'auteur parle des "régions extrêmes qui
Darbo-Peschanski, C. 1987. Le discours du particulier. Essai sur l'enquête hérodotienne. Paris:
Seuil.
entourent le reste du monde et l'enferment entre elles" (Histoires 3.116), la limite qui détermine le
monde. Ainsi donc, elles constituent un idéal lointain vers lequel les peuples centraux peuvent tendre (Cambyse tentant de conquérir les Ethiopiens) ou qui détermine de lui-même un peuple central (les Hyperboréens entraînant la fondation des temples de Délos). L'influence des régions
mythologiques sur les régions historiques se fait au niveau idéologique: Hérodote détermine le centre par les extrêmes. Les peuples centraux sont toujours à un désavantage lorsque comparés aux
extrêmes: cette comparaison sert de révélateur de leur imperfection, elle invite à relativiser leur sit-
Hartog, F. 1991 (1980). Le miroir d ‘Hérodote, 2e éd. Paris: Gallimard.
Redfield, J. 1985. "Herodotus the Tourist." Classical Philology 80: 97-118.
Romm, J. S. 1992. The Edges of the Earth in Ancient Thought. Princeton: Princeton University
Press.
uation. La description que l'auteur rend des Éthiopiens et des Hyperboréens est fabuleuse, ce qui
empêche à jamais aux peuples historiques (et Hérodote s'adresse à un public Grec) d'atteindre leur
état. En ce sens, les peuples centraux seraient constamment à perfectionner, à remettre en doute.
"Greek are unlike the Massagetae, Ethiopians, and Scythians; they are a historical people, and are
changing” (Redfield 114). En ce contexte, les peuples extrêmes servent de point fixe à partir duquel
juger ce changement.
|
En somme, dans les Histoires d'Hérodote, Éthiopiens et Hyperboréens s'inscrivent dans un
double schéma. D'une part ils s'insèrent dans une description symétrique du monde: aux peuples
centraux qui sont historiques (les Grecs et les Perses) correspondent des prototypes historiques
(Scythes et Égyptiens respectivement) et, au dernier niveau, des peuples mythiques (Hyperboréens
pour les Grecs, Ethiopiens pour les Perses). D'autre part, ces peuples s'inscrivent dans une descripl'aide duquel ils sont jugés.
83
Bibliographie
fois historique et non pas mythique Scythes et Egyptiens sont “self-contained, self-created"
tion des limites de la terre: ils habitent un pays inaccessible et inchangeant, qui leur procure une
grande félicité. L'image que présente Hérodote de ces peuples est merveilleuse et favorable. En
cela, ils constituent un modèle absolu auquel les peuples historiques peuvent être comparés et à
Éthiopiens et Hyperboréens chez Hérodote