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Traditions et réceptions de l'Antiquité
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La réception de Franz Cumont : à propos de
quelques publications récentes / I
Constantinos Macris
revues.org
Editeur
ERASME
Edition électronique
Edition imprimée
JRL http.//anabases revues.org/4371
ISSN 2256-9421
Date de publication : 1 octobre 2013
Pagination : 215-226
ISSN 1774-4296
Référence électronique
Constantinos Macris, « La réception de Franz Cumont : à propos de quelques publications récentes /
I», Anabases [En ligne], 18 | 2013, mis en ligne le 01 novembre 2016, consulté le 11 novembre 2016.
URL : http.//anabases.revues.org/4371 ; DO! : 10.4900/anabases.4371
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Traditions et réceptions de l’Antiquité
varia
La réception de Franz Cumont : à propos de
quelques publications récentes / I
Constantinos Macris
Éditeur
E.R.A.S.M.E.
Édition électronique
URL : http://anabases.revues.org/4371
ISSN : 2256-9421
Édition imprimée
Date de publication : 1 octobre 2013
Pagination : 215-226
ISSN : 1774-4296
Référence électronique
Constantinos Macris, « La réception de Franz Cumont : à propos de quelques publications récentes /
I », Anabases [En ligne], 18 | 2013, mis en ligne le 01 novembre 2016, consulté le 11 novembre 2016.
URL : http://anabases.revues.org/4371 ; DOI : 10.4000/anabases.4371
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à propos de quelques
publications récentes / I
CONSTANTINOS MACRIS
EN ÉCHO À DIVERSES PUBLICATIONS RÉCENTES touchant aux apports de Franz Cumont, parues
entre 2006 et 2010, on présente ici, dans un premier temps, deux volumes. Les deux autres –
la réédition de Lux perpetua et les Actes de la journée « Rome et ses religions : culte, morale,
spiritualité. En relisant “Lux perpetua” de Franz Cumont », parus dans les suppléments
de la revue Mythos. Rivista di Storia delle Religioni (n.s.), 1, Palermo 2010 (C. Bonnet,
C. Ossola, J. Scheid, éd.) – seront analysés dans la prochaine livraison d’Anabases.
Franz CUMONT, Les religions orientales dans le paganisme romain, volume édité
par Corinne BONNET et Françoise VAN HAEPEREN avec la collaboration de Bastien
Toune, Academia Belgica - Institut historique belge de Rome / Torino : Nino Aragno
Editore, 2006 (coll. « Bibliotheca Cumontiana. Scripta maiora », 1), p. lxxv – 403
(broché). ISBN 978-88-8419-289-9. 25 € (diffusion Brepols Publishers).
Corinne BONNET, Vinciane PIRENNE-DELFORGE, Danny PRAET (éd.), Les religions
orientales dans le monde grec et romain : cent ans après Cumont (1906-2006). Bilan
historique et historiographique. Colloque de Rome, 16-18 novembre 2006, Brussel /
Bruxelles - Rome : Belgisch Historisch Instituut te Rome / Institut historique belge de
Rome / Istituto Storico Belga di Roma, 2009 (coll. « Études de philologie, d’archéologie et d’histoire anciennes », 45), p. 464 (broché). ISBN 978-90-74461-71-9. 65 €
(diffusion Brepols Publishers).
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View in PDF(opens in a new window)Pendant plus de cent ans maintenant, depuis leur première publication en 1906,
les Religions orientales dans le paganisme romain (RO) du savant belge Franz Cumont
(1868-1947) restent un livre fondateur et une référence obligée en histoire des religions. Elles ont inspiré et nourri la réflexion de plusieurs générations de chercheurs –
et pas des moindres ! –, depuis R. Reitzenstein, M. Rostovtzeff, A.D. Nock et le Père
Festugière jusqu’à R. Turcan, qui en a suivi le modèle dans sa propre synthèse sur le
sujet 1, et, plus récemment encore, J. Alvar, dont la problématique rejoint sur plusieurs
points celle de Cumont 2. La série « Études préliminaires aux religions orientales dans
l’empire romain » (EPRO), lancée par Maarten J. Vermaseren en 1961 et située d’emblée, et explicitement, dans le sillage des RO, est peut-être la preuve la plus éclatante de
l’influence durable qu’eut ce « petit livre sur un grand sujet » : en une série d’études
spécifiques déployées (à ce jour) sur non moins de 175 volumes, elle a œuvré pour la
réalisation collective du rêve cumontien en constituant des corpus documentaires et en
testant et approfondissant les intuitions du maître sur des dossiers et des cultes particuliers 3. Le sujet fascinant qu’abordait Cumont dans ses RO, bien servi par son remarquable talent de synthèse, sa profonde connaissance des religions antiques, sa sensibilité
et son attitude empathique, sans oublier son écriture fluide et l’élégance de son style,
ont même assuré à son ouvrage un succès phénoménal auprès du « grand public »
cultivé : jusqu’à hier, c’était encore largement son « grand narrative » sur l’apparition et
la diffusion des « cultes orientaux » qui avait formé les esprits – et ce bien au-delà du
monde francophone, étant donné les traductions des RO dans plusieurs autres langues
européennes.
Pour marquer et célébrer le centième anniversaire de la publication de ce grand
classique des sciences humaines, la compatriote de Cumont et éminente spécialiste
de son œuvre Corinne Bonnet 4, en collaboration avec l’Academia Belgica (où sont
1
2
3
4
R. TURCAN, Les cultes orientaux dans le monde romain, Paris, 1989, 2e éd. 2004. Cf. ID.,
« Franz Cumont, un fondateur », Hieros 2 (1997), p. 11-20.
J. ALVAR, Romanising Oriental gods : myth, salvation, and ethics in the cults of Cybele, Isis
and Mithras (transl. & ed. R. Gordon), Leiden – Boston, 2008. R. Beck voit à juste
titre en l’œuvre d’Alvar l’expression d’une « neo-Cumontian trend » (CR 61 [2011],
p. 192-193).
Cf. J.-M. PAILLER, « Les religions orientales, troisième époque », Pallas 35 (1989),
p. 95-113.
Elle a consacré à Cumont, entre autres, [1] son étude Le « grand atelier de la science ».
Franz Cumont et l’Altertumswissenschaft : héritages et émancipations. Des études universitaires à la Première Guerre mondiale (1888-1923), Bruxelles-Rome, 2005 ; [2] des éditions
de documents d’archives : La correspondance scientifique de Franz Cumont conservée à
l’Academia Belgica de Rome, Bruxelles-Rome, 1997 ; Mongolus Syrio salutem optimam dat.
La correspondance entre Mikhaïl Rostovtzeff et Franz Cumont, Paris, 2007 (en collab. avec
G. Bongard-Levine, Y. Litvinenko et A. Marcone) ; cf. « Diligentissima Maria Delcourt
Leodiensis : Marie Delcourt dans la correspondance scientifique de Franz Cumont », Les
Études classiques 70 (2002), p. 161-180 ; « La correspondance de Franz Cumont sur les
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View in PDF(opens in a new window)conservées, selon le vœu du savant, sa bibliothèque personnelle et ses archives 5), l’Institut Historique Belge de Rome et une pléiade de spécialistes, a orchestré en 2006 un
double événement scientifique. D’une part, elle a réédité les RO (en reprenant comme
base la 4e édition revue, corrigée et mise à jour de 1929), rendant ainsi de nouveau
disponible, et qui plus est à un prix abordable, un ouvrage depuis longtemps épuisé.
D’autre part, elle a organisé à Rome – un lieu cher à Cumont – un colloque international destiné à évaluer la contribution du maître d’un point de vue historiographique et à
dresser un bilan des études actuelles sur les cultes orientaux dans l’empire romain, cent
ans après : le second ouvrage ici recensé, paru deux ans et demi plus tard (en 2009), en
constitue les Actes (cité Actes dans la suite du texte).
Situées dans une perspective scientifique et critique, et non pas célébrative ou
« hagiographique », ces deux publications sont donc conçues comme complémentaires, jumelles. Par ailleurs, elles s’inscrivent à leur tour dans des projets plus vastes. La
première inaugure une grande entreprise de réédition des Œuvres complètes de Franz
Cumont : la série Bibliotheca Cumontiana de l’éditeur turinois Nino Aragno (distribution : Brepols), laquelle compte déjà trois volumes. L’ambition de cette nouvelle
série particulièrement bienvenue est triple 6 : (1) offrir de nouveau au public les pièces
majeures de la production cumontienne, dotées d’une introduction historiographique
et d’un status quaestionis panoramique et à jour sur les sujets traités, préparés par les
soins d’éminents spécialistes (Scripta maiora, 11 vol. prévus) 7 ; (2) réimprimer, en les
organisant en des ensembles thématiques, ses innombrables articles (Scripta minora,
TMMM », dans C. Bonnet et V. Krings (éd.), S’écrire et écrire sur l’Antiquité. L’apport des
5
6
7
correspondances à l’histoire des travaux scientifiques, Grenoble, 2008, p. 301-326 ; et [3]
de nombreux articles, dont « Franz Cumont et les risques du métier d’historien des religions », Hieros 5 (2000), p. 12-29 ; « Franz Cumont recenseur », dans Kèpoi. De la religion
à la philosophie. Mélanges offerts à André Motte, Liège 2001 (d’autres articles encore seront
cités plus loin).
Cf. www.academiabelgica.it.
Sur les principes qui guident ce vaste projet de réédition, et sur ses objectifs, voir
C. BONNET, « Rééditer Franz Cumont : pourquoi ? comment ? », Anabases 4 (2006),
p. 267-270.
Après les RO ont paru à ce jour F. CUMONT, Lux perpetua, volume édité par Br. ROCHETTE
& A. MOTTE avec la collaboration de B. TOUNE, Torino, 2010 et ID., Les mystères de
Mithra, volume édité par N. BELAYCHE & A. MASTROCINQUE avec la collaboration de
D. BONANNO, Torino, 2013. Une recension de la réédition du premier de ces deux
ouvrages est prévue dans le prochain numéro d’Anabases, jumelée avec celle des Actes du
colloque qui a accompagné sa parution : C. BONNET, C. OSSOLA, J. SCHEID (éd.), Rome
et ses religions : culte, morale, spiritualité. En relisant « Lux perpetua » de Franz Cumont,
« Supplemento a Mythos. Rivista di Storia delle Religioni » (n.s.), 1, Palermo, 2010.
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View in PDF(opens in a new window)7 vol.) 8 ; (3) publier, enfin, quelques pièces restées inédites (Scripta inedita), notamment de sa correspondance 9.
La seconde publication, quant à elle, constitue le couronnement d’un projet trilatéral italo-franco-allemand (avec des prolongements internationaux) dont sont issus
plusieurs autres ouvrages collectifs 10, et dont le but était de repenser, « revisiter », voire
déconstruire la catégorie de « religions orientales » chère à Cumont et canonisée par
lui, en proposant des approches, des méthodes et des thématiques nouvelles, ou encore
en testant la pertinence et la validité de ce concept par l’examen approfondi de dossiers
spécifiques portant sur tel ou tel aspect des cultes qu’on a pris l’habitude de désigner
par cette expression.
L’hommage ainsi rendu à Cumont comporte une dynamique toute particulière :
visant avant tout à faire avancer la recherche inaugurée par lui en enlevant du chemin
les obstacles idéologiques ou épistémologiques du passé, il n’est pas dénué d’une
attitude critique à l’égard de l’héritage du grand savant. Les travaux issus du projet
trilatéral suffisent bien sûr à eux seuls à montrer la grande fécondité heuristique et
herméneutique du concept de « religions orientales » privilégié par Cumont. Mais
le lecteur est tout de même implicitement invité à penser que, si l’on veut vraiment
maintenir les RO dans la galerie des grands ouvrages d’érudition et de synthèse du siècle
dernier, et en même temps dans la bibliographie actuelle sur les cultes orientaux, on est
obligé de faire deux choses : d’une part, (1) comprendre les conditions intellectuelles et
scientifiques de l’émergence de cet ouvrage, en « cerner le contexte épistémologique et
historico-culturel » (Actes, p. 6) à l’aide de l’historiographie moderne, afin de devenir
attentif à ses aspects datés et/ou idéologiques qui peuvent avoir des effets interprétatifs
8
9
10
Cf. http://www.cumont.ugent.be/, où l’on peut déjà consulter la liste complète, longue
de 53 pages, des 1009 publications de Cumont, préparée par les soins de A. Lannoy et
D. Praet.
Un autre inédit important publié récemment est F. CUMONT, Astrologie et religion chez
les Grecs et les Romains, texte présenté et édité par I. TASSIGNON, Bruxelles-Rome 2000.
L’original français du livre bien connu de Cumont publié en anglais en 1912 contient
deux chapitres qui n’avaient paru qu’en traduction suédoise et de ce fait restaient pratiquement inconnus.
Voir C. BONNET, J. RÜPKE, P. SCARPI (éd.), Religions orientales – culti misterici : neue
Perspektiven – nouvelles perspectives – prospettive nuove, Stuttgart, 2006 ; C. BONNET et
A. BENDLIN (éd.), Les « religions orientales » : approches historiographiques, ARG 8 (2006),
p. 149-272 ; C. BONNET, S. RIBICHINI, D. STEUERNAGEL (éd.), Religioni in contatto nel
Mediterraneo antico : modalità di diffusione e processi di interferenza. Atti del 3o colloquio su
« Le religioni orientali nel mondo greco e romano », Loveno di Menaggio (Como), 26-28
maggio 2006 = revue Mediterranea. Quaderni Annuali dell’Istituto di Studi sulle Civiltà
Italiche e del Mediterraneo Antico 4 (2007), Pisa / Roma, 2008 ; cf. aussi C. BONNET et
J. RÜPKE (éd.), Les « religions orientales » dans le monde grec et romain, Trivium 4 [en ligne]
(2009), <http :trivium.revues.org/3300>, où sont proposées des traductions en français et
en allemand d’un choix de 8 articles contenus dans les trois volumes que nous venons de
signaler.
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View in PDF(opens in a new window)déformants ; d’autre part, (2) se pencher davantage sur les détails et les particularités
des cultes gréco-romains eux-mêmes, « orientaux » ou pas, afin de ne pas se laisser
piéger par un discours unifiant qui met en sourdine les divergences, au moyen duquel
Cumont a pu brosser un tableau saisissant certes, mais qui, par sa tendance même à
privilégier (par souci pédagogique et littéraire) les plans panoramiques, s’avère parfois
peu nuancé ou peu précis, vague ou trop lisse, et de ce fait trompeur.
La première de ces deux démarches – la contextualisation – est adoptée dans la
précieuse et substantielle Introduction historiographique sur laquelle s’ouvre la réédition
des RO, et qui en constitue un des atouts majeurs. Coécrite par Corinne Bonnet et
Françoise Van Haeperen (p. xi-lxxiv), elle se concentre sur la genèse, la réception et la
postérité de l’ouvrage de Cumont. Les deux auteures y exposent d’abord les conditions
historiques de la genèse du projet des RO (p. xii-xix) 11. Ensuite, sa structure, issue de la
combinaison d’un point de vue géographique-thématique et d’un point de vue chronologique : la succession Asie Mineure, Égypte, Syrie, Perse, qui, à quelques aménagements près, est celle suivie déjà dans l’exposé de Firmicus Maternus 12, fut choisie par
l’auteur afin de mieux rendre compte de ce qu’il percevait comme une « diffusion »
et une « infiltration » progressive des cultes orientaux dans la partie occidentale de
l’empire romain (p. xix-xxiii). De manière tout à fait révélatrice des préoccupations de
Cumont, la logique géographique de ces premiers chapitres est rompue par la suite dans
le chapitre consacré à l’astrologie et à la magie, puis encore dans l’appendice, ajouté
11
12
Un nouvel éclairage est jeté maintenant sur la démarche intellectuelle de Cumont à
la veille de la série de cours qui donneront naissance aux RO grâce à la publication de
trois lettres inédites, trouvées dans les archives du Collège de France ; voir S. REY, « Les
Religions orientales en mouvement : les ratures de Franz Cumont », dans C. BONNET,
C. OSSOLA, J. SCHEID (éd.), Rome et ses religions (cité supra, n. 7), p. 21-32. La publication
de la correspondance entre Alfred Loisy et Franz Cumont par Aline Rousselle, Corinne
Bonnet, Annelies Lannoy, Danny Praet et Sarah Rey est en cours de préparation. On
attend également avec grand intérêt la publication de la thèse de doctorat d'Annelies
Lannoy, dirigée par Danny Praet, Het christelijke mysterie. De relatie tussen het vroege christendom en de heidense mysterieculten in het denken van Alfred Loisy en Franz Cumont, in
de context van de modernistische crisis, soutenue à Gand en avril 2012 (titre anglais : “The
Christian mystery”. The relationship between early Christianity and the pagan mystery cults
in the thought of Alfred Loisy and Franz Cumont, within the context of the modernist crisis).
Sur Loisy et Cumont, cf. aussi J.-M. Roessli, « Les mystères païens et le mystère chrétien
d'Alfred Loisy (1857-1940) et sa place dans les débats sur les origines du christianisme au
début du XXe siècle », à paraître dans les Actes du colloque Loisy organisé à Lausanne en
juin 2011, qui seront réunis dans un prochain numéro de la revue Mythos.
Point étudié par A. BUSINE dans son article pour les Actes du colloque de Rome : « De
Porphyre à Franz Cumont : la construction des “religions orientales” de Firmicus
Maternus », p. 413-426 ; voir aussi W. BURKERT, « “Orient” since Franz Cumont : enrichment and dearth of a concept », ibid., p. 105-117, à la p. 109.
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Page 8
View in PDF(opens in a new window)après la 4e édition de 1929, qui porte sur « Les mystères de Bacchus à Rome 13 » : le
premier montre quelle importance accordait Cumont à la transformation des croyances
religieuses qu’avait entraîné l’adoption du déterminisme astral, d’origine orientale, et le
second, combien sa conception des « religions orientales » était tributaire du modèle des
mystères. Dans la section suivante de l’Introduction, consacrée à l’horizon historiographique des RO, sont examinées tour à tour les attitudes des savants qui avaient abordé
la question des « religions orientales » avant Cumont et qui lui ont servi de modèles
(Renan notamment, mais aussi Duruy ou Boissier), puis la façon dont Cumont en a
été tributaire ou s’en est démarqué (p. xxiii- xxix).
La section intitulée Les « mystères » de l’Orient et la lecture évolutionniste des
religions (p. xxx-xliv), située clairement dans une perspective saïdienne 14, expose les
caractéristiques de l’Orient tel qu’il fut conçu par Cumont et souligne combien un tel
Orient est avant tout une construction culturelle, à situer dans le cadre de l’orientalisme
ambiant de son temps 15. Ce que la vision cumontienne de l’Orient a de spécifique est
que, malgré son ambivalence, elle est généralement positive, car elle reconnaît dans la
religiosité orientale une supériorité morale (p. xxxiii-xxxix). L’Orient « est avant tout, à
ses yeux, le lieu d’une évolution morale des croyances […] décisive pour le sort de l’Occident […] ». La religion astrale avec son déterminisme, « le souci du salut de l’âme, le
succès des cultes à mystères, le moralisme philosophico-religieux sont lus comme une
propédeutique à l’avènement du christianisme » (Actes, p. 7). Les « religions orientales »
ont fourni ainsi à Cumont le chaînon manquant pour expliquer la transition du monde
païen vers le christianisme.
Dans Réception et maturation des RO (p. xliv-lxviii), le lecteur peut suivre, en parallèle, d’une part, l’accueil qu’a réservé aux RO le monde scientifique et cultivé (comptes
rendus, traductions, lettres, etc.), 1- De la première édition française (1906) à la deuxième
édition allemande (1914) (p. xlv-lx), puis 2- Durant l’entre deux-guerres (p. lxi-lxviii) 16 ;
d’autre part, l’évolution de ce chantier perpétuel, ce work in progress, que sont les RO aux
13
14
15
16
Sur cet ajout, voir J.-M. PAILLER, « Les religions orientales selon Franz Cumont : une
création continuée », MEFRIM 111.2 (1999), p. 635-646.
Cf. E. W. SAÏD, L’orientalisme : l’Orient créé par l’Occident, Paris, 1980 (original américain
1978).
Sur les aspects « émotionnels » de cet Orient fantasmé, voir A. BENDLIN, « “Une perspective trahissant un piètre sens de la religiosité” : émotion et Orient dans l’historiographie
religieuse de l’époque moderne », Trivium 4 [en ligne] (2009), <http://trivium.revues.
org/3377>. Sur l’essor de l’orientalisme et son influence sur les études classiques avant
Cumont, on aurait attendu ici au moins un renvoi aux analyses précieuses contenues
dans le premier volume du livre fondamental, bien que controversé, de M. BERNAL, Black
Athena : les racines afro-asiatiques de la civilisation classique. I. L’invention de la Grèce antique, 1785-1985, Paris, 1996 (original américain 1987).
Pour des approches plus détaillées, voir C. BONNET, « “Noi ora conosciamo il male di cui
morirono gli dei della vecchia Roma” : la réception en Italie des Religions orientales dans
le paganisme romain de Franz Cumont », Hormos 3-4 (2001-2002), p. 247-300 ; F. VAN
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View in PDF(opens in a new window)yeux de Cumont lui-même, au cours des quatre éditions que connut son ouvrage entre
1906 et 1929, et son effort permanent de réélaboration, animé par un souci infatigable de mise à jour nourri de sa prodigieuse érudition, et par un désir d’entretenir un
dialogue dynamique et interactif avec la communauté scientifique internationale de son
temps. L’examen de cette évolution est facilité par la première publication, en appendice
(p. 367-403), des notes manuscrites – inédites – de Cumont figurant dans son exemplaire personnel des RO, conservé à l’Academia Belgica de Rome 17, qui permettent au
lecteur de pénétrer dans l’atelier de travail de l’auteur et de suivre de près le processus de
création intellectuelle des éditions successives de son livre 18.
Dans la partie finale de l’Introduction sont examinées La postérité des RO et la
place qu’elles occupent dans le panorama scientifique actuel. Les auteures y expliquent
très bien comment les RO passent du statut 1- D’une œuvre incontournable… (p. lxviiilxix) 2-… au « basculement » progressif « dans l’historiographie » (p. lxix-lxxiv). Une
large place est faite ici aux critiques de R. MacMullen (1981), W. Burkert (1987),
R. Turcan (1989), J.-M. Pailler (1989), A. Rousselle (1989), M. Beard, J. North et
R. Price (1998) et N. Belayche (2000). Au seuil du XXIe siècle, la validité du concept de
« religions orientales » est remise en question, et ce pour plusieurs raisons, dont certaines apparaîtront dans la suite de cette recension, consacrée aux Actes du colloque de
Rome. Ici on pourrait simplement signaler que l’abandon progressif de la catégorie des
« religions orientales » a laissé aussi sa trace sur la série des EPRO elle-même, qui, depuis
les années 1990, continue son existence sous le titre « Religions in the Graeco-Roman
world » – signe clair a) de la nouvelle façon dont on appréhende la place occupée par
les cultes orientaux dans le paysage culturel et religieux de l’Antiquité en les situant à
côté des autres cultes civiques « traditionnels » et b) de la composante grecque de ce
que Paul Veyne n’a pas hésité à appeler « l’empire gréco-romain 19 » – une composante
également présente dans les cultes orientaux eux-mêmes.
17
18
19
HAEPEREN, « La réception des Religions orientales de Fr. Cumont : l’apport des comptes
rendus », Anabases 6 (2007), p. 159-185.
Ici un travail de réflexion comme celui d’A. GRAFTON, The footnote : a curious history,
Cambridge (Mass.), 1997 permet de mieux comprendre, en la contextualisant, l’importance
accordée par Cumont et les savants de son temps à l’apparat d’érudition sur lequel doivent
se fonder les recherches en sciences humaines en général, et en Classics en particulier.
C’est une illustration de cette « création continuée » dont parlait J.-M. Pailler dans son
article signalé plus haut, n. 13. – On aurait attendu que cette réédition en quelque sorte
définitive des RO tienne compte également des « compléments aux notes et aux légendes
des illustrations » communiqués par Cumont à son éditeur allemand au printemps 1930
– après donc la parution de la 4e éd. française de 1929 – et intégrés dans la 3e éd. de la
traduction allemande de son ouvrage (1931), qui de ce fait représente l’état le plus récent
des RO. À moins que ces compléments ne soient identiques à ceux de 1929 (mais cela n’est
pas précisé par les éditeurs).
P. VEYNE, L’empire gréco-romain, Paris, 2005.
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Page 10
View in PDF(opens in a new window)Pour conclure, la valeur ajoutée de la réédition des RO réside essentiellement dans
son introduction historiographique solide et riche en suggestions, et dans la reproduction des notes personnelles inédites de Cumont qui nous introduisent dans son atelier
de chercheur. (Il est bienvenu et pratique également de voir les notes reléguées en fin de
volume dans les quatre premières éditions des RO devenir maintenant infra-paginales.)
À titre de critique constructive et en vue d’approfondissements ultérieurs, on pourrait
remarquer que, de manière un peu inattendue, il y a une chose importante qui, à notre
sens, manque à cette entreprise à bien des égards remarquable, à savoir une réelle « mise
en réseau » systématique des RO avec le reste de la production scientifique de Cumont :
aussi bien celle qui précède, focalisée essentiellement sur Mithra 20, que celle qui suivra,
soit parallèlement aux éditions successives des RO jusqu’en 1929 21, soit plus tard encore 22
(la périodisation n’est qu’indicative, étant donné que certaines thématiques comme
celle de l’astrologie ou des croyances dans l’au-delà sont récurrentes dans l’ensemble
de l’œuvre de Cumont). Sans doute la suite de la Bibliotheca Cumontiana donnera aux
chercheurs impliqués dans ce vaste projet l’occasion de combler cette lacune.
Passons maintenant au magnifique volume des Actes du colloque de Rome organisé
à l’occasion du centenaire de la publication des RO, qui est riche de vingt-quatre contributions. Après une brève mais dense Introduction des éditeurs scientifiques (p. 5-14), qui
explicite l’approche critique et « déconstructive » de la catégorie de « religions orientales » adoptée lors du colloque de Rome et des ateliers qui l’ont précédé, Corinne Bonnet
ouvre la première partie du volume (Mise en perspective) par une vibrante évocation de la
figure « tutélaire » de Cumont (Entre ciel et terre, en relisant Franz Cumont, p. 17-22). À
côté d’un bilan critique insistant sur les limites de son approche (évolutionnisme, postulat du progrès moral que constituaient les religions orientales, maintien du christianisme
comme horizon de référence, caractère imaginaire de son Orient, qui est tributaire de la
vision colonialiste de l’époque, sous-estimation de l’étape grecque dans la « diffusion »
des religions orientales), l’auteure insiste surtout sur l’investissement existentiel de
Cumont dans ses recherches, sur cette dimension spirituelle et morale qui était profondément ancrée en lui et qui le faisait voir dans la religion « une force vive qui agit dans
20
21
22
Textes et monuments figurés relatifs aux mystères de Mithra, Bruxelles, 1894-1899 ; Les
mystères de Mithra, Bruxelles, 1900 (3e éd. 1913). À comparer avec le chap. VI des RO
(p. 213-251).
La théologie solaire du paganisme romain, Paris 1909 (cf. RO, p. 210-211) ; Astrology and
religion among the Greeks and Romans, New York/London, 1912 (cf. RO, chap. VII,
p. 253-295) ; Études syriennes, Paris, 1917 (cf. RO, chap. V, p. 157-211) ; Afterlife in
Roman paganism, New Haven, 1922 ; Fouilles de Doura-Europos, 1922-1923, Paris,
1926 ; Les Mages hellénisés, Paris, 1938 (coécrit avec J. BIDEZ).
L’Égypte des astrologues, Bruxelles, 1937 ; Recherches sur le symbolisme funéraire des Romains,
Paris, 1942 ; Lux perpetua, Paris, 1949 (posthume), notamment le chap. V, « Mystères »,
et, dans une moindre mesure, le chap. VII, « L’astrologie et les morts prématurées »
(p. 279-322 et 355-396 de la rééd. de 2010 signalée plus haut, n. 7).
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View in PDF(opens in a new window)l’histoire de l’humanité » et croire qu’il n’y a pas de « créations […] plus puissantes et
plus durables que celles de[s] forces spirituelles » (p. 19).
Viennent ensuite quatre textes introductifs particulièrement suggestifs, ayant eu
pour fonction « de synthétiser les acquis des ateliers trilatéraux, d’indiquer des pistes, de
formuler des questionnements, bref d’orienter et de stimuler les discussions » du colloque de Rome (p. 5). Le premier (William Van Andringa et Françoise Van Haeperen,
Le Romain et l’étranger : formes d’intégration des cultes étrangers dans les cités de l’Empire
romain, p. 23-42), qui reflète le point de vue des archéologues du groupe, souligne
combien les pratiques des cultes étrangers, les sacra peregrina, en dépit de leur caractère
spécifique et de leur originalité, s’accommodaient des traditions et cultes locaux et
s’intégraient parfaitement dans les systèmes religieux des cités romaines.
Le deuxième (Appréhender les religions en contact, p. 43-62) comporte trois parties :
une portant sur Les creusets religieux (M.-F. Baslez, p. 43-49) ; une autre sur Les cultes en
comparaison (S. Ribichini, p. 50-57) ; et une dernière sur Exclusivité, conversion et migration (C. Auffarth, 57-62). Marie-Françoise Baslez relève le caractère obsolète des notions
de « fusion », « théocrasie » et « syncrétisme » et suggère que la prosopographie raisonnée,
« sur base épigraphique et/ou textuelle, reste toujours un champ à exploiter pour apprécier les phénomènes d’interaction, de cumul d’appartenance ou d’exclusivisme » (p. 45).
Elle identifie surtout trois creusets religieux ayant fourni des cadres opérants pour la
coexistence et l’interférence de cultes civiques et « orientaux » : les ports, en tant que lieux
d’échanges ; les associations de toute nature, notamment cultuelles ; et la cité, principal
« lieu d’articulation entre les communautés cultuelles d’origine étrangère et la société
locale » (p. 46). Sergio Ribichini insiste sur les équivalences divines et sur le dialogue
interculturel. En rappelant les comparaisons intra-culturelles et transculturelles auxquelles
ont eu recours les participants du projet sur les religions orientales, il propose un plaidoyer
pour l’emploi d’un comparatisme raisonné en la matière. Christoph Auffarth, quant à lui,
aborde la dynamique des transformations religieuses dans l’imperium romanum : soit au
niveau individuel, à travers le phénomène de la conversio, soit au niveau collectif – et spatial
–, par ce qu’il appelle religio migrans. À propos de la première, il souligne la dimension
d’appartenance sociale qu’elle comporte, ainsi que la possibilité qu’il s’agisse non pas de
l’abandon d’une religion en vue de l’adoption d’une autre, dans un sens exclusiviste, mais
d’un changement à l’intérieur d’une même religion, « d’un choix personnel qui se porte
sur une forme plus stricte de religion, souvent l’ascèse » (p. 59). À propos de la seconde,
il focalise son attention sur ces migrants de la première génération qui ont laissé leur terre
d’origine en portant avec eux les coutumes et les cultes de leurs pères (religio migrantium),
puis sur la religion qui a voyagé et s’est installée à un autre endroit (la religio translata),
et qui se développe selon la dynamique de sa nouvelle implantation 23. En se situant au
23
Pour une analyse plus détaillée de ce modèle, voir C. AUFFARTH, « Religio migrans. Les
“religions orientales” dans le contexte religieux antique : un modèle théorique », Trivium
4 [en ligne] (2009), <http ://trivium.revues.org/3419>.
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View in PDF(opens in a new window)niveau des pratiquants des cultes, le modèle qu’il propose s’oppose radicalement à celui
(d’origine chrétienne) de la « mission », présent dans les RO de Cumont, selon lequel les
cultes « se diffusent depuis un centre, qui fixe un savoir sous la forme d’une théologie,
qui éduque des missionnaires », etc. (p. 61).
Dans le quatrième texte introductif (Une « théologie en images » ?, p. 63-79), Laurent
Bricault et Francesca Prescendi s’interrogent sur le rôle des images cultuelles en tant que
porteuses d’une théologie implicite qui « naît et s’actualise dans la situation cultuelle »
(p. 65), et sur leur complémentarité, dans les monuments, avec des textes écrits. Ils
proposent d’abandonner le terme « syncrétisme » pour l’analyse de l’iconographie de
divinités « orientales », auquel ils préfèrent l’expression « coexistence d’images polysémiques » (p. 68), et concluent, comme W. Van Andringa et F. Van Haeperen au sujet des
pratiques cultuelles, que même dans le cas de Mithra, « il serait faux de considérer que
le rôle d[es] images est fondamentalement différent de celui attribué aux statues ou aux
peintures qui ornent les temples des autres divinités », non « orientales » (p. 70).
Attilio Mastrocinque, enfin, soumet à la discussion et à la réflexion quelques
considérations intentionnellement provocantes sur la magie (Culti orientali e magia :
alcune riflessioni, p. 81-87), en posant la question de son rapport réel avec les mages
perses plutôt qu’avec les prêtres égyptiens (même dans le cas de la magie égyptienne,
telle qu’elle est reflétée dans les papyri magiques) ; de sa dimension de savoir occulte
plutôt que de praxis rituelle ou de ritual power ; et de son caractère illicite. Il suggère
que nous nous libérions des représentations chrétiennes du phénomène et de leurs
préjugés afin de nous rendre plus sensibles à la conception qu’en avaient les Grecs et
les Romains eux-mêmes.
La deuxième partie du volume (Les « religions orientales » : débat autour d’un
concept) a une visée historiographique et conceptuelle. Guy Stroumsa (Ex oriente
numen. From orientalism to oriental religions, p. 91-103) met en évidence deux particularités fondamentales de l’attitude de Cumont à l’égard de l’Orient : son caractère
positif, voire admiratif, qui contraste avec le dédain exprimé avant lui par Renan, et son
absence d’intérêt pour la « taxonomie raciale » opposant Indo-européens et Sémites.
Dans un second temps, il remonte jusqu’au XVIIe siècle, pour partir à la recherche des
« early predecessors » de Cumont pour ce qui est de sa conviction de la supériorité de
l’Orient (i.e., pour lui, du Moyen Orient, et non pas de l’Extrême Orient) en matière
de religion.
Une étude approfondie de l’Orient de Cumont – ses connaissances sur celui-ci, et
les représentations qu’il s’en faisait – est proposée par Walter Burkert (« Orient » since
Franz Cumont : enrichment and dearth of a concept, p. 105-117). L’auteur analyse toutes
les facettes du sujet, notamment la focalisation de l’attention de Cumont sur les aspects
les plus élevés de la spiritualité orientale, et s’arrête sur deux absences importantes dans
son œuvre : celle de l’ancien Orient authentique, tel qu’il commençait à être connu à
son époque par les sources directes, et celle du monde grec comme étape intermédiaire
avant l’arrivée des religions orientales dans le monde romain. Et il conclut avec une
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View in PDF(opens in a new window)mise au point des changements qui sont survenus dans les études orientales depuis la
parution des RO.
L’article de Jaime Alvar qui suit (Promenade por un campo de ruinas. Religiones
orientales y cultos mistéricos : el poder de los conceptos y el valor de la taxonomía,
p. 119-134) est peut-être la seule parmi les contributions du volume à refuser la
déconstruction du concept de « religions orientales ». L’auteur maintient un noyau dur
de caractéristiques communes (origine orientale des divinités, ou au moins des théonymes ; caractère mystérique du culte dû à une assimilation partielle du modèle éleusinien
et rendu manifeste dans l’importance accordée à l’initiation, au silence et à la recherche
du salut) permettant de regrouper ensemble au moins les cultes d’Isis et de Sérapis, de
Mithra, de Cybèle et Attis, ainsi que le christianisme 24.
Quant à Paolo Xella, il présente une synthèse lucide du débat actuel sur la notion
de syncrétisme en histoire des religions (« Syncrétisme » comme catégorie conceptuelle :
une notion utile ?, p. 135-150) 25. Contrairement à l’attitude plutôt réservée de la
plupart des autres contributeurs du volume à l’égard de ce concept, l’auteur reste ouvert
quant à son emploi dans la recherche moderne, en suggérant que nous ne pouvons
conclure s’il est vraiment opératoire ou pas que si nous essayons de l’appliquer sur le
terrain de la recherche historique concrète (« Le champ d’expérimentation est là, c’est
lui le banc d’essai auquel nos outils doivent toujours être soumis », p. 147).
Et c’est justement sur le terrain concret des cultes, des pratiques et des représentations spécifiques que l’on peut se pencher après la fascinante série d’approches
théoriques, méthodologiques et historiographiques que nous venons de parcourir, et
qui occupe presque un tiers du volume. Les deux sections suivantes sont justement
intitulées À la croisée des pratiques, des discours et des images : spécificités, parentés et
Transferts, ancrages et identités, tandis que la contribution conclusive de Robert Turcan
appartient aussi en réalité au même ensemble. Il serait impossible de résumer ici tous
les acquis et les nouveautés d’interprétation contenus dans ces articles très variés et de
grande qualité scientifique, à la fois riches, originaux, bibliographiquement à jour et
dotés d’une argumentation solide qui fait avancer la recherche dans chacun des domaines concernés. On se limitera donc à en donner ici la liste exhaustive, en les regroupant
thématiquement.
24
25
Pour une analyse plus détaillée de son argument, voir sa monographie signalée plus haut,
n. 2.
De sa bibliographie et de sa discussion manquent curieusement les travaux de M. Tardieu,
qui occupait une chaire d’« Histoire des syncrétismes de la fin de l’Antiquité » au Collège
de France ; voir par ex. sa Leçon inaugurale, Paris, 1991 ; ID., « Les facettes du syncrétisme : méthodologie de la recherche et histoire des concepts », dans G. VEINSTEIN (éd.),
Syncrétismes et hérésies dans l’Orient seldjoukide et ottoman (XIVe-XVIIe s.). Actes du colloque
du Collège de France, Leuven – Paris, 2005, p. 3-16. Pour une approche critique de l'usage
de la notion de syncrétisme, voir maintenant N. BELAYCHE, article « Syncrétisme », dans
le Dictionnaire de l'historien, Paris, PUF, à paraître.
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View in PDF(opens in a new window)Sur le cas particulièrement cher à Cumont de Doura Europos porte la contribution de Ted Kaizer, Patterns of worship in Dura-Europos. A case study of religious life in
the classical Levant outside the main cult centres (p. 153-172).
Sur les cultes égyptiens, notamment ceux d’Isis et de Sérapis, John Scheid, Le
statut du culte d’Isis à Rome sous le Haut-Empire (p. 173-186), Richard Veymiers,
Sérapis sur les gemmes et bijoux antiques : un portrait du dieu en images (p. 187-214) et
Elena Muñiz Grijalvo, The cult of the Egyptian gods in Roman Athens (p. 325-341).
Sur le culte de Mithra, Marleen Martens, The mithraeum in Tienen (Belgium) :
the remains of a feast in honour of Mithras (p. 215-232) et Valérie Huet, Reliefs mithriaques et reliefs romains « traditionnels » : essai de confrontation (p. 233-256) ; et sur
l’interprétation de son iconographie, Robert Turcan, Une aporie de la tradition littéraire
sur le « Lion » mithriaque (p. 429-448). Sur Sabazios, Jean-Marie Pailler, Sabazios.
La construction d’une figure divine dans le monde gréco-romain (p. 257-291). Sur Bès,
Giuseppe Garbati, L’immagine di Bes in Sardegna : appunti su un « indicatore morfologico » (p. 293-308). Sur la religion des colonies grecques du Nord de la mer Noire
et les influences iraniennes dont elle est porteuse, Yulia Ustinova, Orientalization :
once, twice, or more ? Iranian elements in the religion of the Greek cities of the Northern
Black Sea littoral (p. 311-324). Sur les sources littéraires comme témoins en matière
de religions orientales : Pier Franco Beatrice, The oriental religions and Porphyry’s
universal way for the soul’s deliverance (p. 343-368) – sur Porphyre ; Danny Praet, Le
néopythagorisme, les Baals syriens et les divinités planétaires : les théories de Franz Cumont
et le cas de la Vie d’Apollonius de Tyane (p. 369-385) – sur Philostrate ; Aude Busine,
De Porphyre à Franz Cumont : la construction des « religions orientales » de Firmicus
Maternus (p. 413-426) – sur Firmicus Maternus ; et Jane L. Lightfoot, Meliton and
the cults of the Roman Near East (p. 387-399) – sur Méliton de Sardes. Enfin, pour
une approche comparative des stylites chrétiens de Syrie, Chiara Cremonesi, La Siria
« selvaggia » : la performance ascetica degli stiliti tra psicologia della « razza » e « pillar
religion » (p. 401-412).
Franz Cumont aurait sans doute été heureux de cette floraison de belles études sur
un sujet qui lui était si cher, et pour lequel il a tant œuvré !
Constantinos MACRIS
CNRS – LEM (UMR 8584)
7, rue Guy Môquet
F-94801 Villejuif cedex
macris@vjf.cnrs.fr
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