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View in PDF(opens in a new window)Jacquemin, À. Une offrande monumentale a Delphes: le trepied des Crotoniates
Bulletin de correspondance hellenique. 1990, 114, p 299-323 C8 tripod
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Une offrande monumentale à Delphes : le trépied des Crotoniates
Anne Jacquemin;Didier Laroche
Bulletin de correspondance hellénique, Année 1990, Volume 114, Numéro 1
p. 299 - 323
Voir l'article en ligne
L'étude des fragments de marbre conservés au Musée de Delphes portant une dédicace des Crotoniates a permis de
rapprocher l'assise circulaire ainsi reconstituée d'une base du sanctuaire (Atlas 408 — ex-base du trépied de Platées)
qui a été revue à cette occasion. Les Crotoniates ont consacré à Delphes, vraisemblablement à la suite de leur
victoire sur Sybaris, un trépied monumental, attribut d'Apollon et symbole de leur cité.
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View in PDF(opens in a new window)UNE OFFRANDE MONUMENTALE
A DELPHES :
LE TREPIED DES CROTONIATES*
A. L'OFFRANDE CROTONIATE : REPRISE DE L’ETUDE
Depuis la Grande Fouille sont connus des fragments d’une assise circulaire de marbre
parien portant une dédicace des Crotoniates!. Le bloc a une hauteur de 0,297 m et est
orné de haut en bas d'un bandeau plat, d'un ovolo orné d'oves, d'une bande lisse où est
gravée l'inscription, d'un talon renversé dépourvu de décor, d'un bandeau et d'un
chanfrein.
1. L'hypothèse de la statue de Phaÿllos.
Dès la découverte des fragments inscrits, Th. Homolle avait proposé de reconnaître
dans ce monument la base de la statue de Phaÿllos, trois fois vainqueur aux Pythia, deux
fois au pentathle et une fois au stade, unique effigie d’athléte mentionnée par Pausanias
dans sa description du sanctuaire d’Apollon?. Phaÿllos commandait la trière envoyée à
Salamine par les Crotoniates qui furent les seuls des Grecs d'Occident à participer aux
* Une première mention du trépied crotoniate a été faite à Tarente en octobre
1989 lors du
XXIX Convegno di Studi sulla Magna Grecia : nous remercions à ce propos E. Lattanzi, surintendante de
Calabre, et A. Stazio, directeur de l’Instituto per la storia e l'archeologia della Magna Grecia. Nous sommes
reconnaissants d'autre part pour leurs remarques à CI. Sabbione et R. Spadea, responsables successifs des
fouilles à Crotone, ainsi qu'à G. Gruben, D. et M. Mertens et D. Theodorescu qui ont bien voulu donner leur
avis sur la modénature de la base.
(1) Th. Homo, BCH 21 (1897), p. 274; A. HauviETTE, REG (1899), p. 9-19; H. Pomtow, AM 31 (1906),
p. 444-450; Klio 8 (1908), p. 83-84; É. Boursurt, FD HI 1,1. Les différentes publications du monument en
ont toutes fait une base monolithe. La mise en place des fragments et la disposition des mortaises du lit
supérieur (cf. infra) rendent impossible la restitution de la base composée que propose M. Jaco8-FELSCH, Die
Entwicklung griechischer Statuenbasen und die Aufslellung der Statuen (1969), p. 26, 175-176.
(2) Pausanias, X 9, 2. Phaÿllos doit ce traitement de faveur à l'insigne malchance qui priva ce valeureux
athlète d'une victoire à Olympie. Comme le Périégète l’evoque avant d'entrer dans le sanctuaire, la statue du
Crotoniate a été restituée soit devant la porte A, soit entre le mur Est et la base de Marathon (H. Pomtow,
Klio
8 [1908], p. 83), ce qui vaut à l’inscription d'être la première du premier volume des Inscriptions de
Delphes, quels qu'aient pu être les doutes d'É. Bourguet sur la place du monument.
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View in PDF(opens in a new window)ANNE JACQUEMIN ET DIDIER LAROCHE
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Fig. 1. — Lieu de trouvaille des fragments de la dédicace crotoniate (1:1000*).
Guerres Médiques?. Des fragments de la base d'une statue du Crotoniate ont été trouvés à
l’Acropole d’Athenes? et un demi-jas d’ancre de pierre réutilisé en cippe portant une
dédicace du même à Zeus Mélichios a été découvert à Crotones.
(3) Hérodote, VIII 47. Pausanias écrit qu'il avait fourni le navire et que l'équipage était composé de
Crotoniates qui se trouvaient alors en Grèce.
(4) L'inscription, 1G I Suppl., p. 203, n° 373, fort mutilée, a connu plusieurs restitutions critiquées par
A. Raubitschek pour être des poèmes, et non des dédicaces. Dans son étude du monument qui serait la base
d'une statue de marbre, l’«Éphèbe blond» (Athènes, Musée de l’Acropole, inv. 689), il propose un texte
incomplètement restitué qui ne fait allusion qu'aux victoires athletiques : A. RAUBITSCHEK, Dedications from
the Alhenian Akropolis (1949), n° 76, p. 80-82. Pour L. Moretti, en revanche, le rappel dans une même
inscription d’affrontements sportifs et guerriers n'est pas étonnant et la version, séduisante, quoique parfois
audacieuse, qu'il donne de la dédicace évoque le triple succès pythique et la participation à la bataille de
Salamine, Iscrizioni agonistiche greche (1953), n° 11, p. 25-29.
(5) M. Guaroucci, Epigrafia greca I (1967), p. 114-115, fig. 16 a-b. Le texte est gravé en alphabet. achéen
sur les deux faces de l’objet : rö Arós rô Meduxto | DáFiMos hétaro. La datation du document de ca 500 et sa mise
en rapport avec la carrière athlétique du dédicant par L. JEFFERY, The Local Scripts of Archaic Greece (1961),
p. 257-258, ont été contestées par G. F. Mappoti, «I Culti», Crotone, Alti del ventitreesimo Convegno di Studi
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ANNE JACQUEMIN ET DIDIER
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Si l’interpretation du monument de Delphes par Th. Homolle fut acceptée par
H. Pomtow®, certains exprimerent des réserves, mais leurs voix ne furent guère
entendues”. On s’accorda pour restituer sur la base la statue de Phayllos, on accepta une
version neutre de la dédicace et l’affaire fut classée. H. Bulle a été, semble-t-il, le seul à
s'intéresser au monument dans son ensemble et sa connaissance du matériel lui a permis
d'approcher de la solution, comme nous le verrons, puisqu'il émettait l’hypothèse que
sous l’assise de marbre se trouvait une seconde assise circulaire reposant sur une assise
carrées.
2. Nouvel examen des fragments.
Quoique nous ne présentions que neuf fragments, alors qu’E. Bourguet en annonce treize,
nous n'en avons perdu aucun, mais nous avons tenu compte des recollages. Comme les lieux de
trouvaille des fragments, lorsqu'ils sont connus, sont situés, à une exception pres, dans un secteur
allant du niveau du temple à celui de l'entrée inférieure du sanctuaire de part et d’autre du péribole
Est (fig. 1), nous avons exploré les différents dépôts de pierres de cette région sans malheureusement
pouvoir identifier de nouveaux éléments. Pour rendre la démonstration plus aisée à suivre, nous
avons donné aux fragments? une numérotation allant de I à IX.
Comme une description écrite des neuf fragments ne présenterait pas grand intérêt, nous
donnons pour chacun d'eux un dossier d'illustrations (fig. 2-4). Ce travail qui n’a jamais été réalisé
(ou du moins jamais publie)! est indispensable à une véritable étude du monument et à la
vérification des résultats obtenus.
a) Le calcul du rayon de Passise de marbre,
Pour pouvoir mettre en place les divers fragments et reconstituer ainsi l’assise
circulaire, il convient d'en calculer le rayon". Un tableau (fig. 5) donne pour chaque bloc
où les mesures ont été possibles les résultats du calcul du rayon. Il est ainsi possible
d'arriver à un rayon moyen compris entre 2,464 et 2,488 m22.
sulla Magna Grecia, 1983 (1984), p. 332-333 (ces Actes seront désormais mentionnés sous le nom de Crolone), qui
met en relation l'offrande de ce jas à Zeus Meilichios, dieu associé à Déméter, avec la participation à la bataille
de Salamine d’un Phaÿllos «esponente della cerchia aristocratica crotoniate sensibile alle dottrine escatologiche
dei misteri eleusinii».
(6) H. Pomtow proposa cependant de voir dans la séquence AAON non pas les restes du nom de l’athlète,
mais ceux du nom d’Apollon.
(7) W. DórrreLD, AM 31 (1906), p. 564, fit remarquer que la base gigantesque ne pouvait être celle d'une
statue
isolée.
C. Robert,
G. Karo,
A. Trendelenburg,
F. Poulsen
furent
sensibles
à
l'argument.
Quand
H. Pomrow revint sur le sujet, Klio 8 (1908), p. 83-84, il expliqua les dimensions inhabituelles de la base par le
fait que ce n'était pas la statue d'un athlète, mais celle du seul des Grecs d'Occident «der am Mederkampf aus
gemeingriechischen Patriotismus teilgenommen».
(8) AM 31 (1906), p. 449, n. 1 (note à l’article de H. Pomtow).
(9) Dans l’inventaire du musee, seuls les fragments inscrits ont des numéros propres; les autres sont
rangés sous le numéro 3697 suivi d’une lettre grecque, qu’il n’est pas toujours aisé de lire.
(10) H. Pomrow, AM 31 (1906), p. 446, avait donné le dessin par H. Bulle du fragment principal
(inv. 974 + 2373 [notre lab] : recollage matérialisé dès l’époque de la Grande Fouille) et E. Bourcuer, FD IM
1, p. 2, le dessin par A. Martinaud des quatre fragments inscrits (inv. 974 + 2373; 3158; 3252 [Iab, IT, TI).
(11) Pour la méthode, voir D. LarocHE, BCH 113 (1989), p. 192, fig. 6 et commentaire.
(12) Les incertitudes sur la mesure de l’arc et de la flèche se répercutent sur le calcul du rayon, mais
Vhomogénéité des mesures permet d'apprécier pleinement le travail des marbriers; avec les blocs d'exédres
hellénistiques, il n'est jamais possible d'obtenir de semblables résultats. A. Martinaud (FD III 1, p. 1) donnait à
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Fig. 5. — Calcul du rayon
et profil de la base crotoniate (1:5°).
b) L’assemblage des fragments.
Connaissant le diamètre, nous essaierons maintenant de placer les fragments sur la
circonférence. Les éléments principaux qui permettent de les répartir sont la dédicace, les
petites mortaises courbes de type a; les mortaises droites de type b apportent une
précision supplémentaire!.
La présence de deux lettres à gauche sur le bloc TIT fait conclure que les blocs I et II
le précèdent. Quoiqu'il soit à la rigueur possible que le fragment II vienne avant 155, il
est plus vraisemblable de restituer l’ordre I, II, TIT. D’autre part, l’examen des mortaises
de type a montre qu’elles s’inscrivent toujours dans un cercle de méme rayon (0,20 m)
dont le centre est toujours situé à la même distance (0,40 m) du bord de l’assise. Des
quatre mortaises de type a que nous possédons sur les blocs I, III, IV et V, deux
seulement (mortaises a III et a IV) appartiennent à un même cercle. L’ensemble des
mortaises de type a formait donc au moins trois cercles.
la base un diamètre erroné d'environ 2,14 m, alors qu’H. Bulle restituait un diamètre de ca 2,37 m (AM 31
[1906], p. 446, fig. 2). Dans son article de topographie delphique, RE Suppl IV, 1205, H. Pomtow adopte le
diamètre «français» sans expliquer pourquoi il renonce au résultat trouvé par son collaborateur.
(13) Sur les dessins du lit supérieur de l’assise, la lettre a accompagne toutes les mortaises de type a et la
lettre b les mortaises de type b dont la fonction est donnée par la présence sur le bloc IV du bas d'une stèle
encore engagé dans la mortaise.
(14) Sur 204 dédicaces delphiques dont la construction peut être établie avec certitude, 143 commencent
par le nom du dédicant et 4 par celui du dieu.
(15) La cassure empêche de savoir si Kpotow&ta était ou non le premier mot du texte.
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:
(creusé)
|
(creusé)
|
15m
Fig. 6. — Mise en place des fragments de marbre (1:25°) :
a) lit supérieur;
b) lit de pose.
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View in PDF(opens in a new window)LE TREPIED DES CROTONIATES
Les études précédentes ont toutes proposé, à l'exception de la toute première
mention du monument par Th. Homolle**, de placer I à une faible distance de II, mais
lorsque nous avons rapproché matériellement les fragments, nous avons constaté que le
sens des cassures s'oppose à cette disposition. Un résultat plus satisfaisant est obtenu en
repoussant plus à gauche le fragment I; on augmente alors la distance entre les cercles
définis par les mortaises al et aTIl-a IV. L'obligation où nous nous trouvons d'accroître
l'écart entre deux des cercles pour respecter les indices matériels des cassures et produire
un texte de dédicace acceptable, ainsi que l'existence d’au moins trois cercles conduisent
à supposer une division en trois portions égales : une fois le bloc I disposé de manière que
les centres des cercles des mortaises a soient les sommets d’un triangle équilatéral, le
bloc V trouve sa place (fig. 6a). Il est impossible d'attribuer aux fragments VI à IX,
fragments anépigraphes dépourvus de mortaises, une place plus précise que les intervalles
entre les fragments IV et V, V et I, puisque les intervalles I-II et II-III sont exclus à
cause de la dédicace.
Nous pouvons déja tirer des premiéres conclusions relatives 4 la dédicace qu’il
convient de restituer autrement qu’elle ne l’a été et à l’interprétation des mortaises du lit
supérieur qui appartiennent à deux séries : les unes (a) se placent dans un réseau qu'il faut
comprendre; les autres (b) ont servi à fixer des stéles!”. Au lit inférieur (fig. 6b), il
convient de noter des évidements à la pointe d’une profondeur de 7 à 15,5 cm qui forment
dans le cercle trois secteurs séparés par des bandes où la surface originelle est conservée.
À ce point de notre étude, il nous est permis d’être plus optimiste qu’E. Bourguet qui
pensait qu'on ne pourrait jamais interpréter les traces visibles au lit supérieur de
l’assise18.
B. LE RAPPORT ENTRE LA BASE CROTONIATE ET LA FONDATION ATLAS 408 (fig. 7)
Une base bien connue du sanctuaire (Allas 408) qui vient de perdre l’offrande qui
faisait sa gloire, celle du «trépied de Platées»!*, portait une assise disparue dont
P. Amandry restituait le diamètre à environ 2,49 m®. Comme dans son article
P. Amandry, qui avait des doutes sur l'authenticité de la partie inférieure de la base
remontée hátivement en 1903 avec des éléments disparates*!, n'a pas publié la description
complète du monument, il convient de reprendre l'examen des blocs afin de constituer des
Par commodité, nous conservons la numérotation donnée aux assises par
P. Amandry : I, II et III de bas en haut pour les assises circulaires; I, 11 et III de haut
en bas pour les assises carrées, ainsi que la numérotation des blocs??.
séries.
(16) BCH 21 (1897), p. 274. La restitution semble devoir cependant plus à des éléments extérieurs comme
le texte de Pausanias qu'aux purs critères internes, ce qui explique qu’A. Hauviette,
H. Pomtow et
É. Bourguet aient pu écrire que les lettres Mov pouvaient appartenir aussi bien au nom d’Apollon qu'à celui de
Phaÿllos et qu’il n’était pas possible de se prononcer sur le sujet.
(7 Voir n. 18.
(18) FD MM 1, p. 2.
(19) D. LarochE, «Nouvelles observations sur l’offrande de Platées», BCH 113 (1989), p. 183-198.
(20) P. Amanpay, «Trépieds de Delphes et du Péloponnése», BCH 111 (1987), p. 102-115, principalement
p. 108 (dessin et photographie de l'assise portant l'assise disparue) et 109.
(21) Voir P. AMANDRY, loc. cit., p. 103,
(22) Voir P. AMANDRY, loc. cil., p. 104-105, fig. 14-15 : les quatre faces du socle Atlas 408 et la répartition
des blocs par provenance.
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View in PDF(opens in a new window)Fig. 7. — Secteur de la base Atlas 408. Etat actuel.
1. Les assises circulaires de calcaire.
A la différence des assises carrées reconstruites avec des éléments divers, les deux
assises circulaires sont composées des blocs d’origine#, reconnaissables à leur travail et
leurs scellements. L’assise I, haute de 35,3 em à 35,5 cm, d'un diamètre de 2,735 m, se
(23) Un bloc manquant de l’assise I a été refait en poros. Nous résumons ici l'exposé de P. AMANDRY, loc.
cit., p. 106-109 et prions le lecteur de se reporter aux figures 16 à 19 du dit article.
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Fig. 8. — Base Atlas 408. Relevé des blocs des assises carrées (1:25°) :
a) assises supérieures;
b) assise inférieure (relevé partiel).
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compose de six blocs. L’assise II, haute de 38,2 cm à 38,4 cm, d'un diamètre de 2,618 m,
est composée de trois blocs. Au lit supérieur de l’assise II, une trace circulaire à 6,5 cm du
bord permet de postuler l'existence d'une assise III de 2,49 m environ de diamètre. Il
convient de noter le souci d’éviter la superposition de deux joints qui peut expliquer la
division de l’une des assises en six et de l’autre en trois.
2. Les assises carrées.
Parmi les blocs des assises carrées, certains présentent le même travail et les mêmes
scellements que les assises circulaires et appartiennent au même monument. Il convient
d'en faire l'inventaire : huit ont été remis dans l’actuelle assise I et deux dans l’actuelle
assise II (fig. 8). Parmi les huit blocs de la première série, trois (12, 16, 17) portent une
trace circulaire et appartiennent donc à l’assise I du monument antique. Les sept blocs
restant (cinq + deux) se répartissent en deux groupes : l’un formé de blocs de forme
carrée (15, 23), l’autre de blocs allongés (13, 18, 24, 25 et 11, un bloc incomplet). La
composition de l’assise I et le respect de l’alternance des joints conduisent à placer les
blocs 15 et 23 à l’assise II et les blocs 13, 18, 24, 25 et 11 à Vassise III (fig. 9).
3. Reconstitution du monument.
La recomposition des assises carrées originelles à partir des éléments en remploi dans
le socle Atlas 408 reconstruit en 1903 permet de conclure à une succession de trois assises
carrées venant vraisemblablement sur une assise d'euthyntéria; la présence de tenons
non ravalés sur les blocs 18 ct 25 montre que nous sommes à un niveau inférieur, mais
aucun élément n'indique que l’assise III est une assise d’euthynteria. Si les assises II et
III étaient de mêmes dimensions, l’assise I venait en retrait sur l’assise II, comme le
montrent les traces sur le bloc 23%. Sur ce socle carré étaient posées deux assises
circulaires de calcaire que couronnait une assise de ca 2,49 m. Le lieu de trouvaille des
fragments, la très bonne correspondance des diamètres invitent à placer la base
crotoniate sur ce socle (voir fig. 5).
4. L'emplacement exact.
Le problème de l'emplacement exact du socle Allas 408 et de son rapport aux «restes
assez misérables, faits de pierres irrégulièrement taillées» découverts en 1894 à l'Est du
monument des Tarentins a été bien exposé par P. Amandry®®, de sorte qu'il n'est pas
besoin d'y revenir. Nous nous bornerons à signaler que l’assez bonne correspondance des
dimensions (deux blocs jointifs [18 et 25] permettent de connaître le côté de l’assise III :
2,858 m) et la proximité des lieux de trouvaille rendent vraisemblable la mise en rapport
du monument que nous reconstituons et de la fondation dégagée en 1894.
(24) On note que la retraite n'est pas égale sur les deux faces (23 est un bloc d’angle) : 12,7 cm d'un côté et
7,1 cm de l’autre et on ignore la retraite qu'il faut restituer sur les deux autres côtés.
(25) P. Amanpry, loc. cit., p. 102-103. La description des fondations est empruntée à cet article.
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C. LA DEDICACE CROTONIATE : DONNEES MATERIELLES
1. Mise en place des fragments inscrits (fig. 10).
Comme nous avons replacé approximativement les fragments I, II et III grâce aux
indications fournies par les mortaises de type a, la lacune de droite est facile à restituer :
[... Anépaov[t avébeo]av, ce qui permet de situer précisément II et III; il convient donc de
voir s’il est possible de préciser la longueur de la lacune de gauche, alors que la disposition
des cercles de mortaises de type a présente une certaine imprécision due aux incertitudes
sur le calcul du rayon de ces cercles et sur la place exacte de leurs centres. Nous n’avons
pu tirer parti d’un autre élément, le rythme de la frise d’oves. Les relevés montrent sa
grande régularité : les entraxes sont de 3,4 cm. Comme un rapide calcul fait découvrir
que la frise comptait deux cent-vingt oves, nous savons comment a procédé le marbrier
pour tracer ses oves. Utilisant le rapport 22/7 comme valeur approchée de r%, il lui a suffi
de prendre un multiple de 7 pour rayon pour obtenir une correspondance en nombre
entier entre mesure de circonférence et mesure radiale.
2. Calcul de la lacune entre les fragments I et IL.
Les entraxes des lettres varient entre 3,8 cm et 5,25 cm, avec une valeur moyenne de
4,85 cm, les iola perturbant singulièrement la régularité de l’ensemble. Au terme de
nombreuses séries de mesures et de calculs, deux solutions sont possibles : entre l’iota
final de Kporoviäraı et l'alpha final d’&vedeoav, il y a place pour vingt-six ou vingt-sept
lettres.
Quoique la haste oblique après l’iola puisse aussi bien être celle d'un alpha, d'un
lambda ou d'un nu”, la nature du texte et son formulaire nous invite à préférer un alpha,
celui de la préposition &xé suivie du genitif du nom de l’ennemi sur qui a été remportée la
victoire à l'origine de la consécration. Pour connaître le nombre de lettres de ce nom, il
faut retrancher aux vingt-six ou vingt-sept lettres de la lacune les trois lettres de la
préposition &r6, les huit lettres d”Ar6Aov et les six premières lettres d’&v&deoav: le
résultat est de neuf ou dix lettres. Malgré de nombreuses vérifications et des calculs
répétés, il nous a été impossible de sortir de l’aporie, nous en tenant aux seuls éléments
fournis par les vestiges de la base.
Comme l’histoire de Crotone sort peu du cadre de l'Italie du Sud, il convient de
chercher les vaincus parmi les peuples voisins, grecs ou indigènes’ : il ne peut s'agir des
cités de Locres, de Rhégion, de Caulonia et de Métaponte, non plus que des Oenôtres, des
(26) Les quarante-quatre cannelures de la colonne du Sphinx des Naxiens à Delphes et des colonnes de
l’Artemision d’Ephese, ainsi que les vingt-deux cannelures de celles du trésor des Massaliètes à Delphes
témoignent dès le vie siècle de l'application en architecture de cette connaissance mathématique
: voir
J. Bousquet, REG (1980), p. x.
(27) Le nu est fortement penché dans le cas d”AxéMovw, moins dans celui du av qui clôt la dédicace. Le
della est exclu à cause de l'absence de barre inférieure,
(28) Un lien entre l’offrande crotoniate et les Guerres Médiques est infirme par le nombre de lettres : Médov
est bien trop court. L'indifférencié roAsplov est de même à exclure.
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DES CROTON
IATE
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Khónes, des Dauniens et des lapyges. L'ennemi peut en revanche, en vertu de ce critère
du nombre de lettres du nom à trouver, avoir été les cités de Térina, de Témésa,
d’Hipponion, de Sybaris, de Tarente, les Messapiens ou les Peucétiens”.
D. L’oFFRANDE CROTONIATE : NOUVELLE PROPOSITION
1. Interprétation des mortaises de type a de Passise III et des mortaises courbes de Passise II
(fig. 11).
Lorsqu'on dispose graphiquement les fragments connus de l’assise III sur l’assise II,
on découvre que les trois cercles formés par les mortaises de type a de l’assise supérieure
sont tangents au grand cercle défini par les mortaises courbes de l’assise IT, cercle qui est
concentrique à la circonférence de l’assise elle-même. Ces trois mortaises ont une longueur
de 0,40 à 0,45 m, une largeur de 0,10 m® et une profondeur variant entre 0,075 et
0,095 m. Elles ont servi à fixer des éléments métalliques qui traversaient l’assise de
marbre.
Quoique Vhypothése de A. Furtwängler®!, qui interprétait ces objets comme les
tenons des pieds d’un trépied, ait été rejetée par P. Amandry*, il nous faut y revenir
dans un contexte qui n’est plus celui du trépied de Platées et qui est un peu plus
favorable, puisque nous disposons d'éléments de l’assise supérieure pour nous aider dans
la compréhension des vestiges. La figure obtenue par la superposition des mortaises de
l’assise II et de celles de l’assise III rappelle le système de fixation des pattes de lion des
trepieds®. Il convient de noter la profondeur des mortaises pour la partie postérieure des
pattes qui prolonge les pieds proprement dits, environ 0,40 m, puisqu'il faut ajouter à la
profondeur de la mortaise de l’assise II la hauteur de l’assise III entièrement traversée;
cette profondeur rappelle celle des mortaises de la base de l’Apollon de Salamine qui
portait une statue de près de six mètres de haut%, Les quatre petites mortaises pour le
maintien de l'élément animal ont une profondeur de 0,07-0,08 m, qui est à mettre en
relation avec les dimensions de l’ensemble. L’écartement des pieds (0,975 m à la face
(29) Tepwatov, Teueoalov, Ferxoviov, Zußapıröv, Tapavrivov, Mesoaniov,
également à Zupaxoolov à cause de la politique italiote de la cité.
Tleuxeriov.
On
pourrait
penser
(30) La largeur de 0,15 m de l’une des trois mortaises semble due à un accident postérieur (au moment où
a été enlevé l’objet qui y trouvait place?) et ne s’oppose pas à la parenté des trois mortaises qui forment un
ensemble.
(31) A. FURTWÂNGLER, SBAW (1904), p. 413-417. Cette interprétation n’a guère été suivie, si ce n’est par
M. Holleaux qui y trouvait une illustration du cahier de charges de l’architecte Xénophon chargé d'installer des
trépieds au Kynosarges (Études d’Epigraphie el d'Hisloire grecques 1 [1968], p. 345-355); l'interprétation de
Fr. STUDNICZKA, Leipziger Winckelmannsbialt (1928), qui voyait dans ces mortaises le système de fixation de la
colonne serpentine, fut préférée: voir W. GAUER, Weihgeschenke aus den Perserkriegen, Ist. Mitt. Beiheft2
(1968), p. 76-77.
(32) P. AMANDRY, loc. cil., p. 109.
(33) Voir P. AmMaNnpry-J. Ducat, «Trépieds deliens», BCH Suppl. I (1974), p. 17-64: certains
exemplaires sont même ornés de griffes (p. 44, fig. 33, p. 46-47, fig. 34-35). Les bases de trépieds d'Athènes et
d’Oropos (P. AmanpRrY, BCH 100 [1976], p. 15-93) présentent un autre type de fixation des pattes (cavité
circulaire).
(34) Voir A. Jacquemin- D. LarocHe, BCH 112 (1988), p. 245, n. 18. Les tenons de la colonne serpentine
mesuraient également au moins 0,40 m (voir D. Lanocne, BCH 113 [1989], p. 190).
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interne et 1,15 m à la face externe) invite à restituer un trépied de 3,50-3,75 m de haut,
ce qui fait de ce trépied l’un des plus monumentaux de Delphes, avec le trépied anonyme
dont la base a été reconstituée par J.-Fr. Bommelaer en contrebas du trésor des
(35) La hauteur est obtenue en supposant un rapport de 3,5 entre la hauteur totale (anses comprises) et
Vécartement des pieds : voir P. AmanprY
- J. Ducat, loc. cil., p. 32 avec référence au mode de calcul different,
mais aboutissant au même résultat, de P. GuiLLoN, Les Trépieds du Pioion I, p. 11, II, p. 47-50. Il convient
cependant de rester prudent, puisque le rapport entre la hauteur du trépied et l'écartement des pieds peut varier
entre 3,5 et 4,5 (P. AMANDRY, loc. cit., p. 118) : dans ce cas, la hauteur de l’offrande crotoniate varierait entre
3,50-3,75 m et 4,50-5 m.
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Fig. 12a. — Statére de Crotone.
[BCH 114
Fig. 12b. — Statére de Crotone.
BN Coll. de Luynes 707.
BN Coll. de Luynes 716. -
Droit : trépied de type a.
Revers : trépied de type ß.
Thebains®. Les trépieds consacrés après Platées et Himère, qui se dressaient sur des
colonnes de ca 0,60 m et 0,90 m de diamètre, étaient d’une échelle moindre.
Un trépied est une offrande qui convient tout particulièrement à Crotone où cet
objet constitue le type monétaire habituel tout au long de l’histoire du monnayage de la
cité (fig. 12), depuis les premières monnaies incuses du dernier tiers du vi: siècle jusqu'aux
dernières émissions des années 280-277%7. Si le trépied des monnaies crotoniates est mis en
relation avec Delphes, l'interprétation pythagoricienne du motif a été discutée®. Il est
permis de se demander si le trépied ne représentait pas un monument précis : quoique le
grènetis entre deux traits sous les pattes de lion du trépied puisse évoquer une frise
d’oves, il doit plutôt s’agir là de la délimitation de l’exergue®®, mais une série du 1v* siècle
présente indubitablement un trépied sur une base moulurée*.
2. Proposition d’interprétation d’une quatrième mortaise de l’assise II.
L’assise II porte les restes d’une mortaise profonde de 0,265 m, dont la forme ne
peut être connue à cause de l’état du bloc qui la porte. Cette mortaise, qui n’a jamais été
interprétée, correspondait à une mortaise qui traversait l’assise III. La profondeur de
(86) P. AmanpRY, loc. cit., p. 115-120. Le mode de scellement different des pieds ne permet pas de
comparer directement les mesures, mais on peut constater que, si cette base anonyme a un diamètre légèrement
inférieur à celle des Crotoniates, l’&cartement des pieds y est supérieur.
(37) Voir A. Srazio, «La Monetazione», Crotone, p. 367-407.
(38) Voir, pour l'interprétation pythagoricienne, A. MELE, «I Pitagorici e Archita», Storia della società
italiana I (1981), p. 269-298; A. Stazio, « Monetazione greca e indigena nella Magna Grecia», Forme di conlallo e
processi di trasformazione nelle società antiche (Alti del convegno di Cortona 1981) (1983), p. 964-970, et, pour
l'opinion opposée, R. R. HoLLoway, Art and Coinage in Magna Grecia (1978), p. 58. La date du début du
monnayage joue un rôle dans ce débat, puisqu’une datation autour de 530 permet de mettre en relation
Vapparition de la monnaie à Crotone avec la venue de Pythagore (voir A. Stazio, Crotone, p. 374).
(39) Le méme grènetis entre deux traits, parfois pris dans un guillochis, sert également à border le champ
des monnaies incuses des cités achéennes de Grande-Gréce et les émissions de Sybaris et de Caulonia présentent
des exergues limités de la méme facon que celles de Crotone.
(40) Voir A. Srazio, «Monetazione delle ‘poleis’ greche e monetazione degli ‘ethne’ indigeni», Magna
Grecia, Lo Sviluppo politico, sociale e economico (1987), p. 158, fig. 200-201 et p. 160, fig. 205. Cette série
représente au droit un aigle battant des ailes sur une branche d’olivier et au revers un trépied à couvercle avec
comme symboles permanents un épi et un serpent haut dressé.
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Fig. 13. — Statére de Crotone.
BN Coll. de Luynes 725. Revers.
l’ensemble laisse supposer qu’était fixé là un objet particulièrement haut. Une émission
monétaire de Crotone des années 420-390 (fig. 13) nous fournit peut-être une indication :
elle représente Apollon et le serpent Python de part et d’autre du trépied et a été souvent
mise en relation avec le groupe de Pythagoras de Rhégion connu par une notice de Pline
l'Ancien“. Nous proposons de façon toute hypothétique de reconnaître le monument de
Delphes (trépied et groupe statuaire) dans la monnaie émise à un moment où Crotone,
encore agitée des soubresauts de la slasis opposant Pythagoriciens et adversaires,
menacée par le réveil des peuples italiques, se tourne vers Apollon Pythien*,
3. Interprétation des mortaises de type b.
La position des mortaises de type b servant à fixer des stèles de marbre montre
qu’elles ne peuvent avoir coexisté avec le trépied : sur le bloc IV, la stèle passe au travers
du cercle des mortaises de type a des blocs III et IV. Comme, à Delphes, la plupart des
stèles de marbre ou de calcaire portant des décrets datent du rv: ou du n° siècle
#, à cette
(41) Pline, NH XXXIV 59 : «item Apollinem serpentemque ejus sagittis configi». Sur la monnaie, voir
A. Stazio, Crotone, p. 386. L'identification a été proposée par H. LECHAT, Pythagoras de Rhégion (1905), qui
supposait même que le trépied appartenait à l'œuvre originelle. Le torse du Louvre MA 3526 provenant du
théâtre de Milet a été interprété comme une copie contemporaine en marbre de l’Apollon de bronze de
Pythagoras (A. Linrert, «Das Torso von Milet», Antike Plastik XII [1973], p. 81-90, pl. 21-26). Doutent en
revanche de l'identification du groupe L. Lacroıx, Les reproductions de statues sur les monnaies grecques (1949),
p- 249-251 et R. R. HoLLowaY, op. cil., p. 58 : leur argument principal est que Pline ne dit pas que l’œuvre se
trouvait à Crotone, Si pour L. Lacroix, «rien ne trahit dans ce type monétaire l'imitation d'une œuvre de grand
arte, R. R. Holloway souligne le caractère sculptural de l’Apollon. Certaines remarques des deux auteurs,
quoiqu'elles soient destinées à soutenir leur argumentation, nous paraissent illustrer de façon saisissante le
monument que les vestiges invitent à restituer à Delphes : «[le] trépied un rempart qui protège le jeune Apollon
contre son redoutable adversaire»; «A variant of the issue [...] emphasizes the monumentality of the tripod by
using it as the center of the scene of contest between Apollo and his rival for the Delphic sanctuary, the snake
Python. Both the monster and Apollo [...] are dwarfed by the tripods.
(42) Polybe, II 39, 4; Jamblique, Vie pylhagorique, 263 : voir M. GiancuiLto, «Aspetti di storia della
Magna Grecia arcaica e classica fino alla guerra del Peloponneso», Magna Grecia, Lo Sviluppo politico, sociale ed
economico (1987), p. 53.
(43) Voir E. Bourcuer, FD III 1, 391-393; 395-422 et p. 259. Le monument des Tarentins du haut a
porté de telles stéles qui ont caché la première dédicace, vraisemblablement après la gravure d'une seconde
dédicace au tve siècle (voir P. AmanbrY, BCH 73 [1949], p. 462), la krépis de l’autel de Chios en a porté
également (G. Daux, FD III 3, 214-229: décrets de la seconde moitié du nre siècle en l'honneur de
hiéromnémons), comme les monuments des Deinoménides qui conservent la seule stèle encore en place (décret
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époque donc le trépied n’existe plus et il est permis de se demander si le monument n’a
pas servi à l’effort de guerre phocidien, quoique nous ne puissions savoir s’il comportait
des parties en or ou en argent.
E. LA DATATION DE LA CONSÉCRATION
1. Les critères matériels de datation.
a) Le travail de la pierre.
Le travail des assises de calcaire évoque celui des assises de la base de l’Apollon de
Salamine#, P. Amandry a insisté dans sa description sur le travail sommaire des faces de
joint où une bande étroite ravalée au long des bords supérieur et extérieur jouait le rôle
de cadre d'anathyrose, sur la façon dont les blocs s’emboitent les uns dans les autres*; et
ce qu'il dit des assises circulaires vaut également pour les assises carrées.
Le travail du marbre est fort différent de celui du calcaire : il ne s’agit plus d’une
pierre locale recevant un traitement à sa mesure, mais d’un matériau d'exportation, du
marbre le plus renommé à l'époque. La précision de l'exécution que nous avons déjà eu
l’occasion d'évoquer à propos de la rigueur géométrique se retrouve dans le fini : les
ouvriers ont utilisé la gradine dont l'usage se répand à la fin du vi: siècle pour le
traitement des lits®?; les moulures et la bande médiane ont été soigneusement passées à
l’abrasif.
b) Les scellemenis.
Les assises de calcaire portent des scellements en double gamma de type ordinaire;
trois blocs présentent une mortaise en {au dont la contrepartie n'est pas conservée*. La
coexistence des deux types (gamma et lau) suggère une datation entre 510 et 450.
c) La modénature.
Les oves.
L'examen du kymation ionique et le calcul des proportions significatives® nous
en l'honneur d'un Arcadien de Kleitor avec un taureau cornupète comme paraséme). La rareté des documents
épigraphiques antérieurs à 373 ne permet pas de savoir où étaient gravés les décrets honorifiques pris par la cité
avant cette date, mais il est possible qu'ils l’aient été sur les murs du temple (voir J. Bousquet, Etudes sur les
Comptes de Delphes [1988], p. 21); dans la seconde moitié du rv: siècle, des éléments de marbre du temple des
Aleméonides sont transformés en stéles et, à la fin du siècle, comme si le stock disponible était épuisé, les
graveurs commencent à inscrire les décrets de proxénie sur les offrandes monumentales.
(44) Quoique Diodore fasse allusion à la fonte d’offrandes d'or et d'argent pour la frappe du monnayage
phocidien (XVI 33, 56, 61), il ne mentionne pas la frappe de bronze connue par des monnaies d’Onymarkhos et
de Phalaikos (voir R. T. Wittiams, The Silver Coinage of the Phokians [1972], p. 50, pl. 15), mais il évoque
l’utilisation du bronze et du fer du sanctuaire pour fabriquer des armes (XVI 33, 2).
(45) A. Jacquemin-D. LAROCHE, loc. cil., p. 236-238.
(46) P. AMANDRY, loc. cit., p. 106.
(47) Voir R. MARTIN, Manuel d'architecture grecque (1965), p. 182; R. GinouvÈs-R. MARTIN, Dictionnaire
méthodique de Parchitecture grecque el romaine (1985), p. 72.
(48) Voir P. AMANDRY, loc. cil., p. 106, qui rapproche ce scellement du scellement mixte connu au
monument de Gélon.
(49) R. Martin, op. cif., p. 260 et tableaux p. 256-259 et 264-271.
(60) Après avoir consulté D. Theodorescu, nous avons eu recours à la méthode qu'il développe dans
l’article « Remarques sur la composition et la chronologie du kymation ionique suscitées par quelques exemples
découverts à Histria», Dacia, n.s. XI (1967), p. 95-120.
Page 23
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permettent de rapprocher la moulure de la base crotoniate de celles de trois
couronnements d’épistyle d’Histria datés entre 500 et 4705, On peut noter également une
certaine parenté avec le kymation du trésor éolique anonyme daté entre 525 et 51052, Il
convient cependant en l'absence d'une étude générale de cette moulure de rester prudent,
car les oves ne peuvent constituer à eux seuls un critère sûr de datation®.
Le profil général.
L'examen de l’ensemble du profil (bandeau plat + ovolo + bande + talon + bandeau plat + chanfrein) nous apporte encore moins de renseignements que l'étude des seuls
oves: nous n’avons en effet trouvé aucun parallèle vraiment convaincant dans la
collection réunie par L. Shoe,
Le kymation ionique n’est cependant pas ignoré à Crotone où deux toits de terre
cuite de l'Héraion du Lacinion présentent cette moulure, même si les profils sont
différents de celui de la base de Delphes®#. Il ne faut pas oublier que l'influence ionienne a
été très forte dans l'architecture italiote de la fin de l’époque archaiqueTM.
La présence d’une moulure sur la base.
Quoique les bases moulurées ne soient pas absentes du sanctuaire de Delphes au vie
et au ve s., elles demeurent exceptionnelles? et cette constatation semble pouvoir être
étendue à d’autres sites. Les bases circulaires elles-mêmes sont peu fréquentes à cette
époque et la plupart sont dépourvues de moulure®*. Les exemples les plus proches de
bases moulurées où la hauteur est bien inférieure au diamètre sont fournis par une base de
Samos du début du v siècle et une base à décor peint retrouvée dans la fortification du
Dipylon, antérieure donc à 480/479; cependant les moulures sont différentes de celle de la
base de Delphes®. Vers le milieu du v° s. s’elabore à Athènes un nouveau type de base
(51) Il s’agit des exemplaires 15 et 15’ en calcaire (500
- ca 480) et 16 en marbre (480-470) du tableau de
D. Tueovorescu, loc. cil., h.-t. p. 110 : voir ibid., p. 97-99, fig. 4-10 et h.-t. p. 108.
ef.
(52) P. de La CosTe-MESSELIÈRE, Au Musée de Delphes (1936), p. 261 (kymation) et p. 275 (datation :
BCH 93 [1969], p. 746, n. 1).
(53) Voir D. THEovorescu, loc. cit., p. 117 et sur les raisons de l’absence d'une étude des oves, ibid.,
p. 105.
(54) L. T. Suoe, Profiles of Greek Mouldings (1936) et Profiles of Western Greek Mouldings, Papers and
Monographs of the American Academy in Rom 14 (1952).
(55) D. Mertens, «I Santuari di Capo Colonna e Crimisa : aspetti dell’ architettura crotoniate», Crofone,
p. 200-201, fig. 2 et pl. XXIIa (toit A du milieu du vie s., le plus ancien toit connu du sanctuaire) et p. 206,
pi. XXIIIa (toit I du ve s.).
(56) Voir G. GuLLINI, « Urbanistica e architettura», Mégalè Hellas (1983), p. 292-293.
(57) On citera la base du Spartiate Alkibiadas (G. Daux, BCH Suppl. IV [1977], p. 51-56), les bases des
Deinoménides et les autres bases campaniformes (P. AMANDRY, loc. cil., p. 81-97) et celle du trépied de Platées
(D. LAROCHE, loc. eit., p. 196-198).
(58) Voir pour Olympie, W. DirTENBERGER
- K. PurcoLD, Die Inschriflen von Olympia (1896), nTM 143-155,
252, 266-269, pour l'Acropole d'Athènes, A. RAUBITSCHEK, Dedications from the Alhenian Akropolis (1949),
p- 61-210, pour le monde grec d'Occident, L. SHoE, Profiles of Western Greek Mouldings, pl. XXII, et, de façon
plus générale pour les bases de statues, M. JacoB-FELSCH, Die Eniwicklung griechischer Slaluenbasen auf die
Aufstellung der Statuen (1969).
(59) Voir M. Jacos-FeLscu, op. cil., p. 26, 50-51.
(60) E. Buschor, AM 68 (1953), p. 21, 58, Beil. 7, M9 (Samos : simple tore); Fr. WiLLEMSEN, AM 78
(1963), p. 147, Beil. 55, fig. 4 (Dipylon d'Athènes : bandeau plat orné d'un méandre, cavet avec lotus et
palmettes et tore avec file de rectangles).
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circulaire à moulure où le rapport entre diamètre et hauteur diminue notablement; la
base consacrée par Kallias fils de Didymios et celle de la statue d’Athéna Hygieia en sont
de bons exemples®!.
La base des Crotoniates apparaît donc comme un monument exceptionnel; la
comparaison avec la base anonyme de trépied reconstituée en contrebas du trésor des
Thébains le montre? : s’il s’agit dans les deux cas de supports d'un grand trépied, l’une
des bases est en calcaire et n'a pas de moulure, l’autre est en marbre et présente une
mouluration dont un élément est orné d’un décor. Un monument, plus tardif, lui est
comparable, la base cireulaire de la place de l’opisthodome (Atlas 426), dont elle a pu
être la source d'inspiration. L’isolement du monument crotoniate ne facilite pas sa
datation, même si les différents critères sont en faveur d’une datation autour de 510-470.
d) Écriture.
La présence d'une dédicace offre un autre type d'éléments matériels pour dater
l’offrande, quoique les lettres conservées soient des lettres dont la forme présente assez
peu de variantes géographiques ou chronologiques. L. Jeffery attribue la gravure du
texte à un lapicide de Delphes employant l’alphabet phocidien®, mais le petit nombre
d'inscriptions phocidiennes archaiques ne permet pas d’avoir une chronologie assurée et
c'est avec réserve qu'elle propose la date de ca 475%. Comme les parallèles font défaut,
l’épigraphie nous est d'un faible secours dans le domaine des indices matériels, du moins.
Les critères internes nous permettent de conclure que l’offrande des Crotoniates est
une œuvre importante de la fin de l’époque archaïque, mais l’état actuel du monument
nous interdit d’en savoir plus. I] nous faut donc quitter le musée de Delphes et le
sanctuaire d’Apollon Pythien pour replacer ce trépied monumental dans un cadre
historique qui puisse lui donner sens.
(61) A. RAUBITSCHEK, op. cil., n° 164, p. 181-184 et n° 166, p. 185-188. Le rapport entre hauteur et
diamètre, qui est de ca 1/8 pour la base des Crotoniates, est de ca 1/1,5 pour la base de Kallias et de ca 1/2 pour
la base d'Athéna Hygieia. Le rapport entre hauteur et diamètre s'inverse avec la série des socles des trépieds
consacrés au Pythion d'Athènes lors des Thargélies (voir P. Amanpry, BCH 101 [1977], p. 165-202).
(62) Voir n. 36.
(63) F. Coursy, FD II, La Terrasse du temple, p. 286-288.
(64) L. JEFFERY, The Local Scripis of Archaic Greece (1961), p. 102, 104 n. 22, p. 249 et 258. L'argument
principal est celui de la forme du rho courante en Phocide et très rare à Crotone, mais R. ARENA, «I Documenti
scritti, i dialetti e gli alfabeti greci», Magna Grecia, Vila religiosa e cultura lilieraria, filosofica e scientifica (1988),
p. 21, considère comme moins anormale cette variante qu'il explique par le désir d'éviter la confusion entre le
rho triangulaire et le delta. La comparaison entre la dédicace de Phaÿllos à Zeus Meilichios et le texte delphique
met en évidence l’emploi de formes différentes de iota (le texte gravé à Crotone utilise la forme serpentine
[variante en courbe de la forme a trois branches], alors que le texte de Delphes emploie la forme droite) et de
lambda (cette lettre est plus penchée sur le cippe
de Phaÿllos) et confirmerait l'hypothése d'un lapicide autre que
crotoniate.
(65) L. JEFFERY, op. cil., p. 104 et p. 258 n. 1 (la datation suggérée par É. Bourguet [premier quart du
ve s., pour des raisons historiques] est jugée plutôt haute à cause de la graphie nette et carrée, mais le nu est
moins N qu'il est dit).
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2. Raisons probables d’une telle offrande.
a) La victoire sur Sybaris en 510.
Le grand événement de l’histoire de Crotone est la victoire du Traente sur Sybaris en
510%, La disparition de la grande cité achéenne qui symbolisait la richesse et la vie de
plaisir a profondément bouleversé les relations entre Grecs et entre Italiotes et indigènes
de l’intérieur. La guerre entre les deux cités fut un conflit moins simple que la tradition
postérieure, qui joue de l'opposition entre les deux batailles de la Sagra et du Traente®?,
ne le laisserait entendre. Le rôle joué par les cercles pythagoriciens, et par Pythagore luimême,
dans
présentation
l'élaboration
et
d'un
frontalier
conflit
la
conduite
aux
de
la
politique
crotoniate
origines
lointaines
comme
explique
une
guerre
la
de
libération, avec le concours de l'aristocratie sybarite, de la cité tombée aux mains d'un
tyran impie®. Cette interprétation pythagoricienne allait à l’encontre de la volonté
politique des Crotoniates affamés de terres qui ont réussi à imposer leur façon de voir,
puisque le territoire de Sybaris devint une sorte de «province» de Crotone avec un
exarque, Kylôn, et que Pythagore dut s’exiler à Mötaponte®. Les ambiguités du conflit et
de sa résolution ont suscité une reconstruction de l’histoire où la guerre est justifiée parce
que la «cite sainte» la mène contre une cité impie qui doit être anéantie” : il fallait que
les eaux purificatrices du Crathis effagassent le souvenir de Sybaris”,
Même si la version pieuse du conflit contre Sybaris ne met pas l'accent sur le rôle
d’Apollon, puisque la divinité plusieurs fois offensée par l'impiété sybarite est Héra et
que l’armée crotoniate est conduite par un prêtre d’Hera, l’olympionique Milon, revêtu
des attributs d’Héraklés”, les liens privilégiés entre Crotone et Delphes, le statut de
Delphes et d’Olympie comme lieux de propagande où
faire connaître ses victoires
peuvent expliquer la présence d’une offrande monumentale des Crotoniates dans le
(66) Hérodote, V 44-45, 47; Diodore, XII 9, 2-3. Voir M. GianGIULIO, «Aspetti di storia della Magna
Grecia arcaica e classica fino alla guerra del Peloponneso», Magna Grecia, Lo Sviluppo politico, sociale ed
economico (1987), p. 25-35.
(67) Voir A. MELE, «Crotone e la sua storia», Crofone, p. 30-33.
(68) A. MELE, loc. cil., p. 56 et G. DE Sensi Sesriro, «Gli oligarchici sibariti, Telys e la vittoria del
Traente», Miscellanea di Studi Storici III (1983), p. 37-56.
(69) G. pe Sensi SESTITO, Crotone, p. 91-92.
(70) P. ELLINGER, Recherches sur les «situations extrémes» dans la mythologie d'Arlémis el la pensée
religieuse grecque. Aulour de la Légende nationale phocidienne et des récits de guerre d’anéantissement (thèse
dactylographiée, Paris, 1988), p. 592-605 et «Guerre et sacrifice dans le mysticisme grec: Orphisme et
Pythagorisme», Mélanges P. Lévéque (à paraître).
(71) Strabon, VI 1, 13. Le détournement du fleuve par les Crotoniates est improbable et Thourioi a
retrouvé les orientations de Sybaris, mais l'abandon du site par une grande partie de la population et le manque
d'entretien du réseau de drainage de la plaine suffisent à expliquer le lit à sec du Crathis dont parle Hérodote à
propos du temple consacré par Dorieus à Athena Krathiè (V 45) : F. Corpano, «La fondazione delle colonie
greche», Magna Grecia, Il Mediterraneo, le metropoleis e la fondazione delle colonie (1985), p. 303-305; voir
également l’exposé de l'un des fouilleurs du site de Sybaris-Thourioi, P. G. Guzzo, Klearchos 69-72 (1976), p. 3839, qui se prononce en faveur d’une continuité de l'habitat entre 510 et 444, malgré les lacunes actuelles de la
documentation.
(72) A. MELE, loc. cil., p. 37-38.
Page 26
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sanctuaire d’Apollon Pythien. Le choix du trépied, symbole du dieu, siège de l’oracle et
emblème monétaire de Crotone, est particulièrement heureux pour une cité qui, d’après la
tradition, consulta souvent la Pythie.
La restitution Kporowärar «mó Zubapitàv "Anéddove kvébecav correspondrait bien aux
données matérielles qui exigent que le nom des vaincus au génitif pluriel soit de neuf ou
dix lettres. Une des dédicaces liparéennes et la première version de la dédicace du
monument des Tarentins du haut” fournissent des parallèles structurels associant dans le
même ordre nom des dédicants, origine de l’offrande : butin pris à des ennemis
nommément désignés, nom du dieu.
b) Confrontation de l’hypothèse avec les données malerielles.
Quoiqu'il soit difficile de trouver événement plus important dans l’histoire de
Crotone, fait plus digne d’une célébration delphique, mettre le trépied monumental des
Crotoniates en relation avec la victoire sur Sybaris pose quelques problèmes : la date de
510 a toujours représenté la date haute pour les différents aspects techniques envisagés;
elle paraît même improbable pour la gravure du texte, quand L. Jeffery trouve la date de
ca 475 plutôt haute pour l’écriture”#. Les indices matériels nous conduisent vers 480-470
comme date basse”.
En 476, les Sybarites, restés sur place (ou revenus de Skydros, de Laos ou de
Poseidonia), ont profité des difficultés de Crotone face à l'expansion de Locres qui fait
entrer Témésa dans sa sphère d'influence, face à la «sécession» de Térina qui commence à
frapper son propre monnayage et face à ses propres divisions, pour tenter d'échapper au
«protectorat» crotoniate. Incapables cependant d'imposer à eux seuls leur volonté
d'indépendance, ils ont fait appel aux Syracusains dont les relations avec Crotone
s'étaient détériorées à cause de la politique locrienne. Les sources que nous possédons sur
l'épisode sont en désaccord sur sa conclusion” : jaloux de son frère Polyzalos à cause de
sa popularité, Hiéron décide de lui confier le commandement de l'expédition envoyée au
secours des Sybarites avec l’espoir que les Crotoniates le déferont de lui; selon Diodore,
Polyzalos soupçonne les intentions du tyran et s’enfuit auprès de Théron d’Agrigente
dont il a épousé la fille; selon Timée, il part pour l'Italie et en revient vainqueur, ce qui
accroît la colère d’Hiéron et le contraint à trouver refuge auprès de son beau-père. Un
certain nombre d'indices matériels, fournis notamment par le monnayage, seraient en
(73) R. FLACELIÈRE, FD III 4, 182; P. Amanprv, BCH 73 (1949), p. 456-457.
(74) Voir n. 65.
(75) La place de l’offrande tarentine et certains details de construction font qu'il est très probable qu'elle
soit postérieure au monument crotoniate (voir P. Amanory, BCH 73 [1949], p. 459-461). La date de ca 465 est
la plus fréquemment retenue pour ce monument (P. WuiLLEUMIER, Tarente [1939], p. 57-58; P. AMANDRY, loc.
cil., p. 463; L. BescHi, Mélanges P. E. Arias [1982], p. 233); G. Nencı, ASNP (1976), p. 730, propose certes la
date de 433, en rapprochant la notice de Pausanias d’un passage de Strabon qu'il corrige légèrement, mais il est
difficile, quelle que soit l'incertitude qui puisse exister sur les dates d’Onatas, d'admettre une date dans le
dernier tiers du ve s. pour des raisons techniques et le rapprochement avec le texte de Strabon ne s'impose pas
absolument (voir J.-L. LamBOLEY, MEFRA 95 [1983], p. 523-533).
(76) G. DE Sensi Sestiro, «I Dinomenidi nel Basso e Medio Tirreno fra Imera e Cuma», MEFRA 93
(1981), p. 626-630.
(77) Diodore, XI 48, 3-5 et scholie 4 Pindare, Ol. II, 29d citant nommément Timée = FGrH 566 F 93b.
Voir le commentaire de ce texte par F. Jacony, FGrH Hb, p. 579 : la source de Diodore serait ici plutôt
Éphore que Timée.
Page 27
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faveur de la version de Timée : il semble en effet que Sybaris a joui d'une certaine
autonomie jusqu’à la mort de Hiéron qui a précédé de peu la fin de la tyrannie à Syracuse
et le recul de l'influence de cette cité, ce qui a permis à Crotone de réaffirmer sa
domination sur la Sybaritide”®.
Les années 480-470 qui sont celles d’un déclin de l’hégémonie crotoniate ne
fournissent donc pas le cadre favorable à une victoire qui aurait été célébrée par un
monument à Delphes. Il semble même que la faiblesse de Crotone ait commencé
auparavant: si la participation d'un seul navire à Salamine n'est pas un argument
décisif, puisque Crotone est la seule cité d'Occident présente à cette bataille, en revanche
le projet de Thémistocle de fonder une nouvelle Athènes en Siritide laisserait entendre
que la cité ne contrôle plus cette région”.
L'histoire de Crotone et le déclin rapide de la cité au début du v* siècle nous invitent
à privilégier la victoire sur Sybaris comme origine du trépied monumental offert à
Delphes. L'identification de deux toits de trésor de la seconde moitié du vr s. présentant
les mêmes traits, l’un à Delphes, l’autre à Olympie, avait incité Chr. Le Roy à penser,
entre autres possibilités, à Crotone®. Le rapprochement de ces toits avec les terres cuites
architecturales du territoire crotoniate (Cirö et S. Anna) a permis à D. Mertens de
conclure plus fermement à l’existence d'un trésor des Crotoniates à Delphes et d'un autre
à Olympie qu'il identifie avec le trésor VII, encore anonyme®*!. Il pourrait s’agir d'une
double célébration de la victoire sur Sybaris® dans les deux sanctuaires les plus
fréquentés du monde grec, ä rapprocher probablement de la premiere &mission monétaire
qui associe l’aigle du Zeus d'Olympie et le trépied de l’Apollon de Delphes*.
L’importance de la consécration delphique (un trésor et un trépied) s’explique par les
liens privilegies qui existent entre la cite et le Pythien. Les Crotoniates ont trouvé sans
peine dans la Delphes des dernières années du vi: siècle des marbriers sachant travailler le
marbre de Paros®.
Anne JacQueEmIn et Didier LAROCHE.
(78) G. DE SENSI SESTITO, loc. cil., p. 634-635.
(79) G. DE SENSI SESTITO, loc. eit., p. 631, n. 49. Les autres noms théoriquement possibles pour désigner
les vaincus à l'origine de l’offrande delphique paraissent moins vraisemblables que celui des Sybarites. Nous
avons vu ce qu'il en a été de Térina et de Témésa; Hipponion, dans la sphère locrienne, est connue pour
une victoire sur les Crotoniates remportée avec ses alliés de Locres et de Medma (E. Kunze
- H. ScHLEIF,
Ol. Bericht III [1940], p. 77-80, pl. 24-25: deux pièces d'armement consacrées à Olympie dans le dernier
quart du vies. [?]); les relations entre Crotone et Tarente semblent avoir été bonnes (G. DE SENSI SESTITO,
doc. cit., p. 632, n. 50), sans cependant qu'il y ait eu alliance contre les Iapyges, ce qui fait qu’on peut écarter
les noms des Peucétiens et des Messapiens que Crotone ne pouvait vaincre que dans le voisinage de Tarente;
quant aux Syracusains, que l’on choisisse Timée ou Diodore, ils n'ont pas été vaincus.
(80) Chr. Le Roy, FD II, Les Terres cuites architecturales (1967), p. 80-84, toit 30.
(81) D. Mertens, Crotone, p. 216-217.
(82) Un trésor de Sybaris est connu à Olympie (Pausanias, VI 19, 9), ainsi que des offrandes de prix à
Delphes (Théopompe, FGrH 115 F 248 [182].
(83) A. Stazıo, Crotone, p. 375-376.
(84) Voir G. Grupen, «Kykladische Architektur», Münchner Jahrbuch der bildenden Kunst 23 (1972),
p. 6-36. Est-ce à Delphes qu'ils prirent l'idée d'un toit de marbre pour l’Héraion du Lacinion (D. MERTENS,
Crotone, p. 204-205 et p. 198, sur la mésaventure des Romains en 173)?