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Wilhelm Vollgraff
Le pean deiphique à Dionysos
Citer ce document / Cite this document :
Vollgraff Wilhelm. Le péan delphique à Dionysos. In: Bulletin de correspondance heliénique. Volume 48, 1924. pp. 97-208.
doi : 10.3406/bch.1924.2989
http:/Awww.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/och_0007-4217_1924_num_48_1_2989
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In: Bulletin de correspondance hellénique. Volume 48, 1924. pp. 97-208.
Citer ce document / Cite this document :
Vollgraff Wilhelm. Le péan delphique à Dionysos. In: Bulletin de correspondance hellénique. Volume 48, 1924. pp. 97-208.
doi : 10.3406/bch.1924.2989
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bch_0007-4217_1924_num_48_1_2989
Page 3
View in PDF(opens in a new window)LA MÉMOIRE DE JEAN DE MOI
on
zy!
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TIOULMJOLT!
’
TETUVTA,
La pierre qui porte le texte du célèbre pean à Dionysos,
œuvre du poète Philodamos de Scarphée, a élé retirée, non
loin de l'autel de Chios (1), du dallage de la voie sacrée du
téménos d'Apollon, à Delphes. Elle est incomplète et brisée
en plusieurs morceaux. Les fragments ont été d'abord rapprochés par M. Homolle « avec une sûreté de méthode », comme
on l'a dit justement, « qui ne laisse pas place au moindre
doute ». Une copie du texte faite par MM. Homolle et Bourguet (2) a permis à Henri Weil de restituer huit des douze
slrophes dont l'hymne se composait; les quatre autres, bien
qu'il en reste quelques mots, semblent irrémédiablement perdues. Aussitôt le travail de restitution accompli, Weil en a
publié les résullats dans un admirable article dans le Bulletin
de correspondance hellénique, en 1895 (p. 393-118). Complété
par quelques notes supplémentaires dans le Bulletin de 1897
(p- 510-513), et répété, par la suite, sous une forme légèrement
améliorée, dans les Etudes de littérature et de rythnique
grecques (Paris, Hachette, 1902), le travail de Weil est resté
Jusqu'à ce jour le seul dans lequel on ait essayé d'interpréter
(4) Poulsen, Delphi, p. 18,3.
(2) BCH, XIX, 1895, pl. XVI-XVH.
BCH, XLVIIL (1924).
Page 4
View in PDF(opens in a new window)dans le détail et de comprendre en son ensemble ce document
des plus nobles, voire des plus intéressants parmi ceux que nous
ont donnés les fouilles de Delphes (4). ll est vrai de dire que
l'hymne a été réimprimé, en 1900, par Arthur Fairbanks,
dans une remarquable étude sur le péan des Grecs (2). Cette
publication ne mériterait pas qu'on en dise du mal. Elle est
accompagnée d’un commentaire qui contient des remarques
originales et justes, et j'aurai plus d'une fois l'occasion de la
citer. Toutefois, le texte donné par Fairbanks ne diffère pas,
dans tout ce qui est essentiel, de celui de Weil. Il se peut qu'on
en ait conclu que les restitutions de ce dernier doivent être
considérées comme à peu près définitives... Mais ce serait là
une grave erreur; car, en réalité, le travail de Weil n’est encore
qu'une première ébauche. Weil a retrouvé le mètre des
strophes, et le sens général de la plupart des différentes parties du poème; sa vaste érudition et sa connaissance du langage des poètes lyriques et tragiques lui ont permis de combler
d’embide mainte lacune, d'une facon convaincante; mais il me
semble s’êlre. mépris sur le sens de quelques passages capitaux, qui, seuls, correctement expliqués et restitués, donnent
la clef de l'interprétation générale de l'hymne. Quant au commentaire qu'il a ajouté à ses notes critiques, il est insuflisant,
même au point de vue purement philologique, et c'est d’ailleurs
surtout dans l’histoire des religions, en particulier dans celle
du culte de Dionysos, qu’il convient de puiser les données
nécessaires pour pénétrer la pensée de l'auteur du péan delphique et de ceux qui l’ont inspiré.
J’essayerai, dans cette étude, de préparer Ja voie à celui
d’entre nous qui se chargera de publier Vhymne à Dionysos,
(1, Poulsen (Delphi, p. 18) aflirme avec raison que l'hymne à Dionysos est le
plus beau des hymnes trouvés à Delphes. Il est vrai que ce n'est pas encore
beaucoup dire. M. Paul Foucart (Les Mystères d'Eleusis, p. 451) n'a pas grande
estime pour « le versificateur qui a composé cette cantate assez médiocre ».
Certes, Philodamos n'était pas un grand poète: mais c'était assurément un
auteur qui exprimait sa pensée avec aisance et goût.
(2) Fairbanks, A Study of the greek Paean (Cornell Studies in Class. Philol.,
XII, p. 139-153.
Page 5
View in PDF(opens in a new window)dans les Fouilles de Delphes. Pour contrôler la copie sur laquelle
a travaillé Il. Weil, je me suis servi de trois estampages.
le premier fait en 1901 par moi-même, avec l'assistance de
Contoléon; le second fait en 1921 par mon élève J. Hondius;
le troisième, qui est le meilleur, envoyé tout récemment par
les soins de M. Ch. Picard, directeur de l’école d'Athènes. On
sait que la première copie d’un texte difficile à déchiffrer est
presque toujours défectueuse à beaucoup d’égards, et M. Bourguet a poussé la modestie jusquà faire douter de Vexactitude
de la sienne (1). Je crois donc devoir envisager d'abord la
question de savoir quelle est la valeur de la copie sur laquelle
le texte de l'hymne repose uniquement, depuis 1895. Cela est
d'autant plus nécessaire que MM. Iomolle et Bourguet ont lu
sur la pierre beaucoup plus de caractères que je n’en retrouve
maintenant sur les estampages (2). Or, il résulte d'un examen
approfondi et répété à plusieurs reprises que la copie du Bulletin a été faite avec la dernière conscience et avec une honnétete scrupuleuse. Je dis honnêteté, et je m'explique. H n'y a
pas de méthode plus honnéte que celle qui à été suivie rigoureusement par nombre de membres de l'Ecole d'Athènes; elle
consiste à copier les inscriptions tout d'abord sans chercher
à les comprendre. En agissant ainsi, on s'expose évidemment
à confondre quelquefois des caractères qui se ressemblent,
mais on évite, d'autre part, de faire des conjectures tout en
copiant. La copie de MM. Homolle el Bourguet a été faite ainsi:
la preuve, c'est que dans un passage faisant partie du refrain,
la copie porte IOF, alors que le lapicide avait certainement
gravé 1O1 (3). On se rend compte, par cet exemple, qu'il nous
est permis de nous écarter parfois de la première copie, pourvu
que l'erreur commise par les copistes puisse être expliquée ei
il) BCH, NX. 1896, p. 237,1 : « La planche qui reproduit le pean en caractéres
épigraphiques contient plusieurs fautes ».
(2) Cf. Weil, art. cité. p. 400: « Pour les lecons douteuses une nouvelle collation ne nous avanca gurre, beaucoup de caractères s'étant effacés en plein
(3: Weil, ibid.
Page 6
View in PDF(opens in a new window)justiliée paléographiquement. Il va de sot que des erreurs de
ce genre, el méme de plus graves, seront inévitables surtout
dans les parties de la pierre où les caractères sont à demi,
voire presque complètement ellaces. J'ai donc pris pour règle,
par rapport aux passages qui ne sont pas lisibles en entier sur
Vestampage, d'accepter les lecons de la copie du Bulletin, partout où elles sont en accord avec la grammaire, le mètre, les
données historiques et le sens du contexte.
Je ne reproduis pas ici cette copie et je suppose connu l'arlicle de Weil, pour n'avoir pas à citer textucllement tout ce
qu'il contient. Mais je prendrai comme point de départ le texte
de chaque strophe tel que Weil Va publié dans le Bulletin, et
jexaminerat partoul ses reslitulions, avant de proposer les
miennes. On voudra bien voir, je l'espère. dans cette facon de
procéder, non une chicanerie, mais un hommage rendu à un
maitre dont les opinions valent d'être pesées mürement, même
quand on incline à ne pas les admettre. Tout en craignant
d'avoir l'air de fatre montre d'érudition sous prétexte de commenter mon texte, je ne pourrai éviter ni les longs développements, ni même,
de temps à autre, les digressions. On me
pardonnera peut-être : ceci n'est pas un livre, mais un simple
mémoire. qui demande à ne pas être jugé uniquement d’après
sa forme.
Le lecteur versé duns la critique des textes grecs, mais moins
peut-être dans celle des documents épigraphiques, doit savoir
que l'inscription étant gravée s70:/n26%, le nombre des caractères perdus se trouve être exactement connu, chaque fois que
le texte présente une lacune. Cette règle ne soutfre d’exceptions
que par suite des deux circonstances suivantes : d’une part, le
lapicide s'est réservé la liberté d'intercaler le iôta entre deux
rangées verticales de caractères; et, d'autre part, les lignes du
texte épigraphique n’ont pas toutes exactement la même longueur, parce que la fin de chaque ligne doit coïncider avec la
fin d'un mot, ou tout au moins d'une syllabe.
Voici done un premier moyen pour controler la justesse des
Page 7
View in PDF(opens in a new window)restitutions. Un second moyen non moins efficace est fourni
par le mètre des strophes dont voici le schéma (1; :
—uu— | u—u-— | —Gu— | u—u— | —uu— | u—u— | —uu— | u—Y¥
-— - | vu—— | uu—
YYG—u | v—u— | —¥---u | UUUU— | u-—
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UU--— | UU-- —
U I U-U— |
u lu
II me reste à dire d'avance un mot sur la date approximative
du péan. La forme des caractères permet d'attribuer l'inseription, sans contestation possible, à la seconde moitié du 1v° siècle.
Une date plus exacte peut être fournie par le décret en Phonneur du poète Philodamos de Scarphée. Ce décret, qui est gravé
immédiatement au-dessous du texte de l'hymne, doit avoir été
rendu peu de temps (2) après la composition, ou tout au moins,
après l'exécution de l'œuvre de Philodamos. TI est daté d'après
Varchonte de Delphes Étymondas. Malheureusement. nous
n'avons pas un texte précis qui permette de fixer de facon
indiscutable la date de Parchontat d’Ftymondas. Nous savons
seulement par plusieurs inscriptions qu'Étymondas était un des
notables de Delphes les plus en vue entré. disons, les années
339 et 328 avant notre ère. M. Bourguet (3) a placé l'archontat
d'Étymondas en 333/4, date qui a été également acceptée par
M. Pomtow (4). Je ne conteste en aucune sorte la possibilité de
cette date qui semble avoir rallié la plupart des suffrages. Mais
il faut avouer que, pour l'établir, on s’est servi d'un argument
sans valeur. Je veux dire qu'on à conclu, avec Weil (5), du
(1) Cf. Wilamowitz, Berl. Sitz. Ber.. 1902, p. 894.
(2) Weil a dit. et Von a répété après lui, que le décret honorifique a été rendu
apparemment immediatement après l'exécution du pan ‘art. cité, p. 396;. Hv
aurait peut-être lieu d'être plus prudent. L’hymne a été chanté au printemps
istrophe 1), c'est à dire pendant le deuxième semestre de l'année delphiqne. Le
décret a pu être rendu soit aussitôt après, soit au commencement de Vannée
suivante.
(3) BCH, XXIV, 1900, p. 503.
(4; Pauly-Wissowa, Renl-Eneyel., s. v. Delphoi, p. 2612; Dittenberger. Nyll5., 270.
(5) Art. cite, p. 396.
Page 8
View in PDF(opens in a new window)commencement de la IX® strophe, que le péan a été exécuté dans
une deuxième année olympique. En réalité, on ne peut rien
inférer de pareil, d'après notre texte, comme je m’elforcerai de le
démontrer plus bas. La date qui, à mon sens, convient le mieux
pour l'exécution de hymne, est le printemps de l’année 335.
C’est le moment où le jeune Alexandre, devenu roi à vingt ans
après l'assassinat de Philippe (été 336), solennellement reconnu
pour souverain dans l'assemblée des Amphictyons aux Thermopyles (1), ouvre sa campagne contre les Thraces et les Illyriens (2), d'où le rappellera bientôt (été 335) (3) la révolte qui
se terminera par le sac de Thèbes.
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suaiwv. suv [oA6m1].
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Vs. 1 : (600° ava]. Cf. Oren. Hymn., 12, À : Seüoo, Tuyn.
Hymn. in Hecat. éd. Abel, A : 6299’, "Exarn.
Vs. 1-4. Les quatre sretniers vers, tout mutilés qu'ils sont,
contenaient sûrement une invocation à Dionysos {témoin le
(1) Diod., XVII, 4, 2 : mapHABev sig Ilúhac val td thy “Auctetiovuy cuvédotoy suvavoy ERELTEV PxuTD KOL) ourwat: Dobivat shy ray “EAA gv
Pyepoviav,
(2) Arr. Exped. Alex., 1,414: dpa 6s zó Tor Ehauverv ext Boden. Diod., XVII, 8, 1.
(3) Cf, Cloché, BCH, XL, 1916, p. 130, 3.
Page 9
View in PDF(opens in a new window)vocalif Baóute:, et une invitation au dieu de se rendre parmi
ses fidèles, Zorvalts] … fesats ev aac, à une fête qui se célébrait
au printemps. L'épithète [AïBücuu$s n'est plus visible sur la
pierre (1). Je reconnais à grand’peine sur l’estampage quelques
traces de caractères que je copierais : PAMOE ou PAMBE. Cependant, il n’y a nul doute que le mot ait été correctement lu lors
de la découverte de l'inscription : A.O5s2u6os est un nom rare,
mais dûment attesté à côté de OstauGos etde Osraubosıhüpaunns (2).
En revanche, je n'ai pas confiance dans les mots [Buss]7sss et
Baars. L’estampage ne me donne rien pour le premier; à la
place du second, je distingue AITA, peut-être XAITA. Ovasípes
serait un mot nouveau, formé comme novynons. « On pourrait
aussi conjecturer », dit Weil, « 177725, quoique Nusaiwy òpsov
x
2soñpets O79a. (Sophoele, Ant., 1131) n'offre qu'un parallèle
plus éloigné. La division des syllabes exclut ogovs|agés et les
composés analogues. » Il est vrai; mais il convient d'ajouter
qu'elle semble exclure tout aussi bien Gugs|ñoes. Quant à Sozizz,
jai dit naguère ce que je pense de cette épithète nouvelle et
singulière (3), qui a donné matière à des explications assez
surprenantes. Ma manière de voir a été admise par Perdrizet (4)
et par Miss Harrison (5). Gladys Davis (6), par contre, et, au
dire de celle-ci, M. Farnell sont restés fidèles au texte et à l'interprétation de Weil. Force m’est done de revenir sur la quesLion etde lâcher de démontrer, d'une façon plus explicite, que
Saat n'est
wy
pas a
grec. Weil s'est demandé si l'on
peut dériver
Boara du verbe Foato — 5210, briser. Le sens que l'on obtient
(1) J'ai vu la pierre même au musée de Delphes. au printemps de 4901, et jy
ai lu fa moitié de la premiere strophe.
(2; Fur. Bacch., 526
: %:,
Aijozuf: Athen., XI. p. 465, a (d'après l'atthidographe Phanodémos: : avarahoûrres Ebay +: eal Arbsoambov xxi Baxysutiv xxi
Bséuiov: Athen. I, p. 30, b : tiuata: 63 mack Aaubaurvoïs 6 Hotynos u aöTds Oy
zu Atoway,
€2 imGétov xxnOUEUNS ObtHs, Ús (Hs 221?) Oplaubos ual Adicanos;
Etym. Magn... p. 274, 44 : AvhiexnGos
ed. Westerm.; Pratin., fr. 4, 16.
a Atéveses; Olympiod., Vita Platon., p. 384
.
(3) Mnemos., XXXUI, 1905, p. #19 sq.
‘4; Perdrizet, Culfes et mythes du Panger, p. 61 sq.
1D Class, Reo. XXIV, 4910, p. 245.
‚6, Davis, The Asiatic Dionysos, Londres, 191%, p. 172 .
Page 10
View in PDF(opens in a new window)ainsi (« celui qui frappe et qui brise ») pourrait à la rigueur être
jugé acceptable. Une épithète de ce genre paraîtrait tout au
plus un peu déplacée dans une invocation où une divinité est
„
priée de se rendre à une fête printanière. Mais c'est surtout la
forme du mot qui prête à la critique. « Un dérivé satzys (Boats)
à côté de ga:sc7s », écrit Weil, « ne fait pas plus de difficulté
que Saris à côté de Brasths, Untere à COLE de Axess ». Le raisonnement est peu convaincant. On a rain et Bıaszis,>37 Sram et
Braas, On a Amers à côté du verbe 24 fou, et ris à côté du
substantif Anis, mais à côté de 530, qui fait à Paoriste du passif
.
OUNTTS,
#
VALGOULTTAS, KUYOOULTTYS,
Le
Ld
id
p=
UTTOOEULTTS,
or
—
!
me
et
sarorys,
e
x
ct
jamais autrement. Ensuite, si nous admettons que Jato a été à
l'origine Faal, comment un poète dorien a-t-il pu écrire fepour Fo-, orthographe qui n’est attestée que chez les poètes
éoliens du vi siècle? (1) Enfin, peut-on croire sérieusement
que ce même poète contemporain d'Alexandre se soit permis
de ne pas contracter, dans 3saira. les vovelles a el : en une
diphthongue (25, et de traiter le iòta comme une longue? Non,
si Fon veut s'en tenir à la lecon BPAITA (3), il faut, ou bien
admettre une faute du lapicide (4), ou bien penser avec Fairbanks (5), que nous avons affaire à un mot d'origine barbare.
(1) Cf. Wilamowitz, Sappho und Simonides, p. 95.
(2) Homère, déjà. les a contractées dans Buuosxistns; v. Fraenkel, Gesch. d. gr.
Nom. agentis, I.p. 44. 4.
(3) Je passe sous silence la thèse de Miss Harrison, qui a vu dans Ardvusos
Bexttzs le dieu de la bière, Dionysos le Brasseur (Proley. to the study of Greek
relig.. p. 447 et suiv.). Elle ya renoncé elle-même depuis longtemps.
(4) Weil a conjecturé : Bovarrti, Bréal : Soret.
(5) Ouvr. cité, p. 144: « If the word is correctly cut on the stone, it no doubt
has some connection with the name of the Macedonian tribe Roxıssi, which,
according to Stephanos of Byzantium, was mentioned by Dionysios in the third
book of his Bazezse:24. —evidently a book which dealt with some subject relating
to the worship of Dionysos ». I serait intéressant. si le poéte avait voulu marquer des les premiers vers l’origine septentrionale du dieu par une épithète
macédonienne... mais le rapport établi avec trop de confiance par Fairbanks
entre l'énigmatique Ssatrx et les Boarso! d'Etienne de Byzance me paraît avoir a
peine la valeur d'une conjecture.
Page 11
View in PDF(opens in a new window)Mais ne serait-il pas étonnant de voir attribuer au dieu, dans
cet hymne du ıv® siècle dont la langue et le style sont si clairs
et si classiques, telle épithète? Elle ne se lit nulle part chez
les poètes (et l’on sait s'ils sont nombreux !), qui ont parlé de
Dionysos. Je conclus, toutes choses pesées, qu'il y a lieu ici
de mettre en doute la lecon des premiers copistes, malgré
l'autorité de Fournier, qui a affirmé que BPAITA se lit « très
distinctement » sur la pierre (1). Je ne sais s'il existe de l'inscription des estampages plus anciens et meilleurs que les miens.
Pour le moment, je reste convaincu qu'au commencement de
la ligne 2 de l'inscription, il faut lire : [xian '/aïzs. On comparera le vers de Kratinos (2) :
„
a=:
EINE AUTTO one
SANT en.
INAS, yaa, 20904’Leggy?’ Exoayetons,
et le fragment de Pratinas (3) :
~
LLTTO/ IT
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OM
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”
«
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x
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IIS. AADIE TAY EUR Aworov ope. ae
Plutarque, dans un passage connu (4), déclare que Dionysos
ne reçoit pas de moindres honneurs à Delphes qu’Apollon, et
raconte que l’année y est comine partagée entre ces deux divinités, Dionysos étant censé être présent durant les trois mois
de l’hiver, et Apollon durant les neuf autres mois. C'est apparemment un compromis destiné à mettre fin à une période
d’antagonisme entre le culte d Apollon et celui de Dionysos.
Chaque printemps, Apollon rentrait triomphalement du pays
des Hyperboréens, et Dionysos lui cédait la place (5). Mais
comment se fait-il alors que Dionysos est prié ici de se rendre
à Delphes précisément au printemps? C’est, a répondu Weil,
A, RCH, XXI, 1897, p. 510.
(2) Meineke, FCG, II. p. 19%.
‘3) Pratin., fr. I, 17. — Le mot revient dans la XII° strophe de notre hymne,
vs. 3-4: où [yoojoise.. (x)j:55
07 juives.
(4
Plut., De ei apud Delphos, IX : ..zor Atguucey, @ wu Atkz@u ausiy FTtov T,
win "Ahh: wdtestiv... Tov uiv dAAoy Suxutoy made, yout, megol mas Quoixs,
Zoyousvo BE yerumvos dnzyelsaurss thy Aubjoxuber, tov SE nardva HATARLUGAVTES,
toits uurs AVT) Bnei TONTOY LATARAROSUTAL Tov Beóv,
5: V. Weniger, Ueber das Collegium der Thyiaden von Delphi (Eisenach, 1876),
Page 12
View in PDF(opens in a new window)parce que la fête à laquelle on l'invite est celle des Théoxénies.
Cette fête se célébrait annuellement au mois Théoxénios, qui
correspondait au mois attique Elaphebolion (mars-avril). Il est
fait mention des Théoxénics dans la IXe strophe de notre hymne,
aux vers 110 et suivant (ey Geviors events Bey). Weil a interprété
ce passage de manière à y lire que notre péan est un Spvos
#inrxés composé pour les Théoxénies. Je montrerai plus bas
qu’il faut l'entendre d'autre facon. A la fète des Théoxénies, le
dieu pythien recevait la visite des dieux de l'Hellade (1), en
d’autres termes, les hommages des représentants des différentes
cités grecques Cela est prouvé par le péan delphique de Pindare, vs. 60 suiv. :
47094 Aosta zarabov
~
r
ae
sucuy év Bev Eevig.
,
x
nm
OEE
Güezot vo varus unie Maveshd
x
hl
~
’
1
AEGOS...
et par l'hymne écrit par Nieocharés pour les Théoxénies. Le
poète s'y adresse aux Muses en ces lermes :
UdheTe, TUVELALUGY Wya Doïboy mortar uéAdrre -/suceurxona.
r
'
er
~
=
—
Fu
.
1
Dionysos peut avoir été parmi les dieux invités, mais rien
n'indique qu’il occupait une place à part. Nous n'avons
aucune raison de penser que la fête printanière à laquelle le
poète convie Dionysos doive être précisément les Théoxénies.
li peut s'agir tout aussi bien de quelque autre solennité, soit
ancienne, soit nouvellement instituée (2). La question de savoir
4) Cf. Schol. Pind. Ol., LIT : @zo%eviwy Eooraì maa’ “ÉAANIIY oÙtws Emivehobver:
ABTE Tas Ggisusvas Tudors, ós 2TH Toy Oev Emer noors vals There,
(2) Le jugement que M. Nillson a porté sur les Théoxénies dans ses Griechische
Feste, est faussé par son adhésion à la facon de voir de Weil. Cf. p. 161 : « Jetzt
wissen wir aber, dass Dionysos einen sehr hervorragenden Platz innehatte, und
zwar durch das von Philodamos aus Skarpheia auf ihn für die Theoxenien
gedichtete Ruflied ». P. 162: « [litten wir nun nicht den Pian des Philodamos,
so würden wir durch den IIyımnus des Kleochares den Eindruck erhalten, dass
Apoll nicht nur der Hauptgott, was vielleicht wahr ist, sondern überhaupt der
Gott der Theoxenien sei ».
Page 13
View in PDF(opens in a new window)PEAN
,
107
pourquoi Dionysos est rappelé ici en la saison même où, d’après
la croyance régnante, il quitte ou vient de quitter la ville, reste
donc tout entière. Dira-t-on que l'on pouvait à Delphes sacrifier
à Dionysos en toute saison? Il serait inutile de citer des preuves
à l'appui de cette thèse, car cela va absolument de soi. L’important, c'est seulement de se rendre compte que Dionysos
semble recevoir ici des honneurs extraordinaires, j'entends
qui ne lui sont pas dis en vertu de la coutume et de la
tradition, mais qu'on se plait à lui accorder par surcroit.
Nous verrons plus loin, surtout lorsque nous nous occuperons
de la XI° strophe, que Vhymne a été dicté par le désir de
donner au culte de Dionysos un plus grand éclat que par le
passé.
Vs. 5. Weil a écrit d’abord : © ‘à Baz’, etensuite : & "löbazy',
ce qui est plus juste, puisqu'il n'existe pas d'interjeetion +4,
tandis que ‘’lé6xx70 est un nom existant et usité dans le
culte.
A partir du vs. 6, le poète célèbre la naissance de Dionysos.
Au vs. 7, la restitution de Weil: Znfvi Yeivaro} a été confirmée
par la découverte d’un nouveau petit fragment de la pierre (1).
Le même fragment a permis de lire au vers suivant
rävres 0’ fafiajvaco. [y|úgeuTas,
lecon qui s'était tout d'abord présentée à l'esprit de Weil, mais
qu'une réflexion moins heureuse lui avait fait écarter.
Vs. 7 : zakhirars Quave. Le poète se range à la version de
la fable la plus répandue d'après laquelle Dionysos était né
d'une mortelle, dans la ville de Thèbes. I n'adopte pas la
croyance d'une partie des Orphiques (2), d’après laquelle Dionysos était le fils de Zeus et de Perséphoné. Les traditions
‘t) BCH., XXI, 4897, p. 510.
2) CE Orph. Hymn., XXX, 6 sq. : Arès wal Hessesovetns 20527016 RÉATONITL texv0~
hets. Par contre, Dionysos est fils de Sémélé fHymn.. XLIV, 2 sq.: Seudany... wrréox
Guoousdooto Atwvusoy.
Page 14
View in PDF(opens in a new window)delphiques l’obligeaient, peut-être, à prendre ce parti (1). Le
mot xaAkinats équivaut à xahov ide Ternüce (2). La même épithète est appliquée à Perséphoné dans l'Oreste d’Euripide,
vs. 963 sq. :
a xarù “7 fovds
vepripwy xarhinars Avasoa,
el par Hippolytos à l'un des Cabires (3).
Aux vs. 9 et 10, je note une légère faute dans la copie du
Bulletin : entre le X qui suit le mot Bsozof et le groupe de caracteres AXXIE, il y a place non pas pour dix, mais pour neuf
caractères (4). Il s'en suit que la restilulion proposée par Weil
est trop longue. Il faut lire :
mavtes 68 Bpocoì y[aoev]
(sars,
.
+
© Blayıyıs,
.
A
wy
yevvans
Î
“se
Pour admettre cette restitution, qui paraît la plus courte
possible, on doit supposer que le idta de oats était écrit entre les
lignes, hypothèse qui na rien d’anormal en soi, et qui est
favorisée par les circonstances. Le graveur se trouvait ici à
l'étroit, le E de Buyys: touchant presque aux caractères de la
deuxiéme colonne.
Vs. 10. Le texte porte [Biayyıe et Bayytate (vs. 14), à côté
de Baxy’ (vs. 1), '16ôax/’, Baxyou (vs. 132 et 138), Baxy[e.w ]zav
(vs. 144). De même, on lit dans un texte archaïque de Kymé :
zov Bebuyrysvuévoy (5); une inscription attique, qui date du
(4) Cf. Plut. Quaest. Graec., XII {à propos de la fête appelée “Howis, qui se
célébrait à Delphes) : é% 42 ia Gowudvny gavesme Lenéhne av Tee avaywviy
eiuxgete.
(2) Cf. «an Aiteuvos, sbteuvos, eömars; Nonn. Dion., XVII, 19 : Deveans Beórardos
;
Kaibel, Epigr. Graec., 44 (épigramme du Pirée. du ıv° ou du mie s. av. J.-C.) :
Mrtods Tavtotézvov.
{3j Hippol. Refut., NV, 7. 4 : Afpvos xarhinarsa
Kafipoy
appitw
Ereuvasev
épyracpe. Cf. Cic.. De nat. deor., HI, 58 : Dionysos multos habemus... tertium
Cabiro patre (natum).
(4) Le deuxième X de AXXIE se trouve clairement placé juste au-dessous du
N final de la ligne 3 du texte.
(5) SGDI, IV, p. 851, 2.
Page 15
View in PDF(opens in a new window)ui ou du n° siècle, porte : Iayxo (1); c'est une orthographe
basée sur une prononciation différente, et non une faute du
lapicide, comme le pense Kern (2).
Fairbanks a dit à tort que l'emploi de -/ivva dans le sens de
naissance (yévests, yeverf,) est nouveau (3). On rencontre le mot
dans ce sens dans Parménide :
,
>
>
~
ziva yuo vévvav
Oliaent
autoy
(4);
dans Empedocle : “Axx vewav (5), qui équivaut à Ara
= ao (6), et dans Hippocrate : vévva ond’ Av win suvrshéouto (7).
Un commentateur d’Aratos (8) dit, dans un passage tiré des
ouvrages de Posidonius (9) : vevva ct geknvns xa avazohn
Gravége, * wewh vas Tocis 7, viooagus TOU vern van Tuécas gaivera
xa 09 aux To yevvy4yve.. On lit de même dans les scolies
Y
ul
0]
~
kj
x
~
mA
,
.
#
d’Aratos : ano Ge vévyns Toleny
e
°
,
>
id
=
\
uéoav avousca 7, sernvn (10)...
emercay 68 THY Wsounıulav nacahiden, TOTE RAA vévvav aus (11);
s
mA
Ax
.
+
#
Sr
™
Là
,
’
1. 9m yévvns (12); … evs and suvddou osx vak +êvvns (13).
~
r
L’existence de ce terme d’astronomie implique qu’on a dit
vévrz dans le sens de naissance. On retrouve enfin le même
mot dans la littérature magique (44), et dans les Péres de
Véglise (15).
(1) AG, II, 1592.
(2) Pauly-Kroll, Real-Encycl., IX, p. 648.
(3) Cf. Wilamowitz, Her?., Il, p. 188 sq.
(4) Diels, Vorsokr., Parmen., B, 8, 6.
(5) Jbid., Emped., B, 17, 27.
(6) Ibid., Emped., B, 38, 1 ; d'autres exemples 22, 7 et 9.
(7) Hippocr., Meg! susi0; avbourou, 3. La lecon des manuscrits yevvi a été corrigée en yévva par Ermerins ; cf. Fredrich, Hippokrat. Untersuch., p. 28, 2.
(8) Achilles in Arat., 21.
(9) Maass, Commentariorum in Aratum rell., p. 49.
(10; Schol. Arat., 735 (Maass, o. l.. p. 474).
(il) Ibid,
(12) Ibid., 736.
(13) Ibid., 119 (Maass, o. l.. p. 482). On trouvera d'autres exemples dans le
Thesaurus d'Étienne.
(14) Pap. mag. Lugdun., Dieterich, Abraras.
xóepou wal TAlov.
(15) XeretoS véwa,
p. 174, 9 sq. : Esti yao yauvx
Page 16
View in PDF(opens in a new window)VOLLGRAFF
Dans le refrain (vs. 14-13), on remarquera que les termes
soie (1), cuzsmy (2), edaiwy (3) et 6260¢ (A) ont une nuance
dionysiaque. ou même orphique. Ge sont des mots qui étaient
usités dans les chants sacrés des mystères, où la pensée se
tournait vers la vie future
STROPRE IE
"Hy, zóze Baxyrate
15
DEV
[ALUMETER vos ] ze KaQuou Mivuay ze zóknlos AULe [ex TE HUAAANITOS :
Evo. © 15 Bia’
a*
~
a.
r
>
o 18] Maudy:
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,
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ALYY As de Lg guy “OE0.15
ceov |asoouU ide Saas.
"je Daury x. T. €.
A) Dans le culte, Dionysos ne paraît avoir recu l'épithète de Xwrfe qua
Maroneia de Thrace fcf. Head, Hist. num?., p. 251).
(2) Cf. Hymn, Orph., L, T : Ausız, Qussouxvés, Bodur, she, mist EL DPO.
) Ct. W. Schmid. Philol., LXXVIIE, 1922, p. 178. Dans l'épigramme funéraire en
Vhonneur de Kydimachos. il ne fault pas, comme le font Schmid et Kern (Bert.
Phil. Woch.. 1945, p. 55), ponctucr après 626:9y, de manicre à rapporter l'adjectif
sdatovx a Gonov. Les mots %2#10% euxiwva formeut un asyndéton ct se rapportent
tous deux a Kufinzzsv. C'est ce que prouve le passage de Callimaque (Hymn..
V, 417) déja cité par Kaibel (Epigr. gr., 67) : GhGiatay gods: ce xx stxioux vevechar.
Le poete veut dire : ci git Kydimachos, lequel est mort heureux:
Kvtinayov yhoo 742 ratpis stip volo. 4x} ËRTEL
Orbn 2oaiova Blou TAEUGAYTA THOS Houoy.
Pour bien couiprendre la pensée qu'expriment
ces vers, il faut remarquer
d'ailleurs que les termes GA6:05 et coaiov sont detournes à dessein et malicieusement de leur sens eschalologique. La parole est ici à un « libre-penseur »,
pour qui les joies de ce monde sont les seules qui comptent. Le distique qui
suit révèle en etfet que le bonheur de Kydimachos est entierement rétrospectif:
maièxs yx[0) T2idwvesiCov nal views ZAv[ Tov]
chy navtwy wolvev wotoay
[£yer] wOeuévuv.
(4) Cf. Wieten, De tribus laminis aureis, These de VUniv. de Leyde, 1915, p. 105.
Page 17
View in PDF(opens in a new window)Vs. 14-20. Le poéte continue à décrire la joie universelle
qui s’empare du genre humain à la naissance du dieu sauveur.
Vs. 14: fv. L'interjection fv est très rare dans la haute
poésie. Nile a ordinairement trait à un fait qui se passe à l’instant même, ou qui vient de s’accomplir devant les veux de
celui qui parle. Ici, elle serait suivie d'un verbe mis au prétérit imparfait, et se rapporterait à un événement lointain,
ce qui est, je pense, sans exemple. Véritication faite, le H n'est
pas visible sur l’estampage; à sa place, je distingue une faible
trace de deux lignes obliques convergentes. Je livais donc :
ms
Sy obese
Barrinke
usV5
VOTES
a
IHR En:
LA
ce qui équivaut à : zove avebaxyiaSe uév. Le composé est nou.
-
Q 4
veau; mais.on trouve 4v26ex eve dans les Bacchantes :
5
,
~
oe) Ey TEAWVU'f LOG 793295
na
u De
TW ROTE AEUROY
7660’ gvabaxysdouts (1)...,
M3
dans
Pollux (evisusızear, exvfizracu., avabaxysoen, wineolnve:
eco (2)), et, employé au sens transitif, dans l'Héraklés (3) et
dans l'Oreste (4) d'Euripide. Pour le sens, on comparera
avooyersoa, exsullare (5), el avayozsuer, danser de joie, qui se
lit dans l’/on
Gre wa, Aus 7750076
aveyoseugey ailing (6)..,
LU
,
hd
r
ray
dans | Herakles:
et ailleurs encore.
Vs. 16 : Mwu3v te 07
Gest, selon Weil, le golfe
maliaque. Cela est-il bien sûr? Le nom des Minyens est
(1) Eur. Bacch., 862 sqq.
(2) Poll., I, 16.
(3) Eur. Herc., 1085 : avaéaxnyevce. Kaducioy moa.
(4; Eur. Or., 338 : patépos x'ux zis, 6s avabanysver.
(5) Eur. Suppl., 719.
(6) Eur. Ion., 1078 sq.
‘3; Eur. Herc., 783.
Page 18
View in PDF(opens in a new window)attaché, en Béotie, à la ville d'Orchomène, dont l'influence a pu,
à certaines époques, rayonner assez loin, mais non pas spécialement, à ma connaissance, en Locride orientale, ni surtout
en Malide. Cependant, dès la première moitié du v° siècle, et
probablement longtemps auparavant, on a appelé Minyens les
Argonautes (1). Le golfe des Minyens ne serait-il pas le golfe
pagasétique (2)? Ainsi. après avoir nommé la /hùv Kacuov,
c'est-à-dire la Béotie, le poète mentionnerait la Thessalie
méridionale. Quant à fa troisième région dont il ne reste que
la terminaison -tz, on ne saurait songer à y voir, avec Weil,
une localité aussi insignifiante que Aöysra. Weil a rappelé que
le poète était citoyen de Scarphée, et qu'il y a eu, dès le temps
d'Homère, dans le voisinage de Scarphée, une petite cité
locrienne nommée Aùvyerat (3), ou Adyeız (4). Je le veux bien.
Mais, de nos jours, un poète que le hasard aurait fait naître
près d’Yvetot ne serait pas pour cela excusable d'écrire, par
exemple, qu'une joie universelle se répundit à Paris, a Rouen,
et à Yvetot. De même, le poète locrien n’a pu nommer Avyeve
à côté de Thèbes et du golfe minyen. Ce nest pas qu'il ne faille
pas, en pareille matière, tenir compte du lieu d’origine et de
la résidence de celui qui écrit. A mon sens, après avoir nommé
la Béotie au Sud, la Thessalie au Nord, et avant que de mentionner Delphes à l’intérieur du pays, le poète de Scarphée n'a
guère pu parler d'une autre région que de la grande île dont
il voyait constamment devant lui les montagnes, à l'Est. Je
voudrais donc restituer :
(1) Pind. Pyth., IV, 69; Herod., IV, 145: Deinetr. Sceps. in Schol. Apoll. Rhod.,
I, 230; Robert, Die griech. Heldensage, 1, p. 57.
(2) Cf. Ov. Metam., VII, A : iamgue fretum Minyae Pagasaca puppe secabant:
Schol. Townl. Hom. 11. XXIV, 428 : Ozémounes grau \AÒEZavônov beoxtov Ardwosov
covey Ilayasais, 65 enaheivo Ilendyıos, cuseGety ciacdsws. A partir de 352, Pheres a
appartenu aux rois de Macédoine, qui n'auront certainement pas donné moins
d'éclat au culte du Dionysos de Pagasae que ne l'avaient fait les tyrans de Pheres.
Diod., V, 50 : gubakoyoövra: Bogéos vevéshat Rates Bouts val Auwoveros .. Of
weal thy Boutr,. (Boxes) dnobdvres Eni Thy
yoouy TELÉTU/OY
Tais Atovusou teosots
Teo! td xahoïuevoy Apios tip Be Spyiatovears Ev tH Phrwriö: Ayatz.
(3) Hom. Il., Il, 532 :
(4) Steph. Byz., s. v.
Mespery te val Advetds ÉoaTE vds.
Page 19
View in PDF(opens in a new window)-
ww
443
D]
Mivuay ze xoAn|us Eu-:
[Bo].a ze xmÂhixapnos.
Vs. AT: xxhhixaonos. Cf. Soph. frg. ap. Strab., IX, p. 392 :
xtnov Eybotas. Dans \' Antigone, le chœur supplie Dionysos de se
rendre à Athènes, soit qu'il se trouve à Delphes, soit en Eubée :
’
a
,
pro >eïv xafoos tu root Taovactay
Drip xAttoy À otovóevra moofuôv (1).
Ezovóevza moofpeyv, c'est à dire l'Euripe.
Vs. 19. ‘Ypvo6ouns esl un composé nouveau dont on peut
tirer argument pour défendre une lecon du LVI* hymne
orphique, où Adonis est appelé : Bovoy 6ô%ot roßewvais. Ruhnkenius achangé »özer. en won, d'après Hymn. Orph., XX VI, 3:
(Tata) zarzis boot Botouaz. Faiblement combattue par Gesner,
la conjecture de Ruhnkenius a été acceptée dans les éditions
de Hermann et d'Abel. Comment ces savants n’ont-ils pas
pensé aux lamentations et aux chants plaintifs des femmes, qui,
dans ies villes grecques, retentissaient aux fêtes d’Adonis? Le
poète orphique a pu appeler Adonis : 3suwv bôrgst rofervars
tout aussi bien qu’Herakles : Bovwv aBAorer xoarzuois (2). Adonis
est Spvebpuns, c'est à dire, moAvupvos, honoré par beaucoup de
chants, comme le sont Aphrodite (3) et Dionysos (4) et la ville
d'Athènes (5). rokuuuvstos. mot que Pindare emploie pour le
_téménos de Zeusà Némée (6). Ayant ces exemples sous les yeux,
on peut se demander si Philodamos a employé vjvobgúr,s au sens
(1) Soph. Antig., 1144 sq.
(2) Hymn. Orph., XI, 2; ef. ibid., LIE, 13 : (Siévusos) nete: Betuws; LIE, 10:
(Atévusos) eûtégots waproie: teAecarydvers: Bougtwy: XXIX, 10: (Hepcesdvn 2607, x2prois: Sovovcaz, IX, 7 : (Seton) xxrots
TRAVYTS
vupgewy vaopoie:
Bovoverns;
ovporst
Bovevsa; XXI, 8 : (TyOus) wir
XXXII, 6. Cf.
Aesch. frg. 281,
WolGov Betov avevdie aröux... mavtiun Sedov Tiyur.
(3) Ibid., LV, A.
(4) Hymn. Hom, XXVI, 73 Eur. Ion., 1074.
(9) Aristoph. Eg., 1237 sq. :
exis apyaiaisiv “ADF vas
xxl Gasuzstais Kal nodvipvors.
‘6j Pind, Nem., II, 4.
BCH. XLVIN (1924).
Page 20
View in PDF(opens in a new window)prédicatif (« rempli de chants », buvors Öeôovnpévn) (1), ou bien
s’il faut voir là plutôt une simple épithète, comme on dit :
ai, aoiôtuot Alvar.
|
Certains milieux religieux ont une prédilection pour certains
mots bien déterminés. Il y a des mots dionysiaques et orphiques,
comme il y ades mots chrétiens et bibliques. ‘Yuvoéoüns pourrait bien appartenir à ce vocabulaire spécial. On trouve xtss66puoy dans les Hymnes orphiques (2), et ce que dit Aristophane
à propos d'lakchos :
ROAUXAETTOV BEY TAG
TU Y
Tepl xpath om Sovovta
crépavoy puotwy (3),
n'est en somme que la périphrase d’une épithèle telle que
uuptobaueg OU xuoTobEUnc.
Les vers 21-23 ont trait à l'épiphanie (gaivey, vs. 22) de
Dionysos à Delphes, et à l'institution des fêtes triétériques que
les Thyiades célébraient sur le Parnasse (4).
Un nouveau fragment de la pierre (5) a permis à Weil
d'établir la leçon du vers 21 de la façon suivante :
autos 6 agtecdey [0]épas
>
4
+,
>
LA
Lo
’
caivey.
Cette lecon avait d’ailleurs déjà été retrouvée, par conjecture, par M. de Wilamowitz. A propos d’ actepéev, Fairbanks
cite le chœur de l Antigone dans lequel Dionysos est appelé le
(1) Cf. Eur. Hel., 1436 : xäoav Cè ypr, yalav fodobar paxagiats Guvepdiats.
(2) Hymn. Orph., XXX, 4. Cf. Eubul., fr. 56, 6 (Meineke, FCG, III, p. 231):
wast Kipa Bovovucay.
(3) Aristoph. Ran., 328-330.
(4) Sur le Parnasse, mais non pas sur ses sommets, comme le semble dire
Nilsson (Griech. Feste, p. 284 : « Der Platz der Feier waren die Gipfel des
Parnass »). Tous ceux qui ont fait l'ascension du Parnasse me donneront raison.
Une expression poétique telle que celle d’Euripide : tav Baxgeúousav Atovicw
Haovéarov xopupäv (Eur. Iph. Taur., 1243) ne doit pas être entendue à la lettre
du sommet le plus élevé du Parnasse.
(5) BCH, XXI, 1897, p. 511. Ce fragment n'a pas été joint aux autres au musée de
Delphes. Mes estampages ne donnent pas plus que la copie du Bulletin de 1895.
Page 21
View in PDF(opens in a new window)« conducteur des astres
(4).
Je
445
préférerais citer Diodore, I, 14 : Evpodxos piv Ev vois Baxytxols Erect onary :
astoocar Arovucoy Ev axctlvero, nUGWTÓV.
~
hd
>
L’épithéte aoceodev se rapporte à l’apparence radieuse (2) du
dieu. Le corps de Dionysos brille comme le soleil. Son vétement est souvent parsemé d’étoiles (3).
Vs. 22 : Achyton su xdoats, avec les Thyiades. Cf. Eur. Ion.,
vs. 714 et suiv. :
to Getcaoes Mapvasou nétous
Érousat œxémehoy oupavioyv 0 pav,
tva Baxyros auginuoous avé ywy meuxac
haubroù TNO vuxriméhors Gus shy. Baxyors.
w
[4
u
»
,
r
’
A
+
er”
3
Eur. Hyps., fr. 752 Nauck :
Atévuous, Ös Auacoısı xa vebadvy dopaic
xahanzds ev mevxator [apvacoy xara
THO yoosvwy naoBévors suv AcArviony.
Eur. fon., 551 sq. : :
og pe Aehololv xopars
er
hd
,
>
x
~
pm)
„nu
LS
5
r
r
J
’
— ehiassuc’ À roc 740 avoas; — Marvaciy ye Baxy tou.
(1) Soph. Anlig., 1147 : yopxy’ dstpwv.
(2) Cf. Philostr. Imag., 1, 14, 2 ; 6 8 A:dvuges tie iv pytpds éxOowsxe:... ofov
atte vis Zrastpairetov;, Hom. Il., XVIII, 369 sq. : "Hpaiotou... 6duov... dotepdevtz;
Schol. B : zavegdevtx tov hauroôv, ody! tov datzepaddy, (cf. Schol. D Il., XVI, 134);
Hymn. Hom., 1, 440 sqq. :
.
"ATGAAwY
aotépt elöonevos uéew Apart * tod ©’ Aro moAAat
onwwapides nwtdvto, géhas 6 eig odpavov Txev.
Hom. 11., IV, 75 sqq. :
EN
olov 6 aogtéca fre Kpóvou matc 2ynuAOpAtEw...
To etnul’ Tiev ani 700va Mad 'AOr vr.
Aristoph. Ran.. 344 sq. : "lauy’, @ “Iaxye, vuxtépou zekerde zwopópos octo;
Av., 1109 sq. :
Tpocéoyeta, Yao 0:05 OÙTE Tauwañc
aatho idelv Éhœude yousauyet Spdpw.
(3) Voir plus bas au v. 137 sq.
Page 22
View in PDF(opens in a new window)Aristoph. Nub., 603-606
:
Iaovassiav 0 65 xatéywr
TETORY TUV TEURALS Te kaye:
4a
~
=
am
.
Baxyats
Asdotow
éutoiroy
‘eo
a
‘
‘
xwpasTns Arövucos (1).
STROPHE 111.
[Otvobalkès SE yetoi nai
ov Ölénlas evbéors [oùv olo)30
spots Epohes puyous ['Ehe]uaives av [devbepw jers *
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@E[as ©’ 6ofuov |AkAunov :]
IE Has x.
[2
. €.
Dans la II* strophe, le poète avait fait venir Dionysos de
Thèbes à Delphes. I] commence maintenant la relation des pérégrinations que le dieu entreprend à travers l’Hellade pour y
propager son culte. Ge récit était un moreeau obligatoire pour
qui voulait parler de la jeunesse de Dionysos; mais il était
permis à chaque poète de le faire à sa manière. Dans les
Bacchantes, pièce écrite en Macédoine parmi les adorateurs
encore à demi barbares du dieu, Euripide lui fait parcourir la
Lydie, la Phrygie, la Perse, la Bactriane, la Médie, l’Arabie,
(4) Apollon aussi avait ses suivantes parmi les filles de Delphes. Les poétes les
désignent par les m@mes termes. Cf. Pind. Paean. in Delph., 16: 768; Aatotéav
Oxpiwx AsApüv xdpa:... PeEATGUE vat... Paean. in Abder., 98 : duzt te Ilzovasalaı
métpars Opnhats api Acdvdy EAuwn:ôes istauevar yopév; Hymn. delph. in Apoll. :
@olGov... 65 avi S:xdovuba Ilxevaccises TÄcde rétous Edpav ip’ dyaudvrais Achoiaiv
Kagtaklôns edúôgou vipat’ ér'vissetat.
Page 23
View in PDF(opens in a new window)les côtes de l’Asie Mineure (1). Il le ramène ensuiteà Thèbes,
avant de lui faire visiter tout autre cité grecque du continent /2). Dans la Bibliothèque d’Apollodore (3), Dionysos se
rend de Thèbes en Egypte; peut-être le mythographe avait-il
pris pour guide un poète alexandrin. Le jeune dieu visite
ensuite la Syrie, la Phrygie, la Thrace, Thèbes, Argos et
Naxos. Il descend aux enfers pour en ramener sa mère, et
monte au ciel avec elle. Un grand nombre des sanctuaires de
Dionysos avaient la prétention d’avoir été fondés par le dieu
lui-même, pendant le cours de sa vie terrestre. Les endroits où
l'on adorait Dionysos étaient même si nombreux que les poètes
étaient tous réduits à faire un choix. Chacun ne nommait que
les villes et les temples qui lui tenaient le plus à cœur, ou dont
la mention était le mieux appropriée aux circonstances sous
lesquelles lon écrivait. L'ordre aussi selon lequel les différentes localités étaient placées pouvait varier d'après les besoins
et les préférences de chacun. Philodamos ne pouvait guère
faire autrement que d'accorder à Delphes la première place. Il
est du reste possible qu'il ait suivi, sur ce point, une tradition
locale.
Mais, après cela, il était sûrement libre de mener Dionysos
où il voulait. Pourquoi, alors, l’a-t-ıl conduit d’abord à Éleusis
?
C'est apparemment parce qu'il tenait à accentuer les rapports
qui existaient entre les mystères de cette ville et le culte de
Dionysos. Nous allons tâcher de pénétrer plus avant sa pensée,
et de mieux comprendre ses intentions.
« Parmi les divinités des Mystères, » écrit M. Paul Foucart (4), « il faut compter Dionysos,
quoiquen général les
modernes qui se sont occupés de la mythologie grecque
n'aient pas reconnu la place qu’il tenait dans la religion
d’Eleusis. » C'est absolument juste (5). «Il est surprenant », dit(1) Eur. Bacch., 13-19.
(2) lbid., 20 : eis tivôe Tpatov 1,A00v EXAvuy réa.
13) Apoil., Bibl., IMI, § 33-38.
(4) Foucart, Les Mystères d’Eleusis, p. 106.
(3) Du moius pour l'époque qui nous intéresse seule ici. Dans l'hymne homé-
Page 24
View in PDF(opens in a new window)il encore (4), « de ne rencontrer aucune mention de Dionysos
dans le cours de l'initiation. Les auteurs et les inscriptions
s'accordent à dire que les mystes étaient consacrés à Demeter
età Core. Mais cette absence est plus apparente que réelle.
Déjà pour les Petits Mystères, un texte formel (2) atteste que.
les aventures du dieu étaient mises en action dans le spectacle
auquel assistaient les néophytes. Quant à l'initiation des Grands
Mystères, si le premier degré
appartenait exclusivement à
Déméter et Coré, je crois pouvoir démontrer... que le second
degré était réservé à Dionysos et que son histoire était le sujet
des cérémonies de l'époptie ». M. Foucart a en effet rendu
probable, dans la troisième partie de son magistral ouvrage,
que la religion de Dionysos occupait (ou avait fini par occuper)
une place éminente dans l'initiation des époptes (3).
Cependant, parler uniquement de Dionysos à propos des
mystères d’Eleusis, comme l'a fait l'auteur de l'hymne delphique, sans dire un mot des deux déesses auxquelles revenait
sans contredit la place d'honneur, c'était aller à l’encontre de
ce qu'on racontait à Athènes (4) et à Éleusis même, c'était reléguer, en quelque sorte, la Déméter attique au second rang, et
revendiquer Éleusis et les mystères pour Dionysos. La même
tendance s’observe dans le 40° hymne orphique, qui est écrit
rique à Demeter, il n'est pas encore question de Dionysos. Cf. Soph. Artig.,
1119 sqq. : mébers Où Tayxolvots 'Eheusuvias Anoûs Ev wóknois, & Baxyeö.
(1) Foucart, Ouvr. cite, p. 109.
(2) Steph. Byz., : "Aypa xai “Ayout © ywplov mpd wis móhews, ev D Ti winok
pustroix emscterettat ulurua tay repli tov Audvugov.
(3) La manière de voir de M. Foucart sur ce point n’est pas universellement
partagée; cf. Deubner, Arch. f. Rel. Wiss., XX (1920), p. 160. Ridgeway (The
dramas and dramatic dances, p. 36) exagére en disant : « The cults of Zeus,
Tacchus, Zagreus and Dionysus were not indigenous at Eleusis, but were later
additions..., all being introduced posterior to 350 B. C. » Mais il se peut fort bien
que le culte de Dionysos ait pris plus d'importance à Eleusis a partir de
l'avènement d'Alexandre.
(4) Isocrate, dans son Panégyrique, écrit en 380, attribue la fondation des
mystères d'Éleusis à Demeter seule : AAuntoc: yip âptuouévns eis thy fhpav… zat
Öovens Öwpeis Sittag, almen pévigtar tuyyavoucty OGA, TOU TE KaPTOUS, OF TOD pr,
Bmorwids Civ tds alto: veyrdvası, xxi Thv Teherhv, To petacydvees mepi te TAG TOU Blou
veheut
zal TOO sUpmavtos aldivos fôloug tag ÉAR(ORS Efouow.
Page 25
View in PDF(opens in a new window)en l'honneur de Anpñino ’Ekeustvix, mais dans lequel on ne
rencontre pas Ja moindre allusion aux mystères.
Les anciens disaient qu'il y avait plusieurs Dionysos, et ils
avaient raison; j’entends que le cuite de Dionysos n'était pas
connu et pratiqué partout de la même manière. Or, quel est
l'aspect du dieu que Philodamos a voulu comme souligner et
mettre en lumière? I! nous le présente non pas comme le dieu
du vin, ainsi que les Grecs faisaient d'habitude, mais comme
le dieu des mystères et des croyances orphiques (4). Il l’identifie nommément avec Jakchos, qui était en Attique le génie
conducteur du cortége des mystes (2). Cette identification date
au moins du v° siècle; mais elle n’était pas généralement
acceptée (3).
Vs. 28. Weil a restitué oféx]as, quoique non sans hésitation. On sait combien sont fréquentes dans l'art grec les
représentations de Dionysos avec le canthare, la corne à boire
ou le scyphos à la main
A.övusov
Ödoxeo, Deluzeon yeıp! zunehhopbonv (4).
Deux objections, pourtant, se présentent. Peut-on dire : vero!
ra wy Géras? On ne brandit pas un vase à boire. D'autre part,
le poète a-t-il pu vouloir nous montrer Dionysos fondant les
mystères d’Eleusis, une coupe de vin à la main? C'est assez
peu probable. Weil avait songé, un instant, à restituer òfép las,
mot par lequel le poète aurait désigné la nébride (5). Fairbanks a même déclaré préférer Géons à Gémac. Aéoos, cependant,
n'est guère meilleur. Dionysos est vêtu de la nébride, mais il ne
l’agite pas de la main. lakchos ne porte même pas du tout la
(1) Foucart, ouvr. cite, p. 430 : « La doctrine des Orphiques et celle d'Éleusis,
Comme l'ont constaté les anciens, présentaient une grande ressembiance, résultant de leur commune origine ». Cf. p. 252 et suiv.
(2) Strab., X, 3, 10 : “laxydv ze val Tov Avdvusov xxhoDst eal tov Gpyrvétrs tm”?
uystnpioy Ts AÂUTTROS Zaiuova.
13) Foucart, Ouvr. cité, p. 112.
‘4) Procl. ‘v. Abel, Orphic., p. 276 ; Dorvillius ad Chariton., p. 385).
(3; Eur. Bacch.. 835 : veGo0G avintùv Séoxg.
Page 26
View in PDF(opens in a new window)nébride (4). Les seuls objets que Dionysos brandit en mainte
occasion sont le thyrse (2) et le flambeau (3). Or, s’il n’existe
pas de substantif en -as de cinq caractères qui signifie « thyrse »,
il y en a un par contre, qui sert & désigner le flambeau chez les
poètes : c'est le mot seras (4). Weil y avait pensé, mais pour y
renoncer aussitôt; car, dit-il, « la première lettre est très certainement un A ». Mes estampages me font douter de la justesse
de cette assertion. Ils ne me donnent pas A, mais Z, ce qui
peut être la partie inférieure d'un ©. Car dans notre texte, le
trait inférieur du X, bien qu'il soit le plus souvent netlement
oblique, est cependant quelquefois horizontal (5). Le flambeau
est un des attributs les plus communs de Dionysos dans la littérature. Sur les monuments, le dieu lui-même ne porte qu’exceptionnellement le flambeau à la main (6); mais lakchos,
avec lequel le poète l'identifie, était, semble-t-il, habituellement représenté avec cet attribut (7). On comprend assez pourquot : la procession des mystes conduite par Iakchos entrait
dans Eleusis à la lueur des torches (8), temoin le passage bien
connu de |’Jon
(1) Pringsheim, Arch. Beitr. zur Gesch. des eleusin. Kults, diss. de Bonn,
4905, p. 89, 5 : « Die Nebris wäre für lakchos ganz singular ».
(2) Cf. Eur. Bacch., 80 : avz Biosov te tiwacocwy; 308 : náAAovra val oelovra BaxAEtov nAddov: 555 sq. : mÓhe, /puowré, tivaccwy, Ava, Búosov; Fragm. trag. adesp.,
406 : tls xxAAlezprov Bupsov dvaaeis: Beöv; Hymn. Orph., LIL, 4 : dupsoriwvaxrı.
(3) Aristoph. Ran., 340 : Aapnadas iv yepet Tıvdoswv.
(4) Hom. Hyma. in Cer., 52 : “Eaatr, céhag Ev Yelpescıv Eyouca; Apoll. Rhod.
Argon., IV, 808 : séhas yeioeasr, avésyov; Anth. Pal., IX, 46,6 : “Aptepis... dpyevvóv owordoos 7, oektwv; Paus. 1, 34,4: ’Aprép:60ç Lekacpdpou Bwpol; Opp. Cyneg.,
IV, 304 sq. : io, péxao © Atdvuce, Xxte célaç vAoyeodv natpdiov; cf. Eur. Bacch.,
594 : irre Kepaúviov alhona Aaundôae.
(5) Voir le £ dans xahAïrats (vs. 1, ligne 5 du texte épigraphique), et, dans la
1. 4 du décret en l'honneur de Philodamos, le = qui précède le mot 45ehwats.
(6} Voir Lenormant, art. Bacchus, dans le Dict. des Antiq., 1, p. 264; Rizzo,
“ Rôm. Mitth., XXV, 1918, p. 428,5; Vallois, BCH, XLV, 1921, p. 256.
{7) Paus., 1,2, 4 : vads Eart Afpntpos, aytApate 62 adey, te wat T, nals nal Cäie
Exwv “Jaxyos: Liban. Declamat., X11, 28 (ed. Foerster, vol. V, p. 550) : toy guosixdv fedv Baxyevovta wal dadouyotvta xai tis EE avaxtdsou Aapınddas alwpoüvra.
Pringsheim, Ouvr. cité, p. 67 sq., 78 sq.; Svoronos, “Ey. à&py., 1911, p. 39 sq.
(8) Foucart, Ouvr. cité, p. 338 sq.
Page 27
View in PDF(opens in a new window)Sites LOOT"
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et le chant des mystes dans les Grenowilles (2), pour lequel
Aristophane s'est inspiré de la danse aux flambeaux autour de
la fontaine Kallichoros :
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Si Pon admet 3/4/25, on restituera de préférence au vs. 27:
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[vuxsie ]xés. Le mot se trouve dans Parménide (4), dans les
Hymnes orphigues (3), et dans Nonnos (6). Weil Lit : [o!voßa]Ags
et met en note : « AEX ou AEX. Les copies different ». L'estampage donne clairement AEX.
Vs. 30 : av’ [avdeuw]ôers. Weil a comparé Aristoph., Ran.,
449 : Jwp@gev is TOAUCEOGOUS herumvas avhepwders. Peut-être pourrait-on voir dans |avfegw]òe:s, supposé que la restitution soit
correcte, une allusion au mythe de I’ « anthologie » de Koré (7).
D’aprés la tradition locale (8), que Von retrouve chez les Orphi(1) Eur. /on., 1075 sqq.
(2) Aristoph. Rar., 325 sqq.
(3) Cf. Soph. Oed. Col., 1048 sqq. : Azurds:v aurals, oF Ilorvızı geuva Tbr voörra:
zen, Bvarolaıv; Stat. Silv., IV, 8, 50 sq.
(4) Plut. Mor.,p. 1116, A.
(5) Hymn. Orph., LIV, 10 : Sosa vuxtioat.
{6) Nonn. Dion., XLIV, 218 : vuxtigaès Aidvuse; 219 : vont gains A:6vugos.
(1) Hom. Hymn. in Cer.. 6 sqq.; Orph. Argon.. 1191.
(8) Paus., 1, 38, 5. Cette tradition remonte au moins jusqu’au ve siècle. Voir le
skyphos publié par Hartwig, 4. M., XXI, 1896, p.
Arch. f. Rel. Wiss., XIE, 1909, p. 435.
377 sqq., pl. XII; Malten»
Page 28
View in PDF(opens in a new window)ques (1), le rapt de Koré avait eu lieu près d'Eleusis même.
Vs. 32-35. Voici comment Weil semble avoir compris ces
vers : « où le peuple de l’Hellade tout entier, affectueusement
groupé autour des époptes attiques des mystères sacrés, te
salue du nom d’Iakchos ». C'est du moins ce qui me paraît
ressortir de sa note : « ®thtov. Les autres Grecs se faisaient
présenter par un myste athénien aux Kérykes ou aux Eumolpides, familles sacerdotales dont les membres avaient seuls le
droit d’initier aux mystères d'Éleusis. Introduits ainsi dans la
famille éleusinienne, ces étrangers avaient des relations affectueuses avec les autres iniliés ». Compris de la sorte, le mot
piktov est extrêmement gênant dans la construction de la phrase.
Aussi M. Foucart, tout en se rangeant pour le reste à l’interprétation de Weil, l’a-t-il rapporté, non à 24vos, mais à “laxyov.
M. Foucart traduit: « Là, le peuple entier de la Grèce se joint
aux habitants de cette terre pour te célébrer sous le nom d’Iakchos, cher aux époptes des saintes orgies » (2). La construction
devient assurément moins dure. Seulement, il reste une
autre objection à faire à la fois à Weil et à M. Foucart. Si l’on
comprend le mot evyaézars comme ils le font, le poète semblera
vouloir accorder une sorte de préséance aux mystes attiques.
I] faut bien remarquer, à ce propos, que le texte a porté :
afl ejvvaeıaıs, « autour des évvæitar », et non pas, par exemple,
gùv évvaëtats. Les époptes athéniens constitueraient ainsi le
noyau de l’assemblée, autour duquel il serait permis aux mystes d'autre nationalité de venir se grouper. L'objection deviendrait encore plus forte, si l’on remplacait oA:ev par un adjectif
au datif pluriel, tel que giko ou Eévors, restitutions qui se sont
un moment présentées à l’esprit de Weil. Or, nous savons que
dès la seconde moitié du v® siècle, les Hellénes étaient admis
4) Hymn. Orph.. XVI, 19 sqq. :
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cité, p- 451,
2) Foucart, ounr.
Page 29
View in PDF(opens in a new window)aux mystères d'Éleusis, sans distinction de nationalité. Seuls,
les meurtriers et les barbares étaient exclus de l'initiation (4).
Il est vrai que les autres Grecs avaient à se faire initier par un
citoyen attique. Au milieu du v* siècle, le droit d'initier quelqu'un aux mystères d’Bleusis était réservé aux Kérykes et aux
Eumolpides (2), et il est au moins douteux que cette règle ait
été abandonnée au 1v° siècle (3). Il faudrait donc entendre par
les mots : ivvaérots ènónzats oeyiov dciwy (ou, si l'on suit M. Foucart, par le mot êvvaérars seul) les prêtres, et les mystagogues
attiques des initiés étrangers. Les Athéniens ont évidemment
désiré garder le droit séculier qu’ils avaient d'initier les étrangers aux mystères attiques. Les autres Grecs, au contraire,
ont dû chercher à faire considérer de plus en plus les mystères
comme panhelléniques, avec égalité de droits pour tous ceux
qui y prenaient part. Par conséquent, si l'hymne avait été
composé par un Athénien, et d’un point de vue attique, je ne
m'étonnerais pas fort d’y voir réserver la place d'honneur aux
mystes d’Athénes. Mais est-il vraisemblable qu’à l’époque
d'Alexandre, un poète delphique eût cherché à mettre en
évidence, d'une façon aussi marquée, le privilège des Athéniens
en tant que mystagogues ?
(1) Aristoph. Ran., 354 sq. :
edonpety yon wablstacdar vois fiuetéoorst yepotety,
darıs reroos vor vie Adywy À veounv un xabapeder.
Cf. Liban. Declam., XIII, 19 (ed. Foerster, vol. VI, p. 20) : o3ro: yo Td +’ AM
xaBapois siva: toïs gúataig Ev word nooayooedousiv, ofov tis yeloas, thy busy, Thy
puviy “EAtvas evar … 52 (ibid., p. 40) : Boris tag gelas ph xxOaods ... Satis "EARÉvov guviis abdvetoq; Isocr. Paneg., 8 157 : Eòuoknriôx: dt val Kfounes Ev TT, TEhETA
TOY uugTrpiuv 01k TÒ TOUTWY (sc. THY Mepsiy) pisos xal Tos EAnots Baobsoors elpyzoOa:
Tv tepdv, Ganep Toïs Avôposôvo:s, rpoayopssouc:s. Cf. Willems, Aristophane, t. II,
p- 111 et suiv.
Si le texte de Zonaras (VIII, 19, 7) qui dit que, peu de temps après 228, les
Romains furent admis à se faire initier aux mystères d’Eleusis (cf. Holleaux,
Rome, la Grece et les monarchies hellenistiques, p. 146 sqq.), renferme quelque
vérité, cela voudrait dire que, à partir de la date que je viens de nommer, les
Eumolpides et les Kérykes cessèrent de ranger les Romains parmi les nations
barbares.
(2) Dittenberger, Syll3., 42, 144 : uuiv 6’ elvar cols Sat Kegdxwy xai ESpoanaay:
(3) Schoemann-Lipsius, Griech. Alt. (1902), IJ, p. 391 sq. On trouvera une autre
manière de voir dans le Dictionnaire des Antiquités, IL, p. 556.
Page 30
View in PDF(opens in a new window)Non, si l’on persiste A entendre êvvaézais dans le sens de :
indigenis, on serait plutôt tenté, je pense, de s’inspirer du vers
d’ Apollonius de Rhodes :
où ágov Ooyua zetva
Gatuaves evvaéra. (1),
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et de chercher une autre restitution que én[éxt]o.s, de manière
à faire dire au poète : les mystes de l’Hellade entière viennent se réunir à Eleusis autour des divinités locales qui ont
institué les mystères et y président d’année en année. Seulement, dans cet ordre d'idées encore, on se heurte à une difficulté
insurmontable. 'Evvaézars, en effet, est un masculin, Eleusis est
le domaine des deux déesses.
Cependant, et c'est ici que nous commençons à entrevoir la
solution du problème posé, nous ne sommes pas astreints à
considérer évyxétats comme le datif pluriel de év-vaérns, indigène.
On peut tout aussi bien dériver la forme évvaetats de évva-efs,
qui a neuf ans. Les adjectifs en -ezús se déclinent, parfois, dans
les textes de l’époque romaine, avec les terminaisons de la
première déclinaison. On trouve des exemples de cette anomalie dans Josèphe, dans Dion Chrysostome et dans Philostrate (2). Elle doit même être notablement plus ancienne. puisque Hérodien l’attribue aux Attiques (3). Il y en a un exemple
dans une des épigrammes de Méléagre (4), et peut-être deux
autres dans celles de Callimaque (3) et d’Antipatros (6). Une
inscription de Telmessos, qui date de lan 240 avant notre ère,
porte : Bouy sotfér|nv (7). Fairbanks, déjà, s'est engagé dans la
voie que j'indique, sans d’ailleurs discuter l’opinion de Weil.
(1) Apoll. Rhod. Argon., I, 920 sq.
(2) V. Kühner-Blass, Griech. Gramm., 1,1, p. 544, 7.
(3) Herodian. ed. Lentz, vol. il, p. 697 : of “AOnvato:... Ent thy mapa té Eros Gta
To a Toots: Thy altiatinny Tv nAnbuvrixdv olov ... à ENTRETTS, TOU ENTZETOUG, tods
ENTAETAS. THY Bt edbetav Tüv TATOvVVTLRDY Sk Th at StpOdyyou xorova.y ext ToUTuv
otov ... ol éxtaétar.
(4j Anth. Pal., Vil, 468, 2: éxtwxacdexétav.
(3; Call. Epigr., XIX; Anth. Pal., VII, 453, 4 : dudexécyy.
(6) Anth. Pal., VIE, 467, 2 : GwSezxéeny.
(7) BCH, XIV, 1890, p. 164; Dittenberger, OGIS, 55, 27.
Page 31
View in PDF(opens in a new window)En vérité, la note dans laquelle le savant américain a exposé
sa manière de voir est très brève et très obscure. Philodamos
aurait pensé, à tort, que les mystères d’Eleusis étaient régis
par un cycle ennéatérique, analogue, ou semblable à celui qu'on
observait dans les myslöres (sc) de Delphes. Je ne vois pas du
tout de quelle facon Fairbanks a compris le texte grec. Néanmoins, je crois fermement qu'il a deviné juste, quant au sens
à attribuer à Evvaerais.
On m'en demandera la preuve. Elle est dans le vers 29 de la
XX VI: idylle de Théocrite. Malheureusement, l'interprétation
de ce vers, que nombre de commentateurs ont avoué ne pas
comprendre, est hérissée de difficultés, et ces difficultés s’étendent à l’explication du poème tout entier. A quoi Théocrite
a-t-il pensé en écrivant, à qui s’adresse-t-il, et que veut-il bien
dire? Voilà un problème qu’on a vainement tenté de résoudre
Jusqu'ici. Je ne puis donc me borner à citer et à expliquer le
vers 29. Pour faire œuvre definitive, je dois aborder Vinter=
prétation générale du poème de Théocrite. Méme la question de
l'authenticité, qui est fortement contestée, ne peut être écartée,
parce qu'elle tient par trop de côtés aux autres difficultés que
j'ai signalées. On ne m’en voudra donc pas, je l'espère, d’intercaler ici un commentaire et des développements qu'il serait
facheux pour le lecteur de devoir chercher ailleurs.
Tutocrive XXVI.
Voici le texte d'après l'édition des Bucoliques grecs de
M. von Wilamowitz (1):
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(1) Bucol. graeci, ed.
Wilamowitz, Oxford, 1905, p. 141 sq. Cf. Wilamowitz,
Tertgesch. der griech. Bukol. (1906), p. 209 sqq.
Page 32
View in PDF(opens in a new window)x3TÔV ze Cwovra xual arwodehov Toy URED Yas
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Page 33
View in PDF(opens in a new window)Commentaire.
Azvar. Le mot est ionien (A), arcadien (2), el hellenistique. Il
n’appartient pas au vocabulaire des poètes attiques.
Vs. 1. Le poète avait dans la tête le vers bien connu d’Hesiode :
"Ivo vat Sepékny zal “Ayauny xakAtndonov
Aùztovónv 6’. (3).
ow
x
~
~
+
>
+
‘
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Ayaun on, Toten 0
v 19% évòs uev Autovdn, TOU OeuTépou
J
5
,
Òë& Budsous TRES YUVALKELWY YOPUY,
LY
er
Oa
Ma)ondoavos, qui a les joues blanches (4) : éolisme. Hérodien (5) atteste que la forme napave (= att. nagetx) est éolienne.
Théocrite s’en est servi dans un de ses poèmes écrits en dialecte éolien (/d., XXX, 5).
Vs. 2. Dans ce vers, le poète s’est souvenu des Bacchantes
d’Euripide, vs. 680 sqq. :
"ie
!
men
had
an
x
-
~
Ivo yooou.
L'expression Miasov aye eis boos se lit dans la même pièce,
vs. 115 sq. :
Boôpos edT Av srr, Brdoous
+
Es 0905, ES 0006...
4
+
$,
Adtat, seules. Le vers signifie non pas, comme semble l'avoir
pensé M. Legrand : « elles conduisirent à la montagne trois
(1) Heracl., fry. 14; Anvatben frg. 15.
(2) Hesych. : Afvar” Bixyar. 'Apudôec.
(3) Hes. Theog., 976 sq.
.
(4) Hesych. : pardanapxvos Aeuxonépstos; Theocr. Epigr., 1, 5 : xepads Tpivos
oötos 6 gakós. Schol. AB Hom. Il., XXII, 68 : pebopaNiôes, blanches de visage,
mot éolien. Etymologiquement, uahordoauas pourrait signifier aussi : qui a des
joues semblables à des pommes »; mais ce serait ja une épithète ridicule pour
une héroïne, s’il fallait songer à la forme des pommes, et inconciliable avec
l'idéal grec de la beauté féminine, si nous devions penser à la couleur. Les
joues des enfants et des jeunes Amours ailés peuvent être comparées à des
pommes rouges (Theocr. Id., VII, 117; XXII, 8), mais non pas celles d'une belle
jeune femme.
(5) Herodian. ed. Lentz, Il, p. 563, 25 sq. : maoxta:... Aeyovarv oi Aioders.
Page 34
View in PDF(opens in a new window)thiases, étant elles-mêmes trois », mais : « elles conduisirent,
à elles trois, trois thiases à la montagne, étant seules entre
femmes ».
"Eotsat, participe féminin avec terminaison éolienne, comme
cela est de règle dans les poèmes doriens de Théocrite. De
même : £Aoïout (vs. 7), worse (vs. 12), Entoioa (vs. 14), éoûsaroar
(vs. 17), ékoïoo (vs. 20), wéporoat (vs. 26).
Vs. 3. A ai uév correspond, vs. 14, Ievheus dé. Il faut donc
mettre une virgule, et non un point, après le vs. 6, et, de
même, après le vs. 9.
| Aastas, hirsutae, densae. Fritzsche a observé avec raison que
Aasıos est un des mots favoris de Théocrite (1). Les mots dactas
Spuö; se lisent au même endroit du vers, dans une épigramme
de Théocrite (V, 5). On comparera aussi Callim., Hymn., HI,
192 : hactyow urs Souot; Apoll. Rhod., Argon., II, 1270 : xaototev em dpuds Angeuöveset.
“Aveta. L'adjectif dora se
rapporte grammaticalement à
púrka, mais, pour le sens, à ôpués. Les botanistes anciens distinguaient les évôpa &youx et les cévcox Auepa; il est intéressant
de voir là-dessus les développements de Théophraste (2), et de
Pline (3). La distinction était d’ailleurs courante; cf. Paus.,
IX, 24, 4 sq. : A Kvozwvn, en Béotie, se voit un &Asoç, fueon Dè
dpolws nävea dv zò Hass. Sevösa; non loin de là, il y a un endroit
d
6 mod eisıv. Au « chéne sauvage », on opposait la ueoé-
07
nommé: Kopseix, ond 6: avr® Ssévdowy Ahaus OÙUY AuéooY* roivor
ous (4) ou rueois. Cf. Theophr., Hist. Plant., TI, 8, 2 : ôovòs
8
& yévn — Tavrnv yhp péhusTa Suatpovor: zal Évioi ye edùs thy Lev
Tgegov xahoust, Tv 0’ Ayplav, où tH yhuxbent Tod xapnoù Grarpodyweg, ETE yhuxúvarós YEO TS SHYOU, tAUTHY 6 deypiay moLoüsıv.
Théocrite a écrit : &ysıov inv (XXII, 36) et : dyplausw ext
ayicoro. (XXIV, 91), entendez : « sur des copeaux provenant
d’un Sévôsov &yotoy ».
(1) Cf. Legrand, Ét. sur Théocr., p. 343.
(2) Theophr. Hist. Plant. MI, 2.
(3) Plin. Nat. Hist., XIII, 5.
(4) Hesych., s. v.
Page 35
View in PDF(opens in a new window)Vs. 4 : xissdv Gwovex, lierre vivant, c'est à dire : encore
vivant, fraichement cueilli, hederam vivam (1). Pour Fritzsche,
xıccöy Swovra équivalait au latin : hederam vivacem, « lierre
qui vil longtemps (2) ». M. Platt (3) a protesté avec raison
contre cette interprétation tout arbitraire, mais sans comprendre lui-même le texte. Il propose de changer la leçon,
pourtant si claire, des manuscrits en zisody &ë Swovra, ou xtoody
aeilwov ze. Ce sont des conjectures inutiles et improbables.
'AapòÒekov tay Urko yas. Ces mots n’ont pas été compris par
les commentateurs. Dans la vieille traduction latine, souvent
réimprimée, d’Eobanus Hessus, ils sont rendus par : terra
iacentem, « couché sur le sol », comme si le texte portait non
dép, mais Ext yas. Eobanus s'est sans doute imaginé que l’asphodèle est une plante rampante comme le lierre, à côté
duquel il est ici nommé dans le même vers (4). La traduction
de Kiessling : Aumi nascentem est pareillement fautive. La
plupart des savants semblent se ranger aujourd’hui à l'avis de
Brodaeus, d'après lequel l’auteur oppose l'asphodèle terrestre
à l'asphodèle qui croît sous terre, dans l’Hadès. La même
explication a été donnée indépendamment par Wuestemann.
Reiske et Fritzsche la citent dans leurs commentaires, sans la
combattre. Elle n’en est pas moins parfaitement inepte : tout
lecteur comprend, sans qu'on ait besoin de le lui dire expressément, que les filles de Kadmos ne vont pas cueillir aux
enfers les asphodèles dont elles veulent décorer les autels rustiques qu'elles élévent.
Il faut, pour résoudre le problème, commencer par bien
connaître le végétal dont il est ici question. L’asphodèle est
‘4) CR. Ov. Metam., IV, 300 sq. : vivo caespite; XIII, 891 : viva harundo; Hor.
Carm., 1, 19,13 : vivum caespitem; III, 8, 4 : caespite vivo.
(2) Cf. Sen. Oed., 455: vivaces hederas; Hor. Carm., 1, 36, 16 : vivax apium.
(3) Journ. of Philol., XXXIV, 1918, p. 148 sq.
(4) Une fois commises dans les éditions principales d'un auteur, les erreurs de
ce genre se perpétuent et se transmettent de génération en génération. Cf.
Lizzie B.
Marshall, L'horticullure antique ef le poème de Columelle, Thèse de
Paris, 1918, p. 68 : « .. le lierre à fa vie persistante et l'asphodèle qui croît près
de la terre ».
BCH, XLVIIE (1924).
Page 36
View in PDF(opens in a new window)une plante commune en Grèce, qui croît sur les terrains
incultes et infertiles. L’ &syoôe%s Aeruov qu Homère le premier
a placé dans la région des morts est, non pas une prairie
émaillée de fleurs, mais un terrain nu où il ne pousse que de
l’asphodèle. L'asphodèle est une liliacée qui atteint une hauteur d'une
ou même de deux coudées. Sa tige droite et ferme se
ramifie à son extrémité en plusieurs petites branches, qui se
terminent par de minces bouquets de fleurs. Les feuilles sont
couchées au ras du solet peu apparentes. La racine est longue
et volumineuse (1). Elle est entourée, vers son extrémité
inférieure, par un cercle de bulbes; on en compte jusqu'à
quatre-vingts par plante (2). Ges bulbes sont comestibles (3).
La population rurale utilise encore maintenant la substance
qu'ils contiennent. Elle ne s'en nourrit plus; mais il est
acquis que, dans l'antiquité, les bulbes servaient de nourriture
en temps de disette, et aux indigents. C'est par conséquent la
partie souterraine de la plante qui était considérée comme
la plus importante. Aussi les Grecs ont-ils parfois limité le
nom d’ äspòôstos à la racine et aux bulbes (4). Nous faisons de
même, en parlant de la carotte, du navet, dela betterave. Pour
qui tient compte de ce fait, les mots du texte <ov unto a; n'offrent plus de difficultés. Le poète a en vue la partie de l'asphodèle qui s'élève au dessus de la terre, par opposition à la
racine qui est cachée aux regards, mais à laquelle le nom
d'xsvédehos était souvent réservé exclusivement.
“Acodcedoy,
(1) Théophr. Hist. plunt., VII, 9, 4: roourxers nai Sadavaders ; Dioscor., 11, 199:
ÉTINRELS, GTPOYYUARL.
(2) C'est pourquoi l'asphodèle est appelé xoképilos sur un vase provenant de
Vitalie méridionale (Heydemann, Vasensamml., 2868).
(3) Cf. Hes. Op., 41; Suid. s.v. depódekos : 7 EISx xoxtopévyn pete sdxnwv
rhclarnv Gunaın eye.
(4) Pline (Nat. Hist., XXI, 109) affirme que Pythagore et Théophraste, et les
Grecs en général, appellent la racine, avec les bulbes, aoposedos (radicem vero,
id est bulbos, asphodelum), et la tige &vBéoixos. Cela n'est pas absolument exact.
Pline a généralisé un usage spécial de ces mots qui se rencontrait chez les Grecs
à côté d'autres. Cf. Schol. Theoer., 1,52, a, avec les passages cités par M. Wendel
dans son édition des scolies. V. aussi : Wendel, Ueberliefer. und Enisteh. der
Theokrit-Scholien, Gött. Abh., 1921, p. 130 sqq.
Page 37
View in PDF(opens in a new window)est-il besoin de le dire, est employé ici au sens collectif; la
traduction exacte de : aspddehov cov Urtp yas serait : « des tiges
d’asphodele ». On trouve la même locution dans un texte de
Théophraste : at 6: (sigs. etal) vovarwders, Hones at TV Kad
oy
za dyowaTeuy Kal EL TL Kahapddeg, val pdvar 67, avtat 7, padicd’
Sposa, Tots umeo vac (A).
Le poète, je crois l'avoir démontré, a employé une expression fort juste, qui était en méme temps une locution usitée.
Mais ne devons-nous pas lui reprocher de s étre servi d’un mot
trop exact, d'un terme de botanique? J'avoue que, sous ce
rapport, il n'est peut-être pas à l'abri de toute critique.
Remarquons cependant, à ce propos, que Théocrite, quoi qu’on
en dise, n’a pas échappé complètement à la manie des poètes
de son temps, celle de faire montre d'érudition (2). On rencontre dans son œuvre, à tout bout de champ, des noms de
fleurs, de fruits, d'herbes et d’arbustes, noms qui étaient d'un
usage peu courant en poésie. La v° idylle à elle seule contient
les noms des végétaux suivants : xumetoos (vs. 45), nréguv (v. 55),
vhaswy (vs. 56), épixac (vs. 64), xuvosbaros, avepwva (vs. 92),
axúhors, Ogopadtdes (vs. 94), aoxeviw (vs. 97), pupixas (vs. 104),
oxthras (vs. 121), xuxdquivoy (vs. 123), six (vs. 125), xutisov,
atrrihov (vs. 128), zopdpors. (vs. 129), peiretx (vs. 130), x:ooc
(vs. 131).
Le poète ne craint même pas de grouper par trois ou quatre
les noms de plantes qui lui tiennent à cœur :
IV, 25
aryimupos xa. 4V0Ca «ai evans mehiteux,
VII, 68
xv0Ÿa + aopodéhw ze noluyvduneo ze sehive,
V, 128
Ta uèv Eu. xuTicdy te zal atyuhov aives Édovte
fa
oy Lvov TATEOVTL HAL EV ZOPAOOUTL KEOVTAL.
(1) Theophr. Hist. Plant.,\, 6, 7. Cf. Nic. Ther., 534:
Hype: 6’ &szoôéhoto GravOéog aAAotE pilav,
Ehdote wal xavheïoy Gre otep ov Avdepixo:o.
Dioscor., IV, 177: xdwviz cue À Tola... pixody
Ones THE vis aloov7Tx...
dezoôëhe raparınsia..
(2) Cf. Wilamowitz, Goett. Nachr., 1894, p. 192-195.
Page 38
View in PDF(opens in a new window)Nous avons de même, dans l’idylle que nous commentons:
doves... xtooóy … aspòekav (vs. 3 sq.) (1). Le lecteur moderne
de Théocrite cherche tous ces noms dans son dictionnaire, qui,
bien souvent, ne lui apprend là dessus rien qui vaille. Les
philologues ont recours, pour déterminer leur sens exact, à
Théophraste, Dioscoride et Pline.
Les lecteurs anciens ne les comprenaient souvent pas plus
que nous, si bien que les scoliastes avaient dû se mettre en
peine pour subvenir a leur embarras. Pour ce faire, ils avaient
mis à contribution les écrits des botanistes et des herboristes
les plus renommés, ou du moins consulté quelque ouvrage
général dans lequel les résultats des recherches de ceux-ci se
trouvaient résumés.
L'on voit par ce qui reste de leurs notes qu'ils avaient réussi
à élucider plus d’un point obscur, encore qu'ils ne fussent pas
toujours unanimes (2). Bornons-nous ici à un seul exemple.
Théocrite s’est laissé aller jusqu’à prêter à sa petite magicienne
Simaitha des notions de botanique assez peu communes :
e
x
R
hd
LTROMAVES DUTOY ent! TAS
x
~
,
hd
HAL HWOAO! paLvovraı ay
>
7?
9»
r
=
Apxast, 7G)
A
™>
GO
+
ET TATA
vo
OPEX At Boat LTTTOL (3).
Cette plante était si peu connue qu’un des scoliastes, et pas
le premier venu, puisqu'il cite Aristote et Théophraste, en a
dit : ixnopavés ... GUTE ouróv gotty Or’ Ev 'Aoxadia Ywópevov. Un
autre scoliaste nous apprend cependant que l'irnopaavés était
décrit dans l’ouvrage du rhizotome Krateuas.
Vs. B : év xafasw Aetusv., « dans une prairie ouverte ».
Ovide, dans son récit de la mort de Penthée, s’est exprimé à
peu près dans les mêmes termes :
purus ab arboribus spectabilis undique campus (4).
(1) Cf. Legrand, Et. sur Théocr., p. 378, n. 1 : « D’une facon générale, rien n’est
plus fréquent chez Théocrite que la succession de trois groupes de mots ou de
trois développements parallèles ».
(2) Wendel, Ouvr. cilé, p. 130-136.
(3) Théocr. Id., 11, 48 sq.
(4) Ov. Metam., Ill, 709. Dans les Bacchantes (vs. 1048 et 1054 sq.), la scène du
meurtre de Penthée se passe dans un ravin ombragé d’arbres.
Page 39
View in PDF(opens in a new window)Kájov. Ona inféré de ce passage que les anciens construisaient parfois des autels uniquement 4 l'aide de branches et de
feuillages (1). C'est une erreur dans laquelle ont versé tous les
commentateurs de Théocrite, sauf Wuestemann. L'auteur dit
simplement : « après avoir rassemblé des feuilles et des
branches, elles construisirent des autels ». Avec quoi les construisent-elles? Avec des mottes de gazon, sans nul doute (2).
Les plantes qu’elles cueillent servent, non à construire, mais
à
décorer et à purifier les autels. La façon d'élever et d’orner les
_autels rustiques est décrite clairement dans Ovide :
statuitque aras e caespite binas...
has ubi verbenis silvaque incinxit agresti (3)..
La « silva agrestis » correspond aux &ypta wpúdia Gouös de
notre auteur. Le lierre et les asphodèles sont les « verbenae ».
On entendait par là des plantes qui étaient consacrées aux
-dieux, ou à certains d’entre eux. Or, le lierre était consacré à
Dionysos, comme chacun sait, et le chéne (4) aussi. L’asphodéle
appartenait à Pluton, que beaucoup, à exemple des Orphiques,
identifiaient avec Dionysos. Le méme procédé d’élever des
autels en plein champ se trouve mentionné dans Horace :
hic vivum mihi caespitem, hic
verbenas, pueri, ponite (5)..
(1) Dict. des Antiq., s.v. ara, p. 347.
(2) Cf. Verg. Aen., XII, 148 sq. : aras gramineas ; Ov. Melam., XV, 573 sq.:
viridique e caespite factas ... herbosas … aras; Trist., V, 5, $ : araque gramineo viridis de caespite fiat; Apul. Metam., VII, 10 : aramque cespite virenti
Marti deo faciunt.
(3) Ov. Metam., VII, 240 sqq.
(4) Cf. Eur. Bacch., 109 sq. : warabanyıoüsde Gpuds 7 Ehdtas nAdborer: 683 sqq. :
T‚udov 68 maeat sHpaciv TAPELMÉVEL,
ai pev mods Adr: vow £oelsasaı pibnv,
ai 8" Ev Gouds wünkorst...
Ibid., vs. 102 sq. :
exit 0° Fbevto xissivous
zTeoÂvug Opus TE.
Le chêne est également consacré à Cybèle; cf. Apoil. Rhod. Argon., 1, 1124.
(5) Hor. Carm., 1, 19, 13 sq.; IH, 8, 3 sq. : positusque carbo in caespite vivo.
Voir aussi les vers 8 et 43 de notre idylle. Les ustensiles dont on se servait dans
Page 40
View in PDF(opens in a new window)Vs. 6. Sémélé apparaît souvent associée à son fils dans le
culte (1). Le nombre trois, et surtout le nombre neuf, jouent
un rôle important dans la religion dionysiaque. On trouve
des jeûnes de neuf jours, des collèges de prêtres ou de prétresses de neuf personnes. Le neuvième jour du mois était le
jour de fête de l’association des lobakchoi à Athènes. Ausone
a dit:
|
ter bibe, vel totiens ternos; sic mystica lex est (2).
Vs. 7 : teoz. Le mot ‘so désigne entre autres choses les
€
gateaux de sacrifice (3). On ne saurait entendre rien autre
chose par les ieoù xexovayéva de notre texte, témoins les
vers bien connus des Syracusaines :
HA
ELOLT §
>
«
~
DA
r
,
osx YUVALKES ST. rAadavo
TOVEOYTAL
alex pioyorsaı eux ravsora parevow (4).
LA
Ld
«
~
~
=
’
C'est ce que le scoliaste de Lucien, parlant des Thesmophories,
appelle : tes& x oréatos vou sitou xatesxeuasuéva (5). On sait, par
d’autres témoignages, que les xisrat employées dans les mystères contenaient en premier lieu des gâteaux (6). Ilexovagéva
le culte secret de Bacchus étaient garnis de « verbenae » (Hor. Carm., I, 18, 12:
variis obsita frondibus).
(1) Cf. Eur. Baceh., 998 : êri sé, Baxyt’, Goytx patpos ve aäs; Phoen., 1755; Pind.,
frg- 15.
(2) V. Roscher, Abh. der süchs. Ges. der Wiss., XXIV, 1, p. 51 sq.
(3) Cf. Stengel, Opferbräuche der Griechen, p. 89, 4. De même égteed IG, III,
14, 24, et Eorepós Poil., VI, 76.
.
(4) Theocr., Id., XV, 115 sq. Le mot ävdex a été expliqué de différentes manières.
Voici ce qu'en dit le scoliaste : và 62 dwdea ta énimicuata thy Äprwv ’ Aéyor 6’ dv
tx cfsxua. Pour les modernes, #v6sa désignerait le suc de certaines fleurs, ou le
miel. Cette dernière supposition est impossible, parce que le miel est nommé
avec son nom propre dans le vers suivant. A mon sens, ävbex a ici, comme dans
beaucoup d'autres passages, le sens de couleurs (p. e. Plat., de republ., p. 557, ce:
tpatiov.. nice Sec. nevorz:Apevov; cf. les mots avO(Ew et avOivds). Je comparerais
surtout Sappho frg. 20 : navtodanats ueperymévx ypotataw, et Orph. frg. 142 Kern,
vs. 30 :
ovéé [re rauTrav]
[yhoxos] Aredavoto piyuovaer dvOer Acuxd.
On notera l'opposition entre les mots du texte dvbea et Acvxe.
(5) Schol. in Luc., ed. Rabe, p. 276, 16.
(6) Cf. Clem. Alex. Protr., II, 22: ofa: 8è nai at nigtar at puotinal > Get yap
Page 41
View in PDF(opens in a new window)a été changé par Wordsworth, et, après lui, par plusieurs
éditeurs, en roraveöuara. C'est qu’ils ne connaissaient pas le
sens spécial que fes a ici.
Herovauéva est ce qu'on appelle un hyperdorisme pour rerovnpeva. Théocrite a : xenovapévos (XIII, 44) et erövacav (XV, 80).
Vs. 8 : veoögenzwv. Le mot a contribué à faire croire que les
autels nommés au vers 5 consistaient uniquement en feuillage.
Aoérety, qui signifie arracher, cueillir, moissonner, pourrait
difficilement, dirions-nous, avoir pour complément direct un
substantif désignant des mottes de gazon. Hartung a conjecturé :
vcoszérrwy. Dans le même ordre d’idees, on approcherait peutêtre davantage de la lecon des manuscrits en corrigeant :
venpétrtwy (ou même vewpérrwv), de épéweuv, couronner. Mais,
en définitive, le texte se peut défendre, tel qu'il nous a été
transmis par les copistes. Les autels, quand on y a mis la dernière main, consistent en gazon ef en feuillage : l’adjectif
veooaerzov s'applique au feuillage. et, par extension, aux autels
tout entiers. C'est une sorte de zeugma dont les auteurs grecs
offrent de multiples exemples.
Vs. 9: 65... ds. M. Maass (4) écrit Os... Os. La correction n'est
ni nécessaire ni probable. On trouve l’anaphore de la particule
os dans Callimaque :
x
rn
os 0€ Minave, prov, ws Keil Evs TARYYOY (2)..
comme on rencontre celle de wt et de velut dans les poètes
latins (3). On a souvent remarqué que Théocrite a une prédilection marquée pour l'emploi de l’anaphore, même 1a où elle
ne semble pas avoir de raison (4).
aroyuuvasaı tk ya aùrüv al Te Geontx ekermety. où sHozpat Tata wal nupapides
wal vohóna: wal nónava moAvdpoadz..; Foucart, Les myslères d'Éleusis, p. 384. U
en était de même dans le culte de Déméter Thesmophoros, Cf.
Thesm., 284 sq. :
thy zigenv zabihe, nat èEÉhe
RÓT2vOv, Btw, Aabolen Oje Toi, Beoïv.
Aristophan.
(1; Maass, Herm., XXVI, 1891, p. 184.
(2) Call. Yymn., VE, 91.
(3) CF. Ovid. Ibis, 470-475; Ex Ponto, 1, 1, 69-12; Metam., VII, 286,
(4) Legrand, Et. sur Théocr., p. 311 sqq.
Page 42
View in PDF(opens in a new window)W. VOLLGRAFF
Aùzós, leur maître.
"Efupdoer. Le verbe Aupapeiv, se plaire à, dérivé de l'adjectif
Buuaoñs, agréable, ne se lit qu'ici. On trouve, dans Théocrite,
un assez grand nombre de ces âna5 Asyöueva (4).
L’auteur, on le voit, a fait des filles de Kadmos des suivantes
fidèles du nouveau dieu. Il est en désaccord, en cela, avec
Euripide, d’aprés qui les trois femmes avaient été punies par
Dionysos & cause de leur manque de foi en sa nature divine (2).
On voit au vs. 33 que le poéte veut associer Ino, Autonoé et
Agavé au culte de Sémélé et de Dionysos. Ce n’est donc pas
par ignorance ou par mégarde, mais sciemment et de propos
délibéré, qu'il s'est écarté ici de la version courante de la
légende.
Vs. AA : oyivos. Le lentisque pousse en effet parfois sur les
rochers escarpés (3).
Dans les Bacchantes (4), et dans les Dionysiagues de Nonnos (5), Penthée ne se cache pas dans un buisson, mais se
perche au haut d’un sapin. M. von Wilamowitz (6) a dit
avec raison que la version de notre idylle fait l'effet d’être
plus primitive, et par conséquent plus ancienne, que celle
d’Euripide.
Le mot sy'vos se lit dans Théocrite, /d., V, vs. 129.
Ertyogrov. Si lon traduit ici êrtydotov par indigène, on
obtient un sens qui n’est guère satisfaisant. Le poète n’est pas
tenu de savoir que le lentisque est rare en Béotie (7); mais il
est au moins inutile qu’il fasse remarquer au lecteur qu'il ne
(1) Cf. ibid., p. 271 sqq.
(2) Eur. Bacch., 26-38.
(3) Cf. Miliarakis, lewypæwfa ‘AoyoAiôoe vai Kopwdias, p. 198 : aoû ro Kaztékkt
(a Poros) roùc A, ént Äxoas Gens Zoaywdous nai droxchuvou, ep’
Ts ayivog wak
uatat Eywy tas [Sag tou ext tiv Goyudv Boayou, ontoyer Bésts ws oxonik Eyivos
LAAOURLÉVT,. .
(4) Eur. Baceh., 1061 sq.
(5) Nonn. Dion., XLVI, 149 sag.
(6) Wilamowitz, Textgesch. der griech, Bukoliker, p. 214.
(7) Cf. Maass, Aratea, p. 316: « Planta ista per Atticam et continentem rara,
creberrima per maris aegaei et insulas et oramı orientalem ».
Page 43
View in PDF(opens in a new window)s'agit pas ici d'un végétal exotique. Certains commentateurs
ont senti la difficulté, qui est réelle, et ils ont cherché à la
tourner en traduisant ér/wotov par «qui se trouvait planté
là par hasard»
(Eobanus Hessus) ou par:
«commun dans
cette région » (1); mais le sens auquel on arrive ainsi est futile,
et le mot n’a pas pareille signification. Voici maintenant une
autre solution. Nous avons un texte sûr qui prouve qu’au
commencement de l’époque hellénistique, et dans les milieux
de la Grande Grèce parlant dorien,. éx-ymo.os a eu le sens de
ETOLXOS, TOOT W606, rposywotos, finitimus, vicinus. On lit dans la
première des Tables d'Héraclée : roi rohtavouor... Soxm&Eovrt
xa, avavyehtove. ev Aha Gacdkpevor thy yav nor thy TOV Èrtywpiwy (2). « Les polianomes.., procéderont à une expertise et
feront leur rapport à l'assemblée du peuple, après avoir
comparé la nature du sol à celle des propriétés voisines » (3).
Le même sens convient ici; en-/wory Éovos signifie: « un
arbuste voisin », un arbuste qui se trouvait à proximité de là.
On peut comparer Call. Aymn., III, 57 sq.: yeirwy ’Itair,;
Ach. Tat., I, 2 : de§:oduai =’ adrèy nal Ent tivog äkhoous Ayu veitovos;
Nonn. Dion., XLVI, 149:
ASLALNY EAATNY TONNAÉX Yelzovı TÉTON 3
+
’
—
3
,
‚
r
-
XIV, 364: (Bot) zeynvóra veitovs unga; XXIV, 441 : ext
veisova neuznv; XXI, 104 : yelzovı medxn.
non sine montium
clamore vicinaeque silvae.
e
Hor. Carm., III, 29, 38 sq. :
"Epvos. Ce mot désigne dans Homère un rejeton, une plante
ou un arbre jeune. Tel est bien le sens du mot dans:
épvet
Toos (4) et dans une foule d’autres passages. Ailleurs, £2vos
signifie: branche, rameau. Ici, le mot
a trait à un vieil arbuste,
goyain ryivos; il ne signifie donc plus que : végetal, plante en
(1) Edmonds: « such as grow in that country ».
(2) IG, XIV, 645 ; SGDI, 4629, 1, 118 sqq.
(3) Inscr. Jurid. Grecques, I, p. 205.
(4) Hom. /l., XVIII, 56.
Page 44
View in PDF(opens in a new window)général. On s'en est étonné; mais 1) est facile de montrer par
d'autres témoignages que ësvos avait pris ce sens à l’époque
hellénistique. Nicandre a dit trois fois ¢pvos en parlant de plantes
peu élevées, à la verité, mais non pas jeunes (f). Dioscoride
s’en est servi en parlant d'un arbuste (2). Nonnos (3) enfin, qui
regorge de motset de réminiscences hellénistiques, est allé
jusqu'à appeler Eovos le gigantesque sapin sur lequel Penthée
était monté:
nderov eis Sova Simrerv
£ovos Ouoù Mevlys. .
Ailleurs, il appelle le même arbre 0%}46$ (4) (vs. 154) et
faœuvos (vs. 183). Mais il y a là abus. Nonnos semble s’étre
inspiré de plus d'un modèle, et avoir contaminé, en quelque
sorte, les deux versions de la légende qui ont survécu, l’une
chez Euripide, l'autre dans notre idylle.
Vs. 12. Avtovén rodra. Cf. Eur. Bacch., 4114: nowrn o& pine.
I] aurait été tout aussi facile d'écrire: roätx ©’ Avsovéx. Si le
poéte a préféré la construction asyndétique, c'est sans doute
pour donner au récit une tournure toute populaire, et comme
enfantine. M. de Wilamowitz voit-dans l’absence de toute
conjonction copulative au commencement de la proposition,
ici et plus bas (vs. 16, 18, 19 et 20), un indice que les Avvo. ne
sauraient être de Théocrite (5). Mais Théocrite n'a pas méprisé
les effets de style que peut procurer l’asyndéton. On en trouve
quatre exemples à la file dans les vers 126-134 des Syracusaines :
a MiAaros êcet yo sav Zapiay zaraBösxwy *
« ESTOWTAL xhiva TWSOVLOL TO KAAG And».
(1) Nic. Ther., 391: papdbo:o Eovos; 550 : woasioun... doves; 618 : Tehio:o vannaks
iseve pov Eovos.
(2) Dioscoride (IV, 81) décrit Vazoxuvoy comme un Eovos fv. 1. Bäpvnç),.. 5488ou:
Zywv uaxpds. Cf. Strab., XVI, A, 24 : wpa edepvis.
(3) Nonn. Dion., XLVI, 182 sq.
(4) Cf. Eur. Bacch., 1068 : Av’ Gpatov; 1107: rröphon.
(5) Wilamowitz, Ouvr. cité, p. 246: « Es ist Stimperei, denn
es
kommen die
Asyndeta hinzu, die nur berechtigt waren, wenn solche Gruppen abgesetzt
wären, wie wir oben gesehen haben ».
Page 45
View in PDF(opens in a new window)sav wev Kúmors eye, cay 8’ 6 Soddray US
ORTWHALGEXETHS 1 EVVERKALOEY 9 YAU500S
a
bd
w
~
Là
439.
~
n
hd
End
hd
La
.
Z
Deux autres exemples non moins caractéristiques se lisent
dans le récit de la mésaventure d Hylas :
7
%
~
”
vo, MEY TOSTEGOLS Er), youvazı XOUGGY E/OLTAL
Ld
è
a
+
~
>’
fa
Öaxaudevr’
dyxvoist nage buporr’ ETESTELY..
%
’
rois ev “Vay Ausev... (1)
Il serait facile de multiplier les preuves de ce que j’avance (2).
’Avérowye dervov. Cf. Theocr., XXV, 137: deuvòv 6’ eBouywveo.
Vs. 43. Tous les commentateurs, sauf un ou deux, croient
que le poète veut dire qu'Autonoé renversa la vaisselle sacrée,
pour la soustraire aux regards profanes de Penthée. Cette
manière de voir a été défendue avec talent par Crusius (3). Elle
est possible grammaticalement, parce que le mot os-1« désigne
en effet, quoique rarement, ce que Prudentius appelle mystica
organa (4), les objets sacrés des cultes orgiastiques (5). Crusius
(4) Theocr. /d., XIII, 53sq.; 58. Cf. Call. Hymn., VI, 94: xhaïe piv x paren.
(2) Comme la question a son
importance pour le problème de l'authenticité
de Vid. XXVI, je me permettrai encore une observation de détail. Dans les
Syracusaines, vs. 96 sqq., Gorgo dit à sa compagne: « Tais-toi, Praxinoa, la fille
de l'Argienne va chanter l'hymne à Adonis. C'est une excellente cantatrice; elle
a remporté le prix au concours de l’année dernière :
99
„Heykelrai vi, skp’ ot6a, aahöv ' SixBodateta: Ton.
C'est ainsi que ce vers est imprimé par tous les éditeurs. Souvent, une ponctuation plus ou moins incorrecte décèle une erreur de syntaxe. C'est le cas ici:
le point en haut de la ligne après xeAdv masque l'asyndéton, véritable et absolu,
entre les deux propositions principales dont se compose le vers. Gorgo ne dit
pas: «Elle va chanter: voilà qu'elle commence », mais: « je suis sûre qu'elle
chantera bien. — Ah! elle commence déjà à minauder ».
(3) Rhein. Mus., XLV, 1890, p. 267 sq.
(4) Prudent. Hamartig., 460 sq.
(5) Cf. Maass, Herm., XXXI, 1896, p. 383; Luc., De Syria dea, 16; Clem. Alex.
Protrept., 11, 22: do&xwv, Spyro, Atovúgou Bacsipou ; Senec. Herc., 593 sq.:
nos Cadmeis orgia ferre
tecum solitae condita cistis.
Page 46
View in PDF(opens in a new window)a voulu démontrer que le renversement et l’&parpillement des
objets du culte étaient des actes rituels pour lesquels on avait
créé une justification, un a!zıov, dans la légende. A ce propos, il
cite : 1° Homère, Il, VI, 133 sqq. : Lycurgue poursuit les
Bacchantes dans la montagne,
|
ai, 0’ Sine race
QucbAn papat xacévyevav (1), Un’ avöpomövoro Auxovovou
Bervönevar Bounhnyt …
>
r
~
x
2
e
>
+
8
et
’
~
‚
2° Apoll. Bebl., III, 8, 1 : La ville de TouneÇoùs a été ainsi
dénommée, parce que Zeus y avait renversé la table (<paneGa)
à laquelle on l'avait convié;
a
3° Plut., De defectu orac., 15 : A Delphes, aux fétes ennéatériques, on met le feu & une chaumiére, et on y renverse la
table, aprés quoi on s’enfuit sans regarder derriére soi.
L’hypothése est ingénieuse, mais elle n'est pas convaincante.
J'avoue que le mot du texte qui m’empéche de m’y rallier est
nosiv. Admettons un instant que le poètea voulu dire qu’Autonoé renversa et brisa la vaisselle sacrée sur les autels : fallaitil lui faire accomplir cette destruction à coups de pied? Il me
semble préférable d’adopter l’explication donnée par Fritzsche.
On lit dans Théocrite, XXII, 90 :
suv 6E pdyny écapate,
«il commença une lutte furieuse ». On trouve, dans le même
sens, suvraoarseıv nôdegov dans Polybe et dans Plutarque; l’expression raparzeıv veixos, povov, moAcpov, yóov est même usuelle. |
D’autre part, on rencontre ôpyia dans le sens de « danse orgiastique » dans les Bacchantes :
mae avayopeuer BaoSdowy +40" Goyra (1).
Ellis, et d'autres avec lui, admettent à tort que Catulle a déjà employé le mot
dans le même sens. Voici ce qu'a dit Catulle (LXIV, 260 sq):
pars obscura cavis celebrabant orgia cistis,
orgia quae frustra cupiunt audire profani.
Le mot celebrare suffit seul à démontrer que le poète entend parler des orgies
que célébraient les Ménades. Cistis est un datif instrumental.
(1) Eur. Bacch., 482.
Page 47
View in PDF(opens in a new window)Le vs. 13 des Añvat peut donc se rendre ainsi : «elle commenca la danse orgiastique, la course extatique (1) des Bacchantes ». Ovide a une expression toute pareille :
hie oculis illum cernentem sacra profanis
prima videt, prima est insane concita cursu...
mater (2).
Vs. AA : te ©’ ody dogovee Béfdnhor. Les mots ovy 6péovrt peuvent-ils signifier : «ne doivent pas voir»? Je ne crois pas
qu'on employe jamais en grec l'indicatif avec une négation
pour exprimer une défense. Il faut donc traduire : « les profanes ne voient pas ces choses », « ces choses demeurent cachées
aux profanes»; Dionysos les aveugle et soustrait ainsi à leur
vue ce qui doit rester secret. La méme chose se remarque dans
les Bacchantes d’Euripide. Penthée, conduit par Dionysos et
accompagné d'un serviteur, surprend les Ménades dans le
Cithéron, dans le but d’épier leurs orgies. Le serviteur, qui
décrit ce que font les Ménades (vs. 1053-1055) les voit apparemment; Penthée, lui, ne les voit pas:
HevOeds 8’ 6 <AñpEyY Anhuy oùy Cody oyhov (vs. 1058).
L'indicatif ooéovr s’explique de la sorte sans difficulté. La
particule oé, cependant, a donné du fil à retordre, dès le début,
aux commentateurs modernes. Etienne et Valckenaer se sont
décidés à la supprimer, malgré l'hiatus insupportable qui en
résultait. Je crois probable que nous devons écrire avec Meineke :
pris
error
our Opéovr.
60koveı
Taz ouy
érioïsa, <a
éfarivas
BEBar0:
BéfBador.
Théocrite a employé plus d’une fois le pronom relatif sae (3).
Le poète a varié ici la vieille formule des Orphiques :
Gooas 8’ emibeohe, Béfndor (4).
(4) Cf. Eur. Baech., 1090-1094.
(2) Ov. Metam., II, 710 sqq. Ovide a eu ici pour modèle un poème de l'époque
alexandrine.
(3) Théoer. Id., V, 18; Vil, 75, 103; XXII, 49.
(4) Cf. Schol. Plat. Symp. p. 218, b. Callimaque (Hymn., VI,3) a varie la même
Page 48
View in PDF(opens in a new window)Au lieu de 8é8n)o., on s’attendrait à trouver chez lui la forme
dorienne 5282/01, comme dans Théocrite, /d., HI, 51 :
a“
md.
’
r
er
>
D
~
§
CG
ıM
)
65 zooowv ExUONnTEV, OS OÙ TEUGELTHe, PéDahot.
BéSnhot est, selon toute probabilité, une lecon fautive des
manuscrits.
Vs. 15. L'emploi de pév ze, qui signifie à proprement parler :
et assurément, est conforme à l'usage des poètes épiques.
©’ aëra. Il faut plutôt écrire : © aurz. Par adza, l'auteur
oppose Autonoé aux autres Bacchantes.
Matvero ... patvovto. Pour la fréquence de l’anaphore dans
Théocrite, voir au vs. 9 (1). L’imparfait paivero est ici à sa
place. Dans le vers précédent, Autonoé entre en extase; l’imparfait décrit l'état dans lequel elle se trouve maintenant. Il
n'en est pas de même pour l'imparfait gaivovro qui suit. Les
sœurs d’Autonoé n’entrent en extase qu'après elle; l'adverbe
evdu ne laisse aucun doute à cet égard. On s’attendrait donc à
trouver un aoriste (2); logiquement, il faudrait lire urivavro (3).
Je me demande cependant si patvovro pourrait être considéré
comme un cas d'attractio temporis sous l'influence de l’anaphore. L'attractio temporis est un phénomène grammatical
connu (4). Je n’en connais cependant pas de cas parfaitement
semblable à celui que je crois reconnaître ici.
"&2’. C’est, selon M. von Wilamowitz, une cheville. Mais on
remarquera que 0’ ao’ n'est pas ici un mot unique, comme yóp
formule à sa manière en recommandant aux profanes de ne pas chercher à voir
les objets cachés dans le x32x00: de Déméter:
rdv ufhabov xatidvtx yapal Oaseiade, Bedadant...
(4) Voir aussi Legrand, Et. sur Théocr., p. 399.
(2) Wilamowitz, Ouvr. cité, p. 216 : « Der Tempusgebrauch ist mindestens V.
14 anstössig : notwendig fordern
wir den Aorist, wenn
die
Bakchen nicht
schon vor dem Eindringen des Profanen rasend gewesen sein sollen ». Cette note
se rapporte apparemment à Vimparfait gafvovro du vs 15.
(3) Cf. Theocr. Id., XX, 34 : ufvaro.
(4) Cf. Brugmann-Thumb, Griech. Gramm., p. 560; Kühner, Ausführl. Gramm.
der lat. Sprache 2, 11, 2 (1914), p. 195; Ellendt-Mehler, Latynsche Spraakleer,
p. 259, § 237, 4; Wilamowitz ad Eur. Herc, 532.
Page 49
View in PDF(opens in a new window)ou záp. Ce sont deux particules distinctes : le ò£ correspond au
uév qui précède; doa se prend dans le sens de : en sus, ou
ensuite. Cheville, soit. Mais il n’y a pas de cheville plus fréquente dans Homère que précisément aoa, ap, 5x, 5. Théocrite
a d’ailleurs plusieurs fois ©’ &ox dans ses poèmes. Je cite les
vers 82 sq. de idylle XVII, et 58 sq. de Vidylle XIII, parce que
ce sont des exemples de l'emploi de ©’ zoa dans l’anaphore :
uéy olot nokiwy
TOALWY Exarovri
SxaTovrhdes
òes Evòépnv
vÒlo rn vrat
s= pév
rar,
ns
LA
f
~
+
x
Led
rpeis
O doa
yrdsddes
Torrouis
Ent pucradeo
nt …
4
‘
‘
‘
A
A
wars wey
N
TOMS Ö
>
Char
ww
Hr
ap
er
A
-
4
.
LA
“Vay ausev, Osov Bals nouye Autos
~
7
.
9
O TA UTMAXOUTEY.
“Adaas. Il faut lire : Ada. avec Ahrens et Edmonds, sans quo
le poète donnerait à entendre que l'extase ne gagna qu'une
partie des femmes. On lit ar 6 &hAat au vs. 24.
Vs. 17 : &% Cwsthoos. Emploi assez rare, mais classique, de
la préposition ex dans le sens de : «au moyen de». Cf. Soph.
Oed. Col., 848 sq. :
»
OUX OÙV TOT EX TOUTOLY YE LAY, THATTOOU ET
aöormoerons.
+
ni
’
Homère appelle Gws-7¢ le ceinturon des guerriers, et Sovn la
simple ceinture, telle que la portent les femmes, et les hommes
non revêtus de leur armure. Après Homère, le sens du mot
Cosrío, pour autant qu'on sen sert encore, n'a guère varié.
Rarement, il désigne la ceinture, large et solide, d’un campagnard (1). Il n'y a, je crois, que le passage de notre idylle où
Coers s'applique, à coup sûr, à une ceinture de femme (2).
Cela nous fait l’effet d'un emploi abusif d'un vocable homérique. On en conclura que l’auteur avait lu Homère curieuse(1) Hom. Od., XIV, 72; Théocr., 7d., VII, 18 (ceinture d'un chevrier). Cf. aussi
Orph. fry. 238 Kern, 8 (ceinture du Bacchus orphique).
(2) Pausanias (I, 31, 1) explique que le promontoire dit Zwstip a recu ce nom,
parce que Latone y avait dénoué sa ceinture. Mais on ne peut guère tirer argument de ce témoignage; car les étymologistes ne craignaient pas de forcer le
sens des mots, s’ils y trouvaient avantage.
Page 50
View in PDF(opens in a new window)ment, mais qu’il manquait d’erudition vraie. (a été le cas pour
Théocrite, comme je Pai montré ailleurs (1).
'Iyvóav. On a : tyvua (2) et tyvus, donc à l’accusatif: tyvuav, et
iyvov ou tyvüa (3). On peut séparer : én’ tyvúäv épusaisar, ou :
er’ tyvi’ aversÜosasat (4), comme le voulait Valckenaer. La
dernière leçon semble préférable, parce que le verbe aveguw est
ici plus approprié que ‘ouw. Ceux qui en ont jugé différemment
ont sans doute pensé que l'allure de ce vers où l'auteur parle
de femmes se préparant en grande hâte à la poursuite d'un
homme, serait par trop retardée par le spondée du cinquième
pied. On comparera Theocr. /d., XIV, 35 :
äveroúosaoa 6& RÉTAWS.
Vs. 18 : 760’ gexme. Ces deux mots reviennent dans le vers
suivant. On a jugé cela intolérable; on a estimé que le dernier
des poètes grecs ne se serait pas exprimé d'une façon aussi
maladroite : « Penthée dit ceci - - - Autonoé dit ceci - - - (5).
Ahrens, cependant, a reconnu que le second vers peut être
entièrement sauvé en ponctuant :
Avtovóa * « +00 », deine, « Taya vvo, molv axousat ».
’
A,
bd
,
~
Quant au premier, on lit dans Théocrite : Aeye saura: (II, 24);
apis tade … owvé * (Il, 43); autos gym 740° Berna - (XXII, 153);
xnvo vdo zis pet Toro; Lowy ao * (XXVIII, 24); 6 8& voor Evan’ -
(XXX, 25) (6). L’objection à faire au passage incriminé consiste
(1) Mnemos., XLVII, 1919, p. 336.
(2) Cf. Theocr. Id., XXV, 242 : iyvénatv. Le mot !yvör, désigne le jarret.
(3) Cf. ibid., XXL, 45 : iy60a.
(4) La zouk, xat& tétaptov teoyaïo, est adoucie par l’élision de l'a dans iyvúa.
Cf. Anthol. Plan., IV, 253 :
7,68 mods Axonv
iyvónv »olvıE ménhos EAuogógevos.
Anthol. Pal., XII, 176,2 :
an’ iyvóns Autos AveAxöpevos.
(5) Wuestemann défend à tort la lecon des manuscrits en comparant Theocr.
Id., VIII, 44 sq. Il faut plutôt comparer Ev. Matth., XXVI, 34 : Eor, 25t@ 5 "Insoös...
héyer adtw à Mérpos ; XXVII, 22.
(6) Cf. Theocr. Id., VI, 20; XV, 91; XX, 2; XXIII, 44-48; Epigr., IX, t.
Page 51
View in PDF(opens in a new window)donc uniquement en ceci, que les mémes mots se lisent au
même endroit du vers, dans deux vers qui se suivent l’un
l’autre. Cependant, même ainsi formulée, elle demeure assez
grave. Devons-nous supposer que les mots +68’ ere figurent à
tort dans le premier des deux vers, par une faute du copiste,
à la place d’un verbe à l’aoriste signifiant s’écrier ou demander?
Ou vaut-il mieux se borner à corriger : Ievdeùs wav 167’ (ou tx’)
ceume ?
Vs. 18 : xéyonoûe. Le participe parfait xeyonumévos, avec le
sens d'un présent (« ayant besoin de, désirant ») se lit déjà dans
Homère et dans les tragiques. Théocrite s’en est servi dans la
XX Ve idylle, vs. 35 :
OUTLVOS MGs xeyonmévos Eiht hov4as,
et au vs. 101:
AVE xeyonuévos Epyou.
Il ne s’en est d’ailleurs pas tenu au seul participe, témoin
le vers 73 de la XVIe idylle :
”
+
3
’
EFGETAL OYT0OS LYN,
À
>
~
,
5 SME KEY ONSET
>?
En
+
GZOLOGV.
Vs. 20 : uuxñouro. Les verbes puxäofor, « mugir », Souyächar,
« rugir », et opvecda., « hurler », s’emploient par extension en
parlant de cris d'hommes surexcités ou angoissés. Cf. Aesch.
frg. 55 : zavporhoyyor ©’ Urouvxwytai moßev EE &pavous wobepo',
(go6epa.?) pue; Eur. Herc., 810 : Sea puxara. SE (il s'agit
d'Héraklès); Aristoph. Ran., 562; Nonn. Dion., XLV,
136;
334 (mugissements de Dionysos). M. von Wilamowitz trouve le
mot trop fort, lorsqu'il s’agit d'une femme. Mais Nonnos a
écrit :
sonyaréov min Or népos E6peuev “Hon (1),
et:
Bassapiswy Bouynpa (2);
Nicandre a appelé Waypös les cris désordonnés d'une prètresse de Cybéle (3); les poétes latins se servent du verbe
(1) Nonn. Dion., VI, 201.
(2) [bid., XLV, 284.
(3) Nic. Alexiph., 220.
BCH, XLVILI (1924).
Page 52
View in PDF(opens in a new window)« ululare » en parlant des vociférations des Bacchantes (1);
Virgile a écrit:
°
Cumaea Sibylla
horrendas canit ambages antroque remugit (2),
et ailleurs :
Proetides implerunt falsis mugitibus agros (3).
On remarquera aussi que guxósba: appartient au vocabulaire
des mystères (4).
Muxisaro, et au vs. 21 : uuxnuo. Les formes doriennes seraient
puxacato et puxapa. Théocrite, cependant, écrit : puxjcato et
uuxntAs (5). Peut-être se servait-il d'un présent puxéopa:.
“"Eioisa. Le poète entend-il dire par éAotca que la mère arracha la tête de son fils (6)? Si tel est le cas, on comprend assez
que M. von Wilamowitz reproche à l'auteur de s'être servi ici
d'une expression trop faible. Mais peut-être veut-il dire simplement qu’Agavé saisit la tête de Penthée (7)? Philostrate
s'exprime à peu près de même : at pév amopenyvöear Tas fetes, À
6: éntonwoa tov vidy zhe yairnc (8). On pourrait dire encore à la
défense du poéte que les Ménades, lorsqu’elles déchirent des
étres vivants, le font sans effort visible,
ovy une ofévous,
HAN’ 6 Beds evpaperav énedtôou yepoty (9).
Peut-être enfin l’auteur a-t-il choisi le mot &Xois«, simplement
parce qu'il avait dans la mémoire les vers d’Euripide :
(1) Par exemple Ov. Metam., LI, 725: ululavit Agave.
(2) Verg. Aen., VI, 99. Cf. Call. Hymn., IV, 56 avec la note de Schneider;
Ov. Metam., VII, 190; Claudian.
Rapf.
Pros.., Wi, 343; Nonn. Dion., X, 83;
XVI, 353; XXI, 109.
(3) Verg. Ecl., VI, 48.
(4) Cf. Dieterich, Eine Mithrasliturgie, p. 4.
(5) Theocr. Id., XVI, 37; VIII, 6.
(6) Cf. Ov. Metam., HI, 722 : abstulit.
(7) Brunn, Münch. Sitz. Ber., 1819, 11, p. 16 : « Die Mutter ergreift den Sohn
beim Kopfe ».
(8) Philostr. Imag., 1, 18.
(9) Eur. Bacch., 1127 sq.
Page 53
View in PDF(opens in a new window)“ada 6’ afktov
mes habousa vuyyaver unrns peso (4).
Vs. 22. Deux des filles de Cadmus enlèvent à Penthée chacune un bras, la mère prend la tête. C’est La version que l'on
retrouve presque partout, dans la littérature (2) comme dans
l’art figuré.
Lov Oo nhar uéyay © toy. Cet hémistiche n'est pas inharmonieux : il y a une certaine recherche d'élégance dans la
répétition d'une même paire de syllabes. M. von Wilamowitz a
remarqué cependant qu'un mot comme œuorAëta nest pas
usité en poésie. C’est un terme qu'on rencontre dans les écrits
des médecins, dans les traités de zoologie d'Aristote, dans le
mémoire de Xénophon sur l'équitation, dans le petit traité sur
la chasse attribué au même auteur, et dans un texte éolien
relatif à la distribution de certaines victimes (3). La poésie
classique a en horreur les termes spéciaux et techniques, et la
même tendance s’observe jusque dans la prose. Thucydide,
entre autres, évite les termes techniques dans la mesure du
possible. Les poètes hellénistiques sont moins sévères à cet
égard. Les écoles de rhétorique, cependant, n’ont jamais cessé
de donner des règles rigoureuses concernant le choix des mots.
D'après Denys d’Halicarnasse (4), ce sont surtout les hommes
_
de
«
Re
OTL xEV
KE
OTL
(
jeunes qui se permettent d'employer, en écrivant, le premier
mot qui leur vient à l'esprit,
atoiuay vAwToay
Erroc EIN Abn.
xatoiuay
vAwTTaysmog
Notre poète est-il de ceux-là? Rien n’empéche de se l’imaginer très jeune. Nous l'avons vu se servir d'un terme de
botanique au vs. 4; il ne serait donc pas si étonnant de rencontrer ici un terme d'ostéologie. Nous commentons Théocrite
par Théophraste, lorsqu'il est question de végétaux, ct nous
avons raison de le faire. Si le hasard nous avait conservé le
(A° Ibid., 1139 sq.
{2) Cf. Eur. Bacch., 1125 sq.
(3) Hoffmann, Die griech. Dial., Il, p. 68, n° 93, 2.
(4) Dion. Halic., De compos. verb, 1.
Page 54
View in PDF(opens in a new window)traité nept sxchezüy de cet autre élève d’Aristote, Kléarchos de
Soloi, nous mettrions probablement en note ici le paragraphe
concernant l’omoplate. Il ne faut d’ailleurs pas s'exagérer la
faute de style que M. von Wilamowitz impute à l'auteur des
Afva.. Les Grecs ont emprunté leurs termes techniques au
langage ordinaire. Le mot xAs7n, que l’on trouve, dès Hippocrate, à côtéd'bporjarn, a dû appartenirà la langue commune;
dans le grec moderne, il est devenu au moins aussi usité que
(vouos, dans le sens d’ « épaule ».
Un poète contemporain de Théocrite, Rhianos, s'est servi
d'un terme d’analomie non moins rare en poésie qu'aporiarn :
avyévos 5 Undroro xuGors Erurtékhevar tEvs (1).
Ku6orc, d’après Pollux, désignerait les vertèbres (spovôv deus) ;
je n'en suis pas convaincu. ct les grammairiens anciens aussi
paraissent avoir hésité sur ce point (2), ce qui prouve que le
sens technique du terme était inconnu aux laïques.
Avant Rhianos, Homère s’ctait servi du terme xorûAn, cavité
cotyloïde :
<a BAhev Alvetao zor’ ioytov, Eva ze unpös
v
a
ns
w evorodoerar, KOTUANY GE TE puy xaktouour (3).
Peut-on proclamer indigne de Théocrite ce que Rhianos ct
Homère ont cru pouvoir se permettre ?
Théocrite a vécu un certain temps dans l'île de Kos; quelques
uns de ses poèmes en font foi (4). Nous n’apprenons pas ce qui
l'y a amené; mais il est à rrésumer, au moins, que la grande
école de médecine établie à proximité de la ville et fréquentée
par un nombre considérable d'étudiants n'est pas restée sans
influence sur son développement intellectuel. Edmonds a
conclu d’une scolie sur l'idylle XI que Théocrite avait lui-même
(1) Meineke, Anal. Alex., p. 202. Cf. Antimach. /rg. 65 Kinkel.
(2) Cf. Athen. 1X, p. 399, b: Zinpäpiatos … obtug yodwer © dopuss ai éx mAaylav
gäprecs Enavesennulaı WÚa: * tk Ö' ExatrdowBer rothwuaTza Aéyouat xÜ6OUS.
(3) Hom. Il, V, 305 sq.
(4 V. Wilamowitz, Texigesch. der griech. Bukol., p. 161 sqq.
Page 55
View in PDF(opens in a new window)étudié la médecine, comme son ami Nikias (1). Cette hypothèse
comporte un léger. changement du texte de fa scolie en:
question. Mais elle semble logique en soi. On peut aller s'établir
à Oxford
pour y vendre des drogues ou pour y écrire des
sonnets; mais la grande n ajorité des jeunes gens qui viennent
s’y fixer y font leurs études. Et ne doit-on pas aussi conclure
des vers adressés à Théociite par son ami Nikias (2), auquel il
avait dédié son Cyclope :
hy ao” aAnles voorn, Oedxorze * où vas
MOAAOUS TOLNTHS enloabav vous TOLY
que Théocrite avait commencé par s'engager dans une autre
carrière avant de s’adonner à la poésie? Si Théocrite a réellement abordé, dans sa jeunesse, Fétude de la médecine, qui
implique celle des sciences naturelles, la fréquence des termes
de botanique, de pharmacologie et de zoologie dans son ceuvre
s’explique de la façon la plus aisée du monde.
Vs. 23 : SuAuos words. Brunn (3) admet à tort que pulmos
a ici
le sens de « mouvement rythmique ». ‘Pufuôs wurd: ne saurait
significr : « d'un geste symétrique
à celui d’Ino », comme l'a
justement remarqué M. Legrand (4). D'après ce dernier, l’auteur
veut dire : « Autonoé suivit le mouvement, en fit autant ». Le
vers 1129 des Bacchantes :
Ivo 6& sant Oarep’ eferoyalcro
peut en effet sembler suggérer cette interprétation. Mais je
comparerais plutôt Eur. Electr.. 772 sq. :
moi Toon 68 zal tive puué povou
zelve. Ovéstou nada, Boukopa. pabery5
+
(4) Edmonds, The Greek Bucolic Poets (4919), Introd., p. IX.
(2) V. Edmonds, £. L., p. x11.
(3) Brunn, !. I. : « (Diese Worte) erklären sich, wenn der Dichter sein Auge
auf ein Bild gerichtet hat, in welchem die Gestalt der Autonoe in Bewegung und
Handlung das künstlerische Gegenstück zu derjenigen der Ino bildet ».
(4) Legrand, Et. sur Théocr.. p. 221.
Page 56
View in PDF(opens in a new window)et Cycl., 397 sq.
COTE sUppdcadas 500
Zonal’ Etatowy TOY Euv EURE seve.
Notre poète semble s'être souvenu de ces passages, ou
d'autres semblables, et avoir employé Sufiuós dans le sens de
6ubues pévau.
Vs. 24. Ta neotosa, pour te neotoseuovta, « le reste » est une
façon de parler hellénistique. On rencontre l’expression: tè
koud xoéx dans une inscription
du im® siècle d’Halicarnasse
(Dittenberger, Syl/.,* 1044, 40), dans l'inscription d’Andania,
1. 96, et dans le papyrus orphique de Gurob (Kern, Orphic.
frg. p. 102, 14). Cf. Dittenberger, op. /., 1025, 23 et 55 : và
dike xoea. Mesıssöos dans le sens requis ici se lit dans une
inscription de Delphes de lan 462 avant notre ère (4).
retrouve ensuite le mot dans le même sens dans les teurs
grecs de l’époque impériale. Fallait-il en conclure que notre
poème est plus récent, disons d'un siècle, que les idylles de
Théocrite? Cette conclusion est de celles que modifient les
découvertes ultérieures (2). Théocrite, d ailleurs, n’est pas de
ceux qui évitent rigoureusement les néologismes. N’a-t-il pas
employé ailleurs le verbe r'4%o (3) (et xustrtéCw) (4), en lui
aftribuant le sens de : saisir, agripper, lequel se rencontre pour
la première fois, après lui, dans la version des Septante?
Kosavouéovto. L'emploi de ce mot peut se défendre à l'aide
des textes cités par M. de Wilamowitz et d'autres textes similaires. Lycophron (5) appelle xpeavójgos Lykaon, qui égorge son
fils Nyktimos pour le banquet des dieux. On parlait de la
(1) Dittenberger, Syll3.,672, 19 : +x hour à eos, « les autres excédants ».
(2) Dans l’épigramme sur Sophocle attribuée a Simias de Rhodes (Anth. Pal.,
VIE, 21; cf. Wilamowitz, Sappho und Simon., p. 225 sqq.), le temps a venir, que
Détmosthènes appelle 6 gékÀwv aidv, est appelé 6 neptssös aiwv, femporis omne
guod venit (Grotius), religuum lempus, à Aoırös yoóvos dans le sens de veniens
aevum. N’est-ce pas déjà le même sens de xeo:oads que dans notre idylle ?
(3) Théocr. Id., IV, 35 ; zudêas. ,
(4) Théocr. Epigr., VI, 4 : apoertake.
(5) Lyc. Alex., 481. Cf. ibid., 203.
Page 57
View in PDF(opens in a new window)xpeovoyia (1) de Pélops. Un passage de Clément d'Alexandrie
est plus significatif encore : at Segékne ns xepauvias adervat,
a pavddes, al Ousayvoy xpeavoutay pruobgevat (2). A mon sens,
xpeavouix est un terme que Clément emprunte au langage des
mystères même. Ce n'est pas un mot qui sent forcément
l'abattoir ou la boucherie (3); c'est aussi un terme rituel et
mystique. La chair de l’animal sacré qu’on immole et qui
représente le dieu est partagée entre les fidèles qui la mangent
pour s’assimiler la force divine. Le meurtre de Penthée et le
dépecage de son corps par les Ménades (4) est une des multiples
légendes par lesquelles on s’était anciennement efforcé de
rendre compte de l’origine du rite de la xoeavojta (5). Nonnos,
dans le récit du meurtre du premier Dionysos par les Titans,
emploie un synonyme de xpexvoucty :
xa. Joaods
BrAUTE TAU0OS
* auotôain
SE COVES
up
>
or"?
ad
à
:
nes
ravooœuñ Arovucoy ELTTVAA ovro pavyetor, (6).
Cf. Orph. Argon., 24 :
~
r
”
Zayonos (7) TE OLD
Ov Ap U Euv.
Euripide, dans les Bacchantes, rend trois fois l'idée du verbe
xocavogelv par une courte périphrase :
(4) Gregor. Nasianz., Adv. Julian, Ill; Etym. Magn., 219, 14, 8. v. öl: 76¢,c2vt2.
Cf. Schol. Aesch. Choeph., 144; Apoll. Bibl., 1, 144.
(2) Clem. Alex. Protrept., 119, 1 (c. XID).
(3) Il est presqu’inutile de faire remarquer qu'il n’y a aucun rapport entre la
wocavopiz des mystères, et la xoeavouix à Athènes, la distribution de viande
organisée par l'Etat aux jours de fête.
(4) Cf. Eur. Bacch., 1133-1135.
(5) Cf. Gilbert Murray, dans Harrison, Themis, p. 345 sq.: « Pentheus is only
another form of Dionysos himself, like Zagreus, Orpheus, Osiris and the other
daimons who are torn in pieces ».
(6) Nonn. Dion., Vi, 204 sq. Cf. au vers suivant : zootéaoro Gatfoudvoy Atovóanu
Proel. Hymn. VII, vs. 11 (Kern, Orphic. frg., p. 234) :
7 woxälnv égawoac apretudAeutoy Avaxtos
2'Bépos Ev yudAors: nestsonevou mote Baxyou.
Le texte porte "Hozxréos. La correction Zavetos est de Lobeck.
Page 58
View in PDF(opens in a new window)Stepopovvte cards Evôura (1) ;
~
©
,
nasa
6As huaTrw
miv
sn
~
bid
eous Òreopatorle oaoxx Mevis (2) ;
r
x
#
~
r
wois ze Anpos Zopa Srevoorsauev (3).
Ainsi compris, le terme xpeavouetv ne saurait être jugé inadmissible en poésie. Les tragiques ont d'ailleurs dit xpeoxonety
en parlant d’étres humains (4), et les poètes latins ont employé
couramment /aniare et dilaniare de la même manière. Tel, par
exemple, Ovide, à propos du démembrement du corps d’Itys
par Procné et Philoméle :
vivaque adhuc animaeque aliquid retinentia membra
dilaniant (5).
Vs. 25 : neguouévar aiuart naat, hémistiche fait de réminiscence. Homère a dit : meguopévoy atuacı moko (6). Cf. Eur.
Bacch., 1135 : räsx à TUTO evn.
Vs. 26 : révOnua, xat od Ilevhna,. Jeu de mots quia été fait
souvent. Cf. Eur. Bacch., 307 :
x
+
et
\
’
’
,
n 1!
Tevfeug 2! oxws un nivhns sisoiser Doors.
[evGnx. La forme dorienne serait IIev§éa. Théocrite forme
presque toujours'en -5a l'accusatif des substantifs en -cús.
Vs. 27-38. La fin du poème, à partir du vers 27, se compose
de deux péricopes de six vers chacune.
Vs. 27. L'histoire de Penthée est terminée. Nous voyons
maintenant que l’auteur ne l'a pas racontée pour elle-même.
Après la fable vient la morale : ainsi périssent tous les ennemis
de Dionysos. Mais cette morale, à son tour, n'est pas ‘une lecon
faite à quiconque en veut profiter. Elle s'applique à un cas
(4) Eur. Bacch., 146.
(2) Ibid., 1135 sq.
(3) Jbid., 1240.
(4) Aesch. Pers., 463 ; Eur. Cycl., 359.
(5) Ov. Melam., VI, 644 sq. Cf. Diod. XXXIV, 34 : xpeavopay tz supara raperideı
zoïs auyyevenrdrots Avaveodpevos The marzııs Exelvag Tyoéws 7 Avéstoy Bowde.
(6; Hom. Od., IX, 397.
Page 59
View in PDF(opens in a new window)spécial, comme on va s’en apercevoir, et c'est ce qui donne à
Vidyile un surcroît d'intérêt; car il s'agit maintenant de déterminer à l'intention de qui, et en quelle occasion, le poète a
dépeint les conséquences fâcheuses de l'impiété, avec un réalisme si peu voilé.
Oùx &héyw, « je m'en ai cure », « et après »? L'auteur veut
dire : « Quelqu'un dira-t-il que ceci est une histoire cruelle?
Point du tout. Nulle pitié pour l'impie; il a mérité le châtiment
qu'il a reçu ».
….
*’Aké-et est un verbe épique (1). Pindare emprunte à Homère,
Eschyle l'emploie une seule fois. 'Arzyeıv n’est pas attique et ne
fait pas partie du langage courant de la «own. Les poètes de
l’époque hellénistique s'en servent de nouveau à l'occasion. Il
est assez remarquable que Théocrite ait mis la locution : oùx
adéyw dans la bouche d’une de ses Syracusaines (2). Ces femmes
s'expriment dans le dialecte de Syracuse (3). Le verbe xdéyvew,
tout en n'étant plus généralement en usage, a pu survivre dans
certaines parties du monde hellénique.
'Aneybopévo est une correction de Bergk, qui a été acceptée
par Ahrens, Wilamowitz et Cholmeley. La leçon des manuscrits
est aney/Nönevar. Elle ne donne aucun sens. Autrefois, on avait
changé àre-/fôuevar en aneyfépevat, mais un infinitif en -pevar
détonnerait dans le dialecte dont se sert le poète, et il faudrait,
de plus, un passif (4). Le participe aneyfouevos se lit dans
Théocrite, XVI, 105 :
3
Opyopevov prhéotrar aneyAduevey note Onbar.
Ld
9
la
La
Vs. 28 : rwvôe poyños.. Les manuscrits portent : r®vö’ euöynse.
Cette leçon supposerait que le poète avait en vue une personne
déterminée à laquelle le courroux de Dionysos avait attiré un
(1) V. par exemple Hom., Il., XI, 389 : oùx arévw,
(2) Théocr., XV, 95.
(3) V. Magnien, Le syracusain littéraire ef lid. XV de Théocrile (Mém. de la
Soc. de linguistique de Paris, XXI). Magnien n'a rien dit de oöx &kéye.
(4) Magnien (2. L., p. 114; adopte tacitement la conjecture : &rey@éuevat, lorsqu'il dit: « L'infinitif en -ueva: (Théocr., XXVI, 27) est une forme poétique ».
Page 60
View in PDF(opens in a new window)sort pire que celui de Penthée. La correction d’Ahrens : zévée
goysoe, est rationnelle; car il est évident que l’auteur entend
parler en général des ennemis de Dionysos, quels qu'ils soient,
et quel que soit le châtiment qu'ils encourent.
V. 29. C'est ici que commencent les principales difficultés.
Reiske a mis le doigt sur la plaie en disant : « Versum hunc
et vs. 31 : aterós non intelligo ». Il est clair en même temps que
celui qui réussira à interpréter ces deux vers correctement
aura la clef du poéme tout entier. Je voudrais, pour ma part,
mettre un point après poyAcaı, et considérer le vers 29 comme
une courte proposition principale mise dans Foptatif. La ponctuation universellement adoptée fait dire au poète : « Foin du
mécréant qui renie Dionysos, même s'il était puni encore plus
sévèrement que Penthée et qu'il fût dgé de neuf ans ou entré
dans sa dixième année ». Les commentateurs, pour autant qu'ils
n’ont pas avoué ne pas comprendre, ont donné là-dessus des
explications qu'il ne vaut pas la peine de citer. Il faut faire
exception pour celle de M. von Wilamowitz, qui ne manque pas
de logique; mais le résultat auquel elle aboutit la condamne
irrémédiablement (1). Le véritable sujet des Añvx aurait
été le suivant. On avait assassiné un enfant. Ceux, ou celles,
qui avaient accompli ce crime, non sans succès, étaient en
butte à une critique malveillante. Le poète prend leur défense,
et loue leur action comme agréable aux dieux (2). Mais un pareil
poème, qu'il fat de Théocrite ou d'un autre, serait une infamie,
une honte pour la poésie des Hellènes ! Nul doute que l'on ait,
à toutes les époques, accompli des infanticides, pour des raisons
(1) M. Legrand avait formulé une hypothèse du même genre dans la Revue
des Et. grecques, 1894, p. 217. Il l'a rétractée depuis (Et. sur Théocr., p. 63) en
ces termes: « J'ai risqué naguère l'hypothèse que le vers 29 était une sortie
contre Évergète enfant, ennemi supposé du roi; Évergète pouvait avoir dix ans
vers 472; Théocrite eût donc été dès lors courtisan des Lagides, et même assez
certain de son crédit pour aller à Cos en villégiature. Je ne crois plus moi-même
à cette combinaison ».
(2) Wilamowitz, Texigesch. der griech. Bukol., p. 213 : « Ein Kind ist umgebracht worden; seine Mörder oder Mörderinnen finden trotz ihres Erfolges feindselige Beurteilung; daher bekennt der Dichter sich zu ihrer Partei und rühmt
ihre Tat als Gott wohlgefallig ».
Page 61
View in PDF(opens in a new window)politiques et autres. Mais il est des abominations qu’on n’écrit
pas, et l’on chercherait probablement en vain, dans toute la
littérature grecque, un second exemple d’un morceau aussi
déshonorant pour son auteur. J'ajoute que la défense du crime
supposé serait peu habile; car on ne pourrait raisonnablement
formuler contre un enfant de neuf ou dix ans la charge d'être
un ennemi de Dionysos. Je me borne, pour l'instant, aux remarques que je viens de faire. Je reviendrai sur le vers 29 après
avoir interprété le poème jusqu'au bout.
Acxätw, entendez sexatw Ereos. L'auteur s’est souvenu apparemment d'un passage d Homère tel que Od., V, 106 sqq. :
astu neg. [otxuoco (LR
bid
vr
=
!
4
nk |
LA
7%
LA
r
OVTO
”
etyaeTtes, Oexdvup GE TO).y néosavreg EOnoav
olxads..
ou Od., XIV, 240 :
Eva prey eivderes moleptlopev vies ‘Ayaröv,
~
~
HU
LA
,
I
la
bd
TH OexdTp GE TOALY Hptuou méocavtes EÓn ev
otxade (1)..
w
~
Acxatw énbaivor. La plupart des poètes éviteraient un pareil
hiatus. Théocrite est moins sévère à cet égard. Il s’en est permis, par exemple, un tout semblable dans sa XIV° idylle :
zöknw érMuurousa (vs. 33).
’Ertbaivor. Cf. Plat. Leg., p. 666, b : zerzapdxovra GE TLOKLvovTa
êzéwv ; Herodian., Ab excessu divi Marci, V, 7, 4 : zo
=
~
id
OWOEXKATOU
(Ezoug) Enıbatvovra.
L'alternative À xa! Sexdtw exi6aive. n’est intelligible que si l'on
admet que éwaerjs est pris, non dans le sens de : « qui a neuf
ans accomplis », mais dans celui de : « qui est dans sa neuvième
année ».
Nous disons couramment : « un enfant de neuf ou dix ans »,
et Théocrite a dit à peu prés de la même facon :
OxtoxatdexeThs 7, evveaxatosy’ 6 vauGods
(2).
(1) Il y a dans Homère d'autres passages semblables avec éxtaetes et avec dwinag.
(2) Théocr. Id., XV, 129.
Page 62
View in PDF(opens in a new window)Mais n’y au: nit-il pas quelque chose de singulièrement lourd
et prolixe à parler d'un enfant « qui est dans sa neuvième ou
bien qui entre dans sa dixième année »? Je proposerai plus bas
une interprétation toute différente.
Vs. 30. Callimaque a écrit :
evayéwy dE xxi Edayéeost pedoiuny (1).
Les deux poétes semblent avoir adapté 4 leurs fins une
mème formule liturgique. L’adjectif svayns, « qui est sans péché,
saint », et le verbe evayéw font pertie du vocabulaire mystique
Cf. Hom. Hymn. in Cer., 273 sq. :
noßnscter, ws
AY Exeita
Ener
Ooyta 0° ave Th ey
evav vrobneerna..,
wo Av
°
La
hd
A
La
Lan)
La
|
evaysos Ephovres ELOY vOnv LAdsxorode ;
Orph., fr. 222 Kern :
ù
a
2
r
,
+
a
on pév x evayéorty un’ AUVAS 12 Al0ro,
+
’
Y
avrg amopbijevor uahaxwreooy nisov Egovaw.
Eur. Bacch., 1009 : edayoovt’ eùsebciv.
Dans une des inscriptions orphiques de Pétélia, lame du
mort dit :
Evayéoust... om. Rime à lintericur du vers. Théocrite en
offre un grand nombre d’exemples, que Fritzsche a réuni dans
son commentaire (3). Citons en guise d’exemple /d., I, 96:
„ah
©’7 ave Auudyv
eyotca
APN A ty vekdorsa,
JEAAOUTE, Saody
Das
i
EX
9
et VII, 62:
(]
fi
vu.
Opa TAYTO. yévouto, xaì EUTAOOS ôppaov FXDLTO.
M. Norden, dans son ouvrage sur la prose rythmique des
(1) Call. Hymn., 1V, 98. Cf. Dieterich, De hymnis Orphicis, p. 34.
{21 IG, XIV, 641, 2; Olivieri, Lamellue aureae Orphicae, p. 2. Diels a proposé
de lire : eis ebavedvrwv.
(3) Cf. Gebauer. De poet. bucol. idylliis, p. 65 sqq.: Legrand, Et. sur Théocr.,
p. 406 sqq.
Page 63
View in PDF(opens in a new window)Grecs, n'a pas omis d'étudier ce phénomène (1). Il le constate
entre autres chez Callimaque. Les passages analogues dans
Théccrite auraient-ils échappé à son aitention?
Suavyé ecgot. C’est la terminaison du datif pluriel de la troisième déclinaison dont Théocrite a coutume de se servir. On lit
de même au vs. 32 : zaidecc:.
Vs. 34 : 2% Atés. Cf. Theocr. Id., IL, 30; VII, 55 : 2E 'Aogodiras; VII, 44 : èx Ards; 129 : 5x Moroay.
A la fin du vers, les manuscrits ont o¥tws. La plupart des
éditeurs écrivent oöros, ce qui est un changement des plus
légers, étant donné surtout que la tradition manuscrite de la
poésie bucolique grecque est misérable, du moins pour toutes
les questions de détail. On s'est longtemps contenté de dire
que ateros doit avoir le sens de otwvos, c'est à dire de présage,
d’augure, et par suite celui de devise; la devise serait ce qui
est dit au vers 30. L’explication est on ne peut plus bizarre.
Aussi a-t-elle à bon droit été jugée inadmissible par M. von Wilamowitz et par Cholmeley, qui ont chacun proposé une nouvelle
solution. M. von Wilamowitz part de la leçon oözwg et traduit :
« Puissé-je être pieux moi-même et agréable aux pieux. C’est
ainsi qu'Aétos est honoré par Zeus ». Aétos doit, dans cet
ordre d’idees, être un modèle de piété. Or, on racontait parfois
que l'aigle était devenu l'oiseau de Zeus, parce qu'il était allé
le premier au devant du jeune dieu après sa victoire sur les
Titans. Dans les scolies de Virgile, la légende de l'aigle apparaît sous une forme quelque peu différente, qui doit être
l'œuvre de quelque poète hellénistique : Aétos aurait été le
premier jeune homme qui vint offrir ses hommages à Zeus
adolescent. L'explication de M. von Wilamowitz est ingénieuse.
Mais on lui objectera qu’à moins de vouloir écrire exprès en
énigmes, à la manière d'un Lycophron, tout poète qui aurait
voulu puiser dans la légende un exemple insigne de foi ou de
confiance dans les dieux, se serait astreint à citer un nom uni-
4) Norden, Ant. Kunstprosa, Il, p. 832 sqq. Cf. Couat, La poésie alexrandrine,
p. 18 sqq.
Page 64
View in PDF(opens in a new window)versellement connu. Cholmeley adopte la leçon oövos et traduit
alerós par : « toit, maison ». Le mot dezós, qui désigne dans toute
la Grèce, le faite d'un édifice, le toit d'un temple, est employé
dans le sens admis par Cholmeley dans une inscription du
u? siècle avant notre ère, qui provient de l'Italie du Sud (1).
On y lit: un... oxo tov autov &eroy UnéAGor, « puisse cet homme
ne pas s’abriter sous le même toit que moi ». Le vers de Théocrite signifierait donc : « Ce toit, cette maison est honorée par
Zeus ». On ne voit guère, cependant, de quelle maison il serait
question. Cholmeley s’est borné à vouloir faire la lumière sur
un point. Il a laissé tout le reste du poème dans l'obscurité.
Vs. 32 : evse6iwy natôsoor. Cf. les locutions : raïôes ‘EAANvoy, molôes latowv, etc.
Abia, selon M. von Wilamowitz, est incorrect pour ova, et
ne se rencontre que dans la poésie de bas aloi (2). El est vrai
que la forme Awa est rare. Mais le poète peut parfaitement
l'avoir employée, puisqu’on tit dans Théognis :
6s x’ eten vyAwoor, A@a, voovn 0” Etepa er
Vs. 33 : yatpor pév Arévusos ; 35: yalooı 6’ everons Zepéha. Cf.
Theocr., ld., II, 165 :
o
«
a
-o
Re
nn
I, 144 : © y
ToAhaxt, Moïout, gatser; XV, 149 : yatoe,
"Adwy ayanaré; X VIT, 135
: AAPE, svat {ItoAcpate; XXII, 214
:
jarpere, Andas zénva.
Aouxdvw. C’est le nom d'une montagne à l'extrémité ouest de
Kos (4), et d'un promontoire d’Ikaros (5). Les deux îles se disputaient l'honneur d’être le lieu de la naissance ou de la
(1) SGDI, 1658.
(2) CE. Wilamowitz, Herakl., 112, p. 53 sq.
(3) Theogn. 96.
(4) Strab., XIV, 2, 19, p. 657 (le texte
porte Acéxavov); Agathem. Geogr., 18 :
ini Aoénavov Kwac otddsx p’.
(5) Euphorion dans Anth. Pal., VII, 654, 3 : aimewfs Apaxzvoro; Strab., XIV,
1,19, p. 639; Steph. Byz. : Aoáxovov.
Page 65
View in PDF(opens in a new window)seconde naissance de Dionysos, naissance d’ailleurs localisée en
beaucoup d'autres endroits encore. Un hymne homérique de
date assez récente. dont Diodore de Sicile a cité un fragment
(4), énumére un certain nombre de ces endroits, en donnant au
Drakanon de Kos la premiére place :
où pèv yo Apoxdvep a’, où à “Ixtow nivepoéosr..,
leçon qu’il n’y a pas lieu de corriger avec M. von Wilamowitz (2) en :
4
r
ot ‘uev vin
Aoaxavw
ak
\
‘
s
?
9
r
se ev Ixaco
TVELOETTY,.
vos
‘
Nonnos (3) aussi a placé la délivrance de Zeus sur le mont Aséxavov, sans dire toutefois s’il s'agit de celui de Kos ou de celui
d'Ikaros. La légende de Kos était probablement plus répandue
que celle d’Ikaros, en raison de la plus grande importance de
Vile. J'ai déjà insisté plus haut sur le séjour.que Théocrite a
fait a Kos ainsi que sur le fait qu’il y a composé plus d’un des
poèmes qui nous sont conservés. On serait donc tenté de voir
dans la mention du Aozxavoy un indice en faveur de la thèse
que les Ajva. sont bien de Théocrite. MM. Maass (4) et
Legrand (5) se sont notamment placés à ce point de vue. Mais
le Apaxavov de Kos a-t-il des cimes neigeuses? M. von Wilamowitz (6) voit dans l'épithète v.odevte que le poète lui donne un
obstacle sérieux contre la facon de voir de ces érudits; selon
lui, le Apaxavov de notre texte serait plutôt une montagne
mythique, comme le mont Nysa. En effet, le sommet le plus
élevé de Vile de Kos n’atteint, paraît-il, qu'une hauteur de
4178 m. (7). Le Kábos Agpvn (Apaxavov) est notablement plus
bas. Les habitants de l’île ne connaissent donc pas les neiges
(1) Diod., IH, 66.
(2) Wilamowitz, Tertgesch. der griech. Bukol., p. 210. n. 4.
(3) Nonn. Dion., IX, 16.
(4) Maass, Herm., XXVI, 1891, p. 178 sqq-
(5) Legrand, É6. sur Theocr., p. 63.
(6) Cf. Palmerius, Exercilationes (1668), p. 814: « Neque in Co. minus in lcaria,
tam alti montes inveniuntur, ut iis conveniat epitheton wwdevr: ».
(7) Cf. Pauly-Wissowa, Encycl., s. v. Kos, p. 1473, a, 48.
Page 66
View in PDF(opens in a new window)éternelles ou quelque chose qui en approche. Reste à savoir si
les poètes ont appliqué lépithète vioóers uniquement à des
cimes très hautes, comme celles de l'Olympe, du Parnasse, de
Etna, ou s'ils l’accordent également, à l'occasion, à des montagnes de moindre hauteur, qui ne se couvrent de neige que
parfois, en hiver. Voici ma réponse. Le Mimas, le massif bien
connu entre Smyrne et Chios, ne s'élève nulle part, si mes renseignements sont exacts, à plus de 1200 m. Il surpasse donc de
peu en hauteur le Pentélique et l'Hymette. La neige du Mimas
figure dans Callimaque à titre d'image de ce qui diminue et
disparaît à vue d'œil :
we GE Minavrı prov, ds dekt Eve nhayyov. (1)
4
Et cependant, Aristophane a dit dans les Nuées :
axorehoy vıpoevra Miuavros (2).
L'auteur des Avy: n'a-t-il pu en user de même à l'égard du
Aoáxavov de Kos?Je croirais qu’oui. Du reste, Théocrite luimême a écrit ailleurs: vugóevzos.… Tlöovrou (3).
Vs. 34: éntyouyi52. Mot qui se litdeux fois dans Homère et
que les auteurs postérieurs lui ont parfois emprunté (4). Ce
n'est certes pas à leurs yeux un mot plus vulgaire que son
synonyme unpös.
Ka-ero. Kazaribesha:., ou anotifesba. (5), dans ce sens spécial,
est connu. Cf. Cat. XXXIV, 8 : Latonia..
quam mater prope Deliam
deposivit olivam.
Adsas. Selon M. von Wilamowitz, AUoæs ne serait pas ici
correctement employé. Mais on dit ve non seulement de
(1) Call. Hymn., VI, 91.
(2) Aristoph. Nub., 273. Cf. Soph. Oed. Col., 1060: rérpas vous; on n'a pas
encore réussi à déterminer, je crois, de quelle montagne Sophocle a voulu parler;
Simon. in Anthol. Pal. VI], 496: vipoudvns &pol Mebovorddos; 3° hymne delph. à
Apollon, 4 : vrooBöhous Terpas ‘EhxwviSaxc.
(3) Theocr. Id., XXII, 28.
(4) Cf. Apoll. Rhod. Argon., Il, 875; Nonn., V, 239; XLII, 159.
(5) Call. Hymn., 1, 15.
Page 67
View in PDF(opens in a new window)liens que l’on dénoue, mais aussi d'objets dont on détache les
liens. Euripide a Avew yodpgara, Oéhzov, solvere epistulam.
Vs. 35. Le poète associe Ino, Autonoé et Agavé au culte de
Dionysos et de Sémélé (1). On identifiait Ino avec Leukothéa,
déesse adorée par les marins et qui avait un culte dans l’île de
Kos (2).
Vs. 36. Kaôuciat pourrait signifier: « thébaines » (3). Mais
il est plus probable que le poète a voulu dire: « filles de
Kadmos ». Cf. Théocr. /d., XV, 110 : % Bepevixetia uvyarno.
[o/hoïs ueuchrnuévar nowivar. Cette leçon repose sur une
conjecture faite par Graefius et par Hecker. Les manuscrits portent : moxhoïs. peueArnuévar iowivars. Fritzsche a
essayé de défendre la lecon des manuscrits à l’aide d’un
passage de Théocrite où il est dit qu’Alkméné sera chantée
par beaucoup de femmes grecques pendant leur travail. et
révérée
par les Argiennes (4). Mais ce passage me suggère
plutôt une autre correction: il faut, je pense, se contenter de
supprimer le ¢ au bout du vers, de façon à lire: noddaïs pepeAnpévat Acova.
Vs. 37: at code Eayov Spekav. Cf. Hom. Od., XI, 272: 7 péye
Eoyov Epegev; XXIV, 358 : of péya Zovov gostav. Theocrite a dit
de même : Sébavzes xane Eoya (XVII. 6) et: Aba =, Athaduevos
usys. épyoy (XXII, 118).
Vs. 38: envpwuarós. Mot rare. Il se lit une fois dans Hésiode,
Op., 13.
'Ovösaızo. On remarquera que l'auteur parle ici à l’aoriste,
et non au présent. Il ne termine pas par une sentence générale. Il se borne à aflirmer encore une fois que, dans le cas de
Penthée, nul n'a le droit d'être offensé de la vengeance de
Dionysos.
(1) Voir au vs. 9.
(2) Paton-Hicks, Inser. of Kos, 37a.
(3) Eur. Bacch., 1160: Baxyaı Kaôpetat.
(4) Theocr. Id., XXIV, 74-16.
BCH, XLVII (1924).
Page 68
View in PDF(opens in a new window)Je voudrais tâcher de démontrer que les termes evvaerss
(vs. 29) el atezós (vs. 31) appartiennent
tous les deux au langage
des mystères, et y désignent des grades auxquels les mystes
pouvaient atteindre après une attente plus ou moins longue.
Si mes conclusions sont justes, elles nous donnent la clef de
idylle. C'est un petit poème composé à l'occasion de l'initiation d'un jeune garcon aux mystères (1). Le mythe de Penthée,
le châtiment du mécréant, y est relaté avec tout le sérieux
possible, comme lorsque
nous racontons
nous-mêmes aux
enfants telle légende du moven-âge, qui nous semble propre
à leur inspirer une sainte frayeur et de bons sentiments. Le
poète semble craindre instinctivement que l'enfant qu’il a en
vue, et ses petits camarades, ne protestent, malgré tout, contre
ce que l'histoire racontée a de cruel et de barbare. Aussi se
donne-t-il une peine raisonnable pour prevenir leur étonnement et leur représenter qu'il n’y a rien là qui les doive
choquer. M. Edmonds, dans son édition récente des Bucoliques
grecs, a déjà deviné qu'il s'agitici de l'iniliation d’un enfant
aux mystères. Seulement, l'éditeur anglais n'a rien démontré
de ce qu’il avance, et il n'a notamment pas compris les termes
aievós et evvaerns. Il admet que l’initiation, dans les mystères
de Dionysos, consistait en un simulacre de meurtre (2), et il
nous renvoie à un hymne de Callimaque où Artémis demande
à être servie par des fillettes de neuf ans (3), passage qui n’a
manifestement aucun rapport avec celui des Añva:.
Je commencerai par le mot aterös. L'aigle est un ancien
symbole religieux très répandu en Orient. Ç’a été, à l'origine,
l'image de l'âme humaine, qui, délivrée par la mort du corps
de sa prison
lerrestre, prend son essor
vers
les régions
(1) Le LXXXIVe Hymne orphique est un poème du même genre, témoin le
vers 3 :
.
,
|
on
vojgÔe ob Ev teActats Ostarg puotag avadelgatg.
(2) Edmonds, The greek Bucolic Poets, p. 325 : « This poem was probably
written in honour
of the initiation of a boy of nine into the mysteries of
Dionysos by a mock slaying-rite » .
(3: Call. Hymn., HJ, 14.
Page 69
View in PDF(opens in a new window)célestes (4). Dans les mystères, le terme aetós avait pris un
sens plus spécial. Les noms des différents grades des mystes
dans la religion de Mithra sont connus par un passage de
saint Jérôme (2)et par un passage de Porphyre (3), lequel est
tiré des écrits d’Euboulos, auteur du n° siècle de notre ère.
D'après saint Jérôme, il y avait sept grades, dont voici les
noms: 1° xooaxes, 2° xoúpto:, 3° milites, 4° Agovcec, 5° Ilépoar,
6° nArododmor, 7° natéges, les nazépes étant placés au
degré le
plus élevé de l’Echelle hiérarchique. Porphyre ne nomme pas
tous les grades. Il cherche à démontrer qu’il existe une sorte de
parenté entre l’homme et l’animal, et il suppose que cette
conviction n'était pas étrangère à ceux qui donnèrent des noms
d'animaux à certaines catégories de mystes. Il n'a donc intérêt
qu’à citer ces catégories-là. Voici le texte de Porphyre : ds tous
piv petéyovtas zv aurav Opylwv puotas AËovras xaheïv, ths GÈ
vyuvainas valvas (4), Tous 08 URNPETOUVTAS KÒpaxas * en OF TOV nareowy aero ko xar tépaxes (5) oto: noosayopetoyrar. On a remarqué
depuis longtemps qu'il y a une lacune dans le texte après
rautéowy, Je proposerais d’écrire : én. 9 toy ratéowy @oauTwS "
deto! yuo xa’ Lepaxes OTOL roosayocetovrot. « I] en est de même des
mazépes (entendez: les wxtepe; aussi soni désignés par des noms
d’animaux): on les appelle aigles et faucons». Le texte de
Porphyre n'est pas en contradiction avec celui de saint Jérôme.
Porphyre nous apprend simplement quelque chose de plus, a
savoir que les natéges, qui formaient la classe des mystes la
(4) Cf. Cumont, Études syriennes, p. MT: « L'opinion la plus vraisemblable ıne
parait être que dans la Syrie du Nord, l'aigle, dès une haute antiquité et probablement déjà sous les Ilittites, représenta simplement lame du mort : c'est Pameoiseau qui s'envole au
moment
du décès.
conception
qui
se
retrouve
chez
beaucoup de peuples primitifs »; Gruppe, Bursians Jahresber., vol. 186 (1921),
p. 138 sq.
(2) Hieron. Epist. ad Laelam, CVIL (vol. Il, p. 18).
(3) Porphyr., De ubstin., IV, 16.
(4) ‘Vaivas, hyènes. On a proposé de changer ozivzs en realvas.
(3) Jl est assez curieux de voir que ces mémes oiseaux ont été considérés comme
sacrés en Egypte; cf. Aristid., ‘Axohoyix wept Beocefelac ed. Hennecke
11893) p. 29 sq.
: Tivès yao aùröv (sc. tüv Alyuntiny) ésesacbysayv....tdv xdpaxa
wai THY iépana wal Tv yoru nal tov deróv.
Page 70
View in PDF(opens in a new window)plus élevée en rang, étaient subdivisés en « faucons » et en
« aigles ». Le témoignage de Porphyre est, de plus, confirmé
par quelques textes épigraphiques (4). C'est Erwin Rohde qui a
le premier attiré l’attention des savants modernes sur Ja signification symbolique de l’aigle dans les mystères (2). M. Cumont
a commencé par émettre quelques doutes à cet égard (3). Pour
Dieterich, au contraire, il n'y avait pas d hésitation possible (4) :
la remarque de Rohde lui paraissait convaincante. Partant de
la, Dieterich a rétabli le mot aterós, dans son sens mystique,
au commencement du papyrus magique qu'il a étudié dans
son livre intitulé : Eine Mithrasliturgie (1903). Il est question,
dans ce texte curieux, d’un homme auquel la divinité accorde
la grâce que son âme monte au ciel et y contemple les choses
qui sont cachées aux mortels. L'homme ainsi favorisé parle de
la force que le dieu du soleil, Mithra, lui a fait donner par son
archange, « 6mws £yb
pôvos
aintns ovpavòy Saive nai xaronreuw
rävrx ». Or, il n'existe pas de mot 21715 qui donne ici un
sens approprié (5) ; mais on trouve atïnzós, à côté de aïezos.
Dieterich a donc changé aintns en atevòs, et cette correction
semble s'imposer (6). M. Cumont, aujourd’hui encore, ne la
croit pas certaine, tout en renonçant expressément à son doute
concernant
la thèse de Rohde (7). Celle-ci a d’ailleurs été brillamment confirmée depuis (8) par un nouveau texte : 5 detòs
(1) Cumont, Textes ef monum. fig. relatifs aux myst. de Mithra (1899), II,
p. 172 sq. — Inscription trouvée en Lycaonie : Aoÿutos dvéornoev... Exuròv aetdv.
(2) Rohde, Psyche!, p. 679,1.
(3) Cumont, Ouvr. cite, I, p. 315.
(4) Dieterich, Die Religion des Mithras, Bonner Jahrb., CVII, 1902, p. 37.
(5) Il ya le mot alien: = ath, vent, souffle. C'est un mot poetique ; cf. Plat.
Crat., p. 410, b: of yap romral mou ri nveiparta ahtas wakoörw.
(6) Dans l’/caromenippe de Lucien, le philosophe qui monte au’ ciel et pénètre
auprès des dieux se pare d’une aile d’aigle et d'une aile de vautour (§§ 3 et 10).
Il y faut voir une parodie du ravissement mystique de lame (cf. Helm, Lucian
und Menipp., p. 104). Les passages suivants corroborent cette facon de voir:
81:79 8 zò todtou à adtov Faq tov odpavòv xal try Anpörodıy Thy Tod Alès dvodos *
wai tata vévorvo edtevw det prac uépac; § 2: SAcAROe1 Fut épars tee À xoAoLös
8E àVbponou yevdwevos.
(1) Rev. de Uhist. des relig., LXIL, 1910, p. 146, 2; Et. syr., p. 56, 3.
(8) V. Boll, Arch. für Rel. Wiss., XIX, 1919, p. 553 sq.
Page 71
View in PDF(opens in a new window)(Gm A0t) gúsvas, paveaCousvous, noésunaz Basırna 7 nept Basıkeis
oveas (1). On remarquera que ce texte ne limite pas l’appellation d’aigles aux seuls mystes de Mithra (2). On savait
d’ailleurs déjà qu'il y ade nombreux points de ressemblance
entre les mystères de Mithra, et ceux de l’époque hellénistique,
et méme des temps classiques.
Je crois pouvoir ajouter aux textes que je viens de citer
quelques preuves du sens mystique d’zerös beaucoup plus
anciennes que celles sur lesquelles on s’est appuyé jusqu'ici.
1° On a trouvé à Sparte, dans le sanctuaire d’Artémis Orthia,
un grand nombre de plaquettes votives de calcaire de petite
dimension et de forme irrégulière. Elles portent, en caractères
archaïques, de courtes inscriptions mentionnant le nom du
donateur, et souvent rien autre chose. Sur l’une de celles-ci se
voit le dessin incisé d’un aigle (?) tenant dans son bec une
couronne (3). Le même symbole se rencontre fréquemment
sur les pierres tombales syriennes (4). Comme nous avons
affaire ici à un ex-voto, l'oiseau stéphanophore qui y figure ne
saurait avoir une signification funéraire. C'est ce qui ajoute à
l'intérêt de la trouvaille. L’aigle représente ici, à mon sens,
la personne du donateur en sa qualité de myste; la couronne
est la couronne de vie (5). Sur d’autres reliefs votifs trouvés
an même endroit, se voit un cheval, autre emblème de l’âme
désireuse de s'enfuir vers l'empyrée quand ses liens seront
rompus (6) :
(1) Boll, Sphaera, p. 41 sq.
(2) Cf. Phytian-Adams, The problem
of the Mithraic grades, Journ. of Rom.
Stud., 11, 1912, p. 63.
(3) Hondius et Woodward, A. B. S., XXIV, 1919-1921, p. 97.
(4) Cumont, Ed. syr., p. 39-41; 485 60; 81.
(5) Cf. ibid., p. 65-68; 352 (Mon. Mattheiana, Ul, p. 139, n° 44). La « couronne
de vie» est déjà nomimée dans la vieille formule orphique : tweeted 6’ éxéZav
ateodvou moo) zaprakluersı, ce qui veut dire: « j'ai ravi la vie éternelle » (16,
XIV, 641, 1, 6, inser. du ive s. avant J.-C.).
6) 4, BOS XW, 1905-6, p. 333 sqq.: XXIV, 1919-4921, p. 90,92. Parmi les autres
sujets représentés, notons un chien assis ibid. XII, p. 335), un sanglier (XXIV,
p. 94), un lion :p. 95 , un bateau à voiles (2) (p. 98), un homme et une femme
debout qui se font face et se donnent la main droite (p. 100); l'objet placé entre
Page 72
View in PDF(opens in a new window)afavaros Lun...
2° La collection Scheurleer, à la Haye, renferme une plaquette de terre cuite en forme d’édicule, qui a pour décor unique un aigle tenant un serpent dans ses serres (2). C'est un
objet de l'époque hellénistique; il provient du Péloponnése. On
sait que les plaquettes de cette forme, les v#sxot, jouaient un
grand rôle dans le culte de Cybèle (3); elles étaient notamment
portées sur la poitrine par les Galles. Le plus souvent, on y
voit l’infage de la déesse elle-même. L'aigle représenté sur la
plaquette Scheurleer est évidemment un symbole eschatologique, et je tiens pour assez probable qu'il représente un myste
de Cybèle. On retrouve d’ailleurs l'aigle sur un assez grand
nombre de monuments relatifs au culte de la déesse phrygienne.
M. Graillot y voit partout l'oiseau de Zeus; mais je doute fort
qu'il ait raison (4).
eux est, à mon sens, un joug (joug droit attaché au timon) qui symbolise le
mariage (coniugium).
(1) Philostr. Vil. Apoll., VIII, 31, 3.
(2) Lunsingh Scheurleer, Cutal. (19095), p. 269; pl. XXV, 2 (haut. 0 m. 07).
(3) Graillot, Le culte de Cybèle, p. 186, 2; 237: 298; 500; pl. IH; Winter, Die
Typen der figürl. Terrakotten, 11, p. 175, 3.
(4) Graillot, ouvr. cité, p. 15, n. 2 : « L'aigle de Zeus Brontôn figure très souvent sur les tombeaux phrygiens..; » p. 195, et note 2 : « L'aigle de Zeus va se
poser à côté de la déesse, dont il manifeste ainsi la souveraineté.
Intaille de
l'époque impériale : Furtwängler, p. 267, n° 7158. Aigle … éployé sur une sphère,
symbole de Caelus (Cumont, Mithra, I, p. 88), sur un autel taurobolique : CIL,
XII, 1827»; p. 254 : « Effigie de Laberia Felicla, qui fut Sacerdos Maxima de
Rome (Visconti, Museo Pio-Clementino, pl. XVIII, p. 101 sq.) ... La main droite
tient la patère au-dessus d'un petit autel de Zeus, et la main gauche une guirlande de chéne»; ibid. n. 3 : « L'aigle est sculpté sur l’autel rond (cf. un aigle
sur le tombeau de la prétresse (salena); la guirlande de chêne paraît également
se rapporter au culte de Jupiter. » Et pourquoi s’agirait-il ici d'un autel de Jupiter
plutôt que de Cybèle ? Pour ce qui est du chêne, j'ai déjà dit (p. 133,4; qu'il était
consacré à Cybèle tout aussi bien qu'à Zeus. On trouvera la pierre tombale de
Laberia Felicla reproduite dans Baumeister, Denkmäler,
p. 802, fig. 868, et
dans Äwelüng, Die Sculpturen des Vatic. Mus., Il, pl. 58 (d'après une photographie). Il ressort de la description d’Amelung que la main gauche de la prêtresse
Page 73
View in PDF(opens in a new window)3° Le caractére votif des deux objets que je viens de décrire
n'est pas douteux. Lorsque nous trouvons l'emblème de l’aigle
sur un tombeau, nous sommes la plupart du temps loin d'être
sûrs qu'il faille lui attribuer une signification eschatologique
ou mystique. Mais je ne puis m’empécher de rouvrir ici la discussion sur le décor du bûcher sur lequel Alexandre fit brûler
le cadavre d'Héphaestion, en 323, à Babylone (1). Les torches
qu’on y voyait étaient ornées, au dire de Diodore, en haut,
d'aigles, et, à la base (2), de serpents; les poignées consistaient
en couronnes d’or. Quelle a été, dans l'esprit d’Alexandre, la
signification de ces trois emblèmes ? Pour M. Cumont, il v a là
un souvenir confus de la fable chaldéenne d’Etana (3). Mais
bien qu'il ne faille pas nier qu'il peut y avoir un rapport très
réel, quoique très lointain, entre le mythe d'Étana et le groupe
hiératique de l'aigle et du serpent, je me refuse à croire qu’un
roi tel qu'Alexandre ait songé à puiser dans la mythologie
babylonienne les symboles religieux destinés à faire éclater,
aux yeux des soldats de son armée, sa foi dans l’immortalité
de son ami le plus cher. Ces symboles, Alexandre a dû les
empruuter aux croyances nationales des Macédoniens et aux
siennes propres. J'ai montré plus haut que l'aigle stéphanophore et le groupe de l'aigle et du serpent se rencontrent, l'un,
en pays hellénique dès une haute antiquité. l'autre, dans le
culte hellénistique de Cybèle. Sur le bücher d’Hephaestion,
l'aigle symbolise l’äme du défunt qui monte au ciel, le myste,
le mort divinisé; ce sont termes synonymes, puisque l'effet de
l'iniliation dans les mystères est d’unir l'homme à Dieu et
d'immortaliser l'âme humaine en lui infusant la force divine.
et une partie de la guirlande qu'elle tient sont modernes; la guirlande serait une
guirlande de laurier.
Cf. Oesterr. Jahresh., XVII, 1914, Beibl., p. 126.
(4) Diod., XVII, 115; Cumont, Ouvr. cité, p. 73.
:2) Le texte porte : napa 62 tas Bagets Sornovtas Zwoobvra Toùs derous. Une
grande torche placée sur une base et enlacée d’un énorme serpent est fyurée sur
certaines monnaies de Cyzique iv. Rubensohn, Die Mysterienheiligtümer in Eleusis und Samothrake, p. 179).
(3) Cumont, ibid., p. 82 sqq.
Page 74
View in PDF(opens in a new window)Le serpent et la couronne sont d’autres emblémes de la même
croyance.
Le flambeau lui-même enfin est un
quatrième
emblème mystique. Le rapprochement de la torche et du serpent se rencontrait dans le culte du grand sanctuaire de Samothrace dont l'entrée était flanquée de deux gigantesques flambeaux enlacés de serpents (1), et ailleurs (2).
Le groupe de l'aigle enlevant le serpent, ou du serpent qui
enlace l'aigle, groupe qu’on rencontre déjà très anciennement,
me semble résulter, de même que la figure de l'aigle stéphanophore, de la combinaison, par les artistes, des deux emblèmes
primitivement juxtaposés. Les fables qui parlent d’un combat
entre Ie rapace et le reptile sont des mythes étiologiques
inventés après coup pour expliquer l'association des symboles.
I] serait évidemment absurde d'attribuer un sens eschatologique au groupe de l’aigle et du serpent, partout où celui-ci se
rencontre au cours des siècles. Ce que j'en dis vise uniquement
son origine, et certains cas spéciaux. Je n’ai garde de généraliser. L'aigle avec le serpent qui paraît sur les monnaies
d’Amyntas III de Macédoine et sur les monnaies contemporaines de Pydna, peut étre un symbole religieux (3). Pareillement
les surnoms Atsrös et ‘Iéa7§ portés par des princes hellénistiques
d'origine macédonienne et épirote (4) ne me semblent pas avoir
été, à l’origine, des œhaxËovixù dvouata, comme s’exprime Dion
(14) V. Rubensohn, ouvr. cité, p. 163 sq.
(2) Cf. Head, Hist. numm *. p. 527 (monnaies de Cyzique de l’époque impériale) : « Circular building, on each side, torch entwined by serpent (Imhoof.
Gr. u. röm. Münzkunde, 1908, p. 41); … torch entwined by serpent … ».
(3) Dans le roman d'Alexandre, l'âme du conquérant est portée au ciel par un
aigle accompagné d'un serpent de feu (v. Cumont, Fé. syr., p. 13, 3).
(4: Pyrrhus était surnommé ’Aetés (Plut. Pyrrh., 10, 1; Ael. Hist. Anim., VI],
43). Antiochus, fils dAntiochus Théos, portait le surnom de ‘Iéoaë. L'explication
donnée par Justin est inepte : « Hierax est cognominatus, quia non hominis, sed
accipitris ritum in alienis eripiendo vitam sectaretur » (Just. XXVII, 2, 8). Celle
de Plutarque n'est pas beaucoup plus heureuse: TohtooxnTai xai Kepauvoi xai
Niuärnoss, Evie: 6 "Aetol zal "Téoaues Éyatoov rposayopzruönevar, Thv 2d tHe lus vai
Tis Suvapems, Gs Bore, pFAAOV À thy ano tHe dperiis Öókav ayarüvtes (Plut,
Aristid., 6).
Page 75
View in PDF(opens in a new window)Chrysostome (1), pas plus que les surnoms ®eós et Keoauvés (2).
Tous ces noms ont un sens mystique. Par contre, il faut sans
doute reconnaître dans l'aigle l'oiseau sacré de Zeus sur les
monnaies de l'Élide où le groupe de l'aigle avec le serpent
alterne avec l'aigle qui emporte le lièvre (3).
4° Sur un monument sépulcral de Kios (4), on voit, à côté
de la représentation d'un combat naval, et d'un banquet funéraire, un serpent enlacant un aigle, lequel figure apparemment
Pame du mort (5).
5° Sur un tableau d'un peintre de l'époque d’Auguste, Philocharès, on voyait un vieillard avec son fils, et, au-dessus de
ce groupe, qui représentait le dernier adieu, un aigle tenant
un serpent dans ses serres (6).
6° Sur un disque de bronze du Musée de Bruxelles qu’a
publié M. Cumont (7), l'emblème de l'aigle et du serpent (8)
est combiné avec un de ces masques d’homme à longue chevelure et & barbe flottante, qui représentent, & n’en pas douter,
(4) Dio Chrys., LXIV, 22.
(2) Cf. Usener, Rhein. Mus., LX, 1905, p. 7.
(3) V. Catal. of Greek coins Brit. Mus., Peloponnesus, pl. X: Synopsis,
pl. 14, mes 26-28.
(4) Philippe Le Bas, Voyage archéol., (publié par S. Reinach, Paris, 1888),
p. 114; pl. 131.
(5) C'est M. Pfuhl qui a le mérite d'avoir le premier interprété de la sorte
l'aigle du monument de Kios dans l'Archaeol. Jahrbuch de 1905, p. 149.
M. Pfuhl a attiré, au même endroit, l'attention sur une cenochoé à figures noires
du Musée Britannique (Walters, Catal. of the Greek and Etr. vases in the Brit.
Mus., vol. Il, B, 647; Lenormant-Witte, Élile céramograph., 1, pl. VID, sur
laquelle on voit un groupe de deux guerriers combattant, dont l'un tombe frappé
mortellement, et au-dessus de ce dernier un aigle tenant un serpent dans ses
serres. Mais il convient de distinguer. Je croirais, pour ma part, que le sujet
représenté ici est un épisode de la lutte entre les dieux et Jes géants, et que
l'aigle est, en conséquence, l'oiseau de Zeus. Tel l'aigte attaquant le serpent dans
la frise de l'autel de Pergame ‘Alf. von Pergam., 111, 2, pl. XXIII; Ussing, Pergamos, fig. 15; p. 93), et, ailleurs, la chouette qui vole au-dessus d’Athena en
lutte avec le géant Enkelados (Müller-Wieseler, I], 229).
(6) Plin. Nat. Hist., XXXV, 28 : supervolante aquila draconem complexa.
(7) Cumont, Festschr. far Benndorf (1898), p. 291 sqq.; Et. syr., p. 60 sq.
(8) On comparera le serpent qui enlace le corps du dieu Aion,
Page 76
View in PDF(opens in a new window)le dieu suprême des mystères et que l’on retrouve sur nombre
de monuments dionysiaques et orphiques (1).
Appliquons maintenant les notions acquises au vers qui a
été notre point de départ :
+
A
hd
4
\
EX Atos Ay LOW
TEV
bid
y
A
LA
SEL ALETOS OUTOG.
Je voudrais corriger éye.en ¢yot, pour enlever ce que ces
mots sembleraient avoir, sans cela, d’orgueilleux et d'insolent.
« Puisse Zeus », dit le poéte, « honorer cet aigle », entendez le
myste dont il célèbre Vinitiation. Le jeune initié est-il, à ce
moment déjà, pleinement en droit de porter le nom datetés?
Il se peut, s’il s'agit pour lui de la seconde initiation qui lui
confére le grade d'épopte; et, en tout cas, le poète peut le
saluer, par anticipation, du nom d'« aigle », en guise de bon
présage pour son avenir.
Après avoir établi le sens de atevós, nous avons à chercher
celui de evsxeris. Si l’on rapproche le texte de l'hymne delphique :
|
|
afppt e]vvaerais...... en|önrlaıs
opyio[vl dct[ wv]
du vers du poète hellénistique :
ein 9 evvaerns À nal dexdrw extrSaivor,
il devient impossible de douter qu'il s’agisse dans les deux
passages de mystes d'un rang élevé, nommés évvaetai. Dans le
péan de Philodamos, les srôrza: évvaezat constituent une élite
d hommes hautement vénérables que le gros des mystes entoure
de son respect. Dans idylle, le grade d’evvaerns est dépeint
comme un degré trés haut qu’on ne dépasse qu’exceptionnellement. On comprend maintenant le xaì : « Puisse-t-il devenir
évyaerhs, ou méme arriver à la dixième année ». C'est comme
‘4, Cf. Leopold, Mededeelingen van het Nederlandsch historisch Instituut te
Rome, |, 1921, p. 78. Macchioro, Zagreus, p. 120 : « la maschera sostituisce e
rappresenta il dio stesso ».
Page 77
View in PDF(opens in a new window)si l’on disait : « Puisse cet enfant atteindre l'âge de soixantedix ans, ou méme devenir octogénaire ». Cependant, la signification exacte du terme évvaec7¢ demande encore à être déterminée.
.
It est bien apparent, pour peu qu’on veuille y réfléchir, que
les evvaevai ne peuvent être littéralement ceux qui étaient initiés
depuis neuf ans. S'il en avait été ainsi, comme on pouvait
faire initier les enfants dès l'âge le plus tendre (1) et que le
grade d’épopte se conférait un an après l’initiation du premier
degré (2), on aurait pu être evvaeıns à quinze ans. Même ceux
qui se faisaient initier à l’âge adulte, auraient été svvaerat à
trente ans. Or, les mots : 7, xx! cexazw erıßatvor, et la préséance
que Philodamos accorde aux évwaevat, montrent que ceux-ci
sont des hommes âgés et jouissant d’une longue expérience
dans les choses du culte. Je pense donc que dans évvaeris nous
devons entendre par #70; une « grande année », comme disaient
les Grecs, c'est-à-dire une ennéatéride (3). Le péyas éviaurés,
appelé aussi &ïôtos êvuauvvós, ou même £viaurés tout court, se
rencontre dans la littérature grecque dès une très haute antiquité. Parmi les textes qui y ont trait, et qui se rapportent
tous à la durée du châtiment d’un dieu ou d’un héros, les plus
probants sont ceux qui traitent de la servitude de Kadmos :
Kaduos av8’ Gy Exrervev Körcv Evrauròv sGñreuses “Apers Av dE 6
evıaurös TÓze Oxt Evy (Apoll. Bibl, III, 24); mpózepov dE éxéAeucey
aùzòv &vrì Ts Avansisews TOU Godxovroc Evraurdy Anzeüsaı (Schol.
A Hom. I., II, 494); Káòpos... ehnreusev “Apen outa Ern (Suid.
s. v. Kadpeta vien).
(1) Cf. Anrich, Das ant. Mysterienwesen, p. 55; Pringsheim, Arch. Beitr. zur
Gesch. des eleusin. Kulfs,
diss. de Bonn, 1905, p. 20 sqa.; 118 sq.;
Homolle,
Rev. arch., XI, 1920, p. 57 sq.
|
(2) Plut. Demelr., 96 : Enurrteuov SE todAdytotOV And Thy peydAwv Eviauröv diadeinovtes; Anrich, Ouvr. cité, p. 9, n. 3: Foucart, Les mystèrrs d’Eleusis, p. 432.
(3) Cf. Censorin., De die natali, XVIII, 4 sq. : hoc quoque tempus (sc. quadriennium, revtæstrois) ... duplicatum est et octaeteris facta, quae tunc ennaeteris
vocitata, quia primus eius annus nono quoque anno redibat. Hunc circuitum
vere annum
magnuin esse pleraque Graecia existimavit... Ob hoc
im Graecia
multae religiones hoc intervallo temporis summa caerimonia coluntur. Delphis
quoque ludi qui vocantur Pythia post annum octavum olim conficiebantur.
Page 78
View in PDF(opens in a new window)Viennent ensuite les textes dans lesquels il est question de
la servitude d’Apollon chez Admétos : ’AxédAwy... xat 'Aômúta
Qntevwy eüpiaxerar aby zat ‘Houxzet
MEyay eis eviautoy.
(Clem. Alex., Sérom., I, 24, p. 69 Stählin);
Tov ’And)dAwva wufosovousty...
"Acurz@ nasafnreusaı uéyav eis Eviautéy
(Plut. Mor., p. 761, E);
ThA, 6° doyveózolos “AndAAwy
dvoo. mapa & Avante Anveuduer ets evrautov
+
4
~
~
,
hd
hd
(Panyassis, fr. 16, Kinkel, Epic. fr., 1, p. 264);
mao’ autoy cov "AdurToy opera: "AndAAwY Onzevswy éviautdy (Pherec., fr. 76, b); éviautoy avòol Bnreusar (Zenob., I, 18).
La durée de l'exil d’Apollon après sa victoire sur Python est
fixée dans Plutarque (De def. orac., 21) à neuf ennéatérides :
To 0’ Amoxseivavıı pv Evvéa toy ust eis va Tépnr, yevéodar Tv
ours, ARM... Gozepov.. sviauT@y peydAwy Evvia meptodots ayvoy
yevöpevov... xaTeMQovta co pnsTnproy nagahadeiv.
Il n’est pas douteux enfin qu'Hésiode ait attribué le même
sens aux termes éviautdés et péyas évrauros dans le passage de la
Théogonie (vs. 793-803) où il est question de la peine infligée
aux immortels qui se parjurent par le Styx :
6g xev Thv Eniopxoy Amorheibas enopösen...
RELTAL VAUTROS TETEASTREVOY eis ÉVLAUTOY.
autao émel voùsov TEAËTN pévay eig EVLAUTOY,
ähhog y 25 Ghhou Géyetar yahenwrepos Gus.
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oùdë nor’ ès BuuAhv Erntulsyerar oud’ En) Gartas
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EVVER TAVTA ETN"
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SEXATW Ô
se
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ERLULTYETAL LITE. oe
Cf. Serv. ad Verg. Aen., VI, 565 : « Fertur namque ab
Orpheo quod dit peierantes per Stygem paludem novem annorum spatio puniuntur in Tartaro ».
Page 79
View in PDF(opens in a new window)Enfin, le péyas éviaurés de huit années se trouve mentionné,
à côté de périodes d’une durée plus grande, dans les Placita
Philosophorum de Plutarque (II, 32, 2) : vòv 2 péyav êvuauròv of
wey sv tH OxtaeTyotoL Tilevtar, où 6 Ev Th EVVEURALGEXETHOLGL, OL 6’ Ev
zoïs ÉEnxovTzx Evòg GEousıv.
Si l'on tient compte de l'ensemble des textes cités, et, en
outre, du fait que l’ennéatéride, et le nombre neuf en général,
ont joué un rôle important dans certains cultes grecs (1), et
notamment dans celui de Dionysos, on ne jugera peut-être pas
trop hasardée l’explication du terme évvaez7¢ que je viens de
proposer.
Je citerai encore une épigramme funéraire provenant d’Eleu-
SIS :
ynaahénv boyv en’ dxpaip couse. l'Axdxos
nal, xahier xeoaoas KOELTTOVA TW POT
Ooyta nasıy Éparve Bootots pueciubsora Anouc
evvacrtés, 0EXATE oO HAE npòs aQavatous.
7, XLAGY ER LaxLOWV UUTTTOLOY, OD Möyov elvar
zòv Advatov Bvnzois ov xaxdv, dh’ ayabdy (2).
Le sens du premier vers ne peut faire de doute. Il s'agit d’un
homme mort vieux, qui était resté sain de corps, tandis que
son esprit avait acquis la mesure, la modération, la sagesse
que donne l'âge (3). On a conclu des vers 3 et 4 que Glaukosétait hiérophante, et qu'il était mort après avoir rempli ses
fonctions pendant dix ans (4). C'est admettre que le terme doys.
désigne ici, comme d'ordinaire 7x ‘eed, les objets sacrés du
culte que le hiérophante était chargé de découvrir aux
mystes (5). J'ai montré plus haut (p. 139,5) que le terme öpyra
(1) V. Roscher, Die ennead. und hebdomad. Fristen und Wochen, Abh. der
süchs. Ges. der Wiss., Phil.-hist. KL, vot. 21, 1903, IV; Pind. frg. 133 Schroeder.
(2) "Ep. apy., MI, 1883, p. 81, n° 8 (rme siècle après J.-C).
(3) Cf. Eur. fry. 293 : Yuyal & apelvous Toy yegartépwv Todd.
(4) Foucart, Les myst. d’Eleusis, p. 174. Cf. 1G, I, 713, 3:
Os teAeTa¢ avéwnve nai Soya ndwuza pustacs.
(5) Ibid., p. 179.
Page 80
View in PDF(opens in a new window)ne se prend que trés rarement dans ce sens, A partir du premier siècle de notre ère. Le mot òaytopdvens ne se rencontre
qu’exceptionnellement à partir de l'époque impériale (1). Dans
Hymn. Orph., V, 119, où le mot est au pluriel : és +ekeriv aytyy
mohuttotxdov Osytowdvrars, il ne désigne apparemment pas le
hiérophante, qui était unique, mais, d'une facon générale, les
ministres du culte orgiastique. Je croirais donc que les mots
oe yu Epatve de l’épigramme d’Eleusis signifient : « il enseignait
les mystères ». On comparera, par exemple, Hom. Hymn. in
Cer., 476, où le poète dit en parlant de la déesse elle-même :
éméepadey Opyta räcıv (2),
Opp. Cyneg., IV, 248 sq. :
TOOTS 6 Eparvov
Ooy te,
et une épigramme attique de l'époque d'Hadrien (3) où il est
question d'une femme
a
he’
a
BJ
LA
~
N oteretas avéwarve
Geoïv Tap
ry
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~
AVAXTOOA
Anous.
à
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Glaukos aurait-il été exégète des mystères (4)? Ou bien doiton penser que l'expression un peu vague : öpyta épatve indique
qu'ayant été voué dès sa Jeunesse aux offices sacrés, il avait
parcouru successivement plusieurs charges élevées? Si tel est
le cas, je verrais en lui un homme qui avait atteint précisément
ce que l’auteur des Afvat souhaite au jeune épopte dont il dit:
six 0” Evvaerhs 7 xat Sexztw emr6atvor,
y
Ag
9
A
bal
x
!
bd
#
°
c'est à dire que Glaukos avait atteint, puis dépassé la neuviéme
ennéatéride, après être devenu épopte.
Les savants modernes ont beaucoup discuté la question de
(1) Cf. Anth. Pal., IX, 688.
(2) Les vers 477 et suivant doivent, je pense, se lire ainsi :
seuvi TA T° oönwe Earl, wapse puertye:, ruñéchat
008’ fiyéetv: péya yap tt Oeds dyos loyaver addy.
(3) Kaibel, Epigr. gr. ex lap. conl., 950.
(4) Sur les exégétes éleusiniens, voir Foucart, ouvr. cité, p. 236-241.
Page 81
View in PDF(opens in a new window)savoir si le péyas éviaurés des anciens comptait primitivement
huit années, ou neuf. M. Roscher tient en faveur de la seconde
hypothèse; M. Gruppe (1), à l'avis duquel je me raliie, adopte
la première. La +zoternois, la nmevreznois, l’évvearnots des Grecs
avaient une durée respectivement de deux, de quatre et de huit
ans. Notre interprétation du terme êvvaer%s confirme cette
manière de voir. En effet, si l’on prend comme base de calcul
une « grande année » de huit ans, il s’écoulera, à partir du
moment où
l’on devient
épopte,
un laps de
temps
de
8 x 8 = 64 années, avant que l'on devienne ewaeri.s, et de
9 >< 8 = 72 années, avant que l’on entre dans la dixième
ennéatéride. Si, au contraire, on fixe la durée d’une ennéatéride à
neuf ans,
ces
chiffres deviendront
respectivement
8 >< 9 = 72, et 9 >< 9 = 81 années, c’est-à-dire que même
celui qui aurait été épopte dès l'âge de cing ans ne serait
devenu evveeris qu'à l'âge de 77 ans révolus, et n'aurait dépassé
la neuvième ennéatéride qu'à partir de l’âge d2 86 ans. Les
chiffres auxquels on arrive ainsi sont manifestement trop élevés : le grade suprême n'aurait de la sorte été atteint que par
quelques rares survivants, à un âge où un nombre minime
d'hommes sont encore en pleine possession de leurs facultés
morales.
J'ai essayé de montrer quel est le sens que l'on doit attribuer
aux vers 29 et 31 de notre idylle; mais je ne les ai considérés
encore Jusqu'ici qu'en eux-mêmes, sans m'occuper du contexte
de la péricope dont ils font partie. Pour peu que mon raisonpement ait pu paraître convaincant, on m accordera, Je pense,
que l’ordre des vers que donnent les manuscrits ne saurait
être le vrai. Les vers 31 et 29 doivent nécessairement se faire
suite dans cet ordre. Il suffit d’ailleurs, pour obtenir un sens
satisfaisant, de déplacer le vers 29 de la manière suivante :
27
28
09% dhEyw und AAAos areyhonevo Arovusw
gaovrilot, uno’ zt 4… AMETOTEDL TOVOE oyAoat
(1) Gruppe, bie mythology. Litteratur 1898-1905 (1905), p. 364.
Page 82
View in PDF(opens in a new window)31
29
AUTOS 0’ evayéorp!. wat evayéerotv &ootrut.
sx Atos atyuóyw thay 2/0! aletos ONTOS,
”
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32
evtebiny roiGesot và Awta, Gussebewv 6’ ov.
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oe
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fa
”
L’authenticité de Vidylle XX VI a souvent été contestée. Je
me suis attaché à mettre en lumière dans mon commentaire
qu’elle est écrite dans la langue, le dialecte, le vocabulaire, le
style, la manière de Théocrite, auquel elle semble avoir été
atiribuée dès l’antiquité. L'examen de la métrique conduit au
même résultat (1). Répétera-t-on encore, à défaut d’autres
arguments, que, considérée comme œuvre poétique, elle est
indigne de Théocrite? Si l'idylle, sous ce rapport, prêtait à de
justes critiques, il faudrait toujours se rappeler combien beaucoup de poètes, même de premier ordre, sont inégaux dans
leurs productions. Mais, pour moi, je me rangerais volontiers
à l'avis d'hommes tels que Dilthey (2) et Couat (3), qui ont
témoigné en excellents termes de leur admiration sincère pour
cet exposé concis et rapide des effets foudroyants du délire
orgiastique. Rappelons aussi qu’au cours de notre commentaire
nous avons noté les particularités suivantes qui semblent être
autant d'indices d'authenticité :
4° prédilection pour la botanique (vs. 4);
2° emploi du mot êrt/wpros dans un sens qui ne nous est
connu que par un texte dorien de la Grande Grèce, à peu près
contemporain de Théocrite (vs. 11);
3° fréquence de la construction asyndétique (voir au vs. 12);
4° localisation de la seconde naissance de Dionysos sur le
(1; Dans l'id. XXVI, qui compte 38 vers, on trouve 10 vers avec césure masculine, mais sans diérèse bucolique (vs. 4, 44, 24, 23, 24, 26, 27, 29, 35, 38), 4 vers
avec césure féminine et diérèse bucolique (vs. 32), 1 vers avec césure masculine
précédée d’un mot iambique (vs. 13). Pour Vid. XI (KüxAwd), qui compte 81 vers,
ces chiffres sont respectivement: 13, 21 et 6.
(2) Arch. Zeit., XXXVI, 1878, p. 46 sq.
(3) Couat, La poésie alerandrine (1882), p. 404. Méme appréciation dans Brinker, De Theocriti vita carminibusque subditiciis, diss. de Rostock, 1884, p. 74.
Voir aussi Croiset, Hist. de la litt. grecque, V (1899), p. 199.
Page 83
View in PDF(opens in a new window)Drakanon, promontoire de l’île de Kos, qui est la scène de plusieurs idylles de Théocrite (vs. 33).
A ce sujet, il reste un point à démontrer. Si lidylle a été
écrite à Kos, il doit y avoir eu là un culte de Dionysos
comportant la célébration de mystères comparables, dans une
certaine mesure, à ceux d’Eleusis. Or, non seulement Dionysos
avait un culte dans l’île de Kos (4), mais il y a eu aussi là, non
loin de la ville principale, un sanctuaire de Déméter et de Koré,
qui semble bien devoir être considéré comme une filiale du
grand sanctuaire attique (2). Les trouvailles faites dans l’enclos
sacré découvert par M. Herzog vont du vie siècle Jusqu'à l’époque hellénistique. A Kos, comme à Éleusis, les Deux Déesses
ont dû former avec Dionysos une triade à laquelle les mystères
étaient consacrés (3j. L’époptie, en particulier, appartenait à
Dionysos, comme l'a montré M. Foucart (4). Rien, donc, ne
nous empêche d'admettre que Théocrite a écrit les Añvar pour
célébrer l'initiation d'un jeune garcon, dans les mystères éleusiniens de Kos.
STROPHE III (suite).
Vs. 33. Après avoir établi le sens du terme [2 vvearais, revenons encore un court instant sur le passage où il a place.
Je restitue (sogots| avant er[örz]aıs, et je traduis : « où le peuple
entier de l’Hellade, réuni autour des sages époptes ennéatériques
des mystères sacrés, te salue du nom d'Iakchos ». La présence
(1, Cf. Maass, Herm., XXVI, 1891, p. 179; Dibbelt,
Quaest. Coue mythologae,
diss. de Greifswald, 1891, p. 62 sq. Il est fait mention, dans les inscriptions de
Kos, d'un Dionysos EuudXirag et d'un Dionysos @uAhooógos. On dérive ces épithètes
de sxuAhis, quHésychius rend par xAnuatis, ct de 99AA0v, qui est, d'après
même auteur, un synonyine de «Azéo0s. Cf. Theocr., Id., XXVI, 3 sq.
le
(2) Herzog, Arch. Anz., 1901, p. 136 sq. : « Ueberhaupt zeigen die Kleinfunde...
viele Aehnlichkeiten mit den Weihgeschenken von Eleusis... und der Demeterheiligtümer von Knidos, Tarent u. s. w. Die verschiedenen Typen des Kultpersonals sowie der Brunnen als wichtiger Teil des Heiligtums erinnern an die
Mysterien von Andania ».
(3) Foucart, ouvr. cité, p. 447.
(4) [bid., p. 452.
BCH, XLVlil (1924).
Page 84
View in PDF(opens in a new window)des évrasrai aux fêtes religieuses d'Éleusis, la place centrale
qu'ils y occupaient, le respect dont on les entourait, sont des
traits intéressants à ajouter à l'image que nous nous faisons
de la célébration des mystères. Si je ne me trompe, nous
pouvons arriver, ainsi, à mieux comprendre un tableau des
Bacchantes d Euripide. La scène où Kadmos et Tirésias, parvenus à une extrême vieillesse et infirmes par l'âge (1), se
présentent devant le public en costume bachique et se mettent
en route pour le Cithéron, l'un soutenant l’autre, ne serait guère
possible dans le théâtre moderne : elle risquerait de tomber
sous le ridicule. À mon sens,
elle
ne devient pleinement
compréhensible que si l'on songe que le poète athénien et ses
auditeurs étaient habitués au spectacle des vénérables êvvaeraf
se rendant à Éleusis dans le cortège des mystes.
Vs. 34 : [’Ixjxyov. Philodamos identifie ici Iakchos avec
Dionysos, comme cela s’est fait souvent, et déjà assez anciennement (2). En ce point encore, le poète va à l’encontre des
croyances éleusiniennes.
Vs. 35 sq.: mover... [öp]pov [&Aurov]. La restitution [6o]uov est
due à Weil. « Si », dit-il, « la première lettre était un N, il faudrait écrire oïvov: Je pensais un instant à suppléer ev “Arédou;
mais la félicité des initiés dans les Enfers serait trop faiblement
exprimée par xôvwy dopov ». Weil s’est donc arrêté à la conviction que Dionysos est ici célébré comme le dispensateur du
vin, qui fait oublier aux mortels leurs maux et leurs tristesses.
En buvant ce breuvage divin qui lui exalte l'esprit, qui apaise
(4: Eur. Bacch., 110 sqq. Voir surtout les vers 184-198 et 363 sqq. :
ZAA’ Exov po: xisolvou Baxtpov weTa -
Pu
mep 6° Kuophnüv gun Eudv, xaya TO adv.
végovte G aisypèv Guo Tegeiv * ftw 6" Opus.
Cf. Aristoph. Ran., 345 sqq. :
Yóvo TAAsTAL yepóvru
aroselovrzı G& Aura,
yoovious T° étGv RNadkztov
Évtœutodc fends Und TIWAS.
(2) Cf. Kern dans Pauly-Wissowa, Encycl., s. v. lakchos, p. 619.
Page 85
View in PDF(opens in a new window)la souffrance et assoupit la douleur, l’homme se réfugierait en
quelque sorte en un port, en un lieu sûr où il serait à l’abri
des déboires de la vie quotidienne. Que dire de cette explication?
La restitution [&Aurov] a été suggérée à son auteur par le souvenir
de nombreux passages dans la poésie grecque où Dionysos
est glorifié comme le créateur de la ravaikunos Zuneros. J'en
citerai quelques uns, puisque Weil a omis de les alléguer à
appui de sa manière de voir :
Alc. /rg. 44, 3 sq. :
oLvoy yao Lepehas xxi Aros vids daGtxacéa
avipwrorsty ÉdWX"...
Eur. Bacch., 279 sqq. :
Bovcuss uypbv np’ nÚpe xElonvéyxato
Aunrois, & made, vous vahaunrwpous BootoUs
AUT, S..
Ibid., 421 sq. :
May © eis Te TOV O)Gtoy
zóv ze ‘etoovx Oax’ every
oïvou
A
téobw
ef T°
4A Au Tov 3
Ibid., 772:
Thy
4A
EN
”
IN
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TAVTLAUTOY Aumsinv GOUVaL Boaters,
Astydamas, frg. 6:
Bynroïst THY axeszéoovy
AUTRNS Enver OlvopnTop’ Aumerov,
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«
hl
?
bid
Orph. /rg. 297 Kern, vs. 5 sq. : otvos …
er
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r
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oo,
~
Gy ze Bootoïs evpev huTwY xHAATOOR nasty
zaveoyevhs Arovucos,
Orph. Hymn., L, 6 : Baxye..
maucinovoy Gvrtoist waveis OS,
Nonn. Dion., XII, 158 :
motoy pelérers, Bpstens Aurauna yevébars.
Page 86
View in PDF(opens in a new window)Cependant, il est très clair que Weil a eu tort de penser qu’il
est question ici des qualités miraculeuses du fruit de la vigne.
Le Dionysos d’Eleusis, l’Iakchos des mystères n'est pas en premier lieu le dieu du vin. C'est ce qu'ont vu d’emblée MM. Fairbanks (4) et Foucart (2). Comme l’a dit ce dernier, par le port
ouvert aux mortels « il faut entendre non pas l'oubli passager
des maux que procure l’ivresse, mais le repos fortuné de l’autre
vie qu’assure l'initiation ». I! n'est pas vrai de dire que névwv
5ppoy soit une expression trop faible pour désigner le séjour des
bienheureux après la mort; il suffit presque, pour s'en rendre
compte, de comparer les vers mystiques bien connus :
Qaoperte, puta, 709 Beau ceswsuévou:
”
x
e
~
a)
,
‚
ETAL YRS
TV
EX TOVOY GWTNPLA
(3).
LY
4
À
Pour établir que le sens de notre passage doit avoir été tel
que nous le disons, il n'est même pas nécessaire de remplir
les lacunes du texte. Du reste, les restitutions que Weil a
trouvées, en quelque sorte d'instinct, me paraissent acceptables. On lit effectivement sur l'estampage Olz et MON, et je
ne crois pas possible de restituer autre chose que &Exc 6’ 0p Ov.
La métaphore qui consiste à dire « port » pour « refuge » esl
déjà classique (4). La construction avec le génitif dans 6puos
movwv est très grecque; Eschyle, déjà, a dit de la même façon
Atuñy xxx6v (5). La mort, le sépulcre sont plus d'une fois appelés
(4) Fairbanks, ouvr. cité, p. 145.
(2) Foucart, ouvr. cité, p. 451.
(3) Firm. Mat., De err. prof. rel., 22. Cf. Orph. fr. 232 Kern : 6 Ardvusos húseus
égtiv aïtioc” 6:6 xal... 6 ‘Opyeus urowv...
ab GE toto Eywv kokos, OÙs x’ EbéAr Sa,
Augers Ex te FOvVEY yaherdy val amelpovos ofetpon.
Pind. fr. 131 : Augiëmévuv
rereräv; cf. Wilamowitz, Pindaros, p. 497: Eur.
Herc. 427. Aristoph. Ran., 185 : tig els avarauhac Er xax@yv nal npaypatey; Plato,
Respubl., Il, p. 365, a: tedetas... at tav Exel xaxdv arodvouow Auds.
(4) Eur. Andr., 891; Med., 169; Diog. Laert., IV, 48 : (Biwv) tO yfpas ÉAcyev
Öopov eivat tov xaxwv. Dans une épigramme de l'Anthologie Palatine (VII, 388,
10), un tyrannicide est appelé öpuos EheuBepias.
(5) Aesch. Suppl., ATI.
Page 87
View in PDF(opens in a new window)le port qui doit héberger tous les mortels. Voici quelques uns
des passages les plus caractéristiques : Siou mAevoavra mods
öouov (épigramme attique du iv® siècle) (1); névrwv 6 Aw
ny Tov
geoórmov 6 Bávarós éorty (Sotadès) (2); xorvòs mace Aiuñy “Alongs
(Leonidas de Tarente) (3); Susx2#a9705 "Atôou Aury (Sophocle) (4);
hipqy xaxOv 6 Gavaros (l’auteur du Traité sur le Sublime) (5);
TOU xotvou TdvTwY TwUdTWY O91.0U (Élien) (6); 222” Spo TAYTES ets
Eva tov Kad Vis Sppov âme ny öpeba (Palladas) (7); « sepulchrum...
portum corporis » (Ennius) (8); « portum quietis intrantes »
(St Jérôme) (9). Le texte qui se rapproche le plus, au point de
vue de la forme, de celui de notre hymne, est un vers d'un
poète tragique anonyme, qui appelle la mort many avızv (10).
Plusieurs des passages cités, sinon tous, ont, depuis Ruhnkenius, attiré l'attention des commentateurs. Mais je voudrais
me demander s’il y faut voir, partout, une simple expression
imagée, comme le langage poétique en admet tant, ou bien,
parfois du moins, une allégorie empruntée à des paraboles
mystiques dans lesquelles la vie humaine était conque sous
l’image d'un voyage par mer (44). A cet égard, je fais surtout
(A) Kaibel, Epigr. graec., 61,3;
Kern, Berl. Phil. Woch., 1915, p. 53. V. plus
haut, p. 110, note 3.
(2; Stob. Flor., CXX.
13) Anthol. Pat., VII, 452.
(4) Soph. Antig., 1284. Cf. Eur. Here., 710 : Acuévx ... rdv 'Aysoóvriov.
(5) Ps. Long., De subl., IX, 7.
(6; Ael. Var. Hist., IV, 1.
(7) Anthol. Pal., X, 65.
(8) Cic. Tusc., I, 8 107.
(9) Hieron, Epist., XCVILL, 19. Cf. Proel. Hymn., VI, 11 sq.
(10) Plut. Mor., p. 106, D (Consol. ad Apoll., 10) : & Odvare, zauav ixteds undnız Rıutv yao Gvtws 'AlSas avdy (mss. av alav; corr. Ruhnkenius:.
(11) Cf. Plat. Leg., p. 803, b : dt tod TADS toërou tHe Guns. Plat. Phaed., p. 85,
d : dtarAsisa: tov Biov; cf. 2 Alc., p. 146, e, 147,a: Leg.. p. 803, b: Anth. Pal.,
vn, 23, bs äardosaz.. Blov; Themist., p. 7, A : tov Blou Standhelv asgakms; Clem.
Alex. Paedag., Il, 41 (p. 270, 7 sq. Staehlin) : at 6 syoaylös; nulv Eotwy renetàs
7, iyôùs Fo vais 0%0:060p66100g2%x f, Aupa uoustxt,... À dyxupa vaurter,., Le
navire est un des symboles les plus communs sur les tombeaux chrétiens (cf.
Usener, Sintfluthssagen, p. 219): il y figure évidemment, non pas la mort en
général, mais Varrivée an port du salat. Sur les tombeaux paiens, le sens exact
Page 88
View in PDF(opens in a new window)état des trois passages suivants, qu’il importe de comparer
entre eux :
4° Eur. Bacch., 902 sqq. Le chœur des Ménades chante :
evoaipwy piv ds Ex Baddsons
Épuye Erna, AtuÉva G exvyev '
hd
.
in
.
euGainwy © 6s Ureohe uoyGar
svéveQ’.
N'allons pas dire, avec M. Bruhn, que la seconde métaphore
est tirée du langage de la palestre (1). Geux qui sont « au delà »
des labeurs et des peines, ce sont les morts :
toïs yao Aavodo. poyfos où neosyiyverar (2).
Maxäotor ot vexoot où Ev xusten Aroßvisxovsss... va avanadcwvtat
éx zov xÓnwvy auzav (3).
Dans le cas donné, il est question de la mort mystique (4),
par laquelle passe l’initiE pour renaître à une vie nouvelle et
consacrée au service de la divinité. Heureux ceux qui ont
touché le port, dit le poète, et il entend par là ceux qui sont
morts au monde et aux espérances vaines (Bacch., vs. 907 sqq.)
du même symbole (cf. Usener, /öid., p. 218) est moins certain. Cf. Dölger, Sol
Salulis, p. 207-219 : « Die Fahrt der Seele zum Hafen des ewigen Friedens ».
(1) Eur. Bacch. éd. Bruhn, Berlin, 1891, p. 100 : « Das Bild ist vom Ringkampf
entlehnt ». Ct. Theogn., 621; Wilamowitz ad Aesch. Eumen., 562.
(2) Soph. Trach., 1473. Cf. Eur. frg. 904, 12 sq. : tive Set paxdowy éxbucauévous
edoety poyOwy avenavazyv; Front. ed. Naber, p. 233 : mors... pausam laborum
adfert et sollicitudinum et calamitatum.
(3) Joann. Apocal., XIV, 13. Cf. Herod. V, 4: Tera: of abavatigovtes... tov
anoyevGpevoy wallovtds te wal FO0usvo: YA KpúnTougt, ERLÄEYOVTES Gouv xaxdv ÉEaraÀhaybeis got. Ev ndon sûdatuovin.
(4) Cf. Dieterich, Eine Mithrasliturgie, p. 157 sqq.; Eur. Bacch., 1002 : anpoodsıcrag... Bävaros; Apul. Metam., XI, 21; 23 : accessi confinium mortis; De Jong,
De Apuleio, diss. de Leyde, 1900, p. 99; Das ant. Myst. wesen 2, p. 242 sqq.;
Plut., De anima, 11,5 : Otay éy ro reXeuräu Aôn yévatar (sc. % Guy), vote Ôè wigger
mio: olov of vTeherats peydhats uatooyiaféuevor, SO wai to Epa tm Óhuar wal To
Éoyov tH Loyw Tod TeheurTiv xai Tereishar xpocéotxev; Plotin. Ennead., p. 768 :
evtavOz wal avanavetar Puy wal xaxdiv sew sig tov thy Kaub nuabasdv ténov avaGpepotca; Firm. Mat., 18,1 : ut in interioribus partibus homo moriturus possit
admitti ; Harrison, Epilegomena, p. 15 sq. ; Macchioro, Zagreus, p. 162 sqq.
Page 89
View in PDF(opens in a new window)et ont trouvé la paix dans la religion. On rencontre les mémes
allégories dans Herm. Trismeg., VII, 1: 4 vag ons eyvwotas
xaxia... cuurofleice, Thv... Vuyhv wh e@rx évopuileofar sors TNS
swrnpias Atuéot, ara.
2° Le myste d’Apulée, Lucius, recoit, après son initiation,
les félicitations du prêtre, qui lui adresse ces paroles : « Multis
et variis exanclatis laboribus magnisque Fortunae tempestatibus et maximis actus procellis ad portum quietis et aram (1)
Misericordiae tandem, Luci, venisti (2) ».
3° Cic. Tuse., I, $ 118 : « Profecto fuit quaedam vis, quae
generi consuleret humano nec id gigneret autaleret, quod cum
eranclavisset omnes ladores, tum incideret in mortis malum
sempiternum : portum potius paratum nobis et perfugium
putemus ».
Ce sont, on le voit, dans les trois passages, les
mêmes
images et les mêmes termes. D'où peut venir pareille concordance? Certes, Apulée n'a pas imité Cicéron, et Cicéron, à son
tour, ne doit rien a Euripide. Les trois auteurs ont puisé a une
source commune, qui esi, pensons-nous, le langage (3), ou,
pour mieux dire, la foi mystique du vr° siècle. Quoi qu’il en
soit, on accordera que l’expression rôvwy 6ouov n'est pas venue
par accident sous la plume de Philodamos : c'est un terme
religieux, qu'il a choisi à dessein, un terme qui éveillait, chez
ceux pour lesquels, il écrivait des souvenirs et des idées de
nature spéciale. Rien n'est plus contraire à la vérité que la
remarque de M. Foucart (4) : « On irait trop loin en attribuant
une intention précise à tel ou tel des termes employés par le
versificateur qui a composé cette cantate assez médiocre ». On
jugera l’hymne à Dionysos médiocre par rapport aux chants de
(1) L'association des termes figurés portus et ara est fréquente chez les
auteurs latins. Cf. Cic. Verr., V, § 126 : hic portus, haec arx, haec ara est sociorum; Ov. Her., I, 110 : tu citius venias, portus et ara tuis; Pont. If, 8 : vos
eritis nostrae portus et ara fugae; Trist., IV, 5, 2-5 : ara … portus.
(2) Apul. Melam., XI, 15.
(3) Voir les remarques de M. Gruppe, Bericht über die Litt. zur ant.
und Rel. Gesch. aus den J. 1906-1917, p. 62.
(4) Foucart, Les mystères d'Éleusis, p. 451.
Myth,
Page 90
View in PDF(opens in a new window)Pindare, ou méme de Bacchylide; mais nous n’avons pas moins
à faire avec un poète qui sait ce qu'il dit.
Nous ne savons pas, par un témoignage ad hoe, comment la
théologie orphique a dépeint le séjour des bienheureux. Du
moins la description donnée par Plutarque dans le chapitre de
“son traité De sera numinis vindicta a une allure et une saveur
tout orphiques. Qu’on en juge. L'âme d'un homme resté inanimé
par suite d’un grand choc parcourt l’univers, pour retourner
dans le corps le troisième jour et raconter ce qu'elle a vu. Le
lieu où résident les âmes des justes (örog eùss6úv) est, placé,
non pas dans les Enfers, mais à une distance immense de ceuxci, comme c'est le cas, entre autres, dans le Phèdre de Platon (1). C'est un vaste abîme, avec un orifice étroit, autour
duquel tournoyent les âmes qui n'y osent pénétrer : yaopa (2)
ya Hah née Gtyxzov etre piv Ogâtva. vois Baxyixots dvronts
ógolws Yin zal hopérntt xa rd dvhéwy Andsars drarenoimi—
pévov ° skémver DE uahaxñy nal moaeiav mdouy Gras Avamlnousay
Nôovñs ze Axupasias (3) ua xoworw olay 6 olvos cols usbucxopévors
SUTOGUTAY
KA, Toy TÔnov Ev Kunde xarEetye Baxyeta xal veAws
xn näga UoUer Tatdvtwy xal Teprouévwv * Eheye SE TAUTH TOV Atovusoy avedfery eig heoùs ual cay Leuédny aververy Ustepov (4) * xaAcicla. òë Anns zòv zórov. Nous voici loin de la description ordinaire de la plaine de Léthé chez Pluton. Est-ce un hasard que
{1) Plat. Phaedr., p. 249, a: eis todoxvoS twa sózov. Cf. Verg. den..
Malten, Arch. Jahrb., 1913. p. 35 sq., 46.
VI, 887;
12) Cf. Plat. Resp., p. 614, c: Radermacher, Das Jenseits im Mythos der Hellenen. p. 87, 1.
(3) CF. Pind. /rg. 129 sq. Schroeder : 6
Eoxtöv zarı yoooy alövarzı: Petr.
Apocal. : nai thy viv aÖrhv Awdoüsav duapdvror
¢
Ades: zal dowuitwv nation “xi
v
gutsy ehavBav,.. tosottoy 62 Tv 1) Kubas Ws val go huis excivoy véoesha:: Prud.
Hamartig., 856 sq. : illic (anima)
Floribus aeternis spirantes libat odores.
- {4) Cf. Quint. Smyrn. XIV, 224 sqq. :
ns
aide &° 2: 'Hhúctov reñlov uiev, Ty: Tétuxtat
otpzved 85 ondroro xatarGaciy, t Evocds ve
Sbavator paxapessry.
Page 91
View in PDF(opens in a new window)l’on rencontre deux fois en poésie l’expression métaphorique
Añôns Avwyy (1)?
M. Foucart a pensé que la restitution sv "Arcou, à laquelle
Weil avait songé d’abord, mériterait peut-être d'être acceptée.
Je ne le crois pas. Il n'est pas du tout certain que le poète ait
voulu situer son rôvwy 6suos dans l’Hadès. La restitution [&aumov) me semble être de toutes la plus appropriée (2). L’adjectif
adunos éveille dans l'esprit non seulement l'idée des béatitudes
de l'ivresse, mais tout aussi bien celle de la parfaite quiétude
et des doux transports qui sont l'apanage des bienheureux.
Euripide a qualifié la vie des mystères de adumos Bios (3. On
lit de même dans l’Axiochos : eis tov thy s0se6wy y@pov olxilovrat, Eva ...caxrjouros ahurix (4). Cet état exempt de maux et de
craintes a d’ailleurs souvent été assimilé par les anciens à
l'ivresse. Les sculpteurs et les peintres de vases figurent les
morts héroïsés attablés et banquetant (5). D’après Platon (6),
Musée et Orphée avaient dit des bienheureux : zsresavw mévous
...70v Gravee ypovoy hon Srayerv ucvovtas (7), parce que la plus
belle récompense de la vertu était, selon eux, une ivresse éternelle, Aynodjgevot xdkheoTov Aperns utsfov éôny alwvıov. Aristophane raille cette conception populaire et naïve dans un passage des Taynvırzai:
QUGE yuo av aroliavóvves Estevavupévor
hd
*
x
>
hd
,
moouxeijgel’ nvt Baxnace. xe-youmévor,
‘1) 2G, XII, 3, 107 : tov otuyvov Abas Favdev ets Attéva: Antipatros de Sidon
‘Anth. Pal., VII, 498, 8) : zov Adu zuTòs Fou Areva,
‘2) On trouve les termes aduriz et Sous associés dans une des yous uovds+70: attribuées à Ménandre (318) :
Arurv mholou tés, akunria 6" Gomes Bicu.
(3) Eur., Bacch., 1004.
_ (4) Ps. Plat. Arioch., p. 371, c, d. Cf. Plut. Consol. ad uxorem, IX, p. 611 :
éncivn Ô' eig tO ŒÂurov frouga.., (cf. X : ...Ti posting tUUBoAs tiny Teal Tor A10-
wogov Opyıasumv, & cuvicguey SAR AOL Of KOtvwvoovres).
(5) Cf. aussi Oldfather, Philol., LXIX, 1910, p. 114 sqdq.
(6; Plat. Resp., p. 363, c, d.
‘1) Cf. Plutarch., De anima, U, 7 : Éctepavwpévos Opyıder.
Page 92
View in PDF(opens in a new window)x
r
nr
,
vn
un yarabaytas culléws mivety Eder.
La TayTa Yeo Tor xak xahoùvza! paxasıo. (1).
Un auteur hermétique la combat en disant : Sntnoxze yetoaYaybv Toy Oönyicovra Uuas Ent tag Ths Yvosews TÚÀag, Grou Earl zò
haumoov pus, vò xaflapdv sxdtous, Órou oud els meldet, AAAR ndvves
vnooue. (2).
Vs. 36 : plas. On dit couramment au figuré « ouvrir un
refuge à quelqu'un ». Peut-on dire, dans le même sens, «ouvrir
un port », ou même, pour traduire plus exactement, « un mouillage ? » Ainsi conçues, les deux métaphores seraient par trop
incohérentes. Non; « ouvrir » doit s’entendre ici dans le sens
de rendre accessible ce qui était auparavant fermé ou inconnu,
comme on dit: « ouvrir une voie nouvelle ». Cf. Anthol. Pal.
XVI, 269 :
LA
+
+
Ld
AE
al
~
,
DITOS AXETTOOLHS ROVOLAS LGE xe devbous
[aviv weootwy, Kavos
e
‘Imnoxoatns;
Pind. Pyth., V, 118 :
ads Saherav xékeutoy AYOLY WY ;
Schol. : a,=\ zou rAotuny Aoınov nerdy Thy éni Thv Aubúnv Badascav té Thv Kugnvav xtiterw ° tote yao GL TO Épnuov Ts y Sons 09%
émheïto exsivn 1, Behage; Diod., I, 67, 9 : avém
be tots àAAors EAvect
za ara Thy AAAnY yoouy £unopıa; Liban. Or. LIX, 117 : avewyuevor Aumeves, avanentapévar möhar, Ov. Trist., IV, 5, 5 sq. :
qui veritus non es portus aperire fideles
fulmine percussae confugiumque rati;
Quint. Decl., IX, 16 : quasi portum benignitatis aperire;
Sidon. Apoll. Epist., I, 2 : tunc petitionibus …absolutionis
subitae portus aperitur.
J'ai dit plus haut que l'auteur de notre hymne aspire à
détrôner Déméter, Koré, et à revendiquer Eleusis et les mystères
44) Aristoph. frg. 488 Kock.
(2j Corp. Herm., Vil, 2, 3.
Page 93
View in PDF(opens in a new window)pour Dionysos seul. C’est encore clairement le cas ici : d’après
l’hymne homérique à Demeter, c’est elle qui a enseigné aux
hommes la ôpnœumoouvn tepwv et les boys seuva qui assurent aux
âmes le salut après la mort (1).
STRoPHE IV.
La quatrième strophe est entièrement perdue, sauf les mots
Gt xa. ‘opaiç, qui formaient la fin du premier vers. Weil a
remarqué justement que la restitution [ravvuyisıw] 5: xal -ropois
remplirait exactement la lacune; mais toute conjecture serait
ici condamnée à rester incertaine. On ne peut même se
rendre compte si le poète parle de fêtes célébrées à Eleusis,
avant le départ du dieu, ou bien de danses par lesquelles les
habitants de quelque autre localité saluèrent son arrivée. Il
serait surtout intéressant de savoir quel était le pays que
Dionysos visitait, après Kleusis et avant la Thessalie et la
Piérie. On me permettra, à ce sujet, une remarque, et une
hypothèse. Weil et Fairbanks ont hésité entre l’Eubée, et la
Lydie ou la Thrace. Mais rien n'indique que Philodamos, à
l’instar d’Euripide et d’autres poètes, ait dépeint le dieu parcourant l’Asie pour y recevoir les hommages de la population.
Il nous le montre visitant successivement quelques uns des
principaux sanctuaires helléniques, pour y greffer son culte
sur les cultes existants. A-t-il pu manquer de le conduire à
Samothrace? Les infiltrations dionysiaques dans le culte des
Cabires (2) ont été si souvent signalées que je n’ai pas besoin
14) Hom. Hymn. in Cer., vs. 473-482. Cf. Plut., De facie in orbe lunae, XXVII,
4 : tous vexpods 'ABrvaio: Anpnrpsious ovóuazov TO nahaidv.
(2) Schol. Apoll.
Rhod.,
I, 917 : of 88
Guo sivar obs Kafeïcous
wast nedtepov, moezbúteoov pèv Aix, vewtepov 62 Aróvuzov; Lyd., De mens., IV, 38 : zolros
[Atévugos) Kabioou nats, bave tHe ('Asias) ébaalheuges, ao’ ov À Kabıpıch teneth;
Cic., De nat. Deor., III, 58 :
(Dionysum) tertium Cabiro patre, eumque regem
Asiae praefuisse dicunt; Ampel., IX, 11; Clem. Alex. Protr., II, 19 (les Cabires
auraient transporté en Tyrrhénie la ciste contenant le phallos de Dionysos);
Rubensohn, Die Mysterienheiliytitmer in Eleusis und Samothrake, p. 186.
Page 94
View in PDF(opens in a new window)d'y insister ici. De plus, je ferai voir dans mon commentaire
de la XI* strophe que notre hymne réflète les innovations
faites dans les cultes de Delphes par ordre du jeune roi
Alexandre.
Or,
celui-ci a dû avoir été initié,
comme
ses
parents (1), aux mysléres des Mey#hot Geot, qui ont d'ailleurs joui, on le sait, d'une grande popularité en Macédoine (2).
Est-il vraiment téméraire de supposer que la IVe strophe
racontait l’accueil fait à Dionysos dans Samothrace (3)?
STROPHE
55
V,
(“Eyvigev sla 09605 ‘pHoves
Ocilérvdas) Exensas, à
scviaje uévos z(e) ‘Ohvurijas:
ES
ar
IN
a)
.
s5oaltav ve zier dv:
Rooi © 10 Baxy’ Fa
To 1: Mou ov.
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Mover. Io J| autina rashevor
zivece:| ste[U]eueva, zoude se TATA:
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uledıbav]) abaval zov] és zei
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gas ©. [xalsaoge
6€)
"We Marky x. 7.
x
?
Ny
10
AnóAhuy.
2.
Vs. 53-56. Dans sa premiére publication, Weil comprenait
ces vers comme suit : « Ensuite tuabordas dans le bienheureux
pays d'Aphrodite Thelxinoa (Chypre), qui mit fin à la colère
de l’Olympienne (Héra) et à ton fameux exil ». Au vs. 55,
Weil avait changé ZTHTE en ZTHZE, correction qui lui semblait s'imposer. Je m’abstiens de critiquer la leçon obtenue de
la sorte, vu qu’elle a été aussitôt abandonnée par son auteur
lui-même (4), et remplacée par celle-ci :
(1) Plut. Alex.,
2.
(2) Cf. Pauly-Wissowa, Encycl., X, p. 1413.
(3) Je montrerai plus tard que l'ou doit assigner à la strophe IV le fragment
commencant par IXPH dont il est question BCH, XXI, 4897, p. 543. Il n'y a
d'ailleurs rien à en tirer.
(4) BCH, XIX, 1895, p. 548: XX1.1897, p. 511. Cf. Diels, Berl. Sitz. Ber.,1896, p. 459.
Page 95
View in PDF(opens in a new window)VE Miley e jr’ odGlas ghovòs
Oss] santas; Erchsas, dGen Tiwsvos Tz) OdAuuree ov}
Hd
t
4
?
“tt
hi
‘
Treo jiav ze zien jay :
Diels a proposé de lire au vs. 56 : lad ]iav te xerjæv. Mais
l'Italie méridionale a beau être un des pays où l’on révérait
grandement Dionysos (4), elle n’est certes pas en méme temps
le berceau des Muses, et l’on ne voit pas comment le poète
delphique aurait pu être amené à placer en Italie le théâtre de
l’apotheose de Dionysos. Le vrai pays des Muses, chéri de
Bacchus (2), c'est la Piérie. Au vs. 54, mes estampages confirment la lecon OEZ dont il est presque impossible de tirer
autre chose que @essxkixs.
La seconde restitution de Weil,
que Fairbanks a adoptée intégralement, peut donc étre considérée comme à peu près définitive. ILreste seulement à examiner les suppléments du vs. 33, ainsi qu'à corriger la ponctuation
du vs. 54. Il importe ensuite de fixer le sens exact du terme
tépevos "OAdurrov.
Comme Vindique la virgule qu'il placait après Exehoas (3),
Weil admettait que ce verbe était construit, la première fois,
avec ini et le génitif : Exehoas ert A: ok6tas yovòs tHe Oecoudtas,
et, la seconde
fois,
avec
l’accusatif : (&xehsas) doen “Téuevós
=’ ‘Odvunov. Cette manière de voir a un triple inconvénient.
D'abord, la construction devient d'une dureté presque sans
exemple. En second lieu, on ne voit pas très bien quels sont
les datz, que le poète a en vue (les villes de PElide?). Enfin, j'ai
bien peur que la construction de xékker avec ext et le génitif
ne soit pas grecque. On dit pareillement, il est vrai : zhetv er’
Alyunzov et mAetv ex’ Atyünrou. Mais, dans le premier cas, la
préposition dénote le but que l'on atteint (se rendre en Egypte
par voie de mer), dans le second cas elle ne marque que la
direction (cingler vers l'Égypte). Le verbe x£Xxe1:v signifiant, à
(1) Cf. Soph. Antig., 1117 : vAuTav Gs iupérets Trakiav.
i21 CF. Eur. Bacch., 565 sq. : gixzo © Ilteota, sé6etai s° ES:0¢.
(3) Weil, Et. de litt. et de rhythm. grecques (1902), p. 41.
Page 96
View in PDF(opens in a new window)proprement parler, échouer, et, de là, aborder, toucher terre,
se construit logiquement soit avec l’accusatif de direction,
soit avec les prépositions ms6¢ ou Eri suivies de l’accusatif (1),
mais jamais, à ma connaissance, avec éxi et le génitif. La
ponctuation de Fairbanks, qui place la virgule après äs-n, est
meilleure. Mais l’ordre des mots demeure singulier, et le
début de la phrase admet une redondance peu commune:
ohGias /Bovòs Gesouiias pour 6Ablas Gesoarias. C'est pourquoi je
voudrais proposer de lire comme suit :
[G]v [pev aj’ òAGtas -~Aoves,
Ges[sxAtasl Exeisas ao-
™m x. T. É.,
&v se rapportant aux habitants du pays dont il avait été
question à la fin de la strophe précédente.
Vs. 55: tépevds =’ “OAuurt[ov]. Devons-nous entendre par là
le téménos de Zeus à Olympie? C’està quoi les érudits modernes
ont pensé naturellement, vu que le poète semble vouloir
peindre le jeune dieu se rendant de sanctuaire en sanctuaire.
Je ne puis cependant adopter cette manière de voir, pour les
raisons que voici. D'abord, s’il en était ainsi, pourquoi le poète
aurait-il imaginé unitinéraire aussi fantastique : la Thessalie,
l’Elide, la Piérie, alors qu’il pouvait placer Olympie après
Éleusis, par exemple? Ensuite, on sait que la tradition voulait que le sanctuaire d'Olympie eit été fondé par Héraklès,
longtemps après l’apothéose de Dionysos. C'est ainsi qu’Herodoros, qui écrivit vers 400 avant notre ère, raconte qu'Héraklès
consacra aussitôt dans le téménos qu’il venait de créer un
autel aux Charites et à Dionysos (2). Enfin, nous avons à nous
demander si la fiction de Philodamos, imaginant une visite
(4) Cf. Aesch. Eumen., 9sq.:
hund GE Alpyvay Anılav te youpzéa,
nérgaug Ex’ axtze vauröpous Ts MadAddos...
{2} Herodor. in
Schol. Pind. Ol. V, 40; Jacoby, Fragm. griech. Histor., 1, F,
Page 97
View in PDF(opens in a new window)du jeune dieu au téménos d'Olympie, pourrait paraître justifiée,
eu égard au fait avéré que le culte de Dionysos n'occupait pas là
une grande place, au rv° siècle. L'ancien culte de Dionysos à
Olympie paraît avoir été transplanté à Elis dès le vi‘ siècle (1).
Pour l’époque classique, on ne connaît dans l’Altis que l’autel
de Dionysos et des Charites que je viens de mentionner (2).
La difficulté a été sentie par Fairbanks, qui, d'ailleurs sans
insister davantage sur la question, déclare entendre par
répevos ‘Oldpr'iov la région du mont Olympe. Je retrouve la
même idée dans une note succincte de Powell (3); le savant
anglais, qui ne paraît avoir eu sous les yeux que le premier
article de Weil, écrit non moins catégoriquement : « Tépevos
"Oivurtov; I take to mean : the sacred region of Olympus ».
C’est trancher la question de façon cavalière, et forcer le sens
du terme <épevos, peut-être. J'ose dire, malgré cela, qu’il y a, au
fond, dans cette interprétation douteuse, plus de sens du vrai
que dans celle qui identifie le +épevos OAüurioy du texte avec
le sanctuaire d'Olympie en Élide. Les Muses, la Piérie et
"Olympe sont trop intimement associées dans la poésie et les
croyances des Grecs, pour que nous puissions nous ranger à
cette dernière manière de voir. Hésiode, déjà, appelle les Muses
['icoides (4), et Homère ne cesse de les invoquer comme Moösa:
"Ohuurtaz douar’ Eyouszı. Et faut-il encore rappeler le passage
connu de la Théogonie :
e
~
r
\
,
bY
\
une
rf
buveügar réonoust Ards vóov Evròs Ohvprou
Mousa. ’'Ohujuriddeg, xovpm, Aros alyıöyoro,
vs êv ITvepty, Kooviôn céxe nazpi ptyetoe
x
a
[4
Le
,
un‘
~
Mynposovy, (5) …
(1) Cf. Weniger, Das Kollegium der sechzehn Frauen
und der Dionysosdienst
in Elis; Rhein. Mus., LXXII, 1917-48, p. 7-12; Arch. f. Rel. Wiss., XX,
p. 43, 72, 74; Paus., VI. 26, 4.
(2) Paus., V, 44,40.
|
(3) Class. Quart., VIII, 1914, p. 288.
(4) Hes. Scut. Herc., 206.
(5) Hes. Theog., 51 sqq.
Page 98
View in PDF(opens in a new window)ou les vers célèbres d’Euripide qui ont trait non seulement aux
Muses, mais aussi à Dionysos:
Le problème que nous avons soulevé comporte cependant
une solution plus juste et plus élégante que l’interprétation
grossière dont se sont contentés Fairbanks et Powell. Il existait,
aux confins de la Thessalie et au pied même de l’Olympe, à
Dion de Piérie (2), un autre téménos olympien, qui était grandement en honneur à l’époque de notre hymne. I] me -parait
évident que c'est de ce sanctuaire là (3) que Philodamos entend
parler. Les jeux en honneur de Zeus Olympien et des Muses
y avaient été institués par Archélaos (4), qui régna sur la
Macédoine de 413 à 399. Thucvdide les a en vue, lorsque,
parlant des jeux olympiques d’Elide, il appelle ceux-ci expli(14; Eur. Bucch., 409 sqq. Cf. ibid., 556-561; Varr., De ling. lat., VII, p. 306
Spengel: Musae quae pedibus magnum pulsatis Olympum; Orphic. Frg. 237
Kern, 6 sq. :
Atwyvsos 6° èrexhtôn,
aövera Giveîtat HAT Iteipova paxpdv "OAuprov
(le poète considère Nösz comme un synonyme de “Ohvuros); Hymn. Orph.,
XLV, 4 : (Avdvuce) cdafuv zat’ "OAupTOY.
(2) Cf. Thuc., IV, 78, 6: Alov tio Tlepölunou doyts, à Grd tH 'Ohúgrw Maxcôovias
mode OesTsanods röhrspa weiter; Archestr. ap. Athen., VII, p. 326, d. : év Afw zó
Ikep:xö; Schol. Apoll. Rhod, 1, 598 : “Ohuurat dé siotv EE: Maxeâovias, Gertadlac, Ev
& xai Oprit znw Anokkódwpos Ayasdar..; Strab., VII, p. 330, frg. 17: vò
Alov 4 mTÓhis, 00% Ev TH alyiahp Toü Gepuaiou uÓlmou Eoriv Ev tals Onwpelais TOÛ
"OXiurov, AK Scov ints anéyer sraôlous; Paus., IX, 30, 7: Maxeôdrwy 8 of yoipav
thy Dr To Öpog thy Iltepiav Eyovtes xxi móher Aïov ..; IX, 13, 5: avéflecav © wal of
&v Dapsihp Hesgxhoi «ai Maxeddvev ot Und vi Ilepia nöd: Atov olxotvtes..; Diog.
Laert., Prooem., 5: év Alw tf< Maxeôoviac; Steph. Byz. : Alov: got: nal Maxedovias,
Evôa tov “OAvptiaxdy aydva ETÉAOuY,
(3; Cf. Baege, De Macedonum sacris, p.
10-13; Plassart, BCH, XLVII, 1923,
p. 163 sqq.
(4) Diod., XVIl, 16; Arr. Arab. Alex., 1, 11,4; Ulpian. ad Demosth., XIX, 192.
Page 99
View in PDF(opens in a new window)citement Okupr:a za ev Mehoxovicw (1). Les 'Orsur:z de Dion
furent célébrés avec une grande pompe par Philippe après la
prise d'Olynthe (2); en 348, par Philippe et Alexandre après
la bataille de Chéronée (3); en 338, par Alexandre, après le sac
de ‘Thèbes (4), peu de mois après la composition
de notre
hymne. Les concours scéniques y ont eu, dès Pabord, une place
prépondérante. Euripide a pu y faire jouer ses Bacchantes,
son Archelaos, et son Alcmeon (5). Le temple de Zeus, les portiques qui entouraient le téménos, les trésors qu’il renfermait,
sont plus dune fois mentionnés par les auteurs (6;. Tous les
grands dieux de l'IHellade ont dû avoir là leurs autels (7). Nul
doute que les rois de Macédoine, comme autrefois Pisistrate,
aient voulu rivaliser avec le vénérable sanctuaire du Péloponnése, en instituant chez eux des fétes olympiques, et en créant,
en quelque sorte, une nouvelle Olympie. La fille du roi des
Molosses qui épousa Philippe adopta, entre autres noms grecs,
celui d’Olympias (8). Son fils Alexandre était, lui aussi, particulièrement altaché au sanctuaire de Dion. C'est la, et non à
Pella ou à Aigai, qu’il fit placer les statues faites par Lysippe
des vingt-cing cavaliers de sa garde tombés dans la bataille du
Granique (9). Plus tard, on racontait que. dans son testament,
(4) Thuc., 1, 126.
Le
scoliaste dit avec raison : totto moosébrec,
:
ar 2
€ TEST, EST
OAyurız at Ev Maxedoviz …
(2) Demosth., XIX, 192: Diod., XVI, 55. Cf. Philostr. Vita Apoll., I, 35.
(3) Dio Chrysost., U, 2.
(4) Diod., XVII, 16: Arr. Anab. Alex., 1, 11,1.
(3) Cf. Zielinski, Mnemosyne, L, 1922, p. 325. — Si
les Bacchantes n'avaient
pas élé jouées à Dion, elles auraient dû être représentées a Pella. Seulement les
vers 565-571 : 0 Iheoix, séberai 3° Elros Fee. 72... Gia6c ’Akıbv ... Avdlay ve s'accorderaient mal avec cette hypothese: pour qui vient de la Thrace, Pella est en
deca du Lydias.
(6) Polyb., IV, 62; T. Liv., XLIV, 6 sq. La terre promise pour les archéologues,
c'est la Macédoine et la Thrace. La reprise des fouilles à Dion, après les premiers sondages de l'École francaise (1914), paraitrait bien indiquée.
(1) Cf. Baege, op. L., p. 235.
(8) Cf. Plut., De Pyth. orac., 14 : thy yoüv 'Ahc6dvâpou untéox Ilohvéévny, cita
Mvptaany Ohvun:döx te wal Stoatovieny xaAnbiva: Adyous:; Justin., UX, 1.
(9) Arr. Anab. Alex., I, 16.
BCH, XLVIII (4924).
Page 100
View in PDF(opens in a new window)le grand roi avait prévu la reconstruction du temple de Zeus à
Dion pour une somme de quinze cents talents (1).
La visite de Dionysos au téménos de Dion (2) est une fiction
poétique dans laquelle il nous faut voir un hommage à la
Macédoine ct à Alexandre. En écrivant comme il le fait, le
poèle élève le sanctuaire macédonien presque au même rang
que les sanctuaires panhelléniques dont il avait parlé dans les
strophes précédentes. En même temps, il hellénise les Macédoniens, naguère encore considérés en Grèce comme des Barbares (3). Enfin, il vieillit habilement les origines d'une institution qu'on savait de création récente. C’est ce que d'autres
ont dû faire également, avant ou après lui; car nous retrouvons
un écho de la même tendance dans un discours de Dion Chrysostome (II, 2) : zóze G ody and sroussias fuovses (Diinnos za.
"ADEGavd605) év At This Iresiag £Byov tats Moúsars, wat cov ay va TOY
N
-
EN
er
+
~
+
Ohuurioy stihsorv, Gy zactv defarov eivat mag
«
a
~
UT.
Vs. 54-55 : Gersahtas. .. 2551. Ces vers ont été écrils en 335.
Les Thessaliens, dès 344, s étaient voués corps et âme à Philippe,
qui avait su gagner leurs sympathies en délivrant. leurs différentes villes des tyrans qui les opprimaient (4). On sait aussi
(4) Diod., XVII, 4.
(2, On remarquera peut-être que nous n'avons pas de preuve irrécusable que
Dionysos ait eu un culte à Dion. Mais le culte de Bacchus était répandu dans
toute la Macédoine. et, pour la région de l'Olympe, nous
avons le témoignage
d'Euripide (Baech., 412-415, 553 sq., 560 sq., 565 sqq.) et celui de l'auteur d'un
des Hymnes orphiques (XLV, 4).
(3) Thrasymachos de Byzance, frg. A : ‘ApyzAiw Souhevsopev "Ehr ves Gvtes BapS4ow, Cf. Herod., Hegi roxr:rziaz, p. 478 sq. Reiske; Isocr., V, 107; Demosth.
Olynth., Wl (348 av. J.-C), 16: od Säofzous, Philipp., MHI (341 av. J.-C.), 31 :
.. Din nov... où wdvov 097 “EAANIOS Svt05 0548 Toogtnovros GUSiv Toïs “EAAT Sty, GAA’
zoo Erreöhen Öhev aadöv eimety, AAN OMEBoou Maxzôóvoe, deu 058’ avâpdmoöov
emous2zioy 0562 Tv Toóteonv noixsba:. Hypéride, en 323 (Er:tactos, 38), se place de
nouveau au même point de vue. La guerre lamiaque était appelée 6 £XAnvixds
réksusos (Dittenberger, Syll.3, 317,40; 346. 17; Plut. Phoc., 23.
(4) Isocr. Or., V, 20 : où Gettxhods... OF tus sixeiws mobs aûTdy Steaxetoba: TeTOls,nEv
(Bikunros!, 530° Exdstoug adTos prAhov éneivu mistevery À vols œuuprohtTeuopévots;
Epist., 11, 20; Demosth., XVII, 43 : of wiv zardrtusto: OetzaAol... slhov edepyétry
swrion tay Pikinnoy fyoïvro
RAT éxcivos Tv adroïs + 9062 cuwvhy Tovey, ef zis AAO
rt Bovro:to Aéyatv. Diod.. XVI, 8 : maps fav eis try Berrarnlav vai Tous Tupivuous Ex
Page 101
View in PDF(opens in a new window)que le roi de Macédoine avait pris la précaution de coordonner
les forces armées des Thessaliens aux siennes d’une façon
presque indissoluble. A l'avènement d'Alexandre, les Thessaliens eurent peut-être certaine velléité de reconquérir leur indépendance (1). Mais Alexandre sut les prévenir et les gagner
cntièrement à sa cause (2). Il n'est donc pas étonnant que les
villes thessaliennes soient nommées ici immédiatement à côté
du principal sanctuaire de la Macédoine.
Vs. 58 : Mousa. En plus d'un endroit de la Grèce, les Muses
étaient adjointes dans le culte à Dionysos. Une telle association, qu’on retrouve dans l'art figuré (3), n'est pas, comme
d’aucuns le prétendent (4). purement secondaire et due à ce fait
que les fêtes de Dionysos étaient rendues plus attrayantes par
les arts des Muses. Elle date, au contraire, de l’époque primordiale où la Piérie était habitée par les tribus helléniques (5)
qui, plus tard, se répandirent dans la Grèce, emportant çà et
là la croyance que les dieux résident sur le mont Olympe.
On peut même se demander si, à l'origine, les Muses étaient
bien différentes des Nymphes, des Charites, et des autres suivantes de Dionysos (6). Au v° siècle, Sophocle nous dépeint
TAUETKE MEN
LA
a
A
VX °
4
,
LY
Ms
Lycurgue s'en prenant, dans sa haine contre Dionysos, indistinctement aux Bacchantes et aux Muses :
vhéous yuvatxas eULdv TE UO
~
w
~
Là
œuhauhous 7 np
19€ Be Moucas (7).
Thy núhewv ExBahdv iÖlous tals edvolars Exortjeato Tous Hettahoûs; Polyaen., LV, 2,
19; Kaerst, Gesch. des Hellenismus, 12, p. 243, 1.
(1) Polyaen., IV, 3, 23.
(2) Diod., XVII, 4, A : roWrous dl Getrahods... Aóvors shavGownots, Ets 62 meyadzız
emauyyeAfars nitemopioqus Exeits thy marponapdöorov Hyeuovlav Ts 'EAAdôos 2076
guyyuetou: zo TAG Osttarias Sovuat:.
(3) Cf. Roediger, Jahrb. f. class. Philol., Suppl. Bd. VIII, 1875-76, p. 268, 3; 278
sqq.; Maass, Hermes, XXXI, 1896, p. 375 sq., 387.
(4) Voir la note de M. Bruhn sur le passage de Sophocle cité dans le texte.
(5) Cf. Wilamowitz, Griech. Tragoedien, vol. IV, p. 120.
(6; Cf. J. Harrison, Proleg., p. 286 sqq. : « The Maiden-Trinities ».
(7) Soph. Andig., 964 sq.
Page 102
View in PDF(opens in a new window)Pour le poète tragique, les Muses sont donc parmi les compagnes de Dionysos, ainsi que cela est dit expressément dans
Diodore : gast GE x cas Moûsas aûté suvanoanpeiv raohevous côsas
.
ame
‘
x
+
~
a
~
9
Les textes concernant les rapports anciens entre les Muses et
Dionysos ont été réunis en dernier lieu par O. Gruppe (2). Il
est inutile de les passer en revue ici. Je demanderai seulement à y ajouter le témoignage de notre hymne. Loin de
décerner
au hasard aux Muses le rôle de chanter et d'accomplir l’apothéose de Dionysos, Philodamos a évidemment voulu
rappeler et souligner par là un rapprochement qui n'était peutêtre pas étranger au culte de Delphes même (3), et qui était
familier aux Orphiques (4).
Vs. 59: xissowr| oveldjagevar. Weil a dit excellemment : « Les
Muses se couronnent de lierre pour faire honneur à Bacchus ».
M. Théodore Reinach paraphrase le texte d'autre manière :
« quand Dionysos arriva en Thessalie, les Muses... le couronnèrent de lierre (5) ». Tel n'est pas le sens du moyen stéveq4a:.
Comme on porte la couronne de lierre dans les fétes dionysiaques (6), les Muses s'en parent elles-mêmes, lorsque le dieu
parait parmi elles. De méme, Nonnos fait prendre le lierre aux
Nymphes qui entourent le jeune Iakchos :
Kor o& zodonv “lax yov éxuxhMgaveo -yooety,
He
“
=
~~
v
A
A
v
7.
N
fj
vouvat 21750p000! Masafwyides (7).
.
A
On lit dans une épigramme de Thespies inscrite sur une
base de statue :
(4) Diod. IV, 3. Cf. Preller-Robert, Griech. Myth., 1, p. 281 : «.. den Musen,
deren Dienst ursprünglich dem des Zeus und des Dionysos näher stand als dem
des Apollon ».
(2) Gruppe, Griech. Myth., p. 829, 3.
13) Roediger, &. l., p. 269.
(4) Hymn. Orph., LXXVI, 1: (Moösa: Iliepides), af tenetas Guntois Avedsiéate pustimokeúvove; cf. Maass, Orpheus, p. 184; Hermes, 1. 1. p. 381.
(3) Diet. des Antig., IV, p. 269.
(6) Etym. Magn., p. 220, 20 : dei yap Tais Arovusıanals tedketais nica Eatezavoövro.
(7) Nonn, Dior., XLVIII, 959 sq.
Page 103
View in PDF(opens in a new window)x.ozòs Tepbryóon, Boopio 6’ Enpebev 6 Awros (1).
?
Entendez que le sculpteur avait échangé à dessein (2) les
attributs du dieu et de la Muse (3), afin d’accentuer leur union.
Les textes et les monuments où les Muses prennent le thyrse
doivent être jugés de la même fagon (4).
Vs. 60: ufékbav). La restitution est due à Weil. Elle est
particulièrement heureuse.
Dans le sanctuaire
de Atévusos
Mehnôuevos à Athènes, Pausanias mentionne des statues des
Muses et de leurs parents, et il ajoute: «Ce Dionysos est
nommé Meinôuevos pour la même
raison pour laquelle on
appelle Apollon Mousxyérns » (5), en d'autres termes, parce
qu’on le conçoit, lui aussi, comme le Conducteur des Muses (6).
Vs. 64 : Mozy’. Dans Homère (7), et dans Hésiode (8),
Harwy est un dieu guérisseur. Il est le médecin des dieux et
le père des médecins des mortels. A l’époque classique, Iatév
devient une épithéte, ou un autre nom (9), d’Apollon et
(1) IG, VIL, 1799.
(2) Kaibel, Epigr. yr., 188.
(3) Cf. Anth.
Maass,
Pal., IX, 504, 5: Teobiycor,
Hermes, 1.
|.
yaoieoox Töpev Teyriuuvas a hoûe;
p. 388: « Die Musen führen also,
wenn sie dionysisch
sind, den Epheu auf den Monumenten wie bei den Dichtern ».
(4) Prop., IV, 3, 35: haec hederas legit in thyrsos (il s'agit des Muses de
l'Hélicon); Nonn. Dion., I, 11 sq.:
REATÉ nor vepOnxx, tivdsate xo
Baha, Moüger,
“ai rahäiun cote Aúpsov derânudvnv Atovÿzov;
Maass, /.
L., p. 375 sq.
'5) Paus., I, 2,5; cf. 31, 6 : Atévusn, MeAnouevoy val Kisod, tév abröv Dean.
(6) Dionysos Keyrvws, qu'on adorait à Samos, et qui a été chanté par Euphorion (frg. 18 sq. Scheidweiler}, est le même que Atdvusos Meanouevos (le Chanteur):
v. Meineke, Anal. Alex., p. 141.Cf. Call. Epigr., XLVI, ot il est question d'une
image consacrée aux Muses et qui représentait Dionysos la bouche grandement
ouverte (xeyrvwos... toU Zauiou 27h60).
(7) Hom. 11., V, 401 ; 899.
(8) Hes. frg. 194 Rzach?:
el uk NN ‘Datos Sréx Havaroın sawsı:
F, abrös Marty, 35 Andvrov siopaxa oldev.
(9) Cf. Fairbanks, A study of the Greek Paean,p. 5: « Paian is rather another
name for Apolio than a simple epithet»,
Page 104
View in PDF(opens in a new window)d’Asklépios. Les savants modernes (1) considèrent généralement
Péan comme un de ces dieux anciens dont la réputation a pâli
et qui ont fini par être identifiés avec d’autres divinités plus
universellement adorées. Tel n'est pas l'avis de M. Deubner.
Celui-ci dérive le nom de IHarë» du chant nommé péan et du
cri rituel ‘exatay, hypothèse déjà énoncée, mais rejetée, par
d'autres auteurs avant lui, et qui implique que la figure du
médecin des dieux Hatjwv a été créée de toutes pièces par
l’auteur du V° livre de Y’lliade (2). Quoi qu’il en soit pour cette
question d’origine, il est certain qu’au iv® siècle, Hay n’a été
une épithète usitée de Dionysos, ni dans le culte public.
ni
dans le langage courant (3). Nous avons donc affaire, dans le
péan delphique, à un cas de théocrasie peu commun. Les
Muses célèbrent Dionysos, élevé au rang des immortels, sous
le vocable de Péan, c’est à dire, le poète se plaît à identifier
ces deux divinités. D'autre part, quelque rare que soit cette
conception, elle n'est pas absolument sans exemple (4). Je
classerailes témoignages à ce sujet de façon à commencer par
les plus récents en date et à lerminer par ceux du v° siècle.
Le lexique d’Hésychius dit, sans autre explication : Hotwvtos :
Avovuoos. Au 1°" siècle de notre ère, Columella invoque Apollon
et Dionysos sous cette forme:
Delie te Paean, et te, euie, euie Paean (5).
(4) K. O0. Müller, Die Dorier?, I, p. 299 sqq.; Usener, Götlernamen, p. 155 sqq;
Fairbanks, Op. L., p. 4-13; Eisele s. v. Paian, dans Roscher, Lex. der gr. und
rôm. Myth.; Gruppe, Griech. Mylh., p. 1240, 1.
(2) Neue Jahrb., XLIII, 1919, p. 401.
(3) On lit dans le Critias de Platon (p. 108, c}: tov Ha:äv& te wal tas Movoas Enı#ahovuevoy. Je crois probable que Ilxiiv n'est ici qu'un autre nom pour Apollon.
(4) Je ne sais s’il convient de faire état ici des passages d'auteurs où Dionysos
est appelé ‘Iatcés ou ‘Yytétns (Athen., I, p. 22, e : Mvncibeos 5° 6 ’Abnvaïos Atdvucoyv
‘latody ono. thy Muôiav ofoa tidy 'AOnvatois ; p. 36, b:
616 xai xaxheïobat tov Aróvuanv navtayod
‘latpov.
5, GF OX elonxé tis. Atévuooy Yyiatry xaheïv; Plut.
Davis, The Asiatic Dionysos, p. 195).
(5) Columella, De cultu hortorum, 224.
Sympos., III, 1, 3, 3.
Page 105
View in PDF(opens in a new window)On lit dans le LIT hymne orphique,
adressé a Dionysos
AWAAHTA TE, AXIS, TOÂAUVEYUUE, uaıyora, Baxyed...
Harry Busseyyäs..
A
La
Sur un vase peint (1), on voit un homme nu, appelé HAIAN,
un flambeau et un broc à la main, marchant à la tête d’un
zwpos. C'est, a-t-on dit, la personnification du péan que l'on
entonnait après la fête des Choés. Je croirais plutôt que c'est
Dionysos en personne (2). On cite enfin le passage suivant des
Saturnalia de Macrobe (I, 18, 6): « Euripides in Licymnio Apollinem Liberumque unum eundemque deum esse significans
scribit:
DÉTTOTA ılöoamve Baxye. ar "AmoAhov sUAUgE ».
#
=
3
LS
we
Macrobe a raison, et les savants modernes confirment son
interprétation du vers d’Euripide qu'il cite : grhódapve et
evauos (3) sont des épithètes d’Apollon, cisxove s'applique à
Apollon comme a Dionysos (4), mais Báxys montre bien que le
poète a voulu confondre les deux divinités en une seule personne. Peut-on déterminer maintenant à qui se rapporte exactement le nom Ia.a, dans ce passage? Il me semble qu'on a tort
de restituer, comme il se fait généralement, une seule virgule
au milieu du vers, après Baxye. L'épithète piióöxoves se trouve
ainsi mal placée. Il faut ponctuer à la manière des hymnes
orphiques :
Öéonora, prhóOapve, Baxye, Ilarav, “Arodhov, evduge.
~~
eh
=
Va
Chaque épithète. chaque nom est une invocation à part. On
peut comparer, par exemple, oracle donné aux Rhodiens:
1) A. Z., 1852, pl. 37, 2; Diet. des Antig., fig. 1429.
f
\
f 2)
Fairbanks, op. l., p. 6. Cf. Hymn. Orph., LU, 7: (Baxyed), fyétz xuuwv.
(3) Eur. Ale., 510 : 6 [[s8:0; euhvors “AxdAAwY; Aristoph. Thesm., 969 : tov
\
Edhsoav péArousa; cf. ibid., 315.
(4) Eur. Bacch., 582; Aristoph. Acharn., 247; Thesin., 988; Vesp., 815 ; Kaibel,
Epigr. gr., 1040; Hymn. mag. 1, 1 Abel.
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, Qetov, pévav, xyvov, "Adovi,
206107, nee
€
waov, Eumdóxagov, Argvucoy (1),
ou le début de Vhymne orphique à Apollon, qui se compose
d'une série tout analogue d'adjeelifs et de noms propres :
27.92, wns‚a, Maus, Tervorzóve. @otbe, Auzwosy...
Javsoldan, Treppeios, doôrgre, Muse, Tray (2).
Euripide était done allé plus loin que Philodamos: celui-ci
identifie Péan avec Dionysos, tandis que le poète tragique avait
confoudu en une seule personne Dionysos, Apollon et Péan. On
voit bien & quelles influences sont dues de pareilles tentatives
de théocrasie. Elles ne peuvent qu'être empruntées aux doctrines orphiques. Mais j'ai hate d'en arriver aux derniers mots
de lastrophe qui porteront une pleine lumière sur les intentions
du poète. Je dois seulement remarquer encore qu’Eisele a eu
tort d'inférer de notre hymne que Videntification de Péan avec
Dionysos était chose recue dans le culte de Delphes (3). Rien
n'indique qu’il en était ainsi. Philodamos est un novateur
assez hardi, et tout son pan paraît destiné à célébrer une
réforme assez radicale du culte de Delphes, qui a probablement
peu duré.
Vs. 61 : 9x22. Si l’on considère, comme on l’a fait jusqu'aujourd'hui, sòx)fa comme un adjectif, on est forcé de
construire et de traduire la phrase comme suit : « les Muses
te chantèrent en chœur, en t’appelant immortel à jamais et un
glorieux Péan ». Mais cela serait fort mal dit; le poète aurait
l'air, ou bien de supposer l'existence non pas d'un seul, mais
d'un grand nombre de Péans divins, ou bien d'employer le nom
de maisy dans le sens métaphorique de guérisseur ou de sauveur (4), ce qui serait ici trop faible comme louange. Weil ne
(1) Soer. Hist. Eecles., II, 23; Lobeck, Aglaoph., p. 463. Cf. Soph. Oed. R.,
134.
(2) Hymn. Orph., LIT, 1 sqq.
(3) Roscher, Lex., III, 1, p. 1250 : « … des... die delphische
wiedergebenden Päans auf Dionysos ».
.4) Cf. Aesch. Ayam., 99 : may ylyvou cide peplpvng.
Lokaltradition
Page 107
View in PDF(opens in a new window)paraît pas avoir senti la difficulté. Fairbanks l'a esquivée en
traduisant adroitement : « in saluting him with the cry : Glorious Paean (4) ». Il est vraiment curieux que le péan delphique ait pu être livré à la publicité depuis bientôt trente ans,
sans que l'on se soit aperçu qu'Esxkés doit s'écrire avec une
majuscule. Il faut traduire : « les Muses te chantèrent en chœur
comme immortel à jamais, en tappelant Péan ct Euklès ».
Euklès est un autre nom pour Hadès chez les Orphiques (2). Le
lexique d’Hesychius dit catégoriquement : Eùxùns * 6 ‘Ans.
La formule orphique que l’âme doit réciter à son entrée dans
les Enfers, commence par ces mots :
Eoyouaı EX x29206 zus, Ieviov Bastkeız,
L LA
hd
~
e
x
Evxdns Ev6ouhsds ze xxl gfavaror Geci dor (3).
Dès le 1v° siècle avant l'ère chrétienne, on trouve ces vers
gravés sur des tablettes d'or que l'on déposait dans la dernière
demeure du trépassé; ils sont même, sans nul doute, plus
anciens que le 1v° siècle. Il y a quelques variantes dans le second
vers, mais qui n'en affectent pas le sens. Il revêt une fois cette
forme :
Eòxhe vor EdGouhed xa Gro. Geol catuoves dor (4),
et une autre fois celle-ci :
Edxhees Eyboursd ze, Atos <éxos... (5).
Les divinités qui président aux Enfers, selon les croyances
orphiques, sont, on le voit, Perséphoné, Euklès (ou Euklos) (6)
{tj Fairbanks, Op. L., p. 39.
(2) Bücheler, Rhein. Mus., XXXVI, 1881, p. 332 : aequavi... Euclem Diti patri.
Hofmann, Robert (Preller-Robert, Griech. Myth., I*, p. 804, 2), Dieterich, Diels
(Philotesia, 1919, p. 41 sq.), Comparetti et beaucoup d'autres savants ont déclaré
se ranger à l'avis de Bücheler.
(3) IG, XIV, 641, 1; Reinach, Cultes, Mythes et Religions. Il, p. 124; Olivieri,
Larnellae aureae Orphicae, 4, A; Kern, Orphic. fragm., 32, ce (p. 106). Cf. Foucart, Les mystères d'Éleusis, p. 428 sqq.
(4) Olivieri, Op. l., 9, b ; Kern, Op. [., 32, d.
(5) Olivieri, 18, B?; Kern, 32, g.
:6) Le nom du dieu Euklos se lit en outre dans un texte en langue osque, trouvé
a Agnone, dans les Abruzzes (Zvetajeff, Syll. inser. osc., n° 9).
Page 108
View in PDF(opens in a new window)et Eubouleus. Cependant, nous nous heurtons ici à une difficulté. Quelle peut être la différence entre Euklès et Eubouleus?
Il est acquis que ce dernier, dans nombre de textes, n’est autre
que Pluton. C’est Bücheler qui a le premier posé l’énigme, et
il s'est déclaré incapable de la résoudre (1). Depuis, on a proposé trois solutions que voici :
1° Diels, et Comparetti, dans ses Laminette orfiche, considerent l'Eubouleus des tablettes orphiques comme Dionysos.
Leur opinion peut se défendre à l’aide de plusieurs textes (2);
2° Pour Miss Harrison,
Eukles et Eubouleus
sont deux
appellations différentes de la même divinité (3). Cela ne peut
se soutenir, d’un point de vue grammatical, qu'à condition de
ne pas s’appesantir sur l'emploi des conjonctions ze et xat dans
la formule orphique. Il est juste, peut-être, de remarquer que
la forme exacte du texte original n'est pas connue avec certitude. Mais il y a une objection plus sérieuse à faire. Euklès et
Eubouleus ne sont, dit Miss Harrison, que deux noms différents
du dieu unique des Orphiques, qui apparaît sous plusieurs
formes, comme Hades, Zagreus, Phanès, etc. Or, ilest très vrai
de dire que la théocrasie des Orphiques repose, au fond, sur
une croyance monothéiste; les noms divins dont ils se servent
ne désignent donc pas, si l’on veut, des divinités différentes,
mais seulement des aspects divers de la divinité. Néanmoins
on ne saurait dire qu’ils aient, dès le ıv? siècle, cherché à
confondre ces aspects en se servant d’appellations ambigues.
En d'autres termes, Euklès et Eubouleus, à leurs yeux, étaient
un; mais Euklès n'en était pas moins, pour les initiés comme
pour le vulgaire, un autre aspect de la divinité qu'Eubouleus.
3° Wieten est parti d'une glose d'Hésychius pour identifier
Euklès avec Hermès (4). Le lexicographe nous apprend qu Her(1) Bücheler, £. 2.
(2) Plat. Quaest. Conv., VIE, 9, 1: of 62 raumay apyato: moy Atévuroy aûtèv Eÿ6ou-
Alas... rooseïrov; Hymn. Orph., XXIX, 8: Macrob., I, 18, 47.
(3) Harrison, Proleg., p. 588.
(4) Wieten, De tribus laminis aureis, diss. de Leyde, 1915, p. 31-40 : « de deo q.
e. Eèx)îs ». Dans la dernière partie de ce chapitre, le raisonnement de l’auteur
Page 109
View in PDF(opens in a new window)mes était invoqué comme Eÿxokos à Métaponte (1). L’auteur
d’une épigramme attribuée à Antipatros dans l’Anthologie
Palatine (2) connaît apparemment cette épithète d’Hermes,
puisqu'il dit plaisamment : « Hermès, 6 pasteurs, est d'humeur
facile (söxohos), vu qu'il ne vous demande qu'un peu de lait et
de miel; pour Héraklés, c'est différent : il exige une victime ».
De ces deux textes, Crusius (3) me paraît avoir rapproché avec
raison une stèle funéraire du iv’ ou du 1° siècle avant notre
ère, que Max Fraenkel a vue a Nice (4). L'inscription qu’elle
porte a d’abord été lue : ‘HSÿos avélnxer Edxohofs]; elle doit
peut-être se lire : "Höuros avéfinxer EdxnA(w) (5), ou Eÿxéholfe], si
la pierre provient d’un endroit où le datif singulier des substantifs en -os se terminait en -o.. Comme Métaponte est très
près de la ville de Thurii, aux environs de laquelle on a
trouvé la plupart des lamelles orphiques, Wieten ne croit guère
possible de distinguer le dieu Eukolos de Métaponte du dieu
Euklos de Thurii. Le rapprochement est ingénieux, mais il laisse
place au doute. Comment expliquer, en effet, la divergence
dans la forme des noms? Wieten part d’une forme première
Eÿxohos, qui a pu devenir, pense-t-il (p. 34), Euklos chez les
Italiotes, comme on a "HsaxAns-Hercles. Mais pourquoi alors les
habitants de Thurii, qui étaient grecs, ne s’en seraient-ils pas
tenus, au iv? siècle, à la forme Eöxoùos, au lieu d’écrire Eöxkos,
et, surtout, Eòxùs ? L’objection est, je crois, sans réplique. Je
n’accorde pas plus de poids aux deux autres hypothèses que
Wieten signale sans leur accorder ses préférences, à savoir
est entaché d'une erreur de fait. Wieten considère la tablette de Caecilia
Secundina (Kern, Orphic. fragm., 32, g; comme étant du n° siècle avant J.-C.,
alors qu'elle date approximativement du 1° siècle de notre ère.
{1) Hesych.: Et«oko;... “Eopismaok Metanovtiots.
(2) Anth. Pal., IX, 72. It y a Antipatros de Sidon, qui écrivit entre 159 et 120
avant J.-C.. et Antipatros de Thessalonique, qui vécut plus d'un siècle plus tard.
On ne sait lequel des deux passait pour être l’auteur de l'épigramme.
(3) Roscher, Lex., s. v. Eukolos.
(4) Arch. Zeit., N. F., VII, 1874, p. 148.
(5) Cf. Arch. Zeit., XL, 1882, p. 390; Svoronos, Das Alhen. Nat. Mus..
Arch. Jahrb., XXIX, 1914, p. 219, 1.
Page 110
View in PDF(opens in a new window)qu'Hésychius aurait pu écrire par erreur Eöxoùos pour Eòx)os
(ce qui est contredit par l’épigramme d’Antipatros et la stèle
de Nice), ou que les Italiotes auraient déformé le nom grec
Edx)os en Eukolos. Pareille transformation d’un mot grec ne
serait certes pas impossible en soi (1); seulement, encore une
fois, il est à présumer que les Métapontins et Antipatros s’exprimaient en grec, et non dans la langue osque. Et pourquoi
Wieten n’a-t-il pas tenu compte de l'épithète Evxodtivn que
portait la déesse Hécaté dans Callimaque (2)? Eöxokos et Eùxohivn sont, ce semble, des appellations euphémiques de divinités réputées austères, voire hargneuses pour les mortels.
Aucune des trois solutions qu'on a proposées ne peut, en
définitive, être considérée comme sûre. Les Orphiques ont cru
qu'à côté de Perséphoné, il y avait, dans les Enfers, non pas
un, mais deux Rois des Morts (3), Euklès et Eubouleus. L’hypothèse qui égale Eubouleus au Dionysos chthonien, qui est
fils d'Hadès (autrement appelé Zeùs YBövros) et de Perséphoné,
me paraît, quant à moi, de beaucoup la plus probable. Mais,
quoi qu’il en soit, il ne saurait y avoir de doute sur la nature
chthonienne du dieu Euklès, qui nous regarde seul directement ici. La glose d’Hesychius qui identifie Euklès avec Hadès
est un témoignage digne de foi. En outre, comme on l’a souvent
remarqué, le nom Eùxh%s ressemble aux appellations KAvuevos (4) et MepuxdAvpevos (5). qui désignent le même dieu, et
(1) Cf.
A. W. de Groot, Die Anaptyre im Lat., p. 11-20; 43.
(2) Call. frg. 82,d; Etym. Magn., p. 392, 27 sqq.: Etuohivr %, ‘Euden, Atyerz.
maok Kakhpiyw war’ avtiopacv, f, uk, obax ebxodes.
13) Cf. Orph. Argon., 1370 sqq. :
éyo 3° txéuyy el Talvapov avepcevta,
Özat nev Svtopx Géo dyaxdhertoisg Bastrcdary,
of t° doa veoteolwy Becélours wANieas Eyousty.
Eur. fr. 904,8: ydoviov 6' "Arén weteyers doyts, « tu partages avec Hadès
la souveraineté sur les morts ». L'invocation dont le vers cité fait partie semble
adressée au Dionysos chthonien.
(4) Lasos d'Hermioné dans Athen. XIV, p. 624, e: Paus.. II, 35, 9 sq.; Kaibel,
Epigr. gr., add. 552, a, 2 (p. 5285.
(5) Hesych. : TieeıxAönlev)os * à
Hhoutwv.
Page 111
View in PDF(opens in a new window)(Artemis) Eüxhstx semble, à l’origine, avoir été une divinité
chthonienne (1;.
Il est donc bien établi que
devenu immortel,
non
Philodamos égale
Dionysos,
seulement à Péan, mais encore
à
Euklès, dieu des morts. Et ce n'est pas seulement le nom
Euklès qui est orphique : l'identification même de Dionysos
avec le Seigneur des Enfers trahit les mèmes origines. Elle est
attestée ailleurs par les témoignages suivants :
1° Heracl. frg. 15 : mutes Gz ‘Aiôns xal Arcvusos, Gre paxivoyrat Ka Anvaifouaty.
2° Etym. Magn., p. 406, 46 sqq. : Zaypeüs © Atovusos... sox
ao 6 Zeus peyrvat ci Heosepovy, : 26 hs yoviosg 6 Atévuaas ... tty
coy aùróv pasty eivar tO Ihodruve.
3° Hymn. Orphic., LIT, 1 sqq. :
kJ
*
F
‚
r
Ld
apprerf, xaréw Baxyov, foveov Asovusey...
~
hl
Ld
20454 00 LOLTLY LAU WY
4° Ibid., XLVIT, 3 (Bakchos cause les tremblements de
terre, et y met fin).
5° Nonn. Dion., XXXI, 144 : Novioro Avatoy.
Ces passages, d’ailleurs peu nombreux, se lisent en majorité dans Jes ouvrages dont les titres reviennent sans cesse
sous la plume de ceux qui étudient les croyances orphiques.
Les cultes officiels, et la religion des gens lettrés et bien nés,
ne pactisaient pas avec les dogmes mystiques de la théocrasie.
Leurs adhérents ignoraient, ou voilaient, le coté chthonien
de la nature de Dionysos. De là le silence presque complet,
dans Ja littérature classique, sur un sujet aussi important.
L’art figuré, au contraire, qui est, de par sa nature, plus prés
de l’äme du peuple que la haute poésie ou la prose des rhéteurs, réflète plus souvent l’identité de Dionysos et de Pluton,
qu'elle exprime soit par une juxtaposition étroite des deux
divinités, soit en entremélant leurs traits caractéristiques et
(1) Jessen, dans Pauly-Wissowa, Real-Encycl., Vl, p. 998.
Page 112
View in PDF(opens in a new window)leurs attributs. L'histoire des religions fournit encore d'autres
preuves que je me dispense d'alléguer ici. Si je ne me trompe,
ce sont surtout les représentations de l'art figuré qui ont, de
nos jours (1), familiarisé les érudits avec la figure du Dionysos
chthonien (2). Ce serait une tache assez ardue que de chercher
à
les
énumérer systématiquement. Je
me
bornerai
ici à
quelques indications. Aux terres-cuiles de Tarente étudiées
par Evans (3), aux tablettes votives de Lokro: Epizephyrioi
publiées par Quagliati (4), aux vases peints cités par Farnell (5),
je désirerais ajouter, en premier lieu, la table d'ivoire et d’or
de Kolotès, élève de Phidias. Pausanias, qui la vit à Olympie,
v remarqua entre autres choses un groupe de figures représentant Pluton, Dionysos, Perséphoné et quelques Nymphes, dont
lune portait une sphère (6). La sphère, d'après Clément
d'Alexandrie, était un des symboles orphiques (7). En second
lieu, je voudrais attirer l'attention sur un bas-relief votif de
l’époque hellénistique qui se trouve au musée de Chalcis.
L'objet m'a été signalé par M. G. Snyder, qui a l'intention de
le publier. On y voit Pluton et Dionysos côte à côte, avec les
mots : voir Geotv pour toute inscription.
(1) En 1903, Miss Harrison voyait encore une anomalie dans le fait que les
Anthestéries, qui sont une fête des morts, étaient consacrées à Dionysos (Proleg.
chap. ID).
(2) Je me contente de citer Rohde (Psyche, 112, 13; 45,1), Foucart (Les mystères d'Éleusis, p. 455 : « Les époptes reconnaissaient dans la présentation de
l'épi de blé le suzerain auquel ils venaient de s’engager: pour eux, c'était Dionysos, le roi des morts, qui se manifestait en cette forme et s‘offrait à leurs
yeux, comme preuve qu'il acceptait leur foi et leur assurait sa protection
dans son royaume »), Maass (Orpheus, p. 80 sq.), Weicker (Der Seelenvogel,
p. 13), Gruppe (Griech. Myth., p. 1432 sq. : Dionysos Unterweltsgott), Dieterich
(Arch. f. Rel. Wiss., XI, 1907, p. 173), Nillson (Ibid., p. 537; 539) et Farnell
(Cults of the Greek states, NV, p. 128-132 : Dionysos of the lower world).
(3) J. H. S., VII, 1886, p. 12. Cf. Pottier, Statueftes de ferre cuife, p. 206;
Furtwängler, Kl. Schr., Il, p. 444,1.
(4) Ausonia, II, 1909, p. 176, fig.
29-31. Cf. Oldfather, Philol., LXIX, 1940,
p- 115; 117.
(5) Farnell, Op. L., III, p. 223.
(6) Paus.,
V, 20,3 : Waodtwv xz! Atbvusos Mepospóvn ze «xi Niupat, opatorv at
7, itépa SécuuT2.
(1) Kern, Orphic. Frg., 34.
Page 113
View in PDF(opens in a new window)L'orphisme a été très répandu en Grèce de tous temps,
quoique surtout dans les basses classes de la société. On ne
s'en demandera pas moins comment il se fait que Philodamos,
pour célébrer le Dionysos de Delphes, se soit placé à un point
de vue orphique. Ne disons pas qu'il a pu s'exprimer d'une
manière conforme aux croyances populaires de son pays d origine (1); car le poète locrien que le sacerdoce de Delphes chargeait de composer un péan, en l'honneur d'un de ses grands
dieux, n'eûl pu sécarter des conceptions théologiques de ses
mandataires, pour y subslituer les siennes propres ou celles de
son pays natal. Et gardons-nous aussi de conclure que le
culte de Dionysos à Delphes a été pendant toute l'époque classique un culte mystique. Mais, ceci dit, tenons-nous en là pour
le moment; car pour pouvoir répondre en connaissance de
cause à la question posée, il faut d’abord avoir compris ct pesé
le contenu des strophes IX et XI de l'hymne.
Vs. 60-61 : o[r x)éojusat. La restitution est l’œuvre de Weil.
Dans l'épopée, les Muses chantent suet5ômevat ox! zah% (2), dans
Hesiode, elles vont vers l'Olympe dryarhógeva, or. zakt (3).
Comme le mot & ne signifie pas seulement voir, mais encore
chant, on peut comparer aussi le premier vers des Travaur
d’Hesiode :
Moosor Ilveoinfev, dodo. xheiouoat.
Vs. 62 : [xalcasge 9° ’Axéhov, «le chant fut entonné par
Apollon ». La première copie portait : TAPTE. Mais Ja révision
de la pierre due à Fournier a confirmé la conjecture de Weil :
227398 (4). Préluder, conduire le chant, se dit en grec le plus
souvent s6&cyetv, quelquefois arasyetv (5), ou varderpers (6).
Le poète nous montre ici Apollon consentant à l’élévation de
(4, Cf. Oldfather, Philot., LXVH, 1908, p. 431 sqq.: LXIX, 1910, p. 119.
(2) om. [1.,1, 604; Od., XXIV, 60; Hymn. Apoll., 189.
(3) Hes. Theog., 68.
(4) BCH, XXI, 1897, p. 511.
(5) Mnemos., XLVII, 1919, p. 349.
(6) Ps. Aristot., De mundo, VI, p. 399, a, 15 : ev 7006 xoougains navdosavros SUVERrgel 6 (40503.
Page 114
View in PDF(opens in a new window)son frère au rang des dieux de l'Olympe, et s’en réjouissant le
premier. Il venait d’égaler Dionysos à Péan et à Eukles; il
s'abstient clairement de l'identifier avec Apollon. Avant et
après lui, il y a eu des Orphiques qui ont affirmé que Dionysos
et Apollon étaient un seul et même dieu, et nous savons que
cela s'est dit à Delphes comme ailleurs (4); mais, en l'an 335,
les deux cultes y étaient par trop opposés l’un à l’autre pour
qu’on y püt juger opportun de sanctionner cette théorie (2).
W. VorLLGRAFF.
{A suivre.)
(4) Voir le fragment du Licymnius d’Euripide cité plus haut, et en outre :
Aesch. ap. Macrob. Sat., I, 48,6; Dio Chrys. Or., XXXI (Rhodiaca), 11 : Tôv uèv
"ATOM
RU zat Toy “H)tov vai toy Aidvusoyv Eviol Daai sivat tov autéyv Kal Duels obte
vouiSets; Lucan. Phars., V, 72 sqq. :
Parnassus gemino petit aethera colle,
mons Phoebo Bromioque sacer, cui numine mixto
Delp hica Thebanae referunt Trieterica Bacchae.
Menand. rhet., epi
éxiserutixey
(Spengel, Rhet. gr., vol. lil, p. 446; :
Achool 62 Ein
Mi ouer vooln Tiuüsty, "AnNGAAwVa Kal Atdvucey Adyovtes: « Aristoteles
qui Sedroyouueve scripsit » ap. Macrob. Sat.,1, 18,1; Arnob., III, 33.
(2) [Au moment de l'impression du début de son étude, M. W. Vollgraff n’avait
pu prendre encore connaissance du commentaire de V. de Falco, Sul peane
delfico a Dioniso, commentaire récemment paru. — Lu Réd.]
Page 115
View in PDF(opens in a new window)SSLLE Rare
Ersee
_
\ an 5
Wilhelm Vollgraff
Le pean delphique a Dionysos
Citer ce document/ Cite this document :
Vollgraff Wilhelm. Le péan delphique a Dionysos. In: Bulletin de correspondance hellénique. Volume 49, 1925. pp. 104-142.
doi : 10.3406/bch.1925.2973
htip://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bch_0007-4217_1925_num_49_1_2973
& (=) creative
commons
Page 116
View in PDF(opens in a new window)Wilhelm Vollgraff
In: Bulletin de correspondance hellénique. Volume 49, 1925. pp. 104-142.
Citer ce document / Cite this document :
Vollgraff Wilhelm. Le péan delphique à Dionysos. In: Bulletin de correspondance hellénique. Volume 49, 1925. pp. 104-142.
doi : 10.3406/bch.1925.2973
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Page 117
View in PDF(opens in a new window)(Suite) (1).
Srropues VI-VIIH.
Il n'est resté que peu de chose des strophes VI, VII et VIII.
Pour les remarques qui vont suivre, je prie le lecteur de prendre sous les yeux la pl. XVI-X VII du Bulletin de 1895.
,
Les caractéres des fragments des strophes VII et VIII sont,
pour la plupart, clairement lisibles. I] n’en est pas de même
de ceux de la VI° strophe. Ceux-ci ont dû être déjà en partie
(1) Voir BCH. XLVIII, 192%, p. 97 et suiv. M. Alfred Brückner a eu l'amabilité d'attirer mon attention sur un monument en marbre blanc du Ile siècle de
notre ère {Conze, All. Grabrel., pl. 446, n° 2045). Il représente un vieillard
debout, vu de face, la tête surmontée d'un aigle aux ailes éployées. Il s'agit d'un
personnage très dévot, témoin l'inscription que voici (Kaibel, Epigr., 134) :
räsı Beois Baas zat sue navrore Ir’ aut
els TÜVSOY xstpat Evvia Eywv Oendôes.
Ce monument semble confirmer ce que j’ai dit dans la premiere partie de mon
étude (p. 162-175) à propos des termes äetés et äwaerig. L'aigle, ici encore, figure
le myste. Les mots êvvéa wv G:xxôes doivent peut-être s'entendre non, au sens
littéral, d'un nonagénaire, mais dans un sens mystique. L'auteur de l'épigramme
a pu écrire évwéx Zywv Seuttes pour Ôéxx E/wv Evveernotôag, ou dexerhs. Cf. Theocr.
Id., XXVI, 29 et 'épigramme que j'ai citée 2. L., p. 173.
M. Brückner me signale encove un deuxième monument. C'est un bas-relief
du musée de Sparte (Tod-Wace, Catal., p. 135, 6) d'un art très fruste, et de date
incertaine (mer siècle de notre ère ? ve siècle avant J.-C. °). Sur un fond de
rochers, on apercoit Orphée tenant la lyre et entouré de quatre animaux. Au
centre de la stèle se voit un homine assis sur un bloc de pierre rectangulaire,
un rouleau dans chaque main. Un aigle plane au dessus de sa tete. C'est apparemment le monument funéraire d’un initié aux mystères orphiques. Sur l'usage
des plinthes rectangulaires dans les cérémonies orphiques, voir Macchioro,
Zagreus, p. 28 sqq.
Page 118
View in PDF(opens in a new window)plus ou moins effacés en
1894; aujourd'hui beaucoup ont
complètement disparu. Pour la première partie de la strophe,
les estampages ne me donnent que ceci :
ETAT
IM.
EO P
TEPYOOXPH.......AXAN
Weil a reconnu l'adjectif xufoypn{oz]-. Comme la copie de
MM. Homolle et Bourguet donne IAXAN, on peut restituer, sans
crainte de se tromper :
|
TEPYOOXPHiz7°7%7e)/1AXAN
68
69
70
?
ze nuo-/pn{sl-
[tov Tj tayay
U
— U
(evar, & "16Bexy’, © tè Mory).
Mudd-yonstos tyd, c'est la « clameur de fête ordonnée par
loracle ». Apollon semble donc avoir enjoint à ses fidèles de
célébrer à Delphes une fête bruyante en l'honneur de Dionysos
ou, sinon, de quelque divinité étroitement unie & Dionysos.
Dans la seconde partie de la strophe le mot AAIA-, comme l’a
dit Weil, parait se rapporter à une solennité nocturne célébrée
à la lueur de torches.
.
Dans la VII* strophe, on reconnaît d’abord le mot PPO@H,
reoor[T]-, qui en terminait la première partie (1.53). La syllabe
finale a pu être longue ou bréve; on serait donc libre, de ce
chef, de restituer le féminin zpopntis,
ou un cas quelconque du
masculin roosñzrns. La seconde partie de la strophe commengait avec NOMOOET, soit une forme du verbe vouoletety, ou du
OME<vVOrOM
m
substantif vogoflerns (1).
Je crois devoir rattacher à la strophe VII te fragment que
voici :
(1) Cf. Ael. Aristid., Acóvusos, p. 47 Dindorf: tobs piv obv Tehéous Duvous te Kai
Adyoug neo Arovósou 'Oowel xxl Mousxiw Tapmuev wal tots doyatorg Toy vonoderwv.
Page 119
View in PDF(opens in a new window)Je ne connais ce fragment que par la copie qu’en a publiée
Weil sur lautorité de M. Bourguet (1). On doit forcément
admettre qu'il appartient à une des quatre strophes grandement incomplètes de l'hymne. Mais, comme il contient le
commencement du refrain : evot, © 'lóBaxy', © të Hausv, il ne
peut faire partie de la strophe VI, dans laquelle ce passage est
conservé. Restent donc, comme l'avait déjà vu Weil, les strophes IV, VII et VIII. Je ferai voir plus bas qu’il faut écarter
la strophe VIII; et je voudrais tacher de prouver ici que la strophe IV doit être également éliminée. Il est facile de se rendre
compte que le N placé à la fin de la ligne 27 de la copie du
Bulletin doit être le caractère final du refrain : evot, & 'lóBaxy
’,
© & Maudy. En conséquence, si l'on fait l'essai de raccorder le
fragment dont je parle à la strophe IV, voici ce que l’on
obtiendra :
25 AEKAIXOPOIZFT.......AIX
EKF1IZEAZ.........
E
26
EYOt!t
27
Qtlo
B
zxyust
tx
at
ayn,
c'est a dire que dans la ligne 26 du texte, les deux fragments
se raccorderaient exactement, sans qu'il vint à manquer une
seule lettre. EKFızEAZ, cependant, ne donne pas de sens.
Comme iln’y a absolument rien à en tirer, il nous faut renoncer à assembler les deux fragments ; et la conséquence logique
de ce raisonnement, c'est que le fragment non placé doit
appartenir à la strophe VII, puisque c’est la seule qui reste.
Cette combinaison donne le résultat que voici :
51
[TAA
52
PAONDIA.....
..1 XEAZ
53
QNPPODHITr1S
|: EYOIL OA IloBaxryzwrienarav
54
NOMOOET
.... O.MAK AI
56
OZ...
.... .--.
55 PAAAILZ.
.... TAZOIMPA
YOPONN
L. 51. Le fragment YXO (BCH, XXI, 1897, p. 511) appar(4) BCH, XXI, 1897, p. 513.
Page 120
View in PDF(opens in a new window)tienta cette ligne, mais onn’en peut déterminer la place exacte.
L. 53 : moooi toss]. J'ai restitué le datif du pluriel, parce que
c'est le seul cas qui permet de remplir la lacune avec une syllabe
de quatre lettres; ce qui semble nécessaire pour la restitution
des deux lignes suivantes.
L. 55. La copie porte PAAA'Y. Je lis sur lestampage :
PAAAIZ : TAZOINPA est le début du vers suivant.
On pourrait risquer la restitution suivante :
82
— u
u
wy nsoonltarsj
83
84
(ever, © "Léa". © tE Mardy)
vauoher[er 6 Hz :o[s) panat-
85
[ous U —
86
sasal maal dv
UU —
u — radars voors),
L’iöta de vousher[er] aurait Ele placé entre les lignes.
Vs. 84: vouohez[et 6 Geldis}. Cf. Hymn. Orph., XLIE, 1 :
Gezuopdpov LANEO vaalinrosgóooy ALövusov.
Cette tentative de restitution est hypothétique à beaucoup
d'égards. Elle méritait néanmoins d'être faite; car elle confirme
et complète
mon
raisonnement antérieur. Je prouve
d'une part que le fragment en question ne peut se placer
ailleurs; et, de l'autre, je viens de montrer à présent qu'il est
matériellement possible de le placer ict.
Voici maintenant ce qui reste de la strophe VIII :
60
NAM EMPE
O 1 EE BOY
EA
Y EAN T
EINE XPeor u
.
TEXQPANEAE
65
FATPOAI...I.L
TANAEFOAIN
On distingue d’abord cing mots, savoir
: neune-, seßou[erv],
SUTAVT- 3 LOU,
RATIG-.
L. 61. OLZEBOY U était apparemment placé à la fin de la
première partie de la strophe. La restitution proposée par
Fairbanks : co £8ou[À] n'est pas bonne.
Page 121
View in PDF(opens in a new window)L. 62. AYZANT est placé de telle manière dans de vers qu'il
doit être suivi de deux syllabes brèves. I] paraît impossible, eu
égard au sens, d’y voir une forme du participe Övsas, ayant
submerge. C'est donc à l’adjectif Buodvens que nous avons affaire
ici. Ausavers signifie : difficile à affronter. dangereux, terrible.
Le lexique d’Hesychius dit : ôvsdvrex * #9%eoû, et : Susavens * row
geta, paken, Ovaandventos. On n'a pas signalé jusqu'à présent
l'adjectif Gusév-ns dans les auteurs antérieurs à Oppien et
Nonnos ; Susäv-ntos, aussi, ne se rencontre pas avant Plutarque
et Lucien. Cependant, si le lexicographe accorde une place à
l'adjectif Susavers, c'est que celui-ci remonte au moins à l'époque
hellénistique. De plus,
ousayrrs
ne
saurait guère être plus
récent que sùávens (1) dont nos lexiques signalent un exemple
certain (2) dans Apollonius de Rhodes:
LA
ms
AIE GO
Ow
AVAFSTEN
vuxrtıroinv, dovinv, eudvrer Gouvar Eonouriv (3).
Les commentateurs rapportent l'adjectif eödvrea à £voousv, et
lui attribuent le sens de favorable, ou aisé. Je crois pour moi
qu'il faut le rapporter à dGvasozv. Hécaté, car c'est elle, est
invoquée ici par Médée sous les vocables vuxzinohos, ybovin et
(1) A côlé de eddvrns, on a eùivenvos, qui se rencontre, sans compter les
passages que je citerai ci-après dans le texte, dans les Hymnes orphiques, dont la
date approximative n’est pas encore définitivement fixée, (III, 13 ; XXXI, 7; 14}:
dans une épigramme de Chalcédon, qui semble dater environ du commencement
de notre ère (CIG, 3797 = Greek Inscript. in the Brit. Mus., IV, 1012, Klio,
XVIII, 1923, p. 373); dans une inscription de Nicopolis ad Istrum (AR. 4., XII,
1908, p. 53, n° 54); dans Nonnos (XXVH, 178; XXXV, 316), et ailleurs encore;
cf. Weinreich, Athen. Mitt., XXXVII, 1912, p. 41, 1 et Arch. für Relig. Wiss.,
XVI, 1914, p. 525 sq. Edandvrr,tos se lit, dans le sens de: affable, dans un texte
du ut siècle avant notre ère (Dittenberger, OGIS, 329, 26).
(2) E3aven5 se lisait probablement dans Pindare (Paean., VET, 18; Or. Pap., V,
p. 51: [edjavees: yonstipov). Je citerai plus bas un autre exemple certain de
l'emploi de ce mot. Abel a rétabli par conjecture le vocatif ejavtég dans
Hymn.
Orph. X,11. Une inscription de Tenos, du commencement du ue siècle avant
J.-C. (IG, XII, 5, 918, 1) nous fait connaitre un nom d'homme, Edxvriönz.
Bechtel le dérive à tort de %vtn, prière, mot grec créé
par Gottfried
Hermann.
Elavrlöns semble venir de eòdvens, comme on a Edxozuiôa à côté de eöxozuos,
Eiradtönsä côté de eörabfs. Eorsoriôas à côté de eöteprús.
(3) Apoll. Rhod. Argon, IV. 147 sq.
Page 122
View in PDF(opens in a new window)evivens (1). De même, dans les Hymnes orphigues, Hécaté
moofvaata (2) est appelée: evávente (3). Ce sont des appellations
euphémiques (4), car les apparitions d'Hécaté passaient pour
funestes :
7, Wuntous gave. gavtdouaciy healer
sy
pP”
5
~
x
a
-
©
pe
o
Me
O=
2
PN
Pay
a
POS
x
«a
Rr
akhoxórors 4 1Òéars ODS TUTOY EXTIOPAYOYTA. …
ara Sopoerdia vuxra (5).
Je citerai encore quelques textes qui ont trait à la déesse
'Avrata, laquelle est identifiée tantôt avec Hécaté, tantôt avec
Rhéa :
|
Hesych.
s. v. 'Avzaia: at Thv ‘Exäsnv GE 'Avralav Àéyoust;
Hymn. Orph., XLI, A sqq.:
’Avrain, Basircwa, hed, rovwvunes, uñtec
,
r
~
9 =
~
>
EJ
davarav re Bev nok Iatav avhoorwy,…
and, Vek, Aitoual se, nohuAkieen, Basidera,
sa
> >
3
4
,
eAfiets zuavenTov En europ Tea num.
ta
hd
“
~
,
,
~
ar
Apoll. Rhod., Argon., I, 1444 : avrain Gatpwv; Schol. :n "Pix
outw Atyeran; Etym. Magn., p. 388, 36: Eùávrnzos * 7, ‘Péa (6) (1) Mon interprétation est confirmée par le scholiaste, qui dit : edävrex
eddventov wat esetihacroy
clanavtntoy.
68 thy
Dans un autre passage des Argonautigzes (IH, 862), Médée invoque Hécaté,
sous le pom de Brimo, en ces termes:
Bou vuxtindrov, /Oovirv, eveoorsty dvagoay,
(2) Cf. Procl. Hymn.. VI, 2.
(3) Hymn. Orph., 11, 5. Cf. Hymnus in
p. 682), 8:
Hecaten
(Bergk,
Poet. Lyr. Gr., UN,
Erhorg edaver,tos Ep nueripnsı Bundals.
(4) Cf. Gruppe, Griech. Myth., p. 1539, 2. — Autres appellations euphémiques
d'Hécaté: MetAwvon, Kadfiser, Eüxohvn, épavr& (Delatte, Et. sur la litt. pythagoricienne, p. 146).
(5) Hymn. Orph., LXX, 6 sqq.
(6) Cf. Nonn. Dion., XLIV, 256 sqq. :
Hepsepévr, wer gev “Epis...
ai G2 Aros yOovioto Éusivrei veduart ‘Pains
Eögeviôes Ile/Oños Erestpatowvro pence.
Les éditeurs corrigentla lecon des manuscrits ‘Peins, le plus souvent en xöper;.
Tiedke (Herm., LVIII, 1923, p. 347) propose : vuuors, épouse. Ne doit-on pas tra-
Page 123
View in PDF(opens in a new window)"Ayzatav vino authy éxdhouy Où
SuTavTnTOY Elva, Hat Tois
aravroaty Ev sols Goea. GuTysoaivery (1); IG, II, 136 inscription
du
zò
Pirée de l'époque impériale), 2 sq.: Muze: i ov
Evaven
‘lazotvn “Apoosizn (l'éditeur écrit à tort : evavz7 (tq) 51 vayven est
un iotacisme; l'orthographe correcte eût été Eù4vze.) (2);
ibid., 134: 137 (mème provenance)
: Mazo: hey Evayveico Etxsostvn (3).
A côté de sd%vrns, on trouve le
verbe zsvavreiv. Callimaque
s'en est servi dans une invocation à Artemis:
raise
uf HOEOUTA,
2}
wak
edavencoy
woos
(4
JUDE, MEY
AGL EUXVTNTOY
azoLo7
(4).
Frappé par cet
22
stonpgvov,
Cobet considérait evavzety
comme un mot créé par Callimaque lui-méme (5). On peut dire
aujourd’hui que c'est tout ce qu'il y a de plus improbable.
Philodamos écrit ¢usxyens en 335, Callimaque a evavzetv vers
l'an 275, Apollonius dit eùávens vers 260. Que
ce soient des
néologismes, ou plutôt des termes empruntés à quelque vocabulaire religieux d'une haute antiquité,
Òvadvens, evavens et
syxyzeiy appartiennent donc sans doute possible au langage
poétique de la première période hellénistique.
L. 63. Si nous considérons ZIN comme la terminaison d'un
mot, la suite: EXPOOT se trouve ne donner aucun sens. Selon
Weil, c’est le lapicide qui est en faute: le premier ©, surajouté,
devait remplacer le P. Le poète aurait écrit &/#osor-. A mon
avis, le lapicide na pas commis d'erreur. Pour déterminer le
sens de ZINEXPOOTU, il faut suivre le raisonnement que voici.
duire: « les Euménides,
filles de Zeus Chthonios
(cf.
Hymn.
Orph., LXIX,8:
“AiZew ybdvix:; LXX, 2 : zyval Quyatéess ueyähot Ads /hovioro), obéissant au signe
de tête de la terrible Rhéa... », en admettant que le poète s'est plu à identifier
Rhéa et Perséphoné ? Cf. Orph. Argon.. 555 sq.
Aivéupoy abrix" Enerta Péns Eôos sioavañauytes
thagpots fepoic Mains âpéaasde Byars.
(4) CF. Wilamowitz, Hellenist. Dichtung, VW, p. 6t, 1
(2) Cf. K. Keil, Philol., XXIIL, 1866, p. 607.
(3} Cf. Dieterich, De hymnis Orphicis, p. 14 sq. ; Keil-Premerstein,
Wien. Akad., LIL, 1908, p. 82, n° 179.
(4) Callim. Hymn., UT, 268.
(5) Mnemos., X, 1861, p. 437.
Denkschr.
Page 124
View in PDF(opens in a new window)D'abord, il semble impossible que le groupe OO (1) ait été bien
lu. Le lapicide ne peut guère avoir gravé sur la pierre cinq
consonnes à la suite l’une de l'autre. Sur l’estampage, je ne
vois pas de point dans le premier O. J’en découvre un dans le
second, mais qui n’est pas placé au juste milieu; ce doit être
un simple petit creux dû à la dégradation de la surface de la
pierre par Vhumidité. Il faut donc lire OO. Ceci posé, demandons-nous de quelle facon pourrait s'expliquer la présence d'un
groupe POOP dans un texte d'une époque où la contraction des
voyelles est absolument de règle. Cela semble impossible, à
moins d'admettre une apocope après le premier O. On en vient
ainsi à envisager la possibilité de lire 26, c'est à dire une
forme du substantif -yows, peau. Que faire alors des caractères
qui précèdent: ZINE? Il devient clair maintenant que ces quatre
lettres font corps: il faut renoncer à voir dans ZIN une terminaison de mot. ZINE ne peut se rapporter qu'au verbe siveshar,
blesser. On serait, peut-être,
un instant tenté de restituer :
léjotve -/00° ; seulement le verbe sivoue. n'est usité qu'au moyen.
Reste alors une seule et dernière possibilité : nous avons affaire
à un nom composé (2), swvéyso (== sivsypox) est l'accusatif du
singulier ou le neutre pluriel d'un adjectif sıvey/pws, blessant la
peau. Pareil adjectif, il est vrai, n’est pas connu par ailleurs;
mais son analogie frappante avec l’Epithete- homérique zagezig poa (pahxóv) (3) suffit pour nous mettre à l’abri de la critique,
si nous admettons son existence.
L. 64: TEXQPANEAE. La syllabe 2e- doit être longue et
suivie d'un anapeste. Quel peut donc avoirété le mot commencant par EAE? Je ne vois que heufiegos, 2deusouar, £heïy, qui
puissent satisfaire aux exigences du vers et du sens. Nous
(1; Ces deux caractères sont plus petits que les autres. Ils occupent ensemble
la place réguliérement remplie par une seule lettre.
(2) Pour la forme, on comparera ôxxéñuuos, sepéxxcros etc.; cf. BrugmannThumb, Griech. Gramm., p. 199.
(3) Hom. Il, IV, 514 | XXIII, 803. Cf. ibid., XIII, 340; 501 ; 649 : 830 ; XV, 316;
XVI, 764 ; XI, 571 sqq. : tk 63 Gotex... rioos ox Aeuwdv Eraupelv, dv vain tecavts
Arharóueva yoods sut; XXI, 70; 168; Theocr., XXV, 279: saucoiypoos twy oto,
Page 125
View in PDF(opens in a new window)venons de rencontrer une épithèle ayant trait, selon toute probabilité, à des armes de guerre; „wgav &elty] (1) rentrerait
dans le même ordre d'idées.
_L. 65. La copie donne PATPQ1... Je constate sur l’estampage
que la dernière lettre est sûrement un Z. Le texte portait donc
Tatowars ou narpwors. C'était là le mot final de la seconde partie
de la strophe.
Voila, je crois, ce que l'on peut tirer des restes dela
strophe VIII. Tout en sachant ce que l’interpretation détaillée
de fragments aussi courts a d’aléatoire et de dangereux, je ne
puis me défendre de l'impression qu’il était question ici d'une
entreprise militaire difficile ayant pour but la conquête, ou
l'occupation,
d'un pays ennemi. Téurs, ou meunélzw: (1. 60),
pourrait s'entendre de quelque divinité protectrice que le poéle
suppliait d’accompagner et de guider le chef de l’armée. Or, de
quelle guerre pourrait-il êlre parlé dans le péan de Philodamos,
si tant est qu'il a étéécrit au commencement du printemps de
335 ? Ce ne pouvait étre que de l’expédition d Alexandre contre
les Illyriens et les Triballes, affaire à quoi il s’engageait précisément alors (2). Il s'agit des opérations projetées jusqu’au
Danube, et dont le prince allait être rappelé, l’été venu, par la
révolte de ses alliés grecs. Dans xatom!..]s je soupconnerais
une allusion à Philippe, sur les traces duquel Alexandre allait
marcher (3).
.
_ Il me reste encore à prouver que le fragment que j’assigne
à la strophe VIT ne peut appartenir à la strophe VIII. Si Pon
veut l’y réunir, on obtient ceci :
60
NAT EE
Mr E
‚
2
E A zZ
6 ax 7
OI ZEE BO Y[s : \}J: EYOIO1[e
wt
A ZAYZANT
= INE X POOT u
en
2x
t
x
vl]
O - M A K A 1
TAZOITPAÄA
(1) Cf. Soph. Trach., 240 sq.
(2) Arr. Anab, 1,4: äux 62 zo Tor Ehaiver Ext Bonn és TorBarkous wai IAAverous.
(3) Philippe avait fait la même campagne en 339.
Page 126
View in PDF(opens in a new window)TEXQOQPANEAE.YOPONN
F
TATPA
TI .|:)z1 Elz
x tav t 8
,
T
ANA
ho
EFO A
2
+t 3 w 7
vo
9 w v|
IN
Or, il est, à mon sens, impossible de tirer un sens quelconque
des lignes 62, 63 et 64, ainsi constituées, ou même d'y retrouver les séries de syllabes brèves et longues que le métre
exige.
Weil (1) mentionne, en outre, le fragment suivant :
VU
m»
D m x
Û
H
/
A
AN
QA PAA
Pour en déterminer la place, il nous faut d'abord examiner
s’il contient quelque partie des deux refrains qui reviennent
dans chaque strophe. ANAE pourrait faire partie du refrain :
cade TOI zukass’. Mais en partant de cette hypothèse, on ne
réussit à placer le fragment nulle part. Si l'on admet, au contraire, que le fragment ne conlient rien des deux refrains, on
ne peut le placer que dans la partie gauche d’une strophe,
parce quil compte quatre lignes, et que, dans la partie droite
de chaque strophe, il n'y a gu’un intervalle de trois lignes
entre les deux refrains. Cette observation suffit pour attribuer
le fragment à Ja strophe IV. Voici la combinaison la plus probable :
29
ee eee AEKAIXOPOIZF....... Al
zZ
IXPH
-EK SE
+. AEA/......
‚il
ev
ce
otw
1
eee
HJANAE
IO
PA A
30 ...Y@O..
YP
.A-TO...N....
EYPPNIV:2
-Lt ty MT Al)la v:dıswrup]
D Y À A Eler zt ove
Ser Ye v)
[jYlvo A Gud
(1) BCH, XXI, 1897, p. 513.
BCH, XLIX (1925).
.
À
9 Banxnyorenas
Page 127
View in PDF(opens in a new window)SrropHE IX
105
Exrerdsar tk molalkuw 'AupixTuóvas QYeos} zedeuet sayos, wis errJabohos
ny Wél Tas) wardi,
£
-
hal
a
À
LA
je
Evot © [6 Bjax,’ © te a
110
Q-
M
x
x
Gergaı] 8° sv Sevier Ereiors hie'av leon éven suvalum
-
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«
~
!
»
mc!
,
rn
-
RA VONN MULS TRETEN NIS.
le Marty x. =. €.
Vs. 108-108. Pour Weil, le sens littéral de ces lignes était
le suivant: « Le dieu ordonne que les Amphictyons achévent
promptement leurs démarches, afin que le mois convenable
retienne les pèlerins. » En d'autres termes, le poète aurait
voulu dire à peu près : Foracle invite les Amphictyons à mener
incessamment à bien les démarches qu’ils ont commencées
pour favoriser l'affluence des étrangers à Delphes, en assurant
la célébration des Pythies à la date fixée par l'usage, c’est à dire
au mois Boukatios. Ce qui est bizarre là dedans, c'est, avant
tout, le rôle attribué à l’oracle. Le conseil des Amphictyons,
évidemment. s'efforcait toujours, de son propre mouvement,
de faire réussir la fête des Pythies, et d’y attirer le plus de
monde possible. Il v allait de son intérêt. L’oracle n'avait guère
besoin de lui recommander d’être diligent en cela. Du reste, à
quelles démarches spéciales des Amphietyons serait-il fait
allusion? Weil a pensé pouvoir en préciser la nature. 11 s’agissait, selon lui, de l'achèvement de la construction d'une partie
du sanctuaire de Delphes, particulièrement consacrée à Bacchus, et qui devait être inauguree à la grande fête des Pythies.
Ii ne se peut pas que Weil ait vu juste en cela. Dans le temple
d’Apollon qu'on était occupé à réédifier en 335, il y avait
Page 128
View in PDF(opens in a new window)assurément le tombeau de Dionysos (1), mais il ny avait pas,
il ne pouvait guére y avoir une partie spécialement consacrée
à
Bacchus. Du reste, comme
un temple grec
n’est pas un
ensemble de constructions diverses, mais un édifice unique
pourvu d'un seul toit, j'ai peine à imaginer qu'on eût pu
en inaugurer une partie alors que le tout était si loin d'être
achevé. J'ajoute que le terme mo%f1s, étant donné le rôle que
Weil prête aux Amphictyons, ne paraîtrait pas bien choisi.[Ioäls se dit de négociations, de pourparlers, et de toute espèce
d'affaires qui se traitent entre égaux. Or, si le conseil des
Amphictyons, auquel était confiée l'intendance du sanctuaire
de Delphes, avait voulu hater la construction du temple, ce
n'est pas une prière, ce sont des ordres qu'il aurait adressés
aux architectes et aux naopes. Quelque importance qu’ait pu
prendre la commission de ces derniers, il est clair que l’oracle
n’a pu recommander au conseil amphictyonique de traiter
avec elle comme de puissance à puissance. Je me suis demandé,
en conséquence, s’il serait possible de modifier l'explication
de Weil: en ce sens que 7925.5 devrait s'entendre de véritables
négociations avec un ou plusieurs états grecs, auxquels les
Amphiclyons auraient demandé libre passage pour les théores
des jeux pythiques. Les difficultés que je viens de signaler
seraient ainsi évitées. Mais il en surgirait une autre, en revanche. En 335, comme pendant tout le règne d'Alexandre, la
Grèce a connu une paix forcée; aussi les théores n'ont-ils dû
rencontrer nul obstacle sur leur chemin, ce temps-là.
Vs. 107. La restitution o/s; ¢x}260i0¢ ne laisse pas place au
doute. Je vois même sur lestampage la barre inférieure du =
final de ®s. Mais a-t-on le droit d'attribuer, comme l'a fait
Weil, à éexadohos le sens de convenable, approprié, indiqué par
l'usage? Je n’en suis nullement sûr. ’Er460)0; a, d'abord, un
sens aclif, qui est assez fréquent; il signifie : qui met la main
(1) Philoch., frg. 22 (FIG, 1, p. 387) : Estiv ifaiv try tasty zùvoù Eu Achpols nao
rdv "AzdhAwva Tv yousodv. Cf. Paus., X, 24, 5 : & Dè 760 vaal te isutdtew, raciasi
te és aûTÒ CAlyot wal yousody 'AnóAAwvos Erepov Zvakua avdxertar.
Page 129
View in PDF(opens in a new window)sur (1), gui a part à, maitre de, en possession de, en Etat de.
Le sens passif correspondant est infiniment rare; c'est celui
de : sur quoi on peut mettre la main, qui est à la portée de,
accessible à. dans le pouvoir de. On le rencontre sculement (2),
à ma connaissance, chez Apollonius de Rhodes, dans les trois
passages que voici :
4° Argon., 1, 694:
~
\
m.
4
x
a
Ee
“oF
hl
YYy Vos On, TASH TOSTLY ENTOGAOS ETT
»
OAEWST,
« car voici le salut qui s'offre à vous, sur lequel il ne dépend
que de vous de mettre la main. »
2° Ibid., 1, 1280 :
el ze Kat AAAOLN, Ths En/,Gor0g Esser Gout,
bid
« ou si quelque autre manière d’engager l'affaire se présentera,
paraîtra possible ». Le scoliaste, qui ne fait pas autorité en
pareille matière, explique ici 27460405 par zacanrg, et il ajoute :
astm xa “Aucotas anddexsy ev tats Drossaıs. Il est intéressant de
constater que le grammairien Amérias, que l'on croit antérieur à Aristarque, estimait devoir expliquer le sens passif de
enr‚bodos. C'est apparemment parce que ce sens là a toujours
été extrêmement rare dans les auteurs, même à l'époque hellénistique.
7
oO.
n
un
,
OS 190%, TAVTETT.
©?
3° Ibid., IV, 1380 :
in
en
~
THGOAGS TYGLIE Ts,
« ainsi parla-t-il, et le projet (de transporter PArgo par voie de
terre en la prenant sur les épaules) leur parut à tous exécutable. »
(1) Je préfère cette explication à celle des grammairiens anciens, d'après
laquelle le sens premier de ërfbohos serait : qui frappe le but.
(2) L'orateur Hyperide a peut-être, lui aussi, employé 27606 au sens passif.
Hermogène lui reproche l'emploi de ce mot en ces termes (ep! ideev, MI,
p. 397 Rabe) : tS:0v 62 ‘Yreginu zò ual vais Melesıy averdéoteodyv Tws ai apereozzoov ypf,oda:, Gores brav LOYOTATOS Néyr, MAL YA ES pYA AA ERAOUROÉCELY
rai iotnhordrnTar na
T6 ohNS zal üsa rot20Tx. Or, ériéohos est dans
Homère, Hérodote. Eschyle, Sophocle, Platon, Callimaque, etc., seulement toujours au sens actif. Hermogène a donc peut-être en vue l'emploi de érñ6ohos au
sens passif.
Page 130
View in PDF(opens in a new window)Dans un quatrième passage du même auteur, le sens de
èxt6ohos est également passif, mais, pour le reste, foncièrement différent. Apollonius appelle la borne que les chars
doivent contourner dans l'hippodrome : érr60)0$ Apuarı vas
(Argon., IV, 1272). Or, éx7Goros se dit, nous l’avons vu, de ce
que l'on peut atteindre, alors que le sens devrait être ici : ce
qui doit être atteint. Comme cela ne se concilie guère, il nous
faut chercher, pour ce quatrième passage, un autre sens premier. “Em6s))ew signifie assez souvent: amposer (une contribution, une amende, une peine); d'après cette analogie, èrn-
6vhos peut avoir le sens de: wnposé, donné pour but. 'Enúbohos
Hours vóosa pourrait se rendre en latin par : meta curribus
statut.
En résumé, nous connaissons en tout quatre ou cinq exemples de l'emploi de ërr6070$ au sens passif, lesquels se rencontrent tous entre 335 et 260 avant notre ère. Il s’agit ici d'une
locution qui n’est pas classique, et qui n’a pas prévalu non
plus chez les auteurs de l’époque hellénistique.
Je ne crois done pas, toutes choses pesées, que uv irééchos
puisse signifier « le mois convenable ». Il est vrai que d'après
Hésychius znıräreıns et enúbohos sont synonymes, ou, tout au
moins, demi-synonymes. Mais c'est là une assertion du lexicographe qui n’est pas confirmée par les textes existants. Tout au
plus doit-on concéder que le sens de êrzú6o%os peut approcher
de celui de én7742106,
. Vs. 408 : txé[sas] xur#syr. Il me semble douteux que le
poète ait pu appeler \zerar, suppliants, les théores qui se réunissaient aux Pythies, altirés par la splendeur des fétes et des
jeux.
Weil ne s’est pas prononcé sur le sens qu'il attribuait à
zaan ft. Kaséety ne signifie jamais recevoir. Le seul sens du
verbe qui cadre en quelque mesure avec l'interprétation de
Weil me semble être celui de retenir (1). Mais, sinous prenons
ce sens-la, il faudruit avouer que le poète s’est exprimé d’une
Ay Cf. e. g. Xen. Memor., 11,6, 11.
Page 131
View in PDF(opens in a new window)facon peu heureuse : passe encore s’il disait que les efforts des
Amphictyons devaient tendre à attirer les étrangers; mais a-til pu écrire uniquement : à les retenir, ce qui reviendrait
presque à dire, à empêcher qu'ils ne repartent bientôt, mécontents et désillusionnés ?
Je conclus que l'explication proposée par Weil est inadmissible tant par rapport au sens général du passage, qu’eu égard
à l'interprétation des détails. Nous devrons, je crois, adopter
une explication différente et, aussi, une autre lecon pour la fin
du passage. L'examen des estampages confirme l'exactitude de
la copie de MM. Homolle et Bourguet, sauf sur un point. Je ne
lis pas comme eux : KATAZXHI, mais KATAZ.HI. Le sixième
caractère est entièrement effacé; ce sont les éraflures de la
pierre qui donnent vagueinent l'illusion d'un X. Rien n'empêche donc de restituer : x2:25{-jñ. 11 est loisible aussi d'écrire
iré[ sers] au lieu de ixé[rus] (1), puisque ce mot se trouve placé à
la fin d’une ligne du texte épigraphique et que, par conséquent,
le nombre des lettres manquantes n’est pas exactement déterminé. Ainsi reconstitué, le passage se lit comme suit :
CN
e
‚
Mrv Waelzars
Ji n'est pas question d'un mois du calendrier, mais du dieu
Mr en personne. Il s'agit de l'introduction officielle de son
culte à Delphes. «Apollon ordonne que les Amphictyons hâtent
leurs démarches pour que Mén devienne accessible à ses
fidèles
», en d'autres termes, afin que dorénavant ceux qui
veulent implorer le secours de Mén, n’aient plus & le chercher
au loin, mais qu'ils puissent l’adorer sur place, comme une
divinité présente au milieu d’eux. On comprend maintenant le
mot =o%§ts : Jes Amphictyons avaient dû engager des pourparlers avec quelque sanctuaire de Mén à l'étranger — il n’y en
avait pas en Gréce a cette époque — pour le prier de préter
(1) Fournier, si je ne me trompe, a assuré à Weil que le bas du T et l'A
entier de ixé[taic] étaient lisibles sur la pierre (BCH, XXI, 1897, p. 511). Je ne
les vois pas sur mes estampages.
Page 132
View in PDF(opens in a new window)LE PÉAN
DELPHIQUE
DIONYSOS
449
son concours à l'institution dun même culte à Delphes.
Weil a inféré de la IX® strophe que le péan de Philodamos a
été chanté à Delphes au printemps d'une deuxième année olympique (1). Cette conclusion. fondée sur la mention présumée
de la fête des Pythies au vs. 107 et suivant. est désormais
caduque.
J'aurai à répondre à la question de savoir pour quelle raison
le culte de Men a été introduit à Delphes à l’époque d'Alexandre.
Mais je m'en vais auparavant expliquer la seconde partie du
texte de la strophe. Elle confirmera mon interprétation de la
première péricope.
Vs. 110-113. Pour Weil, la deuxième moitié de la strophe
avait peu de rapports avec la première. C'était comme un
second oracle d’Apollon faisant suite au premier. Si je comprends bien la portée des notes succinctes du savant philologue, Weil traduisait à peu près comme suit : « (Apollon
ordonne) qu'aux Théoxénies on exhibe le présent hymne à son
divin frère, et qu'on annonce un sacrifice en son honneur »; en
d'autres termes, qu'on ajoute aux solennités des Théoxénies,
fête apollonienne, un sacrifice à Dionysos. Fairbanks (2) a compris le passage un peu différemment, puisqu'il applique les
mots tep® évet ouvaiuw non à Dionysos, mais à Apollon. Pareille
interprétation est possible grammaticalement, si l'on détache
l'infinitif Set£ar de eos xekever (3), en lui donnant la valeur d'un
impératif, de manière à traduire : «on exhibera aux Théoxénies
le présent hymne au frère divin (de Dionysos) », c'est à dire à
Apollon. Mais elle offre un très grand inconvénient : c'est
que le sacrifice dont la mention suit viendrait, en ce cas, se
rapporter grammaticalement à Apollon, alors que le sens exige
qu'il ait trait à Dionysos. Je puis donc me borner à examiner
l'opinion de Weil. La manière de voir de ce dernier me paraît
inadmissible pour trois raisons. Je les indiquerai ici sommaire(4) Cf. BCH, XL VIH, 1924, p. 101 sq.
(2) Fairbanks, A Study of the greek Paean, p. 141.
(3) C'est ce que Weil n'avait pas
in fine.
voulu
faire; cf. BCH, XIX,
Page 133
View in PDF(opens in a new window)ment; car jaurai à revenir plus loin, de mon côté, sur les
mêmes questions. léver suvaiuw, quoi qu'en dise Weil, ne
peut avoir en grec le sens de 262/09. Le mot yévos, accompagné
d'un nom propre ou d’un substantif mis au génitif, se prend
dans le sens de progéniture, de rejeton ; mais jamais dans celui
de frère ou de parent collatéral. Ousiay suive n’est pas une
locution connue. La leçon Buls]iav n’a d'ailleurs été obtenue par
Weil que grâce à un changement arbitraire du texte qui lui
avait été transmis. La copie du Bulletin porte OY.PAN. Pour
ma part, je lis O:.PAN, et je propose de ponctuer comme suit :
VEVEL TUYOLILG
>
LEOG
4
U s’agit toujours de Mén, comme on peut le voir ici et comme
je le prouverai plus bas par une restitution certaine du vers 114.
Mèn doit être introduit auprès des autres dieux quand ils seront
assemblés au banquet des Théoxénies, et recevoir à Delphes
les honneurs et le culte qui lui sont dus. Je traduis : « (Apollon ordonne) qu'aux Théoxénies on le présente aux dieux, ses
parents, et qu'on lui chante un hymne...»
U importait de fixer d'abord la construction et la coupe de
la phrase. Je passe maintenant aux observations de détail.
Vs. 110 : defaut). La restitution est due à Weil. C'est apparemment la seule possible. Aerxyüvor tive signifie parfois
présenter quelqu'un, introduire quelqu'un auprès d’autres
personnes (1).
Vs. 110 sq. : Eeviors... Nlejov. Pindare s’est servi de la même
périphrase dans son péan en l'honneur des Delphiens
Eoxizar) GF mole)
”
a
ep
LA
VAOTTS REALTOS ZWTOY
(A) Cf. Soph. El, 492 : matoi u’ os Geikng oihw: Af. 567 sqq. De même, Sroûctxvüyat, Plut. Quaest. Conv, VII, 1, 3: Zevoobv osx Aszusdr... thy vehwtorotdy véowy
dDiarrrov.., Omodetga. tots aveoze:. Voir les lexiques grecs de Passow et de Liddell
et Scott s. v.
Page 134
View in PDF(opens in a new window)~
424
7
vaunuy [natay estaba:
ayove Aoëta xx x62
+
~
rr
7
Pl
+
evouy gv Bev Sévex (1).
hl
a
La fête des @eo5iv.a est connue par un assez grand nombre
de textes, épigraphiques (2; ct autres (3). On a beaucoup écrit
sur elle, sans parvenir à se mettre d'accord sur toutes les
questions attenantes (4). G'était une féte donnée, en quelque
sorte, par Apollon (5; les autres dieux y étaient conviés en
qualité d'hôtes (6). Le sacrifice qu'on y faisait pour la prospérité de l'Hellade entière est mentionné par Pindare (7), par
Polémon et dans les textes épigraphiques; il était suivi d’un
banquet. C’est à cette réunion solennelle des dieux que le dieu
nouveau dont on souhaitait et préparait installation à Delphes,
allait être invité, afin d’y être, pour ainsi dire. officiellement
présenté à ses pairs. Il est juste de supposer que l’on assem(1) Pind. Paean., VL, 58-61. Les éditeurs écrivent à tort : Aoffz, et : év Oev Evia.
L'auteur veut dire : »xraßavrı wo: sis thy ebolv àvoux tod Aofiou, eis tk Ocoïéve.
Cf. ibid., vs. 13 sqy.: warehav.. %ho0s ‘ArGhAwvos ; Nem., II, 23 : Aros aves;
Isihm., VAN, 67: Ahuaôdou © avers Pyth, X, 30 : "Vreobosewv ayóva.
(2) SGDI, 2561 (inscription des Labyades, commencement du ive s.j, D 3 sqq. :
Hotvar GE [vlaiôfe vRauımlo:‘... Beotevia... ; 2722 (= Syll.3, 450, vers 227 avant J.-C.),
1. 2 sqq. : Kieozaons... yéyoaue th Get wolddiov te val nardva wal Üuvoyv, Grws
äâwver of maïôes TH Ducia thy Henksvioy; ibid.. 1. 6: 2756 (fin du wie siècle avant
notre ère), I. 1 sq. : £re:ôn “Eopondts... tov “eoxtipa éxdoxse toy Ipyüneov torts
eozevior... [férodote (1, 51: appelle la méme fête Bsosiux.
;
13, Polemo, ap. Athen., IX, p. 372, A: raox Aehgols tH Ousia thy Hanzeviov
Plut. Mor., p. 557, F.
(4 Voir surtout Nillson, (iriech. Feste, p. 160 sqq., et Wilamowitz, Pindaros,
p- 128 sqq. Weniger (Archiv für Relig. Wiss., XXII, 1923/4, p. 32 sqq.) ne s'est
pas servi des renseignements fournis par le Vie pan de Pindare.
(5) Cf. Hesych. : Geukéuix, ‘Arúhhuvos Eoatf,; BCH, XLVHI, 1924, p. 106, 2.
(6) Les héros aussi paraissent avoir té invités a la fête. Cf. Pind. Nem., VII,
46 sq. : Néoptolémos est censé présider au banquet des héros à Delphes, f,pofaus
Si nourals Beurorónov stuciv Eóvra mokhubúrois ; Schol.: yivera: G2 Aehvors Tower
dvix av ofz Anne? 6 Beds emt £évix varelv Tous Fowas. Les cérémonies ont d'ailleurs
pu durer plusieurs jours. Le banquet des héros peut avoir été fixé à un autre
jour que le banquet des dieux.
(7) Pind. Paean., VI, 62 : Odera: yao ayAxds Into Mavennicos. Ce sacrifice a du
gagner singulièrement en actualité, depuis que Philippe eut formé, en 338, une
ligue nationale, qui comprenait effectivement presque tous les états grecs,
Page 135
View in PDF(opens in a new window)blait, à cel effet, les images des dieux à l'endroit où se faisait
le sacrifice.
|
Les Théoxénies se célébraient au mois @ecéévios ou Oeusévios
(Mars-Avril). Le péan de Philodamos a été chanté au printemps,
ainsi que cela est dit expressément au vs. 3 et suiv. : rptvalts]..
[sais] Leoats ev boats (1. Il semble extrêmement probable qu'il
a été composé en vue d’une fête dionysiaque qui venait d’être
instituée par l'oracle, et dont il était question dans la strophe
VI (2). La date de cette fête ne peut évidemment avoir été très
éloignée de celle des Théoxénies. Elle a dû vraisemblablement
précéder ou suivre de peu. Mais il n'y a plus maintenant
aucune raison de penser, comme on l'a fait jusqu'à présent, que
c'est pour les Théoxénies elles-mêmes que le péan de Philodamos a été écrit (3). Les Théoxénies y sont seulement mentionnées d'une manière incidente. Lorsque le culte de Mên sera
installé à Delphes, il y aura une cérémonie de réception le jour
des Théoxénies. Voila tout.
Vs. 140 sq. : êzelors. "Ereros est un mot poétique qui équivaut
à énéverog en prose. Les Théoxénies étaient une fête annuelle.
C’est ce qu’atteste également la scholie mutilée écrite en marge
des vs. 62-64 du VIe Péan de Pindare (4) : ... &s xar pépt [sou
vov ......| éxastlolu sous, La fête delphique appelée “Houts que
mentionne Plutarque (5) n'a rien à faire avec les Théoxénies :
elle était ennéatérique et avait un caractère mystique (SeusAns
AY zis Avaywyhy EtxaTELE).
Vs. AAA : Ofe]oyv eos yéver. Le genitif Gedy est placé and xo:vo5 :
il dépend à la fois de Seviors et de yéver. On lit dans la Theogonie
{1) Beaucoup de fêtes en l'honneur de Dionysos se célébraient au printemps
;
cf. Farnell, Cults of the greek states, V, p. 200; Pind., frg. 75 sq. Cela n'a pu
être le cas anciennement à Delphes, parce que Dionysos était censé n’y séjourner
que pendant les mois d'hiver : au printemps Apollon faisait son entrée joyeuse.
et Dionysos quittait la place. Cf. Pind., Pyth., IV, 5.
(2) Vs. 68 sq. : nußöyen[stöv T°] iayav. V. plus haut p. 105.
(3) Cf. BEH, XLVIU, 1924, p. 105 sq.
(4) Ox. Pap., V, p. 43.
(3) Plut. Quaest. Graee.. 12.
Page 136
View in PDF(opens in a new window)d’Hesiode : 2Gavaztwy tesdy vévos (1). L’expression Seay yéves (2)
ou Öxpôvwv yévos (3) est d'ailleurs d’un usage assez fréquent
dans la poésie classique.
Vs. 4111 : suvaiue. Mot poétique équivalant à suyyevei. Nous
ignorons comment le poète s’est représenté la parenté de Men
avec les dieux de l’Hellade. Nous ne connaissons même pas du
tout la généalogie du dieu phrygien. Sabazios, que l’on identifiait parfois avec Men, avait pour parents, d'après Diodore,
Zeus et Perséphoné (4). Je vois dans zuvaxigpo un des principaux
arguments pour lesquels il est nécessaire de séparer les mots
<évo” et Duvov l'un de l’autre. A moins d’adopter la ponctuation
que je propose, on n’aura que le choix de traduire 8e&v teow
yiver suvaiuw par : « au saint rejeton des dieux, son frère », ou
bien par: « à la sainte famille des dieux ». Ni Pune ni l’autre
des deux lraductions n'a la moindre probabilité. Toute difficulté
disparaît au contraire, si l’on rapporte zóvòce à Mxv : le tesov
évos des dieux esl appelé suvaruov, apparenté, à Men. Le poète
veut que Mén soit le parent, et, partant, l'égal des dieux grecs.
Vs. 112 : ove’. Le pronom 42: se rapporte parfois, en poésie,
comme dans Hérodote (5), à un objet ou à une personne mentionnée dans ce qui précède (6). On a remarqué aussi que 46e
se dit quelquefois de personnes pour lesquelles on éprouve un
grand respect. et oövos de gens que l'on méprise {7). Nous avons
4} Hes. Theog., 21; 105.
2; Pind. Nem.. VI, 1; Soph. Ai., 399; Eur. Med. 147; Hipp., 7; Trag. fra.
adesp., 99: Plat. Phaedr., p. 246, D.
:3) Aesch. Sept., 236; Eur. Hec., 490 ; fry. 581, 2: Crit., frg. 1, 42.
‘4) Diod., IV, 4,
4 : außohoyolsı GE vives Hal Erepov Ardvyosns
vevovévas moa Tis
FEO, Tootsootvta TOUTOU * wast vio Ex Ass wal Peozepóvrs Atdvugey vevéshiat thy
BRO tivwy Sabisinv Dvoualomevov.
(5) Cf. Kühner-Gerth, Gramm. der griech. Sprache, 11, A. p. 646 sq.
6) Je me bornerai à un seul exemple, Eur., frg. 434:
“Fows yip Avöpas
0) povov ênéoferar
058 ab vovalxas, AHA: “ai Geo Eve
Woy
ag yaodoser Karl movtoy Eoferar
nai TOvÒ' ansloverv 027 4 mavandeng tAéves
Zeus...
(7) Cf. Kühner-Gerth, op. L., p. 644.
Page 137
View in PDF(opens in a new window)peul-étre ici un exemple de cet emploi spécial de 6e (1). Il n'y
aurait pas lieu, enfin, de s’étonner de ce que le poète a placé
le complément direct <ovce à la fin de la phrase; il y a, dans
Sophocle, plus d’un exemple d’un pareil ordre des mots (2).
Vs. 112 : Gulsjiev. La copie du Bulletin porte OY.PAN. Je
copierais sur l’estampage : ©1-PAN; le deuxième caractère
est placé juste dans la cassure de deux fragments de la pierre
qui se raccordent entre eux. Fournier a aflirm€ que la lecon
Austov, à laquelle Weil était arrivé par conjecture, est confirmée par la pierre (3,. Avec les estampages sous les yeux, je
doute que cela puisse être vrai. La lecon Gustav, d’ailleurs, présente un double inconvénient. D'abord, expression Austav oxivery serait, sinon inexplicable, du moins sans exemple. L’objection est grave. S'il avait existé en grec une locution poétique
gatvers Gustav ayant à peu près le sens de: « offrir un sacrifice »,
il serait bien étonnant qu'elle ne se rencontrât nulle part dans
les auteurs lyriques ou tragiques dont les écrits nous sont
parvenus. Weil expliquail bustav gaivetv par : « annoncer un
sacrifice, y convier d'avance ». Une telle locution lui semblait
plus particulièrement dorienne : il comparait un terme de
guerre des Lacédémoniens : œuiverv ooousavy, ce qui équivalait,
selon lui, à xpoypagety srgarızv. Tel n’est cependant pas. quoi
que d'aucuns aient dit, le véritable sens de patver goousay (4)-
Cela ne signifie pas autre chose que : faire voir l'armée, c'est
à dire faire une sortie, ou une pointe, contre l'ennemi. En
second lieu, si l'on adopte la lecon de Weil, les mots üuvoy
Gustav se trouveront former unc asyndele, le =: qui suit Gustav
servant à relier l’infinitif zaivew à l'infinitif Sea. Une asyndète de cette sorte serait, pour ne pas dire impossible (5), du
ff) Men a été considéré, du moins dans certains milieux,
comme un dieu
universel, témoin l'inscription de Saittai de Lydie : zis 6eds 24 otpxvots péyac, Miv
OSoivios (Denkschr. der Wien. Akad. der Wiss., LIV, 1911, p.110, no 415.
(2! Soph. Oed. Col., 874 sq. : Zw fix, wel podves eis, vóvde; Oed. Rex, 1147:
3. ut, 20ha%e, ToésSv, tavde; 619 : vôvar, Tf merke noullerv Gouwy +672 Eau;
(33 V. BCH, XX, 1897, p. 11.
(4; Voir Etienne, Thes. graec. ling. ed. Dindorf, VIII, p. 587 sq.
{#3 Cf. Soph. Oed. Col.,481: Diatos uenrieers.
Page 138
View in PDF(opens in a new window)moins insolite. Voilà les deux raisons d'ordre grammatical qui
contribuent à me faire douter de la justesse de la lecon Au[ejiav.
Nous devons en venir ainsi à nous demander si le 9 ne peut
pas être lu 4, c'est à dire ze, ce qui supprimerait l’asyndete.
Or, si nous partons de cette idée, la restitution qui se présentera d'abord à notre esprit sera celle-ci :
Uuyoy 0 tieloay ze suive.
Mais on la rejettera aussitot. Il ne serait pas inconcevable que
Mén, en sa qualité de divinité androgyne (1), fût servi dans son
sanctuaire par une femme (2). L'expression ‘tso4v oatvery pourrait à la rigueur se justifier (3). Mais un hymne et une ‘es (A),
une diaconesse, sont choses disparates; il eût été grotesque de
les associer.
Force nous est donc de chercher une autre solution. Je voudrais diviser le groupe I.PAN en deux mots, de facon à lire :
vuror D
er
N
G°
roo
WED AV TE OULVELY,
Mi
A7
-n
[4
mp
c'eslà dire : Unvov re tesa ze Avazalverw, ef de chanter un hymne
et @instituer des cérémontes de culte en son honneur. Pour tâcher
de défendre cette manière de voir, on étudiera ici le sens et
l'emploi des verbes zaivers el avacatvery, tant par rapport à Suvov
(1) Plat.
Symp., p. 190, B: Mymn. Orph.,
IX, A (Mey) ORACS ze wai doony;
LVS, 4 sq.; Spartian. Caracalla, VH, 5; Quintil. De Mus., Ill, 158; Lobeck,
Agluophamos, p. 932. La croyance, selon quoi la lune serail androgyne, est
égyptienne (Plut. fs. ei Osir., 43: et orphique.
(2) Cf. Macrob. Saturn., Vil, 8, 3 : Philochorus...
adfirmat esse lunam et ei sacrificium
eandem
(sc.
Venerem)
facere viros cum veste muliebri, mulieres
cum virili, quod eadem et mas aestimatur et femina; Stengel, Griech. Kallusalt.,
p- 34, 13. La femme qui figure à côté de Mén et de Pan sur le bas-relief attique
publié par Smirnoff (voir BCH, XX, 1896, p. 78, fig. 5; Roscher, Lex. der Myth.,
If, p. 2733, fig. 10) pourrait être une prétresse, ou une ‘soi, de Mên ; mais il est
plus probable que ce soit une Nymphe.
(3) Cf. Soph. Trach., 642 sq.: gavetv Geots Burtox, faire voir, c'est à dire pré“senter un sacrificateur aux dieux; cf. $e{t£z:] au vs. 110 de notre hymne.
(4) Pauly-Wissowa, feai-Encycl., NII, p. 1474 sq. : Theophr. Charact., XX VII,
9 : nai éoùv ieoës (on corrige à tort izoïs en étatoxs); Strab., XII, 36; Picard,
Éphèse et Claros, p. 134 sq.
Page 139
View in PDF(opens in a new window)W. VOLLGKAEF
que par rapport à legd 4}, et, étant donné l'incertitude de la
leçon, à Gustav.
(baive.y Guvoy est une expression poétique assez usilée (2). Elle
signifie : chanter un hymne. Dans cette locution, gatvery a passé
du sens de faire voir à celui de faire entendre.
Daiver lez,
ou busisv, serait une expression inconnue. Je
n’irais pas jusqu'à dire qu'elle serait incompréhensible, si elle
se présentait, ou contraire au génie de la langue grecque. Le
verbe oaive:v a. dès les temps les plus anciens, un grand nombre
de sens divers dont voici la filiation, en ce qui nous concerne
ici : 1° faire voir; 2° montrer: 3° indiquer du doigt; 4° désigner; 5° assigner; 6° accorder, offrir (3), donner. On approche
notamment du sens de donner, dans les deux passages d’Homère que Voici :
"Erevn GE feo yovoy ouxér’ Ecatvov (4),
x
r
les dieux n'accordèrent plus d'enfants à Helene;
cy
.
.
~
A
‚ae,
Os
els a HE zot ofvaT. Geo. xucory masanoımıy (5),
jusqu'à ce que les dieux Faccordent une épouse. Si donc un poète
grec avait dit Ausiav ou ‘sx ovivey dans le sens de: offrir un
sacrifice, un culte, il n'y aurait pas lieu de s'en étonner grandement (6). Mais il n'en reste pas moins vrai que la locution
saivet bead, du moins à ma connaissance, ne se lit nulle part.
(1) Je ne fais pas état, en cette matière, des epigramınes du ne et du me siècle
de notre ère que j'ai citées : BCH, XLVIU, 1924, p. 473 sq.
2; Hom. Od.. VIII, 499 : gaïve 9° Souîrv: Bacchyl., XII. 223 sq. : Sawov tive Téva
visotmhdamy Bô) paivo, Aesch. Eumen.. 568 sq.; Soph. Antig., 1079 sq.: Apoll.
Rhod. Argon., IV, 782: oatvé ze uöhov; Theoer. fd., IX, 28 : Moiga:, … vaivets à
Wô4s.. (ce qui, quoi qu'en disent les commientateurs, signifie simplement :
« Muses, chantez les chants »...}. Acıxzvivx:, aussi, se prend peut-être dans le
méme sens; cf. Aleman., frg. 37: 7058’ 282d Mwsäv Ëôerkev GHpov uixxtox rachéyou % Sarà Meyxnosrp ata.
(3) Soph. Trach., 239 : euxtaiz galvwy.
(4) Hom. Od., IV, 12.
(5) Ibid., XV, 26.
(6; Il n'est guère possible de dire avec certitude quel est le sens premier des
termes iepocavers et Gayioodvens; ef. Opp. Cyneg., IV, 248 sq. : mobta 3° Zoxıvov
Opytx.
Page 140
View in PDF(opens in a new window)LE PEAN DELPHIQUE A DIONYSOS
‘Avavatvery Duvoy équivaut exactement à ozivery Guvov (1).
'Avagrivers 125%, enfin, se justifie pleinement par l’analogie
des passages suivants :
1°
Marm.
Par., 28
: Eguoanas
...
TA PUTT roux
NEE ANN] ev
"Ersusiv ;
2° Hymn. Orph., LIU, 10:
Gaver WURTWIAT, TEASTANG dy Lats5 AVSDAVY 5
è
3° Ibid., LXX VII, 8 :
TOWTH 29 TEASTES avias Ayr TONS INEINVIS.
Ces textes prouvent que, dès la première moitié du ru’ siècle
avant notre ère, on a employé vazsivet dans le sens de fonder
(un culte, des mystères), d'institwer (des fetes religieuses ou
orgiastiques;. Ce sens semble découler de celui d’arcorder, dont
il a été question plus haut. C'est ce qui ressort de passages
tels we Eur. Bacch., 470: os, 05714: Anton. Liber. Metam.,
NV, 3: ou06var 594. et surtout, si je ne me trompe, du passage
~
Le]
EN
+
LS G HIS
N
°
Ms
suivant de l'{phigénie en Tauride :
w
’
sa. Gustas,
1, M Ly YO Hos
s%
097
6
,
9 FLIS
eens
~
EAlne. 0100CD CALAIS ES (2).
.
~
Le dernier vers est considéré comme inintelligible et corrompu, par les commentateurs, à l'exception de Patey. Aréous
x
Avazııye. équivaut à So! xa avacaiver, Je traduis : « Recois
les sacrifices — impies aux yeux des Hellenes — que la loi du
pays accorde et institue
». Si mon interprétation est bonne,
ayacczivey, dans le sens de : instituer, remonte jusqu'au v* siècle
,
(1) Xenophan. ap. Athen., XI, p. 462, F. : Ds és0hx mov avapaien (il doit s'agir
de chansons chantées pendant le sympusion; ; Aesch. Suppl., 829: Soav Ausxivw:
Aristoph. Av., 144 sqq. :
[3
vevuns Kovbfs us hé
‘2005s
avacaive,.
‘2) Eur. Iph. Taur., 464 sqq.
Page 141
View in PDF(opens in a new window)avant notre ère. On rencontre, du reste, œvañetxvüvaer tepá (1)
dans le méme sens.
|
Nous avons donc parfaitement le droit de rendre avaoaiverv
.esa (2), dans le péan delphique, par : instituer un culte.
Seulement, si nous prenons ce parti, pouvons-nous persister
néanmoins à entendre Uuvov Avasaivery dans le sens de chanter
un hymne? ll me semble que oui. Je constaterais ici un exemple de la figure d’élocution connue sous le nom de zeugma. On
ne peut nier que le sewyma, et en particulier le genre spécial
de seugma que nous aurions ici, n'est pas rare dans les poétes
grecs (3).
Je remarque encore que ce n’est pas sans raison que l'infinitif de l’aoriste ÒstSat est suivi par l'infinitif du présent patver.
Dans le premier cas, il s'agit d'une présentation qui ne peut
avoir lieu qu’une seule fois; dans le second il est question d’un
hymne dont l'audition pourra être répétée de temps en temps,
voire même devenir un élément habituel du culte du nouveau
dieu, et de solennités qui reviendront tous les ans (4).
{4) Dioscoride {me siècle avant J.-C.), Anth. Pal., IX, 340 :
Tine MITTE
teok Tav KuBéhois molt’ dviderke Oz.
Cf. Hymn. Orph., XXIV, 10:
Duels vaa Tota, Tahiti ausüsitare Teven.
'Avaôcraviva. a aussi le sens de consacrer (aux dieux).
(2) Le terme test peul se prendre dans le sens général de sacra, cérémonies
du culte. Cf. Eur. Bacch., 485 : ta @ fs0a voxtwo 7 mel" fuéozv tenets; ‘so est
ici un synonyme de ösr:x (ibid., 470, 476, 482); Syll.2, 651 (= Syll.8, 1050),
inscription attique du ive siècle avant J.-C. : éretôt, ... suseBGs toy Tepav Eniue-
Acita:,
«ex frequentissima sermonis consuetudine omnia quae ad cultum dei
spectant sacra caerimoniaeque hac appellatione comprehenduntur » (note de Dittenberger).
(3) Cf. Kühner-Gerth, Griech. Gramm., I], 2, p. 570 sq. ; Bruhn, Soph. Anhang,
p. 1143; Soph. Trach., 237 sq. :
bolseta.
Bouods Tern, 7’ Ernaara Kavaiw Asi;
ibid., 353, avec la note de Biaydes.
(4) Cf. CIG, 2715 (inscription de Stratonicée de l'époque impériale), 15 sqq.:
Tòv … tepéa THs ‘Eutens natadréyetv … maïbas … Aeovras tov ouvfbr Guvov TT, Gem,
“dw: Avmbev Eyévero,
Page 142
View in PDF(opens in a new window)On m'objectera peut-être que si Fon écrit Gjvov
tés’ Ay ze
gaiveu, les mots ne seront pas placés dans leur ordre naturel.
Ici, il importe de distinguer deux choses. On remarque dans
ces mots, d'abord, une tmèse : 2v...saives, ensuite, une transposition, la conjonction zí devant normalement être placée immédiatement après !eoz. La tmèse est tout ce qu’il y a de plus
usité dans les auteurs que Philodamos a surtout pris pour
modèles, je veux dire dans les poètes lyriques et tragiques du
v* siècle (1). La transposition de zé n'est pas non plus très
rare (2). Ce qui frappe dans la lecon que je propose, c'est peutêtre la combinaison, dans un membre de phrase aussi court,
de la tmèse et de Vhyperbate. Je ne crois pas cependant que
l'on doive pour cela la rejeter.
Vs.
113
sq.
: sus “EX}ados a) Stas ma vous tasteturs.
Pour
établir le sens de ces deux lignes, je partirai de l’avant-dernier
mot. La restitution zalvòlsgots est erronée, parce qu'elle contient une faute de dialecte : il faudrait xavözuoıs. Le péan tout
entier est écrit dans le dialecte dorien; il serait vraiment
inconcevable que le poète, en ce seul endroit, se fût servi d’une
forme ionienne ou attique. Impossible aussi de mettre en cause
le graveur de la stèle : à Delphes, au ıv“ siècle, tout le monde
prononcait et écrivait 6&uos, et non Gñpuns. La copie du Bulletin
porte PA.-HMOIZ. L’examen de l’estampage confirme la justesse de cette leçon; les deux premiers caractères sont très
nets; les deux suivants sont détruits: les cinq derniers sont
faiblement visibles. Je ferai cependant une réserve : le sixième
caractère me paraît être N, et non M; les jambages ne sont pas
légèrement obliques, mais perpendiculaires
et le second jam(1) Il sutfira de citer quelques exemples
:
Eur.
Hipp., 251
: and + osacba;
Bacch., 80 : ava Güpzov te twadsowy ; 519 : ris robes 6 xéna0os ave ga’ Exdtarecev Eîiov ;
(2) V. Pind. Ol., LIL, 18 : Suvòv Zußswrroıs grégavov + agetav; Bacchyl., XVII, 52
sqq. :
_
,
STOVE TOPLÚPEOV
Stéovor; t Auvoi nal obarov
Besoxhdv yhayus’.
Theocr. Id., IV, 54 :
vai, vat, tote OVDYEGTIV Eyw TE viv.
BCH, XLIX (1925).
Page 143
View in PDF(opens in a new window)bage se prolonge moins vers le bas que le premier. Il faut donc
lire ra| uujivors. Cette restitution est certaine; car il n'y a pas
en grec d'autre adjectif de huit lettres commencant par zaet se terminant en -nvos. L’adjectif zzupnvos (1), comme son
synonyme ravzeı.vos (2), se rapporte à la pleine lune. Je reconnais dans rai uulñvots la preuve absolue de ma thèse qu'au vers
108 le mot MHN désigne le dieu Mên : le poète parle du culte de
cette divinité jusqu’à la fin de la strophe. Je traduis: « qu’on
lui chante un hymne et qu’on lui rende des honneurs coïncidant avec les supplications de la Grèce le jour de la pleine
lune », ou, si l'on veut : «avec Vadoration de la pleine lune par
les Grecs ».
Vs. 440 : vv. Dans le langage poétique, notamment chez
(1) Arat. Phaenom., 189 : vozt! vastvouévr, rauurvi! Kacoténeia ; Plut., De facie
in orbe lunae, XXIE : tis sehtvrs, ite Zépunves éot:; Maneth.
Apotelesm.,
IV,
545 : Tv 62 seAnvaly, xatéys, ndugrva xéhev0zx, Le mot räuurvos se lit, en outre,
dans un passage connu de l'Electre de Sophocle (vs. 850 sqq.) :
Kayo TOUS Tstwp, Lrepiotos
RAVIVOTO TALPAVO TOAAGV
way otuyvoy tT ay éwv,
(Cf. Anth. Pal., VIII, 24 (épigramme
de Grégoire de Nazianze), 4 : ayéwv
‘ztopa). On s'accorde généralement a attribuer, dans ces vers de Sophocle, un
sens tout à fait different à riuunrves ich. raväuecus, Soph. Trach., 660). Je ne suis
pas absolument convaincu que cela soit nécessaire. Happyyves pourrait ici tenir
lieu d'un substantif désignant la pleine lune, comme c'est si souvent le cas pour
mavséhrvos, Je traduirais : « Moi aussi je le sais, pius que personne je suis
témoin avec Séléné d’une infinité de douleurs terribles et odieuses ». La lune est
ravôsprrs, comme le soleil ; son œil grand ouvert voit tous les crimes et toutes
les injustices; cf. Roscher, Lex. der Myth., H, p. 3138; Lucian., XLVI, 21 :
xaito: nóox éyw cuvenistanar 20r0% Üsa TOATTOVT: THs VUXTOY aloyox
KA xatarrusta. Mavouetos pourrait être une épithète de la lune, parce qu'elle est pärrg
ypovov (Hymn. Orph., IX, 5) et que le temps, comme on dit, entraîne tout; cf.
Synes. Hymn., IX, 62 sq. :
90705
ydovss Znyova supwv.
Ma traduction ne me semble audacieuse qu'en un seul point; c'est que je
prends Srepistwp dans le sens de orepsuviotrwp. Cf. Hesych. : téviow: uÁptupes ...
ot G& auvistopes.
|
(2) Eur. Ion., 1155 : kóxdos ravséArvos; Aristot., Hist. anim.,
TAS VORTAS TRS HAVSTANVOUS,
Page 144
View in PDF(opens in a new window)Pindare (1), la préposition svv marque parfois la simultanéité.
Vs. 113 : ‘R))20os. Bien que le poète prétende rattacher
Men par des liens de parenté aux dieux de Olympe, le dieu
étranger ne pouvait en fait, au 1v° siècle, être mis au rang
d'une divinité grecque, voire panhellénique. Mais on pouvait
chercher à greffer son culte sur un culte déjà existant, puisque
le peuple, en Grèce, avait depuis tout temps plus ou moins
adoré la lune. C'est pourquoi loracle avait ordonné sagement
que la fête du nouveau dieu lunaire coïncidât avec les fétes
lunaires .... de la Grèce, dit le poète, trahissant ainsi, comme
malgré lui, la nature exotique de Mén.
"
Le culte de la lune, pas plus que celui du soleil, n'a certes
pas été prédominant dans la Grèce historique. Dans un passage
de la Paix W’Aristophane (2), Trygée dit à Hermes : Séléné et
Helios nous veulent du mal et trahissent l'Hellade pour les
barbares ». « Pourquoi cela?» lui demande Hermès. Et PAthénien de répondre : « Parce que c'est à vous que nous sacrifions,
à eux que sacrifient les barbares » (3). Aux temps classiques,
il y avait longtemps que la lune et le soleil avaient cédé la
première place à des divinités anthropomorphisées dont les
origines premières ne transparaissaient plus guère. Il restait
cependant beaucoup de traces de la vénération du peuple pour
les corps célestes. Je dois me borner ici aux hommages rendus .
à la pleine lune, et aux croyances attachées à celle-ci. Roscher,
après avoir étudié spécialement les restes du culte de la June
(A) Pind. Pyth., XI, 8 sqq. : Ods teck Webava te “eshachszet Kuga sv ESTÉOA:
VILE, 7 : raro sùv atosxs?; IV, 10 : $440un Kat civ
Gexata
weven: frg.
4123,
2:
avy Ahıniz; Bacchyl., X, 23 : weivw ye suv uaz.; XII, 95 sq. : 52% sauna ont "Aut;
Eur. lon., 1582 : ov goóvw Terpmusvo; Duris ap. Steph. Byz. s. v. "Egesos : voet.
sùv deteuzel; Theocr. Id., NIE, 4 : toit suv vont) zal dol.
2) Aristoph. Par, 406 sqq.
(3) Cf. Herod., 1, 131 : Queue. o& (sc. of Iléosa:) til ze wal sekive, wal yf Ka:
rupi wai Séac. wat Avdnoısıı Arr. Anab., MI, 7, 6 : 'ANEZavôons ve TT, Te erh,
“ai zo AM “a tH vi. Dans un autre passage d’Herodote {V11,-37,, les Mages
font entendre a Xerxès qu'ils considèrent le soleil comme le patron des Grecs,
et la lune comme la protectrice des Perses. Au virt siècle de notre ère, le poète
Georgios Pisidés appelle encore la lune 7,
3755 111, 1).
deös vfs NMepaisos (Exped.
Pers., A,
Page 145
View in PDF(opens in a new window)chez les Grecs anciens (1), est allé jusqu'à admettre qu’anciennement tous les jours de pleine lune étaient consaerés à
Séléné (2). Le savant allemand déclare fonder sa conviction, à
cet égard, principalement sur le 32° hymne homérique (vs. 11
sq.), et sur le fragment 53 de Sappho; il y est question de
femmes groupées autour d’un autel, une nuit de pleine June.
Il se peut que Roscher ait deviné juste; mais les témoignages
et les preuves allégués par lui ne sont, à la vérité, nullement
péremptoires. Si certains sacrifices ont leur place dans le
calendrier au milieu du mois, on n’est pas en droit de conclure
de cela seul qu'on rendait anciennement un culte à la lune
quand elle était dans son plein (3). On peut en dire autant des
fêtes dont la célébration coïncidait avec la pleine lune; les
Káovera (4) et les jeux olympiques (5; étaient dans ce cas.
Seulement, après avoir écarté les preuves trompeuses et insuffisantes, reconnaissons qu’il reste d'autres indices dont il
est permis de se servir en cette matière. Il n’est pas douteux
que le jour de la pleine lune ait été considéré comme particulièrement sacré et propice.
Voici un passage des Travaux d’Hésiode,
jusqu'ici :
mal compris
zeto4ôt 6 Give wiley * neo nivrwvy ecdy Tao
uéson (6).
Ponctuées comme elles sont, ces deux courtes phrases semblent à peine intelligibles. Il faut lire apparemment :
DEN
LE
TETOLOL Q
Ton
if
x
.
.
=
N
GLYE TG (rest TAVTOY LEGOY TURC)
‘
(1; Roscher, Ueber Selene und Verwandtes 1890}: Nachtrüge (1895); Lex. der
Myth., s. v. Mondgöttin et Selene.
(2) Roscher, Ueber Selene,
p. 411: «Ein
...
regelmässiges Monatsfest der
Selene scheint der Vollmond gewesen zu sein»; cf. Lex. der Myth.,
3181.
.
(3) Cf. IG, III, 3; Prott, Fasti Sacri, p. 7 sq.
(4) Eur. Alc., 449 sq.
(5) Schol. Pind. Ol., Hi, 35.
(6) Hes. Op., 819 sq.
‘1; Pap. Oxyrrh., 813 : usssnn, c'est a dire wésor, corrigé en uéssn.
Page 146
View in PDF(opens in a new window)LE PÉAN
« Ouvre la jarre le quatrième jour de la deuxième décade :
c'est le jour sacré entre tous ».
Le jour où la lune est dans son plein, c’est à dire le quatorzième ou le quinzième jour du mois synodique, était d'ailleurs
pareillement sacré chez les Égyptiens (4), chez les Romains (2),
et chez les Celtibères (3).
Nous savons très bien aussi que le jour de la pleine lune
était tenu, en Grèce, pour favorable aux mariages (4) et aux
naissances (5). Mais de là à dire avec Roscher et avec Gruppe (6)
qu'on adorait Séléné tous les jours de pleine lune, il y a loin (7);
et le texte du péan delphique ne vient pas non plus à l'appui
d'une telle idée. On présentera Mén aux autres dieux aux
Théoxénies, et on célébrera en son honneur une fête coïncidant avec l’adoration de la pleine lune en Grèce. Est-il probable
qu'il s'agisse ici d’une fête qui se répète tous les mois? En
Phrygie, le culte de Mön parait, à la vérité, avoir comporté des
cérémonies mensuelles. Cela résulte avec évidence d’un passage d'un chœur des Troyennes: « O Zeus », y lisons-nous,
« tu as trahi la ville d’Ilion. Tu as perdu avec elle les sacrifices, les chants des chœurs. les fêtes nocturnes, les images
dorées qu’on t’y consacrait, et les fêtes lunaires des Phrygiens
revenant douze fois lan»,
Douyoy te Tadeo. cedava, suydWOexX ner (8).
(1: Herod., II, 47 : EeXfvn 32 val Atovogu poÿvois!, Tod aùToù Ypdvay, tH 2077,
ravsertvw Ajsavres.
(2) Plut. Quaest. Rom., 24 : elboös GE riuéoxv tepdv evourtov.
(3) Strab., III, 4, 16 : voùs 52 KeAtiGnoxs al tole moorZopous TV Syopmy xÙTois
Avwvouw tivi Be Tais navsehAvors VUXTWO Tod TOY muv Tavareious TE yooevew Kal
nawyy erv. Cf. Roscher, Nachtrige, p. 19, 1.
(4) Pind. Isthm., VII, 44 sqq.; Eur. Iph. Aul., 116 sq.; Suppi., 990-999 ; Dio
Chrysost., VII, 70. Cf. Soran. Gynaec., 41, p. 205, f Rose.
(5) Chrysipp. in Schol. B Hom. Il, XXI, 483 (cf. Rose, The Roman Questions
of Plutarch, p. 201); Plut. Quaest . Rom. LXXVII; Quaest. Conv.,
(6) Gruppe, Griech. Myth., p. 941.
X, 10.
(7) A. Legrand (Dict. des Antiq. s. v. Luna) a eu raison de passer sous
silence l'hypothèse de Roscher.
(85 Eur. Troad., 1075. Le scholiaste se demande si Euripide entend parler
d'une fête annuelle ou mensuelle : auciBdru¢ Eyer métepoy wat Eviaurùs Ct& TÔ
Page 147
View in PDF(opens in a new window)Rien ne dit cependant que Philodamos ait voulu faire entendre qu'il en serait dorénavant de même à Delphes. Les dieux
helléniques dont Mén allait désormais devenir le frère avaient
en général à se contenter d'une, ou,
tout au plus,
de deux
fêtes par an. Des solennités mensuelles eussent élé un excès
d'honneur pour le nouveau venu.
Il y a, d'autre part, apparence que l'oracle rapporté par le
poète indiquait exactement la date de la fête de Mön.
Examinons donc à nouveau notre texte pour tâcher de découvrir cela. Il me parait vraisemblable que les mots &y Zeviors
êtelors s'appliquent non seulement à Geta. (vs. 110), mais
encore à apeatvery (vs. 112 sq.). S'il en est ainsi, le texte nous
apprend non seulement que la féte projetée de Mén sera
annuelle, mais encore qu'elle aura lieu lors des Théoxénies
mêmes, le jour de la pleine June du mois Théoxénios.
Il est un
fait qui me donne grande confiance dans
Ja.
justesse de l’interprétation que je propose. C'est que, ainsi, la
fête delphique de Mên se trouvait coïncider avec une autre
fête lunaire grecque, la seule dont nous ayons une connaissance quelque peu certaine. Le mois Théoxénios, on le sait,
correspond au mois atlique Élaphébolion (mars-avril). Or, la
pleine lune de ce mois, la première après l’équinoxe du printemps, était à Athènes un grand jour sacré. Les Grandes
Dionysies prenaient fin le quatorze du mois, et étaient suivies
immédiatement des Pandia (1). Dès l'antiquité, les érudits se
sont efforcés de trouver une explication adéquate du terme
Iavo.%. D'après les uns, c'était une fête de Zeus; selon Jes autres,
une fête en l'honneur de Pandia, fille de Séléné, ou Séléné
elle-mème; d'autres enfin attribuaient l'institution au héros
Gwéerxaséhnvos elvar tov Eviausdv 7, 01 Öhou Too Eviautod wark ufvz. Il a eu tort de
douter. Les termes du vers d'Euripide ne sont pas ambigus.
(4) Cf. K. F. Hermann, Lehrb. der griech. Antig.?, 859,5, p. 407; A. Mommsen,
Feste
«er Stadt Athen, p. 433; Roscher, Lex. der Myth., I, p.
Schoemann, Griech. Alt.+, If, p. 527 sq.; Dict. des Antig.,
1516;
IV, p. 313; Gruppe,
Griech. Myth., p. 938, 1. Aux passages d'auteurs cités généralement à ce propos,
il convient d'ajouter Soph. Oed. Rex, 1090 : ziv aöprov ravséhrvoy ; voir les notes
de Wolff et de Jebb,
Page 148
View in PDF(opens in a new window)Pandion. Je crois devoir écarter d'abord la dernière manière
de voir. Le héros Pandion doit, inversement, son nom et son
existence à la fête des Pandia, pour laquelle on a voulu créer un
fondateur (1). Reste à choisir entre les deux autres explications.
Les opinions des savants modernes sont trés divisées à ce sujet.
A mon avis (2), les Mave.e ont été sûrement une fête consacrée
à Zeus, comme les MavaSxva.x se célébraient en l'honneur d’Athéna (3). La forme du mot indique que les Ilé&vôt« sont nés, un
jour, de la fusion de plusieurs fêtes locales. Mais, ceci posé, il
reste cependant à répondre aux questions que voici. Pourquoi
l'auteur du 32° hymne homérique a-t-il fait naître de Sémélé
et de Zeus une fille nommée Ilavêin (4)? Ilésiode, encore, ne
connaissait pas de déesse de ce nom (5). Pourquoi Séléné ellemême a-t-elle été surnommée Pandia ? Sur quoi se fondaient
les grammairiens anciens pour dériver le nom des IIávòra de
celui de la déesse Mavcta (6)? Comment Ulpien, commentant le
discours de Demosthenes xx7% Merôtou (S 7-9), a-t-il pu écrire si
positivement : 7yov oöv xa. TAS Neknvns Eopthv perk TH Atovúsra ?
Voici, je pense, la solution de l'énigme. Lorsqu'il s'est agi,
très anciennement, de marquer dans le calendrier un jour pour
la célébration des IIavòra, fête alors nouvellement instituée, on
s’est avisé de la faire coïncider avec la première pleine lune
après l’équinoxe du printemps, parce que ce jour-là était déjà
réputé sacré depuis un
temps immémorial. L'ancien culte
lunaire persista naturellement à côté de celui de Zeus. Il y eut
un poète qui s'avisa d'attribuer l'institution des Pandia à un
héros nommé Pandion; d'autres imaginèrent la déesse Pandia.
Il est curieux de constater que les Romains aussi célébraient
une fête lunaire vers la même époque de l'année. Luna avait, à
(1) D'après Autran (Phéniciens, p. 26), Pandion porterait un nom caro-lycien.
(2) Cf. Wilamowitz, Aus Kudathen, p.
133, 34.
3) Cf. Phot. Onom., Vi, 462 sq. : Tide pévror Ex TOU wav zovbera * ... Mavabfvara ©:
wat Maviovia zat [lavart@aca xal Ilzufotueix wat Tavera.
(4) Hymn. Hom., XXXII, 14-16.
(5) Le héros Pandion, lui, était déjà connu du temps d'Hésiode (Op., 658).
(6) Elym. Magn., p.651, 21 : Mävösıa > Eoorh Avro: 2nd Mavcetas 7: SeAfivrs.
Page 149
View in PDF(opens in a new window)Rome, un temple trés ancien sur l’Aventin. Du temps d’Ovide,
son jour de féte avait été fixé au 31 mars (1). Comme a Athénes,
cette fête suivait de près les fêles dionysiaques (2) : les Liberalia
tombaient au 17 mars (3). On croit d’ailleurs possible que le
culte de Luna 4 Rome ne soit que le culte de Séléné, anciennement introduit de Gréce en Italie (4).
It y a cependant encore une autre coincidence beaucoup plus
importante. Les fètes lunaires que je viens de mentionner
coincident aussi avec la paque des Hébreux, laquelle était fixée
à la pleine lune du mois Nisan. Or, la päque juive remonte
certainement à une époque antérieure à Moise et au culte de
Jéhovah (5); le sacrifice de l'agneau, que les fidèles mangent
en entier pendant la nuit sacrée, s’adressait primitivement à
un dieu lunaire (6). La même fête et la même religion lunaires
se retrouvent chez les anciens Arabes (7).
Le jour de la pleine lune qui suit l’equinoxe du printemps
n'a, en lui même, rien de particulièrement remarquable. Si
donc l’on constate que ce jour-là a été considéré comme sacré
par excellence chez les Grecs. les Romains, les Hébreux et les
Arabes, il en faut conclure que ces peuples ont emprunté l'un
à l'autre certaines conceptions religieuses, ou bien qu'ils les
ont puisées à une source commune. Cette dernière hypothèse
(4) Ov. Fast.,
883 sq.:
CIL, 1°,
p. 314:
Wissowa,
Relig. und Kultus
der
Rômer
?. p. 316.
(2) De même, en Égypte, on associait la lune au eulte d'Osiris {Herod., If, 47).
(3) Ov. Fast., III, 713; CIL, BR, p. 342.
(4) V. Roscher, Lex. der Myth., 11, p. 2459; Nachträge, p. 19.
{5) V. Beer, Die Mischna, vol. 111 : Pesachim, p.14 sq.
{6} On en viendrait ainsi à conclure que la fête de Pâques des temps modernes
aurait été célébrée
à l'origine en l'honneur
de l'astre qui décline et disparaît a la
fin du mois, pour réapparaitre et renaître, en quelque sorte, le troisième jour.
Cf. Frazer, Adonis, Altis and Osiris?, p. 360 : « Thus the dismemberment of the
god [Osiris] would begin with the waning of the moon»; ibid. p. 371; A. van
Gennep : Les rites de passage, p. 263 : « La mort et la renaissance rituelles
peuvent, dans certains cas, provenir d'une assimilation des étapes de la vie
humaine aux phases de la june » : Nielsen, Die altarab. Mondrelig., p. 157-163;
Id., Der dreieinige Gott, p. 256,1.
(7) V. Nielsen, Die altarab. Mondrelig., p. 94; 144 sq.; 199: Der dreieinige
Gott, p. 59 sq.
Page 150
View in PDF(opens in a new window)“semble même la seule exacte; car les Grecs,
du moins, ne
peuvent avoir appris directement des Sémites méridionaux
à adorer la lune à une date déterminée. Je n’aperçois qu'un
seul centre de civilisation, c’est la Mésopotamie, d'où une
même solennité religieuse ait pu se propager, tant chez les
Occidentaux que chez les Sémites. Les Babvloniens adoraient
le dieu lunaire Sin comme une divinité puissante et vénérable
entre toutes (1). Ses principaux temples étaient situés à Ur,
lieu de naissance d'Abraham (2), et à Harran, endroit où le
patriarche aurait séjourné avant d’aller habiter le pays de
Canaän (3). La fête de Sin à Harran se célébrait le 17° jour de
nous ne savons quel mois, donc pendant que la lune est dans
son plein ou commence à peine à décliner (4). Il n'est guère
possible, à l'heure actuelle, de déterminer avec certitude, si le
dieu Sin est d’origine babylonienne, ou arabe (5), ou araméenne (6). Mais quoi qu'il en soit de son origine première, ce
n'est guère qu'après avoir pénétré en Babvlonie que son culte
a pu rayonner au loin et influencer les cultes lunaires d'autres
pays (7).
Vs. 114: txece[t]arg. Au vs. 108, le poète appelle txé<as les
adorateurs de Mén. Le terme ‘xeteiars dontil use ici correspond
à cette appellation. Dans le langage ordinaire, le mot ixézrs ne
désigne que le suppliant, soit qu’il réclame l'assistance d'un
homme, soit qu'il invoque l'appui d'un dieu. Le serviteur des
dieux est appelé Aarpız, Bestrwv, ou òrndòs Bev, l'adorant
harpeuris, Mecareuris, où woosxuvvneis. Nous connaissons toute(13 V. Nielsen, Der dreieinige Gott, p. 103 sqq., fig. 3.
(2) Vet. Test., Gen., XI, 28; 31; XV, 7; Neh., IX, 7.
(3) Gen., XI, 31 sq.: XH. 4 sq.; cf. Combe, Hist. du culte de Sin, thèse de
Univ. de Paris, 1908, p. 84 sq.; Bury, Cook et Addock, The Cambridge Ancient
History, 1, p. 234.
(4) Winckler, Alloriental. Forsch., 11, p. 305°sq.; Combe, Op. 1., p- 58 sq.
;
Roscher, Lex. der Myth., IV,p. 903.
(5) V. Nielsen, Die altarab. Mondrelig., p. 31.
(6) V. Baudissin, Mond bei den Hebräern, Realenzycl. fiir protestant. Theologie
und Kirche, XII, p. 337-349 ; Archiv für Relig. Wiss., XVI, 1946, p. 405: 419.
(7) Mén n'est pas un dieu d'origine sémitique ; v. P. Perdrizet, BCH, XX, 1896,
p. 91 sqq.
Page 151
View in PDF(opens in a new window)fois encore deux autres textes grecs dans lesquels les adorateurs d'une divinité lunaire sont désignés par le terme ixérns.
Ce sont un vers de Hymne orphique a Séléné :
soGousa véous inétag Tio, zoup (1),
r
+
La
L
La
LA
et un passage de la Vie de Pythagore de Diogéne Laerce (VIII,
34 : te90¢ To Mnvôs zat ixéens) dont il sera question plus loin.
La raison pour laquelle on employait le terme ‘xézq¢ dans ce
cas spécial n'est pas difficile 4 trouver. Les Grecs saluaient en
général les dieux d'un geste de la main, mais ils avaient coutume de se prosterner devant la lune, tout comme le faisaient
les Orientaux (2). Cela est attesté par un texte bien connu de
Platon (3). Sur un bas-relief votif consacré à Mén, les adorants
sont représentés dans l’attitude qui est la plus caractéristique
pour le suppliant (4), ’agenouillement (5). O. Walter (6), et,
plus récemment, G. van Hoorn (7) ont montré combien pareille
attitude est rare sur les monuments. Les Grecs ne s’agenouillaient apparemment que devant les divinités ayant un caractère chthonien, tel, par exemple, Dionysos Lysios (8).
(A) Hymn. Orph., IX, 12.
(2) Vet. Test., Deuter., IV, 19 : « de peur aussi que... voyant le soleil, la lune
et les étoiles... tu ne sois poussé à te prosterner devant eux ».
(3) Plat. Leg., p. 887, e : ….avaréhhovros te fAlou wal centvns Kai Teds Buspas Iov- …
Tuv ToonvaAisers dpa wal reosusrigets AuoûovTÉs te “AL hoövres EX
AG UMY te vai Bros
ipuy mivrws Zu suppopzis ravtoiats ÉJouÉvwY wal Ev soToayints...
(4) Supplex, en latin, signifie étymologiquement celui qui a plié les genoux.
(5) Cuperus, Harpocrules?. p. 199; Wolters, Festschrift für Benndorf, p. 127;
Walter, Ost. Jahresh., XMI, 1910, Beibl., p. 237, E.
(6) Walter, 4. &., p. 229-244. Voir aussi Dict. des Antl., 3, p. 81; Stengel,
Griech. Kultusalt.2, p. 73 sq.; Walter, Beschreib. der Reliefs des kleinen Akrop.
Mus., n° 182.
(1) Rev. arch., XIX, 1924, p. 261-266. Je me suis demandé si la déesse représentée sur la bague minoenne publiée par G. van Hoorn ne serait pas une déesse
lunaire. Elle est coiffée d'un couvre-chef qui rappelle vaguement par sa forme
les cornes dites de sacrifice (cf. AJA, XNX, 1915, pl. X sqq. et p. 239). Malgré
- ce qu'en a dit Scheftelowitz (Arch. für Relig. Wiss., XV, 1912, p. 461-471), il n'est
pas certain que le motif des cornes, dans l'art religieux, ne soit pas d'origine
lunaire. Sur le culte de la lune en Crète, voir J. Harrison, Themis, p. 190 sqq.
‘8) V. Weinreich, Arch. für Relig. Wiss., XVII, 1914, p. 527 sqq.; Ael. Aristid.,
vol. I, p. 513 Dindorf — vol. II, p. 435 Keil : Zöeı vo vóvu tO Gekròv uAivavta
teetevery Te val aadelv Aucıov thy edu * uxt Event: tates iv tots Aouastv.
Page 152
View in PDF(opens in a new window)Après avoir interprété la strophe jusqu’au bout, nous avons
deux questions à poser. Pourquoi l'admission de Men à
Delphes est-elle mentionnée dans le péan à Dionysos? Et pour
+
quel motif un culte lunaire d'origine étrangère a-t-il été officiellement introduità Delphes, au début du règne d’Alexandre?
La première question est facile à résoudre. Selon quelques
uns, Mén était identique à Sabazios (1), qui est le Dionysos (2)
phrygien, et thrace (3). Voilà comment Mén est identifié avec
Dionysos dans la dédicace bien connue de Thasos (4). On peut
ajouter d'ailleurs que le Dionysos grec prêtait peut-être même
à une identification directe avec Mén, parce qu'il semble avoir
parfois été considéré, lui aussi, comme le dieu de la lune (5).
Il est beaucoup plus ditlicile de répondre à la seconde question. Le culte de Mén, dieu phrygien (6) et micrasiatique, se
rencontre en Attique dès la première moitié du 11° siècle avant
J.-C. (7). Le bas-relief de la collection du comte Lanckoron{4) Procl. ad Plat. Tim., IV, 251: ragethfoxuev taps dpuiis Mivx ©x3%2%0v Duvoÿpevoy wal gv uiers ExGañlou Tehetaïs. Cf. Lobeck, Aglaophamos, p. 1047; PaulyWissowa, Real-Encycl., s. v. Sabazios, p. 1550 in fine.
(2) Amphitheus in Schol. Aristoph. Av., 874 : A:dvocosg val TaSaftos el; got: Beds.
{3) Schol. Aristoph. Vesp., 9 : Xa8atiov 62 tov A:dvusay of Bpäxes xadotar; Alex.
Polyh. apud Macrob. Saturn., I, 18, 14 : « In Thracia eundem haberi Solem
atque Liberum accipimus, quem illi Sebadium nuncupantes magnifica religione
celebrant ». Cf. Cumont, Diet. des antiq., s. v. Sabazius, p. 929.
(4) IG, XII, 8, 587 : Gem Mavi Tuoivw Arovucw (inscription de l’époque impériale).
(5) V. Davis, The Asiatic Dionysos, p. 11; 14 sq.; 198 sq.; Soph. Antig.,
1146 sq. : io,
750 avedvtwy pooxy’ Zstomy; Schol. : wark yao Teva uuatixdv Adyov
Tv astiowy ist! yoonyss; Hor. Carm. Saec., 35 sq. : « Siderum regina bicornis
audi, Luna, puellas »; Hyma. Orph., IX, 10 : (Sedfvr) âstoioyn; Precatio ad
Lunam, ed. Abel, T : (Zen) ästorot xwiLXT0us2 ; Herodian., Ab escessu divi Marci,
V, 6, 4: Alßuss pév odv abthny Oonaviav urdoücı, Doivnes SE 'Aotondoyrv Svoudrtous:,
gehivnv evar Béhovres; Symes. Hymn., IN, 46 sq.: oekdva, Tommy voylwv Bev;
Roscher, Nachträge, p. 13.
(6) Lucian., NLIV, 42 : bosve; 62 Myvi (@vevtes); Schol. Lucian., XLIV, 8: 6...
4 Mtv bovyiss; Maury, Hist. des relig. de la Grèce ant., Ill, p. 123,3; Pfister, Der
Reliquienkull, p.138, n. 497.
<i) Voir Perdrizet, BCH, XX, 1896, p. 55 sqq. Une des comédies de Ménandre
était intitulée Mnvzysprns (Stob. Flor., XCIV, 7). Le mot a été expliqué de différente facon. Comme les prêtres mendiants de Cybèle étaient appelés ur‚roavrvora:,
il me semble logique de voir dans les wryvayvera: les quéteurs de Mén.
Page 153
View in PDF(opens in a new window)ski qui représente Mén au bélier, remonte méme probablement au 1v° siècle (4). On admet généralement que le culte de
Mén a été importé en Attique, comme les autres cultes phrygiens, par des négociants et des esclaves venus d'Asie
Mineure (2). Cela semble en effet extrêmement probable. Mais,
sil en est ainsi, il ne peut y avoir le moindre rapport entre
l'importation du culte de Mén en Attique, et l'institution,
d’ailleurs, selon toute apparence, antérieure en date, du même
culte à Delphes. On a pensé souvent que Mèn a pu recevoir un
culte chez les Thraces, peuple apparenté aux Phrygiens (3), et
chez les Macédoniens (4), nation qui s'est superposée sur un
fonds de population thraco-phrygienne. Mais on n’a jamais
réussi à trouver la moindre preuve de cette hypothèse. Elle ne
peut donc servir à expliquer la présence de Mén à Delphes sous
le régime macédonien. A cette époque, le culte de Mèn se
hornait, géographiquement, à l'Asie Mineure. Il est vrai que,
dès 336, un corps d'armée macédonien avait franchi l'Hellespont et occupé une partie de la Troade et de l'Éolide (5). Dès
le début de son règne, Alexandre a eu l'intention de se maintenir en Asie-Mincure. voire de la conquérir toute; peut-on
penser qu'il a voulu sempresser d’annexer, en quelque sorte.
les divinités nationales du pays étranger, avec, ou méme avant,
le pays même? Pour peu qu’on y réfléchisse, une telle supposition paraîtra trop absurde pour qu’on s y arrête.
.
Je crois cependant être en mesure d'indiquer une solution
du problème que je pose, sinon certaine, du moins digne d'être
prise en considération. En interprétant la V° strophe, nous
nous sommes rendu compte que Philodamos, en matière de
religion, embrasse, ou, du moins, reproduit les idées des
Orphiques. Il a identifié Dionysos avec Euklès, dieu des morts,
(1) Ibid., p. 83.
(2) Ibid., p. 75.
(3) Ibid., p. 94.
.
(4) La figure des rochers de Philippes qui représente Mén ou Méné date vraisemblablement du rer siècle apr. J.-C. I] n’y a donc pas a en tenir compte ici.
Cf. en dernier lieu, Ch. Picard, Rev. de Vhist. des velig. LXXXVIJ, 1922, p. 188 sqq.
(5) Diod., XVII, 7, 9-10.
Page 154
View in PDF(opens in a new window)dont le nom ne se retrouve dans le culte que sur les tablettes
d'or des tombeaux orphiques de l'Italie méridionale. Les
Orphiques ont eu un certain nombre de dieux à part, inconnus
au vulgaire. Ils les avaient empruntés en partie à l’Asie, telle,
par exemple, la déesse phrygienne Misé, et cette autre divinité
au nom barbare, 'Hs:xerztos, qui, nous le savons maintenant,
était adorée en Lydie (1). Si nous pouvions admettre que Men
a été, lui aussi, parmi les dieux adoptés, des le ıv* siècle, par
les Orphiques, la difficulté que nous éprouvons disparaîtrait
tout entière. Je n'oserais risquer pareille hypothèse sans
preuves à Pappui. Mais il y a effectivement une raison valable
pour croire qu'il en a été ainsi. Le premier chapitre du huitième livre de Diogène Laerce renferme une série de préceptes
attribués à Pythagore. On y lit au § 34 : äAsxrouovos un Gnveshar
heuxod, Gr. besos 700 Mayas val intens (2). Il n'y a pas longtemps,
on estimait généralement que l'ensemble de ces préceptes était
de date récente. Aujourd'hui, après les études de Delatte, il
n'est plus possible d'en juger de même. C'est dans Aristote que
Diogène, à son dire, les a pris; il a dû les trouver dans l’ouvrage intitulé rest [ubzx-oociwy, lequel était attribué à Aristote (3). L'auteur de ce livre rapportait des préceptes religieux
d'une antiquité assez haute, en y joignant des explications tirées,
comme le dit Delatte, « des livres de propagande pythagoriciens (cf. Jamblique, }. P., 87), ou des observations qu'il avait
pu faire dans le domaine du folklore et de l’ethnologie ». Il ne
peut guère avoir écrit après le in°, ou, au plus tard, le n° siècle
avant notre ère (4). Les livres de propagande pythagoriciens
(1) Orph. frg., ed. Kern, p. 103 sq.
‘2) La même règle se lit aussi, à peu près dans les mémes termes, dans la Vie
de Pythagore de Jamblique (§ 84), et ailleurs encore. Voir Delatte, Et. sur la
littérature pythagoricienne (Bibl. de l'Éc. des Hautes Et., fasc. 211), p. 213 sq.
;
289 sq. La Vie de Pylhagore de Diogène Luërce {Mém. de la Classe des Lettres de
l'Acad. royale de Belgique, XVII, 1922,2), p. 237 sq.
(3) Aristot. ed. uum. Bekker, p. 1510 sqq.
4) Le précepte pythagoricien qui précède celui dont je parle, dans la Vie de
Pythagore de Jamblique, se retrouve dans le premier livre des Otxovou-xz (p. 1344,
a, 10 sq.): livre écrit par un péripatéticien, probablement dans la seconde
moitié du ue siècle.
Page 155
View in PDF(opens in a new window)dont il se servait doivent avoir été plus anciens; car Fécole
pythagoricienne a traversé, au 11° et n° siècles, une telle période
de déclin qu’on a pu la croire éteinte. Supposons maintenant
que le culte de Mén n'ait été connu en Grèce que pour avoir
pénétré peu à peu en Attique vers la fin du iv‘ siècle.
I]
semblera alors impossible qu'on ait songé, si peu de temps
après, à se réclamer de ce culte pour expliquer un commandement prohibitif de Pythagore. L’anachronisme aurait été vraiment trop fort. Le texte heureusement conservé par Diogène
Laerce et Jamblique donne à penser au contraire que le dieu
Mén était déjà révéré dans l’école de Pythagore : secte dont les
doctrines, on le sait, avaient beaucoup d’afhinité avec les
croyances des Orphiques.
(A suivre).
Page 156
View in PDF(opens in a new window)vonconee)
Peres_
Wilhelm Vollgraff
Le pean deiphique à Dionysos (suite)
Citer ce document / Cite this document :
Voligraff Wilhelm. Le péan delphique à Dionysos (suite). In: Bulletin de correspondance hellénique. Volume 51, 1927. pp. 423468.
doi : 10.3406/bch.1927.5193
hitp:/www.persee.frAveb/revues/home/prescript/article/bch_0007-4217_1927_num_51_1_5193
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Page 157
View in PDF(opens in a new window)Wilhelm Vollgraff
In: Bulletin de correspondance hellénique. Volume 51, 1927. pp. 423-468.
Citer ce document / Cite this document :
Vollgraff Wilhelm. Le péan delphique à Dionysos (suite). In: Bulletin de correspondance hellénique. Volume 51, 1927. pp. 423468.
doi : 10.3406/bch.1927.5193
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Page 158
View in PDF(opens in a new window)(Suite) (4).
STROPHE XI.
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Vs. 132-135. Le texte dit clairement que la célébration des
Pythies comportera désormais un sacrifice à Dionysos et
un
concours de chœurs cycliques. Mais il y a deux graves difficultés. La première, c'est que la phrase n'a pas de sujet. Qui a
ordonné (ËtaËe) d'ajouter à la fête d’Apollon des honneurs pour
Dionysos? Est-ce l’oracle? En ce cas, il faudrait: eds Zzafe.
Et ce n'est certes pas parce qu'il y a : G[edc] xeheder dans la
IX* strophe (vs. 106 sq.) que le poète aurait pu omettre ici le
(4) Voir BCH, XLVI, 1925, p. 97 et suiv.; XLIX, 1925,
p. 104 et suiv.; L, 1926,
p. 263 et suiv.
Page 159
View in PDF(opens in a new window)mot Beös. En second lieu, il est impossible d’expliquer congrüment les mots : Nubracıv mevecypots[t zJooraijs|. Littéralement
traduits, ils signifieraient: « aux solstices quadriennaux des
Pythies », ou encore, en mettant une virgule après revberr,pora[t] : « à la fête quadriennale des Pythies, au solstice ». Mais
nous voici bien étonnés; car les Pythies, on le sait, ne se célébraient pas au mois de juin de notre calendrier, mais beaucoup plus tard. L’année delphique, comme celle d’Aihénes,
commencait à la première nouvelle lune après le solstice d'été.
Les Pythies avaient lieu dans le deuxième, ou vers la fin du
premier mois de l’année. Sur ce point, il n'y a pas de doute
possible (4). Il ressort d'un passage de Pindare (2) que vers la
fin du vi siècle les Jeux pythiques tombaient dans le même
mois que les Panathénées, pour lesquelles Proclus (3) nous
donne la date du 28 Hékatombaion (juillet-août). En 394, les
Pythies ont été célébrées peu de temps après l'éclipse solaire
du 14 août (4). Des textes du 11° siècle prouvent que les Pythies
avaient lieu au mois Boukatios (5), le second de l'année delphique (août-septembre). Au rv‘ siècle, la date ordinaire de la fête
paraît parfois avoir été sensiblement reculée (6). Rien n’indique
au contraire qu’on l'ait jamais avancée. La difficulté quoffre le
mot [t]ooraìls] dans la restitution de Weil, est donc très grave.
Elle n'avait d’ailleurs pas échappé à l'attention du premier
commentateur lui-même; mais celui-ci a cru pouvoir se tirer
d’affaire en remarquant que le poète ne s’est pas exprimé avec
une exactitude rigoureuse. Cependant, il ne peut s'agir ici d’un
défaut d'exactitude : l’hymne
a été écrit par un poète delphique
et pour un public qui savait la date de la fête principale de
Delphes. Le mot tooxat ne pouvait donc, dirions-nous, venir ici
sous la plume de l’auteur, si tant est que personne n’associait
en pensée les Pythies avec le solstice.
(1) Cf. Dict. des Antiq., IV, p. 189 sq. (Gaspar).
(2) Pind, Ol., XIII, 51 ; cf. Klee, Zur Gesch. der gymn. Agone, p. 52.
(3) Procl. Comm. ad Timaeum, p. 9, B.
(4) Xenoph. Hellen., IV, 3; cf. Momusen, Delphika, p. 131 sqq.: 154-163.
(5) Syli3., 692, 3; SGDF, 1075, 1 sq.
(6) Cf. Bourguet, L'administrat. fin. du sanctuaire pyth., p. 142.
Page 160
View in PDF(opens in a new window)Nous aboutissons à la conclusion que [7Jporxt[s) est une restitution manquée. Le mot est embarrassant, et il est de trop,
puisque Hu$taow reverisots offre déjà un sens complet et satisfaisant. A sa place, on aimerait trouver le sujet manquant du
verbe ëraëe. Après ces remarques, la vraie restitution du vers
133 ne me semble pas difficile à trouver. Il ne s'agit en vérité,
que de combler une lacune minime. Comme la copie du Bulletin Vindique (4), il y a réguligrement place pour une lettre
seulement entre revberhpors et POTAI (2). Je crois donc devoir
lire le commencement de la strophe de la facon suivante :
Tufiaow dE never
aous [ä]p' 6 mats] cake Báx(ov...
« A la féte quadriennale des Pythies, le fils de Bacchus a
ordonné... »
Vs. 132 sq: Tubro.
mevberspors. La fête des Pythies est
appelée lui dans Pindare (3) et dans un texte épigraphique
du ıv° siècle (4). Le pluriel Huñriôess s'employait lorsqu’on
avait en vue plus d'une célébration de la fête (5). [evhezrpots
n'est pas ici une épithète oiseuse. Elle sert à marquer qu'il
s'agit de la grande fête quadriennale, et non de la (tepomnvia)
II Gids qui avait lieu tous les ans (6).
Vs. 133 : {&]2’. Dans Homère la particule &x se rencontre
très souvent dans le sens de : ensuite, aussi, porro, iam. Le
même sens de xox se remarque dans Pindare (7), dans Théocrite, et même dans les prosateurs du v° et du iv‘ siècle (8). On
(4)
NYOIAZINAETENOETHPOIZ . POTAI
ETAZEBAKXOY
12) Weil en a mis deux (« le lapicide a omis I'l, ou l'a rapproché du T », BCH,
XIX, 1895, p. 409).
(3) Pind. Pyth., 1, 60; V, 26.
(4) Syli3., 145, 36 sq.; 38.
(5) Syil3., 195, B: näsas Iv[O:]adas. Plut. Mor., p. 192, F : ronds Mv@cddac.
(6) Cf. Sylls., 445, 44 : éviautia & fepourvix à MuBrás.
(7) Cf. Rumpel, Lexic. Pindar., p. 62.
(8) Cf. Kühner-Gerth, Griech. Gramm., Il, 2, p. 320.
Page 161
View in PDF(opens in a new window)ne dira donc pas, j'espère, que j’introduis dans le texte une
cheville indigne du poète. Lorsque la même phrase contient
les particules dé et doa, elles se font habituellement suite dans
cet ordre (9° éoa, 6 &p) ; mais on les trouve aussi quelquefois
séparées l’une de l’autre par un ou plusieurs mots, tant dans
l'épopée (1) qu'ailleurs (2).
Vs. 133 sq. : 6 mats... Baxyou. Qui est celui que le poète
appelle de la sorte? Qui est le « fils de Dionysos » que l’on voit
intervenir ici dans l'organisation des jeux pythiques, et les
transformer en partie en y ajoutant
des honneurs pour son père
céleste? Ce ne peut êlre qu Alexandre. Alexandre seul avait
alors, pour ce faire, le pouvoir et l'autorité nécessaires; les
Amphictyons venaient de le reconnaître formellement comme
le chef de l’Hellade (automne 336) (3). Et nul autre que lui ne
pouvait, à l’époque où écrit Philodamos, être salué du nom de
ma's Baxyou..
L’appellation : fils de Dionysos doit s'entendre littéralement.
Je sais bien que d’après Satyros (4), les Ptolémées et les rois
de Macédoine descendaient à la fois d'Héraklès et de Dionysos,
parce que Déjanire, qui fut épouse d’Héraklés et mère de Hvllos, aurait été fille de Dionysos. Je ne prétendrai certes pas
qu’une telle généalogie n’a
pu être imaginée avant le n° siècle.
Mais nous n’en avons que faire ici; car je ne crois pas qu’on
ait jamais dit en grec, même en poésie, rats, au singulier, dans
le sens de @röyovos ou Exyovos. Les mots maïs Baxyou (5) dénotent
(1) Hom. Il., V, 148 == VII, 392:
“Hon 62 pisrtıyı Oos énepaler’ Ap’ innous.
Ibid., XXII, 410 : tH 62 padrcor” dp” Env Evadiyaıov.
(2) Xen. Cyrop., 1, 4,10 : 6 82 ‘Aetudyns dpa elnev. Apol., 27: ús 6% Heleto dpa
TG TapEetopéevous SaxpvovTas.
(3) Cf. Diod., XVII, 4,2 : maphAGev eis Ilúhag zal td tev ’Apotmeudvwv suvédprov
govayayùv Exetcev aut zouw Sdypatt Bolivar thy Tv “EAAtvwv hyepoviav.
(4) FHG, I, p. 164 sq. Cf, Plut., De Alex. fort., 1,10 : Acovisou ... God yevapyou
nal HpOTATOPOS.
(5) Pareillement, le poète Hermodotos avait nommé le roi Antigonos “HAloy
maïs, et Beós, dans un péan écrit en son honneur (Plut., De Is. ef Osir., 24). Séleukos est appelé fils d’Apollon dans quelques vers ajoutés a un péan en l’hon-
Page 162
View in PDF(opens in a new window)donc sûrement ici la filiation directe, et non une descendance
lointaine. Notre texte confirme ce qu’on avait déjà auguré du
commencement de la Vie d'Alezandre de Plutarque (chap. II
et suiv.). Une légende rapportée par Eratosthéne disait que le
père d’Alexandre était en réalité le Bacchus thrace, qui s’était
uni & Olympias sous la forme d’un serpent (1). On savait déja
qu’Alexandre avait consenti à être honoré comme un véos Alövusos, c’est-à-dire comme une incarnation de Dionysos, à partir
de son retour de l'Inde (325) (2). Nous apprenons maintenant
en outre que le jeune roi a prétendu à la filiation divine, à titre
de fils de Bacchus, dès les débuts de son règne.
C'est en effet de 335, comme je l’ai supposé (3), ou, sinon,
d'une année très voisine de 335, qu'il convient de dater le péan
de Philodamos. Il est vrai que M. Bourguet vient d'établir (4)
que l’archontat d’Etymondas, sous lequel a été rendu le décret
honorifique gravé au bas de la stèle qui porte le texte du péan,
ne doit pas se placer en 335/4, comme on l'avait pensé, mais
en 329/8. Le péan a donc été gravé en 329 ou en 228; mais
rien ne doit nous empécher, à tout prendre, de croire qu’il a
pu étre écrit et exécuté pour la premiére fois quelque temps
auparavant. La récompense accordée à Philodamos de voir son
poème gravé tout au long sur pierre, avec un décret officiel en
son honneur au bas, est de tout point extraordinaire. Elle pouneur d’Asklepios { Wilamowitz, Nordion. Steine, Abh. Akad. Berl. phil.-hist. Kl.,
1909,
p. 47; Powell, Collect. Alex., p. 140).
(4) Cf. Perdrizet, Rev. des Et. anc., XII, 1910, p. 227; Radet, Zbid., XXVIII,
1926, p. 223-225. M. Perdrizet a eu raison de tenir pour apocryphe le mot de Diogène rapporté par Diogéne de Laérce (VI, 2, 63) : yrpiezpévwy 'Aônvalwv ‘AXE
Seov Atévugov © xané, Eon, Stpan novjesate. Le décret des Athéniens en question
pourra sembler lui-même insuffisamment attesté par une semblable anecdote.
Mais n'oublions pas qu'on peut invoquer un grand nombre de preuves secondaires en faveur de son authenticité (Ael. Var. Hist., I, 19 : "Adégavdpog... exéaterre
mois “Einer Bed aûrèv dnofousôat. Hyper., I, col. 51 Blass?; Plut. Apophth. Lac.,
p. 219. e ; Dinarch., 1, 94; Polyb., XII, 42, b, 3; Plut. Praec. ger. reip., VIII:
-AAgEavSpos … Bv dnpihecbe Oedv eivar. Athen., VI, p. 251, b. CT. Kaerst, Gesch. des
hellenist. Zeitalters, 1”, p. 485).
(2) Cf. Pauly-Wissowa, Real.-Encycl.. ll, p. 487.
(3) BCH, XLVIII, 1924, p. 104.
(4) BCH, XLIX, 4925, p. 54.
Page 163
View in PDF(opens in a new window)vait assurément lui être votée aussitôt; mais on peut tout aussi
bien admettre comme possible qu'elle ne lui soit échue
qu'après un certain laps de temps. La fête printanière en
l'honneur de Dionysos pour laquelle le péan a été composé a
vraisemblablement été répétée (1), et il apu y avoir par conséquent plusieurs auditions successives du péan. Si je persiste à
placer le péan approximativement en 335, j'ai, pour ce faire,
les raisons suivantes : 1° le poéte écrit sous le règne d’Alexandre, mais il ne fait, du moins dans la partie conservée de son
œuvre, aucune allusion à la conquête de l’Asie; 2° il ne semble
même pas connaître le sac de Thèbes (vs. 6); 3° il écrità un
moment où les travaux pour le relèvement définitif du temple
d'Apollon n'avaient, pour ainsi dire, pas encore commencé (vs.
148-4121); or, il est évident qu’Alexandre, vainqueur de
Orient, n’a pu laisser le temple de Delphes en ruines (2); 4°
il est bien peu probable qu'une fois parti pour l’Asie, Alexandre se soit encore occupé personnellement de régler les détails
de la célébration des Pythies; 5° l'appellation de « fils de
(Zeus) Ammon », que le roi s’est fait accorder solennellement
en 331, semblerait avoir dû supplanter après cette date, du
moins pour un certain temps, l'appellation antérieure de « fils
de Bacchus ».
j
Le problème de l'origine divine et celui de la déification
d'Alexandre ont beaucoup intéressé les savants modernes (3),
surtout ces dernières années (4). Leurs recherches n'ont cependant pas abouti à un résultat bien établi et universellement
accepté. On ne peut même pas dire qu'elles ont toujours été
(4) Cf. Athen., XV, p. 696, e-f.
(2) Cf. Plut., De Alex. fort., 1h, 13 : ‘AXéEavôooç 6¢ tx tHv
Bapbdpwv ypypata
AzGov Erepipev eis thy “EAAdda, vaods tots Beots ao pupiwy Tahi/tws
olxosopigat
wEACUTAG.
(3) Cf. Kiio, I, p. 56, 3 : Beurlier, De divinis honoribus quos acceperunt Alexander et successores ejus, thèse de l'Université de Paris, 1890; Radet, La déification
d'Alexandre, Rev. des Univ. du Midi, 1, 1895, p. 129 sqq.
(4) Cf. Wilcken, Berl. Sitz. Ber., 1922, p. 414 sq.; Birt, Alexander der Grosse
und das Weltgriechentum, 1924, p. 109; Pauly-Wissowa, Real-Encycl., Suppl, IV,
1924, p. 808 sq. et 853; Berve, Das Alexanderreich, 1, 1926, p. 95; Jouguet,
L'impérialisme macédonien et Vhellénisalion de l'Orient, 1926.
Page 164
View in PDF(opens in a new window)conduites avec l’acuite et la pénétration nécessaires. Ainsi, il
me semble que F. Taeger (1) a reproché avec raison & Th. Birt
de n'avoir fait qu'etfleurer, dans son livre récent, la question
de savoir pourquoi et comment Alexandre a été déifié de son
vivant. Je me dispenserai de passer en revue ici et de critiquer
toutes les opinions qui ont été émises & ce sujet de nos jours et
autrefois, et ce, parce que le péan delphique nous apporte un
témoignage nouveau que je crois de nature à réduire à néant
ou à modifier considérablement les diverses théories existantes.
Je me bornerai à indiquer brièvement quelques-unes des conclusions contradictoires qu’on a formulées.
Une partie des contemporains d'Alexandre et de ses successeurs ont vu dans les prétentions du roi conquérant un excès
de superbe et d’outrecuidance, avec une nuance, soit d'impiété,
soit de ridicule. Ce sentiment est exprimé avec le plus de gravité
et de mesure dans quelques vers attribués au poète Rhianos (2) :
Ös 6€ xev eloyhner, Beds 6’ Ent 6260v ôndin
xa. moAuxorsavinv, énthknetar obvexa yarav
noosiy entotelber, Av7,c0. dé où stot roxñec,
HA UTepoTtAin xat auaorwGor vóoro
Toa Ath Bpopéer, xepaday © Undoauyoy avisyet... (3).
C’est le jugement
de la philosophie rationaliste, et en même
temps celui de la démocratie grecque, ennemie des états non
républicains, et opposée de tout point à une création aussi
hétérogène que la monarchie orientale ou hellénistique.
C’est sans doute sous l'impression de semblables protestations
venant de la part d’auleurs grecs que certains savants modernes
se sont persuadé que l'idée de l'élévation d'Alexandre au rang
des dieux a dû naître en dehors du monde hellénique. Alexandre, d’après eux, aurait décidé de se faire adorer de la même
(1) Gnomon, 1, 1925, p. 94.
(2) Stob. Flor., IV, 34; Meineke, Anal. Alex., p.
p. 9 sq.
199; Powell, Coll. Alex.,
(3) Cf. Memnon ap. Phot., Bibl., 224, p. 222, b; Plut., De Is. et Osir., 24 ; BCH,
XLVIII, 1924, p. 168 sq.
Page 165
View in PDF(opens in a new window)manière que les souverains orientaux qu'il prenait pour
modèles. Les Egyptiens, on le sait, ont véritablement assimilé
le roi régnant à la divinité. La position du roi de Perse était
autre; il est peut-être plus malaisé de la définir au juste. Les
rois achéménides ont pu faire fonction de représentants de la
divinité en quelques occasions, et recevoir quelques honneurs
divins en cette qualité. Quoi qu'il en soit, les hommages excessifs qu'on leur prodiguait, ont fait aux Grecs l'impression que
le peuple les adorait comme des dieux, ou à l’égal de la divinité (4).
Mais on a observé d'autre part, avec beaucoup de justesse,
que le raisonnement reproduit ci-dessus est loin d'être convaincant. L’attribution d’honneurs divins à un homme, bien
que réprouvée par beaucoup de Grees, n’était pas chose inconnue en Grèce même (2). Nous en trouvons notamment des
exemples à la fin du v°et vers le milieu du 1v° siècle. Lysandre,
Agésilas, Dion ont été honorés de la sorte (3). Or, ce sont des
cités grecques d'Asie Mineure qui paraissent avoir été les premiéres à décerner des honneurs divins à Alexandre ; ce fut au
lendemain de la bataille du Granique, donc avant que le vainqueur eût pris contact avec l'Egypte et avec l’Orient (4). Ceci,
assurément, ne prouve pas que l’idée de la déification d’ Alexandre ait germé dans un cerveau grec. Mais on est en droit de
dire qu’une telle idée pouvait naitre en Occident aussi bien
qu’en Orient.
(41) Cf. Aesch. Pers., 157 (le coryphée s’adresse à Atossa) :
Beoü pèv edvdéretpa Tepoóv, Beoü 62 wal pijtrp Eous.
Q. Curt., VIII, 5, 11 : Persas quidem non pie solum, sed etiam prudenter reges
suos inter deos colere; V, 12,16 : rex curru paulo ante vectus et deorum auspiciis ac suis honoribus cultus.
(2) Cf. K. F. Hermann, Griech. Antig., 11, p. 58 sq.; W. Weber, Der Prophet und sein Gott, p. 86.
(3) Duris ap. Plut., Lysandr., 18 : rpury … "EAAñvey execivw Bwpods ai móheus
dvégrnaav ac dew rai Buolac EBuaav * ele G8 rpoTov raidves Achnzav. Plut. Mor., p. 210,
d : ray @actwv... vaots adtdv (sc. Agesilaum) xai drobewusgert riureävruwv... Diod.,
XVI, 20,6 : 6 adv Simos … otpatnydy éyetpotévacey adtoupatopa tov Alwva xal Tike
anévergev Apwixds.
(4) Cf. Birt, 2. 2., Strab., XIV, 1,22 (d'après Artémidoros d'Ephèse).
Page 166
View in PDF(opens in a new window)Personne, jusqu'ici. ne s'est demandé si l'idée de l’origine
divine du roi de Macédoine ne pouvait être une croyance proprement macédonienne. Le caractère sobre et patriarcal de la
royauté dans l’ancienne Macédoine semblait exclure une telle
supposition.
Le roi n'y passait pas sa vie emmuré dans un
vaste et somptueux palais ; il se mélait au contraire librement
à la noblesse et au peuple. Aussi les généraux et les soldats de
l’armée d’Alexandre s habituèrent-ils avec peine à voir les
Asiatiques se prosterner devant leur chef. Toutefois, le texte
que nous avons sous les yeux maintenant, nous oblige, je pense,
à adopter un autre point de vue. Le péan de Philodamos date,
nous l'avons vu, du commencement du règne d'Alexandre. Ce
n'est donc certes pas en sa qualité de successeur des souverains
orientaux que le roi y est appelé fils de Bacchus. On ne peut y
voir non plus une tentative d’adulation de la part des Grecs. Si
les Hellénes s'étaient avisés, dès cette époque, de proclamer
dieu leur jeune maître, en lui élevant des autels, comme cela
avait été fait pour Lysandre à l'apogée de sa puissance, cela
eût été par trop intempestif; et ce qu'ils n'auraient en aucun
cas pu faire de leur propre autorité, c'est de lui donner Dionysos pour père. Sicette filiation est attribuée au roi, en quelque
sorte officiellement, à Delphes, c'est que celui-ci l'avait agréée.
Or, on ne voit pas comment, au début de son règne, Alexandre
eût pu prétendre à cette origine, s’il ne se trouvait en cela
d'accord avec la coutume, la tradition, les croyances de la cour
et du peuple macédonien.
Rappelons-nous, à ce propos, qu'avant Alexandre, Philippe
a reçu lui aussi les honneurs divins. On a quelquefois mis en
doute la valeur des témoignages que nous avons à ce sujet (1);
ils apparaissent maintenant singulièrement corroborés par le
texte delphique. Diodore (2) rapporte qu'aux grandes fêtes célébrées par Philippe à Aigai en 336, on porta dans une proces-
(1) Kornemann, Klio, I, 1904, p. 156.
(2) Diod., XVI, 92. Cf. Neoptolemus ap. Stob., Flor., ed. Gaisford, XCVIII, 70 ;
ed. Wachsmuth-Hense, vol. V, p. 846.
Page 167
View in PDF(opens in a new window)sion solennelle les images des douze dieux, etcelle du roi par
surcroît, súvbpovov Eauvby anodetxvuvtos TOU BaorAdms Tols Bwôexa
heo's. Les Ephésiens avaient érigé à Philippe une statue dans '
l’Artémision (1), ce qui revenait également à peu près à le
déclarer sûvooves de la déesse. Les Athéniens, au dire de Clément d'Alexandrie, lui avaient décerné des honneurs non
moins grands (2). Lui-méme avait fait construire le ®:Atnme+ov,
à Olympie, après la bataille de Chéronée (3). Plus tard, son
culte a été associé parfois à celui d'Alexandre (4).
Ne sommes-nous pas en droit de supposer que les rois de
Macédoine passaient, d’une façon générale, dans leur pays
pour être de sang divin? On sait que la mème croyance se
retrouve chez beaucoup d’autres peuples. Les rois de Mésopotamie (5) et d'Egypte (6) étaient pareillement
fils de dieux. Les
rois d'Athènes ont dû l'être eux aussi; car la cérémonie
annuelle de l'union de la Bactiwva avec Dionysos date d’une
époque très ancienne, et doit avoir eu primitivement le but de
faire engendrer chaque successeur au trône par Dionysos luimême (7). Je ne croirais pas cependant que la dynastie macédonienne ait eu le désir d'imiter l'étiquette des cours d'états
plus puissants ou plus anciens. Toutes ces croyances et les
cérémonies qui y correspondent ont vraisemblablement partout
une même origine; et il devrait être hors de doute aujourd'hui que celle-ci est d'ordre religieux (8). Reitzenstein (9) et
(1) Arr. Anab.,
1, 17, 11 : après la bataille du Granique, Alexandre
vint à
Ephèse, 6 68 ôfuos 6 Tov 'Ezeoiwv.,. voùs viv einóva thy DiAinrou thy Ev tH leg
warabakövras... Gppnsav anoxtetvar,
(2) Clem. Alex. Protr., IV, 54,5: ... vÖv pév tov Maxeddva tévéex Mearns tov 'Apúvou Dikinmoy Ev Kuvosapyer vopoberoüvres mposxuvely..., aUdıc 62 tov Anurrpiov 6264
xaiadtdav dvayopevovtes.
(3, Cf. Paus., V, 20, 9 sq.
(4) Diod., XIX, 22.
(5) Cf. W. Weber, Op. l., p. 100.
(6) Cf. A. Moret, Du caractère religieux de la royauté pharaonique, Ann. du
Mus. Guimet, XV, 1902, p. 17 sqq.
(7) Cf. Crusius, dans Pauly-Wissowa, Real-Encyel., V, p. 1215.
(8) Cf. W. Weber, Op. l., p. 101, 2.
(9) Reitzenstein, Die hellenist. Myst. rel.?, p.8.
Page 168
View in PDF(opens in a new window)Kampers (4) ont été frappés de la ressemblance que l'on
remarque entre le rite d’initiation des mystères d'Isis et le
mode du couronnement des rois d’Egypte. Ils font dériver le
premier du second, alors qu’il me paraît évident qu’ils auraient
dû conclure en sens inverse. La cour royale ne crée pas le rite
ni la foi religieuse, mais elle les consacre en s’y conformant.
Dans le mème ordre d’idees, la filiation divine du roi de Macédoine devra s’expliquer par les croyances religieuses qui avaient
cours en Macédoine.
Or, quelles étaient ces croyances? La Macédoine et la
Thrace (2) ont été pendant des siécles le principal foyer de la
religion et du culte dionysiaques. Elles lont élé à ce point
qu'elles ont pu passer longtemps pour leur unique berceau (3).
Le pays considéré conıme la patrie d'Orphée a été par excellence le terrain des pratiques des thiases orphiques (4). Lorsqu Alexandre partait pour son expédition contre les Perses,
l'antique idole d'Orphée, dit-on, sua abondamment (5). Ceux
qui ont raconté cela, ont pensé sûrement qu’Orphée était grandement honoré dans le milieu où vivait Alexandre. Et ils ne
se sont pas trompés, à mon sens; car on peut montrer par
ailleurs qu’Alexandre, prince profondément religieux (6) et
pénétré de sa mission divine dans le monde (7). a dû être tout
imbu des idées orphiques. Ephippos, un des généraux d’Alexandre, a écrit que celui-ci paraissail en public habillé tantôt en
Ammon, tantôt en Hermès, tantôt en Héraklès, et même par-
(1) Kampers, Vom Werdeganye der abendliind. Kaisermystik, p. 22 sq.
(2) Cf. Herod., Vil, 111 ; Dio Cass., LI, 25.
(3) Cf. Mededeel. Kon. Akad. v. Wetensch., Afd. Lelterk., 37, A, 1924, 2
(Amsterdam), p. 33.
(4) Plut. Alex., 2: madoa. uèv ai te yuvaikes Évoyor tots "Oporxois oÙgat xai tots
mepì tov Aidvugoy dpytagpois Ex tod navy makaroö, KAdGwvés te zat MipanÂdvEs Exwvupilav Eyougat, TOAAS tale 'Hôwvle: «ai tals neni tov Alpov Gossozis Opera Soda.
(5) Plut. Alex., 14 : td mep) Act6rBcx tod ’Opoéws Edavov (Tv 62 xuTxpittivov) dpaetx
Roh ono tas Auéoac exeivag doe.
(6) Cf. Berve, Op. L., 1, p. 85 et 92 sq. ; Pfister, Der Reliquienkult. p. 176.
(7) Cf. Plut. Fort. Alex., p. 329 : xowos Kxeıv Oed8ev zppootis xai Srakhauths tiv
drwy vogikuv.
Page 169
View in PDF(opens in a new window)fois en Artemis (1). Comment le roi a-t-il pu s’assimiler à des
divinités
de nature apparemment si différente ? La doctrine de
la théocrasie des Orphiques fournit seule une explication satisfaisante. Elle nous fait comprendre en même temps qu Alexandre n'a pas eu de scrupules à se faire appeler premièrement
fils de Dionysos, et ensuite fils d'Ammon (2) ou de Zeus. Pour
qui voyait depuis son enfance dans les dieux que les hommes
adorent sous des invocations multiples, les différents aspects
d'une seule et même divinité suprême et universelle, il n'y
avait pas dans tout cela de contradiction réelle (3). La théologie orphique avait en
outre ce trait en commun avec les
croyances mésopotamiennes (4) qu’elle se représentait la divinité comme étant à la fois mâle et femelle (3), concept qui
semble appartenir au vieux fonds de la doctrine orphique en
Grèce (6); car il se rencontre déjà dans un hymne orphique
cité dans Pseudo-Aristote. neo: x6suov (7), hymne que Platon
paraît avoir eu présent à la mémoire, lorsqu'il écrivait son
ouvrage sur les Lois (8). Seule, la croyance à la nature androgyne de la divinité peut nous aiderà comprendre comment
(4) Athen., XII, p. 537, e-f :"Eoırrog 6é ynotv ws "ARÉEavôpos val tas iepèc ecb tac
épôost Ev vols Seizvors, ÓTÈ pèv Thy 765 "Auuovos Toppupiôa wai TepioytÖsis wai xépata
xxOdrep à Beóg, OE 52 Tnv tHe 'Aptéprôos, fiv xai exi tod Xouatoc éodoe. TONAdxis,
Eywv thy Meoctxiy stodkhy,
Unowaivws dvwhev tay duuy tH te TOËOv nal thy oubÚvrv,
éviote 82 wal thy tod 'Eopoö * tz piv Edda ayedov wat wab’ Exdotyy huépav yAapvda
ze Toopupay Kal yırava peadAcuxoy ai tiv xavalavéyougay TÒ Öudönpa To Baorhixóv, Ev
88 tH ouvougia té te MEOLAR “xl tov zétagov ER TH Kepahd xal TO xpUxcLOV Ev TH
yerpi, TOAARHLs Dè wal Acovtiy zal porahov worep 6 “Hoaxkis.
(2) Cf. Droysen, Gesch. Alexanders des Grossen, 12, chap. 3, p. 321 sqq. ; Radet,
Notes sur Uhist. d Alexandre, Rev. des Et. anc., XXVIII, 1926, p. 213 sqq.
(3) Je m'abstiens à dessein de parler à ce sujet de l’iconographie d’Alexandre.
(4) Cf. Ziegler, Menschen-und Wellenwerden, Neue Jahrb., XXXI, 1913, p.529 sqq.
(5) Cf. Wobbermin, Relig. geschichtl. Stud., 1896, p. 49. Wobbermin adit avec
raison : « (Die Mannweiblichkeit) stellt eine Entschränkung, eine Ausweitung
dar ».
.
(6) Cf. BCH, XLVIII, 1924, p. 198 sqq.; Rohde, Psyche, I1?, p. 114, 3 : « die
Theokrasie wird von Anfang an zur orphischen Theologie gehört haben... »
(7)
Zeùg Hoary yévero, Zebs Aubporos ÈRAETO vowon...
Zens Atos #58 gen.
Cf. Beth, Wiener Stud., XXXIV, 1917, p. 290.
(8) Cf. Kern, Orphic. frg., p. 90 sqq., frg. 21 et 24, a.
Page 170
View in PDF(opens in a new window)Alexandre a pu se travestir en Artemis (1). Nous pouvons d ailleurs pour déterminer le caractère de la religiosité d’ Alexandre
tirer un indice supplémentaire de notre péan delphique luimême : si celui-ci est teinté d'orphisme, comme je l’ai montré,
il v faut voir sans doute. non le retlet des idées du sacerdoce
de Delphes lui-même, mais une concession et un hommage
forcé à la mentalité étrangère du roi de Macédoine.
Il est donc permis de conclure que nous devons voir dans
Vorphisme le substratum religieux propre à expliquer les visées
d’ Alexandre à une origine céleste. Or, d'après la religion orphique, l’homme était originellement de nature divine (2) et pouvait redevenir fils de Dieu, s'il y aspirait. Pour citer un mot
attribué dans l’antiquité à Alexandre lui-même, Dieu est le père
commun des hommes, et il adopte spécialement les meilleurs
d’entre eux pour ses fils (3). Les hommes, d'après les Orphiques, s’étaient détournés de Dieu; mais il était en leur pouvoir,
croyaient-ils, de se tourner de nouveau vers lui,
et de s’unir à lui,
par la voie de la communion, intimement et indissolublement.
« Moi aussi », dit l'âme du myste qui descend aux Enfers, « moi
aussi je me glorifie d’être de la race bienheureuse des dieux » (4).
Or, si ceci vaut pour la généralité des hommes, le roi, qui est
à la tête de son peuple et qui le représente auprès de la divinité,
ne doit-il pas tout le premier accepter la filiation divine ? Il
n'y a là rien autre chose, à l’origine, qu'une pensée religieuse.
(1; La doctrine de la théocrasie orphique explique aussi l'attitude respectueuse
et conciliante adoptée par Alexandre, dès 332, à l'égard du dien Melkart de Tyret
des cultes égyptiens. Le syncrélisme est toujours resté à la base de sa politique
vis-a-vis des nationalités vaincues. Dans la suite, les successeurs d'Alexandre
ont respecté comme lui les dieux des pays conquis en s’efforcant de toute manière
d'inculquer aux populations la conviction que leurs dieux étaient les mêmes que
ceux des Grecs. Est-ce aller trop loin que de penser que le syncretisme religieux
des empires hellénistiques est simplement la mise en pratique du dogme orphique
de l'hénothéisme et de la théocrasie?
(2) Adtap Euoì yévos ovpiviev (Kern, Op. L., p. 105, frg. 32, a, 7).
(3) Plut. Aler.. XXVII. Je crois me rappeler avoir lu quelque part le mot
d'Alexandre sous une forme plus antithetique. Le roi aurait dit : « Dieu est le père
de tous les hommes; mais tous les hommes ne sont pas enfants de Dieu ».
(4) Kal yap éyov Spey yévos BXGiov sûyoua: sivan (Kern, Op. L., p. 106, frg. 32, c, 3).
Page 171
View in PDF(opens in a new window)Le roi se faisait initier aux rites par lesquels on se proposait
d’effectuer l’adoption du myste par la divinité. Et c'est précisément parce que cet acte avait un caractère purement religieux
que le roi de Macédoine continuait néanmoins à être traité par
son entourage comme un simple mortel. Si quelques villes
d’Asie Mineure ont accordé ensuite à leur libérateur des honneurs divins, si Alexandre lui-méme, aprés son retour de
l'Inde, en a exigé de ses sujets, il y a la un développement
ultérieur, qui peut avoir été provoqué par des influences étrangères à la Macédoine. La filiation divine, à un moment donné,
a paru insuffisante ; on en est venu, à exemple d’autres états,
à l’apothéose officielle du souverain régnant. Ce sont là des
choses dont nous n’avons guère à parler ici. Notre texte peut
seulement servir à constater que la filiation divine était chose
donnée pour Alexandre, en tant que roi de Macédoine, dès son
avènement au trône.
|
Vs. 133 : éxa€e. Les Grecs se servaient du verbe +iosetv pour
exprimer une injonction ou une prescription catégorique (1).
C'était par excellence un terme militaire. Hypéride appelle éxr&yuata les ordres qu’Alexandre envoyait d'Asie en Grèce (2).
Pour la construction de caccew avec l’infinitif, sans indication
de la personne à qui l'ordre s'adresse, on peut citer Polyaen.
IV, 1: "Apyetos... tks mapGévous... xAñGerv evate... Miuardovas, et
Dittenberger, OGSI, 4, 10 sq. : ’Avtinatow yap émitabavtos yorpara... eioweonv.
Vs. 434 : Gusiav. Le mot Busta s’emploie souvent en parlant
de sacrifices solennels accomplis avec grande pompe. Plusieurs
savants en ont fait la remarque (3). Il va sans dire que la célé(1) Cf. Soph. Ai., 528 : td zaydiv... tedeiv, exécuter l'ordre donné; Herod., I, 144:
rd npostaydiv cx tod Küpou, 145 : tx Erıracaöuzva. Xen. Hell., IV, 3,2 : einev * ei
su tattots, GAAd Tirtw, Eon. Soph. El, 1495 : ph räose. Oed. Col., 839 : gr
‘rivage’ & ur xpavets. Xen. Hell., Ill, 3,4 : Höovrog adtou Tas tetaypéevwy tivk Bugröv.
(2) Hyper., 1, 18, 91 sq. : rav éxitaypatoy dv Frey wépuv Tao 'Ahckdvôoou Tepi Te
Tv puydiovxai nepi tod ri. Ch. Syll3., 22,5; Herwerden, Lex. Suppl. : Erırdrteiv
et éxltaypa vulgo ita differunt a xpootdttew et npóetaypa, ut usurpentur de iussis imperiosis.
(3) Cf. Schweighäuser, Lexic. Herod., 3. v. Buoin: « sacrificium, praesterim
Page 172
View in PDF(opens in a new window)bration des Pythies n'allait pas sans un magnifique sacrifice à
Apollon. Cela est d'ailleurs attesté par un fragment de Pindare : nevraernpis éoprà Bovroumos (1). La xoury du même sacrifice à Apollon est mentionnée pour l'année 394 dans la Vie
d'Agésilas de Plutarque (2). Xénophon (3) parle des grands
préparatifs que le tyran Jason de Phères fit faire aux villes de
Thessalie pour les Pythies
de 370 : le nombre des bœufs destinés au sacrifice s’élevait à mille, celui des autres victimes à
dix mille au moins.
Enfin, la #usix des Pythies figure encore
dans une inscription de Delphes du commencement du 11° siècle
avant notre ère (4). Mais ce n’est pas de ce sacrifice à Apollon,
qui était habituel et réglementaire, qu'il s'agit dans notre
texte. La dust qui sera faite aux Pythies sur l'ordre exprès
d'Alexandre, s'adresse à
Dionysos, sans quoi il n’en serait
pas parlé dans un péan en l'honneur de ce dernier. On
sera peut-être tenté de m'objecter que cela n’est pas dit
clairement dans le texte. Mais nous avons le droit de considerer le mot Baxyou comme placé ano xo:voù (5), de façon
publicum et solenne »; Ast, Lexic. Platon. s. v.: « sacrificium, etiaın dies festus
qui sacris celebratur (vern. Opferfest)»; Cf. Ael. Var. Hist., 111, 37 : éoprastixhv
bustav. Babr., CXXXII, 3 : Ovsin... éoptain (correction de Rutherford) ; Plat. Leg.
VII, p. 809, d : Ouaiar mai éoptal, Ion., p. 535, d : Ev buotais Kat gootats, Epin.
p- 985,e : &opras te... wai dusias. Ephipp. ap. Athen., XII, p. 538, a : év 'Ex6azwivors Où morfoas TO Arovóowy Buetar (sc. 6 ’AhéEavionc: ai mavtwy Saad, Ev tz
Balve, nmzpagacuzsbévtwy... Ps. Aristot., De mir, ausc., p. 842, a, 18 sqq. : eodv Arov9TOU..., EVO THE Booths xxi TFS Ousixs obers. Parthen., XIII, 3 : twos éopgrre mai
Qusias Tag’ 'Aoveiorn teAouudvng. Dans une inscription d'Oropos du ıv® siècle (IG,
VIL, 235; Syll3., 1004, ll. 27 et 34), la même fête annuelle du sanctuaire d’Amphiaraos est appelée une fois 7 dusin et une autre fois 4, éop7t%,. Cf. Xen. Hell., IV,
5,1; Arr. Anab., I, 11,1; IG, 1,5, 614, b, 30: Thuc., VIE, 73,2 : ... goptts codons
(gtuye yap adtois tautyy trv Tpipav bueia ovaj; la conjecture de Hude : taëtn Tú
fpépa est mauvaise.
(4) Pind. frg. 14 Puech, 193 Schröder.
(2) Plut. Ages., 19.
7
(3) Xen. Hell., VI, 4, 29.
(4) BCH, XVIII, 1894, p. 84, 7; Syll3., 648, B, 5 sq.: peta toy yuuvexoy TH Buota.
(5) Même genre d’haplologie dans Hérodote, I, 129 : Hépcag 62 SevAous Edvtas TÔ
rpiv Mrduw (i. e. MAöwv, MY,öwv) vov yeyovévas Oeonóras. 1, 137 : wire TOVv dAAwy [lepséov pnôéve (i.e. prdéva unôévx) Tüv Éwurob olxetéwy ini wih alrin avixertov Talos
godev, J'ai signalé plus haut un cas tout semblable au vers ill.
BCH, LI (1927).
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View in PDF(opens in a new window)à entendre : 6 mate Safe
Baxyou
Baxyou (1) Ausiav zeuyer.
Vs. 134 sq. Xopov... xuxilav Zurarkov est une énallage pour
yop@v xuxklov Apıddav, un concours (2) de chœurs cycliques,
c'est-à-dire dithyrambiques (3). Les jeux pythiques se composaient de concours gymniques et hippiques, et, en second lieu,
de concours de musique, très anciens eux aussi. Il y avait
notamment un concours de citharodie. Alexandre fait ajouter
au programme le dithyrambe, genre artistique comparable en
quelque mesure à l’opéra des temps modernes, et qui avait la
vogue à son époque (4). Le dithvrambe s'était chanté, à l’origine, au banquet qui suivait le sacrifice à Dionysos (3). C'est
dire qu’il avait un caractère dionysiaque très marqué (6), qui
ne s’atténua que peu à peu dans la suite, à mesure que la coutume prévalut de mettre les poésies dithyrambiques au programme de toutes les grandes fétes.
Pour représenter le dithyrambe, tel qu’il était du temps
d'Alexandre, il fallait avoir un théâtre. Or, Delphes n'en possédait probablement pas, avant cette époque; car il n’y avait
pas eu de jeux scéniques aux Pythies jusque-la. L’ordre donné
par Alexandre a dû obliger les Amphictyons de faire élever un
théâtre. C'est sans doute celui que l’on voit encore aujourd’hui
près du temple et dans l'enceinte même du téménos d’Apollon.
La scène actuelle est évidemment due à un remaniement pos-
{1} Pour le génitif, on rapprochera Eur. Hel., 1333 : dewv Guoixt, Syll.3, 1107,
AA sq. : tav Buster tod Arc, 559, 31 sq. : was Bustag Ts 'Aptéurdos tig Azuxovpurvas,
Liddell et Scott, Greek-English Lex.’, p. 688 : « either Busia 900 or Oucia Bew was
used ».
(2) Le mot usité dans les pays non ioniens était &ywv. Dans Platon, äpt).Aa se
lit dans le sens de concours de chant dans un seul passage (Leg., VII, p. 834,
e: Saar Ev Éootats Æuihkat zopwv avayzalaı ylyveodar). Cf. Schol. Aristoph. Nub.,
314 : of Atovuctaxo! dyöves Ev ols af Audi tüv yopay. Eur. Iph. Taur., 1143 sqq. :
yopous 8 iatalny... Es aplrrag yaoituv,
(3) Cf. l’article Cyclicus chorus dans le Dict. des Antig.
(4) Cf. Christ-Schmid, Gesch. der griech. Lité®., 1, p. 254.
(5) Cf. Crusius dans Pauly-Wissowa, Real-Encycl., V, p. 1206 sq.
(6) Cf. Plut. Mor., p. 389 : prtoGdav yap, Alayúhos onal, nperer Öcbvpagbov Gpaptety
guyawpov Atevucw.
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View in PDF(opens in a new window)térieur; mais la construction de la cavea peut parfaitement
remonter à l'époque d’Alexandre.
|
Vs. 134 sq. : ro[Aiv]. Je ne doute aucunement de l'exactitude de la copie, bien que je ne distingue pas les caractères TO
sur l’estampage. Mais la restitution de Weil n’est guère satisfaisante. Aux Dionysies attiques, les chœurs cycliques étaient
au nombre de dix (1). Si l'on voulait rivaliser avec Athènes, il
fallait donc en effet s’assurer le concours de nombreux chœurs
cycliques. Une petite ville comme Delphes pouvait en fournir
tout au plus quelques-uns elle-même. Pour la plupart, les
chœurs participant à la fête devaient forcément venir d’ailleurs. On pouvait espérer qu'il en viendrait beaucoup attirés
par la splendeur des jeux. Mais le roi n’a pu prescrire expressément que les concurrents fussent nombreux. Je n'accepte
donc pas la leçon zoùA{wv), et je proposerais la restitution suivante :
„ogv +’ éro[é][xwy] xuxAiav dura.
"Erc!xos se rencontre dans Eschyle dans le sens de voisin :
OROTO! T’ ETOLKOV dyväs
"Actas Eöog venovrar (2).
Les chœurs des éxoract (3), des habitants des villes ou des villages (4) du pays d’alentour, si Je comprends bien, seront invités à venir prendre part au concours. Ce sont eux qu'on y
attend d’abord : pour les communautés situées loin de Delphes,
les frais de déplacement auraient pu devenir exorbitants. Une
autre manière d'agir ett été d'abandonner dès le commencement toute la nouvelle partie du programme des fêtes aux technites dionysiaques, comme étant les mieux qualifiés pour l’exé{4} Cf. Reisch, De musicis Graecorum certaminibus, thèse de l'Univ. de Vienne,
1885, p. 27; Brinck, Diss. Philol. Hal., VII, 1886, p. 86.
(2) Aesch. Prom., 411. Cf, ériywotos, BCH, XLVIII, 1924, p. 136 sq.
(3) Cf. Soph. Oed. Col., 506 : fot’ Exorxos, Ös opúger.
(4) Les auditions musicales des chœurs dionysiaques xarı xwu2¢ sont mentionnées dans Platon, De republ.. V, p. 415, d.
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View in PDF(opens in a new window)cuter dignement. C'est ce qu’on a fait dans la suite, au risque
d’enlever au concours ce qu’il a pu avoir au début de spontané
et de populaire.
Le sacrifice à Dionysos institué en 335 et les concours dithyrambiques qui s’y ajoutaient ne semblent pas avoir été abolis,
lorsque la domination macédonienne eut pris fin. Un texte épigraphique (1), fortement mutilé, il est vrai, tend à prouver
qu’ils s'étaient perpétués jusqu'à la fin du mr siècle. Je veux
parler d’un décret amphictyonique fait aux Pythies (1. 5 : MuGtous),
qui commençait par ces mots : önws Av 7, Gusia +6 Atovúso (1. 14).
Immédiatement après, il y était question du xowdy Toy reyvırav
zv eis Iohuov [xa Neuéav] (1. 12 sq.). Il s’agissait donc, dans
ce texte, non d’une simple offrande, mais d'un sacrifice solennel
suivi de représentations scéniques.
Vs. 137 : seuyetv. A limitation d'Homère, presque tous les
poètes grecs se sont servis du verbe reöyew. Malgré cela, l’emploi de ce mot, tant par rapport à Justav que par rapport à
duthdayv, paraît ici assez recherché. On disait communément
Quctav avery; Sophocle, cependant, a dit une fois : modubúvoug
revyetv spayäs (2). Je ne connais pas d'autre exemple de &urtA)av
ou dyöva zeuyeıv pour ayöva Tifévar ou rier.
Vs. 137 sq. : aroveyylélo{
jv 6° aoyolüsaıs] tsov. Selon Weil,
ces mots signifieraient littéralement: « quand les jours règnent
aussi longtemps que les nuits ». Ce serait une périphrase de
tonuepta, à l'équinoxe. Une telle interprétation est à rejeter
pour plusieurs raisons (3). ‘Aùtopevyús,
mot qu'on rencontre
seulement ici (4), est à coup sûr un adjectif. Pour la forme, on
rapprochera l'adjectif gousopeyyús (5), qui s'applique lui aussi
(1) CIG, 1689; SGDI, 2532.
(2) Soph. Trach., 756.
(3) Elle a été acceptée récemment par Powell, Coll. Alex., p. 169.
(4) L’association des mots #Alou véyyos est, en revanche, très fréquente dans
les poètes classiques. Cf. Bacchyl., V, 161 sq. : dekiou.. wéyyoc. Soph. Trach.,
605 : péyyos fhiou. Ané., 808 sq. ; Eur. El., 729; Hipp., 850 : oéyyos dektou. Hec.,
250; Aristoph., FCG, Il, p. 1019, EX : yaïpe, pévyoc f‚Aiou. Apoll. Rhod., Ul, 1229
Sq. : péyyos hehiou.
(5) Aesch. Agam., 288; Orphic. frg. 236 Kern, 4.
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View in PDF(opens in a new window)à l'éclat de la lumière du
soleil, xxhAtweyv#s,
444
épithète
de
l'Aurore (A), et du Soleil (2) et Aresozeyyas (3). Il est juste de
reconnaître que, dans la langue populaire, où puisent les poètes,
certains noms substantifs sont parfois remplacés par une épithète. Ainsi, dans Hésiode, le limacon est appelé #epéo:xos (4),
‘le poulpe &vöszeos (5), la lionne äzpryos (6); ailleurs, la brebis
et la chèvre sont nommées 60974 (7), ce qu’on écorche, et le porc
edstoy (8), ce qu'on flambe. Ce sont là vraisemblablement des
termes inventés pour éviter le mot propre, dont l’usage était
supposé pouvoir porter malheur (9). Eschyle lui-même a dit
une fois agtavros pour B&rasca (10). Malgré cela, il paraît presque
impossible qu'un poète de l’époque d'Alexandre ait risqué aAvogeyvas pour ápépa.
Autre difficulté : régner, en français, se
prend dans le sens de durer; mais il n’en va .pas de même en
grec pour &p'yetv. "Isov, enfin, pour donner un sens compréhensible, devrait avoir nécessairement un complément (tov vais
vuët).
La restitution de Weil est donc insoutenable. H. Diels (11) en
à proposé une autre, qui a été acceptée par Diehl et par de
Falco, mais que je ne crois guère meilleure. A Athènes, les
neuf archontes juraient de consacrer aux dieux une statuette
d'or, s’ils transgressaient la loi (12). D’après Platon (13) et Plutarque (14), ces offrandes étaient placées dans le sanctuaire de
(1) Eur. Hipp., 455 : h xadkAweyyis … “Eus. Cf. Apoll. Rhod., IV, 981 : "Has àptyerns péyyos Sake vissopévorst.
(2, Eur. Troad., 860 : & xakAweyyès TAtow aëhas. Frg. 781, 13 : © warhuperyds
"HAL: (v. |. yousopeyyës).
‘
(3; Hymn. Orph., Ill, 3; V, 5; Nonn. Dion., 1, 465; XXXIII, 371.
(4, Hes. Op., 511.
(3) Ibid., 524.
(6) Hes. frg. 96, 91. Cf. W. Morel, Hermes, LXI, 1926, p. 231 sq.
(7) Syll3., 57, 31.
(8) /bid., 1037,5.
(9) Cf. Meillet, Linguisé. hist. et linguist. gen., p. 281 sqq.
(10) Aesch. Pers, 578 : avasöwv naldwyv TA Autävrou. Cf. Ja note de Mazon.
(41) Berl. Sitz. Ber., 1906, p. 461.
(12) Aristot., 'Abrv. moa., VII, 1.
‘13; Plat. Phaedr., p. 225, d: ypusts einova.
(14) Plut. Sol., 25 : avépidvea ypucotv.
Page 177
View in PDF(opens in a new window)Delphes. C'est sur ces témoignages que Diels s’est fondé pour
écrire: &hroveyy[é]o[t]y ©’ apyölvrwv] tov... &yadkpa « une
figure
pareille aux images des archontes, brillantes comme le soleil ».
La construction : dyakja toov ahtoweyyéorv (ayóùpas:) est dure,
et le lecteur est censé comprendre de lui-même que c’est aux
archontes d'Athènes que le terme &5y0vrwv a trait. Mais l’objection principale est celle-ci. Il s’agit, dit-on, d'un dya\pa doré
de Bacchus. En ce cas, l’auteur, en homme de bon sens, est
tenu de dire, en termes poétiques, je veux bien, mais cependant clairs, que la figure du dieu doit être d'or. Ii ne peut se
permettre la bizarrerie de dire seulement qu’elle doit être du
même genre que les ex-voto des archontes. Et la comparaison
serait d’autant plus extraordinaire que l'image de Bacchus qui
devait être placée, un jour de grande fête, dans un char attelé
de lions, était à coup sûr colossale, tandis que les statuettes
offertes par bes magistrats attiques n'ont pu être bien grandes,
sans quoi la fortune des délinquants n'y aurait pas suffi. Et, du
reste, est-il bien raisonnable d’admettre qu’à Delphes subsistaient encore, à cette époque, des exempiaires de ces statuettes ?
Je veux bien croire, sur la foi de Platon et d'Aristote, qu'il en
ait réellement existé un jour ; mais nous savons que pendant
la guerre sacrée, les objets de métal
précieux du
sanctuaire
ont servi aux Phocidiens pour en battre monnaie. Il est donc
assez probable qu’en 335 le téménos d’Apollon ne renfermait
plus un seul spécimen des eixöves d’or des archontes athéniens.
Pour pouvoir arriverà une solution meilleure, il importe
d’abord de vérifier si les cinq caractères AAPXO, qui se trouvent placés à la fin de la ligne 87 du texte, ont été lus avec certitude. La copie de M. Bourguet indique que le troisième et
le quatrième caractère n'étaient visibles qu’en partie. L'estampage ne me donne que la première et la dernière lettre : A...O.
M. A. Salaë, qui a eu la bonté de revoir le passage en question
sur la pierre, le copie comme ceci : A...O. M. Salaë m écrit :
« Il faut lire A, au lieu de
A; les trois lettres entre A et O n'ont
laissé que des
traces incertaines ; © à la fin seul est presque
sûr ». Ceci nous prouve une fois de plus combien la lecture des
Page 178
View in PDF(opens in a new window)syllabes en fin de lignes est difficile dans notre texte. Il semble
‚impossible, en quelques endroits, de distinguer avec certitude
un À d'un A. La dernière syllabe de a:oveyy{[é[o[t]y doit être
longue dans le vers ; elle ne peut donc avoir été suivie par
une voyelle.
Je ne sais si nous pouvons retrouver le mot manquant avec
une entiére certitude. Mais je suis persuadé que nous obtenons
le sens requis en écrivant:
anovery(é|a[tjy
rYi
a’ alvr]oliars] (A) teov 2600
dyahpa Báxgol u],
‘
«une image de Bacchus semblable à l’orient empourpré ».
Si c'est bien cela qu’a écrit Philodamos, il s'est peut-être
souvenu du vers 791 du Prométhée d’Eschyle :
mods dvrokds pAoyanas nAtosTubets.
x
?
A
-
~
en
~
Pour justifier ma manière de voir, je vais montrer d’abord
que les poètes grecs de toutes les époques se sont plu à
comparer l'éclat d’objets d'un brillant incomparable à la clarté
du soleil, et que c'est là une sorte de lieu commun poétique.
Je ferai voir ensuite plus loin que l’expression employée est
de mise ici, parce que le Dionysos dont parle le poète, est le
Bacchus thrace et orphique, qui est un dieu de lumière dont
l'image doit resplendir de mille feux.
Homère appelle les chevaux de Rhésos atvos axciverow dotxotec
neiloro (2). Le œäpos de Pénélope est jeri evartyxov 78
sednvy (3). Le visage d'un dieu est àytiAtov, c’est à dire, radieux
(1) Dans Pseudo-Callisthène (ed. C. Muller, p. 27, ad 1, 26), Alexandre le Grand
porte un vêtement dont la ceuleur brillante égale celle du soleil levant : "AX¢ZavSpas avatéAAwy Erdt,rx Ty T,uwiespevos. Le texte est corrompu, mais le sens n'en
est pas moins clair. HH faudrait à peu près : duxtéAAov(t: Guoiav) esbita, si du
moins nous pouvons admettre qu'on a dit parfois avatéAnwy pour avatéAAwy fA:0s,
comme en latin oriens pour sol oriens (Verg. Georg., 1, 250; Aen., V, 7139;
Ov. Fast., 1, 653).
(2; Hom. /l., X, 547. Hs sont d'une blancheur éclatante (cf. ibid., 437: Aeuwórtego:
(3) Hom. Od.. XXIV, 148.
Page 179
View in PDF(opens in a new window)comme le soleil (4). Dans Aristophane, Peisétairos, devenu
roi des oiseaux et du monde, se montre au public dans un
costume éblouissant :
004" hou enhauyes axtivwy séhac
zoroûrov EEhapber (2).
Dans les Argonautigues d’Orphée, les cheveux de Circé sont
comparés aux rayons du soleil :
and xpatos Yap Éberpor
Tuocais axtivesouy ahbyxtot Hwanvro (3)
v
LS
wu.
sy
.
‘i
en
v
.
Même comparaison ailleurs pour les âmes des morts (A), la
face du Christ (5), les yeux d’Alcibiade, qui est comme une
incarnation de
Dionysos : opfadpot
6’ aptäot Bohas
pappapuvats äœutAkwmévas (6). Attis, brille,
comme les rayons solaires (8).
|
selon
vals HALOU
Julien (7),
La comparaison d'objets etde personnes avec l'aurore et le
soleil levant se rencontre dans Homère, dans Euripide et dans
Théocrite. L'armure d’Achille est
elxeros av y
7 mupos œifomévou (9) 7 Zentou Avıöveos (10).
(A) Eur. Ion., 1550. Cf. avrideos, avridéwv.
(2) Aristoph. Av., 1741 sq.
(3) Orph. Argon., 1219 sq.
(4) Plut., De facie lunae, XXVIII, 10 : autive tay div Eoıxular.
(5) Nov. Test., Ev. Matth., XVII, 2 : &Aagwev vò rpdgwmov we 6 FAtog, và 8 tudtia
autod eyévero Acuxd we To ws. Apoc., 1, 16: 7, Gris adroö Ws6 Frog Ev tH Suvdper
aûroö. Cf. Norden, Die Geburt des Kindes, p. 106.
(6) Liban. Declam., XH, 27 (ed. Förster, vol. V, p. 549).
(7) Julian. Or., V, p. 165, c: tats hAtauaïs autiow époepel. Cf. Rhet. Graec. ed.
Walz, 1, p. 639, 20 sq. (description d'un baptistere) : éaistov olov aroatiAfoyta wai
wats hirauals axtiaw épiïovta. Graillot, Le Culte de
Cybèle, p. 540.
(8) Ailleurs, l'éclat de l'objet brillant est assimilé à celui de la lune ou des
étoiles (Hom. /1., V, 5 5 V1, 401; XIX, 374; 381; Od., XV, 108 ; Hymn. Hom. in
Apoli., 441 ; in Ven., 89 sq.; Hes. frg. 142; Aristoph. Av., 1709 sq. ; Mus., 57:
ola ve Asuxondono; éravréhhousa sehfvr. Hor. Carm., 11, 5, 18 sqq.).
(9) Cf. Hymn. Hom. in Ven., 86:
TETAGY Bev yap Eeoto paetvóvepov muoùdc abyhs.
(10) Hom. Il., XXII, 134 sq.
Page 180
View in PDF(opens in a new window)Polynice apparait portant une armure dorée :
EMots Gora pleyedwov Bodats adtou (1).
RY
»
as
AI
Ws avréhotoa xaAdov
Ga
La beauté d'Hélène évoque l’image du lever de l'aurore :
be xa à youcéa ‘EAéva cuapaiver’ ev duty (2).
4
a,
.
OLEDAVE TOOTWTOY...
LA
Méme rapprochement dans Nonnos, à propos de la nuque
de Béroé :
Mehoc
etxeros
Bodats 6’ avripponos "Ho;
ihéxtow
auaotoserar avyrv
adv (3(3).
nAextow Besóne
Begons auapusserat
A Rome, le vétement de l’archigallus était de couleur
aurore (4).
L’adjectif ‘cos s'emploie communément dans les comparaisons de ce genre. Il suffit d'en citer quelques exemples :
isos “Evuakio (5), whoyt isos (6), Beëv iso coladpots vdo (7),
23005 tsov ovoave (8), Movy kain odor’. ioov (9), sos mupt (10), aoréor
tor, (11), Sayuds... toa (12).
Or, comment, et en quelle matière a pu être faite une telle
image de Bacchus, resplendissant comme les feux du levant ?
Etait-ce & proprement parler une statue, j’entends une vraie
statue due au ciseau d'un sculpteur ? Je ne le crois pas. Cette
image de Bacchus a dû être une idole éphémére somptueusement habillée, tout comme celle qu’on conduisait par les rues
d’Athénes dans le currus navalis (13), ou comme l’äyarpa Arovu(1) Eur. Phoen., 16%.
(2) Theocr., XVIII, 26; 28.
Cf. Eur. EZ. 130 : heuxdv te nodgwrov dots.
(3) Nonn. Dion., XLII, 422 sq.
"
(4) Varro, Menipp. frg. 121 : aurorat ostrinum hic indutus supparum.
(5) Hom. Il., XXII, 132,
(6) fbid., XIII, 39.
(T) Aesch. Pers., 150.
(8) Aesch. frg. 214 Dindorf.
(9) Eratosth. in schol. ad Nic. Ther., 412.
(10) Timoth. Pers., 22.
(41) Call. Aymn., IV, 38 ; cf. Apoll. Rhod., 1, 774.
(12) Theocr., 11, 110.
(13) Cf. G. van Hoorn, Rev. arch., XXV, 1927, p. 113.
Page 181
View in PDF(opens in a new window)sou qui figura dans la célèbre procession arrangée à Alexandrie
par Ptolémée Philadelphe (4). C'est parla splendeur de son
vêtement rouge qu'elle était comparable à l’aurore, à |” Has
xooxonencAgs de l'épopée (2).
Il est permis de penser qu’en faisant représenter Dionysos
de la sorte, Alexandre a causé une surprise mélée d’amertume
aux Grecs accourus de toute part aux fêtes pythiques. La crocote, il est vrai, était précisément le vétement que la croyance
populaire attribuait à Dionysos (3). Mais les artistes grecs
avaient commencé à renoncer, dès l'époque des guerres médiques, à la prédilection qu’ils avaient eue jusque là pour
les couleurs bigarrées et le luxe oriental. Le cinquième siècle
encore avait connu, dans le demi-jour des sanctuaires, les
pompeuses statues chryséléphantines. Mais depuis, la mode
et le goût avaient changé : cent ans après Phidias, l'apparence
radicuse de lidole au manteau aurore, traînée sur un véhicule
outrageusement luxueux, n'a pu qu’offenser gravement les
Hellènes, accoutumés désormais au charme de l'art discret
et languissant de Praxitèle. Comparée aux statues de Dionysos de leur temps (4), Vidole de Bacchus dressée avec
ostentation aux yeux des pèlerins d’Apollon a dû leur paraître
(1) Callixenus ap. Athen., V, p. 198, c : cent quatre-vingts hommes traînaient
un char, Er! 62 vaúrns Entv dyakpa Atovicou Sexdnnyu... yitava Toppupoüv Ey ov
Scırebov xai Er’ adtod xpoxuwtdv Stagavi,, mepteSe6Anto SL tudrıiov roppuooDv ypvaonotathov. Cf. Dict. des antiq., s. v. acrolithus, vol. I, fig. 67; 1G, IV, 358
(Mnemos., XLEX, 1921, p. 114), 13 sq.: [Öörtuc xaracxev)wOA AyarApa Atoviscon tH
guvóôot äxp[ó]AtBov, ypuadetmov, Étire[ôov] ; Abel, Orphica, p. 276 (épigr. de Proklos).
(2) En disant xpoxéxerdoc, Humère a songé apparemment au rouge de feu de
l'aurore. Il
ya deux variétés de safrans, la rouge et la jaune; et il ya des
fleurs dans lesquelles le rouge se méle au jaune. La substance colorante que
Fon tire du safran est toujours jaune; mais le poète qui a imaginé l'épithète
xpoxörer‘o; a dû penser à la couleur de la fleur même (cf. f0608%xtvA0¢).
(3) Cf. Cratin. Dionysalex., Meineke, FCG, Il, p. 37; Aristoph. Ran., 46. Pour
la couleur de la crocote, voir Aristoph. Ecci., 329 : muppdv.
(4) Je pense au Dionysos du monument de Lysicrate (334), que Farnell (Cults
of the Greek States, V, pl. LIL, p. 273) caractérise en ces termes: « We gather the
impression of an epicurean god, indifferent and secure and already touched
with languor ».
Page 182
View in PDF(opens in a new window)déplaisante, outrée, extravagante, en un mot, barbare (1). Ce
n'était pas là, à leursens, le Dionysos national, c'était celui
des Macédoniens, devenus les maîtres de Delphes et de
l’'Hellade.
|
Le sentiment était juste. Une véritable emprise macédonienne commençait à s'exercer sur le culte de Delphes. Nous
savions déjà, d'une façon générale, par les plaintes de l’orateur
Hypéride (2), que, sous la domination macédonienne, les
anciens dieux de la Grèce étaient parfois privés des honneurs
que la tradition leur accordait. Nous apercevons maintenant,
plus en détail, comment la religion macédonienne est venue
réclamer sa place, impérieusement, dans le centre le plus vénérable de l'antiquité hellénique. Le culte de Dionysos, concu
d’après les croyances orphiques,- vient empiéter sur le culte
d’A pollon. Le dieu qu'Alexandre veut que l'on salue et chante
au printemps (3) alors que, d'après les traditions delphiques
(qui furent plus tard rétablies), l'hiver seul lui appartenait, le
dieu dont il va jusqu’à greffer le culte sur la fête estivale des
Pythies (1), est le Bacchus thraco-macédonien. Son manteau
(1) Tels hommes, tels dieux. Paris est décrit dans Euripide (Iph.
en ces termes :
avôrpès pèv eiuäTuv STOM
ypusó Te Aaurpôc, Bapôdpw y ALTRUAT:.
Taur., 13 sq.)
Cf. Plut. Mor., p.65, d = (’AXéEavôoov) naraaroiılöpevov vat avanhkattéuevey ús
daha Baphapındv.
‘
(2) Hyper. “Ex:tdép105, 21 : Buciag iv avOpumars yiyvouévas Epoodv, aydApata 352
wat Bwwots xat vaoùs vols puäv Beoïc Zpecdtic, tots 68 Zußawrois ÉriueAGS cuvrerodpeve.
22 : vk pèv mpd Beoüg Bora Sa thy MaxcOdvwy TÓhpav avijontat. 43: tobe vats ttpate
tay Bev xatahvepevats BonbAeavras.
(3) Cf. vs. 3 sq. L’arrivee printanière de Dionysos répond d'ailleurs à la
croyance généralement acceptée. Cf. Aristoph. Nub., 344: tpt © emepyopsven
Boopla yapız. Plut. De Is. et Osir., LXIX, p. 378, e: Dovyes G2 rdv Bedv oldpevor
Zerpovos naBeúder, Oépous 52 gypryoorvar, ToT? piv watevvaspous, tots Ô' avaydocets
Baxyevovres at teaotar. Aristid. 1, p. 373 Dindorf: toes box Tewty, Arovuctors.
Himer. Or., HI, 5: Avéot... maivovrar tH Oe@... enerdav adtois zap Evelun... à
FA105. XIII, 7: tov
Arévusov...
Toos ot. to mobrov ExAdupaveos... romeal...
Tlapvacoö suonéhous xai Achoiôa nétpazy Aysusı.
Dieterich,
Eine
Er!
Mithrasliturgie,
p. 127; Wilamowitz, Pindaros. p. 81, 2.
(4) Cf. Farnell, Op. l., V, p. 200: «It is a significant
record or hint of any summer festival of Dionysos ».
fact that
we have no
Page 183
View in PDF(opens in a new window)couleur de feu le caractérise comme le dieu solaire, ce que
Dionysos n’était pas pour le commun des Grecs (1), mais ce
qu'il était certainement pour les tribus au Nord de l'Olympe
et pour les Orphiques.
Les poèmes orphiques admettent partout l'identité de
Dionysos et d'Hélios. C'est là un fait tellement connu (2) qu'il
serait superflu d'en apporter la preuve ici. Les vers orphiques
cités par Macrobe :
|
C7
HAtos, Bv Atévucoy eénixAnTtv xakéougtv,
.
a
r
kJ
ros
a,
et:
eig Zeus, ets 'Atòns, els "Hiros, els Ardvuses
suffiraient seuls à le démontrer (3). Il est bien vrai que la
. plupart des écrits orphiques qui contiennent [affirmation de
l'identité de Dionysos et d'Hélios sont d'époque assez basse.
Mais cela ne veut pas dire que la doctrine qu’ils contiennent
soit forcément récente. Il est parfois possible, pour peu qu'on
procède avec discernement, de se servir des sources orphiques,
même les moins anciennes, pour retrouver les croyances des
siècles antérieurs (4). Je crois cependant pouvoir répondre d’une
façon plus positive à l'objection que je prévois. Le dogme en
question se trouve énoncé clairement dans des vers attribués
à Eumolpos et à Orphée dans un passage du premier livre de
Diodore de Sicile (5). Or, ce passage a été emprunté par son
(1) Les Rhodiens, au premier siècle de notre ère, identifiaient
Hélios et Dionysos (Dio Chrysost., XXXI, 11, ; mais cela ne prouve rien pour le 1ive siècle
avant J.-C. Les Eléens faisaient de même (EE. M.,s. v. Atévucos:... mapa yao
"Hiciot, 6 adrès TH "Hip vopifetat); mais rien ne démontre, du moins pour le
moment, qu'une telle croyance ait été bien ancienne en Elide.
(2) Cf. Lobeck, Aglaoph., p. 498 sq.; Jensen,
dans Pauly-Wissowa, Real-
Encycl., VIII, p. 76.
(3) Macrob. Saturn., 1,18; Kern, Orphic. frg., p. 248 sqq.
(4) De la même facon, il ne serait pas impossible de reconstituer, s’il le fallait,
une partie des croyances des chrétiens primitifs à l'aide de textes liturgiques du
moyen-âge et des temps modernes.
.
45; Diod , 1,44, 3 (Kern, Op. L., p. 250) : tev Si map’ "EXans: rahatüv puboAdyey
rivès Atdvugoy rposovouifoust wai Zeiprov (c'est à dire “H:ov) mapwvúgws. dv EüunoArtas
tv ev toig Bauytuoïs Ernest pna: *
Aotpowat, Arövuaov Ev axtivesst TUPUTÔY,
Page 184
View in PDF(opens in a new window)auteur à Hécalée d’Abdöre (1), qui fut contemporain de Ptolémée I. Les vers cités sont par conséquent au plus tard du
ive siècle ; ils sont même probablement plus anciens. Je remarquerai en outre à ce propos qu’une des tablettes d’or de
Thurii (2), qui date du 1v° ou dum’ siècle, contient deux invocations à Helios : navénsa Zed... "Hare, Möp. — Zed "Ode xo
avona “At. H. Diels a publié une étude approfondie sur cette
tablette (3); à mon étonnement, il explique la place qu’y
occupe Helios par le fait que le coucher du soleil serait pour
les mystes le signal de rompre le jeûne (4). Les appels adressés
à Hélios dans ces vers sacrés prouvent simplement que les
Orphiques adoraient le Soleil, qu’ils identifiaient avec Zeus et
avec le Feu (5).
La même identification de Dionysos avec le Soleil se rencontre chez les Thraces (6). Elle ne leur est pas venue du
"Oppeds 62°
TODVERS tv Kahdoug: DÉVNTA Te xai Ardvucov.
Les mots tév "Oc:o:, qu'une partie des manuscrits de Diodore, et Eusébe (Praep.
Ev., 1,9, 27 d)intercalent après pubohóvus tivés, faussent le sens du passage;
car les textes cités par l'auteur à l'appui de sa thèse n'ont trait qu'à Dionysos et
a Hélios, sans qu'il y soit question d’Osiris.
(4) Cf. Schwartz, dans Pauly-Wissowa, Real-Encycl., V‚p. 672.
(2) Kern, Op. ¢., p. 11Tsq., n° 47.
13) Diels, Orphischer Demeterhymnus, Festschr. für Gomperz, p. 1 sag.
(4) Diels, /bid., p. T sq.; Vorsokr., 112, p. 481, 18; Il’, p. 178, 1.
(5) Cf. Davis, The Asialic Dionysos, p. 191.
(6) Eschyle, dans les Baosäox:, faisait d'Orphée un adorateur d’Helios qui
refusait de rendre un culte à Dionysos. Cela prouve du moins qu’Eschyle
connaissait le culte du Soleil en Thrace. Cf. Soph. frg. 582 Pearson
:
|
"He, prAinmois Oonti npéabtstov seta; (ou sébas).
Macrob. Saturn., 1, 18, 11 (d'après Alexandre Polyhistor) : in Thracia eundem
haberi Solem atque Liberum accipinius, quem illi Sebadium nuncupantes :
magnifica religione celebrant; Perdrizet, Cultes et mythes du Pangée, p. 59 sq.
(Farnell, Cults of the Greek States, V, p. 99 sq. s'est montré trop sceptique).
Arch. epigr. Mitth., X, 1886, p. 241 (inscription mutilée de Yéni-Nikup):
ôelas peysans
0. Ati ‘His veya[Aw]
w Eebasiw ay[iw]...
Quant au prétendu temple d'Hélios que Pearson (The Fragm. of Soph., 11,
p. 227) place dans la Chersonése de Thrace, il est permis d'affirmer qu'il n’a
Page 185
View in PDF(opens in a new window)dehors avec le culte de Dionysos lui-même; car Dionysos, s’il
y a quelque vérité dans les idées concernant son origine que
j'ai exposées naguère (1), n’a pas été primitivement un dieu
solaire. Ce sont les Thraces eux-mêmes qui ont assimilé
Dionysos, lorsqu'ils ont appris à le connaître, à leur dieu
national, le Soleil (2). Dans l'orphisme grec, cette identification
est un élément thrace.
|
Il existe un fragment d’un poème orphique qui présente les
analogies les plus frappantes avec le texte du péan delphique
tel que j'ai essayé de le reconstituer et de l'expliquer. On lit
dans les Saturnalia de Macrobe : Orpheus Liberum atque Solem
unum esse deum eundemque demonstrans de ornatu vestituque
etus in Sacris Liberalibus ita scribit :
zauza ze TaVTA Te herv teo%, (3) OXEVT, TUAATAVTA
sopa Geov, pipnpa neptxAdtou re toto :
~
ad
r
LA
>
r
nowra Liv OUY shoytars evakhtyarov axtiveraty
~
LS
.
he
én iov potvixeov TAL ELKEAOV aupibardabat... (4)
« Orphée, là où il montre que Dionysos et Hélios sont un
seul et même dieu, écrit ceci dans les Baxyıxa& à propos de son
jamais existé. La pierre sur laquelle on a fondé cette hypothèse (C/G, add. 2016, d)
est la pierre tombale dune femme morte assassinée; l'invocation à Hélios et le
symbole des mains levées vers le ciel qui y figurent, en sont des signes certains.
Cf. Cumont, Il sole vindice dei delitti ed il simbolo delle mani alzate (Atti Pont.
Accad. Rom. di Archeol., Ser. Ill, Memorie, vol. I, 1, 1923, p. 65-80). La triade
Helios, Séléné, Gé avait un culte en Macédoine du temps d’Hannibal (Polyb.,
VII, 9, 2). Alexandre a sacrifié à cette même triade lors d’une éclipse lunaire
en 331 (Arr. Anab., Il, 7, 6). Le même Alexandre a offert un sacrifice à Hélios
après la bataille de l'Hydaspe (Diod., XVII, 89, 3; Q. Curt, IX, 4, 1).
(1) Mededeel. Kon. Akad. Amsterdam, Afd. Letterk., 51, A, 1924, p. 19 sqq.
(2) L'importance du culte du Soleil chez les vieilles populations balkaniques a
été mise en lumière par G. H. Macurdy; cf. Class. Rev., XXVI, 1912, p. 250;
XXX, 1916, p. 182; Class. Quart., IX, 1915, p. 70: Max. Tyr., XXXIIL: Maloves
sé6over piv "Hhtov, dyahua SE ‘HAlou [Tarovindy Sianos Bpayüs Ürèp gaxpoö Eúhou.
(3) Les manuscrits portent ep: ou trepa. On corrige teg ou For.
(4) Macrob. Saturn. 1, 18, 22; Kern,
Op.
L., p. 250, frg.
238.
Le
fragment
compte 15 vers; ceux que je cite ci-dessus sont les quatre premiers. Il est dit
dans la suite qu'il faut revêtir l'äyaXpa d'une ceinture d'or, à la pointe du jour,
quand la mer seinble faire comme une ceinture au disque &mergeant des flots.
Page 186
View in PDF(opens in a new window)vêtement. On doit accomplir tout ceci, après avoir revêtu le
corps du dieu d’un habillement sacré imitant le soleil dans sa
gloire. Il faut donc d'abord le couvrir d'un manteau d’un
rouge ardent (1), semblable aux dards de flamme (du soleil)... »
Macrobe a emprunté ce passage tout entier, semble-t-il, à
Cornelius Labeo, auteur du m° siècle de notre ère. Le poème
orphique qu'il appelle Sacra Liberalia n'est autre que les
Baxytxá nommés par Suidas parmi les écrits d’Orphée. On les
attribuait, d'après le même lexicographe, à Nikias d’Elee,
auteur qui n’est pas connu par ailleurs. Nous ignorons la
composition et la date de l'ouvrage ; et il n’est pas certain,
quoi qu'en pense QO. Kern (2), que les autres fragments
orphiques cités par Macrobe appartiennent au même poème.
Hérodote a fait allusion à un ouvrage appelé Baxyıza (3) ; rien
ne prouve cependant que ce soit le mème. Le fragment cité
plus haut est écrit dans le vieux style épique ; mais celui-ci
était facile à imiter. L'emploi du moyen aue.dadssher au vs. 4
indique peut-être que le poème ne remonte pas au delà de
l’époque hellénistique.
Seulement, quelle que soit la date de la composition des
Baxyuxá, la règle que contient le passage cité par Macrobe est
manifestement ancienne. C'est donc conformément aux vieux
préceptes orphiques, qui nous sont conservés dans les Baxyıxa,
que l'image de Dionysos qu Alexandre ordonne d'élever à
Delphes, est habillée en dieu solaire, d'une robe rappelant
par sa couleur les feux de l’aurore (4).
(4) Cf. Wunderlich, Die Bedeut. der roten Farbe, Rel. Gesch. Versuche, XX, 1,
p. 96 sqq.
(2) Kern, Op. l., p. 249.
(3) Herod., II, 84.
(4) Gesner disait à bon droit des vers de Macrobe cités ci-dessus : « hic habitus
debet symbolum esse Solis orientis, et praecedentis eum aurorae » (G. Hermann,
Orphica, p. 466). — Osiris, considéré du temps de Plutarque comme un dieu
solaire, portait un vêtement semblable ; cf. Plut., De Is. et Osir., p. 312 : dumeyovy
62 pAoyneiöet otéAhougtv autod tae sindvas, KAtov CHa ts tayx0d Suvapews ws dpatov
ovsias vontis Tyovpevor. Ibid., p. 382: % 8' ‘Oclordog (stohr) oùx Eye.
ROUMAMOV, GAAK Ev draoûy Td owToetdës.
surdv odâë
Page 187
View in PDF(opens in a new window)Vs. 138 : a6oov ayahua Bax/o[u] est probablement une énallage pour 46900 &yakux Baxyou. Dionysos est appelé 46p0:/itwv(1)
et &6poxéuns (2) dans Nonnos, et je ne sais si la répartie du dieu
dans les Bacchantes (3) :
aGootnt eury Aéyers,
?
que Fon rend généralement à peu près par : « oh délices » !
ne signifie pas plutôt : « tu fais allusion à cette mienne délicatesse » (4). Les poètes latins, à partir de Tibulle et d’Ovide,
accordent à Bacchus l'épithète tener (5), ce qui doit être une
traduction de &6pös, parce que les auteurs grecs ne lui ont
donné aucune autre épithète que l’on pût traduire de la sorte.
Le dieu qui est nommé habituellement 46506 dans les poèmes
orphiques, est Eros (6), que l’on assimilait à Pávns (7) et à
Dionysos (8). En poésie classique, l'épithète a6pds n'est pas
appliquée à Éros. Elle se lit dans les sources orphiques, comme
je le disais, dans quelques épigrammes assez tardives (9) et
dans les Anacreontea (10). D’autres dieux, particulièrement
chéris par les Orphiques, tels Adonis (11), “law (12), Koóvos (13),
Osiris (14), et Apollon lui-même (45) ont été surnommés 4696;
occasionnellement.
(4) Nonn. Dion., XIX, 249; XLIII, 444.
(2) Ibid., XVI, 172. Cf. Hymn. in Bacch. (Abel, Orphica, p. 284), 2 : 26poxdyyy.
(3) Eur. Bacch., 968.
(4) Les substantifs féminins dérivés d'un adjectif et se terminant en -trs expriment la qualité. — Cf. Soph. El., 397: ovx épodbs tpúnoug Afyeız, « tu parles d'un
naturel qui n'est pas le mien ».
(5) Cf. Carter, Epilh. deor. quae ap. poet. lat. leguntur, p. 62,
(6) Kern, Op. L., frg. 14, 83, 170.
(7) Procl. in Plat. Tim., 31, a : © hävns... Ovoudberar wal XBoug "Epws.
(8) Hymn. Orph., Lil, 10; Gruppe, Griech. Myth., p. 854, 6.
{9) Anth. Pal., IX, 325, 4; XI}, 78, 3 (Meleagr.) : tov 460òv Eenbon.
(10) Anacreontea, 62, 1.
Cf.
Meleager,
Anth. Pal., 458, 2 : 46conéô:hos "Eows.
Nonn. Dion., XXV, 160 : z6poyitwv... "Epws.
(11) Sapph. frg. 62,1; Bion., 1, 79; Procl. Hymn. in Sol., 26; Nonn. Dion., VI,
365.
(42) Macrob. Saturn., 1, 18, 20.
(43) Luc. Saturn., 9.
(44) Eus. Praep. Ev., V,7 (oracle de Didymes).
(15) Nonn. Dion., IV, 95.
Page 188
View in PDF(opens in a new window)Vs. 139. La copie du BCH porte : ENEI!. P en fin de ligne.
Le second g doit être dû à une faute de lecture. Le métre exige
a cet endroit une consonne; car la syllabe ev doit étre longue
dans le vers. Le réviseur a mis en note : « aujourd hui on ne
lit plus que BAK..-EN./.. « Le trait oblique est en contradiction
avec la première copie; je ne le vois pas sur l’estampage. La
restitution &v Geuyet de Weil satisfait pleinement aux exigences
du sens et du métre (4).
[Zevyer| ... Xéoyzwv, un char attelé d'une paire de lions. On
disait couramment, de la même façon : inmnwy Leüvos (2), dopo.
innwy (3), eheodvtwy koga (4), Zoua hedvtwy (5) etc. (6). Le char
de lions de Dionysos se rencontre dans l’art figuré et dans la
poésie grecque, depuis le vi° siècle avant notre ère (7). C'est le
véhicule que Dionysos a emprunté (8), en méme temps que
son costume (9), à Cybèle.
Vs. 139 sq. : youcéwh Acévrwv. Les lions qui étaient attachés
au char de Cybèle aux jours de fête étaient eux aussi parfois
plaqués de métal précieux (10).
(4) Pour l'emploi de la préposition év, cf. Call. Epigr. incert., XI, 10 : Xppacw
Ev Xapitwv wopnbeic.
(2) Andoc., IV, § 26; Isocr., XVI, § 25, p. 351, c ; Sydl3., 1055, 62. Cf. Nic. frg.
90 : Ccdyeoty ... Gohwv.
(3) Herod., VIE, 40; Syils., 4169, 114 : konz Cevdtavta tov Gedy txnwy.
-Catast., XIII :
&ppa Seútavra inrwv (c'est
sans doute
Ps. Erat.,
faute de connaître cette
locution que Schaubach et Olivieri ont barré inrwy); Dio Cass., LXVIII, 46.
(4) Dio Cass., LXXIV, 4.
(5) Hymn. Orph., XXVII, 3 : tayvépépov Eppa Aeóvrwv. Nonn. Dion., IX, 193:
Eppa Acdvrwv.
(6) Nonn. Dion., VIN, 229 : Enoyrpevos Zopat: xuxvwv, XXIV, 84; XI, 345 : éncyhSopa. Sppati vebpav.
(7) Cf. Roscher, Lex. der Myth., 1, p. 1095; Fouilles de Deiphes, IV, pl. XII;
Pind. Ox. Pap., XIN, 1949, p. 37, vs. 19 sq.; Annual B. S., XV, 1908-9, p. 320,
fig. 5; Reinach, Kép. des rel., Ill, p. 59, 3-4; Nonn. Dion., IX, 160 sq. et 182.
Cf. Furtwängler, Beschreib. der Vasens. im Antig., 11. p. 909, ne 3257 (Dionysos
sur un char attelé de panthéres).
(8) Cf. Nonn. Dion., IX, 191 sq.; Graillot, Le culte de Cybèle, p. 213.
(9) Cf. Apoll. Bibl, ILI, 33.
|
(19) Cf. Poet. lat. min. ed. Baehrens, III, p. 292 (poème de lan 394 de notre cre),
vs. 104 :
vidimus argento factos iuga ferre leones,
BCH, Li (1927).
Page 189
View in PDF(opens in a new window)Vs. 140 sq. : Sabew ... sw. L'épithète Sabeos s'attache très
fréquemment, dans les poètes, depuis Homère, aux noms de
villes, de montagnes, de fleuves etc. Un endroit est appelé
Caßeos, quand il est comme rempli d’un souffle divin. Les dieux
eux-mêmes ne portent pas cette épithète dans la poésie classique. Zafico; 0e6s fait l'effet d’une tautologie. C’est pourquoi on
s'est demandé (1) si notre texte ne porte pas plutôt : Cadeov ze
cevbar hen maénov ävcpov (2). J'avoue que le même soupçon m'est
venu, indépendamment des savants anglais qui s’y sont arrêtés.
Je ne distingue pas sur l’estampage la terminaison de l’adjectif en question. Mais je crois aujourd'hui la leçon de la copie
du BCH défendable. En étudiant l'emploi de l’épithète Cabeos,
j'ai constaté que celle-ci a fini tout au moins par être appliquée
à des personnes divines. Il est vrai que les rares exemples
d'un tel emploi ne se rencontrent que dans des textes d'époque
tardive (3). Les Hymnes Orphiques n’en contiennent encore pas
un seul. Dionysos lui-même est appelé Céfieos une seule fois
dans les Cynégétiques d’Oppien (4). On me fera peut-être
remarquer qu'il est dangereux de se servir de textes de basse
grécité pour expliquer le vocabulaire d’un auteur du 1v° siècle
avant notre ère. Seulement je connais au moins un texte de
Pindare qui est de nature à faire réfléchir ceux qui parleraient
de la sorte. C’est dans le péan en honneur des Abdéritains,
vs. 59 sqq. :
zot GUY nokëéuw xınsaylevor] /Hova nokvòwgov, 0Abov
Eynareinxav népav ’A[ Ow} Harövov
lignea cum traherent iuncti stridentia plaustra...
egregios proceres currum servare Cybellae...
Graillot, Op. L., p. 135 sq.
(1) Cf. H. Powell, Collectanea alexandrina, p. 171.
(2) Cf. Eur. Phoen., 232 : [20ed 7’ dvrpa ôpixovtos.
(3) Cf. Kaibel, Epigr., 4047, 2 : Cabéns “Istd05. Quint. Smyrn., V, 30 : Saber,
‘Agents. Hymn. in Apoll. (Abel, Orphica, p. 285), 7 (Anóhhwva) Lddeov.
(4) Opp. Cyneg., IV, 232 : Gabgoto … Arovösou. Cf. Kern, Orphic. frg., 315:
.
dat’ Sv tenta:
Terp’ em! Labenv, 7, St, téexe prtépa Tivtwy.
Procl. : Égriv 68 tetpae 7 Atovucran?, Gedty..
Page 190
View in PDF(opens in a new window)aty matav [Aaoùs Ehdsavre
|¢
Laféas
=
= zoowou
“Pp ry
>
« par la guerre, ils avaient acquis une terre riche de dons; ils
y établirent leur prospérité, aprés avoir chassé de cette contrée,
leur nourrice divine, jusqu’au delà de l’Athos, les bandes des
Péoniens valeureux » (4). En appelant la terre des Abdéritains
leur zpopós, Pindare la personnitie; cela ne l’empéche pas de
dire : Caféas toowou.
Vs. 141.@e6 meérov (2) équivaut à deonsenes (3), decorum deo(4).
“Avtoov. On racontait que l'enfant Dionysos avait grandi
dans une grotte (5). Sur le coffre votif des Kypsélides, le dieu
adulte était représenté couché dans une caverne (6). Une grotte
devant laquelle une Ménade donne le sein à une jeune panthère, se voit figurée sur un camée antique (7). Une inscription
récemment découverte à Frascati mentionne parmi les desservants des mystères dionysiaques des aides appelés avroovuhanes (8). Je n'ai pas à m’étendre ici sur la signification que la
grotte a eue à l’origine dans le culte de Dionysos et d’autres
divinités (9). L'important, c'est que nous savons que, dans les
(1) Traduction de M. Aimé Puech.
(2) Cf. Eur. Iph. Aul., 133 : ws 6 vupsiots rpéret. Herc., 548 : udopos BE naidwv
Tis ODE veptépous mpérwv; Plat. Phaedr., p. 278, d : Bew povw moéne:v. Syll3., 660
(inscription de Delphes de l'an 160 avant notre ère), 4 : ToÉTOVT TOT! te Tov Hedy
wai tay TdAW auav, Ibid., 103, 7; Thuc., Il, 34 : ixawov tév rpérovra. Critias ap.
Sext. Emp., Adv. math., IX, 54, vs. 38 sq. :
Haks TE TH ACYW LATULLGEY
av Gaivov’ altos Kav TPÉTOVTL yuolw.
Plat. Tim., p. 17, b: Eeviodevrag off Tv npénov Eevlors. Kern., Op. L., frg. 52: detée
Se Tavta gupxtos 0882 moémovea TÚTOv.
(3) Cf. Pind. Nem., X, 2.
(4) Cf. Cic., De leg., 11,845 : color autem albus praecipue decorus deo est.
(5) Hymn. Hom., XXVI, 5 sq.; Diod., HI, 69; Paus., Il, 24, 4; Philostr. Imag.,
1, 13; Porph., De antro nympharum, 20.
(6) Paus., V, 19, 6: Atdvusoc Bà Ev dvtpw xataxeluevos, yévera Eywv...
(7) Cf. Furtwängler, Ant. Gemmen, LXV, 46; cf. Meded. Kon. Akad. Amsterdam,
Afd. Letterk., 51, A, 1924, p. 26.
(8) Cf. Gnomon, III, 1927, p. 250.
(9) Cf. Farnell, Cults of the Greek States, V, p. 132; Eisler, Wellenmantel,
p. 616 sqq.; Toutain, Les cavernes sacrées dans lantiq. grecque, Ann. du Mus.
Page 191
View in PDF(opens in a new window)grandes occasions, on construisait parfois, en l'honneur de
Bacchus, des grottes artificielles, ombragées de pampres et de
lierre. Ptolémée Philadelphe et Marc-Antoine se sont conformés
à cette coutume (4). C’est une grotte temporaire de ce genre
qu Alexandre a ordonné aux Delphiens d'aménager. Cela n'avait
peut-être rien d'extraordinaire pour eux, si ce n’est que c'était
aux jeux pythiques qu’ils allaient être tenus de l’élever. L'usage,
une fois établi, a pu se perpétuer. Nous retrouvons du moins
dans Macrobe la mention des speluncae Bacchicae à Delphes (2).
STROPHE XII.
"AALS déyecte Baxy[euw-
145
zalv Aufólvuolov,
ev 3’ ayur]ars ua coy [yoocrs
|e x[1INtoxere) xisofn:/Jairans :
E]doï & td Baxy’ & à [Mardy].
Nacay [“EA]\a0" av’ òf Abia|
La leçon de ce commencement de strophea pu être légèrement corrigée et complétée par Weil, à l’aide d'un nouveau
fragment (3), dans la seconde édition du texte.
Vs. 144 sq. : Baxyfetdra)v. Dionysos est appelé Baxyesıwras
dans un fragment lyrique (4), et dans Sophocle (5). Mais on a
établi depuis que la pierre a porté : Baxy[tajocav. Cette appellation de Dionysos n'est pas connue par ailleurs, sous cette
Guimet, XXXIX, 1912, p. 137 sqq.; Saint-Yves, Les grottes dans les cultes magicoreligieux, Carcopino, La basilique pythagoricienne, p. 211-216.
(1) Callixenus ap. Athen., V, p. 200, e : ës° 7 (sc. tetpaxdxdou) dvtpov Tv Babd
xaB' ömepbokhv xtooû wal udn... Id., IV, p. 148, b: isvopei 6: (Ewxpárns ô 'Póöcos)
zal adtév tov 'Avtusviow Ev 'AOfvars ner: tadta Giærpidavra meplontov nip tO béatpov
AATATKEVATAVTA TY solav fhwpä Tetvxacpévsy Chn, Waneo Eni rav Baxyindv Avrpwv
yiverar, tavténs TÚUTAva nal vebpldas al navrodank GAA 20uppata Arovuataxà EEaprhoavra peta tov pihwv EE gwhivod xataxAtvopevoy uebiouecdar.
(2) Macrob., Saturn, 1, 18, 3.
(3) Cf. BCH, XXI, 1897, p. 512 sq.
(4) Cf. Himer. Or., XIII, 7.
(5) Soph. Oed. Col., 678.
Page 192
View in PDF(opens in a new window)DIONYSOS
457
forme exacte; mais on trouve les épithètes Baxyeutas (1), ou
Baxyeurns (2), et Baxysuzwo (3).
Vs. 149 : 0[%6:av]. D'après le réviseur, on lit : 6[X6:;jau. L’orthographe oAGiau ne serait possible que devant +. Je crois pouvoir assurer, d’après l'estampage, que la pierre porte 6[X6!]av
yav. La lecon :
masa "E[I]ARS’ av’ o[AGilav (4)
150
yay
rappelle celle du vers 32 et suivant :
[vos EvA’] Saray ‘EXA%OOS
yas (5)...
Après ya», on lit : ....:te. Il y faut probablement reconnaître
un impératif en -eise faisant suite aux impératifs Géyeoûe et
xwkroxete de la première partie de la strophe. Le poète invite
les suivants du dieu qui participeront à sa Joyeuse entrée, à le
chanter dûment et à répandre sa gloire à travers l'Hellade tout
entière (6). Comme nous l'avons dit plus haut, la date de la
fête printanière de Dionysos a dû être très rapprochée de celle
des Théoxénies (7). Cette nouvelle fête, en d’autres termes, a
été grell&e sur les Théoxénies, tout comme les nouveaux honneurs pour Dionysos ont élé entés sur les Pythies. Le poéte
était donc en droit de présumer qu'il y aurait à Delphes à ce
moment des représentants de tous les états grecs.
La suite du texte, à partir de TAZ et jusqu'à la fin de la
strophe, a été lue comme suit par le réviseur (8) :
(1) Phanodem. ap. Athen., XI, p. 465, a; Kern, Op. l., fre. 248, a, vs. 13.
(2} Antip. Sid , Anth. Pal., 290, 1; Hymn. Orph., XLVI, 6.
(3, CIG, 1, 38; Abel, Orphica, p. 284, vs. 3.
(4) Cf. vs. 113 : Enñädos GASias. Eur. Iph. Aul., 1381 : A6 ‘as 85 "EAAdöos.
15; Cf. Aesch. Pers., 186 sq. : “EXAaSa uAfow Aayotsx vatav. Soph. Phil., 236:
"EAAZö0; vis. Eur. Hec., 340 : Snip yrs "EXASGOS, Iph. Taur., 1386 : & yfis "ENASÔOS
valtar veus, etc. Eur. Hipp., 357 : “Banas (al) 2éZe..
Paus., I, 13, 3 (épigramme
du ine siècle avant notre ère), vs. 2 : afôe xaì "Erz: (YA) Souhosuvav Eropov.
(6) Le culte de Dionysos est apparemment te seul pour lequel l’oracle de Delphes
ait fait de la propagande; cf. Farnell, Culis, IV, p. vet p. 383.
(1) Cf. BCH, XLIX, 1925, p. 122.
(8) Cf. BCH, XXI, 1897, p. 543.
Page 193
View in PDF(opens in a new window)TOA.~.Y.. ZETEA-~-FAZ.. PEP Iz
98
99
AN......N...1Tv:.L...KYKAI
- NA. YFIEIAZ
J'omets ce qui reste du refrain final. L'examen de l’estampage
démontre qu’a la |. 97 il y aeu trois, et non deux, caracteres
entre Y et ZTEA. Cette première erreur en a entrainé une
seconde : à la 1. 99 les caractères E et | sont en réalité placés
à une distance normale l'un de l’autre.
Au commencement de la 1. 97, on distingue sans trop de
peine les mots : roA{uG]u[tou]s ze 'Alôá]vas. Une restitution intégrale de la fin de la strophe ne serait qu’un jeu d’erudition. Je
crois devoir me borner à soumettre à la critique des futurs
éditeurs du péan la restitution partielle que voici :
rasav “E[A]Aa0’ av’ of A6: ]av
450
var, fyocelis ela) rod! uGlul cou le =’ ‘Af
Aa lvac
pen.
HUA
[yors’, d&lvalE] vyretac.
Vs. 150 : [ywoe]i=’ ent]... Si cette restitution est bonne, du
moins pour le sens qu'elle donne, le poète a voulu animer la
foule accourue à Delphes à aller assister aux Dionysies attiques,
qui se célébraient du 9 au 13 Elaphébolion.
[oiublulreuls (1) =’ ’Aldalvas. Athènes, ville de fêtes et de
sacrifices. Le grand nombre des fêtes religieuses d'Athènes était
presque légendaire. Thucydide, déjà, fait dire à Périclès que
les Athéniens font des sacrifices toute l'année durant (2). Le
scholiaste renchérit encore sur cet éloge en affirmant qu’il n’y
a qu'un jour dans le calendrier auquel les Athéniens ne sacrifient point (3). Au 11° siècle, les choses n'avaient pas changé,
témoin cette assertion d’un personnage d’un dialogue pseudo(1) Cf. Eur. Iph. Aul., 185 : noXóBurov discos ‘Aotéutûne.
(2) Thuc., 11,38, 4 : Quotas Brerroiors vonfinures.
(3) Av hou Tou Erous Ovovew of ‘Arvato: nad’ Exdstey, TAY urg huépas. Cf. Ps.
Xen.,'AB, mod., II, 2 : oSsrivac moörov piv Set Eoprisat nori: Goxs odiepia toy
“EdAnviduy Tókewv. 111,8 : vous: pèv Zootäs E:mAacious Fo of XXAOù.
Page 194
View in PDF(opens in a new window)platonicien : wAsiotas ... Quotas mai xankistas Tv “Edt voor
dyopey (1).
|
‚La transposition de ze, qui est placé après nokuvbuvous, tout
en ayant la fonction de rattacher ywsetz: au verbe précédent.
n’est pas inadmissible dans une pièce de poésie lyrique (2).
La mention d'Athènes parmi les villes que doit gagner la
contagion de l'enthousiasme religieux, nous rappelle l’oracle
de Delphes cité par Démosthènes, en 347, dans son discours
contre Midias. Dans ce texte, déjà cité par Weil à propos de sa
belle restitution [2vusjais (3) au vers 145 et suiv., Apollon
ordonne aux Athéniens de célébrer une de ces grandes fêtes
populaires (önporern tepa), qui avaient lieu, non dans l’enceinte
de quelque sanctuaire, mais dans les rues mêmes des villes (4),
Vs. 152 : xuxkt... Le poète parlait, je pense, du concours de
chœurs cycliques qui avait lieu à Athènes le premier jour des
Dionysies.
_
;
V. 153. La restitution [&]va[§| dyreias est due à Weil. Elle est
probable, bien que Dionysos ne soit appelé ainsi nulle part
ailleurs. On s'est servi en Grèce de tous temps d’appellations
de divinités de même nature, quoiqu'il faille avouer que
celles-ci ne deviennent fréquentes que chez les poètes d'époque
tardive (5). Voici du reste deux passages d’Athénée que lon
(1) Ps. Plat. Alcib., 11, p. 148, e.
(2) Cf. Eur. fph. Taur., 987 sq. :
Bert, Tie Govt, Darpovuy ÈTÉSEGE,
ch Tayriieıoy oméoua Gia ndvuy T° Éyer.
BCH, XLIX, 1925, p. 129, 2.
(3) Cf. Soph. Ant., 1136.
(4) Demosth., XXI, 52 :
ad8ö ‘EpeyBeiënom, Goo Ilavéiovos Zotu
vaiete wal matoiota: vdpots uved? Eupräg,
ueuvhsôa Baxyoto “ai eöpuyópous Kat dyvtis
istéva: woztwy Boouiw 7401 Auuiyx mävras
wal wuıräv Bwopote: kÉON FTESÄVOLS UAL ANTAG.
(5) Cf. Hymn, Hom. in Mercurium, 14 : nytrop' övelpos. Fra. lyr. ap. Plut.,
Mor., p. 1130, a (Diehl, Anth. Lyr., V, p. 161) : voxtüs ardväg aeoyrAcié 0° Unvou
xoieavas (sc. "Ardns); Eur. Fon., 1049: eivoôia Biyares Aduartoos, & Tüv vuxtindAwy
éedtwy dvacgers. Eur. Med., 426 : DotGoc, ayi,tws ueréwv. Call. Hymn., IV, 5
Page 195
View in PDF(opens in a new window)peut citer à l’appui de la restitution du savant helléniste : 7 &
Hubix etonxé test Aróvuoov ‘Yyrarnv xadety (II, p. 36, b); Mvaotfens
8’ 0 ’Afnyatos Atovuoov 'Taroóv ono why Mufiav yonsar tay "Añrvatots (1, p. 22, e). Ces textes prouvent qu’à Delphes, au moins
à partir de la première moitié du 1v° siècle (1), ce n'étaient pas
comme à Épidaure (2), et, depuis 420, à Athènes, Asklépios (3)
et Hygie qui passaient en premier lieu pour donner la santé
aux mortels. L'oracle de Delphes a propage le culte de Dionysos,
en tant que dieu guérisseur, même dans un grand centre tel
qu’Athénes, où la médecine avait à celte époque d'autres divinités tutélaires. Au commencement du rv° siècle (4), les poètes
Ariphron et Likymnios avaient écrit, en l’honneur d’Asklépios, l'un un péan célèbre, l’autre un dithyrambe (5). Philodamos de Scarphée, en poète lettré, voire friand de littérature,
les a sans doute connus aussi bien, et mieux, que nous. Mais
il en est venu à les contredire en quelque sorte, ayant adopté,
pour sa part, la tradition de Delphes que la voix de l’oracle
répandail au dehors. Dans l'hymne à Dionysos qui lui fut commandé, il s'est cru obligé de rappeler, au moins d'un mot à la
fin, le titre du dieu à la gratitude des hommes, en sa qualité de
dispensateur de la santé.
Ainsi, dans sa dernière strophe, l'auteur s’est adressé d’abord
Doïéov, dotôdwy pedéovta.
Leon. (Anth.
Pal.,
VI,
10, 2) :
IIaAAds, anetpotéxou
Georôr: zapbevirs. Luc. Trag., 138 sq. : tis thy avientdy pe Gesrôtt, nóvuv oùx olde
Toöfyoav; Buresch,
Klaros, p.
106 : Ziva ve mayvevétry, tapiny Cwaonta Tvorfs.
Hymn. mag. Abel, II, 2, 7 : abröc val poarts pode avdwe uoÂrts + dydktup.
Nonn. Dion., XXI, 14 : “Apec, &vaë rnohëuo:o, XX VI. 284 : YAwosns Tyepovi,a, cops
iBúvropa pwvis (sc. "Eoufv), XXVII, 253 : vofosüvrs sxrxrodye (sc. “AToAAov),
XXX, 66 : w nätep, Epyonóvoro nupinvoz xoipave téyvrs (sc. “Hoaistoy); Kaibel,
Epigr., 421, 8 : (Xprotèv) &vauta Cots.
(1; Le médecin Mnésithéos est cité par le poéte comique Alexis (Athen., X,
p- 419, c), qui a écrit vers le milieu du rv® siècle.
{2j Cf. Isyll. Paean in Aescul. (Diehl, Anth. Lyr., VI, p. 284 sq.; Powell, Coll.
Alex., p. 134) : 'Aoxhantòv ... Bwrtip’ Syielas … yato’, ‘Aocxharté..,
(3) La procession annuelle en l'honneur d'Asklépios avait lieu à Athènes le 8 du
mois Elaphébolion. C'est dire qu'elle coïncidait à peu de chose prés avec les
Théoxénies et avec la nouvelle fête printanière de Dionysos à Delphes.
(4) Cf. Wilamowitz, Griech. Verskunst, p. 495.
(5) Cf. Diehl, Anth. Lyr., V, p. 130 sqq.
Page 196
View in PDF(opens in a new window)LE PÉAN
aux suivants de Dionysos (vs. 144 : deyeofe, 146 sq. : x[xñoxeve!, 150 : [Ywpe]ise), pour finir, comme il avait commencé,
par une invocation à Dionysos. Il ne me semble pas trop
téméraire de restituer, en conséquence, & la dernière ligne :
~
oo?
LA
[yarp’,
alva[é] vyretac.
.
Les hymnes homériques se lerminent presque tous, ceux de
Callimaque sans une seule exception, par de semblables invocations finales (1). La formule ato’, äval y est très communément employée (2).
ADDITIONS ET CORRECTIONS
Vs. 27 sq. M. Roussel a constaté sur la pierre que la restitution o[éA]zs que j'avais proposée est impossible, puisque la
première lettre est décidément un A. Je crois maintenant que
Philodamos avait écrit :
[aatpoplais SE -verot TOA}
2
load
Pi
à
NS
®
N
i
Awy 6[é0]as,
« en agitant de la main la nébride étoilée » (3). De méme, dans
l'épopée et ailleurs, les dieux agitent l'égide, qui est une peau
de bête tout comme la nébride. L'expression rarreıy déoas correspond à la locution ertoeierv, ou Avaseicıy, atvyica, qui se lit
dans l'Iliade (4) et dans Hésiode (5); et il paraît même assez
certain que l’épithète «atyioyos a désigné, à l'origine, celui qui
agite, et non celui qui £ent, l'égide. L’addition de ‘gero à ndihwy
ne doit pas étonner, puisqu'on lit dans l’{liade :
(4) Cf. BCH, XLVIII, 1924, p. 158.
(2) Cf. Hymn. Hom., XV. 9; XVI, 5: XIX, 48; XXI, 5: XXVI, 11 ; Aristoph.
Av., 868 ; Simiae frg. 17 (Powell, Coll. Alex., p. 614); Call. Hymn., U. 113.
13) Cf. Nonn. Dion., XIV, 133 sq. : éAdguy dvriooonow Zotowy … Yıravı.
(4) Hom. Il, IV, 167: XV, 230.
(5) Hes. Scut., 344. Cf. Nonn. Dion., VI, 117 : KooviSns Öóhtos véos aiylda seiwv,
XXVII, 291 : aiylöa 6’ aif0osovoa. 301 : aiylda ceio vivace.
Page 197
View in PDF(opens in a new window)’
ard Tu Y
Ld
ev LENDBETTE
“1p?
726
>
ad
ALY Loa
A
Gusavectoay,
Thv par éntoseiwy ooGéery 1,pwas 'Ayasous (1).
La solution à laquelle je me rallie avait du reste déjà été en visagée par Weil. Elle a été adoptée par J. U. Powell.
BCH, XLVIII, 1924, p. 146. C'est par erreur que j'ai cité
Verg., Ecl., VI, 48.
Ibid., p. 170 et suiv. Un fragment d’une élégie d'un poète
hellénistique publié en 1893 par Mahaffy (2) et réédité en 1924
par E. Diehl (3), contient, si je ne me trompe, un nouvel exemple de l'emploi du terme stvaeris dans le sens d'épopte ennéatérique (vs. 6). Le terme Ge-/errs se rencontre quelques vers
plus bas (vs. 12). Il s’agit, dans ce fragment, malheureusement
mutilé, du mariage projeté d'une jeune fille, et des cérémonies
religieuses auxquelles elle avait été précédemment initiée. Je
m’abstiens d’en parler plus longuement, parce qu'on m’annonce
que le fragment sera prochainement republié par H. J. M. Milne
dans son Catalogue of Literary Papyri.
Ibid., p. 178. Au vs. 35, il faut mettre une virgule, et non un
point après [xAster oJe. La proposition qui suit dépend toujours
de £vôz (vs. 32), du moins au point de vue du sens. L'auteur
veut dire que c'est à Éleusis que Dionysos a ouvert un refuge
aux âmes angoissées.
Ibid., p. 184. Il s’agit dans le chap. xxn du traité De sera
numinis vindicta de Plutarque, non des demeures définitives
des bienheureux, mais de l'endroit où séjournent les âmes
destinées à être réincarnées. Cf. Méautis, Recherches sur le
Pythagorisme, p. 170, 2.
Ibid., p. 193. Lire au haut de la page: « Les ‘Okvuri de
Dion furent célébrés avec une grande pompe par Philippe, en
(1) Hom. Il., XV, 229 sq.; cf. XI, 3 sq. :
Zeb à "Epiôx mooiahhe bods Ei Tac Aja
Apyahény, twoAguoto tépas peta yeoaiv Eyoucay.
TloAgpoto tépas, c'est encore l'égide, que Nonnos appelle xuGepvitetpay
(Dion., XXVII, 291).
(2) Flinders Petrie Pap., 11, n° 49, a.
(3) Diehl, Anth., Lyr., VI, p. 238.
"Evuotc
Page 198
View in PDF(opens in a new window)348, après la prise d'Olynthe, par Philippe et Alexandre, en
338, après la bataille de Chéronée etc. »,
BCH, XLIX, 1925, p. 105 sq. M. Roussel m’a communiqué
une nouvelle copie du fragment de la VII* strophe. La voici :
ı
ızE
AZ
EYOI QI
OZ
MA K A I
1 AE O!IM
PS
ZOPONN
EF
lbid., p. 114 et suiv. Dans la IX° strophe, les observations
que je dois à l'amitié de M. Roussel (BCH, L, 1926, p. 263)
permettent d'améliorer sensiblement la lecon des vers 107 et
suiv. Elles sont du reste de nature à remettre sur le tapis la
question de savoir s’il s'agit dans cette strophe de l'introduction
du culte du dieu Mên à Delphes. La pierre a porté sûrement :
ols
Elxa6òhos
MHNIKE
XATATYT.
Il ne manque donc plus que la terminaison du substantif
txéras, qui était placé en fin de ligne. Malgré cela, le sens du
passage n'apparaît pas nettement dès l’abord. Pour ma part du
moins, j'ai hésité fortement sur le parti à prendre. Voici le
raisonnement auquel je me suis arrêté. ‘Exa6620< ne pouvant
être un adjectif se rapportant à pv ou à Msv, il faut y voir une
désignation d'Apollon lui-même (1). Si nous écrivons :
ols 'E]xa602.05
Je
er
1
r
Ty’ Wél vac) xataoyy,.
nous obtenons le sens : « pour qu’Apollon retienne ses suppliants pendant un mois » (2). Ce serait de Vexcellent grec,
mais le sens serait loin d’être satisfaisant; car le mot txéta¢
n’est pas le terme approprié pour désigner ceux qui viennent
assister aux fétes apolloniennes, et, en second lieu, les fétes
(1; Cf. Pauly-Wissowa, Real-Encycl,, VIL, p. 2800 sq.
(2) Cf. Herod., Vi, 128 : xatéyuv èviaurdv, « les retenant toute une année ».
Page 199
View in PDF(opens in a new window)delphiques ne duraient pas un mois. Les jeux olympiques
avaient une durée de sept jours, et on estime également à six
ou sept journées celle des concours pythiques, en y comprenant les cérémonies religieuses qui les encadraient; or, il n’y
avait pas de plus grandes fêtes en Hellade. Je crois par conséquent plus juste de restituer le passage comme suit:
als 'E]xabóhos
May’ ixé[ vas] zardeyn,
« pour qu’Apollon garde Men pour ses suppliants », en d’autres termes, pour que le culte de Mén provisoirement et inofficiellement introduit à Delphes y demeure définitivement fixé.
lôid., p. 124, 2. Cf. Eur. lon., 78:
GoW yap exbatvovta Aoëtou yóvov
Li
=e
Tove .
Comme la leçon 4ujcjtav est certaine, il faut accepter que les
mots Suvoyv Bustav forment un asyndeton.
[bid., p. 127, 2. Cf. Aesch. Ayam., 101, avec la note de
M. von Wilamowitz.
p. 129. La leçon de la copie du Bulletin TA - - HMOIZ
Ibid.,
apparaît désormais inattaquable. Devons-nous par conséquent
revenir à la restitution de Weil: zal vö}%uots? (1) Je ne le pense
pas; car ce serait imputer au poète une faute de dialecte qu'il
n’a pu commettre. Il est vrai que le dialecte de Delphes a subi
dès le 1v° siècle l’influence de la xo.v74, encore que le premier
texte delphique dans lequel on rencontre la forme önpos soit
de la fin du 15° (2). Mais Philodamos, en poète lettré qu'il est,
n'écrit pas dans la langue des décrits amphictyoniques. A tout
prendre, il serait même peut-être plus rationnel d'admettre,
dans ce texte poétique, une erreur du lapicide qu'une aussi
grave faute de dialecte. Mais nous ne sommes pas réduits à
avoir recours à un expédient de cette sorte. Je crois qu il faut
lire ra[lpp|npors pour mauurvors, comme on lit Mnpéwrhos pour
(1) Cf. Pind. Paean., VI, 62 sq. : Beta: yap ayAads Unip [MavehAdôoc.
(2) SGDI, 2645, Syll3., 548. Cf. Rusch, Gramm. der delph. Inschr., p. 46.
Page 200
View in PDF(opens in a new window)Mnvéothos dans une inscription attique du ur° siècle avant notre
ère (1). C'est simplement un cas d’assimilation progressive
d'une consonne (2).
BCH, L, 1926, p. 284, 4. Cf. le Mithraeum de Diebourg (3).
Ibid., p. 298. Cf. Simon., frg. 4, 8 sq. :
LOTS
wévav „ehourwe
évaby te
xdéoq> (4) .
vS PET
WE ANSE ET]
5 x00u0v
po
v
an
Je fais suivre, pour terminer cette étude, le texte du péan
tel que j'ai taché de létablir et de le restituer :
I
[Gede’, ava Altfuoaube Baxy’,
e[Ute, taupe, xioco
| yal
za, Bodus’, notvalis (ov|
ng
€
~
hd
hid
[zaioò'] teoors Ev wpats '
D
(evor, & 'lóBaxy’, © te Masa)
[6], On bars mor’ Ev eviats
Zn|vi| yetvar[o] xx kirats Buva ravres ©’ [aha]varoı [-y Jéseu-
Gav, ? Tavtes> 68 Boorot
[doe]
vv
Le
v
we
10
(sais, & Blayyre, yevvars.
& Mardy, tt swrio,
EUPPOY TRYÔE TOALY phase
La
1
Lee
r
°
Evaiwve ov 0460,
,
II
45
’
a
Edd
[&]v tose Bayyiate per
I0|v peyarovuuds| ze Kadpou Mivuüiy ze xéAn(os Ev-|
[Soja [ze XAALXLOTOS
+
(evoì, @ “Id6axy’, © 18 Mardy),
(1) Defir. tab. Att., ed. Wuensch, 64, 9.
(2) Cf. Meisterhans-Schwyzer, Gramm. der att. Inschr:., p. 85; BrugmannThumb, Griech. Gramm., p. 156, § 123, 2, b.
(3) Gnomon, 1926, p. 687; Cumont, Journ. des Savants, mars 1927, p. 122.
(4) Cf. Eur. frg. 219, 2.
Page 201
View in PDF(opens in a new window)Ay
+
VOLLGRAFF
N
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20
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