Les origines orientales de la doctrine pythagoricienne de l'ame

Author
Gobry,IJ.
Published in
Diotima
Year
1979
Subject
SOUL
Language
Français
Category
C12 Religion
Archive number
860

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GoBRy, co F Gonry 1., Les origines orientales de la doctrine pylhagoricienne de l'àme : Diotima VII 1979 81-85. | Tout porte à croire que les traits essentiels du pythagorisme sont d'origine orientale; ainsi, l'essence harmonique de l'une semble être babylonienne et l’immortalit& de l'âme égyptienne, tandis que la métempsycose présente des éléments thraces et phrygiens. L'apport sémitique est moins important. [3753 LES ORIGINES ORIENTALES DE LA DOCTRINE PYTHAGORICIENNE DE L’AME Pythagore fut le premier penseur grec à édifier une anthropologie systématique, anthropologie dont l’ossature est constituée par la doctrine de l'áme. On peut résumer cette doctrine en quelques propositions: l'âme est une réalité transcendante et autonome, d’origine divine; elle est immortelle et vouée à la réincarnation; elle est régie par le principe de l’Harmonie; elle est destinée au bonheur, qu’elle trouvera en devenant semblable à la Divinité. Or, aucun de ces éléments ne se trouve dans la tradition grecque antérieure à Pythagore. Et l’on en a conclu souvent à l’originalité de l’auteur. Pourtant, si Pythagore a acquis un mérite exceptionnel en conférant à ces éléments une rigoureuse rationalisation et une astucieuse coordination, on peut les trouver déjà, sous forme de mythes, dans les croyances populaires de Orient méditerranéen. Pythagore a-t-il eu connaissance de ces mythes? Tout porte à en accepter l'hypothèse. Ses biographes unanimes (et notamment les plus anciens) le font voyager dans tout l'Orient, et résider précisément au milieu des peuples où étaient accréditées les traditions dont on retrouve la substance dans sa philosophie de l’âme. II était lui-même de famille phénicienne (Diogène Laërce, VIII, 1, d’après Aristoxéne; Clément d'Alexandrie, Strom. I, XVI, 62, d’après Néanthe; Porphyre, Fit. Pyth. 1, d’après Néanthe et Apollonius; Jamblique, Vit. Pyth. 8-9, d’après Epiménide, Eudoxe et Xénocrate); et il commença son périple méditerranéen par un séjour en Phénicie (Jamb. 13-17). Il passa plusieurs années en Egypte, où il s’initia aux doctrines sacerdotales concernant la théologie, l’astronomie et la géométrie (Isocrate, Bus. 12; Clément, Strom. I, XV, 66, d'après Antiphon et Antonius Diogéne; Porphyre, 6-11; Jamblique, 12 - 20, 158; Diogéne L. VIII, 1, d’après Anti81

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LA DOCTRINE PYTHAGORICIENNE DE L'AME I, GOBRY phon; Plutarque, De Js. 10; Philostrate, Vit. Apol. III, 16; Lucien, et pour Platon, les valeurs sont exactement inversées.” (Les Mythes lyte, Philos. 1, 2, d’après Aristoxéne; Justin, XX, 4, d’ après Timée:sé i d’Homöre, pp. 399 - 400). En Orient, la tradition de la survie, telle que l’a trouvée Pytha- Alex. 19-21). Enfin, il résida longtemps aussi en Babylonie (Hippo- A - Diogéne L. VII, 3, probablement d’après Antiphon; Porphyre,:e gore, était plus prometteuse. Cependant, elle semble avoir suivi 12, d'apres Ant. Diogine; Jamibligos, 19; Clément, Strom. 1, xve une évolution qui allait de la simple affirmation de la permanence de l’äme au-delà de la mort à celle, plus positive, d’une vie heu- 66; Apulée, Flor. 15). L’essence harmonique de l'âme soulève, de la part de Simmias, dani apr reuse après la mort. En Égypte, les inscriptions funéraires les plus Phédon, une objection qui ne mérite pas d’étre retenue. En effet, = dire que l’äme est une harmonie, c’est faire d’elle non pas une iN anciennes, datant de l’Ancien Empire (3° millénaire), nous montrent le sort de l’âme semblable à celui qu’il revêt chez Homère. C'est là notamment le sens des textes de Har-Djedef (4° dynastie), où l’on présente la mort comme un objet d’angoisse (dh’). Sous le synthèse a posteriori d'éléments dont elle résulterait, mais une puissan- : al ce antérieure à eux, qui leur confère l’ordre et l’unité. D'après =" une définition plus rigoureuse, l'âme est nombre (Ps-Plutarque, Plac. 2 IV, 2). Or, qu'est-ce que le Nombre, sinon le Principe même des es Moyen Empire (2° millénaire), se produit un phénomène métaphysique d'une grande importance: l'Égyptien prend conscience êtres? (Aristote, Met. I, 5, 986,a: apyziv elvar kai ds 62.7 tote ovat). de l’universalité de la personne humaine. Jusque là, le roi, fils de En ce sens, l'harmonie est attribuée également comme essence au. Dieu, a pour âme le ba (vois), étincelle divine, laquelle doit retrouver après la mort la vie divine dans le ciel; les hommes du commun ont pour âme le ka (vvyn), qui attend dans le tombeau une problématique résurrection due au retour de la puissance vitale. Sous les 110 et 12° dynasties naît cette doctrine, attribuable sans doute à quelques prêtres, selon laquelle le roi et l’homme du peuple ont une commune essence. De sorte que, chez tous, le ka attend la résurrection, pendant que le ba est convié à connaître la Bien et à Dieu (Alexandre Polyhistor, in Diogene L. VIII, 33). Or, cette théorie que Harmonie divine préside à la réalité a certainement sa source en Babylonie, où l’on trouve déjà l’idée de l'harmonie des sphères: Gonep dia povoixñis Aóyov, d'après les termes de Philon (De Migr., 178). La symbolique du nombre avait atteint un tel degré chez les prêtres, qu’ils avaient dressé, ainsi qu’on l’a découvert sur les tablettes de la bibliothèque de Ninive, la liste de tous les êtres spirituels en leur accordant un nombre mystique: nombre entier de 1 à 60 pour les dieux, nombre béatitude du ciel. C'est à ce moment qu' Osiris, auteur de l'ascension fractionnaire (5/6, 2/3, 1/2) pour les différentes classes de démons, mystique, prend une place prépondérante dans la religion, et que l'école d’Heliopolis, (où étudieront plus tard Pythagore et Platon) établissant ainsi une hiérarchie céleste selon le principe du Nombre. se distingue parmi les autres en préparant ses adeptes à la vie L'immortalité de l'âme délivrée du corps et menant sans lui une vie de bonheur constitue l’enseignement le plus original du pythaéternelle, qui n’est rien d’autre que la vie en Osiris ou l’identification à Osiris. De cette époque aussi date la doctrine du jugement gorisme. En effet, les mythes grecs offraient une tout autre persdes morts, qui associe la morale à la métaphysique: l'áme spirituelle accordée à quelques mortels. Félix Buffière a bien résumé la situation de l’äme après la mort selon les croyances de la Grèce ici-bas; l’äme du méchant, elle, est anéantie. archaïque: “La psyché, lorsqu'elle quitte le corps d’un héros homérique et part en gémissant vers l’Hadès, n’est plus qu’un pâle fantôme,.. L'existence d’outre-tombe... est une existence lususpicion quand il affirme qu’Orphée, à qui la tradition attribue pective: le bonheur posthume était une récompense exceptionnelle, ne peut accéder au royaume d’Osiris que si elle a pratiqué le bien Les découvertes de l'égyptologie ont donc lavé Diodore de toute un séjour en Égypte, “a rapporté de son voyage les cérémonies et la plupart des rites mystiques célébrés en souvenir des pérégrinagubre, bien proche de l’anéantissement. . . Pour l’auteur de l’Iliations de Déméter. .. Il n’y a qu’une différence de noms entre les de, autant la vie sous le soleil est exaltante, autant celle de l'Hadès fêtes de Dionysos et celles d'Osiris, entre les mystères d’Isis et est morne, sans joie comme sans espérance. Pour les pythagoriciens ceux de Demeter.” (1, 96. cf. 1, 29) Ces découvertes expliquent

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LA DOCTRINE PYTHAGORICIENNE DE L'AME I. GOBRY également pourquoi Plutarque, Porphyre et Jamblique font re- È monter l’origine de la mystique grecque à la mystique égyptienne; ¿tre semblables aux dieux.” Il serait convenable de supposer que, à une époque plus mystique, les hommes immortels en prière sont devenus spirituellement semblables à la Divinité. elles déconsidèrent les historiens qui ont renversé les influences en attribuant les résurgences de l'Égypte hellénistique à la pénétration 4 Reste la fameuse theorie de la réincarnation, appelée tour à tour de la pensée grecque. On peut même aller plus loin dans la voie des filiations et affirmer que, en ce qui concerne les doctrines de © : l’immortalité, du jugement, de la béatitude éternelle et de sa pré- = paration mystique, Pythagore ne les a pas héritées de l’Orphisme, |. mais qu’il les a trouvées, bien plus élaborées que chez les orphiques, ae à l’école sacerdotale d'Héliopolis. La pensée de Pythagore a-t-elle recu, dans ce domaine, un apf 4 sémitique? C'est possible, mais c'est moins évident. Les textes baby- È manquer loniens les plus anciens affirment la survie de l'áme, sans nous éclairer là-dessus. Dans l’épopée de Gilgamech (fin du 30 millénaire), on nous dit que “celui dont le cadavre a été jeté dans les champs, son âme (ekimmou) ne repose pas dans la terre”. Le terme employé ici désigne bien l’äme spirituelle, le vods. De même, la : hi stèle de Sindjirli, où Panammou est censé prier lui-même le dieu Hadad, lui fait adresser cette demande: “Que l’äme de Panammou mange avec toi!” Cette toi, que l'áme de Panammou boive avec la bibliothèque d’Assourbanipal, “le dieu qui ressuscite les morts.” C'est qu’en effet les plus vieux textes affirment à la fois les enfers (Arallou, équivalent à l’Hadès grec) et, pour certains hommes, une sortie de ces enfers, une vie nouvelle, Là encore, il s’agit donc d’une faveur accordée à des âmes spécialement méritantes. Il ne nous est pas interdit de supposer que, à une époque d'invoquer une origine phrygienne, qu’on peut sans hésitation assigner à l’Orphisme; il faut ajouter que la Phrygie est voisine de l’Ionie, berceau de Pythagore, et que celui-ci, au témoignage de Jamblique, se rappelait avoir été, dans une vie antérieure, Fuphorbe le Phrygien, vainqueur de Patrocle (Vit. Pyth., 63). On ne saurait non plus compter pour rien les arguments de Guthrie en faveur d'une origine crétoise de la réincarnation. E=S A-t-on le droit cependant de tenir définitivement pour erronée l'origine égvptienne? Hérodote, dans un passage célèbre (II, 123), prete aux Égyptiens à la fois la croyance en l’immortalité et la fois, l'âme est nabas de l’akkadien napahu, souffler. Il s'agit donc ici du souffle de vie, ce qui laisse presumer une résurrection. Mardouk est d'ailleurs appelé, sur les tablettes de uctomen cia, maAtyyevecia, petevompdtwors. Ici, les choses semblent assez nettes. Depuis Rohde, en effet, on admet unanimement que cette doctrine vient de Thrace. On invoque en faveur de cette thèse les inscriptions funéraires trouvées en Thrace, le témoignage d'Euripide dans Hécube (1265 sq.) et le fait que la théorie de la migration des âmes, dans l’Orphisme, se rattache au culte de Dionvsos, lequel a son origine en Thrace. Il ne faut pourtant pas croyance en la AER réincarnation. Des orientalistes actuels comme Otfried Müller, Gutschmied, Herzog, et à leur suite Isidore Lévy, considèrent cette affirmation comme un débordement de l’imagination; ils invoquent contre elle le fait que les textes proprement égyptiens sont de l’époque hellénistique, et constituent donc une transposition du pythagorisme. C’est compter sans le témoignage de Diodore (I, 98) et sans celui de Diogène Latrce (Proem., 11), qui les prêtres chaldéens à eux-mêmes. Diogène Laërce, invoquant l'autorité de Théopompe, étend même cette espérance à l’ensemble se réfère explicitement à Manéthos et à Hécathée.C’est oublier aussi que des égyptologues éminents comme Maspéro, Gressmann ct Fr. Lenormant admettent que cette croyance existait, sous des formes plus ou moins suggérées par les inscriptions funéraires. Médes hommes: pour les “mages”, “les hommes deviendront immortels, et passeront leur temps en prière.” (Proem., 9). De même, on bien pu séduire Pythagore, dont le système n'est pas autre chose peut sans contradiction imaginer chez les penseurs babyloniens de qu'une synthèse rationnelle d’éléments irrationnels recueillis dans l’époque de Pythagore l’enseignement d'une homoiose. En effet, les très anciennes tablettes qui racontent le déluge nous apprennent les lieux où il a séjourné et médité. postérieure, ce mérite d'une vie bienheureuse ait été attribué par 5 + me si elle n’avait pas adopté une formulation précise, elle a fort I. Gosry que “Sisithus (le Noé babylonien) et le peuple furent enlevés pour Université de Reims