Show full text6 pages
Page 1
View in PDF(opens in a new window)Sans
Héros et héroïnes. Kernos, suppl. 10 (2000), p. 91-100.
X DID EN Guk2- M NX.
N
es ©
Le héros comme peratú entre l’homme et
la divinité dans la pensée grecque
La philosophie grecque a toujours plaidé pour l'existence d'une hiérarchie
intermédiaire entre l’homme et la divinité. Cette hiérarchie est constituée de
messagers divins, äyyeAoı — appellation réservée notamment à Hermès et à
Iris dans les mythes — de démons et de héros. Et c'est justement cette gradation qui servait à justifier l'intervention divine dans les affaires humaines et
qui montrait qu'il y avait bien un espace pénétré de transcendance divine
entre les deux instances extrêmes. Chaque entité y remplissait une double
fonction liée et à sa qualité de médiatrice et à celle qui lui était propre. Les
héros, eux, sont les représentants les plus proches des hommes, surtout de
ceux qui ont atteint la condition surhumaine après leur mort, ce qui démontre que, même ayant participé en quelque sorte du divin, ils ont vécu une
vie terrestre.
Les origines de ces esprits héroïques, à la nature subtile et métaphysique
promulguée par la philosophie et les croyances populaires, font longtemps
l'objet d'une polémique où deux partis cherchent à triompher. Le premier
identifie les héros à des défunts ayant acquis dans la tombe des pouvoirs
proches de ceux des dieux qui leur permettraient d'influer sur la vie des
hommes? La deuxième parti soutient de façon aprioriste le caractère divin
des héros, qui ne seraient que d'anciennes divinités spécialisées, privées par
les dieux de leur essence divine première et donc déchues, en quelque sorte’,
C'est le processus connu sous le nom d'évhémérisme inverse. Outre ces deux
interprétations principales, il y en a d'autres qui en tiennent compte simultanémentf. En tout état de cause, et pour ce qui est de la philosophie grecque,
il reste que le héros n'est qu'un être intermédiaire qualifié, tout comme les
&yyedor et les Salpoves, de peTaËd entre les dieux et les hommes puisque, d'un
1. Ropricuez Moreno, Los seres intermedios entre el bombre y la divinidad en el
'
pensamiento griego de época belenistica e imperial, Cadiz, 1998, p. 34-63.
2 Cf. E. Ronpe, Psique. La inmortalidad del alma entre los griegos, Madrid, 1942,
p. 120-122; E. Des PLACES, La religion grecque. Dieux, cultes, rites et sentiment religieux
dans la Grèce antique, Paris, 1969, p. 118.
a
Cf. L. Graner, À. BOULANGER, El genio griego en la religiön, Mexico, 1960 (Paris,
1932), p. 177-178.
4 Cf. A.D. Nock, The Cult of the Heroes, in Essays on Religion and the Ancient World,
Oxford, 1972 11944], p. 575-602.
Page 2
View in PDF(opens in a new window)Le heros comme petaks entre l'homme et la divinité
long sur leur qualité d'excellents orateurs. Il ne fait pas de doute que de telles
étymologies sont plus que discutables ou que notre philosophe les a ressorde Thèbes, et devinrent, à leur mort, habitants des Îles des Bienheureux!®, I]
fait également dériver le mot fpws des verbes épwrdv et elpeiv qui en disent
sur le caractère semi-divin de ceux qui luttèrent dans les guerres de Troie et
logie du terme pus” en le mettant en rapport avec le nom de l'Amour
CEpws), à partir de l’idée précitée qui définit le héros comme le fruit de
l'amour d'un dieu (ou une déesse) et d'une femme (ou un homme). Ce
faisant, Platon nous rappelle la conception héroïque d'Hésiode qui insistait
ordinaire par rapport au reste des humains”. L'Athénien réfléchit sur l'étymode son origine et pose comme condition sine qua non que le héros soit issu
d'un dieu et d'un mortel, qui lui transmettront une nature hybride et extrasont exposées par Platon, qui définit cette instance intermédiaire en fonction
À l’époque classique, la plupart des données sur le héros comme peraEú
élaborée tout au long de l’histoire de la philosophie grecque. Par ailleurs, la
théorie héroïque n'a pas seulement attiré l'attention de la secte pythagoricienne à l'époque archaïque, mais aussi celle d’Anaximandre qui, d'après
Athénée, lui consacra le traité ‘HpwoÂoyla, malheureusement perdu’.
théorie héroïque des pythagoriciens qui prévaudra de façon plus ou moins
une valeur plus métaphysique. La condition du héros abandonne son caractere foncièrement terrestre de jadis pour revêtir un habit éthéré. C'est cette
93
L RODRIGUEZ MORENO
en conseillers pour les hommes, de sorte que la croyance héraïque acquiert
92
côté, il bénéficie d'une nature partiellement divine et que sa puissance est
surhumaine et que, de l'autre, il est mortel, Ce caractère particulier lui accorde un statut propre dans la pensée grecque, ce qui le fera remplir tes
taches bien spécifiques de sa catégorie. Dans ce sens, notre étude prétend
analyser la figure du héros en tant que petaEb, Ceci nous amènera parfois à
définir le héros en rapport avec les Balpoves et à parler de l'importance qu'il a
acquis le long de l'histoire de la philosophie, depuis les présocratiques
jusqu'à Proclus, Fun des meilleurs représentants du néoplatonisme au v°
siècle.
Ainsi, à l'époque archaïque, alors que la hiérarchie intermédiaire ne s'était
pas encore affermie? en tant que telle, Pythagore et son École considéraient
que l'air se trouvait imprégné d'âmes consistant en démons et en héros
constituant toute une collectivité anonyme qui se voyait adresser les purifications et les sacrifices expiatoires, la mantique, la prédiction, les songes, les
maladies et tout ce qui intéressait les hommes“. On ne distinguait pas encore
suffisamment les héros des démons dans leurs fonctions, mais bien par leur
proximité avec les hommes. Cela explique qu'on attribuait aux démons une
nature, les héros étant percus plus humains à cause de leur plus grande
plus grande perfection (quoiqu’inférieure a celle des dieux) et qu'ils
étaientjos, donc, davantage honorés que les héros.
Cette notion nouvelle chez les pythagoriciens implique, effectivement,
ties pour provoquer des effets plus ou moins humoristiques!!.
que les héros, instances animées flottant dans l'espace, cessent d'être tout ce
qu'ils étaient pour Hésiode et Homère en se convertissant en âmes-démons,
cependant, sur le trait de la semi-divinité et, donc, sur le fait que les héros,
10
8
7
Hes., Op., 140-142.
Cra, 398c.
of. R, 391d 2; Ap., 27e-28a.
11, 498b 10.
Cette question a fait l'objet de très nombreux débats depuis l'Antiquité. Cf.
13 pol, VIL, 14, 1331b 18.
14 pol. VI, 14, 1332b 12.
12 Cf. R, 468e-469b; Lg, 716d-e; 717b; 738 ; 740b; 799a; B01b-d; 910a.
J. Rrroré Ponce, La teorfa del nombre en el neoplatonismo tardio, Cadiz, 1992, p. 11-19.
11
9
En fondant la supériorité du héros sur les qualités de son dperú et,
partant, de son Ame", le Stagirite explique l'appartenance du semi-dieu aux
collectif. Comme Aristote lui-même le dira!?, il serait, alors, nécessaire d’eriger
des temples aux héros, ce qui seul soulignerait la qualité de leurs hommages.
de gagner leur faveur et la prospérité, aussi bien à titre individuel qu'à titre
citoyens. Cette vénération dérive de l'ancien culte des morts dans l'intention
tels les hommes illustres!?, sont susceptibles de recevoir l'hommage des
héroïque d'intermédiaire entre les dieux et les hommes (ueratú). Il insiste,
Platon ne développe pas si explicitement que les pythagoriciens la facette
5 Cf. 1. RopriGurz Moreno, Aatyoves, “Hpwes y “Ayyedot en la filosofia presocrätica,
in Habis, 26 (1995), p. 29-49.
6 Dioc. LAËRCE, 8 = PYTHAG., 14 B la Diels-Kranz : elval te ndvta tov dépa Yuxüv
Eumlewv kal tobtovs tots Balpovds Te Kal fpwas vonlleodu Kal brò ToÚTwv
népmeoôar dvöpunas tots Te dvelpous «al TA onpeta vécou te Kal bytelas, Kal où
növov dvOputors, Add Kal tpoBdtors Kal Tois Akkaıs xriveow. els TE TobTOUS
ylyveodar tots te xadappots kal dmotpomacpots pavrıkrv Te mdaav Kal KdnSdvas
kal Td Spo. péyiorov dt dnote tiv Ev davOpuitors elvar thy puxh metoa Em rd
dya0òv fj énl 7d Kaxév. edBarpovetv te dvOpumous, Stav dyaBì uxt) mpocoyévnrat,
undétrore St tpepetv nde tov abtdv bov xpateiv, Spxiov Te elva Td Slkatov, Kal
Bid roro Ala Spxiov A€yeoOar. Thy TE dperiv dppovlav elvac kal Thy bylecav Kal
TO dyaßör dnav xal Tv Oebv: Bid Kal Kad’ dppovlay awveordvan Ta Bhar deAlav Te
elvat Evappóviov Loérnra: tipds Oeots Setv voulCev Kal Hewor ph tas laas, dAAR
Gcois new del uer'ebpnulas Aevxerpovoövras Kal áyvebovras, fpwor dt dm pécov
finepas. « (...) que les Ames imprégnent l'air, On les nomme démons et héros et elles font
parvenir aux hommes, et méme aux troupeaux, des songes, des signes de maladie et de
santé. Elles se font consacrer les purifications et les sacrifices expiatoires, toute la
mantique, les phénomènes de clédonomancie et d'autres choses du même genre.
[Pythagorel affirme que ce qui a de plus important chez les hommes c'est que l'âme les
pousse tantôt au bien, tantôt au mal; que les hommes sont heureux a chaque fois qu'une
Ame bonne leur échoit, quoiqu'elle ne soit jamais tranquille ni jamais ne suive le même
chemin (...) qu'il faut honorer distinctement les dieux et les héros, les premiers méritant
toujours les éloges et qu'en leur présence on revête la blanche pureté; les seconds
{devant êtres loués] depuis midi. »
Page 3
View in PDF(opens in a new window)Le béros comme petatt entre l'homme et la divinité
À l’époque impériale, la théorie pythagoricienne deviendra le référent de
94
sphères divines’>. Une telle vertu héroïque poursuit la gloire et la renommée.
tous ceux qui concevront les catégories intermédiaires en tant qu’ämes. Dans
ce sens, c'est l'un des précurseurs du néoplatonisme et l’une des figures de la
période intertestamentaire, Philon d'Alexandrie, qui se réfère au pythagorisme en affirmant que les héros grecs sont identifiables aux anges puisqu'il
Ces hantises, en dépit de la culture de la honte prédominante, restent l'apanage de la divinité et s'opposent à la perversion et à la brutalité, En voila des
arguments péremptoires pour que le héros devienne une figure digne d'être
tence terrestre ;
est question de deux entités aériennes guidant les mortels durant leur exisdvatatw 5’ elva updos adrÿ tH alOépt tas xadapwrdras, ds ol ev
nap’ “EddAnot trdocodpigavtes Hpwas kakoöor, Muvoñs dt dvdpata eùÔuBô xpwpevos àyyékovs npogayopeder, mpeofevonévas Kal Siayyeddovoas
Ta Te Tapa Tod hyepôvos tots binkôois dyada.
vénérée, une déité mineure, supérieure à l'homme en tout. À propos de cette
prééminence nuancée et du culte que l’on voue au héros, on citera un
fragment du péripathéticien Jérôme de Rhodes (11° siècle avant J.-C.) où il est
question de mentionner le 8aljwv "Avayupdaros, qui était, en principe, le
Or, plus haut, dans l'air même, se trouvent les (âmes les) plus pures que
liée à celle de l'arbuste dvdyupıs, la « fève du diable » ou plante puante!®, Or,
héros Anagyre!”, homonyme d’un dème de l’Autique. Cette appellation est
ce qui retient le plus notre attention dans cet exemple, c'est la transformation
du héros en démon, c'est-à-dire la promotion de son statut dans la hiérarchie
ne Plantatione, 14, 6-11. Cf. De gie., 6, 3, De somn., 1, 141; V. NIKIPROWETZSKY, Sur
5 pe def. orac., 415B.
p. 267-283.
d'Alexandrie, in Anges et démons. Actes du colloque de Liège et de Louvain-la-Neuve,
25-26 Nov. 1987, Louvain-la-Neuve, 1989, p. 157; I. Robnicuëz Monuno, La demonologia y
la angelologfa en los inicios del Imperio. Filôn de Alejandria, in Helmantica, 49 (1998),
4 De gig, 12. Cf. B. DECHARNEAUX, Anges, démons et Logos dans l'œuvre de Philon
G. Vajda, Louvain, 1980, p. 43-71.
une lecture démonologique de Philon d'Alexandrie De Gigantibus 6-8, in Hommage à
23
ravrdnaor Oedtytos petéaxov.
wonep yap éx yis ÚBwp Ex 5' ÚBaros âip Em 5’ dépos nip yevvwpevov
dpdtat tis oùolas dvw depopévns, obtus ex ev dvpuTuv els Hpwas dx
8' hpúmw els Salpovas al Bekttoves Wvxal Thy peraßoinr AauBdvovew, Er
dE Saypdvev ÖAlyart pev Ev xpóvw ToM bi dpernv xadapdeicaı
doctrine pythagoricienne# :
Plutarque nous en donne, bien sûr, la réponse tout en se faisant l'écho de la
il ? Et comment son inclusion dans le hiérarchie semi-divine se vérifie-t-elle ?
Oui, certes, mais comment ce changement d'âmes en démons se produitque l'on considère comme des dyyekot, dans ce sens que les premières sont
descendues dans des corps mortels, tandis que les autres se sont tenues à
l'écart de tout élément matériel",
cette identité initiale, il y a une différence entre les âmes humaines et celles
celle des démons, si l'on considére la transcendance absolue de Dieu, éloigné
des mortels et ayant, donc, besoin d'agents de sa mpdvoia sur terre. A part
La présence de ces entités devient forcément nécessaire, de même que
ses sujets.
dénomme anges, envoyés et dispensateurs de biens de la part du Suprême à
les philosophes grecs appellent héros et que Moïse, plus exactement,
des êtres intermédiaires. Il s'agit d'un homme illustre ayant vécu très loin
dans le passé (presque à l'époque des mythes), qui a atteint la divinisation. Il
fut démonisé comme génie protecteur et bienfaisant pour avoir fondé une
tribu. Voilà une exemple très parlant de l'homme vénéré après sa mort,
Mais la conception héroïque de l'époque hellénistique ne va pas être substéréotype des héros de nature politique, selon la classification de Brelich””.
stantiellement différente de celle des pythagoriciens”. Ainsi, pour les stoiciens, les héros continueront d'être des âmes détachées de leurs corps ou,
plus précisément, des âmes de sages (omouBaior) et d'hommes illustres dont
on a promu le rang”!, L'intérêt porté par les stoïciens moyens à l'égard de ces
instances intermédiaires est clairement attesté chez Poseidonius d'Apamée
dont nous connaissons le traité, Tlepl “pur Kat Baluovwv, parce que Macrobe en a conservé le titre??, L'Apaméen aurait cherché à démontrer la
notoriété obtenue par les êtres intermédiaires entre l’homme et la divinité
ainsi qu'à souligner le passage à une démonologie plus systématique.
15
ce n'est pas un homme mais un sauvage, comme si la méchanceté était une manifestation
EN. Vil, 1, 1145a 20.
16
MM., I], 5, 1200b 12: 8tav yáp Twa mavrehds Lôwpev daddrov, où’ ävBpwrmrév
pauev elvar adda Onplov, ds obodv Twa xarlav Onpwórnra: h BE durikeuuéen dpeTh
tabtn &oriv dvúvvpos, Zorı 8'h ToraúTn Urèp vOpwrov oboa, clov hpwikh Tus Kal
Bela. « Lorsque nous voyons quelqu'un d'extraordinairement pervers, nous disons que
A. 1842 = fr. 22 Wehrli (Die Schule des Aristoteles. Texte und Kommentar, Baselde la brutalité. La vertu qui s'y oppose est, elle, innommable et plutôt surhumaine, telle la
vertu des dieux et des héros. »
17
Anagiris foetida. Cf. Anistort., Lys. 68; Drosc., II, 150; Gan., XVI 143 K.
Stuttgart, 1967-1969]. Cf. L. Git, "Ardyupos, in MCr, 19-20 (1984-1985), p. 113-120; AristöJanes, Madrid, 1996, p. 138-147.
18
iste SVF, II, 1102 von Arnim [Stoicorum Veterum Fragmenta, Leipzig, 1902-1905).
9 Gf. A. Breticn, Gli heroi greci: un problema storico-religioso, Roma, 1978, p. 313.
2° pour une vision plus complète des êtres intermédiaires dans le pythagorisme
d'époque hellénistique, cf. Rovrigurz Moreno, op. cit, (n. 1), p. 202-217.
2 sat, 1, 23, 7.
Page 4
View in PDF(opens in a new window)De même que l'on voit que de la terre naît l'eau, que de l'eau naît l'air et
que de l'air naît le feu, la substance allant toujours vers le haut, de même les
meilleures âmes éprouvent le passage d'homme à héros et de héros à démon.
Il y en a même qui, longtemps purifiées par l'exercice de la vertu, arrivent à
complètement partager l'essence divine.
Et tout cela à travers un processus de purification qui s'étend sur la longue
durée.
Le néoplatonisme est, sans doute, le courant philosophique qui encense
et systématise le plus les hiérarchies intermédiaires. La présence de médiateurs y est absolument nécessaire pour justifier la transcendance totale de
l'Être suprême, entièrement détaché de toutes des choses?®. Les émissaires
apparaissent, ainsi, comme de simples ministres — agents de la mpövora divine
dans le monde sublunaire. Il s'agit donc d'auxiliaires de la divinité qui, avec
l'esprit épars qui enveloppe la terre, se chargent de vivifier les parties du
monde par Lui gouverné”. Par-dessous la divinité supérieure se trouve l’espace intermédiaire où habitent les dieux visibles, doués d'une âme et d'un
corps, les dieux invisibles ou démons siégeant dans les régions supraterrestres à côté des héros et des âmes immaculées. Ces héros jouissent d'une
vertu et d'un caractère extraordinaires, au même titre que les autres semidieux?®. Ils constituent, au dire de Synésius de Cyréne, une race glorieuse
(Kvörjev yévos pew)”. Une telle supériorité exige que les hommes leur sacrifient des animaux (ceci est imposé par les dieux mêmes”), la dérogation
26
porn, Epist. ad Aneb., 1, 1b. 3 Sodano lForfirio. Lettera ad Anebo, Naples, 1958]
Syn, Hy., V, 55-58. Cf. laMD…, Afyst., 11, 1.
PoreH., Abst., 11, 37, 3-4.
étant automatiquement perçue comme un acte d'âcéfera. L'hommage peut se
tenir en lieu public (temples et autels), conformément aux lois de la patrie?!,
ou en privé, par des louanges et avec des fruits??. Le but visé par les hommes
avec ces offrandes est celui de gagner la faveur des héros aussi bien pour de
par la nature
petits que pour de grands services. Et les faveurs sontPNaccordées
3
“
.
ums
x
héroïque : sublime en dépit de la faiblesse que la matière entraine?”.
B
27
29 Hy, 1, 278-300.
ports. Abst., IV, 22, 33.
0 Les sacrifices peuvent faire cent ou deux cents victimes. C'est pourquoi on
surnomme Héraclés « le dévoreur de bœufs » (Boubdyos). Porrx., Abst, Il, 22, 4.
porpn., Antr., 6, 19.
31
32
3 syn, Prov, 1, 10, 22-24.
Le béros comme neratú entre l'homme et la divinité
mina Aurea’, les lis 2?$) fondamentales de l'École pythagoricienne* :
97
Le culte et l'honneur envers les héros doivent suivre l’ordre hiérarchique,
comme le prescrit Hiéroclés d'Alexandrie dans son Commentaire aux Car-
Kadel.
raaıdım 6 À TéËic Tüv doyiKdy yevaiv Kal Ev mpooulos mapadedotau,
dor’ elev pév mpüror Ev Te TH Kkéouw ol dOdvator Geol, Eweıd' Howes
dyavol Kal TeXevraicı Balpoves KatayOdvict, obs viv Benrobs dvOputous
Un tel ordre d'êtres raisonnables apparait en préface, de sorte que les
premiers dans l'univers sont les dieux immortels, puis les héros glorifiés et les
derniers, les Salpoves Karaxdövıoı, que (le poète) appelle ici mortels.
Effectivement, les héros glorifiés se trouvent à la tête des catégories semidivines, devant les 6aluoves xatayOdvior, assimilés dans cet usage aux âmes
des mortels*. Ces Salpoves karaxdbvror se trouvent donc au deuxième rang:
ce sont les seconds à devoir être honorés”, ils ont toujours la pensée orientée
de leur vie bienfaisante*®. Or, ce qui représente une nouveauté chez
vers celui qui organise le monde universel et resplendissent grace au bonheur
Hiéroclès, c'est la curieuse qualification de dyavol, mérite de tous ceux dont
la nature est bonne et constamment lumineuse, de ceux qui ne donnent
jamais dans la vice ni dans l'oubli de Dieu”. Cette attribution concerne non
parce qu'ils sont doués de sagesse et de l'essence des lois divines et que,
seulement les héros, mais aussi tout type d'êtres intermédiaires entre
l'homme et la divinité, notamment les démons. Revient également à Hiéroclès
la désignation des héros en tant que « bons génies » (6aluoves dyaQot)*?
divins pour que les hommes parviennent à une vie heureuse‘. Il n'empêche
comme « messagers » (dyyeho), ils agissent en convoyeurs des principes
entités : les premiers sont les plus proches des dieux, les autres se trouvent à
que dans les termes äyyekoı, Saipoves et fpues nous pouvons aisément dégager une classification sous-jacente, liée à chacun des rôles assignés aux
Im CA. 10, 21-14; 93, 25-94, 1; 21, 20-23; 22, 2-10;22, 21-22 Koehler [Hieroctis in
Aureum Pythagoreum Carmen commentarius, Stuttgart, 1974).
35 yv. 1-4. On dénombre trois grands groupes dignes de vénération : les dieux immortels occupant l'éther, puis les héros et les démons terrestres ou âmes; enfin, les parents et
autres proches; le tout dans l'observance du serment (prêté) et conformément aux
.
canons de la loi,
5 m CA. 120, 20-27 Koehler,
6 y» CA., 93, 23-28 Koehler. Cf. N. Aujoutat, Les carayddınor 6aluoves et la destinée
des âmes humaines après la mort d'après le commentaire sur les Vers d'Or des Pythagoriciens de Hiéroclès, in Pallas, 20 (1973), p. 25-47.
B m CA., 19, 2 Koehler.
39 In CA. 19, 2-11 Koehler.
10 y CA, 19, 15 Koehler.
CA, 19, 15-17 Koehler.
Page 5
View in PDF(opens in a new window)L Roprícusz MORENO
distance égale des deux extrêmes et tous se font appeler tipwes dyavol,
Le héros comme ueraët entre l'homme et la divinité
99
leur destinée et ils sont les seuls à pouvoir se dégager de la matière pour réintégrer l'intelligible et diriger le cycle vital.
en âmes plutôt enclines au monde de la génération, compte tenu de leur
nature, proche du domaine de la matière. Mais il s'agit d’ämes plus pures et
plus intellectuelles que celles des simples mortels. Ils possèdent la magnificence, le sublime et la haute dignité. On se doit de les honorer après les dieux
et les démons, dans cet ordre, comme l'établissaient les préceptes pythagoriciens. Ils descendent sur la terre au profit des hommes, pour faire partie de
héros s'affiche bien plus prête à la multiplicité, au mélange, la division et le
À part les fonctions précitées et grâce à l'amour, les héros conduisent
l'âme humaine jusqu’au point le plus haut possible; ils dispensent, également,
« héros glorifiés », par le poète des Carmina Aurea.
Il convient à présent de rappeler la hiérarchie intermédiaire de Jamblique
de Chalcis organisée comme il suit : dieux, archanges, anges, démons, héros
et âmes. On y dégage une intention de systématisation plus grande ainsi que
la volonté de déterminer, de particulariser davantage chaque catégorie“?
Ainsi, tandis que l’espèce des démons se multiplie unitairement, celle des
la vie intellectuelle, magnifique et généreuse, et ils ont reu le don de convermouvement. I} en résulte que l'instance héroïque se confond sympathiquement avec les différents genres qu'elle fréquente (toujours au-dessus de l’orlaan, Myst., 1, 6-7.
51
In Ti, 3, 165, 19-25; 3, 178, 26; In Prov, 617, 23.
In Ti., 3, 165, 27-30.
Op Cra. 128, 17-30.
sont considérés comme les descendants des dieux et des mortels, ce qui
explique les qualités extraordinaires qui les distinguent des hommes. Dès lors,
ils occupent le troisième rang (après les dieux et les démons) en matière
purifiant (cible des mystères chaldéens). Du point de vue mythique, les héros
peralú entre le plans divin et humain. Ce sont les instruments de la npévoia
d'un seul Dieu, suprême, transcendant et à l'écart du monde sensible. Les
héros, dans le cadre de cette classification et suivant leur essence, interviennent dans la vie des hommes tels des agents bénévoles, se mêlant à la destinée de l'individu et instaurant un ordre dans tout ce qui altére Ia matière. Les
héros guident l'âme humaine dans son chemin vers l’Intelligible tout en la
Chacun compte ses propres sous-types, rassemblés par le seul concept de
tion philosophique abordée, que la hiérarchie des instances intermédiaires
acquiert la plus grande notoriété. Cette hiérarchie est intégrée par trois
groupes principaux : les äyyeAoL-messagers divins, les démons et les héros.
C’est, en définitive, avec le néoplatonisme, héritier universel de la tradiques.
couronnée de succès”? Or, la conduite héroïque des âmes vers les sphères
célestes suggère très clairement la doctrine chaldéenne de l'dvaywyn, ce qui
renvoie cette théorie proclusienne des héros bénévoles et bienfaisants (tout
comme sa démonologie), à la tradition de l'École pythagoricienne, à la pensée de Platon, aux traités de Jamblique et, finalement, aux Oracles Chaldaitir, de pourvoir et de vénérer l'Intellect divin. Cette mission est soutenue,
d'après Proclus, par la propre étymologie du terme pus, liée au verbe aïpeiv
(« élever et conduire l'âme vers les dieux »), même si en les comparant avec le
reste des entités divines, les héros ont la vie moins rationnelle et moins
magnifique (quoiqu'intellectuellement supérieure à celle des humains), Par
conséquent, « cette race est sublime, elle élève les âmes et reste la cause d'un
art de vivre noble et grand »°!, puisqu'en accord avec l'Intellect et la conversion; elle agit en gardien de la purification ainsi qu'en véhicule d'une vie
dinaire) ce qui lui rapporte de meilleurs dons comme la beauté, la pureté,
l'unité, la fermeté et l'identité (quoiqu’en moindre mesure que pour les entités qui la précèdent)".
Jamblique définit la hiérarchie des êtres intégrés par la catégorie peTagv
suivant leurs essences, leur activités ou leurs puissances, si bien que leurs
différentes natures renvoient à des statuts particuliers. Voilà donc que les
démons sont nés des forces créatrices divines et se trouvent à leur merci,
voilà que les héros existent en vertu des causes vitales des êtres et les degrés
premiers et parfait des âmes qui s'en déduisent. Les entités héroïques, les
démons et les dieux célestes contribuent à l'élévation de l'âme jusqu'au plan
divin, la guident lorsqu'elle se trouve confinée dans un corps jusqu'à ce
qu'elle touche au suprême. C'est le but de la théurgieft.
Enfin, Proclus, l’une des cimes du néoplatonisme du v' siècle, est l’auteur
d'une théorie bien plus développée sur le héros en tant que peraëú. Il est le
premier à le définir non seulement par rapport à son essence — comme
Jamblique l'avait déjà fait — mais à son rôle. Ainsi, les héros, outre le fait de
tion extraordinaire à l'égard des hommes“? -, de constituer le cortège divin
participer de la nature divine par voie parentale — ce qui explique leur condiavec les anges et les démons" et d'agir comme agents bénévoles”; les héros,
dit Proclus, « modèrent, lorsqu'ils s’avancent, tout désordre de la matière, ils
entretiennent les véhicules divins et purifient les véhicules humains »18,
Encore une fois, notre philosophie remanie la théorie pythagoricienne
lorsqu'il considère les héros comme des entités par relation”, Ils s'affichent
3
42 L Ronricuez Moreno, Angeles, démones y heroes en el neoplatonismo griego,
Amsterdam, 1998, p. 73-118.
angst, IL LL.
#5 jy Cra, 129, 14-17; 118, 22-30; In Alc., 75, 20-76. 3; fat Rl, 44. 7-45. 3; 1, 154. 5; 11, 313,
7 In Ti, 3, 166, 3 3, 166, 20: 3, 166, 23.
52
46 De decem dubit., 25, 7.
Set 9; IL, 331, 13; IL, 331, 16-27.
19 pr Cra, 117, 7-118, 30.
48 he Ti, 3, 262, 17-20.
Page 6
View in PDF(opens in a new window)d'honorabilité. Cela ne fait que reprendre encore l’ancienne théorie pythagoricienne sur les êtres intermédiaires entre l'homme et la divinité, une conception qui survécut tout le long de l’histoire de la pensée grecque et qui imaginait l'espace aérien peuplé d'âmes de héros et de démons.
Inmaculada RODRIGUEZ MORENO
Université de Cadix
Section de Philologie Classique
Avenida Gémez Ulla s/n
E - 11003 Cápiz
e-mail : imma.rodriguez@uca.es
RopriGuez Moreno, Inmaculada. - Le héros comme neraëü entre l'homme et
la divinité dans la pensée grecque. Héros et héroïnes ( * 72-17308) 91-100. |
* Définition des héros par rapport aux Saipoveg et examen de l'importance qu'ont |
acquise les premiers, des présocratiques aux néoplatoniciens. Ceux-ci ne font que |
reprendre, en la prolongeant, la théorie des anciens pythagoriciens.