Show full text9 pages
Page 1
View in PDF(opens in a new window)nde Gréce
XVI, 1973,
In: Revue Etudes Greques, LXX
pe 418 - 424
S
“BIBLA
ESDes
UR ces
LE
vaas
Des Praces €
“
Grece.
3
Arch
214. DES PLACES (EJ Religion et philosophie en Grande
ah
Rev. Et gr. Fr. (1973 paru 1974), 84 n° 411-413, 418-24. —
75-2021.
Présentation de l'ouvrage de Günther Zuntz, Persephone. Three
2 ereen:
Essays on Religion and Thought in Magna Grecia, Oxford, Clarendon
Press, 1971, X111-425 p 30 pl. — I. Les déesses de Sicile. 2. Réédition et
commentaire des Purifications (Katharmoi) d'Empèdacle. 3. Réédition et commentaire des lamelies d'or « orphiques - lou tout Est
Pythagoricien, selon l'A. et le Recenseur, de meme que chez Epeax at
arche pee
grime
Page 2
View in PDF(opens in a new window)In: Revue des Études Grecques, tome 86, fascicule 411-413, Juillet-décembre 1973. pp. 418-424.
Citer ce document / Cite this document :
des Places Édouard. Religion et philosophie en Grande Grèce. In: Revue des Études Grecques, tome 86, fascicule 411-413,
Juillet-décembre 1973. pp. 418-424.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/reg_0035-2039_1973_num_86_411_4035
Page 3
View in PDF(opens in a new window)RELIGION
PHILOSOPHIE
GRANDE
GRÈCE
en consacre
pas
explicite
Perséphone.
la
et
partie
θηρών
le
divine
orientale
de
il
Sicile
philosophie
plupart
Coré
passage
Sous
plupart,
de
Malte
1938
hypothèses
Hadès,
»lasianique
(«la
(pp.
(pp.
; let
«»(p.
ceFille
de
des
de
de
une
déesse
35
1-178),
titre
àn
des
serait
70-75
12)
Pindare
La
qui
interprètes,
la
Gozzo
de
»Grande
t
première
; erres
sont,
littérature
chasse
st
le
Persephone,
56-57,
rien
Farnell
plutôt
grecque
t
motif
irréductible
pose
173-178).
font
dans
ne
àcuites
Grèce»
et
avec
vrai
Persephone
sur
de
partie
; àla
se
»,ni
despirale,
dégager
ces
rapporte
entre
une
pp.
non
IIe
dire,
surtout
la
G.
Les
s
îles
(1).
ààdocumentation
«Olympique
pi.
70-178)
plus
Zuntz
la
cueillette
«l'ancienne
documents
très
d'origine
ndes
Le
de
1-11)
(cf.
Terre-Mère
dans
(pp.
le
scène
l'anonymat
rares
avant-postes
premier
Triptolème
pp.
réunit
étudie
; 89-157),
le»(pp.
257
avec
danubienne,
dans
àcontexte
d'un
culte
déesse
l'agriculture
principalement
de
83-89).
les
«et
des
trois
le
la
culte
269)
le
de
ces
imaginé
ne
déesses
de
Grecs
»Sicile
«τις
la(pp.
;représentent
témoignage
la
G.
essais,
essais
;combiné
nidu présente
ne
Mère
civilisation
Zuntz
Rhadamanthe,
(p.
ancienne
3-69).
de
par
faut-il
v.
(p.sur
65
16).
commence
«les
Sicile,
archéologique
H.
13)
hésite,
de
: Les
W.
pas
ce
profond
La
religion
; la
déesses
que
religieuse
(p.
laDéméter
ne
Thomas
«matrice
seconde
temples
simple
comme
πότνια
Mère
serait
100)
Coréavec
une
et;»
mentcontinuer d'y voir le juge des Enfers (2) ?
Les représentations siciliennes se complètent par celles de Locres, terres
cuites encore et tablettes (πίνακες) : « l'art locrien révèle, dans un ensemble
organisé, les traits qui dans les images siciliennes de Persephone apparaissent
contradictoires et énigmatiques : la sombre déesse du monde infernal et l'épouse
aimante, la reine des morts et la dispensatrice de fécondité et de vie » (pp. 1 73-1 74) .
Le livre II (pp. 179-274) réédite et commente les Purifications d'Empédocle,
Καθαρμοί. Alors que les « Fragments cosmiques » de D. O'Brien (1969) s'attachent
davantage au Περί φύσεως et que les thèses de J. Bollack étudient exclusivement
(1) Gunther Zuntz. Persephone. Three Essays on Religion and Thought in
Magna Grecia. Oxford, Clarendon Press, 1971. xm-425 pages, 30 planches.
Prix : 9 1. st.
(2) Cf. Le Pronom chez Pindare, Paris, 1947, p. 83.
Page 4
View in PDF(opens in a new window)ce poème, voici pour les Purifications une reconstruction qui assigne aux frag
ments l'ordre le plus vraisemblable, celui du commentaire (pp. 186 sv.). Le
fr. 5 (118 et 121 D.-K.) contient un vers 3, αυχμηρού τε νόσοι και σήψιες έργα
τε ρευστά,ου déjà Karsten (1838) et plus récemment Wilamowitz (3) reconnais
saient
une interpolation tardive. Or H. D. Saffrey a retrouvé cet élément suspect
dans un logion de quatre vers dont le second commence, comme le v. 2 du
fr. 121 d'Empédocle, par έ\>θα φόνος (4). Y a-t-il eu contamination entre le
texte d'Empédocle et celui du logiont « Les vers d'Empédocle, dit Z. (p. 203),
étaient assez souvent incorporés à des poèmes postérieurs : le Carmen aureum,
les Orphica, Lucrèce ». Ici Proclus {In Cratylum, 97, 23-24 Pasquali) ne donne
même pas comme d'Empédocle les vv. 2-3 du fr. 121. Ainsi qu'il lui arrive
ailleurs, il cite côte à côte des vers ou expressions d'Empédocle et des vers
ou expressions des Oracles ; dans le cas présent, pour décrire le monde du
désordre, il met en parallèle « deux vers bien connus de ses lecteurs, le premier
d'Empédocle, le second des Oracles chaldaïques » (5). Les arguments de G. Zuntz
(pp. 202-203) prolongent ceux de Wilamowitz ; la restitution du v. 3 aux
Oracles écarterait décidément son attribution à Empédocle (6) ; dans la nouvelle
édition des Oracles, ce vers est devenu le troisième du fr. 134 (7).
Aux fr. 24 et 15 (144-145 D.-K.), Z. note (p. 229 ; cf. p. 188) que κακότης,
au singulier, puis au pluriel, n'est pas le péché mais la somme des κακά, comme
αρετή est la somme des αγαθά. Le νηστεΰσαι du fr. 144, «jeûner, s'abstenir
de », est proche par le sens, sinon par l'étymologie, du νήφειν (νήψαι), « être
sobre », du Corpus Hermeticum et des Oracles chaldaïques (8), ainsi que de
Γάναπνεΰσαι « reprendre souffle » du fr. orphique 229 Kern et de Γάναψΰξαρ
« se rafraîchir » du fr. 230 Kern, l'un et l'autre verbe commandant un κακότητος ;
230 donne même l'impression de n'être qu'un doublet de 229 : ce serait le
même vers avec une variante (9). A ce propos, Z. fait observer (p. 230, n. 1)
que « le sens α'άναψϋξαι κακότητος est fixé par le parallèle (ou même la citation)
de Platon, Lois, IV 713 e 6 ουκ ε"στιν κακών αύτοΐς ουδέ πόνων άνάψυξις »,
où άνάψυξις est la leçon de Julien dans la Lettre à Thémistius (258 c Spanheim)
contre Γάνάφυξις des manuscrits de Platon, seul exemple du mot chez LiddellScott-Jones comme dans le Thesaurus ; άνάψυξις est mieux attesté, tardivement
au moins, et le parallèle orphique pourrait lui valoir la préférence dans le
texte des Lois. S'il fallait réduire à l'unité les deux fragments orphiques,
Γάναπνεΰσαι du fr. 229 (Proclus) aurait cependant le pas sur Γάναψϋξαι du
fr. 230 (Simplicius), en raison du modèle homérique άνέπνευσαν κακότητος
{Iliade, 11, 382).
(3) Sitzungsb. der Preuss. Akad. der Wiss., philos. -hist. KL, 1929, pp. 677678 = Kleine Schriflen, I, Berlin, 1935, pp. 488-489.
(4) Revue de Philologie, 1969, pp. 64 sv.
(5) H. D. Saffrey, ibid., p. 66.
(6) G. S. Kirk et J. E. Raven {The Presocratic Philosophers, Cambridge,
1962, p. 352) citent et traduisent sans commentaire le v. 3 avec le reste du
fr. 121.
(7) Cf. Oracles chaldaïques (Coll. des Univ. de France), Paris, 1971, p. 99.
(8) Voir le fr. 15 (p. 15 Kroll) de la nouvelle édition des Oracles, avec ma
note (p. 70, n. 2). Dans la traduction, «jeûnez » n'est pas heureux; plutôt :
« revenez à la (sobre) raison ».
(9) Cf. E. Rohde, Psyché, II·-", Tubingen, 1925, p. 124, n. 1 = Psyché,
Paris, 1928, p. 365, n. 1.
Page 5
View in PDF(opens in a new window)Ces deux exemples suffiraient a montrer l'intérêt du 1. II de Persephone
pour l'exégèse d'Empédocle. On en relèverait bien d'autres. Au fr. 3 (115 D.-K.),
v. 5 (après l'atéthèse du v. 4), Heeren tirait du δαιμόνιοι τε d'Hippolyte un
δαίμων οϊτε; après H. Stein (1852), Z. adopte cette conjecture, que Diels ne
mentionne pas. Au fr. 28 (129 D.-K.), le v. 6, appliqué par Wilamowitz (p. 651)
aux « dix ou vingt réincarnations » de Pythagore, « définit seulement sa vigueur
mentale : ' il vit ce qui se produisait en dix ou vingt vies humaines ' » ; après
le v. 6, Z. ajouterait, exempli gratia, un <γιγνόμενα> (pp. 209 et 249). Au fr. 31
(137 D.-K.), les quatre premiers vers décrivent la scène poignante du père
qui sacrifie son fils quand celui-ci a « changé de forme » en passant dans un
corps d'animal ; au v. 3, il faut lire avec Bergk ό δέ νήκουστος au lieu de
Γδδ' ανήκουστος de Sextus Empiricus ; Diels, qui acceptait cet ό δέ en 1880,
y a malencontreusement substitué, à partir de 1901, ό δ5 αδ ; cet αδ, inutile
pour le mètre, introduit une fausse opposition. Immédiatement auparavant,
le génitif θύοντος de G. Hermann (-τας Sextus) ne dépend pas de λίσσομαι,
qui prendrait par analogie la construction de δέομαι (ρ. 223) ; c'est un génitif
absolu à sujet sous-entendu (αύτοΰ) repris normalement par ό δ' au début de
la proposition suivante (cf. p. 226). Reste le rébus qui termine le v. 2. Pour
le diviser, avec Diels, en οι δ' άπορεϋνται, il faut prêter un rôle à des tiers
(les serviteurs?) dont il n'était pas question jusque là ; et à quoi rimerait leur
«perplexité»? G. Zuntz a cherché dans une autre direction, indiquée par la
traduction de Calcidius. Le ch. 197 de Vin Timaeum contient cinq hexamètres,
dont les trois premiers correspondent aux vv. 1-4 de notre fragment. La seconde
•moitié du second et le premier mot du troisième, « saeva prece territa mugit
(sic Z. pour le « mente » des mss) / hostia », ont suggéré à l'éditeur un οικτρά
τορεΰντα, paléographiquement acceptable ; ce « criant lamentablement »,
rapporté à υίόν, serait précisé par un second participe λισσόμενον. — Au fr. 35
(143 D.-K.), le ταμών de la Poétique d'Aristote (1457 b 13) doit remplacer le
ταμόντα de Théon de Smyrne, commandé par le contexte en prose de la citation ;
et le τανα(η)κέϊ du Riccardianus Β vaut mieux que Γάτειρέϊ du Parisinus A,
qui oblige à admettre (avec Wilamowitz, p. 650) un allongement de Γα initial
comme pour άτάλλων au v. 131 des Travaux d'Hésiode. — Les fr. 16-17 (127
et 146-147 D.-K.) sont la version empédocléenne d'une doctrine qui doit
remonter à Pythagore et s'exprime, avec des développements populaires, au
§ 42 de la Koré Kosmou hermétique [C.H., fr. XXIII Festugière) ; les deux
formulations se complètent (cf. p. 234).
La reconstruction du poème occupe les pp. 236-244. Une question délicate
est la succession des fr. 114, 133 et 134. Lucrèce (V 97-103) suit un modèle qui
combinait 114 et 133; 134 appartient au même contexte que 133; d'autre
part, 114 vient sûrement des Katharmoi. On ferait volontiers des trois fragments
un seul ensemble à l'intérieur de ce poème. Mais comme il y a de bonnes raisons
pour attribuer 133-134 à un IIIe livre des Physika, on croira plutôt que dans
ce IIIe livre un prélude « métaphysique », proche par le ton du fr. 114, précédait
le fr. 133 ; et c'est cet assemblage que Lucrèce avait devant lui (p. 241). Ajoutons
qu'une autre imitation se décèlerait chez Virgile, au second chant des Géorgiques,
si le v. 490, « Felix qui potuit rerum cognoscere causas », s'inspire du fr. 21
(132 D.-K.), όλβιος ος... (10).
(10) Cf. P. Boyancé, qui en rapproche l'éloge de Pythagore au fr. 129 D.-K.
[Revue Archéologique, 5e série, XXV, 1927. 1, pp. 361-379, surtout 367-370).
Mais la formule, vite devenue classique, remonte au v. 954 de la Théogonie
Page 6
View in PDF(opens in a new window)Vient ensuite l'édition proprement dite (pp. 246-250), où les fragments
se suivent dans l'ordre du commentaire, avec l'indication des numéros de
Diels-Kranz et un apparat à deux étages : Testimonia, puis variantes. C'est
d'après ce texte qu'il faudrait désormais citer les Katharmoi (11). La paraphrase
des pp. 251-261 achève de justifier l'ordre de lecture ; elle compare en détail
le fr. 23 (128 D.-K.) et les développements de Théophraste que Porphyre a
insérés dans son De abstinentia (pp. 259-260).
La conclusion de ce livre II (« Some Generalia », pp. 262-274) oppose
Empodocle à l'orphisme, dont l'« éternelle ivresse chez Hadès » était incompat
ible
avec la conception du « démon », pour Empédocle l'âme humaine (p. 264).
De même, l'eschatologie du poète n'est pas celle d'Eleusis, bien que « Platon,
dans la République et le Phèdre, ait tâché de les unir pour illustrer, sous forme
de mythe, sa foi en l'origine divine et en l'immortalité de l'âme individuelle,
ainsi que les exigences de la justice » (ibid., n. 4). Empédocle a subi l'influence
de Pythagore et de Parménide ; celle aussi, plus ancienne, d'Hésiode : le « dieu
banni » de la Théogonie est déjà l'homme ; les termes centraux νεΐκος et όρκος
(Thcog., 782 sv.) ont passé chez Empédocle ; vu à travers la Théogonie, dont
le message d'Empédocle est une réinterprétation, le mythe des Katharmoi
n'est pas orphique ; il reste foncièrement empédocléen (pp. 266-26,9). Les deux
poèmes, Physika et Katharmoi, se complètent et forment un tout, comme les
deux parties du poème de Parménide (pp. 269-270) ; ce n'est pas par hasard
qu'Empédocle parle de δαίμων et non de ψυχή ; « il ne pouvait appeler ψυχή
ce qu'il savait immortel et indépendant de tout corps » (p. 271).
Le livre III (pp. 275-393) réédite et commente les lamelles d'or « orphiques ».
Disons-le tout de suite : pas plus que chez Empédocle G. Zuntz n'est disposé
à y voir de l'orphisme (pp. 318 ; 326 ; 334 ; 337, n. 5 ; 338) : on ne peut, sans
cercle vicieux, leur en attribuer ; tout en elles est pythagoricien. Elles n'ont
rien non plus de commun avec les tablettes magiques et « défixions » sur plomb,
fréquentes dès le ve siècle a. C, qui renferment des imprécations contre des
personnes vivantes ; et seul l'or dont elles sont faites les rapproche des amulettes
de l'époque impériale (12). Pour les lamelles orphiques, cet or avait un sens
particulier : « le métal brillant et impérissable symbolisait la perpétuité de
la vie, tout comme, à l'opposé, le plomb sombre et lourd servait à produire la
destruction et la mort » ; elles se présentaient ainsi comme « la contrepartie
positive des défixions traditionnelles » et impliquaient « une nouvelle attitude
en face de la mort et de l'autre vie » (pp. 285-286).
Après le récit attachant des découvertes de Thourioi et un essai de chronologie
(pp. 287-298) vient l'étude des tablettes A 1-4 (pp. 299-343), avec transcription
et reconstruction en vis-à-vis. En A 1 (n° 18 D.-K.), Γάθάνατοι θεοί άλλοι
d'Hésiode, et les exemples en sont tellement nombreux (cf. E. Norden, Agnostos
Theos, Leipzig et Berlin, 1913, p. 100, n. 1) qu'elle ne suppose aucune réminis
cenceprécise.
(11) A l'apparat du fragment 1 (112 D.-K.), ajouter pour le ν. Ι κάτα Zuntz :
κατά Diog. Au fr. 3 (115 D.-K.), v. 3, accentuer le premier mot εδτέ.
(12) Sur ces défixions, le meilleur exposé reste celui d'A. Diès dans la
nécrologie de son prédécesseur A. Audollent, in C.R.A.I., 1953, pp. 341-349.
Page 7
View in PDF(opens in a new window)du v. 2 prépare Γύμών du v. 3, comme le fait, en A 2 (n° 19 D.-K.) le δαίμονες
qui remplace αθάνατοι ; aucun de ces υμών ne s'adresse au couple HadèsPerséphone : l'âme ne peut trouver faveur auprès de la déesse en se réclamant
des meurtriers de son fils Dionysos, les Titans (p. 312). Les « immortels » sont
les Olympiens plutôt que les dieux chtoniens, mais peut-être les uns et les
autres si la conception italique les réunit, comme elle fait de Persephone à la
fois la déesse de la mort et la dispensatrice de la vie (p. 313). En A 1, v. 4,
Z. lit (άστεροβλήτα) κεραυνω et de même, au v. 5 de A 2, (άστεροπητι) κεραυνω ;
ce double datif vient d'une finale homérique attestée par de nombreux exemples
(cf. p. 315).
Les imperfections de ces vers n'empêchaient pas les fidèles d'en nourrir
leur piété ; ils se plaisaient à y trouver, sous un mode traditionnel, les articles
essentiels de leur croyance : 1) l'âme est d'origine divine ; 2) après la mort elle
affronte le jugement de Persephone ; 3) elle peut l'affronter avec confiance,
si durant sa vie terrestre elle s'est gardée «pure » (p. 313). Au v. 6 de A 2-3
(qui forment un seul fragment chez Diels-Kranz, le n° 19), Z. maintient άγνήν,
épithète rituelle de Persephone, que Diels corrigeait pour le mètre en άγαυήν ;
dans le v. 7 il reconnaît comme Kaibel un pentamètre, avec un έδρας trochaïque
et Γεύαγέων que Diels transformait en εύαγεόντων (p. 317) ; ce « séjour des purs »
correspond au « séjour des héros » dans la tablette de Pétélia (B 1 ; cf. pp. 318
et 359). « II n'y a rien là d'orphique » (p. 318). Les vv. 5-7 d'A 1 (6-8 du
fr. 18 D.-K.), qui supposent le cycle des naissances, paraissent détachés d'une
description du sort des âmes ; le κύκλου du v. 5 se retrouve au fragment
orphique 229-230 Kern ; rapproché du « cycle de la Nécessité », κύκλον ανάγκης,
que Diogène Laërce (VIII 14) attribue à Pythagore, ce texte fait de κύκλος
un terme pythagoricien pour désigner la vie terrestre conçue comme une série
d'incarnations. Le vers 8 est une prose péniblement versifiée (comme A 2-3,
v. 4), et la ligne 9 n'est que de la prose ; ils marquent pourtant un sommet :
l'homme devient dieu ; mais non pas Dionysos, lequel d'autre part n'a rien
à faire avec le « chevreau tombé dans le lait », celui-ci sans doute proverbial
(pp. 323-326).
En A 4 (fr. 20 D.-K.), v. 5, l'impératif δδοιπόρ<ει> s'accorde au mètre
trochaïque, ruiné par le supplément όδοιπορ<ήσας>.
Vers 260 p. C, donc six siècles après les lamelles précédentes, la Caecilia
Secundina d'A 5 (fr. 19 a D.-K.) est qualifiée α'άγλαά ; si elle descendait de
quelque Secundus comme les deux Pline, l'épithète correspondrait au latin
clarissima (p. 334, n. 1). La première phrase, à la troisième personne, peut être
prononcée, en manière de présentation, par un portier infernal ; ensuite Caecilia
prend la parole pour se recommander à la bienveillance des dieux qui viennent
d'être mentionnés, Euklès et Eubouleus ; finalement, une « voix des Enfers »
lui adresse l'invitation «Va », ΐθι, parallèle à Γόδοιπόρει d'A 4 (p. 335).
L'« analyse comparative d'A 1-4 » (pp. 335-338) n'aboutit pas à une recons
titution homogène : « faire de tous les documents un mixtum composition,
c'est s'interdire de les comprendre » (p. 336, n. 1) ; entre A 1 et A 2-3 il subsiste
des différences insurmontables : celui qui devient dieu n'a pas d'injustice
à expier, celui qui doit expier ne devient pas dieu ; le mort d'A 1 et 4 avait
achevé la série des incarnations, celui d'A 2-3 attend un retour à la vie d'ici-bas
(pp. 336-337). En dépit de ces divergences, il reste «une doctrine élaborée
de l'au-delà, centrée sur la foi en un jugement après la mort et en la réincarnation
des âmes ; une doctrine partagée, jusqu'à des détails frappants, par (le) Théron
(de la IIe Olympique de Pindare) et par Empédocle, exploitée par Platon et
Page 8
View in PDF(opens in a new window)survivant, malgré les corruptions, en pleine époque impériale ; que peut-elle
être, sinon pythagoricienne » (p. 337)?
Si l'on admet un noyau central en vers, il faut en exclure les éléments en
prose ou d'origine prosaïque (en A 1 et 4, la proclamation de la déification
et les acclamations qui l'accompagnent ; en A 2 et 3, l'aveu de l'injustice à
expier), ainsi que le premier et le dernier vers d'A 4, « trop bons » pour le
versificateur du milieu. Le poème originel comprendrait les trois premiers
vers d'A 1 ou 2-3, soit le discours du mort en présence de Persephone, et une
conclusion au choix : ou A 1, vv. 5-7 ; ou A 2-3, v. 6, sans allusion à des fautes
réparées ; l'ensemble, cohérent, s'impose par une grandeur simple. Même si
les passages en prose rythmée n'en font pas partie, il appartient à une tradition
liturgique, peut-être à une sorte de « messe des morts » pythagoricienne
(pp. 341-342).
Passons sur la tablette C, trouvée à Thourioi comme les précédentes et
presque inintelligible ; seule elle fait allusion au mythe d'Eleusis (p. 353) ;
seule aussi, par son indifférence au contenu, elle se rapproche des amulettes
magiques (p. 354). Des tablettes du groupe B, dont les six dernières réduisent
à l'essentiel les deux plus longues, la première, Β 1, découverte à Strongoli,
l'ancienne Pétélia, date de la première moitié du ive siècle a. G. ; la seconde,
Β 2, qui provient de Pharsale, serait contemporaine d'Aristote ; elle ajoute
à Β 1 deux vers (5 a et b) où l'âme dialogue avec les gardiens ; mais il y manque
la promesse finale de « régner parmi les héros » (12). Ces deux tablettes dérivent
de vers et d'acclamations récités ou chantés à des funérailles pythagoriciennes
(p. 383). On ne peut les ramener à un poème qui comprendrait aussi les
textes A 1-5 ; à cette hypothèse d'un poème unique s'opposent : 1) les passages
en prose de A ; 2) la promesse de l'héroïsation à la fin de « Pétélia », sans allusion
à une rencontre avec Persephone ; 3) les variations et elaborations de chaque
type ; 4) le fait que, jusqu'ici tout au moins, les groupes A et B n'ont nulle
part été trouvés ensemble ; 5) — argument décisif, — l'autarcie des divers
textes (p. 384).
Une dernière section, « Orient et Occident » (pp. 388-393) retrouve la plupart
des éléments dans les mythes de l'ancien Proche-Orient. Celui de Gilgamesh
connaît un arbre magique au bord de l'eau, noir et en même temps brillant ;
« l'Arbre de Vie, il est vrai, n'est pas nécessairement identifiable en termes de
botanique » (pp. 389-390) ; la « soif des morts », plus fréquente en Egypte,
n'est pas absente de la Mésopotamie ; quant aux gardiens de l'arbre et de la
source, qui ne sont pas autrement désignés par les plus longs des textes grecs, ils
sont bien déterminés dans les traditions proche-orientales. Mais si « Pythagore »
a utilisé des motifs orientaux, « le résultat est infiniment plus que la somme
des parties » (p. 393).
Une des «notes détachées» qui terminent l'ouvrage (pp. 394-413) examine
rapidement la phrase de Platon (Lois VI, 782 c) pour y voir, avec W. Kranz (14),
un reflet du fr. 128 d'EmpédocIe, sans admettre pourtant que Platon en signale
le « caractère orphique » : par l'expression « la vie dite orphique », le philosophe
symbolise le végétarisme d'un passé idéalisé ; il ne désigne pas ni même ne
(13) Dans La Religion grecque (Paris, 1969, pp. 194-195), j'ai emprunté la
traduction de P. Foucart (Les Mystères d'Eleusis, 1914, p. 426).
(14) Die Fragmente der Vorsokratiker6, I, 1951, Nachtrag zum ersten Band,
Page 9
View in PDF(opens in a new window)suppose Γ« orphisme » d'Empédocle et de sa doctrine (p. 405, n. 2). Le vers
d'Aristophane cité dans ma note ad locum {Grenouilles, 1032) n'impliquait
lui-même que «le passage de l'anthropophagie à la civilisation» (15).
Il faut souhaiter au livre de Gunther Zuntz beaucoup de lecteurs et d'« usa
gers ». Plus d'un se laissera gagner par l'enthousiasme de l'auteur : en Grande
Grèce, la religion s'est élevée à quelques-unes de ses cimes.
(15) Cf. 'Platon, Œuvres complètes, t. XI, 2e partie, 1951, p. 150, n. 2 ; La
Religion grecque, pp. 201-202.