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View in PDF(opens in a new window)D'ART RG At TP
Jean-Pierre DAMBRICOURT
\ AR e
Le nombre d'or et la fin du pythagorisme musical
“Point d'ouvrages soit de la nature soit de l'art soit en physique soit
même en morale, qui ne soient susceptibles de ce terme, harmonie universelle, harmonie céleste, harmonie du corps, harmonie en peinture, en
architecture, harmonie de gouvernement, etc. Si l'on demande aux peintres
ce que c'est qu'accorder un tableau, on verra que c'est faire pour contenter l'oeil ce qu'on fait en musique pour contenter l'oreille pour parvenir
cependant à la justesse exacte, rigoureuse et sensible qu'on trouve dans la
musique, laquelle semble nous être donnée par la nature comme le type
sensible de ce qui doit être en proportions, c'est-à-dire de toute perfection." Aïnsi s'exprime Jean-Philippe Rameau dans ses Nouvelles réflexions
sur le principe sonore (1759).
Il est frappant de voir rassemblés dans ces deux phrases quelquesuns des caractères les plus fondamentaux de la pensée sur la musique en
Occident. Rameau est loin d'être un cas d'espèce. Il s'inscrit dans une
lignée de musiciens et musicographes qui, de Pythagore à Xenakis, ne
conçoivent de musique que spéculative, c'est-à-dire liée à la recherche
théorique et liée à l'oeil, au domaine visuel, conformément à l'étymologie du
mot. Musique spéculative autant que spéculaire, l'oeuvre tendant à constituer le reflet d'une réalité qui lui est extérieure. D'où la référence simultanée à un ordre de raison abstrait (le Nombre) et à un ordre de raison
naturel (la Nature ou le Cosmos).
L'emploi
musical
philosophique,
cette
du
nombre
d'or
(NO)
me
paraît
particulièrement
exemplaire du fonctionnement d'une telle pensée en ce qu'il suppose la
conjonction des spéculations mathématique, naturaliste (cosmologique) et
dernière
venant,
le
plus
souvent,
"couronner"
les
deux autres. Ce sont les tenants et aboutissants de la lignée de musiciens
évoqués à l'instant que je voudrais étudier: Pythagore d'une part, Barték
et Xenakis d'autre part.
Le NO aura en quelque sorte valeur de chiffre
pour déterminer ce qui, de leurs "philosophies" musicales, s'impose comme
une immense boucle maintenant entièrement parcourue.
Le primat de l'oeil
Il faut avoir présente à l'esprit la mutation intellectuelle capitale qui
s'effectue en Grèce, à l'époque de Pythagore. Elle consiste avant tout dans
le passage d'une pensée religieuse à une pensée rationnelle. En partant de
considérations d'ordre religieux et symbolique sur les nombres, les pythagoriciens donnent naissance à ce qui deviendra le rationalisme moderne; les
premiers, ils libèrent l'arithmétique du pragmatisme commercial et jettent
les bases d'une science démonstrative. C'est en étudiant les corps sonores
que Pythagore parvient à l'idée que les nombres sont à la racine de toutes
choses. En combinant les nombres, on peut obtenir les mêmes harmonies
musicales et les mêmes rapports géométriques dans des milieux différents.
il infère que l'harmonie du nombre est celle du cosmos.
Pythagore donne
un nom nouveau à cette science faite de mathématiques, de musique et de
réflexions cosmologiques: philosophie.
Page 2
View in PDF(opens in a new window)Toute pensée sur la musique cherchant à donner au phénomène musical un fondement scientifique de nature mathématique ou physique pourra
être dite pythagoricienne. Il ne s'agit pas de se méprendre sur le sens de
cette affirmation. Science, musique et philosophie ont spécifié relativement
tôt, après Pythagore, leurs domaines respectifs. L'idée d'une corresponcurseur permettant de modifier
la longueur de la corde
support comportant un
chevalet à chaque
extrémité
dance entre les lois du matériau sonore et les lois d'organisation de la
musique elle-même est une idée qu'Aristoxène déjà, au IVe siècle avant
J.-C., récuse partiellement dans son Traité d'harmonique. Il faut donc
bien distinguer le phénomène sonore, qui relève d'une science, l'acoustique, du phénomène musical qui est le résultat de détermination multiples
(y compris, parfois, acoustiques)(1) . Nous ne rangeons pas dans la
catégorie du pythagorisme musical les tentatives de formalisation des langages musicaux qui sont des entreprises effectuées la plupart du temps après
coup, à partir d'oeuvres musicales appartenant au passé. La formalisation
musicale se donne pour but la recherche des fondements proprement musicaux des oeuvres, et non arithmétiques ou naturels même si la méthode
L'intervalle produit par deux sons est
exprimé par le rapport des deux chiffres
employée est le plus souvent d'origine mathématique. Là aussi, il faut
distinguer entre une démarche musicologique
qui fait appel à des méthodes,
correspondants
ou plus simplement des cadres de pensée,
issus d'autres disciplines
(les
mathématiques, la physique, la biologie, la sociologie, la philosophie, etc.)
et une démarche qui vise à subordonner ces disciplines entre elles. La
démarche musicale ou musicologique pythagoricienne implique, fondamentalement, une hiérarchisation des pratiques et des savoirs, participant à une
vision du monde unifiée par un seul principe explicatif: le nombre, qui se
voit doté d'une essence naturelle. Le pythagorisme demeure une philosophie
du passage et de la transition: entre une pensée religieuse voire mythologique (Pythagore, dont l'existence n'est même pas prouvée, se disait fils
d'Apollon) et une pensée rationnelle, entre un point de vue substantialiste
et un point de vue fonctionnel. Il n'est pas sûr que la métaphysique
Aritoxène lui-même, qui critique pourtant les pythagoriciens, utilise des
métaphores spatiales pour qualifier la marche du chant: celle-ci est "droite" quand la ligne mélodique procède par mouvement ascendant, "rétrograde" dans le cas contraire et "circulaire" lorsqu'elle combine les deux
mouvements(3) . Mais surtout, la conception du "logos!" grec, signifiant à
la fois le fait de savoir compter et la faculté de connaître, semble redevable de cette hégémonie de l'oeil dans la pensée antique. Xenakis aime à
rappeler le sens étymologique du concept de "raison": la recherche de la
proportion(4) . D'où cette idée d'un calcul logique organisant et ordonnant
elle-même, en ses développements modernes, ne participe pas de cet état
la diversité des phénomènes à partir d'un principe fondateur unique. La
conception platonicienne de la genèse de l'univers, exprimée dans la "Timée" ne fait que reprendre cette idée à travers la place privilégiée qu'elle
éminemment
assigne à une figure géométrique,
instable
de
la
pensée,
oscillant
perpétuellement
(au
moins
jusqu'à Kant) entre une vocation scientifique et une vocation religieuse. Le
pythagorisme semble bien irriguer toute une formation culturelle dont nous
commençons à peine, au XXe siècle, à entrevoir la sortie.
Ce fondement exogène de la musique dans le pythagorisme musical
s'assortit d'un paradoxe (qui fut, du reste, fécond): le primat de l'oeil
sur l'oreille, son antériorité non chronologique mais protocolaire dans
l'élaboration des processus musicaux. La terminologie musicale grecque
montre clairement, en effet, l'assimilation des intervalles musicaux à des
segments visibles. Les pythagoriciens étudient les intervalles musicaux en
se référant à l'observation d'un monocorde dont ils font vibrer différentes
parties. Le canon musical pythagoricien, dont les Anciens (Théon de
Smyrne,
Gaudence...)
ont
laissé
des
descriptions,
permet
une
mesure
directe et chiffrée des intervalles musicaux(2) .
(2)
Quant à une définition précise de la musique, je me rangerais à
l'opinion de Luciano Berio: "La musique est tout ce que l'on écoute
avec l'intention d'écouter de la musique" (in: Entretiens avec Rossana
Dalmonte [Paris: Ed. JC Lattès, 1983] p. 21, in Fr).
Annie
BELIS:
Aristoxène
de
Tarente
et
Aristote:
le
raison qui,
chez Platon,
1986) p. 67.
doit nous mener à la contemplation des Idées. La
philosophie, dès sa "création" au moment du basculement intellectuel dont
Pythagore
est
l'un
des
acteurs,
érige
une
rationalité
visuelle
dont
les
effets se feront sentir jusque dans nos métaphores langagières les plus
courantes: ne dit-on pas que l'on va "tirer au clair" une question (ce sont
toutes les expressions relatives au thème de la lumière et de l'obscurité en
provenance probable du mythe de la caverne) et que l'on donne un "point
de vue"? Par contre, il s'agira toujours de "dissiper les malentendus." Il
dans ces conditions,
la musique s'entend mal,
qu'il est
difficile de la "rationaliser." A moins "d'entrevoir" un autre type de rationalité non plus uniquement visuelle mais également auditive. Par là même,
bien peu de philosophes s'intéressent à la musique sauf, précisément, les
\
\
|
Traité
d'harmonique, coll. "études et commentaires" 100 (Paris: Klincksieck,
rappedu Beau, proviennent d'un raison qui s'applique d'abord à des objets
mathématiques de nature visuelle. Même si les Anciens rappellent que le
géomètre peut raisonner juste sur des figures fausses, c'est cette même
est évident que,
(1)
le dodécaèdre régulier dont,
lons-le, les douze faces ne sont autres que des pentagones convexes.
Ordre et proportion, les deux mots-clés de toute conception traditionnelle
(3)
Annis BELIS, op. cit., p. 156.
Iannis XENAKIS: Musiques formelles (Paris: Stock, 1981) p. 164.
Page 3
View in PDF(opens in a new window)irrationalistes
esthétiques
XIX
siècle,
Shopenhauer,
de
celles
Kierkegaard ou Nietzsche.
Au XIXe siècle, ce qu'on appelle la "psychologie esthétique" travaille
cette idée de la
pourtant à donner une assise expérimentale rigoureuse à
Le
beauté proportionnelle et ordonnée, qui est fondamentalement visuelle.
a l'idée de
“psychophysiologue" Fechner, ainsi qu'il se qualifie lui-même,
est
déterminer la validité scientifique de la section d'or (SO). Le résultat
bien connu:
d'une part,
caractère particulièrement
le
“festhétique"
de
, les artistes,
Platon et de ses contemporains. Si de tels critères existaient
d'
à n'en pas douter, s'empresseraient de les contourner. Que penser,
oeuvres
autre part, de l'application de tels critères à la composition des
réponse.
musicales? Deux musiciens peuvent, ici, aider à formuler une
oeuvres,
Tous deux se sont servis de la SO pour écrire certaines de leurs
lannis Xenakis.
quoique de façon différente: il s'agit de Béla Barték et de
conséL'examen de deux textes musicaux va nous permettre d'évaluer les
et
musicale
n
compositio
la
à
NO
du
n
applicatio
d'une
s
quences esthétique
que j'ai
de vérifier cette prééminence de l'oeil sur l'oreille propre à ce
nommé une pensée sur la musique "pythagoricienne."
es
Deux passages du premier mouvement des Contrastes de Bartôk
ont
Les Contrastes de Béla Bartôk, pour violon, clarinette et piano,
cordes,
été écrits en 1938 et sont donc contemporains de la Musique pour
percuspercussion et _célesta (1936) et de la Sonate pour deux pianos et
ts
sion (1937). Le titre évoque l'opposition des timbres des trois instrumen
égaleet des modes d'attaque et d'entretien du son. Mais il peut renvoyer
comment, en référence à la notion linguistique de contraste, au travail
Le contraste est
positionnel relatif à la construction de la forme musicale.
t avec des unités
entretien
que
linguisti
unité
qu'une
rapports
des
e
l'ensembl
les
de même niveau à l'intérieur d'un contexte donné(5) ; il concerne
on qui,
rapports syntagmatiques entre unités et se distingue de l'oppositi
er le
elle, désigne leur rapport paradigmatique. Sans prétendre apparent
les notions linprocessus musical au fonctionnement du langage musical,
s'avérer de
guistiques de contraste et d'opposition peuvent peut-être
Celle-ci
quelque secours pour déterminer ce qu'est la forme musicale.
être
définie
en
termes
d'opposition
et
de
contraste
des
unités
des
musicales au sein d'une même oeuvre, les unités musicales pouvant être
rythmiou
s
mélodique
x
matériau
ou
figures
des
ues,
“patterns" harmoniq
ques, des alliages de timbres... L'idée serait à développer: elle suppose,
(les systèmes
entre autres, que soit précisé ce qu'est un système musical
modals, le système tonal,
riels...).
La forme
le système dodécaphonique,
musicale de ces
DORÉOnentdoi
au
93 : 57,5 = 1,618.
Bartôk fait de cette proportion un élément purement visuel, visible seulement sur la partition, puisque les minutages déterminent une proportion
différente: 296 secondes pour l'ensemble du mouvement (durée approximative proposée par les Ed. Boosey & Hawkes) contre 155 secondes pour les
mesures 1 à 57, rapport presque égal à 2. En évaluant à une quarantaine
de secondes la cadence de clarinette qui clôt le mouvement et en les retranchant aux 296 secondes, on obtient une proportion auditive avoisinant
le NO. Même en considérant que cette cadence suspend le temps musical
(ce qui put se justifier), on tombe alors sur le problème des différences
entre temps "réel", temps psychologique et temps musical. Il y a très peu
de chance pour que l'auditeur perçoive cette proportion; j'ajouterais même
que si l'essence de l'oeuvre musicale est de composer le temps,
en tout
Bartôék, pour autant, n'applique pas de force le | NO
segments de la forme musicale. Le matériau mélodique, aan ne ae
métrique, ainsi que le montre Ernë Lendvai, est lui-même conçu en rapport
étroit avec le NO et la suite de Fibonacci. Bartôk privilégie en effet, dans
les accords et les intervalles, la seconde majeure (deux demi-tons)
la
tierce mineure (trois demi-tons), la quarte (cinq demi-tons), la sixte
mineure (huit .demi-tons), l'octave augmentée (treize demi-tons), etc.
L'accord bartékien le plus typique résulte de la superposition d'une tierce
mineure, une quarte et de nouveau une tierce mineure (voir mesures 65 et
suivantes du premier mouvement de Contrastes). La métrique dépend
également, sans que cela soit aussi systématique que pour les accords et
les intervalles, de l'application de la suite numérale de Fibonacci (mesures
à 8 temps et 5 temps alternées à partir de la mesure 132 du troisième
mouvement) . Barték conçoit une forme musicale entièrement régie par le NO
depuis la plus petite unité (l'intervalle) jusqu'à la construction d'ensemble.
Les
rapports
(6)
de renvoie à l'article de référence en la matière: ‘Introduction aux
formes et harmonies bartôkiennes' d'Ernô LENDVAI, in Bartôk: sa
ges ju oeuvre. Ed. par Bence Szabolesi (Budapest: Corvina, 1956)
(7)
Se référer au psychologue Wolfgang KÔHLER (Psychologie de la forme
cas,
Surtout employé en phonologie, le contraste désigne la différence
phonologique entre deux unités successives d'une phrase parlée. Le
contraste est,
bien entendu,
ajoute ici à son intérêt.
également une
notion optique,
ce
qui
sont
aussi
serrés
que
possible
entre
les
diverses
unités
n
[Paris :
(5)
il n'y en a
aucune à moins de s'ennuyer et de consulter une montre. Mais, d'un point
de ep ychologique cette fois, le temps paraît toujours très long dans ce
les systèmes sé-
Contrastes ne semble,
de la mesure 57, ; soit, ; à peu de choses près, la pro =
eu
la
plupart
proportion dorée se voit confirmer statistiquement, d'autre part, la
ni plus ni
des artistes n'en ont cure. La psychologie esthétique ne cherche
base
moins qu'à mettre en évidence des critères objectifs du beau sur la
de
droit
tout
venue
et
réserve
sans
acceptée
beauté
la
de
d'une idée
pourra
correspondre
*
À à la définition2. proposé _ét
étant donné le haut degré de définiéfini
tion du système de composition bartékien(6)
et du système” tonel dont la
musique de Barték dépend partiellement.
‘
es grandes articulations du premier mouvement révèlent l'emploi
!
Î
on sssble ne NE
mouvement comporte 93 mesures et la réexposition
Gallimard,
1964])
qui montre que la perception de la forme
musicale "résulte de l'auto-répartition de certains processus dans le
secteur visuel du cerveau" (:168) ne résout rien tant que l'on n'a pas
défini avec précision les différences et les interactions entre le temps
réel," le temps psychologique et le temps musical.
Page 4
View in PDF(opens in a new window)musicales et l'on peut dire, dans ce jeu subtil de différence et d'identité,
que l'on a bien une forme "contrastée" au sens linguistique du re sve-
Mais si Barték clôt son organisme,
il en fait
un microcosme"(9)
compris
dans le "macrocosme" que constitue
la Nature, C'est bien sûr le titre de
son recueil de pièces pour piano, mais
c'est aussi quelques chose de plus
fondamental: les échelles et les accords
issus du NO sont les complémentaires exacts des échelles et accords
issus de la résonance naturelle du
son(10) :
L'opposition paradigmatique entre unités se marque, au sein au sys
tème bartôkien, par la différence entre le diatonisme et le cl roma se à
l'écriture, Les remarques précédentes concernaïent son emploi chrom: que.
Le diatonisme est utilisé par le compositeur sous la forme de la gamme < te
acoustique" car issue de la série hermonique naturelle du son.
fondamentale est la note do, les sons harmoniques sont:
1
3
5
8
gamme dorée: do
mi b
fa
l b
gamme acoustique: do ré
mi
fa sol
la sib
4
6
7
8 10
do, do, sol, do, mi, sol, si b, do, ré, mi, fa
#...
et la gamme acoustique sera:
C'est la gamme initiale (énoncée par la clarinette et transposée sur la note
la) de notre premier mouvement,
La gamme "dorée" évoque la gamme penta
tonique: do, mi b, fa, la b, si b,
Propre à certaines mélodies du folklo
re musical hongrois: l'intérêt de
Bartôk pour le NO et sa passion pour
les musiques populaires finissent par
se récouper. De même la quarte (cinq
demi-tons) et la sixte mineure (huit
demi-tons), intervalles résultant de l'empl
oi du NO, deviennent ja quinte et
la tierce majeure uns fois renversées
et ces deux nouveaux intervalles
forment un accord (do-m
i-sol) harmonisant la gamm
e acoustique. L'écriture
diatonique et l'écriture chromatiqu
e se complètent en constituant les
deux
faces
Le "passage" du silence à la musique, au début des Constrastes, se fait
donc par le biais d'une référence à la nature du son comme s'il ny ave
pas de solution de continuité entre le monde extérieur et l'oeuvre musica e.
Le milieu de la mesure 57 évoqué plus haut est, lui aussi, un pesage :
le passage entre une expansion de l'oeuvre (un
développement ) et ie
retour circulaire au point de départ.
Ce passage,
où Bartôk utilise le
procédé rythmique d'augmentation des valeurs pour masquer au menu a
transition(8) , fait de ce premier mouvement un organisme clos. à l'instar
de toutes les oeuvres redevables du système tonal. :
Viol.
fi Eérnando : +
SF —
+
+:
- « :
ss
R
E
T
Æ
trenq v'{le (ds ge)
|re
&
LD
=.
=
opposées du phénomène musical(11) .
L' oeuvre musicale bartékienne
serait ainsi à la fois une nature Cun
microcosme) imitant la Nature (le
macrocosme) et une anti-nature compr
ise, en dernière ‘analyse, dans la
Nature elle-même. On ne peut, ici, que
marquer l'analogie avec la philosophie de Pythagore qui
voit au fondement de toutes chose
s la tension de
le limité et l'illimité, la lumière
et l'ombre, le pair et
l'impair, menant à la vision d'un monde
régi par
principes opposés,
l'harmonie et la proportion. Les Constrastes s'écrivent dans
la tension d'une oeuvre artificielle
(appartenant à l'art) qui se veut pourt
ant la copie conforme d'un modèle
naturel. C'est le même paradoxe que
réalisent les Métastasis (1953-4) de
lannis Xenakis à la différence que
le compositeur, fort d'un vision
plus
moderne de la Nature, voudra donne
r l'illusion du mouvement et de l'agitation qui caractérisent les phénomènes
naturels. Mais la pensée musicale,
nous allons le voir, reste la même.
En outre, Xenakis offre une prise
beaucoup plus grande à l'évaluation esthé
tique de sa démarche compositionnelle grâce à ses nombreux écrits théor
iques.
Ts
Les Métastasis de Xenakis
Il n'est pas question de dénier aux
Métastasis leurs qualités musicaDe même pour les Contrastes.
La valeur de ces oeuvres se situe
ailleurs
les.
que dans l'utilisation du NO, comme
nous allons essayer de le
montrer plus loin. Il y a donc lieu de
distinguer "l'idéologie" musicale (à
l'origine de la démarche compositionn
elle) de la pensée proprement music
ale
qui est cette démarche elle-même.
(3)
(®
rocédé
édé est très employéé pour les réexpositions:
é
itions: € chez Beethoven,
ve
Frein mouvement de la IVe symphonie, chez Schubert, réexposition
du thème La jeune fille et la mort après cinq variations dans le IVe 1
quatuor, etc.
Ayonë, à l'esprit la signification mathé
matique mais aussi astronomique
du NO\[voir le début de la Préface de
cet
ouvrage. ]
(19) Lendvai, op. cit., p. 128.
(11) On ne s'étonnera pas qu'Er
në Lendvai associe l'écriture diato
2
nique à
la ligne droite et l'écri
ture chromatique au cercle (:130).
Page 5
View in PDF(opens in a new window)Les Métastasis sont écrits pour un orchestre de 61 instrumentistes:
piccolo, flûte, 2 hautbois, clarinette basse, 3 cors, 2 trompettes, 2 trombones ténor, timbales, percussion et cordes (12, 12, 8, 8, 6). Le titre
signifie "transformations" et ne renverrait qu'à ce qui fait la nature profonde de la création musicale si cette oeuvre n'était aussi la première
oeuvre stochastique de Xenakis, c'est-à-dire basée sur les lois d'apparition
des événements exprimées par la théorie des probabilités. Xenakis contrôle
les transformations musicales à l'aide des lois mathématiques des grands
nombres ou des lois physiques de la théorie cinétique des gaz, ce qui lui
permet de jouer sur les effets musicaux de masse, chaque instrument ayant
une partie indépendante. Les Métastasis sont donc une oeuvre dont la
stabilité, l'équilibre (stase) sont envisagés dans une perspective très large
et très englobante (ce qui coïncide avec une acception du préfixe
‘meta")(12) . De fait, c'est bien à un organisme bouclé sur lui-même auquel
on a à faire: l'oeuvre débute sur une hauteur unique (fa #) dans une
nuance extrêmement piano, point de départ de tous les événements et
s'achève par une convergence des glissandi des cordes un demi-ton plus
haut, sur un sol aboutissant progressivement au silence. L'oeuvre se
constitue en totalité fermée, mais, en même temps, reste ouverte sur le
monde extérieur (sur le silence comme aussi sur les bruits environnants).
Cette volonté de maintenir à tout prix un "passage!
vers le monde, ce
désir parfaitement audible d'articuler des états transitoires de la matière
sonore constituent sans doute une autre caractéristique du pythagorisme
musical isomorphe au caractère éminemment transitif de la philosophie
pythagoricienne lors du "grand commencement" grec.
On retrouve le NO, dans Métastasis comme dans d'autres oeuvres de
Xenakis, tant au niveau du déroulement temporel de l'oeuvre qu'au niveau
de certaines bases de calcul. Cette utilisation de la proportion dorée ou de
la suite de Fibonacci s'inscrit, chez le compositeur, dans une vision philosophique et musicale plus vaste dont les principaux points sont les suivants:
.
- Xenakis affirme trouver dans les phénomènes naturels une origine et
une justification à sa démarche compositionnelle. Il donne en exemple le
chant de milliers de cigales, le "bruit que font les gouttes de pluie sur
uné tente tendue de cirque, les clameurs ordonnées ou désordonnées d'une
manifestation politique, les sons glissés des balles pendant des combats de
rues, autant de phénomènes riches en enseignement sur les structures et
sur leur perception"(13)
‘
- Les lois physico-mathématiques qui régissent ces phénomènes et, par
extension, les lois mathématiques relevant d'autres domaines (la théorie des
jeux, la théorie des ensembles...), sont alors appliquées aux phénomènes
musicaux. Si Xenakis transporte ces cadres abstraits à la musique, c'est
que,
pour
lui,
raison
mathématique
et
raison
musicale
ne
sont
pas
(12) La mécanique statistique
montre que l'entropie d'un système
(c'est-à-dire son degré de "désordre") est relié au nombre d'états
microscopiques entre lesquels le système peut fluctuer;
l'état
d'équilibre d'un tel système est celui qui correspond à la valeur la
plus grande du nombre d'états microscopiques, donc au désordre
maximum.
(13) Iannis XENAKIS:
27.
:
Musique Architecture
(Paris:
Casterman,
1976)
p.
hétérogènes (la pensée musicale aurait même pris du retard sur la pensée
mathématique). Ce qu'il appelle le stade "hors-temps"(14) du processus de
composition correspond à une manipulation de concepts mathématiques sur
des ensembles de sons, d'intervalles, de durées considérés avant tout
comme des fonctions. Le stade "en-temps" consiste à concrétiser plutôt que
d'autres et en faisant appel à ce que le compositeur nomme l'intuition, ou
encore, l'instinct.
-
- La musique ne constitue pas une fin en soi mais est rattachée à une
vision unifiée de l'homme. Dans la notion de "métamusique," Xenakis entend "une remise en question et une critique radicale mais constructive de
nos manières de penser et faire la musique."(15)
Il s'agit de. "donner
[...] les outils théoriques et technologiques pour [...] exercer sa créativité et son esprit de recherche dans le domaine de la pensée abstraite allié
au domaine de la sensibilité et de la réalité artistique. Faire donc de
l'homme un tout."(16) Cet humanisme s'étaye sur l'universalité des catégories logiques ("une langue mathématique et logique simple mais universelle."(17) ]
- Enfin, Xenakis lui-même fournit la clé de sa philosophie musicale. "La
formalisation et l'axiomatisation," écrit-il(18)
"constituent en réalité un
guide professionnel,
plus
adapté
à
la pensée
moderne en
général.
Elle
permet de placer d'emblée sur un terrain plus universel l'art des sons, et
de le rapprocher à nouveau des astres, des nombres et de la richesse du
cerveau humain, comme jadis aux grandes phases des civilisations antiques:
les mouvements des sons qui provoquent en nous des mouvements concordants à ceux-là..." procurent un vulgaire plaisir à ceux qui ne savent pas
raisonner; et à ceux qui savent, une joie raisonnée, par l'imitation de la
divine harmonie qu'ils réalisent dans des mouvements périssables" (Platon,
Timée)".
Xenakis fait donc retour de façon avouée au pythagorisme. Les catégories musicales du hors-temps et de l'en-temps, si fondamentales chez lui,
ne sont autres que les avatars de l'opposition entre un ordre visuel et un
ordre auditif. Le compositeur revendique d'ailleurs cette opposition de
façon tout à fait conséquente pour sa propre musique même s'il est clair
qu'il voudrait en réussir la synthèse:
"les excitations numériques dans le
domaine artistiques, plastiques ou sonore de tous les siècles précédents ont
montré l'inefficacité de ces recherches qui tendent à démontrer la valeur
d'une oeuvre par la richesse de ses combinaisons... D'où impasse formelle
et auditive(19) ". Ce qui n'empêche pas Xenakis d'écrire les Métastasis en
faisant appel aux ressources du Modulor, le module architectural imaginé
par Le Corbusier et basé sur le NO(20) . La constante référence de
(14) Musiques formelles, op. cit., p. 186.
(15) Musique Architecture, op. cit., p. 69.
(16) Ibid., p. 199.
(17) Ibid., p. 142.
(18) Musiques formelles, op. cit., p. 212.
(19) Musique Architecture, op. cit. p. 18.
(20) Le modulor applique la suite de Fibonacci à des séries de nombres
arrondis à l'unité, différents par leur premier terme, afin d'obtenir
un
ensemble
plus
varié
de
dimensions.
C'est,
au
demeurant,
position philosophique en de nombreux points analogue à celle qui
vient d'être détaillée qui anime Le Corbusier,
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View in PDF(opens in a new window)Xenakis à l'architecture indique clairement qu'il conçoit la musique avant
tout comme un art de l'espace [d'où cette position extrême: "je me suis
aperçu qu'en architecture, les problèmes étaient les mêmes qu'en musilangage musical. L'originalité de l'oeuvre de Bartôék est étroitement liée à
cette parenté historique.
engendrement de l'oeuvre que
dans
la recherche
de nouvelles
bases
du
que"(21) j. Xenakis élabore un édifice musical unifié par des lois numériques dont les unités vont s'opposer à travers les notions de continuité |
(glissandi des cordes ou des trombones) ou de discontinuité (sons percussifs, pizzicati), d'ordre ou de désordre. On retrouve les notions formelles
de contraste et d'opposition à l'intérieur d'un système musical clos dégagées à propos des Contrastes de Barték. Tout donne à penser que l'ensemble de l'oeuvre musicale de Xenakis parachève la tradition pythagoricienne. L'attachement explicite de Xenakis aux principes philosophiques
antiques incitent à ävancer qu'un parcours musical vient de s'accomplir et
qu'il s'achève circulairement par un retour à ses origines. Xenakis ne
serait autre qu'un moderne Pythagore.(22)
Est-ce à dire que les musiciens
n'ont plus qu'à entamer une nouvelle fois la boucle? Je ne le pense pas. Le
pythagorisme en matière de pensée musicale semble, à l'heure actuelle, se
refermer sur lui-même, offrant l'image même des organismes musicaux qu'il
a générés.
‘
Symptômes d'un dépassement
Peut-être la musique de Bartôk et celle de Xenakis annoncent-elles
déjà un excès des processus musicaux sur la pensée censée les fonder. Ni #Æ
Barték, ni Xenakis ne portent sur la musique le "regard du sourd" dont
parle Pierre Boulez.(23) Loin de se limiter à une simple "application," le :
chiffre est un catalyseur de l'imagination. Bartôk, recourant au NO,
partage avec les compositeurs sériels de la même époque la préoccupation +
de fonder la cohérence de l'oeuvre sur un ordre musical débordant l'ordre
tonal. Il n'y a pas, en cela, de différence radicale entre le "génétisme"
propre à la série et le système d'écriture bartékien. Certes, les sériels
n'ont besoin d'aucune donnée extérieure à l'oeuvre et évacuent, pour :
reprendre la distinction xenakienne,
la catégorie hors-temps
(la série ne
préexiste pas à l'oeuvre à la façon des gammes tonales, de la gamme acoustique ou dorée; elle est une fonction d'intervalles en-temps). Mais Schôünberg, Berg et Webern, ce dernier dans une mesure moindre, tout comme
Barték,
conservent
certains
aspects
thématiques
et
prosodiques
de
la
tonalité. Tous élaborent une synthèse du langage tonal qu'il appartiendra
au seul Webern de remettre en question. Les rapports qui uniraient Bartôk
aux sériels sont donc à évaluer moins dans la question de l'auto-
On a reproché à Xenakis, quant à lui, de s'intéresser à des problèmes mathématiques, physiques ou informatiques depuis longtemps résolus.
Xenakis non plus n'est pas mathématicien mais tâche avant tout à résoudre
des problèmes musicaux. Son oeuvre, de même que celle de Barték, s'inscrit dans un contexte historique précis: celui de la "crise" de la musique
sérielle des années cinquante,(24) à un moment où Xenakis conteste "Ja
complexité absolument déterministe des opérations compositionnelles et des
œuvres engendr{ant] un non-sens auditif et idéologique."(25)
Le musicien, on le voit, désire faire figurer l'audibilité en bonne place parmi ses
préoccupations de compositeur. De fait, son oeuvre s'impose comme la
réalisation évidente du compromis entre des conceptions musicales entièrement. neuves et leur perception auditive.
.. Cependant les rapports de l'oeil et de l'oreille chez nos deux musiciens ne semblent pas aussi simples. L'écriture n'est pas asservie qu'à la
perception (sans pour cela que la relation s'inverse puisqu'un Xenakis
définit justement sa position contre la tyrannie de l'écriture chez les
sériels). Il subsiste, chez Barték et Xenakis, ce qu'il faut nommer un
ésotérisme du NO. L'oeil introduit dans la partition des rapports secrets et
sacrés qu'une oreille profane ne peut décrypter: voilà ce que "sous-entendent" les Contrastes et les Métastasis. Cette irréductibilité de l'oeil et de
l'oreille l'un à l'autre se marque donc par tout un pan d'écriture ne valant
que pour lui-même et sans aucune incidence sur la perception. Il convient
dès lors d'envisager une écriture qui ne soit plus détournée de sa fonction. Ce qui signifie qu'il y a lieu non pas de soumettre l'écriture à la
perception, mais de dialectiser les rapports de l'oeil et de l'oreille et de
radicaliser, dans une tension paradoxale nouvelle (mais qui n'a plus rien à
voir avec la tension musicale pythagoricienne), leur spécificité respective.
De nombreuses oeuvres d'aujourd'hui sont écrites en vertu de ce paradoxe
neuf. Ces musiques contribuent à substituer à l'ésotérisme scriptural [au
sens traditionnel d'hermétisme mais aussi au sens grec de ce qui se passe
à l'intérieur, dans un lieu fermé(26) ] un exotérisme tourné vers l'auditeur
comme vers l'interprète, celui-ci se voyant chargé de débrouiller les rap: ports complexes de ce qu'il lit et de ce que l'auditeur entend. Cet ésotérisme
n'implique pas le renoncement à un certain hermétisme entendu, cette fois,
comme discipline exigeante de lecture et d'écoute. "Le jeu de la reconnaissance, écrit Pierre Boulez, les perspectives de l'écoute, voilà qui fait le
prix et la réussite d'une oeuvre, qui crée en nous à la fois le sentiment
d'une vérité immédiate du texte et d'une vérité enfouie plus profondément,
(21) Les Métastasis possèdent un double architectural, le Pavillon Philips,
conçu par Xenakis lorsqu'il était calculateur chez Le Corbusier pour
que nous ne sommes pas sûrs de saisir dans sa totalité."(27)
Son Répons
l'exposition universelle de Bruxelles en 1958. La structure du Pavilion
Philips est basée sur des paraboloïdes hyperboliques et des conoïdes.
(22) Et un moderne Rameau. Celui-ci prétendait, à la fin de sa vie, que
les sciences trouvaient leur fondement dans la résonance du corps
sonore,
Xenakis
reprend
significativement
une
idée
similaire
en
déclarant que l'art doit "servir [...] de guide universel aux autres
sciences" (Musique Architecture, op. cit., p. 187).
(23) Pierre BOULEZ: ‘L'écriture du musicien: le regard
Critique 408 (Paris: Ed. de Minuit, mai 1981) 443.
du
sourd?,'
(24) "La crise de la musique sérielle" est le titre d'un article de Xenakis
publié dans le n° 1 des Gravesaner Blätter (Juil. 1955) dirigés par
Herman ‘“Scherchen. Voir également Musiques formelles, op. cit., p.
18.
\
(25) Musiques formelles, p. 18.
(26) Conformément à l'enseignement de Pythagore.
(27) 'L'écriture du musicien...', op. cit., p. 460.
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View in PDF(opens in a new window)(1981) ainsi que d'autres oeuvres(?28)
illustrent, à n'en pas douter,
l'avènement de ce que je souhaiterais nommer une musique “acroamatique"
en double référence aux parties les plus secrètes et les plus difficiles de
la philosophie d'Aristote transmises oralement mais aussi,
et surtout,
au
sens étymologique du terme: qui charme l'oreille.
Conclure?
L'utilisation musicale du NO a été envisagée dans une perspective
heuristique
plus
que
phénoménologique.
Point
nodal
d'une
philosophie
naturaliste basée sur un mysticisme du chiffre, la proportion dorée a
permis de dégager les cadres d'une trajectoire musicale qui, de Pythagore
à Xenakis en passant par les musiciens de l'Ars Nova, Rameau ou Schôünberg semble toucher aujourd'hui à son terme. Il serait bien sûr souhaitable d'étudier chaque musicien un par un: les calculs savants d'un Guillaume de
Machaut, le naturalisme historique de Schônberg qui introduit l'idée que :
les systèmes musicaux se caractérisent par une intégration toujours plus :
poussée des harmoniques issus de la résonance naturelle du corps sonore,
l'idée goethéenne de la plante originelle chez Webern, le panthéisme cosmique du dernier Stockhausen... Il serait tout aussi utile d'étudier le bascu- :
lement qui s'opère à l'époque de Jean-Jacques Rousseau et qui constituerait
peut-être le premier indice de la fin de ce qui a été appelé le "pythagorisme musical." Ce texte n'a pas la prétention d'être complet: contrairement
à son objet, il ne s'achève ni, encore moins, ne se ferme sur lui-même. de
voudrais donc prolonger la réflexion par deux remarques:
- Il y a tout lieu de se méfier de la conjonction musique/mathématiques/philosophie telle que la pensée de Pythagore nous en fournit le
modèle. S'il est évident qu'il existe des liens étroits entre ces trois dis- :
ciplines, toute pensée sur la musique digne de ce nom ne pourra se satis- :
faire de cette unique conjonction même à la gérer correctement. La littéra- :
ture,
la biologie,
les sciences humaines...
constituent autant de champs :
d'investigation susceptibles de retombées musicales fécondes.
;
- Qu'auraient été la philosophie, ia musique et la science si ce primat :
de l'oeil ne les avait conditionnées dès l'origine? Il est parfaitement possi- :
ble d'imaginer que les développements récents de la musique contemporaine :
avec leur découverte d'une dialectique nécessaire de l'oeil et de l'oreille :
s'accompagne, mutatis mutandis, de bouleversements analogues dans le :
domaine de la science et dans celui de la philosophie. Peut-être alors :
vivons-nous à notre tour une mutation intellectuelle comparable à celle que :
connut l'Antiquité grecque. Peut-être, après tout, sommes-nous déjà en :
train de rassembler les éléments d'un nouveau "passage."
IN SBSNMBRS DoOR EC AUREUT
(28) Je pense à Antiphysis d'Hugues DUFOURT.