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RECRERCHES SUR |. HISTOIRE DE L'ASTRONOMIE ANCIENNE.
365
TABLE DES MATIÈRES
Pages.
PREFACE... sos eva oons eeevssesveeerveneerseenevererenrven VOR VII
CHAPITRE I
CB QUE LES HELLÈNES ONT APPELÉ ASTRONOMIE. „…...…..r.…..…
lù 25
La science du ciel a d'abord été appelée astronomie, puis astrologie, puis
mathématique. — A ces trois noms correspondent trois périodes dislinctes de son
développement dans l'antiquité, — Le sens primitif du mot astronomie a été
«distinction des constellations ». — Le but se bornail à la reconnaissance des
saisons el da l’heure pendant la nuit, — Constellations homériques. — Premières
descriptions du ciel; les PAénoménes d’Aratus. — L'année lunisolaire des Grecs. —
La réforme de Méton négligée à Athènes. — Les parapegmes et la prévision du
temps, occupation des anciens astronomes mentionnés par Théophraste. — Moyens
d'observations: le polos et le gnomon.
— Indications sur d'anciens écrits, probablement versiflés. — Cléostrate; Thalès, — Le protelype versifié de la Didascalie
céleste de Leptine. — Résumé.
CHAPITRE II
(\ ) je. CE QUE LES HELLÈNES ONT APPELÉ ASTROLOGIE,....0 0000000000 26 à 55
Emploi du terme d’astrologie par Aristote. — L'Écolo de Cyrique; Eudoxe de
Cnide. — Le problème de la science est désormais posò dans toute son extension.
5
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— Part attribuée à la physique. — Application des mathématiques, limitée par
l'insuffisance de leur développement. — Les précurseurs: Pythagore, Œnopide de
Chios. — Fragment historique d'Eudème. — Écrits postérieurs à Eudoxe: la Petite
Astronomie. — La Sphérique primitive; celle de Théodose de Bithynie. — Phénoménes d'Euclide.
— Trailés d'Autolycus.
— Les Asconsions d'Hypsiclés; ses emprunts aux astrologues chaldéens, — Théorie de la variation des phénomènes de la révolution
diurne suivant la latitude.
— Question de la distance du soleil et de la lune. —
Caractère des observalions pendant celte époque: elles semblent servir à démontrer
les théories plutôt qu'à découvrir des vérités nouvelles. — Matériel des observations :
la dioptre; Varachné d'Eudoxe, — Imperfection de l'évaluation des distances angulaires. — Le cadran solaire sphérique et le problème de la mesure du temps
pendant la nuit. — Comment la solution de ce problème par Eudoxe donna naissance à l’astrolabe planisphére d'Hipparque.
— L'invention de ce dernier instrument,
ainsi que celle de la projection stéréographique, doit appartenir à Apollonius. —
Probabitité de l'existence d'un prototype chaldéen pour l’arachné d'Eudoxe. —
Rôle décisif de l’astrolabe pour la mesure du temps,
Page 2
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CHAPITRE III
LES MATHEMATICIENS ALEXANDRINS.,....0c0000000 00000000000
56 à Bl
L'École d'Alexandrie. — La question des précurseurs immédiats d’Hipparque. —
L'hypothèse des épicycles : Apollonius de Perge. — L'utilisation des anciennes
éclipses: Conon de Samos. — L'invention de la trigonometrie; elle ne peut être due
à Hipparque et n'est pas l'œuvre d'un seul. — Le théorème fundamental peut être
attribué & Apollonius. — Le calcul des cordes: Archimède. — Le Sûrya-Siddkanta
des Hindous; indice de l'existence chez les Grecs de tables trigonomêtriques antérieures À Hipparque. — Comment on doit se représenter l'invention de la trigonométrie. — Archimède et Apollonius observateurs. — Les sphères armillaires. —
Description de l'organon de Ptolémée. — Le météoroscope. — L'instrument universel d’Hipparque; sa dioptre. — Les armilles équatoriales; leur objet. — Observations de cette période rapportées par Ptolémée. — Hauteurs méridiennes.
—
Anciennes divisions de la circonférence, — Résumé.
CHAPITRE IV
LES POSTULATS DE L'ASTRONOMIE D'APRÈS PTOLEMRE ET LES AUTEURS
ÉLÉMENTAIRES, « cr 0100 ser eenvoeevesrveecevvvervovreen
82 A 102
Précis de cosmographie antérieurs à Ptolémée, — Geminus et son Introduction
aux Phénomènes. — Cléomède. — Théon de Smyrne. — Pline l'Ancien. — Analyse
des six premiers chapitres du Livre I de la Syntaxe de Ptolémée; les cing postulats
astronomiques; leur histoire, — La révolution diurne comme uniforme autour d'un
axe fixe. — Prétendues vérifications, — Opinions contraires. — Le ciel comme
sphérique. — Le monde comme fini. — La terre au centre du ciel et pratiquement
cousidérée comme un point. — Arguments contre Le système d'Aristarque de Samos.
— Le maintien du système géocentrique n'a pas entravé le progrès de la science
chez les anciens, — Véritable caractère de la réforme de Copernic.
CHAPITRE V
LA SPHÉRICITÉ DE LA TERRE ET LA MESURE DE 8A CIRCONFÉRENCE.
103 à 121
Caractère objectif du postulat de la sphéricité de la terre. — Comparaison des
arguments de Posidonius et de Ptolémée. — Les anciennes évaluations de la circonférence. — Le stade des anciens; le stade légal: le stade itinéraire. — Stades d’Eratosthène, de Posidonius, de Ptolémée. — L'évaluation rapportée par Aristole peut
être attribuée à Eudoxe.
— Celle qu'indique Archimède semble déduite d'une
réfutation (par Aristarque de Samos?) de l'hypothèse d'une figure plate pour la
terre, — Les évaluations de Posidonius el de Plolémée ne reposent pas sur des
mesures réelles. — Exactitude de la mesure d’Eratosthéne. — Discussion du récit
de Cléoméde sur cette mesure. — Détermination de l'obliquité de l'écliptique par
Eratosthéne; valour antérieurement attribuée a cette obliquité.
CHAPITRE VI
LE MOUVEMENT GENERAL DES PLANÈTES........0,00-00000.,
er
123 à 128
Aualyse du chapitre 7, Livre L de la Syntaxe. — L'indépendance du mouvement
des planètes professée dans l'École de Pythagore. — Ses conséquences mécanistes.
— Elle est rejetée par les Stoiciens partisans de Ja finalité. — Compromis final:
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Posidonius. — Opinions différentes sur l'ordre des planètes.
— Hypothése d’Héraclide
du Pont sur Mercure et Vénus, — Comment elle fut écartée.
CHAPITRE VII
LES CERCLES DE LA SPHERE... cscs cess eccccecevcccsvesceses
129 à 141
Histoire des notions techniques sur les cercles célestes. — Le zodiaque, — Erreur
d'Hipparque sur la position attribuée par Eudoxe aux points équinoxiaux et solsticiaux par rapport aux signes.— Callippe, auteur de la division classique. — Survivance
postérieure de la tradition ancienne. — Du terme de colure. — Des cercles arctique
et antarctique chez les anciens. — Les zones terrestres. — Les climats. — La
distinction moderne des zones eat due à Posidonius. — Sommaire de la Syntaxe du
Livre I, chap. 8, à la fin du Livre II; théorie de la trigonométrie, tables diverses,
— Distinction de l'heure équinoxiale et de l'heure saisonnière. — Résumé.
CHAPITRE VIII
LA LONGUEUR DE L'ANNÉE SOLAIRE...... srsescorebesssscco0
142 A 160
(Syntaxe, Livre III.)
— La définition de l’année comme tropique appartient à
Bipparque. — Anciennes déterminations de la longueur de l'année solaire, —
Comment se posa la question des différentes sortes d'années. — Témoignage de
Théon de Smyrne sur les distinctions faites dans l’École d'Alexandrie. — Le choix
entre l’année tropique et l'année sidérale pour régler l’année civile a dependu de
motifs religieux. — Discussion par Hipparque de la question de la fixité de l’année
tropique, — Cette discussion est postérieure à sa détermination de l'année et appartient à son traité de la précession, — Des erreurs dans les observations de solstices
et d’équinoxes. — Comment faisail-on ces observations? — [nexactitude de celles
que Ptolémée s’attribue. — Les équinoxes dans l'année julienne et d’après le Concile
de Nicée. — Déterminations successives des anciens pour la longueur des saisons.
.— Du mode de dater les observations dans la Synfaze. — L'année égyptienne et
l'ère de Nabonassar. — Principes pour la réduction des dates de Ptolémée.
CHAPITRE IX
LES TABLES
DU SOLBIL. « «… «oases re vvecovevseorseoercne
161 à 178
(Syntaxe, Livre II, suite.) — Tables du mouvement moyen en longitude. —
Signification primitive du mot époque. — Origine chaldéenne des Lables; la période
de 18 ans. — Conjectures sur les différences de forme entre les tables d’Hipparque
et celle de Ptolémée. — Table de l’anomalie. — Théorie géométrique. — Importance
des erreurs dans le calcul de la longitude du soleil d’après les Tables de la Syntaxe,
— Part d’Hipparque dans ces erreurs; responsabilité de Ptolémée. — Sur le prétendu
mouvement du soleil en latitude, rejeté par Hipparque. — Données historiques. —
L'hypothèse de ce mouvement remonte à Eudoxe; elle a été maintenue, dans l'École
d'Alexandrie, jusqu'après Hipparque. — De la distinction entre le temps moyen et
le temps vrai, d'après Ptolémée.
CHAPITRE X
LES PÉRIODRS D'HIPPARQUE POUR LES MOUVEMENTS LUNAIRES...
(Syntaxe, Livre IV.) — Complications qu'offre la théorie de Ja lune, — Pourquoi
ella doit être fondée surl'observation des eclipses. — Des quatre différentes révolutions de la lune.— Anciennes déterminations de la lunaison. — La période écliptique
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V. Sur les opinions conjecturales des anciens concernant les distances
des plandies
à la terre ..... c.c rr crrercerrsrerioresiocere 8293
Nombres assignés par Mine, Censorinus et Martianus Capella aux distances des planèles,
et attribué: à Pythagore. — La source commune de ces trois compl'a eurs est le polygra «he
Verron. — Désaccord entre les trois sources tourhan: l'échelle musicale correspondant à la
progression des distances.
— Confirmation da texte de Censorinus. — Recherch»s des
sources où avait puisé Varron. — Du dogme de l'harmonie des sphères chez les Pythagoriens. — Les combinaisons précises sur les distances ne sont pas antérieures
à Mypsiclés.
— Texte du grammeirien Achille. — Varroa a combiné des données de différentes sources.
— Correction d'un passage de Pline. — Autres déterminations conjecturales rapportées par
Martianus Capella et Macrobe.— Des observations réelles sur lesquelles ces déterminations
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sont censées s'appuyer.
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VI. Les sphères célesies selon Nastr-Eddtn Altäsi, par M. Carra de
VEUL... ses 0 erser0 roster ceca tiro se sarerencosissioiiese
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Le Memento d'astronomie de Nastr-Eddio. — Notice historique sur l'auteur. — Analyse de
l'ouvrage. — Traduction du chapitre XI, — Notes, — Figures.
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Tannery, Paul: Rechorches sur l'histoire de l'astronomie ancienne.
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de la Société des sciencen physiques et nature
Paria: Modo Valurs & fils 1893. (VILE, 870 S., 1 tabl.) B.
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I. Co que les Hellönes ont appelé astronomie (p. 1-251. II. Co que les Hellènes ff 5
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Ill, Los mathématiciens alexandrins Yr
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IV. Les postulats do ‚l’astronumie d'après Ptolémée et les
(p. 82-102), V. Lu sphoricité de la terre et la meaure
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des plandtes
eonforenue (pe ioe 12). VL Le mouvement général
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VII, La longueur
(p. 122-128). VII, Les corcles de lu sphère (p. 129-141).
soleil (p. 161—178).
de l'année soluire (p. 142—16). IX. Les tables du
lunaires (p. 178—-201).
X. Les périodes d'Hipparquu pour les mouvements
de la lune vt
XI. Les tables do la lune (p. 202—218). XII. Les paralluxes
XIII. Les prédictions d'dclipses (p. Bl).
du soleil (p, 219-230).
Ws
des fixes
XIV. La thévrie dea planùtes (p. 244-263). XV. Le cutuloguede Leptine
(p. 64 232). — Appondico. I. ‘Traduction de la Didascalie céleste
). IL, Vis d’Eudoxe d'après Diogene Lagres
—> (Art d'Eudoxe) (p. 283
(p. 295--300). II. Sur la
(VILI, 83-91). Observations gur la vie d’Eudoxe
.
de Jusöphe
‘Trigonomotrie des anciens (p. 301-306). IV, La Grande Année
les
anciens concernant
(p. 806-322). V. Sur les opinions conjecturales des
distances des planôtos à la terre (p. 325-930)...
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Bordeaux. — Imp. G. GounouiLaou, rue Guiraude, 11.
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View in PDF(opens in a new window)PAR M. PAUL TANNERY
Dans le tome I (2° série) des Mémoires de la Société (p. 441449), j'ai publié une Note sur le système astronomique d'Eudoxe,
où j'ai essayé d'exposer la restitution de ce système, telle qu’elle
est due à M. Schiaparelli. Si je reviens aujourd'hui sur ce sujet,
c'est à l’occasion de l'important travail que vient de faire paraître
M. Th.-H. Martin (1); car notre illustre compatriote admet bien, :
en ce qui concerne les cinq planètes, les résultats auxquels est
arrivé lesavant astronome de Milan, et que lui-même avait obtenus
de son côté. Mais, pour la théorie du Soleil et de la Lune, il combat
l'opinion de M. Schiaparelli, que je crois cependant préférable à la
sienne. Je me propose donc de discuter la question, qui a son
importance, — il s'agit d'attribuer ou de dénier à Eudoxe la théorie
de la rétrogradation des nœuds de l'orbite lunaire; — j’examinerai
en même temps quelques-uns des autres problèmes que soulève
le Mémoire de M. Th.-H. Martin, et je relèverai diverses inexactitudes qu'il me paraît renfermer.
I
La découverte de la rétrogradation des nœuds de l'orbite lunaire,
certainement antérieure à Hipparque, ne peut être revendiquée
(1) Mémoire sur les hypothèses astronomiques d'Eudoxe, de Callippe ct d’Aristote,
Paris, Imprimerie nationale, 1881.— Extrait des Mémoires de l’Academi: des Inscs iptions et Belles-Lettres, t. XXX, 47° partie.
T. V (2° Série).
Page 6
View in PDF(opens in a new window)pour aucun autre nom que celui d’Eudoxe : mais au commencement du rv® siècle avant J.-C., l'astronomie était-elle déjà assez
avancée pour permettre l'établissement d'une théorie de cette
nature ? d'autre part, Eudoxe était-il bien l’homme qui pouvait la
constituer?
:
|
Pour la première de ces deux questions, l'affirmative n'est pas
douteuse; depuis longtemps déjà les Grecs savaient que c'était aux
barbares qu’il fallait avoir recours pour pénétrer les mystères du
ciel, et depuis des siècles les Chaldéens connaissaient la période
des éclipses. L'observation assidue de ces phénomènes leur avait
aussi nécessairement dévoilé le sens du mouvement sur Fécliptique
des points où ils peuvent se produire. Pour les Égyptiens,
ou bien
ils étaient arrivés par eux-mêmes à ces découvertes, ou bien “les
invasions réciproques les avaient transplantées sur les bords du
Nil sans doute dès avant la conquête perse, car l'astrologie a pu
avoir un berceau, elle n'a jamais eu de patrie. Enfin, depuis
Anaxagore, les Grecs connaissaient la véritable cause des éclipses.
Tous les éléments de la théorie étaient donc préparés; pour la
constituer, il suffisait d'un géomètre combinant ces éléments dans
la représentation précise de mouvements simples.
Or, d'une part, Eudoxe a élé chercher auprès des prêtres
égyptiens les données astronomiques qui pouvaient lui être
nécessaires; de l'autre, comme géomètre, il fut sans contredit un
des plus puissants mathématiciens de l'antiquité, un de ceux qui
contribuèrent davantage au développement de la science et dont
la marque reste encore le plus profondément empreinte dans les
Éléments d'Euclide. La restitution de sa théorie des planètes nous
le montre particulièrement familier avec les problèmes relatifs à
la sphère, ayant une idée parfaitement netle de la combinaison
des mouvements, sachant en tirer le plus heureux parti. En un
mot, il est tel qu'on ne peut admettre de sa part une erreur de
raisonnement, à moins de prouver mathématiquement qu’il l'ait
commise. Mais si sa valeur comme théoricien est hors de conteste, ce
pouvait être, el c'est ce qu'admet M. Th.-H. Martin, un très
Page 7
View in PDF(opens in a new window)médiocre observateur. L'astronomie helléne, qui n'avait alors que
le matériel le plus sommaire, et à laquelle la trigonométrie ne
devait pas venir en aide avant longtemps, pouvait étre, sous le
rapport des observations, dans un état d’enfance tel que les plus
grossières erreurs y fussent possibles sur la position des astres.
Comme matériel d'observation, je suis disposé à aller encore
plus loin que M. Th.-H. Martin, et à refuser à Eudoxe même un
instrument quelconque propre à mesurer des distances angulaires.
Car, avant la fin du siècle où il vivait, je ne vois aucun indice de
mesures de ce genre. Mais il avait en tout cas à sa disposition :
4° L'antique gnomon, connu des Grecs depuis plus de deux
siècles, et qui avait suffi pour déterminer l’obliquité de l’écliptique
à un demi-degré près;
2° La clepsydre et le cadran solaire, probablement sphérique (1),
qu'Eudoxe avait perfectionné, et dont le nom, l’araignée, semble
indiquer le réseau de parallèles et de méridiens qui devait le
couvrir;
3° Une sphère sur la surface de laquelle étaient tracés les cercles
classiques et figurées les constellations; la construction de cet
appareil est à reporter au temps de Thalès.
Des constructions graphiques sur cette sphère ou sur le plan
devaient suppléer au défaut de la trigonométrie, et ici, nous
sommes évidemment en droit d'attribuer à Eudoxe la connaissance
des procédés géométriques fondamentaux, tandis que l'invention
de l’araignée montre, d'autre part, que son esprit était suffisamment tourné vers les applications pratiques et qu'il se préoccupait
d’améliorer les grossiers moyens d'observation, seuls connus de
son temps.
Ces moyens étaient-ils suffisants pour déterminer avec quelque
approximation la position d'un astre sur la sphère? Oui, sauf pour
les étoiles à l’intérieur du cercle de perpétuelle apparition et cela
par la simple observation de l’heure des levers et des couchers. La
(1) G. Rayet, Les Cudrans solaires coniques, dans les Annales de Chimie et de
Physique, 1876.
Page 8
View in PDF(opens in a new window)clepsydre, réglée sur le cadran solaire, pouvait donner ces heures
avec une certaine précision, et on pouvait en déduire immediatement, d’une part, la différence ascensionnelle avec tel astre choisi
pour point de repère, de l’autre, le rapport des arcs de parallèle
au-dessus et au-dessous de l'horizon, d'où, par construction, la
déclinaison du parallèle, en supposant connue la hauteur du pôle.
Que ce procédé ait été réellement employé dès cette époque,
c’est ce qu'on peut conclure des renseignements que nous fournit
Hipparque dans ses Exégèses des Phénomènes d’Aratus el d'Eudoze (1), Nous y voyons que le Cnidien déterminait précisément la
hauteur du pôle par le rapport des arcs diurne et nocturne du
parallèle que décrit le Soleil au solstice d'été, d'autre part qu'il
repérait les levers et couchers des constellations par rapport aux
signes du zodiaque.
Mais on peut, d'après ces données, supposer un autre procédé
qui rendait inutile même l'emploi de la clepsydre. L'année
populaire des Grecs, celle qui réglait les travaux des champs,
était en réalité une année sidérale, dont les saisons élaient fixées
par les levers et couchers apparents du matin et du soir de
certaines étoiles. De cet usage, aussi vieux qu'Hésiode, était née
la croyance, déjà combattue par Anaximène, que c'était de
l'influence des étoiles que dépendaient les variations des saisons
et les changements du temps. L’astronomie grecque commença
donc surtout par la réunion d'observations sur les dates des levers
et couchers du matin et du soir des diverses constellations et
étoiles, et par la liaison de ces observations avec des essais de
prédictions météorologiques. Tout astronome crut donc devoir
faire son almanach ou parapegme; Eudoxe donna le sien comme
l'avaient fait avant lui Euctémon el Démocrite, comme le firent
après lui Philippe de Locride, Callippe, Conon, Dosithée, Hipparque
lui-même et les réformateurs du calendrier césarien (2).
(1) Ouvrage publié dans l'Uranologion de Petau. Paris, 1630.
(3) Des débris de ces parapegmes nous sont conservés dans \’Introduction
Phénomènes de Geminus et dans les Phases des fixes de Ptolémée (Uranologion de
Petau).
Page 9
View in PDF(opens in a new window)La longitude du Soleil élant donnée par la date même de
l'observation d’un lever ou coucher apparent du matin ou du soir,
et par une théorie aussi grossiére que l'on voudra du mouvement
propre du Soleil, la réduction au lever ou coucher vrai pouvait se
faire par le repérage avec les étoiles zodiacales se levant ou se
couchant en même temps que l’astre observé; ayant ainsi le
point de l’écliptique se levant ou se couchant en même temps que
cet astre, on obtient par une construction facile un cercle de la
sphére sur lequel se trouve ce dernier. Deux observations permettent donc de déterminer la position sur la sphére.
A la vérité, ce procédé s’entache facilement d'erreurs considérables, sur lesquelles il est inutile d'insister. Mais son essence
même rend en tout cas impossible une erreur sur le sens de la
latitude, et ce point est important pour la discussion que nous _
ferons plus loin de la théorie de la Lune d'après Eudoxe.
I
Nous pourrions nous en tenir là et concéder à M. Th.-H. Martin
qu’Eudoxe était bien plus mathématicien et théoricien qu’observateur en astronomie; mais il peut être intéressant d'établir que
ses erreurs d'observation ne sont pas démontrées tellement considérables pour qu'on doive lui dénier ce que l’antiquité lui a reconnu,
le premier rang parmi les astronomes antérieurs à Hipparque.
La discussion de ses observations des phases des fixes, d'après
les données conservées par Geminus, n’a jamais été faite sérieusement et elle soulève de sérieuses difficultés. J'essaierai de montrer
dans une autre étude que le parapegme d'Eudoxe a pu être fait avec
une cerlaine précipitation et en utilisant trop des observations
antérieures non comparables à celles qu’il pouvait faire lui-même,
mais qu'on lui doit tout au moins l’ébauche de la théorie des
phases des fixes, telle que nous la retrouvons, vers la fin du siècle
où il vivait, dans Autolycus de Pitane.
Je ne m’arréterai pas non plus aux données que renferme le
papyrus grec dit Art d'Eudoxe, et dont il ne faut user qu'avec une
Page 10
View in PDF(opens in a new window)extrême réserve (1). Au reste opinion défavorable qui pèse sur
Eudoxe en tant qu’observateur, repose à peu près exclusivement
sur les critiques acerbes qu'a dirigées contre lui Hipparque, dans
l'ouvrage dont nous avons déjà parlé.
Que ces critiques soient injustes et empreintes d'exagération,
Petau Ta déjà reconnu, et un rapide examen suffit pour en
convaincre.
Elles portent sur deux ouvrages qu'on attribuait à Eudoxe, les
Phénomènes et le Miroir, où l’astronome de Cnide aurait décrit
la sphère étoilée.
Il est assez peu croyäble qu'Eudoxe ait réellement écrit deux
traités qui n'étaient qu’une répétition l'un de l'autre, sauf quelques
divergences comme celle relative à l'indication du climat auquel
se rapporte la description. Ce climat était déterminé, comme nous
l'avons dit, par le rapport entre la longueur du jour et de la nuit
au solstice d'été, 5 dans le Miroir, 7 dans les Phénomènes. Le
premier rapport est assez exact pour Cyzique, où Eudoxe a établi
sa renommée de savant, le second ne le serait que pour la
Macédoine (Abdère, observatoire de Démocrite). Il est très possible
en conséquence que les Phénomènes n'aient été qu'une révision
posthume du Miroir, mise au courant pour la Macédoine à l'époque
où ce royaume acquit la prépondérance dans les affaires grecques.
On sait d’ailleurs que c’est ce traité que mit en vers Aratus pour
le roi Antigone Gonatas.
En tout cas, les extraits textuels que donne Hipparque des
ouvrages attribués à Eudoxe, montrent immédiatement que le but
(£) 11 me semble notamment singulier que M. Th.-H. Martin (p. 59-60) préfère la
donnée du rapport > entre le diamètre du Soleil et celui de la Lune d’après Eudoxe,
à celle du rapport 9 qui repose sur le témoignage précis d’Archiméde. Dire que le
Syracusain « a oublié le dénominateur 8, » c'est oublier soi-méme que les Grecs ne
désignaient point lesfractions comme nous, Archimèdé ne pouvait confondre ixöy&oov
avec Evveat)datov.
L'Art d’Eudoxe est au reste une rédaction pleine d’erreurs, due à un élève
astronome, postérieure à Eudoxe de près de deux siècles, et souvent en contradiction
avec les données authentiques du parapegme de Geminus.
Page 11
View in PDF(opens in a new window)de leur auteur n’était pas plus élevé que celui d’Aratus. Il ne s'y
était proposé qu'une description sommaire, sans prétention à la
rigueur scientifique; il n’indiquait que très approximativement
la position des constellations, et il n'y a pas de motifs sérieux de
voir dans les inexactitudes auxquelles il se laisse aller dès lors,
des erreurs d’observation. D'ailleurs, ces inexactitudes sont
aggravées singulièrement par Hipparque, soit qu'il se trompe sur
les étoiles que désigne Eudoxe, soit qu'il prenne trop à la lettre
les expressions du Cnidien.
Je ne donnerai qu'un seul exemple de la légéreté du critique,
parce qu'il se rapporte à un point d'un certain intérêt pour l’histoire de l'astronomie. Hipparque admet qu’Eudoxe plaçait les points
équinoxiaux à la moitié des signes, sur ce que le Cnidien dit
seulement, et évidemment dans un sens vague, que l'équateur
passe par le milieu du Bélier et de la Balance, et les tropiques
respectivement par le milieu du Cancer et celui du Capricorne.
Il n’y a certainement pas là une raison suffisante de croire
qu’Eudoxe ait changé la détermination qu'il avait donnée dans
son parapegme, et d'après laquelle les équinoxes et les solstices
tombaient le huitième jour à partir de l’entrée du Soleil dans les
signes correspondants. Bceckh (1) a très bien expliqué le motif de
cette détermination, singulière à première vue. C'est que le Cnidien
commençait sa division de l'écliptique par le point correspondant
au lever héliaque de Sirius, et faisait partir de là son signe du
Lion, le premier de l'année. On ne peut méconnaître ici un emprunt
à l’astronomie égyptienne.
La seule erreur vraiment grave qu'on puisse en toute justice
reprocher à Eudoxe, et qui est bien constatée, c’est d'avoir rejeté
l'anomalie du mouvement propre du Soleil et d'avoir considéré
comme uniforme sa circulation en longitude, alors que les observations de Méton et d’Euctömon avaient déjà fait ressortir l’inégale
répartition dans la durée de l'année dessolstices et des équinoxes.
(1) Ueber die vierjährigen Sonnenkreise der Alten, vorzüglich den Eudoxischen,
Berlin, 1863.
Page 12
View in PDF(opens in a new window)Mais cette erreur fut-elle entraînée par de fausses observations?
Il n'y en a pas de preuves. Eudoxe a certainement observé un
solstice d'été, celui qui servit de point de départ au commencement de son cycle, fixé par Boeckh au 22-93 juillet de l'année
julienne proleptique 381 avant J.-C., et rien n'indique que celte
observation ait été erronée. Mais s'il s'est hâté de publier les
résultats de son voyage en Egypte, ce qu'il est permis de soupconner, il a parfaitement pu ne pas faire d'autres observations, et
il était en droit, eu égard aux moyens grossiers dont on disposait
_alors, de suspecter les résultats obtenus par ses précurseurs.
Pour incriminer le parti auquel il s'arrêta, il faudrait connaître
exactement le but qu'il se proposait. Son cycle luni-solaire était
destiné à la réforme du calendrier civil des Grecs, pour lequel
l'exacte détermination des équinoxes et du solstice d'hiver n'avait
pas d'intérêt; la réforme au contraire présentait un caractère
d'urgence. Lorsque, sans doute un peu plus tard, Eudoxe combina
son système célesle, ce pouvait encore être une prudente réserve
que de se borner à la théorie des anomalies qui paraissaient
suffisamment constatées, et de laisser à l'avenir l'explication de
celles qui semblaient plus ou moins douteuses. Au reste, Callippe
réforma plus tard à cet égard et sans difficulté le système astronomique du Cnidien.
il
Nous ne pouvons en fait constater la valeur d’Eudoxe comme
observateur ; mais il n'y a pas de motif suffisant pour la déprécier;
d’ailleurs, pour constituer sa théorie, il n'avait nullement besoin
d'être un habile observateur, il lui suffisait d'être renseigné sur
le sens général des phénomènes et d'avoir acquis des notions
précises sur les périodes astronomiques. Or, l'examen de son cycle
montre qu'à cet égard, il avait rapporté d'Égypte des données plus
exactes que toutes celles de ses précurseurs.
On sait que Méton avait proposé, à partir de 432 avant J.-C.,
une période luni-solaire de 19 ans, comprenant 235 mois et
6940 jours. Méton adınettait donc les données suivantes :
Page 13
View in PDF(opens in a new window)Pour l'année solaire....... fosses 865:,2631579
au lieu de: année tropique....... 865 ‚2436680 (1)
ou: année sidérale............... 365 ,2563744
Pour le mois synodique............
au lieu de...................,...
295,53191
29 ,53059
Malgré ses avantages, le cycle de Méton ne paraît pas avoir été
adopté par les Athéniens avant 330 avant J.-C., ainsi que Bœckh
la montré ; c'est l'époque où Callippe en proposa d'ailleurs une
réforme, qui ne semble pas avoir jamais été adoptée officiellement
à Athènes.
Dans l'intervalle, la patrie de Méton, après des intercalations
plus ou moins arbitraires, avait fini par adopter le cycle d'Eudoxe,
qui, plus compliqué, avait l'avantage de conserver l’antique période
de l’octaétéride.
Voici quelles en étaient les combinaisons, comme les rapporte
Geminus. L'année astronomique est fixée à 365,25, ce qui, pour
8 ans, fait 2922 jours, répartis en 99 mois. Dans la période double,
de 16 ans, on ajoute 3 jours, pour rétablir l'accord avec le cours
de la Lune, et au bout de vingt périodes (160 ans), on retranche
un mois de 30 jours, ce qui contrebalance -pour l'année solaire
l'effet de ces intercalations successives.
Le cycle total comprend donc 160 ans, faisant 58440 jours,
répartis en 1979 mois, ce qui donne pour le mois synodique une
durée de 29'53007.
La durée admise par Eudoxe est d’ailleurs, d'après Geminus,
identique 4 la durée adoptée par les Chaldéens. La période de
Pêkekeyués de ces derniers comprenait d'autre part pour 19756
jours, 669 mois synodiques, 717 mois anomalistiques et 726 mois
draconitiques, ce qui denne pour la durée de ce dernier mois
27/,21212 au lieu de 27°,21222.
Eudoxe rejeta l'anomalie de la Lune, de même que celle du
(1) Valeur corrigée pour 432 avant J.-C. L'année civile des Grecs commençant à la
première lune après Je solstice d'été, leur année astronomique doit ètre considérée
comme tropique, même avant la découverte de la précession des équinoxes. L'année
astronomique égyptienne doit au contraire ètre regardée comme sidérale.
Page 14
View in PDF(opens in a new window)Soleil, ou du moins ne s'en occupa pas. Mais Callippe, qui corrigea
sur ces deux points le système astronomique du Cnidien, dut
connaître la période chaldéenne. Nous avons d’ailleurs un grave
témoignage, quoi qu’en dise M. Th.-H. Martin, qui rejette le fait
comme impossible, que cette période ou bien celle qui en est le
tiers était également connue d’Eudoxe comme pouvant servir à
la prédiction des éclipses. C'est l'attribution d’une telle prédiction
à son disciple Hélicon de Cyzique. A la vérité, cette prédiction,
pour une éclipse de Soleil, ne put être faite qu’au hasard, puisque
les anciens ne pouvaient alors connaître si ce phénomène serait
ou non visible en tel lieu donné de la Terre. Mais cela n'avait jamais
arrêté les Chaldéens; comme pour les oracles, on a toujours
célébré les prédictions couronnées de succès, et oublié les mésaventures des faux prophètes.
Le rejet de l'anomalie du mouvement propre de la Lune dans
son orbite était d'ailleurs, pour ainsi dire, une conséquence de
celui de l’anomalie du Soleil. Eudoxe crut en effet devoir calquer
l'une sur l'autre les théories des deux astres; il fut même trop
fidèle à ce principe, puisque, comme nous le verrons, il admit
pour le Soleil un mouvement analogue à celui de la rétrogradation
des nœuds de l'orbite lunaire. Celui-ci devait donc lui être bien
démontré pour que l’analogie l’entrainät. Sauf cette faute, il s'était
évidemment borné, pour constituer sa théorie mathématique des
phénomènes, aux faits les plus saillants qui ressortaient de
l'observation ; il avait négligé les variations qui lui semblaient
accessoires. Celles-ci devaient plus tard, en temps et lieu, trouver
facilement place dans son système.
IV
Avant:d'aborder l'examen du texte relatif à la théorie de la Lune
d'après:Eüdoxe, il nous reste à apprécier la valeur critique de son
‘auteur. Il s’agit, en effet, de savoir si, nous trouvant en présence
d’une erreur grave et incontestable, nous serons en droit de
Pattribuer à l’historien du système plutôt qu'à Eudoxe. Nous savons
ce que vaut ce dernier ; quel jugement porterons-nous sur l'autre?
Page 15
View in PDF(opens in a new window)Sil ne s'agissait que de Simplicius, qui nous a conservé, dans
son commentaire sur le traité Du ciel d'Aristote, à peu près tout
ce que nous savons du système d’Eudoxe, la question serait vile
tranchée. Mais si le commentateur du vi* siècle est un bien piètre
mathématicien, c'est un copiste fidèle, et ici, comme il nous
lapprend, il suit le traité Sur les sphères ramenantes, consacré
par Sosigène au perfectionnement mécanique qu’Aristote avait
prétendu apporter au système déjà corrigé astronomiquement par
Callippe.
Si nous rappelons que ce Sosigène, comme l'a établi
M. Th.-H. Martin, était un péripatéticien vivant à la fin du
n° siècle après J.-C., et n'a que le nom de commun avec l’astronome contemporain de Jules César, il devient clair que les
renseignements que lui emprunte Simplicius ne peuvent être
considérés comme transmis par un auteur absolument compétent.
Nous ne sommes donc.nullement garantis contre une inexactitude
dans ces renseignements, et s'ils nous conduisent à des conséquences absurdes, nous serons en droit de les contrôler par le
raisonnement et de ne les admettre que sous le bénéfice de ce
contrôle. Nous devrons nous demander avant tout s’il n'y a pas
autre chose qu'un vice de rédaction dans des données dont la
conséquence rigoureuse serait d’attribuer une erreur grossière à
un savant aussi considérable qu’Eudoxe.
A la vérité M. Th.-H. Martin admet que Simplicius a eu entre
les mains, outre le traité de Sosigéne, l'ouvrage Des vitesses écrit
par l'astronome de Cnide lui-même, ainsi que les écrits historiques de deux disciples d’Aristote, Eudème et Théophraste. Mais
cette hypothèse est toute gratuite. Il est au contraire à peu près
certain que ces autres sources n'existaient plus au temps de
Simplicius et qu'il ne les connut que par l'intermédiaire de
Sosigène. Il était donc dans l'impossibilité de contrôler les dires
de ce dernier, et au reste
il eût été incapable de faire sérieusement
ce contrôle.
Voyons done ce que dit Sosigène dans Simplicius, pour la
théorie de la Lune d’après Eudoxe.
Page 16
View in PDF(opens in a new window)« Quant à la Lune, les choses sont disposées en partie de la
même manière (que pour le Soleil), en partie différemment. Elle
est de même portée par trois sphères, parce qu'on y a observé de
même trois mouvements. De ces sphères, l’une est animée du
même mouvement que celle des fixes. La seconde tourne en sens
contraire par rapport à la première et autour d’un axe perpendiculaire au cercle moyen du zodiaque, précisément comme pour
le Soleil. La troisième n'est pas entièrement comme la troisième
sphère du Soleil; si elle est semblablement placée (ayant son axe
perpendiculaire au plan de l'orbite), son mouvement n'est pas
dans le même sens, mais contraire à celui de la seconde sphère,
et par conséquent dans le sens du mouvement de la première. Il
s'accomplit avec une lente révolution autour d’un axe perpendiculaire au plan du cercle que semble parcourir la Lune. L’inclinaison de ce plan sur le moyen du zodiaque est égale à la digression maximum de la Lune en latitude. La première sphère est
pour le mouvement (diurne) d’orient en occident; la seconde
pour le retard qu’on observe dans la Lune le long du zodiaque
(mouvement direct en longitude), la troisième pour ce que la Lune
ne semble pas revenir aux mêmes points du zodiaque à la position
plus boréale ou plus australe, mais que ces points se déplacent
constaminent contre l'ordre des signes. Et comme la rétrogradalion
de ces puints dans l'espace d’un mois n'est que d'une petite
quantité, le mouvement de cette troisième sphère d'orient en
occident est supposé assez lent. »
Faisons abstraction de la première sphère qui correspond au
mouvement diurne ; quiconque a la moindre teinture d'astronomie
verra immédiatement, avec M. Schiaparelli, dans le mouvement
des deux autres sphères, la représentation, d'une part, de la
circulation de la Lune sur son orbite (circulation supposée sans
anomalie), de l’autre, le mouvement de nutation de cet orbile
autour de l'axe de l’écliptique, mouvement qui entraîne la rétrogradation des nœuds.
A la vérilé, nous apercevons une interversion dans l'ordre des
vitesses des deux sphères; c'est la troisième qui devrait avoir la
Page 17
View in PDF(opens in a new window)revolution la plus courte, égale en durée au mois draconitique;
la seconde, au contraire, qui entraîne la troisième, comme la
première entraine les deux autres, devrait avoir la révolution la
plus longue, égale en durée à la période de rétrogradation des
neuds, soit environ 230 lunaisons.
L'erreur parait remonter 4 Aristote, qui dit formellement
(Métaph. XII, 8), que pour toutes les planètes (ce qui n'est vrai
que des cinq), la seconde sphére correspond au mouvement en
longitude. Le péripatéticien Sosigène aura accepté sans plus de
contrôle la parole d'un maître dont l'autorité en pareille matière
est certainement plus suspecte encore que la sienne.
Que ce soit bien une erreur, c’est ce qui ressort évidemment de
la contradiction du texte, où il est dit que l’axe de la troisième
sphère est perpendiculaire au plan de l'orbite apparent, lequel est
dès lors supposé incliné sur l’écliptique, comme d’ailleurs le marque
Aristote avec précision. M. Th.-H. Martin admet lui-même que
Tinclinaison était dès lors fixée à 6° environ. Mais, avec l’interversion des vitesses, l’orbite parcouru pendant un mois serait au
contraire à très peu près parallèle au plan de l'écliptique, la
variation de latitude n’atteignant que quelques minutes. De la sorte
le mouvement de la Lune devrait se représenter comme combiné
d'un mouvement mensuel circulaire dans un plan parallèle à
l'écliptique et de l'oscillation de ce plan, dans une longue période,
entre les latitudes de digression maximum, boréale et australe, ce
qui, entre parenthèses, rendrait les éclipses presque impossibles.
Si Eudoxe connaissait réeMement les phénomènes à représenter,
celui qui a su combiner si heureusement les sphères des cinq
planètes ne pouvait commettre une erreur aussi grossière que celle
de l’interversion des vitesses; s'il les ignorait, il ne pouvait en
tout cas se figurer un mouvement où la Lune n'eût pas changé
chaque mois des latitudes boréales aux latitudes australes. La
donnée de Sosigène est donc inadmissible dans tous les cas.
Pour la défendre, M. Th.-H. Martin fait une violence au texte.
Lorsqu'il y est très clairement dit que l'inclinaison des équateurs
des deux sphères est égale à la digression maximum de la Lune en
Page 18
View in PDF(opens in a new window)latitude, le savant historien admet que plus loin « les positions
plus boréales ou plus australes » à expliquer par cette inclinaison
doivent être rapportées à l'équateur et non à l'écliptique.
Cette malencontreuse hypothèse n'avance nullement la question.
Si Eudoxe pouvait dans ses observations se tromper de 12° dans
les variations de la Lune en latitude pendant un mois, ses observations de déclinaison étaient nécessairement aussi inexactes, et
il lui était dès lors impossible de reconnaître l'obliquité sur
l'écliptique du plan de l'orbite lunaire, alors que M. Th.-H. Martin
avoue qu'il la déterminait à un demi-degré près.
Mais des erreurs d'observation aussi grossières ne peuvent
aucunement être supposées, ainsi que nous l'avons vu, et toute
base est ainsi enlevée à cette inutile hypothèse sur le choix des
coordonnées.
V
La question, tranchée pour la Lune, se trouve l'ètre aussi pour
le soleil, puisque les théories des deux astres ne diffèrent que par
le degré de l’inclinaison que l’orbite du Soleil est supposé avoir sur
le plan moyen du zodiaque et par le sens attaché au mouvement
de nutation.
|
Dans opinion de M. Th.-H. Martin, qui pense retrouver les
données numériques d'Eudoxe: chez des auteurs postérieurs,
notamment Théon de Smyrne, amplitude du prétendu mouvement
du Soleil en latitude aurait atteint un demi-degré de chaque côté
du plan moyen du zodiaque, et la période de ce mouvement
aurait été de 2922 ans. Dans cette opinion, le mouvement propre
du Soleil doit d’ailleurs se représenter, de même que celui de la
Lune, par la combinaison d’une circulation (annuelle) dans un
plan parallèle au moyen du zodiaque et de l’oscillation de ce plan
dans un intervalle d'un degré. Les solstices auraient donc lieu à
la même longitude, comptée sur le plan moyen du zodiaque, avec
des variations de latitude très lentes (5° au plus par an). Avec les
grossiers moyens d'observation de cette époque il est impossible de
Page 19
View in PDF(opens in a new window)se figurer comment ces variations auraient pu être soupçonnées,
et M. Th.-H. Martin est, en fait, impuissant à l'expliquer.
Les points équinoxiaux se seraient au contraire déplacés dans
cette combinaison de mouvements, de maniére que la différence
entre la durée du printemps et de l'été et celle de l'automne et de
l'hiver, tantôt positive, tantôt négative, eût pu atteindre près de
5° en valeur absolue. C’eüt été, en fait, le phénomène le plus
saillant; qu'une telle conséquence ne puisse être attribuée à
Eudoxe, nous le savons de reste, et par sa détermination des
saisons astronomiques, et parce qu'il nous est dit formellement
que le troisième mouvement du Soleil avait été conclu de l’observalion des solstices.
M. Schiaparelli n’a pas cherché à expliquer l’origine de l’erreur
d’Eudoxe; il refuse de rapporter au système du Cnidien la période
déduite de Théon de Smyrne; car le mouvement à attribuer à la
seconde sphère d’Eudoxe devrait être en sens inverse du mouvement affirmé par Sosigène, si l’on essaie d'appliquer au système les
données auxquelles a eu recours M. Th.-H. Martin. Il demande si
l'on ne pourrait déduire d’un passage
de Pline qu’Eudoxe admettait
une période quadriennale. Cette supposition me semble devoir être
rejetée, car le texte de Sosigène suppose que la période du
troisième mouvement était, d'après Eudoxe, beaucoup plus longue
pour le Soleil que pour la Lune.
Il n’est d’ailleurs nullement prouvé qu’Eudoxe eût cherché à
préciser très exactement les éléments du mouvement du Soleil en
latitude. Peut-être se bornait-il à des conclusions analogues
à celles
de ce passage du Miroir rapporté par Hipparque : «Il semble qu'il
y ait aussi pour fe Soleil une différence relative aux points
solsticiaux, mais elle est beaucoup moins évidente et tout à fait
petite. » Cependant la détermination du sens du mouvement de
la seconde sphère, inverse du mouvement adopté pour la Lune,
devait avoir son motif.
Dans la combinaison de mouvements restituée par M. Schiaparelli et en admettant une inclinaison d'un demi-degré entre les
axes de la seconde et de la troisième sphère, les points solsticiaux
Page 20
View in PDF(opens in a new window)oscillent sur un arc de 2°28’. L'année tropique a donc une
longueur variable, tantôt plus courte, tantôt plus longue que
l'année sidérale de 365'1/4, suivant Eudoxe.
Si le mouvement de la seconde sphére est en sens inverse de
celui de la troisième, comme d’après les données de Théon de
Smyrne, l’année tropique est plus courte que l’année sidérale
lorsque F'obliquité de l'orbite est supérieure à celle du plan moyen
du zodiaque (1), elle est plus longue lorsque l’obliquité devient
inférieure. C’est le contraire si le mouvement des deux sphères
est dans le même sens, comme Eudoxe l’avait admis.
Or il partait, comme nous l'avons vu, de l'observation des
solstices. Celle observation se faisait, non pas avec le gnomon
simple, qui ne peut donner que le jour de l’année où l'ombre est
minimum, mais, puisque Méton savait déjà déterminer l'heure des
solstices, avec le cadran sphérique. Si l'année tropique avait été
exactement de 365’1/4, au bout de la période quadriennale, le
solstice aurait dû être observé exactementà la même heure du jour.
Or la valeur de l’année sidérale paraissait suffisamment établie
par la période caniculaire des Égyptiens; d'autre part, les
observations grecques des solstices d'été portaient déjà sur des
époques assez éloignées pour que l'avance du solstice ait dû être
bien constatée. De ce fait, dont l'étude plus approfondie devait
conduire Hipparque à la découverte de la précession des équinoxes,
Eudoxe crut devoir trouver l'explication en admettant un mouvement en latitude analogue à celui de la Lune.
La détermination du sens du mouvement de ses deux sphères
indique d’ailleurs qu'il trouva l’obliquité de l'écliptique inférieure
à la valeur du quinzième de la circonférence déterminée avant
lui et qu’il dut naturellement considérer comme moyenne. A cet
égard, il aurait montré un réel talent d'observation.
Si le savant astronome de Milan n’est pas arrivé aux mêmes
conclusions, c’est peut-être que son attention s'est trop arrêtée
sur une tradition conservée par Martianus Capella et le faux Bède,
(1) Ou, plus exactement, à une valeur un peu plus faible que cette dernièro.
Page 21
View in PDF(opens in a new window)et d'après laquelle la ligne des nœuds de l'orbite solaire sur le
plan moyen du zodiaque aurait à très peu près coincidé avec celle
des solstices. Dans cetle situation, la différence de l’année tropique
à l'année sidérale est à peu près nulle et le phénomène le plus
saillant du mouvement attribué au Soleil en latitude est une
variation de l'obliquité de l'écliptique.
Mais cette variation ne peut en tous cas étre supposée que trop
faible pour avoir été conclue sans autre motif des observations
faites par les Grecs; d'autre part, la tradition me semble pouvoir
être facilement mise d'accord avec l’opinion que j'ai exposée.
Eudoxe n’a dû trouver qu'une très faible différence entre
Tobliquit& de l'écliplique et celle qu’il devait admettre pour le plan
moyen du zodiaque; regardant d’autre part l'année tropique comme
plus courte de son temps que l’année sidérale, s'il a précisé la
position de la ligne des nœuds de l'orbite solaire sur le plan moyen
du zodiaque, il devait la placer au plus en s’écartant des solslices
vers le Lion et le Verseau.
Le système d’Eudoxe jouit d'ailleurs d’une longue faveur, et les
données de Martianus Capella et du faux Bède peuvent provenir
d’une source qui lui ait été postérieure de deux siècles et dont
l'auteur a pu tenir compte du mouvement indiqué par l'astronome
de Cnide.
Que l'invention du prétendu mouvement du Soleil en latitude
ait eu pour motif principal la constatation de la différence entre
l’année tropique et l'année sidérale, c'est donc ce qui me paraît
le plus probable. Il semble d’ailleurs que l'hypothèse de ce mouvement ait été antérieure à Eudoxe,
et que plus ou moins longtemps
après lui on ait essayé de la préciser ou de la corriger pour la
mettre d'accord avec les phénomènes. C'est ce qu’indiquent les
données divergentes de l'antiquité sur l'amplitude de l’oscillation
(1° ou 2°) et sur le sens du mouvement. Celui qui résulte des
renseignements fournis par Théon de Smyrne a notamment pu
être soutenu par analogie avec celui de la rétrogradation des
nœuds de l'orbite lunaire. Il suffisait pour l’adopter de changer la
détermination du plan moyen du zodiaque.
Page 22
View in PDF(opens in a new window)Que ces efforts pour représenter les phénomènes aient toujours
été infructueux, c'était une conséquence nécessaire de la fausseté
de l’hypothèse. Il était réservé à Hipparque de découvrir la vérité.
Mais dans la combinaison des mouvements par laquelle il expliqua
la précession des équinoxes, il suivit les traces du Cnidien, et ce
précurseur lui avait facilité sa voie.
Qu’enfin des erreurs d’observation aient paru confirmer pendant
longtemps la conséquence de l’hypothèse d’Eudoxe relative a la
variabilité de l’obliquit& de l’orbite solaire, il n'y a ni à le nier ni
à s'en étonner. Mais que ces observations aient eu une concordance
telle qu’elles aient pu servir à constituer hypothèse dont il s'agit,
c’est ce qui paraîtra sans doute incroyable à une réflexion un peu
altentive.
VI
Il me reste à signaler une dernière erreur où me paraît être _
tombé M. Th.-H. Martin (p. 76), cette fois en ce qui concerne la
théorie spéciale des planètes Mercure et Vénus.
Aristote (Métaphys. XII, 8) dit que les pôles de la troisième
sphère, différents pour les différentes planètes, sont cependant
identiques pour Mercure et pour Vénus.
M. Th.-H. Martin soutient qu'il faut lire : les pôles de la quatrième sphère, contre l'autorité des manuscrits.
Je rappelle que les pôles de la première sphère, ceux du monde,
et les pôles de la seconde, ceux du plan moyen du zodiaque, sont
les mêmes pour toutes les planètes. La révolution de la seconde
sphère (révolution géocentrique)
dure d’ailleurs un an pour Mercure
et pour Vénus seules. Les pôles de la troisième sphère pour ces
planètes peuvent donc coïncider; mais pour que ceux de la
quatrième sphère coïncidassent, il faudrait d’abord la coïncidence
des pôles de la troisième, puis l’idenlité des révolutions pour la
troisième sphère, et nous savons pertinemment qu’elles différaient.
La donnée d’Aristote ne représente donc pas, comme le pense
M. Th.-H. Martin, l'identité entre l'amplitude des variations de
Mercure et de Vénus en latitude, et si Eudoxe avait cru à cette
Page 23
View in PDF(opens in a new window)identité, il ne l’eüt pas exprimée par l’identité des pôles pour la
quatrième sphère.
M. Schiaparelli a très bien expliqué la raison de la donnéc
d'Aristote, et il y a vu, à bon droit, une éclatante confirmation de
la vérité de sa restitution du système d’Eudoxe.
Les pôles de la troisième sphère sont placés sur l’écliptique et
à 90° du lieu moyen de la planète, d’après la révolution géocentrique. Or, pour Vénus et Mercure, ce lieu moyen est celui du
Soleil, donc les pôles de la troisième sphère doivent coïncider
pour ces deux planètes.